Fondu au noir : Ed Brubaker et Sean Phillips

Titre : Fondu au noir

Scénariste : Ed Brubaker
Dessinateur : Sean Phillips
Édition Originale : The Fade Out (2016)
Traduction : Doug Headline

Édition : Delcourt Contrebande (2017)

Résumé :
Un film noir dont les scènes doivent sans cesse être retournées… Un scénariste de cinéma traumatisé, alcoolique et détenteur d’un terrible secret… La mort suspecte d’une starlette…

Un directeur de studio hystérique prêt à tout pour boucler ses films avant l’effondrement de l’âge d’or du cinéma. Fondu au noir est un thriller hollywoodien où il est question de course à la célébrité, de sexe et de mort !

Critique :
C’est encore à cause de « Actu du noir » que j’ai découvert ce comics et une fois de plus, je dois dire merci à Jean-Marc pour le bon tuyau (je vais devoir l’appeler Jean-Marc-Les-Bons-Tuyaux maintenant).

Hollywood, 1948.

L’envers du décor, comme dans « La vallée des poupées »…

Vous imaginez bien qu’on va oublier le strass et les paillettes pour plonger dans les alcools forts, les coups de pute, le chantage et on va même ajouter la chasse aux Rouges.

Pour certains paranos, la chasse aux communistes était l’activité principale, la seule chose qui valait la peine que l’on traque.

Le cinéma et la littérature ont payé un lourd tribu à cette chasse aux sorcières, des acteurs, producteurs, auteurs,… s’étant retrouvé sur la liste noire (pour des rouges… le rouge et le noir ?), bien souvent sur dénonciation.

Ne jugeons pas trop vite les dénonciateurs, ce comics nous démontre (pour ceux qui ne le sauraient pas encore) que l’on n’a pas toujours le choix de fermer sa gueule.

Le corps sans vie d’une star de cinéma est retrouvé, elle a été assassinée mais on fait passer son meurtre pour un suicide et hop, affaire bouclée. Sauf pour Charlie Parrish qui n’y croit pas une seule seconde.

Ce comics noir, c’est une enquête brumeuse, un retour en arrière dans les souvenirs imbibés d’alcool de Charlie, scénariste incapable d’écrire une ligne depuis son retour de la guerre. Charlie, c’est le gars sympa, le copain des filles, celui qui a failli gagner un Oscar pour un de ses scénarios, celui qui est revenu de la guerre avec des horreurs plein la tête.

Charlie n’est pas le seul à être torturé, tout le monde a ses petits secrets, certains ont les moyens de les garder sous une chape de plomb, d’autres non et sont victime de chantage. La chasse aux Rouges se fait à n’importe quel prix et ceux qui chassent les sorcières ne regardent pas à la casse.

Les dessins sont excellents, sombres, réalistes, old school et on se surprend à faire des parallèles entre les vedettes croisées dans les pages et celles de la réalité.

Ce comics, c’est aussi de la politique avec le maccartysme et de l’intrigue avec Hollywood et mes magouilles de producteurs pour tenir leurs vedettes, faire le ménage quand ça dérape…

C’est intriguant, mystérieux et glaçant de regarder derrière le décor pour y voir les coulisses. On devrait fermer les yeux mais c’est plus fort que nous, on zieute et on les ouvre bien grand.

Hollywood ne sort pas grandi de ces pages, mais nous savions depuis longtemps que ce n’était pas le monde des Bisounours caracolant sur des arc-en-ciel, bouffant des papillons et chiant des petits poneys. Ou était-ce le contraire ?

Anybref, toi qui pousse la porte des studios de cinéma, respire un grand coup, rase les murs, ne cherche pas à devenir une vedette et si tu peux, fuis, pauvre fou (folle).

Mais avant de foutre ton camp avec tes jambes à ton cou, prends la peine d’ouvrir et de lire ce comics qui t’en donnera pour ton argent niveau enquête alambiquée où tu ne sauras plus très bien qui est coupable, qui est innocent et si les hypothèses sont bien les bonnes… Dans la vraie vie, il reste toujours des zones d’ombre, des non-dits, des mystères pas tout à fait résolus.

Un comics épais comme un café noir et lourd, mais il vaut bien une luxation du poignet !

PS : les personnages de « La vallée des poupées » sont des anges à côté de ceux qui gravitent dans ce comics…

PS 2 : Merci à Jean-Marc de m’avoir donné envie de découvrir ce comics (ce n’est pas le premier, j’ai une ardoise chez lui comme c’est pas possible !!) et il en parlait ICI.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°70] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

 

La mort du petit cœur : Daniel Woodrell

Titre : La mort du petit cœur

Auteur : Daniel Woodrell
Édition : Rivages Noir (2002/2018)
Édition Originale : The Death of Sweet Mister (2001)
Traduction : Frank Reichert

Résumé :
Shuggie Atkins est un adolescent solitaire et obèse. Sa mère l’appelle son « petit cœur ». Son père le traite de « gros lard » et le force à s’introduire au domicile de grands malades pour y voler les « drogues » qui leur sont prescrites.

Shuggie accepte, pour l’amour de cette mère qui ne cesse de le provoquer sexuellement sans avoir l’air de s’en rendre compte.

Tout cela est supportable jusqu’au jour où Jimmy Vin Pearce, un grand et bel homme, surgit dans le paysage au volant d’une magnifique T-Bird…

Critique :
On pourrait renommer ce roman en « Chronique d’un anéantissement programmé d’un ado ».

Effectivement, ce roman noir est poisseux, il colle aux doigts, il est toxique, il est glauque, tout en restant assez pudique, sans sombrer dans le pathos et sans jamais porter de jugement.

La famille Atkins, ce serait du pain béni pour les services sociaux et tout ceux qui étudient les cassos car là, on est tombé chez des champions du monde !

Entre Red, le père qui traite son fils (si c’est bien son fils) Shuggi de gros lard et qui l’envoie cambrioler des maisons pour y voler des médocs et Glenda, sa mère, chargée de l’entretien du cimetière et qui ferait bander les morts tant elle joue de ses charmes avec tout le monde, même envers son fils… Quand je vous dis que c’est glauque !

