Le Pays des oubliés : Michael Farris Smith

Titre : Le Pays des oubliés

Auteur : Michael Farris Smith
Édition : Sonatine (17/01/2019)
Édition Originale : The Fighter (2018)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Abandonné à la naissance, Jack est passé d’orphelinats en foyers, avant que Maryann, une lesbienne mise à l’écart par la bonne société de Louisiane, le prenne sous son aile.

Aujourd’hui celle-ci vit ses derniers jours et sa propriété est menacée par les banques. Jack, qui veut à tout prix conserver cet héritage, doit trouver l’argent nécessaire.

Mais, le corps cassé par une vie de combats, ravagé par de multiples addictions, il ne se sent plus la force d’avancer.

D’autant plus qu’il doit aussi affronter Big Momma Sweet, qui règne sur cet empire du vice qu’est le delta du Mississippi.

Critique :
♫ Premier coup d’poing, échangé, dans une cour, de récré ♪

♫ Premier combat, dans la cage, que vous v’nez d’remporter ♪ Ça ne s’oublie pas quand c’est la première fois ♫

Je ne voudrais pas faire hurler dans les chaumières avec cette vieille ritournelle que je viens de vous remettre en tête, mais elle m’est venue spontanément à l’esprit…

Je m’en voudrais aussi de faire pleurer dans les chaumières avec l’histoire malheureuse de Jack, abandonné à l’âge de deux ans par ses parents, uniquement vêtu d’une couche sale et brinquebalé ensuite de foyer en foyer…

Mais c’est ainsi… Vous aurez la larme à l’oeil et personne ne saura si c’est à cause de l’histoire triste de Jack ou à cause de la chanson que je viens de vous remettre en tête pour toute la journée.

Ma foi, j’aurais pu chanter du Nolwenn avec son ♫ Cassé ♪ car c’est ce que Jack est, cassé de partout. Trop de combats dans la cage, trop de coups de poings encaissés, trop de cachets avalés, trop de whisky, trop de dettes à rembourser, trop de tout.

Pourtant, à l’âge de 12 ans, ça avait mieux tourné pour lui, quand Maryann l’avait accueilli, mais on ne peut pas lutter contre ses démons et si Jack s’était apaisé, d’autres sont venus jeter de l’huile sur le feu bouillonnant qu’il était.

Jack, on pourrait le cataloguer dans les loosers : il a emprunté de l’argent à Big Momma Sweet, l’a joué dans les combats, ne s’est pas couché quand on le payait pour ça, a joué au casino pour se refaire, ne s’est pas retiré à temps…

Un cercle vicieux dans lequel il a mis le doigt et impossible d’en sortir, un pas après l’autre, il court à sa perte car il est incapable d’être raisonnable, est tête brûlée et on a souvent envie de l’attraper par le col, et pourtant, on reste là à le regarder s’enfoncer de plus en plus, en serrant les dents pour lui.

Ce roman noir est court mais tous les ingrédients du roman noir se trouvent dedans ! Rien ne manque, ni les personnages flamboyants, paumés, violents, alcooliques, sans morale aucune, profitant des faiblesses des autres ou les loosers magnifiques.

Comme durant un match dans la cage, les coups pleuvent entre les rounds et l’auteur, s’il te laisse tout de même respirer, t’entraine vers le combat ultime, celui dont tu as peur de ne pas tenir, de t’écrouler et de voir ton sang imprégner le ring sale sur lequel tous les coups sont permis.

Là, tu as envie de te mettre à genoux et d’implorer le créateur de ses pages d’épargner un peu ses personnages, de leur offrir des vacances, loin de tout cela, de faire intervenir les Bisounours pour calmer le jeu, mais pas de miracle, l’auteur ne t’écoute pas et on se prend des pains dans la gueule et on en redemande.

Un roman noir violent, sombre, avec très peu de sucre, profond, âpre, mais il est réaliste, juste et la plume de l’auteur se plante dans ton cœur car il nous offre des personnages puissants, même dans leur détresse ou dans leur loositude (comment ça, le mot n’existe pas ? J’m’en fous).

L’Amérique profonde, une fois de plus, m’a envoûtée. Normal, avec Michaël Farris Smith aux commandes, le voyage ne pouvait être que très bon.

Mais il serait peut-être temps que je me fasse un roman d’humour ou un Oui-Oui, ça me ferait du bien au moral littéraire.

Des centaines de kilomètres plats. Des repaires d’esclaves et de soldats. Une terre d’oubliés couverte de cieux infinis.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

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Des nouvelles du monde : Paulette Jiles

Titre : Des nouvelles du monde

Auteur : Paulette Jiles
Édition : La Table ronde Quai voltaire (17/05/2018)
Édition Originale : News of the World (2016)
Traducteur : Jean Esch

Résumé :
Hiver 1870, le capitaine Jefferson Kyle Kidd parcourt le nord du Texas et lit à voix haute des articles de journaux devant un public avide des nouvelles du monde : les Irlandais migrent à New York ; une ligne de chemin de fer traverse désormais le Nebraska ; le Popocatepetl, près de Mexico, est entré en éruption.

Un soir, après une de ses lectures à Wichita Falls, on propose au Capitaine de ramener dans sa famille, près de San Antonio, la jeune Johanna Leonberger. Quatre ans plus tôt, la fillette a assisté au massacre de ses parents et de sa sœur par les Kiowas qui l’ont épargnée, elle, et élevée comme une des leurs.

Le vieil homme, veuf, qui vivait jadis de son métier d’imprimeur, profite de sa liberté pour sillonner les routes, mais l’argent se fait rare. Il accepte cette mission, en échange d’une pièce d’or, sachant qu’il devra se méfier des voleurs, des Comanches et des Kiowas autant que de l’armée fédérale.

Sachant aussi qu’il devra apprivoiser cette enfant devenue sauvage qui guette la première occasion de s’échapper.

Pourtant, au fil des kilomètres, ces deux survivants solitaires tisseront un lien qui fera leur force.

Dans ce splendide roman aux allures de western, Paulette Jiles aborde avec pudeur des sujets aussi universels que les origines, le devoir, l’honneur et la confiance.

Critique :
Donnez-moi la main que je vous hisse dans le chariot estampillé « eaux curatives » aux côtés du Kep-Ten Kidd et de la jeune Chohenna car le voyage vaut la peine d’être vécu et je vous envie de ne pas l’avoir encore fait…

Le capitaine Jefferson Kyle Kidd parcourt le nord du Texas pour lire aux gens des nouvelles, tirées de différents journaux, choisissant les plus intéressantes, des exotiques, évitant de parler politique si l’endroit ne s’y prête pas.

Sa haute stature d’1,80m, sa voix posée, agréable et son grand âge de 71 ans en impose aux autres, mais rien ne le prédestinait à escorter une jeune gamine de 10 ans qui a passé 4 ans chez les Kiowas après que ceux-ci aient massacré sa famille.

Il est dit que les enfants enlevés par les indiens et élevés parmi eux ne savent jamais vraiment tout à fait se réadapter à la vie dite civilisée, même si leur captivité n’a durée qu’une seule année. Comme s’ils avaient été marqué à jamais par leur famille d’adoption, ces enfants restaient indiens toute leur vie.

C’est le cas de Johanna qui prononcera ensuite son prénom « Cho-hanna » et qui fera du capitaine un « kep-ten », ayant bien du mal à prononcer les lettres « r » ou le « th » anglais alors qu’elle manie la langue kiowas avec habilité, même si celle-ci est très difficile car basée beaucoup sur des positions du corps, des mains, des voyelles, des sons chantés.

Le voyage est long – 600km – et je vous conseille de bien vous installer sur le banc du chariot car même si on n’a pas le temps de s’ennuyer tant le récit est dense du fait que ce voyage n’a rien d’une balade tranquille, nous devrons aussi faire face au choc de deux cultures diamétralement opposées et à une petite fille qui est de nouveau arrachée aux siens.

Ajoutons à cela une écriture assez petite et le fait que les tirets cadratin et guillemets sont partis en vacances sans prévenir le lecteur (c’est une mode cette économie de tirets et guillemets ??). Bon, cette absence n’a pas gêné ma lecture le moins du monde car l’agencement des phrases est bien fait à tel point que vous ne douterez jamais de qui parle.

Voilà un magnifique récit fait partie de ceux qu’on lit à son aise, sans se presser, comme on savourerait un grand whisky qui a patiemment muri dans son fut de chêne (ou de ce que vous voulez), comme on savourerait un met exquis et raffiné, cuisiné avec amour et professionnalisme par un grand chef : on prend le temps de savourer, on ne se bâfre pas et on ne fait pas cul-sec.

