La polémique Stéphane Bourgoin [Par Dame Ida Enquêtrice Pigiste Bénévole Confinée dans son Fauteuil]

Une fois n’est pas coutume aujourd’hui je ne ferai pas la fiche de lecture, et ne délirerai pas sur les aventures des royals britanniques sa mémère.

Mais rassurez-vous, ce billet restera en relation avec nos centres d’intérêt habituels au travers de l’évocation d’une polémique qui touche aujourd’hui un homme qui pendant plusieurs décennies a su faire parler de lui en s’intéressant de prêt au phénomène des tueurs en série.

Vous me savez cuisinière à mes heures, et j’ai pour habitude de mettre en route des vidéos Youtube pour me sentir moins seule (ma dernière tentative de faire une brioche fut en effet un grand moment de solitude) quand je m’active aux fourneaux.

Or, ces jours-ci, parmi les vidéos qui me sont proposées, je découvre qu’une vive polémique semble aujourd’hui frapper Stéphane Bourgoin, auteur de nombreux livres sur les serial-killers et qui est régulièrement présenté sur des plateaux de télévision comme étant LE spécialiste français des tueurs en série.

La majorité des lectrices du Blog de Belette connaissent sans doute cet auteur, bien qu’il s’illustre davantage dans le genre documentaire qu’en tant que romancier. Pour ceux et celles qui ne le connaîtraient pas je résumerai les choses de la manière suivante.

Stéphane Bourgoin aurait selon ses propres dires commencé à s’intéresser aux serial-killers dès 1978 après que la police de Los Angeles l’ait informé avoir recueilli les aveux de l’homme qui deux ans plus tôt en 1976 aurait sauvagement assassiné sa compagne.

L’amie de Stéphane Bourgoin n’aurait été qu’une des dix victimes de cet homme qui depuis aurait été condamné à mort et qui patienterait toujours dans un couloir de la mort, surchargé de plusieurs centaines de condamnés, et ne parviendrait plus à se vider…

Un peu comme nos PAL si je puis me permettre la comparaison.

Depuis, grâce à la bienveillante attention de l’inspecteur chargé de l’enquête du meurtre de sa compagne, Bourgoin aurait interviewé des dizaines de tueurs en série dans les prisons américaines dès les années 1980, enregistrement qu’il dit avoir mis à la disposition du FBI, où il aurait reçu pendant deux fois six mois une formation au profilage à Quantico.

Après quelques publications en rapport à son premier métier de réalisateur de film et de traducteur de romans, Bourgoin aurait écrit en 1992 son premier ouvrage en rapport avec les meurtriers en série, en commençant avec le premier d’entre eux, Jack l’Éventreur.

[Mot du Cannibal Lecteur : un excellent ouvrage, en plus, bien complet, avec les explications sur les théories fumeuses, bref, MA bible sur le Jack. Sans doute allons-nous apprendre qu’il a tout pompé sur un ouvrage écrit dans une autre langue ou qu’il a eu un ghostwriter….]

Il est parvenu depuis à une grande notoriété sur les plateaux télé et en librairie.

Sauf que voilà… le collectif 4ème Œil Corporation a diffusé une série de vidéos remettant en question fortement la légende de Stéphane Bourgoin.

Le Site Arrêt sur Image, puis le journal Le Monde s’y sont mis, ainsi que quelques autres… et le mythe s’effondre.

Pour ce qui est établi, Stéphane Bourgoin est né en 1953. Il aurait quitté l’école à seize ans et aurait travaillé à partir de 1974 comme assistant de production (il dira producteur dans certaines interviews) de films de série B ou Z…

On retrouvera même son nom crédité comme scénariste dans plusieurs films pornographiques entre 1978 et 1982…

Salarié de la librairie Troisième Œil à son retour en France, il en deviendra le propriétaire entre 1981 et 1983 selon les sources. C’est dans les années 1990 qu’il commence sa carrière d’auteur de livres d’abord avec un pseudonyme puis sous son propre nom.

S’il prétend avoir été foot-baller professionnel au Red Star de Paris pendant 7 ans dans certaines interviews, on s’étonnera qu’il ait pu faire une telle carrière entre 1964 et 1973 puisqu’il aurait commencé celle-ci à l’âge de treize ans, ce qui ne se faisait pas à l’époque.

