Le magicien de Whitechapel – Tome 2 – Vivre pour l’éternité : André Benn

Titre : Le magicien de Whitechapel – Tome 2 – Vivre pour l’éternité

Scénariste : André Benn
Dessinateur : André Benn

Édition : Dargaud (2015)

Résumé :
Dans ce tome 2, l’illusionniste Jerrold Piccobello a les meilleurs tours dans son sac : l’immortalité et la compagnie du Diable !

Voyages en Europe par les chemins des cimetières, répétitions dans la chambre 69 des Enfers et, clou du spectacle, représentation à l’occasion du Jubilé de la Reine Victoria !

Mais chaque pièce a son revers, même si elle est truquée, et le maître des illusions sera toujours le Diable…

Critique :
Lorsque j’avais lu le premier tome, en juin 2019, ma curiosité avait été titillée et même si je n’avais pas d’affinités pour les dessins, je voulais lire la suite afin de savoir. J’ai mis un an à le faire.

Là, pour ma chronique, je suis bien embêtée car j’ai trouvé le scénario plat, qui partait dans tous les sens et l’immortalité de Jerod rend le récit sans suspense.

Effectivement, lorsqu’après un pacte avec le diable vous devenez immortel, faut se creuser la tête pour éviter de tourner en rond dans le récit.

Pourtant, lorsque j’ai lu les premières planches, même si je ne suis toujours pas fan des dessins, la suite me plaisait.

Jerod Piccobello testait son immortalité, découvrait, en compagnie du Diable, les raccourcis via les galeries souterraines de cimetières et jouait cinq lignes à une demi-mondaine. Et puis, c’est parti en… En ce que vous voulez !

L’épisode de Jerod et de sa poule, en Enfer, en compagnie de toutes les maîtresses du Diable est d’un goût limite et n’apporte rien à l’histoire. Entre nous, je me fiche de connaître les pratiques sexuelles du Diable, la taille de sa queue et sa dureté.

Quand au spectacle final pour le jubilé de Victoria, j’ai trouvé ça glauque.

Le tome 3 ne mettra pas un an à être lu, il ne le sera jamais, c’est encore plus simple. Rien ne justifie que j’aille au-delà de ce tome.

La série « Lincoln » parlait elle aussi d’immortalité, mais elle était drôle et n’a jamais tourné en rond comme ici.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°293.

 

 

 

L’importance d’être constant : Oscar Wilde

Titre : L’importance d’être constant

Auteur : Oscar Wilde
Édition : Grasset – Les Cahiers Rouges (2013) édition bilingue
Édition Originale : The Importance of Being Earnest (1895)
Traduction : Charles Dantzig (+ préface)

Résumé :
Dernière pièce d’Oscar Wilde, L’Importance d’être constant brille des feux d’un langage habité par la grâce : s’y manifestent la puissance et la modernité de la réflexion de l’auteur sur la fiction, mais aussi son inventivité subversive et satirique, son esprit généreux et étincelant d’élégance et de drôlerie.

Jack Worthing et Algernon Moncrieff, deux jeunes dandies du Londres de la fin du XIXe siècle, se sont inventé un parent et un ami fictif, bien commode pour échapper aux obligations sociales.

Pour Jack, c’est Constant, frère débauché qui lui permet de fuir la campagne ; pour Algernon, c’est Bunbury, ami toujours souffrant, qui lui permet de fuir Londres. Jusqu’à quand tiendra la supercherie ?

Un feu d’artifice d’humour, de finesse et de mots d’esprit. Satire de la société victorienne tout autant que féerie comique, L’Importance d’être Constant est le chef-d’œuvre d’Oscar Wilde.

Cette nouvelle traduction est celle de la pièce telle qu’elle a été représentée du vivant de Wilde. Elle est précédée d’un long essai de Charles Dantzig, « La premièrte Gay Pride ».

Critique :
Je n’ai jamais aimer lire des pièces de théâtre, les noms des protagonistes inscrits à côté ou au-dessus des dialogues m’ont toujours dérangés, importunée dans ma lecture. Ici, ce ne fut pas le cas !

Wilde disait de cette pièce qu’elle était une comédie frivole pour gens sérieux et si la lecture ne procure pas de grands éclats de rire, elle se laisse lire avec un sourire béat affiché sur les lèvres.

C’est léger, sans être dénué de profondeur ou sans cervelle, les dialogues sont fins, brillants, amausants, décalés et Algernon Moncrieff m’a semblé répondre comme Wilde l’aurait fait : avec de l’humour et de l’esprit, mais aussi en se moquant de tout.

Comédie à l’italienne, basée sur des quiproquos délicieux que l’on voit venir de loin et qui, au lieu de nous faire soupirer, nous donnent envie d’avancer pour voir comment ces messieurs vont s’en tirer de leur pitoyables mensonges et petites entourloupes.

Hé oui, Jack, sans famille, pour pouvoir quitter la campagne, s’est inventé un frère imaginaire, un débauché, nommé Constant (Ernest) dans la V.O, qu’il doit aller voir à la capitale.

De son côté, Algernon, un autre dandy, c’est inventé un ami, Bunbury, mourant, et qu’il doit aller visiter à la campagne.

Pratique lorsqu’on veut se dégager ou échapper à des obligations familiales ou autres. D’ailleurs, j’aurais dû m’en inventer un afin d’éviter certains dîners familiaux assommants, barbants et chiants, car il n’est pas toujours évident de tomber malade à chacun d’eux…

Les quiproquos étant l’essence même des pièces de théâtres (avec les portes qui claquent), Wilde s’est amusé à nous en mettre un beau en scène et on se délecte car c’est un plaisir de fin gourmet.

