Jack l’Éventreur – Affaire classée – Portrait d’un tueur : Patricia Cornwell [LC]

9782253090311Titre : Jack l’Éventreur – Affaire classée – Portrait d’un tueur

Auteur : Patricia Cornwell                                                               big_1-5
Édition : Le Livre de Poche (2004)

Résumé :
Entre les mois d’août et novembre 1888, au moins sept femmes furent assassinées à Londres dans le quartier de Whitechapel.

La nature effroyable de ces meurtres provoqua la panique et la terreur dans l’East End, et donna naissance au surnom qui allait devenir synonyme de serial killer : Jack l’Éventreur. Pendant cent quinze ans, ces meurtres ont constitué une des plus grandes énigmes criminelles du monde.

C’est lors d’une visite à Scotland Yard, en mai 2001, que Patricia Cornwell s’est intéressée à « l’affaire » Jack l’Éventreur et à la personnalité ambiguë et inquiétante de Walter Sickert, un peintre impressionniste britannique célèbre à la fin du XIXe siècle.

Très vite, elle a eu l’intime conviction que Sickert et l’Éventreur ne faisaient qu’un. Après avoir mis en piste les plus fins enquêteurs et experts en médecine légale, l’auteur nous livre les résultats de son enquête et, comme un véritable témoin à charge, présente ses preuves.

Grâce à sa connaissance des enquêtes criminelles, à l’étendue de sa documentation et à ses talents de romancière, Patricia Cornwell reconstitue l’arrière-plan de cette sinistre affaire : l’Angleterre à l’époque victorienne.

Patricia Cornwell réussit un véritable thriller, avec une parfaite maîtrise et une conviction sans faille.

La critique de ma binôme Stelphique se trouve sous la mienne…

crimechatiment12Critique : ♫ Si j’avais un scalpel, je découperai le livre ♪ Comme Jack The Ripper, ♫ Je prélèverais des morceaux ♫ Oho Et j’en jetterais au feu ♫ Ou les mettrais dans les W.C ♫ Pour pouvoir m’essuyer, les jours où j’ai plus rien ♫ Ohoho, ce serait le bonheur ♪

Oui, hérésie que de couper dans un livre, mais j’ai une envie folle de lui briser l’échine et, aidée d’un scalpel, d’ôter tous les passages qui m’ont énervés prodigieusement : tout ce qui a trait à Walter Sickert, en fait !

Patricia Cornwell a décidé que c’était lui et que l’affaire était classée. Elle l’a même fait noter sur la couverture. J’t’en foutrai moi, des affaire classée !

Durant ma lecture, j’ai sauté les nombreux paragraphes consacré à ce peintre car c’est vraiment une bio indigeste et là, zapping.

Avant même de l’ouvrir, je savais très bien que « Jack l’Éventreur, affaire classé, portrait d’un tueur » de Patricia Cornwell sentait le souffre (et pour beaucoup d’autres aussi, notamment les Ripperologues qui l’ont crucifiée).

Autrement dit, il n’était pas question que ce roman, oscillant entre biographie, enquête orientée et témoignages fasse un jour son entrée dans ma bibliothèque.

Pourquoi ? Parce que je savais que Patricia Cornwell avait interprété les faits pour les faire coïncider avec sa théorie et qu’il était flagrant que son enquête n’avait pas été partiale du tout.

Hors, Sherlock Holmes l’a bien dit « C’est la théorie qui doit coller avec les faits ». Parce que bâtir des théories avant d’avoir les données est une erreur monumentale : insensiblement on se met à torturer les faits pour qu’ils collent avec la théorie.

Et pour Patricia Cornwell – qui retrace tout de même avec précision et minutie ces meurtres – le coupable ne peut être qu’un seul homme : Walter Sickert, ce peintre renommé qui n’a pas d’alibi pour les meurtres commis en 1888 (comme 99,99% des habitants de Londres). Pour elle, il EST Jack The Ripper. Point barre.