En outre personne ne retrouvera son nom dans les archives du Red Star, ni l’équipe de 4ème Œil Corporation, ni le journal So Foot.

Quand il prétendra avoir joué contre Michel Platini alors que celui-ci était à Saint-Etienne, on s’accrochera à notre fauteuil puisque Platini n’y aurait joué qu’entre 1979 et 1982. Je veux bien qu’on puisse avoir une mauvaise mémoire des dates, mais une telle mauvaise mémoire des événement me paraît quant à elle plus difficile à avaler.

Le doute va s’étendre jusqu’à la véracité du décès de la compagne de Stéphane Bourgoin du fait de l’agression d’un tueur en série.

Afin de préserver la mémoire de la victime qu’il désigne par le prénom Elein, Bourgoin n’a jamais donné de précision sur le nom de famille de celle-ci ou le nom de son assassin.

En reprenant l’année de l’assassinat, la date d’arrestation, les lieux du jugement et de l’incarcération ainsi que le mode opératoire utilisé, l’équipe de 4ème Oeil ne retrouvera aucun serial-killer emprisonné pour avoir assassiné 10 victimes après les avoir violées, démembrées, décapitées ou éviscérées (là encore Bourgoin ne donne pas toujours les mêmes détails en interview) entre 1976 et 1978 sur le secteur de Los Angeles, et condamné à mort.

Si l’on peut éventuellement accepter qu’un certain flou soit maintenu par Bourgoin pour préserver la famille de la victime, le fait est que pour l’équipe de 4ème Oeil Corporation, on serait au-delà du flou et dans une totale fiction si on ne se base que sur les éléments donnés par l’intéressé.

Et l’on peine à comprendre pourquoi il aurait donné autant de détails potentiellement faux sur ce qui ne serait qu’une pure fiction au lieux de se contenter d’en dire le moins possible en ne précisant rien des circonstances de la mort de sa compagne, ce qui aurait pu être un choix respectable.

Cette perte est présentée comme fondatrice du devenir de Stéphane Bourgoin en tant que spécialiste du crime en série.

Les questionnements sur la véracité de cette perte sont d’autant plus vénéneux qu’un autre pilier de sa légende personnelle est sévèrement attaqué par l’enquête de 4ème Oeil Corporation, et c’est à titre personnel ce que je trouve le plus troublant d’autant qu’il semble que même le journal Le Monde vienne corroborer ces doutes (dixit la page wikipedia consacrée à Bourgoin).

Après vérification de 4ème Oeil Corporation auprès des responsables du FBI, Stéphane Bourgoin n’a jamais été admis au programme de formation des profileurs de Quantico. Bourgoin parle d’une formation en deux fois six mois à Quantico et produit un badge à l’appui de ses affirmations.

Or les responsables contactés posent que le badge n’est qu’un badge de visiteur valable 24 heures datant de 1992, que la formation des profileurs n’est ouvertes qu’aux policiers américains et ne dure que 14 semaines.

Dans une interview, Bourgoin parle du fait qu’il aurait mis des centaines d’heures d’interviews de serial-killers américains réalisées dans les années 1980, à disposition du FBI qui les auraient utilisées dans ses programme de formation. Cela serait démenti par les autorités du FBI contactées. Personne n’aurait souvenir de Stéphane Bourgoin au FBI.

Si Bourgoin prétend avoir interviewé 77 tueurs en série, ses premiers documents attestés d’interviews de serial-killers dateraient de 1991.

Entre cette date et 2010 il n’aurait pas interviewé plus de 9 serial-killers, et pour l’un d’entre eux, il rapportera au moins trois versions différentes dans certaines interviews.

Il prétendra avoir été victime d’une tentative de meurtre par étranglement par l’un de ses interviewé, puis que celui-ci s’était contenté de lui jeter des objets au visage… et dans le livre où il relate l’interview en question, il écrira seulement que le sujet a posé son micro et serait parti.

Enfin, les vidéos de 4ème Oeil Corporation prétendront établir que Stéphane Bourgoin s’est attribué des interrogatoires ou anecdotes arrivées à d’autres enquêteurs, soit qu’il a pu rencontrer, soit dont il a pu lire les livres non publiés en France.

