Monster – Tomes 01 à 10 : Naoki Urasawa

Titre : Monster – Tomes 01 à 10

Scénariste : Naoki Urasawa
Dessinateur : Naoki Urasawa

Édition : Kana Big (2001)

Résumé :
1986, Düsseldorf, Allemagne de l’Ouest.
Un jour, le Dr Tenma décide d’ignorer l’ordre de son supérieur et sauve la vie d’un enfant. C’est ainsi que commence cette horrible histoire !

Critique :
Monster est une série manga que j’étais curieuse de découvrir, après des chroniques élogieuses de la part d’une copinaute blogueuse (suspense, je vous livrerai son nom en fin d’article).

Le pitch de départ est assez conventionnel : le Dr. Tenma est un jeune  neurochirurgien au talent indéniable, qui pratique son art à l’hôpital Eisler de Düsseldorf. Il est fiancé à la fille du directeur de l’hosto.

Malgré tout, assez vite, on comprend la dure réalité d’un hôpital et l’ambition démesurée de son directeur : Tenma doit écrire une thèse que ce cher directeur d’appropriera et en plus, il est obligé de soigner un chanteur d’opéra à la place d’un pauvre travailleur immigré, arrivé pourtant avant, à l’hôpital.

On commençait fort, malgré le côté conventionnel puisque, d’un côté, nous avions un jeune médecin qui prenait conscience que si l’on était puissant ou connu, on serait soigné avant le misérable pauvre travailleur, le dernier de cordée… Chaque vie n’a pas le même prix, pour le directeur (et sa fille).

Alors, quand on lui demande d’opérer le maire, alors qu’un jeune garçon blessé grièvement à la tête, est entré à l’hôpital avant, Tenma opère le gamin, en provenance de la RDA (en 1986, le mur est toujours là), et qui s’est pris une balle . Là, il va se mettre tout le monde à dos… Le jeune prodige devient un paria.

Oui, Tenma, l’être humain est cruel, retors, salopard et, à moins d’être le Dr House et de se foutre de tout, dans les hôpitaux, la politique règne aussi et si l’on veut monter, il faut lécher les bons culs, faire des courbettes, s’allier avec ceux qu’il faut et jouer le jeu. Tenma, lui, n’est pas intéressé.

L’atout de cette série, c’est qu’ensuite, elle est partie dans une direction inattendue, devenant un véritable thriller, avec des morts suspects, un inspecteur qui qui enquête (et qui est zarbi) et avant même la fin du premier tome, le récit n’a plus rien à voir avec celui du début et qui dénonçait certaines pratiques dans les hôpitaux.

Les tomes suivants ont confirmé tout le bien que je pensais déjà du tome 1, en continuant dans la direction du thriller, avec encore plus d’assassinats suspects, un docteur Tenma qui se mue en Sherlock Holmes (sans son talent, ni son caractère) afin de mettre la main sur le fameux Monster.

Le récit entre alors dans du plus sombre, du très sombre ! Ce manga n’est pas pour les enfants (non, pas de sexe, mais de la violence), mais il est parfait pour celles et ceux qui aiment les thriller, les scénarios recherchés, le suspense à couper au couteau, les révélations, les retournements de situation, le tout avec des personnages bien campés, bien à leur place.

J’en suis au tome 10 et je ne sais pas quoi penser du Grand Méchant, tant l’auteur sait brouiller les pistes et ne pas sombrer dans le manichéisme.

Une saga qui comporte 18 tomes et qui est terminée (chouette, plus de délai d’attente pour les lectrices qui la découvrent après tout le monde, comme moi).

PS : Merci à Noctembule d’avoir parlé de ce manga ! Cela m’a donné envie de le découvrir et j’en suis très contente !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°124] et le Mois du Polar, chez Sharon – Février 2023 (N°07).

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Ikigami – Préavis de mort (Double) – Tome 1 : Motorô Mase

Titre : Ikigami – Préavis de mort (Double)

Scénariste : Motorô Mase
Dessinateur : Motorô Mase

Édition : Kazé Seinen (2015)

Résumé :
Dans ce pays, une loi entend assurer la prospérité de la nation en rappelant à tous la valeur de la vie. Pour ce faire, un jeune sur mille entre 18 et 24 ans est arbitrairement condamné à mort par une micro-capsule injectée lors de l’entrée à l’école.

Lorsqu’on reçoit l’ikigami, c’est qu’il ne nous reste plus que 24h à vivre. Mais à quoi passer cette dernière journée, lorsqu’on n’a pas eu le temps de faire sa vie ?

Critique :
La vie n’a pas de prix, mais bien souvent, nous l’oublions, il faut que nous manquions de mourir pour s’en rappeler, ou que nous voyons partir des plus jeunes que nous…

Alors, pour bien faire comprendre à toute la population la valeur de la vie, un pays, totalitaire, inocule une capsule dans les vaccins que sont obligés de recevoir les élèves. Un sur les mille mourra entre ses 18 et 24 ans, de manière arbitraire.

Sont préavis, il le recevra 24h avant sa mort… C’est un ikigami et c’est pour assurer la prospérité de la nation.

Prospérité ? J’t’en foutrai, moi, de ta prospérité. Depuis quand la mort d’un jeune assure-t-elle la prospérité de la nation ? C’est un devoir ? Ben merde alors… Mais bon, je n’ai jamais été atteinte de patriotisme non plus… Défendre mes proches, oui, mais sacrifier ma vie pour le pays qui se fout bien de moi, je ne suis pas encore prête.

Dans ce premier tome, nous assisterons à plusieurs réactions, suite à la réception du préavis de mort. Au moins, aucun des personnages ne réagira de la même manière et j’ai apprécié les questionnements que se pose Fujimoto, qui est un livreur d’ikigami, même si je trouve qu’ils arrivent fort rapidement, comme s’il mettait déjà le système en doute.

Fujimoto a raison, le système est arbitraire et débile, puisqu’on ne sait pas à quoi cela sert d’éliminer une personne sur mille. C’est même totalement absurde ! Mais si les régimes totalitaires ne l’étaient pas, cela se saurait !

La menace n’empêche pas les jeunes de se comporter comme des salopards, comme la bande de harceleurs et les sanctions qui pèsent sur les familles, si jamais le futur mort semait des troubles, n’a pas empêché l’un des personnages à se venger avant de mourir.

La lecture est intéressante parce qu’elle permet de se poser une question terrible, à laquelle nous n’avons pas toujours de réponse : qu’aurais-je fait à la place de ? Que ce soit à la place du fonctionnaire qui fait son job et délivre ses ikigamis ou à la place des personnes qui apprennent qu’il leur reste 24h avant de mourir.

