Monster – Tomes 01 à 10 : Naoki Urasawa

Titre : Monster – Tomes 01 à 10

Scénariste : Naoki Urasawa
Dessinateur : Naoki Urasawa

Édition : Kana Big (2001)

Résumé :
1986, Düsseldorf, Allemagne de l’Ouest.
Un jour, le Dr Tenma décide d’ignorer l’ordre de son supérieur et sauve la vie d’un enfant. C’est ainsi que commence cette horrible histoire !

Critique :
Monster est une série manga que j’étais curieuse de découvrir, après des chroniques élogieuses de la part d’une copinaute blogueuse (suspense, je vous livrerai son nom en fin d’article).

Le pitch de départ est assez conventionnel : le Dr. Tenma est un jeune  neurochirurgien au talent indéniable, qui pratique son art à l’hôpital Eisler de Düsseldorf. Il est fiancé à la fille du directeur de l’hosto.

Malgré tout, assez vite, on comprend la dure réalité d’un hôpital et l’ambition démesurée de son directeur : Tenma doit écrire une thèse que ce cher directeur d’appropriera et en plus, il est obligé de soigner un chanteur d’opéra à la place d’un pauvre travailleur immigré, arrivé pourtant avant, à l’hôpital.

On commençait fort, malgré le côté conventionnel puisque, d’un côté, nous avions un jeune médecin qui prenait conscience que si l’on était puissant ou connu, on serait soigné avant le misérable pauvre travailleur, le dernier de cordée… Chaque vie n’a pas le même prix, pour le directeur (et sa fille).

Alors, quand on lui demande d’opérer le maire, alors qu’un jeune garçon blessé grièvement à la tête, est entré à l’hôpital avant, Tenma opère le gamin, en provenance de la RDA (en 1986, le mur est toujours là), et qui s’est pris une balle . Là, il va se mettre tout le monde à dos… Le jeune prodige devient un paria.

Oui, Tenma, l’être humain est cruel, retors, salopard et, à moins d’être le Dr House et de se foutre de tout, dans les hôpitaux, la politique règne aussi et si l’on veut monter, il faut lécher les bons culs, faire des courbettes, s’allier avec ceux qu’il faut et jouer le jeu. Tenma, lui, n’est pas intéressé.

L’atout de cette série, c’est qu’ensuite, elle est partie dans une direction inattendue, devenant un véritable thriller, avec des morts suspects, un inspecteur qui qui enquête (et qui est zarbi) et avant même la fin du premier tome, le récit n’a plus rien à voir avec celui du début et qui dénonçait certaines pratiques dans les hôpitaux.

Les tomes suivants ont confirmé tout le bien que je pensais déjà du tome 1, en continuant dans la direction du thriller, avec encore plus d’assassinats suspects, un docteur Tenma qui se mue en Sherlock Holmes (sans son talent, ni son caractère) afin de mettre la main sur le fameux Monster.

Le récit entre alors dans du plus sombre, du très sombre ! Ce manga n’est pas pour les enfants (non, pas de sexe, mais de la violence), mais il est parfait pour celles et ceux qui aiment les thriller, les scénarios recherchés, le suspense à couper au couteau, les révélations, les retournements de situation, le tout avec des personnages bien campés, bien à leur place.

J’en suis au tome 10 et je ne sais pas quoi penser du Grand Méchant, tant l’auteur sait brouiller les pistes et ne pas sombrer dans le manichéisme.

Une saga qui comporte 18 tomes et qui est terminée (chouette, plus de délai d’attente pour les lectrices qui la découvrent après tout le monde, comme moi).

PS : Merci à Noctembule d’avoir parlé de ce manga ! Cela m’a donné envie de le découvrir et j’en suis très contente !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°124] et le Mois du Polar, chez Sharon – Février 2023 (N°07).

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Ikigami – Préavis de mort (Double) – Tome 1 : Motorô Mase

Titre : Ikigami – Préavis de mort (Double)

Scénariste : Motorô Mase
Dessinateur : Motorô Mase

Édition : Kazé Seinen (2015)

Résumé :
Dans ce pays, une loi entend assurer la prospérité de la nation en rappelant à tous la valeur de la vie. Pour ce faire, un jeune sur mille entre 18 et 24 ans est arbitrairement condamné à mort par une micro-capsule injectée lors de l’entrée à l’école.

Lorsqu’on reçoit l’ikigami, c’est qu’il ne nous reste plus que 24h à vivre. Mais à quoi passer cette dernière journée, lorsqu’on n’a pas eu le temps de faire sa vie ?

Critique :
La vie n’a pas de prix, mais bien souvent, nous l’oublions, il faut que nous manquions de mourir pour s’en rappeler, ou que nous voyons partir des plus jeunes que nous…

Alors, pour bien faire comprendre à toute la population la valeur de la vie, un pays, totalitaire, inocule une capsule dans les vaccins que sont obligés de recevoir les élèves. Un sur les mille mourra entre ses 18 et 24 ans, de manière arbitraire.

Sont préavis, il le recevra 24h avant sa mort… C’est un ikigami et c’est pour assurer la prospérité de la nation.

Prospérité ? J’t’en foutrai, moi, de ta prospérité. Depuis quand la mort d’un jeune assure-t-elle la prospérité de la nation ? C’est un devoir ? Ben merde alors… Mais bon, je n’ai jamais été atteinte de patriotisme non plus… Défendre mes proches, oui, mais sacrifier ma vie pour le pays qui se fout bien de moi, je ne suis pas encore prête.

