Âme de pirate : Charlotte Macaron [NetGalley]

Titre : Âme de pirate

Auteur : Charlotte Macaron
Édition : 404 (09/01/2020)

Résumé :
Naviguer dans ce labyrinthe d’îles, si proches les unes des autres qu’elles frôlent la coque des navires qui s’y aventurent, affronter le brouillard opaque qui les recouvre, et les ombres qui s’y cachent, relève de la folie furieuse !

Mais, poursuivi par la Marine Royale, l’équipage pirate du Saule pleureur n’a pas le choix. Ils ne se laisseront pas intimider par la sombre réputation des Mortes-Îles. Ils ont à leur bord les meilleurs navigateurs, et rien n’arrêtera leur soif de liberté.

Pourtant ce labyrinthe leur réserve bien des épreuves et ils n’en sortiront peut-être pas indemnes…

Critique :
Quand c’est bon, c’est toujours trop court…

Oui mais là, c’était vraiment trop court, limite 3 minutes, douche et préliminaires comprises…

Et pourtant, le plaisir était là.

Comme quoi, un p’tit coup rapide peut satisfaire la grande lectrice que je suis.

What did you expect ??

Merci NetGalley pour l’envoi de cet epub au bon format. Mais est-ce un court roman ou une nouvelle un peu plus épaisse ? Nous dirons que nous naviguons entre deux eaux.

Ne virez pas de bord mais tâchez de souquer ferme vers ce petit roman numérique qui possède tout ce qui fait un bon roman de piraterie.

L’auteure nous proposant une histoire courte (56 pages), elle doit mettre le lecteur de suite dans le bain, alors, peu de préliminaires et on se retrouve déjà pourchassé par trois galions de la Couronne et engagé dans un détroit d’îles qui a tout du Triangle des Bermudes.

L’élément fantastique va comme un gant à un roman de pirates et sans en faire trop, l’auteure arrive à immerger son lecteur dans un lieu qui fait frissonner tous les marins, lecteur y compris, ajoutant une pincée de fantastique, juste ce qu’il fallait.

L’art de la nouvelle est toujours le même : en dire juste assez, pas trop, ni trop peu, bref, faut doser la poudre à canon si on ne veut pas que ça nous pète à la gueule et même si je ne suis pas une fan des récits courts.

Un sans faute car j’ai apprécié cette histoire où les combats étaient vivants, bourrés de suspense, de dynamisme, d’émotions et où les termes consacrés à la navigation rendaient ce récit plus réaliste sans pour autant avoir besoin d’un dictionnaire.

Les personnages des pirates sont directement attachants, d’ailleurs, ce sont eux les héros du livre et non leurs poursuivants, les marins de sa Majesté d’un royaume inconnu de notre Monde. Nos pirates sont flamboyants.

Et c’est dommage car nous avions le fond et la forme pour écrire une grande aventure, pour étoffer un peu plus ce Monde qui n’est pas le nôtre, de cette Magie qui a disparu il y a quelques années.

Bref, j’ai beau avoir pris mon pied littéraire, je reste tout de même avec un goût amer de trop peu en bouche car l’auteure nous a donné plein d’indications sur ce Monde, sur les personnages des pirates, qui auraient méritées d’être plus développées dans un roman plus épais.

Je remercie les éditions NetGalley pour cette navigation en territoire fantastique où je n’ai pas su lâcher la barre avant d’être arrivée à destination. Là, j’ai cargué les voiles puisque j’étais arrivée à bon port, secouée mais ayant le pied marin, je n’ai pas eu le mal de mer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°152.

 

Je suis le fleuve : T. E. Grau

Titre : Je suis le fleuve

Auteur : T. E. Grau
Édition : Sonatine (09/01/2020)
Édition Originale : I Am the river (2018)
Traducteur : Nicolas Richard

Résumé :
Subir. Survivre.

Depuis la fin de la guerre du Vietnam, Israël Broussard survit tant bien que mal à Bangkok. Cinq ans plus tôt, il a participé à la mystérieuse opération Algernon, au cœur de la jungle laotienne.

Ce qui s’est passé là-bas ? Il ne s’en souvient plus, il ne veut plus s’en souvenir.

Et pourtant, l’heure est venue de s’expliquer…

L’intensité et la crudité dérangeante de sa prose font de Je suis le fleuve une expérience de lecture à nulle autre pareille.

Ce voyage halluciné et sans retour à travers les méandres d’une psyché dévastée évoque irrésistiblement Apocalypse Now.

Critique :
♫ One night in Bangkok makes a hard man humble ♪ Not much between despair and ecstasy ♪

One night in Bangkok and the tough guys tumble ♫ Can’t be too careful with your company ♪ I can feel the devil walking next to me ♫

I can feel the devil walking next to me… Je peux sentir le démon marcher près de moi…

Voilà une phrase qui sied bien au personnage halluciné, traumatisé et azimuté qu’est l’ex-soldat Israël Broussard.

Mon problème avec ce roman a commencé dès l’entrée en scène de cet étrange personnage et j’ai eu un peu de mal à me concentrer sur ma lecture tant son comportement était bizarre, oscillant entre rêves éveillés (ou pas), cauchemars, visions, folie, démence… Ne biffez aucune mention, elles sont toutes utiles.

Vu sa psyché dévastée, il aurait eu sa place dans le film Apocalypse Now, sans aucun doute, mais il n’arrive tout de même pas à la cheville du colonel Kurtz… Ou alors, je dois revoir mes classiques de toute urgence (faut une prescription ?) !

Ce que Israël Broussard a vu de la guerre du Vietnamn ce n’était pas La croisière s’amuse (Love Boat), loin de là.

Pourtant, l’auteur nous donnera peu de détails sur l’horreur que fut cette guerre. Il en brosse les grandes lignes, les grandes monstruosités et Monsanto nous fait même un petit coucou avec ses produits défoliants toute concurrence.

En fait, on dirait que toutes les monstruosités, tous les actes barbares sont concentrés dans le personnage de Broussard. Non pas parce qu’il les a commis (même si on se doute que son traumatisme vient d’un acte violent) mais parce qu’il les a subies en participant à ce conflit.

À lui tout seul, il regroupe une bonne partie des syndromes post-traumatiques dont souffrent les soldats après une guerre.

On ne lit pas se livre tranquillement, il n’est pas un long fleuve tranquille, dedans on y côtoiera même un chien noir qui semble tout droit sorti des Enfers et qui poursuit Broussard sans relâche, malgré ses shoot à diverses substances.

Bizarrement, Molosse Noir poursuit Broussard depuis une mystérieuse opération au Laos qui n’est renseignée nulle part. La Grande Muette n’aurait-elle pas validé cette opération ?

