Golem – Le tueur de Londres : Peter Ackroyd [LC avec Bianca]

Titre : Golem – Le tueur de Londres

Auteur : Peter Ackroyd
Édition : Archipoche Suspense (03/01/2018)
Édition Originale : Dan Leno and the Limehouse Golem (1994)
Traducteur : Bernard Turle

Résumé :
Londres 1880. Un assassin insaisissable, invisible, opère dans le quartier de Limehouse.

Le peuple, la presse, la police l’ont surnommé le Golem, du nom de cette créature de la mystique juive, démon sanguinaire fait d’argile, capable de se défaire et de se reconstituer à volonté.

Le journal intime d’un certain John Cree révèle qu’il serait le mystérieux Golem, décrit ce qu’il appelle son oeuvre d’artiste, le massacre minutieux et jubilatoire de deux prostituées, d’un vieux sage et d’une famille entière.

Mais sa femme, Elizabeth Cree, une ex-chanteuse de music-hall, semble elle aussi dissimuler bien des secrets.

Le chemin de ces êtres énigmatiques croise et recroise celui de personnages historiques, l’écrivain George Gissing, Karl Marx et Dan Leno, « L’homme le plus drôle du monde », la star du théâtre populaire à cette époque.

Tous se rencontrent sans se connaître, dans la salle de lecture du British Museum ou au théâtre. Tous seront soupçonnés par la police dans sa traque du Golem.

Critique :
D’habitude, je préfère lire le roman avant de voir le film, mais dans ce cas-ci, j’ai fait le contraire et bien mal m’en pris !

Oui, j’aurais dû lire avant de voir car le roman a éclairé le film que j’avais trouvé confus et dont j’étais sortie sans trop avoir de certitude sur les événements que j’avais vus.

Comme ce fut le cas lors de la lecture de « Shutter Island » de Lehane, tout s’est éclairé lors de ma lecture et le roman m’a permis de comprendre le film (j’avais rien capté du film avec Di Carpacio).

L’histoire est un éternel recommencement… Si j’avais lu le roman avant, j’aurais eu les outils nécessaires lors du visionnage du film.

Le changement brusque de « narrateur » dans le roman ne m’a pas perturbé car, comme dans le film, nous suivons plusieurs protagonistes et si, au départ, on ne voit pas bien ce qu’ils viennent faire là, au fur et à mesure de la lecture, on distingue mieux les fils de la toile et la place de chacun.

Le film mettait en avant l’inspecteur John Kildare, alors que le roman le laisse plus dans l’ombre, mais la lecture permet de mieux se concentrer sur les différents personnages et puisqu’il n’y a pas d’effets spéciaux, on n’est pas distrait par les changements opérés par le scénariste lorsqu’il nous montre le même meurtre commis par plusieurs suspects (ceux qui ont vu le film verront bien de quoi je parle) .

L’auteur nous décrit bien le Londres d’en bas, celui des années 1860 à 1880 (même si je n’y étais pas) et son style est très cinématographique, je trouve, car lors de ma lecture, je voyais les images défiler, et je pense que cela n’avait rien à voir avec des réminiscences du film…

Beaucoup de mystères planent sur le récit, même si la scène d’ouverture ne laisse aucun doute sur l’issue fatale pour l’un des protagonistes puisque nous assistons à sa pendaison.

En tout cas, cette lecture a été addictive et je n’ai pas vu le temps passer. J’ai pris plaisir à replonger dans les cabarets, à chanter, à jouer la comédie, à suivre le meurtrier dans ses pérégrinations sanglantes et à croiser des gens connus à la salle de lecture du British Museum.

Un polar historique qui m’a permis de comprendre son adaptation cinématographique (il n’est jamais trop tard) et dont ses personnages m’ont fait parcourir quelques quartiers mal famés de Londres, ce qui ne pouvait que me ravir.

♫ Allez venez milord, vous asseoir à ma table ♪ *mode cabaret enclenché*

Par contre, pour ma binôme de LC, Bianca, ce fut la bérézina totale et elle n’a jamais réussi à accrocher au récit, abandonnant même l’affaire en cours. Comme quoi, tous les goûts sont dans les lectrices.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book.

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Allez tous vous faire foutre : Aidan Truhen

Titre : Allez tous vous faire foutre

Auteur : Aidan Truhen
Édition : Sonatine (08/11/2018)
Édition Originale : The price you pay (2018)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Sauvage, déjanté, sans pitié. On vous présente Jack Price.

« Ceci n’est pas un polar pour votre grand-mère, avec des gentils et des méchants. C’est un bouquin pour adulte. Et honnêtement, je dois dire qu’il est moralement répréhensible. Vous allez l’adorer, et à cause de cela, vous allez vous sentir coupable. Mieux vaudra ne pas le laisser traîner : les gens vous regarderont comme si quelque chose ne tournait pas très rond chez vous.

Le mieux, c’est peut-être de le glisser dans un autre livre, avec des fleurs sur la couverture. Comme ça quand vous rirez, personne ne se fera une piètre opinion de l’état de votre âme.

Jack Price est à la cocaïne ce qu’Über est au transport. C’est un criminel en col blanc, parfaitement organisé, avec une force de vente décentralisée et un produit de marque.

Quand sa voisine du dessous se fait tuer, façon exécution, Jack doit savoir pourquoi. C’est une simple question de business et de sécurité personnelle, mais quelqu’un n’aime pas qu’il la pose.

La preuve : les Sept Démons, probablement les sept personnes les pires de la terre, ont été engagées pour le liquider.

Grosse erreur. Énorme erreur.

Parce que maintenant Jack n’est plus obligé de se contenir. Il n’a plus aucune raison de faire profil bas, aucune raison d’obéir aux règles.

Cette histoire raconte donc ce qui se passe quand un groupe de mercenaires internationaux s’en prend à un type relax et du genre bavard qui est en fait complètement barje.

Critique :
Allez tous vous faire foutre… Mais non, ce n’est pas à vous que je parle, vous, je vous aime bien.

Mais combien de fois n’a-t-on pas proféré cette phrase en la hurlant ou en la susurrant doucement, dans ses dents, pour ne pas que les principaux concernés l’entendent ?

J’avoue que même parfois, je la rend encore plus trash et que je souhaite que les autres aillent se faire… enfin, vous voyez quoi !

Anybref, ici, on peut dire que le 4ème de couverture ne ment pas : ce roman n’est pas pour votre gentille mamy, sauf si c’est mamie Luger…

Il est vrai que lire ce roman dans le métro peut générer des airs interrogateurs, réprobateurs ou des sourires sur les faces des gens assis face à vous à cause du titre et de la photo de couverture (qui confirme le tout et est même compréhensible pour tout qui posera ses yeux dessus).

Mais moi, une couverture aussi explicite et un titre aussi attirant, je ne pouvais que demander à Sonatine, via la plate-forme NetGalley, à le découvrir. Et ils ont accepté, pour mon plus grand plaisir. Merci à eux.

Jack Price, le personnage principal, est cynique à mourir, caustique, sarcastique, c’est un salaud de dealer et pourtant, bizarrement, on s’attache très vite à lui et on suit avec plaisir ses péripéties, ses réflexions sur le monde, son business dans le monde de la blanche, avec un sourire béat affiché sur notre petite gueule de lecteur comblé.

