De Capes et de Crocs – Intégrale 6 – Actes XI – XII : Alain Ayroles & Jean-Luc Masbou

Titre : De Capes et de Crocs – Intégrale 6 – Actes XI – XII

Scénariste : Alain Ayroles
Dessinateur : Jean-Luc Masbou

Édition : Delcourt (22/11/2017)

Résumé :
« Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? » Le fidèle lapin. Eusèbe, autrefois condamné à perpétuité, révèle enfin son passé.

En ces temps de misère et de violence, où de cruels mousquetaires terrorisent les gardes du cardinal et où saltimbanques et spadassins battent l’estrade et croisent le fer, la vie d’un homme ne vaut pas cher.

Alors celle d’un lapin…

Critique :
Mais que diable allait-il faire dans cette galère, le lapin Eusèbe ??

Vous le saurez enfin en lisant cette intégrale qui reprend les tomes 11 ( Vingt mois avant) et 12 (Si ce n’est toi…) de la saga « De cape et de crocs » !

Un des running gag de cette saga était que chaque fois que Eusèbe voulait expliquer comment il avait fini aux galères, un évènement l’empêchait de raconter ses mésaventures.

A tel point que je pensais que ce n’était qu’une plaisanterie des auteurs car imaginer qu’un aussi gentil et naïf lapin (le plus minouche de toute la bédé) ait pu commettre un crime atroce ou un vol horrible pour mériter les galères ??

— QUI A DONNÉ DE LA PAILLE À CE LAPIN ?!
— C’est moi, père
— Pourquoi m’as-tu désobéi ?!
— Parce qu’il est trop mignon !
— TROP MIGNON ?! C’est ma foi vrai…

Et bien non, ce n’était pas une fanfaronnade, Eusèbe s’est bien retrouvé dans la galère après qu’il soit monté à Paris. Cette intégrale vous racontera tout et je vous jure que vous n’êtes pas à l’abri de quelques surprises de taille. Comme quoi, la taille ne fait pas tout.

— Le chemin de Paris ? Malheureux ! N’entendez-vous point ce qu’en disent les colporteurs ? Cette ville est un repaire de brigands ! Elle n’est peuplée que de détrousseurs ! De coupe-jarrets ! De chiffonniers prêts à vous écorcher tout vif pour vendre votre peau au plus offrant ! Les denrées y sont chères et les mœurs dissolues ! Il y a trop de monde ! Trop de bruit ! Petit lapin, je vous en conjure… N’allez pas à Paris !

Suivre Eusèbe passant de personnage secondaire à principal, sans retrouver nos amis Don Lope et Armand est assez difficile car nous n’avons pas eu pour habitude de voir notre lapin naïf aux avants-postes de la narration et de l’aventure.

Les puristes pourraient trouver lourd son côté gentillet et le fait qu’il ne voie jamais la part sombre dans les autres ou qu’il leur pardonne trop facilement, en tout cas, de mon côté, ayant toujours eu un faible pour l’immaculé lapinou, j’étais à la fête.

Débarquer dans un Paris à l’époque des Mousquetaires de Dumas, arpenter les ruelles sales, me faufiler dans la Cour des Miracles, trembler pour mon blanc lapin sans raison, puisque le récit se passant « 20 moins avant » (et non « 20 ans après » comme chez Dumas), je savais que mon white rabbit allait s’en sortir.

Tout ce qui faisait le sel de la saga se retrouve de nouveau dans les pages, que ce soit les dessins superbes ainsi que les multiples références à d’autres œuvres, et là, ce sera au lecteur de retrouver leurs origines, ainsi que de débusquer les poésies, pamphlets, sonnets satiriques ou juste profiter des belles tirades littéraires.

— Vous seriez donc, Horace oryctolague, un de ces auteurs satiriques qui manient l’épistolaire comme on manie les pistolets ?
— Je n’entends point ce que vous dites, mais cela sonne comme de l’esprit.

— Qu’ils soient vêtus de pourpre ou d’azur,je ne vois ici que d’importuns manieurs d’épée, prêts à s’entre-tuer pour un de leurs points d’honneur ridicules ! Vous êtes le passé. Vous êtes le désordre. Je vous ferai connaitre la loi du nouveau temps !

Anybref, on ne s’embête pas dans cette intégrale qui clôt cette saga que j’avais découverte grâce au mensuel Lanfeust Mag, qui tirera sa révérence en février 2019 et dont je vais aussi devoir faire mon deuil.

Le seul bémol viendra qu’Eusèbe s’en sort un peu mieux dans les personnages secondaires que dans les principaux, mais ceci est un détail car j’ai vraiment pris du plaisir dans ces mésaventures.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

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[Sherlock Holmes] Le Chien des Baskerville : Raymond Gérôme [Au théâtre ce soir – 1974]

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Le Chien des Baskerville, adaptation de Jean Marcillac, mis en scène par Raymond Gérôme pour l’émission Au théâtre ce soir en 1974.

Raymond Gérôme … Sherlock Holmes
André Haber André Haber … Watson
Christian Alers … Le docteur Mortimer
Jean-Pierre Gernez … Sir William Baskerville
Bernard Musson … Barrymore, le maître d’hôtel
Christiane Moinet … Eliza, la femme de Barrymore
Jean-Jacques Steen … Jones, le cocher de Londres
Robert Bazil … Billy, le second cocher
Pierre Hatet … Stapleton
Colette Teissèdre … Beryl
Liliane Patrick … Laura Lyons
Bernard Durand … Le valet de chambre

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Les décors sont bien entendu de Roger Harth et les costumes de Donald Cardwell.

Holmes-HoundBaskerville03-MODCe que j’en ai pensé :
Une fois les trois coups donné, les tentures s’ouvrent et on s’installe dans le salon de Baker Street.

On y retrouve un Holmes qui possède un petit bidou (ou coussin d’amour) et un Watson assez mince, ce qui est étonnant puisqu’on représente souvent (à tort) ce brave docteur ventripotent et croulant.

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Dr Watson

Passons, si vous le voulez bien, au décor du salon du 221b : un néophyte le trouvera correct, bien réalisé et reconnaîtra que c’est bien du Roger Harth (mdr) mais l’holmésien, lui, ne retrouvera pas les petits détails qui auraient fait de cet appart THE appart of Sherlock Holmes.

La preuve que le diable se cache dans les détails, Sherlock Holmes nous dit que nous sommes en 1890, hors, à cette époque, il était porté disparu (présumé mort) dans les chutes de Reichenbach…

Anybref, passons aux choses sérieuses  : la pièce de théâtre est assez semblable au roman, hormis les prénoms changés des Baskerville et quelques petits détails qui ne seront pas respectés mais c’est logique puisque nous sommes au théâtre et donc, certaines scènes extérieures devront rester à l’intérieur.

Mais j’y reviendrai.

