Cet homme est dangereux : Peter Cheyney

Titre : Cet homme est dangereux                          big_2-5

Auteur : Peter Cheney
Édition : Série Noire (1945)

Résumé :
Et maintenant que je vous présente Miranda Van Zelden — la beauté faite femme. C’te môme est l’héritière de dix-sept millions de dollars — ça vous la coupe, hein ?

En plus, c’est la reine des tordues, et le plus chouette bout de femme dont puisse rêver un homme d’affaires surmené, le soir, à son bureau… souple comme une panthère et un châssis à bousiller des noces de diamant.

C’est vraiment une pitié qu’une môme comme elle aille fréquenter des boîtes louches.

Critique : 
Au rayon des nouveautés de septembre, il y a le tout nouveau Peter Cheney, cuvée 1945 ! Ça vous en bouche un coin, je sais, j’ai toujours une guerre d’avance sur tout le monde.

Non contentent d’être la nouveauté de l’année 45, c’est aussi le mythique numéro 2 de la collection « Série Noire », même si, niveau chronologie, il se déroule avant « La môme vert de gris », le numéro 1 de la collection. Bien que, à cette époque là, les numéros n’étaient pas inscrits sur la couverture.

Conseil, commencez par cet opus-ci d’abord afin de ne pas vous faire gâcher la surprise que l’auteur nous réserve aux 8 dixième du roman. Surprise qui fut fichue en l’air suite aux premiers paragraphes lus dans « La môme… ».

Alors, qu’avons-nous là au menu ? Des histoires de gangsters et une tentative d’enlèvement sur une belle jeune fille et riche héritière qui plus est.

Comme vous le savez, les gangsters, ça s’associent ensemble, mais c’est toujours dans le but de gruger l’autre, de le rouler, de le doubler et à la fin, on se retrouve avec une soupe de sales types qui se plaignent d’avoir été roulé (avant d’avoir eu le temps de rouler l’autre) et qui veulent se venger en roulant l’adversaire…

Le héros n’est pas un flic, mais un bandit, lui aussi, bien que le lecteur risque de le trouver sympa, quand bien même il descende des truands dans le dos. Je n’en dirai pas plus.

Lemmy Caution, puisque c’est lui le héros, est à l’inverse de la chanson de Sting « A Englishman in New-York » car dans le livre, c’est « A American-man in London ». Et oui, le personnage de Lemmy, américain (au contraire de l’auteur) et il va vivre ses aventures trépidantes dans le Londres des années 30 (livre paru en 36 en Angleterre, quand je vous dis que je suis à la pointe des nouveautés).

Et le style dans tout cela ? Pas facile à lire au départ à cause d’une profusion de personnages et lecture rendue ardue par la profusion d’argot français, alors que Lemmy, dans la V.O parle en slang américain (argot américain)…

Comme l’impression que le texte n’est pas super travaillé dans ses dialogues…

Pendant qu’on est là, j’annonce à Larry que son frère s’est fait buter, et ça lui plaît pas plus que ça, à tel point qu’il brûle de partir de suite pour en descendre un ou deux. Je lui dis de pas s’en faire, qu’avant peu on aura nettoyé tous ces zèbres là, et proprement.

Petite enquête car j’ai peine à croire que le grand Peter Cheney puisse écrire de la sorte, utilisant des termes d’argot qui n’ont rien à voir avec le folklore américain ou anglais.

La traduction est de… Marcel Duhamel, l’ancien agent et traducteur de la Série Noire chez Gallimard. Déjà, ça pue l’oignon ! Sur le quatrième de couverture, il est noté « Texte intégral Série Noire » et là je crie « Bingo, le texte a sans aucun doute été caviardé ».

Gagné, on est bien face à une traduction à la « mord-moi l’fion » ! (pour la rime).

Il faut savoir qu’à l’époque (et jusque pas encore si longtemps que ça), les traductions chez Série Noire était à l’emporte-pièce : on caviardait le texte original (on le censurait), on tranchait dans les romans originaux pour que tous les romans traduits ne dépassent pas les 254 pages.

Des véritables Jack The Ripper chez Série Noire ! Coupe de chapitres, phrases éliminés, paragraphes entiers passés à la trappe, style d’écriture de l’auteur remanié et changé pour mettre de l’argot français et faire en sorte que le lecteur ne se fasse pas péter une neurone lors de sa lecture.

