Enterre mon coeur à Wounded Knee : Dee Brown

Titre : Enterre mon coeur à Wounded Knee

Auteur : Dee Brown
Éditions : 10/18 Domaine étranger (1995) – 556 pages / Albin Michel (2009)
Édition Originale : Bury my heart at wounded knee (1970)
Traduction : Nathalie Cunnington

Résumé :
« Plus de deux cents cultures indiennes ont été virtuellement détruites, entre le Massachusetts et la Californie, au cours de l’histoire des Etats-Unis. Il nous faut nous souvenir de ce qui s’est passé à Sand Creek ou à Wounded Knee. » Jim Harrison

Largement fondé sur des documents inédits – archives militaires et gouvernementales, procès-verbaux des traités, récits de première main… –, ce document exceptionnel retrace, de 1860 à 1890, les étapes qui ont déterminé « La Conquête de l’Ouest ».

De la Longue Marche des Navajos au massacre de Wounded Knee, il se fait ici la chronique de la dépossession des Indiens de leurs terres, leur liberté, au nom de l’expansion américaine.

Si l’Histoire a souvent été écrite du point de vue des vainqueurs, Enterre mon cœur donne la parole aux vaincus, de Cochise à Crazy Horse, de Sitting Bull à Geronimo, et compose un chant tragique et inoubliable.

Publié pour la première fois en 1970 aux États-Unis, traduit dans le monde entier, où il s’est vendu à plus de six millions d’exemplaires, « Enterre mon cœur à Wounded Knee » est devenu un classique.

Critique :
Sur l’île de San-Salvador, les Tainos vivaient tranquille et puis, un Colomb est arrivé… Ce fut le début de tous les malheurs de l’Amérique et de ses autochtones.

Le colon Colomb, ils auraient mieux fait de le liquider au lieu de l’accueillir et de le traiter avec honneur. Les Tainos étaient doux, gentils, donc faibles, pour l’envahisseur.

Peu de temps après, il a été décidé que les Tainos devaient bosser, se convertir au christianisme et adopter notre mode de vie…

C’est ainsi que l’envahisseur Blanc a toujours fait et continue de faire (d’autres aussi, hélas) : il investit la place, décide de comment les indigènes doivent se comporter et ensuite, on les dégage, on déforeste, on pille les richesses, on massacre et quand on se casse, tout est déglingué, foutu, désertique, passant de belle île verte à désert. Nous sommes pire que des sauterelles, pire qu’un covid19.

Bien sûr, tout cela fut considéré comme un signe de faiblesse, sinon de paganisme, et Colomb, en bon Européen moralisateur, acquit la conviction que ce peuple devait être « contraint à travailler, semer et faire tout ce qu’il est nécessaire de faire, enfin, d’adopter nos mœurs ». Ainsi, au cours des quatre siècles qui suivirent (1492-1890), des millions d’Européens et leurs descendants entreprirent de faire adopter leurs propres mœurs aux peuples du Nouveau Monde.

Ce roman, hautement documenté, comprenant des dépositions et des témoignages d’Indiens ou d’autres personnages clés. Rares sont les livres qui peuvent prétendre avoir changé le cours de l’Histoire. « Enterre mon cœur à Wounded Knee » est l’un d’entre eux.

Fidèle aux documents d’époque, Dee Brown fait enfin entendre la voix d’hommes qui ont dû faire face à des situations extrêmement difficiles pour leur peuple : Manuelito, Cochise, Red Cloud, Crazy Horse, Géronimo, Santanta, Ouray, Dull Knife, Little Wolf, Standing Bear, Chef Joseph ou Sitting Bull. Des hommes dont le plus grand tort a peut-être été de faire aveuglément confiance à leurs interlocuteurs tant ils semblaient incapables d’imaginer qu’on puisse leur mentir.

Ce classique de l’histoire des États-Unis est intéressant à lire, mais il a tendance à vous mettre le moral à zéro lorsque vous lisez toutes les injustices faites aux Indiens. Heureusement que ces derniers, grands guerriers braves, ont rendu une partie des coups qu’ils ont reçu, mais ce ne sera jamais assez comparé à ce qu’on leur a fait subir.

Boucs émissaires au moindre massacre, les Hommes Blancs n’ont cessé de les accuser de tous les maux et de les chasser de leurs terres ancestrales. Leur faisant signer des tas de contrats ou de traités qu’ils ne respectaient jamais, les Hommes Blancs ont toujours eu la langue fourchue : tenant deux discours, ils s’empressaient de renier leur parole une fois qu’ils avaient obtenu ce qu’ils voulaient des Indiens.

Au travers de plusieurs grands événements, ce documentaire se veut équitable : il ne met pas les Indiens avec les Bisounours non plus. Dans ce livre, au moins, ce ne sont plus des figurants réduits au silence ou comme dans les films westerns, des sauvages emplumés massacrant les pauvres pionniers.

Pourtant, une partie des guerriers incriminés par les Tuniques Bleues ou autres juges, n’avaient pas de sang Blanc sur les mains, n’ayant jamais combattu les envahisseurs, se contentant bien souvent de tenter de vivre en harmonie, jusqu’à ce que les Blancs décident de les envoyer sur des terres incultes, battues par les vents, trop humides ou trop sèches, trop chaudes ou trop froides, faisant marcher les Indiens jusqu’au bout de l’épuisement.

Ces Américains de maintenant qui jugent certaines peuplades comme barbares feraient mieux de se regarder le nombril. Hurlant lorsque des terroristes cassent des vieilles cités antiques, ils oublient que leurs ancêtres brûlèrent des champs de magnifiques pêchers appartenant aux Indiens Navajos, détruisirent la Nature et polluèrent les rivières, sans parler de polluer les esprits avec ses religions, différentes de celles des Indiens.

La lecture n’est pas toujours facile, l’écriture de l’auteur est parfois répétitive dans ses descriptions, les Indiens de toutes les peuplades ayant souvent vécu les mêmes avanies et autres saloperies de la part des colons Blancs.

Le rythme de lecture est aussi ralenti par les multiples pauses que j’ai faite, tant j’en avais mal au bide de lire leurs souffrances multiples qui ont menées à un génocide. Nous sommes loin de la conquête de l’Ouest vue par les films western ou avec humour, dans les Lucky Luke.

Il n’y a rien de glorieux à voler les terres des habitants, même si les Indiens ne se considéraient pas comme propriétaire de leurs terres. Il y avait de la place pour tout le monde, mais la gabegie de l’Homme Blanc qui veut tout posséder à débouchée sur un massacre odieux et innommable, dont Wounded Knee sera le point d’orgue.

Un document que je ne regrette pas d’avoir lu, même si mon coeur est, une fois de plus, en vrac. L’Histoire de l’Amérique est sombre, sanglante et il n’y a pas grand chose de bon à en ressortir.

