Liquidations à la grecque [Trilogie de la crise 1] : Pétros Márkaris

Titre : Liquidations à la grecque [Trilogie de la crise 1]

Auteur : Pétros Márkaris
Édition : Points Policier (03/10/2013)
Édition Originale : Ληξιπρόθεσμα Δάνεια – Līxipróthesma dáneia (2010)
Traducteur : Michel Volkovitch

Résumé :
À Athènes, plusieurs membres de l’élite financière sont décapités. L’assassin couvre la ville de tracts exhortant les Grecs à ne pas payer leur dette aux banques.

Le pays s’enfonce dans la crise: les salaires fondent, les commerçants ruinés se défenestrent…

Le commissaire Charitos doit au plus vite confondre ce « Robin des banques » que la population exaspérée commence à prendre en sympathie.

« Nous sommes au bord de la folie. »

Critique :
Un ancien banquier très habile mais retraité, un certain Gigilamoroso, vient de se faire décapiter à l’épée, tel Anne Boleyn.

Pardon, c’est pas le bon nom… Comment tu dis ? Zizimenculos ? Non plus… Ces noms grecs, je ne m’y ferai jamais, moi…

Ah, voilà ! Zissimopoulos, Nikitas de son prénom. Et le premier qui me chante ♫ Nikitas Jolie fleur de Java ♪ s’en prendra une dans la figure ! Par contre, je n’ai rien contre Sir Elton John…

♫ Oh Nikita You will never know anything about my home ♪

Si je chante, c’est parce que j’ai le coeur léger ! Imaginez que dans ce polar grec, on décapite des banquiers… Pour une fois que les victimes ne me sont pas sympathiques mais le criminel oui… Des envies folles de l’embrasser, cet assassin même si ce n’est politiquement pas correct et que de toute façon, le mal est déjà fait, la crise est là.

Première incursion dans le petit monde de la police athénienne menée par le commissaire Kostas Charitos et pour une première, c’est plus que réussi.

Non seulement j’apprécie le commissaire (qui n’est pas un alcoolique bourré de blessures secrètes) mais aussi sa petite famille, dont son épouse Adriani, qui, malgré le fait qu’elle n’intervienne pas souvent, laisse un souvenir impérissable à la lectrice que je suis.

Si les membres de son équipe ont des noms assez difficiles à retenir pour la belge que je suis, leurs portraits sont esquissés en peu de mots, mais comme il y a des romans qui précèdent celui-ci, je suppose qu’ils sont plus détaillés dans ceux-là. Malgré tout, ils m’ont fait bonne impression, les inspecteurs Dermitestivale et… Pardon… Dermitzakis et Vlassopoulos (seuls les cavaliers comprendront mon jeu de mot).

Autre personnage dans cette enquête sur les banquiers qui perdent la tête, c’est la Grèce, ses embouteillages, sa chaleur, ses manifestations, sa grogne, ses emprunts et, personnage tout aussi important qui gravite dans ces pages, c’est cette bonne vieille crise financière de 2008 ! Oui, celle-là même qui a mis les banques à genoux (pas longtemps) et a vidé les poches de certains.

Intégrant à son enquête des explications sur certaines opérations banquières, l’auteur n’en fait pas trop et jamais cela ne devient indigeste, tout comme les revendications des grecs, leurs ras-le-bol, leurs râleries, le tout est incorporé au récit de manière naturelle et le lecteur se rend compte alors de ce que certains ont enduré puisque nous nous trouvons de l’autre côté du miroir.

Véritable coup de projecteur, la crise est mise en lumière par un grec, sans pour autant exonérer son pays et ses compatriotes de leurs fautes. Avec un certain cynisme et un cynisme certains, il n’a pas peur de mettre des nez dans leur caca.

Pour cette enquête, un personnage comme le commissaire Kostas Charitos était celui qui nous fallait : comme nous, il n’y connait pas grand-chose à cette crise financière et aux noms barbares de certains produits, tout comme les autres, il tire le diable par la queue, peste sur les supérieurs et leurs conneries, en a marre des magouilles politiciennes et voudrait faire son job de la meilleure manière qui soit.

— Écoute Kostas, il y a dans le pays deux sortes de fouteurs de merde : ceux qui cassent et ceux qui gouvernent. Toi le flic, avec lequel es-tu ?
— Avec ceux qui gouvernent dis-je à contrecœur.

Un roman noir éclairant la lanterne sur la crise financière, une enquête captivante, des assassinés peu sympathiques et une foultitude de personnages désabusés, bougons, fâchés, râleurs et qui paient les conneries de leurs gouvernements et les leurs aussi.

Un roman noir que j’ai eu du mal à lâcher et maintenant, je compte bien retrouver un autre jour le commissaire Kostas pour la suite de ses aventures, et le prologue aussi.

Un roman noir qui permet aussi à un Grec de dire par écrit ce que bien de ses concitoyens ont dit à voix haute ou à voix basse. Mais on n’écoute pas toujours les petites gens alors que ce sont eux les plus pénalisés.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

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L’Arbre-Monde : Richard Powers

Titre : L’Arbre-Monde

Auteur : Richard Powers
Édition : Le Cherche Midi (06/09/2018)
Édition Originale : The Overstory
Traducteur : Serge Chauvin

Résumé :
Dans ce nouveau roman, Richard Powers embrasse un sujet de la nature et de nos liens avec elle.

Les destins des protagonistes de ce récit (un psychologue, un étudiant, un concepteur de jeux électroniques, un photographe amateur, une botaniste visionnaire) s’entrelacent autour de ce qui est peut-être le premier et le dernier mystère du monde : la communication entre les arbres. Richard Powers explore le drame écologique et notre lente noyade dans le cyber world, et nous rappelle que sans la nature notre culture n’est que ruine de l’âme.

« Le roman le plus excitant que vous lirez sur les arbres. Ce roman ambitieux s’élève au-dessus de la canopée de la littérature américaine et redessine le paysage de la fiction environnementale. » The Washington Post

Critique :
Cela vous est déjà arrivé de terminer une lecture groggy à cause des multiples informations que vous y avez glanées ?

Remplie d’émotions en tout genre dont vous ne saviez pas trop quoi en faire tant l’analyse était difficile ?

Prise entre deux sentiments car vous aviez aimé une grande partie du roman tout en trouvant certains passages trop longs ?

C’est ce qui vient de m’arriver avec ce roman que j’ai reçu juste après mon inscription sur Net Galley : ma première demande en tant que petite nouvelle fut acceptée directe…

Ce roman, je ne vais pas vous le détailler mais plutôt vous donner mes impressions de lecture, ce que j’ai ressenti durant ma prise de contact avec ce roman dont je ne savais pas grand-chose, si ce n’est qu’il était plébiscité par la blogosphère.

La première histoire que je découvris me fit découvrir les multiples vies qui se déroulèrent autour d’un arbre : un châtaignier. Comme un film… des images passées au rythme de 24 par seconde.

Au départ, les images se succèdent à leur rythme et puis, tout à coup, on assiste à un défilement rapide de la vie des personnages et de l’Amérique, avant de revenir à un rythme normal. Pantelante, je fus, pour la première histoire, la meilleure, à mon sens.

Si la première histoire m’a embarqué de suite et les autres aussi, sans même que je m’en rende compte, j’étais ailleurs, plongée dans des récits aussi disparates que différents, mais avec un fil rouge : les arbres.