Oui, le roman policier était le parent pauvre, nous étions après la guerre et fallait économiser…

Et c’est là que le bât blesse : toute la richesse d’écriture de Cheney a dû être effacée pour un style à la sous tonton-flingueurs (comme ils le firent durant des années).

Si Cheney voyait son texte traduit, m’est avis qu’il retomberait mort et grosse catastrophe, « Rivages » ne l’a pas retraduit en texte intégral.

Ah que je haïs ces coupes dans les textes ! Ils perdent toute leur essence.

Malgré tout, un bon moment passé avec tout ce petit monde de la truanderie, chacun s’amusant à planter le couteau dans le dos de l’autre. Les bons mots sont légion et les métaphores bien tournées (de l’auteur ? de la traduction ?).

Price est aussi mort que du pâté de cochon.

— T’es marqué, tu le sais très bien, et il va te nettoyer tout de suite. D’ici demain soir tu vas être en train de chanter des hymnes là-haut avec assez de plomb dans le corps pour avoir l’air d’une réclame de fabrique de munitions.

« Quand il en a terminé, tout le monde s’imagine que c’est moi qu’ai appris son métier à Al Capone, et dans le tribunal, les gens me regardent en se demandant si je vais pas leur sortir une mitraillette par le trou d’oreille ».

Mais j’aurais aimé lire le texte en V.O sous titrée pour voir ce qui était passé à la trappe et quels dialogues ils avaient changé. Tout cela ne m’empêchera pas de lire la suite.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre et le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore.

Les mois d’avril sont meurtriers : Robin Cook

Titre : Les mois d’avril sont meurtriers                      big_4

Auteur : Robin Cook
Édition : Gallimard (1995)

Résumé :
Histoire d’un flic qui, par désespoir et nostalgie du « bon vieux temps », s’est réfugié dans une quête éperdue, impitoyable de la Justice.

Portrait, aussi, d’un tueur psychopathe, pervers, implacable et plein d’une étrange bonne conscience.

Avec une galerie de pauvres types, d’indics, de malfrats miteux et de traîtres distingués.

L’auteur : Robert, William, Arthur Cook dit Robin Cook est un écrivain britannique.

À ne pas confondre avec son homonyme Robin Cook, écrivain américain, chirurgien et auteur de thrillers du monde médical !

Fils de bonne famille (un magnat du textile), Cook passe sa petite enfance à Londres, puis dans le Kent pendant la guerre.

Critique : 
Recette de cuisine conCOOKtée par l’auteur : vous prenez un homme, vous le tuez au moyen d’un pistolet d’abattage et vous le débitez en morceaux, sciant les os et toutes les attaches.

Ensuite, faites chauffer de l’eau et trempez les morceaux afin de faire bouillir toutes les chairs afin de les rendre méconnaissables. Vous devez obtenir une masse gélatineuse et grisâtre avec la peau qui se détachera toute seule du corps. Une fois ce résultat obtenu, mettez le tout dans quatre grands sacs plastiques, agrafez et c’est prêt ! Dégustez !

« La boucherie. Tu le découpes… Un bon couteau et un aiguisoir, un marteau également pour briser les os, comme ça tout rentrera dans les casseroles. Tu aiguises le couteau et tu tranches la colonne vertébrale en deux ou trois endroits, aux vertèbres. Tu coupes la tête, les pieds et les mains. Surtout la tête et les mains. Tu fais sauter les dents également ; voilà le marteau. Tu transperce la mâchoire au couteau et tu les fais sauter.[…] Du feu pour le faire cuire ? Facile ! Pourquoi pas un bon vieux réchaud à gaz de camping. Un petit réchaud plat, un truc qu’on peut fourrer facilement dans la voiture et deux ou trois bonbonnes de gaz – quoi de plus innocent ? Un pique-nique. Un pique-nique à minuit ! »

Devant cette scène de crime pour le moins originale, notre policier, un sergent désabusé par les blessures personnelles, se met dans la peau du tueur et analyse la scène de crime avec rigueur. Bingo, il a déjà un nom de suspect !