Une fois de plus, les ingrédients étaient réunis pour me faire passer un bon moment avec ce roman noir bien serré, plus serré que le string de Glenda quand Red y fourre sa main.

L’Amérique profonde, l’univers particulier des Orzaks et un récit vu au travers des yeux d’un ado de 13 ans, un peu à la manière de « Un bikini de diamant » sauf que Shuggie n’est pas un innocent et qu’il a un regard cynique et sans illusions aucune sur le monde qui l’entoure.

Bardaf, encore une lecture où je suis passée à côté de tout ! Malgré le caractère ironique du récit, malgré le côté oppressant, malgré le comique de certaines situations (même elles ne prêtent pas à rire, dans le fond), je n’ai pas réussi à m’accrocher aux personnages et j’ai survolé la fin du roman, n’arrivant plus à me concentrer sur le récit.

Dommage parce que Woodrell est un auteur que je connais, dont j’apprécie les ambiances, la mise en scène des pauvres Blancs et qui m’avait fait vibrer avec ses autres romans (Un feu d’origine inconnue / Un hiver de glaceChevauchée avec le diable).

Il en fallait bien un qui au lieu de me coller aux doigts me tombe des mains.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°68] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

West Legends – Tome 1 – Wyatt Earp’s Last Hunt : Olivier Peru et Giovanni Lorusso

Titre : West Legends – Tome 1 – Wyatt Earp’s Last Hunt

Scénariste : Olivier Peru
Dessinateur : Giovanni Lorusso

Édition : Soleil (16/10/2019)

Résumé :
Hiver 1890. Des années après la fusillade d’O.K. Corral et la vendetta meurtrière qui l’a rendu célèbre, Wyatt Earp se rend à San Francisco.

Bien décidé à y faire enfin fortune grâce à Lucky Cullen, un vieil ami chasseur de primes qui y est devenu riche. Ce dernier l’a invité à le rejoindre pour mener à bien une grosse affaire.

En arrivant dans cette ville nouvelle qui ne cesse de produire des millionnaires, Earp déchante rapidement car il apprend que son ami a été assassiné.

Critique :
O.K. Corral, ça vous parle ? Les frères Earp aussi ? Non, rassurez-vous, nous n’aurons pas droit à une énième reconstitution de ce fameux massacre.

Les auteurs nous proposent ici une histoire mettant en scène Wyatt Earp qui va enquêter dans les rues de San-Francisco, sans Karl Malden et Michaël Douglas, bien entendu.

Pas dans une maison bleue adossée à la colline, non plus…

Lucky Cullen, un ancien pote l’a appelé mais quand Wyatt arrive, ce dernier est mort. Pas de bol, en effet. Mais Wyatt va se transformer en Sherlockk Holmes et enquêter dans les ruelles sombres de San-Francisco où il y a quelque chose de pourri.

Un cow-boy en ville, ça détonne. La majorité fixant la normalité vestimentaire, notre tueur de légende ne passe pas inaperçu et les gens le voient comme un cul terreurs, un vestige de la Frontière.

Si ces bien habillés allaient du côté de la Frontière, vu leurs beaux vêtements, on les traiteraient de pied-tendre et on les plongerait dans du goudron et des plumes.

Trêve de rigolade, notre chasseur de primes, notre tueur, n’est pas habitué à évoluer dans un tel décor urbain et là, il chasse un clone de Jack The Ripper, mais en version plus trash car lui a tué sur plusieurs états, à tué des hommes riches et les a fait souffrir à a manière des guerriers Comanches.

C’est glauque, gore et violent. On oublie le Wyatt Earp de Lucky Luke, ici, on je joue pas dans le même registre. Les dessins, qui sont dans le réalisme, sont bien exécutés, privilégiant les gros plans par rapport aux arrières-plans.

Vu comme une Légende vivante, les gens ne connaissent pas vraiment Wyatt Earp, le voient comme un homme à la taille gigantesque et comme la légende était plus belle que la réalité, on a imprimé la légende et il en est souvent victime.

L’enquête va révéler un foutu panier de crabe et le scénariste a été assez intelligent que pour brouiller nos pistes à tel point que l’on ne sait pas trop qui suspecter d’être l’assassin sanguinaire.

Avec 64 pages, on n’est pas volé sur le récit ! L’auteur peut prendre la peine de le mettre en place, de nous montrer la ville de San-Francisco, de faire enquêter Wyatt sans que cela tourne à 24h chrono.

Les scènes d’actions sont punchy, l’album a un bon rythme, oscillant entre le calme et le plus agité. Le tout avec un certain équilibre, afin de nous ménager des temps de pause pour récupérer. Les pages finales, elles, sont bourrées d’action et de rebondissements.

Cette bande dessinée est un western sans en être un puisque nous sommes en ville, un thriller puissant, une enquête policière menée par un chasseur de primes qui comprend vite que les forces de l’ordre ne cherchent jamais des poux dans la tête des nantis (rien n’a changé).

Nantis qui font ce qu’ils savent faire de mieux : magouiller plus pour obtenir toujours plus d’argent sans se salir les mains.

Une bédé sombre, très sombre. Bref, j’adore et j’ai grande envie de découvrir les albums suivants, consacrés, eux aussi, à une grande figure de l’Ouest et où on ne verra pas Billy The Kid manger des bonbons.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°39] et Le Mois Américain – Septembre 2020 – Chez Titine et sur Fesse Bouc.

Shelton & Felter – Tome 3 – Billy Bowman a disparu : Jacques Lamontagne

Titre : Shelton & Felter – Tome 3 – Billy Bowman a disparu

Scénariste : Jacques Lamontagne
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Kennes (octobre 2019)

Résumé :
Shelton, ancien boxeur devenu journaliste, et Felter, petit libraire hypocondriaque, s’associent afin de faire la lumière sur une série de mystères.

Critique :
Shelton et Felter, le duo d’enquêteurs les plus improbables et qui pourtant, marche à fond !

Shelton, montagne de muscle, ancien boxeur, pas toujours une lumière et Felter, le libraire hypocondriaque haut comme trois pommes avec un cerveau digne de Holmes et Poirot.