Il y a un peu d’humour dans les répliques de Holmes envers Watson et le docteur Mortimer, de par son étourderie, nous fera sourire très souvent.

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Docteur Mortimer

Par contre, j’ai trouvé que Raymond Gérôme, l’acteur qui joue Sherlock Holmes, faisait un peu trop de mimiques qui ne vont pas au personnage.

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Déjà qu’il est ventripotent et que son pantalon a dû être coupé par un tailleur qui avait une aiguille dans l’œil, car il était fort ajusté au niveau des bijoux de famille que l’on a vu se dessiner de temps en temps.

Et puis, my god, les poses qu’il a prises parfois, dans le salon des Baskerville ! Encore un peu, il aurait pu dire d’une voix graveleuse « Alors cocotte, on a envie de me chevaucher » tant il était affalé sur une chaise avec l’allure d’un macho dans un harem de femmes en rut.

Si cette assise n’est pas digne d’un gentleman, il y a aussi, bien entendu, l’usage de la macfarlane et du deerstalker en plein Londres et de la pipe calebasse qui est anachronique à cette époque.

Mais bon, à l’intérieur, il porte un costume, donc, ça peut aller, je ne ferai pas de gros yeux sur cette cape et cette casquette de chasseur qui ne doivent être portées qu’à la campagne. Une fois dans la lande déserte et ténébreuse, il peut porter ses oripeaux !

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Si j’ai bien aimé le côté potache lors des répliques de Holmes envers Watson, si j’ai aimé le Watson proposé car ce n’est pas une débile profond, j’ai détesté les mimiques que nous sert à tout bout de champ l’acteur jouant Holmes. Elles sont de trop. Et trop is te veel.

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Quant à Barrymore, le majordome, il serait parfait pour jouer le rôle de Dracula en lieu et place de Béla Lugosi tant il a le physique pour ça.

La musique jouée lors de son entrée en scène avait tout pour aller avec les contes de la crypte. Brrrrr.

Niveau détails qui changent par rapport au roman canonique, on a un Sir David Baskerville qui est décédé (au lieu de Sir Charles) et un Sir William comme neveu (au lieu de Sir Henry) et bien entendu, on zappe tout l’aspect du détective qui fait semblant de rester à Londres pour affaire alors qu’il est sur la lande et observe tout.

Ici, nous avons deux décors distincts, le 221b et le salon de Baskerville, donc, pas moyen de faire autrement et je dois dire que ce n’est pas dérangeant puisque pas le moyen de faire autrement. Qui a dit que je me répétais ??

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Sir William Baskerville et Sherlock Holmes au 221b

Certes, les hurlement du chien ne font pas très réalistes, on dirait un technicien hurlant après s’être coincé le doigt dans une porte, certes le fait de nous commenter au travers d’une longue vue ce qu’il se passe sur la lande fait perdre de l’intensité dramatique à la chose, mais dans une pièce de théâtre, cela passe facilement et cela évite aussi de nous proposer un chien mal fichu comme dans les téléfilms avec Matt Frewer (les critiques qui cassent sont à venir).

La pièce dure 2h12, mais malgré quelques passages plus lents, je n’ai pas trouvé le temps long.

Si l’acteur principal avait perdu un peu de bide et fait moins de grimaces, c’eut été parfait, un peu comme la nouvelle version que j’avais vue à Bruxelles avec Olivier Minne jouant un Holmes sexy en diable mais dans des décors plus épurés.

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Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), le Challenge British Mysteries chez My Lou Book et Le Challenge Halloween (2016) chez Lou & Hilde.

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British Mysteries 2016-2017

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De Cape et de Crocs – Intégrales 1 à 5 – Actes I à X : Alain Ayroles & Jean-Luc Masbou

Titre : De Cape et de Crocs – Intégrales 1 à 5 – Actes I à X (+Tome 11)

Scénariste : Alain Ayroles
Dessinateur : Jean-Luc Masbou

Édition : Delcourt (2010-2012)

Résumé :
À bord d’un vaisseau turc, un coffre. Dans le coffre, un écrin, dans l’écrin, une bouteille, dans la bouteille, une carte, et sur cette carte… l’emplacement du fabuleux trésor des îles Tangerines !

Il n’en faut pas plus à deux fiers gentilshommes, fins bretteurs et rimailleurs, pour se jeter dans une aventure qui, de geôles en galères, les mènera jusqu’aux confins du monde.

De geôles en galères, d’abordages en duels virevoltants, leur quête de gloire et de fortune les mènera jusqu’à la Lune.

Après, il sera temps pour messieurs de Maupertuis et Villalobos de regagner la Terre. Mais l’amitié, l’amour et le sens de l’honneur s’opposent parfois…

Avant de tirer leur révérence, ils devront affronter d’ultimes et terribles coups de théâtre. Arriveront-ils tous à bon port ?

De cape 9910000031557_pgCritique :
J’avais découvert cette série par son dernier tome, dans mon Lanfeust Mag, lorsque les éditions Soleil et Delcourt avaient fait « Fuuu-Sion » (oui, sur ce coup là, j’ai un peu trop abusé de Dragon Ball Z).

Au départ, je n’avais pas accroché mais c’était normal, je débarquais comme un cheveu dans la soupe, sans rien connaître de l’histoire.

Alors, quelques années plus tard, j’ai décidé de faire un peu mieux connaissance avec cette série en la louant à la bibli.

Putain, j’ai adoré ! Ça c’est ce qui s’appelle le souffle de la Grande Aventure, que l’on soit à Venise, ou sur l’océan à la recherche du trésor des îles Tangerines ou que l’on aille sur la lune… Oui, sur la lune ! Il y a un monde caché et ce fut un plaisir de le parcourir !

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De suite j’ai accroché aux deux personnages principaux : Armand Raynal de Maupertuis, renard de son état, fin bretteur, poète et son comparse, Don Lope de Villalobos y Sangrin, un fier loup espagnol, un bel hidalgo au caractère sanguin, téméraire et impulsif, fin bretteur aussi, mais pas poète pour un sous et qui a la trouille des rats.

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Oui, c’est un truc de fou, ce mélange de personnages humains pour les uns et d’anthropomorphisme pour certains et ça passe tout seul, je dois dire. Les dessins sont un plaisir pour les yeux et quand on prend attention, on remarque foule de détails.

Nos deux protagonistes sont superbement bien esquissés, leurs caractères aussi et puis je l’avoue, j’ai eu un gros coup de cœur pour Eusèbe, lapin naïf mais rusé, grand adorateur de carottes, peureux, mais sachant faire preuve de courage pour sauver ses amis.

Mendoza : — Ce fauteur de troubles recevra pour l’exemple cent coups de fouet, après quoi nous verserons du sel sur ses plaies. Allez-y señor Garcia.
Garde-chiourme : — Je ne peux pas, Capitan… Il est trop mignon !