D’ailleurs, une des couvertures du roman en V.O illustre bien ces différentes nouvelles avec tout ces morceaux d’arbres superposés afin de n’en former qu’un seul…

Et, comme tous ces arbres, les histoires sont toutes différentes l’une des autres, jamais je n’ai pu deviner sur quelle sorte de récit j’allais tomber ni où il allait m’emmener.

La première partie du roman, intitulée « Racines », pourrait être parfait à côté de votre lit, afin de lire une « nouvelle » chaque soir, avant de s’endormir.

Cela permettrait de découvrir, à son rythme, ces différents personnages aussi disparates l’un de l’autre, avant de les quitter pour mieux les retrouver dans la deuxième partie, « Tronc » où ils vont interagir tous ensemble, toujours sur le fil rouge des arbres, de leur protection.

Là, on se rend compte que ce que l’on pensait être des récits différents sont en fait les racines d’un tronc commun, ou chacun sera les branches reliées à l’arbre.

L’étonnement fut au rendez-vous. Non seulement j’ai été enchanté de revoir certains personnages (que je pensais avoir quitté à tout jamais) mais je fus aussi émerveillée de les voir évoluer, changer, profondément.

Ce fut une réelle délectation, sans compter que j’ai appris une foultitude de choses sur les arbres et je me suis couchée moins bête au soir (dommage que j’oublie !) et que depuis, je ne regarderai plus les arbres de la même manière.

Je me suis crispée chaque fois que je lisais qu’on abattait des arbres… Je ne sais pas pour vous, mais moi, voir un arbre tomber, ça me fait le même effet qu’à Idefix (le chien d’Obélix pour les cancres du fond qui n’écoutent pas) : je hurle à la mort ! Dans le flot de mes émotions, la rage a tenu sa part du lion.

Le respect aussi a fait partie de mon ressenti car sans contestation aucune, l’auteur a potassé son sujet et la somme des informations récoltées à de quoi vous faire un bourrage de crâne tant il faut ensuite prendre du recul et du repos afin de tout analyser, emmagasiner, assimiler, régurgiter…

Les personnages sont attachants, émouvants, ils évoluent, grandissent, vieillissent et c’est toujours un bonheur de voir ce qu’ils deviennent au fil des pages.

Mon seul bémol sera pour la longueur du roman car à un moment donné, j’ai un peu décroché, surtout dans la dernière partie, « Cime » ou j’avoue avoir sauté certains paragraphes.

Ce qui est dommage car si le départ était génial, la fin du voyage était moins plaisante, trop longue et j’ai refermé le roman mitigée car vous le savez, ce sont les dernières émotions qui marquent le plus, celles que l’on retient.

Un grand roman écologique, un roman nature writing qui nous plonge dans une aventure sur plusieurs époques, qui fait évoluer ses personnages, interagir entre eux, un roman avec des éco-terroristes qui tentent de changer le monde, des bûcherons qui changent la face des forêts et des arbres dont on aimerait qu’ils se révoltent, comme les Ent du Seigneur des Anneaux.

Un roman que je ne regrette pas d’avoir lu, malgré les longueurs finales, un roman qui m’a bien rempli le cerveau, qui m’a fait me poser des questions et donner envie de me promener en forêt pour m’imprégner de la majesté des arbres.

Je remercie Net Galley et l’éditeur, Le Cherche Midi, pour cette confiance accordée directement et pour l’envoi de ce titre.

Le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (484 pages).

 

De cauchemar et de feu : Nicolas Lebel [Critique – Défi CannibElfique]

Titre : De cauchemar et de feu

Auteur : Nicolas Lebel
Édition : Marabout (03/05/2017)

Résumé :
Paris, jeudi 24 mars 2016 : à quelques jours du dimanche de Pâques, le cadavre d’un homme d’une soixantaine d’années est retrouvé dans un pub parisien, une balle dans chaque genou, une troisième dans le front.

À l’autopsie, on découvre sur son corps une fresque d’entrelacs celtiques et de slogans nationalistes nord-irlandais. Trois lettres barrent ses épaules : IRA. Le capitaine Mehrlicht fait la grimace.

Enquêter sur un groupe terroriste irlandais en plein état d’urgence ne va pas être une partie de plaisir. D’autant que ce conflit irlandais remonte un peu.

Critique :
Qui a dit que la lecture n’élevait pas l’esprit ? Et bien, j’invite tous ceux-là à ouvrir un roman de Nicolas Lebel afin de comprendre qu’il existe des lectures qui volent plus haut que certaines !

Mais pas sûr que ces gens-là comprendront… Ou alors, ça leur donnera mal à leurs petites pensées étriquées…

Lire un roman de Nicolas Lebel leur collera une migraine de puissance 10 sur l’échelle de Richter. Moi, j’adore et il ne me donne pas mal au crâne avec ses réflexions.

Son commissaire Mehrlicht n’est pas ce que l’on peut appeler un dieu grec (private joke) niveau physique. Il en est même l’opposé, lui qui ressemble à une grenouille qui se serait faite écrasée pas un camion, puis dessécher au soleil et enfin, mâchouillée ensuite par un renard…

Pourtant, c’est toujours un plaisir de retrouver ma petite grenouille fumeuse de Gitane et adepte de bons mots, ainsi que ses deux lieutenants, Latour, la jolie rousse et Dossantos, le bodybuildé adepte de séries et qui connait, pas cœur, le code pénal.

En découvrant un assassiné dans les chiottes d’un pub tenu par un irlandais à Paris, avec deux balles dans chacun des genoux, notre capitaine à la gueule chiffonnée ne pensait pas mettre les pieds dans un bordel pareil et suivre un tueur fou à la trace, suivant les cadavres, ses curieux dessins et ses inscriptions, écrites dans un sabir inconnu de notre flic de choc.

Non, « Na dean maggadh fum » n’est pas une future inscription sur les paquets de clopes. C’est du gaélique et si le conflit irlandais était loin dans votre mémoire, après lecture de ces pages hautement addictives, vous pourrez aller devant Julien Lepers et répondre à ses questions pour un champion tout en fredonnant « Ah ça IRA, ça IRA ».

Nicolas Lebel a cette fois-ci choisi de nous entraîner dans le passé, dans les années 60-70, dans une Irlande séparée, dans une Irlande déchirée, dans une Irlande du Nord en proie à l’envahisseur protestant qui n’est pas un tendre et qui a tout d’un criminel en puissance. La résistance s’organise et elle ne fera pas dans la dentelle non plus.

Alternant les sauts dans le passé et dans le temps, passant de l’Irlande d’hier au Paris d’aujourd’hui, l’auteur, avec sa verve habituelle, nous en donne pour nos sous niveau tension et les réflexions profondes de ses personnages sont aussi douces à l’esprit qu’un cappuccino crémeux l’est pour la gorge en souffrance.

Ça glisse tout seul dans ton cerveau non formaté par les médias et tu te dis qu’il y a encore des personnes qui ont un cerveau et qui savent mettre en page leurs pensées, leurs vérités, la réalité.

Du capitaine Mehrlicht pur jus, sans filtre, sans additifs, sans édulcorant et autres saloperies. Et du capitaine Mehrlicht, tu peux en fumer tant que tu veux, c’est bon pour la santé mentale ! Sauf si t’as pas de cerveau…

Maintenant, je me demande ce que le prochain opus nous réserve parce que notre « rebel » Lebel vient encore de placer la barre très haute avec une enquête qui était très bien menée, travaillée, addictive, intrigante, intéressante et qui, contrairement à ce que je pensais, n’était pas aussi simpliste que je le pensais  !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Pourquoi je l’ai choisi (Par Stelphique) :

Nous étions impatientes de nous retrouver ma binomette et moi, pour une nouvelle LC spécial Lebel ! Vous le savez, on s’est lancé dans cette saga à deux depuis le tout premier Merlicht, alors on ne change pas une habitude comme ça… Le number 4 sort, on se jette dessus en duo!!!!

