Ma guerre de La Rochelle à Dachau : Tiburce Oger et Guy-Pierre Gautier

Titre : Ma guerre de La Rochelle à Dachau

Scénariste : Tiburce Oger
Dessinateur : Tiburce Oger
Adapté de : Guy-Pierre Gautier

Édition : Rue de Sèvres (22/02/2017)

Résumé :
Voici le témoignage de Guy-Pierre Gautier, grand-père de l’auteur, survivant de Dachau. Engagé en 1943 dans la brigade « Liberté » des francs-tireurs et partisans de La Rochelle, il s’emploie à des sabotages de voies ferrées et au renseignement. La bravoure côtoie l’insouciance.

À l’arrestation du réseau, les difficultés commencent avec les interrogatoires par la gestapo, une mutinerie de la prison d’Eysses, les fusillés.

Le cauchemar s’installe lors du voyage infernal en wagons à bestiaux jusqu’à Dachau. Le courage masque alors à peine la frayeur.

Le récit poignant d’un survivant, jour après jour, souffrance après souffrance, jusqu’à l’apparition de la silhouette immense d’un gi américain qui annonce la fin du cauchemar le 30 avril 1945.

Critique :
L’Histoire est un éternel recommencement, hélas… Les Hommes en retiennent pas les leçons, ils continuent de massacrer leurs semblables, de les traiter comme des sous-Hommes.

Les génocides commis dans les années 30 et continué ensuite jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, n’étaient pas les premiers, bien que pour celui-là, on ait inventé des techniques d’assassinats de masse encore jamais inventées.

On a dit « Plus jamais ça » et d’autres ont eu lieu… Pour celles et ceux qui savent, qui ne nient pas, les témoignages sont importants, pour les négationnistes, aucun témoignage ne les fera changer d’avis, hélas.

Comme je ne me suis jamais contentée de lire un seul livre sur le sujet, j’ai acheté ce bel album au titre glaçant. Dedans, Guy-Pierre Gautier, qui reçoit la Légion d’Honneur en 2015 (sérieusement, on croirait bien que l’on se moque des survivants, des témoins, des engagés) va se remémorer des souvenirs…

On commence par la résistance, avec tous les risques encourus… Puis ce sera les arrestations, les passages à tabac, l’emprisonnement et ensuite, la déportation à Dachau.

Sans sombrer dans le pathos ou l’inutile, Tiburce Oger nous livre, sans fard, le témoignage bouleversant de Guy-Pierre.

La faim, les privations, le froid, le travail harassant, les brutalités, les maladies, les cadavres à sortir au matin et l’interdiction d’être solidaires. Bien qu’il y aura des gestes de solidarité, bien souvent, c’est le chacun pour soi qui prime, les kapos surveillant ce qu’il se passe dans les baraquements.

Les dirigeants des camps ne sont pas des humains, les kapos ne le sont pas non plus e à la fin, même les prisonniers perdent leur humanité, regardant les corps au sol sans les voir.

Je ne dirais pas qu’il y a de l’espoir dans cet album : la vie de déportés est horrible et survivre est tout aussi difficile. Votre famille ne veut pas en entendre parler, les autres non plus, ceux qui ne l’ont pas vécu, quand aux familles des autres, elles vous regarde avec l’espoir que vous pourrez leur donner des nouvelles de proches internés dans le même camp que vous, avant de s’effondrer devant les mauvaises nouvelles (ou l’absence de nouvelles) et de vous en vouloir, parce que vous, vous vous en êtes sorti.

Non, pas d’espoir, parce que ce qui s’est passé là n’était pas nouveau (même si les techniques, oui) et que cela a eu encore lieu après. Comme si toutes ces personnes étaient mortes pour rien, le message n’étant même pas passé chez tout le monde. Pire, avec le temps qui passe, on oublie, on réduit cet épisode barbare à des parenthèses, des virgules…

Une très belle bande dessinée autobiographique, historique, à lire, à relire, à faire lire…

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 81 pages).

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Une libération : Nicolas Rabel

Titre : Une libération

Auteur : Nicolas Rabel
Édition : Pocket (21/08/2014) – 658 pages

Résumé :
Un vieil homme vient d’être assassiné dans une maison de retraite. Parmi les pensionnaires interrogés, Odette Dulac. Face au lieutenant de police, elle entame le récit de sa vie.

En 1940, à tout juste dix-neuf ans, l’Histoire la fait basculer dans l’âge adulte : elle entre dans la Résistance, une expérience inoubliable et douloureuse. Son interrogatoire tourne à la confession : Odette peut enfin chasser ses fantômes…

Critique :
Il ne fait pas toujours bon vivre, dans les maisons de repos (EPAHD), non pas à cause des quarts de biscuits qui vous sont donné pour votre goûter, mais pour une paire de ciseau plantée 8 fois dans le bide d’un résident.

Mais ce n’est pas par ce meurtre que le roman va commencer. D’ailleurs, le meurtre est accessoire, je trouve, il servira juste de déclencheur à Odette pour raconter son histoire, histoire qui commence avec son entrée dans la résistance, en tant que codeuse de messages.

Voilà un pavé que j’ai dévoré en deux jours et une matinée. Le genre de roman que l’on a du mal à lâcher, une fois commencé.

La période de la Seconde Guerre Mondiale est propice à bien des romans, vu la richesse de ce qu’il s’est passé : des horreurs, la plupart du temps (hélas), des actes de bravoure, de résistance, de collaboration, de débrouille, d’inventivité, de passivité, de courage, d’égoïsme, de partage…

Odette est un personnage sympathique, auquel on s’attache de suite. Elle n’est pas toute blanche non plus, mademoiselle ayant une aventure avec un Boche, tout en jouant à la Résistante. Les premières pages m’ont happée et je suis ressortie d’une longue apnée lorsque l’auteur est repassé au récit contemporain.

Dans le film « La grande Vadrouille », lorsque Stanislas Lefort et Augustin Bouvet (De Funès & Bourvil), déguisés en allemands, se font arrêter, un pêcheur, interprété par Paul Préboist, se marre et dit à son compère : V’là qu’ils s’arrêtent entre eux maintenant, ça doit pas marcher ben fort !

Et bien, dans ce roman, ce sont les Français qui arrêtent les Français ! À Paris, ville sous occupation Allemande, you risk on the two tableaux : avoir des emmerdes avec les Boches ou en avoir avec vos concitoyens, vos voisins… Et dans ce roman, you risk encore plus avec vos concitoyens qu’avec l’ennemi.

Comme pour une rafle célèbre, notre Odette ne verra jamais que des uniformes français et aucun vert-de-gris à la prison de Fresnes et lorsqu’un type avec l’accent du Nord la torturera pour la faire parler, il se trouvera même des excuses, le bougre de salopard !

Le récit fera la part belle à beaucoup de situations de l’époque, notamment des missions de Résistance, du marché noir (mais trop peu), des pénuries alimentaires, de la Libération de Paris, parlera des résistants de la 13ème heure, de la collaboration horizontale, sans remettre en cause les femmes ou les juger, parlera des actes de vengeance sordides, comme les tontes des femmes et des gens qui ont eu trop peur que pour résister.

Pas de manichéisme, les salauds n’étaient pas que les envahisseurs, parfois, c’était aussi le coiffeur de votre rue, votre voisine, une collègue, un voisin… La guerre change les gens et ce roman le montre bien.

La résolution du meurtre de la maison de retraite est accessoire, on se doute très bien de l’identité du coupable, ce que l’on veut savoir, c’est qu’elle était l’identité du mort et ce qu’il a bien pu faire pour se prendre des coups de ciseau dans le buffet. Entre nous, je râlais à chaque fois que l’on quittait le récit d’Odette pour revenir au présent. Ce n’est même pas une enquête, c’est juste une confession.

La plume est agréable, les actions sont décrites avec luxe de détails, ce qui aurait pu ralentir la lecture. Et bien non, les phrases se lisent toutes seules, l’action se déroulant devant mes yeux, comme au cinéma et c’est le cœur un peu gros que j’ai refermé ce roman, terminé. Cela faisait des années qu’il prenait les poussières dans mes étagères (2017)…

Un livre rempli d’émotions en tout genre, qui m’a emporté tel un tourbillon, me déposant à Paris, durant l’Occupation et la Libération, durant ces jours où les lois n’existaient plus, où tout le monde réglait ses comptes, à tort ou à raison, de vengeait des années de privation, se donnait bonne conscience, se dédouanait d’avoir eu peur et d’être resté immobile, jugeant alors les autres et se défoulant sur les femmes.

Un excellent roman, très bien documenté.

Une question restera pour toujours dans ma tête : mais qu’est-ce que j’aurais fait, moi ? Je ne pense pas avoir le courage d’Odette. Pourtant, au départ, cette jeune fille n’en avait guère, elle avait peur, n’osait pas et ensuite, c’est le premier pas qui coûte…

PS : C’était Blackat qui m’avait donné envie de le lire. Comme elle n’est plus de ce monde, je ne pourrai même pas la remercier pour cette belle lecture. Ni lui dire que je l’ai enfin lu !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°15] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Les croix de bois (BD) : Jean-David Morvan, Percio Facundo et Roland Dorgelès

Titre : Les croix de bois (BD

Scénaristes : Jean-David Morvan & Roland Dorgelès
Dessinateur : Percio Facundo 🇦🇷

Édition : Albin Michel (2020)

Résumé :
Ils venaient de l’arrière, ils venaient des villes. La veille encore ils marchaient dans les rues, ils voyaient des femmes, des tramways, des boutiques ; hier encore ils vivaient comme des hommes.

Et nous les examinions émerveillés, envieux, comme des voyageurs débarquant des pays fabuleux. Eux aussi nous dévisageaient, comme s’ils étaient tombés chez les sauvages.

Un roman adapté en bande dessinée qui décrit, à travers le quotidien de Gilbert Demachy, un jeune soldat, le réalisme de ce que fut la Grande Guerre, son âpreté quotidienne dans la boue et les tranchées, sa tragédie parfois misérable, parfois grandiose, le combat de tous les jours non seulement avec l’ennemi mais aussi avec la misère et la peur, le face-à-face avec la mort.

Critique :
Possédant le roman de Roland Dorgelès, qui prend les poussières sur mes étagères (il n’est pas le seul), j’ai décidé de le découvrir au travers de l’adaptation en bande dessinée.

Ma première impression ne fut pas bonne, tant les dessins me déplurent d’emblée.

Les couleurs des uniformes français, presque blancs, les tons brunâtres des décors, passant ensuite sur les uniformes des soldats… bref, les dessins et moi n’allions pas être des grands copains. Il ne me restait plus que le scénario.

Mais que venaient-ils faire dans cette galère ?

Le jeune Dorgelès avait été réformé deux fois pour raison de santé, mais il voulait aller à la guerre, alors il demanda à Clemenceau une lettre de recommandation. Tout le monde, à ce moment-là, la pense courte… La guerre ne sera pas courte et ça, ils ne le savent pas encore.

Lorsque nous arrivons à la partie consacrée au souvenirs d’enrôlement du journaliste Dorgelès (son nom de plume), les dessins sont différents, plus agréables à regarder, mais une fois que l’on repasse avec son héros, Gilbert Demachy, les dessins redeviennent ceux du début.

Durant tout l’album, il y aura des alternances entre les couleurs brunes et celles qui tireront plus vers le bleu/gris.

N’ayant pas lu le roman, je ne peux pas dire si l’adaptation est fidèle ou pas (*). Hormis les graphismes qui m’ont déplu, j’ai apprécié le reste.

L’adaptation n’est pas faite que de combats, mais d’un habille mélange de ce que fut la vie de milliers de Poilus durant cette guerre : disputes, rires, abattement, moral à zéro, gouaille entre les soldats, les plus anciens qui mettent les plus jeunes au parfum, latrines communes, bouffe de merde, la boue, les poux, les erreurs qui coûtent en vie, les marches harassantes, les vivants qui se protègent derrière des morts…

Pas de censure dans cette bédé, comme il y en avait à l’époque et après la fin de la guerre.

La couverture en dit déjà long : ce n’est pas un soldat super-héros et digne de la propagande qui est représenté, mais un soldat recroquevillé sur lui-même, tentant d’échapper à la Mort, le tout sur un fond de ciel rouge sang, avec des croix de bois brisées et une explosion en arrière-plan.

Si les politiciens (et les galonnés) de l’époque voyaient ça, ils hurleraient, eux qui voulaient montrer le soldat français en vainqueur de l’infâme soldat teuton. Au moins, ceci est plus réaliste que ce qui était imprimé et publié dans les feuilles de choux de l’époque.

Dorgelès dû censurer son roman avant sa publication chez Albin Michel.

Il y a assez bien de texte, la lecture ne se fait pas en une seule fois, il a de quoi nourrir son esprit et j’ai pris mon temps pour la découvrir, tout en sachant que je louperais malgré tout des détails. Puis, il y aura des cases sans texte, parce que les mots ne serviraient à rien.

Une adaptation fort poignante.

(*) Ce n’est qu’arrivé à la fin de la bédé que j’ai appris que celle-ci comportait des scènes qui avaient été coupées lors de sa parution en roman, ainsi que des scènes de vie de l’auteur, Roland Dorgelès.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°36).

Vivre avec nos morts : Delphine Horvilleur

Titre : Vivre avec nos morts

Auteur : Delphine Horvilleur
Édition : Grasset (03/03/2021)

Résumé :
À travers onze chapitres, Delphine Horvilleur superpose trois dimensions, comme trois fils étroitement tressés : le récit, la réflexion et la confession.

Le récit d’ une vie interrompue (célèbre ou anonyme), la manière de donner sens à cette mort à travers telle ou telle exégèse des textes sacrés, et l’évocation d’une blessure intime ou la remémoration d’un épisode autobiographique dont elle a réveillé le souvenir enseveli.

Nous vivons tous avec des fantômes : « Ceux de nos histoires personnelles, familiales ou collectives, ceux des nations qui nous ont vu naître, des cultures qui nous abritent, des histoires qu’on nous a racontées ou tues, et parfois des langues que nous parlons. »

Les récits sacrés ouvrent un passage entre les vivants et les morts. « Le rôle d’un conteur est de se tenir à la porte pour s’assurer qu’elle reste ouverte » et de permettre à chacun de faire la paix avec ses fantômes…

Critique :
Lorsque l’autrice était venue parler de son livre, à La Grande Librairie, j’avais eu l’envie de le lire. Puis, les romans se sont accumulés sur la pile et il était passé à l’as…

Heureusement, ce mercredi 13 mars, Delphine Horvilleur était invitée sur le plateau et elle m’a rappelé cette lecture à mon bon souvenir.

Leïla Slimani avait raison : dans ce livre, on rit et l’on est parfois submergé par l’émotion.

Ces 11 histoires où madame Horvilleur, rabbin, a accompagné les familles endeuillées, sont toutes différentes, bien qu’elles tournent autour de ce grand mystère qu’est la mort et de ce qui pourrait y avoir ensuite et dont personne n’a de certitudes (je me méfie de ceux/celles qui me certifient que…).

Cet ouvrage est pour tout le monde, que l’on soit croyant, pratiquant, athée, agnostique, le cul entre deux chaises. De toute façon, la mort passera pour chacun d’entre nous et tout le monde l’a déjà vue emporter des êtres chers.

L’autrice commence par présenter la personne dont elle va parler, que ce soit des personnalités connue comme Elsa Cayat, la psy de Charlie Hebdo, victime de la fusillade, de Simone Veil et de son amie Marceline Loridan, des plus anciennes comme Moïse ou Abel…

Ou bien des inconnus, comme Sarah, vieille dame qui n’aura que son fils à ses funérailles, la meilleure amie de l’autrice, décédée trop tôt, ou bien ce garçon qui se demande où va aller son petit frère.

On a beau avoir officier à bien des enterrements, réconforté bien des familles, ce n’est pas pour autant que l’on arrive à se blinder totalement. En plus de nous expliquer son métier, ses difficultés, des anecdotes et des blagues juives, l’autrice nous parle aussi de sa vie, de sa famille, de ces survivants qui se taisent, qui ne parleront jamais de ce qu’ils ont vécu.

Le texte est toujours intéressant, quelque soit votre position avec les religions ou les croyances, son but n’étant pas de vous dire que sa vérité est plus grande que la vôtre, loin de là. Le but est plus de nous parler du judaïsme, de la mort, de la vie, de leur ironie, le tout avec des anecdotes fort intéressantes.

Cette lecture m’a envoyé moins bête au lit.

Un roman sans langueurs, où les talents de conteuse de madame Horvilleur font merveille, nous contant les légendes du judaïsme, nous instruisant sur certaines choses (sans jamais faire de prosélytisme), nous faisant rire (Marceline qui voulait fumer un joint pendant le discours de Macron), nous faisant sourire, nous racontant de belles histoires, sans jamais verser dans le pathos ou le trop intellectuel qui nous perdrait.

L’équilibre parfait.

Une belle lecture humaniste et j’avais eu tort de laisser d’autres romans s’empiler dessus.

Le Messie du Darfour : Abdelaziz Baraka Sakin

Titre : Le Messie du Darfour

Auteur : Abdelaziz Baraka Sakin
Édition : Zulma (2016)
Édition Originale : Masīḥ Dārfūr (2012)
Traduction : Xavier Luffin

Résumé :
« C’était la seule à Nyala et sans doute même dans tout le Soudan à s’appeler Abderahman. »

Avec son prénom d’homme et sa cicatrice à la joue, terrible signe de beauté, Abderahman est la fille de fortune de tante Kharifiyya, sans enfant et le cœur grand, qui l’a recueillie en lui demandant de ne plus jamais parler de la guerre. De la guerre, pourtant, Abderahman sait tout, absolument tout.

C’est un jour de marché qu’elle rencontre Shikiri, enrôlé de force dans l’armée avec son ami Ibrahim. Ni une, ni deux, Abderahman en fait joyeusement son mari. Et lui demande de l’aider à se venger des terribles milices janjawids en en tuant au moins dix.

Formidable épopée d’une amazone de circonstance dans un monde en plein chaos, le Messie du Darfour est une histoire d’aventure et de guerre, une histoire d’amitié et de vengeance qui donne la part belle à l’humour et à la magie du roman.

Critique :
♫ Pour vouloir la belle musique ♪ Soudan mon Soudan ♫ Pour un air démocratique ♪ On t’casse les dents ♫

À la lecture de ce roman, on comprend que l’auteur ait dit l’avoir écrit afin d’expulser sa peur de la guerre…

Cette lecture, je la dois à ma copinaute Rachel. Voulant découvrir l’auteur avant notre LC, j’ai tenté le coup avec ce roman inclassable et bizarre et ça a matché entre nous.

Pourtant, ce n’était pas gagné ! Déjà, il y a peu de dialogues, l’auteur écrivant les paroles des personnages en les intégrant dans le récit. Habituellement, je déteste ça, ça me pompe l’air.

Là, il m’a fallu un certain temps avant de me rendre compte que les dialogues étaient quasi inexistants. Un bon point si je ne l’ai pas remarqué de suite, cela veut dire qu’ils étaient bien intégrés au texte.

Le récit semble suivre une ligne bien à lui, pas vraiment de fil rouge entre les récits, si ce n’est qu’ils sont arrivés à des personnages du récit, à des époques différentes et qu’ils permettent d’éclairer la situation politique du Soudan, ainsi que les années de guerre, les massacres, les exactions des rebelles, les différentes ethnies, la situation géopolitique du pays, l’antagonisme entre les Noirs et les Arabes, le racisme, l’esclavagisme…

Le Darfour est complexe, faut pas croire que vous comprendrez tout de cette région après avoir lu le roman, mais cela vous éclairera un peu. Sachez que cet auteur s’est exilé et que ses écrits sont interdits au Soudan. Là-bas, ils circulaient sous le manteau.

Dans ce roman, il n’y a pas de choses joyeuses, certains passages sont assez durs, violents et l’on donnerait bien n’importe quoi pour que jamais cela ne nous arrive. Malgré la dureté de ces scènes, l’auteur évite le voyeurisme et le pathos.

L’écriture de l’auteur est belle, c’est un excellent conteur, même si, de temps en temps, on ne sait pas trop où il va nous conduire, ni ce que cache la partie avec le messie. Cette partie-là est un peu plus mystique. Plus déroutante.

Mon bémol sera que ce roman donne l’impression que l’auteur n’est pas allé au fond des choses, qu’il a lancé beaucoup de pistes, sans jamais aller les terminer, ou les explorer un peu plus.

Cela donne une impression d’avoir survolé les choses, les faits, l’Histoire du Soudan et que le tout n’a pas été achevé… Dommage, il y avait tant à nous apprendre.

Bizarrement, malgré ce bémol, j’ai apprécié ma lecture (oui je sais, cherchez pas docteur) et que je compte bien découvrir l’autre roman de cet auteur.

À vous de voir si vous l’ajouterez à votre wish ou si vous passerez votre chemin. Pour ma part, je ne suis pas mécontente d’avoir ajouté un auteur soudanais à mon planisphère. J’ai trop peu d’auteurs africains dans mes biblio et je tente de corriger cela, lentement, mais sûrement.

Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Soudan).