Pour que vous alliez vous coucher moins bête (et moi aussi), en allant sur Google translate, j’ai appris que « Earnest » signifiait « sérieux, sincère » et effectivement, ça sonne un peu comme le prénom « Ernest ». Pour la francophonie, il a fallu traduire ce jeu de mot et ce n’est pas toujours évident. Constant était un bon compromis.

Alors oui, il y a des choses qui sont plus grosses qu’un camion, aussi téléphonée que la défense d’un politicien pris la main dans le sac, mais nous sommes au théâtre, et dans cet endroit, tout est permis, même les grosses ficelles, même les fins merveilleuses ou tout se remet en ordre.

Ne hurlons pas au « pas crédible », le but est de faire rire, de faire sourire, de se moquer des gens biens, de se rire des dandys, pas de faire une étude sérieuse et réaliste de la société d’en haut.

À l’époque, elle a sans doute fait grincer des dents, mais à la nôtre, elle ne fera pas le buzz, les scandales n’étant plus les mêmes et l’homosexualité n’étant plus un crime (pourtant, il n’y a pas mort d’homme si tous les deux sont d’accord et majeurs).

Une pièce qui se lit avec plaisir, de manière agréable, les doigts de pieds en éventail, le sourire aux lèvres et qui, comble du bonheur, est en version bilingue (anglais à gauche, français à droite) et qui m’a permis de vérifier mon anglais. Il est toujours au top !

Ce qui sous-entend qu’il est du niveau d’un Chirac ou Sarko parlant anglais ou de celui de Ludovic Cruchot dans le gendarme à New-York !

Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

Le polar : Jacques Baudou & Jean-Jacques Schleret

Titre : Le polar

Auteurs : Jacques Baudou & Jean-Jacques Schleret
Édition : Larousse Guide – Totem (10/01/2000)

Résumé :
Depuis vingt ans la littérature policière a gagné en respectabilité. Elle passionne un public toujours plus nombreux, mais parfois incapable de faire son choix parmi plus des sept cents titres inédits publiés chaque année.

L’ambition de ce guide Totem se veut donc « d’être un outil d’initiation suffisamment clair et ouvert pour permettre au lecteur novice de partir rapidement en exploration ».

Sous une forme qui apparaît très proche du Reader’s Digest, cette découverte débute par une partie historique qui résume l’évolution du roman policier en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis, puis dans des domaines comme le cinéma, la télévision, la radio – le théâtre et la bande dessinée étant traités rapidement.

Suit un dictionnaire, copieusement illustré, dans lequel figurent plus de 250 fiches alphabétiques d’auteurs.

Depuis « Les Maîtres du roman policier » de Robert Deleuse, il n’existait pas de guide du polar. Cette lacune est comblée, mais on regrettera que les éditions Rivages, dont on connaît le rôle décisif dans le polar, soient superbement ignorées.

On s’étonnera de l’exclusion de Manchette et d’Ellroy de la liste des cent meilleurs titres.

Certes, on trouve une dizaine d’auteurs allemands – inédits en France –, mais on regrettera l’absence de stylistes français comme Dessaint, Oppel, Pagan, Vargas ou de romanciers étrangers réputés déjà traduits comme Chesbro, Gonzales Ledesma, Lehane, Mankell, Taibo, Willeford, entre autres. –Claude Mesplède

Critique :
Après avoir lu Le Polar Pour Les Nuls, j’ai poursuivi avec cette autre anthologie consacrée au polars en tous genres et le constat est divisé.

Certes, il est copieux, ce recueil, je dirais même plus, trop copieux !

De plus, là où l’anthologie Pour Les Nuls se lisait facilement (un peu tous les jours) et était claire dans sa présentation, ici, c’est plus sombre, il y a bien plus à lire…

Trop à lire ! Alors, je me suis concentrée sur les auteurs que je connaissais ou sur ceux dont je voulais apprendre un peu plus sur leur biographies et j’ai pris bien moins de notes que lorsque je lisais le Polar Pour Les Nuls.

Pourvu de nombreuses illustrations, cette anthologie est plus à prendre comme un dictionnaire des auteurs de polars en tous genres, le livre que l’on sort si l’on a envie de connaîtrez les œuvres majeures et conseillées de tels ou tels auteurs.

La première partie (jusque p123) est consacrée à la fiction policière dans les romans, à la radio, au cinéma, à la télé et en bédé. De quoi, assurément, aller se coucher moins bête et plus lourd de culture policière dans tous ses états.

La seconde partie étant consacrée au dictionnaire en lui-même où l’on nous brosse les portraits des grands auteurs de polars.

Vachement copieux, même si j’ai remarqué des noms absents dans les auteurs de polar, cette anthologie est à réserver pour les inconditionnels du genre, pour ceux qui veulent la garder à portée de main afin de parfaire leurs connaissances en matière de polars de tous poils.

Évitez de la lire d’un coup, ce serait indigeste et lourd sur l’estomac, il y a trop à lire, mais elle sera parfaite sur votre bureau, à portée de main, un fluo non loin pour tenter de dégager la quintessence de tout ça et ne garder que l’essentiel : des titres de livres à ajouter à votre wish-list et ensuite à votre PAL, histoire de ne pas mourir en passant à côté des 100 meilleurs polars (mais ce n’est qu’une histoire de goût, manière de nous donner des idées, on peut ne pas être d’accord avec cette liste où certains auteurs sont absents).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°87.

Détectives – Tome 2 – Richard Monroe, Who killed the fantastic mister Leeds ? : Herik Hanna & Nicolas Sure

Titre : Détectives – Tome 2 – Richard Monroe, Who killed the fantastic mister Leeds ?

Scénariste : Herik Hanna
Dessinateur : Nicolas Sure

Édition : Delcourt (2014)

Résumé :
L.A. 1935. Tout le gratin hollywoodien est réuni pour la première de « Who Killed The Fantastic Mister Leeds ? » associant les étoiles montantes Ava Lamont et James Crowley.

Mais quand James s’écroule sous l’effet d’une balle à blanc plus mortelle que prévu, Ava est immédiatement arrêtée.

Rien ne pourra la soustraire à la justice… si ce n’est un célèbre détective privé prêt à vivre la pire nuit de sa vie.

Critique :
« Ceci n’est pas une pipe ». Voilà comment on pourrait résumer en quelques mots cet album car, tout comme la célèbre toile de Magritte qui représente une pipe, ce n’est pas une pipe.

Juste l’image d’une pipe… Autrement dit, méfions-nous de ce qui pourrait être trop flagrant.

Aimez-vous vous faire mystifier, gruger, vous faire avoir jusqu’au trognon dans une lecture ? Moi, oui. Mais faut que cela soit fin, très fin.

La mère Agatha savait le faire mieux que personne, comme elle le fit dans « Le meurtre de Roger Ackroyd », jouant avec les phrases à double sens que l’on ne comprenait qu’une fois le roman terminé (ou à sa relecture).

Attention, faut pas qu’on ne me sorte pas un lapin d’un chapeau. Trop facile. Ce ne fut pas le cas dans cette enquête où je me suis faite avoir dans les grandes longueurs, revenant même en arrière pour tâcher de comprendre où l’auteur m’avait prise par surprise.

Pas de lapin sorti d’un chapeau, tout était sous mes yeux mais je n’ai pas vu. Enfin, si, j’ai vu mais je n’ai pas observé, me chuchote Sherlock Holmes dans mon oreille.

Heureusement que le scénario était à la hauteur, parce qu’il n’est pas évident d’apprécier une bédé lorsque les dessins ne vous reviennent pas, que vous les trouvez trop rigides, les épaules des personnages trop carrées, le trait trop simpliste (les oreilles ne sont même pas détaillées).

Certes, si je devais dessiner, ça ne ressemblerait à rien, je vous l’avoue, mais ce n’est pas mon job.

Le découpage de l’histoire est bien pensé, en commençant pas la scène de la défenestration (du 47ème étage du building) et en suivant ensuite par l’interrogatoire de Richard Monroe, cette ellipse permet de faire monter le suspense et les questionnements de suite.

Nous racontant l’histoire en commençant par le début, Monroe qui s’empêtre souvent dans son récit, nous permet de la vivre après coup, après les meurtres, et durant toute son histoire, je me suis posée des questions à savoir « Qui a vraiment fait ça et pourquoi ? La belle actrice a-t-elle bien tué son partenaire ? ».

Ajoutant dans les dessins de l’histoire la tête bandée de Monroe et la tête de l’agent du FBI, les auteurs ont pu insérer des petites questions et des réponses, des petits piques d’humour et de la suspicion, sans devoir revenir au moment présent par une autre case.

Moins charismatique que Miss Crumble du premier tome, Richard Monroe a une gueule taillée à la serpe, un caractère de cochon, têtu comme une mule, mais au moins il est compétent et il observe au lieu de voir. Sorte de détective à la hard-boiled, il a tout d’un Dick Tracy ou d’un Mickey Spilane.

Commencé en huis clos dans une salle d’interrogation de la police, l’histoire repassera en huis-clos dans l’hôtel où avait lieu la pièce de théâtre et les meurtres avant de se finir en course-poursuite qui fera le bonheur des vitriers tant on cassera des vitrines.

Un bon album, dans la continuité des autres (que j’avais lu pour le Mois Anglais de Juin 2019) mais mes préférés restent Miss Crumble, Frédérick Abstraight, Nathan Else et Ernest Patisson).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°28 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Le magicien de Whitechapel – Tome 1 – Jerrold Piccobello : André Benn

Titre : Le magicien de Whitechapel – Tome 1 – Jerrold Piccobello

Scénariste : André Benn
Dessinateur : André Benn

Édition : Dargaud (27/02/2015)

Résumé :
Londres, 1887. Jerrold Piccobello, magicien parmi les plus prestigieux du royaume britannique, se fait une nouvelle fois remballer d’une audition comme un malpropre.

Désespéré, l’homme revient sur les lieux de son enfance, là où tout a commencé et où il fera une rencontre pour le moins inattendue…

Critique :
La magie, ce n’est pas que l’affaire d’Harry Potter et consorts (ou qu’on ne sort pas).

Ici, même les Moldus peuvent être magicien. De très grands magiciens.

Hélas, d’aussi qu’on soit monté, on n’est jamais assis que sur son cul, mais la chute n’en est pas pour autant aussi douloureuse que si on avait chu de l’Empire State Bulding.

Pourtant, Jerrold Piccobello a commencé dans la bas du panier, avec une père décédée et un père qui jouait au Grec, c’est-à-dire qu’il trichait avec les dés (entre autre).

C’est après avoir été refusé pour son numéro et s’être senti devenu has been que Jerrold revient sur les terres qui l’ont vu grandir. Se remémorant sa jeunesse et tous les mauvais coups du sort, il repense aussi avec nostalgie à son mentor, Virgil Webb, Ze best magicien. Celui qui lui a tout appris.

Les dessins ne m’ont pas trop emballés, de plus, à certains moments, on a du mal à différencier Jerrold de Virgil, si on n’est pas trop attentifs.

Dommage que je n’ai pas accroché aux dessins parce que le scénario, de son côté, appelle à la curiosité, à l’envie de découvrir la jeunesse de Jerrold, les coups durs, son insouciance de jeunesse…

Son apprentissage auprès du Gérad Majax de l’époque, du Harry Houdini qui ne s’évade pas, du David Copperfield qui séduit toute les dames après leur avoir montré sa baguette magique, était bien mis en scène et je n’ai pas vu le temps passer durant ma lecture.