Dans ce premier tome, nous assisterons à plusieurs réactions, suite à la réception du préavis de mort. Au moins, aucun des personnages ne réagira de la même manière et j’ai apprécié les questionnements que se pose Fujimoto, qui est un livreur d’ikigami, même si je trouve qu’ils arrivent fort rapidement, comme s’il mettait déjà le système en doute.

Fujimoto a raison, le système est arbitraire et débile, puisqu’on ne sait pas à quoi cela sert d’éliminer une personne sur mille. C’est même totalement absurde ! Mais si les régimes totalitaires ne l’étaient pas, cela se saurait !

La menace n’empêche pas les jeunes de se comporter comme des salopards, comme la bande de harceleurs et les sanctions qui pèsent sur les familles, si jamais le futur mort semait des troubles, n’a pas empêché l’un des personnages à se venger avant de mourir.

La lecture est intéressante parce qu’elle permet de se poser une question terrible, à laquelle nous n’avons pas toujours de réponse : qu’aurais-je fait à la place de ? Que ce soit à la place du fonctionnaire qui fait son job et délivre ses ikigamis ou à la place des personnes qui apprennent qu’il leur reste 24h avant de mourir.

Malgré tout, je suis restée sur ma faim… Fujimoto n’a pas beaucoup de place pour la rébellion, ni pour poser trop de questions. Quant aux chapitres consacrés à ceux qui allaient mourir, s’ils étaient intéressants, je n’ai pas envie que toute la série se déroule de la même manière, cela deviendrait redondant.

Un manga qui oscille entre thriller et dystopie, qui instaure un climat de malaise face à ces crimes institutionnalisés, réglés comme du papier millimétré et dont les fonctionnaires sont très fiers de cette « Loi pour la prospérité nationale » et du système mis en place pour que personne ne sache à l’avance dans quel vaccin la puce mortelle va être insérée (ni dans quel élève).

Ma foi, j’ai beau être restée sur ma faim, je vais tout de même lire le deuxième opus afin de voir si l’histoire bouge où si elle reste statique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°121] et Le Mois du Polar, chez Sharon – Février 2023 (N°04).

Entre fauves : Colin Niel

Titre : Entre fauves

Auteur : Colin Niel
Édition : Rouergue Noir (2020) / Livre de Poche Thriller (2022)

Résumé :
Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au suivi des ours. Mais depuis des mois, on n’a plus la moindre trace de Cannellito, le dernier plantigrade avec un peu de sang pyrénéen. Martin en est chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal.

Alors, lorsqu’il tombe sur un cliché montrant une jeune femme devant la dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la retrouver et la livrer en pâture à l’opinion publique. Même si d’elle, il ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux : Leg Holas.

Critique :
Non, je n’aime pas les chasseurs, qu’ils flinguent le gibier de nos contrées ou les animaux exotiques d’ailleurs, et encore moins ceux qu’ils posent devant leurs trophées, exposant leurs massacres sur les réseaux sociaux…

Mais de là à faire du bashing, à les poursuivre, à les traquer, sur le Net ou dans la vie réelle, il y a un pas que je ne franchirai pas, contrairement à Martin, un garde au parc national des Pyrénées.

Un ami m’avait expliqué, il y a un certain temps, que l’on ne savait pas toujours ce qu’il se cachait derrière une photo, lorsqu’elle n’était pas expliquée, que l’on ne savait pas d’où elle était tirée, dans quelles circonstances… Mais que l’on avait tendance à extrapoler dessus et à lui inventer une légende qui convenait, surtout si ça peut faire le buzz.

Une jeune fille, avec un arc, devant la dépouille d’un lion, en Namibie, ça a de quoi révolter les anti-chasses (je le serais aussi) et Martin, notre garde, va mener l’enquête pour tenter de trouver l’identité de cette jeune fille, sans doute blindée de thune, pour avoir pu s’offrir une chasse au lion.

Donner l’histoire de cette photo, c’est ce que Colin Niel va tenter de faire, avec ce roman choral, qui nous emmènera des Pyrénées à la Namibie, passant du dernier représentant des ours qui a disparu à un lion qui s’est mis à chasser les vaches et les chèvres des bergers du Kaokoland.

L’auteur donnera la parole à cette chasseuse, surnommée Lagolas, à Martin, le garde du parc, à Charles, le lion chasseur et à Kondjima, le jeune Himba qui a vu son troupeau de chèvres décimé par un lion solitaire.

La première moitié du roman est entraînante et je suis allée de surprises en surprises, la chasseuse n’étant pas aussi mauvaise qu’on pourrait le penser… Le récit n’étant pas linéaire, on passera de l’arc pyrénéen à celui qui s’est déroulé en Namibie, quelques mois auparavant. Cela ajoute du mystère et du suspense, ce qui fait que le récit avance très vite.

Malheureusement, les personnages sont assez linéaires, stéréotypés, manquant de profondeur et le pire fut Martin, très radical, même s’il n’a pas tort dans ce qu’il dit, parlant des torts que les Hommes font à la Nature et aux animaux. Imbu de lui-même, il croit qu’il est le seul à détenir la vérité.

Là où le bât a blessé, ce n’est pas dans son obsession à trouver l’identité de la jeune fille, mais quand il a commencé à jouer au stalker, la suivant, l’espionnant, pénétrant dans son appart et lorsqu’il la suivra dans la montagne, là, le récit a perdu tout sens commun, notamment à cause du comportement dingue de Martin qui agira comme un vulgaire chasseur.

Le final ne manquera pas d’ironie, il est cruel, violent et on se prendra l’instant karma dans la gueule… L’histoire de la photo est dévoilée et elle ne manquait pas de cynisme non plus.

