La Vallée des ombres : Xavier-Marie Bonnot

Titre : La Vallée des ombres

Auteur : Xavier-Marie Bonnot
Édition : Belfond (03/11/2016)

Résumé :
René Vasseur est une machine, un être au cuir épais qui a fait la guerre, qui a changé de nom. René Vasseur est un légionnaire. Après vingt ans d’absence, la haine au coeur, il revient dans son village natal, au fond d’une vallée industrielle dévastée par la crise.

Peu à peu, surgissent les ombres du passé : la femme qu’il a aimée, l’ennemi d’enfance devenu flic, l’ami qui a basculé dans le grand banditisme, son père, ancien patron de la CGT locale, tyrannique et désabusé… Et le drame qui a bouleversé sa vie : la mort de son frère, Rémy, dix-huit ans, assassiné lors des grèves de décembre de 1986.

René est-il venu venger son frère ? Pourquoi ne l’a-t-il pas secouru alors qu’il en était capable ? Pourquoi a-t-il rejoint la Légion ?

Critique :
♫ Dans la vallée, oh oh, enclavée, lalilala, dans la vallée, ho ho, des rancœurs de pierre près des tombeaux ♪

(Pardon de vous avoir remis cette chanson dans la tête).

Dans la vallée (non, on ne chante plus), des usines qui ne tournent plus à plein régime…

Dans la vallée, le chômage qui, comme la petite bête, monte, monte, monte.

De la vallée, les jeunes s’en sont exilés afin de trouver du travail… Là où leurs ancêtres (♫) bossaient comme des forçats, ceux qui ont encore un job voient leurs avantages se réduire comme peau de chagrin.

Ces avantages sociaux que les anciens avaient acquis au prix de grandes grèves, de sueur, de sang et de larmes. À cette grande époque ou le mot « syndicat » voulait encore dire quelque chose.

Et puis, comme dans tous les villages (ou les petites villes) où tout le monde se connait, on nage dans les secrets lourds et ténébreux. Tout le monde sait tout, mais tout le monde se tait, sauf que les rancœurs ou les haines sont comme des braises sous la cendre, une légère brise et le feu repart de plus belle, encore plus destructeur.

♫ Comme ces jours de peine où l’homme se traîne à la limite du règne du mal et de la haine ♪

René Vasseur a quitté la vallée (de Dana, lalilala) enclavée, laissant le village de Pierrefeu dans son dos, mais aussi son père, son meilleur ami Brahim, sa copine Samia, son frère Rémy, mort durant une grève et sa mère, qui était morte après.

Au départ, on ne saura pas pourquoi René est parti en coup de vent, mais ce jeune homme un peu frêle et toujours en butte aux coups et aux railleries des autres s’est engagé dans la Légion. Des combats, il en a fait, des batailles dégueu, il en a vu.

Là, notre homme revient au bled, il a 40 ans et à la Légion, à cet âge là, tu es pensionné. Et quand tu reviens au bled après 20 ans de silence, on ne peut pas dire qu’on va sortir les cotillons et les flonflons pour ta pomme ! Que du contraire, on te regarde comme un étranger.

La force de ce roman est dans son écriture, dans ses personnages tourmentés, forts, ni tout blancs, ni tout noirs, dans René, homme taciturne qui se souvient de son enfance, du poids de l’Histoire avec un grand-père paternel qui avait pris le maquis et qui est mort d’une balle dans la nuque, dénoncé par des gens du village, sans aucun doute.

Le père de René est aussi un homme fort, il était syndicaliste et il en a mené, des grèves, ce communiste pur et dur. Pourtant, il y a de la fragilité dans cet homme qui a perdu son père alors qu’il n’était qu’un petit garçon et qui a senti peser sur ses épaules le poids de la Légion d’honneur de son père, reçue à titre posthume.

Et puis, il y a des flics ripoux, des salauds qui ne sont forts que planqué derrière leur uniforme ou derrière les autres, parce que une fois seul, ils se chient dessus.

Sans oublier les vieilles rancœurs qu’on a laissé couver, telle des braises sous la cendre, et des vengeances que l’on voudrait accomplir envers ceux qui ont tabassé votre frère, le laissant mort sur le béton.

Un roman rural noir, mais pas trop rural, un roman rempli de flash-back, une histoire qui ne se dévoile que petit à petit, des souvenirs trop grands pour être gardés en soi, une histoire d’amitié, de haine, de vengeance que l’on voudrait accomplir mais dont on sait qu’elle nous laissera des séquelles.

Ça se lit tout seul, ça se dévore, ça se déguste comme un mojito bien frais sur une terrasse (ou du petit-lait pour ceux qui n’aiment pas boire), et ça donne des frissons durant la lecture car certains rebondissements sont des véritables chocs.

Une fois de plus, je viens de sonder l’âme noire des Hommes et croyez-moi, c’était pas beau à voir, mais tellement beau à lire.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

Carrie : Stephen King

Titre : Carrie

Auteur : Stephen King
Édition : J’ai Lu (2000)
Édition Originale : Carrie (1974)

Résumé :
Une mère puritaine, obsédée par le diable et le péché ; des camarades de classe dont elle est le souffre-douleur : Carrie est profondément malheureuse, laide, toujours perdante.

Mais à seize ans resurgit en elle le souvenir d’un « don » étrange qui avait marqué fugitivement son enfance : de par sa seule volonté elle pouvait faire se déplacer des objets à distance. Et ce pouvoir réapparaît aujourd’hui, plus impérieux, plus impatient…

Une surprise bouleverse soudain la vie de Carrie : lorsqu’elle est invitée au bal de l’école par Tommy Ross, le boy-friend d’une de ses ennemies, n’est-ce pas un piège plus cruel encore que les autres ?

carrie86Critique :
♫ Oh, Carrie, tous ils savaient, Tout le mal qu’ils te faisaient. ♪ Oh, Carrie, si ta mère voulait, De ses bras nus, te consoler, ♪ Évanouie, ton innocence. Ce bal était pour toi la dernière chance. ♫ Peu à peu, la ville disparait
Malgré les efforts des pompiers ♪

Carrie, le premier roman du King d’après Wiki.

Un roman fort qui, sous le couvert du fantastique et de l’horreur, parle d’un phénomène toujours d’actualité : les brimades à l’école.

Nous le savons bien, nos chères têtes blondes sont des petits sadiques en culottes courtes et l’adolescence ne les calme pas, que du contraire.

