Les noyées de la Tamise / Ressac mortel : A.J. Waines

Titre : Les noyées de la Tamise / Ressac mortel

Auteur : A.J. Waines
Édition : France loisirs (2014) / Les Escales (2014) / 10-18 (2015)

Résumé :
Au milieu de la nuit, la psychologue Juliet Grey reçoit un étrange SMS qui l’invite à se rendre au pont de Hammersmith.

Sur place, un cadavre de femme est en train d’être repêché, vêtue d’habits que Juliet ne connaît que trop bien : les siens.

Bientôt un nouveau message, la dirigeant vers un autre pont et un nouveau cadavre, avec un autre objet lui appartenant.

À quel jeu joue le tueur ? Quel lien existe-t-il entre elle et lui ? Est-il l’un de ses patients ?

Forcée de mener l’enquête aux côtés du jeune inspecteur Brad Madison, Juliet se retrouve prise dans les filets d’une terrible vengeance qui va faire resurgir les fantômes du passé.

Critique : 
Juliet Grey est une psychologue ordinaire et sa vie aurait pu être continuer à être un long fleuve tranquille si  un beau jour, ou peut-être une nuit, elle n’avait reçu un étrange SMS lui enjoignant de se rendre au pont de Hammersmith avant 7h15 du matin !

Vous et moi, prudents que nous sommes, nous l’aurions ignoré, ce SMS, pensant à une erreur d’envoi, mais Juliet, elle, elle y fonce et bardaf, c’est l’embardée puisqu’elle aperçoit un cadavre sur les bords de la Tamise.

Et ce curieux SMS ne sera pas le premier… « Mais pourquoi moi ? » aurait pu être la phrase culte de Juliet parce que oui, pourquoi elle ??

Ce roman, paru sous deux titres différents, « Ressac Mortel » et ensuite « Les noyées de la Tamise » (dans le but d’attraper des imbéciles comme moi qui retiennent les titres mais pas les résumés) aurait dû se nommer « Les étranglées jetées dans la Tamise » puisque tous les cadavres que la police repêchera (c’est la saison) au fil de l’eau et du récit auront tous été étranglés !

Si de noyade il ne sera pas question, on pourra tout de même dire que les flics pataugeront dans leur enquête et que sans l’aide de Julit Grey, ben, ils pataugeraient encore !

Le mystère est bien présent tout au long de l’eau car LA question que l’on se pose c’est de savoir QUI en veut ainsi à Juliet au point de tuer des femmes et de la prévenir chaque avant au moyen d’énigmes à résoudre afin de trouver le bon pont.

Mystère aussi avec le passé de Juliet et l’incendie qui avait ravagé – il y a 20 ans – la maison de ses parents alors qu’elle n’avait que 12 ans, tuant son grand frère qui était retourné chercher le chien.

Une bonne louche de mystère, du suspense, un brin de romance, quelques temps un peu plus mort (mais bon, ça allait encore), un brin d’humour et un personnage principal un peu enfantin, parfois, têtue et désobéissante.

[…] Des nappes en vichy marquées de moult taches rondes couleur thé et des rideaux brunâtres qui n’avaient pas dû connaître le lave-linge depuis la prohibition de la cigarette dans les lieux publics.

Avec le coup de la descente de Juliet dans les égouts, en cachette de l’inspecteur Brad Madison, elle aurait pu tout faire capoter !! De plus, penser que l’on peut arpenter les égouts avec des bottines de marche et une vieille salopette, faut vraiment avoir de la semoule à ce moment là dans le cerveau.

Si j’avais trouvé assez vite le coupable, je séchais sur le mobile, et pour cause, il était un peu fort de café et dur à avaler.

Simpliste, je trouve, dans le sens de la personne coupable car trop vague dans le déni. Je ne puis vous en dire trop, mais ça manquait de profondeur, là, dans la bêtise et le déni.

Parfois les gens ne supportent pas d’entendre la vérité. Ils déploient une énorme énergie pour la dissimuler, à eux-mêmes comme à leur entourage. En psychanalyse, on appelle cela le déni.