Ce ne fut que massacres, assassinats, guerres, batailles, expropriation, vols, mensonges, manipulations, magouilles, fausseté, paroles non tenues et tout était bon pour déposséder les Indiens de ce qu’ils possédaient et pour les plier à nos mœurs à nous, alors qu’elles ne leur convenaient pas (et qu’on ne peut forcer une personne à faire ce qu’elle n’a pas envie de faire).

Les Blancs ont pris peur et ont appelé l’armée. Nous demandions humblement qu’on nous laisse vivre notre vie, et les soldats ont cru que nous voulions prendre la leur. Nous avons appris leur arrivée. Nous n’avions pas peur. Nous espérions pouvoir leur parler de nos problèmes et obtenir de l’aide. Un Blanc nous a affirmé qu’ils avaient l’intention de nous tuer. Nous n’avons pas voulu le croire, mais certains ont pris peur et se sont enfuis dans les Badlands. [Red Cloud]

Les premiers Indiens aux corps déchiquetés et sanglants furent transportés dans l’église éclairée à la bougie. Peut-être virent-ils, s’ils étaient suffisamment conscients, les décorations de Noël accrochées aux poutres. Au niveau du chœur au-dessus du pupitre, une banderole étalait en lettres grossières les mots suivants : PAIX SUR TERRE ET AUX HOMMES DE BONNE VOLONTÉ.

Car ce que démontre Dee Brown, c’est la façon systématique dont les gouvernements américains de l’époque ont utilisé le mensonge et la manipulation pour, tribu après tribu, faire main basse sur les terres indiennes. Pressions des immigrants et des colons avides de terres, pressions des lobbies, soif de gloire des militaires et soif de pouvoir des politiciens, tout participe finalement à expliquer ce terrible et inéluctable malentendu qui a marqué depuis les relations entre Indiens et Blancs.

Lu dans son édition 10/18 (Domaine étranger) de 556 pages.

  • La longue marche des Navajos
  • La guerre de Little Crow
  • Les Cheyennes partent en guerre
  • L’invasion de la vallée de la Powder River
  • La guerre de Red Cloud
  • « Le seul bon Indien est un Indien mort »
  • Ascension et chute de Donehogawa
  • Cochise et la guérilla apache
  • Les épreuves de Captain Jack
  • La guerre pour sauver les bisons
  • La guerre pour les Black Hills
  • La fuite des Nez-Percés
  • L’exode des Cheyennes
  • Comment Standing Bear devint une personne
  • « Dehors, les Utes ! »
  • Le dernier des chefs apaches
  • La danse des Esprits
  • Wounded Knee

Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Le bouquin des méchancetés et autres traits d’esprit : François-Xavier Testu

Titre : Le bouquin des méchancetés et autres traits d’esprit

Auteur : François-Xavier Testu
Édition : Robert Laffont Bouquins (2014) – 1184 pages !

Résumé :
La méchanceté est un art à la condition d’être drôle et inspirée. Préfacé par un maître du genre, Philippe Alexandre, cet ouvrage offre le florilège le plus complet et jubilatoire qui soit des traits d’esprit, saillies, épigrammes et autres « vacheries » qui ont jalonné l’histoire littéraire, mondaine et politique de l’Antiquité à nos jours.

Certaines époques et certains milieux se sont particulièrement illustrés dans cet exercice vivifiant : les cercles littéraires des XVIe et XVIIe siècles, les salons et la cour de France au siècle des Lumières, le monde politique et la société mondaine de la IIIe République, l’Angleterre postvictorienne, la grande période hollywoodienne de l’entre-deux-guerres…

Autant de moments où la liberté d’esprit et une lucidité aiguisée se sont exprimées sans crainte de démystifier et tourner en ridicule les figures installées du conformisme intellectuel et de l’académisme pontifiant.

Parmi les experts en la matière, on trouve de grands hommes d’État. Clemenceau, l’un des plus féroces, disant à propos du président de la République, Félix Faure, qui venait de mourir : « En entrant dans le néant, il a dû se sentir chez lui. »

Critique :
J’ai toujours adoré les gens qui avaient de la répartie et qui, sans réfléchir, savaient lancer des traits d’esprits dignes des flèches les plus mortelles, crucifiant leurs interlocuteurs en une simple phrase.

C’était tellement plus intelligent ce que Chirac répondit à celui qui le traita un jour de « Connard » que ce que lança Sarkozy à celui qui avait refusé de lui serrer la main.

Après la réplique de Chirac, l’insulteur n’avait plus qu’à aller se terrer dans un tour de souris pour les 1.000 prochaines années. Tandis qus Sarko n’est pas sorti grandi de sa réplique « Casse-toi, pauv’ con ! ».

Évidemment, ces 1184 pages ne se lisent pas comme on lirait un roman, vous risqueriez une indigestion carabinée. Non, ça se feuillette tous les soirs, avant d’aller au lit, afin de picorer quelques belles réparties cinglantes ou juste piquantes.

Cela fait plus d’un mois que je picore et que je tente de retenir les plus intelligentes afin de les ressortir un jour (je ne passerai jamais à la postérité).

Dans ces pages, il y a des illustres très connus et des illustres inconnus (par moi)… Je vous avouerai que j’ai pris plaisir à lire les vacheries ou les bons mots des personnalités connues telles que De Gaulle, Chirac, Mitterrand, Oscar Wilde, Winston Churchill, Groucho Marx, les rois Louis …. que ceux des inconnus (et ce n’était pas le trio d’humoristes bien connu).

Je préciserai que les citations sont remises dans leur contexte : on a donc parfois droit à tout un dialogue avant de découvrir la méchanceté ou alors, l’auteur ajoute une note explicative afin que l’on comprenne le fin mot qui a été dit.

Winston Churchill: Churchill avait accepté comme une corvée de présider un dîner que donnait son gendre, Christopher Soames. Comme il l’avait craint, l’assistance fut extrêmement ennuyeuse. Le maître de maison tenta de relancer une conversation assez morne, et demanda à son beau-père quel avait été, pendant la Seconde Guerre mondiale, le personnage qui lui avait fait la meilleure impression.
« Mussolini », répondit Churchill.
Ce fut une grande surprise dans l’assistance. Comme on lui demandait de s’expliquer, il dit : « Il a fait fusiller son gendre. »

Pas de panique devant les personnalités qui ne vous diraient rien, telle Hélène Chrisoveloni, princesse Soutzo (l’exemple au hasard), chaque personnage est précédé d’une courte biographie (ou plus longue pour les plus illustres) qui vous expliquera l’essentiel.

Les dernières pages seront consacrées à des méchancetés anonymes extraites d’ouvrages du XVIe et XX siècle. Certaines auraient pu finir en blagues.

Si certains traits d’esprits m’ont fait rire, sourire, ou siffler d’admiration, d’autres ne m’en même pas touchés une (et l’autre n’a pas bougé, bien entendu).

Hélas, l’excès nuit en tout et trop, c’est trop ! Il y a parfois trop de blablas avant d’avoir le trait d’esprit (puisqu’il est nécessaire de le remettre dans son contexte) et lorsqu’après avoir lu toute une tartinée, vous vous trouvez face à un trait d’esprit assez pauvre, ou qui fait pchiiitt, c’est assez rageant.

