Block 46 : Johana Gustawsson

Titre : Block 46

Auteur : Johana Gustawsson
Édition : Bragelonne (23/10/2015)

Résumé :
Falkenberg, Suède. Le commissaire Bergström découvre le cadavre terriblement mutilé d’une femme.

Londres. Profileuse de renom, la ténébreuse Emily Roy enquête sur une série de meurtres d’enfants dont les corps présentent les mêmes blessures que la victime suédoise : trachée sectionnée, yeux énucléés et un mystérieux Y gravé sur le bras.

Étrange serial killer, qui change de lieu de chasse et de type de proie…

En Suède, Emily retrouve une vieille connaissance : Alexis Castells, une écrivaine pleine de charme spécialisée dans les tueurs en série. Ensemble, ces deux personnalités discordantes se lancent dans une traque qui va les conduire jusqu’aux atrocités du camp de Buchenwald, en 1944.

Critique :
Cela faisait quelques temps que ce roman traînait sur mes étagères, comme des tas d’autres, mais Yvan a su se montrer persuasif pour que je le sorte de suite de ma terrible PAL (avec des menaces, oui – MDR).

Un thriller qui mélange des scènes de crimes sorties toutes droit du cerveau dérangé d’un serial killer et des scènes tirées du camp de concentration de Buchenwald, ça ne court pas les rues.

Le mélange est osé, fallait-il encore que la sauce prenne ! Que ce mélange des deux donne une symphonie sans couacs ou fausses notes qui déchireraient les tympans.

Avant tout, je signale aux âmes sensibles qu’elles peuvent lire ma chronique, mais peut-être pas le roman… Sauf si elles veulent défaillir !

Autant j’ai aimé la justesse des récits dans le camp de concentration (l’auteur, sans édulcorer le récit, ne sombre pas dans du gore gratuit), autant j’ai aimé les scènes de crimes bien gores, elles, autant j’ai eu du mal avec les personnages féminins que sont Alexis Castells, écrivaine spécialisée dans les tueurs en série, et Emily Roy, la profileuse.

Oui, au départ, je ne les sentais pas… Aucune empathie pour elles, ni pour Emily qui avait tout d’une frofileuse dure et antipathique, ni pour Alexis qui avait le passé de Stéphane Bourgoin en version féminine (son compagnon tué par un serial killer et elle qui écrit des livres sur eux) et à laquelle je n’accrochais vraiment pas.

Ça commençait mal entre nous… Mais je ne suis pas du genre à baisser les bras pour si peu et bien m’en pris parce que j’ai appris à apprécier les personnages féminins au fur et à mesure de ma lecture  !

L’écriture est agréable, facile à lire, sans fioritures, elle coule toute seule et une fois qu’on est entré dans le roman, on n’a plus envie de le lâcher, à tel point que j’ai lu dans mon lit avant de m’endormir (chose que je fais JAMAIS), à la lampe de poche pour ne pas déranger Chouchou.

Nom de dieu, on peut dire que l’auteur a su jouer avec mes nerfs et me pondant une enquête addictive et où je me suis prise quelques coups dans le plexus. Et j’adore ça.

Comme je le disais, si les personnages féminins ne m’emballaient pas tant que ça au départ, les personnages masculins, eux, oui car je les trouvais plus réalistes, surtout le flic macho et crétin congénital. Un réussite, celui-là, du genre qu’on aurait envie d’encastrer dans le mur.

L’auteur a su jouer avec mes nerfs, le suspense, le mystère, le glauque, le sang, les cadavres et le récit d’un rescapé de Buchenwald et au final, la symphonie était réussie.

De plus, même si certains passages sont durs, éprouvants, horribles car ils ont traits à ce que l’Homme a de plus sombre en lui, jamais l’auteur ne sombrera dans le glauque gratuit. Ce qu’elle nous raconte est véridique (Buchenwald) et fait toujours aussi froid dans le dos (sauf pour les nazis nostalgiques, bien entendu).

Un thriller au mélange étonnant mais réussi, une symphonie sur l’Homme qui, dans le pire, reste incontestablement le meilleur ! Hélas…

PS : ce roman se déroulant pour moitié à Londres et pour l’autre en Suède, je couvre plusieurs challenges littéraires, ce qui double mon plaisir.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),   « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le Challenge Nordique Édition Scandinavie chez Chroniques Littéraires.

La fille d’avant : J.P. Delaney

Titre : La fille d’avant

Auteur : J.P. Delaney
Édition : Mazarine (08/03/2017)

Résumé :
C’est sans doute la chance de sa vie : Jane va pouvoir emménager dans une maison ultra-moderne dessinée par un architecte énigmatique… avant de découvrir que la locataire précédente, Emma, a connu une fin aussi mystérieuse que prématurée.

À mesure que les retournements de situation prennent le lecteur au dépourvu, le passé d’Emma et le présent de Jane se trouvent inextricablement liés dans ce récit hitchcockien, saisissant et envoûtant, qui nous emmène dans les recoins les plus obscurs de l’obsession.

Critique :
En ouvrant ce roman, laissez vos certitudes sur le paillasson, dehors, shootez dedans, carrément, car l’auteur va jouer avec durant un certain temps…

Durant une grande partie de votre lecture, en fait. Je dois avouer qu’elle a bien joué avec…

On commence doucement, on plante le décor de cette maison à l’architecture épurée, au décor épuré et aux règles contraignantes à foison !

Une des règles précise : interdiction de laisser quoi que ce soit traîner par terre, à aucun moment.

Deux femmes, deux portraits. Emma, avant, Jane, maintenant.

Je l’avoue de suite, jamais je ne pourrais entrer dans la maison de One Folgate Street vu que je ne suis pas prête à me débarrasser de mes affaires, que j’adore empiler les livres, foutre le bordel… Et que oui, j’apprécie encore de me servir de clenche pour ouvrir mes portes et que j’adore pester sur ma douche qui n’est pas moderne au point de me reconnaître et d’adapter la chaleur que j’aime.

1. Dresser la liste de tous les objets qui vous semblent indispensables.

De plus, le questionnaire me ferait hurler et entre nous, One Folgate Street a tout d’un Big Brother puissance 10 ou, par certains de ses comportements, on pense de suite à la voiture Christine, de Stephen King.

Quant à son légitime propriétaire, Edward Monkford, il me colle des frissons dans le dos. Lui c’est ZE grand maniaque qui traîne des casseroles pire qu’un certain FF et qui, de par son comportement ambigu, a tout d’un sociopathe de haut niveau.

– Les violences ne sont pas toujours physiques, souligne Carol, sans hausser la voix. Le besoin d’exercer un contrôle absolu est également une forme de mauvais traitement.
Ces mots me font l’effet d’une gifle. Car je vois bien que, sous un certain angle, ils correspondent à la réalité.

La construction du roman alterne les chapitres avec Emma, qui était la locataire d’avant et avec Jane, qui est la locataire de maintenant, avec, de temps, des dialogues ou des situations qui se répètent, ce qui vous déstabilise et fait naître en vous des frissons de peur car vous ne savez pas encore ce qu’il s’est passé dans la maison de One Folgate Street, sauf que Emma y est morte !

Comme je vous le disais, l’auteur joue avec nos certitudes, joue avec la narration, avec nos nerfs, construisant petit à petit son intrigue et nous dévoilant ce qu’il ressort de l’enquête de Jane au sujet d’Emma.

— Et que se passe-t-il quand quelqu’un qui veut tout contrôler rencontre quelqu’un d’incontrôlable ? Le mélange peut se révéler explosif.

L’écriture est fluide, l’angoisse monte au fur et à mesure qu’on tourne les pages, j’ai eu très souvent envie de hurler à Jane « Fuis, pauvre folle » et je me suis demandée si Edward Monkford tomberait raide mort en entrant dans mon bureau où les piles sont aussi nombreuses que des mensonges chez les politiciens en campagne.

Rien à dire, niveau thriller psychologique, il tient plus que la route et ses promesses car je me suis faite balader durant les 400 pages avec un plaisir immense. Je ne voulais qu’une chose, le terminer, et vite, pour enfin savoir…  Lecture addictive qui m’a obligée à aller dormir assez tard, mais pas de regrets !

Un roman au mystère qui s’épaissit de plus en plus pour mieux jouer avec vos certitudes ou vos pensées, des personnages attachants, plaisants ou qui vous donneront des sueurs froides, comme le maniaque de chez maniaque, Edward Monkford !

Un presque huis clos haletant ! Des comme lui, j’en redemande.

