Les Naufrageurs : Iain Lawrence

Titre : Les Naufrageurs

Auteur : Iain Lawrence
Édition : Folio Junior (1999)
Édition Originale : The Wreckers (1998)
Traducteur : Henri Robillot

Résumé :
1799… Un navire se fracasse sur les récifs le long des côtes de Cornouailles. John Spencer, le fils du capitaine et le plus jeune membre de l’équipage, survit au naufrage.

Lorsqu’il reprend connaissance, il comprend avec effroi que les hommes qui viennent à sa rencontre sont des pilleurs d’épaves…

Les habitants du village de Pendennis semblent se livrer à un mystérieux trafic…

Qui tire les ficelles ? Et à qui John pourra-t-il se fier pour libérer son père retenu prisonnier ?

Un roman d’aventures captivant dans la grande tradition de L’île au trésor et Moonfleet.

Critique :
Les comparaisons avec un autre roman, c’est souvent surfait ! Parce que croyez-moi, on est tout de même très loin de l’île au trésor ! Pas à quelques encablures, mais à au moins mille miles marin !

Hissez les voiles, matelot, nous voguons au fil de l’eau. Pour l’ambiance maritime, je ne me plaindrai pas, l’auteur plonge son lecteur dedans, toutes voiles dehors.

Prévoyez un dico Gogole à vos côtés afin de vous y retrouver entre le mât d’artimon et de misaine et sachez comment virer au lof.

Niveau aventures, je ne me suis pas embêtée non plus, ça bouge, on galope dans tous les sens, on a du mystère, des fausses pistes, une enquête, une énigme dans le fait qu’on ne sait pas qui est le chef des naufrageurs, mais le tout semble brouillon, trop vite écrit, juste de quoi faire un livre pour que les jeunes amateurs d’aventures aient leur dose sans trop se poser de questions.

Les événements s’enchainent un peu trop vite, un peu trop bien, les personnages ne sont pas assez travaillés, surtout Simon Mawgan, l’oncle de Mary qui recueille John Spencer, notre jeune naufragé.

Il s’emporte pour un rien, se calme aussi vite, à l’air parfois un peu trop détaché de tout, cachant des choses, donnant l’impression qu’il est une brute sans coeur. J’aurais aimé plus de profondeur. D’ailleurs, même la fin du roman ne m’a pas vraiment éclairé sur son comportement général, sauf pour une chose que j’avais déjà deviné.

De plus, hum, l’auteur n’est pas trop regardant dans le soucis du détail ! À un moment donné, il dit que les deux gosses montent sur leurs poneys à cru et dans une scène plus loin, il nous dit qu’ils sont « étrier contre étrier »… La selle a dû pousser sur le dos du cheval ou pour ces enfants là, monter avec une selle ou à cru, c’est la même chose !

Tout à l’air d’être un peu trop beau pour être vrai, les personnages tournant assez vite casaque, Mary racontant les confidences de John à son oncle, puis à une autre personne (on ne peut lui faire confiance, à cette gamine !) et tout allant un peu trop bien dans le final, alors que peu de temps auparavant, c’était la Bérézina totale à Waterloo.

Deus ex machina… Oui, un peu. Ça se retourne plus vite qu’un chat portant une tartine beurrée sur le dos.

Quant au commanditaire des naufrageurs, faut pas avoir fait ses études chez Holmes pour le deviner, il se voit aussi bien que le nez au milieu de la figure et les soupçons sont totalement confirmé lorsqu’il tue une personne au lieu de la mettre en joue.

Anybref, ça se lit vite, ça met du piment au voyage en train, on sent les embruns et on entend le bruit des vagues mais on oubliera ce récit tellement vite qu’il faudra se dépêcher de faire la chronique avant de l’avoir totalement zappé.

Ça se lit, sans plus ou ça se lit, à la rigueur.

Le navire prend l’eau de toute part, va falloir souquer ferme et écoper !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

 

Évasion : Benjamin Whitmer

Titre : Évasion

Auteur : Benjamin Whitmer
Édition : Gallmeister Americana (06/09/2018)
Édition Originale : Old Lonesome (2018)
Traducteur : Jacques Mailhos

Résumé :
1968. Le soir du Réveillon, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, autour de laquelle vit toute une petite ville du Colorado encerclée par les montagnes Rocheuses.

L’évènement secoue ses habitants, et une véritable machine de guerre se met en branle afin de ramener les prisonniers… morts ou vifs.

À leurs trousses, se lancent les gardes de la prison et un traqueur hors pair, les journalistes locaux soucieux d’en tirer une bonne histoire, mais aussi une trafiquante d’herbe décidée à retrouver son cousin avant les flics…

De leur côté, les évadés, séparés, suivent des pistes différentes en pleine nuit et sous un blizzard impitoyable.

Très vite, une onde de violence incontrôlable se propage sur leur chemin.

Critique :
Si nous étions dans un Disney, nos évadés chanteraient : ♫ Libérés, délivrés ♪ On ne nous enfermera plus jamais ♪ Libéré, délivré ♫ C’est décidé, je m’en vais ♫ (1)

Les gardiens de prison chanteraient plus : ♫ Ça vaut pas la peine ♪ De niquer le système ♪ Pour aller faire l’évadé ♫ Dans la neige qui vient d’ tomber ♪  Ça fait rire les méchants ♪ Ça dure jamais longtemps ♫ Ça fait pus rire personne ♪ Quand les gardiens t’assomment ♫ (2)

Mais vu que nous sommes dans un roman de Benjamin Whitmer, les gardiens vont plutôt chanter : ♫ On va vous matraquer, à éclater vos cervelles ♪ Vous buter ♪ À coup d’manivelles ♪ Vous retrouver, vous foutrez plus l’bordel ♪ On va vous buter tellement on est cruels ♪ (3)

Benjamin Whitmer n’a pas la réputation d’écrire des romans feel good, ni des récits avec des licornes, mais des romans noirs de chez noirs, quand bien même le récit se déroule sous la neige.

En lisant ce livre, vous savez ou vous mettez les pieds. Ici, tout est brut de décoffrage et les prisonniers évadés ne sont pas les pires.

Véritable récit de chasse à l’homme, l’auteur nous expédie dans le trou du cul du Colorado, en 1968 et là-bas, tout est permis pour remettre les gens dans le droit chemin, surtout des évadés. Pas de sommation, on flingue à vue.

La force de ce récit ne tient pas que dans son scénario taillé au scalpel, mais aussi dans ses personnages qui sont de véritables paumés, des types qui n’ont jamais su aller plus loin que leur bled pourri et ceux qui ont réussi à le quitter un jour, ont dû revenir ensuite.

