Bouncer – Tome 02 – La pitié des bourreaux : Alejandro Jodorowsky et François Boucq

Titre : Bouncer – Tome 02 – La pitié des bourreaux

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : François Boucq

Édition : Les Humanoïdes Associés (2002)

Résumé :
Bouncer et Seth sont bien loin du tumulte de Barro City. Le manchot a emmené son neveu dans un endroit retiré, une vallée où lui-même a été initié au maniement des armes et au contrôle de soi.

Seth entame une longue initiation, où souffrance et privation seront son quotidien. Sera t-il prêt à temps pour venger la mort de ses parents ?

Critique :
Dans ce deuxième tome, on clôt l’arc narratif de la vengeance de Seth.

Notre jeune garçon est parti avec son oncle, le Bouncer, pour apprendre à manier les armes, chez celui qui apprit à son oncle à se battre.

L’apprentissage du jeune Padawan ne sera pas chose facile mais au moins, les auteurs ne se sont pas trop épanché dessus, ne nous faisant partager que les scènes les plus mythiques.

Si j’avais trouvé que dans le premier album, le scénariste semblait avoir mis toutes les horreurs possibles et imaginables, toutes les perversions, tout ce qui était le plus abject, il s’est un peu calmé dans son deuxième tome, même si nous sommes toujours très loin de La Petite Maison Dans La Prairie (et heureusement que nous en sommes loin).

L’Ouest dépeint est plus réaliste que celui de Lucky Luke, il est violent, fait de morts, d’attaques de diligence, de ségrégation, de petits esprits, de violences et de morts par les armes à feux.

Si j’ai trouvé que Seth tombait un peu trop vite amoureux et que son histoire d’amûr n’était pas réaliste, tout le reste était profond à souhait et le dilemme dans lequel ses pères littéraires vont le placer est pervers à souhait. Ça, par contre, j’adore !

Le final est assez conventionnel, même si on a une pointe d’horreur avec le diamant retrouvé (je ne vous dirai pas où il était caché) et il termine d’une manière honorable l’arc narratif commencé dans le tome 1.

Si après ces deux albums, la série n’avait pas continué, les lecteurs ne seraient pas restés sur leur faim.

De nos jours, ceux qui n’en veulent plus peuvent s’arrêter après deux stations s’ils estiment que leur chemin de croix fut assez laborieux, mais moi, je continuerai l’aventure car je suis curieuse de voir ce que les tomes suivants me réservent.

Bouncer, ça avait mal commencé entre nous et là, ça c’est réchauffé.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°102].

La Culasse de l’enfer : Tom Franklin

Titre : La Culasse de l’enfer

Auteur : Tom Franklin
Édition : Livre de Poche (2007)
Édition Originale : Hell at the Breech (2003)
Traduction : François Lasquin et Lise Dufaux

Résumé :
1897. Dans un coin reculé de l’Alabama, un homme est assassiné dans d’étranges circonstances. Pour le venger, ses proches forment une société secrète, « La Culasse de l’enfer », décidée à rendre sa propre justice.

S’engage dès lors, entre les métayers blancs et les propriétaires fonciers des villes voisines, une guerre fratricide où il n’y a ni innocents ni coupables, mais du sang et de la douleur…

À partir d’un fait historique, Tom Franklin déploie une magnifique fresque romanesque, sociale, policière et humaine. Un récit âpre qui explore les replis obscurs de l’âme.

Critique :
Comment une connerie de gamins peut dégénérer en tuerie généralisée…

Une attaque qui tourne mal, un coup qui part tout seul et l’homme, un marchand prospère, s’effondre sous les yeux atterrés des deux gamins.

Le cousin de l’épicier prospère monte alors un gang, composé des métayers du coin car, pour lui, les coupables sont ceux de la ville, les notables, ceux qui les regardent de haut, qui les font crever à petit feu, qui les saignent par toutes les veines.

Une fois de plus, nous sommes loin de La petite maison dans la prairie.

Pas envie de chanter ♫ Sweet home Alabama ♪ car si l’Alabama n’est pas tendre, ses habitants ne le sont pas non plus.

Tom Franklin est un excellent conteur, il prend le temps de placer l’action, ses personnages, de planter les décors, le tout avec des faits de la vie de tous les jours.

Sans même que l’on s’en rende compte, on a l’impression, au fil de notre lecture, de tout savoir sur les habitants « cul-terreux » du bled de Mitcham Beat, comté de Clarke, Alabama.

Les notables tiennent leurs métayer par la peau de la bourse car chaque année les paysans doivent emprunter de l’argent pour arriver à mener à bien leurs récoltes. Un cercle vicieux.

L’auteur s’est servi des faits réels pour son roman, tout en les transformant : il situe son action plus tard et ajoute ses propres personnages, mêlés à ceux qui ont réellement existé.

Le drame se jouera sous nos yeux et il faudra attendre la fin du roman pour en voir toute l’étendue sordide. C’était déjà glauque et là, ça le deviendra encore plus. On en ressort lessivé et essoré.

Sans que l’auteur ait porté un jugement sur tel ou tel personnages ! Non, lui il s’est contenté de nous les présenter, de leur donner vie, de leur donner une profondeur, même dans les personnages secondaires. Tous sont ambigus, personne n’est tout blanc, ni tout noir. Tout le monde est réaliste.

Ce qui est le plus glaçant, ce n’est pas tellement le braquage de l’épicier qui vire au drame, ni même son cousin qui monte un gang pour se défendre, mais la manière dont cela va tourner au vinaigre, à la vendetta personnelle car dès qu’un homme a un fusil ou un revolver entre les mains, ça dégénère.