Si vous n’étiez pas l’élève le ou la plus populaire de votre bahut et que vous avez subi des brimades de vos camarades transformés soudainement en une meute de loups agressifs, croyez-moi, ce n’est rien comparé à ce que Carrie White doit subir tous les jours !

La pauvre, déjà qu’elle n’est pas bien née, son père étant mort avant sa naissance et sa mère est une bigote extrémiste et fanatique. Je déteste le fanatisme, quel qu’il soit (religion ou autre, même en sport) et ici, avec Margaret White, on a décroché la timbale !

Pour elle, tout est péché, de la fornication aux mensurations, en passant par les « salbosses » qui sont en fait les seins qui, selon elle, ne poussent que si on a été une méchante fille (j’ai été trèèèès méchante, moi, alors).

Si elle était logique avec elle-même, elle comprendrait que sans la fornication, pas de reproduction et donc, plus d’humains sur terre. Sans doute n’avait-elle pas lu les passages biblique disant « Allez et multipliez-vous » ou le fameux « Aimez-vous les uns sur les autres ».

Anybref, Margaret White est à enfermer ! Ce ne sera pas la dernière fois que le King du Maine (à ne pas confondre avec son homonyme le King de Memphis) nous parlera des fanatiques religieux et des dangers du fanatisme.

Pas toujours facile de lire ce roman, en cause les brimades violentes (et gratuites) subies par Carrie, 16 ans et faites par l’ensemble de sa classe et de la ville aussi, puisque les gens les considèrent, elle et sa mère, comme des marginales à ne pas fréquenter.

Et puis, la pauvre Carrie ne peut même pas dire qu’en rentrant chez elle cela va aller mieux parce que sa mère est complètement chtarbée et voir ce qu’elle fait subir à sa fille est un supplice aussi. Comment est-ce possible ? Ben si, c’est possible, hélas.

N’allez pas croire qu’on est dans la zone chez des bouseux ou chez des rednek, non !

Dans ce roman, on découvre des jeunes gens assez aisés, un collège bien sous tout rapport, une petite ville proprette dans le Maine et des professeurs ou directeurs pas vraiment concernés par les humiliations subies par la pauvre Carrie. Ce comportement sera lourd de conséquences.

Pas vraiment de suspense car le récit nous donne souvent des indications de ce qu’il va se passer après et, chose un peu déconcertante au départ, il est aussi entrecoupé d’articles fictifs de journaux, d´extraits de livres spécialisés traitant du phénomène de télékinésie dont est pourvue Carrie White, ainsi que de nombreux flashbacks où Carrie se souvient de son enfance pas tendre.

Ceci étoffe un peu le roman qui n’est guère épais en pages, mais épais en tension et en intensité car il est difficile de rester insensible lorsque l’on voit les évènements futurs avec une clarté digne d’un médium qui aurait déjà lu le roman.

Tous sont coupables à des degrés divers, personne n’ayant jamais pensé que Carrie souffrait de ces brimades, de cette mise à l’écart (ou s’en moquait bien) et encore moins qu’elle possédait des pouvoirs et que tout cela se finirait dans la tragédie apocalyptique ou pyrotechnique.

Certes, les événements décrits dans ce roman appartiennent au fantastique, mais il est tout de même prémonitoires ou du moins, tirés d’un constat sévère : à force de faire enrager une personne bien déterminée, à force de se conduire en bourreau, à force de la brimer, un jour, cette personne pourrait se retourner sur vous, entrainant dans sa folie vengeresse bien des innocents (ou de ceux qui ont vu et laissé faire).

L’actualité en a souvent rejoint la fiction, dans ces collèges américains où certains, lourdement armé, avaient pété un câble et tiré sur tout le monde.

Pourtant, Carrie ne demandait pas grand-chose : des amies, une vie normale, une scolarité exempte de sales coups vaches, qu’on la laisse tranquille…

Un premier roman du King où l’on devine déjà sa patte bien personnelle. Ce n’est pas son meilleur, mais j’ai ressenti énormément d’émotion et d’attachement pour Carrie qu’il accède aux hauteurs Kingesque.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Le Mois du polar 2017 chez Sharon (Février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (243 pages).

Undertaker – Tome 3 – L’Ogre de Sutter Camp : Xavier Dorison & Ralph Meyer

Titre : Undertaker – Tome 3 – L’Ogre de Sutter Camp

Scénariste : Xavier Dorison
Dessinateur : Ralph Meyer

Édition : Dargaud (27/01/2017)

Résumé :
Dans ce troisième tome d’Undertaker, Jonas Crow n’est plus ce pauvre croque-mort solitaire… même si, lui, aurait bien voulu le rester ! Dorison et Meyer lui ont associé mademoiselle Lin et Rose, la belle Anglaise.

De la douceur dans son monde de brutes ? Pas pour très longtemps…

Un ancien colonel lui apprend que « l’Ogre de Sutter Camp est vivant » ! Son passé trouble pendant la guerre de Sécession ressurgit, et Jonas engage alors sa « troupe » dans une chasse à l’homme et à ses propres regrets…

undertaker_t3_pl3Critique :
Mon pauvre Jonas Crow ! Te voici associé avec les deux bonnes femmes croisées lors des deux albums précédents : la chinoise mademoiselle Lin et l’anglaise Rose…

Mon pauvre ami, tu n’es pas sorti de l’auberge avec Rose qui tente tant bien que mal d’essayer de faire de toi un croque-mort gentleman, celui qui parle avec déférence aux pauvres gens affligés par la douleur de la perte d’un membre de leur famille.

— Jonas, tant que vous continuerez à lancer des répliques telles que « Je ne peux pas réparer le corps de votre parent car il s’est liquéfié vu qu’il est mort dans sa merde et que vous n’en aviez rien à foutre » au lieu de… « Je vous déconseille de voir le corps. Le temps a fait son oeuvre, il n’est pas présentable », eh bien nous continuerons à perdre tous nos clients et nos derniers dollars…

L’inconvénient – ou l’avantage – lorsqu’on bosse avec notre croque-mort, c’est que rien n’est jamais « tranquille » et même la mise en bière d’une femme morte peut donner lieu à une aventure des plus sombres et à cent lieues de ce que nos amis pensaient.