Une alternance de narrateurs (prisonniers, gardiens, journalistes) ajoute aussi du peps au récit car nous pourrons le suivre au travers de plusieurs regards tout en s’immisçant dans la psyché, dans la vie, les pensées, les secrets, les blessures, les liens, des différents protagonistes. Violent, parfois.

Oubliez le rêve américain, c’est une utopie qu’on vous a vendu et qu’on a avalé. Avec Whitmer, jamais tu n’avales des couleuvres car il te remet le pays de l’Oncle Sam au milieu du village et te dresse un portrait au vitriol, sans concessions, sans circonstances atténuantes. Accusé, levez-vous et vous n’aurez pas droit à un baveux.

L’auteur, après nous avoir enfoncé la tête dans une nuit noire (et obscure) sous la neige froide et immaculé, va la maculer d’hémoglobine, de violence, de coups de feu et maltraiter tous ses personnages et le lecteur aussi.

Évasion, c’est une histoire très simple, sans doute racontée des milliers de fois : le pouvoir de l’auteur est de nous la raconter encore une fois, à sa façon, avec ses mots taillé à la serpe.

Son histoire, elle est unique dans sa manière de vous attraper les tripes, dans sa manière de vous coller un pain dans la tronche et de vous laisser ensuite avec un sale goût dans la bouche.

Un roman noir de chez noir et il ne vous reste même plus l’espoir… C’est brut, c’est violent, c’est le portrait d’une ville sans foi ni loi et où ceux qui devraient la garder, ou du moins, la respecter, se torchent le cul avec.

Un roman noir qui mélange l’amour des mots avec la poudre des balles, la poésie avec la matraque. C’est sombre, ça flirte avec le glauque mais jamais il n’y sombre.

Magistral.

(1) Sur l’air bien connu et super exaspérant de « La reine des neiges » et si vous ne connaissez pas cette chanson, je vous envie cette chance ! Restez vierge…
(2) Sur l’air de « La complainte d’un phoque en Alaska » du groupe Beau Dommage ou de Robert Charlebois.
(3) Sur l’air de « On va s’aimer » de Gilbert Montagné.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Trois jours et une vie : Pierre Lemaitre

Trois jours et une vie - Pierre Lemaitre

Titre : Trois jours et une vie

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (2016)

Résumé :
« À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.

Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.

Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »

tempete-tempete-1999_40Critique :
Malheureux qui, comme Ulysse, finit avec une balle…

Difficile de parler de ce roman sans rien déflorer. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’il entre dans le club des « Court mais bon et intense ».

C’est un roman que j’ai lu d’une traite, sur une soirée tant je voulais savoir ce qui allait se produire, comment cela allait se passer, et si la police retrouverait le petit Rémi.

Tiraillée je fus entre deux sentiments : celui de la Justice, tout d’abord, parce que tout de même, c’était… On rigole pas avec ça ! Et celui de l’amnistie parce que tout de même, c’était un…

Lisez le roman et vous aurez les réponses aux points de suspensions !

Et puis, j’ai beau le savoir, ça me retourne toujours autant de voir à quoi tiennent nos existences – à un détail – et comment un fait banal peut les faire basculer dans le chaos et l’abîme.

Comment un acte « battement d’aile de papillon » peut, sans qu’on le sache, déclencher un tsunami dans des vies. Ce qui sera le cas pour des personnages de ce roman.

Un acte, une réaction disproportionnée mais sans intention de… et bardaf, l’embardée dans l’abîme, des vies gâchées à jamais.

Dans le triangle père absent, mère rigide, copains éloignés, le chien Ulysse occupait évidemment une place centrale. Sa mort et la manière dont elle survint furent pour Antoine un événement particulièrement violent.

La ruralité est très bien décrite aussi : tout le monde qui connait tout le monde, les rumeurs, les jalousies, le qu’en-dira-t-on, l’opinion des autres, la bigoterie pour certains, l’usine qui nourrit des tas de famille qui est en difficulté, les licenciements, la trouille de perdre son emploi, les vieilles rancœurs… Ces villages que les jeunes ne veulent plus habiter et qu’ils veulent quitter rapidement…

Mme Courtin était née ici, c’est ici qu’elle avait grandi et vécu, dans la ville étriquée où chacun est observé par celui qu’il observe, dans laquelle l’opinion d’autrui est un poids écrasant. Mme Courtin faisait, en toutes choses, ce qui devait se faire, simplement parce que c’était ce que, autour d’elle, tout le monde faisait.

Mais aussi la solidarité avec une famille dont le petit gamin de 6 ans a disparu et l’égoïsme ensuite, après la tempête, car chacun a ses problèmes et celui des autres passera après.

– Et mon fils, alors ! hurlait M. Desmedt. Qui va nous aider à le retrouver ? […]
– Est-ce que tu te rends bien compte de la situation, Roger ?
Tout le monde se retourna.
M. Mouchotte avait croisé les bras dans la position du donneur de leçons qu’il était. Le père d’Émilie était un homme perpétuellement drapé dans la morale. […]
– Toutes les communications sont coupées, reprit M. Mouchotte, la ville est sinistrée, des familles entières sont à la rue, tu penses peut-être que tu as droit à une priorité ?

Ce n’était pas seulement l’impossibilité d’aider M. Desmedt qui vous étreignait, mais l’impression que la disparition de son petit garçon, aussi tragique soit-elle, serait désormais reléguée au second plan et qu’écartée par des malheurs qui touchaient chacun, elle ne redeviendrait plus jamais une affaire collective.
On ne pouvait pas continuer de chercher cet enfant, on acceptait sa disparition.

Mention spéciale à la mère d’Antoine, madame Courtin, une femme d’une telle rigidité qu’on penserait qu’elle a un bâton planté dans le cul. Sa manière d’ériger des barrières, des barrages pour occulter des choses est phénoménal !

Beaucoup de tensions, des personnages forts, travaillés avec peu de mots, un récit qui m’a emporté en plein cœur de la tempête de fin 1999 et puis… waw, le coup dans le plexus pour plusieurs choses.

♫ J’m’attendais pas à ça ♪ (comme le chantait Patrick Bruel). Le final est… je suis bluffée et quand j’y repense, pas possible que je l’oublie.