Ce roman est bourré d’émotions en tout genre, pas de celles qui vous font verser une larme à chaque fois, mais de tas de petits moments intenses, de petits gestes, d’apprivoisement entre deux êtres que tout oppose et qui se trouvent réuni sans vraiment l’avoir voulu. Ces deux êtres qui vont vivre un voyage où ils devront avoir confiance l’un dans l’autre.

Et puis, cette traversée d’une partie du Texas, les traumatismes encore apparents d’une guerre fratricide qui opposa le Nord et le Sud, cette civilisation qui voit émerger le progrès alors que les bandits, des pillards et les guerres indiennes font encore des ravages… Ces paysages magnifiques parsemés de maisons calcinées et de famille décimées. Magnifique et horrible en même temps.

Ne vous attendez pas, ici, à un récit palpitant à la manière d’un James Bond sautant de toit en toit, mais plus à un Sean Connery vieilli et blanchi sous le harnais de l’armée, un homme instruit, qui sait se défendre mais n’a plus 20 ans, ni même 50, mais 70 !

Les palpitations seront ailleurs et même dans les moments les plus calmes, on ne sait jamais ce qui peut surgir d’un coin de la plaine ou au détour d’un bosquet. Et puis, l’auteur, de sa plume habile et poétesse, arrive sans peine à entraîner son lecteur même pour traverser des rivières en crue ou affronter des êtres dépourvus de toute humanité et abjects.

Un voyage magnifique que je viens de faire à bord du chariot estampillé « Eaux curatives » et ce roman, à l’instar de ces eaux, eut un véritable effet curatif, mettant du baume à mon cœur, un antidote à la morosité ambiante tant par ses deux personnages principaux que par leur récit de leur périple.

Un roman fort, émouvant, profond, merveilleux, des personnages qu’on a du mal à quitter et un récit porté par une plume magnifique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Elijah : Noël Boudou [WRC – Chronique d’une autopsie littéraire annoncée]

Par THE WOMEN’S READING CLUB (WRC)

Conception et idée originale : Stelphique, Mon féérique blog littéraire !!!

Direction logistique : Belette, The Cannibal Lecteur 

Direction artistique : Nathalie, Sous les pavés la page

Chronique autopsie annoncée

Je soussigné, docteur Jack The Reader, Chef du Service de Médecine Légale; certifie avoir procédé à ce jour, en vertu de la réquisition du Cannibal Lecteur, à l’examen médico-légal du roman « Elijah » de Noël Boudou

Dossier n°05

Madame Ia Belette Cannibal Lecteur, Suite à votre réquisitoire du 22 janvier 2017, en cause j’ai l’honneur de vous faire savoir que j’accepte la mission que vous m’avez confiée.

Je jure de remplir ma mission en honneur et conscience avec exactitude et probité.

Nous avons accompli notre mission et consignons dans le présent rapport, les résultats de nos examens, observations et investigations.

Nous reprenons les éléments importants relevés au cours des examens externe et interne du roman.

Nous les commentons et tentons d’en tirer des hypothèses et/ou conclusions logiques.

Silence on autopsie un livre

Description du sujet autopsié :  Un Flamant Noir, pas rose et des traces de griffes sur du bois…

Date du crime d’édition : 27/02/2017 – corps récent !! Encore frais…

Arme du crime : Une plume qui se plante dans ton cœur.

Traumatismes :  Nombreux ! Dont un cœur et une âme en miette.

Suspects : Noël Boudou et quelques uns de ses personnages qui m’ont pris aux tripes.

Arme du crime probable : Tout est bon pour te faire souffrir

Modus operandi du crime : 222 pages (221b ?) de récit à l’état brut dont un gros pourcentage de pages violentes, comme si tout le gratin des salauds s’étaient donnés rendez-vous dans le roman de Noël.

Belette légiste

Verdict du médecin légiste Jack ?
Putain Noël, pour un premier crime, tu fais fort ! Tu me permets de t’appeler par ton prénom puisque nous nous sommes déjà croisé dans les couloirs du Fesse Bouc. Et puis, je viens tout de même d’autopsier ton roman…

Autopsie réalisée d’une traite, sans déposer le bistouri. Addictif.

Le sujet autopsié est dur, violent, parfois même un peu trop violent, un peu trop trash, mais on sent qu’on a écrit ce bouquin avec des tripes et puis, quelles émotions dans ces pages !

Oui, la violence extrême côtoie sans vergogne la douceur la plus tendre et durant certains moments, qu’ils soient doux ou durs, on a envie de crier à son apprenti d’apporter cette foutue boite de kleenex parce qu’on a une grosse crasse dans l’œil.