Les voici devant une disparition en chambre close, ou plutôt, en toilettes closes…

Désolée, on ne choisit pas le lieu de sa disparition… C’est dans les chiottes du Bell’s Tavern, que Billy Bowman, le nouveau batteur prodige des Red Sox de Boston, a disparu.

Pour les incultes du fond, les Red Sox ne sont pas un groupe de rock mais une prestigieuse équipe de baseball et le Billy a réussi douze home runs en six semaines.

Et il a disparu, enlevé… Mais comment ? Par où puisque personne ne l’a vu sortir des chiottes ?? Et surtout, par qui ?

Shelton et Felter, c’est une enquête, c’est l’Amérique des années 20 mais c’est aussi de l’humour avant tout ! Sans oublier d’incorporer, dans le scénario, le racisme américain, la ségrégation raciale, les mafias qui tirent les ficelles et magouilles les matchs.

Le tout dans des décors qui collent bien à l’époque.

Lire un album de Shelton et Felter, c’est l’assurance de passer un bon moment et de se torturer les méninges car l’auteur ne cherche pas la facilité dans ses enquêtes, nous embrouille un peu et comme Holmes, Felter ne nous dit rien avant la résolution finale.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°38] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

 

Chroniques des Vampires – 03 – La reine des Damnés : Anne Rice [Par Dame Ida, Boudin Blanc Certifié sans adjonction de sang animal]

Titre : Chroniques des Vampires – 03 – La reine des Damnés

Auteur : Anne Rice
Éditions : Pocket (1991/1999/2001/2012) / Fleuve Noir (2004) / Plon (2010)
Édition Originale : The Queen of the Damned (1988)
Traduction : Anne de Vogüe & Evelyne Briffault

Intro BABELIO :
Quand Lestat, vampire impie, libertin et suicidaire, s’improvise chanteur de rock pour hurler à la face de l’humanité sa condition de mort vivant, les mortels lui font un triomphe, sans imaginer une seconde qu’il ne leur dit que la vérité.

Mais, avec sa « musique à réveiller les morts », Lestat ne s’est pas seulement fait des ennemis parmi ses frères qui le considèrent comme un traître et se sont décidés à le détruire, il a aussi arraché à son sommeil millénaire Akasha, la Mère de tous les vampires, la reine des damnés. Akasha qui ne rêve

Résumé :
Si comme moi vous avez lu les deux premiers tomes de la saga d’Anne Rice (Entretien avec un Vampire et Lestat le Vampire) vous avez donc déjà fait connaissance avec quelques figures phares de la société vampirique imaginée par l’auteur.

Dans le premier volume, Louis, jeune aristocrate de la Nouvelle Orléans transformé en suceur de sang par Lestat déballait tout ce qui aurait dû rester secret à un journaliste, évoquant depuis sa transformation, sa quête éperdue d’explications sur le pourquoi du comment de ce qu’il est devenu et sa recherche de semblables capables de lui en toucher deux mots, vu qu’il s’était un peu brouillé avec Lestat en essayant de le détruire avec la complicité de la petite Claudia, petite vampirette qui serait restée âgée éternellement de six ans, si les vampires de Paris ne l’avait pas rôtie à la lumière du jour.

Dans l’autobiographie de Lestat (écrite par Anne Rice officiellement… mais on ne sait jamais… on sait bien que Conan Doyle ne fut jamais que l’agent littéraire du Dr Watson !) qui suivit, vous aviez eu un peu plus d’explications (quoi que…)…

Et avec le Tome 3, l’heure des révélations a enfin sonné. On y retrouvera quelques uns des personnages croisés lors des précédents volumes ainsi que quelques autres.

Or donc Lestat le vampire provocateur rompt la première règle des vampires en révélant l’existence de ce petit monde, d’une part en publiant son autobiographie, puis ensuite en devenant une star du rock qui prétend être un vampire (ce qui lui est très facile vu qu’il en est un), ce qui lui vaut un grand succès.

Et dans le petit monde des hématophages ça fait beaucoup de bruit car dans ses chansons, le voilà qu’il se met à révéler tout un tas de secrets, évoquant même l’existence du Roi et de la Reine des Vampires endormis quelque part depuis des millénaires en attendant leur heure, glissant au passage quelques provocations assez irrévérencieuses à leur endroit.

De fait, une partie de la communauté des vampires veut le tailler en pièce… et prévoit de lui tomber sur le dos pour son prochain grand concert d’Halloween…

Sauf qu’en attendant la Reine se réveille et quitte le sanctuaire où elle se reposait, vidant son mari de tous ses globules telle une sangsue au passage, et se met à la recherche de Lestat en tuant tous les vampires qu’elle croise sur son chemin, détruisant une à une les assemblées des anémiés anonymes qui dorment le jour…

Et puis c’est quoi tous ces gens, vampires ou mortels, qui font le même rêve de deux sorcières rousses identiques sur le point de bouffer les organes d’un cadavre fraîchement rôti ???

Bref ça craint pour le monde des vampires, et même pour le monde des humains ! Si vous voulez savoir à quel point on n’est pas passés loin de l’apocalypse et bien il vous faudra lire le livre.

Je ne voudrais pas qu’on me vide de mon sang, me décapite, me démembre et qu’on me brûle (dans l’ordre que vous voudrez) pour avoir spoilé tout de même !

Mon avis :
Or donc, jadis, il y a très longtemps, si longtemps que même un vampire de quelques millénaires peut admettre que ça ne date pas d’hier, j’ai été adolescente.

Cela remonte bien au siècle, que dis-je, au millénaire précédent.

J’ai lu alors les deux premiers tomes des Chroniques des Vampires qu’une amie m’avait prêtés.

Elle n’avait pas le troisième à sa disposition. Était-il déjà sorti ? Rien n’est moins sur puisqu’il date de 1990…

Mais peu importe ! Je m’étais dit qu’un jour je le lirai, bien que ma découverte d’autres romans de l’auteur (sur ses sorcières Mayfair et ses histoires de loups-garous) m’aient particulièrement déçue…

Une autre amie m’ayant prêté le dit volume, je l’ai donc parcouru pendant mes vacances n’ayant pas grand-chose de mieux à faire (c’est dire si mes vacances ont été un peu chiantes).