Quand les assassins veulent jouer au plus malin, ils font des fautes et on les repère de suite.

« Ce meurtre, c’est du travail d’artiste. À ce niveau, c’est de la tuerie de spécialiste. Il n’empêche, quelle sorte de passé ? Dans quel métier un tueur peut-il avoir appris à faire cuire un bonhomme de manière qu’on ne puisse plus l’identifier ? »

Notre sergent n’est pas un crétin, il a la pugnacité d’un bouledogue refusant de lâcher le mollet de sa proie. Solitaire, aussi, et non armé. De plus, il a du caractère, notre sergent, n’hésitant pas à répondre aux supérieurs (à Bowman, notament) et refusant tout avancement…

— Ce que je n’aime pas, moi, dit Bowman, en virant au rouge, ce sont les petits gradés qui s’imaginent en avoir dans le citron.
— Les hauts gradés qui n’ont rien dedans, c’est encore pire.

— De qui s’agit-il ?
— Personne n’en sait rien. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il a été assassiné.
— Ça, c’est de la déduction !
Ne m’asticote pas, dit Bowman, après que le déclic se fut produit. Pas aujourd’hui. Ni un autre jour.

La vie l’a brisé et son seul remède, c’est le travail. Il fait partie du service A14, celui des « décès non éclaircis » au commissariat de Poland Street, dit l’Usine (the factory). Son boulot ? S’occuper des décès jugés « sans importance » pour la presse et le grand public.

Pour lui, c’est là qu’il fait le meilleur boulot : au service des petites gens.

Le talent de l’auteur est de nous conter l’affaire en utilisant le récit à la première personne du singulier (le sergent est le narrateur) et en mélangeant un peu tout : les souvenirs divers du sergent, son enquête qui commence le 14 avril 1983 et les avances dans le temps puisque dès le premier §, nous le voyons sonner chez le coupable, avec, un prime, le récit de la soirée qui précéda le meurtre.

Le tout reste cohérent et on avance par petits morceaux dans cette enquête qui, sous couvert d’un meurtre barbare, cache un Iceberg capable de faire couler beaucoup de personnes !

Si le rythme est lent, ce n’est pas un problème car on ne lit pas ce livre pour du trépidant, mais pour les rencontres entre le sergent et des truands, mais aussi avec le coupable, un psychopathe qui fait froid dans le dos.

Un roman noir, sombre, avec de l’humour grinçant, des personnages forts, haut en couleur et des politiciens aussi retors que les truands. Les dialogues ou les pensées du sergent sont croustillantes !

« Ma quéquette était toute petite, toute recroquevillée contre mes testicules, et j’avais les membres comme des lambeaux de vieux papiers ».

Après une telle lecture, je n’ai qu’une envie : continuer le voyage littéraire en compagnie du 4ème tome de la série « Factory » pour retrouver mon sergent fêlé dans « J’étais Dora Suarez« .

Quelques extraits « drôles » :

« Ce nouveau type qu’ils ont à leur ambassade ici depuis qu’Andropov est arrivé au pouvoir, Gureyvich. Il est malin, le salaud ».

— Pat Hawes ne parlait pas, répondit-elle, il grognait. Tout ce qu’il voulait, c’était baiser à la hussarde. C’est toujours ce qu’ils veulent, les hommes que j’ai. Les femmes, pour eux, elles ont rien dans le citron ».

 

— Les matons ne sont pas millionnaires. Ils tentent le coup quand ça rapporte et que leur salaire est insuffisant, et ça égaye les longs dimanche, pas vrai ? Hawes est directement sorti par la grande porte, n’est-ce pas ?
— Ce n’est presque plus la peine de les coller en cabane, surtout ceux qui sont bourrés de fric. Il y avait une voiture qui l’attendait juste dehors.
— Ma foi, c’est à pleurer. Ce qu’on appelle un quartier de haute sécurité de nos jours, c’est aussi étanche qu’une boite à sardines.
— Si vous devez régler ça, dit Georges, vous feriez bien de vous remuer, ça s’agite en haut lieu cette fois-ci… Les grands chefs sont comme des poulets à quoi on aurait coupé la tête.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), le Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea, le « Mois anglais III » chez Titine et Lou et le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore.