Jesse le héros : Lawrence Millman

Titre : Jesse le héros

Auteur : Lawrence Millman
Édition : Sonatine (15/03/2018)
Édition Originale : Hero Jesse (1982)
Traducteur : Claro

Résumé :
1968, Hollinsford, New Hampshire. Élevé par son père, Jesse a toujours été un outsider au comportement inquiétant, rejeté par les autres enfants du village. Avec l’adolescence, les choses ne s’arrangent pas.

On l’accuse aujourd’hui d’avoir violé une jeune fille, on le menace d’un placement en institution spécialisée. Mais tout ce qui préoccupe Jesse, ce sont les images du Vietnam, qu’il suit obsessionnellement à la télévision, celles de cette guerre où est parti son frère Jeff, qu’il idolâtre.

Lorsque celui-ci, démobilisé, revient au pays, rien ne se passe comme Jesse l’espérait. Et c’est pour notre héros le début d’une escalade meurtrière à la noirceur extrême.

Entre le Holden Caulfield de L’Attrape-cœur et le Patrick Bateman d’American Psycho, Jesse est difficile à situer.

Est-il la victime d’un handicap mental, d’un contexte familial perturbé, d’une société où fleurissent les images violentes, ou bien un tueur en série sans empathie, capable d’éliminer ses contemporains aussi facilement que ces rats sur lesquels il aime tirer ?

Lawrence Millman nous abandonne entre ces hypothèses perturbantes, jusqu’aux dernières pages du livre et leur étonnante conclusion.

Un chef-d’œuvre du noir enfin extirpé de l’oubli.

Critique :
Que voilà un roman bien sombre, bien glauque, bien dérangeant ! Un roman noir que l’on lit jusqu’au bout avec une certaine fébrilité, en se disant « Put*** de put*** de put***, dites-moi que je rêve, dites-moi que tout ceci n’est pas vrai ! ».

Jesse est un adolescent attardé élevé par son père, la mère étant morte à la naissance.

Il a un frère aîné qui est parti au Vietnam et les images de la guerre qu’il voit à la télévision le fascinent un peu trop.

Sans compter que notre Jesse a le manche qui le démanche, alors il le frotte souvent et parfois, il ne demande pas l’autorisation à la fille pour le lui mettre dedans… Jesse pose problème pour la communauté, mais son père ne veut pas le placer.

Difficile de s’attacher à Jesse ! D’habitude, ce genre de personnage recueille toute mon empathie, mais là, mon empathie est partie et j’ai même envoyé ma conscience faire un tour lorsque je suis arrivée dans le dernier tiers du roman tant on plonge dans la noirceur et les comportements plus que dérangeants.

Si Jesse a encore l’excuse de ne pas avoir l’eau et le gaz à tous les étages, certains adultes ne bénéficient pas de ces circonstances atténuantes et cela rend leurs comportements encore plus immonde et immoral que chez Jesse.

D’ailleurs, comment voulez-vous qu’un ado attardé se comporte correctement quand des pères font des enfants à leur fille, boivent comme des trous, sont violents et que environnement social n’est pas bio mais toxique à mort ?

Roman noir, je vous le disais et la dimension sociale, bien que peu détaillée, ne laisse aucun doute sur le niveau auquel nous nous trouvons : fort bas sur l’échelle sociétale.

L’auteur ne s’embarrasse pas de tirets cadratins ou de guillemets pour ses dialogues, je pensais que j’allais bloquer dessus (comme souvent), mais non, les dialogues sont passés tout seuls et même les multiples « Son père dit » ne m’ont pas gêné dans ma lecture, ce qui veut dire que le niveau du roman était fort élevé pour que ce genre de détails importants ne m’importunent pas.

Un roman noir qui ne met pas de gants pour vous livrer une histoire assez sordide, quand on y pense bien, une histoire dont on se dit que non, on va se réveiller…

Un roman noir aux personnages violents de par leurs comportements, leurs paroles, leurs intolérances, aux personnages tendres car le père de Jesse fait ce qu’il peut pour son gamin, un personnage principal – Jesse – qui ne possède pas d’empathie et qui vit sa vie comme dans un rêve où les fantasmes de sexe et de morts violentes sont omniprésents.