Mais  jamais, au grand jamais, je ne voudrais une maison aussi connectée que celle du One Folgate Street car les règles de vie y sont bien trop contraignantes. Par contre, ça donne un super thriller psychologique…

— Ne vous excusez jamais pour une personne que vous aimez, lui dit-il sans élever la voix. Vous passez pour un connard.

PS : Un tout grand merci à Stelphique de m’avoir conseillé de lire ce livre !!!

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),   « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

Les Filles des autres : Amy Gentry

Titre : Les Filles des autres

Auteur : Amy Gentry
Édition : Robert Laffont (19/01/2017)

Résumé :
ÊTES-VOUS BIEN CERTAINE DE CONNAÎTRE VOTRE FILLE ? D’AILLEURS, EST-CE VRAIMENT LA VÔTRE ?

À 13 ans, Julie Whitaker a été kidnappée dans sa chambre au beau milieu de la nuit, sous les yeux de sa petite soeur. Dévastée, la famille a réussi à rester soudée, oscillant entre espoir, colère et détresse.

Or, un soir, huit ans plus tard, voilà qu’une jeune femme pâle et amaigrie se présente à la porte : c’est Julie.

Passé la surprise et l’émotion, tout le monde voudrait se réjouir et rattraper enfin le temps perdu. Mais Anna, la mère, est très vite assaillie de doutes.

Aussi, lorsqu’un ex-inspecteur la contacte, elle se lance dans une tortueuse recherche de la vérité – n’osant s’avouer combien elle aimerait que cette jeune fille soit réellement la sienne…

Critique :
Sans les avis positifs de mes petits camarades de Babélio ou des copinautes de blog, j’aurais fait l’impasse sur ce roman qui avait tout d’un « déjà-lu et déjà-vu ».

Une fille qui disparaît et qui revient 8 ans après, semant le doute dans l’esprit de certains membres de sa famille, on sent venir le récit téléphoné, puisqu’il y a autant de chance que ce soit bien elle qu’une autre. C’est du 50/50.

Que pouvait-on faire de mieux que ce qui a déjà été fait, écrit, tourné, raconté ?

La famille Whitaker avait tout pour vivre tranquillement : le mari, Tom, la maman, Anna, et leurs deux filles, Jane et Julie. Tout a basculé quand Julie s’est faite enlever et qu’elle est revenue, 8 ans plus tard… Est-ce bien elle ?? Ou pas…

Une resucée cette histoire, sans aucun doute…

« Femme de peu de foi »… Voilà ce que je suis, car jamais je n’aurais pensé qu’on puisse faire du neuf, donner une sacré dose de suspense et torturer ainsi le lecteur avec un pitch aussi bancal que celui de « Est-ce bien toi ? » Ou pas…

Entrez dans ce roman vierge de toutes certitudes car elles vont valser, tanguer, prendre l’eau, avant de remonter à la surface, triomphantes… Ou pas !

Plusieurs morceaux de choix dans ce roman bourré de suspense : on y découvre  le récit de l’enlèvement, la vie de la famille ensuite, déchirée, bancale, avec la sœur cadette qui se chercher et la mère qui ne sait quoi faire face à sa seconde fille.

Puis Julie revient (ou c’est pas elle ?) et là, on découvre la famille qui doit se refaire après ce retour brutal et le récit de son emprisonnement.

Autant la perte du membre de la famille était traumatisante et avait laissé un trou béant, autant sa réapparition est facteur, elle aussi, de troubles, de chamboulements et de questions.

Et puis, dans cette histoire, il y a une autre histoire qui elle, se déroule à rebours : on commence par le personnage final avant de revenir au premier de la liste et là, je vous jure que vous vous poserez des tas de questions !!

Le pire est que tout est criant de vérité ! On ne se contente pas de faire un roman à suspense et de balancer les faits pour faire sursauter nos cœurs ou faire tourner nos méninges, non, on nous donne aussi des scènes de la vie familiale quotidienne qui ne sont pas des plus tendres, vu la situation vécue par la famille.

Difficile de parler de ce roman car on aurait peur de dévoiler trop, mais sachez qu’il ne faut pas le biffer, tel son titre et ne pas se fier à son pitch qui a l’air banal tant il a été conté.

Les personnages sont attachants, on ne sait pas toujours de quel côté les prendre, ni de quel côté ils sont, mais leurs comportements est réaliste et leur psychologie est bien travaillée, surtout en ce qui concerne leur comportement après la disparition de Julie (et après son retour), avec les associations de disparitions d’enfants ou dans leur rôle de parents qui pensent connaître leurs enfants.

Un roman à suspense, mais pas que… (comme aurait pu le titrer les éditions La Jouanie).

Un roman brillant, bien construit, qui laisse la place au mystères, aux doutes, aux espoirs, aux peurs, aux révélations inattendues… Mais je ne vous dirai pas dans quel ordre.

Un roman qui prouve que l’on pouvait faire du neuf et du super bon sur un pitch éculé.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

Canicule : Jane Harper

Titre : Canicule

Auteur : Jane Harper
Édition : KERO (11/01/2017)

Résumé :
Kiewarra. Petite communauté rurale du sud-est de l’Australie. Écrasée par le soleil, terrassée par une sécheresse sans précédent. Sa poussière. Son bétail émacié. Ses fermiers désespérés. Désespérés au point de tuer femme et enfant, et de retourner l’arme contre soi-même ?

C’est ce qui est arrivé à Luke Hadler, et Aaron Falk, son ami d’enfance, n’a aucune raison d’en douter. S’il n’y avait pas ces quelques mots arrivés par la poste : Luke a menti.

Tu as menti. Sois présent aux funérailles. Revenir à Kiewarra est la dernière chose dont Aaron a envie.

Trop vives sont encore les blessures de son départ précipité des années auparavant. Trop dangereux le secret qu’il a gardé pendant tout ce temps. Mais Aaron a une dette, et quelqu’un a décidé que le moment est venu de la payer…

Critique :
« Canicule »… Le genre de mot qui me donne envie de me lâcher et de faire des rimes peu catholiques, je vous le dis !

Le bush australien… Nom de Zeus, j’avais pourtant juré que je n’y remettrais plus les pieds car trop dangereux. Et j’y suis retournée…

Niveau page turner, ça le fait, car une fois entamé, je n’avais qu’une envie : arriver à la fin pour savoir ce qui avait bien pu se passer dans la ferme de Luke Hadler !

Imaginez la scène : vous êtes un livreur, vous finissez votre tournée par une livraison chez les Hadler et bardaf, vous finissez par vomir dans le bas-côté après avoir vu la corps de la maîtresse maison gisant dans une marre de sang, les mouches bourdonnantes autour de son corps froid, malgré les 40° à l’ombre.

Au premier, Billy, le gamin, mort lui aussi… Et le père ? Suicidé dans son pick-up d’une balle dans la bouche. Affaire simple et affaire classée ?? Pas si simple car pour les parents de Luke, admettre que leur fils a massacré sa famille n’est pas évident à avaler.

S’il y a une chose que j’ai adoré dans ce roman, c’est la description de tout ce qui fait la ruralité ainsi que la mentalité des gens qui vivent depuis des lustres à Kiewarra, trou paumé où règne une sécheresse canon depuis plus de deux ans.

Pas une seule goutte de pluie depuis 24 mois ! Les cultures crèvent, les bêtes aussi, les gens sont à sec, les fermiers n’ayant plus d’argent ne font plus tourner les commerces qui crèvent à leur tour… Un cercle vicieux qui est dépeint avec une exactitude qui fait fi des fioritures.

C’est ça le drame avec les problèmes d’argent, c’est contagieux. Les fermiers n’ont pas de fric à dépenser dans les magasins, les commerces font faillite et, du coup, il y a encore moins de gens qui ont de l’argent à dépenser dans les magasins.

Le bush est sec, l’écriture aussi, elle ne s’embarrasse pas de chichis et le scénario est aussi précis qu’une opération chirurgicale. Le tout étant réaliste, que ce soit les personnages, leur comportement débile, les dialogues et je tire mon chapeau à la scène d’introduction ! Magnifique, si j’ose dire, vu le sujet traité et décrit.

Pas le temps de savourer une bière au pub, les gars, car personne ne vous laissera la boire en paix !

Notre pauvre Aaron Falk, flic à Melbourne et revenu pour les obsèques de Luke, son pote d’enfance, traine derrière lui des ragots, de la médisance et de la suspicion : on l’accuse d’être le responsable de la mort de Ellie Deacon, survenue il y a 20 ans.