Comment passe-t-on d’un homme traduit en cour martiale pour avoir refusé de tirer sur l’ennemi à un homme traumatisé par une opération clandestine dans un pays neutre ? Demandez à la taupe Chapel…

Une fois de plus, l’Amérique ne sort pas grandie de ces pages… Une fois de plus, le Super Gendarme du Monde en prend plein sa gueule pour pas un rond, l’auteur frappe sous la ceinture et je n’irai pas lui demander d’arrêter. Qu’il frappe seulement, tant que c’est avec des mots… Et ses mots poignardent.

Dommage que j’ai un peu galéré au départ parce que cela m’a fait perdre une partie du plaisir de lecture. Malgré tout, je n’ai pas tout perdu puisque le pays qui se fout de tout le monde s’est fait tacler sévèrement.

Heureusement qu’après mon patinage de départ j’ai persévéré car il s’est révélé au final un très bon livre dont le personnage le plus ressemblant au colonel Kurtz niveau folie n’était pas Broussard mais Chapel, la taupe, et son plan plus qu’halluciné !

Avec des personnages profonds, illustrant la diversité de l’Amérique à eux tous seuls (avec leur haine raciale, leurs préjugés et leurs différences culturelles), ce roman de guerre est spécial car il vous plonge directement dans la tête d’un ancien soldat qui se terre dans un trou pour échapper à ses cauchemars réincarnés en chien énorme.

En s’accrochant un petit peu et en dépassant ce côté bordélique du départ, on entre peu à peu dans un roman sur la guerre du Vietnam différent des autres, où la jungle et la ville de Bangkok prennent vie…

Un roman où les pires cauchemars vous poursuivent, sans qu’il y ait intervention de l’élément fantastique, simplement parce que la guerre a fait de vous un traumatisé, un pauvre hère hanté par ce qu’il a commis, parce qu’un ou plusieurs gouvernements, un jour, on décidé de se faire la guerre et de vous y envoyer la faire à leur place.

La guerre n’est rien d’autre que la continuation de la politique par d’autres moyens (Carl von Clausewitz).

Lorsqu’un gouvernement se prépare à la guerre, il décrit ses adversaires comme des monstres (Carl Sagan).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°151.

Jennifer Dorey – Tome 1 – La griffe du diable : Lara Dearman [LC avec Bianca]

Titre : Jennifer Dorey – Tome 1 – La griffe du diable

Auteur : Lara Dearman
Édition : Robert Laffont La bête noire (16/11/2017) / Pocket (15/11/2018)
Édition Originale : The Devil’s Claw (2017)
Traducteur : Dominique Haas

Résumé :
Poursuivie par ses démons, Jennifer Dorey a quitté Londres pour retourner dans sa maison d’enfance avec sa mère, à Guernesey, ou elle est devenue reporter au journal local. Elle pensait pouvoir souffler un peu. Elle avait tort.

Quand le cadavre d’une jeune femme s’échoue sur une plage, la journaliste mène sa propre enquête et exhume plusieurs morts similaires qui s’étendent sur une cinquantaine d’années.

Plus troublant encore, toutes les victimes avaient sur le bras des marques semblables à un symbole gravé sur un rocher de l’île : les « griffes du diable », dont la légende veut qu’elles aient été laissées par Satan lui-même…

Critique :
Non, le diable ne m’a pas pris dans ses griffes… Ma peau est toujours douce et délicate, une vraie peau de bébé, sans traces de griffes du démon…

Pourtant, vu le résumé, c’était prometteur… ♫ caramels, bonbons et chocolats ♪

Une fois de plus, le résumé est trop bavard et en quelques lignes nous fait une synthèse des 7 dixième de l’histoire.

Si j’avais su…

Le départ m’a fait penser à un roman de Mary Higgins Clark, à l’époque lointaine où je les lisais et où ils me plaisaient. C’était dans les années 90 (80-10 pour l’Hexagone).

Nous avons une journaliste en proie à des peurs, qui revient chez ses parents, qui y reste, qui enquête sur des suicides qui pour elle n’en sont peut-être pas et un vieux policier qui n’a pas pris sa retraite (pourtant, il est d’avant la fameuse année pivot), qui a été blessé par la vie, qui a bu et qui a rencontré Dieu (non, pas dans le fond de la bouteille mais à l’église).

— L’Église m’a sauvé de bien des choses. Mais on ne peut apprécier la foi que si on connaît le doute, Jennifer. De temps en temps, je doute. Et quand je doute, je bois.

Personnages plats, insipides, de ceux qu’on oubliera vite, qui ne nous marqueront pas et avec lesquels on n’aura pas envie d’aller boire un coup la fois suivante.

Depuis longtemps, j’ai dépassé ce stade (des MHC) et il me faut autre chose pour me donner l’adrénaline. Il me faut de la profondeur ou du moins, du rythme. Là, j’avançais à un train de sénateur qui se traîne, qui se traîne… C’était plat, endormant même.

Les seules notes positives furent les descriptions de l’île de Guernesey, de ses habitants qui se « connaissent » tous, de l’impossibilité de cacher quelque chose et la parenthèse politique sur les travailleurs étrangers que les îliens ne voulaient pas voir chez eux. Oui, partout c’est le même discours du « nous chez nous ».

Parce que c’était le problème à Guernesey : votre passé vous suivait, vous rentrait dedans, vous disait bonjour dans la rue. Impossible d’y échapper. De se cacher. Une seule solution : sourire comme si tout allait bien.

Anybref, si cette lecture n’avait pas été une LC avec ma copinaute habituelle (Bianca, pour ceux ou celles qui ne suivent pas dans le fond de la classe), j’aurais zappé des pages pour aller direct à la solution.

Mais là, je me suis appliquée comme une brave petite fille et ma récompense fut la seconde partie du roman qui bouge un peu plus et le final qui est speedé. Là je me suis réveillée !

Dommage parce que ce roman possède quelques belles analyses, quelques flèches piquantes envoyées sous la ceinture de la société ou de l’Angleterre et le final était rythmé, avec du suspense, de l’action.

Par contre, la résolution avait beau être étonnante, elle a été amenée trop rapidement sur la table et est tombée comme un cheveu dans la soupe car nous n’avions que peu d’éléments pour trouver le coupable par nous-même.

Même si je suis restée comme deux ronds de flan devant son identité, ça ne m’a pas troué le cul. N’est pas Agatha Christie qui veut…

Une LC avec Bianca en super demi-teinte et un roman qui ne restera pas dans nos annales, ni dans nos mémoires. Dommage.

Il a dit que ce qui comptait, c’était le ressenti des gens, pas de savoir s’ils avaient raison ou non.