Comme dans les bonbons Kiss Cool, il y aura un double effet glaçant lorsque le juge réunira des anciens soldats, des notables, pour se mettre en chasse de la bande qui met la région à feu et à sang… À se demander qui sont les salopards dans tout cela, les métayers ou les notables…

Nous avions vécu des injustices, dans ce récit, elles continueront, prouvant que les notables, une fois armés, n’ont pas plus de discernement que les culs-terreux et mêmes les innocents feront les frais de leur fausse justice au vrai airs de vendetta.

Ce roman western arrive à jongler habillement avec l’action et la sociologie, nous offrant un récit glaçant, réaliste, où le lecteur aura sans cesse le cul entre deux chaises tant les personnages sont ambigus mais pas toujours dépourvu d’humanité.

Un roman brut, une plume magnifique et des événements qui vont s’enchaîner lentement mais inexorablement, comme après la chute d’un premier domino qui va avoir des conséquences terribles pour tous ceux qui les touchent de près ou de loin.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°59] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

L’Homme en armes : Horacio Castellanos Moya

Titre : L’Homme en armes

Auteur : Horacio Castellanos Moya
Édition : Métailié (13/02/2020)
Édition Originale : El arma en el hombre (2001)
Traduction : Roberto Amutio

Résumé :
Surnom : Robocop.
État de service : sergent dans le corps d’élite du bataillon Acahuapa. Démobilisé à la fin de la guerre civile en 1991 après les accords de paix au Salvador.

Juan Alberto García, ancien d’un escadron de la mort, souffre de son retour à la vie civile. La guerre est terminée sur le papier, mais en fait elle se poursuit dans les ténèbres de cette société opaque, et Robocop, qui ne connaît d’autre métier que celui de tuer, devient l’homme de main de diverses factions rivales.

Acide et haletante confession d’un homme sans âme pris dans l’engrenage d’un système corrompu.

Avec L’Homme en arme, Horacio Castellanos Moya dépeint sans pitié et avec un humour noir cruel les convulsions d’une société pourrie par la guerre et les injustices.

Critique :
Qu’on se le dise, le Robocop de ce roman n’est pas celui du film du même nom. Ce n’est même pas un Homme reconstitué car Robocop est juste un surnom.

C’est une machine à tuer, mais sûrement pas à penser.

Juan Alberto García, de son vrai nom, fut sergent dans l’armée du Salvador, dans le bataillon Acahuapa, pendant la guerre civile.

Tel un Rocky qui ne sait que boxer, notre Juan ne sait rien faire d’autre que se battre, tuer et faire la guerre, puisqu’on ne lui a appris rien d’autre que ça. Démobilisé avec une prime de trois mois de salaire, Robocop est une grenade dégoupillée qui va sauter un peu partout.

Je vous passerai le détail de toutes ses exactions, ses crimes, ses assassinats pour zéro pesos… Le roman est cru, l’auteur ne prend pas des gants et appelle un chat un chat. C’est sanglant, violent et bien souvent, elle est gratuite, comme assassiner deux petits vieux pour finalement n’arriver à rien leur voler.

Robocop est une machine à tuer qui fait ce qu’on lui dit de faire, qui tire là où on lui dit de tirer et si l’auteur voulait démontrer l’absurdité des guerres et des hommes que l’on forme pour être impitoyable durant celles-ci, le but est atteint.

Par contre, une fois de plus, je ne me suis pas retrouvée dans ce récit violent où aucun personnage n’est attachant car peu développés.

Le récit est sanglant, Robocop travaille avec plusieurs patrons, selon l’endroit où il s’est échoué puisque de toutes façons, des tas de factions rivales se font toujours la guerre.

Je l’ai survolé, me demandant dans quel bourbier littéraire j’avais été me foutre et heureusement pour moi, le roman n’était guerre épais. J’en suis vite venue à bout, accomplissant, tel un hélicoptère, quelques survols lointains avant de l’envoyer dans un coin, une fois terminé.

À oublier et au suivant, une fois de plus !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XXX et Le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 07].

Un homme à terre : Roger Smith

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Titre : Un homme à terre

Auteur : Roger Smith
Édition : Calmann-Lévy (2016)

Résumé :
Cela fait dix ans que l’homme d’affaires John Turner et son épouse Tanya ont quitté Johannesburg pour s’installer près de Tucson en Arizona. Ils ont une fille de neuf ans et le couple prospère grâce à un brevet d’aspirateur de piscine.

Le tableau paraît idyllique, mais ne l’est absolument pas : John, qui est tombé amoureux de son assistante, veut divorcer. Tanya, qui déteste et son mari et sa nouvelle vie américaine, refuse catégoriquement et menace de le faire chanter.

canon-revolver-156781Critique :
Un homme à terre, ce pourrait être moins grave qu’un homme à la mer, non ?

Et bien après avoir lu ce roman, je peux vous dire que John Turner a beau avoir été sur le plancher des vaches, sa vie a pris l’eau de toute part et qu’il a eu l’impression de se noyer dans sa merde, dans son passé, dans ses péchés et je pense qu’il aurait mieux aimer sombrer dans l’océan plutôt que lors de cette horrible soirée mémorable.

D’ailleurs, notre John Turner, en a vécu d’autres, de putain d’horribles journées ! Mais ici, je pense qu’il vient de décrocher le pompon ou que la Madame La Poisse l’aimait vraiment bien car si ce n’était pas la première fois qu’elle lui collait aux basques, mais là, elle lui a offert l’apothéose.

Ceci est un roman violent, à ne pas mettre entre toutes les mains, ni sous tous les yeux. Moi même j’ai trouvé que, à un moment donné, on sombrait dans la surenchère de violence, qu’elle n’était absolument pas justifiée et j’ai déconnecté lors d’un chapitre particulièrement gore.