Sickert ? Bio exprès : peintre, aussi beau qu’amoral – au sens victorien du terme – réputé pour son cynisme, pour sa passion des déguisements, des pseudonymes, des barbes postiches, pour sa manie d’errer des nuits entières dans les quartiers mal famés ainsi que pour les ateliers secrets dans lesquels il se livrait à des activités plus ou moins louches. Le profil type, quoi !

Ses thèmes de prédilection dans ses peintures peuvent aussi prêter à suspicion : les prostituées, les cadavres, les hommes menaçants penchés sur de faibles femmes et même… Jack l’Éventreur ! Rhôôô, on se rapproche là !

Mais jusqu’à ce que Patricia Cornwell ne lui tombe sur le paletot, le Walter  n’était qu’un nom sur une looooongue liste de candidats éventuels. Et pas dans le peloton de tête, en plus…

Le duc de Clarence, casaque jaune, toque noire, galopait en tête de liste, talonné par les francs-maçons, casaque rouge, toque verte, menant un train d’enfer avec les yearling Aaron Kośmiński et John Pizer. Avec quelques petits dépassement, de-ci, de-là. Sans oublier le vieux canasson de retour : Sir William Gull, médecin de la Reine Victoria.

Alors, pourquoi ai-je lu ce roman, moi qui ne voulait pas le voir trôner sur mes étagères ?? Parce que l’on me l’a donné…  Ben oui, merde alors. Je me suis dit qu’il serait peut-être temps que je l’analyse afin d’avoir la preuve, noir sur blanc, de ses boniments et de la torsion de la vérité. Quitte à ce que je finisse avec une distorsion d’intestins. Et puisque ma binôme de Lecture Commune était prête à faire l’indigestion avec moi… GO !

Revenons à nos moutons, ou notre peintre. Comment la mère Patricia a-t-elle pensé à lui ?? Bêtement en étant invitée à Londres et en discutant avec un inspecteur de Scotland Yard qui lui a dit que Walter Sickert avait le bon profil pour être ze Jack. Patricia, jusque là, n’avait même pas connaissance des meurtres de 1888 !

Alors, épluchant la biographie de Sickert, notre Kay Scarpetta du cold case lui a trouvé des similitudes avec la psychologie d’un serial-killer. Et pas n’importe que serial-killer, je vous prie.

Elle est même certaine que les multiples lettres envoyées aux journalistes ou à Scotland yard (certaines furent prises pour des canulars) sont en fait TOUTES de la main de Sickert (oui, toutes !). Comment ? Le bougre pouvait aisément contrefaire son écriture et inclure exprès des fautes d’orthographes (jamais les mêmes, of course).

Puisqu’il était adepte des costumes, notre limière est intimement persuadé qu’il était passé maître dans l’art de se travestir et de se fondre dans la foule : idéal pour passer aperçu et commettre des homicides sans être repéré par la suite.

Sickert connaissait l’East End même s’il n’y habitait pas. Bref que de points communs avec le tueur. What’else ?

Mais Cornwell va encore plus loin en l’accusant d’autres meurtres dans Londres, en Angleterre et même jusqu’en France : des femmes égorgées ou des corps démembrés – ce qui implique un changement de méthode mais qui s’accordent avec les déplacements probables du peintre et la sauvagerie de Jack. Pour elle, le Tueur au Torse et Jack sont Sickert ! Avec Sickert, tu doubles la prime !

Pourquoi lui et pas un autre vous me direz ? Cornwell n’est pas la première à l’avoir soupçonnée… Et son livre – qui m’a fait grincer des dents – a quand même été une petite bombe dans le milieu, tellement elle est allée loin dans ses recherches. L’ayant lu, je peux vous dire qu’elle a mangé, bu, vécu, baisé en ayant Sickert dans la peau.

Ça lui a couté un pont, aussi. Quatre millions de dollars selon le Richmond City Magazine, 6 millions selon le New York Times.

Si cher ?? Oui, parce que quand Patricia enquête, les experts du CSI – Gil Grissom et Horatio Caine peuvent même aller se rhabiller.  Comme si c’était GI Joe qui débarquait, elle a embauché des bataillons de graphologues, de chimistes et d’experts en tout genre.

Sans compter que tout ce qui était à vendre sur Sickert, la romancière l’a acheté : tableaux, gravures, lettres et même le livre d’or d’un hôtel de Cornouailles sur lequel aurait gribouillé Sickert… Vous comprenez le prix… Niveau enquête, elle y est allée fort, de ce côté là, on ne pourra pas lui reprocher la légèreté.

Madame voulait son ADN et madame pense qu’elle l’a eu (mais bon, qui prouve que c’est bien le sien ?? En plus, plus de 100 ans après, non, mais, allo quoi ? Et Sickert s’est fait incinérer !). Mais quel ADN de suspect avons-nous ? Lequel utiliser ? Comment trouver le bon ?

La police avait reçu des centaines de lettres moqueuses, elle a donc fait rechercher des bribes d’ADN au dos des timbres et sur le rabat des enveloppes afin de les comparer avec d’autres échantillons appartenant à Sickert. Autrement dit, si Sickert a envoyé une lettre pour se foutre de la gueule de Scotland Yard ou des flics locaux, boum, le voilà passé à la postérité en tant que Jack The Ripper.

L’auteur a tout de même reconnu que les résultats étaient encourageants, mais pas concluants : ça a éliminé environ 99% de la population anglaise, mais les résultats sont trop incomplets pour qu’on puisse affirmer que Jack Sickert est bien Walter l’Éventreur. Pardon, le contraire !

En revanche, l’analyse des lettres est très instructive (mais hyper chiante à lire) : non seulement on retrouve le même papier, avec le même filigrane, mais on constate que l’assassin écrivait parfois avec un pinceau en guise de plume et de la peinture en guise d’encre. Un examen minutieux conduit même à identifier des taches d’eau-forte. Or, Sickert était aussi réputé pour ses gravures que pour ses toiles.

Que garderais-je de ce roman qui, malgré ce que je pouvais penser, m’a tout de même apporter quelques jouissances littéraires ? Tout ce qui concerne la ville de Londres, son histoire, ses mauvais quartiers, les mœurs des gens, les putes, les meurtres, les rapports d’autopsie… Tout ce qui fait l’essence d’un grand roman noir ! Pas étonnant que Jack London appelait l’East End « L’Abîme ».

Les chapitres qui traitent de ces aspects techniques, de la psychologie des tueurs en série et des principes de profilage intéresseront les amateurs de polar. Me suis régalée, là.

Les amateurs de gore ou de comptes rendus d’autopsie tels que moi seront rassasiés, puisque, pour rappel à ceux qui ne suivaient pas, ce bon vieux Jack avait cette délicate attention qui était celle d’égorger ses victimes, puis de leur ouvrir le bas-ventre afin de récupérer l’utérus, le haut du vagin ou un morceau de vessie. Là, j’ai pris mon pied.

Les lecteurs aux penchants moins morbides préféreront le voyage dans le Londres de 1888 auquel nous convie la mère Cornwell. M’en suis pourléchée les babines aussi, de ces passages là.

De ce côté là, rien à critiquer, les ambiances sont là, les personnages importants aussi et la ballade dans les rues sombres (en 1888 l’éclairage public laissait encore beaucoup à désirer) est ravissante.

Mon verdict final ? Y’a à boire et à manger… et des tas de choses à scalper. Cornwell  est une brillante procureur qui maîtrise son dossier parfaitement, qui le connait sur le bout des doigts et qui nous sort des raisonnements sans faille avec une éloquence implacable. Et ce, à l’écrit ou à l’oral (sur les ondes de la BBC, elle n’aurait fait qu’une bouchée de ses adversaires). Madame a réponse à tout. Elle admet les faiblesses de son dossier mais nie la déformation des faits.