Se répandaient en remerciements. À l’égard d’un homme décédé et de feu son gouvernement qui, vingt-neuf ans plus tôt, avait décidé de libérer les îles qu’il avait laissées se faire occuper par je-m’en-foutisme. Personne ne semblait se rappeler ce détail. Du fait que Churchill les avait d’abord abandonnés, sans défense. Qu’il n’avait pas estimé utile de se battre pour eux. Qu’il était resté les bras croisés, à siroter son whisky et fumer ses cigares, laissant les Allemands s’emparer de ces « chères îles anglo-normandes ». Si chères qu’elles avaient été les seules terres britanniques à supporter, pendant des années, le bruit des bottes, les seules à voir leurs terres pillées, leurs femmes profanées. L’occupation n’était pas la faute des nazis. La Grande-Bretagne méritait bien de perdre ses îles. Ces joyaux de la Couronne britannique n’attendaient que d’être volés.

Apparemment, l’alcool affectait les gens de différentes façons. On disait que certains avaient le vin gai, d’autres le vin triste, ou mauvais. Il n’y croyait pas. La méchanceté et la violence étaient là depuis toujours, tapies sous la surface. L’alcool libérait la vérité. Lui-même n’y touchait jamais.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°150.

Département V – Tome 08 – Victime 2117 : Jussi Adler-Olsen

Titre : Département V – Tome 08 – Victime 2117

Auteur : Jussi Adler-Olsen
Édition : Albin Michel (02/01/2020)
Édition Originale : Offer 2117 (2019)
Traducteur : Caroline Berg

Résumé :
Le journal en parle comme de la « victime 2117 » : une réfugiée qui, comme les deux mille cent seize autres qui l’ont précédée cette année, a péri en Méditerranée dans sa tentative désespérée de rejoindre l’Europe.

Mais pour Assad, qui œuvre dans l’ombre du Département V de Copenhague depuis dix ans, cette mort est loin d’être anonyme. Elle le relie à son passé et fait resurgir de douloureux souvenirs.

Il est temps pour lui d’en finir avec les secrets et de révéler à Carl Mørck et à son équipe d’où il vient et qui il est. Au risque d’entraîner le Département V dans l’œil du cyclone.

Qui est Assad ? Victime 2117 est la réponse. Cette enquête est son histoire.

Critique :
Enfin, nous allions tout savoir sur la passé de Assad, le personnage le plus pittoresque et le plus énigmatique de la littérature policière nordique (et de la littérature policière tout court).

Alors oui, je voulais savoir et au plus vite ! Mais j’avais aussi la trouille…

Est-ce qu’après nous avoir appris son histoire, notre Assad nous sortirait encore des proverbes avec des chameaux ???

Le mystère est enfin levé et je n’ai été surprise qu’à moitié.

Malgré tout, j’ai souffert avec Assad pendant qu’il nous racontait sa vie, avec pudeur, avec émotions et en sensibilité. Bouleversant. Oublions les Bisounours, vous voulez bien.

J’apprécie les policiers qui sont réalistes mais aussi qui prennent leur ancrage dans l’Histoire glauque d’un pays ou d’un fait de société contemporain. Les migrants en sont un. Le terrorisme aussi, hélas.

L’auteur a pris soin d’en parler sans faire gîter la barque plus à bâbord qu’à tribord et, sans trop s’épancher sur le problème, a réussi à faire passer son message. Pas de morale à deux balles, pas d’épanchements inutiles, pas de blablas pour ne rien dire, avec Adler-Olsen, c’est clair, net, concis. Emballé c’est pesé.

Le Département V, pour moi, c’est une équipe que j’apprécie, que je retrouve toujours avec bonheur, dont j’aime les différents membres et retrouver Rose fut une douleur (elle avait tout de même trinqué dans le tome précédent) tout en étant un plaisir puisqu’une éclosion est toujours possible, avec elle.

Alternant plusieurs affaires qui vont s’entremêler tout en étant différentes, l’auteur jongle avec ses personnages, qu’il a toujours pris soin d’étoffer et de faire évoluer, les différents pays et les différentes enquêtes, le tout avec un art consommé car la chronologie n’en souffre pas, le rythme du récit non plus.

Une fois qu’on a ouvert le roman, on a du mal à le lâcher, on se dit « encore un chapitre » car on veut tout savoir sur notre Assad, on voudrait aussi savoir comment les policiers vont arriver à résoudre son affaire, qui a des ramifications internationales.

Une fois de plus, Jussi Adler-Olsen ne se contente pas de nous écrire une simple enquête policière mais il va plus loin. Il fait partie de ces auteurs pour qui la littérature policière n’est pas qu’un simple whodunit et qui insère dans leurs enquêtes des faits de sociétés ou de l’Histoire, donnant à ses romans une autre dimension, une saveur particulière, un goût de reviens-y (et de réalisme, toujours).

Oui, la littérature nordique a encore de beaux jours devant elle car elle possède de grands auteurs qui ne se contentent pas de dormir sur leurs lauriers mais qui, à chaque fois, relancent la machine du succès en proposant des personnages bien travaillés, profonds, attachants, des scénarios qui tiennent le route tout en explorant les travers des sociétés contemporaines avec humour mâtiné de cynisme.

Un grand cru de plus pour l’auteur et je vais me jeter sur le suivant, dès qu’il sera paru (2021, sans doute, sinon, 2022). Faudra que l’auteur se sorte les fesses de ses mains (les lecteurs comprendront) pour rester à la hauteur de ce qu’il nous a toujours servi.

Heureusement que le chameau est patient devant la fontaine qui se remplit doucement…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XXX.

Art Keller – Tome 02 – Cartel : Don Winslow

Titre : Art Keller – Tome 02 – Cartel

Auteur : Don Winslow
Édition : Seuil (08/09/2016) / Points (04/01/2018)
Édition Originale : The Cartel (2015)
Traducteur : Jean Esch

Résumé :
Dix ans après La Griffe du chien, Don Winslow revient avec un livre encore plus fort sur la montée en puissance des narco-empires.

2004. Adan Barrera, incarnation romanesque d’El Chapo, ronge son frein dans une prison fédérale de Californie, tandis qu’Art Keller, l’ex-agent de la DEA qui a causé sa chute, veille sur les abeilles dans un monastère.

Quand Barrera s’échappe, reprend les affaires en main et met la tête de Keller à prix, la CIA et les Mexicains sortent l’Américain de sa retraite : lui seul connaît intimement le fugitif.

La guerre de la drogue reprend de plus belle entre les différentes organisations, brillamment orchestrée par Barrera qui tire toutes les ficelles : la police, l’armée et jusqu’aux plus hauts fonctionnaires mexicains sont à sa solde.

Alors que la lutte pour le contrôle de tous les cartels fait rage, avec une violence inouïe, Art Keller s’emploie à abattre son ennemi de toujours.