Et tout le monde le pense responsable et si ce n’est pas lui, alors c’est son père !

Tout est dépeint avec justesse et réalisme, dans ce roman : l’esprit de clocher, les petits esprits étriqués, les gens qui complotent dans votre dos, vos amis qui vous tournent le dos dès que la suspicion s’installe, le père de la fille qui monte tout le monde contre vous car il règne en maître, tel un seigneur sur ces terres ingrates où tous les fermiers lui doivent quelque chose.

— Tu es né et tu as grandi ici, ou bien tu es un étranger et tu le resteras toute ta vie, c’est apparemment comme ça qu’on voit les choses à Kiewarra.

Deux enquêtes : une contemporaine avec Luke qui aurait massacré sa famille avant de se suicider et le mystère de la mort d’Ellie, retrouvée noyée il y a 20 ans, dont Aaron voudrait bien laver son nom et celui de son père, eux qui ont dû fuir cette petite ville où tout le monde leur était devenu hostile.

— Impossible de contrôler l’onde de choc d’une affaire comme celle-là, dit-il d’une voix qui semblait un peu pâteuse.

Des flash-back afin de tout nous expliquer, mais petit à petit, sans brûler les étapes, car tout ce pays pourrait bien s’embraser, au propre comme au figuré.

— Cet endroit, c’est une vraie cocotte-minute. Les petites choses peuvent prendre des proportions démesurées plus vite qu’on ne l’imagine.

Des personnages attachants, tels Aaron Falk et le policier Raco, qui enquêtent tout les deux, et ce n’est pas facile lorsque la populace vous est hostile; Gretchen, une ancienne amie d’Aaron, la seule qui ne lui soit pas hostile, le directeur d’école, un type qui n’accable par Aaron et qui lui tend la main.

Des personnages mystérieux tels Luke Hadler qui n’aimait que lui, ou carrément salopard, tel Mal Deacon, le père d’Ellie et son neveu, Don.

— Ces deux-là sont des ordures. Et personne ne leur demande jamais de comptes.

Des fausses pistes, des nuits blanches, des heures passées sous la chaleur accablante du soleil… Du suspense savamment dosé, des mystères, des coups tordus, bref, un putain de roman qu’on dévore à toute berzingue tant on veut savoir si oui ou non Luke est coupable et si non, qui a fait ça alors ?

Un roman noir rural mené de main de maître, ou rien n’est laissé au hasard, une chaleur oppressante, une population aussi.

Des gens qui, telle une meute assoiffée de sang, regardent ce pauvre Aaron Falk mener son enquête en n’attendant qu’une chose : qu’il trébuche pour se ruer dessus et sonner l’hallali.

Un excellent roman qui m’a fait passer quelques heures angoissantes à cause de son suspense et de son réalisme.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

Dans la forêt : Jean England [WRC – Chronique d’une autopsie littéraire annoncée]

Par THE WOMEN’S READING CLUB (WRC)

Conception et idée originale : Stelphique, Mon féérique blog littéraire !!!

Direction logistique : Belette, The Cannibal Lecteur 

Direction artistique : Nathalie, Sous les pavés la page

Chronique autopsie annoncée

Je soussigné, docteur Jack The Reader, Chef du Service de Médecine Légale; certifie avoir procédé à ce jour, en vertu de la réquisition du Cannibal Lecteur, à l’examen médico-légal du roman « Dans la forêt » de Jean England

Dossier n°04

Madame Ia Belette Cannibal Lecteur, Suite à votre réquisitoire du 22 janvier 2017, en cause j’ai l’honneur de vous faire savoir que j’accepte la mission que vous m’avez confiée.

Je jure de remplir ma mission en honneur et conscience avec exactitude et probité.

Nous avons accompli notre mission et consignons dans le présent rapport, les résultats de nos examens, observations et investigations.

Nous reprenons les éléments importants relevés au cours des examens externe et interne du roman.

Nous les commentons et tentons d’en tirer des hypothèses et/ou conclusions logiques.

Silence on autopsie un livre

Description du sujet autopsié : Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt.

Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

Date du crime d’édition : Janvier 2017, tout récent.

Arme du crime : Un black-out total dont nous ne saurons rien de plus

Traumatismes : Oui, parce que ça pourrait aussi nous arriver, mais cadavre moins traumatisant que d’autres (Black-Out, Extinction, The End of the world, Résilience).

Suspects : L’auteur qui, de son cerveau fécond, nous a écrit ces pages, il y a 20 ans. Et puis, sans aucun doute l’Homme es ses excès, l’Homme qui, de par son comportement, court à sa perte.

Arme du crime probable : Inconnue. Toutes les pistes sont bonnes à prendre, aucune indication sur le cadavre autopsié.

Modus operandi du crime : Un pays (États-Unis) qui a perdu l’électricité. Deux jeunes filles et leur père livrés à la survie dans leur maison, perdue près des bois. Le père décède et ensuite, nos deux jeunes filles vont devoir se démerder seules avec ce qu’elles possèdent et changer radicalement de vie.

Belette légiste

Verdict du médecin légiste Jack ?
Encore une roman post-apocalyptique ? Ça commence à bien faire, non ? C’est mon je-ne-sais-quantième roman du genre qui passe sur ma table d’autopsie !

Rassurez-vous, vous ne devrez pas parcourir La Route pour aller de Pétouachnoc à une grande ville. Vous ne devrez pas non plus défendre, armes à la main, votre dernier Carambar, votre dernier Oréo ou votre dernière bouteille d’eau face à une meute de voisins enragés et devenus agressifs à cause de la peur de leur Extinction prochaine.

Certes, c’est un véritable Black-Out auquel nous serons confrontés, mais il a commencé doucement, et tout le monde pensait que tout allait se rétablir… Erreur, grave erreur.

Vu que nous nous trouvons dans une maison isolée près d’une grande forêt, ce roman a tout de la survie à la Robinson plutôt que de celle d’un The end of the world puisqu’ici, pas de fuite : le roman se déroulera quasi en huis-clos avec un père et ses deux filles – Nell et Eva – et puis, juste leur deux.

Nell est la narratrice et elle nous conte un récit fort réaliste sur une civilisation qui a perdu l’électricité sans que l’on sache jamais comment ou à cause de quoi celle-ci a disparu, le récit se concentrant exclusivement sur la survie des deux sœurs dans la maison parentale.

Un huis-clos oppressant, surtout lors de leurs disputes ou pendant qu’elles se cherchent des occupations durant leurs journées. Nous ne les quitterons jamais, sauf à suivre les récits d’avant le black-out raconté par Nell ou des récits de leur enfance, avec papa et maman, au temps de l’insouciance.

Nous ne saurons pas vraiment ce qu’il s’est passé dans la ville voisine de 50km, mais l’auteur, avec peu de mots et de descriptions nous fera comprendre l’horreur que cela a dû être pour les habitants face à une telle situation.

On s’attache aux filles, on les suit dans leur survie, dans leurs espoirs, dans leurs souffrances, dans leurs peurs, le tout sans tomber dans un pathos larmoyant.

Un roman qui nous conte la chute d’une société, un effondrement total, en nous laissant entendre que, comme d’habitude, une autre se relèvera sur les cendres de la précédant puisque, c’est vrai, cela fait seulement depuis 130 ans que l’Homme utilise l’électricité et à vécu plus longtemps SANS elle que AVEC elle.

Un superbe récit de survie qui se dévore avec avidité et qui ne ressemble en rien aux autres romans post-apocalypse déjà lu et autopsié.

Verdict du détective Cannibal ?
Pour une fois, le médecin et le détective sont d’accord !

Je  jure avoir rempli ma mission en honneur et conscience, avec exactitude et probité.

Jack The Reader, médecin légiste pour cette autopsie littéraire et Belette Cannibal Lecteur, consultant detective.

Sans titre 7

Veuillez trouver ci-joint le rapport de mes autres collègues :

Jack the Reader 4

C’est avec une grande joie, que notre reporter elfique, Stelphique nous expose du haut de son grand sequoia, ses points lumineux sur cette forêt mystérieuse… Ses ailes sont aises de vibrer au grand air américain, et dans un parfait Nature Writing, on sent comme une vraie reconnexion avec l’essence même de la vie….