Malgré tout, je suis restée sur ma faim… Fujimoto n’a pas beaucoup de place pour la rébellion, ni pour poser trop de questions. Quant aux chapitres consacrés à ceux qui allaient mourir, s’ils étaient intéressants, je n’ai pas envie que toute la série se déroule de la même manière, cela deviendrait redondant.

Un manga qui oscille entre thriller et dystopie, qui instaure un climat de malaise face à ces crimes institutionnalisés, réglés comme du papier millimétré et dont les fonctionnaires sont très fiers de cette « Loi pour la prospérité nationale » et du système mis en place pour que personne ne sache à l’avance dans quel vaccin la puce mortelle va être insérée (ni dans quel élève).

Ma foi, j’ai beau être restée sur ma faim, je vais tout de même lire le deuxième opus afin de voir si l’histoire bouge où si elle reste statique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°121] et Le Mois du Polar, chez Sharon – Février 2023 (N°04).

Entre fauves : Colin Niel

Titre : Entre fauves

Auteur : Colin Niel
Édition : Rouergue Noir (2020) / Livre de Poche Thriller (2022)

Résumé :
Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au suivi des ours. Mais depuis des mois, on n’a plus la moindre trace de Cannellito, le dernier plantigrade avec un peu de sang pyrénéen. Martin en est chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal.

Alors, lorsqu’il tombe sur un cliché montrant une jeune femme devant la dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la retrouver et la livrer en pâture à l’opinion publique. Même si d’elle, il ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux : Leg Holas.

Critique :
Non, je n’aime pas les chasseurs, qu’ils flinguent le gibier de nos contrées ou les animaux exotiques d’ailleurs, et encore moins ceux qu’ils posent devant leurs trophées, exposant leurs massacres sur les réseaux sociaux…

Mais de là à faire du bashing, à les poursuivre, à les traquer, sur le Net ou dans la vie réelle, il y a un pas que je ne franchirai pas, contrairement à Martin, un garde au parc national des Pyrénées.

Un ami m’avait expliqué, il y a un certain temps, que l’on ne savait pas toujours ce qu’il se cachait derrière une photo, lorsqu’elle n’était pas expliquée, que l’on ne savait pas d’où elle était tirée, dans quelles circonstances… Mais que l’on avait tendance à extrapoler dessus et à lui inventer une légende qui convenait, surtout si ça peut faire le buzz.

Une jeune fille, avec un arc, devant la dépouille d’un lion, en Namibie, ça a de quoi révolter les anti-chasses (je le serais aussi) et Martin, notre garde, va mener l’enquête pour tenter de trouver l’identité de cette jeune fille, sans doute blindée de thune, pour avoir pu s’offrir une chasse au lion.

Donner l’histoire de cette photo, c’est ce que Colin Niel va tenter de faire, avec ce roman choral, qui nous emmènera des Pyrénées à la Namibie, passant du dernier représentant des ours qui a disparu à un lion qui s’est mis à chasser les vaches et les chèvres des bergers du Kaokoland.

L’auteur donnera la parole à cette chasseuse, surnommée Lagolas, à Martin, le garde du parc, à Charles, le lion chasseur et à Kondjima, le jeune Himba qui a vu son troupeau de chèvres décimé par un lion solitaire.

La première moitié du roman est entraînante et je suis allée de surprises en surprises, la chasseuse n’étant pas aussi mauvaise qu’on pourrait le penser… Le récit n’étant pas linéaire, on passera de l’arc pyrénéen à celui qui s’est déroulé en Namibie, quelques mois auparavant. Cela ajoute du mystère et du suspense, ce qui fait que le récit avance très vite.

Malheureusement, les personnages sont assez linéaires, stéréotypés, manquant de profondeur et le pire fut Martin, très radical, même s’il n’a pas tort dans ce qu’il dit, parlant des torts que les Hommes font à la Nature et aux animaux. Imbu de lui-même, il croit qu’il est le seul à détenir la vérité.

Là où le bât a blessé, ce n’est pas dans son obsession à trouver l’identité de la jeune fille, mais quand il a commencé à jouer au stalker, la suivant, l’espionnant, pénétrant dans son appart et lorsqu’il la suivra dans la montagne, là, le récit a perdu tout sens commun, notamment à cause du comportement dingue de Martin qui agira comme un vulgaire chasseur.

Le final ne manquera pas d’ironie, il est cruel, violent et on se prendra l’instant karma dans la gueule… L’histoire de la photo est dévoilée et elle ne manquait pas de cynisme non plus.

En fait, tout est ironique dans ce récit, puisque le lion, s’il s’est mis à s’attaquer aux troupeaux, c’est à cause de l’extension des Hommes, qui prennent de plus en plus de place, de la sécheresse, de l’extinction des troupeaux d’animaux sauvages qu’il chassait avant. Tout est lié et l’Homme, horrible virus, a propagé la maladie partout.

Dommage que les personnages aient été si stéréotypés et que Martin ait viré radicaliste, sinon, cela aurait pu être un coup de coeur. Son comportement extrémiste dans la montagne, m’a dérangé fortement. J’ai beau ne pas aimer les chasseurs, il est des choses qui ne se font pas, sinon, on ne vaut pas mieux qu’eux.

Malgré mes bémols, ce n’est pour autant pas une lecture ratée, car elle m’aura fait réfléchir sur le fait que l’être humain est un prédateur, une créature qui sème le vent et s’étonne ensuite de récolter la tempête, un être qui détruit quasi tout, qui pollue au-delà du possible et dont certains, qui ne pensent qu’à s’enrichir, sont prêts à tout pour y arriver, même à écraser les vivants : humains, animaux, plantes, insectes…

Nous sommes dans la merde, mais c’est de notre faute, nous nous y sommes mis dedans. J’ai fait mon introspection et bien que n’étant pas contaminée par la consommation, je consomme tout de même, comme tout le monde. J’ai moi aussi ma part de responsabilité (sans doute moins grande que d’autres, enfin, je crois).

Comme quoi, même avec une lecture qui m’a un peu déçue par certains aspects, elle m’a tout de même élevée plus haut, me faisant pousser les curseurs de la réflexion plus loin. Une fois de plus, c’est ironique, ce roman. Rien que pour cela, je ne risque pas de l’oublier…

Chouette, alors, il me reste encore d’autres romans de cet auteur et je compte bien les lire. Qui sait, je ferai peut-être encore fumer mon cerveau ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°117].

Erectus – 03 – Le dernier hiver : Xavier Müller [LC avec Bianca]

Titre : Erectus – 03 – Le dernier hiver

Auteur : Xavier Müller
Édition : XO (03/11/2022)

Résumé :
Et si le passé, le présent et le futur n’étaient qu’illusion ?