Ce livre fut une nouvelle déception. Et si lorsque j’avais découvert la saga elle ne comptait alors que trois tomes, j’ai eu la stupéfaction de constater récemment que celle-ci s’est allongée de 10 volumes supplémentaires (13 au total donc) depuis, faisant des cross-over avec sa saga des sorcières Mayfair par dessus-le marché.

Grâce à Wikipedia j’ai pu jeter un œil rapide sur les résumés de ces nouveaux opus dont le dernier date de 2018, et si j’ai été déçue avec la Reine des Damnés j’ai eu le souffle coupé en constatant que la suite s’aventurait sur des terres où la médiocrité flirte avec le foutage de gueule, Anne Rice me semblant juste exploiter une « rente de situation », pressant son filon jusqu’à l’épuisement de fans qu’elle prend pour de grands enfants un peu stupides, coincés à jamais dans l’adolescence et privés pour toujours du moindre sens critique.

Car en effet, comme je dis toujours, pour que le genre fantastique soit efficace auprès d’un lectorat cortiqué et exigeant, il faut encore qu’il reste suffisamment ancré dans un fond de réalité et ne s’en éloigne que progressivement (cf les romans du Maître King).

Avec Anne Rice on fonce tête baissée dans le délire, et plus on progresse dans la saga, plus ses personnages se trouvent dotés de capacités et dons exorbitants confinant à la toute-puissance au point que Dieu, s’il existe, n’a qu’à bien se tenir car il se trouve maintenant face à de sérieux concurrents.

Bref, j’en resterai là pour la suite de sa saga que je n’ai en réalité pas lue, les résumés m’ayant fait fuir définitivement… Et j’en reviens à la Reine des Damnés…

Evidemment… vous imaginez bien que la magie n’a pas fonctionné sur moi qui suis pourtant bon public avec les histoires fantastiques si elles sont bien traitées.

Ce livre est un des rares livres dont j’ai pu trouver que l’adaptation cinématographique est meilleure que le bouquin. Le film a fait l’impasse sur tout un tas d’histoires annexes et de développements métaphysiques pseudo philosophiques ou historiques afin de le réduire sa substance à son essence et c’est bien suffisant.

Ce faisant, l’histoire a aussi été quelque peu transformée ainsi que la fin, vu que certains personnages importants dans le roman en ont été carrément zappés. Et ce n’est pas plus mal.

Ce bouquin est d’une longueur atroce… Les vampires ont peut-être l’éternité devant eux, mais pas moi ! Mes vacances ont une fin ! Bref ça n’en finissait pas ! Et pourtant il ne fait que 500 et quelques pages ce satané bouquin. Quand le roman est bon ça passe vite 500 pages… Et pas là. Pourquoi ?

Et bien si elle a une imagination fertile et se révèle capable de concocter des intrigues qui pourraient être franchement passionnantes, Anne Rice a de sérieux problèmes en matière de construction et d’écriture.

Ses phrases construites au grès de ses associations d’idées dans certains passages vous perdent dans les pronoms au point qu’on ne sait régulièrement plus qui parle de qui…

Ces associations d’idées multiplient par ailleurs les circonvolutions dans le développement d’une idée en ouvrant de multiples parenthèses, voire des parenthèses au sein des parenthèses, au point qu’on est presque surpris quand elle en revient à l’idée qu’elle voulait traiter au départ.

Proust se révèle bien plus clair et plus construit et écrit d’une manière plus légère et poétique.

A cela s’ajoute le fait que la plus grande partie du bouquin semble être écrit sous forme de récits qui se superposent les uns aux autres, les dialogues interactifs étant rares pour ne pas dire inexistants (certains auteurs ne savent pas écrire de dialogues… c’est ennuyeux), ce qui tend à donner le sentiment d’une action figée. « Alors il m’expliqua ceci et me souvenant qu’untel m’avait alors dit cela, je lui répondit ceci »… Franchement sur 500 pages, ça use.

En outre l’écriture se veut très introspective, chaque personnage se voulant extrêmement précis sur ce qu’il ressent au moment de telle action ou de tel dialogue, en le justifiant, en l’argumentant et le déclinant ad nauseam.

Ce travers systématique et répétitif donne une vision très nombriliste de ses personnages et s’avère d’autant plus pénible à lire qu’il étire le développement de l’action indéfiniment.

À cela, ajoutez que le Lestat qu’elle décrit dans les deux premiers volumes comme totalement amoral devient subitement empathique pour une espèce humaine (bénissez-moi, Belette, car j’ai spoilé – Je vous absous répondit la Belette) qu’il considérait jusque là avec un respect comparable à celui avec lequel les supermarchés considèrent les poulets de batteries…

Je ne sais d’où lui vient cette subite illumination, mais Rice, qui passe des pages à nous décrire comment ses petits vampires se regardent le nombril, ne prend même pas la peine de nous expliquer le chemin de Damas miraculeux qui a conduit son vampire le plus narcissique et cynique à se poser en champion de la cause humaine !

Bref, on se trouve là confronté à une incohérence majeure dans l’évolution psychologique d’un des personnages principaux qui laisse sans voix et vient asséner le coup de grâce fatal à cet édifice branlant qu’était déjà ce roman !

Et le pire, cerise sur le gâteau, certains personnages deviennent le prolongement omniscient de l’auteure dans l’intrigue, se lançant dans des passages ressemblant à des cours magistraux où Anne Rice nous assène avec académisme ses conceptions et philosophie personnelles sur l’avenir de l’humanité, sur Dieu, sur l’occultisme, sur le vampirisme, et même sur le féminisme et la lutte entre les sexes (et ouais ! Même ça !!!), ainsi qu’une réécriture chronologiquement déviante de l’histoire de l’Egypte Antique, voire du monde antique tout court.