Synopsis :

Paris, jeudi 24 mars 2016 : à quelques jours du dimanche de Pâques, le cadavre d’un homme d’une soixantaine d’années est retrouvé dans un pub parisien, une balle dans chaque genou, une troisième dans le front.  À l’autopsie, on découvre sur son corps une fresque d’entrelacs celtiques et de slogans nationalistes nord-irlandais. Trois lettres barrent ses épaules : IRA.

Le capitaine Mehrlicht fait la grimace. Enquêter sur un groupe terroriste irlandais en plein état d’urgence ne va pas être une partie de plaisir. D’autant que ce conflit irlandais remonte un peu.

Dans ce quatrième opus, Nicolas Lebel nous entraîne sur la piste d’un un assassin pyromane, un monstre né dans les années 70 de la violence des affrontements en Irlande du Nord, qui sème incendie, chaos et mort dans son sillage, et revient aujourd’hui rallumer les feux de la discorde à travers la capitale.

Ce que j’ai ressenti :… Un feu de légende, dans un cauchemar réel…

Depuis, que j’ai découvert Monsieur Lebel, je ne peux plus me passer de ses répliques bien senties et de son personnage atypique le capitaine Merlicht !

Toujours le plaisir de me plonger dans ses enquêtes qui fleurent bon les références littéraires et le goût du savoir-vivre! Je suis fan de cet auteur mais…

Dans cet opus, j’ai moins retrouvé toutes les belles envolées de bons mots, j’ai cherché toute la magie qui fait que j’adore lire ses enquêtes, il m’a manqué la petite pétillance qui fait toute la différence…

— Laisse tomber, ce sont des tièdes. Je vomis les tièdes. Juste un trio de quiches ! Des quiches tièdes.

Pour autant, l’auteur nous donne une enquête flamboyante, avec un travail de recherche précis et une mise en lumière d’un conflit brûlant ! C’était très instructif !

En plus, j’ai trouvé cela super intéressant de voir que le terrorisme peut avoir d’autres parallèles, influences et noms,  mais reste toujours  que le fanatisme religieux fait des ravages explosifs dans les esprits, et surtout, qui fait tomber bien des vies…

« Le bon combat est celui qui est engagé au nom de nos rêves. »

Nicolas Lebel nous donne un ressenti de l’intérieur d’une cellule terroriste, il nous dévoile un jeune homme simple qui bascule…

J’ai trouvé cela, très intéressant, puisque ce n’est pas un concept nébuleux d’une simple tuerie, mais tout un engrenage qui conduit à la catastrophe…

Une approche donc plus intime, et un personnage qu’on voit lentement se perdre dans un éclair blanc…

J’ai adoré aussi que la réalité se mélange au folklore, qu’on est, non seulement une approche politique et sociale de l’Irlande mais aussi, une légende imprégnée et furieuse, propre à ses terres…

Le Far Darrig est une créature de cauchemar et de feu.

L’équipe devra jouer avec les timing et les contrecoups pour garder un minimum de cohésion.

En tout cas, je suis impatiente de lire la prochaine enquête, car il semblerait que l’osmose de groupe en est pris un coup, donc cette fin laisse présager quelques évolutions de personnages qui seront sans doute intéressant à découvrir…

Pour autant, avec ma binomette, on reste plus unies que jamais, et le prochain Lebel sera sans doute lu en LC, parce que l’amitié, il n’y a que cela de vrai ! (Je plussoie ! © Cannibal)

Ma note Plaisir de Lecture  7/10

Lien vers la chronique de Stelphique

Black-Out – Demain il sera trop tard : Marc Elsberg [LC avec Stelphique]

Black-Out-Demain-Il-Sera-Trop-Tard

Titre : Black-Out – Demain il sera trop tard

Auteur : Marc Elsberg
Édition : Piranha (2015) / Livre de Poche (2016)

Résumé :
Et si le monde que nous connaissons, dépendant de l’électricité, était sur le point de disparaître ? Thriller européen brillamment mené, Black-out plonge le lecteur dans une réalité qui pourrait être demain la nôtre.

Par une froide soirée d’hiver, les lumières de Milan s’éteignent. Puis c’est au tour de la Suède, de l’Allemagne, de la France… : partout en Europe, le réseau électrique est en train de lâcher. Manzano, ex-hacker italien, croit savoir qui est responsable et cherche désespérément à en informer les autorités.

Un flic français d’Europol, Bollard, se décide enfin à l’écouter, mais piégé par des d’e-mails compromettants, Manzano devient le suspect n° 1.

Face à un adversaire aussi rusé qu’invisible, alors que l’Europe s’enfonce dans l’obscurité et que plusieurs centrales nucléaires menacent la vie de millions d’êtres humains, commence pour Manzano une véritable course contre la montre.

AmericanBlackout_08Critique : 
« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé »… La preuve, s’il en est, c’est que lorsqu’on nous la coupe durant quelques heures ou quelques jours, nous retournons au Moyen-Âge jusqu’à ce que nous la retrouvions !

Qui ? Quoi ? Mais la fée électricité, bien sûr ! Sans elle, nous sommes perdus, pestant contre des interrupteurs sans vie et tout ce qui ne fonctionne plus une fois qu’elle disparait. Un jour de black-out, notre Jacquouille n’aurait jamais pu faire « Jour, nuit, jour, nuit ».

Dans ce roman scientifique qui a des relents d’anticipation – mais pas de science-fiction – toute l’Europe est plongée dans le noir. Toute ? Oui, personne ne résiste, hormis quelques citoyens lambdas qui possèdent un puits, se chauffent au bois ou ont un groupe électrogène. Sont pas légion, je vous le dis. Et là, ils ont des tas d’amis !

Si le début est un peu lourd à lire, c’est en raison de la présentation d’un tas de protagonistes qui vont nous faire vivre leur vie sans courant, de la présentation des personnages principaux, dont Pierro Manzano, l’ex-hacker italien du Net et de quelques notions techniques que l’auteur est obligé de nous envoyer, afin de nous mettre au jus.

Ensuite, le récit s’écoule libre comme du courant pour nous délivrer du 220 volts dans le corps et les gencives.

Leur mission la plus importante n’est donc pas l’approvisionnement optimal des populations et de l’industrie en énergie, mais la réalisation de profits.

Voilà ce qu’avaient montré les incidents des décennies passées : les experts les tenaient pour impossibles – puis, un jour, ils avaient eu lieu.

On découvre, horrifié, tout ce qui pourrait arriver en cas d’arrêt général de l’électricité suite à des sabotages et je vous jure que ça fait froid dans le dos parce que nous n’y sommes pas préparé, sauf si vous êtes minimaliste ou survivaliste !

Le confort matériel augmente. Le courant vient directement de la prise. Depuis des générations. Les gens n’y font même plus attention ! C’est normal pour eux.

L’homme est un animal et y retourne en quelques jours, dès qu’il n’a plus rien dans sa gamelle, en fait.

Une devise du MI5 anglais : “quatre repas avant l’anarchie”.