Mais je n’ai toujours pas tranché si c’était pire ou mieux qu’un autre, ce final. Les punitions et les prisons ne sont pas toujours celle qui ont lieu derrière des barreaux.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

Extinction : Matthew Mather [LC avec Stelphique]

Titre : Extinction

Auteur : Matthew Mather [Auteur Anglais]
Édition : Fleuve Éditions (Nov 2015)

Résumé :
À la veille de Noël, à New-York, Mike Mitchell s’apprête à passer un réveillon en famille et compte sur cette période de fête pour apaiser les tensions dans son couple.

Cependant ces projets vont être anéantis par une gigantesque tempête de neige qui s’abat soudain sur Manhattan et provoque un black-out total. Internet et les réseaux de communication ne fonctionnent plus, les infrastructures s’effondrent.

Le désastre gagne progressivement tous les secteurs d’activités, paralysés par cette coupure soudaine. Rumeurs d’attentats, de cyber-attaque, thèses du complot… On accuse les Russes, les Chinois, les Iraniens. La panne généralisée alimente la psychose, renforcée par l’apparition d’une épidémie mortelle qui affole la population.

Au milieu du chaos, Mike et ses voisins se retrouvent sans eau, sans chauffage, et bientôt sans nourriture…

Dans ce tombeau à ciel ouvert qu’est devenu New York, l’ordre a laissé la place à la loi du plus fort. Alors que la trahison guette à chaque instant, Mike va devoir livrer une lutte sans merci pour sa survie et celle de sa famille.

Critique (Stelphique en bas) : 
Riche idée que d’avoir commencé le roman au moment des fêtes puisque son récit commence quelques jours avant Noël.

Cette année, Petit Papa Noël a apporté des cyber-attaques, l’arrêt du Net, des coupures totales de courant, de l’eau, la disette, le repli sur soi, la crasse, la vermine, la paranoïa, l’animalité, un huis-clos et tout un gros tas de neige !

Bref, il nous a déposé, sous le sapin, un joli black-out !

— Qui est responsable d’Internet – cet outil dont nous sommes tous dépendants, aujourd’hui ?
— J’en sais rien – le gouvernement ?
— Eh bien non, figure-toi. Tout le monde s’en sert mais personne n’en est responsable.
— Ça effectivement, c’est la recette du désastre.

Avec un style simple qui fait mouche, des personnages sympathiques auxquels ont s’accroche et avec lesquels on sympathise vite, l’auteur nous narre la vie qui s’organise, tant bien que mal, dans un immeuble new-yorkais, avec ses amitiés, ses tensions, ses coups de putes… et sa solidarité.

Nous suivons la famille de Michaël et celle de Chuck, amis dans la vie, ainsi que de leurs quelques amis de l’immeuble qui tentent, vaille que vaille, de survivre dans une ville livrée à elle-même, une ville qui ne peut compter que sur elle-même puisque le pays tout entier est touché, le reste du monde aussi…

Cela m’a frappé de m’apercevoir que, dans mon esprit, les gens qui avaient débarqué à notre étage étaient devenus des « réfugiés ».

Les habitants crevant de faim et de froid, se laissent aller à leur animalité, à leurs peurs les plus primales et à leurs hypothèses les plus farfelues quand aux responsables de ce bordel sans nom.

— Si on doit aller mettre sur la figure de quelqu’un, c’est bien à ces Arabes enturbannés. Ils n’arrêtent pas de nous chercher des poux depuis qu’ils ont pris notre ambassade en otage, en 79.
— Parce qu’on avait renversé leur gouvernement élu démocratiquement pour installer un dictateur qui faisait régner la terreur, a observé Rory. Et puis, ce ne sont pas des Arabes, mais des Perses.

Sans en faire des tonnes, sans nous noyer dans des explications techniques ou scientifiques ou verser dans la surenchère, l’auteur nous torche un chouette roman dans lequel on se plait à être, tout en redoutant le jour où cette merde de cyber-attaque arriverait chez nous pour de vrai.

— Nous répugnons à prendre quelques risques à titre individuel, nous donnons au gouvernement le droit d’envahir notre vie. Nous sommes en train de renoncer à notre liberté, par simple trouille.

Pas de temps mort, j’ai eu froid et faim en même temps qu’eux, j’ai tremblé de peur pour eux, j’ai cogité en lisant les vérités distillées au fil du récit et ce fut un calvaire de devoir abandonner le récit durant 4 jours pour cause de fêtes !

— Il y a quelques années, on a découvert la présence de codes informatiques étrangers dans les systèmes de commande des centrales électriques, un peu partout aux États-Unis. Ces machins étaient spécifiquement conçus pour mettre notre réseau électrique hors service.
— Et… ? a lancé Chuck, l’air nullement impressionné. Que s’est-il passé ?
— Rien – à ce jour. Mais le problème, tu vois, c’est ta réaction. Qui est celle de tout le monde. Alors que si les Chinois venaient fixer des explosifs sur nos tours émettrices, toute la population de ce pays hurlerait au meurtre et prendrait les armes.

— Dans ce pays, chaque fois qu’on soupçonne le gouvernement de vouloir réglementer la vente de fusils d’assaut, les gens deviennent fous et hurlent au liberticide. Ces nouvelles lois donnent au gouvernement un droit de regard sur tout ce que tu fais, sans ton consentement – et personne n’ouvre la bouche ! Qu’est-ce qui définit la liberté ? Les libertés civiles, qui elles-mêmes reposent sur le respect de la vie privée. Si on foule ce respect aux pieds, c’est la fin des libertés civiles, et donc de la liberté tout court.

Un roman qui vous distille du suspense au compte-goutte pour mieux vous faire flipper en pensant à « Et si tout ça n’était pas que de la fiction ?? » mais de l’anticipation… Moi, ça me fout la trouille encore plus !

— Je suis d’accord. Par peur du terrorisme, nous avons accepté que le gouvernement collecte des informations personnelles, surveille nos faits et gestes, mette des caméras partout.
— Mais si tu ne fais rien de mal, tu n’as rien à craindre, ai-je souligné. Moi, ça m’est égal de renoncer à un peu de liberté en échange d’une meilleure sécurité.
— C’est là que tu te plantes. Tu as toutes les raisons d’avoir peur. Où vont-elles, ces informations ?

J’vous laisse, je vais constituer des stocks de bouffe dans ma cave !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule et A year in England » chez Titine.

Pourquoi je l’ai choisi (Par Stelphique) :
On ne pouvait vraiment pas passer à coté de ce thriller de fin d’année, surtout après être passé sur les blogopotes, ici et …On a pas pu résister à a tentation avec ma binômette pour faire une LC….