Roger Smith ne tourne pas autour du pot quand il vous livre un récit, ce n’est pas son style, il donne même l’air d’être de mauvais poil envers ses personnages, tant il va nous en brosser un portrait peu flatteur. Et pourtant, John a beau être une belle enflure, on l’apprécie quand même et on se dit que non, il n’avait quand même pas mérité pareil traitement !

Quoique… Au fil des pages, on se demande s’il n’a pas mérité ce qui vient de lui tomber sur le râble. J’avoue que je n’ai toujours pas tranché si oui ou non il le méritait vraiment…

Deux histoires se croisent et s’entrecroisent, en alternance dans les chapitres : une qui s’est déroulée en Afrique du Sud, il y a 10 ans, quand John Turner était un alcoolique drogué, dealeur, une loque, une lavette et que sa future femme, Tanya, était une suceuse de queue (elle n’a pas changé) défoncée et maigrichonne.

Il s’est passé un truc horrible en Afrique du Sud, dans la ville de Jo’Burg (Johannesburg)… Si vous lisez ce roman, vous ne pourriez pas y échapper.. Faudra vous accrocher.

À vous de juger si John Turner est coupable ou la victime d’un flic corrompu et des ravages des différentes drogues mélangées à du Jack’s. Ou le contraire (le Jack’s mélangé à des drogues). Pour moi, il bénéficie de circonstances atténuantes. Bien que…

Mon jugement restera en balance indéfiniment car John Turner n’était certes pas tout blanc, mais pas tout noir non plus. Sa rédemption, il tentait de la faire du mieux qu’il pouvait. Et sa femme, ma foi, n’était pas une sainte non plus.

L’autre récit, c’est celui de maintenant, en Arizona, là où il vit avec Tanya et leur fille, Lucy. Sa vie et celle de sa femme vient de basculer dans l’horreur, dans l’indicible et au fur et à mesure du récit, nous serons nous aussi frappé par ce que nous apprendrons.

J’avoue avoir eu un peu de mal au départ, avec cette alternance de chapitres car elle est si bien réalisé que la fin d’un est le commencement de l’autre, une sorte de prolongement entre ce qui est arrivé au présent et ce qui est survenu au passé.

Franchement, c’est bien fichu, mais au départ, cela avait de quoi me perturber avant que la pièce ne tombe dans mon cerveau.

Au final ? Uppercut dans ta gueule, dans le plexus, K.O debout. Pas de temps mort, pas de Bisounours, pas de répit, pas de pitié.

Oui, Roger Smith est sans concession aucune pour ses personnages : ce ne sont pas des héros, John Turner encore moins et Tanya, son épouse, on aurait bien envie de la flinguer tant c’est une chieuse de première et une mère horrible envers sa fille, Lucy.

– Ramène tes fesses à l’intérieur, espèce de petite garce ! cria Tanya, sa mère.
Turner la vit empoigner Lucy par les épaules, la propulser dans la maison, refermer d’un coup sec la baie vitrée en réprimandant l’enfant, index braqué sur elle comme un pistolet tandis que la fillette gardait les yeux rivés sur la petite voiture qui avait démarré dans un râle et s’éloignait.

Un roman violent, un roman qui nous parle aussi de l’apartheid, de l’Afrique du Sud que vous ne verrez jamais dans le « Guide Du Routard », une écriture réalisée avec des flingues, trempés dans du sang et du gore, là où j’ai moins adhéré.

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

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Je l’ai fait pour toi : Laurent Scalese

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Titre : Je l’ai fait pour toi

Auteur : Laurent Scalese
Édition : Belfond (2016)

Résumé :
Bienvenue à Lazillac-sur-Mer, dans l’univers du commandant Samuel Moss dont les armes sont le charme, la séduction et l’art du détail : rien ne lui échappe, que ce soit sur une scène de crime ou au quotidien.

Cette histoire débute quand la romancière à succès Jade Grivier est retrouvée morte chez elle, dans son bureau, suicidée. Après avoir inspecté les lieux, à sa façon, Samuel Moss conclut qu’il ne s’agit pas d’un suicide mais d’un homicide, dont il identifie immédiatement le coupable.

Le plus compliqué, maintenant, pour Samuel Moss, est de comprendre comment le meurtrier a procédé et de prouver sa culpabilité, avec élégance bien sûr, et surtout sans salir ses nouvelles chaussures sur la plage de Lazillac…

triumphCritique :
Le commandant Samuel Moss nous apprend que ses parents ont disparus alors qu’il n’avait que 10 ans… FAUX !

Après une enquête minutieuse, j’ai compris qu’en fait, notre flic de choc n’osait pas dire qu’il avait plusieurs pères et qu’il fallait garder leurs identités secrètes.

J’ai reconnu une touche de Sherlock Holmes de ne pas croire à ce qu’une scène de crime lui montre, à voir plus loin que les autres et à prendre tout le monde de court avec cette recherche minutieuse du détail.

— Ce qu’on voit est censé être la réalité, non ? se défendit-elle.
Duteil profita d’un silence pour accélérer le mouvement et se glisser entre eux.
— Ce que le commandant Moss veut dire par là, se manifesta-t-elle, c’est que les apparences sont parfois trompeuses.
Il confirma d’un signe de tête.

Par contre, ce n’est pas de son père Holmes qu’il tient cette détestable manie de ne pas vouloir se salir et de se faire passer des feuilles de papier pour poser ses genoux : Hercule Poirot a donné de sa personne aussi pour l’élégance et cette détestable manie de ne pas vouloir se vautrer par terre.

Il plongea la main dans la poche-revolver de son jean, en tira une paire de gants de latex qu’il enfila et fit claquer sur ses poignets. Cheyenne constata, avec un mélange de stupeur et d’incrédulité, que le bleu indigo des gants était identique à celui du blazer du commandant. Ce n’était pas le fruit du hasard. C’était réfléchi, voulu.