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La fratrie… ou comment deux sœurs s’apprivoisent…

Il est parfois difficile de se différencier de sa sœur, surtout quand elles sont si proches en âge, qu’on pourrait presque les prendre pour des jumelles… Vaste question que cette forme de fratrie, entre amour et déchirement pour la quête du soi. Nell et Eva ont cette relation de répulsion/attraction qui ne se fait pas, sans quelques fractures de ce lien, unique et fort, du sang…

En se noyant dans leurs passions et leurs ambitions dévorantes, elles se construisent une identité, à force de renoncement à l’autre, et pourtant l’amour qui les unit parait indéfectible.

Le roman tourne autour de ce cercle familial, entre souvenirs passés et avenir à reconsidérer, et cette micro-cellule de liens humains est une onde de choc et d’émotions qui nous est donné de lire dans ce journal intime, dernier vestige laissé au monde comme la preuve de leurs passages sur Terre…

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Le post-apocalyptique… ou comment la solitude envahit le quotidien…

Un recul désiré, puis forcé dans cette maison… La fin du monde poursuit sa course folle de manque et de cécité, pendant que cette famille vit au gré des saisons, proche de la Nature…

En fait, le post-apocalyptique se ressent dans ces privations, dans ces coupures, dans ces absences… C’est plus, la solitude, et l’étiolement des liens sociaux qui frappe dans ce livre, que les réelles raisons de ce nouveau monde…

Petit à petit, les commodités et les ressources s’amenuisent, seule la survie compte, mais la vie se charge toujours d’infliger mille dangers et heurts, qui reconditionnent la vision de cette fratrie.

S’il n’est pas forcé d’entendre de la musique pour danser, ou de concentration pour apprendre, il faut que ses jeunes filles trouvent assez de force en elles pour affronter cette nouvelle vie sans but, et c’est dans ce néant qu’elles devront apprendre à vivre…

C’est là, que le post-apocalyptique prend tout son sens et que la force de ce roman vous atteint en plein coeur…

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La forêt… ou comment cet environnement devient lieu de vie…

De tout temps, la forêt a généré peur et fascination. On a juste oublié qu’autrefois, elle a été lieu de vie pour les peuples, avant qu’on ne s’en éloigne pour lui préférer les villes… La forêt est source de légendes, génératrice de vie, domaine des plus étranges créatures…

Elle est à la fois bienfaitrice et cruelle, car il se cache dans ses arbres, des formes de dangers soudains, autant que de mauvaises rencontres, mais aussi mille merveilles…

Eva et Nell l’apprendront, souvent à leur dépend, que la nature donne autant qu’elle reprend, distribue autant qu’elle inflige… La beauté de cette lecture tient à cette rencontre avec ce lieu majestueux, la connexion avec l’essentiel, l’abondance du don…

En conclusion, cette lecture parle de dépouillement, de violence, et de lâcher prise… Elle se veut intime et c’est presque dans un murmure qu’elle nous souffle que Dans la forêt, se trouve sans doute, notre salut…

Plaidoirie de la partie civile


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Madame le Juge,

Lors du réquisitoire de la partie adverse, j’ai imaginé de multiples scénarios quant à la conclusion de ce procès…
J’ai vu la perpétuité pour ce roman car le consumérisme outrancier était cause de sa lente agonie. Il pourrissait au fond d’une cellule sombre et humide, ses pages se gondolant et jaunissant au rythme des saisons. Il attendait la fin, son encre déliquescente condamnée à ne plus être frôlée par un seul regard humain. Sa couverture se désagrégeait et bientôt il ne restait plus de lui que quelques feuilles trop fines pour résister au passage du temps. Il était oublié de tous, étouffé par tant de romans parlant de l’apocalypse et se putréfiait autant que cette humanité qui gangrenait le monde…

J’ai vu une condamnation indulgente et une liberté conditionnelle après 20 ans de silence pour cette histoire contée avec tant de douceur et de poésie. Le huis clos oppressant était pardonné et ce livre purgeait une peine de principe dans une forêt oubliée où le retour à des valeurs plus saines et plus proches de la nature le guidait vers de nouveaux courants de pensée. La punition divine était évoquée mais seul lui importait la rédemption et la reconnaissance de ses pairs. Seul lui importait d’être à nouveau touché par des doigts avides de tourner ses pages.

Enfin… j’ai vu l’acquittement. Sous la redondance du sujet et l’ennui de la première partie, les jurés s’apercevaient du fond si important de ce roman. Celui qui parle de deuil et de survie, celui qui évoque la perte si cruelle de ses parents, celui qui pousse à la résilience et qui confronte le lecteur à la mort : Celle de ses proches ou bien la sienne. Le roman sortait triomphalement de ce tribunal, l’espoir chevillé aux pages de prouver au monde entier qu’il existait. Il s’exhibait fièrement sur les rayons des librairies, sa couverture bombée bravant les chalands. Il se sentait unique, et au final : il l’était je vous l’affirme.

Je plaide aujourd’hui pour ce dernier scénario afin que le petit monde que nous représentons découvre les véritables atours de ce roman ainsi que les messages si emplis d’humanité qu’il transporte dans son for intérieur. L’acquittement est de mise, Madame le Juge. Laissez, je vous prie, le monde découvrir cette histoire.

La Chronique de Stelphique

La Chronique de Nath

Deux sœurs : Barbara Garlaschelli

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Titre : Deux sœurs

Auteur : Barbara Garlaschelli
Édition :Payot et Rivages (2007)

Résumé :
Deux sœurs à l’approche de la quarantaine. Célibataires encore séduisantes. Elles vivent ensemble depuis toujours dans la maison léguée par leurs grands-parents.

Amelia, la brune, est institutrice et gère le quotidien. La blonde Virginia, elle, rêve à travers les feuilletons télévisés qu’elle regarde à longueur de temps. le rythme paisible des journées cache les failles et les douleurs de leur vie, hantée par de lourds secrets.

Quand arrive dans ce huis clos le trop séduisant Dario, représentant de commerce et joueur impénitent, l’équilibre précaire des deux sœurs s’effondre pour basculer dans l’horreur.

Construit en courtes séquences, ce thriller psychologique incisif tient en haleine jusqu’au dénouement. Par ses personnages tourmentés et sa noirceur, il évoque le Stephen King de Misery.

Deux sœurs a reçu le prix Scerbanenco en Italie.

sorelle-780978887684gra_1_250x380_exactCritique :
Crevons de suite cet abcès qui me fait mal au sujet de ce roman dont on me dit, en 4ème de couverture, qu’il évoque le « Misery » de Stephen King… Non, non et non !

Certes, nous avons un homme retenu prisonnier par deux quadragénaires dont l’une – Amélia – est une véritable tyran envers sa sœur mais hormis cette détention, nous sommes très loin du calvaire enduré par l’écrivain Paul Sheldon et loin d’Annie Wilkes, l’infirmière sadique et azimutée.

Rendons à Stephen King ce qui est à Stephen King : nous sommes loin de  son Misery…

Attention, cela ne veut pas dire que ce roman-ci n’est pas bon ou qu’il est chiant, loin de là !  Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

De la tension, on en aura ! Du huis-clos est inscrit au programme. Du suspense aussi, grâce à la construction du roman qui n’est pas linéaire dans le temps, ce mélange entre passé et futur rendant la tension encore plus vive.

Les personnages sont bien décrits, travaillés, et autant le portrait que l’on nous brosse d’Amélia, la sœur aîné, fait froid dans le dos, autant celui de sa sœur Virginia donne envie d’être son amie, elle qui a un monde imaginaire où elle aime se réfugier, elle qui n’est jamais allée plus loin que le pont, elle qui reste à la maison, vivant sa vie par procuration, devant son poste de télévision (merci J-J.G).

Ces deux sœurs ont eu une enfance un peu bizarre, entre un père partit courir une autre femme que la sienne, une mère aux abonnés absents, étant uniquement présente de corps mais pas d’esprit, nos deux gamines ont donc été élevées par leurs grands-parents et elles ne se sont jamais mariées, restant dans la maison familiale, vivant l’une pour l’autre.

Là où l’auteure excelle, c’est dans la mise en place des événements, plongeant un (renard) séducteur – Dario – qui aime jouer avec les femmes dans une maison (poulailler ?) où deux sœurs vivent seules en étant tout l’une pour l’autre, avec une douce rêveuse et une qui aime avoir la main mise sur cette sœur, justement.

Le renard aurait mieux fait d’aller voir après d’autres poules… Ou de ne pas se frotter à l’une et puis à l’autre.

Le huis-clos est oppressant – à cause d’Amélia – le jeu de séduction est subtil, tout en douceur, tout en coups de poignards dans le dos, et on n’en sortira que pour faire des incursions dans le passé et en savoir plus sur nos deux sœurs et sur l’événement traumatisant qui s’est passé dans leur enfance.