Psychologiquement parlant, ceci est un roman marquant de par sa noirceur. Les faits qui se déroulent dans ces pages laisseront le lecteur abasourdi par tant de déchéance humaine, l’auteur franchissant la ligne rouge allégrement, jouant sans cesse avec la limite du tolérable, vous empêchant tout simplement de refermer le livre avant sa conclusion finale qui m’a laissée pantoise.

Put***, quel roman noir ! Une peinture sans concession d’une partie de l’Amérique des années 1960, en pleine guerre du Vietnam, bourré de petits esprits comme il en existe encore tant…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) – Dernière chronique de cette édition 2017/2018.

 

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Jake : Bryan Reardon

Titre : Jake

Auteur : Bryan Reardon
Édition : Gallimard (08/02/2018)
Édition Originale : Finding Jake (2015)
Traducteur : Flavia Robin

Résumé :
Simon Connolly est l’heureux père de deux enfants, Jake et Laney. Certes, la situation de cet homme au foyer est pour le moins originale et Simon n’est pas toujours très à l’aise dans ce rôle. Mais, cahin caha, la famille coule des jours paisibles ?

Jusqu’au jour où Doug Martin-Klein, un gamin associable dont Jake est le seul copain, tire sur plusieurs adolescents avant de se donner la mort. Les survivants et les blessés sont peu à peu évacués mais Jake est introuvable.

Et très vite soupçonné d’être le complice de Doug. Commence alors pour Simon une véritable descente aux enfers. Comment une chose pareille a-t-elle pu arriver ?

Comment a-t-il pu ne rien entrevoir du drame qui se profilait ? Jake est-il coupable ? Où est-il passé ?

Critique :
Une fusillade dans un lycée américain fait 13 morts et bien plus de parents ou de familles déchirées, en colère. anéanties, traumatisées…

Les médias se déchaînent, les gens aussi, on écoute un président peroxydé dire n’importe quoi, tapant sur les jeux vidéos, sur les parents du tueur, sans que jamais personne ne se demande ce que ressentent les parents de l’ado qui vient de commettre ces assassinats.

Et tout le monde balance sur le dos de ces gens-là, les jugeant sans savoir, déversant des tonnes de commentaires haineux sur les réseaux sociaux, sans jamais penser à ce que peuvent ressentir ces hommes et femmes qui ne sont pas toujours des mauvais parents, comme on voudrait nous le faire croire.

Ici, nous allons entrer dans le quotidien de Simon Connoly, de son épouse Rachel et de ses deux enfants, Jake et Laney.

Alternant les chapitres « avant » et « après », l’auteur nous fait vivre avec brio les moments de vie de Jake : sa naissance, son enfance, son côté un peu réservé, son père qui joue les mères au foyer pendant que maman bosse, sa vie avec sa petite soeur et les moments angoissants que vont vivre cette famille lorsqu’on accusera leur enfant d’être un des co-auteurs de la tuerie.

Ce roman est un concentré d’émotions brutes, pures, magiques, magnifiques. Sans voyeurisme aucun, sans parti pris, l’auteur nous fait vivre de plein fouet ce que des parents vont ressentir lors de l’emballement, du déferlement médiatique qui va leur tomber dessus, sans que personne ne se soit posé les bonnes questions de l’innocence ou de la culpabilité de leur fils.

Les pages se tournent toute seules tant on a envie de savoir ce qui est arrivé à Jake et ce qui va arriver à sa famille, au bord de l’éclatement, au bord de la nausée de s’entendre juger par des gens qui ne les connaissent pas, ou peu, ces sois-disant amis qui, le jour où vous êtes dans la tourmente, viennent tirer à boulets rouges sur vous.

Un roman noir assez court où l’on s’attache aux personnages principaux car ils sont réalistes, humains, avec leurs failles, leurs défauts, leurs personnalité propre, dont celle d’un père et d’un fils un peu réservé, ce qui fait dire qu’ils sont différents.

