Les Sept morts d’Evelyn Hardcastle : Stuart Turton

Titre : Les Sept morts d’Evelyn Hardcastle

Auteur : Stuart Turton
Édition : Sonatine (16/05/2019)
Édition Originale : The Seven Deaths of Evelyn Hardcastle (2018)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Mixez Agatha Christie, Downtown Abbey et Un jour sans fin… voilà le roman le plus divertissant de l’année.

Lauréat du prestigieux Costa Award, le premier roman de Stuart Turton est à la fois un formidable jeu de l’esprit et un régal de lecture.

Ce soir à 23 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée. Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ?

Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre.

Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée.

Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle.

Critique :
La boucle temporelle m’avait bien fait rire dans un épisode de la série Stargate SG-1 (Saison 6 – Épisode 4) où Teal’c et O’Neill s’étaient amusés à profiter de la chose.

Ici, on n’est pas là pour rigoler mais pour résoudre un meurtre qui a tout l’air d’un suicide tandis que la journée se répète encore et encore.

Mais attention, l’auteur a pimenté les choses puisque à chaque nouveau jour, on entre dans la peau d’un autre personnage, s’appropriant ses forces, son intelligence, sa ruse ou ses faiblesses.

N’ayant pas vraiment lu le résumé (ou l’ayant déjà oublié), je suis tombée un peu comme un cheveu dans la soupe en commençant ma lecture avant que cela ne fasse tilt après avoir été rafraîchir ma mémoire…

En effet, il y a du Agatha Christie là-dessous ! Du Un jour sans fin aussi, mais là, c’est assez logique. Par contre, il manquait pour nous offrir du Downtown Abbey les piques de Violet Crawley.

Cette journée, on a beau la rejouer maintes fois, elle n’est pas la même, des choses changent, et puis, l’auteur nous a gardé quelques surprises en cours de route, pimentant le jeu de manière à ce que nous comprenions, au fur et à mesure et en même temps que le personnage dans la peau duquel nous sommes, les petits détails tels que les messages ou les événements qui se déroulent sous nos yeux.

Pourtant, j’ai eu du mal avec ce roman… J’ai même failli l’abandonner… Le personnage incarné ne me disait rien, j’avais l’impression que l’on tournait en rond, je m’ennuyais…

Je l’ai même laissé tomber avec plaisir pour me plonger dans « Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban » qui m’a fait regoûter à l’ivresse livresque.

Le vin étant tiré, je me devais de le boire, surtout que ma curiosité avait été titillée et que je voulais connaître le fin mot de cette histoire fantastique abracadabrantesque et donc, j’ai replongé avec la ferme intention de le terminer.

Un vrai miracle, Salomon, le récit a commencé à m’intéresser beaucoup plus une fois passé la page 230 (plus ou moins), mon esprit est entré en ébullition pour tenter de trouver la solution (je vous défie de la trouver) et à partir de là, je ne l’ai plus lâché.

Époustouflant ? Oui, c’est le mot. Un truc de ouf, diraient les djeunes. Ça déchire la mort de sa race, de sa mère et le final est tout simplement un vrai feu d’artifice de révélations, de coups de pied au cul, de tacles, de suspense et j’en suis encore sur le cul.

La construction du récit est habillement faite pour ne rien laisser transparaître avant mais pour que tout devienne clair et limpide lorsque les journées se répètent et que l’on découvre avec ravissement les petites subtilités de cette journée qui se mord la queue.

Sans cette construction habille, sans l’écriture entrainante une fois arrivé à la moitié du récit, sans les personnages bien construits et utilisés, et sans le final en apothéose dont le bouquet final continuait encore et encore, j’aurais collé une mauvaise note à ce roman vu que les débuts avaient été laborieux pour moi.

Pour une fois, j’ai eu raison de poursuivre, de m’accrocher, de passer outre le départ un peu froid entre le récit et moi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

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Qaanaaq : Mo Malø [LC avec Bianca]

Titre : Qaanaaq

Auteur : Mo Malø
Éditions : La martinière (31/05/2018) / Points (2019)

Résumé :
Dans le vaste pays blanc, l’esprit de Nanook se réveille. Le grand ours polaire, seigneur des lieux, protégera les siens. Jusqu’au bout.

Adopté à l’âge de trois ans, Qaanaaq Adriensen n’a jamais remis les pieds sur sa terre natale, le Groenland.

C’est à contrecœur que ce redoutable enquêteur de Copenhague accepte d’aller aider la police locale, démunie devant ce qui s’annonce comme la plus grande affaire criminelle du pays : quatre ouvriers de plateformes pétrolières ont été retrouvés, le corps déchiqueté.

Les blessures semblent caractéristiques d’une attaque d’ours polaire. Mais depuis quand les ours crochètent-ils les portes ?

Flanqué de l’inspecteur inuit Apputiku – grand sourire édenté et chemise ouverte par tous les temps –, Qaanaaq va mener l’enquête au pays des chamanes, des chasseurs de phoques et du froid assassin. Et peut-être remonter ainsi jusqu’au secret de ses origines.

Critique :
Si le polar vient du Groenland, l’auteur, lui, vient de France, donc, nous ne sommes pas dans du 100% made in Banquise mais rassurez-vous, vous aurez l’impression d’y être, surtout si vous le lisez durant un mois de mai pas très chaud avec un sale petit vent de nord-est qui refroidit tout.

Moi, je suis toujours partante pour aller résoudre des meurtres à l’autre bout du monde, tant que l’enquêteur me plait bien et que l’auteur arrive à me surprendre.

Le colonel Moutarde avec le poignard dans la biblio est un classique, mais si l’auteur arrive à rendre cela de manière atypique, intéressante, pu vue, moi, je signe des deux mains, même avec des moufles et un cache-nez.

Pour le compte, ici, le colonel Moutarde, c’est Nanook (Nanuuq en V.O) ! Et pour ceux qui pense à la marque de vêtements, allez demander à votre ennemi Gogueule ce qu’il a d’autre en stock, bande de moules.