Ce roman, une fois entamé, difficile de ne pas vouloir aller jusqu’au bout ! Il n’est pas épais, se lit très vite et est délectable au niveau de ses personnages.

Bien que l’intrigue soit du déjà-lu, elle est traitée d’une manière qui vous fera froid dans le dos dans les dernières lignes.

Amélia n’est pas Annie Wilkes, loin de là, mais elle a une part d’ombre qu’il vaut mieux ne pas trop explorer.

PS : Il vaut bien un 3,75 Sherlock !!

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),  Le Mois du polar 2017 chez Sharon (Février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (198 pages).

Carrie : Stephen King

Titre : Carrie

Auteur : Stephen King
Édition : J’ai Lu (2000)
Édition Originale : Carrie (1974)

Résumé :
Une mère puritaine, obsédée par le diable et le péché ; des camarades de classe dont elle est le souffre-douleur : Carrie est profondément malheureuse, laide, toujours perdante.

Mais à seize ans resurgit en elle le souvenir d’un « don » étrange qui avait marqué fugitivement son enfance : de par sa seule volonté elle pouvait faire se déplacer des objets à distance. Et ce pouvoir réapparaît aujourd’hui, plus impérieux, plus impatient…

Une surprise bouleverse soudain la vie de Carrie : lorsqu’elle est invitée au bal de l’école par Tommy Ross, le boy-friend d’une de ses ennemies, n’est-ce pas un piège plus cruel encore que les autres ?

carrie86Critique :
♫ Oh, Carrie, tous ils savaient, Tout le mal qu’ils te faisaient. ♪ Oh, Carrie, si ta mère voulait, De ses bras nus, te consoler, ♪ Évanouie, ton innocence. Ce bal était pour toi la dernière chance. ♫ Peu à peu, la ville disparait
Malgré les efforts des pompiers ♪

Carrie, le premier roman du King d’après Wiki.

Un roman fort qui, sous le couvert du fantastique et de l’horreur, parle d’un phénomène toujours d’actualité : les brimades à l’école.

Nous le savons bien, nos chères têtes blondes sont des petits sadiques en culottes courtes et l’adolescence ne les calme pas, que du contraire.

Si vous n’étiez pas l’élève le ou la plus populaire de votre bahut et que vous avez subi des brimades de vos camarades transformés soudainement en une meute de loups agressifs, croyez-moi, ce n’est rien comparé à ce que Carrie White doit subir tous les jours !

La pauvre, déjà qu’elle n’est pas bien née, son père étant mort avant sa naissance et sa mère est une bigote extrémiste et fanatique. Je déteste le fanatisme, quel qu’il soit (religion ou autre, même en sport) et ici, avec Margaret White, on a décroché la timbale !

Pour elle, tout est péché, de la fornication aux mensurations, en passant par les « salbosses » qui sont en fait les seins qui, selon elle, ne poussent que si on a été une méchante fille (j’ai été trèèèès méchante, moi, alors).

Si elle était logique avec elle-même, elle comprendrait que sans la fornication, pas de reproduction et donc, plus d’humains sur terre. Sans doute n’avait-elle pas lu les passages biblique disant « Allez et multipliez-vous » ou le fameux « Aimez-vous les uns sur les autres ».

Anybref, Margaret White est à enfermer ! Ce ne sera pas la dernière fois que le King du Maine (à ne pas confondre avec son homonyme le King de Memphis) nous parlera des fanatiques religieux et des dangers du fanatisme.

Pas toujours facile de lire ce roman, en cause les brimades violentes (et gratuites) subies par Carrie, 16 ans et faites par l’ensemble de sa classe et de la ville aussi, puisque les gens les considèrent, elle et sa mère, comme des marginales à ne pas fréquenter.

Et puis, la pauvre Carrie ne peut même pas dire qu’en rentrant chez elle cela va aller mieux parce que sa mère est complètement chtarbée et voir ce qu’elle fait subir à sa fille est un supplice aussi. Comment est-ce possible ? Ben si, c’est possible, hélas.

N’allez pas croire qu’on est dans la zone chez des bouseux ou chez des rednek, non !

Dans ce roman, on découvre des jeunes gens assez aisés, un collège bien sous tout rapport, une petite ville proprette dans le Maine et des professeurs ou directeurs pas vraiment concernés par les humiliations subies par la pauvre Carrie. Ce comportement sera lourd de conséquences.

Pas vraiment de suspense car le récit nous donne souvent des indications de ce qu’il va se passer après et, chose un peu déconcertante au départ, il est aussi entrecoupé d’articles fictifs de journaux, d´extraits de livres spécialisés traitant du phénomène de télékinésie dont est pourvue Carrie White, ainsi que de nombreux flashbacks où Carrie se souvient de son enfance pas tendre.

Ceci étoffe un peu le roman qui n’est guère épais en pages, mais épais en tension et en intensité car il est difficile de rester insensible lorsque l’on voit les évènements futurs avec une clarté digne d’un médium qui aurait déjà lu le roman.

Tous sont coupables à des degrés divers, personne n’ayant jamais pensé que Carrie souffrait de ces brimades, de cette mise à l’écart (ou s’en moquait bien) et encore moins qu’elle possédait des pouvoirs et que tout cela se finirait dans la tragédie apocalyptique ou pyrotechnique.

Certes, les événements décrits dans ce roman appartiennent au fantastique, mais il est tout de même prémonitoires ou du moins, tirés d’un constat sévère : à force de faire enrager une personne bien déterminée, à force de se conduire en bourreau, à force de la brimer, un jour, cette personne pourrait se retourner sur vous, entrainant dans sa folie vengeresse bien des innocents (ou de ceux qui ont vu et laissé faire).

L’actualité en a souvent rejoint la fiction, dans ces collèges américains où certains, lourdement armé, avaient pété un câble et tiré sur tout le monde.

Pourtant, Carrie ne demandait pas grand-chose : des amies, une vie normale, une scolarité exempte de sales coups vaches, qu’on la laisse tranquille…

Un premier roman du King où l’on devine déjà sa patte bien personnelle. Ce n’est pas son meilleur, mais j’ai ressenti énormément d’émotion et d’attachement pour Carrie qu’il accède aux hauteurs Kingesque.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Le Mois du polar 2017 chez Sharon (Février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (243 pages).

L’exorciste : William Peter Blatty

Titre : L’exorciste

Auteur : William Peter Blatty
Édition : J’ai Lu (28/11/2007)
Édition originale : The Exorcist – Harper & Row Edition (1971)

Résumé :
Pour Chris MacNeil et sa fille Reagan, une adolescente de quatorze ans, la vie s’écoule heureuse et aisée dans un quartier bourgeois de Washington.

Et puis, un jour, des bruits étranges résonnent dans la calme demeure, des objets disparaissent, des meubles sont déplacés.

Quant à Reagan, d’étranges métamorphoses la défigurent, des mots obscènes jaillissent de sa bouche.

Tandis que peu à peu la personnalité de l’enfant se dédouble et se disloque, face aux médecins impuissants, des profanations souillent une église voisine, un crime mystérieux a lieu sous les fenêtres des MacNeil.

l-exorciste-william-blatty-225x300Critique :
Disons-le directement : non, ce livre ne fait pas peur ! Certes, évitez tout de même de le lire à vos moutards de 5 ans dans le but de les endormir le soir… Certaines scènes pourraient les traumatiser et leur faire penser que les crucifix sont des engins sexuels.

Ce genre d’idées pourrait être dommageable si vous possédez des crucifix de grande taille qui pourraient provoquer des dilatations assez importante à un endroit que rigoureusement ma mère m’a défendu d’nommer ici.

Par contre, le début du roman est un peu endormant, ça commence doucement, ça ressemble même à un tableau idyllique et si le titre avait été caché, je vous jure que j’aurais posé ce roman et basta, terminé la lecture.

Oui, mais voilà ! C’était l’exorciste que je tenais en main ! (N’allez pas imaginer des choses cochonnes, hein, je vous surveille !).

Ça puait le souffre et les souvenirs de certaines scènes cultes du film que j’avais vues – les yeux à moitié fermés, les oreilles bouchées, sans jamais oser aller plus loin de peur de faire des cauchemars jusque mes 20 ans – revenaient dans ma tête à toute allure. Horrible ces scènes…

La seule chose que j’aimais de ce film, c’était la musique « Tubular Bells »…

Si jamais de ma vie je n’ai osé voir ce film, je me disais que je pourrais au moins tenter le coup avec le livre. Exorciser cette peur. J’ai eu raison car même pas peur !