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Les personnages n’étant pas figés, ils peuvent nous réserver quelques surprises de derrière les fagots.

Les dialogues sont savoureux, les rimes déclamées par Maupertuis pendant qu’il se bat sont fabuleuses, ce ne sont pas des poésies à deux balles, sans compter que les albums sont bourrés de références à Molière, Lafontaine, Cyrano, Rambo, Alien,…

Et si vous ne repérez pas toutes les références, pas de panique, Wiki est là pour pallier à vos manquements !

Une bédé qui vous emportera, vous fera voguer sur l’océan à la recherche d’un trésor, vous emmènera sur la lune, le tout en joyeuse compagnie de personnages qu’on sera triste de quitter, le tout avec de l’humour, des rimes, de la culture disséminée un peu partout, dans un décor digne d’un film de cape et d’épées, le tout aux relents de fantasy brillamment assumée.

Un déchirement au cœur d’avoir terminé cette série et de ne plus pouvoir suivre d’autres aventures de mes chers compères Maupertuis, Don Lope, Eusebe, du raïs Kader et de la belle Hermine.

Mais le plaisir sera de retour dès que je la reprendrai pour la relire encore et encore…

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Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Totem » par Liligalipette (Loup) et le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

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Je suis le sang : Ludovic Lamarque & Pierre Portrait

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Titre : Je suis le sang

Auteurs : Ludovic Lamarque & Pierre Portrait
Édition : Les Moutons Electriques (2016)

Résumé :
Londres, 1888. Au théâtre du Lyceum, la pièce Jekyll et Hyde fascine la bonne société victorienne tandis qu’une série de meurtres est commis dans l’East End.

Des prostituées sont sauvagement assassinées. Bram Stoker, écrivain et régisseur du Lyceum, voit dans ces meurtres atroces la matière pour écrire le grand roman qui lui vaudra la postérité.

En visitant les lieux du crime, il rencontre Mary Kelly, une prostituée irlandaise, et l’assassin que la presse surnomme bientôt : Jack l’Éventreur.

Petit Plus : Deux romanciers, le Bordelais Ludovic Lamarque et le Parisien Pierre Portrait, nous projettent en plein dans les sanglantes années 1880, lorsque l’affaire Jack l’Éventreur terrorisait la capitale britannique et tandis que le mythe de Dracula trouvait sa naissance…

Un thriller victorien méticuleusement documenté mais qui, comme l’aurait dit Alexandre Dumas, « viole l’histoire à condition de lui faire de beaux enfants ».

Critique :
Que se passe-t-il lorsqu’un assassin s’attaque aux prostituées de Londres en 1888 ?

Beaucoup de choses, me direz-vous… Des victimes directes, des indirectes, un éclairage de la misère, une prise de conscience, des améliorations, des têtes qui tomberont sans qu’une guillotine doive être mise en action…

Mais aussi une résurgence du racisme, de l’antisémitisme, des vieilles peurs de l’autre, de l’étranger, la peur du pauvre.

Un tueur solitaire sème la terreur au cœur du plus grand empire que le monde ait connu et tient la meilleure police du monde en échec ! Quel affront pour la couronne ! Alors, oui, mieux vaut suggérer que le tueur n’est pas de ce monde pour ne pas perdre la face.

Et puis, dans tout ça, il y a la naissance d’un mythe, celui de Dracula de l’écrivain Bram Stoker.

Ce roman se divise en deux parties : la première concerne la découvert des meurtres, en commençant par Martha Tabram jusqu’au double meurtre du 30 septembre (Elizabeth Stride et Catherine Eddowes) en attendant le dernier, celui du 9 novembre (Mary Jane Kelly).

Nous découvrons notre personnage principal qui est Bram Stoker himself, régisseur du Lyceum Théâtre, qui n’a pas encore écrit son chef-d’œuvre gothique mais qui cherche quelque chose à publier, un roman dont on se souviendrait, mais pas sur les meurtres de Whitechapel, car trop vont le faire.

« Quel romancier ne serait pas attiré par cette série de crimes hors du commun? C’est le genre d’affaires qui n’arrive qu’une fois dans la vie d’un auteur. Au lieu de conter une histoire macabre, pour la première fois, je la vis. C’est très excitant. Le journaliste que je suis la relate et l’écrivain en moi la sublime. Écrire est un acte magique, Bram, vous le savez. »

« Les historiens écriront la véritable histoire de l’Éventreur. Pour moi, ce n’est qu’une source d’inspiration, je ne recherche pas la vérité. Mon but est de divertir mes lecteurs en les effrayant. »

Dans cette partie, Bram va s’intéresser aux crimes de 1888 et rencontrer le criminel himself ! Criminel qui aimerait que Bram écrive un livre sur lui.

Non, ici, pas de quête de l’identité du tueur, les auteurs nous en ont inventé un pour les besoins de l’histoire, tout en restant fidèle aux meurtres de 1888 dans ses grandes lignes.

Cette première partie fera la part belle à la montée de l’antisémitisme dans les quartiers de l’East End, au racisme, à la peur de l’autre, la peur de l’étranger, à la misère qui règne dans les ruelles, les maisons, les abattoirs à ciel ouvert, le sang qui coulait sans cesse dans les rigoles, à l’air libre.

Oui, Londres a peur, mais on se demande bien de qui les gens aisés du West End ont peur : du tueur ou de la pauvreté qui gangrène les quartiers de l’East End ?

Si les maladies pullulaient dans l’East End, il n’y en avait qu’une qu’on redoutait dans le West End, c’était le scandale. Dès l’instant où l’on en était frappé, on cessait d’exister. Vivant en apparence mais mort aux yeux des autres. Les premières causes en étaient le désir et l’ennui. A Londres, ils étaient les deux pires ennemis d’un gentleman.

Peur de l’étranger ou de découvrir que le criminel est un bon anglais, en dépit des affirmations qu’ils balancent, disant que ce ne peut pas être un anglais, parce qu’un anglais ne ferait pas ça ?

D’ailleurs, ces crimes ont eu lieu dans la mauvaise partie, l’East End, touchant les Sœurs de l’Abîme (les putes), alors le West End reste en observation de ces quartiers où pullule la misère, la mort et les crimes.

Et puis, de toute façon, les anglais ont la meilleure police du monde, alors, pourquoi s’en faire, on va l’arrêter en vitesse, ce meurtrier ! Tu parles Charles (Warren) !

Bram, lui, il arpente les rues, tentant de trouver une solution pour arrêter l’homme au couteau, se déguisant, croisant la route de prostituées, dont la belle rousse Mary Jane Kelly.

Cette première partie est déjà riche en émotions et en atmosphères de Londres à l’époque victorienne. Et Arletty peut dire ce qu’elle veut, ici, c’est bien « Atmosphère ! Atmosphère ! » et son rendu est magnifique tant on s’y croirait.