Pourtant, après lecture, et à mon humble avis, l’auteure n’a fait que réunir un faisceau de présomptions et fait tout pour que l’on croit Sickert coupable. On me dira que ça fait beaucoup de coïncidences, mais bordel, ça reste des coïncidences et des conjonctures, des théories et du bla-bla.

Celui ou celle qui ne lirait que ce roman serait persuadée d’avoir eu la réponse à cette vieille affaire et le ferait savoir à tout le monde que l’identité de Jack est connue ET prouvée, fin de l’histoire.

Certes, tout ceci n’est que théorie, il n’y a pas mort d’homme innocent, mais je n’ai pas aimé cette impression que l’auteur prenait des libertés avec les faits, avec les preuves, afin que tout colle avec sa théorie de départ : Sickert.

Il y a comme une odeur de mauvaise foi dans ce récit. Or, dans une enquête, on réuni toutes les preuves, tout ce que l’on a, ce que l’on sait et on élimine l’improbable au fur et à mesure. Mais ce sont les faits qui doivent conduire à une théorie, et jamais le contraire.

On ne part pas d’un potentiel coupable afin de chercher tout ce qui pourrait l’incriminer car en faisant de la sorte, on risque d’omettre des preuves qui pourraient conduire à un autre.

Verdict du procès ? Coupable sur toute la ligne !

Ce que je devrais faire avec ce roman, c’est scalper toutes les pages qui concerne Sickert, toutes les digressions et ne garder que le meilleur, la quintessence du roman : les crimes, la vie dans Londres en 1888, bref, tout ce qui ne comporte pas le nom de Sickert…

PS : Pour ceux que ça intéresse de savoir pourquoi Walter aurait tué… bref, son ou ses mobiles, je vous le dis de suite, c’est encore une histoire de petite bite !

Oui, messieurs, une petite bite peut faire de vous un tueur en série potentiel… D’ailleurs, je pense que je vais tous vous éviter dorénavant, messieurs. Notre homme, lorsqu’il était enfant, a subi une série d’opérations d’une fistule.

Bon, jusque là, rien de grave, vous me direz. Oui, mais, ces opérations le laissèrent avec un pénis nanifié, tronqué, difforme. Puisqu’il ne pouvait pas grimper aux rideaux ou s’amuser avec la bêbête à deux dos (impuissant), il aurait donc joui avec le poignard à la main. Objet phallique, en plus.

BILAN - Minion mauve - WTF OKChallenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « Victorien » chez Camille, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et le Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.

Pourquoi je l’ai choisi :
Si j’en crois mon marque page, j’ai acheté ce livre en 2005…. Ça, c’est un livre qu’il fallait dépoussiérer……… ou pas….. Dans tous les cas, -1 dans ma PAL gigantesque !!!!! Youpi!!!!!

Synopsis :
Entre les mois d’août et novembre 1888, au moins sept femmes furent assassinées à Londres dans le quartier de Whitechapel. La nature effroyable de ces meurtres provoqua la panique et la terreur dans l’East End, et donna naissance au surnom qui allait devenir synonyme de serial Biller Jack l’Éventreur.

Pendant cent quinze ans, ces meurtres ont constitué une des plus grandes énigmes criminelles du monde. C’est lors d’une visite à Scotland Yard, en mai 2001, que Patricia Cornwell s’est intéressée à  » l’affaire  » Jack l’Éventreur et à la personnalité ambiguë et inquiétante de Walter Sickert, un peintre impressionniste britannique célèbre à la fin du XIXe siècle. Très vite, elle a eu l’intime conviction que Sickert et l’Éventreur ne faisaient qu’un.

Après avoir mis en piste les plus fins enquêteurs et experts en médecine légale, l’auteur nous livre les résultats de son enquête et, comme un véritable témoin à charge, présente ses preuves.