Une fois l’intro terminée et Regan, l’adorable gamine de 11 ans contaminée par une entité diabolique, il est difficile de lâcher le livre.

Difficile aussi, durant sa lecture, de faire abstraction des horribles images du film qui, malgré mes yeux à moitié fermés et mes oreilles bouchées de l’époque, me revenaient dans la face ! Surtout que je revoyais la copine qui me rejouait les phrases les plus crues du film.

— Ta mère suce des queues en enfer, Karras !

— N’approchez pas ! La truie est à moi ! Baise-moi ! Baise-moi !

— Fais-toi baiser par Jésus! Que Jésus te baise!

Malgré le fait que le roman ne fait pas peur, il vaut tout de même la peine d’être lu, ne fut-ce que pour exorciser la peur de ce film, afin de comprendre que les exorcistes, contrairement aux Démons, ne sont pas Légion, et qu’il faut réunir des tas de preuves avant que l’Église ne consente à réaliser un exorcisme.

Pourtant, nom de dieu, je ne sais pas ce qu’il leur aurait fallu de plus que cette enfant qui prend des voix différentes, qui parle à l’envers, qui a souplesse d’un bonhomme en caoutchouc, qui vomit de la bile ou fait s’écouler des diarrhées qu’on se demanderait bien comment un corps aussi petit pourrait contenir tout ça, sans parler de la force prodigieuse.

Ah ces jésuites, hommes de peu de foi, va !

Mais bon, je ne vais pas juger le père Damien Karras, déjà que  le démon lui a dit que sa mère suçait des bites en enfer, si en plus je lui jette la pierre, il risquerait de la trouver mauvaise, parce qu’en fin de compte, sans le père Karras, on serait toujours dans la mélasse (elle était facile, je l’avoue).

Autant Karras s’interroge sur sa Foi, autant le père Lankaster Merrin est un croyant pur et dur, un vrai de vrai, un homme bon, un homme de bien, un prêtre que j’ai grandement apprécié, même s’il est moins présent que Karras.

C’est lorsqu’on apprend que ce roman est tiré d’un fait réel qu’il fait froid dans le dos, mais niveau trouille, j’ai eu des Stephen King qui m’ont fait réellement trembler et des romans post-apocalypse (ou de black-out) qui m’ont fait me cacher sous la couette.

Mais même sans les frissons de peur à la clé, le roman reste tout de même agréable à lire et quelques scènes sont assez… gore ou à éviter de lire après un bon repas. Heureusement, l’odorama n’existe pas encore dans les romans !

Si je veux frissonner vraiment, je n’ai plus qu’à me faire  le film…

Heu… j’ai encore peur du film !!

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Le Mois du polar 2017 chez Sharon (Février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (400 pages).

Les chemins de Damas : Pierre Bordage [LC avec Stelphique]

La Trilogie des prophéties - Les Chemins de Damas

Titre : Les chemins de Damas

Auteur : Pierre Bordage
Édition : Le Livre De Poche (2007)

Résumé :
Après la grande guerre contre les nations musulmanes, l’Europe est dominée par les mouvements évangéliques venus des Etats-Unis.

Délocalisations, prolifération des milices et des bandes, misère et corruption généralisées : le vieux continent s’enfonce dans la crise.

Divorcée, Jemma vit dans une résidence protégée au cœur de Paris. Un jour, sa fille disparaît, comme des milliers d’autres enfants avant elle.

Désemparée, la jeune femme part à sa recherche aux côtés de l’énigmatique Luc, vers ce Moyen-Orient diabolisé, impénétrable…

trilogie-des-propheties-t3-les-chemins-de-damas-t3-bordage-pierre-lpCritique :
Et c’est repartit pour un roman où toute la Terre est dévastée ! Toute ? Oui, toute, personne n’a aperçu l’ombre d’un village gaulois qui résisterait encore et toujours… Hélas.

Allez, disons que c’est moins grave dans la patrie de Donald Trump (j’aurais toujours du mal à le dire), mais pour y arriver, c’est Tintin et Milou avec car l’océan Atlantique est gelé, rapport au Gulf Stream en grève…

Bref, la Terre a été dévastée par une guerre imbécile (comme elles le sont souvent) qui a eu lieu entre les différentes religions. La plupart des gens, qui vivent dans la misère ou tirent le diable par la queue, s’en sortent tant bien que mal, vivant de délits, d’expédients ou se laissant glisser dans la misère la plus noire.

Il lui arrivait de plus en plus souvent d’envier les hommes fauchés par la mitraille sous ses yeux, leur étrange sérénité dans la mort, eux dont les traits se tordaient d’épouvante quelques secondes avant l’assaut. Leur vie s’était brisée à l’âge de dix-huit ou vingt ans, mais ils ne subissaient plus la tragique imbécillité humaine, ils flottaient, libres, aériens, au-dessus du cul-de-basse-fosse où les hommes, sous le vernis civilisateur, s’abandonnaient à leurs instincts les plus vils. […] C’était pire depuis que les partis évangéliques avaient conquis l’Europe, de l’amour plein la bouche et de la merde plein le cœur.

Ce troisième roman est différent des deux autres de par le fait que la Guerre est terminée, que les pays tentent, tant bien que mal, de se reconstruire, que les populations sont dans la merde, et ceux qui ont encore de la chance d’avoir un job vivent quasi retranché dans des quartiers ou des cités protégés.

La guerre avait opéré une sélection des espèces à rebours : les meilleurs avaient péri sur le Front, il ne restait plus que les médiocres, les planqués et les crétins.

Il est différent aussi car il y a une multitude de personnages qui vont croiser notre route, rendant par là un attachement à l’un où l’autre plus difficile, même si, dans l’absolu, nous suivrons plus le périple de Jemma, dont sa fille a disparu mystérieusement et de Luc, venu l’aider. Eux, on risque grandement de s’y attacher, même si j’avais parfois envie de baffer Jemma.

Les autres personnages ne seront que de passage pour nous montrer la vie telle qu’elle est maintenant à Paris où ailleurs : pas rose, morose avec des personnes engluées dans des nouvelles croyances frisant le fanatisme. Ces personnes passeront dans le roman et nous ne saurons pas toujours ce qu’elles sont advenues.

La force du récit se trouve, une fois de plus, dans le réalisme. Lorsque les mots percutent notre esprit, les images arrivent en bloc – souvenirs de films ou de reportages – et de suite, le récit devient plus oppressant car on sait, au fond de nous, que ce genre d’horreur nous pend sans doute au nez…

Avantage aussi, c’est que l’auteur ne sombre pas dans le grand n’importe quoi, il reste cohérent dans ses personnages et dans le message qu’il tente de nous faire passer, message qui n’est jamais que la vérité dans toute sa nudité.

Nous avons beau avoir passé le 20ème siècle et posséder tout sous la main afin de vérifier les infos qu’on nous donne à ruminer, les gens ne possèdent plus (ou pas) d’esprit critique et gobent tout, tel des ânes mangeant leur foin et répétant ce qu’ils ont entendu ou ce qu’on leur a laissé entendre.

— Ceux qui vantent les mérites de la mort sont toujours les derniers à partir, vous avez remarqué ?

Les gens ont toujours tendance à suivre la masse et à crier haro sur le baudet, cherchant plus volontiers des boucs émissaires que les véritables coupables, cherchant plus à apaiser, vite fait bien fait, leurs colères et leurs douleurs que de tenter de comprendre comment cela a pu se produire et QUI nous a manipulé pour tenter de nous emmener là où on voulait que l’on aille. Cherchons à qui profite le crime…

Plus la population serait inquiète, plus elle accepterait les solutions radicales imposées par les extrémistes religieux, le retour à un ordre moral strict, l’abandon de la liberté individuelle, la fin de l’utopie démocratique.

— Les extrémistes que vous, les Européens, appeliez les terroristes islamiques se sont servis de l’islam pour impliquer l’ensemble des populations musulmanes, mais leur but principal était de virer les régimes mis en place par les Occidentaux. La seule façon d’unir le monde arabe et, plus largement le monde musulman, c’était de les agréger autour de la religion et, donc, de faire monter un peu partout dans le monde, le sentiment islamophobe, de séparer l’humanité en deux camps ennemis, de stimuler le vieux réflexe grégaire.