Les personnages qui gravitent dans ces pages sont torturés, abîmés, lacérés et on se demande s’il y en a un qui a eu une enfance « normale », avec des parents autre que des brutes épaisses ou s’il y a autre chose que des salauds finis dans ces pages !

Heureusement qu’il y a Elijah, petit bonhomme handicapé et son frère dont nous ne saurons pas le prénom au départ.

Elijah, on l’aime de suite, on a envie d’être tendre avec lui, de le prendre sous notre aile. Et quand il s’adresse à nous dans son journal intime qui se déroule dans sa tête, on lève la tête du récit tant les émotions nous coincent la gorge.

Son frère, lui, c’est violence envers les monstres et tendresse envers son frère, sentiments opposés, qui, tel un maelström fougueux, se bousculent dans sa tête. Et pourtant, on l’aime aussi. Même s’il exagère grave avec les gens qui manquent de respect envers son petit frère handicapé.

Un roman percutant, violent, écrit au scalpel, avec des moments durs qui, selon moi, auraient pu ne pas être insérés dans le roman, mais qui, présentés ainsi, nous donnent une vision peu reluisante d’une certaine société, celle des nantis et des bobonnes qui veulent se faire défoncer la rondelle et pire, si affinités… Mais bon, tout le monde n’aime pas de sexe brutal, si ??

Mon seul bémol sera pour la violence extrême durant certaines scènes car comme on dit en Belgique « Trop is te veel » (« Trop c’est trop »), mais je pardonnerai ces erreurs ainsi que quelques clichés car Noël, de par son final, m’a mis le cœur en vrac, m’a serré la gorge et humidifiés les yeux.

Un autopsie de roman qui m’a laissé l’âme en morceaux et bon courage au légiste qui voudra reconstruire ce puzzle !

Verdict du détective Cannibal ?
Un premier roman percutant, des émotions à l’état brut, un roman écrit d’une plume qui manie aussi bien le sombre que le lumineux et qui les fait se côtoyer pour le meilleur et pour le pire, mais dieu que c’est bon !

Par contre, si un jour j’ai le bonheur de me faire dédicacer ce roman, j’assommerai ensuite Noël avec son roman pour avoir osé me faire chialer mon petit cœur d’artichaut !

Je  jure avoir rempli ma mission en honneur et conscience, avec exactitude et probité.

Jack The Reader, médecin légiste pour cette autopsie littéraire et Belette Cannibal Lecteur, consultant detective.

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Veuillez trouver ci-joint le rapport de mes autres collègues :

Journaliste à la Gazette Elfique, Stelphique fera quelques zooms sur ces comportements déviants des humains et mettra en lumière, la petite flamme qui anime pourtant ce roman très sombre qu’est Elijah de Noel Boudou…

Il serait peut être temps aussi, de vous prévenir qu’une petite combinaison anti-coup, et un bouclier sont de rigueur pour découvrir ses pages….

Attention, 5,4,3,2,1…Impact !!!!

Elijah, ou « L’accident-miracle »…

Petit être chétif et victime avant même de naitre, déformé avant même d’avoir respiré, il n’a aucune arme face à la violence du monde qui s’ouvre à lui.

La noirceur il la devine, la pressent dans l’odeur de son frère qui fait tout pour lui rendre la vie moins dure…

Le « Frère d’Elijah » , en se battant avec une ferveur sans faille, en lui vouant une attention continue, nous démontre que le handicap est encore source d’exclusion, de bêtise éhontée, de violence gratuite, et de soins quotidiens.

Chaque minute de l’emploi du temps de ce frère dévoué, est consacrée au bien-être de ce gamin, pour qui aucune action n’est une évidence, qui a besoin de l’attention d’autrui pour la moindre chose. Une belle leçon de vie.

Ange presque sans parole, Elijah, nous livrera son petit journal intime intérieur, d’une fraicheur agréable…

La violence conjugale où un fléau qui fragmente encore les familles…

Des milliers de femmes meurent chaque jour sous les coups de son conjoint. C’est un fait. Ahurissant et implacable, mais une réalité insoutenable. Ici, Noel Boudou va explorer cette cellule, où l’homme devient monstre, la femme, victime, et les enfants, impuissants… Une famille fracassée…

Dans ces deux cents pages, on subit les coups, spectateur de cette horreur qui se cache derrière les portes, terrassé par le réseau néfaste de la haine. Rien n’est épargné, à nous autres lecteurs, on aura chaque sensation, chaque blessure physique ou mentale, racontée avec une brutalité sans artifice.