En fait, tout est ironique dans ce récit, puisque le lion, s’il s’est mis à s’attaquer aux troupeaux, c’est à cause de l’extension des Hommes, qui prennent de plus en plus de place, de la sécheresse, de l’extinction des troupeaux d’animaux sauvages qu’il chassait avant. Tout est lié et l’Homme, horrible virus, a propagé la maladie partout.

Dommage que les personnages aient été si stéréotypés et que Martin ait viré radicaliste, sinon, cela aurait pu être un coup de coeur. Son comportement extrémiste dans la montagne, m’a dérangé fortement. J’ai beau ne pas aimer les chasseurs, il est des choses qui ne se font pas, sinon, on ne vaut pas mieux qu’eux.

Malgré mes bémols, ce n’est pour autant pas une lecture ratée, car elle m’aura fait réfléchir sur le fait que l’être humain est un prédateur, une créature qui sème le vent et s’étonne ensuite de récolter la tempête, un être qui détruit quasi tout, qui pollue au-delà du possible et dont certains, qui ne pensent qu’à s’enrichir, sont prêts à tout pour y arriver, même à écraser les vivants : humains, animaux, plantes, insectes…

Nous sommes dans la merde, mais c’est de notre faute, nous nous y sommes mis dedans. J’ai fait mon introspection et bien que n’étant pas contaminée par la consommation, je consomme tout de même, comme tout le monde. J’ai moi aussi ma part de responsabilité (sans doute moins grande que d’autres, enfin, je crois).

Comme quoi, même avec une lecture qui m’a un peu déçue par certains aspects, elle m’a tout de même élevée plus haut, me faisant pousser les curseurs de la réflexion plus loin. Une fois de plus, c’est ironique, ce roman. Rien que pour cela, je ne risque pas de l’oublier…

Chouette, alors, il me reste encore d’autres romans de cet auteur et je compte bien les lire. Qui sait, je ferai peut-être encore fumer mon cerveau ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°117].

L’affaire du musée‭ ‬– Les enquêtes lyonnaises de Sherlock Holmes et Edmond Luciole HS1 : Eric Larrey

Titre : L’affaire du musée‭ ‬– Les enquêtes lyonnaises de Sherlock Holmes et Edmond Luciole HS1

Auteur : Eric Larrey
Édition : Autoédité (25/04/2022)

Résumé :
Le Palais des Arts est une vénérable institution. Niché au cœur de Lyon, il accueille les visiteurs qui viennent admirer peintures, sculptures et autres antiquités.

Un havre de paix, jusqu’à ce jour de mai 1873, où son directeur reçoit une bien curieuse lettre anonyme, lui annonçant… un prochain cambriolage.

La menace est étonnante! Quel cambrioleur serait assez téméraire pour prévenir sa victime ?

Appelés à prendre en charge cette affaire, nos deux détectives n’ont guère de temps devant eux, puisque le méfait est programmé pour cette nuit même…

Critique :
Dans cette nouvelle holmésienne, nous retrouvons à nouveau un jeune Sherlock Holmes de 20 ans, menant ses enquêtes à Lyon, accompagné d’Edmond Luciole, sorte de Watson avant l’heure, qui aide Holmes dans ses enquêtes et les consigne dans son carnet.

En 1873, le directeur du musée vient voir les deux hommes afin de leur demander de l’aide : il a reçu une lettre anonyme dans laquelle l’auteur lui signale qu’il va le cambrioler.

Ben oui, j’ai commencé les nouvelles à l’envers… D’abord la deuxième, avant de passer à la première. Pas grave, mais pas malin. D’ailleurs, j’aurais dû commencer par les romans de cet auteur, afin d’en savoir plus sur ce jeune Holmes vivant à Lyon… Oui, tous ces apocryphes se dérouleront à Lyon…

Que l’on réanime à nouveaux les plus sensibles d’entre nous (Dame Ida, notamment), qui ne jurent que par un Holmes en Angleterre. J’ai survécu à cette lecture qui se déroule à Lyon, même si dans l’absolu, je préfère Londres (sans être contre les déplacements de Holmes).

Là aussi, l’enquête est bonne, des plus correcte, telle qu’elle aurait pu échoir à un jeune détective anglais de 19 ans, exerçant à Lyon… Tout comme Holmes, j’avais trouvé le petit truc que les autres n’avaient pas vu. Le récit ne manque pas d’offrir quelques surprises, si l’on a pas compris comme Holmes, ce qui se tramait.

Comme dans l’autre nouvelle, le bât a blessé aux mêmes endroits : Holmes, bien que ressemblant au canonique, manque de présence, de flamboyance et on a l’impression qu’il n’est pas là, comme si l’enquête était menée par un détective brillant, mais dont on ne perçoit guère la lumière. Dans les récits canoniques, Holmes écrase tout le monde de sa personnalité.

Holmes est un personnage fort, qui s’impose sans s’imposer. Là, sa présence était ténue, comme si l’auteur n’avait pas su lui donner toute sa prestance, toute sa flamboyance. Dommage !

Edmond Luciole, par contre, fait très bien le Watson, à tel point que lorsqu’il racontait cette ancienne affaire, je le visualisais à nouveau avec une moustache et une tête de Watson. Grrr, non, ce n’est pas Watson, ce n’est pas Watson.

Comme pour l’autre affaire (celle de Noël) les dialogues étaient en italique, ce n’est toujours pas folichon à lire et étaient toujours assez pauvre en détails. Pas de description de l’action que le personnage exécute, pendant qu’il est en train de parler.

Donc, pas de : « Voilà, dit Holmes en rassemblant ses doigts devant lui, les yeux pétillants de malice, notre homme est parti par la porte… ». Dans cette nouvelle, que des dialogues brutes, l’action étant décrite avant ou après, jamais durant le dialogue.