Et cerise sur le pompon ! Bourgoin prétendait dans certaines interviews détenir les cendres du tueur en série Shaefer, expliquant que sa famille avait refusé de les reprendre.

Il prétendait – excusez moi, c’est gore ! – remettre un petit échantillon de ces cendres aux personnes venant assister à une de ses conférences et qui viendraient ce jour là pour faire dédicacer son dernier bouquin.

Or, la conférence a été annulée… Peut-être parce qu’il n’avait pas les dites cendres ?

En effet, 4ème Oeil a pu prendre contact avec la sœur de ce criminel… et les cendres étaient toujours en possessions de la famille aux dernières nouvelles.

Pour résumer… Stéphane Bourgoin qui sans jamais démentir, s’est laissé présenter comme profileur et criminologue sur maints plateaux de télévision n’a jamais eu aucun diplôme ou aucune formation en rapport et n’a jamais contribué à établir des profils pour des enquêtes en cours.

Aucune recherche ne permet de déterminer s’il a bien eu une compagne assassinée par un serial-killer sur la base des informations qu’il veut bien donner, et les autorités du FBI démentiraient l’avoir formé au profilage ou avoir jamais reçu de lui les enregistrements de centaines d’heures d’interviews de serial-killer qu’il prétend leur avoir donné.

Ses premières interviews vérifiées remonteraient seulement à 1991 et on ne peut en établir que 9 sur les 77 annoncées.

[Mot du Cannibal : contrairement à ce qu’il a toujours dit, il n’a pas rencontré Charles Manson !! Bourgoin raconte différentes versions de cette rencontre. Celle qu’il utilise le plus fréquemment : Manson se serait assis sur un dossier de chaise, de manière à surplomber Bourgoin pour le dominer. Cette anecdote est, elle aussi, copiée sur la rencontre réelle décrite par J. Douglas dans son livre “Mindhunter” (1995).]

Ses livres seraient essentiellement des copiés/collés de rapports et interviews menés par d’autres, dont il s’attribuerait facilement le travail développé dans des livres non traduits en France.

A cela s’ajoute un grand nombre de déclarations en interviews qui se seraient révélées fantaisistes après vérification.

Il aurait été par exemple pendant des années le voisin de Stephen King… Sauf que pendant que Bourgoin prétendait vivre entre Los Angeles et New-York… le King n’avait pas quitté le Maine… faudra qu’on m’explique…

La chaîne Youtube de 4ème Oeil Corporation a dû fermer car Bourgoin prétendait les attaquer pour atteinte à ses droits d’auteur, mais les vidéos peuvent se retrouver ici :

https://www.youtube.com/channel/UCrabObncGxflFKpk_AKVsVQ

[Mot du Cannibal Lecteur : Bizarrement, lorsque j’ai voulu insérer les liens des 2 vidéos que l’on retrouve plus haut, WP me disait que les adresses n’étaient pas valides… Hors je les avais sous les yeux, le copié-collé était exact et elles ne sont apparues sur la page que lorsque j’ai directement copié les URL des vidéos. Pourquoi, je n’en sais rien ?]

Je vous recommande de ne pas perdre votre temps sur les autres vidéos prétendant traiter du sujet et qui pour la majorité d’entre elles ne sont que des « putes à clics » permettant à certains Youtubeurs de capter de l’audience.

Moi un type qui ose faire une vidéo là-dessus en avouant n’avoir jamais ouvert un livre de Bourgoin parce que la lecture c’est « pas on truc » je ne le trouve pas crédible…

Et un pseudo psy qui sous couvert de son diplôme se permet des élucubrations publiques sur l’état psychique d’un type qu’il n’a pas reçu au mépris de la déontologie et de la rigueur clinique… ou ne comprenant pas que dans l’attrait pour le crime, il n’y a pas forcément de processus pathologiques (cela peut être une sublimation intellectualisée permettant de contrôler ses propres pulsions agressives, ce n’est pas plus ni moins normal que de pratiquer la boxe ou que d’aller insulter l’arbitre et l’équipe adverse dans les gradins d’un stade), en confondant santé psychique et norme morale… Et bien ça n’apporte absolument rien au débat.