Un crime énigmatique, pas de mobiles apparent, un tueur inhabituel, une enquête qui piétine, des flics dirigés par Rikke Engell, une cheffe qui n’a pas envie de cheffer (mais qu’on a envie de baffer) et un capitaine de police Danois, Qaanaaq Adriensen, envoyé pour faire toute la lumière sur cette sombre affaire, puisque, vous ne saviez peut-être pas, mais le Groenland appartient toujours au Danemark.

Sur fond d’envie d’indépendance, notre enquêteur Danois va faire la connaissance de ce pays qu’il ne connait pas, de ses mœurs étranges, de ses croyances encore fortement ancrées et de cette haine que certains Groenlandais ont, envers tout ce qui vient de son grand colon-isateur.

L’auteur connait son sujet, on sent bien qu’il a potassé et il nous met en scène, grandeur nature, un Groenland qui espère tirer profit de son pétrole pour s’émanciper du royaume où paraît-il, il y a quelque chose de pourri, d’après William Shakespeare (Hamlet)…

La politique sera donc une partie assez importante du récit, ce qui m’a fait bien plaisir parce que niveau rythme et action, c’était un peu faiblard et l’enquête trainait en longueur avec des flics aussi pressés de résoudre des meurtres que les nôtres le sont pour résoudre des actes de vandalismes (c’est vous dire leur énergie !).

Cette enquête sera galère pour Qaanaaq, à se demander parfois s’il est vraiment un grand flic surtout lorsqu’il téléphone à sa mère pour qu’elle l’aiguillonne un peu… Bon, pour sa défense, si on lui avait tout dit, il aurait eu plus facile.

En plus, le pauvre, niveau climat, dans la ville de Nuuk, on a plus tendance à se les geler qu’à avoir chaud (sauf à l’intérieur) et la bouffe mériterait une revisite des candidats de Top Chef.

Pour l’immersion, on a beau avoir un français à la barre, les sensations de froid étaient bien retranscrites et on s’y serait cru, même. Le dépaysement est garantit.

Un climat politique délétère, des magouilles chez les politiciens (ça ne nous change pas), des meurtres bizarres, des mystères opaques, un pays énorme mais peu peuplé, des habitants haineux envers les étrangers, des écolos extrémistes, des indépendantistes énervés, des personnages aux noms imprononçables et un pauvre enquêteur qui doit batailler ferme contre certains bâtons mis dans ses roues.

Pas le polar du siècle, mais un bon divertissement et un final inattendu, ce qui me fait remonter la cote car j’adore être surprise, pour ne pas dire un autre mot… Bon, ce n’était pas de la surprise exceptionnelle comme avec certains auteurs mais je saluerai sa manière de nous balancer le truc dans la tronche et celui-là, je ne l’avais pas vu.

Par contre, 100 pages de moins l’aurait rendu plus addictif, lui donnant un rythme un peu plus soutenu.

Cela ne m’a pas trop posé de problèmes parce que j’étais intéressée par le voyage au Groenland, par ses habitants, leurs modes de vie, leur culture, leurs luttes, la pauvreté qui règne chez certains et le côté politique avec ses magouilles en tout genre, mais pour un(e) lecteur(trice) qui n’aime pas trop ça (ou les allergiques à la politique en littérature), le roman pourrait se révéler être moins intéressant.

Ma copinaute de LC, Bianca, n’aimant la politique dans ses lectures qu’à dose homéopathique, aurait pu frôler l’indigestion.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Cormoran Strike – Tome 2 – Le ver à soie : Robert Galbraith [Par Dame Ida]

Titre : Cormoran Strike – Tome 2 – Le ver à soie

Auteur : Robert Galbraith
Édition : Grasset (2014) / Le Livre de Poche (2015)
Édition Originale : Cormoran Strike, book 2 : The Silkworm (2014)
Traducteur : Florianne Vidal

Intro Babelio :
 Owen Quine, écrivain célèbre, a disparu. Il venait d’achever son dernier manuscrit – un sulfureux roman à clés qui dresse le portrait au vitriol de son entourage. De quoi inquiéter bon nombre de personnalités en vue… C’est ce que pressent le détective privé, Cormoran Strike, chargé de l’enquête.

Qui aurait intérêt à ce que Quine soit réduit au silence ? Lorsque Strike retrouve le cadavre de l’auteur, assassiné selon un rituel particulièrement atroce, il comprend qu’il a affaire à un tueur impitoyable, tel qu’il n’en encore jamais rencontré dans sa carrière.

Résumé :
Le succès de l’affaire du mannequin Lula Landry n’a pas vraiment suffit à renflouer efficacement les finances de Cormoran Strike.

Il arrive toujours à peine à équilibrer ses comptes et à payer le loyer de son bureau miteux et sa secrétaire Robin (tient… les super héros ont tous besoin d’un Robin depuis Batman… et Strike est gaulé pareil…) au salaire minimum ce qui ne cesse de crisper le fiancé de celle-ci qui aimerait bien qu’elle aille travailler ailleurs.

D’autant qu’elle a refusé un poste bien plus rémunérateur pour rester avec son patron dont… il serait presque jaloux.

Faut dire que Robin passe bien du temps avec ce patron dont la vie personnelle l’intéresse plus qu’on ne s’intéresse généralement à celle de nos patrons et que le fiancé est un poil égocentrique…

Et il nous est aussi sympathique que cette femme de la haute, bien névrosée qui semble ne vouloir rester avec Strike que pour le lui reprocher d’être avec elle.

Or donc, une petite dame à l’allure modeste se présente au bureau de Strike et lui demande de retrouver son mari qui a disparu.

Le dit mari est un écrivain bien connu dans un petit cercle restreint, dont un livre bizarre aurait eu un certain succès… Et qui se préparait à en sortir un autre « à clés »… Et visiblement des clés qui menaçaient d’ouvrir des placards pleins de cadavres pour les gens de ce petit monde littéraire dans lequel il évolue.