Jusqu’où ira cette vendetta ?

Critique :
Je sens que le syndicat d’initiative du Mexique ne va pas afficher ce roman dans sa vitrine car il a dû faire fuir les touristes qui voulaient visiter les régions du Sonora, du Sinaloa, les villes de Ciudad Juarez, de Nuevo Laredo…

Maintenant, si vous êtes un narcotrafiquant… Libre à vous d’aller vous promener dans les rues, tant que le loup n’y est pas… Si les loups Barrera ou Ochoa y étaient, ils vous mangeraient ♫

Voilà un roman qui vous scotche les mains au papier, qui vous les rend moite, qui vous fait déglutir difficilement, vous tord les tripes et vous donne parfois envie de rendre le repas.

Réaliste, terriblement réaliste, horriblement réaliste. J’ai arrêté de compter les morts, comme les gens des villes qui, devant toute cette débauche de cadavres, les enjambaient sans y faire attention.

C’est incroyable, se dit-il, cette capacité qu’à l’être humain, ce besoin peut-être, d’instaurer un sentiment de normalité dans les conditions les plus anormales. Des gens vivent dans une zone de guerre, dans un état de menace permanente, et pourtant, ils continuent à faire les petits gestes quotidiens qui constituent une vie normale.

Ça jette un froid, la banalisation de la mort telle que celle décrite dans le roman. Apparemment, on s’habitue à tout, même aux assassinats de masse et aux corps jonchant les rues. Tant que ce n’est pas le sien ou un proche, on banalise et on avance, le dos courbé pour ne pas se faire avoir aussi.

Il contemple les corps dépiautés – manière choisie par Adán Barrera pour annoncer son retour à Nuevo Laredo – en songeant qu’il devrait être plus affecté. Des années plus tôt, son coeur s’était brisé devant le spectacle de dix-neuf corps, et aujourd’hui, il ne ressent rien. Des années plus tôt, il pensait ne jamais voir un spectacle plus atroce que le massacre à la mitrailleuse de dix-neuf hommes, femmes et enfants. Eh bien, il avait tort.

879 pages de noirceur sans nom, ça pourrait paraître indigeste mais ça ne l’est jamais, même si, pour votre santé mentale et votre petit cœur, des pauses lectures des « Aventures de Oui-Oui » sont recommandées…

On peut vraiment résumer ce roman noir par « Le guerre et paix au pays des cartels », car comme toutes les guerres, ça commence par des territoires que l’on veut garder, agrandir, conquérir et par des jeux d’alliances subtils car il s’agit de ne pas jouer le mauvais cartel… Votre vie en dépend.

N’oubliez jamais que les amis du matin peuvent ne plus l’être à midi, que votre cousin peut vous la mettre profond (la dague dans le dos), que votre femme/maîtresse peut aussi vous donner à l’ennemi.

À se demander d’ailleurs pourquoi tout le monde veut faire narcotrafiquant car on n’y fait jamais de vieux os et on a beau être plus riche que Crésus, on vit comme un réfugié, changeant de planque régulièrement, se méfiant de tout le monde, regardant toujours derrière son épaule.

Une fois de plus, avec Winslow, les personnages ne sont ni tout à fait blanc, ni tout à fait noir, ni même tout à fait gris…

Barrera, le patrón, semble correct, niveau narco : il ne tue pas les femmes, ne les viole pas, fait son trafic de drogue sans toucher aux civils. Sympa, le mec, non ? Oui, mais, dans « La griffe du chien« , il a balancé deux gosses du haut d’un pont après avoir tué leur mère. Et pas que ça…

Le chef des Zetas n’a pas de principes, c’est un salopard de la pire espèce mais il n’est pas le seul coupable, d’autres le sont aussi, dont les États-Unis… Eux non plus ne sortent pas grandis de ce roman, ils ont été rhabillé pour tous les hivers.

Quant au Mexique, ses habitants de lamentent qu’il ne soit plus connu que pour les cartels de la drogue et les massacres que pour ses monuments, ses places, son Histoire et que les « célébrités » ne soient plus les écrivains, les acteurs, les producteurs maisles narcos et des tueurs psychopathes dont l’unique contribution à la culture sont des narcocorridas chantées par des flagorneurs sans talents.

Lorsque l’on mange à la table du diable, il faut une grande cuillère et si Art Keller veut arriver à ses fins, la fin justifiera les moyens et il ira s’asseoir à la table car il n’a rien d’un Monsieur Propre, lui aussi a un portrait nuancé, mais réaliste, comme tous les autres.

Quand la secrétaire annonce à Tim Taylor qu’un certain Art Keller souhaite le voir, la nouvelle provoque l’enthousiasme réservé généralement à une coloscopie.

D’ailleurs, on ne peut s’empêcher d’apprécier Keller, même s’il se salit les mains d’une manière qu’il ne voulait sans doute pas. Parfois, pour obtenir une chose, il faut fermer les yeux sur d’autres choses, peu reluisantes. La fin justifie les moyens.

De la corruption, de la corruption, et encore ce la corruption… C’est ce qui fait tourner le monde, tout le monde ayant un prix et même si vous en voulez pas tremper dans la corruption, quelques menaces et tout de suite, le ton change. Vous acceptez ou vous mourez. Ou un de vos proches mourra.

Audiard le disait déjà : Dans les situations critiques, quand on parle avec un calibre bien en pogne, personne ne conteste plus. Y’a des statistiques là-dessus.

J’ai eu mal pour ce pauvre journaliste Pablo Mora, victime d’un dilemme insoluble, j’ai eu mal pour toutes ces petites gens, pris entre deux feux, sans avoir eu le choix, et qui se font assassiner pour leur appartenance à un cartel ou l’autre, même s’ils n’avaient pas choisi mais avaient subi.

Un roman noir qui ressemble à une enquête grandeur nature sur le monde des cartels, sur leur manière d’agir, de faire, de corrompre tout le monde. Un roman violent, très violent où les morts sont plus nombreux que dans GOT.

Un roman sur tout ces sans-noms qui sont morts dans l’indifférence de tous car ils étaient Mexicains. Un roman qui fait mal au bide, qui donne des sueurs froides, qui vous donne envie de remercier le ciel ou qui que soit de vous avoir faire naître en Belgique ou en France et pas dans une région infestée par les cartels.

Un roman noir qui coupe le souffle, un roman noir sur la vengeance, sur la conquête d’un trône fait de poudre blanche ou de cristaux bleus, sur les coups bas, les assassinats, les découpages d’êtres humains, le muselage de la presse et autres joyeusetés.

Don Winslow était attendu au tournant pour ce deuxième tome et il m’a semblé encore plus brillant que le premier. Son ton est toujours cynique, sans emphase, piquant et sans illusions aucune.

Toutes ces vérités assénées à coup de matraque, de flingue, tout ce que l’on nous cache, tout ce dont on ne nous parle pas aux J.T, tout se dont on se fout puisque nous ne nous sentons pas concerné. Toutes nos croyances sur la drogue et le monde qui l’entoure, sur la guerre contre les cartels qui n’en est pas une et toutes ces armes qu’on leur a fourni en pensant les combattre.

Vous êtes coupables de meurtres, vous êtes coupables de tortures, vous êtes coupables de viols, d’enlèvements, d’esclavagisme et d’oppression, mais surtout, j’affirme que vous êtes coupables d’indifférence. Vous ne voyez pas les gens que vous écrasez sous votre talon. Vous ne voyez pas leur souffrance, vous n’entendez pas leurs cris, ils sont sans voix et invisibles à vos yeux, ce sont les victimes de cette guerre que vous perpétuez pour demeurer au-dessus d’eux. Ce n’est pas une guerre contre la drogue. C’est une guerre contre les pauvres.

Vous qui entrez dans ce roman, abandonnez toutes illusions. Mais bon sang, quel pied littéraire, quel rail de coke !

Certains lieux sont habités par l’horreur, elle s’infiltre dans les murs, elle envahit l’atmosphère, et son odeur vous suit après votre départ, comme si elle voulait entrer par les pores de votre peau, jusque dans votre sang, votre cœur.
Le mal à l’état pur.
Le mal au-delà de tout espoir de rédemption.

Pour ma première lecture de 2020, j’ai choisi un pavé qui a été lourd à porter, tant il est obscur, sans lumière, sans possibilité de happy end.

Un coup de poing dans ma gueule, dans mon ventre, une lecture dérangeante, mais addictive et éclairante. Là, on a déjà mis la barre très haute et il se retrouvera dans mes livres qui comptent pour l’année 2020.

Le Mexique est devenu un gigantesque abattoir. Et tout ça pour quoi ? Pour que les Nord-Américains puissent se défoncer.
De l’autre côté du pont se trouve le marché gigantesque, l’insatiable machine à consommer qui fait naître la violence ici. Les Américains fument l’herbe, sniffent la coke, s’injectent l’héroïne, s’enfilent de la meth, et ensuite ils ont le culot de pointer le doigt vers le sud, avec mépris, en parlant du « problème de la drogue et de la corruption au Mexique ».
Mais la drogue n’est plus le problème du Mexique, se dit Pablo, c’est devenu le problème de l’Amérique du Nord.
Quant à la corruption, qui est le plus corrompu ? Le vendeur ou l’acheteur ? Et quel degré de corruption doit atteindre une société pour que sa population éprouve le besoin de se défoncer afin d’échapper à la réalité, au sang versé, et aux souffrances endurées par ses voisins ?

Enlevez la foi à un fidèle, la croyance à un croyant, qu’obtenez-vous ? Le plus acharné des ennemis.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°141.

Benzos : Noël Boudou

Titre : Benzos

Auteur : Noël Boudou
Édition : Taurnada (14/11/2019)

Résumé :
Vous est-il déjà arrivé de vous réveiller avec cette sensation de déjà-vu ?

Sauriez-vous faire la différence entre le vrai et le faux ?

Avez-vous une confiance absolue en vos proches ?

Nick semble mener une vie tranquille, entouré de sa femme et de ses voisins. Pourtant, le jour où des amis de longue date arrivent, son existence tout entière va basculer dans l’étrange et l’impensable.

Réalité ? Psychose ? Quelle preuve avez-vous finalement de votre réalité ?

Critique :
Non, Benzos n’est pas le nom d’une nouvelle céréales pour le petit déjeuner, ni celui d’une boisson chocolatée et énergique. Ce n’est pas non plus le nom du boss d’Amazon mal orthographié…

Benzos, c’est l’abréviation des benzodiazépines (au scrabble, si tu le places, tu gagne !) et si n’en prend pas, tu ne peux pas savoir que ce sont des anxiolytiques, utilisés dans le traitement médical de l’anxiété, de l’insomnie et autres.

Ne souffrant d’aucun de ces troubles, je ne peux pas comprendre que certains qui en souffrent bouffent des benzodiazépines comme d’autres des ©Dragibus.

Et Nick Power, le personnage principal de ce roman les avale à la chaîne, sans oublier de les faire descendre avec de la bière, de l’alcool ou un p’tit joint. On se dit qu’à se rythme là, soit il va clamser soit il va finir défoncé grave sa race (il l’est déjà) et commencer à avoir des hallucinations.

Ben tiens, ça commence… Le couple d’amis qui est arrivé hier soir, avec qui il a mangé du rôti et qui ont disparu au matin, le rôti se trouvant toujours dans le frigo, cru… Et le couple d’amis qui revient au soir, comme si c’était leur premier jour, comme s’ils n’étaient jamais venu hier…

Moi aussi j’ai failli tourner en bourrique comme Nick ! Était-il fou ? Nous faisait-il un délire grandeur nature ?

Je n’ai plus lâché le roman tellement je voulais savoir de quoi il retournait, même si à un moment donné j’ai trouvé la couille de canard dans le pâté de foie gras d’oie (ou le contraire). J’avais bien déduis, malgré tout, il me reste quelques questions sans réponses que j’ai posées à l’auteur via un MP.

Note pour plus tard : lui demander aussi pourquoi tous les rêves de Nick sont bourrés de sexe, de pipe, de sperme et de sang… À la fin, cela devenait redondant, toutes ces scènes de cul oniriques et réelles (oui, c’est moi qui dit ça !).

Si j’ai ressenti peu d’empathie pour Nick qui se gave de cachetons à longueur de journée, j’en ai eu pour tous ces gens qui souffrent de troubles du sommeil (et autres) et à qui ont ne sait prescrire que des médocs au lieu de creuser plus loin pour trouver l’origine du problème, comme on ferait pour une dent qui fait mal, un dos, un genou…

La médecine et certains médecins ont dû ressentir le pied qui arrivait droit dans leurs parties car l’auteur frappe sous la ceinture, avec peu de mots, peu de phrases, mais tout est dit. Tiens, bouffe-le dans ta gueule (c’est plus poétique en wallon, cette expression).

Certains médecins sont très généreux avec les prescriptions d’anti-dépresseurs (j’ai vu un reportage édifiant à la télé Belge) et ça ne fait jamais que la fortune des labos pharmaceutiques puisque les gens deviennent accros sans que ça résolve leurs problèmes. Bon, eux ils pensent que ça les a résolus, mais mon cul…

Non, Nick n’est pas un personnage que j’ai aimé, mais j’ai flippé avec lui devant toutes ces journées qui avaient l’air de recommencer indéfiniment et ce couple d’ami qui n’en finissaient pas de revenir pour la première fois, encore et encore.