Depuis la polémique en plein confinement, Stéphane Bourgoin ne s’exprime plus sur les réseaux sociaux. Il n’a apporté pour le moment aucun élément permettant de le justifier.

On ne sait pas si les conférences qu’il devait donner seront maintenues, reprogrammées… ou déprogrammées.

J’avoue avoir un peu les boules… Et en même temps, même si c’est facile dans l’après coup de crier avec tout le monde que l’Empereur est tout nu…

Je reconnais avoir toujours été troublée par la façon dont cet homme pouvait parler en interview.

La relative simplicité de ses raisonnements et de sa verbalisation, au-delà de la construction de ses phrases, sa difficulté à sortir des ficelles un peu automatiques que l’on peut trouver dans les films américains (« c’est un individu blanc, entre 25 et 40 ans, supérieurement intelligent mais maintenu à une position subalterne à cause de son comportement social, sa mère était abusive, il a fait pipi au lit très tard et torturait des petits animaux… ») contrastait fortement avec le statut d’intellectuel et de grand spécialiste parvenant à des raisonnements inédits dont on pouvait le parer.

Je ne retrouvais pas dans la simplicité du discours de cet homme, la complexité des problématiques auxquelles il se frottait dans ses livres. Mais est-ce une preuve en soi ?

Mot du Cannibal : je n’ai jamais regardé Bourgoin parlant des serial-killer à la télé – ben non ! – même si j’ai lu quelques uns de ses ouvrages (Le livre rouge de Jack l’éventeur et 999 ans de serial-killer).

Je suis tombée des nues lorsque ça a commencé à émerger puisque, comme de bien entendu, je ne connaissais pas non plus la biographie de l’homme. Désolé, mais le côté people des auteurs, acteurs,… je m’en mouche le Mohican.

D’ailleurs, c’est il y a quelques années – 3 ans ? – que j’avais appris par la bouche d’un de mes bouquinistes qu’il avait perdu sa compagne, tuée par un tueur en série, en Amérique… Je cherchais des romans sur Jack The Ripper et le vendeur m’avait demandé si j’avais lu celui de Bourgoin. Réponse positive de ma part, là-dessus, il m’avait brossé un mini bio de l’auteur.

Wiki avait confirmé et je n’avais pas été plus loin.

Au vu de l’article du Monde que j’ai lu, le doute n’est plus permis. Bourgoin a menti, il s’est inventé une vie, sans doute plus chouette que la sienne et puis, un jour, à force de mentir, on croit à son mensonge, on est tellement dedans qu’on ne sait plus en sortir, alors, on continue.

Ce qui me chagrine dans l’affaire c’est qu’il semble avoir franchi le point Goodwin en disant que dénonciations des enquêteurs de 4ème oeil « renvoient à une sombre période de l’histoire de France, où les délateurs adressaient des lettres anonymes pour dénoncer leurs voisins auprès du régime de Pétain »… Raccourci facile qui ne veut rien dire, monsieur Bourgoin !

D’ailleurs, maintenant, il se tait dans toutes les langues et la crise du Covid facilite la tâche, on ne parle plus de rien d’autres, même plus de la fille naturelle du Roi Albert II !

Le pire, c’est que se sont ses plus grands fans qui ont senti les couilles dans la pâté puisque eux, contrairement à moi, le suivait dans tous ses interviews !

Extrait trouvé sur https://www.lignes-de-cretes.org/wp-content/uploads/2020/04/Enqu%C3%AAte-bourgoin-complete.pdf :

A ce propos 4ème corporation a interrogé John Douglas, l’un des fondateurs de ce programme et l’une des nombreuses « connaissances » de Bourgoin. Il répond : « Stéphane Bourgoin est délirant et un imposteur. Je n’ai jamais entendu parler de lui,de même que mes anciens collègues. Nous avons un stage de police, mais il n’aurait pas été invité, à moins d’être un enquêteur de police assermenté, chose qu’il n’est pas. Nous n’avons également jamais dispensé de formation de profilage criminel à une personne venant de France. (…) J’espère qu’il ne témoigne pas dans des affaires criminelles en tant qu’expert. (…) Il semble que Bourgoin soit devenu un expert en lisant des livres, le mien en particulier. »