La détresse de cette dame, qui se retrouve seule avec sa fille handicapée qui pourrait en savoir plus qu’on ne le croit, touche notre détective malgré la faiblesse des honoraires qu’elle propose de lui verser avec une naïveté désarmante.

Et voilà Cormoran et Robin partis dans une nouvelle enquête dans le milieu feutré de l’édition, cernés de personnages hypocrites, faux, égotiques ou fêlés, et se découvrant l’un l’autre davantage peu à peu… et permettant aux lecteurs de se rendre compte qu’ils auraient presque plus d’affinités l’un pour l’autre qu’avec leurs partenaires respectifs…

Hum… Oui… le fameux cliché qui veut que les privés finissent par séduire leur secrétaire a encore de beaux jours devant lui.

Mon avis :
Bon ben, si vous n’avez pas compris depuis le premier volume des aventures de Cormoran Strike, que je suis conquise par ce nounours bourru au cœur groooos comme ça, futé et courageux comme pas deux…

Et bien c’est que vous ne savez pas lire épicétou !

Donc si vous ne savez pas lire, pourquoi je me fatiguerai à écrire la suite de ma petite fiche de lecture ?

Ah ? Pour celles et ceux qui l’ont bien compris parce qu’ils m’ont bien lue ?

Ouais… C’est exactement ça ! Les autres circulez y a rien à voir !

D’abord… L’intrigue vaut son pesant de cacahouètes. C’est d’un glauque ! D’un pervers ! Avec quelques scènes bien gores (évitez de trop manger avant de lire si vous êtes sujets aux nausées…) !

Mais comment un être humain normalement constitué peut-il imaginer des enchaînements pareils !

Et puis il y a le style de JK Rolling alias Robert Galbraith (Robert… m’enfin… franchement… pourquoi pas Raymond !!! Qu’est-ce qui lui a pris à JK ???) qui en ayant pas l’air d’y toucher, feignant un discours factuel qui se déroule sans jugement, balance sauvagement sur les travers de ses contemporains, sur une société de classes aussi monolithiquement figées en compartiments étanches que le système des castes en Inde,  sur une sur l’avidité matérialiste d’un Londres qui n’a rien à envier à Manhattan quant à son taux de requins au mètre carré dans la population générale…

Tandis que ses personnages, pleins d’une fraîche pureté s’agitent pour boucler leurs fins de mois, à la recherche du vrai, du bien et de la justice, tels des chevaliers des temps modernes perdus dans une épouvantable jungle urbaine peuplée de redoutables prédateurs.

J’avoue… Dit comme cela, ça fait un peu pompier… manichéen… cliché…

Sans parler de la caricature de virilité incarnée par Strike et la féminité faite femme qu’est Robin (vous voyez la Vénus de Botticelli ? Et ben vous lui faites perdre 10 ou 15 kg et c’est Robin !), et qui ne cessent de se tourner autour, s’appréciant mutuellement au point de trouver leurs propres partenaires insupportables, et qui bien entendu n’ont absolument jamais l’idée de conclure.

On est en pleine passion platonique (sa mère) pour ne pas parler d’amour courtois entre la gente demoiselle courageuse qui surmonte ses détresses et notre vaillant chevalier qui pourfend le meurtrier comme il terrasserait le dragon.

J’en parlais lors de la présentation du premier volume des enquêtes de Cormoran Strike : outre son sens humoristique de la satire sociale, JK Rolling aime jouer avec les codes du genre littéraire comme elle l’avait fait avec sa saga Harry Potter.

Elle reprend les poncifs du polar pour les mélanger avec ceux d’autres genres et… je la soupçonne ici, vous l’aurez compris, de les avoir associés à ce du roman de chevalerie histoire de les magnifier un peu.

Et aussi surprenant que cela paraisse… ça marche très bien. Sur moi en tout cas… Et sur vous ?

Misery : Stephen King

Titre : Misery

Auteur : Stephen King
Édition : J’ai Lu (1995) / Livre de Poche (2002-2013)
Édition Originale : Misery (1987)
Traducteur : William Olivier Desmond

Résumé :
Misery Chastain est morte. Paul Sheldon l’a tuée avec plaisir. Tout cela est bien normal, puisque Misery Chastain est sa créature, le personnage principal de ses romans.

Elle lui a rapporté beaucoup d’argent, mais l’a aussi étouffé : sa mort l’a enfin libéré. Maintenant, il peut écrire un nouveau livre.

Un accident de voiture le laisse paralysé aux mains d’Annie Wilkes, l’infirmière qui le soigne chez elle. Une infirmière parfaite qui adore ses livres mais ne lui pardonne pas d’avoir fait mourir Misery Chastain.

Alors, cloué dans sa chaise roulante, Paul Sheldon fait revivre Misery. Il n’a pas le choix…

Critique :
Paul Sheldon est un écrivain qui, après avoir décidé de tuer son héroïne « Misery » est victime d’un accident de voiture, dans un coin perdu… comme par hasard !

La femme qui le sauve et qui, soit dit en passant, est très compétente dans le rôle de l’infirmière (mais pas « infirmière cochonne » désolée) est frappa-dingue.

Totalement addict et in love du personnage de Sheldon, elle lui en veut (le mot est faible) d’avoir fait passer de vie littéraire à trépas son héroïne.

Alors, le mettant devant le fait accompli (et devant une machine à écrire), elle le force à ressusciter son personnage.

Et de manière plausible, s’il vous plaît ! Sheldon apprendra à ses dépends qu’on ne plaisante pas avec madame l’infirmière frappa-dingue.

Huis clos infernal, dantesque, exceptionnel entre ces deux là : la victime et sa tortionnaire, entrecoupés des passages où Sheldon fait revivre son personnage, contrastant farouchement avec le style sombre, violent, oppressant de Stephen King puisque « Misery » fait partie de la littérature à l’eau de rose.

On peut difficilement reposer le livre, par contre, on serre les dents lorsque madame Infirmière Barbare s’amuse à faire mal à l’écrivain. On ne risque pas de l’entendre hurler, ils sont dans un trou perdu.