Anne Rice ayant quitté l’Église Catholique en soutien à son fils ouvertement gay, du fait des positions vaticanaises à l’égard de l’homosexualité, nous présente rien que trois couples homosexués dans son histoire et… ça ajouté au reste, on en vient à se demander si ce livre (voire la saga) n’est pas non plus une forme de prétexte pour mettre en avant ses idées personnelles sur bien des sujets différents dont celui-ci.

En effet, la façon dont elle développe certaines idées et le temps et le soin qu’elle prend à le faire alors que ça n’apporte strictement rien à l’intrigue, m’ont profondément mise mal à l’aise.

C’est un peu comme si prise en otage par l’intrigue dont je voulais connaître le dénouement, je me retrouvais obligée de me fader tout un tas de cours magistraux sur les points de vues personnels de l’auteure, dont je n’avais fichtrement rien à carrer.

Un peu comme si on devait se taper 30mn de publicités disséminées toutes les dix minutes dans un film de 90mn…

Je pense d’ailleurs que ce désir de vouloir nous imposer autant d’idées personnelles qu’elle vient inclure très artificiellement dans l’intrigue vient participer de cette impression de gros problème de construction dans l’écriture d’un livre où l’intrigue ne se développe que péniblement et poussivement.

Et j’allais oublier le petit détail qui tue : chaque chapitre commence par un joooooooooli poème écrit par… son mari. Avait-il besoin de cette publicité gratuite offerte par sa femme pour passer à la postérité ? Franchement trop c’est trop !

La qualité de traitement étant inversement proportionnelle à l’attrait qu’aurait pu avoir l’intrigue, ma notation sera très sévère.

 

Stranger Things – Saison 01 – La série qui ♫ Strangers things the night ♪

Synopsis :
Le 6 novembre 1983 dans la petite ville d’Hawkins dans l’Indiana, le jeune Will Byers rentre chez lui après une partie de « Donjons & Dragons » lorsqu’il disparaît dans des conditions mystérieuses.

En enquêtant sur sa disparition, ses amis Dustin, Lucas et Mike rencontrent Eleven (Onze), une jeune fille en fuite aux capacités télékinésiques qui pourrait bien les aider à retrouver Will et percer les mystères de la ville d’Hawkins.

En parallèle, des événements étranges prennent place dans la maison des Byers, tandis que le chef de la police, Jim Hopper, commence à avoir des soupçons sur l’implication du laboratoire national d’Hawkins dans la disparition du jeune garçon.

Pour obtenir les réponses à leurs questions, la famille du jeune Will, ses amis et la police locale devront faire face à des forces terrifiantes et mystérieuses afin de le retrouver.

  • Épisode 1 : La Disparition de Will Byers
  • Épisode 2 : La Barjot de Maple Street
  • Épisode 3 : Petit papa Noël
  • Épisode 4 : Le Corps
  • Épisode 5 : La Puce et l’acrobate
  • Épisode 6 : Le Monstre
  • Épisode 7 : Le Bain
  • Épisode 8 : Le Monde à l’envers

  • Réalisateurs : Matt Duffer – Ross Duffer
  • Acteurs : Winona Ryder, David Harbour , Finn Wolfhard, Millie Brown, Gaten Matarazzo, Caleb McLaughlin, Natalia Dyer, Charlie Heaton, Noah Schnapp, Joe Kerry, Cara Buono, Matthew Modine, Shannon Purser
  • Genre : Fantastique, Drame, Thriller
  • Série : Stranger Things
  • Nationalité : Américain
  • Chaîne TV : Netflix
  • Date de sortie : 15 juillet 2016
  • Durée : 55min/épisode

Ce que j’en ai pensé :
Bon sang, j’ai adoré cette série, je l’ai regardé en flippant ma race et je n’en ai même pas parlé !

Alors que je suis pour le moment sur la saison 2, je me suis dit qu’il était temps de vous donner envie de la voir…

Vous aviez adoré le film « Les Gonnies » où une bande de gamins résolvait ce que des adultes avaient été incapables de faire ?

L’ambiance amitié forte dans le livre « ÇA » vous avait fait chaud au coeur et vous aimeriez la revivre à nouveau ?

Les années 80 sont vos années de références parce que pour vous, qui étiez jeunes à ce moment-là, c’étaient des années parfaites ? (même si nous savons qu’elles ne l’étaient pas).

Le côté fantastique ne vous fait pas peur et de temps en temps, ça ne vous dérange pas de frissonner devant une série si celle-ci est excellente ?

Alors, nom d’une pipe, foncez voir Stranger Things ! Mon p’tit n’veu de 7 ans l’a vue et ça ne l’a pas traumatisé… Moi j’ai angoissé quand même.

Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est le côté amitié qui lie les 4 garçons et qui fait que lorsque l’un d’entre eux disparaît mystérieusement, les 3 autres font tout ce qu’ils peuvent pour le retrouver, tentant d’alerter les adultes qui ne les écoutent pas… Fatalement, quand on parle d’une créature mystérieuse, ça fait sourire les adultes.

Nos 4 gamins sont un peu les loosers de l’école, ils aiment les sciences, ne sont pas les plus populaires, bref, il est facile de s’identifier à eux, même si on est une femme.

Jonathan, le frère de Will Byers, le gamin qui a disparu, n’est pas le mec le plus populaire du bahut non plus, pourtant, jamais il ne lâchera l’affaire, continuant dans relâche à chercher son petit frère.

L’ambiance est tendue, plus tendue que la corde d’un string prêt à lâcher et j’avoue avoir sursauté souvent durant le visionnage des 8 épisodes qui constituent la saison 1 car Will Byers ne sera pas le seul à disparaître.

Autant vous dire que j’aurais préféré regarder la série le matin, au grand jour, plutôt que le soit avant d’aller faire dodo… Le suspense est maîtrisé, les effets spéciaux aussi et l’angoisse monte, monte…

Le mystère s’épaissi aussi avec l’apparition d’une jeune fille prénommée Eleven (j’ai regardé la série en V.O STFR) qui semble sortir d’un laboratoire d’expérience scientifique (Stephen King n’est pas loin) car elle possède des pouvoirs de télékinésie.