Le côté cabotin et non respectueux des règles, c’est le beau Simon Baker, Le Mentalist qui lui a donné ses gènes. Où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir et notre commandant ne se gêne pour rien et on lui passe presque tout. Il agit en électron libre, sélectionne ses affaires et dès le départ nous dit qu’il a déjà trouvé QUI a tué.

Moss était d’une incorrection sans nom, il se faisait photographier comme un vulgaire touriste dans le jardin d’une femme qui venait de se tuer […].

Même le lieutenant Columbo y a mis du sien dans le fait de s’imposer chez les suspect à toutes les heures. Le côté sans-gêne du Lieutenant – la grâce en plus – la manière qu’il avait de faire semblant de ne pas être à ce qu’il faisait, de ne pas écouter, de faire monter la pression chez les gens… Il ne manquerait plus que le gimmik avec « Ma femme » qui, pour notre Samuel Moss, deviendrait « Mes ex-femmes » et on y est.

Les sourcils froncés sous l’effet de la concentration, Moss observait le bureau Empire en acajou. Il donnait l’impression de ne pas avoir écouté, ce qui accentua le malaise du légiste.

Et cette maniaquerie, ce petit côté hypocondriaque, ses tics, ses tocs, cette manière de tout vouloir que tout soit droit, centré, cette griffe imaginaire qu’il voit sur la pare-choc de sa Triumph TR3 British Racing Green de 1957. Bon sang, mais c’est bien sûr : Monk !

En guise de réponse, Moss poussa la porte de sa main gantée. Il pâlit quand elle grinça. Après avoir ôté la cale, il la ferma et la rouvrit pour vérifier que ce grincement n’était pas le fruit de son imagination. Derrière lui, la divisionnaire leva les yeux au ciel. La concentration de Samuel Moss se révélait parfois être une petite chose fragile, un détail suffisait à la perturber.

Si vous n’avez pas encore fait connaissance avec le commandant Samuel Moss (the boss comme dit si bien David Smadj de C’est Contagieux !), il est plus que temps d’ouvrir ce roman et de découvrir un polar feel-good, un polar où on sourit, où l’on rit, où on aurait envie de frapper Moss à force de le voir tout remettre correctement dans en ordre ou dans des alignements parfaits.

Ici, on est un peu comme dans un Columbo, mais pas tout à fait : on a vite une grosse piste pour l’identité du coupable, mais on ne sait pas trop comment Moss va le découvrir, l’amener à commettre un faux pas, ni comment le coupable a procédé.

L’écriture coule toute seule, ça se lit vite, ça se lit bien, ça fait du bien au moral, les personnages sont bien typés, travaillés, avec leurs défauts, leurs qualités, ils sont touchants, exaspérants et, alors que l’on pensait tout plié, et bien non, il y a un poupée gigogne dans l’affaire !

J’ai bien ri aussi avec toutes les références aux séries policières qui parsèment le roman. Samuel Moss est un sacré mec, on ne le voudrait pas pour mari, père, frère, collègue ou subalterne, mais faut dire ce qui est : il est diablement efficace !

Par contre, sa coéquipière devrait changer de prénom car elle porte le même qu’une jument de ma connaissance… Malgré le fait que je la voyait assez chevaline au départ, j’ai appris à l’apprécier au fur et à mesure qu’elle s’est dévoilée.

Cerise sur le gâteau, j’étais dans le bon endroit pour lire ce livre car je me trouvais à la Côte d’Opale et l’action se déroule dans la ville imaginaire de Lazillac-sur-Mer, station balnéaire qui se situe en Normandie, entre Deauville et Barfleur. J’avais la plage et la mer !

Certes, ce n’est pas le futur Goncourt, mais on s’en fout parce qu’il fait du bien où il passe, ce roman policier d’un autre genre et son final est comme on voudrait plus. Digne d’un Columbo qui mangeait ou buvait avec le coupable avant de l’emmener.

Laurent Scalese, cette chronique, je l’ai fait pour toi !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

Les frères Sisters : Patrick deWitt

Frères Sisters, les - Patrick deWitt

Titre : Les frères Sisters

Auteur : Patrick deWitt
Édition : Actes Sud (2012)

Résumé :
Oregon, 1851. Eli et Charlie Sisters, redoutable tandem de tueurs professionnels aux tempéraments radicalement opposés mais d’égale (et sinistre) réputation, chevauchent vers Sacramento, Californie, dans le but de mettre fin, sur ordre du « Commodore », leur employeur, aux jours d’un chercheur d’or du nom de Hermann Kermit Warm.

Tandis que Charlie galope sans états d’âme – mais non sans eau-de-vie – vers le crime, Eli ne cesse de s’interroger sur les inconvénients de la fraternité et sur la pertinence de la funeste activité à laquelle lui et Charlie s’adonnent au fil de rencontres aussi insolites que belliqueuses avec toutes sortes d’individus patibulaires et de visionnaires qui hantent l’Amérique de la Ruée vers l’or.

15bdaf4842c9b5ab4019b53795f8801aCritique :
Si je vous dis « Brothers Sisters », vous me répondez quoi ? Non, ce n’est pas un nom de positions sexuelle tarabiscotée, c’est le nom de famille de deux frères et ce ne sont pas des funambules de cirque !

Les frères Sisters sont deux drôles d’oiseaux : l’un est mince (Charlie) et l’autre a du bide (Eli), l’un est teigneux et l’autre un peu moins, mais ce sont tout deux les rois de la gâchette et leur métier parle pour eux : tueurs professionnels pour le compte du Commodore. Un métier qui ne connait pas la crise.

— C’est lequel des deux qui parle ? Le méchant ou le gros ? Je ne veux pas parler au méchant.