Un récit qu’on dévore les yeux grands ouverts, une bougie allumée à côté, parce qu’on ne sait jamais…

Des personnages attachants, des situations de panique décrites aux quatre coins de l’Europe – oui, on voyage ! – des émotions fortes, surtout à l’hôpital et des situations catastrophiques avec une centrale nucléaire et un rappel de très mauvais souvenirs d’il y a 30 ans (en moins grave).

C’est un récit plus tendu qu’une corde de tente ou que celle d’un string, avec du rythme, sans perte de vitesse, sans trop de voyeurisme non plus, glaçant, prenant, bourré de suspense et sans trop d’illogismes (et s’il y a, ils sont expliqués par l’auteur). Un récit tout de qu’il y a de plus réaliste, hélas !

Un scénario béton pour un thriller technologique de haut vol, des frissons de peur et la grosse question que je me suis posée « Qu’est-ce que je ferrais, moi, dans pareille situation ? Partage or not partage ? ».

Offre et demande n’ont rien à voir avec justice ni éthique. Et puis, surtout, il leur fallait cette essence.

Non, non, ceci n’est peut-être pas une fiction…

Allez, je vais aller me faire un stock de cierges et de nourriture lyophilisée qu’on réhydrate en faisant pipi dessus… Parce que demain, il sera peut-être trop tard !!

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :
Ça faisait longtemps qu’il me faisait de l’œil, un coup, sur les étalages de la librairie qui l’ont super bien mis en avant, d’autre part sur la blogosphère avec des avis enthousiastes. J’ai cédé (évidemment), mais je l’avais laissé de coté, et voilà ma chère binôme qui me lance cette idée de LC…. Et bien évidemment, que je fonce !!!!!!!

Synopsis :
Et si le monde que nous connaissons, dépendant de l’électricité et des nouvelles technologies, était sur le point de disparaître ? Par une froide soirée d’hiver, les lumières de Milan s’éteignent. Puis c’est au tour de la Suède, de l’Allemagne, de la France… : partout en Europe, le réseau électrique est en train de lâcher. Menace terroriste ou défaillance technique ? Tandis que l’Europe s’enfonce dans l’obscurité et cède à la panique, plusieurs centrales nucléaires menacent la vie de million d’êtres humains.

Une véritable course contre la montre commence alors pour Manzano, ex-hacker italien, croit savoir qui est responsable et cherche désespérément à en informer les autorités. Thriller européen brillamment mené, Black-out plonge le lecteur dans une réalité qui pourrait être demain la nôtre.

Les personnages :
Je crois que c’est le seul point que je vais un peu chipoter. Il m’a manqué cet attachement avec eux. Il est d’une part très difficile de se projeter dans chacun des protagonistes de part leur métier respectifs trainant dans les « hautes sphères », mais en plus, il m’a manqué un poil d’émotions humaines… À trop se concentrer sur l’action, on y perd en affection.

L’auteur a choisi de faire son principal personnage, un hacker. Idée originale, il tenait vraiment une idée à exploiter à fond, il aurait pu nous donner plus de détails sur leurs façons de « penser », la différence entre les White et les Black Hat, leurs agissements, leur passé…. J’aurai aimé qu’il se centre un peu plus sur Manzano, plutôt que sur cette multitude de personnages, même si bien sur, ils servent à la résolution du Problème.

Voilà, il m’a manqué ce rapprochement de lecteurs/personnages pour que ce livre soit un coup de cœur !

Ce que j’ai ressenti :… Une effrayante situation à vous glacer le sang !
Même s’il m’a manqué cette complicité avec les personnages, coté thriller, on est servi !  Difficile de lâcher ce livre, une fois qu’on l’a commencé ! Rythme soutenu, tension insoutenable… Tels sont les maitres mots de cette lecture.

L’angoisse d’une telle éventualité nous tenaille bien au delà du simple divertissement, l’auteur arrive à réveiller une de nos peurs les plus profondes: celle du Noir. Le Noir absolu, le Black-Out Total sur tout un continent, voire de la planète entière.

Et avec notre génération d’hyper-connexion, la Fée Électricité ne peut pas se permettre de disparaitre d’un coup de baguette magique ! Nous ne en relèverions pas de sitôt !

Suivre pas à pas, la lente mais déplorable conséquence d’un tel phénomène, nous emmène à de grandes réflexions.

Black-out, c’est un roman intelligent, précurseur, un savant mélange d’anticipation derrière la fiction.J’ai été charmée de ce point, l’auteur dit dans ses remerciements: « Si Blak-out, en plus de quelques heures captivantes, pouvait vous transmettre quelques connaissances ou n’être qu’une petite incitation à réfléchir, je m’en réjouirais ». 

Pari réussi, Monsieur Elsberg! Je pense que ce livre met en évidence certaines failles de systèmes, de grandes questions à débattre, et une effarante situation qu’on espère ne jamais voir se réaliser.

« L’argent régit le monde, comme on dit. » (…).
« La question est donc de savoir qui régit le monde quand il n’y a plus d’argent ? ».

— Peut-on croire sérieusement, intervint quelqu’un, que quelques jeunes gens, quelques geeks, soient capables de plonger la civilisation occidentale dans sa crise la plus grave, et le monde dans la situation de conflit la plus sensible depuis la seconde guerre mondiale ?

Il arrive à nous offrir une vision d’ensemble d’une puissance anéantie, avec ce découpage de lecture par ville, la lumière d’espoir met un temps infini à revenir, et pendant ce temps les ténèbres envahissent nos chers compatriotes et leurs voisins. Je vous le dis, c’est saisissant, effrayant!!!

Demain, il sera trop tard pour lire ce livre, car demain arrive plus vite qu’on ne le pense, lisez le, il est d’utilité publique et vous rendra un tout petit moins naïf sur notre futur interconnecté à outrance… Je vais donc de ce pas, aller me faire un potager et installer une cheminée… Juste au cas où…. Je vous le dis, j’ai eu trop peur !!!!!^^

Ma note Plaisir de lecture fee clochette 7/10
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Black-Out – Demain il sera trop tard : Marc Elsberg [LC – Impressions de lecture 2/2]

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Impressions du Cannibal Lecteur (page 1 à 240) : Vite, une bougie !
Quelques lenteurs au départ, le temps de présenter tout le monde et de parler des incidents survenus aux 4 coins de l’Europe, suite à l’extinction de l’électricité. Des choses techniques dont je n’étais pas au courant (mdr). Ensuite, on ne lâche plus rien ! Suspense, quand tu nous prends dans tes bras…

Impressions de Stelphique (page 1 à 240) : Restons connectées !
Gardons les yeux ouverts malgré la lumière qui nous a quittée! Suivons les étapes d’une sombre énigme. Je tiens la main de ma binôme dans ce Noir Total. Nos deux pays amis, unis dans la même galère, réunis dans l’intrigue et dans cette lecture, La France et la Belgique au centre du roman… Un peu de mal, à suivre tout le monde, mais on y va gaiement, car nous sommes deux, à courir dans l’Europe déconnectée!

Impressions du Cannibal Lecteur (page 241 à 480) : Adrénaline, tension maximale et toussa toussa !
Pierro Manzano, tel un Albator des temps modernes, ex-pirate du Net, est le seul qui peut trouver l’origine de la menace, mais tel mon beau corsaire de l’espace, il est traqué ! Oh putain, ça c’est une lecture qui me fout la trouille parce que sans mon courant, je suis limite Cro-Magnon !