Malgré tout, il me manquait un truc pour me faire revenir pour le deuxième acte, pour aller chercher la suite de cette bédé dans les étagères de la biblio et ce truc qui manquait, il est arrivé en final de ce tome et là, je me suis dit que j’allais suivre cette série – au diable les dessins que je n’aime pas – afin de savoir ce qui allait se passer maintenant que notre Jerrold avait passé un contrat inhabituel.

Faudrait peut-être lui signaler qu’il devra utiliser une longue cuillère, car lorsqu’on dîne à la table de ce personnage, vaut mieux en avoir un longue (de cuillère !).

Cul entre deux chaises pour cette chronique. La curiosité est plus forte, je ne résisterai pas, faudra que je lise la suite.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

L’Éventail de Lady Windermere : Oscar Wilde

Titre : L’Éventail de Lady Windermere

Auteur : Oscar Wilde
Édition : Flammarion GF – Bilingue (2012)
Édition Originale : Lady Windermere’s fan (1893)
Traducteur : Pascal Aquien

Résumé :
« Comme c’est étrange ! J’étais prête à la déshonorer en public dans ma propre maison. Elle accepte le déshonneur public de quelqu’un d’autre afin de me sauver. Il y a une ironie amère dans les choses, une ironie amère dans notre façon de classer les femmes en deux catégories, les vertueuses et les immorales. »

Lady Windermere, qui ignore tout de Mrs Erlynne, avouera-t-elle à son mari qu’elle a cru adultère ce que faisait son éventail chez Lord Darlington ?

Mrs Erlynne, qui s’est accusée faussement de l’y avoir oublié, livrera-t-elle ses raison ? « Parler, c’est revivre tout cela à nouveau. Les actions sont la première tragédie de la vie, les mots sont la seconde ! Les mots sont peut-être la pire. Les mots sont sans pitié. »

Chacune pourtant gardera son secret, l’une parce qu’elle est innocente, l’autre [No spolier].

La discrétion est une ascèse que Wilde oppose à l’hypocrisie cachottière qu’aurait pu symboliser l’éventail.

Critique :
Ça tire ? Non, satire… Mais pas chez les satyres, juste chez les bonnes gens de la haute société, ceux qui sont vertueux.

Enfin, pas si vertueux que ça !

Les gens de la haute ont beau avoir l’air de ne pas y toucher, leurs dames ont beau penser à la grandeur de l’Angleterre lorsque leurs maris les honore, ces maris n’ont pas de scrupules à entretenir des maîtresses ou à aller voir les petites femmes de Whitechapel.

Quant à ces dames, elles ont beau avoir autant de droit d’un gosse, elles peuvent aussi avoir chaud au cul.

Mon seul regret sera que ce roman, récit de la pièce de théâtre, soit présenté comme les textes de la pièce, c’est-à-dire avec les noms des personnages qui prennent la parole et ce qu’ils font, ce qui rend la lecture plus difficile et moins fluide.

Mais le pire sera pour l’introduction où on m’a spolié avant même que je ne commence le récit de la pièce. Merdouille, autant avoir le nom de l’assassin en commençant le petit mot d’introduction d’un roman d’Agatha Christie. Bande de moules, va.

Véritable satire, comique, vaudevilesque, cette pièce de Wilde se veut une critique sociale de la bonne société, celle qui se donne des grands airs, celle qui a l’air de laver plus blanc que blanc et qui en fait, est sale, corrompue et qui fornique à tour de bras, ou plutôt, à tour de… Vous voyez ce que je veux dire ?

Malgré tout, les femmes les plus vertueuses peuvent elles aussi se dévergonder et tenter d’aller jouer ailleurs et les femmes qui ont un scandale qui leur pend aux basques depuis des années peuvent avoir des vertus cachées.

Rien n’est figé dans ce monde et tout peut changer, en bien comme en mal. Mais la façade doit rester le plus lisse possible, la réputation intacte et ces choses guère reluisantes doivent se dérouler en cachette, en privé. La face cachée de l’iceberg n’est pas joli joli à voir.

Ainsi étaient les moeurs dans cette société puritaine qu’était l’époque victorienne.

Des quiproquos, des bons mots, des chassés-croisés, des secrets parsèment cette pièce qui se déroule, en rythme serré, sur même pas 24h.

Oui, une fois de plus, c’est court mais c’est bon ! Tirez vos propres conclusions.

Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

De Cape et de Crocs – Intégrale 6 – Actes XI – XII : Alain Ayroles & Jean-Luc Masbou

Titre : De Cape et de Crocs – Intégrale 6 – Actes XI – XII

Scénariste : Alain Ayroles
Dessinateur : Jean-Luc Masbou

Édition : Delcourt (22/11/2017)

Résumé :
« Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? » Le fidèle lapin. Eusèbe, autrefois condamné à perpétuité, révèle enfin son passé.

En ces temps de misère et de violence, où de cruels mousquetaires terrorisent les gardes du cardinal et où saltimbanques et spadassins battent l’estrade et croisent le fer, la vie d’un homme ne vaut pas cher.

Alors celle d’un lapin…

Critique :
Mais que diable allait-il faire dans cette galère, le lapin Eusèbe ??

Vous le saurez enfin en lisant cette intégrale qui reprend les tomes 11 ( Vingt mois avant) et 12 (Si ce n’est toi…) de la saga « De cape et de crocs » !

Un des running gag de cette saga était que chaque fois que Eusèbe voulait expliquer comment il avait fini aux galères, un évènement l’empêchait de raconter ses mésaventures.

A tel point que je pensais que ce n’était qu’une plaisanterie des auteurs car imaginer qu’un aussi gentil et naïf lapin (le plus minouche de toute la bédé) ait pu commettre un crime atroce ou un vol horrible pour mériter les galères ??