Synopsis :
Alors qu’une gigantesque tempête de neige s’abat sur Manhattan, Internet s’effondre, entraînant dans sa chute les infrastructures municipales : l’électricité, l’eau courante… Le black-out est total, les vivres viennent à manquer. Dehors, c’est la loi de la jungle, entre pillages et épidémies. On accuse les Chinois, les cyberpirates. La faim, le froid, la soif guettent à chaque corner – mais l’ennemi le plus redoutable partage sans doute votre palier…

Dans la résidence de Chelsea ou, hier encore, les voisins se pressaient joyeusement autour d’un barbecue, confiance et solidarité s’érodent peu à peu. Mike Mitchell, jeune père et ingénieur aisé, sait que la menace peut surgir de partout. Aucune barricade ne peut garantir contre la trahison, l’égoïsme, la paranoïa… Sa vie, celle de sa femme et de son fils ne dépendent que de son jugement. À mesure que la communauté se disloque, l’extinction opère son effroyable sélection naturelle…

Les personnages :
Mike est un homme, un vrai, avec ses failles et un courage à toute épreuve! Il a la force de ne pas tomber dans des travers irréversibles, ce n’est certes pas un meneur, mais un personnage des plus intéressant à suivre ! Un petit coup de cœur donc pour ce personnage !

Chuck, il m’a régalée avec toutes ses « théories du complot » qu’il voit un peu partout, sa façon de protéger sa famille et ses proches.

Damon, je ne vois pourquoi un tel choix de prénom, je l’aurai plutôt appelé Angel, moi, à mon avis!!!!!Trop fort ce gamin!!!!;)

Ce que j’ai ressenti : Un thriller glaçant !!!!!

« Seul face à ce vide intersidéral, j’ai senti combien mon existence se réduisait à un point infinitésimal, flottant dans l’univers. »

Je crois qu’il est des livres qui nous marque plus que d’autres, des aventures qui nous emmène plus loin qu’au bout des pages, des thrillers qui nous effraie plus que de raison !!!! Celui ci en fait partie! Non seulement Extinction est une réussite, mais il m’a vraiment remuer les tripes et les méninges !!!

« Celui qui veut voir ce que réserve l’avenir n’a qu’à se tourner vers le passé. »

Matthew Mather a eu le talent de créer une ambiance hors du temps, un scénario plausible, une catastrophe toute contemporaine. Mêler effondrement d’Internet et tempête de neige, vont emmener une multitude de faits et conséquences irrémédiables qui fait froid dans le dos, et ça ne sera pas uniquement à cause de la neige !!!!!

On est saisi jusqu’à la moelle, tant ses enchainements sonnent justes et sont plutôt horrible à voir… Plus qu’un roman post apocalyptique, je lui ai trouvé des airs d’avant-gardisme, je suis presque certaine que cette ère nous pend au nez si jamais on continue sur cette voie là…..

« Protéger notre liberté est un travail de chaque jour, et cela commence par la protection de nos données personnelles sur Internet – qui est, elle, de notre responsabilité. Si on suspend notre vigilance, petit à petit, on perdra toutes les libertés pour lesquelles nos ancêtres ont combattu. »

wpid-wp-1428578175280L’auteur nous apporte un roman humain, réaliste, mais aussi intellectuel. Cette lecture tridimensionnelle tient toutes ses promesses jusqu’au bout! J’ai aimé que ça ne reste pas linéaire, on a autant d’émotions, qu’un avant goût de l’apocalypse moderne, avec des théories qui emmène à diverses réflexions profondes.

L’enfer blanc de ce New York était terriblement effrayant, délicieusement paranoïaque, incontestablement violent, irrémédiablement humain avec tout ce que ça comporte d’horreurs et de valeurs qui nous caractérisent. Sur la couverture , on peut y lire: « Les situations les plus extrêmes révèlent nos pires instincts » : ouais, c’est peu de le dire!!!!

Je ne pouvais pas lâcher ce livre…. Impossible!!!J’ai été téléportée dans ce couloir au sixième étage, je vivais au milieu de ses habitants, j’étais rongée par le froid, la faim, la soif, l’angoisse…En plus, les dates coïncidaient, cela à donc rajouter à cet effet de mise en situation, même si je n’aimerai pour rien au monde connaitre un Noel pareil !!!!

Vivre au jour le jour, le calvaire de Mike, nous entraine sur la pente, très descendante , des pires scénarios, où peur et ignorance s’emmêlent, où  froid et catastrophe s’imbrique à la perfection, où l’humain se révèle bien plus animal qu’on ne le soupçonnerait sur une si courte période….

« Il faisait un froid de gueux. « 

En  bref, c’est sans surprise, mais encore secouée par tous ses rebondissements, que j’annonce encore un coup de cœur 2015 à quelques jours de cette fin d’année!!!!Heureusement que nous ne sommes pas passé à coté de cette lecture avec ma chère binômette !!!!!

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 10/10

BILAN - LC réussie - OK

Une pluie sans fin : Michael Farris Smith

Titre : Une pluie sans fin                                                     big_2-5

Auteur : Michael Farris Smith
Édition : Super 8 éditions (2015)

Résumé :
Après des années de catastrophes écologiques, le sud des États-Unis, de la Louisiane à la Floride, est devenu un véritable no man’s land.

Plutôt que de reconstruire sans cesse, le gouvernement a tracé une frontière et ordonné l’évacuation de la zone. Au sud de la Ligne se trouve désormais une zone de non-droit ravagée par les tempêtes et les intempéries incessantes – sans électricité, sans ressources et sans lois.

Cohen fait partie des rares hommes qui ont choisi de rester. Incapable de surmonter la mort de sa femme et de l’enfant qu’elle portait, il tente tant bien que mal de redonner un sens à sa vie, errant sous une pluie sans fin.

Des circonstances imprévues vont le mettre en présence d’une colonie de survivants, menée par Aggie, un prêcheur fanatique hanté par des visions mystiques. Celui-ci retenant contre leur gré des femmes et des enfants, Cohen va les libérer et tenter de leur faire franchir la Ligne.

Commence alors un dangereux périple à travers un paysage désolé, avec pour fin l’espoir d’une humanité peut-être retrouvée.

Petit plus (ou la Brosse à Reluire) : Prophétique, sans concession, portée par une langue incantatoire, cette histoire de rédemption aux accents post-apocalyptiques révèle un auteur de tout premier ordre. Une pluie sans fin est de ces romans qui continuent de hanter leur lecteur bien après la dernière page.