Impressions de Stelphique (page 240 à fin) : ♫ Sous le soleil exactement ♫….car la peur du Noir était trop puissante !
Impossible de lâcher cette deuxième partie de roman! je m’y suis totalement immergée avant que le soir ne vienne, juste au cas ou, la lumière ne vienne à manquer… Au soleil, sur ma chaise longue, la peur n’en est pas moins effrayante ! Une LC qui ne manquait pas de courant, et de partage de connexion, avec ma binômette !

Le carnaval des hyènes : Michaël Mention

Titre : Le carnaval des hyènes                                                 big_4-5

Auteur : Michaël Mention
Édition : Ombres Noires (2015)

Résumé :
Carl Belmeyer, arrogant présentateur de JT est faux, manipulateur, un authentique sale type. Ancien reporter de terrain, il vire ses collaborateurs sur un coup de tête, se moque de son audience, et sniffe de la coke.

Soudain, un scandale secoue la chaîne : dans son émission de téléréalité Villa Story, une candidate meurt après avoir été giflée par un concurrent.

Il faut redorer le blason de la chaîne, restructurer… Belmeyer doit changer !

Il est dépêché au Libéria, déchiré par la guerre civile, pour qu’il reprenne son rôle de journaliste engagé, et faire croire que la chaîne se recentre sur l’important, l’info.

Critique : 
« Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate » pourrait être noté aussi sur le fronton de chaque médias (télé ou papier), avec juste quelques petites adaptations.

Vous qui regardez cette télé, ce journal, oubliez toute espérance d’obtenir la vérité…

D’entrée de jeu, le livre t’uppercute et te rentre dedans violemment. Michaël Mention ne prend pas des gants pour dire tout haut ce que peu de gens pensent tout bas (la majorité étant des moutons suiveurs, On pense pour eux) sur les médias qui nous manipulent, sur la société, les polémiques, les grands faits d’actualité, la politique,…

La plume est incisive, trempée dans l’encre du réalisme, dépouillée de tout artifices dont la télé nous a habituée.

Au moins, l’auteur ne vend pas du temps de cerveau disponible pour une célèbre boisson gazeuse. Non, lui, il secoue le cocotier. Réveillez-vous, pauv’cons !

Que ceux qui nourrissaient encore des espérances sur la télé – le monde et tout le reste – ouvrent le roman avec douceur, des fois que la vérité, brûlante comme de l’acide, ne leur explose à la gueule.

Pour moi, ce fut une jouissance de voir par écrit – au travers du personnage de Carl – le fond de mes pensées sur l’actualité, les médias et sur les journaux, qui, pour la plupart (tous sauf 3 ou 4), appartiennent maintenant à des gros groupes industriels (ou des familles), perdant de ce fait leur rôle de Quatrième Pouvoir, pour mon plus grand désespoir.

Les médias, aux bottes des puissants qui l’utilisent comme un bon chien fidèle, celui qui n’ose mordre la main de celui qui le nourrit. Ces hommes d’affaires, propriétaires, lui faisant remuer la queue selon leurs désidératas pour mieux satisfaire leur égo surdimensionné.

N’allez pas croire que durant 220 pages l’auteur casse du sucre sur le dos des médias, du peuple soumis, des moutons qui la regardent, des politiciens qui l’utilise… Non, ce serait réducteur parce que le roman est bien plus subtil que ça.

Non, pas la peine de ma supplier, je ne dirais rien de l’histoire, ne voulant pas vous la dépuceler, ça vous gâcherait votre plaisir. Sachez juste que vous aller voyager et boire un petit noir bien serré.

Pour moi, je me suis prise un pied intégral, dévorant l’histoire, me gavant de l’écriture de Michaël, adorant détester certains de ses personnages, travaillés, profonds et nous réservant bien des surprises.

Un grand moment de lecture et un pied magistral avec 220 pages. C’est peut-être guerre épais (mwarf), mais ça fait de l’effet ! Et du bien par où ça passe.

Comme on a dit avec l’ami Gruz/Yvan, « Les hyènes ricanent, le carnaval passe ».

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016BILAN - I-Love-Minion-Wallpaper - OK

Les brillants – Tome 1 : Marcus Sakey

Titre : Les brillants – Tome 1                                                       big_3-5

Auteur : Marcus Sakey
Édition : Gallimard (2015)

Résumé :
Dans le Wyoming, une petite fille perçoit en un clin d’œil les secrets les plus sombres de tout un chacun. À New York, un homme décrypte les fluctuations des marchés financiers. À Chicago, une femme maîtrise le don d’invisibilité en sachant d’instinct se placer là où personne ne regarde. On les appelle les « Brillants ».

Depuis les années 1980, 1 % de la population naît avec ces capacités aussi exceptionnelles qu’inexplicables.

Nick Cooper est l’un d’eux : agent fédéral, il a un don hors du commun pour traquer les terroristes.

Sa nouvelle cible est l’homme le plus dangereux d’Amérique, un Brillant qui fait couler le sang et tente de provoquer une guerre civile entre surdoués et normaux.

Mais pour l’arrêter, Cooper va devoir remettre en cause tout ce en quoi il croit, quitte à trahir les siens.

Critique : 
Quelqu’un m’a dit : « Ça ressemble à X-Men mais c’est différent ».

Bien, va pour une lecture Canada Dry ©, alors. J’aurai la couleur de l’alcool… Sans l’ivresse.

Bizarrement, au départ, j’ai trouvé que mon Canada Dry avait le goût de l’alcool au lieu de n’avoir que sa couleur ! Ça sentait fort le X-Men, les manipulations de tornades, les griffes et les têtes bizarres en moins.

Les Brillants sont des gens doués de certaines facultés, des petits génies capables de vous « lire », de prévoir vos actions ou celles de la Bourse. Ils ont leurs académies et des clans se forment parmi les Brillants : ceux qui veulent vivre avec les gens Normaux et les autres à part.

Sans compter les gens qui ont peur de leurs pouvoirs et certains qui l’ont utilisé à mauvais escient. Quant je vous disais que ça sentait l’alcool ! Heu, le X-Men !

Rien de transcendantal dans le début de ma lecture, donc.

Les personnages sont sympathiques, surtout Nick Cooper, un Brillant qui en chasse d’autres pour une agence gouvernementale, nous avons un Grand Méchant terroriste qui fait tout sauter, des petites touches d’adrénaline, une écriture simple qui glisse, tel un glaçon dans un verre rempli de liquide ambré.

J’étais partie pour une lecture agréable mais qui ne me laisserait pas un souvenir impérissable en me donnant un magistral coup de pied au cul.

Et puis tout à coup, alors que je naviguais à une vitesse de croisière, savourant un livre sans prise de tête, le récit a atteint un peu plus de profondeur lors d’une réflexion sur le terrorisme. Ça m’a saisi, moi qui pensait me faire une lecture pèpère.

Diantre, l’auteur a saisi une partie du problème et il n’hésite pas à le transcrire. Extrêmement et agréablement surprise je fus. Si ça pouvait en faire réfléchir certains, ça me ferait encore plus plaisir.

Tout compte fait, la lecture devenait plus intéressante ! Certes, un des coups que l’auteur nous fait est vieux comme le monde, je l’avais vu venir de loin, mais le reste de la réflexion était juste.

En fait, dans cette dystopie, il suffirait de remplacer quelques noms de personnages par des gens connus ainsi que le lieu exact de l’attentat pour qu’une vieille théorie vienne refaire surface… et vous hérisse les poils de frayeur.

J’ai tremblé deux fois durant le récit : à la fin et en pensant à cette théorie, qui, si elle était vraie, me flanquerait encore plus la pétoche. Là, je me suis prise un Ice Bucket glacé en imaginant que ce pourrait être véridique.