Jonas, notre Undertaker, se prend souvent son passé dans les gencives et une fois de plus, cela se vérifie ici ! Un ancien galonné de sa garnison lui signale que l’Ogre de Sutter Camp est toujours vivant…

Qui est cet ogre ? Un médecin chirurgien et chimiste qui a terminé major de sa promo mais qui a des idées un peu (vachement) sadiques, à vue de nez… Il est prêt à tout pour faire avancer la science médicale, quitte à vous utiliser comme cobaye.

Un nouveau diptyque qui commence de manière fort sombre, assez violente, pas pour les petits enfants (qui risqueraient de faire des cauchemars à la seule mention du mot « médecin »), mais une belle mise en bouche pour une lectrice telle que moi.

Ce cher Undertaker est toujours aussi cynique, il nous sort souvent ses Évangiles personnels dont on devrait constituer un recueil, soit-dit en passant, et qui, sous ses dehors bourrus, a tout de même un cœur… Pour son vautour apprivoisé surtout !

« N’épargne pas aujourd’hui celui qui voudra encore te buter demain ». Évangile du bon sens selon Jonas.

« Qui sème la menace sur Jed pourrait récolter une balle perdue ! » Dicton de Jonas aux chinoises qui feraient mieux de la boucler.

Les dessins sont superbes, avec des couleurs sombres parce que le rose Bisounours détonnerait, on a du suspense, des secrets honteux, des mystères, un Méchant qui a tout d’un gentil (de prime-abord) avec du charisme et un sacré bagout, et un penchant pour le sadisme « utilitaire ». Oui, il le fait pour votre bien… Râlez pas, vous aller aider la chirurgie à avancer !

[Jeronimus Quint] Il n’y a que deux sortes d’êtres agissants sur terre : les monstres et les saints… Les autres ne font qu’exister.

Et puis, en fin de ce premier épisode, nous avons une réflexion qui vaut son pesant d’or car les Monstres ne sont pas toujours ceux que l’on croit ou ceux que l’on pense… Sous des airs de justicier propre ou de bien-pensant, on trouve souvent des âmes aussi noires que celles de ceux que l’on désigne comme Monstre.

La justice que l’on veut donner se transforme souvent en vengeance à appliquer à l’aide de sentences tout aussi horribles que les actes commis par celui que vous pourchassiez.

Vivement la suite car on est parti sur des chapeaux de roues et on reste face à un cliffhanger horriblement sadique et éprouvant pour les nerfs !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Le Mois du polar 2017 chez Sharon (Février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (54 pages).

BILAN LECTURE - Veux la suite

Ne mourez jamais seul : Donald Goines

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Titre : Ne mourez jamais seul

Auteur : Donald Goines
Édition : Gallimard (25/11/1998)
Édition originale : Never Die Alone (1974)

Résumé :
King David, surnommé King Cobra, est revenu en ville. Combien sont-ils à vouloir lui faire la peau ? Moon, dont seuls de lourds rideaux noirs auraient pu camoufler ce que disait son regard ?

Mike, qui sans avoir plus de vingt ans, sait déjà que « toutes les emmerdes du monde » ne l’empêcheront pas de buter ce fumier ? King David a du fric.

Un autre homme dans la ville en manque terriblement. Il se nomme Pawlowski. Aussi foncièrement bon que King David peut être dangereux, rien ne le prédisposait à croiser le chemin du Cobra…

never-die-aloneCritique :
Y’a des jours comme ça où certains auraient mieux fait de jamais revenir à New-York…

Ou mieux : il y en a un qui n’aurait jamais dû arnaquer un dealer, duper des femmes et surtout pas voler le chèque de l’assistance d’une femme qu’il sautait. Et encore mois l’envoyer par terre, elle et son fils qui tentait de s’interposer.

La vengeance est un plat qui se mange froid, mais comme dit le proverbe « Celui qui se venge doit creuser deux tombes, une pour sa victime et une pour lui ».

Ce Donald-ci mériterait d’être plus connu… Ce que j’apprécie chez lui, c’est sa plume acérée et le fait qu’il sait de quoi il parle, lui qui fit de la prison après avoir braqué une banque, qui fut dealer et maquereau.

Dans « Justice Blanche, misère Noire », il dénonçait, noir sur blanc, les inégalités qui régnaient entre condamnés Blancs et les condamnés Noirs (en ce qui concerne les cautions à payer).

Ici, nous entrons dans l’intimité d’un truand, un dealer, pas le plus gros, mais celui qui a le plus d’orgueil, qui croit qu’il est le plus intelligent et qui pense que tout le monde veut lui lécher les pieds.

L’action se déroule en 1973 mais pourrait très bien être contemporaine, les gens qui filment tout au smartphone en moins… King David, dit King Cobra est revenu à New-York et a décidé de rembourser – avec intérêts – les 500$ qu’il avait chouravé à Moon, le dealer local.

Si King David a horreur que l’on se foute de sa gueule et qu’on le prenne pour un minable, il aurait dû savoir que Moon était comme lui et penser que le fils de celle dont il avait volé le chèque de l’assistance voudrait se venger, maintenant qu’il bosse pour Moon.

Tout aurait pu très bien se passer, King David remboursait sa dette, et tout allait bien dans le meilleur des mondes, mais tout à foiré, dans les grandes lignes, comme un jeu de domino qui, une fois la première pièce tombée, entraine toutes les autres au sol.

Ils auraient dû tous savoir que la première chose qui foire dans un plan de bataille, c’est le plan de bataille lui-même. Ils auraient dû savoir que tout ne se passe pas toujours comme prévu et que l’arme peut se retourner contre toi…

Autant King David est un être abject – la lecture de son journal intime nous le prouvera – autant Moon est bouffi d’orgueil et pense qu’il est le roi du monde, autant Paul Pawlowski, polonais juif issu de l’Allemagne nazie est bon et droit dans ses bottes.

C’est lui qui a  ramassé King David dans le caniveau et c’est lui qui va nous lire le carnet de ce dernier dans lequel il décrit ses faits et gestes qui feront pâlir le lecteur le plus blasé.

Un récit court, un récit brut, pur, de la came non coupée, des êtres abjects, un type correct, un type qui a les couilles de suivre sa conscience, un homme qui va comprendre qu’il a aidé un salaud et qu’il aurait dû le laisser croupir dans son caniveau.

Donald Goines ne fait pas dans la dentelle, pourtant, pas de violence sans raison, pas d’horreur juste pour en faire, non, juste un récit brutal que tu dévores sans plus penser à rien d’autres.