Il est un fait que ce qui pouvait choquer ou être une répartie acerbe aux temps jadis, peut très bien avoir perdu de son mordant à notre époque.

C’est un ouvrage dont il faut picorer les bons mots, bien choisir le personnage qui les dit et à ce propos, une index des personnages cités n’aurait pas été du luxe.

Lu dans son édition Robert Laffont Bouquins de 1184 pages !

Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Le magicien d’Auschwitz : José Rodrigues dos Santos

Titre : Le magicien d’Auschwitz Comment celui que l’on surnommait le Grand Nivelli a survécu à l’enfer

Auteur : José Rodrigues dos Santos
Édition : Hervé Chopin (08/04/2021)
Édition Originale : O Mágico de Auschwitz (2019)
Traduction : Adelino Pereira

Résumé :
Prague, 1939. Les Allemands envahissent la Tchécoslovaquie où se sont réfugiés Herbert Levin, sa femme et son fils pour fuir le régime nazi.

Le magicien, qui se fait déjà appeler le « Grand Nivelli » est très vite remarqué par les dirigeants SS fascinés par le mysticisme et les sciences occultes.

Léningrad, 1943. Le jeune soldat Francisco Latino combat pour Hitler au sein de la Division bleue espagnole. Ce légionnaire réputé pour sa brutalité se fait remarquer durant le siège russe. Les SS décident de l’envoyer en Pologne où les enjeux sont devenus prioritaires.

Ni Herbert Levin, ni Francisco Latino ne savent encore que leurs destins vont se croiser à Auschwitz. Un destin qui va dépasser leur propre histoire.

Critique :
Herbert Levin, connu sous son nom de scène du Grand Nivelli est un illusionniste, un magicien et il est Juif… Il a fui Berlin, s’est réfugié en Tchécoslovaquie et pensait mener une vie tranquille, loin des folies des nazis.

Pas de chance, cette maudite engeance ne s’est pas privée de montrer à tout le monde qu’elle n’avait peur de personne…

L’armée allemande s’est même permise le luxe de faire tout ce que le traité de Versailles lui interdisait de faire et sans recevoir de plus fort qu’un froncement de sourcils de la part des autres pays…

Ce que j’ai apprécié le plus dans ce roman, c’est le réalisme et le travail de documentation que l’on sent derrière le récit. Les réactions des gens collent à la réalité et le lecteur s’immerge assez vite dans les décisions iniques prisent par les nazis envers les Juifs. Niveau restrictions, ils ont tout eu, tout vu… Ils ne savent pas encore qu’on peut faire pire.

D’un côté nous suivons le Grand Nivelli et sa famille, aux proies avec les restrictions de liberté (et de tout), pensant que tout va s’arranger et que les nazis ne pourront pas faire tout et n’importe quoi. Lorsque l’on connait l’Histoire, on a les tripes qui se nouent mais on sait très bien qu’à l’époque, on n’aurait jamais cru que cela irait aussi loin dans l’horreur.

En parallèle, nous suivons aussi les pas de Francisco Latino, légionnaire portugais qui s’est battu en Espagne durant la guerre civile aux côtés des nationalistes de Franco et qui se sent en dette avec l’Allemagne et part combattre sur le front russe dans une division composée de volontaires, l’Espagne n’étant pas entrée en guerre.

On se doute qu’à un moment donné, les destins de nos deux personnages vont se télescoper mais l’on ne sait ni où, ni quand. Une chose est sûre, ce ne sera pas dans la neige et le froid du front russe où l’on va cailler des billes aux côtés de Francisco et de son ami Juanito.

Bref, le côté réaliste n’est pas à remettre en cause, ni le travail de documentation qui se trouve derrière, ni même le fait que le lecteur en apprendra un peu plus sur les nazis et leur folie de l’ésotérisme poussé jusqu’à l’imbécilité.

D’un côté, ils sont hyper rationnels dans leur méthode d’extermination et de l’autre, ils croient à l’astrologie, à l’Atlantide avec sérieux, aux dieux Wotan et Thor, ainsi qu’à la société de Thulé, se contredisant dans leurs discours, dans leurs manières de faire, sans que cela leur posent le moindre problème…

Là où le bât a blessé, c’est au départ du récit car je n’arrivais pas à m’attacher à Levin (Le Grand Nivelli) et il m’a fallu une bonne cinquantaine de pages avant que la magie opère avec lui. J’ai mis du temps aussi avec Francisco et c’est seulement sur le front russe que le personnage s’est révélé plus profond que je ne le pensais.

L’arrivée du camp d’Auschwitz ne se fera qu’au deux-tiers du récit (dans la troisième partie)… Sous-titré « Comment celui que l’on surnommait le Grand Nivelli a survécu à l’enfer », je trouve que c’est exagéré car notre illusionniste n’exécutera qu’un seul tour afin de montrer à un ami qu’il n’a pas perdu la main et ce, dans les dernières pages du récit…

Lorsque le mot « fin » est apparu, il m’a semblé venir trop brusquement car il laissait tout le monde en plan et notre Grand Nivelli n’avait pas encore réussi à survivre à l’enfer… Ouf, il y aura une suite, mais j’aurais aimé le savoir dès le départ…

Le sous-titre aurait pu être plus sobre car là, il vend une chose qui n’arrivera pas dans ce premier tome, Nivelli n’ayant même pas encore commencé à organiser, comme on dit là-bas…

Il n’est pas facile d’écrire un livre qui se déroule en partie dans le camp de travail d’Auschwitz I et en faible partie dans celui de Birkenau, bien plus inhumain que l’autre (oui, il est toujours possible de faire pire).

Pas évident non plus, dans les dialogues, de faire parler des nazis qui exposent leur point de vue sur ces horreurs et d’entendre que pour eux, c’est comme couper une jambe atteinte de gangrène afin de sauver le reste du corps… On pourrait croire que ça leur fait autant d’effet que de trier les fruits pourris afin de préserver les sains…

Pourtant, on apprendra que certains se sentirent mal au départ, que d’autres s’évanouirent, même les grands dirigeants, car au départ, ce n’est pas facile, puis, on s’habitue, selon notre guide dans le camp.

Le plus horrible, c’est que même les prisonniers s’habituent à l’indicible et ne sursautent plus, ne cillent plus, devant ceux ou celles qui se suicident en se jetant sur la clôture de haute-tension, passant à côté des corps sans que cela leur fasse quelque chose, ils en ont tellement vu.

Ce n’est pas la première fois que je lis ça et mes tripes se nouent toujours car je me doute que dans la situation, je ne m’en ferais plus à force de voir des corps morts.

L’Homme s’habitue à tout, même à l’indicible et ça, ça fait froid dans le dos, même si c’est une forme de protection, comme ces témoins qui furent prisonniers dans des camps et qui ont effacé les violences de leur mémoire.