— Il faut toujours chercher à qui profite le crime, n’est-ce pas, et le crime, ici, a fait plus de cinquante millions de morts. Deux puissances ont volé en éclats, l’Europe et la grande nation musulmane en cours de formation, trois, si on classe l’ONU dans la catégorie des puissances. Les bénéficiaires de l’opération : les États-Unis, et j’inclus ici Israël, que je considère comme un État américain, la Chine, qui poursuit tranquillement sa croissance et dont les États-Unis sont devenus les fournisseurs et les clients principaux, l’Inde, qui vient de rompre son autarcie pour signer les accords commerciaux du Trident.

Dans ce roman, la critique de notre société est cruelle, mais véridique. Celle des politiques/politiciens aussi. Ça cogne juste là où il faut, en plein dans le plexus, les médias ne seront pas épargnées non plus, tout comme nos Sociétés bien pensantes qui croient que c’est chez les autres qu’on ne respecte pas l’autre moitié de l’humanité (la femme) ou que c’est l’autre, le barbare…

— Ne croyez pas tout ce que les médias vous chantent, ne confondez pas fanatisme religieux et tactique insurrectionnelle […] Les extrémistes se sont emparés de l’islam parce qu’ils avaient besoin d’une bannière fédératrice, incontestable, mais il s’agissait d’une action politique, d’une lutte d’influence, d’une course au pouvoir. Ils cherchaient avant tout à se débarrasser des dynasties mises en place par les Occidentaux pour ménager les intérêts occidentaux.

Elles la mettaient au défi, elle, la femme européenne, la femme libre, de passer dans l’autre pièce et de rapporter la semence d’un homme sans attirer l’attention des autres. Elles lui signifiaient qu’elles, les femmes condamnées au silence et au secret, faisaient ce qu’elles voulaient des mâles vaniteux et bornés, qu’elles pouvaient aller avec n’importe lequel d’entre eux sans que leur mari ou leur père ne s’en aperçoivent. Les hommes imposaient aux femmes la virginité, la fidélité, la soumission, croyant ainsi garantir leur paternité, marquer leur territoire génétique, mais elles étaient les maîtresses absolues des corps et des plaisirs, elles les trompaient et les bafouaient quand bon leur semblait, c’était leur revanche, la vengeance des ombres.

C’est un récit assez violent, cru, sans concession, réaliste, écrit avec une plume acérée, une plume qui écrit, noir sur blanc, des vérités jamais belles à entendre. On ne sort jamais tout à fait indemne de ces romans aux relents trop réalistes qui nous dresse les poils sur les bras (et partout ailleurs) tant il fiche les chocottes.

La vision cyclique, la perspective historique auraient dû nous enseigner l’humilité, mais l’homme est pétri d’orgueil, il s’estime l’égal de Dieu, il veut immortels les monuments érigés à sa gloire et les frontières de ses empires, il espère dompter la matière et suspendre le temps, il oublie qu’il est aussi éphémère qu’un insecte ou une fleur, un grain de poussière qui retournera à la poussière.

L’auteur ne tire pas à boulets rouges sur les religions, mais sur ceux qui les utilisent à mauvais escient, pour leur besoins personnels, pour des fins politiques, toujours pour leurs profits à eux, jamais pour aider les autres, le tout sous les regards de la masse qui n’a rien compris et hurle sur des textes au lieu de se révolter sur les mauvais utilisateurs.

Mon Dieu, avaient-ils donc oublié que Jésus prônait l’humilité, le renoncement, l’abolition du jugement et l’amour du prochain ? Que le mal qu’on faisait au plus petit de ses frères, c’était au Christ lui-même qu’on le faisait ?

— Christ juger. Christ revenir et décider.
— Si c’est à lui de décider, pourquoi le faites-vous à sa place ?

— […] Dans une église stupide où l’on parle sans cesse du Christ mais où on n’aime pas le Christ !

— Ne croyez pas tout ce que les médias vous chantent, ne confondez pas fanatisme religieux et tactique insurrectionnelle […]

Comme disait l’autre « On ne nous dit pas tout » et j’ajouterai qu’on nous dit ce qu’on veut bien entendre et que la réalité est déformée par un prisme ou par cette course folle de celui qui sera le premier à poster l’info, vraie ou fausse, tout le monde s’en moque.

Malgré tout ce cynisme et celle plume trempée dans de l’acide, tout au fond de ce récit noir, j’ai entrevu une lueur d’espoir… Une belle lueur d’espoir.

Une trilogie qui vaut la peine d’être découverte et que je suis contente d’avoir lue ! Des romans différents, chacun ayant quelque chose à nous apporter.

— Je crois que l’Europe n’a plus d’avenir, reprit Flamand. Le libéralisme avait entrepris de démanteler ses structures, la guerre les a définitivement rasées. Il faudrait pour les relever une vraie volonté politique. Des visionnaires. Pas une clique de politiciens vendus aux grandes entreprises. Tant que les intérêts des capitaux l’emporteront sur les intérêts humains, l’Europe poursuivra sa descente aux enfers.

— […] L’autre nous paraît hostile parce qu’il n’appartient pas à la même race, au même peuple, à la même religion, à la même histoire, au même sexe, au même âge que nous. Nous ne le percevons qu’à travers nos filtres, chrétien, juif, musulman, hindouiste, bouddhiste, animiste, athée, homme, femme, vieux, jeune, beau, laid, nous ne lui accordons pas de vraie légitimité, l’autre nous regarde au travers de ses filtres et ne nous accorde pas de vraie légitimité. [..]

Ceux qui parlent en mon nom voient le diable dans mes œuvres et me voient dans les œuvres du diable.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), , Le Mois du polar 2017 chez Sharon (Février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (504 pages).

Pourquoi je l’ai choisi (Par Stelphique) :
On se devait de finir en binôme cette trilogie noire mais très intéressante : une lecture commune de plus qui nous aura bien remuée avec Cannibal Lecteur ! On doit être un peu cinglées sur les bords, à se faire peur, toujours plus….

Synopsis :
Après la grande guerre contre les nations musulmanes, l’Europe est dominée par les mouvements évangéliques venus des Etats-Unis. Délocalisations, prolifération des milices et des bandes, misère et corruption généralisées : le vieux continent s’enfonce dans la crise.

Divorcée, Jemma vit dans une résidence protégée au cœur de Paris. Un jour, sa fille disparaît, comme des milliers d’autres enfants avant elle. Désemparée, la jeune femme part à sa recherche aux côtés de l’énigmatique Luc, vers ce Moyen-Orient diabolisé, impénétrable…

Les Personnages :
Ils sont nombreux, parfois éphémères, mais donnent toujours des petites touches d’éclairages sur les ténèbres de ce monde d’après-guerre.

J’ai été touchée par la douleur de Jemma, même si dès fois, elle est assez énervante dans son incapacité à prendre sa vie en main, je me dis que ce n’est pas évident de trouver sa place dans cette configuration d’avenir.

Je ne saurai pas quelle serait mes propres réactions, alors je ne la blâme pas, mais je lui aurai bien tendu au moins une arme blanche à travers les pages, ça me semble le minimum… Pacifique, mais pas naïve la fée…^^

Luc garde un poil trop de mystères, on ne sait pratiquement pas ses réelles motivations. C’est peut être le plus intéressant des personnages, mais c’est dommage qu’on en sache pas plus sur lui….

Ce que j’ai ressenti:…Au bout du tunnel enténébré , la lumière, et au-delà….

L’humanité a un besoin urgent de rêveurs.

Nous finissons une trilogie qui nous parle des dangers et dérives que peuvent faire les hommes de la religion et la foi. C’était une lecture visionnaire, actuelle, et riche de pistes sur les enjeux politiques de ce monde.

On ressort rincés, plus critique sur notre société. Cet auteur arrive à mettre en fiction, dans un avenir proche, toutes les failles de notre système de lois qui régissent le capitalisme, des aspirations sombres que projettent des dizaines d’années à l’avance les puissants de ce monde, l’immense désarroi auquel les individus lambda de cette planète se retrouve confrontés.

Quand on vous disait que cette lecture fait peur, c’est parce qu’elle est trop réaliste, trop prévisible, trop effrayante…

— Je crois que l’Europe n’a plus d’avenir, reprit Flamand. Le libéralisme avait entrepris de démanteler ses structures, la guerre les a définitivement rasées. Il faudrait pour les relever une vraie volonté politique. Des visionnaires. Pas une clique de politiciens vendus aux grandes entreprises. Tant que les intérêts des capitaux l’emporteront sur les intérêts humains, l’Europe poursuivra sa descente aux enfers.