Il m’est impossible de vous parler de tout ce qui est arrive dans cette série car chaque épisode est un petit bijou de suspense, de mystère, d’action, de fantastique, d’horreur, d’amitié, d’aventures, de peurs, de questionnement…

L’amitié entre les gamins manquera de voler en éclat plusieurs fois, le danger sera à chaque coin de rue, dans tous les murs et il ne sera pas que fantastique, mais aussi humain car ceux qui ont laissé échapper une telle créature veulent à tout prix la récupérer, ainsi que leur cobaye Eleven.

Une série fantastique où la disparition d’un gamin sera résolue par ses copains, un côté fantastique qui s’intègre bien dans le scénario, des personnages intéressants, bien campés, autant dans les enfants que dans les adultes et l’angoisse qui est présente dans tous les épisodes.

J’ai adoré et c’est pareil pour la saison 2 (qui m’angoisse un peu moins)…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°35].

 

Le boucher de Chicago : Robert Bloch [LC avec Bianca]

Titre : Le boucher de Chicago

Auteur : Robert Bloch
Édition : 10/18 (05/10/2017)
Édition Originale : American Gothic (1974)
Traduction : Jane Fillion

Résumé :
Le château : il surgit, menaçant, dans les rues d’un Chicago livré aux grands travaux de l’Expo Universelle, la fameuse « ville blanche ».

Les épais murs en pierre de cette bâtisse lugubre abritent un labyrinthe de passages secrets et de pièces cachées, d’un crématorium et d’une table de dissection, de pièges et de chausse-trappes.

Le château est la demeure de G. Gordon Gregg (nom du personnage incarnant H.H. Holmes, et en tout point conforme à la réalité), pharmacien et meurtrier à ses heures. Ses victimes sont jeunes et belles.

Ses méthodes rapides, scientifiques et sans douleur. Ses crimes parfaits et impunis.

Jusqu’au jour où une journaliste commence à avoir des doutes sur ce citoyen, en apparence bien sous tous rapports…

Critique :
— Allo, la boucherie Sanzot ?
— Absolument pas, madame, ici vous être à la pharmacie du docteur Gordon Gregg.
— Oh, pardon… On m’avait donné votre numéro en me disant que vous étiez un bon boucher…
— Effectivement, je suis le boucher de Chicago, mais personne ne le sait encore et vous n’aimerez pas la viande que je fais brûler.

G. Gordon Gregg est un personnage ambigu : il est élégant, gentleman, homme d’affaire avisé, séducteur, prometteur de monts et merveilles, intelligent…

Mais ne vous y trompez pas, mesdames, mesdemoiselles, car c’est un tueur. Et il le fait en série. Une facture d’un entrepreneur à payer ? Paf, on le tue. Une femme de chambre trop curieuse ? Paf, dégommée. Une secrétaire qui se voit déjà en madame Gordon Gregg et qui a du fric ? Paf !

Mais vous ne verrez rien, vous ne saurez pas avec exactitude si telle ou telle personne a bien été assassinée. Le doute vous habitera, vous supputerez qu’il y a des chances pour qu’elle soit passée de vie à trépas, mais vous ne connaîtrez pas tous les petits secrets du maître es crimes.

Le docteur Gordon Gregg qui est aussi docteur que moi, est un personnage retors, machiavélique, au sourire enjôleur pour mieux vous engeôler, mesdemoiselles. Tout son château est conçu pour cacher ses exactions coupables.

Ce polar historique est addictif car d’un côté, on a les manigances d’un séducteur style Landru (la beauté en plus) prêt à tuer pour de l’argent et de l’autre, une jeune journaliste qui rêve de faire un scoop et qui a des soupçons sur le G.G.

Même si je connaissais encore l’histoire du véritable H.H. Holmes pour avoir lu une bédé l’année dernière (Englewood), même si j’avais toujours les images dans la tête, le récit romancé de Bloch s’éloigne à certains moments de l’Histoire puisque le but n’est pas de raconter les meurtres de H.H. Holmes mais d’un avatar.

Le final est hautement angoissant et ma tension en a pris un coup car si je sais que le véritable H.H. Holmes (Herman Webster Mudgett, de son vrai nom) a été arrêté, je n’avais aucune idée du traitement que Bloch allait réserver à sa créature démoniaque, ni à la courageuse journaliste qui tente de lever le lièvre. Donc, suspense garantit.

Une fois de plus, Bloch a joué avec mes nerfs, les a mis à vifs et ces sueurs froides par temps de canicule n’étaient pas pour me déplaire. On peut dire que c’est, une fois de plus, une LC avec Bianca réussie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°27].

 

Terres fauves : Patrice Gain

Titre : Terres fauves

Auteur : Patrice Gain
Édition : Le mot et le reste (2018) / Livre de Poche Policier (2020)

Résumé :
David McCae, écrivain new-yorkais en mal d’inspiration et citadin convaincu doit quitter Brooklyn pour l’Alaska dans le but de terminer les mémoires du gouverneur Kearny.

Le politicien visant la réélection, il envoie son porte-plume étoffer l’ouvrage d’un chapitre élogieux : le célèbre alpiniste Dick Carlson, ami de longue date, aurait de belles choses à raconter sur leurs aventures. Direction Valdez pour David, vers le froid, les paysages sauvages et un territoire qui l’est tout autant.

Plus adepte du lever de coude que de l’amabilité, l’alpiniste n’en est pas moins disert et David en apprend beaucoup. Trop.

Devenu gênant, la violence des hommes, et celle d’une nature qui a préservé tous ses droits, va s’abattre sur lui et l’obligera à combattre ses démons pour survivre.

Critique :
Aux premiers abords, David McCae, écrivain new-yorkais, ne donne pas envie d’aller boire un verre en sa compagnie.

Il est sans saveur, n’aime que la ville, rechigne à aller en Alaska (on ne peut pas lui en vouloir pour ça).

David est un personnage sans relief, plat, édulcoré. C’est ballot parce que ça donne envie de déposer le livre et d’aller voir ailleurs.

Comme son roman « Denali » (lu il y a 1 an pile-poil) m’avait emporté, j’ai persévéré, sans savoir où le roman allait n’emmener puisque je n’avais pas été relire le résumé.