La postface est intéressante aussi car l’auteur assène une vérité que trop souvent nous oublions : seuls les témoins survivants peuvent parler, les morts, eux, ne peuvent rien raconter. Personne ne saura ce qui s’est passé dans la tête des gens entrés dans une chambre à gaz, lorsqu’ils ont compris que…

On ne peut que l’imaginer, mais personne ne pourra jamais en témoigner car pas de survivants. Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas en parler, ce n’est pas parce que certains camps n’ont eu aucun survivants qu’ils sont moins importants que les autres. Mais les morts sont toujours silencieux…

Un roman historique qui mêle la fiction avec la réalité, les personnages fictifs croisant les réels et qui nous parle de ces nazis fanas d’ésotérisme et de théories totalement farfelues, dingues, mais auxquelles ils croyaient dur comme fer. Rien n’a changé, certains racontent encore des imbécilités et on les écoute, on les croit…

Et cela mène à des horreurs telles que les camps d’extermination. L’auteur ne se contente pas d’accuser les nazis des horreurs commises, mais par l’entremise de notre guide dans Birkenau, il mettra aussi dans l’accusation les autres pays qui ont regardé leurs pieds, se contentant de faire des leçons de morale mais n’agissant pas, comme nous le faisons toujours.

On pourrait croire que c’est un énième roman sur la shoah, mais non, il est différent sans pour autant trahir l’époque, les faits, l’Histoire. C’est plusieurs histoires dans l’Histoire et c’est toujours bouleversant.

PS : on apprend aussi que pour ce qui est des motifs d’arrestation, l’arbitraire et l’imagination sont toujours au pouvoir… Comme cet homme, prisonnier du camp d’Auschwitz pour « sabotage »… Il avait acheté une patate dans la rue. Peut-être quelque part, à cette époque, il existait un livre secret que l’on se passait sous le manteau et intitulé « Comment foutre en l’air la machine nazie avec une patate » ?? Un tuto en version papier et non You Tube…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°253] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Dans la combi de Thomas Pesquet : Marion Montaigne

Titre : Dans la combi de Thomas Pesquet

Scénariste : Marion Montaigne
Dessinateur : Marion Montaigne

Édition : Dargaud(24/11/2017)

Résumé :
Le 2 juin 2017, le Français Thomas Pesquet, 38 ans, astronaute, rentrait sur Terre après avoir passé 6 mois dans la Station spatiale internationale.

La réalisation d’un rêve d’enfant pour ce type hors-norme qui après avoir été sélectionné parmi 8413 candidats, suivit une formation intense pendant 7 ans, entre Cologne, Moscou, Houston et Baïkonour.

Dans cette bande dessinée de reportage, Marion Montaigne raconte avec humour, sa marque de fabrique, le parcours de ce héros depuis sa sélection, puis sa formation jusqu’à sa mission dans l’ISS et son retour sur Terre.

Critique :
Ou, de novembre 2016 à juin 2017, j’étais cachée dans une grotte au Boukistan oriental soit je souffre précocement d’Alzheimer car je n’ai aucun souvenir d’un français ayant été dans la station orbitale ISS durant 6 mois !

Pourtant, le battage médiatique devait être là pour me le faire savoir, mais non, rien de rien, zéro souvenir.

Pas de panique, avec la bédé de Marion Montaigne, j’allais tout savoir sur ce grand voyage, sa préparation, bref, elle allait me raconter, avec humour, la vie de l’astronaute Thomas Pesquet avant, pendant et après son départ sur la station spatiale internationale.

Lorsque les scientifiques causent à la télé (ou dans des journaux), j’ai souvent l’impression qu’ils parlent une autre langue que la mienne car je n’y comprend pas grand-chose ! Avec Marion Montaigne, je comprend tout puisqu’elle vulgarise la science et je comprend tout !

C’est bourré d’humour, de trucs croustillants, de choses scatologiques (mais faut bien que l’on sache comment on fait ses besoins dans une station orbitale), mais c’est surtout hyper bien mis en page et bougrement intelligent !

Oui, on peut s’instruire en rigolant, ça rentre même mieux là où ça doit rentrer, c’est-à-dire dans la tête (et ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit mais que vous avez pensé, bougre de petits obsédés !).

Vulgarisation ne veut pas dire que l’on va niveler par le bas ou nous prendre pour des crétins congénitaux. Non, cela veut juste dire qu’on va mettre toutes ces infos rébarbatives et lourdes à digérer à notre niveau, nous qui ne sommes pas astronautes, même si nous avons tous et toutes été de nombreuses fois dans la lune.

Ça se lit tout seul, ça se dévore, les dessins sont bourrés de petits détails qui font rire (on retrouve madame Pichon, bien connue), les dialogues ne sont pas neuneus, sont composés de running gags (Ah, Youri !) et de petites anecdotes très instructives qui peuvent être ressortie à l’occasion d’un repas en famille (ok, pour le moment, c’est un peu loupé avec le covid).

J’ai fait durer mon plaisir sur plusieurs jours afin d’en profiter un maximum et c’est avec un sourire immense que j’ai refermé cette bédé où, une fois de plus, le talent de conteuse de Marion Montaigne ne s’est pas démenti.

 

Bratislava 68, été brûlant : Viliam Klimáček

Titre : Bratislava 68, été brûlant

Auteur : Viliam Klimáček
Édition : Agullo (2018)
Édition Originale : Horuce Leto 68 (04/10/2011)
Traduction : Richard Palachak et Lydia Palascak

Résumé :
Nous sommes une nation condamnée à la tendresse. On nous envahit facilement. Au printemps 1968, le parti communiste tchécoslovaque expérimente le « socialisme à visage humain ».

La censure est interdite, les frontières s’ouvrent vers l’Ouest, les biens de consommation font leur apparition…

Un vent de liberté souffle sur le pays. Cet été là, Alexander et Anna montent dans leur Skoda Felicia, un cabriolet flambant neuf, pour rejoindre leur fille Petra à Bratislava où elle vient de terminer de brillantes études de médecine.

Tereza, fille d’un cheminot rescapé des camps de concentration et d’une éditrice à la Pravda qui ont longtemps accueilli des réfugiés hongrois de 1956, séjourne dans un kibboutz en Israël pour renouer avec sa culture juive.

Jozef, pasteur défroqué pour avoir refusé de dénoncer des paroissiens auprès du Parti, fait ses premières armes à la radio.

Dans la nuit du 20 au 21 août, tandis que les tanks soviétiques envahissent la ville, le destin de ces trois personnages et de leurs familles va basculer.

Pendant quelques heures, la frontière avec l’Autriche reste ouverte, Vienne est à une heure de train. Chacun devra alors faire un choix : partir ou rester ?

Fuir la violence ou résister à l’oppresseur ?

Critique :
Il est des livres où dès les premières lignes, vous êtes conquis(e), vous rentrez dedans et vous sentez aussi bien que dans des charentaises confortables.

Ce fut le cas ici, je me suis coulée dans le récit, j’ai adhéré aux différents personnages, comme si je les connaissais depuis longtemps.