La seconde partie est consacrée à la recherche de Bram Stoker pour son futur livre, le tout en partant du tueur de Whitechapel dont il connait l’identité mais dont la révéler ne servirait à rien, faute de preuves.

Ici, c’est le processus d’écriture qui est mis en avant. Bram a son sujet d’inspiration, Mary Kelly qui lui a raconté sa vie, mais lui n’arrête pas de penser qu’il doit placer son récit dans les beaux quartiers s’il veut que les lectrices s’identifient à son personnage féminin.

Dans cette seconde partie, j’ai découvert un homme qui aimait mieux passer du temps avec des personnages de papier qu’avec les vivants et les auteurs ont bien rendu cette « folie » qui prend l’auteur et ne lui fait plus penser qu’à sa future œuvre, au point de se négliger lui, mais aussi les autres, dont Mary Kelly, qui la trouve saumâtre.

Comme je le disais, l’atmosphère de 1888 est bien décrite, bien rendue, les personnages sont attachants, même si j’ai eu un peu de mal avec la Mary Jane Kelly de ce roman, sortant juste d’un autre où elle avait un rôle moins glamour (Le secret de Mary Jane K). Mon esprit avait encore l’autre Mary dans la tête et j’ai dû la sortir de là pour me concentrer sur celle-ci.

La plume des auteurs m’a plongée d’office dans l’époque victorienne, j’ai suivi avec plaisir Bram Stoker dans ses deux quêtes (le tueur, le roman), j’y ai croisé mon vieux copain, Oscar Wilde ainsi que le tyrannique Henry Irving, j’ai tremblé en m’attachant à Mary Kelly car je savais que le 9 novembre…

Oscar Wilde avala la dernière lampée de son verre. « Si le bruit se répand que je suis capable de profondeur et de réflexion, je ne pourrai plus jamais écrire pour les journaux ! »

Et j’ai assisté avec un sourire de plaisir à la création de cette œuvre magistrale dans la littérature gothique : celle de Dracula, un VRAI vampire à l’âme plus noire que celle de tout les autres, mais un personnage qui m’avait fascinée.

Le sang était la clé. Le sang, comme le livre, reliait les Vivants aux Morts. Tout se transmettait par le sang : force, noblesse, fortune, talent, folie. Le sang faisait le lien entre réel et imaginaire, nature et surnaturel. Le sang était le grand fleuve dans lequel baignaient tous les hommes.

Un roman victorien qui viole l’Histoire, mais qui nous fait assister à la naissance de deux monstres : l’un bien réel (Jack) et l’autre de papier (Dracula) et au lien qui les unit puisque Bram est parti de sa connaissance du tueur.

Un pari osé, un pari risqué, un pari qui aurait pu capoter, mais un pari relevé ! Pour écrire une histoire pareille, il fallait de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace. Ils en ont eu et ils ont réussi.

Un roman angoissant, un roman à l’atmosphère lourde, tendue, un roman réaliste, un Londres parfaitement maitrisé, un travail de documentation colossal pour nous en rendre la quintessence et nous créer une atmosphère où il ne manquait plus que la puanteur des quartiers de l’East End.

Il ne s’agit ni des riches ni des pauvres, mais de tous les hommes. Nous aimons la nuit et ses sortilèges. L’histoire de Jack l’Éventreur nous fascine car nous avons hérité du goût de nos ancêtres pour le sang. Nous le glorifions dans nos contes et légendes, et nous le moralisons dans nos fables. Mais il est là, il rode, jamais bien loin de nos consciences, et il suffit de pas grand-chose pour l’exalter à nouveau et qu’il reprenne possession de nous. C’est pourquoi nous faisons tourner les tables et écrivons nos histoires gothiques. Forts de notre progrès, de notre science et de notre positivisme, nous nous sentons coupables de ressentir toujours cette attirance. Avec la mort, ce goût du sang est l’unique lien que riches et pauvres partagent.

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Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, Challenge British Mysteries chez My Lou Book et Le Mois anglais 2016 (Saison 5) chez My Lou Book et Cryssilda.

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Élémentaire Mes Chers Parents – Le Théâtre de Sherlock Holmes : François Pardeilhan

Titre : Élémentaire Mes Chers Parents – Le Théâtre de Sherlock Holmes

Auteur : François Pardeilhan
Édition : Patient Résidant (2013)

Résumé :
L’arrivée inopinée d’un parent dans la maison des Holmes va amener un grand bouleversement. Enjôleur mais aussi homme d’affaires, ce dernier mûrit un projet audacieux.

Ajoutez à cela l’apparition de vieilles connaissances aux intentions douteuses, dans une petite ville pourtant si paisible, il n’en fallait pas davantage pour déclencher un tourbillon d’événements étranges.

Le commissaire Laborde, malgré sa réticence, vient quérir quelques avis auprès du jeune Sherlock.

Violet et Siger Holmes voient leur salon envahi par une population mondaine et insolite, ne sachant plus à quel saint se vouer sinon à leur phénomène de fils.

Dans une confusion de faits, tout est sous nos yeux. Alors comme disait le maître des détectives : « Vous voyez mais vous n’observez pas ! »

Cet ouvrage renoue avec la tradition chère à Arthur Conan Doyle qui consiste à écrire un texte pour le théâtre avec la richesse de détails d’une nouvelle, comme il le fit avec « Le diamant de la couronne » qui deviendra « La pierre de Mazarin ».

Critique : 
Un Sherlock Holmes en pièce de théâtre, pourquoi pas ? Bien que j’ai eu un peu de mal au départ à lire les dialogues repris sous leur forme théatrale.

Malgré tout, c’est 154 pages pétillantes et savoureuses à lire, surtout grâce aux répliques acides du père de Sherlock envers son beau-frère. Et vous savez tout comme moi que « ♫ on choisit ses copains, mais rarement sa famille ♪ ».

On découvre dans ces pages un Sherlock de 18 ans, en compagnie de ses parents, Sieger et Violet. Il est à noter que canoniquement parlant, nous en savons peu sur les parents de Holmes : ils sont des petits propriétaires terriens et la grand-mère maternelle de Sherlock était la sœur du peintre Vernet.

Les prénoms des parents sont issu du fruit des déductions holmésiennes.

Notre jeune détective en herbe a déjà commencé à enquêter sur des petits mystères et fait le désespoir de ses parents car, à force de dévoiler à voix haute ses déductions sur leurs invités, il les a fait tous fuir.

— La semaine dernière encore, notre ami Lord Barthon se trouva bien embarrassé lorsqu’il dut justifier devant son épouse de la magnifique blague à tabac qu’il arborait fièrement. Ton fils [Sherlock] venait de l’en féliciter en disant qu’elle portait les mêmes armes que la comtesse Astrid avec qui il partage ses chevaux de course. Je pourrais te citer plusieurs cas où depuis la rencontre avec ton fils, nombre de nos connaissances ne sont plus revenues à la maison.

— Depuis maintenant plus de deux ans, c’est devenu une tradition que mon fils se livre systématiquement à une analyse détaillée de chaque visiteurs de cette maison. Je ne te ferai pas la liste de tous ceux que tu as contrariés avec tes remarques mal à propos sur leurs agissements, leurs fréquentations, leur passe-temps et tant d’autres choses.

L’arrivée du frère de madame Holmes bouleverse monsieur Holmes car il n’aime pas cet espèce de pique-assiette, et encore moins depuis que ce dernier a séjourné à la prison de New Gate.

— Oh ! Je suis contente de te voir. Londres ne te réussit pas, tu es bien pâle ! [Violet Holmes à son frère, Barnett]
— C’est ce que j’ai dit à ton frère, c’est vrai que le manque de soleil ajouté à l’humidité des murs de certaines pensions, cela n’arrange pas les choses. [Siger parlant à son épouse et lançant une pique à son beauf’]

— Cher Siger ! Quel plaisir de vous revoir. Je vous trouve une mine superbe. [Barnett, frère de Violet Holmes]
— Je ne dirais pas la même chose de vous !
— C’est vrai que Londres n’est pas conseillé pour son climat et ce n’est pas non plus l’endroit idéal pour prendre de belles couleurs.
— Tout dépend où l’on s’exhibe. L’intérieur de la très célèbre prison de New Gate est moins exposé au soleil que la fontaine de Trafalgar Square.
— Allons chez Siger, vous n’allez pas me reprocher quelques erreurs de jeunesse. Tout cela est du passé, aujourd’hui les choses ont bien changé pour moi.

Si le père de Holmes a la tête sur les épaules, la mère est un peu bêbête en présence de son frère, refusant de le voir tel qu’il est : un escroc doublé d’un coureur de jupons.

Bête au point de faire abstraction du fait que c’est son époux qui a dû éponger la dette de 5.000£ contractée par le frère, en leur nom à eux ! Rien que pour ça, avec moi, il valserait par la fenêtre ou serait accueilli avec du plomb !

Mais le frangin est accueilli par sa sœur et prend ses aises dans la maison des Holmes, soutenu par sa sœur, aveuglée par l’amour fraternel.

— Oh Siger ! Comme me le faisait remarquer mon frère, ce salon de jardin n’allait pas du tout avec notre intérieur, tandis que ce bureau convient parfaitement avec le style que tu as toujours voulu donner à cette maison.
— Bien sûr, cela ne fait que trois mois que M. Barnett est ici et déjà il s’est immiscé dans notre vie à tel point que c’est lui qui décide de ce qui va ou ne va pas dans notre maison.

Le frangin, lui, c’est un charmeur, sans doute à la Arsène Lupin, parce que toutes les dames tombent en pâmoison devient lui, même la bonne ! En sa présence, tout le beau sexe devient bête à manger du foin.

Quant à Sherlock, il a déjà une partie de ses futures manies, mais pas encore cette distance avec les gens. Bref, je l’aime aussi ainsi.

— Il y a d’autres manies qui j’espère lui passeront aussi mais j’en doute. [Siger Holmes]
— À quoi fais-tu allusion ? [Violet Holmes]
— Oh, à pas grand-chose ! À ses promenades solitaires qui le mènent on ne sait où, à ses expériences qu’il poursuit dans sa chambre avec le microscope du Lycée que lui a prêté un professeur. Jeannette a refusé à plusieurs reprises d’aller nettoyer sa chambre à cause des odeurs dues aux objets insolites qu’il examine. Je ne parle pas des articles de journaux, français ou anglais qu’il collectionne sous forme de piles, pas plus que les tenues de toutes sorte dont il s’affuble parfois, prétextant faire une surprise à un ami alors que je ne lui connais pas d’amis.

Le roman est agréable et se lit tout seul. L’enquête est sympathique et j’ai vu venir les escrocs de loin, tout comme Sherlock. Les autres n’avaient rien vu venir.

Sherlock, lui, il observe et il déduit ! Mais il ne « devine » jamais.

— Oh ! Monsieur Sherlock, comment faites-vous pour tout deviner ?
— Je ne devine pas, Jeannette, j’observe et je déduis.
— Mais il ne s’est rien passé et je n’ai encore rien dit.
— Certes Jeannette mais il y a des silences qui en disent d’avantage que des longs discours.

 Et niveau déductions, il était déjà bien rôdé !

— Père, il me semble que tu as égaré ton pince-nez et cela te pose quelques problèmes pour lire ton journal. Humm ! Raisonnons. Tu le poses toujours sur la table basse, là où Jeanette met les journaux. Comme à ton habitude, tu as dû prendre le Times que tu as commencé à lire, puis Jeanette a apporté le courrier que vous vous êtes partagés. Tu as lu le tien, c’est alors que mère t’as sans doute parlé d’un sujet qui t’a interpellé. Après un échange quelque peu tendu, tu t’es levé, toujours ton courrier en main, tu as marché dans la pièce tout en t’agitant, puis sur un geste d’agacement tu as enlevé ton pince-nez, tu es revenu vers le canapé avant de jeter ces lettres sur la table.

Dommage que cela n’ait pas été plus « caché », mais le fait que ce soit une pièce explique peut-être cela : le public est mis dans la confidence, voit tout, mais les protagonistes, eux, ne voient rien.

Comme par hasard, le chef de la police est toujours fourré chez Sherlock pour demander assistance, mais une fois l’affaire résolue et tous les honneurs pris, il rabroue Sherlock comme s’il n’était qu’un gamin, alors que sans lui, son enquête, il ne l’aurait jamais résolue !

Une bouffé d’air frais après un roman fort sombre qu’était mon précédent.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), au Challenge « Polar Historique » de Sharon, au Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, au « Mois anglais III » chez Titine et Lou, au Challenge « Victorien » chez Arieste, au Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, au Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et au « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Metaphore.

CHALLENGE - Ma PAL Fond au soleil

Oscar Wilde et le cadavre souriant : Gyles Brandreth [Saga Oscar Wilde 3]

Titre : Oscar Wilde et le cadavre souriant                big_3

Auteur : Gyles Brandreth
Édition : 10-18 (2010)

Résumé :
En 1883, Sarah Bernhardt et Edmond La Grange dominent le théâtre mondial.

Déterminé à faire fructifier sa renommée naissante après sa triomphale tournée américaine, le jeune Oscar Wilde se rapproche de ces deux monstres sacrés.

Installé à Paris, il travaille avec La Grange à une nouvelle traduction d’Hamlet qui promet de faire des étincelles. Mais pour l’heure, elle fait surtout des victimes…

La compagnie La Grange est frappée par une série de disparitions mystérieuses, et Oscar Wilde est bien décidé à en trouver le responsable.

Entre jalousies artistiques, vices cachés et secrets de famille, le poète dandy découvre l’envers peu reluisant du décor flamboyant du Paris fin-de-siècle.

Critique :
Oscar Wilde a trouvé un cadeau original pour l’anniversaire de Conan Doyle : un manuscrit. Et pas n’importe lequel… Un récit racontant sa « première enquête » avec, à la clé, des meurtres à élucider !

– Comme je l’ai dit, Arthur, c’est un cadeau de Noël. L’an passé, vous m’avez offert « Le Signe des Quatre ». Voici mon présent pour cette année. C’est un manuscrit… et un défi. Cette histoire date de ma jeunesse. Il s’agit d’un compte-rendu d’un an et demi de mon existence, il y a de ça bien longtemps maintenant. […]

Oscar lui offre donc le récit de son escapade aux États-Unis entre décembre 1881 et décembre 1882, ainsi que le compte-rendu du séjour qu’il effectua ensuite à Paris, lorsqu’il travailla avec Edmond La Grange sur une nouvelle traduction d’Hamlet qui promettait de faire des étincelles.

Elle fit des étincelles, en effet, mais elle fit surtout des victimes !

La compagnie La Grange se retrouve confrontée à trois morts violentes : Suicides ? Accidents ? Meurtres ? En tout cas, Wilde est bien décidé à en trouver le responsable, si elles ne sont pas accidentelles.

Le manuscrit se terminera par les explications de Wilde quand aux quatre morts suspectes (oui, une de plus).

– Il s’agit d’une histoire vraie, Arthur. J’imagine que vous pourriez la qualifier d’énigme criminelle. Il est impossible de la publier, du moins de mon vivant. De nombreux passages sont diffamatoires, d’autres licencieux, et le texte est pour l’instant incomplet. Le manuscrit est inachevé : il manque le dernier chapitre. J’aimerais que vous le lisiez, Arthur. N’omettez aucun mot, même si certains vous choquent. Si vous le souhaitez, vous pouvez le montrer à votre ami Sherlock Holmes. Il est d’une autre trempe. Puis, une fois que vous l’aurez lu et que vous y aurez longuement réfléchi, j’aimerais que vous me disiez ce que devra révéler selon vous le dernier chapitre.

Mais est-ce bien là toute la vérité sur ces morts étranges, monsieur Doyle ? Votre perspicacité nous sera bien utile afin de découvrir si votre ami Oscar n’a pas camouflé une partie de ses conclusions.

– J’ai été négligent, mais pensez à ce que je suis, Robert, et essayez de me comprendre. Je suis un conteur, un auteur dramatique. Il me faut garder mes lecteurs en haleine jusqu’à la dernière page, tenir mon public sur le bord de son siège jusqu’au baisser de rideau. J’ai besoin d’un dénouement. Ne me privez pas de mon coup de théâtre.

Ce troisième opus nous montre un autre pan de la vie de Wilde, nous faisant découvrir son voyage en Amérique, sa vie à Paris alors qu’il n’a que 27 ans et sa rencontre avec son ami et biographe : Robert Sherard. Sans oublier d’autres personnages importants, telle Sarah Bernhardt.

Par contre, comparé au deuxième tome qui avait une mort violente quasi dans les premières pages et un rythme assez relevé, ici, il faut attendre la page 136 pour la première mort « humaine », la toute première de la page 68 étant animale.

Les suivantes ne se produiront que dans le début des pages 300…

Le style d’écriture est agréable, ni gnangnan, ni alambiqué; les personnages sont attachants, surtout Wilde; on a de l’humour, des bons mots; de la fiction mélangée à beaucoup de vérité et quelques rebondissements à la fin : je viens de passer un bon moment de lecture.

– Pardonnez-moi ce retard, s’excusa le docteur en se dégageant des bras d’Oscar. Le train de Southsea a été arrêté. Un corps sur la voie. Regrettable accident.
– Certains feraient n’importe quoi pour éviter de passer Noël en famille, murmura Oscar.

Par contre, le livre est déconseillé aux lecteurs qui sont à la recherche d’un rythme trépidant… La lenteur de l’histoire pourrait les faire soupirer, bien que moi, je ne me sois pas embêtée…

Effectivement, pour les lecteurs qui veulent suivre les pas de Wilde aux États-Unis et à Paris, boire de l’absinthe avec lui, pénétrer dans les coulisses du théâtre La Grange, arpenter les petits caberdouches de Paris, tel « Le Chat Noir » ou manger une salade de homard en compagnie de Conan Doyle, au Baker Street Bazaar de Madame Tussaud, juste après la visite de la Chambre des Horreurs, c’est du pain béni.

En soixante ans d’existence, le Baker Street Bazaar n’avait sans doute jamais connu une telle affluence qu’en cette journée. Trente mille personnes avaient fait la queue pour découvrir la dernière attraction de Madame Tussaud : la réplique exacte du petit salon dans lequel, à peine dix semaines auparavant, Mary Eleanor Pearcey avait battu à mort la femme de son amant et le bébé de cette dernière.
Elle avait entassé les corps de ses malheureuses victimes sur le landau du nourrisson et les avait abandonnés sur un terrain vague de Kentish Town, non loin de son domicile.
John Tussaud avait dépensé deux cent livres, soit le prix d’une petite maison, pour acquérir la voiture d’enfant et d’autres souvenirs du crime, parmi lesquels le gilet taché de sang de la meurtrière et le bonbon que suçotait l’enfant au moment de sa mort.
Cet investissement se révéla fort fructueux. À cette époque, l’entrée du Baker Street Bazaar s’élevait à un shilling par personne.

L’auteur est un inconditionnel d’Oscar Wilde et on le ressent dans ses romans qu’il connaît très bien le célèbre dandy. Grâce à sa connaissance profonde de l’œuvre et de la vie du poète, il nous restitue le génie du personnage avec brio et nous entraîne sur ses pas, dans des enquêtes hors du commun.

Quant à la figure de cire au musée de Madame Tussaud, représentant un criminel qui sourit en dévoilant les dents du bas, il est clair que vous devez vous en méfier !

Ne faites jamais confiance à un homme dont le sourire dévoile les dents inférieures, même si c’est une figure de cire ! Elle est tout de même exécutée d’après nature ou à partir du cadavre…

C’est Oscar qui nous le dit et il avait raison !

Livre participant aux Challenges « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), « Polar Historique »de Sharon (reprise du challenge de Samlor)« I Love London 2 » de Maggie et Titine,  « Victorien » chez Arieste et  « XIXème siècle » chez Netherfield Park.

Le mystère Sherlock Holmes : Pièce de théâtre

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« Le mystère Sherlock Holmes » de Thierry JANSSEN

Mise en scène : Jasmina DOUIEB
Costumes : Ronald BEURMS

Avec :
Nicolas OSSOWSKI (SHERLOCK HOLMES)
Othmane MOUMEN (WATSON)
Ana RODRIGEZ (IRENE ADLER)
Jo DESEURE (LA COMTESSE)
Gérald WAUTHIA (OSWALD)
Thierry JANSSEN (RICHARD)
Didier COLFS (LESTRADE)

Quand : Du jeudi 18 avril au samedi 18 mai 2013

Où :Théâtre Royal du Parc, rue de la Loi, 3 à 1000 Bruxelles

2356227217.3Et oui, désolé de vous apprendre que c’est trop tard et que vous ne pourrez pas voir cette super pièce… Moi même, je suis allée la voir durant le long week-end de l’ascension et là, c’est fini…

Bon, pour que vous séchiez vos larmes, je vais vous parler de la pièce et vous dire tout le bien que j’ai pensé d’elle.

Parce que, il faut dire une chose, il n’est pas évident de rallier des spectateurs de tout âge avec une pièce sur le détective le plus célèbre.

Thierry Janssen, le metteur en scène y est parvenu, réussissant le tour de force de plaire à une holmésienne telle que moi et de plaire aussi à mon homme,  néophyte en la matière. La seule différence étant que moi j’ai repéré les adaptations non canoniques et pas lui…

L’année dernière, ils avaient proposé « Le tour du monde en 80 jours », qui avait été un succès.

Avec « Le mystère Sherlock Holmes », ce talentueux adaptateur a mis en scène un spectacle populaire, de qualité, bourré de rebondissements et d’humour, épicé d’un brin de grand guignol, mâtiné d’univers à la Tim Burton et Lewis Carol, d’un soupçon de fantastique enfermé dans un huis clos, d’une touche de sensuel, de références canoniques, de références à d’autres films, le tout baignant dans le sang et le mystère plus épais que le smog londonien.

Moi qui suis une mordue de Sherlock Holmes, je me suis régalée et mon homme aussi.

Avantage ? La pièce, vous ne la verrez nulle part parce qu’il n’a rien adapté ou pompé une intrigue déjà existante. Non, il a tout écrit ! Na !

Au commencement de la pièce, il était une fois Sherlock Holmes qui était revenu de son Grand Hiatus et qui, n’ayant plus Moriarty sous la main, s’emmerdait ferme.

Watson fut bien tenté de le faire lever de son fauteuil où il était engoncé, la seringue dans son bras presque enfoncée. Mais Holmes a encore de la vivacité, bien qu’il vive dans la fumée, avec les rideaux tirés.

Premières impressions des personnages : Holmes est grand, athlétique, bien que sa figure soit maquillée trop blanche.

Watson, plus petit, mince, moustache, horrible costume, mais je le trouve sexy et j’ai bien aimé son rôle de garde-fou du détective, son rôle d’ami, même si Holmes lui répète à l’envi qu’il n’est pas son ami.

Watson ne veut pas qu’il se drogue et leur passe d’arme à la canne bouge dans tous les sens. Dès le départ, le rythme est là.

Petite psychanalyse à la Freud ?

Arrive Irène Adler pour un pas de danse avec l’homme du 221b. Là, bien que la scène soit sensuelle, je n’ai pas aimé l’actrice, sa manière de parler, d’en faire trop, et la robe qu’elle portait, bien que l’échancrure ait dû ravir les premiers rangs, elle n’était pas victorienne.

Mention spéciale à l’inspecteur Lestrade qui mérite une invitation à un prochain dîner de cons… Lapsus dans ses expressions, nous sortant des « ne pas chercher Médée à quatorze heures » ou « on n’est pas sorti de l’asperge« , jonglant maladroitement avec les mots, les tordant dans le mauvais sens, se moquant bien du style.

Il est drôle et il jalouse Holmes parce qu’il ne lui arrivera jamais à la malléole.

Si le commissaire Lestrade débarque à Baker Street (sans savoir que Holmes est vivant – on ne lui dit jamais rien), c’est parce qu’il a un mort sur les bras et que, comme d’habitude, il ne sait pas comment résoudre son enquête.

Une enquête ? Voilà le mot magique qui va booster le moral de Sherlock Holmes. Bien que lorsqu’il apprend l’endroit du crime, il se doute qu’il doivra affronter ses vieux démons…

Je vous explique la future enquête qui va se dérouler dans une ambiance angoissante : nous sommes le soir de Noël et notre petit monde (Irène comprise) file en barque vers l’île.

620658815Cette île possède un manoir et c’est là que Sherlock a passé son enfance.  Enfance que l’on doute brisée par quelque chose de grave.

Mais en ce qui nous concerne, c’est le comte Arthur Blackmore a été trouvé mort au pied de la falaise… Suicide ou meurtre ? Je ne vous gâche pas la surprise de ce que Holmes vous apprendra sur le comte.

Où est l’angoisse ? *roulement de tonnerre* C’est une île que l’on dit maudite, elle serait, selon la légende, sise sur la Bouche des Enfers *roulement de tonnerre* et elle est constamment envahie par les brumes (qui ne comptent pas pour des prunes).

De plus, on accède à cette île maudite à l’aide d’un passeur encapuchonné dans un sinistre manteau… Ce mec fait froid dans le dos lorsqu’il tend la main pour recueillir son obole.

Le huis clos ? L’île se retrouvera cernée par les glaces… Coupée du monde !

Je vous avais parlé de l’ambiance à la Tim Burton sur scène et dans l’adaptation ? Oui, et bien, j’vous explique plus en détail :

Avec la rencontre du fils du châtelain, Richard Blackmore, en version chapelier fou et taxidermiste dingue, on ne pouvait pas mieux tomber. Mr. Lewis Carroll fut son professeur de littérature. Suite à un traumatisme violent, le jeune comte infortuné n’a jamais grandi. Il est un peu innocent, simple d’esprit, sporadique… Thierry Janssen endosse ce rôle magistralement.

3362515160.4Sa mère, la mystérieuse comtesse Margaret Blackmore (et épouse du défunt Arthur), est une parfaite silhouette Timburtonienne qui cache à tous un passé inavouable. Flanquée d’Oswald, un majordome monstrueusement bossu et d’un chien nommé Cerbère, pour parachever l’ambiance fantastique.

600503442Quoi de mieux pour faire remonter à la surface les blessures de l’enfance de Sherlock ?

La belle Irène ? Oubliant Holmes, elle se métamorphose en une vamp sensuelle en quête d’hommes à croquer ou de bijoux à dérober, dans l’ordre ou le désordre. Dans le rôle, Ana Rodriguez m’a moins convaincue que les autres.