Un roman noir qui vous prend aux tripes, qui ne vous lâche pas, profond, humain, juste, réaliste, et un concentré d’émotions pures dans les dernières pages, celles qui donnent des crasses dans les yeux parce que soudainement, ils se mettent à pleurer tout seuls.

Un roman noir qui m’a ému, qui m’a fait réfléchir à tout ces imbéciles qui vilipendent d’autres personnes sans savoir, se mêlant de ce qui ne les regarde pas, les faisait parler alors qu’ils ne savent rien, que ce soit pour des tueries ou pour des testaments.

Ce roman noir qui alterne les phases de bonheur et celles plus angoissantes de « Jakoutai » fini d’emblée dans mes coups de coeur marquants de l’année 2018.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.

Les étrangers dans la maison – Inspecteur Charles Resnick 2 : John Harvey

Titre : Les étrangers dans la maison – Inspecteur Charles Resnick 2

Auteur : John Harvey
Édition : Payot et Rivages (janvier 1995)
Édition Originale : Rough Treatment (1990)
Traducteur : Olivier Schwengler

Résumé :
Maria Roy a menti en décrivant les cambrioleurs qu’elle a surpris chez elle, comme deux petits noirs en blousons. Harold, son mari, n’a pas tout dit sur ce que contenait son coffre-fort.

Quant au grand type élégant qui s’est courageusement interposé contre un commando venu saccager le restaurant chinois où il dînait, il est autant industriel du textile que lester young était chanteur d’opéra…

Tant que ces gens-là se mentent les uns aux autres, tout le monde y trouve plus ou moins son compte. Mais lorsque chacun a leur tour, ils viennent mentir au détective-inspecteur charlie resnick, il cherche le lien entre les menteurs, un kilo de cocaïne en vadrouille et une vague de cambriolages non éclaircis.

Quitte à mettre son nez dans les affaires d’un collègue indélicat et à fréquenter l’univers impitoyable de la télévision…

Critique :
Lire une enquête de l’inspecteur Charlie Resnick, c’est comme écouter du jazz : un jazz lent, rempli de grisaille où les notes sont jouées de manière nonchalante, avec quelques pointes d’ironie qui saillent dans cette mélodie qui ne manque jamais de consistance.

Autrement dit, si vous voulez un roman qui swingue et qui twiste, passez votre chemin et changez de disquaire !

Notre inspecteur officie dans la ville de Nottingham, et, tel le Shérif de Robin des Bois, il se retrouve face à des cambriolages dont ses collègues policiers n’arrivent pas à trouver les auteurs.

Dans les romans de Harvey, on prend le temps de planter le décor, de faire opérer les cambrioleurs pendant que l’inspecteur polonais (Resnick) cherche à vendre sa maison.

On étoffe aussi un peu les personnages qui gravitent dans les pages, que ce soient les cambrioleurs, les cambriolés, les policiers, les chefs, les collègues… Personne n’est laissé pour compte, même les seconds rôles, et donc, vous comprendrez que si l’on donne une place importante aux personnages, aux décors et à leurs tranches de vie, on est incapable de proposer un rythme trépidant.

Mais lorsqu’on se plonge dans une enquête de l’inspecteur Resnick, l’amateur de sandwich, de café, de jazz, de chats et au côté bourru, c’est parce que l’on recherche l’adrénaline ailleurs que dans les courses poursuites ou les rebondissements à chaque fin de chapitres !

Au départ, quand il avait commencé à ne plus pouvoir dormir, il avait réduit sa consommation de caféine : moins pendant la journée, plus du tout le soir. Résultat, son équipe en avait fait les frais. On ne pouvait plus rien lui dire sans qu’il devienne odieux.

Nous sommes dans l’Angleterre des années 80/90, celle de la Dame de Fer, celle des inégalités sociales qui furent creusées par le Thatcherisme galopant et sa politique de libéralisme à gogo. Vous voyez, le décor et l’ambiance ont toute leur importance et sont des personnages à eux tout seul.

Ici, pas de flics brillants, pas de super héros, pas de méchants machiavélique, juste des petits trafiquants de drogue, des petits voleurs à la semaine, des magouilleurs du dimanche, bref, que du réaliste.

Ce que j’apprécie chez cet auteur, en plus de ses ambiances bien senties de l’Angleterre qui se réveille avec la gueule de bois à cause du chômage qui gonfle comme un ballon de baudruche (ou ce que vous aimez voir se gonfler, bande de coquins), c’est sa prose émaillée de petites piques, de jolies réparties, de belles saillies, bien expédiées, bien envoyées, bien utilisées.

— Robert semble avoir eu sa petite crise, apparemment ?
— Ça se produit souvent ?
— Ce type est réglé comme une horloge. Robert présente plus de symptômes pré-menstruels que moi ou n’importe quelle femme de mes relations. Sauf qu’il ne saigne pas.

Le flegme britannique mâtiné de bons mots qui font sourire.

— Alors, si j’ai bien compris, un après-midi bestial et elle boucle sa valise ? Mais qu’est-ce que t’as dans la braguette ? Un missile radioguidé ?
— C’est pas ce qu’on a dans la… commença Grabianski.
— Oui, je sais, compléta Grice. C’est l’art de s’en servir, O.K. ! tu m’épargnes la soirée thématique.

— Je t’ai dit que j’avais faim. Alors je vais manger et toi tu restes si tu veux pour t’offrir une maladie vénérienne de luxe.

— C’est pas beau, ça ? Millington qui la ramène sur la guerre des Tongs, maintenant ! Les cours par correspondance ont encore frappé !

Jack Skelton et hésita un instant à frapper à la porte pour demander ce qui n’allait pas, mais il n’en fit rien, bien sûr. Autant s’inviter à une garden-party de la Reine pour lui demander des nouvelles de son transit intestinal.

Et puis, avec lui, on a toujours le plaisir d’être surpris par l’arbre qui cache bien souvent une forêt d’autres choses.

Un plaisir de fin gourmet que je ne conseillerai qu’aux amateurs de romans noirs qui cherchent les ambiances tamisées et aux notes de jazz langoureuses.

Trente-six heures s’étaient écoulées depuis le cambriolage et pourtant la trêve continuait. Elle ne l’agonissait plus d’injures et c’est à peine si elle se montrait revêche. L’autre soir, pour un peu, elle lui aurait même fait une petite pipe et il avait dû faire semblant de dormir pour la décourager.

En retroussant sa lèvre supérieure, Levin découvrit deux incisives assez impressionnantes pour casser une belette en deux d’un seul coup.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver), Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°15 – Diadème de Beryls – Vol de bijoux), le Mois du polar (Février 2018) chez Sharonet Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book.

Selfies : Jussi Adler-Olsen

Titre : Selfies

Auteur : Jussi Adler-Olsen
Édition : Albin Michel (29/03/2017)

Résumé :
En raison de ses échecs répétés, l’existence du département V est menacée.

Rose doit montrer que le service vaut encore quelque chose, mais elle se retrouve internée, en proie aux fantômes d’un passé violent.

D’un autre côté, de nombreux crimes ont lieu à Copenhague.

Carl, Assad et Gordon devront empêcher les nouveaux crimes en préparation.

Critique :
Jamais je n’ai encore réussi à lire un roman de cet auteur à mon aise, en m’immergeant doucement dans son récit, en dégustant lentement ses phrases…

Non, depuis le début, je me jette sur ses romans comme un cannibale affamé sur un morceau de viande humaine !

Je VEUX savoir ce qu’il va arriver, alors je dévore le roman à une vitesse folle et ensuite, tel un junkie en manque, je traine mon ennui durant quelques jours, triste à l’idée d’avoir quitté si vite mes copains du Département V.

Une fois de plus c’est ce qu’il s’est produit et me voilà avec le coeur en berne jusqu’au prochain, le tome 8.

Pourtant, on ne peut pas dire que l’écriture de Jussi Adler-Olsen soit exceptionnelle. Nous sommes loin d’un prix d’écriture, pas de tournures de phrases savantes, rien de compliqué pour l’esprit et à la fin, tout est toujours très clair dans la résolution du ou des meurtres.

Alors pourquoi tant d’amour pour ses romans mettant en scène le fameux Département V ?

Sans doute parce que l’auteur a créé une équipe atypique, avec un commissaire Carl Mørk qui préfère mettre ses pieds sur le bureau que de bosser (moins maintenant) et avec un aidant au passé mystérieux et trouble, qui nous cause toujours de ses chameaux, j’ai nomme Assad le Syrien.

Ajoutons à cela une Rose qui est souvent perturbée et à laquelle on s’attache immanquablement et un grand échalas du nom de Gordon, que l’on déteste d’entrée de jeu avant qu’il ne nous révèle tout son potentiel caché.

La force de ses romans tient dans ses personnages qui, au fil des romans, sont devenus des amis que l’on apprécie de retrouver, des personnages dont les secrets nous sont dévoilés peu à peu, et qui, bien souvent, rajoutent du mystère en levant les coins du voile.

De plus, il y a de souvent des notes d’humour dans les dialogues, dans les expressions erronées d’Assad, ses proverbes avec ses chers chameaux, dans les métaphore utilisée pour illustrer les pensées des personnages. On se bidonne pas, mais on a souvent un pouffement de rire qui nous échappe.

Mogens hocha lentement la tête, avec l’air d’un homme qu’on a fait débander au moment où il allait jouir.

Le type avait dû faire un stage au gouvernement pour apprendre l’art de se débarrasser des bâtons merdeux !

Les enquêtes sont souvent complexes, aux multiples ramifications, et celle-ci ne fait pas exception. De plus, l’auteur plonge souvent dans le passé trouble et pas très reluisant de son pays, le Danemark, nous montrant que oui, il y a quelque chose de pourri au royaume.

Pourtant, j’ai ressenti moins d’émotions fortes dans celui-ci, contrairement à « Dossier 64 » ou à « L’effet papillon » (« Miséricorde » était rempli d’émotions aussi, tout comme « Profanation ») car le sujet de traité s’y prêtait moins (si je puis dire), mais j’avoue que mon petit cœur a tremblé à bien des moments pour un personnage en ballotage et suite aux révélations sur son passé qui fut loin d’être paisible et heureux…

Le sujet traité ici est un fait bien connu de nos sociétés : les centres d’aides sociales. Rien de reluisant dans ces lieux inhumains et personne n’aurait envie d’aller y faire la file pour mendier de l’argent. Le sujet est fort.

Le nom de « Centre d’action sociale » avait déjà cet effet sur elle alors qu’il était relativement neutre. Des noms comme « Chambre des supplices », « Comptoir de mendicité » ou « Guichet des humiliations » auraient été plus justes. Mais dans la fonction publique, on n’appelait pas les choses par leur vrai nom.

Mais au lieu de se concentrer sur des gens qui crèvent vraiment de misère et qui galèrent pour s’en sortir, l’auteur nous présente une belle brochette de pétasses bimbos qui préfèrent, non pas l’amour en mer, mais se la couler douce en vivant sur le dos de la société plutôt que de bosser.

Ça change toute la donne, non ?? Elles, on aurait vraiment envie de leur coller des grandes paires de claques, mais pas de les plaindre.

Pas de temps mort, j’ai avalé ce roman en une soirée et une partie de mon samedi, c’est vous dire combien il m’a captivé.

On se serait cru dans un vieux film avec Sherlock Holmes et le docteur Watson.

— Ce garçon est un rêve éveillé. Il est divin. Tellement soigné et sexy et incroyablement imaginatif au lit. Fort et endurant, dominateur comme un étalon. Tu verrais comment… »
Carl le stoppa net, levant les paumes vers Morten en un geste de défense. « Merci, épargne-moi la suite. Je crois que je peux me faire une idée. »

J’ai été soufflée en voyant comment nos pétasses bimbos voulaient régler leurs problèmes d’argent et comment une autre personne voulait remédier aux problèmes de ses pétasses prétentieuses qui n’en foutent pas une. My god, encore une belle brochette de personnages réussis.

Alors, je ne sais pas si le petit oiseau va sortir durant le selfie, mais souriez tout de même, on ne sait jamais… Bien que parfois, entre ces pages, on ait tendance à rire jaune.

Vivement le prochain tome !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge Nordique Édition Scandinavie chez Chroniques Littéraires.

Le carnaval des hyènes : Michaël Mention

Titre : Le carnaval des hyènes                                                 big_4-5

Auteur : Michaël Mention
Édition : Ombres Noires (2015)

Résumé :
Carl Belmeyer, arrogant présentateur de JT est faux, manipulateur, un authentique sale type. Ancien reporter de terrain, il vire ses collaborateurs sur un coup de tête, se moque de son audience, et sniffe de la coke.

Soudain, un scandale secoue la chaîne : dans son émission de téléréalité Villa Story, une candidate meurt après avoir été giflée par un concurrent.

Il faut redorer le blason de la chaîne, restructurer… Belmeyer doit changer !

Il est dépêché au Libéria, déchiré par la guerre civile, pour qu’il reprenne son rôle de journaliste engagé, et faire croire que la chaîne se recentre sur l’important, l’info.

Critique : 
« Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate » pourrait être noté aussi sur le fronton de chaque médias (télé ou papier), avec juste quelques petites adaptations.

Vous qui regardez cette télé, ce journal, oubliez toute espérance d’obtenir la vérité…

D’entrée de jeu, le livre t’uppercute et te rentre dedans violemment. Michaël Mention ne prend pas des gants pour dire tout haut ce que peu de gens pensent tout bas (la majorité étant des moutons suiveurs, On pense pour eux) sur les médias qui nous manipulent, sur la société, les polémiques, les grands faits d’actualité, la politique,…

La plume est incisive, trempée dans l’encre du réalisme, dépouillée de tout artifices dont la télé nous a habituée.

Au moins, l’auteur ne vend pas du temps de cerveau disponible pour une célèbre boisson gazeuse. Non, lui, il secoue le cocotier. Réveillez-vous, pauv’cons !

Que ceux qui nourrissaient encore des espérances sur la télé – le monde et tout le reste – ouvrent le roman avec douceur, des fois que la vérité, brûlante comme de l’acide, ne leur explose à la gueule.

Pour moi, ce fut une jouissance de voir par écrit – au travers du personnage de Carl – le fond de mes pensées sur l’actualité, les médias et sur les journaux, qui, pour la plupart (tous sauf 3 ou 4), appartiennent maintenant à des gros groupes industriels (ou des familles), perdant de ce fait leur rôle de Quatrième Pouvoir, pour mon plus grand désespoir.

Les médias, aux bottes des puissants qui l’utilisent comme un bon chien fidèle, celui qui n’ose mordre la main de celui qui le nourrit. Ces hommes d’affaires, propriétaires, lui faisant remuer la queue selon leurs désidératas pour mieux satisfaire leur égo surdimensionné.

N’allez pas croire que durant 220 pages l’auteur casse du sucre sur le dos des médias, du peuple soumis, des moutons qui la regardent, des politiciens qui l’utilise… Non, ce serait réducteur parce que le roman est bien plus subtil que ça.

Non, pas la peine de ma supplier, je ne dirais rien de l’histoire, ne voulant pas vous la dépuceler, ça vous gâcherait votre plaisir. Sachez juste que vous aller voyager et boire un petit noir bien serré.

Pour moi, je me suis prise un pied intégral, dévorant l’histoire, me gavant de l’écriture de Michaël, adorant détester certains de ses personnages, travaillés, profonds et nous réservant bien des surprises.

Un grand moment de lecture et un pied magistral avec 220 pages. C’est peut-être guerre épais (mwarf), mais ça fait de l’effet ! Et du bien par où ça passe.

Comme on a dit avec l’ami Gruz/Yvan, « Les hyènes ricanent, le carnaval passe ».