Le récit d’une vengeance qui ne tourne pas comme elle devrait et qui aura des conséquences imprévues sur tout le monde, surtout chez les truands de Moon.

Avec Donald (Goines), c’est du cash, baby, et c’est pas de la fiction… Ici, on est face à des flingueurs, et c’est pas des gentils tontons.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (184 pages) et Le Mois du polar 2017 chez Sharon.

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T’es pas Dieu, petit bonhomme… [Les trois visages de la vengeance – T2] : Philippe Setbon

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Titre : T’es pas Dieu, petit bonhomme… [Les trois visages de la vengeance – T2]

Auteur : Philippe Setbon
Édition : du Caïman (15/01/2016)

Résumé :
Qu’est-ce qui peut pousser un individu à immoler son prochain ? Fred, auteur en mal d’inspiration, se pose la question. Le besoin de se faire connaître ? L’obéissance aux injonctions d’un dieu quelconque ? La vengeance ? Fred se lance dans l’écriture de son roman. Mais est-ce bien d’une fiction qu’il s’agit ?

Dans son quartier, les Batignolles à Paris, celui que tout le monde appelle désormais « Le Faucheur » sème la mort sur son passage et redonne de l’inspiration à notre auteur…

flammesCritique :
Et bien me voici face à une lecture en demi-teinte et bien peinée pour faire ma critique, ne sachant pas trop comment la commencer.

Soit je suis passée à côté, soit ce roman n’était pas fait pour moi, car j’ai rarement été déçue par un « Chouchou du mois » chez un pote de la blogo.

Disons le de suite, crevons l’abcès, je n’ai pas vraiment ressentit de l’empathie pour les personnages principaux, que ce soit l’écrivain (Frédéric Jouvé) en panne d’écriture et s’abrutissant d’alcool ou de la policière bourrue (Lynda Fragonard) qui vanne à tour de bras mais dont les dialogues, censés être drôles, me semblaient faux, à côté de leurs pompes.

Causons du voisin ensuite… Le problème n’est pas vraiment le voisin, mais la réaction de notre auteur en panne et asocial ! Nous sommes face à un type asocial, qui ne connaît personne du quartier et qui fraternise directement avec le nouveau venu au point de lui balancer des tas de détails personnels dès le départ et d’ensuite aller boire un coup avec lui ?? Pas si asocial que ça, donc. Mais bon…

Par contre, le coup du voisin qui cherche son fils, moi, ça éveille des tonnes de soupçons ! Toujours se méfier des types qui te demandent si t’as pas vu leur chat ou leur chien… Surtout si tu es une petite fille. Ok, notre auteur n’a rien d’une petite fille à tresses, mais j’ai senti le gaz de suite. On m’a eu une fois dans un film, on ne m’aura pas deux fois.

Évidemment, j’avais raison sur toute la ligne, même pour le nom du coupable. Enfin, pas son identité, mais je savais qui n’était pas coupable.

Pour le reste, on a une bonne vieille histoire de vengeance, mais je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas dégouliné de pleurs devant le récit horrible décrit à la fin… Non pas que je sois sans empathie, j’ai souvent tendance à avoir les yeux qui coulent en lisant, mais là, rien.

Je dois consulter d’urgence, parce que c’est grave d’avoir ressenti un ennui profond devant ce récit qui aurait dû me tirer des yeux larmoyants !

Voilà, au final je suis passée totalement à côté de ce court roman (177 pages), de son histoire, de ses personnages, de leur enquête, de ce désir de vengeance qui m’a semblé un peu trop exagéré pour cette personne.

Y’a des jours comme ça où un roman qui promettait fait pchiitttt. Dommage.

Étoile 2,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le Mois du polar 2017 chez Sharon.

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Les infâmes : Jax Miller [LC avec Stelphique]

infames-les-jax-millerTitre : Les infâmes

Auteur : Jax Miller
Édition : Ombres Noires (2015)

Résumé :
Freedom Oliver, alcoolique et suicidaire, a passé dix-huit ans à se cacher dans une petite ville de l’Oregon, sous protection du FBI. Hantée par son passé douloureux et la mort brutale de son mari, elle souffre d’avoir abandonné ses deux enfants pour échapper à la vengeance de son beau-frère.

En apprenant la disparition de sa fille Rebekah, élevée par un pasteur aux croyances radicales, elle part avec l’énergie du désespoir pour le Kentucky. Après tant d’années à se cacher, quitter l’anonymat c’est laisser à son bourreau l’occasion de la retrouver. Et de se venger.

SKULL - Game OverCritique :
Quand noir c’est noir et qu’il te reste même plus l’espoir, moi j’ai du mal à croire au gris de l’ennui…

Ami lecteur, si tu veux du bonheur, n’ouvre pas ce roman, il est rempli de noir, de désespoir, de violence et d’alcool pour aider à oublier le gris de la vie, de vies de merde et tout ce qui fait que la vie est vraiment pourrie pour certains.

Freedom Olivier à décroché le gros lot à la loterie merdique de la vie : de jeune fille bien qui a terminé ses études major de sa promotion, là voilà serveuse dans un bouge infâme pour motards roulant les mécaniques et éclusant l’alcool comme d’autres boivent de la flotte.

Freddom, tu t’en doutes, ce n’est pas son vrai nom. Le programme de protection des témoins lui a changé et elle a choisi celui-là, tu sauras plus tard pourquoi. Mais quand je te dis que sa vie est pourrie de misère, d’envie de suicide et d’alcool, je suis encore gentille. Sa vie est une horreur depuis de nombreuses années.

D’entrée de jeu, Freedom frappe fort puisqu’elle se présente et qu’elle t’envoie dans les gencives un uppercut maousse kosto « J’ai tué ma fille ».

Comment tu veux arriver à apprécier un personnage principal qui te balance ça dans les incisives ? Et bien, en vérité je te le dis, Freedom Oliver, tu vas l’apprécier, même dans ses délires de femme bourrée, même dans son côté borderline, dans tout, tu vas apprécier cette bonne femme qui a été brisée par la vie, mais surtout, par des êtres humains et des mauvais choix.

Après, pour elle, tout est parti en couille.

De toute façon, quand tu vois les personnages qui hantent ces pages, tu te dis que Freedom Oliver, c’est un ange, un agneau, comparée à certains, dont ses beaux-frères qui  n’ont de beaux et de frères que le nom. Quant à la mère de ces bâtards, l’espèce de grosse truie de 300 kg, on se surprend à avoir envie qu’elle s’étrangle avec son cubi de vin.

Que du sombre dans ces pages, que du désespoir, des vies de merde, et pourtant, dans le fond de ce putain de tunnel sans fin, tout au bout, brille une loupiote : l’espoir qui a réussi à se faufiler dans toute cette noircitude (néologisme offert en cadeau).

Un roman noir, très noir, où trainent en effet des paumés magnifiques, des flics indélicats et véreux, des dégénérés de mecs et, pire que tout ça, un dangereux fanatique religieux qui a tourné les Écritures dans son sens… À se demander si le plus pire ce n’est pas Virgil Paul, le prédicateur qui dit que Dieu lui parle.

Freedom va devoir accomplir un putain de dangereux périple pour retrouver ses enfants qui sont adultes… Ses enfants qu’elle a dû abandonner. Une véritable odyssée sans véritables héros pour l’aider..

Et toi, pauvre lecteur, tu la suivras dans son périple fou, dans son odyssée flamboyante, dans sa quête, dans son envie de rédemption, dans sa rage de mère qui ne veut que la vengeance.

Tu la suivras dans ses combats, tu prieras pour qu’elle y arrive, tu remercieras l’auteur d’avoir pensé à lui envoyer des gens pour l’aider dans sa tâche et à la fin, tu poseras le livre, secoué, laminé, mais avec cette lueur d’espoir qui brillera aux fonds de tes yeux.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Pourquoi je l’ai choisi :
Ce livre nous tentait depuis sa sortie avec ma chère binôme, mais faute de temps, et toujours plus de tentations livresques chaque jour passant, on ne lui a pas trouvé une place avant, dans notre planning….Réparation faite… 😉

Synopsis :
Freedom Oliver, alcoolique et suicidaire, a passé dix-huit ans à se cacher dans une petite ville de l’Oregon, sous protection du FBI. Hantée par son passé douloureux et la mort brutale de son mari, elle souffre d’avoir abandonné ses deux enfants pour échapper à la vengeance de son beau-frère.

En apprenant la disparition de sa fille Rebekah, élevée par un pasteur aux croyances radicales, elle part avec l’énergie du désespoir pour le Kentucky. Après tant d’années à se cacher, quitter l’anonymat c’est laisser à son bourreau l’occasion de la retrouver. Et de se venger.

Entre les paumés magnifiques, les flics indélicats, les dégénérés de sa belle-famille et de dangereux fanatiques religieux, son périple tourne à l’odyssée.

Ce que j’ai ressenti :… Une fureur contagieuse…
Freedom… Sentez un peu ce brin de liberté dans votre face… Ah, mais vous allez me dire qu’il y a un certain relent de vapeur nauséabonde, et je vous répondrai « mais à quoi tu t’attendais avec un titre pareil ??!!!!

Exit la féérie, bienvenue au Kentucky ! Une plongée spectaculaire dans les bas-fond de la nature humaine, et prends toi un bon verre pour accompagner le tout, c’est un sacré rodéo d’émotions fortes qui t’attend en ouvrant ses pages….

– Est-ce qu’il y a encore des gens normaux ?

Les infâmes : mais que de promesses tenues avec ce titre évocateur… Ils ont tous un grain, sont tous difficilement appréciables et forcement tous un peu bourrés, voire sacrement barrés…. Pas vraiment une ballade calme en ces lieux perdus de l’Oregon, ni de rencontres charmantes sont au programme…

Infamies, affamés, fin fanatique, forme fatale de folie : un bien sombre panorama de l’Amérique profonde… Jax Miller nous fait un tour d’horizon sociétal américain avec une certaine fureur, un grand talent, et une belle dose d’humour noir, et on comprend ce titre gagné pour ce premier roman dynamique et déjanté !

– Je bois pas d’eau . Les poissons baisent dedans.

S’il est évident qu’on ne se prend pas beaucoup d’affection de prime abord avec cette dame (cf, le prologue bien frappé ), avec le temps, j’ai été souvent fan de ses répliques, et je me suis attachée à ce bout de femme, qui décide d’avancer coûte que coûte, au mépris des lois, du danger, ou de la raison…

L’auteure ne prend pas le parti de créer une simple intrigue policière avec un enquêteur plus ou moins lisse, non, elle envoie une mère folle furieuse, complètement désaxée, et avec cet instinct presque animal de protéger sa progéniture dans un road-trip qui vous retourne à peu près chaque particule de votre corps et de votre esprit !

Et avec sa détermination, on la suit dans ses dangereuses péripéties, sur sa moto, bravant même l’univers pour retrouver sa fille, et même si le voyage est une horreur de tension et d’angoisse pour Freedom, nous, pauvres lecteurs, on se laisse prendre par ce roman d’une noirceur infamante, avec cette plume impertinente…

Un régal à lire !!!

« Tout ce que je sais, c’est qu’il faut que je reste en mouvement; que je bouge. Sinon, je sauterai. Je m’écraserai. Je mourrai. »

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 9/10

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Les Quatre de Baker Street – Tome 7 – L’Affaire Moran : Jean-Blaise Djian, Olivier Legrand & David Etien

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Titre :Les Quatre de Baker Street – Tome 7 – L’Affaire Moran

Scénariste : Jean-Blaise Djian, Olivier Legrand
Dessinateur : David Etien

Édition : Vents d’Ouest (2016)

Résumé :
1894. Après trois ans de guerre secrète contre les anciens associés de Moriarty, il est temps pour Sherlock Holmes de sortir de l’ombre et de retrouver Baker Street…

Mais avant cela, il lui faut mettre échec et mat le dernier et le plus dangereux des lieutenants du défunt professeur : le Colonel Moran, tireur d’élite et tueur aux nerfs d’acier. La chasse est lancée mais qui est le chasseur et qui est le gibier ?

Pendant que Holmes avance ses pions, Moran lâche ses chiens : une meute d’assassins, menée par le sinistre Deadeye…

Avec ce tome 7, les auteurs concluent leur « trilogie » consacrée à l’affrontement entre Sherlock Holmes et le colonel Moran.

quatre_baker_t7_p02Critique :
L’affaire Moran correspond à la nouvelle « The Empty House » (La Maison Vide), dans laquelle Sherlock Holmes revient à la vie, trois ans après sa « mort », conformément aux Écritures.

Et on clôt cette trilogie consacrée à l’affrontement entre Holmes et le colonel Moran, qui avait débutée avec la mort du professeur Moriarty et la « disparition » de Holmes.

Si les albums précédents étaient éloignés des aventures canoniques du Grand Détective – les héros étant ces 3 gamins et leur chat Watson – celui-ci est plus proche des écrits canoniques, bien que réinterprété. Brillamment interprété, même, suivant la logique des précédents albums, ajoutant quelques clins d’œil au Canon holmésien.

En tout cas, l’essentiel – qui n’est pas dans Lactel – se trouve dans cet album : du suspense, de l’amitié, des salopards, les bas-fonds de Londres, des gamins débrouillards, un combat entre Holmes – qui jouera à la chèvre – et le tigre Moran, des pièges, des trahisons, du mystère, des enquêtes, des doutes, des  peurs…

L’action est au rendez-vous, nos gamins ont grandi, évolué, Charlie se pose des questions, Billy est heureux d’héberger le détective et Black Tom se retrouve au centre de tout ça, gardant le secret de Charlie et en ayant marre d’entendre Holmes tourner en rond.

Au fil des tomes, on a appris à mieux connaître la petite bande des Francs-Tireurs de Baker Street, on s’est attachée de suite à eux, on les a vu évoluer, prendre des risques, on a découvert des pans entier de la société victorienne grâce à eux, ce sont des amis, des vieilles connaissances et on craint toujours de les voir s’arrêter là.

Le dessin a évolué, il est plus fin et plus détaillé qu’au premier tome, quand aux couleurs, elles sont, selon les événements, sobres, lumineuses ou sombres.

Sherlock Holmes est bien présent, on prend plaisir à retrouver un Watson assez mordant et pas mouton, on a un Colonel Moran en vrai fils de pute qu’il est, plus un sinistre individu qui lui sert de chef pour sa petite bande d’assassins et un autre gamin des rues qui aimerait être Calife à la place du Calife et qu’on aurait tort de sous-estimer.

Bref, depuis le début, on a une série de qualité, des personnages attachants, des aventures palpitantes sans virer à Indiana Jones, de la société victorienne engluée dans ses vices et ses séparations de castes et des bas-fonds plus vrais que nature.

Tout reste logique dans leurs histoires et c’est Sherlock Holmes qui vient s’incruster dans ces aventures et non le contraire, puisque ce sont nos gamins (et le chat Watson) qui sont les héros de ces pages.

J’espère que cette saga n’est pas terminée et que d’autres aventures viendront pour nos trois gamins débrouillards (sans oublier le chat Watson !) qui viennent de passer un autre cap.

Un septième album réussi, une saga qui ne m’a jamais déçue, certains albums qui m’ont fait frémir, qui m’ont donné beaucoup d’émotions et des gamins que j’ai toujours pris plaisir à lire et à relire.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

BILAN LECTURE - Veux la suite

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L’étoile du désert – Tomes 1 et 2 : Desberg & Marini

Titre : L’étoile du désert – L’intégrale – Tomes 1 et 2

Scénariste : Stephen Desberg
Dessinateur : Enrico Marini

Édition : Dargaud (1996-2001) / Dargaud (2012)

Résumé :
Mathew Montgomery est un homme vieillissant. Il occupe un poste de haut fonctionnaire au ministère de la Défense. C’est un homme respectable qui vit de règles et de lois.

Il ne doute pas : c’est avec des hommes droits comme lui que les États-Unis se sont construits.

Il a une femme, une fille, une maîtresse…

Alors qu’il a l’impression d’être passé à côté de sa vie, sa femme et sa fille sont sauvagement assassinées. Mathew abandonne alors tout ce qui faisait son monde, pour se lancer sur les traces de leurs assassins..

letoile-du-desert-t-1-planche-21Critique :
1870, Washington. Sean Connery est un homme plus que respectable, adepte des règles et du fait que tout a une place, un ordre… Un gentleman qui occupe un poste important au ministère de la Défense.

J’ai dit « Sean Connery » ? Sorry, je voulais bien entendu dire : Matthew Montgomery !

Erreur due au fait que le personnage principal de ces albums a un air de ressemblance avec l’acteur Sean Connery… On dirait aussi un air de famille avec le Scorpion, vieillissant (normal, ce sont les mêmes auteurs).

Notre homme, habitué des salons, au confort, notre homme qui se dit que l’Amérique s’est bâtie grâce à des hommes tels que lui, respectueux des règles et de l’ordre, notre homme qui ne cause plus à sa fille, qui en a marre de sa femme, qui baise sa maîtresse en dehors des heures de travail, va voir son destin basculer, comme dans toute les bonnes histoires.

Il a la rage, il veut comprendre pourquoi on a tué sa femme et sa fille et pourquoi on leur a gravé une étoile à 8 branches sur les seins. Des désirs de vengeance sont tapis en lui, comme dans toutes les bonnes histoires.

Notre Sean Connery qui n’a rien d’un agent secret dans ce cas-ci va devoir se transformer en Sherlock Holmes avant l’heure et mener une enquête des plus poussées pour trouver les assassins de sa femme et de sa fille.

La vie est ironique : lui qui en avait marre de sa bonne femme et qui ne voulait plus voir sa fille, et bien, il a été servi !

Lui qui aimait et vivait dans le confort absolu, et bien, il va devoir voyager comme dans une diligence puante où tout le monde est serré comme des sardines dans sa boîte. Lui qui ne savait pas se battre, et bien, il va devoir apprendre !

Les dessins de Marini sont toujours aussi superbes, on reconnaît ceux de la série « Scorpion », les chevaux sont magnifiques, les couleurs aussi, dans des tons ocres ou gris, des images qu’on ne se lasse pas de regarder.

Si l’histoire est basique : la vie qui bascule et la vengeance, le reste l’est moins puisque notre Matthew Montgomery va connaître l’Ouest, le Vrai et se trouver non loin de la Frontière, là où l’ordre et la discipline ne règnent pas en maître.

Notre héros n’en est pas un, il ne connait rien de la vraie vie, celle qui est une chienne, celle qui fait de vous des tueurs, des bandits, des prostituées, des marginaux,…

Il n’a jamais mis les pieds dans des saloons enfumés et rempli de la lie de la société, il aimait les salons feutrés, il sera servi niveau saloons à éviter car sous la coupe du Méchant local qui n’a rien d’un pied-tendre. Un méchant réussi, avec juste les bonnes doses de sadisme qu’il fallait et des flash-back mystérieux sur sa jeunesse.

L’Amérique était en pleine évolution, il lui restait encore des coins dans loi et remplie de hors-la-loi, le changement était en marche et pour notre ami, le changement, il était pour maintenant !

Et il a brillamment réussi son changement car notre Matthew Montgomery a évolué, a changé sa manière de voir les choses, a été confronté à des choses peu reluisantes sur l’Homme et lui-même n’était guère reluisant.

Un excellent diptyque que je compte bien poursuivre avec le 3ème tome pour savoir ce qui va arriver à notre Matthew Montgomery-Sean Connery.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

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Money Shot : Christa Faust

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Titre : Money Shot

Auteur : Christa Faust
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
Je m’appelle Gina Moretti, mais vous me connaissez probablement mieux sous le nom d’Angel Dare. Vous en faites pas, je n’en parlerai à personne.

J’ai tourné mon premier film X à l’âge de vingt ans, même si à l’époque, j’avais menti devant la caméra et prétendu en avoir dix-huit.

Mais contrairement à bon nombre de filles avec lesquelles j’ai bossé, j’ai été assez maligne pour raccrocher.

Le problème, c’est qu’à l’instar d’un catcheur ou d’un voleur de bijoux, je me suis laissé tenter par un retour. Je n’avais aucune idée que j’allais finir coincée dans un coffre de bagnole.

a0885339850_16Critique :
Après les origines de la pédérastie, après les expressions du langage courant qui sont en fait toutes tendancieuses, après les dangers de la branlette, me voici dans le porno !

Enfin, en compagnie d’une ex-star du porno que ces messieurs connaissent bien : Angel Dare. Reconvertie depuis en directrice de société, mais toujours dans le milieu du porno, bien entendu.

Les pros du porno eux peuvent regarder sans ciller six mecs debout en cercle en train de se polir la colonne.

Dans le porno un jour, dans le porno toujours… Sacré Angel Dare, va… Ces messieurs qui me lisent s’en souviennent encore, de sa filmographie !

Anybref ! Me voici donc en compagnie d’une ex-star du porno, on commençait pénard notre journée au bureau, je pensais lui demander quelques « trucs » et voilà qu’il nous est arrivé des bricoles, le genre d’emmerdes graves !

Notre journée s’est terminée dans le coffre d’une Honda Civic, et je vous le dis, c’est pas confortable ce genre de coffre ! Mais avant de se retrouver dans le coffre de la Honda Civic, on a morflé, je vous dit que ça !

Certes, l’ex-femme du porno, parfois rude, reste toujours courtoise, mais la vérité m’oblige à vous le dire : certains ont commencé à les lui briser… MENUES !

Alors voilà notre Angel qui s’en va en guerre… Elle a la haine, elle est vénère. Mais comment faire quand on seule face à tous et que l’on n’a pas la puissance de feu d’un croiseur ni des flingues de concours ?

Et bien, on commence par le début de la vengeance et comme disait l’autre, c’est jamais bon de laisser dormir les créances, et surtout de permettre au petit personnel de rêver.

Sauf qu’ici on s’attaque à du lourd et à du gros personnel… Et on n’a même pas une canon scié !

Si vous êtes puritain et que les mots « sexe, bite, s’astiquer le manche, se branler, baiser, chatte, forniquer… » vous font tomber en pâmoison tant ils vous écorchent vos oreilles de grenouille de bénitier, je vous en prie, passez votre chemin en vitesse, vous risqueriez d’attraper mal à votre vertu ou d’enfin vous dévergonder un peu…

Il devait y avoir cinq mecs occupés à besogner les différents points de son anatomie, pendant que six ou sept autres se tenaient en retrait, s’astiquant le manche en attendant de prendre la relève. Un truc marrant quand on bosse dans le porno, c’est la vitesse à laquelle on s’habitue à voir des mecs se branler […]. Beaucoup de types imaginent que ce doit être hyper excitant d’assister à un tournage de porno. Un conseil : à moins que vous aimiez vraiment regarder des mecs se branler, passez votre chemin.

Une écriture simple, pas celle d’un grand roman, avec une narratrice – Angel Dare – bourrée d’humour, qui nous fait partager ses pensées et ses souvenirs… On avale ce roman noir sensuel d’une traite, vidant tout d’un coup, jouant à la gorge profonde, tant il est bon à lire. Il coule dans la gorge d’Annie… (Pardon, je me laisse aller, là !).

— Le seul moment où Honey Westlake se tait, c’est quand elle a une bite dans la bouche.

Il y a de la verge dans les répliques… Oups, décidément ! Je voulais dire qu’il y avait de la verve dans les répliques, dans la narration, dans les aventures pas si tranquilles de notre Angel Dare qui s’est faite piéger comme une bleue, tout ça pour une bite. Ok, c’était une belle grosse bite… Propriété d’un beau mec, en plus, ce qui ne gâche rien… Mais c’était un fils de sa mère, le mec…

D’accord, ce ne sera pas LE roman noir de l’année, le scénario est basique et si la victime n’était pas une ancienne star du porno, le roman serait assurément moins drôle et moins intéressant. Tout le sel est dans son personnage principal et dans ce qu’elle nous raconte sur le milieu peu reluisant du monde du porno.

Sans oublier l’autre personnage principal, intéressant lui aussi, Malloy, l’ancien flic froid et violent qui va aider notre amie dans sa quête et l’assister de toute sa science des filatures et des déguisements à gogo.

Et puis, n’allez pas croire qu’on ne fait que sourire durant la lecture, nous sommes dans un roman noir et il y a aussi une critique sociale sur l’univers impitoyable du porno, de la prostitution et des réseaux qui vendent des pauvres filles de l’Est (ou d’ailleurs) qui pensaient venir aux États-Unis pour faire des ménages ou être jeune fille au pair…

Drôle, amusant, noir, sensuel, sexuel, violent à certains moments, amusant (oui, ça revient régulièrement), émouvant, sans pour autant obtenir le Goncourt, mais de toute façon, on s’en branle, heu, on s’en moque puisque le but n’est pas là !

Messieurs, Angel Dare n’était pas QUE bonne à tourner dans des pornos ! Pensez-y lorsque vous regarderez ces films, une main dans le slip (ou dans le boxer, le caleçon, ou dans ce que vous voulez) !