Et c’est parti pour un autre moment de folie, sans temps mort, mais où les cadavres se suivent à la queue-leu-leu !

Le château est macabre, le parfait décor pour des incantations sataniques ou des étranges rituels de magie noire.

1036181541On se croirait dans Alice au pays des Merveilles avec le Chapelier fou qui s’amuse à servir le thé, sans oublier des allusions au Docteur Jekyll et Mr. Hide et au mythe du Cthulhu, de Lovecraft. Les références sont trop nombreuses et il faudrait une seconde vision pour tout repérer.

En quelques mots, il y a des squelettes dans les placards, les gens perdent la tête, les cadavres disparaissent et Sieger, le fantôme du père de Holmes erre sur la lande…

Voici Sherlock Holmes à la recherche de ses racines, tentant de résoudre le nouveau mystère et un ancien, que je ne dévoilerai pas. Il lutte contre la figure paternelle, ressentant des bouffée de nostalgique de l’amour maternel.

L’homme de Baker Street doit affronter le déferlement de ses émotions : « Tous ces souvenirs m’empêchent d’y voir clair. Je ne sais plus qui je suis » nous dira-t-il.

Oui, Sherlock Holmes, bien qu’il le cache, nous laisse apercevoir une part de son humanité, celle qu’il cache bien.

« Te crois-tu assez courageux pour vaincre tes propres démons ? » demandera Violet, la mère de Sherlock Holmes, dans un rêve.

Non, on ne connaît pas le véritable nom des parents de Holmes, mais les holmésiens sont partis du principe que si Holmes, durant le Grand Hiatus, a choisi de voyager sous le nom de Siegerson, c’était en référence au prénom de son père « Sieger » puisque son nom voudrait dire « Le fils de Sieger ».

Quand à la mère et son prénom « Violet », cette hypothèse vient du fait qu’une bonne moitié de ses clientes se prénomment Violet et que c’était le prénom de la mère de Conan Doyle.

Certes, l’auteur prend des libertés avec l’enfance du héros. Le tout est supposé, puisque nous savons peu de chose… Pour ne pas dire rien. C’est ici que l’holmésien fera la différence avec le non-initié.

Les ingrédients d’un bon moment sont donc tous réunis pour le plus grand plaisir des grands : crime, sang, vengeance, jalousie mortelle, des passages secrets menant droit aux Enfers débordants de flammes dévorantes, mystère et introspection au son d’un violon tout aussi endiablé…

Oui, tout est fait pour terroriser et pour plaire à un public friand de mystérieux et de macabre.

Attention, ne mangez rien, les mets sont empoisonnés ! Quant au cake à la carotte de la mère de Sherlock, c’est sa madeleine de Proust.

4105198077Une enquête parsemée de cadavres et de fausses pistes… Mais sont-elles si fausses que ça, les pistes ? Holmes a l’air de patiner un peu sur cette enquête, se faisant prendre à partie par l’inspecteur Lestrade.

Ah, Lestrade n’en a pas fini de jalouser l’intelligence du grand Sherlock Holmes qui possède cette mémoire étonnante et cette logique tellement prompte  et … intuitive.

Nous aurons même droit à certaines interrogations que la plupart des holmésiens se sont posées un jour, que certains auteurs ont mises en scène (L’ultime défi de Sherlock Holmes). Une fois de plus, cela ravira l’holmésien, quel que soit son niveau (les niveaux 7 à 10 ne doivent pas oublier de prendre leurs pilules).

Thierry Janssen s’inspire de l’œuvre d’Arthur Conan Doyle, multipliant les clins d’œil au canon holmésien, aux films et séries, entrant aussi dans le terrier de « Alice » et faisant référence à la « Chasse au Snark » (toujours de Lewis Caroll).

J’ai adoré Holmes (Nicolas Ossowski) qui a une allure parfaite, très calme,  très britannique  et qui convient  bien  personnage de Sherlock.

Un tonnerre d’applaudissement aussi pour Watson (le jeune Othmane Moumen) et son agilité de cabri, sa bienveillante patience et son amitié indéfectible, car Sherlock Holmes est plutôt rugueux malgré ses apparences de Dandy : « Seule la logique vous sauve de l’ennui ».

Lestrade souffrira d’irritation chronique devant tant de suffisance. Lestrade, notre enquêteur  maladivement jaloux de Sherlock Holmes et totalement dépourvu d’imagination.

Pas d’hérésie canonique non plus avec des ustensiles inadaptés : Holmes et Watson porteront une grande cape, pour aller sur l’île, mais pas un vilain macfarlane. J’aurais bien piqué leurs capes à la fin de la représentation, d’ailleurs. Juste un petit deerstalker passe-partout et pas l’horrible que nous voyons dans certains films.

Oui, l’univers de Conan Doyle était bien présent, mâtiné de celui d’autres.

Un final on ne peut plus inattendu, mais tout à fait plausible. « Inattendu » dans cette pièce, mais j’avais déjà lu de pareils scénarios… cela ne m’a pas empêché de le savourer.

Même la musique était bien trouvée. Heureusement, une mauvaise musique aurait fait foiré l’excellente mise en scène.

Les coups de tonnerre et les éclairs sont de la partie, les coups de feu tirés dans le mur aussi, ainsi que les musiques d’épouvante. A croire que le tout fut savamment orchestré par … le Diable  lui-même.

Dans cette pièce, les surprises déferlent dans un rythme infernal, « à en avoir la chair de poulpe » selon le mot de l’inspecteur Lestrade, qui se gorge de lapsus drolatiques.

Il y a une accumulation de procédés qui donneront à cette mise en scène un côté satirique très désopilant et le texte est bardé d’humour et de parodies savoureuses qui a tenu le public en haleine.

MAGNIFIQUE !

Allez, deux p’tit extraits :

Sherlock Holmes : Je ne suis qu’un mensonge ! Une erreur ! L’Enfant d’un ange et d’un démon !!!
Lestrade : Vous aussi vous croyez à ces légendes ?
Sherlock : Absolument pas. C’est juste pour l’atmosphère !

****

Sherlock : Ces traces confirment qu’on a bien traîné ici les corps du Comte et d’Oswald. Sentez-vous ce courant d’air ? Ce passage secret ouvre sur l’extérieur.
Watson : Aïe !
Sherlock : Quoi ?
Watson : Je me suis brûlé avec la cire.
Sherlock : Vous êtes plus douillet qu’une femme ! Approchez votre flamme par ici, près de la roche. Vous voyez ?
Watson : Qu’est-ce que c’est ?
Sherlock : Des symboles cabalistiques. Ces dessins m’ont l’air très anciens. Ils datent certainement de bien avant la construction du Manoir.
Watson : Mais où  sommes-nous ?
Sherlock : Dans la Bouche des  Enfers !!!
Watson : Bon sang de bonsoir !
Sherlock : Silence !