Entre nous, moi, j’aurais choisi une autre option que Nick Cooper avec la micro-puce… Oui, l’autre possibilité !

Ce roman, qui semblait banal au départ, donnant l’impression de faire du neuf avec du vieux et ayant été écrit juste pour nous divertir, possède, tout de même, de la profondeur dans ses pages.

Et puis, un peu d’alcool dans le Canada Dry ©, ça ne peut pas faire de mal…

Un bon moment de lecture et l’envie de voir si la suite de cette trilogie tiendra ses promesses.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et Le « Challenge US » chez Noctembule.

L’homme qui a vu l’homme : Marin Ledun

Titre : L’homme qui a vu l’homme                                             big_4

Auteur : Marin Ledun
Édition : Ombres Noires (2014)

Résumé :
Pays basque nord, janvier 2009. La tempête Klaus vient de s’abattre sur la façade atlantique. Les rumeurs autour de la disparition d’un militant basque, Jokin Sasko, enflent.

Iban Urtiz, reporter, comprend que cette affaire n’est pas un cas isolé. La jeune Eztia, soeur du disparu, lui ouvre les portes d’un monde de mensonges et de trahisons où enlèvements, tortures et séquestrations sont devenus les armes de l’ombre.

Tandis que deux tueurs tentent d’étouffer la vérité, la vie d’Iban bascule dans une guerre sans pitié qui ne dit pas son nom.

Critique : 
Si je dis « Euskadi Ta Askatasuna », vous risquez de me répondre « À tes souhaits » ou de me dire que ma pharyngite de cet hiver 2014 est carabinée.

Et si je vous disais que cela veut tout simplement dire « ETA », vous… Hé, revenez, personne ne va faire sauter Babelio !

Utilisant un fait divers véridique, l’auteur nous a pondu une histoire qui tient la route et qui risque de vous coller aux basques durant un certain temps, tant le récit est fort, profond et si contemporain.

Les dix premières pages sont assez dures puisqu’elles nous racontent ce qu’il s’est passé le soir de la disparition de Jokin Sasko. Passages à tabac, violences, tortures, tout est bon jusqu’à ce que… ça dérape et aille trop loin.

Un enlèvement qui tourne mal – mais comment le fait même d’enlever et de torturer un mec pourrait-il bien tourner ?

Sa sœur Eztia s’inquiète, la police s’en mouche le Mohican et ce sont deux journalistes, Marko Elizabe et Iban Urtiz – que tout oppose – qui vont déterrer l’os en enquêtant sur cette disparition qui n’est pas la première, à ce qu’on dit.

Deux journalistes qui cherchent à résoudre une disparition, ça risque d’emmerder beaucoup de gens et les bâtons dans les roues seront nombreux… vu que nous sommes au Pays Basque, ça pourrait même être une bombinette dans la bagnole.

Mais attention, les plus terroristes ne sont pas toujours ceux que l’on pense…

Les personnages sont réalistes, ni des héros, ni des pleutres, juste des gens qui veulent connaître la vérité. Quant au récit, qui prendra sont temps pour atteindre sa vitesse de croisière, il tient la route. On a l’impression de lire un documentaire sur une partie des événements qui se sont passés dans la région, à l’époque de l’ETA, avec tout ce qui va avec : magouilles, fausses infos et compagnie.

Fausses informations, préjugés, théorie du complot. Répétition, déformation, propagation. Eztia peut presque lire dans la tête des deux flics présents dans la pièce : la thèse qui fleurit sur les murs de Bayonne, celle de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu Jokin se faire enlever, n’est qu’une fable invérifiable.Ils proposent de lui substituer une autre fable : les indépendantistes se sont foutus dedans tout seuls comme des grands. Le communiqué d’ETA leur a donné des idées. Il a élargi leur champ de vision. Quelqu’un pourrait semer le doute dans l’esprit des Basques. Provoquer une rumeur qui enterrerait une bonne fois pour toutes cette affaire foireuse qui lève le voile sur les pratiques abjectes de certains de leurs services.

C’est romancé, mais c’est un récit que l’on sent empreint d’un réalisme qui m’a fait frémir.

Ce qui fait froid dans le dos, c’est le fait que pour lutter contre des terroristes, on applique les mêmes règles qu’eux, autrement dit, « pas de règles », hormis la terreur ou alors des méthodes dignes de barbouzes.

Là où on tremble un peu plus, c’est quand on sait que c’est organisé par l’État… Le côté sombre, celui qui n’est pas beau à voir et à cent lieue de ce qu’un État à le droit de faire.

Si vous trouvez que le début est un peu lent à se mettre en place, ne vous en faites pas, votre plongée dans des eaux troubles et noires ne tardera pas et à ce moment là, vous regretterez de ne pas avoir chaussé votre masque.

Et si vous entendez des voix lors de votre lecture, ce sont celles de tous les disparus qui hurlent pour être entendus afin que justice soit faite.

Puisque Iban Urtiz aime Guns’n Roses et que leurs chansons ponctuent l’histoire, je terminerai par deux chansons du groupe : ♫ Don’t you cry tonight ♪ There’s a heaven above you baby (Don’t Cry – Use Your Illusion I) et ♫ It’s a perfect crime ♪ Goddamn it it’s a perfect crime ♪ Motherfucker it’s a perfect crime ♫ (Perfect Crime – Use Your Illusion I).

Oui, leurs crimes étaient parfaits puisque la majorité des gens s’en foutent et ne s’intéressent qu’à leurs petits quotidiens et chacun sa merde, hein.

Un roman prenant… une voix dans ce silence trop pesant qu’est cette guerre sans nom.

Le jour de mon inhumation, alors que les vers et l’oubli achevaient de se partager mon cadavre, aucune des personnes présentes n’imaginait un instant que j’étais mort pour rien. Voilà pourtant la seule vérité qui vaille d’être inscrite sur ma tombe.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1)BIBLIO - Pedigree PAL

Anthracite : Valerio Evangelisti

Titre : Anthracite                                                  big_3-5

Auteur : Valerio Evangelisti
Édition : Payot et Rivages (2008)

Résumé :
1875. Dix ans ont passé depuis la fin de la guerre de Sécession. Les jeunes États-Unis sont désormais un territoire à conquérir pour les puissants conglomérats de l’industrie du rail, du charbon et de l’acier.

Entré au service des Molly Maguires, une organisation secrète qui opère au sein des mineurs irlandais de Pennsylvanie, le mercenaire Pantera se retrouve au cœur d’un puzzle complexe.

Ici, les conflits sociaux ne sont que façade, masquant des forces souterraines qui se livrent une lutte sans pitié dont l’enjeu est la domination de l’Amérique pour les siècles à venir.

Petit plus : Roman inclassable aux multiples clés, western à l’italienne digne de Sergio Leone, lecture sociale et politique des origines de l’Amérique moderne, Anthracite est tout cela et plus encore.

Critique : 
1875… Dix ans que la guerre de Sécession a cessé, c’est sûr. Mais les États-Unis sont un territoire à conquérir et tout est encore à faire au niveau du réseau ferroviaire. Pour le moment, c’est le bordel et tout le monde tente de tirer la couverture à lui, surtout les conglomérats du charbon, de l’acier et du chemin de fer.

Sans compter les Irlandais qui font tout péter, assassinent des gens, et ont réalisé une grève de 5 mois. C’est dans ce sac de nœud que va tomber Pantera, mercenaire Mexicain et prêtre vaudou, engagé par Molly, ancienne prostituée Irlandaise.