Pas un grand cru mais un petit vin qui s’accommodera avec beaucoup de plats.

Un roman policier sympathique à lire au coin du feu, une tasse de thé à proximité ou en vacances, au coin de la piscine, avec un mojito dans les mains.

Je n’avais jamais révélé à personne que nous étions trois dans cette relation : Andrew, moi et Johnnie Walker…

Pas LE roman policier de l’année, ni même du mois, encore moins de la semaine, mais ça se lit avec plaisir et vous donne du temps de cerveau afin de le préparer à plus mieux.

— Bien vu, docteur Watson…
Et il fila.

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), « A year in England » chez Titine, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (480 pages – 480 pages déjà lues pour le Challenge).

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J’étais Dora Suarez : Robin Cook

Titre : J’étais Dora Suarez                                big_5

Auteur : Robin Cook
Édition : Payot et Rivages (1991)

Résumé :
Qui était Dora Suarez ? Pourquoi a-t-on massacré à la hache cette jeune prostituée londonienne ? Mais surtout, pourquoi l’inspecteur chargé de l’enquête, torturé par ses démons, promet-il à la défunte réparation et expiation ?

Décidé à terrasser le Mal, le policier narrateur deviendra Dora Suarez; en revivant ses souffrances, il entrera en osmose avec la victime. Toutes ces interrogations le mèneront devant l’un des tueurs les plus fous de la littérature policière, jusqu’à l’affrontement final qui échappe au genre pour entrer dans la métaphysique.

Septième ouvrage de l’Anglais Robin Cook, écrit dans un style sec et brutal, « J’étais Dora Suarez » marque un tournant dans l’histoire du roman noir et l’émergence de ce que l’auteur lui-même appelle le « roman de deuil ».

Critique : 
Un tueur… dans un appart… Vous suivrez, comme si vous y étiez, tous les faits et gestes de cet homme qui, muni d’une hache, voulu décapiter la jeune Dora Suarez, 30 ans.

À cause de l’arrivée inopinée de Betty, 86 ans, il a dû saloper son travail en expédiant la vieille dame dans une pauvre horloge âgée qui ne demandait rien et qui ne nous donnera plus jamais l’heure, vu son état. Betty ne nous donnera plus l’heure non plus, vu comment elle a terminé son chemin de vie, encastrée dans le bois de cette horloge.

Notre joyeux tueur, après profanation « masturabatoire » sur le cadavre de Betty, s’en fut, mécontent : pas su couper la tête de sa victime pour l’emporter en souvenir !

« Il arriva quand même à se masturber sur elle. La douleur qui ravageait sa verge, l’était dans lequel était son membre, ne lui facilitait pas les choses. […] Il avait eu un mal de chien, et il avait dû se plier en deux au-dessus d’elle, se branlant à toute vitesse, mais la douce délivrance était venue, et il n’y avait qu’à voir comment il l’avait littéralement aspergée : bon Dieu, quelle puissance il possédait encore ! »

Alors, pour finir la nuit en beauté, il alla répandre la cervelle d’un proprio de boite de nuit sur les murs, refaisant toute la déco pour pas un balle ! Hormis une balle Dum-dum…

— Tout le haut du crâne éclaté, expliqua Stevenson. Il n’y a plus que la mâchoire inférieure, le reste décore le papier peint, sans supplément de prix.

Ce roman est décrit comme « un roman en deuil » et je ne donnerai pas tort à cette appellation d’origine contrôlée car, si le roman « Les mois d’avril sont meurtriers » était déjà une plongée dans l’abîme qu’est la vie du sergent enquêteur, avec cet opus-ci, on descend encore plus profondément dans les abysses !

Quelle densité dans le récit et quelle écriture ! Littéralement une envolée lyrique qui vous emporte dans le roman et vous fait quitter le monde réel. Le tout, servi avec des dialogues rempli d’humour noir.

— Vous m’avez l’air aussi sinistre que le troisième larbin du diable, la nuit où l’enfer a été inventé.

— Pour parler vulgairement, si son côlon était un mouchoir en papier, ça ne vaudrait même pas la peine d’éternuer dedans.

— Le premier, ajoutai-je, Felix Roatta, n’ai rien trouvé de mieux que d’asperger un mur avec sa cervelle, inventant ainsi une nouvelle sorte de papier peint. Quant à l’autre, Guiseppe Robacci, il est dans nos murs, à l’Usine, où il prend un peu de repos dans la cellule numéro trois.

—  Vous êtes un type épouvantable, dit Jollo. Ce n’est vraiment pas la délicatesse qui vous étouffe. […]
—  C’est parce que je fréquente les morts, Jollo, expliquai-je. Vous devriez faire comme moi, un de ces jours, au lieu de vous déguiser en commissaire et de lécher les culs et des timbres-poste.

Je viens d’en ressortir « bouleversifiée » (néologisme offert pour cette 800ème critique sur Babelio).

Durant ma lecture, j’étais aux côtés du sergent fraichement réintégré à l’A14, me positionnant, tout comme lui, soit dans la peau du Tueur, soit dans la peau de Dora Suarez lorsqu’il lisait son journal intime, la découvrant chanteuse en boîte de nuit et prostituée occasionnelle. On s’y attache, à cette Dora qui était plus qu’une exploratrice.

C’est pour Dora que notre sergent de l’A14 va aller si loin dans sa descente aux enfers, c’est parce que son désir de mettre le grappin sur l’assassin est devenu une véritable obsession pour lui.

D’ailleurs, il entrainera le lecteur avec lui dans son enquête et nous irons, en sa compagnie, dans les tréfonds de l’horreur humaine où tout est bon pour faire du fric. L’être humain est une bête immonde dans ce roman, et encore, je fais insulte aux animaux, là !

Si James Ellroy,  dans « Un tueur sur la route », avait dépeint un tueur froid et implacable, Robin Cook vient de le surclasser avec celui de son roman en ajoutant un palier dans la monstruosité et la folie furieuse.

On dépasse l’entendement, même. En plus, il a un soucis avec son membre viril… ce qui donnera une tournure encore plus dingue à ce tueur !

« L’une des forme que prenait son dérèglement (si seulement cela avait pu ne pas aller plus loin !), c’était la haine absolue, bien qu’inconsciente, qu’il portait à la seule partie de lui-même sur laquelle, bien qu’elle fut relié au reste de son corps, il n’avait aucun pouvoir : son phallus. C’est pour cette raison qu’il avait commencé à le punir alors qu’il était encore très jeune. »

« Son membre lui avait fait faux bon, comme un pneu crevé, la première fois qu’il l’avait mis à l’épreuve à l’âge de quinze ans, à cet instant redoutable, dans la vie d’un jeune homme, où, par son refus obstiné et catégorique de se dresser, une partie de son corps lui avait démontré qu’il n’était pas l’être supérieur que le reste de lui-même croyait être ».

« Avec curiosité, il caressa sa queue, qui lui faisait encore mal après la dernière séance; mais depuis quelques temps, pendant son entrainement, il la meurtrissait plus subtilement – car il ne voulait pas que cet autre lui-même en miniature, cette entité imbue d’elle-même et pleine d’insolence ne lui claque entre les doigts maintenant ».

Incapable de retirer mes yeux des pages, j’ai continué ma lecture, tout en sachant que j’aurais du mal à en revenir indemne.

L’écriture de Robin Cook est un nectar dont la plume a été trempée dans le poison.

Normal, me direz-vous, pour nous présenter une galerie de personnage aussi fabuleuse, leur faire descendre la pente sans qu’ils puissent se plaindre et nous servir une telle enquête ! Enquête, qui, au départ, pourrait sembler un peu « simpliste » mais ce serait faire injure à l’auteur que de le croire une seule seconde.

J’ai serré les dents plusieurs fois lors des sévices  d’autoflagellation que s’inflige le tueur. Bien que non concernée par cette « chose », j’ai eu mal pour lui.

Un grand roman noir, mais un roman en deuil… Mes dents étaient serrées, mais j’ai eu mon coup de coeur !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, le « Mois anglais III » chez Titine et Lou et « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Metaphore.

CHALLENGE - Ma PAL Fond au soleil