Pour votre info, tous ces trucs qu’on fait dans les films, c’est uniquement parce que ça rend bien, pas parce que ça nous fait du bien. Quiconque a déjà testé la position de la cavalière inversée avec trois partenaires simultanés vous le confirmera, et je ne parle pas seulement des filles.

[…] cet air lobotomisé que les hommes affichent quand ils ont la main dans le caleçon.

Cette femme avait des couilles au cul et certains mecs lui doivent quelques bourres-pifs ou plus, si énervements plus grand… D’ailleurs, elle les a toujours, ces couilles au cul car quoi qu’il arrive, elle garde la tête haute, notre amie qui m’a fait passer un excellent moment de lecture.

Comme nombre de mecs qui ont la chance (ou la malchance) d’être dotés d’une bite aux dimensions monstrueuses, Vic avait parfois du mal à avoir la trique. Il n’atteignait jamais une dureté optimale et il en plaisantait toujours en disant que si c’était un jour le cas, son cerveau manquerait de sang et qu’il tomberait dans les pommes. Toujours est-il qu’en se l’empoignant fermement à la base, il arrivait à injecter suffisamment de sang dans les vingt-trois centimètres restants pour remplir son objectif.

PS : officiellement, ça ne mérite pas un 4 Sherlock, l’écriture est simple, habituelle, mais c’est tellement drôle, amusant et toussa toussa dans les réflexions d’Angel Dare que je lui mets un 4/5 !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

CHALLENGE - Gallmeister 10 ans

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[Sherlock Holmes] The Boscombe Valley Mystery : Peter Cushing (1968) [#LeFilmDeLaSemaine2016 – 31/52]

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Retour à du Sherlock Holmes qui vaut la peine d’être découvert, vu ou revu ! Je poursuis mon visionnage de la série de 1968 avec Peter Cushing dans le rôle de Sherlock Holmes et de Nigel Stock dans celui du Dr Watson.

The Boscombe Valley Mystery : Le Mystère du Val Boscombe (Épisode 6)

Résumé : Bill McCarthy est trouvé mort et son fils James est suspecté. Sherlock Holmes, contacté par la fiancée de James, va découvrir que tout cela a un rapport avec la ruée vers l’or qui avait eu lieu des années auparavant en Australie…

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Ce que j’en ai pensé : Si vous avez lu la nouvelle, vous trouverez que l’épisode lui est fidèle en tout point, hormis quelques détails : le tué se nomme Billy alors que dans le canon, c’est Charles.

Toujours dans la nouvelle, Holmes explique beaucoup de choses à Watson sur les origines du tué et de son ami, dans la version filmés, ils ne l’apprendront qu’au fil de l’enquête…

Mais ils sont fidèles avec notre Sherlock Holmes qui transforme ses journaux en boule et fait un panier trois points en les lançant dans les filets porte-bagage au-dessus de la tête de Watson, ou dans le fait qu’il porte le deerstalker et le macfarlane…

Mis à part l’immense brassée de journaux qu’Holmes emporta avec lui, nous eûmes tout le compartiment pour nous seuls. Jusqu’à ce que nous ayons dépassé Reading, il tourna, retourna et lut les quotidiens, ne s’interrompant que pour prendre des notes et pour réfléchir. Puis, d’un geste soudain, il fit du tout un énorme ballot qu’il jeta dans le filet. [Extrait canonique]

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Non, ici ce n’est pas une hérésie, il est à la campagne, ce sont des habits fait pour la campagne et Sidney Paget l’avait représenté de la sorte.

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J’avais déjà grandement apprécié la nouvelle, en son temps, et elle n’a jamais baissé dans mon estime car elle avait son lot de mystère, de brume du passé, de sordide affaire d’un fils James qui aurait, dit-on, tué son père (Bill McCarthy), une homme brutal et rustre, le tout avec une jeune fille z’amoureuse, son père pas d’accord et des tas de trucs louches et pas nets.

Cet épisode a aussi des ramifications en Australie puisque l’homme mort et son meilleur ami et voisin (John Turner) ont tout deux fait carrière en Australie lors de la ruée vers l’or.

ACD aimait souvent parler de l’Amérique, mais il l’a aussi fait avec l’Australie.

Bon, soyons honnête, ça n’a pas super bien vieilli…

Le fils James accusé du crime est un peu en demi-teinte dans son rôle de jeune homme qui ne veut pas corrompre une jeune fille, comparé à son père grimaçant, brutal et surtout comparé au vieux voisin et ami qui est presque cloué dans son lit (John Turner).

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Lui, il est plus que convainquant dans son rôle de vieil infirme qui commence à perdre la boule et à avoir des visions.

Peter Cushing est égal à lui-même dans cet épisode, il est mince, le visage fin, émacié, il se déplace avec grâce, légèreté, fait de bonnes déductions et parle peu.

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L’enquête de Holmes sera minutieuse, il se mettra par terre pour ramasser des cendres de cigare (ou de cigarette, il ne nous le dira pas de suite), sous l’œil éberlué de Watson.

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Si dans Le Chien, Watson avait un grand rôle, ici, il  n’a même pas celui d’un faire-valoir, juste d’un type qui est aux côtés de Holmes, à la limite, on aurait mis un chat ou un chien que cela serait revenu au même…

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Dommage que les producteurs de l’époque n’aient jamais donné à leurs Watson l’étoffe qu’il méritait. Très stupide d’en avoir fait des clowns ou des imbéciles, donnant l’impression aux gens qui ne connaissent pas le canon holmésien que le Boswell de Holmes était un benêt incapable de réfléchir.

Certes, face à l’intelligence de Holmes, personne ne fait le poids, mais Watson était là pour que le public s’identifie à lui ! Il est l’homme qui s’extasie devant les déductions de Holmes et puis qui les trouve simple une fois expliquées, un peu comme nous…

Il est l’homme qui se pose des questions, comme nous, lecteurs, il est le lien entre nous et Holmes, en plus d’être son garde-fou et ami.

Anybref… Ça se regarde avec plaisir, c’est un peu suranné, vieillot, mais cela reste fidèle au canon holmésien et Peter Cushing avec son visage émacié fait un excellent Holmes qui ne gesticule pas trop, ne grimace pas de trop, mais qui – a contrario – possède moins de présence physique à l’antenne qu’un Jeremy Brett.

Étoile 3,5

Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), le Challenge #LeFilmDeLaSemaine2016 et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

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