Le Monde sans fin, miracle énergétique et dérive climatique : Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain

Titre : Le Monde sans fin, miracle énergétique et dérive climatique

Scénariste : Jean-Marc Jancovici
Dessinateur : Christophe Blain

Édition : Dargaud (29/10/2021)

Résumé :
La rencontre entre un auteur majeur de la bande dessinée et un éminent spécialiste des questions énergétiques et de l’impact sur le climat a abouti à ce projet, comme une évidence, une nécessité de témoigner sur des sujets qui nous concernent tous. Intelligent, limpide, non dénué d’humour, cet ouvrage explique sous forme de chapitres les changements profonds que notre planète vit actuellement et quelles conséquences, déjà observées, ces changements parfois radicaux signifient.

Jean-Marc Jancovici étaye sa vision remarquablement argumentée en plaçant la question de l’énergie et du changement climatique au coeur de sa réflexion tout en évoquant les enjeux économiques (la course à la croissance à tout prix est-elle un leurre ?), écologiques et sociétaux.

Ce témoignage éclairé s’avère précieux, passionnant et invite à la réflexion sur des sujets parfois clivants, notamment celui de la transition énergétique.

Christophe Blain se place dans le rôle du candide, à la façon de son livre « En cuisine avec Alain Passard » et de « Quai d’Orsay » signé avec l’expertise d’un coauteur : un pavé de 190 pages indispensable pour mieux comprendre notre monde, tout simplement !

Critique :
Jamais je n’aurais pensé que j’utilisais autant de ressources différentes lorsque je me brossais bêtement les dents devant le miroir…

L’empreinte carbone est lourde pour fabriquer du sorbitol, du plastique, le verre réfléchissant du miroir, transporter le tout, le raffiner… Stop, n’en jetez plus !

Ce geste tout simple, nécessaire pour l’hygiène dentaire (éviter les caries et l’haleine de chacal) entraine une utilisation phénoménale de machines. Le smartphone, c’est encore pire.

Ce roman graphique est comme une enquête grandeur nature : les armes du crime sont les énergies fossiles et les coupables, les machines, grandes consommatrices de ces énergies. Machines qui sont, bien entendu, sous les ordres de nous, les êtres humains qui en avons grand besoin.

Le graphisme m’a bien plu, j’ai apprécié les pages avec des dessins minimalistes, il n’y avait pas besoin de plus, le poids des mots suffisait à expliquer dans quelle merde nous nous trouvons et que ça ne va pas s’arranger avec le temps, que du contraire…

Il y a énormément à lire, c’est limite indigeste, tant il y a des informations dans cette bédé, c’est pour cela que j’ai fractionné ma lecture, afin d’éviter la surchauffe de mon pauvre cerveau (on est sur un album de 193 pages !).

Attention, ce n’est pas une critique, cette abondance de textes, de dialogues, de chiffres, d’informations… Que du contraire, c’est bénéfique, on comprend mieux les problèmes, on remarque qu’ils sont plus complexes que d’accuser les proutes des vaches de tous les maux (en fait, ce sont leurs rots). Nous sommes tous coupables, certains plus que d’autres.

C’est très bien expliqué, mais effectivement, si j’arrive à retenir ne fut-ce que le quart de la moitié du dixième et à le ressortir pour briller en société, je pourrai m’estimer heureuse.

Je pourrai toujours leur dire que l’on pense s’enrichir avec la croissance alors qu’on s’appauvrit. Le PIB n’est pas l’indicateur unique, ce n’est pas lui qui nous rend heureux, la croissance non plus. Ainsi que les énergies dites renouvelables (non carbonées, donc), sont incapables de remplacer les énergies fossiles…

Les conséquences d’un réchauffement climatique sont bien expliquées, sans que l’on se luxe le cerveau en tentant de le comprendre. Les dessins aident aussi, ils sont ludiques et bien pensés.

Le nucléaire sera expliqué, ses avantages comparés à des énergies non carbonées comme les éoliennes et les panneaux solaires, leur place prise dans l’environnement (tout à l’éolien est impossible, il en faudrait partout), mais aussi l’accident de Tchernobyl…

Bref, c’est hyper intéressant, super instructif et je suis allée me coucher avec le cerveau plus lourd, moins bête, mais ne me demandez pas de vous faire une conférence sur le sujet, j’en serais incapable (à moins de pouvoir lire le livre à voix haute).

Dans cette bédé, on ne vous dira pas d’arrêter de manger de la viande, non, juste en manger moins, de revaloriser le travail des agriculteurs, de revenir à des circuits plus courts, à des produits moins transformés…

Pas d’agribashing, pas de chapeau non plus à faire porter à ceux qui ont été là avant nous, la responsabilité est sur chacun, nous sommes, nous aussi, des consommateurs qui consommons trop. Il faudrait acheter moins, se servir plus longtemps des objets, faire en sorte qu’ils puissent être réparés,…

On nous explique aussi que ce n’est pas si facile que ça de changer tout, qu’il faut le vouloir et le faire intelligemment, alors que nous nous concentrons souvent sur des choses qui n’en valent pas la peine ou qui ne résoudront pas le Schmilblick.

Impossible de parler de tout dans cette pauvre chronique qui aura un bilan carbone lourd (mince alors), mais une chose est sûre : c’était très instructif !

Une enquête énorme où les coupables sont nombreux et les victimes aussi… C’est pas demain la veille qu’un Columbo viendra arrêter tout ce petit monde.

Comme disait l’autre « Nous étions face à un précipice, aujourd’hui, nous avons fait un grand pas en avant »… Et on va valser la gueule dedans…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°129] et Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°11].

Mauvaise réputation – Tome 1 – La véritable histoire d’Emmett Dalton : Antoine Ozanam et Emmanuel Bazin

Titre : Mauvaise réputation – Tome 1 – La véritable histoire d’Emmett Dalton

Scénariste : Antoine Ozanam
Dessinateur : Emmanuel Bazin

Édition : Glénat (02/06/2021)

Résumé :
« Qui nous sommes vraiment, nous les Dalton « . 1908. Oklahoma. Emmett Dalton n’est plus un criminel depuis longtemps. Il a payé sa dette à la société, il se contente d’une existence discrète et tente même parfois de visiter l’église pour prier – sans trop de succès pour cette dernière activité.

Aussi lorsqu’un producteur de cinéma lui propose de participer à l’écriture d’un film consacré aux méfaits de sa légendaire fratrie, il se méfie, refuse, puis réalise finalement qu’une chance lui est offerte : évacuer le mythe, rétablir un semblant de vérité et sauver la réputation de sa famille.

Les quatre frères Dalton ne sont pas nés hors-la-loi. Au contraire ! Ils ont tous endossé le rôle de Marshal à l’aube de leurs carrières, et c’est n’est pas de plein gré qu’ils ont plus tard embrassé des vies de fugitifs…

Qui d’autre qu’Emmett, seul survivant, pour déterrer ces douloureux souvenirs et conter sans hypocrisie la véritable histoire des Dalton.

Critique :
Tout le monde connaît les Dalton, ils sont bêtes et méchants. On connaissait moins les aventures de leurs illustres cousins, juste que c’était Lucky Luke qui les avait mis hors d’état de nuire.

Faites table rase de ce que vous savez sur ces bandits, l’Histoire n’est peut-être pas celle que l’on nous a racontée… Même si elle était bourrée d’humour.

Les planches sont faites d’aquarelles et si au début j’ai eu un peu de mal avec elles, au fur et à mesure de ma lecture, je m’y suis adaptée, trouvant les dessins des visages très bien exécutés. Les couleurs sont assez claires, sobres.

Ce premier album nous raconte la véritable vie du gang Dalton, par l’entremise d’Emmett Dalton, le dernier survivant. Il va raconter leur vie à un producteur de cinéma et, bien que la fiction se même sans doute à la réalité, les frères Dalton sont des gars bien sympathiques dans cet album. N’ayant pas été lire la vérité vraie, je ne puis me prononcer.

N’ayant pas le crime dans le sang, nos frangins étaient même des marshal, au service de la loi. Hélas, représentant de la loi, ça ne paie pas bien son homme et les Dalton quitte leur boulot pour devenir cow-boy.

Quelques combines pas très légales, le vol bête de l’argent du poker suite à des tricheries de la part des autres joueurs et voilà nos frères engagés sur le mauvais côté de la route, sans pour autant que cela soit irrémédiable ou catastrophique. C’est léger comme conneries, pas de quoi en faire des bandits.

Là où tout fout le camp, c’est lorsqu’on les accuse de l’attaque du train de la Wells Fargo et qu’eux ne se laissent pas faire. Normal, lorsqu’on se trouve à l’autre bout du pays et que personne ne veut écouter votre alibi, il y a de quoi être vénère.

C’est plus du western mélancolique, crépusculaire, que du western bang bang. Les flash-back sont bien intégrés dans le fil de l’histoire, les cases de souvenirs s’insérant dans celles du récit de manière harmonieuse.

Un belle bédé western qui se fait témoignage prenant, nostalgique et qui donne un autre éclairage sur les frères Dalton, loin de l’interprétation amusante de Morris dans Lucky Luke, remettant la banque au milieu du village et nous montrant que parfois, des gens biens, peuvent devenir hors-la-loi plus vite que leur ombre, suite à des injustices ou pour tout simplement pour manger à leur fin.

Vivement la suite de ce témoignage d’Emmett Dalton !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XXX], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 78 pages).

 

Un bref instant de splendeur : Ocean Vuong

Titre : Un bref instant de splendeur

Auteur : Ocean Vuong
Édition : Gallimard – Du monde entier (07/01/2021)
Édition Originale : On earth we’re briefly gorgeous (2019)
Traduction : Marguerite Capelle

Résumé :
« Un bref instant de splendeur » se présente sous la forme d’une lettre qu’un fils adresse à sa mère qui ne la lira jamais.

Fille d’un soldat américain et d’une paysanne vietnamienne, elle est analphabète, parle à peine anglais et travaille dans un salon de manucure aux États-Unis. Elle est le pur produit d’une guerre oubliée.

Son fils, dont la peau est trop claire pour un Vietnamien mais pas assez pour un Américain, entreprend de retracer leur histoire familiale : la schizophrénie de sa grand-mère traumatisée par les bombes ennemies au Vietnam, les poings durs de sa mère contre son corps d’enfant, son premier amour marqué d’un sceau funeste, sa découverte du désir, de son homosexualité et du pouvoir rédempteur de l’écriture.

Critique :
Ce roman m’avait attiré avec sa belle couverture, son titre beau et énigmatique, son résumé et en plus, il avait recommandé dans l’émission de « La Grande Librairie » (dans la partie des libraires).

Un fils écrit une lettre à sa mère, lettre qu’il lui sera impossible de lire puisqu’elle est analphabète et ne comprend que le Vietnamien.

Le narrateur ne lui cachera pas grand-chose et on se dit qu’heureusement qu’elle ne lira jamais cette lettre dans laquelle son fils parle, entre autre, des coups qu’il a reçu de sa mère.

Je ne sais pas ce que la mère aurait pensé de la lettre de son fils, si elle avait su la lire, mais moi, je me suis ramassée une pelle dans la gueule, et pas dans le bon sens du terme.

Le récit est assez décousu, passant souvent du coq à l’âne. Bon, lors de nos conversations en famille ou entre amis, on saute aussi souvent sur tous les sujets, on divague, on s’éloigne du point de départ, mais si à l’oral, ça marche, à l’écrit, c’est plus confus.

Sans problèmes, j’ai réussi à m’en sortir avec ses digressions, à dérouler le fil de l’histoire, à identifier les membres de sa famille et à comprendre que lorsqu’il parlait du garçon, c’était de lui qu’il parlait, se mettant en scène à la troisième personne du singulier, sans doute pour prendre plus de distance avec le récit, vu que ce qu’il lui arrivait était assez violent…

J’ai apprécié les sujets abordés, assez disparates mais formant un tout cohérent avec le personnage principal : l’exil aux États-Unis, la guerre du Vietnam, le métissage, les syndromes post-traumatiques, l’homosexualité, la difficulté de trouver une place dans la société américaine, les brimades à l’école, te dur travail de sa mère pour s’en sortir, les drogues, le racisme des Blancs envers les plus basanés et celui des Vietnamiens envers les métissés, ceux qui sont trop Blancs pour eux.

Le racisme n’est pas l’apanage de l’Homme Blanc, la connerie existe partout et l’Humain ramène tout à une histoire de couleur de peau ou de race. On le ressent bien dans ce récit, avec la mère du narrateur, fille d’une Vietnamienne et d’un soldat américain.

Le racisme ambiant, qu’il soit au Vietnam ou aux États-Unis est très bien décrit, magnifiquement rendu. Avec peu de mots, peu de situation, l’auteur arrive à nous faire comprendre toute l’imbécilité des gens, quelque soit leur couleur de peau, leurs origines.

La chose qui m’a le plus cruellement manqué, dans ce récit qui avait tout pour me plaire, ce sont les émotions ! Une fois de plus, j’ai eu l’impression qu’elles étaient aux abonnés absents : là où certains passages auraient dû me mettre le cœur en vrac, il ne s’est rien passé, comme si l’écriture n’avait pas su rendre les émotions palpables.

Le manque de dialogues m’a manqué aussi, cela a sans doute contribué à cette impression d’écriture froide. L’auteur a sans doute mis ses tripes dans son roman, mais à aucun moment je ne l’ai ressenti.

Une fois de plus, c’est un rendez-vous manqué avec un roman qui a été salué et encensé par la critique… Si j’ai réussi à tenir le coup durant toute la moitié du roman, la seconde partie fut survolée tant je n’arrivais plus à m’accrocher au récit et à la plume de l’auteur.

Malgré des portraits forts dans ses personnages, malgré un récit qui avait tout pour me plaire, j’ai battu la campagne pendant les 130 dernières pages et me suis enlisée dans la fin du récit, alors que j’avais réussi à apprécier un peu le début du roman.

 

Une année au lycée – Tome 1 – Guide de survie en milieu lycéen : Fabrice Erre

Titre : Une année au lycée – Tome 1 – Guide de survie en milieu lycéen

Scénariste : Fabrice Erre
Dessinateur : Fabrice Erre

Édition : Dargaud (18/04/2014)

Résumé :
Fabrice Erre est actuellement enseignant en histoire-géographie dans un lycée près de Montpellier, après avoir débuté dans un établissement de la banlieue parisienne.

Agrégé et docteur en histoire, il est aussi, étrangement, auteur de bandes dessinées depuis plusieurs années : il était inévitable qu’un jour il racontât sa vie de professeur dans un livre où ce qui relève de la réalité et de l’imagination n’est pas forcément ce que l’on croit…

Un témoignage hilarant sur le quotidien d’un professeur d’histoire-géo ! Il faut dire que le lycéen est un être particulier : tantôt agité, dissipé, provocateur, studieux, complexé, blasé, dragueur, sérieux, paumé, suiveur, décidé, amusant ou amusé…

Bref, c’est d’abord un adolescent, souvent déroutant, qui tente de se frayer un chemin vers le Graal : le bac ! Fabrice Erre a recensé les nombreuses anecdotes qui lui sont arrivées pour en faire une suite de gags décapants.

Critique :
Toujours dans le but de me détendre après deux romans particulièrement émotionnels et durs, j’avais envie de rire un bon coup, afin de diminuer ma tension artérielle.

La pêche a été bonne, j’ai choisi le bon album pour me détendre et faire travailler mes zygomatiques.

Les dessins de Fabrice Erre sont parfaitement reconnaissables, avec cette absence de coudes, rendant les bras des personnages mous.

Peu de décors en arrière-plan, des couleurs parfois monochromes, mais cela ne m’a pas dérangé. Les dessins sont plus des gros nez que réalistes, mais une fois encore, ce n’est pas un soucis pour moi. J’adore ce côté décalé et caricatural des têtes des personnages.

N’ayant jamais été prof, je ne puis juger de la pertinence des gags de l’auteur… Juste qu’ils m’ont bien fait marrer.

Ayant été élève bien avant les réseaux sociaux, je ne puis non plus témoigner des ados accro à ça et chez nous, mais j’imagine aisément.