Certes, c’est au format de la nouvelle, il faut aller à l’essentiel, mais un peu plus ne nuit pas au texte et l’enrichirait, même. L’auteur développe une bonne intrigue et fait l’impasse sur son personnage principal qui est un jeune Holmes et sur les dialogues. Dommage.

Pourtant, malgré mes bémols, j’ai apprécié ma lecture. Dans le fond, vu que l’intrigue est correcte et que le Holmes n’est pas très différent du canonique (sa présence en moins), c’est plaisant, ça change des apocryphes qui le transforme en bouffon.

PS : dans les dernières pages son livre, l’auteur nous explique ses recherches sur la ville de Lyon dans les années 1870, nous parle des personnages réels qui interviennent dans l’enquête et signale que s’il a écrit des nouvelles, c’est pour faire comme Conan Doyle qui commença par des nouvelles avant de faire des romans…

Pas op hein, manneke (attention, mon gars) ! Par pour Sherlock Holmes, puisque les deux premières publications furent les romans « Une étude en rouge » et « Le signe des Quatre », avant de passer au format nouvelle avec « Un scandale en Bohême ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°114].

L’affaire de Noël – Les enquêtes lyonnaises de Sherlock Holmes et Edmond Luciole HS2 : Eric Larrey

Titre : L’affaire de Noël – Les enquêtes lyonnaises de Sherlock Holmes et Edmond Luciole HS2

Auteur : Eric Larrey
Édition : Autoédité (03/12/2022)

Résumé :
Décembre 1874, Lyon est sous la neige et Noël approche à grands pas. Une année riche en enquêtes les plus diverses s’achève et Edmond entend bien profiter d’un peu de repos. C’était sans compter sur l’inépuisable imagination des malfrats.

Un important industriel lyonnais vient de se faire voler un prototype, fruit de plusieurs mois de travail.

Une affaire urgente aux conséquences inattendues…

Critique :
Dans cet apocryphe holmésien, c’est un jeune Sherlock Holmes qui mène les enquêtes (20 ans), accompagné d’Edmond Luciole, qui est un Watson avant l’heure : il aide Holmes dans ses enquêtes et les consigne.

En 1874, juste avant Noël, il leur arrive une bien étrange affaire, le tout dans la neige, à la recherche d’un prototype volé dans une usine.

Cette série d’apocryphes me tentait depuis longtemps et vous le savez, je résiste rarement à un Sherlock Holmes. Le temps était maussade et comme nous étions en janvier, j’ai décidé de commencer par une nouvelle qui se déroule quelques jours avant Noël.

L’enquête est bonne, des plus correcte, telle qu’elle aurait pu échoir à un jeune détective anglais de 20 ans, exerçant à Lyon… Oui, à Lyon… Que l’on réanime les plus sensibles qui ne jurent que par un Holmes vivant en Angleterre. J’ai survécu à son changement de pays, il est jeune et se fait la main dans le Sud.

Par contre, là où le bât a blessé, c’est dans le personnage de Holmes, qui, bien que fort ressemblant au canonique, m’a semblé ne pas être assez présent. Si, il est là, il mène son enquête, mais jamais dans le récit l’on ne ressentira sa présence écrasante, flamboyante, comme dans les nouvelles de Conan Doyle.

Holmes a une personnalité forte, très marquante, qui s’impose sans s’imposer, mais on doit le sentir (honni soit qui mal y pense). Là, sa présence était plus ectoplasmique qu’autre chose, sa personnalité bien marquée ne se faisant pas sentir. On aurait très bien pu avoir un détective sagace à la place.

Edmond Luciole, par contre, fait très bien le Watson, à tel point que lorsqu’il racontait cette ancienne affaire, je le visualisais avec une moustache et une tête de Watson. J’ai dû me secouer la tête plusieurs fois et me répéter que ce n’était pas Watson.

Autre souci, ce sont les dialogues : en italique… Bof, pas folichon dans un roman ou une nouvelle. Par contre, ils étaient assez pauvre en détails.

Je m’explique : lorsqu’un personnage prend la parole, j’apprécie que l’auteur décrive, dans le dialogue, ce que fait le personnage. Exemple : « Voilà, dit Holmes en avançant vers les traces de pas dans la neige, notre homme est parti par là… ». Dans cette nouvelle, que des dialogues brutes, l’action étant décrite avant ou après.

Certes, c’est au format de la nouvelle, il faut aller à l’essentiel, mais un peu plus ne nuit pas au texte et l’enrichirait, même. L’auteur développe une bonne intrigue et fait l’impasse sur son personnage principal qui est un jeune Holmes et sur les dialogues. Dommage.

Pourtant, malgré mes bémols, j’ai apprécié ma lecture. Dans le fond, vu que l’intrigue est correcte et que le Holmes n’est pas très différent du canonique (sa présence en moins), c’est plaisant, ça change des apocryphes qui le transforme en bouffon.

PS : dans les dernières pages son livre, l’auteur nous explique ses recherches sur la ville de Lyon dans les années 1870, nous parle des personnages réels qui interviennent dans l’enquête et signale que s’il a écrit des nouvelles, c’est pour faire comme Conan Doyle qui commença par des nouvelles avant de faire des romans…

Pas op hein, manneke (attention, mon gars) ! Par pour Sherlock Holmes, puisque les deux premières publications furent les romans « Une étude en rouge » et « Le signe des Quatre », avant de passer au format nouvelle avec « Un scandale en Bohême ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°113].