— QUI A DONNÉ DE LA PAILLE À CE LAPIN ?!
— C’est moi, père
— Pourquoi m’as-tu désobéi ?!
— Parce qu’il est trop mignon !
— TROP MIGNON ?! C’est ma foi vrai…

Et bien non, ce n’était pas une fanfaronnade, Eusèbe s’est bien retrouvé dans la galère après qu’il soit monté à Paris. Cette intégrale vous racontera tout et je vous jure que vous n’êtes pas à l’abri de quelques surprises de taille. Comme quoi, la taille ne fait pas tout.

— Le chemin de Paris ? Malheureux ! N’entendez-vous point ce qu’en disent les colporteurs ? Cette ville est un repaire de brigands ! Elle n’est peuplée que de détrousseurs ! De coupe-jarrets ! De chiffonniers prêts à vous écorcher tout vif pour vendre votre peau au plus offrant ! Les denrées y sont chères et les mœurs dissolues ! Il y a trop de monde ! Trop de bruit ! Petit lapin, je vous en conjure… N’allez pas à Paris !

Suivre Eusèbe passant de personnage secondaire à principal, sans retrouver nos amis Don Lope et Armand est assez difficile car nous n’avons pas eu pour habitude de voir notre lapin naïf aux avants-postes de la narration et de l’aventure.

Les puristes pourraient trouver lourd son côté gentillet et le fait qu’il ne voie jamais la part sombre dans les autres ou qu’il leur pardonne trop facilement, en tout cas, de mon côté, ayant toujours eu un faible pour l’immaculé lapinou, j’étais à la fête.

Débarquer dans un Paris à l’époque des Mousquetaires de Dumas, arpenter les ruelles sales, me faufiler dans la Cour des Miracles, trembler pour mon blanc lapin sans raison, puisque le récit se passant « 20 moins avant » (et non « 20 ans après » comme chez Dumas), je savais que mon white rabbit allait s’en sortir.

Tout ce qui faisait le sel de la saga se retrouve de nouveau dans les pages, que ce soit les dessins superbes ainsi que les multiples références à d’autres œuvres, et là, ce sera au lecteur de retrouver leurs origines, ainsi que de débusquer les poésies, pamphlets, sonnets satiriques ou juste profiter des belles tirades littéraires.

— Vous seriez donc, Horace oryctolague, un de ces auteurs satiriques qui manient l’épistolaire comme on manie les pistolets ?
— Je n’entends point ce que vous dites, mais cela sonne comme de l’esprit.

— Qu’ils soient vêtus de pourpre ou d’azur,je ne vois ici que d’importuns manieurs d’épée, prêts à s’entre-tuer pour un de leurs points d’honneur ridicules ! Vous êtes le passé. Vous êtes le désordre. Je vous ferai connaitre la loi du nouveau temps !

Anybref, on ne s’embête pas dans cette intégrale qui clôt cette saga que j’avais découverte grâce au mensuel Lanfeust Mag, qui tirera sa révérence en février 2019 et dont je vais aussi devoir faire mon deuil.

Le seul bémol viendra qu’Eusèbe s’en sort un peu mieux dans les personnages secondaires que dans les principaux, mais ceci est un détail car j’ai vraiment pris du plaisir dans ces mésaventures.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

[Sherlock Holmes] Le Chien des Baskerville : Raymond Gérôme [Au théâtre ce soir – 1974]

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Le Chien des Baskerville, adaptation de Jean Marcillac, mis en scène par Raymond Gérôme pour l’émission Au théâtre ce soir en 1974.

Raymond Gérôme … Sherlock Holmes
André Haber André Haber … Watson
Christian Alers … Le docteur Mortimer
Jean-Pierre Gernez … Sir William Baskerville
Bernard Musson … Barrymore, le maître d’hôtel
Christiane Moinet … Eliza, la femme de Barrymore
Jean-Jacques Steen … Jones, le cocher de Londres
Robert Bazil … Billy, le second cocher
Pierre Hatet … Stapleton
Colette Teissèdre … Beryl
Liliane Patrick … Laura Lyons
Bernard Durand … Le valet de chambre

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Les décors sont bien entendu de Roger Harth et les costumes de Donald Cardwell.

Holmes-HoundBaskerville03-MODCe que j’en ai pensé :
Une fois les trois coups donné, les tentures s’ouvrent et on s’installe dans le salon de Baker Street.

On y retrouve un Holmes qui possède un petit bidou (ou coussin d’amour) et un Watson assez mince, ce qui est étonnant puisqu’on représente souvent (à tort) ce brave docteur ventripotent et croulant.

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Dr Watson

Passons, si vous le voulez bien, au décor du salon du 221b : un néophyte le trouvera correct, bien réalisé et reconnaîtra que c’est bien du Roger Harth (mdr) mais l’holmésien, lui, ne retrouvera pas les petits détails qui auraient fait de cet appart THE appart of Sherlock Holmes.

La preuve que le diable se cache dans les détails, Sherlock Holmes nous dit que nous sommes en 1890, hors, à cette époque, il était porté disparu (présumé mort) dans les chutes de Reichenbach…

Anybref, passons aux choses sérieuses  : la pièce de théâtre est assez semblable au roman, hormis les prénoms changés des Baskerville et quelques petits détails qui ne seront pas respectés mais c’est logique puisque nous sommes au théâtre et donc, certaines scènes extérieures devront rester à l’intérieur.

Mais j’y reviendrai.

Il y a un peu d’humour dans les répliques de Holmes envers Watson et le docteur Mortimer, de par son étourderie, nous fera sourire très souvent.

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Docteur Mortimer

Par contre, j’ai trouvé que Raymond Gérôme, l’acteur qui joue Sherlock Holmes, faisait un peu trop de mimiques qui ne vont pas au personnage.

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Déjà qu’il est ventripotent et que son pantalon a dû être coupé par un tailleur qui avait une aiguille dans l’œil, car il était fort ajusté au niveau des bijoux de famille que l’on a vu se dessiner de temps en temps.

Et puis, my god, les poses qu’il a prises parfois, dans le salon des Baskerville ! Encore un peu, il aurait pu dire d’une voix graveleuse « Alors cocotte, on a envie de me chevaucher » tant il était affalé sur une chaise avec l’allure d’un macho dans un harem de femmes en rut.

Si cette assise n’est pas digne d’un gentleman, il y a aussi, bien entendu, l’usage de la macfarlane et du deerstalker en plein Londres et de la pipe calebasse qui est anachronique à cette époque.

Mais bon, à l’intérieur, il porte un costume, donc, ça peut aller, je ne ferai pas de gros yeux sur cette cape et cette casquette de chasseur qui ne doivent être portées qu’à la campagne. Une fois dans la lande déserte et ténébreuse, il peut porter ses oripeaux !

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Si j’ai bien aimé le côté potache lors des répliques de Holmes envers Watson, si j’ai aimé le Watson proposé car ce n’est pas une débile profond, j’ai détesté les mimiques que nous sert à tout bout de champ l’acteur jouant Holmes. Elles sont de trop. Et trop is te veel.

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Quant à Barrymore, le majordome, il serait parfait pour jouer le rôle de Dracula en lieu et place de Béla Lugosi tant il a le physique pour ça.

La musique jouée lors de son entrée en scène avait tout pour aller avec les contes de la crypte. Brrrrr.

Niveau détails qui changent par rapport au roman canonique, on a un Sir David Baskerville qui est décédé (au lieu de Sir Charles) et un Sir William comme neveu (au lieu de Sir Henry) et bien entendu, on zappe tout l’aspect du détective qui fait semblant de rester à Londres pour affaire alors qu’il est sur la lande et observe tout.

Ici, nous avons deux décors distincts, le 221b et le salon de Baskerville, donc, pas moyen de faire autrement et je dois dire que ce n’est pas dérangeant puisque pas le moyen de faire autrement. Qui a dit que je me répétais ??

chien au théâtre

Sir William Baskerville et Sherlock Holmes au 221b

Certes, les hurlement du chien ne font pas très réalistes, on dirait un technicien hurlant après s’être coincé le doigt dans une porte, certes le fait de nous commenter au travers d’une longue vue ce qu’il se passe sur la lande fait perdre de l’intensité dramatique à la chose, mais dans une pièce de théâtre, cela passe facilement et cela évite aussi de nous proposer un chien mal fichu comme dans les téléfilms avec Matt Frewer (les critiques qui cassent sont à venir).

La pièce dure 2h12, mais malgré quelques passages plus lents, je n’ai pas trouvé le temps long.

Si l’acteur principal avait perdu un peu de bide et fait moins de grimaces, c’eut été parfait, un peu comme la nouvelle version que j’avais vue à Bruxelles avec Olivier Minne jouant un Holmes sexy en diable mais dans des décors plus épurés.

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Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), le Challenge British Mysteries chez My Lou Book et Le Challenge Halloween (2016) chez Lou & Hilde.

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British Mysteries 2016-2017

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De Cape et de Crocs – Intégrales 1 à 5 – Actes I à X : Alain Ayroles & Jean-Luc Masbou

Titre : De Cape et de Crocs – Intégrales 1 à 5 – Actes I à X (+Tome 11)

Scénariste : Alain Ayroles
Dessinateur : Jean-Luc Masbou

Édition : Delcourt (2010-2012)

Résumé :
À bord d’un vaisseau turc, un coffre. Dans le coffre, un écrin, dans l’écrin, une bouteille, dans la bouteille, une carte, et sur cette carte… l’emplacement du fabuleux trésor des îles Tangerines !

Il n’en faut pas plus à deux fiers gentilshommes, fins bretteurs et rimailleurs, pour se jeter dans une aventure qui, de geôles en galères, les mènera jusqu’aux confins du monde.

De geôles en galères, d’abordages en duels virevoltants, leur quête de gloire et de fortune les mènera jusqu’à la Lune.

Après, il sera temps pour messieurs de Maupertuis et Villalobos de regagner la Terre. Mais l’amitié, l’amour et le sens de l’honneur s’opposent parfois…

Avant de tirer leur révérence, ils devront affronter d’ultimes et terribles coups de théâtre. Arriveront-ils tous à bon port ?

De cape 9910000031557_pgCritique :
J’avais découvert cette série par son dernier tome, dans mon Lanfeust Mag, lorsque les éditions Soleil et Delcourt avaient fait « Fuuu-Sion » (oui, sur ce coup là, j’ai un peu trop abusé de Dragon Ball Z).

Au départ, je n’avais pas accroché mais c’était normal, je débarquais comme un cheveu dans la soupe, sans rien connaître de l’histoire.

Alors, quelques années plus tard, j’ai décidé de faire un peu mieux connaissance avec cette série en la louant à la bibli.

Putain, j’ai adoré ! Ça c’est ce qui s’appelle le souffle de la Grande Aventure, que l’on soit à Venise, ou sur l’océan à la recherche du trésor des îles Tangerines ou que l’on aille sur la lune… Oui, sur la lune ! Il y a un monde caché et ce fut un plaisir de le parcourir !

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De suite j’ai accroché aux deux personnages principaux : Armand Raynal de Maupertuis, renard de son état, fin bretteur, poète et son comparse, Don Lope de Villalobos y Sangrin, un fier loup espagnol, un bel hidalgo au caractère sanguin, téméraire et impulsif, fin bretteur aussi, mais pas poète pour un sous et qui a la trouille des rats.

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Oui, c’est un truc de fou, ce mélange de personnages humains pour les uns et d’anthropomorphisme pour certains et ça passe tout seul, je dois dire. Les dessins sont un plaisir pour les yeux et quand on prend attention, on remarque foule de détails.