« De temps à autre apparaît un auteur amoureux de son art, du langage écrit […] et des grands mystères qui résident de l’autre côté du monde physique. Il y avait William Faulkner, Cormac McCarthy ou Annie Proulx. Vous pouvez maintenant ajouter Michael Farris Smith à la liste. » James Lee Burke

Critique : 
— Mais qu’est-ce que c’est toute cette flotte ?? On patauuuuge ! Monsieur Ouille, pas avec votre ponchoooo !

En effet, la terre est tellement imbibée d’eau que le poncho de Jacquouille la Fripouille ne saurait l’esponger.

Ici, ça fait au moins 5 ans qu’il pleut sans arrêt et que les tempêtes sont légions, à tel point que le gouvernement américain à tracé une frontière virtuelle et déclaré le Sud des États-Unis « No Man’s Land ».

Apocalypse ? Now ! Et dire qu’il y a des gens qui sont resté dans ces terres balayées sans cesse par des pluies torrentielles et des vents violents. Une zone sans droit… C’est là qu’habite toujours Cohen, notre personnage principal.

Verdict de la lecture ? Il y a boire et à manger. Le début est un peu lent et j’ai eu quelques envies de baffer Cohen qui s’est laissé aller depuis la perte de sa femme et du polichinelle qu’elle avait dans le tiroir. Ses souvenirs des jours heureux sont même un peu lourds, à la longue.

Crevons l’abcès directement : ce qui m’a dérangé, dans ce roman c’est que malgré les pluies incessantes (et ce, depuis quelques années), jamais une jeep ne s’embourbe, personne n’a de la boue jusqu’aux genoux et ne perd de bottines dans cette gadoue ou n’a de la flotte jusqu’au dessus de la taille… Le cheval de Cohen arrive même encore à brouter de l’herbe.

C’est comme si tous les fleuves étaient restés dans leur lits, que les chemins étaient encore praticables dans la majorité des cas, que jamais aucun de nos protagonistes ne roulait ailleurs que sur des routes goudronnées et non recouvertes de flotte et que les prairies n’étaient pas devenues des étangs à poissons.

Autre bémol : Aggie, le prédicateur qui avait du potentiel pour faire un excellent Méchant et qui se retrouve mis hors d’état de nuire facilement. Niveau salaud, je m’attendais à ce qu’il nous colle aux basques, mais non. Paf, fini.

D’ailleurs, bien que nous nous trouvions dans une zone de non droits, on ne peut pas dire qu’on ait eu souvent du fil à retordre avec d’autres bandits. Limite promenade de santé, alors que tout est dévasté. On paye encore avec de l’argent, et notre Cohen a des billets de 100$ dans les poches. Et personne ne se pose des questions, là ?? Moi, j’avais capté.

Tant que je suis à râler, je causerai aussi du bébé qui les accompagne. Il est malade, il braille à s’en faire péter la gueule, les femmes qui s’en occupent disent qu’il est bouillant de fièvre à son front. Et ? Rien… il a l’air de s’en sortir facilement alors qu’il n’a que quelques jours et que personne n’a rien fait pour tenter de faire baisser sa fièvre d’enfer.

Hormis ces défauts assez gros à mon sens, la lecture est plaisante, ça bouge assez bien après 100 pages, les personnages évoluent, mais il est dommage que celui de Mariposa perde sa hargne sur la fin.

Le roman est centré sur le périple de nos personnages pour arriver à la Limite et non sur l’écologie (ou son manque, plutôt) qui a amené la dévastation du Sud.

On dirait en fait un Mad Max pour les enfants, ce roman. Pas de traumatismes lors de ma lecture comme avec le film, en son temps.

Quant à sa comparaison avec « La route » de Cormac McCarthy, ce n’est qu’un effleurement, limite un toucher rectal et rien de plus. Ça se compare même pas.

Par contre, niveau de l’écriture, rien à redire, mais l’auteur aurait pu faire plus court et éviter les passages longs, lents et redondants.

Bref, pas la lecture du siècle, mais un bon dépaysement littéraire qui fait du bien, à conditions de ne pas se focaliser sur les incohérences ! Elles vont me hanter, ces incohérences !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Le« Challenge US » chez Noctembule.

[Série] Carnivàle – La Caravane de l’étrange : Une série qui te fera bouffer de la poussière

La Caravane de l’étrange (Carnivàle) est une série télévisée américaine en 24 épisodes de 55 minutes, créée par Daniel Knauf et diffusée entre le 14 septembre 2003 et le 27 mars 2005 sur HBO.

La série créée par Daniel Knauf n’a vécu que deux saisons.

1. Synopsis :

Cette série suit la route d’une fête foraine ambulante (Carnivàle) pendant le Dust Bowl des années trente aux États-Unis. Nous sommes en Oklahoma, durant la Grande Dépression de 1934.

Après la mort de sa mère qui le rejetait par peur et après la saisie de ses terres, Ben Hawkins, un jeune homme doté du pouvoir de guérison et de résurrection, évadé de prison, nouvellement sans domicile trouve refuge au sein de la troupe afin d’échapper à la police.

Il est tourmenté par des rêves étranges et prophétiques qu’il partage avec un prêcheur méthodiste, Justin Crowe, vivant en Californie.

Ces deux personnages seront finalement réunis dans une lutte entre le Bien et le Mal qui est tout sauf manichéenne.

Six saisons étaient prévues, il n’y en aura que 2. Avortée pour raison financière (une faible audience non méritée et la nécessité de trouver un budget pour la série Rome), Carnivale est une série remplie de mystère.

Ce que j’en ai pensé (Saison 1 faite à moitié) : Et bien, c’est assez difficile à expliquer. Conquise ou mitigée ?

Pour le moment, je suis conquise, bien que la série soit spéciale et que le fait qu’elle fut stoppée après 2 saisons, risque de me laisser sur ma faim.

Tant pis, ne boudons pas son plaisir de regarder une série où les images sont si belles, les décors naturels somptueux mais désertiques, les costumes bien dans l’air du temps et où on pourrait presque sentir la crasse qui colle aux habits et à la peau de la troupe de forains dont beaucoup ont tout des freaks (monstres) puisque nous avons une femme à barbe, un homme serpent, des sœurs siamoises, un homme énorme en taille et un nain.

Les premiers épisodes sont assez lents et vous permettent de vous installer dans la troupe qui vient d’accueillir à son bord un jeune et beau garçon, Ben Hawkins, doté d’un étrange pouvoir (mais s’il ne le montre que très peu au début et qu’il le cache devant les autres).

Vous prenez vos marques, apprenez à faire connaissance avec les différents membres de la troupe et leurs particularités pour le moins étranges, limite fantastique (comme cette mère, voyante, qui, paralysée et incapable de parler, le fait par télépathie avec sa fille).

Les personnages sont bien travaillés, complexes, nombreux, mais facile à distinguer, tout ces membres de la troupe hétéroclite : il y a Samson, nain et chef de la troupe qui ne jure que par les ordres du Grand Patron, dont on ne voit jamais le visage, ni même la présence.

Nous avons aussi Rita Sue, la call girl, confrontée en permanence aux désirs libidineux des hommes. Lodz, le voyant aux pouvoirs mystérieux (dont celui de pouvoir lire les rêves) et qui partage une étrange idylle avec Lila, la femme à barbe. Sofie, la diseuse de bonne aventure qui prédit l’avenir à travers les cartes grâce aux pouvoirs de sa mère, paralysée et muette, comme je vous le disais.

Mais ce n’est pas tout, en parallèle, nous suivrons la vie d’un pasteur partageant sa vie avec une sœur protectrice et qui possède une foi qui le métamorphosera. Notre pasteur est confronté à l’arrivée de migrants qui ont fui leur région dévastée par le Dust Bowl et la Grande Dépression.

Il y a un peu de l’œuvre de John Steinbeck dans cette série : même époque que dans « Les Raisins de la Colère », même contexte, même personnes qui ont tout quitté pour aller chercher un monde meilleur du côté de la Californie.

Ce qui m’a frappé directement, c’est l’atmosphère ! Celle-ci est restituée avec un soin et une précision qui forcent le respect, et pas seulement dans les décors, les costumes et les mœurs de l’époque.

On sent le travail de fouilles de la part de Daniel Knauf (le créateur de la série) lorsqu’on entend les dialogues, lorsque l’on découvre les préoccupations et les comportements de certains. Un peu comme si on avait mis en scène un récit trouvé dans un journal de voyage de l’époque.

Ici, ça sent la crasse et la sueur mélangée à la poussière (il pleut si rarement qu’on crache de la poussière), la mesquinerie et les peurs irrationnelles, l’ignorance et la crédulité imbécile, l’avidité et la manipulation. Autant de sentiments qui continuent de prévaloir près d’un siècle plus tard. La situation s’est améliorée, mais bien des choses continuent à l’identique.

La crise de 1929 fait naître les mêmes sentiments que celle que nous avons eu (et avons encore) en 2007-2008. Les gens sont plus vulnérables, ils cherchent un bouc émissaire plus proche que les banquiers et sont avides d’entendre ce qu’ils veulent entendre.

Les promesses qu’on leur aurait faites avant auraient été rejetée, mais en ces temps de disette, on s’accroche au moindre espoir, on est avide de ces promesses si joliment dites et qui laissent entrevoir des solutions qui ne sont pas réalistes.

Ben Hawkins et le Frère Justin Crowe… Deux personnages centraux.

Ben est appelé à un destin extraordinaire, à sauver sinon l’humanité, du moins la communauté qui l’entoure et qu’il connaît. Ce destin, il l’atteindra après avoir emprunté des routes tortueuses et lentes, après avoir fait bien des haltes dont l’explication symbolique est parfois difficile à comprendre.

Frère Justin Crowe : affichant une fausse bienveillance derrière laquelle on sent gronder une furie destructrice qui se nourrit d’elle-même… Justin parle avec un timbre chaud, enjôleur et un rien menaçant envers ces ouailles perdues. Iris, sa soeur, vit avec lui et pousse la servitude au-delà de la dévotion ou de la résignation.

Les différents épisodes vont suivre le destin de ces deux hommes, dans une sorte d’allégorie du Bien contre le Mal.

Le principe qui a tout du manichéisme primaire ne laisse en rien présager de la complexité des rapports entre les personnages, secondaires ou non.  Non, ici, c’est plus fort que ce qu’on pourrait penser de premier abord.

Inutile de vous gâcher le plaisir de la découverte, je ne m’étendrai pas plus sur l’histoire. Disons simplement qu’au sein de Carnivàle, nul ne pourra échapper en son destin.

En visionnant cette série, je comprends aussi mieux pourquoi elle n’a pas trouvé son public : très complexe, du fantastique, remplie de mystères, pas de rythme endiablé à la « 24H chrono », trop allusif, trop allégorique, trop symbolique, très difficile à interpréter et encore plus à résumer avec des mots… et trop chère à produire ! En fait,  Carnivale ne pouvait voir le jour que sur la chaîne HBO (celle de « Game of thrones »).

Moi, j’ai trouvé mon bonheur dans cette série dont l’histoire progresse comme une espèce de valse saccadée, hésitante, animée par un rythme parfois trop rapide et ensuite trop lent, comme si le tempo ou la cavalier n’était jamais en accord avec nos attentes.

Ronald D. Moore reconnaissait à l’époque que Carnivàle était certainement l’une des séries les plus compliquées qui ait jamais été produite.  Je le comprends.

Malgré tout, j’espère que seules les voies de Dieu resteront impénétrables et que la saison 2 répondra à toutes mes questions.

All right children, let’s shake some dust !

3. Personnages :

    • Ben Hawkins : Le héros de la série : Retrouvé orphelin sur la route de Milfay, Ben va rencontrer une troupe de forains. Doté d’étranges pouvoirs, il va apprendre à maîtriser le don qu’il possède, tantôt bénéfique, tantôt dévastateur. Le jeune Ben va petit à petit s’intégrer à la troupe, et tisser des liens avec les forains.