Je suis normalement un dealer de cocaïne haut de gamme, une petite opération moderne, presque sans la moindre conséquence si ce n’est qu’occasionnellement un monteur d’échafaudages un peu trop défoncé fait tomber un poteau ce qui de toute évidence fait flipper tout le monde.

Bon, je vais tout de même mettre en garde les lecteurs qui aiment les romans structurés car ils risquent de tiquer devant la manière dont il est écrit…

Comment dire ? C’est un peu comme si l’auteur/narrateur avait oublié de soigner sa mise en page et sa manière d’écrire, confiant le tout à l’éditeur qui aurait oublié de corriger la manière dont le personnage principal (et les autres) s’expriment.

Ça c’est moi sirotant mon infusion de rooibos bio au miel et au sel de mer et savourant la riche profondeur aux nuances de noisette du breuvage ainsi que son relent de sperme de dauphin et ça c’est l’ascenseur qui s’arrête à l’étage sous le mien en faisant ding. Ça c’est moi souriant face à l’inattendu et me préparant à un heureux hasard.

Fred a l’air un peu terne et un peu irritable comme si je l’avais mis en retard pour le récital de tuba de sa fille et qu’il était un peu furax parce qu’en réalité il voulait secrètement manquer le récital de tuba de sa fille mais s’était résigné à y aller et il en était à ce stade où les parents adorent chaque beuglement gueulard du récital de tuba avec une putain de certitude biologique et du coup il en veut à la putain de terre entière de ne pas pouvoir y aller.

J’avoue que moi qui voue un culte immodéré aux virgules, aux tirets cadratins ainsi qu’aux guillemets, j’en ai été pour mes frais, ceux-ci étant les grands absents de ce roman.

Vous pas faire confiance à mon jambon ?
Avant d’être un jambon est-ce que c’était un type qui a conduit un Hilux sur le mauvais chemin à Terre-Neuve et frappé à votre porte avec une attitude menaçante ?
Putain Price c’est méchant.
Mec je suis bien obligé de demander.
Putain vous êtes méchant c’est truc le plus horrible que moi jamais entendu. C’est chèvre bordel. Chèvre des montagnes tout ce qu’il y a d’ordinaire à peu près haute comme votre cuisse.

Habituellement, chez moi, ce genre de présentation, ça ne passe pas (ou difficilement) car je trouve que ça brouillonne le texte et il faut que je m’accroche pour progresser dans la lecture.

Mais ici, passé les premiers étonnements, j’ai poursuivi ma lecture sans soucis et sans faire valser le roman dans la pièce tant cette mise en page lui allait comme un gant.

L’effet addictif du Jack Price, sans doute, qui agit comme une sorte de vaseline et fait passer le tout sans anicroche.

Price sérieusement qu’est-ce que ça peut vous foutre tant que vous pouvez faire des trucs affreux et emmerder le monde et tirer votre coup ?

Par contre, évitez de décrocher lors d’un dialogue car vous risqueriez de ne plus savoir qui dit quoi, mais pas de panique, une petite remontée dans la page vous remettra sur les rails et vous pourrez filer à toute berzingue.

En tout cas, le récit était jouissif, déjanté, brut de décoffrage, couillu mais épilé à la cire chaude (seuls les lecteurs du roman comprendront) et bourré d’action, de situations burlesques, à la limite de l’infaisabilité, mais il ne faut pas lire ce roman pour son côté réaliste, sinon vous risquez de ne pas y trouver votre compte et de vous demander dans quel monde de taré vous avez chu.

Vous pas faire confiance à mon jambon ?
Avant d’être un jambon est-ce que c’était un type qui a conduit un Hilux sur le mauvais chemin à Terre-Neuve et frappé à votre porte avec une attitude menaçante ?
Putain Price c’est méchant.
Mec je suis bien obligé de demander.
Putain vous êtes méchant c’est truc le plus horrible que moi jamais entendu. C’est chèvre bordel. […] Mangez putain de jambon. C’est chèvre.
OK.
OK.
Il est bon.
Normal ce connard a bouffé chez Joël Robuchon chaque jour pendant un mois avant s’envoler pour Terre-Neuve… Je déconne Price sérieusement le recrachez pas OK ? Bordel vous croyez trucs affreux sur les gens.
Vous êtes un vieil enfoiré diabolique. 

Conseil d’ami : laissez-vous emportez par Jack Price, suivez ses péripéties, ses digressions sur un peu tous les sujets, appréciez son humour parfois un peu limite, ses actions totalement illicites et à la limite de l’horreur, amusez-vous à l’imaginer cavaler un peu partout avec les tueurs lancés à ses trousses et savourez la manière dont il gère tout ça et s’en tire haut la main.

Les Sept Démons. C’est trop drôle. Ce serait idéal, purement gratuit. C’est comme si vous voyiez une souris dans votre cuisine et que vous arrosiez toute votre maison de napalm avant de lâcher cent pythons affamés au milieu des cendres.

En fait c’est faux vous êtes une espèce très particulière de sociopathe narcissique à haut niveau de fonctionnement. J’aimerais scanner votre cerveau au moment de la prise de décision sous pression, ce serait très bénéfique à l’étude du processus cognitif anormal. Y consentiriez-vous ?

Vous voyez ça ? C’est la petite mélodie que je fredonne. C’est ma joyeuse petite mélodie. Vous savez ce que c’est aussi ? C’est le bip des touches d’un téléphone portable. Car j’étais le Cardinal du café. Je suis Jack Price. Je me souviens des dix premières lignes du tableau des cotations pour chaque jour de 1998. Et maintenant je me souviens aussi de ça.

Assurément, le genre de roman avec lequel ça passera ou ça cassera. Il ne sera pas le roman de l’année et il finira avec l’étiquette de roman déjanté qui m’a fait passer un moment de lecture inoubliable tant il était barré, un peu à la manière d’un « Livre sans nom », le côté fantastique en moins.

Pour moi, il est passé mieux qu’une lettre à la poste et j’ai toujours un sourire débile affiché sur ma trogne.

On dit quoi ? On dit « Merci Jack Price et Sonatine » !

PS : à offrir à des gens qui ont le sens de l’humour et qui ne prendront pas le titre pour argent comptant… Je suis pour la paix dans les familles…

En plus franchement après la crise des subprimes tellement d’argent sale s’est écoulé dans l’économie ordinaire que la moitié des banques oh si chastes du monde sont remplies de cash bien crade.

Le café permet de juger une personne. Tout ce qu’on a besoin de savoir sur quelqu’un on peut l’apprendre grâce à son café, par exemple je bois un macchiato et pourquoi ? C’est le café des joies simples comme courir nu dans un champ. Vous savez qui statistiquement et de façon disproportionnée préfère le café amer ? Les psychopathes. Ils aiment la nourriture amère et c’est un fait scientifique, alors que moi je vous dirais qu’il n’y a absolument rien de profond dans l’amertume.

… Allez vous faire foutre Price ! AAAA-ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE !
Bon Dieu Fred il pleure ? Quand vous avez recruté vos démons vous avez passé une annonce dans Lavette Hebdo ou quoi ?