Vous êtes là, deux amoureux à admirer l’extraordinaire météorite qui illumine le ciel, lançant autour d’elle des pépites dorées. Puis la personne que vous aimez, tout à coup, s’endort. Et quand elle se réveille, elle n’est plus la même. Elle vous considère comme son ennemi. Pire : comme sa proie !

Paris, Rome, New York, Tahiti… le cataclysme foudroie la planète, inversant le temps, remontant aux origines, effaçant l’évolution. C’est la superrégression. Un cauchemar. Et le spectre du dernier hiver pour l’humanité…

Critique :
Le premier tomes d’Erectus m’avait emballé, le deuxième avait eu un début un peu plus lent (avant de se poursuivre superbement ensuite), j’attendais donc le dernier avec une impatience mêlée de crainte…

Le risque, avec des suites, c’est qu’il y ait une régression scénaristique ou que l’auteur se prenne les pieds dans le tapis en voulant faire mieux (ou aussi bien) et que le final ne soit pas à la hauteur des attentes. Ce qui fout en l’air tout ce qui a précédé.

Alors, verdict ? Pas de crainte à avoir, si les Humains, les animaux et les plantes vont subir des régressions, le scénario, lui, va encore évoluer !

L’auteur a fait encore plus fort, plus fort que le Roquefort, plus fort que les deux précédents, le tout, sans perte de qualité scénaristique, que du contraire ! Son récit m’a emporté, m’a balayée, tout en restant réaliste, scientifique et sans jamais lasser. Pire, son livre, je l’ai bouffé sur une seule journée, affamée que j’étais. Ou contaminée !

Dans ce dernier tome, il a poussé les curseurs encore plus loin… J’ai frémi, tant tout était réaliste et j’espère que cette trilogie restera dans le domaine de la SF, car c’est trop flippant de penser que ceci pourrait, un jour lointain (ou proche), arriver.

Je ne vous dirai pas ce qu’il se passe dans ce dernier tome, il vaut mieux être vierge de tout résumé afin d’en profiter un maximum, d’avoir l’effet de surprise, de se prendre les révélations en pleine tronche et d’admirer le talent de l’auteur pour que, tout ce qu’il a mis en place, se tienne.

Il ne suffit pas de jouer avec la science, avec les lois de la physique ou bien le temps, il faut aussi que le récit reste cohérent, que l’auteur aille au bout de son idée, sans que son imagination débordante ne perde les lecteurs en route. L’équilibre doit toujours être assuré afin de ne pas se gameller.

Ce que Xavier Müller a réussi avec brio : cohérence et réalisme étant les maîtres mots de ce dernier tome, qui est brillant (au cas où certains ne l’auraient pas compris), vertigineux, qui donne le tournis et ne vous laissera que peu de répit, sans pour autant virer au thriller survitaminé qui perdrait de sa cohérence.

L’élément fantastique qui s’ajoute ne perturbe en rien le scénario, que du contraire. Vu ce qu’il se passe, cela reste cohérent et on se laisse embarquer pour un voyage des plus fous en Normandie et ailleurs.

Le seul léger bémol, c’est qu’il y a un peu de manichéisme dans les personnages. Les Gentils sont honnêtes, corrects, droits, justes, non vénaux et leurs défauts ne sont pas énormes, ce sont des gens dont on aimerait qu’ils soient nos collègues, nos voisins, nos amis, de notre famille.

Le Méchant, lui, est intelligent, profiteur, opportuniste, bref, réaliste. Heureusement, il échappe aux clichés que l’on retrouve chez certains auteurs (Ken Follet, entre autre) où les méchants sont stéréotypés à mourir. Celui du tome 2 faisait plus méchant d’opérette, pas ici.

Le manichéisme est ténu, à tel point que je ne l’ai pas ressenti durant ma lecture et ce fut au moment d’écrire ma chronique que je m’en suis rendue compte. Pas de panique, ce léger manque de défauts chez les Gentils ne pose aucun problème durant la lecture. C’est vraiment un point de détail, tant le reste est excellent.

Oserais-je dire que la saga Erectus est bandante ?? Oui, j’ose !

Ce thriller se révèle être une lecture virale, à laquelle il n’existe aucun antidote, si ce n’est aller jusqu’au bout de sa lecture. Après, un sentiment de manque se fait ressentir. Hé oui, la trilogie est terminée, il faut reprendre une vie normale.

La lecture suivante risque de me paraître fadasse, après un tel cocktail détonnant !

Une lecture addictive pour Bianca et moi, la preuve dans sa chronique ! Une manière de bien commencer l’année avec des bons romans qui donnent des LC réussies !

PS : bonne idée que l’auteur a eue, d’insérer un rapide résumé des tomes précédents, car les ayant lus à leur sortie, ma mémoire n’avait gardé que les faits les plus marquants et j’ai eu un peu de mal à remettre les personnages, ma mémoire les ayant un peu mélangé.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°112].

Les trois épouses de Blake Nelson : Cate Quinn

Titre : Les trois épouses de Blake Nelson

Auteur : Cate Quinn
Édition : Presses de la Cité (2021) / Pocket (2022)
Édition Originale : Black Widows (2021)
Traduction : Maxime Berrée

Résumé :
Blake Nelson est retrouvé mort dans le désert. La police soupçonne sa femme l’avoir tué. Mais laquelle ?

RACHEL, PREMIÈRE ÉPOUSE
 » Pardonne-moi, Seigneur, j’ai menti à un policier aujourd’hui. Je lui ai dit que Blake n’avait jamais levé la main sur moi. « 

TINA, SŒUR-ÉPOUSE
 » Quand les flics m’ont embarquée, j’ai cru qu’ils nous arrêtaient pour polygamie. À Vegas, je me faisais arrêter pour racolage. Ici, c’est parce que je suis mariée. « 

EMILY, SŒUR-ÉPOUSE
 »  » Tu peux être toi-même ici ‘, m’a dit Blake. Ce qu’il voulait dire, je pense, c’est que je pouvais être à lui. « 

Contre la volonté de sa famille et les règles de l’Église mormone, Blake Nelson a épousé trois femmes. Tous les quatre vivent dans un ranch miteux perdu au beau milieu de l’Utah, dans l’attente de la Fin des Temps. Personne ici ne les dérangera.

Jusqu’à ce que le corps de Blake soit retrouvé dans un sale état. Bienvenue chez les mormons !

Critique :
Blake Nelson est mort, assassiné. Non, je ne divulgâche rien, c’est dans le résumé et son meurtre arrive dès les premières lignes.

Le mystère est de savoir qui l’a tué ? Et pourquoi ? La particularité de cet homme, c’est qu’il était mormon et polygame, ce qui n’est plus permis dans cette secte.

Ses trois épouses sont number one sur la liste des suspects. Pour  le savoir, nous allons entrer dans leur tête et ces dames seront, tour à tour, les narratrices.

La particularité de ce roman policier, c’est que nous entrons dans l’église des Saints des Derniers Jours et ce n’est pas triste ! L’autrice s’est bien renseignée et l’immersion dans la société mormone est un petit plus qui ne gâche rien.

Entre nous, je n’ai absolument pas envie de me retrouver dans cette espèce de secte qui me parle de fin des temps, qui stockent de la bouffe pour une année, ne boivent pas de café et doivent porter des sous-vêtements jour et nuit, ceux agréé par le Temple.

Ce polar prend son temps et si vous recherchez de l’action, il faudra aller voir ailleurs, car l’autrice prend le temps de planter ses décors, de donner de l’épaisseur à ses personnages en nous parlant de leur vie antérieure, de nous présenter l’homme qu’était Blake Nelson et de sa vie avec ses femmes, eux qui vivent dans un trou tellement perdu que même le trou du cul du monde est moins paumé.

Suivre les pensées de nos trois femmes est glaçant, notamment dans leur façon de vivre et de penser, surtout Rachel, la première épouse, qui est mormone jusqu’au tréfonds de son âme et du fond de sa culotte agrée par le Temple.

Sa spécialité ? Cuisiner des conserves et faire des conserves. Si vous voulez perdre du poids, oubliez les programmes à la con, venez vous asseoir à la table de Rachel : perte de poids garantie tant sa cuisine est insipide.

Brillante idée que de donner la parole aux trois femmes, tour à tour. Leur récit est glaçant, notamment leur vie de femmes mariées et celles de leur enfance. Cela nous permet de ressentir de l’empathie à leurs égards et d’avoir une autre vision que celle de la psychorigide mormone, de l’ancienne pute droguée et de la jeunette immature et frigide, qui ment tout le temps.

Lorsqu’on prend le temps d’aller gratter sous le vernis, on découvre des personnages inattendus. Se retrouver dans la position d’accusées permettra à ces trois épouses de s’ouvrir, de changer, de se montrer telles qu’elles sont vraiment.

L’autrice décrit bien le fonctionnement de la communauté des saints des derniers jours, l’intégrisme de ses membres, leurs préceptes et l’intransigeance de leur doctrine. Ça fait froid dans le dos. Et puis, il n’y a pas que ça… Dans le passé d’une des épouses, il y a des boites qu’elle a choisi de garder fermer.

Un excellent roman policier qui ne se contente pas de nous mettre face à un meurtre et un/une coupable à trouver, mais qui nous immerge dans la communauté des mormons, ainsi que dans la tête et la vie de trois femmes, trois épouses d’un même homme, qui vont devoir se sortir les doigts du cul afin de trouver la solution à l’assassinat de leur époux, qui était loin d’être un saint, lui aussi, mais qui se prenait pour un roi chez lui.

Un roman choral aux atmosphères particulières, aux dialogues ciselés, aux personnages travaillés, qui ne manquent pas de profondeur, ce qui donnera des portraits psychologiques très fins et un roman noir qui se lit tout seul, malgré les 580 pages en version poche.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°111].

Sous-vêtements mormons…

‭Petits meurtres à Endgame : A. K. Benedict ‬[LC avec Bianca]

Titre : Petits meurtres à Endgame

Auteur : A. K. Benedict
Édition : Charleston (18/10/2022)
Édition Originale : The Christmas Murder Game (2021)
Traduction : Laura Bourgeois

Résumé :
Lily Armitage espérait ne jamais devoir retourner à Endgame, le domaine familial où sa mère est décédée vingt et un ans plus tôt. Mais lorsque sa tante l’invite au traditionnel jeu de piste de Noël, la curiosité est plus forte qu’elle.

Car cette année, l’enjeu est de taille : non seulement le gagnant héritera du domaine, mais les indices révéleront enfin la vérité sur la mort de sa mère.

Alors que le réveillon de Noël approche, la tension monte entre les cousins. Tous ont leurs raisons de vouloir gagner, et certains n’ont pas l’intention de jouer franc-jeu. Et quand une tempête de neige les force à rester confinés dans le manoir, les retrouvailles familiales prennent une tournure funeste…

Bien décidée à connaître le fin mot de l’histoire, Lily comprend vite que le domaine renferme de sombres secrets, et qu’elle risque sa vie dans ce jeu dangereux…

Cosy mystery, fêtes de Noël et grand manoir : un jeu de piste haletant au cœur d’une famille aux secrets bien gardés.

Critique :
Des meurtres pour Noël, un huis clos, de la neige, un manoir familial dans le Yorkshire, un jeux de piste, des énigmes, comme une sorte de Cluedo grandeur nature ça te dit ?

Purée, bien sûr que je veux lire ce cosy mystery anglais ! Est-ce qu’on demande à un chien s’il veut un os ? Bien sur que non. C’est pourquoi j’ai accepté de suite la proposition de Lecture Commune avec ma copinaute Bianca.

Ce fut une bonne pioche, même si ce cosy mystery souffre de quelques défauts dont je vous parlerai plus loin.

Munie d’une veste chaude, de plusieurs paires de chaussettes épaisses, de plaid et d’un thermos de thé chaud, je me suis aventurée dans cet ancien manoir reconvertit en hôtel pour séminaires. La propriétaire des lieux, décédée, a tout de même tenu à ce que l’on réunisse ses enfants, neveux et nièces, pour un dernier jeux de pistes dont le gros lot est l’acte de propriété du manoir…

Les points forts de ce cosy sont ses énigmes, bien pensées, bien traduites aussi (important, on le comprendra au fil de sa lecture) et qui font appel à la sagacité de la famille Armitage pour décrypter les anagrammes ou autres jeux de mots.

À ce petit jeu là, je suis nulle, tandis que Lily, elle, est un véritable Sherlock Holmes en puissance. Hélas, elle n’a pas son aura, ni sa personnalité, elle est même super fade, la Lily ! Avant de retourner au manoir familial, elle aurait dû aller s’acheter un bon kilo de réparties et au moins 500 grammes d’agressivité, afin de résister au sarcasmes de sa cousine Sara, qui elle, a trop d’aigreur en elle…

Si les énigmes sont bien faites, si le final est génial, si la double enquête est bien menée, si le suspense est présent, les mystères aussi, si les décorations de Noël, dans le manoir, sont grandioses, les personnages, par contre, manquaient de décorum, de boules (oui, les mecs en manquaient !!) et de consistance. Lily est trop molle, Sara trop agressive et personne ne la remet jamais en place, ou alors, avec mollesse.