Le frère d’Elijah et Milo, nouveaux héros indestructibles, pour déconstruire cette toute puissance masculine, rallié à la cause féminine à leur petite échelle, duo de violence et frères de sang….

Ils foncent, poings serrés, dans ce gros tas d’immondices, et de vices de ses hommes qui ne craignent plus aucune perversion…

La violence répond à la violence, mais cette fois-ci, elle est du coté des femmes et des enfants, qui sont meurtris intérieurement…

Quand dans le Noir, nait la lumière…

La Terre est terre de contradiction, de Bien et de Mal, qui s’oppose parfois dans le même être… Dans le plus pur des sentiments humains, se trouve aussi une rage sans limites…

En créant cet être imparfait, pétri des pires contradictions, ange déchu aux mais sanglantes, Noel Boudou nous ramène une pointe de douceur dans cet univers de ténèbres et d’horreur qui font qu’on a quelques bouffées d’oxygène d’Amour Rédempteur…

Choquant, bouleversant, presque à vomir ses scènes atroces, mais il n’en reste pas moins qu’il y a une forme de lien très fort qui unit ses deux frères, qui nous renverse aussi le cœur…

Quand une elfe découvre les faits, et rien que l’effet de ces êtres humains en miettes, elle ne trouve plus les mots encore moins, les émotions pour décrire ses impressions.

Mais les fées pleurent, c’est certain, sur cet état de fait et les répercussions de la violence de ces hommes haineux…

Lien vers la chronique originale de Stelphique

Le brouhaha de la salle s’atténuait. Le rapport d’autopsie du médecin légiste et le témoignage de la presse avait enflammé la foule présente et le juge ne cessait de réclamer le silence afin de laisser la parole à l’avocate de la partie adverse.

Droite dans sa robe, cette dernière savait que ses paroles allaient faire vendre du papier et que le peuple, allié à la cause de l’accusé, la livrerait à la vindicte populaire bien après la fin de son réquisitoire.

Elle se sentait seule mais elle se savait intègre. Alors que, le charisme et la gentillesse de l’accusé emportait l’adhésion de chacun, elle ne pouvait oublier et abandonner ses idéaux qui dictaient son choix aujourd’hui.

Elle connaissait son texte sur le bout des doigts, ses arguments étaient prêts. Tout l’amour et la tendresse que l’accusé avait pu mettre dans son texte était certes louable et extrêmement prégnant mais rien n’avait pu masquer toutes ces incohérences et ces redondances dans le texte.

Rien n’avait pu lui faire oublier les lieux communs qui semblaient sourdre par toutes les pages.

Bien sûr, elle avait compris le dessein de l’accusé… Ce dernier ne souhaitait que mettre en exergue la force de l’amour et l’acceptation des différences et la femme en elle respectait cela.

Son personnage principal ne faisait que chercher la rédemption et assurément, une certaine lumière s’échappait des protagonistes de l’affaire.

Mais cette lumière n’avait pas adouci la noirceur et la violence extrême utilisée à outrance, ni ne l’avait empêchée de vouloir jeter ce roman au loin à plusieurs reprises.

Grand mal lui en aurait fait, car elle avait une mission à accomplir. Elle n’avait pas failli.

Malgré toutes les preuves de l’innocence accumulées depuis le début du procès, elle allait tenter de déclamer son texte avec toute la conviction dont elle était capable.

Elle allait dire haut et fort, mais avec indulgence car le casier de l’accusé était vierge, que ce roman n’avait pas su trouver le chemin de son cœur.

Elle paraphraserait sans doute un peu, ferait quelques jeux de manches et regarderait les jurés, mais l’accusé lui-même aussi, droit dans les yeux pour leur asséner son réquisitoire.

Puis elle reprendrait sa place, attendant un verdict dont elle connaissait déjà la teneur. Le doute persistait dans le cœur du jury et lorsqu’il ne reste que le doute… on acquitte.

L’heure était venue. Elle releva la tête, inspira profondément et prit la parole…

Lien vers la chronique originale de Nath Sous les pavés la page.