Grâce à sa connaissance des enquêtes criminelles, à l’étendue de sa documentation et à ses talents de romancière, Patricia Cornwell reconstitue l’arrière-plan de cette sinistre affaire l’Angleterre à l’époque victorienne. Patricia Cornwell réussit un véritable thriller, avec une parfaite maîtrise et une conviction sans faille

Ce que j’ai ressenti :

On en peut pas dire que ça ai été la lecture la plus passionnante qui soit. Pourtant Dieu sait que dès que je vois Jack L’éventreur, je ne peux m’empêcher de me jeter dessus. Après je suis moins experte que ma chère binôme Cannibal Lecteur, mais bon, assez pour voir que ce livre est un sacré ramassis de c*****  et spéculations.

On ne sait pas où l’auteure décide de nous emmener mais certainement pas à la réponse énigmatique de ce cher Jack. Toutes ses théories ne reposent sur rien de concret, même elle, nous le démontre, faut le faire quand même!!!!

Le Londres victorien est bien retransmis, on sent bien (oui même jusqu’aux odeurs !!!!) toute la misère, la saleté environnante, mais surtout le peu de moyens et de compétences dont dispose la Police , la Justice de l’époque. Un tel tueur ne POUVAIT pas se faire attraper, tout simplement parce que ce genre de carnage dépasse l’entendement, mais qu’il n’y avait pas encore la criminologie et la science à son secours.

Cornwell nous démontre que les coroners sont corrompus, la police impuissante face au taux de misère et de criminalité, les juges pas forcement bien renseignés sur les enquêtes en cours, les docteurs dépassées par les évènements et ne respectant aucune hygiène, sans compter les témoignages de soulards en tous genre.

Et là , elle espère nous faire croire qu’elle a trouvé des preuves tangibles et recevables, alors que il est bien apparent que c’est du grand n’importe quoi dans ses rues de Whitechapel, le chaos total ou rien n’est archivé ou respecté comme il se doit….

Tenir un couteau et tenir un stylo sont deux choses différentes, il faudra lui expliquer un jour à Patricia…. Ce n’est parce qu’ elle trouve des similitudes d’écritures ou de papier entre Sickert et les lettres du soi disant Jack que ça en fait un meurtrier !!!! Peut être que ces lettres sont un canular et que plusieurs personnes se sont engouffrés dans la brèche  de la pseudo célébrité. Éventrer une femme et se prendre pour un artiste écrivant à l’encre rouge, il y a un monde entre…..

Mais le mieux du mieux, c’est son obstination à vouloir faire de Sickert , son coupable. C’est fou le nombre de fois où elle extrapole, invente, relie des évènements qui n’ont rien avoir sur sa vie intime.

Attention spoiler, passez la ligne de couleur…. [spoiler] Moi j’aimerais bien lui demander si elle a remonté le temps pour nous donner toutes ses infos: si jamais elle a été voir dans le slibart de Monsieur pour savoir le pourquoi du comment de ses suppositions ??? Si elle était avec lui voir ce fameux Elephant Man ??? Et si jamais elle a lu par dessus son épaule ses lectures, pour nous affirmer qu’il a lu des ouvrages d’anatomie? [/spoiler] … Je ne connais pas ce pauvre artiste qui a dû bien assez souffrir déjà, mais là, je le vois se retourner dans sa tombe à ses accusations honteuses et non fondées.

Quel beau « ha,ha » cette lecture….Tiens d’ailleurs, à JETER aussi dans le grand néant imaginaire des limbes que j’ai ouvert il y a peu….

Ma note Plaisir de Lecture :fee clochette fachee

Whitechapel : Sarah Pinborough

Titre : Whitechapel                                                        big_4

Auteur : Sarah Pinborough
Édition : Bragelonne (2014)

Résumé :
Londres, 1888. Lorsque des cadavres de femmes atrocement mutilées sont repêchés dans la Tamise, le médecin légiste Thomas Bond comprend qu’un second tueur sévit dans les rues de Whitechapel.

Or cet assassin paraît plus inhumain que Jack l’Éventreur lui-même…

Pour lutter contre ses insomnies, le docteur Bond passe ses nuits dans les fumeries d’opium.