Heureux les lecteurs/trices persévérant(e)s, ils/elles seront récompensés !

Alors que David continuait de me courir sur le haricot, j’ai commencé à m’intéresser au récit et quand il a basculé totalement, il m’était impossible d’en ressortir et je suis allée jusqu’au bout d’une seule traite.

Quant une interview vire au cauchemar et se transforme en récit de survie, ça vous change un homme et le David va en sortir transfiguré. Mais seul, horriblement seul contre tout le reste puisque personne ne le croit.

Il lui faudra encore quelques embrouilles pour sortir vraiment de sa coquille et comprendre ses erreurs et puis tenter de les réparer.

Ce roman, c’est la renaissance d’un homme après un séjour sur une terre sauvage, brutale, froide, hostile où la Nature est toute puissante et les ours aussi. Pourtant, même en rogne, un ours sera toujours moins démoniaque qu’un humain quand ce dernier a décidé que vous le gêniez et que vous deviez avoir une bonne leçon.

L’inconvénient c’est que la transformation de David le-sans-saveur en David attaquant-le-Goliath-machiavélique va un peu trop vite et que cela pose la question de la vraisemblance. Dans la vie réelle, on ne galérerait bien plus longtemps et nous n’aurions pas fini de ramer. David devait avoir la baraka collée à ses basques.

Au moins, je ne pourrai pas me plaindre que le récit était trop long et qu’on a fait durer le plaisir juste pour avoir des pages de plus.

Le juste milieu qui satisfait les lecteurs n’est pas facile à atteindre et si je me permets de juger, je ne sais pas ce que je ferais, moi, à la place de l’auteur, pour rester dans le réalisme. Sans doute pire…

Un roman policier qui commence platement, avec un personnage sans saveur et qui explose à un moment donné en un roman de survie, d’aventure, de nature writing, en quête de la vérité, en forme de rédemption tout en essayant de reprendre le contrôle de sa vie qui est en train de changer de manière irrémédiable.

Malgré mon bémol sur la vraisemblance du récit et sa rapidité, c’était un bon moment de lecture, même si ce roman n’arrive pas à la cheville de « Denali » au niveau de l’intensité des émotions et de la narration.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°26].

Le Fléau – Tome 2/2 : Stephen King

Titre : Le fléau – Tome 2/2

Auteur : Stephen King
Édition : Le Livre de Poche (2003)
Édition Originale : The stand (1978)
Traduction : Jean-Pierre Quijano

Résumé :
Il a suffi que l’ordinateur d’un laboratoire ultra-secret de l’armée américaine fasse une erreur d’une nanoseconde pour que la chaîne de la mort se mette en marche.

Le Fléau, inexorablement, se répand sur l’Amérique et, de New York à Los Angeles, transforme un bel été en cauchemar. Avec un taux de contamination de 99,4 %.

Dans ce monde d’apocalypse émerge alors une poignée de survivants hallucinés. Ils ne se connaissent pas, pourtant chacun veut rejoindre celle que, dans leurs rêves, ils appellent Mère Abigaël : une vieille Noire de cent huit ans dont dépend leur salut commun.

Mais ils savent aussi que sur cette terre dévastée rôde l’Homme sans visage, l’Homme Noir aux étranges pouvoirs, Randall Flagg. L’incarnation des fantasmes les plus diaboliques, destinée à régner sur ce monde nouveau.

C’est la fin des Temps, et le dernier combat entre le Bien et le Mal peut commencer.

Critique :
Après avoir lu le premier tome durant le confinement, j’ai eu besoin d’une pause et après 3 mois, j’ai estimé que je pouvais entamer le second tome.

Mes amis les Gentils m’attendaient sagement et ce fut avec grand plaisir que je retrouvai Nick, Stu, Ralph, Frannie, Larry, Glen, Tommy, Joe et Mère Abigaël.

Quant aux Méchants, aux ordres de l’Homme Noir, du Patron, du Promeneur, ils sont à Cibola, ou plutôt à Las Vegas…

Si le premier tome m’avait embarqué et que je n’avais pas vraiment ressenti certaines longueurs (je l’ai lu en version intégrale, sans les coupes de l’éditeur), dans ce second et dernier tome, j’ai eu plus de mal, je n’avançais plus aussi vite, comme si je devais faire la route à pied.

Rome ne s’est pas faite en un jour, je le sais, il faut du temps pour repartir après l’extermination de 90% de la population, mais le périple de La Poubelle était long et monotone. Ce fut le passage le plus chiant, avec les comptes-rendus du comité de Boulder.

Autant ou certains passages sont longs et laborieux, autant le final a été expédié d’un coup de cuillère à pot après un périple, à pied, de plus de 1.200km et de 1.500 pages.

D’accord, je râle lorsque les auteurs font traîner les affrontements finaux pour faire des pages et qu’à la fin, on tourne en rond, mais ici, je m’attendais à un affrontement Bien-Mal d’une manière différente.

Durant des centaines et des centaines de pages, le King nous parle de deux personnages étranges dont les gens rêvent : Mère Abigaël ou l’Homme Noir, représentant le Bien et le Mal et tadaaa boum, en quelques paragraphes, c’est expédié, rayé de la carte.

Je me suis sentie grugée, surtout qu’ensuite, le King prend 90 pages pour un voyage de retour qui dure, qui dure… Ça fait un sacré déséquilibre.

Un affrontement plus travaillé et un retour plus rapide aurait été plus intelligent, même s’il y a de l’ironie et du cynisme dans la manière qu’à le King de résoudre le problème de l’Homme Noir. L’arroseur arrosé par son propre tuyau.

Malgré tout, je suis contente d’avoir ENFIN lu le Fléau car il y a une chose que je ne peux pas reprocher au King, c’est d’avoir fait preuve de manichéisme.

Certes, les Méchants ne sont pas sympas et on aimerait boire un verre avec les Gentils, mais il y a une évolution dans ses personnages car tous ont évolués, appris quelque chose, changé de caractère et même Tommy, à qui il manquait une case, a changé. Dans le camp de l’Homme Noir aussi, des consciences s’éveillent.