Plusieurs fois j’ai eu envie de plonger la tête de Nick dans de l’eau froide pour le réveiller, pour le faire stopper ses prises de médicaments, pour lui donner l’électrochoc nécessaire et qu’il comprenne qu’il foutait sa santé et sa vie en l’air avec ça.

Un petit thriller psychologique qui fait monter la tension assez rapidement, qui entretient le suspense tel un feu de camp où l’on remuerait les braises pour attiser le feu de la curiosité avant d’y verser un accélérateur pour booster le suspense encore plus fort.

Un roman court, juste ce qu’il faut pour faire passer un après-midi avec le palpitant qui palpite et le cerveau qui crépite pour tenter de démêler le faux du vrai… Bien que tout pourrait être vrai ou tout pourrait être faux… Ça, je ne vous le dirai que contre un virement sur mon compte off-shore ! Mhouhahahaha.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°137.

Benzos était ma 365ème lecture de 2019. Ma dernière de l’année aussi. Le 31, je n’ai pas lu, j’avais trop à faire.

On dirait que quelqu’un nous a battus

De bonnes raisons de mourir : Morgan Audic

Titre : De bonnes raisons de mourir

Auteur : Morgan Audic
Édition : Albin Michel (02/05/2019)

Résumé :
Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment. Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante. Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée.

Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé…

Morgan Audic signe un thriller époustouflant dans une Ukraine disloquée où se mêlent conflits armés, effondrement économique et revendications écologiques.

Critique :
J’aurais peut-être dû relire le résumé avant de commencer le roman, moi… Nous sommes à Pripiat…

Pripiat ? Ce nom éveille un écho en moi…

Tout à coup, les sirènes d’alerte retentissent dans mon crâne : je suis dans la ville fantôme, à quelques kilomètres de la centrale nucléaire de Tchernobyl et je n’ai pas de compteur Geiger avec moi, ni aucune protection.

Irradiée j’ai été.

Ce thriller m’a irradié, en effet. Un thriller qui mélange allègrement le roman policier, le roman d’action, d’espionnage, de roman noir, d’écologie, de guerre civile, de conflits entre peuple frères et de folie Humaine.

La recette est excellente, imparable, on dévore le roman même si, parfois, devant certains comportements, on a envie de vomir.

M’emmener en Russie dans un roman, c’est déjà me conquérir une fois, mais me faire passer la frontière Ukrainienne pour me déposer en zone d’exclusion, me parler un peu de politique, de conditions sociales, de l’ex-URSS et de l’accident d’avril 1986, c’est m’offrir des pralines délicates sur un plateau en or massif. Je me suis régalée.

Ne me demandez pas ce que je faisais le 26 avril, nuit de la catastrophe, je n’en ai plus aucun souvenir ! Trop jeune pour m’en souvenir et sans doute plus intéressée par les dessins animés que l’actualité, même brûlante.

L’auteur a mis les petits plats dans les grands, a soigné ses personnages, a soigné sa mise en scène, a soigné les décors à tel point que j’avais l’impression d’être à Pripiat, ce qui m’a fait flipper grave quand même.

D’ailleurs, j’ose le dire, durant toute ma lecture, j’ai flippé, mes tripes se sont serrées, j’ai eu mal au coeur, même si j’ai pris mon pied littéraire. Hélas, tout n’est pas que fiction et penser à quoi nous avons échappé alors que d’autres n’avaient pas d’échappatoires ou n’ont même pas survécu, ça fait froid dans le dos.

La plume est caustique, amère, le constat est sans fard, non maquillé et tout en suivant les enquêtes d’Alexandre Rybalko et de Melnyk, l’auteur nous dresse un portrait au vitriol de la Russie et de l’ex-URSS. Pas en mettant en cause le pays ou ses habitants (bien que certains…), mais ses différents dirigeants qui se sont succédé et qui ont foutu la vérole à tous les niveaux.

Anybref, la plume de l’auteur sait très bien vous expliquer les petits travers de l’Homme, les corruptions, les magouilles, les secrets bien gardés, les bassesses et tout ça tourne toujours autour du pouvoir et surtout de l’argent.

Glaçant… Oui, le roman est glaçant, tout en étant magnifique. Rien ne nous est épargné et l’auteur à l’art et la manière de nous faire comprendre la noirceur humaine, même si on la connait déjà.

Un thriller roman noir dur, froid, âpre, intelligent et des plus instructifs. Le dosage entre la politique, la psychologie, l’écologie, l’enquête, la corruption, le passé et le présent est savamment dosé et aucun ingrédients ne prend le dessus sur les autres.

En fait, c’est plus qu’un simple thriller, plus qu’un simple polar, plus qu’un simple roman noir, plus qu’un roman historique. C’est tout ça à la fois et c’est bien plus encore.

Sortez vos compteurs Geiger et aventurez-vous dans la zone d’exclusion en retenant votre souffle afin de ne pas soulever trop de poussières radioactives…

Avec amertume, il se dit que le monde se souvenait de dictateurs, de joueurs de foot brésiliens et d’artistes peignant des carrés blancs sur fond blanc, mais que personne ne pouvait donner le nom d’un seul de ces hommes qui avaient sauvé l’Europe d’un cataclysme nucléaire sans précédent. Qui connaissait Alexeï Ananenko, Valeri Bespalov et Boris Baranov ? Qui savaient qu’ils s’étaient portés volontaires pour plonger dans le bassin inondé sous le réacteur 4, pour activer ses pompes et le vider de son eau avant que le cœur en fusion ne l’atteigne ? Qui savait que si le magna d’uranium et de graphite s’était déversé dans le bassin, il se serait produit une explosion de plusieurs mégatonnes qui auraient rendu inhabitable une bonne partie de l’Europe ? Qui le savait ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°133.

Inspectrice Sarah Geringën – Tome 2 – Complot : Nicolas Beuglet

Titre : Inspectrice Sarah Geringën – Tome 2 – Complot

Auteur : Nicolas Beuglet
Édition : XO Thriller (16/05/2018) / Pocket Thriller (13/06/2019)

Résumé :
Un archipel isolé au nord de la Norvège, battu par les vents. Et, au bord de la falaise, le corps nu et martyrisé d’une femme. Les blessures qui déchirent sa chair semblent être autant de symboles mystérieux.

Quand l’inspectrice Sarah Geringën, escortée par les forces spéciales, apprend l’identité de la victime, c’est le choc. Le cadavre est celui de la Première ministre.