En tout cas, les sévices de font pas dans la dentelle.

Une plongée dans l’univers de King d’où vous ressortirez secoué, ébranlé, comme je le fus il y a très, très longtemps.

 

Cormoran Strike – Tome 1 – L’appel du Coucou : Robert Galbraith [Par Dame Ida]

Titre : Cormoran Strike – Tome 1 – L’appel du Coucou

Auteur : Robert Galbraith
Édition : Grasset (2013) / Le Livre de Poche (2014/2018)
Édition Originale : Cormoran Strike, book 1: The Cuckoo’s Calling (2013)
Traducteur : François Rosso

Intro Babelio :
Lorsque le célèbre mannequin Lula Landry est trouvée morte, défenestrée, dans un quartier chic londonien, l’affaire est vite classée. Suicide.

Jusqu’au jour où John Bristow, le frère de la victime, frappe à la porte du détective privé Cormoran Strike.

Cet ex-lieutenant de l’armée, revenu d’Afghanistan amputé d’une jambe, est au bout du rouleau : sa carrière de détective est au point mort et sa vie privée, un naufrage.

Aidé par une jeune intérimaire finaude, virtuose de l’Internet, il reprend l’enquête.

De boîtes de nuit branchées en palaces pour rock stars, Strike va passer de l’autre côté du miroir glamour de la mode et du people pour plonger dans un gouffre de secrets, de trahisons, et de vengeances.

Résumé :
Oui j’avoue ! Il n’y a pas que Sherlock Holmes et Agatha Raisin dans mon horizon !

Il y a aussi Cormoran Strike, le prototype de la brute épaisse qui malgré les apparences en a aussi dans le ciboulot.

Nan, nan… ce n’est pas une baraque bodybuildée avec un menton carré de mâle alpha sur le passage duquel toutes les fâmes se pâment !

En plus… Déjà dès sa naissance, les dieux lui en voulait. Son père, star du rock très connu n’a pas voulu le reconnaître, le laissant à la charge de sa mère officiellement « égérie » ou « muse » (plus prosaïquement : de femme dont la principale occupation est de veiller à la satisfaction sexuelle d’artistes plus ou moins généreux ou plus ou moins fauchés… mais dans tous les cas carrément drogués).

Une mère qui visiblement lui a donné un prénom de drôle d’oiseaux.

Mais c’est pas un zozio ce mec-là !

C’est juste… Un ours gigantesque tout en poil et bourru dont la vie part en lambeaux.

Ancien policier militaire de sa Gracieuse Majesté, qui a perdu une jambe en Afghanistan (Strike ! Pas la Reine ! Faut tout vous préciser à vous ! Pfff… Tiens ? Y aurait-il un clin d’œil à Watson ? Ok, ok… personne ne sait vraiment où il a pris sa balle celui-là et puis il n’a pas fini unijambiste  non plus !), le gros nounours à dû retourner à une vie civile bien moins prestigieuse et palpitante et où il n’était visiblement pas attendu…

D’autant que dans Londres La Cruelle et Trépidante, il n’y a pas réellement de place pour les vilains petits canards boiteux !

Et puis c’est sans parler de son aristobourge de bien aimée totalement névrosée et pas qu’un peu là… je suis formelle : elle est grave… et mon diagnostic est sans appel : c’est une chieuse accomplie et incurable).

Ah oui… j’oubliais… Il est ruiné aussi !

Bref… déjà, ça part mal. Le mec a une méga poisse d’enfer, mais comme c’est un vrai dur de dur, il ne se laisse pas abattre même si son moignon le torture souvent avec sa vilaine prothèse qui est bien là pour lui rappeler que c’est un estropié pour toujours.

Or donc, comme il ne sait pas faire autre chose qu’enquêter et qu’il est trop abîmé pour passer les examens d’aptitude physique pour entrer dans la vraie police malgré ses états de service irréprochables, le Cormoran s’est lancé laborieusement dans une carrière de détective privé, payant difficilement son loyer et dormant dans un lit de camps dans son bureau en essayant de faire en sorte que sa nouvelle secrétaire intérimaire ne s’en rende pas compte.

Sa secrétaire ? Robin Ellacot… Une jeune femme ravissante en couple avec un comptable passionné par l’argent, qui se cherche professionnellement et accepte une mission d’intérim dans ce cabinet miteux de privé… Sauf que Robin… Elle n’a pas que du talent pour faire le café, classer des dossiers ou tenir un agenda.

Et voilà que le frère d’une célèbre mannequin officiellement suicidée vient leur proposer de rouvrir l’enquête bien vite classée par la police…

Ce que Dame Ida en a pensé :
Robert Galbraith ? Vous savez pas qui c’est ?

Et bien, on a attendu que ce roman-là ait eu son petit succès avant de vous le dire : il s’agit de J.K. Rolling, la créatrice de Harry Potter !!!

Et oui, après avoir terminé la saga du petit sorcier balafré, et surveillé l’adaptation cinématographique de son œuvre, Dame Rolling s’est lancée dans le polar sous pseudo, voulant faire ses preuves dans ce genre incognito, sans que son succès dans un autre genre ne la pénalise aux yeux d’une certaine critique peu objective ni ne l’avantage aux yeux d’un public déjà conquis.

Et effectivement, Cormoran n’a pas grand-chose à voir avec Harry.

Cela étant, en parcourant les premières pages, j’ai eu une petite suée, car avec ce personnage-là, JKR commençait par planter un décor renvoyant aux poncifs les plus éculés de la série-noire : un privé fauché, malmené par la vie depuis l’enfance, maudit en amour car trop attaché à une « femme fatale », et surtout, dont personne ne comprend la grande compétence.

Strike n’est pas le premier privé de roman à dormir dans son bureau miteux faute de sous et à finir par travailler en binôme avec une secrétaire belle à croquer et trop futée pour n’être que secrétaire ! Que de clichés !

Bref, lors des premiers chapitres j’avais l’impression de m’être un peu faite avoir…

Mais… L’intrigue se mettant peu à peu en place… La personnalité des deux personnages principaux se déployant et nous les rendant ma foi terriblement sympathiques… Londres dévoilant ses charmes…

Et la plume acérée de J.K. Rolling étrillant sans concession les classes bourgeoises britanniques avec leurs codes, ainsi que la vacuité du milieu de la mode et du divertissement dont la superficialité est la seule profondeur…

Et le tout avec cet humour mi-figue mi-raisin qui vous laisse un sourire ironique fixé sur le visage pendant tout le temps de la lecture.

Et bien avec tout ça… On se laisse prendre comme une mouche dans un pot de miel.

N’oublions pas que Rolling, en femme de lettre cultivée avait largement joué avec les codes dans sa saga Harry Potter, mêlant la quête initiatique moyenâgeuse, la thématique de la rédemption, du sacrifice, des figures tutélaires, la question de la prédestination et du libre arbitre etc…

Alors ? Pourquoi n’aurait-elle pas aimé jouer avec d’autres poncifs histoire de les magnifier un peu ?

Note de le Belette Cannibal : l’appel du coucou, à ne pas confondre avec l’appel du cocu !

 

Nymphéas noirs : Michel Bussi [LC avec Bianca]

Titre : Nymphéas noirs

Auteur : Michel Bussi
Édition : Pocket (2013 – 2015)

Résumé :
Tout n’est qu’illusion, surtout quand un jeu de miroirs multiplie les indices et brouille les pistes.

Pourtant les meurtres qui troublent la quiétude de Giverny, le village cher à Claude Monet, sont bien réels.

Au coeur de l’intrigue, trois femmes : une fillette de onze ans douée pour la peinture, une institutrice redoutablement séduisante et une vieille femme aux yeux de hibou qui voit tout et sait tout.

Et puis, bien sûr, une passion dévastatrice. Le tout sur fond de rumeur de toiles perdues ou volées, dont les fameux Nymphéas noirs.

Perdues ou volées, telles les illusions quand passé et présent se confondent et que jeunesse et mort défient le temps.

Critique :
— J’ai toujours confondu Monet et Manet… Lequel a épousé sa maîtresse ?
— Monet.
— C’est ça et Manet avait la syphilis.
— Ils peignaient aussi à l’occasion.
(Extrait de Ocean Eleven, dialogue entre Tess et Dany Ocean)

On m’avait dit, la première fois que je suis allée voter, que quel que soit mon choix, je serais bien baisée, même si certains partis baisaient mieux que d’autres (vous n’aurez pas de noms).

Pourtant, il n’y a pas que les politiciens qui nous la mettent bien profond, certains auteurs aussi sont des champions pour cela et je ne sais pas pourquoi, mais j’aime autant me faire avoir par un auteur que par un politicien.

Au rayon de ceux qui m’ont bien eu, on a bien entendu Agatha Christie, Lehane, Franck Thilliez, Minier, Commère (pour ne citer qu’eux) et là, Bussi vient d’entrer dans ce petit groupe fermé des auteurs qui ont su m’époustoufler, pour ne pas dire qu’ils m’ont baisé, car je n’ai rien vu venir.

Oh, ici, il y a bien un petit détail qui m’avait intrigué mais mon cerveau l’avait mis en sommeil, content de ne pas être pollué par ce genre de choses. Pourtant, c’était un indice crucial !

Direction Giverny, le village où à vécu Claude Monet, celui qui a épousé sa maitresse donc et qui a peint des tas de tableaux avec des nénuphars car il avait détourné un ru afin d’alimenter un bassin et y mettre des nénuphars. Paraît que ça faut une fortune, ces petits nénuphars peint sur toile.

Un meurtre a eu lieu dans ce village, quelqu’un a tué Jérôme Morval et la police enquête, ou piétine, on ne sait pas trop. En tous cas, j’ai apprécié les personnages des flics qu’étaient Laurenç et Benavidès, le flic maniaque qui fait des listes.

Dans ce roman choral, les flics ne sont pas les personnages principaux, nous avons aussi trois femmes, différentes, une gamine qui peint magnifiquement bien, une institutrice sexy comme un diable et une vieille dame qui a tout de l’acariâtre. Toutes les trois voudraient quitter Giverny mais une seule y parviendra tandis que les deux autres périront. Suspense, quand tu nous tient.

Trois femmes vivaient dans un village. La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste. La première avait plus de quatre-vingt ans et était veuve. Ou presque. La deuxième avait trente-six ans et n’avait jamais trompé son mari. Pour l’instant. La troisième avait onze ans bientôt et tous les garçons de son école voulaient d’elle pour amoureuse.

Une vie, tu sais, Fanette, c’est juste deux ou trois occasions à ne pas laisser passer. Ça se joue à ça, ma jolie, une vie ! Rien de plus.

L’ambiance est à la fois tendue et relax, dans ces pages, on se doute qu’il y a sous les eaux calme du bassin de Monet un truc sombre qui rôde, qui tue et qui tuera encore, on se doute que tout n’est pas magnifique dans ces décors idyllique visité par des touristes du monde entier, qu’il y a un secret caché quelque part, tapi dans les profondeurs des âmes tourmentées, mais avant le final, on ne sent rien venir.

Et là, bam, uppercut dans ta face de petit lecteur désabusé qui a tout lu, tout vu mais qui non, n’avait pas encore tout lu ! Ni tout vu.

J’en suis restée baba (au rhum) durant quelques minutes, mon cerveau pédalant misérablement dans la semoule pour tenter de voir où il avait foiré et pour remettre toutes les pièces dans le bon ordre. Mais alors ? Bon sang, mais c’est bien sûr ! Et puis peu après, quand une autre pièce est tombée, j’ai encore poussé des cris étranglés car une fois de plus, l’auteur venait de me surprendre.

Baisée j’avais été, et bien baisée. Je remercie l’auteur pour cela, d’ailleurs, c’est toujours meilleur, dans un polar, quand on est surprise. La seule chose que j’avais bien résolue, c’était le meurtre du vieux peintre, mon criminel était le bon. Mini holà pour moi.