Ils m’ont fait penser à ces dirigeants qui condamnent fermement un dictateur, mais ne bougent pas d’un millimètre, sauf à froncer les sourcils, ce qui ne fait peur à personne, bien entendu. Bref, les portraits sont déséquilibrés, pas assez travaillés, et pourtant, cela ne m’a pas vraiment posé de problème durant ma lecture. Dommage pour ce manichéisme. Le travail aurait pu être plus approfondi pour eux.

Autre chose que j’ai remarqué et qui manquait un peu de réalisme, c’est qu’après le premier cadavre, personne ne semble vouloir enquêter, virer parano ou raser les murs en claquant des dents… Pourtant, il est impossible que ce soit un accident ou un suicide, à moins d’être contorsionniste.

Heu, avec la neige, les routes sont coupées, ils n’ont pas de téléphones, ils ont un cadavre sur les bras, l’assassin ne peut être que parmi eux (un proche, donc !) et personne ne semble avoir envie de courir comme un poulet sans tête ???

Moi, dans une situation pareille, j’aurais la chair de poule, les chocottes, l’esprit en mode parano et je serrerais tellement les fesses que, même avec des fayots à bouffer à tous les repas, rien ne sortirait ! Au moindre bruit suspect la nuit, par contre, ce serait crise cardiaque ou traces de freinage assurées ! Et bien, cette peur de l’autre, cette suspicion, on ne peut pas dire qu’elle a vraiment lieu. Non, on continue le game. Ils ont dû garder leurs émotions pour eux, sans doute…

Malgré mes quelques bémols, la lecture de ce Cluedo m’a enchanté, je n’ai pas vu le temps passer et mes petites cellules grises ont tourné à plein régime pour tenter de trouver les pièces visées dans les petits poèmes, de résoudre les énigmes, de trouver qui avait tué Mariana, 20 ans plus tôt (ou si c’était bel et bien un suicide), qui a tué une partie des participants de ce jeu de piste de Noël (bingo, j’avais compris), ainsi que les titres des romans policiers préférés de l’autrice, caché dans le récit (3 trouvés, c’est peu).

Pour apprécier pleinement cette lecture, il faut se laisser porter par les événements, ne pas être trop regardant sur le réalisme qu’une famille qui n’enquête pas sur les meurtres qui ont lieu en leur sein, qui ne deviennent pas parano, mais continuent le jeu.

Un huis-clos où l’autrice à mis en place tout ce qu’il fallait pour les garder enfermés ensemble, sans possibilité de fuir (à moins de vouloir se choper une hypothermie sévère), avec un assassin parmi eux, sans que l’on sache qui va être le prochain ou la prochaine, le tout avec envies de meurtre, pour les lecteurs, envers la peste de Sara.

Une lecture sans prise de tête, agréable, fun, qui fait du bien. Si le début est un peu plus long à se mettre en place, une fois les jeux commencé, il est difficile de lâcher ce cosy mystery avant la solution finale.

Là, c’est une LC réussie avec Bianca, ça tombe bien, c’était notre dernière de l’année. J’espère que celles prévues en janvier serons des réussites aussi, parce que nous avons prévu des auteurs et ses sagas que nous avons appréciées.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°105].

Le Manoir des Sacrifiées – Hubert Grimm 02 : Olivier Merle [LC avec Bianca]

Titre : Le Manoir des Sacrifiées – Hubert Grimm 02

Auteur : Olivier Merle
Édition : Xo Editions (20/10/2022)

Résumé :
Un crâne de Neandertal posé sur un meuble. Un homme prosterné devant lui, comme s’il priait. Son front est fracturé, un de ses yeux, arraché. Son épouse est introuvable ; les traces de lutte montrent qu’elle a sans doute été enlevée.

Jamais le commandant Grimm et son équipe n’auraient imaginé être confrontés à une mise en scène aussi macabre. D’autant que la scène se reproduit… et les jours passent, synonymes d’angoisse. Sans aucune piste. Aucun suspect.

Si les femmes enlevées ont été tuées, où sont les corps ? Si elles sont vivantes, où sont-elles retenues ? Grimm, déjà empêtré dans ses problèmes personnels, le sait : si son enquête continue à piétiner, un autre homme sera massacré et une autre femme disparaîtra.

Critique :
Ce roman, dont ma copinaute Bianca m’avait parlé, m’a attiré par son résumé et par sa couverture angoissante, sentant bon le manoir hanté et les peurs primales.

Le départ est intriguant : un couple, une intrusion dans leur domicile. On retrouvera le corps du mari prostré devant un crâne de Neandertal et son épouse disparue.

Un mystère, des cadavres mutilés, leurs épouses disparues, et pourtant, je n’étais pas happée par l’histoire, par les personnages, par le mobile derrière ces crimes. Était-ce moi ou le roman ?

On ne va pas y aller par quatre chemins, les policiers ne m’ont pas emballé tant ils semblaient clichés, vu et re-revu, notamment dans le personnage de Hubert Grimm, le commandant qui n’en fait qu’à sa tête, qui ment à son divisionnaire, qui n’obéit à rien, qui enquête sur le côté qui a une vie sentimentale désastreuse et malheureuse…

Ok, c’est agréable de voir un policier qui fait son job, qui ne glande pas, qui cherche, qui réfléchit, qui trouve… Mais punaise, c’est du classique ! Il n’y avait rien chez Grimm qui le sortait de l’ordinaire, rien que du ressassé.

D’accord, c’est plus facile de critiquer que de créer un policier atypique qui ne semble pas être une copie de ceux que l’on a déjà trop vu ou lu. Dommage, parce qu’avec un portrait de policier moins classique, moins usé jusqu’à la trame, la face du roman aurait été changée.

Le mobile des crimes est atypique, au moins ! Il ne court pas les rues, c’est un fait. On est loin des classiques du genre et qui sont l’apanage des criminels normaux, qu’ils passent à l’acte par accident, dans le feu de l’action ou après avoir mûrement réfléchi.

Dommage aussi qu’avec le portrait de son assassin, l’auteur ait sucré le sucre. Il en fait trop, il en rajoute, là où il aurait dû jouer sur la sobriété, à la manière d’un Anthony Hopkins jouant l’homme rationnel, raffiné, intelligent et bourré de charisme dans son rôle d’Hannibal Lecter. Et c’est ce qui foutait la trouille dans Le Silence des agneaux !!

La personne derrière ces assassinats horribles et dont nous suivrons les pas dans sa cave, a tout de la brute perverse, de l’animal (et j’insulte les animaux), bref, aucun raffinement. Le méchant est loupé et c’est la pire des choses, dans un roman, un film.