« C’est un ami à vous ?
— Oui, et j’en suis fier.
— J’espère que vous lui avez fait vos adieux. Il sera mort dans moins d’une minute. »

Quand je vous disais qu’Eli le bedonnant était moins teigneux que son frère Charlie, je vous ai un tout petit peu édulcoré l’affaire : certes, il a du bide, c’est un doux rêveur et un branleur (dans le sens premier du terme) mais il tout à fait capable de vous loger une balle entre les deux yeux sans plus d’émotion que s’il se torchait le cul.

Je me levai dans l’idée de continuer à mutiler le corps, de lui vider mon chargeur dans l’estomac, mais, fort heureusement, je changeai d’avis. J’avais le pantalon toujours baissé, et après avoir recouvré quelque peu mon calme, je me saisis de mon organe pour me compromettre. Quand j’étais jeune homme, et que mes accès de colère devenaient incontrôlables, ma mère me conseillait d’utiliser cette méthode afin de retrouver l’apaisement – technique qui, depuis, m’a été fort utile.

Mon être profond commença à se dilater, comme c’était toujours le cas avant la violence; mon esprit s’obscurcit, et j’eus la sensation qu’un flacon d’encre noire se déversait en moi. Mon corps résonnait, j’étais parcouru de frissons des pieds à la tête, et je devins quelqu’un d’autre, ou plutôt j’endossai mon autre moi.

Charlie, lui, c’est le gars qui a tué des gens pour un regard de travers ou pour une parole malheureuse… Aucun état d’âmes et son crédo c’est alcool et prostituées. Et les flingues, aussi.

Leur mission du moment ? Flinguer un mec qui a volé le Commodore. Quoi ? Juste abattre un petit chercheur d’or ? Ce Hermann Kermit Warm ? Ben oui… Fastoche ! Heu, n’oubliez pas la foutue loi de Murphy, les gars…

Une lecture jubilatoire, voilà comment je pourrais résumer cet espère de road movie de l’Oregon jusqu’en Californie qui, en plus de me faire passer un excellent moment de lecture, m’a fait sourire et je me suis même attachée à ces deux tueurs aux caractères bien trempés.

Désolée, mais oui, j’ai apprécié le bedonnant Eli qui s’inquiète pour son cheval et même le Charlie qui, sous ses dehors de tueur implacable, aurait bien un p’tit coeur qui battrait pour son cadet.

Quand au cadet, lui, il a le cœur qui bat dès qu’une donzelle lui fait les yeux doux et voilà que notre caïd lui refile son pognon ! Un peu comme Dortmunder, ils ne gardent jamais longtemps leur fric, ces deux là.

Un roman où les dialogues ont de la profondeur, même si on ne le dirait pas à les voir sortir des bouches de nos deux frangins tueurs, une plume qui fait mouche, qui fait sourire, poétique, amusante, qui vous emporte au temps des ruées vers l’or et de la folie des hommes pour les pépites jaunes.

Je repensai au prospecteur perclus de tics, au prospecteur au poulet, et au prospecteur mort, au crâne défoncé, et dis,  » J’ai l’impression que la solitude des grands espaces n’est guère propice à la santé. « 

Un roman bourré des cadavres, où la vie d’un cheval a plus d’importance que celle d’un homme et où les femmes sont quasi toutes des putains, hormis la mère, une sainte.

Un roman où les hommes puent comme dis chacals mais lueur d’espoir, Eli vient de découvrir les miracles de la brosse à dent !

Assis devant la cuvette, je sortis ma brosse à dents et ma poudre et Charlie, qui n’avait pas vu mon attirail jusqu’alors, me demanda ce que je fabriquais. Je lui expliquai, et lui fit une démonstration, après quoi j’inspirai profondément : « C’est très rafraîchissant pour la bouche », lui dis-je.
Charlie réfléchit. « Je n’aime pas ça, rétorqua-t-il. Je trouve ça idiot.
— Pense ce que tu veux. Notre docteur Watts m’a dit que mes dents ne se gâteront jamais si j’utilise cette brosse comme il faut. »
Charlie demeura sceptique. Il me dit que j’avais l’air d’une bête enragée avec ma bouche pleine de mousse. Je répliquai que je préférais avoir l’air d’une bête enragée quelques minutes par jour plutôt que d’avoir une haleine fétide toute ma vie, ce qui marqua la fin de notre conversation sur la brosse à dents.

Un western original, le portrait de deux frères attachants (malgré les cadavres qu’ils sèment à la pelle) dont un, Eli, voudrait se ranger des voitures et laisser Charlie poursuivre le boulot seul…

Autant j’aspirais à la vie tranquille de commerçant, autant Charlie souhaitait continuer à vivre entre passions et violence perpétuelles mais sans plus s’engager personnellement, donnant ses instructions à l’abri d’un rideau de sbires bien armés tandis qu’il se prélasserait dans des chambres au doux parfum où des femmes bien en chair lui verseraient à boire et ramperaient par terre pareilles à d’hystériques nourrissons, le derrière à l’air, frissonnantes de rires, d’eau-de-vie, et de fourberies.

Charlie pourrait dire comme Qui-Vous-Savez : « Eli, Eli, lama sabachthani ? » (à vos wiki ! Je parie mon string brésilien rouge que personne n’en connait la signification sans l’aide d’un ordi – MDR).

Le grincement d’un lit qui gémit sous le poids d’un homme qui ne trouve pas le sommeil est le son le plus triste que je connaisse.

