Coup de vent : Mark Haskell Smith

Titre : Coup de vent

Auteur : Mark Haskell Smith
Édition : Gallmeister Americana (05/09/2019)
Édition Originale : Blown (2018)
Traduction : Julien Guérif

Résumé :
À quoi sert d’avoir dix millions de dollars en devises variées si, comme Neal Nathanson, on se trouve perdu en mer à bord d’un voilier en train de sombrer ? Strictement à rien, sauf à en brûler un sac ou deux dans l’espoir fou d’attirer l’attention.

Sauvé in extremis, Neal se réveille attaché au garde-fou d’une navigatrice en solitaire, méfiante et bien décidée à entendre son histoire. Neal lui parle alors de Bryan, un jeune loup de Wall Street qui a réussi à détourner un magot conséquent avant de s’enfuir dans les Caraïbes.

Bien sûr, la banque qui l’employait a lancé des enquêteurs à sa poursuite, avant que les clients spoliés ne s’aperçoivent (enfin) que les traders sont des voleurs.

C’est ainsi que Neal, accompagnée d’une pro de la finance, la très douée Seo-yun, s’est retrouvé en charge de récupérer l’argent. Simplement, il n’était pas le seul.

Critique :
Oublions pour un moment la rentrée littéraire de septembre 2020 et repartons en arrière pour revenir sur celle de septembre 2019.

Voilà une petite pépite bourrée d’humour cynique et grinçant que je n’avais pas encore eu le temps de lire et il aurait été dommage de passer à côté tant elle est bien calibrée.

Qui n’a jamais rêvé de partir au loin avec des millions après avoir arnaqué la banque ? Tentant…

Lorsqu’un trader vole des clients riches à millions, sans que cela se voit, sans avoir les yeux plus gros que le ventre et quand il monte une super combine pour ne pas être retrouvé, là, c’est le moment suprême ! On se lève et on applaudit, pour peu, on ferait un croche-pied à ceux qui tenteraient de le poursuivre.

Hélas, les traders ne peuvent pas voler les clients richissimes d’une banque ! Seule la banque peut les niquer, c’est sa prérogative, mais ne vous montrez pas plus filou qu’elle.

La construction est à rebours : nous commençons pas la scène sur un voilier en perdition, avec un homme qui brûle une partie de l’argent pour attirer l’attention d’un autre bateau. Que fait-il là ? Comment est-il arrivé là ? On le saura ensuite en commençant pas le début.

Roman cynique, grinçant, ironique, original de par sa construction et ses personnages (Bryan LeBlanc notre trader sympa, sa collègue Seo-yun Kim qui se fout de son mariage, le détective Neal et Piet, un nain Noir pourvu d’une grande queue), « Coup de vent » se dévore avec un grand sourire tant on frôle l’absurde et le burlesque à certains moments sans que jamais ça ne foire dans le scénario.

Roman noir, roman policier, roman choral aussi, il ne laisse pas indifférent car on se demande le détective Neal arrivera à retrouver Bryan qui a si bien camouflé son coup, brouillé ses pistes, pris ses précautions… Enfin, on l’espère car vous savez ce qui foire le premier dans un plan de bataille ? Le plan de bataille lui-même !

Sous couvert de cynisme grinçant et d’humour burlesque, l’auteur tacle Wall Street, ses bulles spéculatives, l’argent Roi, les riches qui veulent devenir encore plus riches, les achats d’action qui ne se font plus que pour spéculer, gagner du fric rapidement, avant de les revendre aussi vite.

Le genre de jeu auquel se livrent les super riches et qui laissent sur le carreau les petits, ceux qui ne connaissent pas tout à fait les règles du jeu, ceux qui veulent des placements bon père de famille et qui, quand la bulle éclate, se retrouvent dehors, sans maison, sans argent, tandis que les gros continuent de s’engraisser.

Un roman de bandits et de policiers mais où l’auteur a pris le contre-pied de ce que nous avons l’habitude de lire, qui nous revisite la recette éculée et nous sort un plat goûteux, épicé, sensuel, sexuel, grinçant, politiquement incorrect et aux dialogues drôles, parfois assez crus.

Fallait pas en faire plus pour régaler la lectrice que je suis.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°67] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.