À mon époque (je me sens vieille en disant cela), le Bac n’étant que la corbeille à papier, je ne puis non plus témoigner des angoisses d’avant le Bac que les français et françaises passaient lors de leur dernière année.

Mais j’avais la trouille de rater ma dernière année, la fameuse Rétho, comme on dit chez nous… Et les profs nous avaient bien foutu une pression énorme sur nos épaules, les salopards d’enfoirés !

J’ai apprécié cette lecture qui montre l’envers du décor, les angoisses des profs, les réunions de parents, les problèmes des professeurs et l’impertinence, l’imbécilité, le m’en foutisme de ados, quelque soit l’époque (nous ne devions pas en être très éloigné, les smartphones en moins).

L’humour est décapant, cynique, souvent caricatural, un peu poussé à l’extrême, mais ça marche à tous les coups car nous sommes dans de l’humour et qu’il faut parfois accentuer les situations pour faire rire les gens et leur faire prendre conscience de ce qu’il se passe vraiment dans les classes.

Un bon gag vaut parfois mieux que mille discours.

Sauver Mina : Catherine Cuenca

Titre : Sauver Mina

Auteur : Catherine Cuenca
Édition : Scrineo Jeune Adulte (10/06/2021)

Résumé :
Irak, 31 juillet 2014.

Amal, jeune yézidie de 16 ans, et sa demi-sœur Mina, 17 ans, préparent avec impatience leurs retrouvailles à l’occasion d’une fête familiale. Trois jours plus tard, leur vie bascule. L’État islamique attaque leur région du Sinjar et ses habitants yézidis, considérés par les djihadistes comme les adeptes d’une secte satanique.

Réfugiée dans la montagne avec son père, Amal échappe de peu au génocide tandis que Mina assiste au massacre des hommes de son village avant d’être capturée avec les autres femmes et réduite en esclavage sexuel.

Avertie du terrible destin de sa sœur, Amal s’engage aux côtés des combattantes kurdes des Unités de Défense des Femmes venues de Syrie pour lutter contre Daech. Elle n’a qu’une obsession: sauver Mina.

Critique :
Voilà une lecture dont j’ai eu du mal à écrire une chronique, tant elle m’a marquée dans ma chair et émue au possible.

Le sujet traité dans ce roman fait partie de ceux que l’on traite peu et dont on parle peu à la télé : le génocide des yézidis et le sort réservés aux jeunes filles et aux femmes de cette ethnie.

Comme dans d’autres génocides, on rassemble tout le monde, on sépare les hommes des femmes, on assassine les hommes en leur tirant dessus et après avoir séparé les mères de leurs filles, on transforme ces dernières en esclaves : elles feront le ménage, seront rabaissées plus bas que terre et violée par les hommes de l’État Islamique.

Pour eux, violer une sabiyya (esclave sexuelle) n’est pas un viol. Pourquoi ? Parce que ces décérébrés endoctrinés considèrent les yézidis comme impurs : l’ange majeur des Yezidis, Malek Taous, l’ange-paon, n’est autre que Sheitan ou Satan. Les djihadistes veulent donc les exterminer…

Oui, je sais que ces hommes ne valent pas la balle qui les transperce. Pourtant, c’est chaque jour que nous perdons l’un des nôtres en combattant ces fous qui agitent Dieu comme un étendard mais qui se rendent coupables des pires péchés en son nom.

De toute façon, les membres de l’état islamique s’arrangent toujours avec leur religion, leur morale, leur conscience : cela ne pose aucun problème de consommer en masse ce qu’ils interdisent aux autres musulmans, comme les drogues, les films pornos, l’alcool… Faite ce que je dis, pas ce que je fais…

Émotionnellement parlant, c’est une lecture très dure, émouvante, prenante, surtout pour les tripes. Le récit va alterner avec deux personnages majeurs : Mina et Amal, sa demi-soeur, qui sera transformée en esclave sexuelles pendant que Mina, elle, prendra les armes pour défendre les siens et retrouver Mina.

Ces deux sœurs sont des portraits magnifiques : Mina, parce qu’elle trouvera le courage que bien des hommes n’ont pas eu et Amal, parce que même esclave, elle essaie de ne pas perdre l’espoir et pensera à défendre des plus jeunes qu’elle.

Inspiré d’une histoire vraie, ce roman jeunesse aborde des sujets violents, même pour un adulte qui a beaucoup lu sur les horreurs perpétrées par des humains sur d’autres, malgré tout, nous ne sommes jamais blindé tout à fait et cette histoire m’a atteint droit dans le cœur, sans jamais sombrer dans le pathos vulgaire.

Malgré la violence de ce qu’il s’est passé dans le nord de l’Irak avec cette ethnie, l’autrice a su rester sobre dans les descriptions des horreurs commises à l’encontre de ce peuple qui a failli disparaître totalement.

Une lecture coup de cœur, mais une lecture dure puisque tirée d’histoires vraies et que nous savons depuis longtemps que le réalité est souvent pire que la fiction.

Il est dommage que l’on ne parle pas assez de certains génocides, car pour moi, tous doivent être condamnés et tous méritent qu’on en parle, qu’on les dénonce, quelque soit le nombre de victimes…

À lire pour en savoir un peu plus sur les exactions de Daech, même si elles ont lieu très loin de nos pays sécurisés où l’on râle pour des petites choses…

Je n’ai qu’un seul choix : la liberté ou la mort. Si je ne peux pas avoir la première, alors je veux la seconde. Car personne ne peut me faire prisonnière.