Cela plus du sordide décrit pour dégoutter que de la finesse qui glace les sangs durablement. L’exercice n’est pas facile, je le reconnais. Il faut trouver un équilibre, ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Lorsqu’il est atteint, le roman en est sublimé et marque au fer rouge.

Malgré mes points négatifs, la lecture n’était pas mauvaise en soi : la preuve, je n’ai sauté aucune page. Mieux, après deux meurtres, j’avais trouvé le point commun entre les deux hommes et donc, j’ai compris très vite qui serait la troisième victime.

Ce qui n’a pas empêché mes questionnements d’être au rendez-vous durant leur enquête… Impossible de déduire qui était le coupable, puisque nous n’étions pas un whodunit classique, avec tout les protagonistes rassemblés dans la bibliothèque.

La dernière partie était plus addictive, sans pour autant réussir à relever mon impression générale : bof bof.

Désolée de le dire, ce n’est pas le polar de l’année, même s’il y avait du bon dedans, qui aurait mérité un autre traitement pour en faire une lecture plus intéressante, marquante. Parce que oui, un roman policier peut vous marquer durablement, quoiqu’en disent ses détracteurs.

Hormis quelques passages réussis, le reste m’a toujours donné l’impression de souffrir d’un manque de quelque chose, notamment de profondeur dans les personnages, quels qu’ils soient.

Seul le mobile sortait du lot (et finalement, les motivations restent classiques), ainsi que la réflexion sur l’homme de Neandertal, qui n’était pas la brute basse de plafond qui attrapait sa femme par les cheveux, comme on l’a trop souvent représenté.

Si Bianca a commencé par apprécier cette LC (elle sortait d’une lecture totalement foirée), au fur et à mesure de sa lecture, elle a changé d’avis. De mon côté, bien que n’ayant sauté aucun paragraphe, cette lecture fut en demi-teinte, les points positifs n’arrivant pas à sortir le roman de l’ornière dans lequel il s’est enfoncé très vite.

Dommage, il y avait de quoi faire un chouette roman… Malgré tout, ce n’est pas non plus un policier merdique. Je dirais que ça se lit, sans plus. Bah, ça m’a occupé pour une soirée où il n’y avait rien à la télé, sauf du foot que je ne regarde pas (ou très très peu).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°100].

Terres d’Ogon – Tome 1 – Zul Kassaï : Jean-Luc Istin et Kyko Duarte

Titre : Terres d’Ogon – Tome 1 – Zul Kassaï

Scénariste : Jean-Luc Istin
Dessinateur : Kyko Duarte

Édition : Soleil (09/11/2022)

Résumé :
Au nord d’Ogon on dit que le peuple Kulu est sous la protection des Zul Kassaï, dieux immortels à la peau rouge.

Lorsqu’un Tog sanguinaire assassine la famille du jeune Ubu, ce dernier se présente à ses dieux réclamant justice. La décision est prise : les Zul Kassaï ne feront pas la guerre aux Tog.

Roass’aa n’est pas de cet avis et décide de braver l’interdit et d’accompagner Ubu en pays tog.

Critique :
Les Terres d’Arran se spin-off de tous les côtés, puisque maintenant, nous pouvons aller en Terres d’Ogon, de l’autre côté de la grande bleue.

Si le scénario est au rendez-vous, cela ne me dérange pas que l’on nous sorte une nouvelle série.

Il faudra juste ne pas oublier la qualité afin de ne pas prendre les lecteurs et les lectrices pour des porte-monnaie ambulants.

Cet album commence doucement, gentiment, au coin d’un feu de camp. Une famille est réunie, elle est du peuple Kulu, un peuple pacifique.

Hélas, il y avait des gorilles dans le brume… Un groupe de Tog, des gros gorilles guerriers, qui aiment la chasse aux humains, faire couler le sang et qui ne s’embarrassent pas des traités de paix.

Ce récit est celui d’une vengeance, d’un apprentissage, d’un passage à l’âge adulte avant l’heure, d’une survie, de combats. Ubu est un survivant, il ne rêve que de venger sa famille assassinée, alors qu’il est tout frêle et ne sait pas manier d’armes.

Oui, le récit est classique : l’enfant va demander de l’aide, celle des Elfes Rouges, des dieux de Zul Kassaï. Il veut la justice, il veut la mort de celui qui a massacré, sans autre but que le plaisir, sa famille. Les guerriers Zul Kassaï lui apprendront à se battre.

C’est conventionnel à mourir et pourtant, on s’attache au gamin, on aimerait passer plus de temps avec les guerriers Rouges et finalement, avec un plat traditionnel, servi sans trop de changements, les auteurs ont tout de même réussi à m’accrocher et à me donner envie de poursuivre mes incursions dans les Terres d’Ogon qui ressemblent aux terres africaines ou sud-américaine, vu leurs décors (savanes, forêts luxuriantes, pyramides Mayas).

Une belle relecture de David contre Goliath, même si, dans cette histoire, le petit David Ubu s’est fait aider des Elfes Rouges pour terrasser le vilain Goliath qui était vraiment un sale gorille méchant et sadique, une grande gueule qui s’amusait à frapper les faibles ou les vieux.

Un premier album réussi, même si conventionnel au possible. Les dessins de Kyko Duarte sont toujours agréables à regarder.

Un album qui peut se lire indépendamment des autres de la collection des Terres d’Arran.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°99] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

…Et avec votre esprit : Alexis Laipsker

Titre : …Et avec votre esprit

Auteur : Alexis Laipsker
Édition : Pocket (04/03/2021)

Résumé :
Appelée d’urgence à l’Institut des sciences de Strasbourg à la suite de la découverte du cadavre atrocement mutilé du prix Nobel de chimie, la commissaire Pourson se retrouve confrontée à une scène de crime aussi sanglante qu’énigmatique…

Au même moment, dans la région lyonnaise, le lieutenant Vairne, connu pour ses méthodes peu orthodoxes et son obsession des probabilités mathématiques, doit enquêter sur la disparition d’un éminent physicien.

Mais chaque nouvel indice épaissit le mystère autour de cette affaire et le convainc peu à peu d’une conspiration sans précédent.

Quelle probabilité pour que ces deux affaires soient liées ? Une certitude, Pourson et Vairne vont devoir s’allier pour le découvrir.

Critique :
Il est des meurtres pas banals du tout, comme de retrouver un savant assassiné à qui on a dérobé son cerveau… c’est sûr que ce n’est pas à moi que l’on piquera la cervelle.

Puis, les mystères s’ajoutent à ce meurtre dégueu : des savants disparaissent et ensuite, ça devient encore plus obscur ! Toutes les pistes mènent à des impasses, les flics s’arrachent les cheveux et moi aussi, malgré ma surchauffe des méninges, je n’ai pas réussi à comprendre, sauf quand on me l’a mis devant les yeux.