Chaque soir, un inconnu en noir vient examiner les rêveurs perdus dans les brumes opiacées. Pourrait-il être la clé du chaos qui s’est emparé de la capitale ?

Critique : 
À ma gauche, poids lourd, Jack The Ripper, dit « L’Éventreur », spécialisé dans l’ouverture au couteau et le découpage de femmes de petites vertus dans les rues mal éclairées de Whitechapel.

À ma droite, poids lourd aussi, le Tueur de la Tamise dit « Tueur au Torse », spécialisé dans le « démembrage » (néologisme) des femmes afin d’en faire des puzzles et qui les éparpille pour que les roussins s’amusent plus en travaillant plus.

Deux tueurs sur le ring, deux tueurs opérant au même moment, mais chacun de leur côté, chacun ayant sa méthode personnelle pour faire couler le sang et rendre les policiers chèvres. Aucun des deux ne fut identifié de manière formelle et n’eurent jamais à répondre de leurs crimes. Que le match commence !

Jack l’Éventreur et le Tueur de la Tamise, deux ombres tapies dans les recoins de mon esprit, deux monstres sans formes ni contours, mais tout aussi menaçants, deux assassins aux méthodes bien différentes.

Pardon, on me signale en régie que Jack The Ripper ayant eu droit à tous les honneurs des médias en son temps et les recevant encore maintenant au travers de nombreux ouvrages, il ne pourra pas voler pas la vedette du Tueur de la Tamise dans ce roman. Le combat des Titans n’aura pas lieu.

Jack, tue dans ton coin, amuse-toi, fais un peu parler de toi dans ce roman,  mais ne vient pas faire de l’ombre à ce criminel qui était plus inhumain encore que toi.

Non, ce roman ne nous parlera pas une Xième fois de l’ami Jack, mais d’un autre tueur qui a sévit au même moment et dont on a peu parlé, Jack ayant éclipsé tous les autres.

Le roman nous parle donc de ce tueur qui démembrait des femmes et jetait les troncs dans l’eau, les autres parties étant manquantes : Le Tueur au Torse !

Scotland Yard est sur les dents et le docteur Bond, médecin légiste, insomniaque, fumeur d’opium et enquêteur à la petite semaine, va tenter de résoudre cette affaire qui a des ramifications bien plus complexe qu’il ne le pense au départ.

Si l’enquête ne comporte pas de course-poursuite en fiacre, elle est rythmé et le suspense est entretenu par un récit qui fait souvent quelques bonds dans le temps afin que nous ayons une vue d’ensemble complète.

Le changement de narrateur permet aussi de nous donner différents points de vue et rend le récit moins linéaire qu’avec un seul narrateur. On passe même aussi d’un récit à la première personne (avec le docteur Bond) à des récits à la troisième personne avec d’autres personnages.

Bref, une belle découpe du récit et, bien qu’au départ cela soit un peu éparpillé, à la fin, le corps du récit est complet et il ne nous manque pas une seule pièce.

Le style d’écriture est simple, mais pas basique, il est même émaillé de quelques mots à chercher au dico.  Point de vue descriptions des meurtres ou des cadavres retrouvés, on ne fait pas dans la dentelle, on détaille le tout sur un ton froid et médical.

Le tronc de la victime – une femme – n’avait plus ni bras, ni jambes, ni tête. Au niveau des extrémités tranchées, des amas grouillants de vers plongeaient dans les chairs en putréfaction pour s’en repaître. Dans le silence du caveau, nous entendions distinctement le chuintement humide des asticots à l’œuvre. Par endroits, quelques larves blanches tombaient à terre à force de se tortiller.

— Je suis bien content, dis-je en me penchant sur le torse. La partie inférieure du vagin est toujours présente dans le pelvis, et même chose pour le rectum. Ainsi que la partie avant de la vessie, ajoutai-je en inclinant la tête pour mieux voir.