Un roman aux ambiances joyeuses et sombres, avec des enquêteurs sérieux et un qui a tout d’un chien fou, avec de la sensualité, de la drague, de la jalousie, de la possession, des émotions, du mystère aussi épais qu’un brouillard londonien mais qui une fois levé, devient plus limpide qu’une eau claire.

J’avais vu mais pas observé.

Ma copinaute Bianca était dans le même brouillard que moi et je pense que de son côté, elle a été bien… surprise aussi !

PS : j’ai toujours un oeuf à peler avec le beau Olivier Norek, au sujet d’un chat et je pense que je vais en avoir un autre avec monsieur Bussi au sujet d’un chien !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

1793 : Niklas Natt och Dag

Titre : 1793

Auteur : Niklas Natt och Dag
Édition : Sonatine (04/04/2019)
Édition Originale : 1793
Traducteur : Rémi Cassaigne

Résumé :
1793. Le vent de la Révolution française souffle sur les monarchies du nord. Un an après la mort du roi Gustav III de Suède, la tension est palpable.

Rumeurs de conspirations, paranoïa, le pays est en effervescence.

C’est dans cette atmosphère irrespirable que Jean Michael Cardell, un vétéran de la guerre russo-suédoise, découvre dans un lac de Stockholm le corps mutilé d’un inconnu. L’enquête est confiée à Cecil Winge, un homme de loi tuberculeux.

Celui-ci va bientôt devoir affronter le mal et la corruption qui règnent à tous les échelons de la société suédoise, pour mettre à jour une sombre et terrible réalité.

Critique :
Ne vous fiez pas à la couverture, elle a beau avoir de jolis bateaux en illustration, vous ne montrez pas sur leurs ponts !

Donc, pas besoin d’avoir le pied marin ou de prendre un gilet de sauvetage pour entamer la lecture de ce roman historico-policier, vous n’allez pas avoir mal au coeur sur la mer en furie, ni vomir votre quatre heures et votre midi aussi.

Bien que… La mer n’est pas déchaînée, mais l’auteur, oui !

Je vous le chuchote tout bas, j’ai une réputation de « dure » à tenir, mais il y a eu quelques scènes où j’ai pudiquement sauté des lignes car c’était limite insoutenable. Malheureusement, elles devaient être écrites pour la simple raison qu’on devait tout de même en savoir un peu plus sur le cadavre que l’on avait découvert au début du récit, cadavre amputé de tous ses membres.

Dans tout bon roman historico policier ou polar historique, il faut un ou plusieurs enquêteurs et là, l’auteur a fait fort de café en nous proposant deux types que la vie n’a pas épargné et leurs divers problèmes de santé ont ajouté du piment à l’histoire.

Il est vachement plus difficile de jouer au Sherlock Holmes quand on crache ses poumons et au Watson avec un bras en moins. Niveau pouvoir de réflexions, nos deux hommes n’avaient pas de lacunes et au capitale sympathie, ils ont rempli tous leurs devoirs car je les ai adoré tous les deux.

Il est dit dans mon pays que l’union fait la force et nos deux éclopés vont devoir s’unir (pas dans ce sens là, bande d’obsédés), oublier leurs faiblesses et marcher sur des œufs pour arriver à démêler ce sac de nœud, dans une ville gangrenée par la corruption qui règne à tous les étages, surtout dans le monde de la justice et de la police (Don Winslow pourrait nous faire un livre sur la « Corruption » à cette époque là).

Petit à petit, l’auteur nous dévoile une partie de la scène et de ses acteurs, sans trop nous en montrer ou nous raconter tout au départ, ce ne sera qu’au fur et à mesure que nos deux personnages principaux vont se mettre l’âme à nu et que l’histoire va nous faire son déshabillage intégral.

Si à un moment du récit, on pourrait se demander ce que viennent faire deux autres personnages, il ne faut pas avoir peur de les découvrir, de suivre le fil de leur vie à eux, car non seulement, leurs histoires ont leurs importances, mais en plus, ces deux êtres ne sont pas là juste pour la déco.

Ce que nous allons lire au travers de leurs récits, c’est aussi un pan peu glorieux de l’Histoire où les faibles sont écrasés, anéantis, taillables et corvéables à merci tandis que les riches… Hé, vous connaissez la chanson !

Ce que j’ai apprécié, dans ce polar historique, c’est qu’une partie des personnages aient réellement existé (j’en étais sur le cul) et que la précision historique soit si poussée qu’elle donne l’impression d’être plongé dans la réalité de cette époque.

L’auteur a eu un tel soucis de réalisme dans ses descriptions que je dirais presque qu’il ne nous manquait que les bruits et les odeurs (oh non, pitié, pas les odeurs) pour parfaire l’immersion dans cette réalité virtuelle qui se concentre uniquement sur l’année 1793.

C’est palpitant sans pour autant virer au page-turner, mais on est captivé au point qu’on a du mal à lâcher son livre, le suspense est bien dosé à tel point que lorsque l’on quitte nos deux amis et leur enquête pour suivre d’autres personnages, on entre dans leur récit de suite et on se gave de ce qu’ils nous racontent, un autre suspense se mettant alors en place.

Moi je dis qu’un roman aussi réussi, c’est un tour de force car l’auteur lui a donné du goût, nappant son récit d’une sauce onctueuse, sans oublier le sel, à bon escient, saupoudré d’une bonne pincée de mystère, relevé par un suspense bien monté et servi par des personnages, ô combien attachants, et qui n’ont rien de super-héros.

C’est foutrement réaliste, son récit et nous ne sommes jamais au bout de nos surprises.

Moi, de la cuisine pareille, j’en redemande ! Aubergiste, cuisinez-nous le suivant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Sauvage : Jamey Bradbury

Titre : Sauvage

Auteur : Jamey Bradbury
Édition : Gallmeister Americana (07/03/2019)
Édition Originale : The wild inside (2018)
Traducteur : Jacques Mailhos

Résumé :
À dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska.