L’auteur s’est basé sur des témoignages d’exilés Slovaques pour bâtir son récit et on le ressent bien car il y a du réalisme, du vécu, même s’il a changé les noms et mélangé plusieurs destinées.

Au départ, tout va bien. On fait la rencontre des nos personnages principaux, on découvre la vie en Tchécoslovaquie, sous le règne des Socialistes qui en pratique un qui n’a de socialisme que le nom.

À choisir, je préfère encore la Gauche Caviar que ce communisme qui, une fois de plus, empêche ses citoyens de découvrir le monde et le garde prisonnier d’un rideau de fer, isolant le bloc de l’Est (lorsque j’étais gamine, je pensais que c’était un vrai rideau de fer, après, on m’a expliqué… Vous imaginez la taille du rideau ?) de celui de l’Ouest, dirigé par des salopards de capitalistes.

Tels des parents castrateurs empêchant leurs rejetons d’aller voir sur la palier de l’appart, ou sur la rue, devant la maison, les dirigeants communistes sont d’une sévérité immonde, d’une imbécilité crasse, d’un illogisme débile, préférant laisser la possibilité à des crétins de faire des études, empêchant les bons éléments, les premiers de classe, aller à l’université, vous déclarant incompatible parce que votre ancêtre était un grand capitaliste  (il possédait un petit atelier de couture)…

Ces derniers temps, je bouffe du communisme, que ce soit celui de l’Archipel de Soljenitsyne (Russie), celui de la dynastie Kim (Corée du Nord) et maintenant, celui de la Tchécoslovaquie et pas un pour relever l’autre. Je découvre toujours des saloperies au fur et à mesure de mes lectures. Fin de la parenthèse.

La plume de l’auteur est primesautière, presque, agréable à suivre, teintée d’ironie aussi. Il vous emmène dans ce récit, commençant gentiment, doucement, mais sans masquer les imbécilités du parti au pouvoir, des restrictions que les citoyens subissent, du fait qu’il faut adhérer au parti pour espérer évoluer dans la société (même si le parti avait exécuté ses propres membres) et gare à ceux dont les ancêtres étaient des Koulak ou des vilains capitalistes.

Anna, Alexander, Petra, Jozef, Erika, Tereza, Anna vivaient leur petites vies avant le basculement et l’entrée des chars russes en août 68. Que faire ? Fuir pendant qu’il est encore temps ou rester ? Et si fuite il y a, quelles conséquences auront-elles sur les familles restées au pays ?

Ce roman noir, je l’ai dévoré, mais avec lenteur, prenant bien le temps de m’imprégner des atmosphères, des contradictions des personnages, de leurs peurs, de leurs déboires, de leur envie de liberté. Leur exil, je l’ai ressenti dans mes tripes, les imaginant tout laisser derrière eux, souvenirs, maisons et familles…

Sans sombrer dans le pathos gratuit, l’auteur a su insuffler des émotions fortes dans ses familles qui furent déchirées, qui prirent les chemins de l’exil, quasi le cul nu, laissant une partie des leurs derrière eux, aux mains d’un pouvoir qui n’aiment pas voir les siens partir ailleurs, passer le rideau.

Ou que vous alliez, ils suivent vos dires et peuvent encore vous toucher en plein coeur en vous culpabilisant car à cause de votre départ, le pays a eu du mal à continuer à produire… Ils diront que vous êtes un vilain, un non patriote, que le pays vous a tant donné, à vous, à votre famille et qu’en retour, ingrat que vous êtes, vous avez fui !

Après votre lâche fuite, notre production s’est tassée temporairement. Dire que pendant des années vous avez fait semblant d’être un homme qui aime son travail et sa ville natale… nous ne croyons plus que vous ayez été sincère. Vous étiez un bon spécialiste, certes, vous avez cependant renoncé à votre mission au plus mauvais moment.

Quel est le bon moment pour se rappeler que la patrie a des tentacules partout, contre lesquels on ne peut que gémir jusqu’à la folie ?

Pas de chapitre pour ce roman, mais des actes, comme dans une pièce de théâtre, comme des témoignages que l’on mettrait bout à bout pour en faire un tout qui tient parfaitement la route, qui nous montre un Monde aux antipodes du nôtre ou, malgré tout, nous avons toujours des libertés, dont celle de quitter le pays (hors pandémie) et d’en dire tout le mal qu’il nous sied.

L’auteur ne perd pas de temps en détails paysagers ou en descriptions graphique de ses personnages, mais il va à l’essentiel et donne à ses lecteurs/lectrices une fameuse piqûre de rappel, des fois que nous penserions que 68, c’est juste des pavés sous la plage… Pardon, que sous les pavés, il y avait la plage et des manifestations estudiantines.

Dans ce roman noir, dans ces témoignages que l’auteur a transformés en fiction, toutes ressemblances avec des personnes existant ou ayant existées n’est pas fortuite du tout. Elle est réelle.

Ces 50 tableaux racontent des petites histoires dans la grande, mais font intégralement partie de la grande Histoire aussi. Ils sont importants pour que l’on n’oublie pas la chance que nous avons de vivre où nous sommes, même si tout n’est jamais rose.

Un magnifique roman, une fois de plus.

Dans ce roman, j’omets volontairement la description des personnages et des paysages. Je les saute à votre place. Lecteur, je les ai toujours survolés et je vous imagine un peu comme moi, pour cette raison j’espère que ce rembourrage ne vous manquera pas.

L’homme sait qu’il est en train de vivre l’Histoire. Il sait que sa femme, son fils, lui et son pays sont le beurre, et l’Histoire, le couteau. Et que quelqu’un l’étale sur une tranche de pain et s’apprête à y mordre.

Avant même qu’elle passe le bac, le comité du parti communiste du lycée déclara qu’Erika n’était pas autorisée à faire des études supérieures. On était en 1960. Elle était « incompatible » : son père avait été dentiste dans le privé et un autre membre de sa famille avait été un grand capitaliste. Entendez par là qu’il avait eu un petit atelier de couture. Bien que leurs biens aient été pillés par l’État, que leur cabinet et leur atelier appartiennent désormais au peuple entier, les enfants continuaient de souffrir du fait que leurs parents n’avaient pas été des pauvres types, mais des personnes qui avaient réussi.

Ainsi, Jozef Rola était soupçonné de ce qu’il avait combattu toute sa vie, lui qui avait refusé l’ordination pour ne pas trahir ses futurs paroissiens. Ne soyons pas surpris par la réaction de l’évêque. Certes, il était maladroit, mais il se comporta comme tout habitant d’une démocratie du monde, comme l’équipe du film américain, comme chaque étranger qui nous a posé cette question durant des dizaines d’années, dont la réponse leur était incompréhensible : pourquoi votons-nous pour ces communistes que nous ne cessons de décrier ? Chacun de nous est conditionné par un système de pensée différent, ils ne peuvent pas nous comprendre, tout comme d’ailleurs nous ne comprendrons jamais les gauchistes de l’Ouest ou les jeunes maoïstes de Paris. Avec notre vécu, on ne peut pas sympathiser avec les révolutionnaires de café. Si on les avait expropriés de leurs magasins, chassés de leurs appartements ou si on avait envoyé leurs propres pères dans les mines d’uranium, peut-être qu’ils comprendraient.

Ils remplaçaient les gens. Pièce par pièce. Tu acceptes ? Tu signes et tu restes. Tu n’acceptes pas ? Pars. Qui ne hurle pas comme un loup avec nous hurle contre nous.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°193] et Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°19].

 

La dénonciation : Bandi

Titre : La dénonciation

Auteur : Bandi
Édition : Philippe Picquier Poche (2018)
Édition Originale : Gobal (2014)
Traduction : Lim Yeong-hee et Mélanie Basnel

Résumé :
Bandi, qui signifie « luciole », est le pseudonyme d’un écrivain qui vit en Corée du Nord. Après bien des péripéties, dissimulés dans des livres de propagande communistes, ses manuscrits ont franchi la frontière interdite pour être publiés en Corée du sud.

Mais pas leur auteur. Bandi a choisi de rester, lui qui se veut le porte-parole de ses concitoyens réduits au silence.

Ses récits où s’expriment son émotion et sa révolte dévoilent le quotidien de gens ordinaires dans une société où règnent la faim, l’arbitraire, la persécution et le mensonge, mais aussi l’entraide, la solidarité, et l’espoir, chez ceux qui souffrent.

Des récits d’une grande humanité, et l’ouvre d’un authentique écrivain.

« Je vis en Corée du nord depuis cinquante ans,
Comme un automate qui parle,
Comme un homme attelé à un joug.
J’ai écrit ses histoires,
Poussé non par le talent,
Mais par l’indignation,
Et je ne me suis pas servi d’une plume et d’encre,
Mais de mes os et de mes larmes de sang. »

Critique :
Les auteurs Nord-Coréen ne sont pas légion ! Ceux qui ont publié des livres qui expliquent ce qu’il se passe dans leur pays encore moins…

Pour savoir ce qu’il se passe dans ce pays, il faut se lever très tôt le matin ou alors, bouffer la propagande mise en place et accepter d’avaler que tout va pour le mieux dans cette dictature.

À l’aide de courts récits, Bandi nous explique le destin tragique des habitants de Corée du Nord, là où il vit toujours. Pas sous le joug du gros poussa de maintenant, mais dans les années 80/90, sous le règne de Kim Il-sung.

Voilà, dans quel monde il vivait. La loi exigeait du peule qu’il rit malgré ses souffrances et qu’il avale malgré l’amertume.

Nous râlons pour le moment des petites libertés qui nous sont retirées pour cause de pandémie, mais imaginez-vous vivre dans un pays où, 50 ans après un mot de trop de votre père et grand-père, vous êtes blacklisté de partout ! Même si vous n’avez que 5 ans.

Article 149… Il permet de vous persécuter jusqu’à la fin de temps et on l’inscrit même sur vos papiers afin que tout le monde sache l’infamie qui vous touche tous. Et lorsque l’on parle d’infamie, elle n’est infâme que dans la tête des tarés qui gouvernent et de ceux qui appliquent les sentences.

Nous pouvons nous moquer de nos politiciens, nous pouvons les brocarder, eux doivent s’incliner et honorer leurs portraits et surtout ne pas tirer les tentures afin que votre petit enfant ne soit plus terrorisé par le portrait de Marx ou du dictateur qui a fait de vous des pantins, capable de faire venir 1.000.000 de personnes dans la rue en 45 minutes top chrono.

J’ai apprécié l’écriture de Bandi, assez simple mais jamais simpliste dans ses petites histoires qui nous mettent face à l’horreur d’un peuple condamné à jouer un rôle, à rire quand il voudrait pleurer, à pleurer toutes les larmes de leur corps devant la dépouille du tyran qui a assassiné leur père, emprisonné leur mari…

Une vie honnête ne peut se construire que dans un monde libre. Plus on étouffe les gens, plus on les opprime, et plus ils jouent la comédie.

Après la folie de Lénine, Staline et leurs goulags, je viens de plonger dans une dictature où l’arbitraire règne, où les dénonciations sont légions, où ceux qui lèchent le parti comme des braves petits toutous sont mieux considérés que ceux qui triment sans rien demander et qui seront de parfaits boucs émissaires pour tout et n’importe quoi.

C’est un poison toxique qui circule dans les veines de ceux qui accusent, qui punissent, qui tuent. C’est l’iniquité qui est reine, c’est l’illogisme qui est roi et c’est le peuple qui crève de faim, mais bon, faut pas parler de famine, juste de pénurie alimentaire…

Un roman qu’il faut lire, juste pour comprendre que nous sommes des coqs en pâte, même si tout n’est pas rose dans nos pays et que personne ne me tiendra rigueur si mon père a un jour, foiré une caisse de plants de riz en serre car c’était le début et que personne ne savait comment faire.

Quand une mère met un enfant au monde, tout ce qu’elle souhaite, c’est que cet enfant soit heureux. Il n’existe aucune mère sur terre qui veuille accoucher d’un être dont elle sait d’avance qu’il devra passer sa vie entière à se frayer un chemin dans des buissons de ronces. Si une telle femme existe, alors avant d’être une mère, c’est une criminelle, la plus cruelle d’entre tous.

Un livre coup de poing !!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°190] et Le Mois du Polar – Février 2021 – chez Sharon [Fiche N°16].

Agatha Christie – Tome 18 – Cinq petits cochons : Agatha Christie, Miceal O’Griafa et David Charrier

Titre : Agatha Christie – Tome 18 – Cinq petits cochons

Scénariste : Miceal O’Griafa & Agatha Christie
Dessinateur : David Charrier

Édition : Emmanuel Proust Éditions (03/09/2009)

Résumé :
Un peintre riche et célèbre est retrouvé mort. Sa femme, accusée du crime, est exécutée. Affaire classée. Seize ans plus tard, Hercule Poirot accepte de reprendre l’enquête : il a son idée pour confondre les vrais assassins et faire éclater la vérité…

Critique :
Il est des romans de la reine du crime dont je n’ai jamais réussi à retenir QUI était coupable, alors que pour d’autres, seul Alzheimer arrivera à me les faire oublier.

Pour les petits cochons, pas moyen de me souvenir, alors que j’avais revu il y a quelques années l’adaptation télé avec Les Petits Meurtres.

Alors, au lieu de me refaire l’épisode avec le commissaire Larosière et l’inspecteur Lampion, j’ai décidé de rafraîchir ma mémoire avec cette bédé que j’ai trouvé par hasard (et qui fait partie d’une collection de 21 tomes, putain, je vais m’amuser !).

Lorsque l’on adapte un roman en bédé, on se doute que l’on va devoir sacrifier des détails car tout doit tenir en 46 planches. Mais ne me souvenant plus du tout du roman, je n’aurais pas pu dire ce qui a été mis sur le côté…

Mais des choses ont été passées par pertes et profits car notre cher Hercule Poirot trouve très vite l’identité de la personne coupable…

Certes, le détective d’origine Belge est intelligent, ses petites cellules grises travaillent à haut régime, mais dans la bédé, on a l’impression qu’il y arrive trop rapidement, en sautant des étapes.