Nous, revoici, dans la chronologie du temps, quelques années après la guerre, et elle n’est pas annonciatrice de glorieuse période… Les hommes sont encore plus esclaves, plus pauvres, plus résignés, plus contrits… L’espoir n’est pas de mise, et en plus, un grand fléau frappe toutes les contrées du monde: la disparition des enfants…

Pfiou…. Envolés, sans laisser de traces…. Ça laisse perplexe, mais c’est diablement addictif, car c’est bien connu, les enfants sont l’avenir, et sans eux, et déjà que ce présent là est ténébreux, on frôle la catastrophe ultime…

La guerre avait opéré une sélection des espèces à rebours : les meilleurs avaient péri sur le Front, il ne restait plus que les médiocres, les planqués et les crétins.

Avec cette quête désespérée, on est happé dans les routes inhospitalières où chaque pas est un danger sous-jacent et l’horizon qui s’ouvre à nous, pas beaucoup plus nauséabond, que sous la bâche où se trouve ce duo de personnages, déterminés à lever le voile sur un phénomène inexplicable…

Là, encore dans ce tome, peu de place, à la lumière, si ce n’est, un peu cette fin, presque surnaturelle, pour essayer de contrer le Mal de notre temps…

L’amour n’est pas un sentiment qu’on marchande, c’est un état, une intelligence en action, la merveilleuse intelligence de l’univers.

Au sortir de cette lecture, je me dis que j’ai grandement apprécié l’univers que sait créer cet auteur, sa façon de voir sans artifices, le monde qui nous entoure… J’ai hâte de lire une autre de ses aventures, et j’espère que j’aurai encore plus de plaisir à lire, le prochain qui m’attend dans ma PAL…

Pour une première approche, je pense que ces tomes sont un peu inégaux, mais que dans l’ensemble, ça reste une lecture très instructive !

La trilogie des Prophéties porte presque trop bien son nom, et je suis bien contente que ma binôme m’est tenue la main pendant cette traversée chaotique d’un avenir possible…. (La binôme signale qu’elle avait la trouille aussi !!! – Cannibal)

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 7/10

On se souvient du nom des assassins : Dominique Maisons

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Titre : On se souvient du nom des assassins

Auteur : Dominique Maisons
Édition : de la Martinière (Oct 2016)

Résumé :
1909. Paris, est à cette époque le centre du monde culturel et politique. Dans ses sous-sols des filles de joie mineures meurent de la syphilis, et des enfants se battent pour se nourrir de rats, menacés par la peste et la rage.

Mais Paris s’en moque, et repousse la misère au-delà de ses murs. Paris regarde vers le ciel et se passionne pour les dirigeables, Paris invente la haute couture, le luxe et le divertissement de masse. Malheureusement, au milieu de ce foisonnement, Paris va aussi inventer le crime moderne et sa médiatisation. La foule va prendre gout au sang, aux aventures immorales, au frisson bon marché.

Dans les pas de Gaston Leroux, d’Alfred Binet, d’Aleister Crowley et d’Edmond Locard, vous poursuivrez le premier meurtrier moderne… Dans un mois, vous vous souviendrez du nom des assassins.

hotel_regina_au_debut_du_20eme_siecleCritique :
Giovanni Riva s’en souviendra aussi, du nom de l’assassin !

Lui qui était déjà plus qu’heureux de bosser au journal « Le Matin », lui qui faisait la fierté de ses parents, immigrés italiens, de le voir bosser dans un grand journal, le voici délogé de ses petites fonctions pour être attaché à l’auteur à succès Max Rochefort, dans le but peu louable de rapporter ses faits et gestes au directeur du journal.

« Giovanni Riva, le fils de l’épicier de la rue Ramponeau, embauché au Matin » : si le quartier avait eu son propre quotidien, à n’en pas douter, cette nouvelle aurait fait la une. […] j’incarnais l’espoir d’une famille, d’un quartier. L’espoir d’intégrer un des bastions de la République française et d’y porter haut les couleurs de ma communauté, en proie à une xénophobie croissante et agressive.

Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’il va vivre (et nous faire vivre) la plus formidable aventure et enquête de sa vie !

Giovanni est le Watson de l’écrivain à succès Max Rochefort, celui-ci allant se comporter comme un Sherlock Holmes (le côté dandy voyant en moins), enquêtant, analysant, déduisant et n’hésitant pas à prendre des risques pour faire éclater la vérité.

— Vous m’êtes sympathique, Rochefort, mais nous ne sommes pas en Angleterre. Je ne suis pas ce pauvre Lestrade du Yard qui se trouve sans cesse obligé de collaborer avec un excentrique qui se prétend détective.

Dans ce roman, l’enquête ne fait pas tout, les décors et la reconstitution de la vie à Paris en 1909 est prodigieuse, à tel point qu’on s’y croirait transporté.

La magie de l’écriture et le talent de narration de l’auteur y sont pour beaucoup. Que ce soit niveau voitures, fiacres, pensées des gens en ces temps déjà troubles avec le voisin teuton, sans parler du racisme ambiant et de la séparation récente entre l’Église et l’État…

Ces papiers relataient des émeutes visant des ouvriers italiens, accusés de voler le travail de leurs homologues français, de faire baisser le prix de la main-d’œuvre et de permettre au patronat de bloquer tout progrès social. Des articles remplis d’histoires de lynchages et de morts, de pères de famille estropiés, de haine entre pauvres, la plus idiote de toutes, pendant que leurs exploiteurs se frottaient les mains.

Les usines d’armement tournent à plein régime, les inventions arrivent en masse et la presse connait un essor phénoménal grâce aux nouvellistes qui publient leurs œuvres dans les différents journaux. La littérature populaire est au faîte de sa gloire.

Durant plus de 400 pages, l’auteur nous ballade dans son Paris reconstitué, dans son Paris embouteillé, dans son Paris « clivagé », dans ce Paris qui grandit de plus en plus (et qui sépare les pauvres des riches), tout en nous tenant en haleine avec des meurtres sordides et une innocente jeune fille accusée.

La place des femmes fait aussi partie intégrante de son récit et on ira même faire un tour du côté des pierreuses, c’est à dire les filles de petites vertus… Dont certaines possèdent de l’empathie et de la générosité.

Sur notre droite, un homme s’appuyait au mur de l’hôtel pendant qu’une pierreuse s’épuisait à lui prodiguer une fellation frénétique et vaine tant il paraissait avoir des difficultés à présenter une érection exploitable.

Le tout est réaliste, ambitieux, magnifique, on dévore les pages, on les avale avec gourmandise et on n’a qu’une envie : savoir le fin mot de cette histoire qui nous entrainera aussi dans les airs avant de nous faire redescendre dans la noirceur humaine.

Un voyage époustouflant, du suspense, des personnages attachants (Max et Giovanni vont me manquer), une écriture simple mais pas simpliste, agréable à suivre, du mystère, des mensonges, un peu de politique (nous sommes à 5 ans de la Première Guerre), des retournements de situation, des moments émouvants, des passages à l’asile qui font froid dans le dos et des meurtres sanglants.

Un vrai bonheur de lecture, un excellent roman policier dont on sent que l’auteur a potassé son sujet pour être aussi précis et réaliste dans ses descriptions.

Ce roman c’est aussi une mise en garde contre les dangers de la presse à sensation qui a tendance à relater des faits « criminels » comme des romans feuilletons, afin de vendre plus, donnant par là même une importance aux assassins et faisant tomber leurs victimes dans l’oubli.

Je peinais à le croire, pourtant les œuvres de fiction lui accordaient de plus en plus de place. Le public avait soif de violence et de mystère. Je ne pouvais écarter la perspective terrifiante que les foules en vinssent à admirer les criminels au même titre que les artistes. Aurais-je eu envie de vivre dans un tel monde ?

On se souviendra de ce roman !

— […] nous n’apportons aux lecteurs que ce dont il a soif depuis l’Antiquité, de la tragédie.
– On leur donne le goût du sang. On devrait essayer d’élever l’Homme au lieu de retomber dans les travers des jeux du cirque. Il n’y a plus de différence de ton et de procédé entre vos excellents romans-feuilletons et les articles traitant des « affaires criminelles ». Le spectacle devrait rester le spectacle, et la chronique judiciaire devrait s’en écarter autant que possible. Par votre talent et votre sens de la narration, vous contaminez vos confrères qui, du coup, se mettent à romancer la réalité. Vous finirez par créer des vocations de criminels séduits par le romantisme du crime que vous créez avec ces Rocambole et autres Habits noirs… C’est un jeu dangereux, et on ne cesse d’annoncer de nouvelles séries, toutes plus immorales !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).