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

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Sale temps pour le pays : Michaël Mention

Titre : Sale temps pour le pays                                                   big_5

Auteur : Michaël Mention
Édition : Payot et Rivages (2012)

Résumé :
1976. Une vague de meurtres touche le nord de l’Angleterre ; les victimes sont des prostituées. La police locale est sur les dents. Un homme clé pour diriger l’enquête : l’inspecteur George Knox, personnage austère, « gueule à la Richard Burton », états de services légendaires.

Secondé par le détective Mark Burstyn, Knox se lance à corps perdu dans cette affaire qui tourne pour lui à l’obsession, tandis que sa femme Kathryn est en train de mourir d’un cancer.

Le temps passe et plus le tueur semble jouer avec la police en brouillant les pistes, plus Knox s’enfonce dans l’abîme. Un abîme à l’image du chaos social et politique ambiant. Bientôt, c’est comme si la traque du tueur devenait une quête dérisoire en regard de la dépression qui gagne le pays et ses habitants.

Fasciné par les possibilités romanesques de l’affaire de l’Éventreur du Yorkshire, Michaël Mention la revisite du point de vue d’un Français passionné par l’Angleterre des années 1970.

Petit plus : Bourré de clins d’œil au cinéma et à la musique, ce roman oscille entre hommage au roman noir, déconstruction ironique du roman de serial killer et authentique portrait d’une Angleterre déboussolée, à un moment charnière de son histoire récente.

Critique : 
♫ C’était au temps où l’Angleterre était par terre, ♪ C’était au sale temps de toutes ces grèves ♫ C’était au temps où y’avait pas encore la Dame de Fer ♫ Mais d’un Éventreur qui savait y faire !

L’Éventreur du Caniche a encore frappé… oups, je me trompe de race : c’est l’Éventreur du Yorkshire ! Sale bête qui s’attaque aux femmes qui exercent le plus vieux métier du monde…

Sur fond d’enquête policière afin de mettre fin aux agissements de celui, qui, tout comme Jack l’Éventreur, étripe les putes, l’auteur nous dresse le portrait d’une Angleterre moribonde et guère brillante dans ses années 75-80.

Le chômage y est important, les usines ferment toutes, les gens ne savent plus comment boucler leurs fins de mois qui sont dures, surtout les trente derniers jours.

Dans ce petit roman noir comme un café sirupeux, le contexte économique, social et politique de l’époque se résume en un mot : crise (ou bordel total). Le choc pétrolier a eu lieu et les Travaillistes se sont pris une déculottée aux élections.

C’est court, certes, mais c’est intense, percutant et uppercutant et je vous jure que vous ne peindrez pas la girafe durant votre lecture car la recherche du tueur (qui fera tout de même 13 victimes) met les flics du nord de la perfide Albion sur les dents et  la populace, qui serait prête à lyncher le premier venu, en émoi.

Les flics sont bien torchés, haut en couleur, avec leurs fêlures, leurs blessures secrètes, leurs douleurs, leurs doutes et certains seront marqué plus que d’autres durant cette enquête.

J’ai eu un faible pour George Knox (20 ans dans la maison poulaga, un air de Richard Burton et des Ray Ban miroir qu’il porte non stop) et le détective Mark Burstyn. Deux flics intègres qui se donnent à fond.

Une enquête qui s’enlise, des flics qui pataugent, un tueur qui se fout de leur gueule et peu d’indices, le tout sur fond de politique, de musique des seventies et de références cinématographiques. Le pied !

Vous aurez même droit, tant que nous sommes au rayon des horreurs, à l’arrivée au pouvoir de Miss Maggie, madame Tatcher, qui redressera le pays au détriment des sans dents, heu, des petites gens qui resteront dans le fossé, le pays les laissant crever à petit feu.

Un petit bijou de café noir comme je les aime : noir profond, noir sans espoir, noir comme l’âme du tueur.

Un roman noir qui vous rappe le palais, vous l’écorche, long en bouche avec des saveurs de misère et de sang…

À déguster sans modération…

BILAN - Coup de coeurChallenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Grand Prix du roman noir français 2013) et le Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.

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