À Boulder, en Zone Libre, on essaie de changer, de ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’avant, mais chassez le Naturel, il revient au galop… L’Homme a du mal à perdre ses mauvaises habitudes et ses peurs primales des Autres.

Une fois de plus, le King nous propose un livre dérangeant à bien des égards. La dictature chez l’Homme Noir semble plus simple que la tentative d’ébauche de démocratie en Zone Libre car quand un seul prend des décisions et donne des ordres, c’est plus rapide que de demander l’avis de tout le monde…

Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions et la démocratie de la Zone Libre est peut-être un mirage puisque le comité reprend les personnages principaux du premier tome.

Quand on réfléchit bien (et le King nous donne de quoi réfléchir), il y a du bon et du mauvais dans les deux camps et si la dictature est à proscrire, la démocratie a du plomb dans l’aile quand elle décide d’en envoyer certains au front…

Le Fléau, ce n’est pas qu’un simple roman fantastique pré et post-apo, c’est aussi une tentative de reconstruction, la méfiance des autres, mais aussi du besoin des Hommes de se regrouper puis de se séparer lorsque le groupe devient trop important et qu’on commence à se marcher sur les pieds.

En un mot, Le Fléau, c’est à lire !

Après une telle lecture, je m’en vais lire un Astérix, ça me fera du bien au moral…

PS : Stephen King, aurait-il par hasard une dent sur les belettes ? Parce que dans son roman, il cite mon animal totem au moins 36.000 fois et jamais pour leur jeter des fleurs…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°XX]et le Challenge Pavévasion – Saison 1 (17 mars – 15 avril ?) chez Mez Brizées [Lecture N°07 – 790 pages – Livre de Poche].

 

Les aigles endormis : Danü Danquigny

Titre : Les aigles endormis

Auteur : Danü Danquigny
Édition : Gallimard Série noire (09/01/2020)

Résumé :
Dans l’Albanie d’Enver Hoxha, l’un des régimes communistes les plus durs du bloc de l’Est, Arben grandit entouré de sa bande de copains et de ses parents profs. Son avenir semble tout tracé.

Mais avec la chute du régime et l’avènement du libéralisme s’ouvre une période de chaos politique et de déliquescence morale qui emportent tout sur leur passage et transforment le jeune idéaliste en malfrat endurci.

Pour tenter d’échapper à la spirale de la violence et protéger les siens, Arben n’a qu’une solution : fuir avant qu’il ne soit trop tard.

Critique :
L’Albanie n’est pas une destination régulière en littérature. La vie là-bas ne fait pas rêver et comme dans les romans, il n’y a pas de belles images de plages, on laissera tomber l’exotisme pour l’extorsion en tout genre.

Ce roman noir se déroule sur plusieurs années et c’est 40 ans de misère qui s’inscrit sous vos yeux. La Série Noire n’est pas réputée pour faire dans le Bisounours non plus.

Arben nous raconte une partie de sa vie, de gosse à la cinquantaine et c’est aux travers de ses yeux que nous allons découvrir un pays et une population qui a été écrasée sous le régime communiste, les dictatures avant de passer à une démocratie « ferme-ta gueule » où les diplômes s’achètent et les postes ne sont accessibles qu’aux neveux, cousins, nièces, enfants des gens qui dirigent.

Un jour, à la mort du dictateur Enver Hoxha, les gens ont cru que l’enfer était derrière eux, mais non, ils avaient juste changé de cercle et continuaient de se faire entuber dans les grandes largeurs.

L’enfance d’Arben ne fut pas insouciante, le régime surveillait tout le monde, ensuite, après un service militaire de 3 ans, il perd ses parents et ses ambitions d’études s’effondrent. Il sera ouvrier sans qualification dans une usine qui le foutra à la porte ensuite et tintin pour trouver un nouvel emploi ensuite, sauf dans les magouilles.

L’auteur nous peint une fresque au vitriol de l’Albanie et de ses régimes politiques, de ces caciques du parti, de la corruption et de dirigeants qui n’ont pas vu le pays grogner, pensant qu’ils resteraient tous la tête basse, éternellement.

La misère crasse, on la côtoie avec Arben qui a du mal à faire bouillir la marmite et en Albanie, ne pas savoir nourrir sa famille est très mal vu, au même titre que les unions libres et les mariages d’amour. C’est tout un pan des traditions albanaises qui s’offre à nos yeux et l’auteur intègre bien le tout dans son récit.

Arben aurait pu vivre heureux, mais il a mis le doigt dans l’engrenage des trafics et est devenu le même salaud qu’Alban et Loni, même si eux sont sans conscience et qu’Arben a au moins mal au bide en faisant passer des jeunes albanaises qui finiront sur les trottoirs ou dans des bordels alors qu’elles se voyaient déjà en haut de l’affiche.

Le régime gouvernemental était injuste et broyait tout le monde, mais les suivants ne sont pas mieux et ce que fait Arben n’est pas toujours mieux que les dirigeants qu’il vilipendait dans sa tête.

Roman Noir qui commence avec l’histoire de 4 copains qui jouent dans la neige, ils sont jeunes et qui descendront tous dans l’inhumanité pour le fric, le pouvoir, le respect, la crainte que l’on aurai d’eux.

Un récit sombre mais beau, l’histoire d’un jeune qui avait tout pour réussir mais qui s’est fait entuber par le communisme et ensuite par le capitalisme et qui, cédant à la facilité, à la fatalité, n’a pas eu d’autre choix que d’entrer dans les magouilles pour survivre et qui n’a pas su se retirer à temps.

Ce roman noir, c’est aussi le récit d’une vengeance qu’Arben veut accomplir, 20 ans après, mais qui n’est jamais qu’un prétexte pour l’auteur pour nous faire découvrir l’Albanie d’une autre manière, et pas celle des agences de voyages.

Un roman noir puissant, profond, poignant où il est impossible de détester Arben. Un roman qui mélange habillement le passé et le présent, la politique et les trafics. Bref, un grand roman noir, serré et corsé comme je les aime.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°16].