Nos âmes la nuit : Kent Haruf

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Titre : Nos âmes la nuit

Auteur : Kent Haruf
Édition : Robert Laffont (2016)

Résumé :
Dans la petite ville de Holt, Colorado, déjà théâtre des événements du Chant des plaines, Addie, 75 ans, veuve depuis des décennies, fait une étrange proposition à son voisin, Louis, également veuf voudrait-il bien passer de temps à autre la nuit avec elle, simplement pour parler, pour se tenir compagnie ? La solitude est parfois si dure… Bravant les cancans, Louis se rend donc régulièrement chez Addie.

Ainsi commence une très belle histoire d’amour, lente et paisible, faite de confidences chuchotées dans la nuit, de mots de réconfort et d’encouragement. Une nouvelle jeunesse apaisée, toute teintée du bonheur de vieillir ensemble.

Mais voilà, bientôt, les enfants d’Addie et de Louis s’en mêlent, par égoïsme et surtout par peur du qu’en-dira-t-on.

une_definition_de_l_amourCritique : 
Que faire lorsqu’on est veuve, qu’on a plus de 70 ans et qu’on trouve la nuit longue et ennuyeuse ?

Et bien on demande à un de ses voisins, veuf lui aussi, dans la même tranche d’âge, à venir partager son grand lit froid pour papoter, faire connaissance et ne plus être seule avec ses pieds froids.

Addie n’a pas eu froid aux yeux de faire cette proposition à Louis et ce dernier a accepté.

Commence alors une belle amitié que l’auteur, en peu de pages, a su faire évoluer vers une belle complicité, faisant de ce couple d’une nuit, des amis d’une vie.

Les romances ne sont pas pour moi, en littérature, mais celle-ci est belle, touchante, merveilleuse, parce qu’elle aborde un sujet tabou : l’amour en personnes d’un certain âge.

Bien que Addie et Louis ne pratique pas la bêbête à deux dos, dans leur dos, ça cancane, ça ragotte, ça regarde de travers, ça pense qu’ils se refont le kama sutra, sans penser qu’à leur âge, on a plus envie de compagnie que d’orgie sexuelle.

Mais les gens sont cruels, bêtes et méchants… Kent Haruf nous le démontre par A+B sans avoir besoin d’en faire des caisses.

J’ai passé des moments de bonheur avec ce couple improbable, avec le petite fils d’Addie, qui, traumatisé par la séparation de ses parents, a peur d’être abandonné et qui, dans la personne de Louis, trouvera un substitut de père et papy.

Mais vous savez comme moi que le bonheur des uns rend les autres jaloux… et que les enfants de notre papy et mamy ne voient pas ça d’un bon œil, alors que eux, dans leur vie, c’est désastre amoureux total !

L’auteur prendra le temps, durant ces trop courtes 180 pages, de nous éclairer sur le passé de nos amis, eux-mêmes se racontant leur vie de couple, leurs problèmes, leurs malheurs, et la solitude depuis quelques années.

C’est la boule au fond de la gorge et les larmes aux bords des yeux que je les ai laissé, me retirant sur la pointes des pieds pour ne pas qu’ils me voient avec les larmes aux yeux.

J’aurais aimé empoigner certains pour leur dire « De quoi te mêles-tu ? Serais-tu jaloux de leur bonheur alors que toi tu en es incapable ? », mais je n’ai rien dit parce que je me suis demandée ce que nous ferions si c’était notre mère ou notre père qui, une fois arrivé dans les 70 ans, agissait comme Louis et Addie…

Il est un fait que nous sommes intolérants et étroits d’esprit, surtout pour certaines choses et la vieillesse en fait partie. Certains n’ont plus le droit d’être heureux et les tyrans ne sont pas que à la tête de certains pays, ils sont parfois dans vos familles, dans vos proches et vous pourriez être l’un d’eux.

Un très beau roman auquel je ne reprocherai qu’une seule chose : l’absence totale de guillemets ou de tirets cadratins pour marquer les dialogues, ce qui a rendu ma lecture plus difficile.

Malgré cela, c’est un coup de cœur car il y avait beaucoup de profondeur et de tendresse dans ses pages. De l’amour, de l’amitié et malheureusement, de l »incompréhension et de la jalousie.

Étoile 4

BILAN - Coup de coeur

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Le Grand Méchant Renard : Benjamin Renner

 

Grand méchant Renard

Titre : Le Grand Méchant Renard

Auteur : Benjamin Renner
Édition : Delcourt (2015)

Résumé :
Un petit renard ridicule veut devenir la terreur du poulailler.

Le co-réalisateur d’Ernest et Célestine signe une fable coup de cœur. Face à un lapin idiot, un cochon jardinier et une poule caractérielle, un renard chétif tente de trouver sa place de grand prédateur.