Nos deux protagonistes sont superbement bien esquissés, leurs caractères aussi et puis je l’avoue, j’ai eu un gros coup de cœur pour Eusèbe, lapin naïf mais rusé, grand adorateur de carottes, peureux, mais sachant faire preuve de courage pour sauver ses amis.

Mendoza : — Ce fauteur de troubles recevra pour l’exemple cent coups de fouet, après quoi nous verserons du sel sur ses plaies. Allez-y señor Garcia.
Garde-chiourme : — Je ne peux pas, Capitan… Il est trop mignon !

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Les personnages n’étant pas figés, ils peuvent nous réserver quelques surprises de derrière les fagots.

Les dialogues sont savoureux, les rimes déclamées par Maupertuis pendant qu’il se bat sont fabuleuses, ce ne sont pas des poésies à deux balles, sans compter que les albums sont bourrés de références à Molière, Lafontaine, Cyrano, Rambo, Alien,…

Et si vous ne repérez pas toutes les références, pas de panique, Wiki est là pour pallier à vos manquements !

Une bédé qui vous emportera, vous fera voguer sur l’océan à la recherche d’un trésor, vous emmènera sur la lune, le tout en joyeuse compagnie de personnages qu’on sera triste de quitter, le tout avec de l’humour, des rimes, de la culture disséminée un peu partout, dans un décor digne d’un film de cape et d’épées, le tout aux relents de fantasy brillamment assumée.

Un déchirement au cœur d’avoir terminé cette série et de ne plus pouvoir suivre d’autres aventures de mes chers compères Maupertuis, Don Lope, Eusebe, du raïs Kader et de la belle Hermine.

Mais le plaisir sera de retour dès que je la reprendrai pour la relire encore et encore…

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Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Totem » par Liligalipette (Loup) et le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

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Je suis le sang : Ludovic Lamarque & Pierre Portrait

Je suis le sang - Lamarque

Titre : Je suis le sang

Auteurs : Ludovic Lamarque & Pierre Portrait
Édition : Les Moutons Electriques (2016)

Résumé :
Londres, 1888. Au théâtre du Lyceum, la pièce Jekyll et Hyde fascine la bonne société victorienne tandis qu’une série de meurtres est commis dans l’East End.

Des prostituées sont sauvagement assassinées. Bram Stoker, écrivain et régisseur du Lyceum, voit dans ces meurtres atroces la matière pour écrire le grand roman qui lui vaudra la postérité.

En visitant les lieux du crime, il rencontre Mary Kelly, une prostituée irlandaise, et l’assassin que la presse surnomme bientôt : Jack l’Éventreur.

Petit Plus : Deux romanciers, le Bordelais Ludovic Lamarque et le Parisien Pierre Portrait, nous projettent en plein dans les sanglantes années 1880, lorsque l’affaire Jack l’Éventreur terrorisait la capitale britannique et tandis que le mythe de Dracula trouvait sa naissance…

Un thriller victorien méticuleusement documenté mais qui, comme l’aurait dit Alexandre Dumas, « viole l’histoire à condition de lui faire de beaux enfants ».

Critique :
Que se passe-t-il lorsqu’un assassin s’attaque aux prostituées de Londres en 1888 ?

Beaucoup de choses, me direz-vous… Des victimes directes, des indirectes, un éclairage de la misère, une prise de conscience, des améliorations, des têtes qui tomberont sans qu’une guillotine doive être mise en action…

Mais aussi une résurgence du racisme, de l’antisémitisme, des vieilles peurs de l’autre, de l’étranger, la peur du pauvre.

Un tueur solitaire sème la terreur au cœur du plus grand empire que le monde ait connu et tient la meilleure police du monde en échec ! Quel affront pour la couronne ! Alors, oui, mieux vaut suggérer que le tueur n’est pas de ce monde pour ne pas perdre la face.

Et puis, dans tout ça, il y a la naissance d’un mythe, celui de Dracula de l’écrivain Bram Stoker.

Ce roman se divise en deux parties : la première concerne la découvert des meurtres, en commençant par Martha Tabram jusqu’au double meurtre du 30 septembre (Elizabeth Stride et Catherine Eddowes) en attendant le dernier, celui du 9 novembre (Mary Jane Kelly).

Nous découvrons notre personnage principal qui est Bram Stoker himself, régisseur du Lyceum Théâtre, qui n’a pas encore écrit son chef-d’œuvre gothique mais qui cherche quelque chose à publier, un roman dont on se souviendrait, mais pas sur les meurtres de Whitechapel, car trop vont le faire.

« Quel romancier ne serait pas attiré par cette série de crimes hors du commun? C’est le genre d’affaires qui n’arrive qu’une fois dans la vie d’un auteur. Au lieu de conter une histoire macabre, pour la première fois, je la vis. C’est très excitant. Le journaliste que je suis la relate et l’écrivain en moi la sublime. Écrire est un acte magique, Bram, vous le savez. »

« Les historiens écriront la véritable histoire de l’Éventreur. Pour moi, ce n’est qu’une source d’inspiration, je ne recherche pas la vérité. Mon but est de divertir mes lecteurs en les effrayant. »

Dans cette partie, Bram va s’intéresser aux crimes de 1888 et rencontrer le criminel himself ! Criminel qui aimerait que Bram écrive un livre sur lui.

Non, ici, pas de quête de l’identité du tueur, les auteurs nous en ont inventé un pour les besoins de l’histoire, tout en restant fidèle aux meurtres de 1888 dans ses grandes lignes.

Cette première partie fera la part belle à la montée de l’antisémitisme dans les quartiers de l’East End, au racisme, à la peur de l’autre, la peur de l’étranger, à la misère qui règne dans les ruelles, les maisons, les abattoirs à ciel ouvert, le sang qui coulait sans cesse dans les rigoles, à l’air libre.