Sherlock Holmes en Limousin : Jean-Louis Boudrie

Titre : Sherlock Holmes en Limousin

Auteur : Jean-Louis Boudrie
Édition : La geste (01/09/2021)

Résumé :
Lorsque Sherlock Holmes et le Dr Watson sont invités par un ami limousin aux commémorations du 700ème anniversaire de la mort du roi Richard Cœur de Lion devant le château de Châlus en Limousin, ils acceptent avec empressement.

En même temps, il leur est demandé conseil pour mettre fin aux agissements de la Bande à Burgou, un légendaire bandit de grand cœur et de grands chemins qui rançonne les bois de la région ; on le croyait disparu, il refait surface.

Une immersion dans un monde de veilles pierres et de forêts sauvages peuplées de loups cruels et de diverses créatures, un monde qui leur est totalement étranger et qu’ils devront apprivoiser, à moins que ce ne soit le contraire.

Qui l’emportera ? La froide analyse et les savantes déductions du célèbre détective ?

Ou la ruse et l’audace des hommes des bois ? Et s’il y avait des femmes des bois ? Et un trésor caché dans les ruines ?

Une chose est certaine : cette affaire laissera des traces de part et d’autre, et Sherlock Holmes le dira lui-même : Unfortgettable !

Inoubliable, mon cher Watson !

Critique :
Puisqu’il me reste encore des apocryphes holmésiens non lus, je me suis dit que c’était le bon moment pour les lire : début d’année, pas envie de commencer avec du trop lourd…

Oui, mais pas au point de vouloir lire du léger, une sorte de burlesque non assumé qui m’a plus souvent fait lever les yeux au ciel et qui, sans son statut d’apocryphe holmésien, aurait fini sa vie sous un meuble bancal.

Oserai-je dire que c’est un roman policier ? Il ne se passe pas grand-chose…

Sérieusement, l’intrigue tient sur un ticket de métro, les bandits de grand chemin ne font parler d’eux qu’après une centaine de pages et ça tient aussi de la pantalonnade grotesque, à tel point qu’on en vient à se demander si ces bandits ne sont pas là que pour amuser le détective ! Une ligne, à la fin, me fera penser que je n’avais peut-être pas tort…

Et Holmes, dans tout cela ? À se demander à quoi il sert ! Il n’enquête pas vraiment, ses déductions ne ressemblent à rien, il promet qu’il va tout résoudre, mais c’est à se demander comment il a fait, hormis attendre que tout tombe tout cuit. Oh, il se bougera un peu sur la fin, mais on est loin du détective officiel de Conan Doyle qui réfléchit.

Je ne sais toujours pas comment il a pu déduire qu’il y avait, dans le petit mot reçu à la fin, l’ombre du professeur de mathématique maléfique… Le mot était écrit par le complice, rien ne laisse présager qu’il y avait, derrière, le méchant canonique, mais oui, il était bien là. Mystèèère !!

Quant aux explications finales, elles sont en option ! Ou alors, on doit faire le job et faire marcher nos petites cellules grises… Expression que l’auteur utilise pour Holmes (là, Poirot va lui faire un procès) et qui ne lui va pas du tout. Apparemment, toutes ces histoires pour une trahison et une histoire de femme… Et les pierres qui sont tombées non loin de Holmes, c’étaient toutes des accidents ? Démerdez-vous pour le savoir !

Quant à Watson, on est loin du gentleman de Conan Doyle… Notre brave médecin plote une dame (sans le faire exprès), couchera avec elle après un excès de tabasco dans sa nourriture (ainsi qu’avec une autre, plus tard) et Holmes lui demandera, le lendemain, si c’était bon (la nuit de baise, pas le tabasco !).

Oula, en 1889, les Anglais parlaient de sexe entre eux ? Que Holmes et Watson allassent se dégorger le poireau, ma foi, c’est humain, mais que Holmes lui demande comment c’était, là, je m’insurge ! Tout comme Holmes fredonnant « What a wonderful world » (Louis Armstrong) après avoir planté son bâton dans la motte d’une madame.

Ah, les anachronismes ! Ceux qui font rire dans les comédies… L’auteur a eu l’idée d’insérer dans son texte des références à notre époque, des petites phrases qui auraient dû faire sourire, mais qui m’ont plus fait lever les yeux au ciel qu’autre chose tant elles tombaient comme des cheveux dans la soupe…

N’est pas Goscinny qui veut, Holmes n’est pas un comique troupier et si certaines références pouvaient prêter à sourire (le bruit et l’odeur, la tête de veau sauce Gribiche, le petit pas pour l’homme,…), j’ai des doutes sur le « casse-toi pauv’c** » de Sarko, sur le « sauf les cul-de-jatte, bien entendu » (extrait d’une chanson de Brassens), sur Holmes imaginant Pierre Desproges sur la même place, dans le futur (et j’en passe)…

Ou on fait du burlesque assumé (faut pas se louper) ou on se contente de glisser moins de références… Ici, l’auteur se prend les pieds dans le tapis. Trop est l’ennemi du bien.

On peut faire de l’humour dans un Sherlock Holmes, mais il se doit d’être plus fin, plus raffiné et surtout, on essaie tout de même d’offrir aux lecteurs une intrigue policière bien ficelée, même avec une simple affaire. On ne lui donne pas l’impression de le planter là, avec des explications vite expédiées et qui n’éclairent rien.

Mais ceci n’est que mon opinion, l’auteur fait ce qu’il veut, de toute façon, c’est son livre, mais vu ma déception (et le prix de l’ouvrage), je pense que j’ai le droit de rouspéter, puisque mon achat a fait vivre des gens (et payé leur facture d’énergie ?).