Niveau personnages, on a un peu de tout, de tous les milieux et je les ai trouvé correctement dépeint, sans en faire trop ni trop peu. J’ai bien aimé le docteur Bond, homme de science à l’esprit plutôt cartésien, troublé et cherchant l’oubli dans les fumeries d’opium.

Quant au petite coiffeur bien connu des ripperologues de tout poils, ça m’a fait tout drôle de le voir dans un tout autre rôle que celui qui lui échoit régulièrement. Et oui, si ceci est une fiction, elle se base tout de même sur des faits et des personnages réels !

Bien entendu, qui dit Éditions Bragelonne dit petits éléments fantastique dans l’enquête. Le tout étant bien amené, ça glisse comme un couteau bien aiguisé dans le corps de Mary Jane Kelly.

Et puis, qu’est-ce que je ne donnerais pas pour me retrouver dans le Londres de Sherlock Holmes et pour m’encanailler dans les pubs mal famés et les gargotes à opium !

Ici, on ne passe pas trop de temps dans les beaux salons mais on arpente les rues remplies de smog et on respire les miasmes du Londres pollué. Sans parler des odeurs de cadavres putréfiés !

Toute la misère du monde est concentrée dans le quartier de Whitechapel, c’est cru, l’auteur ne recouvre pas la pauvreté de beaux atours, elle la décrit de manière brute de décoffrage : meurtres, alcool, opium, sexe violent, enfants crevant de faim, gens entassés les uns sur les autres, femmes vendant leurs corps, gosses abandonnés…

Combien de familles vivent ici, tassées dans une ou deux pièces, et priant pour avoir de quoi payer la semaine ? Depuis leurs grandes demeures bien chauffées où ils comptaient leur fortune, les propriétaires anonymes chargeaient avocats et huissiers de tirer de leurs proies jusqu’au dernier penny.

Les pires bordels y étaient légion. Les plaisirs fugitifs que les marins venaient y chercher en provenance des quais tout proches avaient toutes les chances de s’accompagner d’une bonne vérole, entre autres infections carabinées.

À Londres cohabite la misère et la richesse… Et l’auteur nous retranscrit bien cette dichotomie londonienne.

Il existait deux Londres bien distinctes. La première appartenait à ceux qui s’habillaient pour aller à l’opéra, et la seconde à ceux qui survivaient en vendant des allumettes dans la rue devant l’Opéra.

[…] Ces messieurs et gentes dames si prompts au geste charitable et si soucieux de « leurs pauvres », comme s’ils avaient la moindre idée de l’enfer que vivaient ces gens-là.

Londres était une ville cupide et rapace, où le fossé entre la richesse et la misère avait la taille d’un gouffre.

C’est un roman qui se lit facilement et lorsqu’on commence, on a du mal à ne pas aller jusqu’au bout. L’enquête n’est ni trop rapide, ni trop lente, un bon compromis entre les deux et elle est bien fichue, en plus.

Une belle plongée dans les rues sombres de la ville à la recherche des morceaux de femmes, une pipe à opium coincée dans la bouche.

Au fait, la tête de la dame, elle est où ?? ♫ Latêtoutai, latêtoutai ♪ ??

PS : Le tueur au torse a fait au moins deux victimes, deux femmes dont on a retrouvé seulement les torses, amputés de tous leurs membres. L’une d’elles fut même retrouvée sur le chantier des nouveaux locaux de Scotland Yard. Comme Jack, il ne fut jamais attrapé. Mais son modus operandi était différent, ce qui fait dire aux spécialistes qu’il y avait bien deux tueurs. Les meurtres de Whitechapel, au nombre de onze, furent commis sur des femmes du district londonien élargi de Whitechapel, entre le 3 avril 1888 et le 13 février 1891. Ces assassinats ont été attribués, sans être identifiés avec certitude, ici à Jack l’Éventreur, là au « tueur aux torses ». Pour fins d’enquêtes, le Metropolitan Police Service monta alors un dossier nommé « Whitechapel murders » (« Meurtres de Whitechapel »).

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « Victorien » chez Camille, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et le Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.