On ne peut pas simplement débarquer à Mordor et couper la clim.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Séance infernale : Jonathan Skariton

Titre : Séance infernale

Auteur : Jonathan Skariton
Édition : Sonatine (2018)
Édition Originale : Séance infernale (2017)
Traducteurs : Claude et Jean Demanuelli

Résumé :
Spécialiste en histoire du cinéma, réputé savoir dénicher les reliques les plus rares, Alex Whitman est engagé par un collectionneur excentrique pour retrouver les traces d’un film légendaire, Séance infernale.

Celui-ci est l’œuvre d’un ingénieur français, Augustin Sekuler, considéré comme le véritable créateur du cinéma, quelques années avant Edison et les frères Lumières. Le défi lancé à Alex est de taille.

Sekuler a en effet disparu mystérieusement en 1890, lors d’un voyage en train entre la Bourgogne et Paris, le jour où il allait présenter son invention à la capitale.

En quête de fragments de ce film mythique, Whitman va essayer d’en savoir plus sur cette étrange affaire et sur les mystères qui entourent la vie et l’œuvre de Sekuler.

Qu’est-il arrivé à l’inventeur ? Et quelle est la teneur réelle de Séance infernale ? Il est encore loin de se douter des dangers auxquels il s’expose et de l’abominable vérité qui se cache derrière cette disparition.

À la façon de La Conspiration des ténèbres de Theodore Roszak, Séance infernale s’inspire de personnages et de faits réels ((la disparition du pionnier du cinéma Louis Aimé Augustin Le Prince), et nous propose une quête passionnante qui devient vite aussi obsessionnelle pour le lecteur que pour son héros.

Critique :
Messieurs et mesdames de chez Sonatine, vous pouvez bien envoyer des pralines à Amnezik et Stelphique, car sans leurs chroniques (admirez mes rimes), jamais je n’aurais acheté un roman qui faisait un parallèle avec La Conspiration des ténèbres de Theodore Roszak !!

Ce roman dont le 4ème me jurait , la main sur cœur : « Emmenez ce livre le matin sur la plage et sachez que vous n’irez pas déjeuner, certainement pas dîner non plus. La Conspiration des ténèbres est hypnotique. On a du mal à s’en relever. »

Le roman ne s’est jamais relevé de son vol plané, en effet… Même pas dépassé la page 100 de ce truc.

Donc, avec un tel postulat de départ, fallait des chroniques en béton armé et une confiance absolue dans mes deux lascars pour acheter le livre !

J’ai eu raison de leur faire confiance car je viens de passer un excellent moment de lecture dans le monde du cinéma.

Voilà un thriller que nos amis cinéphiles peuvent lire, et même ceux qui en savent moins sur le 7ème art, ils iront se coucher moins bête et auront droit à une belle poussée d’adrénaline avec quelques courses afin de résoudre des énigmes, un peu comme dans la carte au trésor, les hélicos en mois et les tueurs aux trousses en plus.

Sans être une mordue de cinéma classiques, hormis quelques titres cités que je ne connaissais pas, pour le reste, c’était dans mes cordes. Donc, le côté ciné ne doit pas vous rebuter, en plus, l’auteur ayant étudié la chose, il nous éclaire vraiment sur le sujet, ce qui ne fait jamais de mal à nos petites cellules grises.

Comme je le disais, ce qui commence par une simple recherche d’un film disparu et dont on n’est même pas sûr qu’il ait existé, va, de pellicule en bobine, se révéler bien plus difficile et plus dangereux qu’il n’y paraissait de prime abord.

Tel un Indiana Jones devenant le professeur Langdon, en moins sexy et moins érudit, notre Alex Whitman va se retrouver aux prises avec une énigme laissée par Sekuler (à ne pas prononcer à la bruxelloise « Sukkeler » – avoir des difficultés) et quelques cadavres dans les placards.

Ajoutons à cela un tueur en série et des disparitions de petites filles, dont celle de Whitman, il y a 10 ans, et vous comprendrez que dans ce thriller, on ne se contentera pas de fouiner dans des archives à la recherche d’un film et qu’on risque plus gros que des éternuements en cascade.

Mon seul bémol sera pour le fait que dans les livres, les protagonistes arrivent toujours à résoudre les énigmes, quelles qu’elles soient, alors que de mon côté, je rame toujours sur la plupart des contrepèteries du Canard Enchaîné ! Mais bon, sans cela, le roman n’avancerait plus et s’arrêterait au milieu.

Avec une écriture qui pulse, une mise en page qui détonne à certains moments (et qui étonne) et des personnages plaisants, ce thriller se lit en même pas deux jours tant on a envie de savoir ce qui se trame derrière ce foutu film dont personne n’a jamais entendu parler, et surtout, qui sont les gars derrière eux et ce qu’ils veulent.

Non, je ne ferai pas la lumière sur l’affaire, ni ne vous mettrai au courant, z’avez qu’a le lire, tien ! Et puis, où serait le plaisir si je spoliais tout ?

En tout cas, comme quoi les chroniques des blogueurs sont importantes, parce que je le redis haut et fort, sans mes loulous cités plus haut, jamais je n’aurais acheté un livre qui se vantait d’être comme un autre que j’ai fait voler en travers du salon.

Un thriller dont on regrette le clap de fin mais qui, comme un bon film d’action, nous apaise car on sait que nos personnages peuvent dormir en paix : le mystèèère est levé.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book.

 

La Mort selon Turner : Tim Willocks

Titre : La Mort selon Turner

Auteur : Tim Willocks
Édition : Sonatine (11/10/2018)
Édition Originale : Memo from Turner (2018)
Traducteur : Benjamin Legrand

Résumé :
Après La Religion et Les Douze Enfants de Paris, le nouvel opéra noir de Tim Willocks.

Lors d’un week-end arrosé au Cap, un jeune et riche Afrikaner renverse en voiture une jeune Noire sans logis qui erre dans la rue. Ni lui ni ses amis ne préviennent les secours alors que la victime agonise.

La mère du chauffeur, Margot Le Roux, femme puissante qui règne sur les mines du Northern Cape, décide de couvrir son fils. Pourquoi compromettre une carrière qui s’annonce brillante à cause d’une pauvresse ?

Dans un pays où la corruption règne à tous les étages, tout le monde s’en fout. Tout le monde, sauf Turner, un flic noir des Homicides.

Lorsqu’il arrive sur le territoire des Le Roux, une région aride et désertique, la confrontation va être terrible, entre cet homme déterminé à faire la justice, à tout prix, et cette femme décidée à protéger son fils, à tout prix.

Petit Plus : Le fauve Willocks est à nouveau lâché ! Délaissant le roman historique, il nous donne ici un véritable opéra noir, aussi puissant qu’hypnotique. On retrouve dans ce tableau au couteau de l’Afrique du Sud tout le souffle et l’ampleur du romancier, allié à une exceptionnelle force d’empathie.

Loin de tout manichéisme, il nous fait profiter d’une rare proximité avec ses personnages, illustrant de la sorte la fameuse phrase de Jean Renoir : « Sur cette Terre, il y a quelque chose d’effroyable, c’est que tout le monde a ses raisons. »

Critique :
Mais quelle voix rauque, cette Turner ! Quel déhanchement ! Quels frissons elle me donne lorsqu’elle chante « GoldenEye »…

Mille excuses, on m’annonce dans l’oreillette qu’il y a un Ike dans le potage et que ce n’est pas de Tina Turner que l’on parle dans ce roman mais d’un flic têtu et bourré de violence qui ne demande qu’à sortir si on vient lui chercher des poux dans la tête.

L’Afrique du Sud, sans ses vuvuzelas, mais bien ses Township, sa misère crasse, pour ne pas dire noire puisque là-bas, c’est le Blanc qui régna en maître et qui règne toujours.

Une femme pauvre et miséreuse qui se fait écrabouiller contre un container de poubelles et qui meurt dans d’atroces souffrances 30 minutes après, ça ne devrait même pas faire lever la tête des flics du Cap, la ville qui a un taux de criminalité à faire pâlir Tijuana, mais loin derrière la ville de Los Cabos.

Pourtant, Turner, lui, veut le résoudre, ce crime crapuleux et trouver ces Blancs qui n’ont même pas pris la peine d’appeler les secours, même s’ils auraient été inutiles.

Dans ce roman, on commence à l’envers puisque la scène d’ouverture est une de celles qui se passeront à la fin. Ça donne déjà envie de savoir comment Turner s’est retrouvé dans cette merde et une fois que l’on est revenu au point de départ, on n’a plus qu’une envie, tracer sa route et savoir.

Le suspense ne sera pas important niveau coupable puisque nous savons quasi qui a fait le coup, ne reste plus qu’à le prouver et traîner des Blancs riches et puissants devant les tribunaux, et vous savez que c’est là que ça va se corser, comme disaient les Romains face à Ocatarinetabellatchitchix.

Dans ce roman surchauffé et bourré de corruption, pas de manichéisme, personne n’est tout blanc ni tout noir, même celui qui a écrasé la pauvre fille et l’a laissé agoniser sur le bitume. Quant à Turner, malgré le fait qu’il soit incorruptible, quand on le cherche, on le trouve et généralement, on bouffe son acte de naissance jusqu’à la racine.

Un roman noir survolté, un roman où l’Afrique du Sud et son racisme est bien présent, un roman où les exactions de l’Homme sont bien décrites, sa cupidité aussi, ainsi que le fait qu’on ne bâtit pas une fortune en jouant aux Bisounours.

Un roman où une scène terrible m’a fait sauter des lignes, tant elle était horrible mais pourtant, nécessaire à la survie.

Un roman où les personnages sont si proches qu’on pourrait presque les toucher, un roman où la frontière entre le bien et le mal est ténue et où la ligne rouge est facile à franchir dès qu’on pense qu’on agit dans ses droits ou qu’on s’arrange avec sa propre conscience.

Un roman où l’écrasement d’une pauvresse déjà condamné au Cap va déclencher un tsunami de morts dans une ville (Langkopf) encore plus paumée que le trou du cul de l’anus monde (aux portes du Kalahari).

Non mais les gars, est-ce que ça valait la peine de faire tant de mort pour si peu ? Aux lecteurs de juger… En tout cas, voilà un thriller policier qui envoyait du lourd et dans lequel on n’a pas le temps de s’ennuyer.

PS : Mention spécial aux personnages de Turner, Simon, Hennie et Mokoena et de Mimymathy… Pardon, Iminathi !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°57 – La Crinière du Lion – lire un livre se passant en Afrique) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book (auteur anglais).

 

Dreamcatcher : Stephen King [Défi CannibElphique]

Titre : Dreamcatcher

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (2001) / Le Livre de Poche (2003 – 2008)
Édition Originale : Dreamcatcher (2001)
Traducteur : William Olivier Desmond

Résumé :
Quatre amis se retrouvent annuellement pour une partie de chasse dans une forêt du Maine. Elle fut jadis leur terrain d’aventures, en compagnie de Duddits, l’enfant mongolien qu’ils avaient adopté comme un petit frère.

Et le théâtre, aussi, d’événements qu’ils se sont efforcés d’oublier.

Mais les mystères ressurgissent, sous la forme de présences étranges et menaçantes que l’armée a entrepris de surveiller de près.

Au point de vouloir éliminer tous ceux qui ont pu être au contact de la chose…

Critique :
♫ Pleased to meet you ♪ Hope you guess my name ♪ But what’s puzzling you ♫ Is the nature of my game ♪

Vous souvenez-vous Chevauchée des Walkyries de Wagner qui sortait plein-tubes des hauts-parleurs des hélicos dans le film Apocalypse Now ?

Repassez-vous cette scène et remplacez Wagner par les Stones avec leur magnifique « Sympathy for the devil » et remplacez les vietnamiens par des petits hommes gris !

Oui, des aliens, vous ne rêvez pas.

Aliens, qui, au lieu de sortir par votre ventre, comme dans le film, sortiront par votre trou du cul ! Là, j’en vois certain penser que des tas d’hommes politiques et banquiers ont dû sortir par le même chemin…

Mais je m’égare ! Alien en version anale, disais-je… Prévoyez les masques à gaz, les pets dans ce roman sont, paraît-il, super puant, genre pet de l’enfer. Multipliez votre plus horrible pet par 100 et vous aurez sans doute un aperçu de ce que furent ceux de certains personnages…

Le King a osé, le King a joué avec le feu (dangereux avec les pets) car dans ce roman fantastique, il mélange allégrement du X-Filles, du Alien de Ridley Scott, du Apocalypse Now de Coppola, nous avons même le fameux Kurtz, saupoudre avec du The Thing et de La Guerre des mondes, le tout assaisonné de trucs de survivalistes sans oublier les bons vieux codes du thriller et de l’épouvante.

Kurtz est intelligent, Kurtz est courageux, mais Kurtz est aussi le primate le plus barjot de la jungle. Pour dire : il répugne à Brodsky de marcher là où s’est posée l’ombre de Kurtz.

Perlmutter avait lu Au Cœur des ténèbres, avait vu Apocalypse Now et s’était souvent dit que le nom de Kurtz lui allait un peu trop bien. Il aurait parié cent dollars (une grosse somme pour un gars du spectacle aussi intermittent) que le nom du patron était Arthur Holsapple ou Dagwood Elgart, voire même Paddy Maloney. Mais Kurtz ? Peu probable. C’était presque à coup sûr par ostentation, par comédie, comme le colt-45 à crosse de nacre du général Patton.

Deux doigts de Patton, un de Raspoutine, ajoutez de l’eau, remuez et servez.

Une fois de plus, nous avons 4 amis qui se connaissent depuis l’enfance et qui sont devenus adultes, des trentenaires. Jonesy, Beaver, Henry et Pete, originaires du Maine, comme par hasard.

Le King nous les décrit, nous raconte leurs déboires et leur réunion annuelle dans un chalet en forêt pour chasser. Comme d’habitude, avec lui, on a l’impression d’être avec eux, de faire partie intégrante de leur bande.

Le récit ne se présente pas de façon linéaire mais est agrémenté de nombreux flash-back de leur enfance, de leur rencontre avec Duddits, un enfant mongolien, le tout mélangé dans le récit de ce qu’il se passe au chalet, durant leur semaine de congé et de retrouvailles, le tout agrémenté de passages avec d’autres personnages.

Effectivement, il y a quelques longueurs… Mais il y a aussi un concentré d’émotions dans leur rencontre avec Duddits à tel point que j’ai dû faire une pause dans mon récit afin de reprendre pied, tellement elle m’avait émue.

Ce pavé de 890 pages divisera sans doute les fans du King, il l’a sans doute fait, mais comme ma binômette de LC et moi arrivons après la bataille, je ne fais que supputer et déduire, n’ayant pas suivi les débats de l’époque.

Malgré les longueurs, j’ai été happée par le roman, pourtant, le coup des hommes gris aurait dû me faire fuir, moi qui ne suis pas trop pour ce genre littéraire. J’ai apprécié les personnages de la bande de Derry, j’ai vibré et hurlé avec eux, je les ai enjoints de courir plus vite, de fuir, pauvres fous…

Le King a un don et une fois de plus, il l’a mis au service de son roman, de ses lecteurs, parce que je ferai partie des gens qui l’ont apprécié car le King ne fait jamais que d’amplifier notre peur de l’Autre, qu’il soit du fin fond de l’espace, de son propre pays (Indiens), du pays voisin (♪ Mexicooooo ♫) ou d’un pays plus lointain.

Bon, d’accord, ces visiteurs-ci vous élargissent votre trou du cul de 30cm… ça donne d’excellentes raisons de les dézinguer… En plus, les créatures ressemblent à des Belettes ou à des fouines et c’est des sales bêtes, ça !

La chose ressemblait à une belette ou une fouine qui aurait eu les pattes amputées et une queue très longue, ensanglantée, qui faisait l’effet d’un cordon ombilical. 

Sur son épaule, telle quelque hideuse mascotte, se tient une sorte de belette sans pattes avec des yeux noirs énormes. Sa queue (mais c’est peut-être un tentacule) s’enroule autour du cou de l’homme.

Anybref, le King joue avec nos peurs primales, nous balance de l’épouvante et du sang à la figure, le tout sous le regard de l’armée qui ne dit pas son nom, d’une armée qui n’a pas les mains exempte de sang.

La vue de citoyens américains enfermés derrière des barbelés, apparemment, ne faisait qu’ajouter à l’inquiétude du troisième cuistot.

— Vous  devez sans  doute plaisanter », dit le gros bonhomme avant d’ajouter, d’un ton presque indulgent : « Nous sommes en Amérique, tout de même ».
— Ah bon ? Vous trouvez qu’on observe quelque chose qui ressemble à une procédure légale, vous ?

— Quel coup monté ?
— C’est une magnifique histoire, Owen.  Comme dans tous les bons mensonges, elle intègre de grands pans de vérité.

Ce roman, écrit juste après son grave accident, ne fera pas partie de mes préférés, mais j’ai pris plaisir à le lire, même si j’ai survolé des paragraphes ou des chapitres entiers car ça digressait grave.

D’ailleurs, ne disait-on pas que les psychiatres finissaient par devenir aussi cinglés que leurs patients, sinon davantage ? 

Une fois de plus, le King frappe sous la ceinture de l’Amérique et le fait bien.

— […] Ce ne sera pas la pire mission à laquelle j’aurais participé, on s’est fait huit cents personnes à Haïti en une heure… c’était en 1989, et j’en rêve encore… mais cette fois-ci, c’est pire. Et de beaucoup. Parce que tous ces pauvres diables enfermés dans la grange, l’écurie et le corral… ce sont des Américains. Des types qui roulent en Chevrolet, font leurs courses au Kmart, et ne ratent jamais un épisode d’Urgences. L’idée d’abattre des Américains, de massacrer des Américains… ça me retourne l’estomac. Je ne le ferai que parce qu’il faut le faire si l’on veut régler cette affaire, et parce que n’importe comment la plupart d’entre eux mourraient, et de manière horrible en plus. Pigé ?

Si je l’aide à faire ça, peu importe que ce soit moi qui appuie ou non sur la détente, je serai maudit, maudit comme le type qui faisait entrer les Juifs dans les douches de Bergen-Belsen.

On l’aimera ou pas, ce roman…

PS : En ce qui concerne ma binômette de LC, la fée Stelphique, pas de chronique car la pauvre n’est pas arrivée à bout de ce pavé. Non pas qu’elle ne l’a pas aimé (même si elle a trouvé des longueurs à certains moments), mais le fait de devoir poser le roman pour en lire d’autres (les impératifs des SP), parce qu’on a la crève ou parce qu’on n’a plus envie, le rend encore plus long et je peux comprendre qu’ensuite, on n’en ait plus envie du tout. Je poste donc seule et ce 7 novembre, un roman que j’ai terminé depuis le 29 septembre (j’avais posté la chronique sur mon site pour qu’il compte dans deux challenges de septembre)…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°4 – La Vallée de la Peur – lire un livre du genre « Horreur »), Le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018) et Le Challenge « Pavé de l’été 2018 » chez Sur Mes Brizées (890 pages).

 

Nous avons toujours vécu au château : Shirley Jackson

Titre : Nous avons toujours vécu au château

Auteur : Shirley Jackson
Édition : Rivages Noir (2012)
Édition Originale : We Have Always Lived in the Castle (1962)
Traducteur : Jean-Paul Gratias

Résumé :
« Je m’appelle Mary Katherine Blackwood. J’ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur, Constance. J’ai souvent pensé qu’avec un peu de chance, j’aurais pu naître loup-garou, car à ma main droite comme à la gauche, l’index est aussi long que le majeur, mais j’ai dû me contenter de ce que j’avais.

Je n’aime pas me laver, je n’aime pas les chiens, et je n’aime pas le bruit. J’aime bien ma sœur Constance, et Richard Plantegenêt, et l’amanite phalloïde, le champignon qu’on appelle le calice de la mort.

Tous les autres membres de ma famille sont décédés. »

Critique :
Alors que ma PAL croule sous les nouveautés en tout genre et que je meurs d’envie de lire, voilà que ma main innocente va me sortir un vieux romans qui prend la poussière depuis quelques années sur mes étagères.

Autre petit truc marrant, ce roman est affublé partout de l’étiquette « Fantastique », il a été édité dans la collection « Terreur » chez Pocket et pourtant, l’élément fantastique y est absent.

Certes, la narration de Mary- Katherine Blackwood, dite Merricat, y est pour quelque chose, elle qui s’invente des voyages sur la Lune et qui enterre des tas de choses pour se protéger des autres.

Je retournais vers la maison lorsque je découvris un très mauvais présage, l’un des pires. Dans la pinède, le livre que j’avais cloué à un tronc d’arbre était tombé. Je supposai que la rouille avait dû ronger le clou ; et le livre – c’était un petit registre de notre père, où il consignait les noms des gens qui lui devaient de l’argent, et de ceux dont il attendait, selon lui, des services en retour -, ce livre, donc, avait à présent perdu son pouvoir de protection.

Autres qui ne sont sont pas des goules ou autres vampires loups-garous, mais les gens du village…

Pour Merricat, aller faire les courses, c’est limite traverser la ville de Bagdad tant les habitants sont hostiles aux derniers représentants de la famille Blackwood, à savoir Marie-Katherine, sa sœur aînée Constance et leur oncle Julian.

Merricat me fait un peu penser à Mercredi Addams qui aurait laissé tomber le gothique et les trucs d’outre-tombe. Tous les membres de sa famille ont beau avoir été empoisonné à leur table (parents, frère cadet, tante par alliance) avec du sucre, on ne dirait pas que ça la chagrine tant que ça.

En tant que narratrice, on suit tous les méandres de ses pensées, on la suit dans ses courses au village, on est témoin de la bassesse des villageois, puis, on l’accompagne au château, là où elles vivent, mais on a l’impression que les deux sœurs Blackwood ne nous laissent jamais vraiment franchir leur seuil de cette grande bâtisse dont elles ont condamnés des pièces depuis le décès de leurs parents.

« Nous remettions toujours les objets à leur place. Nous faisions le ménage, époussetions les tableaux et les lampes, balayions sous les lits, les tables et les chaises, secouions les tapis mais sans jamais les changer de place; le nécessaire de toilette en écaille de notre mère n’avait jamais bougé d’un millimètre sur la coiffeuse. Les Blackwood avaient toujours habité notre maison et tous avaient été animés d’un même respect de l’ordre; dès qu’une nouvelle épouse entrait dans la famille, ses meubles et ses affaires personnelles trouvaient tout normalement leur place et ainsi notre maison s’était peu à peu enrichie, solidement installée envers et contre tout. »

Petit à petit, on entre un peu plus dans le récit grâce aux élucubrations d’oncle Julian, survivant de l’arsenic dans le susucre dont Constance, sa nièce dévouée (et accusée libérée faute de preuves de crime familial) s’occupe avec attention.

Il ne faut rien rater des causeries sans queue ni tête de l’oncle, car c’est lui qui vous apprendra la vérité, même si, ayant eu pour professeurs Holmes, Poirot et Columbo, je l’avais déjà entrevue assez vite.

C’est un roman angoissant de par ses ambiances sombres, de ces deux filles qui vivent recluses dans leur manoir, suivant des rituels journaliers pires que ceux de Sheldon Cooper (TBBT), vivant dans leur monde et coupées de toute vie sociale, hormis la visite d’un cousin.

On en vient à se demander si la santé mentale de Marie-Katherine et Constance n’a pas été atteinte par les pertes qu’elles ont subies et les traumatismes qui en ont découlé, sans oublier l’hostilité des gens du village qui les oblige à fermer toutes les portes du parc du château.

À un moment donné, l’auteure va pousser l’angoisse à son paroxysme, laissant le lecteur dérouté de par la froideur de comportement de Merricat et de Constance, qui feront comme si de rien n’était, oblitérant la violence des faits qui se déroulent sous leurs yeux et faisant ensuite comme si tout allait bien.

Un roman qui pourrait en rebuter certains à cause de ses longues descriptions ou de ses scènes où il a l’air de ne pas se passer grand-chose, un roman aux ambiances angoissantes, sans que l’on sache exactement d’où elles viennes, deux filles recluses, quasi, dont l’une vit en accomplissant des rituels afin de se protéger des autres et qui donne l’impression d’être totalement passé à l’ouest niveau santé mentale.

Avant de venir à table, j’avais bien vérifié ce que j’avais l’intention de dire. « L’amanite phalloïde », commençai-je en m’adressant à lui, « contient trois poisons différents. D’abord, il y a l’amanitine, le plus lent des trois mais aussi le plus puissant. Ensuite, la phalloïdine, à effet immédiat, et enfin la phalline, qui dissout les globules rouges, même si c’est le moins vénéneux. Les premiers symptômes n’apparaissent qu’entre sept et douze heures après l’ingestion, dans certains cas pas avant vingt-quatre heures, voire quarante. Les symptômes commencent par de violentes douleurs stomacales, des sueurs froides, des vomissements..
— Écoute, fit Charles en reposant le morceau de poulet, « tu arrêtes ça tout de suite, tu m’entends ? »
Constance gloussait. « Oh, Merricat », fit-elle, un rire étouffé entrecoupant ses paroles, « quelle petite bécasse tu fais. Je lui ai montré, dit-elle à Charles, qu’il y avait des champignons près du ruisseau et dans les prés, et je lui ai appris à reconnaître ceux qui sont mortels. Oh, Merricat !
— La mort survient entre cinq et dix jours après l’ingestion, dis-je.
— Je ne trouve pas ça drôle, fit Charles.
« Petite folle de Merricat », dit Constance.

Je me demande même, à la fin, si, comme dans le film « Les autres » ou dans le roman « Le tour d’écrou », nous ne serions pas face à un personnage qui, englué dans son traumatisme, ne se serait pas inventé des survivants vivants avec elle dans ce château et les faisant intervenir selon ses envies, afin de ne pas sombrer un peu plus dans la folie.

Et c’est là que l’élément fantastique interviendrait… Tout s’expliquerait… CQFD

♫ Merrycat, dit Connie, veux-tu une tasse de thé ?
Oh, non, fit Merricat, tu vas m’empoisonner.
Merricat, dit Connie, voudrais-tu fermer l’œil ?
Dans un trou au cimetière, au fond d’un vieux cercueil ! ♪

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (235 pages).

 

Comme ton ombre : Elizabeth Haynes [LC avec Bianca]

Titre : Comme ton ombre

Auteur : Elizabeth Haynes
Édition : Presses de la cité (2011) / Livre de Poche Thriller (2012)
Édition Originale : Into the darkest corner (2011)
Traducteur : Sylvie Schneitter

Résumé :
Imaginez qu’avant de pouvoir rentrer chez vous, vous soyez obligé de faire le tour du bâtiment afin de vérifier que tout est normal. Imaginez qu’une fois dans le hall de votre immeuble, vous deviez vérifier six fois que la porte d’entrée est bien fermée. Une, deux, trois, quatre, cinq, six. Et que si vous êtes interrompu en plein rituel, il faille tout recommencer.

Imaginez que, arrivé chez vous, vous tourniez la poignée de votre porte six fois dans un sens, puis six fois dans l’autre pour vous assurer d’être en sécurité. Que vous restiez plusieurs minutes derrière la porte, à l’affût du moindre bruit dans la cage d’escalier. Et que, tous ces contrôles effectués, vous commenciez une ronde dans votre appartement.

Fenêtres, rideaux, tiroirs, tout doit passer au crible de votre attention. Imaginez aussi que vous ne puissiez faire les courses que les jours pairs et pratiquer un sport les jours impairs, mais à condition que le ciel soit nuageux ou qu’il pleuve.

Bienvenue dans l’univers paranoïaque de Cathy, une jeune Anglaise à qui la vie souriait jusqu’à ce qu’un soir elle fasse une mauvaise rencontre…

Critique :
D’un côté, Cathy, jeune femme sûre d’elle, possédant des copines, sortant en boite, aimant picoler, draguant des mecs et couchant avec tout ce qui porte une bite.

De l’autre, Catherine : bourrée de TOC, vérifiant 36 fois si sa porte est bien fermée, peu sûre d’elle, parano, rasant les murs, sans amie, solitaire et aussi apeurée qu’un lapin devant une meute de renards affamés.

Pourtant, ces deux femmes sont la même personne. La femme sûre d’elle datant de 2003 et la biche apeurée de 2007.

Que s’est-il passé pour transformer une femme enjouée et bourrée de joie de vivre en une créature aussi parano ? Faudra lire le livre pour ça !