Devant l’absence d’efficacité de ses méthodes, il développe une nouvelle stratégie.

Sa solution : voler des œufs, élever les poussins et les croquer. Mais le plan tourne au vinaigre lorsque le renard se découvre un instinct maternel !

MechantRenard400Critique :
On prend un renard aussi féroce qu’une limace séchée et on le place dans son environnement forestier.

On ajoute sur une colline une ferme avec un chien blasé, un cochon jardinier, un lapin un peu crétin, des poules pas cool et un loup qui a tenté de l’initier au regard méchant qui tue.

Notre renard est un médiocre Padawan parce que ça n’a pas marché !

Les poules n’ont pas peur de lui, les petits z’oziaux encore moins, le cochon lui offre des navets et le chien de garde de la ferme lui demande de ranger le bordel qu’il fout.

Comment faire pour devenir un prédateur quand tout le monde n’a cure de vous ? Comment inspirer la crainte ou tout simplement manger quand personne n’a peur de vous ?

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Le loup, jamais à court d’idées sadiques, lui conseille d’aller voler des œufs afin d’élever les poussins et les croquer.

Qu’est-ce que ça va donner, une idée aussi sadique que celle-là ? Des crises de fous rires, des larmes tant on se marre, des quiproquos, des scènes délirantes, tendres et un pauvre goupil qu’on avait rarement vu aussi maladroit !

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J’ai adoré les dessins, sans cases, les dialogues sans phylactères (les bulles, pour les ignorants) et j’ai vécu 185 pages de rires et de délires.

On pourrait croire que les dessins sont « simples », mais ils collent à merveille au ton du récit et les lavis des couleurs donnent une belle ambiance chaleureuse, sans surcharger les pages.

Les poussins sont craquants, le chien a tout de l’inspecteur de travaux qui n’auront pas lieu, le cochon est un rigolo, le lapin est crétin, les poules de vraies mégères non apprivoisées et les expressions de tout ces animaux sont un régal pour les yeux, sauf quand je pleurais de rire, parce que là, les dessins devenaient tout brouillés.

Malgré le fait que l’on se doute de l’issue de tout cela, on se prend au jeu et on suit l’évolution des poussins et du renard tout en se demandant comment on va échapper au méchant loup.

Jamais le récit ne devient ennuyeux et quand on se demande ce qu’il va arriver ensuite, boum, ça rebondit et on repart de plus belle pour une autre facétie.

Une vraie bouffée de détente et de fraicheur, sourire béat affiché sur ma face et gloussements à toutes les pages.

Chapeau l’artiste d’être arrivé à me faire aimer un autre renard que ce bon vieux Rox des studios Disney.

Un album qui fera plaisir aux plus petits, mais qui amusera énormément les grands puisque je suis une grande… Enfin, on s’comprend !

Bon, je vous laisse, je vais apprendre aux poules l’art du combat.

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Complètement cramé ! : Gilles Legardinier [Version Numérique et Papier]

Titre : Complètement cramé !                         big_3-5

Auteur : Gilles Legardinier
Édition : Pocket (2014)

Résumé :
Arrivé à un âge où presque tous ceux qu’il aimait sont loin ou disparus, Andrew Blake n’a même plus le cœur à orchestrer ses blagues légendaires avec son vieux complice, Richard. Sur un coup de tête, il décide de quitter la direction de sa petite entreprise anglaise pour se faire engager comme majordome en France, pays où il avait rencontré sa femme. Là-bas, personne ne sait qui il est vraiment, et cela lui va très bien.

Mais en débarquant au domaine de Beauvillier, rien ne se passe comme prévu… Entre Nathalie, sa patronne veuve aux étranges emplois du temps ; Odile, la cuisinière et son caractère aussi explosif que ses petits secrets ; Manon, jeune femme de ménage perdue ; Philippe, le régisseur bien frappé qui vit au fond du parc, et même l’impressionnant Méphisto, Andrew ne va plus avoir le choix. Lui qui croyait sa vie derrière lui va être obligé de tout recommencer…

Critique :
Une petite dose de Legardinier, ça fait toujours du bien dans la morosité ambiante. Une sorte de remonte-moral – sans ordonnance – entre deux polars noirs.

De plus, j’inaugurais une nouveauté avec ce roman puisque je l’ai lu en alternance dans deux versions : la numérique (sur le PC à la maison) et sur papier dans le métro et au boulot.