Ce thriller a un mérite : il est addictif. Les mystères semblent insolubles, la science fait partie des personnages importants, sans pour autant qu’elle ne nuise à la compréhension de l’histoire.

Maintenant, parlons des autres personnages importants : les policiers qui enquêtent sur ces disparitions mystérieuses… Bon, même s’ils sont intelligents, on ne peut pas dire qu’ils me marqueront, tant ils semblaient un peu clichés.

Entre le lieutenant Marion Mastereaux, la belle policière qui en a marre des réflexions sexistes (et qui vient du Sud) et le beau lieutenant Simon Vairne de la DGSI (un Parisien, donc), joueur de poker, indiscipliné et balançant des vannes à tout va, tous les deux surfant allégrement sur les clichés Nord/Sud, le tout donnant l’impression de fausseté dans les dialogues.

Je ne nierai pas le sexisme et la phallocratie dans certains milieux (dans tous ?), mais là, elles semblaient forcées, sonnaient creux et faux. Comme si on les avait mise dans le récit pour coller à l’actualité et pour ajouter quelques trucs en plus.

Rien non plus d’intéressant dans le personnage de la commissaire Cannelle Pourson, de Strasbourg, si ce n’est qu’en entendant son prénom, j’ai eu la chanson d’Antoine dans la tête durant toute la lecture. ♫ Je l’appelle Cannelle, parce que sa peau est sucrée ♪

Ces trois personnages principaux manquaient de profondeur, semblaient faux, comme dans une série policière où le budget des acteurs avait été rogné. Ils étaient sympa, mais sans plus. Je n’ai pas ressenti des attaches avec eux. L’auteur aurait pu creuser un peu plus leurs portraits, au lieu de survoler le tout.

Par contre, j’ai bien aimé les enquêtes parallèles, le rythme du récit, les mystères qui semblent insolubles, les pistes qui partant dans tous les sens et le final, qui m’a bluffé, comme les autres. Il m’aurait été difficile de le voir venir, tant les indices étaient faibles et qu’il fallait y penser. Simon Vairne a réussi, mais il aurait pu passer à côté, tant le tout était obscur.

Non, ce thriller n’est pas mauvais, il est même bon, si l’on fait abstraction des petits points qui m’ont dérangés, sans pour autant qu’ils aient nuit à l’action du récit ou à son côté addictif.

On est pris assez vite par le roman, le suspense est présent, il monte crescendo et les fins de chapitres se terminent souvent sur des cliffhanger, donnant encore plus l’envie de poursuivre. Malheureusement, plus on avance et moins on comprend, jusqu’à l’explication finale. Bon sang, mais c’est bien sûr !

Ce thriller n’est pas celui du siècle, dommage. Avec des personnages moins clichés, il aurait gagné en maturité. Le scénario était bien trouvé, mystérieux, la science était présente et bien utilisée. Ce ne sera pas une lecture marquante, mais au moins, ce fut une lecture divertissante et agréable.

À vous de voir… Dans le fond, être diverti, c’est déjà un bon début. Puisque je possède un autre roman de cet auteur, je le mettrai à mon programme de lecture l’année prochaine, afin de voir ce qu’il vaut.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°94].

La Constance du Prédateur – Ludivine Vancker 04 : Maxime Chattam [Par Dame Ida, Ex-Ex-Groupie Frissonnante du Fan-Club de Maxime Chattam]

Titre : La Constance du Prédateur – Ludivine Vancker 04

Auteur : Maxime Chattam
Édition : Albin Michel (02/11/2022)

Résumé Babelio
Ils l’ont surnommé Charon, le passeur des morts. De son mode opératoire, on ignore tout, sauf sa signature, singulière : une tête d’oiseau.

Il n’a jamais été arrêté, jamais identifié, malgré le nombre considérable de victimes qu’il a laissées derrière lui. Jusqu’à ce que ses crimes resurgissent du passé, dans les profondeurs d’une mine abandonnée…

Plongez avec Ludivine Vancker dans le département des sciences du comportement, les profilers, jusque dans l’âme d’un monstre.

L’avis de Dame Ida :
Meuh nan ! Ce n’est pas une histoire sur une dénommée Constance qui se serait entichée d’un prédateur à poils ou à plumes…

Chattam ne donne pas dans le documentaire animalier, même si on échappera pas à la dimension bestiale du dit prédateur ! C’est, comme l’indique le résumé Babelio, une histoire de tueur en série très prolifique et d’une redoutable persévérance.

Un crime, que dis-je une série de crimes tellement énormes et dans un contexte d’enquête tellement particulier que l’atmosphère glauquissime nous scotche dès les premières pages et nous laisse englués dans la progression de l’enquête jusqu’à son dénouement.

Une série de crimes tellement conséquente que la pression qui pèse sur les épaules des enquêteurs et en particulier du duo d’enquêtrices, nous écrase nous aussi lecteurs et lectrices.

Et l’affaire devient d’autant plus mystérieuse quand on retrouve dans un autre charnier d’autres victimes attendant qu’on les découvre depuis les années 1930, portant l’ADN du même meurtrier présumé que des dépouilles remontant aux années 1990… ADN que l’on retrouvera sur sur des victimes très récentes.

Un méchant terrible et dément… Des victimes dont Chattam nous rappelle et décrit l’humanité comme le font rarement les auteurs d’histoires de tueurs en série, afin de nous rappeler qu’elles sont des personnes avec une vie, des projets, des proches, des familles, et pas juste des objets que le tueur détruit sans états d’âmes pour assouvir ses fantasmes délirants…

Une héroïne avec son histoire, ses forces et ses blessures, travaillant sous les ordre d’une nouvelle supérieure avec qui le courant passe rapidement très vite et très bien, rappelant que nan, les femmes ne sont pas nécessairement des peaux de vaches entre elles, rongées par une sorte de pulsion instinctuelle à la rivalité…

Des personnages qui même secondaires ou quasi-figurants, se voient dotés d’une âme et d’une histoire…

Une intrigue bien tordue et bien huilée… Qu’il n’est évidemment pas question que je déflore ici… Et qui se dépliera sans temps morts, tâtonnements ou chapitres bâclés…

Anybref, du grand Chattam ! Du Chattam que j’aime ! Du Chattam comme il m’avait manqué depuis sa trilogie du mal ou depuis les Arcanes du Chaos… Enfin !!!

Un ou deux bémols cependant… Et oui, vous me connaissez… Faut toujours que je râle… Mais promis ça sera light aujourd’hui !