De mon côté, j’étais persuadée d’avoir juste, j’ai jubilé un temps, mais le grand Hercule m’a taclé sévèrement et renvoyé à mes travaux car j’avais faux, archi faux…

Si l’on met de côté les dessins qui ne m’ont pas trop emballés (mais j’ai vu pire dans cette collection, en regardant les couvertures), j’ai apprécié le scénario, même s’il a été amputé des réflexions de notre détective par rapport au roman.

Pour l’enquête dans le passé, les couleurs étaient dans les tons sépias et ça donnait un joli air rétro à ces images et montrait bien que nous étions dans une narration au passé.

Le scénario était d’Agatha Christie, c’était, une fois de plus, bien pensé, bien envoyé, bien vache car les lecteurs ne voient rien venir.

3,5/5 pour les dessins et 4,5/5 pour le scénario original.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°175], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°38], Le Mois du Polar – Février 2021 – chez Sharon [Fiche N°01] et le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°01].

Les naufragés de la Méduse : Jean-Christophe Deveney et Jean-Sébastien Bordas

Titre : Les naufragés de la Méduse

Scénariste : Jean-Christophe Deveney
Dessinateur : Jean-Sébastien Bordas

Édition : Casterman (03/06/2020)

Résumé :
En 1816, les royalistes reviennent au pouvoir. Le commandement de La Méduse est confié à un noble qui n’a pas navigué depuis vingt-cinq ans.

Le 2 juillet, la frégate échoue sur un haut fond au large du Sénégal. 170 passagers s’installent sur un radeau de fortune.

Deux semaines plus tard, le radeau est retrouvé miraculeusement avec à son bord seulement 17 survivants.

Critique :
Le récit du naufrage de la Méduse, je le connaissais, mais cela change tout lorsque c’est dessiné et qu’il y a une mise en abyme entre le naufrage de la frégate et celle de la vie de Géricault, qui, à cette époque, se noie aussi.

Les auteurs, en alternant le récit du voyage/naufrage de la Méduse et des recherches de Géricault pour son tableau ont donné une autre approche à la tragédie et ont évité de sombrer dans le glauque.

Les dessins, en aquarelles, mettent cette histoire bien en valeur : tons chauds lorsque nous sommes en mer et tons plus froids lorsque nous rejoignons Géricault. C’est donc avec les yeux grands ouverts que j’ai commencé ma lecture en découvrant les différents protagonistes : d’un côté, ceux de la Méduse et de l’autre, tous ceux et celles qui gravitaient autour de Géricault.

Les auteurs ont fait un véritable travail d’enquêteurs et Theodore Géricault aussi. Ce dernier voulait peindre de manière originale les naufragés, sortir des tableaux à connotation biblique et frapper un grand coup avec sa toile.

Le montage est lui aussi bien fait puisque l’on a quelques pages sur le voyage de la frégate et ensuite les recherches de Géricault, ses ennuis, ses amours contrariés. S’il n’avait pas de soucis d’argent et pouvait prendre son temps pour exercer son art, notre peintre avait des soucis ailleurs.

Notamment il en aura avec les survivants et témoins du naufrage : Corréard et Savigny qui ne sont pas honnêtes, l’un se mettant en scène comme un héros et l’autre trouvant une fièvre tropicale pour excuser le cannibalisme qui saisit certains des naufragés, quand d’autres mettaient en cause les Noirs qui se trouvaient sur le radeau.

Hé oui, les riches, les bourgeois, le commandant, les dirigeants, eux sont allés dans les canots et les autres, les troisième classe, sont allés s’entasser sur un radeau que l’on n’a pas hésité à rompre les amarres pour s’en débarrasser… Titanic avant l’heure.

Si vous connaissiez les erreurs qui furent commises lors du naufrage et les imbécilités faites par un commandant qui n’avait plus navigué depuis des lustres, pas de panique, cet album vous rafraîchira la mémoire et vous ravira au passage car c’est avec minutie que Géricault mène son enquête, cherche les zones d’ombres, les non-dits, les incohérences dans les différents témoignages, le peintre s’écorchant même avec quelques racistes de bas-étage au passage.

Et en prime, vous saurez tout sur cette toile célèbre, sur son peintre, sur sa réalisation, sa vie, ses amours, ses emmerdes. En prime, vous croiserez Horace Vernet et Delacroix !

Si vous ne saviez rien de rien, pas de soucis non, car après cette lecture, vous saurez tout sur le naufrage ET sur l’élaboration de ce tableau qui est maintenant célèbre. Vous pourrez briller aux repas de famille et en société. Moi-même je me suis cultivée avec délectation car la bédé est un petit bijou de mise en scène intelligente et de dessins superbes.

La folie qui saisit les naufragés sur le radeau est elle aussi bien mise en scène, faite avec réalisme, sans juger, car nous ne savons pas comment nous réagirions, perdu sur un radeau, les pieds dans l’eau salée, sans nourriture, sans eau, sans espoir et sous le soleil…

Certains ont sans doute fait des témoignages douteux afin de ne pas se mettre en cause et se faire juger par une populace toujours prompte à s’enflammer et à vilipender.

Une magnifique bédé qui alterne le récit de la frégate La Méduse avec les recherche de Géricault pour son tableau, une mise en abyme réalisée de main de maître, une biographie de Géricault sans en être une, un récit de naufrage qui tournera à l’horreur mais sans que les auteurs ne sombrent dans le voyeurisme.

Bref, un making of superbement bien fait et si on parle de naufrage, la bédé, elle, ne sombre jamais.

PS : merci à ma soeur de m’avoir offert cet album graphique pour ma Noël. C’était totalement inattendu, surprenant et une putain de bonne idée !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°156].

Un autre tambour : William Melvin Kelley

Titre : Un autre tambour

Auteur : William Melvin Kelley
Édition : Delcourt (2019) / 10/18 (2020)
Édition Originale : A Different Drummer (1965)
Traduction : Lisa Rosenbaum

Résumé :
Du jour au lendemain, les résidents noirs d’une petite ville imaginaire d’un État du Sud désertent, à la suite de l’acte de protestation d’un jeune fermier, descendant d’esclave.

Juin 1957. Sutton, petite ville tranquille d’un état imaginaire entre le Mississippi et l’Alabama. Un après-midi, Tucker Caliban, un jeune fermier noir, recouvre de sel son champ, abat sa vache et son cheval, met le feu à sa maison, et quitte la ville.

Le jour suivant, toute la population noire de Sutton déserte la ville à son tour.

Quel sens donner à cet exode spontané ? Quelles conséquences pour la ville, soudain vidée d’un tiers de ses habitants ?

L’histoire est racontée par ceux qui restent : les Blancs. Des enfants, hommes et femmes, libéraux ou conservateurs, bigots ou sympathisants.

En multipliant et décalant les points de vue, Kelley pose de façon inédite (et incroyablement gonflée pour l’époque) la « question raciale ».

Un roman choc, tant par sa qualité littéraire que sa vision politique.

Critique :
Certains suivent la musique, quelque soit le rythme, le tempo, que l’air leur plaise ou pas et d’autres entendent un autre tambour et suivent cette musique qui résonne au plus profond d’eux-mêmes.

Quand un homme ne marche pas du même pas que ses compagnons, c’est peut-être parce qu’il entend battre un autre tambour.
Qu’il accorde donc ses pas à la musique qu’il entend, quelle qu’en soit la mesure ou l’éloignement. 

Ne cherchez pas la petite ville de Sutton, sachez juste qu’elle est nichée dans le Sud Profond, que nous sommes en 1957 et que la ségrégation raciale n’est pas considérée comme un gros mot chez ces Blancs.

D’ailleurs, les Blancs racontent encore la légende de cet esclave Noir qui refusa de se soumettre et qui en fit voir de toutes les couleurs à l’homme qui l’acheta.

Au fait, ils ne travaillent pas tous ces hommes Blancs qui se rassemblent pour discuter sous le porche d’une véranda ?

Tucker Caliban, descendant de cet esclave qui ne se soumit qu’après une longue cavale semble avoir entendu le son d’une autre musique car il décide de saler son champ, de tuer ses deux bêtes, de foutre le feu à sa maison et de foutre le camp.

Consternation et stupeur chez nos WASP qui discutent ferment sur le perron de la véranda. Le lendemain, c’est toute la population Noire qui fiche le camp de Sutton…

Ce roman choral nous offrira différents points de vue des Blancs et nous en apprendra un peu plus sur les moeurs de la petite ville de Sutton. Rassurez-vous, pas de violences physiques faites à la population Noire, juste de la ségrégation ordinaire, tellement ordinaire que les Blancs ne s’en rendent pas compte. Mais le mal est là et les blessures toujours à vif.

Ceci n’est pas un énième livre sur le racisme et la ségrégation, il est plus que ça… Il prend le problème par un autre côté en nous contant la fable de l’exode massif d’une partie de la population d’une petite ville, du jour au lendemain, et de ces Blancs qui ne comprennent pas le pourquoi.

Paru en 1962 aux États-Unis, ce roman n’a pas vieilli puisque certaines personnes voudraient en voir détaler d’autres et vous savez comme qu’au moindre problème de société, les « qu’ils rentrent dans leur pays » fusent un peu partout (mais comment rentrer dans son pays quand on y est déjà ??).

Une prof que je détestais avait dit une chose intelligente que je n’ai jamais oubliée au sujet des étrangers : ce sont avant tout des consommateurs !! En plus de faire les sales boulots qu’on ne veut plus faire, ils consomment et font tourner les magasins, donc l’économie.

L’épicier Noir de Sutton est parti, les Blancs crient hourra car ainsi, l’autre épicier, le Blanc, aura plus de clients… Mais non crétin puisque un tiers de ta population de consommateurs s’en vont avec lui.

L’un ou l’autre personnage Blanc sera un peu plus éclairé que les autres, mais sa voix se perdra dans la cacophonie des langues de putes des autres. Que l’on soit en 1957 ou en 2020 ne changent rien, les cerveaux n’ont pas reçu la lumière.

Le final de ce roman engagé est tout simplement bouleversant…

Un roman fort, un roman coup de poing écrit par un auteur Noir très jeune, qui fut salué lors de la parution de son roman puis a sombré dans l’oubli. Heureusement qu’on l’a traduit et publié en France car il vaut vraiment la peine qu’on le lise.

PS : en espérant qu’on n’intente pas un procès post-mortem à l’auteur parce qu’il s’est mis dans la peau de Blancs alors qu’il était Noir… Vu comment les mentalités tournent ces derniers temps, je suis souvent étonnée de l’imbécillité de certains, de leur culot, de leur audace et me demande encore pourquoi on les laisse faire…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°96].

L’hiver dans le sang : James Welch

Titre : L’hiver dans le sang

Auteur : James Welsh
Éditions : Albin Michel Terre indienne (1992) / 10/18 (1994) / Albin Michel Terres d’Amérique (2008)
Édition Originale : Winter in the Blood (1974)
Traduction : Michel Lederer

Résumé :
L’hiver dans le sang a marqué l’entrée en littérature de James Welch, aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands écrivains américains contemporains. L’auteur de Comme des ombres sur la terre et de « À la grâce de Marseille » révélait la singularité et la force de son univers.

Ce roman de l’irrémédiable, fresque impressionniste d’un terrible déracinement, retrace la dérive d’un jeune Indien Blackfeet du Montana hanté par le souvenir de son père et de son frère.

De bar en bar, de femme en femme, il erre dans un monde de désillusions.

Au cœur de la détresse, il trouvera cependant dans le vide fascinant des grands espaces et le lien puissant avec le monde animal les derniers repères de l’héritage de son peuple.

Critique :
Ceci était mon premier James Welch, ce ne sera pas mon dernier et pourtant, la rencontre espérée n’a pas eu lieu comme je le pensais.

Du narrateur, le personnage principal, nous ne connaîtrons jamais son nom.

Tout ce que nous saurons c’est qu’il a 32 ans, qu’il vit toujours dans le ranch de sa mère, aux côtés de sa grand-mère, qu’il est Blackfeet, qu’il a perdu un frère, un père et que nous sommes au Montana dans les années 60.

Le récit est lent, fait d’errances du personnage de bar en bar et ce sont ces passages qui ont tué le récit et ont fait que je n’ai pas été happée par le roman.

Tant que notre Blackfeet se remémorait ses jeunes années aux côtés de son frère ou qu’il nous parlait de la vie dans les champs à rentrer les foins ou les bêtes, j’étais preneuse, mais une fois arrivée au bar, je m’éclipsais.

Notre personnage souffre, terriblement, même s’il ne le dit qu’à demi-mot. Il est Indien, on lui a volé sa culture, ses territoires, les Blancs ne le respectent pas…

Comment arriver à concilier ses racines culturelles, ancestrales, ce qui fait de lui un Amérindien tout en évoluant dans ce monde de Blancs qui vous demande de vous intégrer alors qu’il ne pense qu’à vous éradiquer ? Ou du moins, à vous parquer dans un coin et que vous fassiez silence…

C’est pessimiste, sombre et ne donne pas envie de chanter joyeusement.

Mais ce n’est pas cette sombritude© qui m’a plombé la lecture, ni les descriptions de la vie dans un ranch mais les errances alcoolisée de notre personnage principal. J’y ai perdu pied, je m’y suis emmerdée ferme et pour finir, j’ai sauté ces passages.

Pas grave, il me reste d’autres romans de l’auteur à lire et c’est bien le diable si je n’y trouve pas mon bonheur.

Le Mois Américain – Septembre 2020 – Chez Titine et sur Fesse Bouc.