Qui en voulait à la chef de gouvernement ? Que cachait-elle sur cette île, dans un sanctuaire en béton enfoui au pied du phare ? Sarah, très vite, le pressent : la scène du crime signe le début d’une terrifiante série meurtrière.

Dans son enquête, curieusement, quelqu’un semble toujours la devancer. Comme si cette ombre pouvait lire dans ses pensées…

De la Norvège à la vieille cité de Byblos, et jusqu’au cœur même du Vatican, c’est l’odeur d’un complot implacable qui accompagne chacun de ses pas. Et dans cette lutte à mort, Sarah va devoir faire face à ses peurs les plus profondes. à ses vérités les plus enfouies…

Étayé par les dernières découvertes de la science et de l’histoire, Complot explore les secrets premiers de l’humanité.

Critique :
Un crime horrible sur une île peuplée d’oiseaux, dans un archipel isolé de la Norvège et ce n’est pas Madame-Tout-Le-Monde qui gît là…

Ce n’est ni un meurtre banal… Là, un truc pareil, c’était du jamais vu !

L’auteur a cette manière bien à lui d’happer son lecteur dès la première ligne et de ne plus lui lâcher la main jusqu’à la fin, quand il le dépose sur le rivage, le souffle coupé.

Non seulement il nous dépose sur une scène de crime des moins banales mais en plus, il nous fait passer du froid au chaud en peu de temps, nous invitant à le suivre, au plutôt, à suivre ses personnages, sur la piste du complot et des secrets enfouis.

Rassurez-vous, il ne le fait pas à la manière d’un Da Vinci Code, même si dans ce dernier, tout n’était pas à jeter et que Dan Brown avait eu le mérite de me faire réfléchir.

Et bien, Nicolas Beuglet a poussé le vice encore plus loin et a fait fumer mes méninges tout en me procurant un plaisir monstre à lire les révélations divulguées dans son roman.

Réalistes, les révélations, en plus. Qui donnent à réfléchir et à pousser la réflexion encore plus loin que l’auteur l’a poussée (et il a poussé loin, déjà).

Heureusement que la religion catholique, comme le dit un de ses personnages, est complaisante envers la critique et la caricature, sinon, il y aurait déjà des menaces de mort sur sa personne, vu ce qu’il avance à un moment donné. Toujours en étant réaliste avec les données que l’on possède, l’auteur extrapole mais il le fait avec brio.

À ce titre, je voulais remercier l’Église catholique, et plus généralement le christianisme contemporain, qui, malgré tous les reproches que l’on peut lui faire, est une des rares institutions à subir la critique ou la parodie avec tolérance.

Que l’on soit d’accord ou pas d’accord avec lui, cela a le mérite d’être posé et d’y apporter des réponses (ou pas, car on ne sait pas tout) ou du moins, une discussion entre gens civilisés.

Mon seul bémol sera pour l’inspectrice Sarah Geringën que j’ai trouvée froide, distante et avec qui j’ai eu du mal à entrer en phase. Je la trouve aussi trop Wonder Woman, même si, contrairement au personnage du professeur Langdon (Da Vinci Code), elle a les références pour exécuter toutes ces cascades ou combats puisqu’elle est une ancienne militaire.

Mais je pinaille…

Un thriller qui ne se contente pas de faire courir ses personnages et ses lecteurs dans tous les sens, qui ne se contente pas de nous donner des émotions fortes avec des sauts dans le vide ou de l’adrénaline, mais qui nous donne à réfléchir, qui pose des questions, qui apporte des réponses (on sent la recherche de l’auteur) et qui jette un rocher énorme dans la mare aux canards.

Rien que pour cela il restera dans ma mémoire jusqu’à ce que Aloïs Alzheimer passe pour faire le ménage par le vide.

Quand on ne peut pas battre une idée, on la récupère et on la modifie pour qu’elle soit conforme à la nouvelle idéologie.

[…] elle se demandait dans quelle mesure un ordre opprimé pouvait rétablir la justice sans violence. Puisque, par définition, le groupe qui domine exerce une violence sur le dominé, comment ce dernier peut-il se libérer sans affrontement ?

Sarah détestait avoir affaire à des politiciens hauts placés. Non pas qu’elle soit intimidée ou méfiante à leur égard. C’était seulement qu’ils exigeaient tous des résultats immédiats, nets et clairs, alors qu’un crime et sa résolution n’étaient faits que de temps et de nuances.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°119.

Ceux qui ont lu le livre comprendrons…

Le baiser de l’ogre : Elsa Roch

Titre : Le baiser de l’ogre

Auteur : Elsa Roch
Édition : Calmann-Lévy Noir (09/10/2019)

Résumé :
Paris, en pleine nuit. Amaury Marsac, chef de groupe à la Criminelle, découvre dans le hall d’un immeuble sa plus jeune équipière, Lise Brugguer, gisant entre la vie et la mort.

Près d’elle, un cadavre d’homme à la tête explosée, mais pas d’arme.

Avant de sombrer dans l’inconscience, Brugguer lui révèle qu’elle a une fille de trois ans, qui est peut-être en danger, et que lui, Marsac, doit veiller sur elle.

Marsac est stupéfait d’apprendre l’existence de cette enfant. Et quand il la rencontre, petite fille muette aussi mystérieuse qu’attachante, la protéger devient son obsession.

Mais pourquoi Brugguer était-elle dans ce hall ? Quelles étaient ses relations avec la victime, vermine criblée de dettes ? Et qui pourrait en vouloir à cette petite fille ?

Marsac va devoir démêler les faux-semblants et déterrer les secrets du passé de son équipière pour percer la vérité. Et vaincre l’Ogre…

Critique :
Comment savoir si, à la fin d’une lecture, on a aimé ou pas ? Comment savoir si l’histoire que l’on vient de lire était super ou pas ?

Tout simplement en me projetant dans le futur et en me posant cette question : lorsque je ferai un bilan littéraire, me souviendrai-je encore de ce roman, des émotions ressenties ? Que garderais-je en mémoire ?

Car oui, il est des romans que l’on a adoré, des thrillers ou policiers que l’on a dévoré et à la fin de l’année, on n’en a gardé aucun souvenir. C’est terrible, l’épreuve des souvenirs littéraires, pour certains romans car ils ne passent pas le cap alors que d’autres, lu il y a plus de 30 ans, résonnent encore dans la mémoire, même si elle en a gommé des détails.

Donc, lorsque après une lecture je me retrouve en train de me questionner sur mon ressenti, déjà, ça sent mauvais dans l’air.

Une fois de plus, je me retrouve le cul entre deux chaises face à un roman que je n’ai pas détesté, que j’ai lu sans m’ennuyer, où j’ai ressenti des émotions mais où des détails m’ont chiffonné dès le départ.