J’allais oublier aussi le présence d’un loup apprivoisé (à sa naissance), qui un jour, suivra Holmes, qui se trouve à cheval, avec trois de ses congénères (le loup apprivoisé n’appartenant à aucune meute, sans doute des solitaires qui l’accompagnent ?), dans le but de lui faire peur… Je n’ai pas vu l’utilité de cette poursuite…

Ni dans le fait que des loups aient préférés manger une bergère, en lieu de place de ses moutons, ainsi qu’un homme blessé… La forêt est giboyeuse, il y a des sangliers à tous les coins de sentier, des cerfs, des chevreuils, et le loup ne mange les humains que s’il crève la dalle (et encore). Le syndicat des loups pourrait porter plainte pour incitation à la haine et propagation de faits totalement faux, dans le but de les vilipender.

Quant aux policiers de bled, ils portaient tous des noms de grands crus : Gyvré, Chambertin, Montrachet, Bordeaux,… Oui, ça m’aurait fait rire ailleurs, mais pas ici. Trop c’était trop…

Anybref, il y a, dans ce roman policier qui n’a de policier que le nom, trop choses inutiles, qui ne servent à rien, qui ne font pas avancer l’histoire, ni l’enquête, mais qui servent à noircir des pages, dans le but de faire rire et qui ne font que desservir le texte (pourtant, je suis bon public, même avec des blagues à Toto, avec parcimonie) et qui m’ont juste fait lever les yeux au plafond, bien trop souvent.

C’est le deuxième roman des éditions La Geste, avec Holmes, qui me déçoit et j’ai peur de lire les suivants… Moi qui pensais passer un bon moment holmésien, je me suis fourrée le doigt dans l’œil, jusqu’au coude.

Ce genre d’écriture, de roman, n’est pas fait pour moi, ou alors, avec un inspecteur de Scotland Yard, un simple flic anglais en vacances et où le comique troupier est assumé et bien réalisé.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°110].

Airborne 44 – Tomes 4 – Destins croisés : Philippe Jarbinet

Titre : Airborne 44 – Tomes 4 – Destins croisés

Scénariste : Philippe Jarbinet
Dessinateur : Philippe Jarbinet

Édition : Casterman (2012)

Résumé :
Je marche dans une guerre qui broie tout : les hommes, les femmes, les enfants, les paysages… Rien, ni personne, ne lui échappe… Même mes souvenirs semblent vouloir mourir… Je marche dans une guerre noire, mais je garde l’espoir qu’il y ait au bout… …une lumière.

Critique :
Nous retrouvons Gavin, le soldat américain, là où nous l’avions laissé, sur la plage de Omaha Beach, bien que depuis le précédent album, il ait avancé avec son unité.

Unité décimée, bien entendu. Malgré tout, pas le choix, faut avancer, faut aller se mesurer, une fois encore, avec les soldats allemands, qui n’ont plus rien à perdre, qui savent très bien qu’après, ce sera l’Allemagne qui sera envahie par les autres, alors, ils se battent avec l’acharnement de ceux qui sont désespérés.

Peu de dialogues, au début de cet album, mais le scénariste nous fait partager les pensées de Gavin, qui, bien qu’enfonçant des portes ouvertes, n’en restent pas moins pétries de vérités.

Les dessins sont toujours magnifiquement bien réalisés et toute la violence des combats est bien rendue. Pas de manichéisme, heureusement, entre les soldats américains et allemands, les salauds comme ceux qui n’ont rien demandé se trouvant des deux côtés de la barrière.

Une fois de plus, beaucoup d’émotions dans ce quatrième tome, qui termine d’une belle manière, le récit commencé dans le précédent et s’attache à nous montrer des petites histoires dans la grande, notamment une malencontreuse erreur d’un soldat qui lui pèsera sur le cœur et un beau geste de pardon d’un autre côté.

L’album ne tournera pas que autour de Gavin, nous suivrons aussi une jeune fille dans la résistance, dans les hôpitaux de fortune sur le front où les hommes estimaient que les femmes n’étaient pas capables d’être autre chose qu’infirmière et dans la ville de Paris où les résistants de la 13ème heure se vengeront en tondant des pauvres femmes…

Ce second tome clôt correctement le diptyque consacré à Gavin et au débarquement de Normandie.

Un bel album, aussi bon que le premier, même si différent.

Airborne 44 – Tome 3 – Omaha Beach : Philippe Jarbinet

Titre : Airborne 44 – Tomes 3 – Omaha Beach

Scénariste : Philippe Jarbinet
Dessinateur : Philippe Jarbinet

Édition : Casterman (2011)

Résumé :
En 1938, un jeune franco-américain de 17 ans, Gavin, est en vacances avec ses parents sur la côte normande. Il y tombe amoureux d’une séduisante jeune française, Joanne, et va vivre sur place, l’espace de quelques semaines, le plus bel été de son existence.

Six ans plus tard, le 6 juin 1944, dans la ligne de mire des batteries allemandes, Gavin s’apprête à remettre les pieds sur le sol normand, au sein de la première vague d’assaut en passe de débarquer à Omaha Beach. Son esprit est plein du souvenir de Joanne, avec qui il a correspondu des années durant.

Mais depuis avril 1944, Joanne n’a plu écrit. Pour elle, Gavin va s’efforcer de survivre…

Critique :
Gavin Jentro va débarquer sur une plage de Normandie, mais pas pour des vacances, cette fois-ci.

Si je vous dis que nous sommes le 6 juin 1944, je pense que vous comprendrez tout de suite dans quelle horreur Gavin et bien d’autres, vont mettre les pieds.