  • Samson – Le chef de la troupe : C’est celui qui dirige les forains et qui s’occupe de gérer l’itinéraire de la troupe. Étant nain, il compense sa petite taille par ses qualités d’homme : il sait parfaitement alterner douceur et fermeté, et déploie tous les efforts du monde pour que chaque membre soit satisfait à l’intérieur de la troupe.
  • Clayton « Johnesy » Jones : C’est le chef des ouvriers, il monte et démonte les chapiteaux et s’occupe du transport du matériel. Autrefois grand joueur de baseball, il a dû mettre un terme prématuré à sa carrière à cause d’une violente agression dont il sortit avec une grave fracture du genou, qui le contraint à boiter. C’est lui qui va proposer le premier de recueillir Ben, trouvé sur la route de Milfay.
  • Sofie – La diseuse de bonne aventure : C’est une jeune et charmante diseuse de bonne aventure. Elle vit avec sa mère, Apollonia, qui est atteinte d’un mal qui l’empêche de parler et de bouger. Sofie peut communiquer par télépathie avec cette dernière. Dans sa roulotte, elle exécute les ordres que lui envoie sa mère quant aux sens à donner aux cartes qu’elle tire pour ses clients. Très proche de « Johnesy », elle a un caractère bien trempé, et est appréciée dans la troupe.
  • Professeur Lodz – Le voyant : C’est probablement un des personnages les plus mystérieux de la série. Il a la roulotte la plus luxueuse de la troupe, qu’il partage avec sa bien-aimée, Lila, qui est la femme à barbe de la troupe. Lodz est aveugle, mais il est doté d’étranges pouvoir, qui lui permettent de voir de nombreuses choses. Tout de suite très intéressé par Ben, il va essayer de se rapprocher de ce dernier pour comprendre son pouvoir. C’est le personnage le moins apprécié par le reste de la troupe, probablement à cause de la crainte qu’il inspire aux autres.
  • Ruthie – La charmeuse de serpents : C’est une foraine appréciée, qui tient un show avec des serpents. Son fils Gabriel, doté d’une force herculéenne, l’aide et contribue à son numéro en tordant des bouts d’acier comme s’ils étaient en caoutchouc. Ruthie incarne la figure de la bonne mère, attachante et très sympathique.
  • Rita Sue Dreifuss – La call girl : C’est la strip-teaseuse de la troupe. Cette mère de deux filles, toutes deux déjà adolescentes, se plaît à exhiber ses formes généreuses. Elle tient le show le plus regardé de la troupe, avec l’aide de ses filles Libby et Dora, toutes deux aussi call girls. C’est la femme de Stumpy, qui fait la promotion des shows organisés par la troupe.
  • Le Grand Patron – Patron suprême de la caravane : On ne le voit jamais, il se terre derrière l’immense rideau de sa roulotte. Seul Samson a le droit de pénétrer dans cette dernière, pour recevoir les ordres que lui transmet le Grand Patron. C’est un personnage extrêmement mystérieux, que personne n’a jamais vu, mais que tout le monde craint, à l’exception de Ben…

4. Distribution :

  • Michael J. Anderson (V. F. : Patrice Dozier) : Samson
  • Nick Stahl (V. F. : Alexis Victor) : Ben Hawkins
  • Clancy Brown (V. F. : Paul Borne) : Frère Justin Crowe
  • Amy Madigan (V. F. : Céline Monsarrat) : Iris Crowe
  • Ralph Waite (V. F. : Michel Paulin) : Révérend Norman Balthus
  • Clea DuVall (V. F. : Vanina Pradier) : Sofie
  • Tim DeKay (V. F. : Marc Alfos) : Clayton « Johnesy » Jones
  • Patrick Bauchau (V. F. : Patrick Floersheim) : Professeur Lodz
  • Debra Christofferson (V. F. : Laurence Crouzet) : Lila
  • Diane Salinger : Apollonia
  • Adrienne Barbeau (V. F. : Véronique Augereau) : Ruthie
  • Toby Huss (V. F. : Nicolas Marie) : Felix « Stumpy » Dreifuss
  • Cynthia Ettinger (V. F. : Véronique Alycia) : Rita Sue Dreifuss
  • Carla Gallo (V. F. : Laura Préjean) : Libby Dreifuss
  • Amanda Aday (V. F. : Vanessa Bettane) : Dora Mae Dreifuss

 

« Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, le « Le Mois Américain » chez Titine.

L’homme qui a vu l’homme : Marin Ledun

Titre : L’homme qui a vu l’homme                                             big_4

Auteur : Marin Ledun
Édition : Ombres Noires (2014)

Résumé :
Pays basque nord, janvier 2009. La tempête Klaus vient de s’abattre sur la façade atlantique. Les rumeurs autour de la disparition d’un militant basque, Jokin Sasko, enflent.

Iban Urtiz, reporter, comprend que cette affaire n’est pas un cas isolé. La jeune Eztia, soeur du disparu, lui ouvre les portes d’un monde de mensonges et de trahisons où enlèvements, tortures et séquestrations sont devenus les armes de l’ombre.

Tandis que deux tueurs tentent d’étouffer la vérité, la vie d’Iban bascule dans une guerre sans pitié qui ne dit pas son nom.

Critique : 
Si je dis « Euskadi Ta Askatasuna », vous risquez de me répondre « À tes souhaits » ou de me dire que ma pharyngite de cet hiver 2014 est carabinée.

Et si je vous disais que cela veut tout simplement dire « ETA », vous… Hé, revenez, personne ne va faire sauter Babelio !

Utilisant un fait divers véridique, l’auteur nous a pondu une histoire qui tient la route et qui risque de vous coller aux basques durant un certain temps, tant le récit est fort, profond et si contemporain.

Les dix premières pages sont assez dures puisqu’elles nous racontent ce qu’il s’est passé le soir de la disparition de Jokin Sasko. Passages à tabac, violences, tortures, tout est bon jusqu’à ce que… ça dérape et aille trop loin.

Un enlèvement qui tourne mal – mais comment le fait même d’enlever et de torturer un mec pourrait-il bien tourner ?

Sa sœur Eztia s’inquiète, la police s’en mouche le Mohican et ce sont deux journalistes, Marko Elizabe et Iban Urtiz – que tout oppose – qui vont déterrer l’os en enquêtant sur cette disparition qui n’est pas la première, à ce qu’on dit.

Deux journalistes qui cherchent à résoudre une disparition, ça risque d’emmerder beaucoup de gens et les bâtons dans les roues seront nombreux… vu que nous sommes au Pays Basque, ça pourrait même être une bombinette dans la bagnole.

Mais attention, les plus terroristes ne sont pas toujours ceux que l’on pense…

Les personnages sont réalistes, ni des héros, ni des pleutres, juste des gens qui veulent connaître la vérité. Quant au récit, qui prendra sont temps pour atteindre sa vitesse de croisière, il tient la route. On a l’impression de lire un documentaire sur une partie des événements qui se sont passés dans la région, à l’époque de l’ETA, avec tout ce qui va avec : magouilles, fausses infos et compagnie.

Fausses informations, préjugés, théorie du complot. Répétition, déformation, propagation. Eztia peut presque lire dans la tête des deux flics présents dans la pièce : la thèse qui fleurit sur les murs de Bayonne, celle de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu Jokin se faire enlever, n’est qu’une fable invérifiable.Ils proposent de lui substituer une autre fable : les indépendantistes se sont foutus dedans tout seuls comme des grands. Le communiqué d’ETA leur a donné des idées. Il a élargi leur champ de vision. Quelqu’un pourrait semer le doute dans l’esprit des Basques. Provoquer une rumeur qui enterrerait une bonne fois pour toutes cette affaire foireuse qui lève le voile sur les pratiques abjectes de certains de leurs services.