Alternant sans cesse les moments du passé avec ceux du présent, nous découvrons les deux personnalités de Catherine, sans savoir ce qui l’a fait basculer de personne possédant une vie sociale à celle de recluse après son boulot et bourrée de TOC.

Petit à petit, au fil des pages et de la lecture de ce qui pourrait ressembler à un journal intime, nous allons pénétrer plus en avant dans la vie de Cathy, celle d’avant, afin de découvrir le traumatisme qui l’a fait devenir cette femme qui doit vérifier sa porte et ses tiroirs un nombre incalculable de fois.

Au départ, c’est pathétique, on aurait presque envie de rire de Cathy, de lui dire que c’est stupide, les contrôles qu’elle effectue, mais je n’ai pas ri longtemps car on sent bien les fêlures dans son personnage et sa souffrance est palpable.

Autant une partie de sa vie d’avant nous expliquera sa descente aux Enfers (l’enfer, c’est les autres), autant dans sa vie de maintenant, nous la découvrirons en train d’essayer de se reconstruire et de sortir de son cercle vicieux, de quitter sa paranoïa.

Catherine est un personnage attachant, une personne qui, malgré ses peurs, va tenter de se reconstruire et tout au long du récit, l’auteure, sadique, jouera avec les ambiguïtés du lecteur qui se posera bien des questions tout au long de sa lecture éprouvante car le suspense et les révélations sont distillés gouttes à gouttes.

Un thriller psychologique en presque huis-clos, des personnages attachants, certains foutant la trouille, d’autres vous trahissant magistralement, un portrait d’une traumatisée réussi, un scénario habilement construit pour ne pas tout divulguer d’un coup.

Un thriller psychologique addictif, qui fait monter la pression, augmenter le rythme cardiaque et rend les mains moites.

Un thriller que j’ai reposé sur la table en soufflant d’aise tant j’avais retenu ma respiration tout au long du final.

Ce n’est pas ma binôme de LC, Bianca, qui me contredira !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (474 pages).

 

Cross : Marc S. Masse

Titre : Cross

Auteur : Marc S. Masse
Édition : Flamant noir (08/10/2018)

Résumé :
Éric Milan, ex-policier devenu détective privé, boucle péniblement ses fins de mois quand un client lui propose une mission singulière : participer au « Grand Cross? » – une course de l’extrême – pour identifier un coureur chevronné et le tuer.

Milan n’a rien d’un tueur à gages ni d’un athlète de haut niveau, mais la contrepartie financière est alléchante.

Neuf mois plus tard – Grand Cross.

Le détective s’élance, incognito, parmi les nombreux participants.

Malgré l’effort intense, il parvient à garder la cadence. Sa mission va prendre une nouvelle tournure lorsqu’un coureur est retrouvé mort sur le bord de la route.

Étrange coïncidence : la victime semble être l’homme qu’il recherchait…

La compétition se poursuit, mais quand un second athlète est découvert dans un ravin, le crâne défoncé, Milan veut mettre fin au contrat. La menace est palpable.

Pourtant son client insiste : il doit continuer… Franchira-t-il la ligne ??

Critique :
Punaise, mais quelle idée de malade que j’ai eu d’aller participer à un cross alors que j’ai un genou en rade et que mon kiné m’a déconseillé le jogging ?

Tant pis, j’avais envie de courir par procuration, ce qui est plus palpitant que de mettre du vieux pain sur son balcon pour attirer les moineaux, les pigeons…

Enfilant mon short moulant, mon t-shirt qui ne retient pas la transpiration et chaussant mes chaussures de running, je me suis mise à l’entraînement avec Éric Milan, ancien flic et détective privé, chargé d’une mission inhabituelle : traquer le coupable d’un délit de fuite sur une épreuve de trail.

Voilà un roman qui se déroule à 10km/h avant de passer à 20km/h. Vous avez l’impression que c’est une vitesse d’escargot, mais il n’est pas facile de courir autant de kilomètres sur des chemins qui crapahutent dans les sommets ou dans les déserts. Je vous jure que c’est rapide, comme vitesse !

Pas de panique, les foulées sont bonnes, régulières, le ravitaillement aussi et on ne voit pas le temps passer, ni la pluie tomber dehors et on se surprend même à avoir soif lors de la traversée du désert ou des crampes après le double marathon.

Les impressions de notre coureur détective sont précises, réalistes, sans pour autant transformer le récit en journal de bord de trail.

De plus, le roman est court et se lit très vite, une fois qu’on a bien échauffé ses muscles…

Gaffe aussi, il va falloir bien regarder derrière soi parce que le chasseur peut devenir le chassé et va falloir se méfier des autres, en plus de se donner à fond sur les épreuves, tout en enquêtant pour retrouver le coupable de l’homicide.

Mon seul point d’achoppement, mon petit caillou dans la chaussure ou mon ampoule mal placée sera pour la mission confiée par le client Martin à notre détective Éric Milan. QUOI ?? Il accepte pareille mission ? Courir sur une épreuve de trail afin de tuer un homme coupable d’homicide involontaire ?

Là, j’ai un peu tiqué. Malgré la somme proposée, accepter pareille mission était tout de même un peu gros, pour un ancien flic. On parle tout de même de justice expéditive et sans passer par un jugement.

Autre chose, je devais avoir sniffé du concentré de Sherlock Holmes parce que le final ne m’a pas prise de cours, je l’avais vu venir aussi distinctement que je vois un politicien en recherche de voies avant les élections. On ne me la fait plus !

Malgré le fait que j’ai su avant la fin ce qui se tramait, j’ai pris plaisir à me dépasser sur les épreuves en compagnie de Milan, de le voir souffrir, de le voir ramer, crever et arriver, malgré tout, à se dépasser, à puiser dans ses ultimes réserves et à devenir drogué par la course. Il a du courage, notre détective !

Anybref, voilà un roman qui me change de mes habituelles lectures, avec un cadre et un scénario peu usuels, un postulat de départ qui est bien mystérieux et du suspense car malgré mon flair, je n’ai pas senti tout de suite d’où venait l’odeur de transpiration.

Ce ne sera pas le thriller de l’année, mais ça se lit de manière agréable et donne un vent de fraîcheur à des lectures où les détectives ne courent pas autant que Milan.

Je remercie les éditions Flamant Noir et NetGalley de m’avoir permis de participer au Grand Cross en restant confortablement assise dans mon canapé et de m’avoir évité les crampes dues à l’acide lactique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (272 pages).

Le trône de Satan : Graham Masterton

Titre : Le trône de Satan

Auteur : Graham Masterton
Édition : Pocket Terreur N°9100 (1993) / Pocket (2000)
Édition Originale : Heirloom (1982)
Traducteur :

Résumé :
Rick Delatolla se flattait d’avoir le don pour flairer les bonnes affaires. Et le fauteuil en acajou richement sculpté de serpents et de corps humains entrelacés paraissait bien être l’occasion du siècle.

Jusqu’à ce que des choses étranges commencent à arriver à Rick et sa famille : arbres du jardin dépérissant en quelques heures, journées entières s’écoulant en un clin d’œil, chien dévoré de l’intérieur par un monstrueux insecte.

Rick savait qu’il n’avait pas le choix : il fallait qu’il détruise le fauteuil avant que le fauteuil ne détruise tout ce qui comptait pour lui.