Immuablement, elle respecte les trois règles que sa mère, trop tôt disparue, lui a dictées : « ne jamais perdre la maison de vue », « ne jamais rentrer avec les mains sales » et surtout « ne jamais faire saigner un humain ».

Jusqu’au jour où, attaquée en pleine forêt, Tracy reprend connaissance, couverte de sang, persuadée d’avoir tué son agresseur.

Elle s’interdit de l’avouer à son père, et ce lourd secret la hante jour et nuit.

Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun.

Flirtant avec le fantastique, ce troublant roman d’initiation nous plonge dans l’intimité d’une jeune fille singulière qui s’interroge sur sa nature profonde.

Critique :
Ray Bradbury nous entrainait dans les brasiers enflammant les livres (Fahrenheit 451) et Jamey Bradbury, elle, nous emmènera dans les blanches et froides étendues de l’Alaska.

Mettez vos moufles, sortez vos grosses chaussettes et n’oubliez pas votre cache-nez (et cache-tout-ce-que-vous-voulez) afin de ne pas prendre froid, car c’est un véritable apprentissage de la vie au grand air froid que vous allez faire.

Depuis toute petite, Tracy ne s’est jamais sentie bien qu’en courant dans la forêt ou en attelant des chiens de traineau. Son père est un musher et elle ne rêve que de suivre les traces de ses patins de traineau et de concourir à la Iditarod trail, une course pour musher longue et dure.

Ce roman, dans le style nature-writing, dégage une atmosphère bien particulière : un mélange de poudreuse, de jeune fille rebelle et des relents de fantastique car si Tony Chu (le détective cannibale) était un cybopathe (capable de retracer psychiquement la nature, l’origine, l’histoire, et même les émotions, de tout ce qu’il mangeait), Tracy, elle, c’est un autre don qu’elle possède…

La référence à Stephen King n’est pas usurpée, l’élément fantastique est bien là, c’est trash quand on y pense bien, mais le tout est très bien incorporé à l’histoire et passe sans aucun soucis, ajoutant même une autre dimension au récit.

Je peux même affirmer que sans cet élément, le roman n’aurait pas été aussi bien et nous serions parti sur une description des conditions de course avec des chiens de traineau (attention, j’aurais bien aimé en vivre une de l’intérieur, avec Tracy).

Tracy… Quelle jeune fille énigmatique, qui ne se livre que peu souvent, qui ne vit que pour la forêt, ses chasses, les animaux qu’elle trappe.

Petit à petit, l’auteur, de sa plus belle plume, déroule son récit en y incorporant tout doucement cet élément, en nous donnant des indices sans jamais trop forcer sur le trait et c’est avec un effroi certain que nous le comprenons dans son entièreté, non sans ressentir une dose de fascination au dégoût ou de dégoût à cette fascination (au choix).

D’ailleurs, une scène m’a tellement glacé les sangs que même si elle avait eu lieu sous le soleil des Caraïbes, j’aurais été transpercée par le froid. J’en suis restée avec la bouche ouverte et dans l’incapacité de poursuivre ma lecture durant quelques moments tant elle m’avait coupé les jambes.

Et malgré cela, je n’ai toujours pas réussi à être fâchée avec Tracy : à cause de son don (ou de sa malédiction, toujours au choix), elle avait fait une erreur terrible et malgré le froid qui m’a saisit, malgré mes mains tremblantes, je l’ai trouvée touchante jusqu’au bout, cette jeune fille dure comme le bois.

Un récit dur, âpre, magnifique, servi par une plume alerte qui sait bien décrire les émotions ou l’implacabilité, la rudesse de l’Alaska et la solidité des gens qui y vivent.

Des personnages magnifiques, qui me hanteront longtemps, un père veuf qui a fait tout ce qu’il pouvait mais qui n’avait pas compris sa fille puisque les non-dits sont aussi puissant qu’un blizzard, dans cette famille.

Un récit qui aurait encore pu continuer plus longtemps et une envie folle d’aller arpenter les bois de l’Alaska avec un traineau tiré par des chiens.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Choc – Tome 02 – Les fantômes de Knightgrave [2ème partie] : Stéphane Colman & Eric Maltaite

Titre : Choc – Tome 2 – Les fantômes de Knightgrave [2ème partie]

Scénariste : Stéphane Colman
Dessinateur : Eric Maltaite

Édition : Dupuis (08/04/2016)

Résumé :
La genèse d’un des méchants les plus mythiques de la bande dessinée franco-belge. Comment devient-on M. Choc ? Qui se cache derrière ce masque ?

Après le succès du premier tome « Les Fantômes de Knightgrave », Éric Maltaite et Stéphan Colman livrent ici la suite de la genèse d’un des méchants les plus mythiques de la bande dessinée franco-belge, avec une modernité et une noirceur qui confèrent à ce triptyque une saveur toute particulière.

Critique :
J’ai poursuivi ma relecture de la jeunesse et des origines de Monsieur Choc, à l’époque où il se nommait encore Eden Cole…

Enfin, on suppose que c’est lui qui est devenu le méchant casqué. Heaume sweet heaume.

Toujours composé de flash-back, la suite nous entraîne dans l’adolescence d’Eden et le grand ménage de monsieur Choc qui élimine la concurrence et se venge de tout ceux qui l’ont un jour maltraité.

À ce propos, il y a un des tueurs avec des grosses lunettes de soleil que j’ai l’impression d’avoir déjà vu dans une autre bédé…

Soit un Tif et Tondu, soit un Natacha, soit un Gil Jourdan. Cet homme était la caricature d’un dessinateur ou scénariste de l’écurie Dupuis (de l’hebdo Spirou) mais j’ai cette impression de l’avoir déjà vu.

Ruminant dans ma tête et fouillant le Net, j’ai enfin trouvé qui était ce personnage. Bon sang, mais c’est bien sûr : Maurice Tillieux himself ! Mais pas moyen de retrouver dans quel album sa tête apparaissait en tant que méchant.