Quelques années plus tôt, en 1938, notre Gavin, dont la mère est Normande, était venu passer des vacances dans le coin, sans penser une seule seconde qu’un jour, il y reviendrait en tant que soldat et que la belle plage serait souillée par le sang et les corps de milliers de soldats morts.

Des corps morts pour les cormorans, comme le chantait quelqu’un (même s’il ne parlait pas des soldats, mais d’un navire).

Il avait connu l’amour avec Joanne, les étreintes, les promenades à vélo, le sexe et l’amour, celui avec un grand A.

Cette bédé, qui ne met pas en scène des soldats de la 101e aéroportée (US Airborne), n’en reste pas moins criant de vérité, tant les événements mis en scène sont réalistes, bien que romancé, puisque Gavin et les autres personnages, américains ou allemands, sont issus du scénariste.

On a beau détester les guerres, les trouver inutiles, sanguinaires, horribles, cela ne m’a jamais empêché de vouloir en savoir plus et donc, de lire des récits de la Seconde Guerre Mondiale, surtout.

Comme les deux premiers tomes m’avait enchanté, j’ai décidé de poursuivre ma lecture de cette série et bien m’en a pris.

Heu, sauf que j’aurais dû prendre aussi le tome 4, puisque cette histoire est un diptyque et que là, je crève de ne pas connaître la suite… Bien que je m’en doute, car j’ai remarqué un détail important et que j’ai compris ce qui était vraiment arrivé à un personnage.

Dans cette série, les personnages ne sont pas manichéens, tout le monde aura son mot à dire : résistants et collabos, soldats allemands et soldats libérateurs. On a la trouille dans les barques, mais aussi dans les bunkers, et tout le monde joue sa vie, dans cette affaire (sauf les plus hauts gradés, planqués).

Même si le jeune soldat allemand n’a pas envie de tuer les soldats qui débarquent, c’est ça ou mourir, sous les balles de son officier en premier, puis sous celle de l’ennemi ensuite (oui, pour les soldats allemands, les Anglais, Américains, Canadiens, étaient l’ennemi).

Les dessins sont très réalistes, eux aussi, et les tons pastel leur allaient à ravir, même durant le débarquement et sa grande boucherie sanglante.

Un grand album et une série qui est réussie, jusqu’à présent !

Un bon anniversaire à Sherlock Holmes !! 

 

Le carré des indigents‭ : ‬Hugues Pagan

Titre : Le carré des indigents

Auteur : Hugues Pagan
Édition : Rivages Noir (05/01/2022)

Résumé :
L’inspecteur principal Claude Schneider, fraîchement muté dans une ville moyenne de l’est de la France, reçoit comme première affaire celle de la disparition d’une jeune fille sans histoire.

Son père a signalé son absence alors qu’elle n’est pas rentrée de la bibliothèque. Finalement, le cadavre de Betty est retrouvé peu après, atrocement mutilé à la gorge.

Critique :
La prochaine fois qu’un scrogneugneu me balancera, d’un air infatué (ou moqueur), que « les romans policiers, ce n’est pas de la littérature, que je ferais bien de lire des vrais livres », je pense qu’il serait de bonne guerre que je lui balance ce polar noir dans la gueule, afin qu’il constatât que cela fait moult années que le polar n’est plus un roman de gare.

N’espérez pas lire ce polar noir en vitesse, il faut être concentré sur sa lecture, l’auteur utilisant des phrases bien plus complexes que le traditionnel « Sujet – Verbe – Complément ». Ses constructions de phrases sont belles, brillantes, recherchée. Mais c’est une lecture plus exigeante, il est déconseillé de rêvasser en lisant.

La société des années 70 que nous brosse l’auteur n’est pas brillante. Non, ce n’était pas mieux avant. Dans ses pages, c’est sombre et ce sont les petites gens qui sont mises à l’honneur, ainsi que les membres d’un commissariat, un peu à la manière de la série du 87è district (Ed McBain).

L’inspecteur principal Schneider est un homme taciturne, il a fait la guerre d’Algérie, est revenu avec des blessures à l’âme et au cœur, mais son personnage sort tout de même des sempiternels flics bourrus alcoolos. Mais que ça fait du bien d’avoir un enquêteur qui sort des portraits habituels, qui a du répondant (avec peu de mots, mais souvent cinglants) et qui se fout de tout, sauf de ses enquêtes (il ne fait pas de la lèche).

Hugues Pagan a une plume incisive, cynique, caustique, mâtinée de termes argotique, de langage un peu cru, sans être vulgaire. Du langage de flics des années 70, de celui des gens d’en bas. Un langage qui colle parfaitement bien à l’atmosphère de ce roman noir, qui est parfaitement dans le ton des années 70 et qui lui donne un petit truc en plus.

L’enquête ne sera pas facile : pas de témoins de la mort d’une jeune fille qui rentrait chez elle à bicyclette et que l’on retrouvera morte. Schneider mène l’enquête, boit beaucoup, fume comme un dragon, se moque des colère de celui que l’on surnomme Dieu (le chef du commissariat), ne trempe pas dans les magouilles des ripoux et tente de faire la lumière sur ce crime banal mais terriblement dégueulasse.

Un roman noir, social, terriblement sombre, rempli de désespoir, de tristesse, aux atmosphères poisseuses, peuplé de personnages forts, qui dégagent une présence qui restera, même après la fermeture de ce roman.

Un roman que j’ai refermé avec une pointe de tristesse, avec la sensation que je quittais une épique de flics que j’avais apprécié, qui m’avaient marqué, notamment Schneider. Un roman noir qui va à son rythme, qui ne fait pas dans la surenchère ou la vitesse, mais qui marque tout de même.