Mais le trône de Satan l’avait pris en affection et tenait absolument à lui accorder ses bienfaits…

Né en 1946, auteur de la trilogie du « Manitou », de « Démences », « Transe de mort » et « La nuit des salamandres », Graham Masterton est l’un des plus grands écrivains anglais de Terreur.

Son imagination délirante et son sens de la démesure l’ont souvent fait comparer à Lovecraft.

Critique :
Puisque j’avais lu, de cet auteur, « Le jour J du jugement », j’ai poursuivis ma route avec « Le trône de Satan » et je n’ai pas été déçue, que du contraire.

Lorsque j’ai lu ce livre pour la première fois (années 95-96) je m’attendais à d’avantage d’horreur, même si l’ambiance est plutôt angoissante et monte crescendo.

Récit de construction classique, mais à la première personne du singulier, ce qui nous permet d’être dans les pensées du personnage principal, à savoir : Rick Delatolla.

Rick se flattait d’avoir un don pour flairer les bonnes affaires ? Le trône de Satan ne sentait pas assez mauvais, alors, parce que sinon, il l’aurait laissé là. Cela lui aurait évité bien des ennuis, mais cela m’aurait empêché de lire un bon roman qui m’a tout de même un peu glacé les os (ils glacent vite, aussi).

Oui, j’ai frémis en même temps que Rick qui avait des inquiétudes pour sa famille, et moi aussi.

Non, pas de scènes avec de la violence, c’est juste l’ambiance et l’atmosphère particulière de ce livre qui m’ont fait frémir. Quelques passages légèrement gore (mais pas de trop) et un soupçon d’érotisme, et l’affaire est faite.

Ah, il fallait y penser de faire cohabiter le Malin dans des objets rudimentaires…

Je n’achèterai jamais de fauteuil en acajou richement sculpté de serpents, moi. Le trône de Satan est vraiment horrible et ne cherche qu’à collecter un maximum d’âmes pour son confort en offrant l’argent, la gloire et les femmes en retour.

Les personnages sont crédibles, agréables, on s’y attache, mais ils sont très peu décrits. L’auteur ne s’encombre pas de détails inutiles pour décrire l’aspect physique de ses personnages, ce que j’ai un peu regretté.

Alors même si j’en aurais voulu davantage, l’intrigue reste simple, sans trop chercher dans la complexité. L’intrigue repose sur un combat entre le bien et le mal, entre Dieu et le Diable, ce que j’apprécie le plus en général et je me suis laissée prendre au jeu.

Attention, le manque d’action ne m’a pas dérangée (je parle d’action pure, les personnages ne passent pas tout le livre à dormir), je pense qu’il pourrait en rebuter certains, ceux qui cherchent cela au travers leurs lectures.

C’est un livre que je recommanderais à ceux qui veulent se plonger dans un récit pas trop compliqué, sans du sang qui dégouline des murs, mais avec une histoire qui tient en haleine.

 

Le cercle : Bernard Minier [LC avec Bianca] +[Défi CannibElphique]

Titre : Le cercle [Saga Martin Servaz 2]

Auteur : Bernard Minier
Édition : Pocket Thriller (2013 – 2017)

Résumé :
Un coup de fil surgi du passé, un e-mail énigmatique, qui signe peut-être le retour du plus retors des serial-killers, précipitent le commandant Martin Servaz dans une enquête dangereuse, la plus personnelle de sa vie.

Un professeur de civilisation antique assassiné, un éleveur de chiens dévoré par ses animaux… Pourquoi la mort s’acharne-t-elle sur Marsac, petite ville universitaire du Sud-Ouest, et son cercle d’étudiants réunissant l’élite de la région ?

Confronté à un univers terrifiant de perversité, Servaz va rouvrir d’anciennes et terribles blessures et faire l’apprentissage de la peur, pour lui-même comme pour les siens.

Le cercle, Bernard Minier.
Une histoire en Trio…
Une Mordue, Une Cannibale, Une Elfe…

Critique :
♫ Tiens tiens, voilà du Martin, voilà du Martin ♪

Le cercle m’a fait tourner chèvre tant je ne pouvais le lâcher, tant je voulais le terminer. À tel point que je me suis enquillé 500 pages en un jour, n’en laissant qu’une centaine pour le lendemain.

Ma première enquête avec le commandant Martin Servaz s’étant déroulée dans le froid et la neige, je l’avais terminée avec des engelures (♫ ah, la crème Nivéa, si tu étais là… ♪).

C’est donc contente que je l’ai accompagnée dans cette deuxième aventure, du côté de Toulouse, dans la petite ville universitaire de Marsac où les cours prépas littérature sont réputés.

Problème : on a tendance à y mourir de manière violente, sur des airs de vuvuzelas car nous sommes en juin 2010 et la coupe du monde de foot fait rage dans les rangs des policiers qui préféreraient regarder les match de l’équipe de France (peu glorieux) au lieu d’enquêter sur une assassinée noyée dans sa baignoire.

Pour Martin Servaz, c’est tout bon, il déteste le foot. Mais un autre problème se pose : le suspect retrouvé sur les lieux du crime est le fils d’une connaissance à lui et il a tout d’un innocent qui s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment.

L’enquête est assez longue, même si, dans l’absolu, elle ne se déroule que sur une grosse semaine. Les chapitres sont copieux, épais, et je me demande si l’auteur aurait pu sabrer dans certains passages pour rendre le roman plus court.

Pour moi, le roman est très bien comme il est puisque je n’ai pas ressenti les longueurs, galopant au travers des pages à bride abattue, me cravachant même pour aller plus vite et enfin savoir si… et qui l’avait fait… et pourquoi… et comment… et quoi… et qu’est-ce…

Honteusement, je n’ai rien vu venir, j’ai essayé et puis je me suis dis que je gagnerais plus à profiter de la prose de Bernard Minier, qui, au travers de quelques phrases bien senties, tire de sarcastiques boulets rouges sur la politique, l’école (la grande), l’élite et la société en général.

Comme l’aurait dit le grand penseur philosophe, amateur de doubitchous, le célèbre monsieur Preskovitch : « Vous être caustique, monsieur Minier ».

Continuez, seulement !

Une intrigue riche et dense, où plusieurs pistes se mêlent et s’entremêlent, où on ne sait jamais trop si on a raison ou si on se goure de piste, Martin Servaz lui-même ne sachant plus trop où donner de la tête (celle de noeud, ça, il saura où la mettre), où le lecteur hésitera entre se faire l’intégrale de Mahler ou celle de Marilyn Manson, ou les deux, pourquoi pas ?

Le final est addictif à fond, on entrevoit le vérité et on se dit « non, quand même pas ? » car c’est une piste que n’aurait pas renié Agatha Christie, elle qui savait si bien épater son lecteur. M’est avis que monsieur Minier a mangé de la mère Christie au p’tit dej car là, je dis « bravo ». C’était bien retors.

LC avec Bianca ainsi qu’avec Stelphique pour le Défi CannibElphique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Pavé de l’été 2018 » chez Sur Mes Brizées (790 pages) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] sur le forum de Livraddict (N°45 – L’Aventure du Cercle Rouge – lire un livre avec un cercle sur la couverture ou avec le mot « cercle » dans le titre).