Sa mission ? (qu’il a accepté) : trouver et exécuter un espion que l’agence Pinkerton a infiltré chez les Irlandais de l’Ancient Order of Hibernians.

Pourquoi ? Parce que c’est sur base du seul témoignage de cet espion que 19 grévistes Irlandais, membres des Hibernians, viennent d’être condamnées à mort.

Motif ? Accusés d’avoir perpétré des actes de violence lors de la grève. Les patrons des mines de charbon en Pennsylvanie ne rigolent pas et la méthode qu’ils utilisent pour saper les associations ouvrières, c’est de les faire infiltrer par des agents de la Pinkerton… Agents qui pourchassent les Molly Maguire, tout en cassant du syndicaliste et du gréviste au passage.

Bref, dans ce roman, ça ne rigole pas ! Mais ça bouge.

Pantera est un personnage assez violent, il ne rigole pas souvent et tue sans états d’âmes. Niveau compétences « infiltration », c’est James Bond avec un six-coups. C’est l’espion qui va au charbon, au sens propre comme au figuré. Il est impitoyable et je l’ai apprécié énormément !

« Il ne pouvait même pas attribuer son trouble à la peur. Lors de ses récents voyages, il avait fait une découverte cruciale : tout le monde paraissait avoir besoin de lui. Comme tueur à gages, en premier lieu, mais également comme intermédiaire avec les forces occultes. Alors peu lui importait d’être courtisé par les compagnies de chemin de fer, les terroristes irlandais, les agences briseuses de grèves et les révolutionnaires aux motifs obscurs. Finalement, cela ne faisait qu’accroître la valeur marchande de son pistolet. Pourquoi s’en inquiéter ? »

Si je me suis laissée dire que dans les deux tomes précédents, Pantera, le palero (sorcier vaudou) jouait à l’exorciste, ici, les sorts et autres gris-gris sont remisés au placard, même s’il nous parle un peu de son Nganga.

Ici, pas de duel dans la rue, mais une toute autre lutte, qui est sociale et politique. Une lutte des classes : patronat contre ouvriers, Irlandais contre autres nations – surtout contre les Anglais et les Gallois – entre mineurs et manoeuvres, entre freineurs des trains et conducteurs,….

La guerre de Sécession est terminée, une autre guerre est toujours en cours : elle est sournoise, violente et sans merci. Ici, on n’applique pas l’adage « L’union fait la force » : tout les hommes se déchirent entre eux, faisant le bonheur de ceux qui les exploitent. « Diviser pour régner », c’est bien connu.

Le livre m’a surpris, parce que au départ, je ne pensais avoir affaire qu’à l’infiltration de Pantera chez les Pinkerton afin de découvrir le traître chez les Irlandais. Un roman d’espionnage, en somme… Un James Bond sans gadgets, version western, un Colt Frontier enfoncé dans la ceinture.

Sur le cul ! Si l’auteur se sert bien de ce prétexte au départ, ensuite, le tout dépasse tout ce qu’on aurait pu penser : le puzzle est complexe, on patauge dans la corruption, les manipulations, les conflits sociaux et on se rend compte que les marionnettistes sont souvent haut placés…

Le quatrième de couverture ne mentait pas, nous sommes bien en présence d’un roman noir inclassable, mélangeant le western spaghetti – musique de Morricone – avec du social, de la politique et de l’Histoire des États-Unis.

Le roman, sur ses 451 pages, nous entrainera dans l’histoire des débuts de l’industrialisation des États-Unis, on assistera aux premiers pas, balbutiants et chancelants, du syndicalisme et du socialisme, on découvrira la lutte inégale entre le tout puissant chemin de fer et les « petits » propriétaires terriens.

Quant aux légendes de l’Ouest (les frères James ou Billy The Kid), elles sont manipulées, elles aussi, par plus fort qu’elles.

Les relations entre les immigrants sont tendues : la rivalité règne en maître car ils ont emporté avec eux, dans leurs maigres bagages, les haines européennes (on retrouve les Irlandais à la botte des Anglais).

Pour le reste, on passera en revue les conditions de vie atroces des ouvriers américains en cette fin de XIXème siècle, enfants compris, le tout gangréné par le racisme et la xénophobie (face à leur racisme, on est des petits joueurs, dans les années 2000 !).

Le roman aborde aussi l’histoire d’un certain nombre de société secrètes… Le tout sur un ton assez cynique, avec une écriture trempée dans le vitriol, sans concession.

« Les vigilantes déclaraient se battre pour rétablir l’ordre et la loi. Ils maquillaient donc leurs comportements derrière une hypocrisie intolérable. En cela, pensa Pantera, les Américains qui détenaient le pouvoir étaient des maîtres.
Ils étaient diaboliquement doués pour affubler leurs abus de pouvoir de nobles motivations, même lorsque leur véritable but ne recelait qu’une infime parcelle de morale. Les Mexicains en savaient quelque chose, tout comme les Peaux-Rouges ou les pauvres légalistes anglais condamnés, longtemps auparavant, à une terrible agonie après avoir été recouverts de goudron et de plumes afin que leur pores ne puissent plus respirer ».

Bref, on a pour son argent dans ce roman noir qui explore beaucoup de choses très noires de l’âme humaine.

Un bémol tout de même : la profusion de personnages.

Il vaut mieux être bien concentré lors de sa lecture et avoir le temps de lire des pans entier, comme je l’ai fait, sinon, vous risquez de ne plus vous y retrouver. Parce que entre les O’Donnel, les O’Connel, les O’Molavplublan, les McEusdresse, les McCarron, les McDo et autre McEugène, j’y ai perdu mon latin ! Ah, ces Irlandais… Ils sont tous haut en couleurs !

Un roman aussi noir que l’anthracite que l’on a extrait, à la sueur du front et à coup de morts, des mines sordides de Pennsylvanie… Une pépite noire qui ne vous salira pas les mains mais qui ne se prive pas de brosser un portrait fort noir et au vitriol de l’Histoire sanglante des États-Unis…

Allez, Enio, balance la musique…

POLAR - MolliesHistMarker

Livre participant au Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez Arieste, au Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), au « Challenge US » chez Noctembule et au Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park.

 

Le festin du serpent : Ghislain Gilberti

Festin du serpent - Gilberti

Titre : Le festin du serpent                   big_4-5

Auteur : Ghislain Gilberti
Édition : Anne Carrière (2013)

Résumé :
Cécile Sanchez, commissaire de police spécialisée en criminologie, traque les criminels les plus dangereux et les plus déviants qui sévissent dans l’Hexagone.

À la tête d’une section d’élite de l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), elle est confrontée à un tueur particulièrement brutal, qui éviscère ses victimes avant d’emporter leurs organes.

Ange-Marie Barthélemy, figure légendaire de l’antiterrorisme, traque avec son équipe un groupuscule islamiste radical, ultra-violent, qui parcourt les grandes villes d’Europe : les membres d’An-Naziate – les  » Anges qui arrachent les âmes » – ne laissent dans leur sillage que mort, ruines et chaos.

Depuis quelques mois, ils sont de retour sur le territoire français : un massacre en plein Paris met le feu aux poudres, et une chasse impitoyable est lancée.

Ces deux affaires délicates, apparemment sans rapport, vont pourtant se croiser et plonger les enquêteurs dans la plus grande confusion. Il va falloir percer ces ténèbres pour découvrir la sinistre vérité.

Cécile et Ange-Marie vont apprendre à leurs dépens que le mal ne connaît pas de limites et qu’il n’a pas toujours le visage qu’on attend.