Si Maxime Chattam a ici fait un effort notable pour se renseigner sur l’organisation du service en sciences du comportement de la Gendarmerie Nationale et le statut de celles et ceux qui y travaillent (ça nous changera du dernier Thilliez que j’ai lu et qui se vautrait un peu sur ce point), il aurait dû vérifier cet autre petit point de procédure judiciaire avant de l’aborder rapidement dans son roman…

Dans le roman il parlera d’un suspect qui aurait demandé à son avocat qu’il fasse effacer de son casier judiciaire le viol pour lequel il vient de sortir de prison. Les enquêteurs se réjouissent que la demande n’ait pas encore été traitée, car sinon ils n’auraient pas eu connaissance des antécédents du suspect.

Oui… Mais non !

Certes, il est possible pour une personne condamnée à une peine d’obtenir que ladite peine ne soit pas inscrite au casier judiciaire accessible à l’employeur pour ne pas nuire à ses possibilités d’accéder à un emploi. Cela étant… En général cela doit être demandé par l’avocat lors du procès, avant même le prononcé de la peine et pas à la sortie de prison (bien que ça ne mange pas de pain d’essayer après) …

Mais, cela concerne généralement les délits mineurs sans récidives. Je n’ai jamais vu ou entendu parler, à l’époque où j’ai travaillé en secteur judiciaire, de l’effacement de crimes (infractions passibles de peines supérieures à 10 ans de prison) comme des viols ou des meurtres d’un casier judiciaire.

Et en outre, le fait que la peine ne soit pas inscrite sur le casier accessible à l’employeur ne signifie pas que la peine soit effacée du casier… Elle est juste reportée sur une autre partie du casier judiciaire qui n’est pas accessible à l’employeur, mais elle reste toujours accessible aux services judiciaires et policiers, lorsque l’on recherche les antécédents d’un délinquant.

Nos enquêteurs ne seraient donc jamais passés à côté d’une peine pour viol sur le casier d’un criminel sous prétexte qu’il l’aurait fait « effacer » de son casier. C’est impossible, puisque ça ne sera pas effacé et qu’ils ont accès à l’intégralité du dossier et pas seulement au casier accessible aux employeurs.

Je préfère le préciser pour que les lectrices ou lecteurs, victimes réelles ou potentielles d’un tel crime, soient rassurés sur le fait qu’un viol ne compte pas si peu aux yeux de la justice, pour que l’on en obtienne l’effacement total dans un casier judiciaire.

En outre, une condamnation pour viol entraîne en France l’inscription du condamné sur le FIJAIS (Fichier Judiciaire Automatisé des Auteurs d’Infraction Sexuelles ou violentes), et ça m’étonnerait beaucoup que des enquêteurs n’aillent pas voir sur ce fichier dans ce genre d’affaires… Je dis ça… Mais je ne dis rien… C’est dommage que Chattam ait oublié l’existence de ce fichier-là !

Sans parler du fait que si les juges peuvent se laisser convaincre de ne pas inscrire une condamnation « mineure » comme une bagarre avec ses voisins pour une question de trouble du voisinage, chez quelqu’un qui n’a pas de casier… ou un vol à la tire sans récidive…

Un viol ou un meurtre chez un sujet inquiétant (dans ce cas il est fréquent de demander des expertises ou enquêtes de personnalité) … avec les risques que ça peut faire courir aux éventuels collègues, clients, employeurs… Je doute que les juges soient irresponsables au point de le rendre invisible sur le casier, réclamé lors d’une embauche sur un emploi un peu sensible, réclamant un casier vierge.

Par ailleurs, il y a aussi une légère erreur concernant les procédures de changement de nom… Si elles ont été simplifiées au début des années 2000 (plus besoin de saisir le Conseil d’Etat !) et si la publication de l’annonce de ce changement de nom au Journal Officiel de la République est maintenant à la charge de la personne ayant demandé ce changement (110 euros) …

Le fait est que cette publication n’est pas une nouveauté et que les changements de noms faisaient déjà l’objet d’une publication au JO avant la modification de ladite procédure (j’ai y lu des déclarations de changements de nom au JO avant les années 2000) contrairement à ce que l’auteur fait dire à ses personnages.

De toute façon, en France, pays qui adoooore la bureaucratie, tout acte administratif laisse des traces quelque part et dans le cadre d’une enquête officielle, les services de police peuvent toujours avoir accès à ces informations à condition de chercher au bon endroit.

Et puis… Sans vouloir trop en dire pour ne pas spoiler… L’usage répété sur un temps relativement long et particulier que le Prédateur fait de l’eau de javel sur ses victimes vivantes, sans qu’elles ne semblent en souffrir plus que cela, me laissera très perplexe.

Je ne suis pas médecin ou chimiste, alors je ne me montrerai pas péremptoire sur ce point, mais je ne suis pas certaine qu’on puisse aussi bien tolérer de telles pratiques sans gros dégâts immédiats et atrocement douloureux sur les tissus concernés.

L’histoire ne nous dit pas si l’eau de javel était pure ou diluée… On dira que cette ambiguïté permet d’entretenir un doute favorable à l’auteur, mais franchement… Ne faites pas ça à la maison.

Et enfin, c’est là encore un petit détail sur un petit point plus que secondaire qui surgit au détour d’une page… Mais lorsqu’un enfant devient adoptable à l’âge de six ans et présente un état psychiatrique préoccupant, il n’est JAMAIS proposé à l’adoption, même s’il a été déclaré pupille d’état.

Tout enfant pupille n’est pas nécessairement considéré comme adoptable par les services sociaux. Lorsqu’il existe un risque accru qu’une adoption soit problématique en raison de l’état psychiatrique d’un enfant, l’enfant n’est pas proposé à l’adoption…

Mais à part ces petites bourdes mineures, qui ne changeront pas grand chose à mon plaisir de lecture, je dois reconnaître que je n’aurais rien d’important à reprocher à Maxime Chattam dans la construction de cet opus efficace et sans temps morts.

Cela faisait si longtemps ! Mais je réalise que cet opus est le dernier en date du Cycle « GN » (Gendarmerie Nationale sans doute) dont je viens de découvrir l’existence. Sans doute serait-il intéressant que je lise ceux qui ont précédé.

Si j’étrille Maxime Chattam impitoyablement quand il me déçoit, c’est parce que je sais aussi ce qu’il est capable de nous donner quand il soigne son sujet, et ce n’est donc que justice que de reconnaître quand il nous a livré le meilleur de lui-même et m’a fait frissonner.

J’ai en effet eu le plaisir depuis si longtemps espéré, de retrouver cet auteur dans un genre qu’il maîtrise suffisamment pour m’embarquer là où il voulait m’amener au fil des pages.

Et j’en veux encore.