Sansure.fr : Le collectif 4ème Œil Corporation, composé de 8 personnes qui souhaitent rester anonyme, a réalisé une très large enquête sur Stéphane Bourgoin. Ses derniers ont repris les nombreuses déclarations et histoires du prétendu criminologue et ont constaté d’incroyables incohérences et un non-respect évident des victimes. Le collectif s’est alors penché sérieusement sur son cas et a sorti une dizaine de vidéos sur YouTube afin de faire éclater la vérité. « Nous nous sommes bêtement rencontrés sur une page Facebook traitant des tueurs en série. En discutant ensemble, on a remarqué qu’on avait tous des doutes concernant sa compagne et d’autres incohérences. On a donc décidé de creuser un peu le truc, sans jamais imaginer qu’il y aurait tant de mensonges. En voyant tout cela, et en remarquant surtout qu’il bafouait totalement le respect envers les victimes on a décidé de poursuivre notre enquête et de tout balancer ».

4ème Œil Corporation s’interroge alors sur l’intérêt que Stéphane Bourgoin trouve à raconter ces histoires, pleines d’insanités, qu’il n’a pas vécu et avec lesquelles il se ferait mousser, dans les médias qui l’invitent et dans les conférences qu’il organise. Surtout qu’il se mentirait à lui-même… Le collectif a tenté de contacter l’homme à plusieurs reprises, notamment via sa page Facebook, mais elle a été fermée.

Entre temps, les réactions de Stéphane Bourgoin ont été de bannir les internautes qui s’interrogeaient via des commentaires sur son compte et de publier un message dans lequel il a indiqué que « ses accusateurs renvoient à une sombre période de l’histoire de France, où les délateurs adressaient des lettres anonymes pour dénoncer leurs voisins auprès du régime de Pétain ». Face à ce silence, une lettre ouverte lui a été adressée. En attendant, leurs vidéos permettront sans doute de délier certaines langues qui restent muettes pour l’heure.

Dompteur d’Anges : Claire Favan

Titre : Dompteur d’Anges

Auteur : Claire Favan
Édition : Robert Laffont – La Bête Noire (16/02/2017)

Résumé :
On ne choisit pas sa famille.
Encore moins celle de son ravisseur…

Condamné pour un meurtre qu’il n’a pas commis, Max Ender a été jeté en pâture à ses codétenus par ceux-là même censés assurer l’ordre et la discipline au sein de la prison. Lorsqu’il est reconnu innocent et libéré, ce n’est plus le même homme.

Il n’a désormais plus qu’une seule idée en tête : se venger de cette société qu’il hait par-dessus tout.

Critique :
Jamais de la vie je n’irai demander une dédicace à Claire Favan dans un salon du livre ! J’aurais bien trop peur de me faire enlever, torturer, martyriser, embrigader, décapiter, écarteler, éviscérer ou pire, si affinités !

Non mais ho, je me méfie d’elle, moi, après avoir lu quelques uns de ses romans mettant en scène des espèces de psychopathes qui, de près, ressemble à des gens comme elle et moi.

D’ailleurs, si ça se trouve, madame Favan écrit depuis une prison de haute sécurité, dans le quartier des pervers psychopathe où tout le monde porte une muselière. Tiens, c’était peut-être elle qui buvait son repas à côté de moi à la cantine, hier midi…

Le gentil Max Ender avait tout pour avoir une petite vie tranquille et peinarde, lui qui n’était pas spécialement pourvu d’un cerveau éveillé mais qui savait manier ses dix doigts pour bricoler tout et n’importe quoi.

Hélas, une condamnation injuste et un comportement vachard de la part des matons va en faire une bête féroce à sa sortie de prison, lavé du crime pour lequel on l’avait injustement embastillé.

[…] c’est que s’ils ont fait emprisonner un innocent, c’est un être assoiffé de vengeance et ivre de haine envers la société qu’ils contribuent à libérer.

Max, Max… Mais putain, on n’a pas idée d’une vengeance aussi horrible ! C’est abusé, ce que tu as fait, mon petit Max et là, je ne suis plus d’accord avec toi. Quelques soient les sévices qu’on t’a infligé, à tort, tu n’avais pas à aller aussi loin.

« Qu’est-ce que vous auriez fait à la place de Max, vous ? » Et bien moi, je me serais vengée toute seule comme une grande, ou alors, j’aurais engagé des tueurs à gages, des petites frappes, mais jamais je n’aurais corrompu des gamins comme Max l’a fait, déléguant ainsi sa vengeance et semant le chaos et la destruction sur son passage, certaines morts étant purement gratuites.

La construction de l’histoire fait un peu penser à un Columbo : le lecteur sait beaucoup plus de choses que les flics et l’agent du FBI mais il ne sait pas comment l’agent Caldwell va remonter la piste de Max Ender et de ses tueurs ou tout simplement s’il va y arriver…

Ni comment une certaine personne va s’en sortir alors qu’elle est engluée dans une toile d’araignée de mensonges, de dissimulations et qu’a chaque moment elle peut se faire découvrir… Là, j’ai eu des palpitations.

Le défaut de ce roman sera sans contexte son résumé qui en dit trop sur l’histoire et à cause de lui, durant toute la première moitié du roman, je me suis demandée qui allait trahir ! Un autre moment qui m’a déplu, c’est les dialogues durant jeu de séduction et pendant une partie de jambe en l’air entre deux personnages.

Ce n’est pas un exercice facile que d’écrire une scène de séduction ou de sexe, et rare sont celles qui sonnent « justes » et pas trop mielleuses, mais je ne vais pas pinailler là-dessus, vu que tout le reste est aux petits oignons.

Entre nous, j’ai adoré les petits clins d’œil de madame Favan à l’égard de certains de ses collègues écrivains, notamment Olivier Norek et Nicolas Lebel qui se retrouvent à jouer dans une série télé; ou avec un officier du FBI du nom de Jacques Sausser (Jacques Saussey, qui l’a aidé pour le roman) et un certain Daniel Mehrlicht et un Victor Coste en voyage de flics retraités (personnages de Nicolas Lebel et d’Oliver Norek) !

— […] seuls Daniel Mehrlicht et Victor Coste sont encore là. […] Et Mehrlicht et Coste sont deux policiers en retraite venus dans le coin pour pêcher.

Nick Lebel est penché sur le lit d’hôpital de son ex-femme qu’il aime encore désespérément malgré leurs incessantes disputes. En retrait, son coéquipier et meilleur ami, Oliver Norek, lui promet qu’il va retrouver le fumier qui a fait ça. 

Un roman que j’ai dévoré en peu de temps, entrant dans le vif du sujet directement, souffrant avec ce pauvre Max de son emprisonnement et le voyant, horrifiée, se transformer en « endoctrineur » que ne renierait pas les groupements terroristes car notre homme est comme eux : il vomit sur la société, mais il continue de vivre dedans et d’en profiter ! Elle n’est qu’un prétexte pour dresser ses jeunes recrues.

Il savait bien qu’une idée implantée et martelée indéfiniment finirait forcément par pénétrer leurs jeunes esprits, isolés et fragilisés.

— La société, c’est juste l’excuse qu’il a utilisée pour nous retourner le cerveau, comme d’autres utilisent Dieu, assène Cameron.

Pas de temps mort, des moments durs, c’est le genre de roman déconseillé aux personnes sensibles, des personnages bien campés, une écriture agréable à lire, des situations plus tendues que la ficelle d’un string et de la sueur entre les omoplates pour un personnage et le lecteur.

Niveau suspense et passages difficiles, nous sommes servis car ce n’est pas toujours gai de voir un enfant se faire battre et endoctriner, et il est encore pire de le voir changer et devenir un démon, alors qu’il avait tout d’un petit ange.

Anybref, j’ai vraiment passé un excellent moment avec le dernier roman de la terrible Claire Favan et je me suis même attachée à un personnage alors qu’il n’a rien d’un ange.

De plus, le titre était bien trouvé et la couverture aussi : une cage avec des plumes, comme si deux oiseaux s’étaient battus et on remarquera même un des barreaux de la toute petite cage qui est cassé.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Tony Chu, détective cannibale – Tome 1 – Goût décès : John Layman & Rob Guillory

Titre : Tony Chu, détective cannibale – Tome 1 – Goût décès

Titre : Tony Chu, détective cannibale – Tome 2 – Un goût de Paradis

Titre : Tony Chu, détective cannibale – Tome 3 – Croque mort

Scénariste : John Layman
Dessinateur : Rob Guillory

Édition : Delcourt (2010 / 2011 / 2012)

Résumé :
L’Inspecteur Tony Chu a un secret. Ou plutôt un pouvoir… Enfin, quelque chose d’un peu bizarre qui fait de lui un cibopathe. Cela signifie qu’il est capable de retracer psychiquement la nature, l’origine, l’histoire et même les émotions de tout ce qu’il ingurgite.

Cela fait de lui un enquêteur de premier ordre, notamment lorsqu’il doit « goûter » à la victime d’un meurtre pour coincer le criminel… Ses capacités hors du commun vont l’amener à enquêter sur des affaires plus étranges les unes que les autres…

tonychu_1

tony-chu-detective-cannibale-tome-1-gout-decesCritique :
Pour une fois, je vais groupir trois critiques en une seule : les trois premiers tomes de la série « Tony Chu, le détective cannibale ».

Tony, flic, est cibopathe… Non, ça n’est pas contagieux, restez-ici.

Non, ce n’est pas non plus un truc sexuel qu’il ferait… Ou un état qu nécessite un internement.

Cela veut seulement dire que lorsqu’il croque dans une pomme, il peut détecter les 36 produits chimiques qu’elle a reçu, qui l’a coupée et si, d’aventure (en aventure), il s’attaquait à une tranche de bacon, il saurait tout sur la mort du pauvre cochon.

S’il avait mangé des lasagnes de chez Findus, il aurait aussitôt détecté, non pas l’anguille sous roche, mais le cheval sous le bœuf.

Étonnante série que je viens de commencer, là… Un flic qui peut découvrir les planques où se trouvent des cadavres rien qu’en mordant un suspect, pareil pour le code secret d’un coffre, juste en léchant le sang du détenteur…

Je vous le dis de suite, vaut mieux avoir l’estomac bien accroché pour lire cette sympathique saga qui sort des sentiers battus avec son pitch pour le moins « pas banal ».

Par contre, je viens d’apprendre qu’en anglais, cette série se nommait « Tony Chew » et qu’il y avait un jeu de mot dans le nom, car « to chew » veut dire « mâcher ».

Pourquoi avoir changé le nom ? Parce que le francophone estt incapable de comprendre ? Merci, c’est gentil ! MDR

Cette série, policière, est assez futuriste puisque nous sommes dans un monde où la consommation de poulet a été interdite pour cause de grippe aviaire qui a fait des millions de morts.

Le poulet s’échange donc sous les manteaux et se vend très cher au marché noir. Mais n’y aurait-il pas des complots et des magouilles là-dessous ??

Ce que j’ai aimé, dans cette série, en plus de son pitch amusant, c’est le côté décalé et humoristique. Il y a de l’humour, des situations cocasses, du suspense, des enquêtes, des retournements de situations, des coups fourrés…

De plus, j’aime le fait que l’auteur commence souvent un chapitre par un flash-back, ou  une scène qui s’est déroulée bien avant, ou parfois même, une scène que nous verrons après.

Il faut être aussi attentif pour lire toute les petites choses écrites dans des cadres, des journaux,… C’est souvent drôle !

Le seul point faible c’est que le fil rouge est assez mince et qu’une fois lu les trois premiers tomes, il faut se poser afin d’être sûr qu’on a rien loupé.

Pour le reste, chaque album n’a pas toujours une intrigue principale qui se détache, mais plusieurs petites qui se regroupent, le tout formant le fil rouge.

Pour le premier tome, j’avais trouvé que les personnages n’étaient pas assez développés, mais je remarque que l’auteur nous en apprend plus sur eux au fil des tomes.

En tout cas,  j’ai hâte de découvrir la suite des enquêtes de Tony Chu !

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

BILAN LECTURE - Veux la suite t'excites pas

Enregistrer

Enregistrer