Les femmes ne cessaient de s’approcher de moi et de me titiller en s’asseyant sur mes genoux jusqu’à ce que mon organe s’engorge. Après quoi, éclatant de rire, elles s’écartaient pour aller retrouver mon frère ou Mayfield. Je me souviens m’être levé pour remettre en place mon appendice enflé, et avoir remarqué que mon frère et Mayfield étaient congestionnés eux aussi. Ainsi nous étions là, autour d’une table à débattre, en gentlemen civilisés, des événements du jour, avec de palpitantes érections.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Cow-Boys coucher soleil

 

Durango – Tome 6 – Le destin d’un desperado : Yves Swolfs

Durango 6 - Le destin d'un desperado

Titre : Durango – Tome 6 – Le destin d’un desperado

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Yves Swolfs

Édition : des Archers (1986) / Dargaud (1988) / Alpen Publishers (1991) / Les Humanoïdes Associés (2006) / Soleil (2007)

Résumé :
Dans un petit village du Mexique, Durango, Amos et ses guérilleros vivent cachés lorsque ceux-ci subissent la charge des « Fédérales ».

Suite à l’acharnement et au déferlement de la soldatesque, Durango et Amos parviennent non sans mal et avec grande perte à sauver leur peau et à se réfugier dans une ancienne mission proche de San Cristo.

Malheureusement, les militaires mexicains aidés de Logan et ses acolytes retrouvent la trace des fuyards…

Couv_23741Critique : 
Et bien, ce n’est pas encore dans cet album que notre fumeur de havane aux gants de cuir coupés pourra profiter de la vie et accrocher un « Home, sweet home » au-dessus de sa cheminée !

Pour clore cette trilogie consacrée à la « révolution » en territoire mexicain, ça va défourailler sec dans tous les sens du terme et il faudra faire gaffe aussi à ne pas se prendre une balle dans le dos, tirée par un serpent qui était lové dans votre sein.

J’ai beau le connaitre par coeur, j’espère toujours une autre fin, même si celle que l’auteur nous a concocté était la seule valable, la seule acceptable…

Amos est un personnage que j’ai toujours apprécié, il a son côté sombre, obscur, car il sait qu’on  ne fait pas la révolution sans casser des gens, mais il a aussi un côté lumineux, flamboyant, c’est un héros sans peur et sans reproches, une sorte de Durango version tortillas (mais pas pour les Dalton).

On mitraille sec, on meurt, on survit, on déguste la vengeance toute chaude, on retrouve le cross-over avec la personne de Max Von Ruhenberg, on se découvre des ennemis, on se fait poursuivre par les Fédérales et on termine le cycle en beauté avec un final magnifique, digne des plus fameux films western.

Quant à notre Durango, dans cet album, c’est une véritable machine à tuer.

Mais comme toujours, dans cette vieille édition, les couleurs ocres ou bleues sont à chier !

Faudrait vraiment que je songe à m’offrir les toutes nouvelles éditions, moi. Cette excellente série le vaut bien.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park,« Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Lone Ranger

CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

Durango – Tome 5 – Sierra Sauvage : Yves Swolfs

Durango-05

Titre : Durango – Tome 5 – Sierra Sauvage

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Yves Swolfs

Édition : des Archers (1985) / Dargaud (1988) / Alpen Publishers (1985) / Les Humanoïdes Associés (2006) / Soleil (2008)

Résumé :
Emprisonné depuis plus de 3 mois au Nouveau-Mexique, Durango se voit proposé par l’envoyé du gouverneur du Texas, une mission qui lui permettra en cas de réussite d’échapper à la pendaison.

Cette mission consiste à mettre un terme aux agissements dérangeant d’un truand notoire que Durango connaît bien en l’occurrence Amos Rodriguez.

N’ayant pas d’autre alternative, il accepte et quitte sa geôle flanqué de 4 rangers.

Cependant, sa sortie de prison ne passe pas inaperçue et ce sont plusieurs personnes pas forcément honorables qui se lancent à sa suite…

durango05couvCritique : 
Si avec ce volume là on n’a pas encore compris l’amour de Swolfs pour les western spaghetti, alors, on ne le comprendra jamais !

Tous les ingrédients de la sauce sont là, bien utilisés et couchés sur le papier tels les grands espaces désertiques, les « gueules » représentatives de la faune locale, les duels…

Manque plus qu’une musique d’Enio Morricone et on y est !

Sierra sauvage est le suite d’Amos qui se terminait sur très une mauvaise posture pour notre Durango, même si on se doutait qu’il allait s’en sortir pou continuer d’être le héros de cette série qui porte son nom.

Une des règles à ne pas oublier, messieurs les rangers du risque : on ne propose pas de deal à Durango ! On ne lui demande pas de trahir un ami pour récupérer sa liberté et si on a les couilles de le faire, ou la folie de le penser, on lui adjoint une troupeau de rangers du niveau d’un Walker, au minimum.

C’est Durango qu’il faut surveiller, messieurs les rangers, pas les Dalton dans un Lucky Luke.

— J’aurais voulu le liquider en finesse mais ses vertèbres ont craqué trop fort et il a fallu improviser. [Ortega]

Toujours un plaisir de retrouver Amos, notre truand moustachu aux idées révolutionnaires et partisan de la liberté. Un bon salopard en quelque sorte, même s’il réalise ses idéaux dans la violence et le sang.

Tiens, une vieille connaissance se promène dans cet album en la personne de Max Von Ruhenberg (ceux qui ont lu Le Prince de la Nuit savent qui c’est).

Lui, c’est l’opposé d’Amos : riche, issu d’un père baron, le cul bordé de nouilles, allemand, blond, supportant difficilement la chaleur du désert,…

De plus, c’est aussi le contraire d’Amos dans sa lutte contre le pouvoir car lui, il prêcher la bonne parole aux peones mexicains et ne conçoit pas la révolution autrement qu’avec des mots. Il a lu Karl Marx et parle de l’homme qui exploite l’homme.