Oui, Londres a peur, mais on se demande bien de qui les gens aisés du West End ont peur : du tueur ou de la pauvreté qui gangrène les quartiers de l’East End ?

Si les maladies pullulaient dans l’East End, il n’y en avait qu’une qu’on redoutait dans le West End, c’était le scandale. Dès l’instant où l’on en était frappé, on cessait d’exister. Vivant en apparence mais mort aux yeux des autres. Les premières causes en étaient le désir et l’ennui. A Londres, ils étaient les deux pires ennemis d’un gentleman.

Peur de l’étranger ou de découvrir que le criminel est un bon anglais, en dépit des affirmations qu’ils balancent, disant que ce ne peut pas être un anglais, parce qu’un anglais ne ferait pas ça ?

D’ailleurs, ces crimes ont eu lieu dans la mauvaise partie, l’East End, touchant les Sœurs de l’Abîme (les putes), alors le West End reste en observation de ces quartiers où pullule la misère, la mort et les crimes.

Et puis, de toute façon, les anglais ont la meilleure police du monde, alors, pourquoi s’en faire, on va l’arrêter en vitesse, ce meurtrier ! Tu parles Charles (Warren) !

Bram, lui, il arpente les rues, tentant de trouver une solution pour arrêter l’homme au couteau, se déguisant, croisant la route de prostituées, dont la belle rousse Mary Jane Kelly.

Cette première partie est déjà riche en émotions et en atmosphères de Londres à l’époque victorienne. Et Arletty peut dire ce qu’elle veut, ici, c’est bien « Atmosphère ! Atmosphère ! » et son rendu est magnifique tant on s’y croirait.

La seconde partie est consacrée à la recherche de Bram Stoker pour son futur livre, le tout en partant du tueur de Whitechapel dont il connait l’identité mais dont la révéler ne servirait à rien, faute de preuves.

Ici, c’est le processus d’écriture qui est mis en avant. Bram a son sujet d’inspiration, Mary Kelly qui lui a raconté sa vie, mais lui n’arrête pas de penser qu’il doit placer son récit dans les beaux quartiers s’il veut que les lectrices s’identifient à son personnage féminin.

Dans cette seconde partie, j’ai découvert un homme qui aimait mieux passer du temps avec des personnages de papier qu’avec les vivants et les auteurs ont bien rendu cette « folie » qui prend l’auteur et ne lui fait plus penser qu’à sa future œuvre, au point de se négliger lui, mais aussi les autres, dont Mary Kelly, qui la trouve saumâtre.

Comme je le disais, l’atmosphère de 1888 est bien décrite, bien rendue, les personnages sont attachants, même si j’ai eu un peu de mal avec la Mary Jane Kelly de ce roman, sortant juste d’un autre où elle avait un rôle moins glamour (Le secret de Mary Jane K). Mon esprit avait encore l’autre Mary dans la tête et j’ai dû la sortir de là pour me concentrer sur celle-ci.

La plume des auteurs m’a plongée d’office dans l’époque victorienne, j’ai suivi avec plaisir Bram Stoker dans ses deux quêtes (le tueur, le roman), j’y ai croisé mon vieux copain, Oscar Wilde ainsi que le tyrannique Henry Irving, j’ai tremblé en m’attachant à Mary Kelly car je savais que le 9 novembre…

Oscar Wilde avala la dernière lampée de son verre. « Si le bruit se répand que je suis capable de profondeur et de réflexion, je ne pourrai plus jamais écrire pour les journaux ! »

Et j’ai assisté avec un sourire de plaisir à la création de cette œuvre magistrale dans la littérature gothique : celle de Dracula, un VRAI vampire à l’âme plus noire que celle de tout les autres, mais un personnage qui m’avait fascinée.

Le sang était la clé. Le sang, comme le livre, reliait les Vivants aux Morts. Tout se transmettait par le sang : force, noblesse, fortune, talent, folie. Le sang faisait le lien entre réel et imaginaire, nature et surnaturel. Le sang était le grand fleuve dans lequel baignaient tous les hommes.

Un roman victorien qui viole l’Histoire, mais qui nous fait assister à la naissance de deux monstres : l’un bien réel (Jack) et l’autre de papier (Dracula) et au lien qui les unit puisque Bram est parti de sa connaissance du tueur.

Un pari osé, un pari risqué, un pari qui aurait pu capoter, mais un pari relevé ! Pour écrire une histoire pareille, il fallait de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace. Ils en ont eu et ils ont réussi.

Un roman angoissant, un roman à l’atmosphère lourde, tendue, un roman réaliste, un Londres parfaitement maitrisé, un travail de documentation colossal pour nous en rendre la quintessence et nous créer une atmosphère où il ne manquait plus que la puanteur des quartiers de l’East End.

Il ne s’agit ni des riches ni des pauvres, mais de tous les hommes. Nous aimons la nuit et ses sortilèges. L’histoire de Jack l’Éventreur nous fascine car nous avons hérité du goût de nos ancêtres pour le sang. Nous le glorifions dans nos contes et légendes, et nous le moralisons dans nos fables. Mais il est là, il rode, jamais bien loin de nos consciences, et il suffit de pas grand-chose pour l’exalter à nouveau et qu’il reprenne possession de nous. C’est pourquoi nous faisons tourner les tables et écrivons nos histoires gothiques. Forts de notre progrès, de notre science et de notre positivisme, nous nous sentons coupables de ressentir toujours cette attirance. Avec la mort, ce goût du sang est l’unique lien que riches et pauvres partagent.

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Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, Challenge British Mysteries chez My Lou Book et Le Mois anglais 2016 (Saison 5) chez My Lou Book et Cryssilda.

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