Alors, une inspectrice retrouvée à côté d’un type assassiné, elle-même blessée et qui demande à son chef de ne rien dire aux autres membres de l’équipe de sa présence blessée sur les lieux d’un crime et que ce chef accède à sa demande, moi j’appelle ça de la folie, du vice de procédure.

Bref, une grosse couille dans le pâté et du pain béni pour un avocat de la défense qui mettrait la main sur ce genre d’irrégularité au moment du procès.

Certes, nous apprendrons après le pourquoi du comment de cette demande folle, mais sur le moment, je n’ai pas compris pourquoi le chef Marsac accédait à toutes ses demandes un peu folles, surtout que ça le mettait en porte-à-faux avec les autres membres de l’équipe qui partaient perdants en analysant la scène de crime et allaient perdre aussi un temps de fou. Pour moi, il y a des blâmes qui auraient dû tomber.

Pourtant, une fois passé ces quelques incohérences (il y en avait d’autres), j’ai apprécié la plume de l’auteur qui n’a rien de simpliste, la preuve en est que j’ai dû aller vérifier quelques mots au dico, que l’auteure utilise trois fois le mot « anamnèse » (faudra que je le replace, celui-là) et qu’elle ne se contente pas de construction de phrases banales telles que  « sujet-verbe-complément ». C’est plus recherché chez elle.

J’ai apprécié aussi les secrets enfouis, que Marsac va déterrer au fur et à mesure, l’ombre d’un danger qui plane sur son inspectrice blessée, leurs incursions dans le monde des salons de massages et de tout ce qu’ils cachent derrière les paravents, l’horreur de la pédopornographie (qu’on m’apporte un flingue),…

Mais surtout, surtout ce que j’ai le plus aimé et qui restera dans ma mémoire, c’est la petite Liv, une gamine de 3 ans souffrant du trouble du spectre de l’autisme.

Lorsque je ferai mon bilan et que je passerai en revue tous les livres lus cette année, c’est le personnage de Liv qui restera dans ma mémoire pour ce roman.

C’est elle qui m’a marqué, même si elle ne parle pas, car sa présence était lumineuse et à la limite, la résolution de l’enquête, je m’en fichais pas mal, tant que l’auteure me faisait passer du temps avec l’enfant.

Sans elle, le roman serait oublié car rien dans sa résolution n’est exceptionnel. Mais Liv, elle, elle est exceptionnelle !

Plus marquante que le chef Marsac, toujours endeuillé par la disparition de sa petite sœur, tel le commissaire Erlendur (qui cherche encore et encore son petit frère  dans les romans de l’auteur Arnaldur Indriðason).

Une fois de plus, c’est un personnage féminin qui est réussi et qui me marquera durablement. Girl Power !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°116.

 

Pour un instant d’éternité : Gilles Legardinier

Titre : Pour un instant d’éternité

Auteur : Gilles Legardinier
Édition : Flammarion (02/10/2019)

Résumé :
Vincent sait mieux que personne ce qu’est un secret. Spécialiste des passages dérobés, c’est à lui que les riches et les puissants font discrètement appel pour dissimuler leurs trésors ou s’aménager des issues indétectables.

Alors que Paris célèbre l’Exposition universelle et sa phénoménale tour Eiffel, Vincent et son équipe deviennent soudain la cible de tentatives d’assassinat.

La mort rôde désormais autour d’eux. Un de leurs clients cherche-t-il à effacer ce qu’ils savent de lui ? Sont-ils traqués par des pouvoirs occultes ? Quelle est cette ombre qui peut les frapper n’importe où, n’importe quand ?

Dans une époque bouleversée, confronté à des mystères surgis d’un autre temps, Vincent va tout faire pour déjouer la menace et sauver les siens. Ce qu’il s’apprête à découvrir va faire voler en éclats tout ce qu’il croyait savoir du monde…

Critique :
Paris à l’époque de son Exposition Universelle ! Quelle folie cela devait être ! 96 hectares…

J’aurais aimé y faire un tour, même si certains pavillons étaient du plus mauvais goût.

N’ayant pas de machine à remonter le temps, j’ai pris un ticket de voyage instantané en ouvrant ce roman et même si nous n’avons pas tout exploré, le voyage était plus que génial.

Attention, l’Expo Universelle n’est pas la destination première de ce livre, mais puisqu’elle en est en partie le cadre, cela aurait bête de ne pas y aller faire un tour.

Une chose m’a toujours fasciné, étant gosse (et adulte aussi), ce sont les passages secrets ! Là, j’en ai eu pour mes sous à tel point que j’avais mes yeux qui brillaient.

Si le roman avait été plus court (tel le nez de Cléopâtre) d’une cinquantaine de pages, il aurait gardé tout son peps. Il y avait des passages qui étaient plus introspectifs, plus détaillés et cela lui a fait perdre un peu de rythme, mais pas au détriment de son histoire.

Il fallait sans doute prendre un peu de repos, de recul et laisser au personnages le temps de souffler, ainsi qu’au lecteur car à un moment donné, ça bouge beaucoup et dans tous les sens.

Ne cherchez rien de plus que le souffle de la grande Aventure, ne cherchez rien de plus qu’un roman de littérature populaire (et ce n’est pas au sens péjoratif), ne cherchez rien de plus qu’un bon moment de lecture, aux côtés de personnages sympathiques dont on aimerait faire partie de l’équipe.

Moins d’humour que dans ses autres romans, normal, le cadre de l’histoire s’y prête moins, mais avec des petites pépites sur la nature humaine, des petites phrases toujours justes et qui sont un plaisir à lire et à faire rouler sous la langue tant elles sont vraies.

Autre talent de l’auteur : nous immerger de suite dans le décor grandeur nature qu’était Montmartre lors de la construction de sa Basilique, mais aussi du quartier avant qu’il ne prenne de l’ampleur grâce/ à cause de ce chantier.

Idem pour Paris… Les décors sont plantés très vite et où que nos yeux se posent, ils ne voient que le Paris de 1889. Manquait plus que le bruit et les odeurs et nous y étions, dans ce Paris de 1889 qui changeait de visage, notamment avec une grande tour en fer.

Un grand roman d’aventures, de mystères mystiques, de passages secrets, de souterrains piégés ou non, d’amitié, de solidarité et d’un trésor qui n’est pas toujours constitué d’argent car la plus grande richesse n’est pas le fric mais…

Non, je ne vous dirai rien de plus si ce n’est : lisez-le, nom de Dieu, car même si ce n’est pas de la matière à Goncourt, on s’en fiche ! C’est de la matière à une grande aventure sous les pavés de Paris, à des faits qui semblent fous ou extravagants mais qui sont réels, à de l’humanité et de l’amitié et ça, ça n’a pas de prix !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°113.