— Ach !! Jugement simpliste ! Il faut de tout pour faire une révolution. Des malades du révolver comme vous et des gens qui pensent avant d’abattre tout ce qui bouge ! Moi j’explique aux paysans pourquoi ils crèvent de faim… Comment fonctionnent les mécanismes de l’exploitation de l’homme par l’homme !

Comme d’habitude, c’est parfaitement scénarisés, les dessins sont toujours réalistes mais mon album des éditions des Archers (1985) a toujours des couleurs qui tirent vers le jaune orangé et ça gâche tout le dessin !

Un album comme toujours bourré d’actions très explosives, de duels sanglants et  également de bons sentiments avec un général anti-torture et qui a compris que le pouvoir corrompt tout.

— Vous verre si un jour vos idées triomphent que le pouvoir corrompt tout ! Entre son exercice et les idéaux, il existe tant de contradictions. Mais à quoi bon vous expliquer tout ça, je vous ai assez vu, vous êtes libre.

Allez, on monte de suite sur sa monture, on prend les armes et on poursuit l’aventure revolucion avec Durango et Amos dans leur troisième aventure !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - The magnificent seven

Shibumi : Trevanian

Shibumi - Trevanian

Titre : Shibumi

Auteur : Trevanian
Édition : Gallmeister (2008) / Gallmeister (2016)

Résumé :
Nicholaï Hel est l’homme le plus recherché du monde. Né à Shanghai en plein chaos de la Première Guerre mondiale, fils d’une aristocrate russe et protégé d’un maître de Go japonais, il a survécu à la destruction d’Hiroshima pour en émerger comme l’assassin le plus doué de son époque.

Son secret réside dans sa détermination à atteindre une forme rare d’excellence personnelle: le shibumi.

Désormais retiré dans sa forteresse du Pays basque en compagnie de sa délicieuse maîtresse, Nicholaï accueille une jeune étrangère venue lui demander son aide.

II se retrouve alors traqué par une organisation internationale de terreur et d’anéantissement – la Mother Company – et doit se préparer à un ultime affrontement.

Petit Plus : Shibumi, le chef-d’œuvre de Trevanian, est un formidable roman d’espionnage et une critique acerbe de l’Amérique. Avec, toujours, l’intelligence et l’humour noir qui sont la marque de fabrique de cet auteur exceptionnel.

couv rivièreCritique :
— Shibumi est-il un grand roman ?
— Une vache lécherait-elle la femme de Loth ? Oui, par les couilles traitresses et perfides de Judas !

Bon, on va se calmer un peu, monsieur Le Cagot, Beñat de son prénom, même si dans le fonds, vous avez tout à fait raison !

Si vous voulez profiter pleinement de ce roman, faite abstraction de tout et immergez vous totalement dedans.

Car nous sommes face à 525 pages écrites avec une plume mordante, faites d’un habile mélange entre le roman d’espionnage et une critique acerbe de l’Amérique, tout en se  baladant de Washington au Pays basque en passant par la Chine et le Japon d’avant et d’après guerre.

Ma partie préférée reste celle du Japon d’avant guerre, durant la guerre et après. Là, j’ai bu du petit lait, du petit Jésus en culotte de velours, un café noir, sombre, intense qui m’a brûlé la langue pour mon plus grand plaisir.

Quant à la partie basque, elle est magique, un peu folle et le seul moment où j’ai un peu sauté des lignes, c’est avec l’exploration de la grotte.

Ce roman est une critique sociale des États-Unis, de sa société, de sa CIA, de son gouvernement, bref, tout le monde est rhabillé pour les 10 prochains hivers !

— Il est révélateur que le cow-boy soit le héros type de la culture américaine : un immigrant victorien brutal et sans éducation, issu de la masse rurale.

Nicholaï soupira. Il avait côtoyé la mentalité des militaires américains pendant deux ans et il n’arrivait toujours pas à comprendre leur propension à forcer les faits pour les faire rentrer dans des présomptions qui les arrangeaient.

La plume de l’auteur est dure, intransigeante, sans concessions aucune, mais terriblement vraie, hélas. Les Français, Japonais, et les Basques aussi en prendront pour leur grade, mais moins que les yankees et l’américanisme.

— Ils ont des agents de la Sûreté nationale qui surveillent toute la région, avec l’ordre de m’abattre à vue si je quitte les environs.
— Le seul charme de la Sûreté nationale est sa formidable incompétence.

— Ce ne sont pas les Américains qui m’irritent, c’est l’américanisme : une maladie de la société postindustrielle qui contaminera à leur tour chacune des nations les plus développées, et qui est appelée “américaine” uniquement parce que votre pays montre les symptômes les plus avancés de cette maladie, de même que l’on parle de grippe espagnole ou d’encéphalite japonaise du type B.

La CIA s’en prendra plein les dents aussi et l’auteur nous démontrera par A+B ce qui se passe comme conséquences lorsqu’on laisse ses émotions gouverner ses actes. La stupidité des uns déclencheront le feu du ciel…

Nicholaï Hel est un personnage que l’on devrait détester, c’est un assassin, un tueur à gage d’un niveau excellent, mais c’est impossible, on l’apprécie malgré tout. Son personnage est taillé au cordeau, bien décrit, avec ses zones d’ombres, ses pensées, ses certitudes, sa vision des américains et des japonais depuis l’invasion des mêmes américains.

Nikko excelle dans des tas de choses, d’ailleurs : que ce soit dans les techniques érotiques japonaises qu’il pratique avec sa maitresse Hana, la spéléologie qu’il pratique dans les grottes du pays Basque ou les langues qu’il parle (il parle couramment le russe, l’anglais, le français, le chinois et le japonais).

De plus, je lui ai trouvé des petites ressemblances avec Holmes, notamment lorsqu’il joint ses doigts devant ses lèvres.