PS : merci au Top 10 (chez Collectif Polar) de la flingueuse Chantal qui m’a donné envie de lire ce roman noir ! C’est mauvais pour la PAL, ces top, mais on y trouve parfois des pépites cachées qui méritent d’être mises en avant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°107].

Un Noël à New York – Petits crimes de noël 12 : Anne Perry

Titre : Un Noël à New York – Petits crimes de noël 12

Auteur : Anne Perry
Édition : 10/18 Grands détectives (2016)
Édition Originale : A New York Christmas (2014)
Traduction : Pascale Haas

Résumé :
Jemina Pitt, la fille du célèbre directeur de la Special Branch, a 23 ans durant l’hiver 1904. Elle décide d’accompagner sa jeune amie Delphinia Cardew à New York, sur le point de se marier avec l’aristocrate Brent Albright.

Dans la haute société new-yorkaise, ce mariage est une grande affaire qui liera deux familles prodigieusement riches. Mais Jemina détecte une ombre mystérieuse planant sur la célébration.

Maria, la mère de Delphinia, est absente de la fête et les Albright refusent de mentionner son nom. Et quand le frère du marié demande à Jemina de l’aider à retrouver Maria afin de prévenir un scandale, elle n’hésite pas à se lancer dans une enquête aussi inattendue que périlleuse.

De Hell’s Kitchen à Central Park, Jemina devra trouver son chemin à travers les rues enneigées de New York, sans se douter qu’un danger mortel la menace.

Critique :
Ne me demandez pas ce qui m’arrive, cette année, mais voilà que ce mois de décembre, j’ai eu l’envie soudaine de lire des récits se déroulant durant la période de Noël, moi qui préfère les lire en juillet/août.

Pour faire bonne figure, j’ai tout de même choisi un polar historique afin d’avoir un meurtre sous le sapin. Il n’est pas sous le sapin, mais dans un lit (rien de graveleux, hélas).

Dans ce polar de Noël, Jemina Pitt, la fille de Thomas et Charlotte Pitt, accompagne son amie Delphinia Cardew à New-York, où celle-ci va épouser le fils de l’associé de son père, un mec pété de thunes (toute comme elle). Delphinia est totalement in love de son Brent Albright.

Le mystère est que la mère de Delphinia a abandonné sa fille lorsque cette dernière était tout bébé et que le frangin du futur marié a peur que la mère, qui a eu un comportement scandaleux, ne vienne foutre le bronx le jour du mariage. Le Bronx, à New-York, c’est normal (jeu de mot foireux après Noël).

J’avoue que Anne Perry m’a habitué à mieux, beaucoup mieux, dans sa saga avec Thomas Pitt, notamment en nous parlant, mieux que personne, du Londres victorien et nous décrivant avec précision l’Angleterre de cette époque, avec les différentes classes sociales, les petits doigts en l’air pour boire les cup of tea, tandis que dans les taudis, la misère grouille comme les rats (Hidalgo est innocente)…

Il est difficile d’entrer dans des détails historique avec un roman de 156 pages et c’est tout le problème de ce petit polar historique : il se lit trop vite et ne va pas au fond des choses, donnant l’impression qu’un nombre précis de pages ne devait pas être dépassé et que, quoiqu’il en coûte, il fallait le clore en vitesse.

Allez hop, il faut donc sauter des étapes importantes, notamment l’arrestation de la personne coupable ! Ah oui, mais non, c’est super important, ça, l’arrestation ! Déjà que Jemina et le policier n’ont que peu d’éléments à charge, ni aucune preuve tangible. La personne coupable aurait pu ricaner et dire « Prouvez-le » et là, c’est Tintin (et Milou avec) ! On a de fortes présomptions, la logique parle (même moi j’avais trouvé qui c’était dès la découverte du cadavre), oui, mais pas de preuve directe.

Mais puisque l’on arrête la personne coupable, je suppose que cette dernière a avoué, ce qui est difficilement compatible avec son caractère froid et calculateur. Mais je m’égare…

De plus, si dans la version londonienne, l’autrice prend toujours le temps de donner à la ville une place importante, ici, New-York faisait de la figuration et n’a pas obtenu la place qu’elle méritait. La visite de quelques quartiers emblématiques est rapide et on lui signale qu’on n’ira pas à Hell’s Kitchen, car trop dangereux.

Malgré ces gros bémols et ce final qui m’a semblé se dérouler en accéléré à l’aide de quelques phrases explicatives, le reste du roman n’est pas si mal que ça : il est plaisant à lire un jour de réveillon de Noël, reposant et on le dévore assez vite afin d’apprendre le secret caché et honteux de la maman indigne de Delphinia. Effectivement, pour l’époque, c’était scandaleux au possible.

Ce ne sera pas le polar de l’année, ni même celui du mois de décembre et ma préférence restera pour la saga de Thomas Pitt.

Avec une centaine de pages de plus, l’autrice aurait pu développer mieux son intrigue, la recherche d’indices et l’arrestation de la personne coupable, dont j’aurais aimé que l’on nous décrive son visage, ses dénégations, la réaction des autres personnages… Ce qui fait le sel d’un polar !

Si j’ai été contente de passer du temps avec Jemina Pitt, que j’ai connue dans le ventre de sa maman et que j’ai vu grandir, j’ai trouvé le reste du roman assez mièvre, notamment avec un gros cliché final. Le fait de ne pas suivre l’arrestation de la personne coupable est une aberration dans un polar et le résumer en quelques lignes insipides est une hérésie.

Une lecture pour se détendre l’esprit avant un réveillon de Noël, pour se détendre après les fêtes de Noël, pour lire sur la plage, sans se prendre la tête.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°106].