C’est romancé, mais c’est un récit que l’on sent empreint d’un réalisme qui m’a fait frémir.

Ce qui fait froid dans le dos, c’est le fait que pour lutter contre des terroristes, on applique les mêmes règles qu’eux, autrement dit, « pas de règles », hormis la terreur ou alors des méthodes dignes de barbouzes.

Là où on tremble un peu plus, c’est quand on sait que c’est organisé par l’État… Le côté sombre, celui qui n’est pas beau à voir et à cent lieue de ce qu’un État à le droit de faire.

Si vous trouvez que le début est un peu lent à se mettre en place, ne vous en faites pas, votre plongée dans des eaux troubles et noires ne tardera pas et à ce moment là, vous regretterez de ne pas avoir chaussé votre masque.

Et si vous entendez des voix lors de votre lecture, ce sont celles de tous les disparus qui hurlent pour être entendus afin que justice soit faite.

Puisque Iban Urtiz aime Guns’n Roses et que leurs chansons ponctuent l’histoire, je terminerai par deux chansons du groupe : ♫ Don’t you cry tonight ♪ There’s a heaven above you baby (Don’t Cry – Use Your Illusion I) et ♫ It’s a perfect crime ♪ Goddamn it it’s a perfect crime ♪ Motherfucker it’s a perfect crime ♫ (Perfect Crime – Use Your Illusion I).

Oui, leurs crimes étaient parfaits puisque la majorité des gens s’en foutent et ne s’intéressent qu’à leurs petits quotidiens et chacun sa merde, hein.

Un roman prenant… une voix dans ce silence trop pesant qu’est cette guerre sans nom.

Le jour de mon inhumation, alors que les vers et l’oubli achevaient de se partager mon cadavre, aucune des personnes présentes n’imaginait un instant que j’étais mort pour rien. Voilà pourtant la seule vérité qui vaille d’être inscrite sur ma tombe.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1)BIBLIO - Pedigree PAL

Le camp des morts : Craig Johnson [Walt Longmire 2]

Titre : Le camp des morts                                   big_4

Auteur : Craig Johnson
Édition : Gallmeister (2010)

Résumé :
Lorsque Mari Baroja est empoisonnée à la maison de retraite de Durant, Wyoming, le shérif Walt Longmire se trouve embarqué dans une enquête qui le ramène cinquante ans en arrière. Il se plonge alors dans le passé mystérieux de cette femme et dans celui de son mentor, le shérif Lucian Connally à la poigne légendaire.

Tandis que l’histoire douloureuse de la victime trouve peu à peu une résonance dans le présent, d’autres meurtres se mettent sur le chemin des deux shérifs. Aidé par son ami de toujours, l’Indien Henri Standing Bear, son adjointe au langage fleuri et un nouveau venu séduisant, le shérif mélancolique et désabusé se lance à la poursuite de l’assassin à travers les Hautes Plaines enneigées.

Le Camp des morts, le second volet des aventures de Walt Longmire, nous emmène au cœur d’une violence qui se terre dans les paysages magnifiques du Wyoming. Et hisse Craig Johnson au niveau des plus grands.

Critique :
Tout comme le bon vin, les romans mettant en scène le shérif Walt Longmire bonifient au fur et à mesure des chais !

Le premier était déjà un bon cru, mais le deuxième le dépasse d’une grande longueur en bouche tout en dégageant un bouquet des plus fleuri, avec des notes de poudre de fusil, de sang et de cadavres.

Une vieille dame décède à la maison de retraite de Durant, Wyoming et l’ancien shérif Connaly certifie à son successeur, Walt Longmire, que Mari Baroja a été empoisonnée !

Et c’est parti pour un tour dans le passé, une remontée de 50 ans en arrière, rien que ça !

Une plongée dans le passé de l’ancien shérif, quelques exhumations de cadavres des placards, des agressions à la pelle, une famille basque qui a de gros intérêt dans l’extraction du méthane, pendant que dehors, la neige se déchaine. Walt va avoir du pain sur la planche.

Puisqu’il y a de la neige, l’enquête prendra son temps, sans que j’ai ressenti la moindre longueur, de plus, nous avons droit à quelques rebondissements entre les agressions et autres meurtres qui se déroulent dans la ville, à croire que le nouveau shérif attire les cadavres comme une bouse de vache attire les mouches.

La galerie de personnages est toujours haute en couleur, surtout les deux assistantes de Walt, Ruby et Vic, son ami indien Henry Standing Bear, son ex-patron qui a un caractère de dogue affamé, sans oublier l’arrivée d’un p’tit nouveau adjoint qui me plait bien, hormis qu’il a un nom à coucher dehors.

Il avait vingt-huit ans,il mesurait un mètre 75, pesait 83 kilos et avait des cheveux et des yeux bruns. Il était apparemment doué en langues; il parlait espagnol, portugais; français et allemand. Il faudrait que je me renseigne sur son niveau en cheyenne et en crow.

Le shérif a des blessures, comme tout le monde, mais on ne tombe pas dans le cliché du flic alcoolo et plus dépressif qu’un rat crevé.

Walt a beaucoup d’humour et les bons mots parsèment le récit. L’écriture de Craig Johnson est une que j’apprécie beaucoup, sans chichis mais une plume qui me fait sourire.

— Vos savez, on entend des choses à Sheridan sur cet endroit qu’on dit si arriéré, mais jusqu’à maintenant je n’y croyais pas vraiment.
— Eh bien, je suis heureux que nous soyons à la hauteur de toutes les attentes.

**

— Non, ça aurait été du vol, et au Bureau du Shérif, nous essayons de nous abstenir de ce genre de choses.

**

— La boîte de Métamucil a disparu.
— Tu plaisantes ?
— Non, je ne plaisante pas et ils ont une crise de chiasse généralisée ici, genre : on dirait que quelqu’un a volé un des Manuscrits de la mer Morte.

Un récit qui vous entraîne dans le Wyoming profond, au fin fond du trou du cul de l’Amérique, dans une ville où j’ai plaisir à poser mes valises pour suivre les pérégrinations de Walt et de son chien, qui, comme celui du lieutenant Columbo, n’a pas de nom !

L’enquête est bien tournée et je vous conseille de vous baisser parce que parfois, les balles vont siffler comme au far-west.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Le « Challenge US » chez Noctembule, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.