Hel fit un signe de la tête et se pencha en avant, les mains jointes, l’index sur les lèvres.

Sans vouloir l’admettre, il avait réalisé que son intellect aiguisé par la technique du Go possédait les mêmes propriétés qu’un moteur électrique qui, lorsqu’il n’est pas en charge, tourne de plus en plus vite jusqu’à ce qu’il saute.

Les autres personnages qui gravitent dans le roman sont eux aussi bien esquissés, bien détaillés et certains sont même haut en couleur, notamment Beñat Le Cagot, l’ami basque de Nicholaï qui a une manière de jurer bien particulière, comme celle de répondre par des métaphores au lieu de dire « oui » tout simplement.

— Par les couilles sceptiques de saint Thomas ! Qu’est-ce qui se passe ici ?

— Si jamais tu m’as fait ça, Nikko, par les couilles épistolaires de saint Paul, je te casse la gueule, bien que cela me peine énormément car tu es un brave type en dépit de tes tristes origines.
Le Cagot était persuadé que tout homme ayant le malheur de ne pas être basque souffrait d’une malformation génétique tragique.

— Par les couilles rocheuses de saint Pierre, tu as l’âme d’un négrier, cria Le Cagot à Hel.

— Tout est prêt ?
— Le diable a-t-il des cornes ?

Voilà donc un roman qui n’a sans doute pas usurpé son titre de « le chef-d’œuvre de Trevanian ».

Il possède de l’intelligence, du suspense, de l’humour noir, une plume acide et mordante, des personnages bien travaillés (dont certains sont hilarants), une critique acerbe sur la société américaine, un dose d’espionnage, de meurtres, de jeu de Go, le tout en vous faisant voyager dans différents pays, à différentes époques, le tout pour une somme modique !

Ce roman a beau avoir été écrit vers la fin des années septante (soixante-dix), il n’en reste pas moins d’actualité !

Un roman puissant dont je suis contente de ne pas être passée à côté !

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le  RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires, Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Eagle+flag

CHALLENGE - Gallmeister 10 ans

Durango – Tome 4 – Amos : Yves Swolfs

durango-04-amos

Titre : Durango – Tome 4 – Amos

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Yves Swolfs

Édition : Les Archers (1984) / Dargaud (1988) / Alpen Publishers (1991) / Les Humanoïdes Associés (2006) / Soleil (2007)

Résumé :
Recherché activement pour des actes commis antérieurement, Durango, tueur professionnel, cherche à fuir le pays pour se réfugier au Mexique.

Lors d’une étape dans une « cantina » non loin de la frontière, il fait la connaissance, à l’occasion d’un échange musclé, de Rodriguez Amos, trafiquant d’armes patenté.

Ce dernier lui propose de faciliter son exode.

Mais, un tueur nommé Logan, missionné par une compagnie minière et un agent de la Pinkerton traquent nos deux hommes.

Pourront-ils arriver à destination sans embûche ?

Critique : 
♫ Amos a la playa ♪ Ho Ho Ho ♪ Amos a la playa ♫

Bon, on est loin des plages de sable fin, ici !

Certes, ce n’est plus la neige du premier tome, mais le sable ici, c’est celui du Mexique et il est  torride.

La belle gueule d’amour de notre Durango est mise à prix (5.000$) et notre homme, qui s’était vu proposer l’étoile de shérif, est maintenant recherché. Il voudrait donc se faire oublier en Mexique.

♫ Mexico, Mexiiiiiicoooooo…  Sous ton soleil qui chante, Le temps paraît trop court ♪ Pour goûter au bonheur de chaque jour ♫ Mexico, Mexiiiiiicooo… ♪ Tes femmes sont ardentes ♫

Le voilà de nouveau embarqué dans une sale histoire de révolution lorsqu’il sauve la vie d’Amos, un bandit qui voudrait rendre les peones libres et riches.

Il est à souligner que cette histoire a un petit lien avec la précédente puisque l’on retrouve le shérif véreux Jenkins dont le contact avec Durango est toujours aussi… heu, comment dire ? Haineux ? Oui.

Sans oublier cette putain de compagnie minière américaine qui embauche Logan, un tueur chargé de retrouver Durango et pas pour lui faire des papouilles ou lui rendre son parapluie qu’il aurait oublié la dernière fois au bureau…

Ce vieil album, publié aux éditions des Archers, date de 84 et les couleurs tirent toutes vers le jaune ou l’orangé, ce qui ne rend pas les décors des plus jolis, hélas.

Il faudrait que je vérifie si les coloriages ont été refait dans les nouvelles éditions de Soleil.

Par contre, niveau dessins, Yves Swolf nous les mitonnes aux petits oignons, le trait est fin, propre, détaillé, les personnages sont réalistes, les chevaux aussi, bref, c’est superbement réalisé.

Au menu, comme toujours, de la bagarre, des morts, des magouilles, des gens véreux, des types peu recommandables aux trousses de Durango, des fesses à l’air dans le désert, des têtes mises à prix…

Avec Logan et Jenkins aux trousses de Durango, avec Charlie Siringo, l’agent de la Pinkerton, aux trousses d’Amos, ça risque à un moment donné de faire du grabuge tous ces gens aux trousses de tout le monde.

Et notre Durango est toujours aussi taiseux, aussi froid, aussi beau, loyal, gentleman et il tire presque aussi vite que son ombre à l’aide de son célèbre Mauser M98.

Mais faudra se bouger les fesses parce qu’à la fin de l’album, notre ami est en fâcheuse posture et nous le suivrons en terre mexicaine durant encore 2 albums.

¡ Viva la Revolución !

♫ « Amos » de mis amores ♪ Reina mía, qué me hiciste? ♪ Que no puedo conformarme ♪ Sin poderte contemplar ♫

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine !!!!

CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Cow-Boys