Le pitch ? Andrew Blake a confié la direction de sa petite entreprise anglaise à sa secrétaire car il en a marre et a décidé de se faire engager comme majordome en France. Là-bas, personne ne sait qui il est vraiment, et cela lui va très bien. Oui, mais…

Je n’irai pas par quatre chemins  : les personnages sont diablement sympathiques, attachants et les « méchants » sont de vrais peaux de vache sans rien pour les relever. Manichéen, sans doute, mais ça ne m’a pas dérangé pour autant.

On pourra me dire que c’est pétri de bons sentiments, que tous les soucis, problèmes, ennuis, s’arrangent tous comme par miracle, que le Andrew Blake trouve toujours les solutions à tout, que dans la vraie vie, ce genre de choses est impossible, que tout les événements ce qui se déroulent dans le roman sont « chiqués ». Je vous rétorquerai « Je le sais très bien et je m’en contre-fiche royalement ! ».

Si on lit les livres de cet auteur, c’est pour se détendre, rire un bon coup, passer du bon temps et se régénérer tout entier. Faut pas croire non plus qu’il a une écriture simpliste et bêbête, loin de là, il en profite souvent pour nous asséner quelques vérités qu’on aurait parfois tendance à oublier.

— Vous n’êtes sans doute pas un imbécile, Addinson, mais ce n’est pas l’intelligence qui fait la valeur d’un homme, c’est la façon dont il l’emploie.

— N’oublie jamais qu’un adulte n’est qu’un enfant qui a vieilli.

— Pour les gens comme vous, l’amour est de la guimauve, la gentillesse est une preuve de faiblesse, et dire des choses simples est un manque de culture. 

— Je me souviens d’une phrase lue sur le fronton de catacombes que je visitais à Rome avec mes parents. Au-dessus de ces empilements d’os et de crânes, était écrit : »J’ai été ce que tu es. Tu seras ce que je suis. »

— On peut être violent sans insulter. Parfois, dire ce que l’on pense correctement peut s’avérer bien plus offensif que des mots qui n’ont plus aucun sens parce que tout le monde les emploie à tord et à travers.

Certes, j’ai eu moins d’éclats de rire que dans « Et soudain tout change », mais j’ai tout de même eu de nombreux sourires et quelques larmes aux coins des yeux (un truc dans l’œil, sans doute). Mais les bons mots sont légion.

A une allure d’escargot, le véhicule quitta la grange.
 —Il va mettre huit jours pour aller jusqu’en ville…, commenta Magnier.
 — S’il éclate un pneu, il pourra descendre et le réparer sans même s’arrêter tellement il traîne, renchérit Hakim.
Les deux hommes éclatèrent de rire. Blake leur lança :
 — Vous êtes en train de vous moquer de moi, je vous vois !
Magnier répliqua :
 — Attention, il y a un arbre à deux cent mètres devant toi. freine, tu vas le percuter demain soir !

— En France, vous faites moins cuire la viande qu’en Angleterre. Chez vous, tout est servi rouge, saignant à l’intérieur.
— Et chez vous, c’est de la semelle. C’est vous qui avez un problème avec la viande. Vous la faites toujours trop cuire. C’est un défaut historique. Regardez ce que vous avez fait à notre Jeanne d’Arc. Vous l’avez tellement cuite que vous l’avez brûlée !

Pour une fois, le chat de la couverture n’est pas fictif, il y en avait un beau angora dans les pages, Mephisto. Mais je n’ai pas été dupe sur l’embonpoint du chat, ni sur sa disparition. On ne me la fait pas à moi !

— Au fait, merci pour ce midi. Votre terrine était succulente.
Odile se retourna :
— Ma terrine ?
— Celle que vous m’aviez préparée sur l’assiette.
Odile devint toute rouge.
— Vous avez mangé le repas de Méphisto ?
L’animal ouvrit les yeux brutalement. Blake en fut presque plus surpris que de la remarque de la cuisinière. Comment le chat avait-il compris ?

Point négatif : j’aurais bien aimé passer plus de temps en compagnie des personnages. Premièrement, j’étais en agréable compagnie et deuxièmement, j’aurais aimé en savoir plus sur les événements qui allaient se passer. Mais j’ai eu beau secouer la version papier comme la numérique, j’étais arrivée au bout de ce charmant petit roman qui m’a fait passer un super bon moment de lecture, sans me prendre la tête.

Maintenant, je peux retourner dans mes romans noirs.