12_-_The_Mystical_King_Cobra_and_Coffee_ForestsCritique : 
Tel un serpent tentateur, Yvan (du Blog EmOtionS) m’avait agité sous le nez ce thriller, le faisant onduler devant mon regard hypnotisé et, comme Eve, j’ai succombé aux charmes du roman, vanté par lui dans sa chronique.

Gilberti, l’auteur, s’est transformé, quant à lui, en python, m’enserrant l’esprit dans les anneaux puissants de son thriller, les resserrant de plus en plus autour de moi, jusqu’à me faire lâcher prise et quitter le monde réel.

Plongée dans le métro à la page 480, je fus tirée de ma lecture par mon homme qui me donnait un coup de coude. Quoi ? C’était pour me signaler que le métro arrivait à notre station de destinations. Sans lui, et bien j’aurais fini au terminus !

Ce qui m’a plu, dans ce roman, c’est qu’il soit constitué de deux récits qui, comme des crochets venimeux du Cobra, se sont plantés dans ma gorge, distillant un venin addictif.

D’un côté, Cécile Sanchez, commissaire de police spécialisée en criminologie qui traque les criminels les plus dangereux et les plus déviants qui sévissent dans l’Hexagone. La voici confrontée à un tueur particulièrement brutal qui éviscère ses victimes avant d’emporter leurs organes.

De l’autre côté, en alternance « un chapitre sur deux », nous avons Ange-Marie Barthélemy, commissaire à l’antiterrorisme qui, lui, traque un groupuscule islamiste radical, ultra-violent, qui parcourt les grandes villes d’Europe : An-Naziate, dont les membres ne laissent dans leur sillage que mort, ruines et chaos.

Cette alternance de chapitres est diabolique et délicieusement frustrante : je râlais de quitter la commissaire Sanchez et son enquête mais je me réjouissais d’en apprendre un peu plus sur celle de Barthélemy, râlant lorsque je devais le quitter, et ainsi de suite.

Frustrant, mais j’adore les romans écrits de cette sorte parce que je trépigne d’impatience et que le suspense est maintenu durant toute la lecture.

Point de vue personnages, Cécile Sanchez (surnommée Torquemada) n’a rien à voir avec la commissaire Julie Lescaut. Non, Sanchez, c’est du costaud et ayant étudié la synergologie, elle tiendrait plus d’un Patrick Jane de par son talent de « Mentalist »; le côté « borderline », fantasque et irrespectueux des règles en moins, ce qui est dommage parce que je l’ai trouvée un peu trop « too much » et que j’ai eu du mal à m’attacher à elle au départ.

« Synergologie, analyse gestuelle et posturale, langage non-verbal, micro expressions du visage, tics nerveux, contradiction du langage corporel et du langage verbal, actes manqués, mimiques significatives… Elle est capable de décrypter la structure psychiques des individus les plus retors et les menteurs les plus aguerris, simplement en observant leur corps ».

« Personne ne peut réprimer ces signaux du corps, avait-elle un jour expliqué à Romane. Quatre-vingt-quinze pour cent d’entre eux sont envoyés par la par la partie primitive du cerveau, par l’inconscient, par l’instinct animal de l’humain civilisé.
Ce langage est universel, puisque primitif. Honte, dégoût, mensonge, agressivité, colère, surprise… tout s’affiche sur les visages. Tous ces éléments sont décryptables et, contrairement à l’humain, eux ne mentent jamais ».

Par contre, le commissaire Barthélemy, Ange-Marie de son prénom (l’auteur a-t-il pensé à la douleur de porter un tel prénom dans la vie courante et surtout à l’école ?), lui, j’ai aimé son côté froid et bourru, plus en adéquation avec le personnage. Surnom : l’Archange.

On se doute qu’à un moment donné, leurs enquêtes respectives vont se télescoper, mais « quand » ? Et surtout quel sera le dénominateur commun entre les éviscérations et le terrorisme ?

Lorsqu’elles ont fusionnées, j’ai compris qui était l’Éventreur, mais j’étais loin d’avoir compris le « pourquoi » de ces meurtres… Pire, lorsque Cécile Sanchez comprend et l’explique à ses hommes, elle tiendra le pôvre lecteur dans l’ignorance, ajoutant par-là encore plus du suspense.

Suspense qui devient plus fort dans les cent dernières pages, faisant monter l’adrénaline, l’angoisse et la fébrilité du lecteur, agrippé à son livre comme un vampire assoiffé.

A-t-on idée de torturer son lectorat de la sorte ? De lui faire sortir ses tripes de cette manière, de faire un suspense qui serait insoutenable pour le cœur d’un cardiaque ?

Ce que j’ai aussi apprécié aussi chez cet auteur, en plus de son écriture correcte et agréable, du suspense qu’il sait distiller correctement, de son réalisme dans l’action, de sa manière de construire son récit et d’expliquer les choses, de cette impression qu’il m’a donné de maîtriser tous les sujets abordés dans le roman ?

Et bien, c’est le fait qu’il n’ait pas sombré dans certain travers : considérer que tous les musulmans sont tous des extrémistes et des Islamistes enragés.

Il ne peut s’empêcher de penser que cette perversion de l’islam est aussi triste que dangereuse.C’est à cause d’individus comme Al-Kadir, Sharit, Meshud, et d’autres encore, que de trop nombreux Français ont une vision erronée de cette religion d’amour et de paix, et qu’ils confondent musulmans et islamistes.
Dans le Coran, Allah demande à ses croyants d’apporter sécurité et paix sur terre. Tout le contraire de ce que prônent les fanatiques d’An-Naziate, au même titre qu’Al-Qaida ou les Nigérians de Boko Haram.
Manipulations, traductions et interprétations corrompues des textes, usage dogmatique et politique de la croyance, endoctrinement intensif, propagande acharnée…
Alors que partout dans le monde, des hommes et des femmes vivent paisiblement leur foi, une poignée d’illuminés jettent la disgrâce sur leurs semblables en voulant utiliser les minarets comme miradors.

Un passage dans le livre illustre bien le fait qu’il ne faille pas mettre tous les musulmans dans le même sac, que le Coran est une religion d’amour et que bien que le Livre possède quelques passages violents, il fait dire par Barthélemy que la Bible n’en est elle-même pas exempte.

– Pourquoi ? grogne Ange-Marie. Tu trouves que la Bible est plus tolérante ?
– Évidemment !
– Vraiment ? « Si un homme commet l’adultère avec une femme mariée, cite le commissaire, s’il commet l’adultère avec la femme de son prochain, l’homme et la femme adultères seront punis de mort ». C’est pas dans le Coran ça, c’est dans la Bible. Lévitique, chapitre 20, verset 10.
Le bec cloué, le second du groupe se dirige vers la table en bougonnant.

Bref, Gilberti est un cobra et il m’a fasciné par son histoire : j’apprécierais fortement revoir les deux commissaires pour une autre enquête… et qu’il ne leur arrive rien de fâcheux, sinon, je hurle !

Transformée en Anaconda vorace, je viens d’avaler tout cru ce pavé de 552 pages et de le digérer, assimilant toutes les données. Le menu était copieux mais pas indigeste.

Un vrai festin, je vous jure ! Je m’en suis léchée les babines et les canines… Pardon, les crochets !

EDIT : Par contre, après cette lecture prenante, je pense que je vais lire la collection des « Tchoupi »… Oui-Oui serait trop dur pour moi…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014).

CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (2)