Les auteurs poursuivent la genèse de monsieur Choc et on voit petit à petit apparaitre l’homme qu’il va devenir, on voit ses faiblesses, ses questions, les fantômes qui le hantent et là, pas de doute, Eden Cole deviendra Choc.

S’il se venge et dégomme la concurrence, il n’hésite pas non plus à remercier avec de l’argent ou la avec la vie sauve ceux qui l’ont aidé un jour dans sa vie.

Une fois de plus, on a tendance à apprécier le personnage, il est humain et sa jeunesse n’a pas été placée sous le signe du bonheur.

Les dessins sont très bien réalisés et on s’immerge à fond dans le Londres des petites ruelles grisâtres et de ses voleurs de larfeuille, on passera aussi à Rio et ses couleurs vives et on fera même un bout de chemin pendant la parade de la Saint-Patrick à New-York.

L’album est gros, consistant, j’ai fait quelques retours en arrière pour retrouver des images et me dire « Ah oui, tiens, je n’avais pas remarqué » parce que le plat est tellement copieux qu’on loupe des détails pourtant important.

Le seul bémol que certains pourraient reprocher, c’est qu’au départ c’était prévu en diptyque et que maintenant nous poursuivons sur un troisième album, les auteurs ayant sans doute déborder de l’histoire originelle pour nous donner plus.

Moi, je ne m’en plaindrai pas du tout car j’avais adoré cette série lorsque je l’avais lue dans l’hebdo Spirou et la relire est un véritable plaisir. C’est bourré de mystères, de suspense, de flics qui tournent en rond, de bandits magnifiques et de cadavres dans tous les placards.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2019 – décembre 2019) chez My Lou Book.

Choc – Tome 01 – Les fantômes de Knightgrave [1ère partie] : Stéphane Colman & Eric Maltaite

Titre : Choc – Tome 1 – Les fantômes de Knightgrave [1ère partie]

Scénariste : Stéphane Colman
Dessinateur : Eric Maltaite

Édition : Dupuis (25/04/2014)

Résumé :
Par une matinée glacée de février 1955, le manoir de Knightgrave devient la propriété du marquis Di Magglio, un mystérieux et richissime acquéreur que nul n’a jamais vu.

Et pour cause : sous le patronyme du marquis Di Magglio se cache en réalité le non moins mystérieux M. Choc, empereur du crime, aussi redouté qu’insaisissable.

À quel plan retors songe-t-il, en achetant cette propriété ? Quelle machination est-il en train de mettre en place ?

À moins qu’il ne soit en train d’accomplir un vœu connu de lui seul – et dont nous allons découvrir, par un habile jeu de flash-back, les tenants et les aboutissants. Car c’est bien dans le passé de M. Choc que ce récit va nous plonger…

Critique :
Cet album, je l’avais découvert dans l’hebdomadaire Spirou et je m’étais exclamé « QUOI ?? Monsieur Choc a été jeune ? Il a été conçu, comme tout le monde, de la rencontre entre le dard d’une abeille butinant une fleur ? »

Non, pas possible, ce type n’est pas humain. Il ne peut pas être humain !

Depuis le temps que je vois son heaume se balader dans les aventures de Tif et Tondu, je me disais qu’ils devaient être une légion de Mr Choc ou que c’était un robot.

Mais non, aux travers d’habiles jeux de flash-back qui ont le don de nous titiller la curiosité et de faire naître le mystère, ainsi que son vieux pote nommé suspense (je l’avais lu fractionné sur plusieurs semaines, dans le Spirou), cet album lève le voile sur le Méchant le plus énigmatique de la bédé.

Eric Maltaite n’est pas un novice, ce n’est ni plus ni moins que le fiston du grand Will qui avait repris la série « Tif et Tondu » en 1948 et c’est en 1954 que Will rencontra Maurice Rosy et qu’ensemble, ils imagineront « Monsieur Choc », ce cerveau diabolique capable d’imposer sa volonté au monde grâce à sa phénoménale intelligence.

Dès les premières planches, boum, du mystère et des questions. On découvrira Choc assis dans une voiture alors qu’il vient d’acheter un grand manoir anglais pour on ne sait quelle raison, de toute façon, ce n’est pas lui qui va nous le dire mais Texas, un de ses hommes de main, l’expliquant à un autre.

Comme je le disais plus haut, les jeux de flash-back sont très bien fait, des petites ellipses habillement placées, entre deux cases ou dans la case même, faite des souvenirs de l’homme casqué.

Impensable mais vrai, il a été conçu normalement (enfin, presque, no spolier) et voir son enfance, faite de coups du sort, se dérouler sous mes yeux me l’a fait devenir sympathique alors que j’ai toujours détesté ce personnage.

Là, messieurs les auteurs, vous avez fait fort ! En plus de lui inventer une vie, une enfance et de remonter le cours de sa vie aux travers de ses souvenirs émouvants, vous avez su rester réalistes tout en apportant de l’émotion dans vos dessins et vos textes.

Pas d’élément fantastique, comme on pouvait en avoir dans Tif et Tondu, pas de récit un peu léger, comme on en avait certain, notamment grâce à l’humour de Tondu, non, pas de ça ici, un récit froid comme un scalpel, dur, émouvant, tendre, le tout servi par une découpe du récit qui rend le tout cohérent et passionnant.

À l’époque, j’en avais été sur le cul et cette relecture me fait le plus grand bien, surtout qu’on vient enfin d’avoir le tome 3 ! L’attente fut longue, messieurs et jamais je n’aurais cru être en train de trépigner pour avoir la suite de la jeunesse de Monsieur Choc.

Comme quoi, avec des habiles conteurs, tout devient possible, même de trouver le futur Monsieur Choc sympathique.

Un album dense (88 pages, on en a pour ses sous), des dessins qui vont bien au récit, un fil conducteur agencé de manière à ne pas tout nous dévoiler d’un seul coup et des flash-back utilisés avec intelligence.

Une vraie réussite !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2019 – décembre 2019) chez My Lou Book.