Southern Bastards – Tome 4 – Du fond des tripes : Jason Aaron & Jason Latour


Titre : Southern Bastards – Tome 4 – Du fond des tripes

Scénariste : Jason Aaron
Dessinateur : Jason Latour

Édition : Urban Comics Indies (26/11/2018)

Résumé :
Le Coach Euless Boss règne d’une main de fer sur la petite ville de Craw County, Alabama, et même le shérif Hardy ne peut rien contre cette tyrannie.

Bien loin d’apaiser sa fureur, la défaite de son équipe face à leurs rivaux de toujours, les joueurs de Wetumka, ne fait qu’ouvrir les valves d’une violence incontrôlable.

À ses yeux, les ennemis sont désormais partout, et Roberta Tubb, de retour en ville pour obtenir des réponses sur la mort de son père Earl, risque bien d’être la première à en faire les frais.

Critique :
Me voici de retour à Craw County, petite bourgade sympathique remplie de bas de plafonds de l’Alabama qui ne vivent que pour les match de football américain que jouent leur équipe, les Runnin Reb’s.

Ici, le foot est religion et perdre est indécent. Là, pour le moment, le coach Euless Boss mange son pain noir car l’équipe des Reb’s se la fait mettre profond par les autres équipes avec des écarts de scores énormes.

Alors Euless Boss va prendre le taureau par les cornes et passer encore un peu plus du côté obscur de la Force, chose que je ne pensais pas possible tant il avait touché le fond depuis longtemps.

Durant quelques pages, j’ai pensé qu’il y avait encore un peu de morale sous sa casquette, un peu de décence derrière sa gueule et son sourire cassé, mais non. La fin justifie les moyens et il y va, déclenchant par-là une petite guerre avec la ville concurrente.

Pour les dessins, on aime ou on n’aime pas. Je ne les aime pas mais ils collent bien aux personnages qui gravitent dans ces albums. Les couleurs, dans les tons rougeâtres, illustrent bien aussi tout le sang qui coule.

Les auteurs avaient mis un peu de côté l’arc concernant la vengeance de Roberta Tubb et s’étaient attaché à nous faire découvrir les personnages secondaires, une belle bande de sans-couilles, d’excités, de limités du ciboulot bref, des électeurs qui choisiront Trump sans aucun doute.

Euless Boss est le chef, le messie, le tout-puissant, celui qui peut tuer impunément, au milieu de la rue s’il le veut, sans que personne ne moufte car ils auraient trop peur de perdre le coach qui fait gagner leur équipe…

Oui, mais tout ce que sait faire Euless Boss, c’est hurler sur ses joueurs et les traiter de tafioles. Le cerveau, c’était Coach Big, un Noir aveugle… et il est mort.

Toujours aussi violent, ce quatrième tome montre que toute personne issue du comté de Craw County a la mentalité des gens qui lui colle au basques, même si cette personne a quitté la ville, même si elle a tenté de prendre ses distances. Craw County, c’est un truc qui coule dans les veines, qui est dans les gènes.

Après, plus possible de revenir en arrière, tout le monde est allé trop loin, tout le monde a franchi la ligne de non retour, soit en tuant ou esquintant son prochain, soit en regardant les autres faire et en détournant le regard ensuite, avec le silence qui va avec.

Vivement le tome 5 pour voir quelle volée de bois vert les auteurs vont nous envoyer dans les gencives. Ça risque encore de saigner.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°169 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°14].

Jusqu’au dernier : Jérôme Félix & Paul Gastine


Titre : Jusqu’au dernier

Scénariste : Jérôme Félix
Dessinateur : Paul Gastine

Édition : Bamboo Edition (30/10/2019)

Résumé :
L’époque des cow-boys tire à sa fin. Bientôt, ce sont les trains qui mèneront les vaches jusqu’aux abattoirs de Chicago.

Accompagné de Benett, un jeune simplet, Russell a décidé de raccrocher ses éperons pour devenir fermier dans le Montana. En route, ils font halte à Sundance.

Au petit matin, on retrouve Benett mort. Le maire préfère penser à un accident plutôt qu’à l’éventualité d’avoir un assassin parmi ses concitoyens et chasse Russell de son village.

Mais le vieux cow-boy revient à la tête d’une bande d’Outlaws pour exiger la vérité sur la mort de Benett…

Critique :
Le western a toujours été mon dada et je suis gâtée au niveau films, séries ou bédés. Problème : comment se démarquer des autres western ?

En proposant une bédé qui en respecte les codes mais qui surfe sur du moins habituel : la fin des convoyeurs de vaches suite à l’arrivée des gares et du chemin de fer un peu partout.

La fin d’une époque. Le début d’une nouvelle ère.

La première chose qui frappe, dans ce one-shot, ce sont les dessins. Ils déchirent leur race !

Les détails sont présents, affinés, bien dessinés et les couleurs sont somptueuses, mettant en valeur les paysages grandeur nature traversés par nos cow-boys et leur troupeau.

Le Monde change et si les gens ne changent pas avec, ne s’adaptent pas, ne montent pas dans le train, ils finiront sans boulot, les poches vides. A contrario, certains se sont déjà adaptés et ils ressemblent soit à des esclaves pataugeant dans la merde et sous les ordres d’un patron infâme, soit il font hors-la-loi.

À Sundance, soit la ville paie pour avoir le chemin de fer, soit elle le laisse passer et elle crèvera à petit feu. Il faut aussi qu’elle ait une réputation sans taches, que la ville et ses habitants soient plus pur que la Vierge Marie elle-même.

Dans ce western, le feu est mis aux poudres à la mort de Benett, le jeune gamin adopté par Russell. Crime ou accident ? L’un où l’autre, ça met Russell dans une rage folle et ses exigences sont simples : qu’on lui livre l’assassin sinon il mettra la petite ville à feu et à sang.

Le battement d’ailes de papillon qui a eu lieu lors de la mort de Benett, alors que Russell et son adjoint Kirby vidaient leur colt auprès de deux femmes, va déclencher un tsunami dont chaque vague sera plus forte que la précédente et noiera tout.

Violent, âpre, sombre. Le titre n’aurait pas pu être mieux trouvé car il correspond bien à l’album.

J’ai vibré, j’ai serré les fesses, j’ai supplié le scénariste de me donner la fin que je souhaitais, la plus belle, mais il m’a répondu que nous étions dans un western sombre, pas dans un Lucky-Luke et qu’il fallait payer les conséquences de ses actes, de sa folie, de son entêtement, comme on doit payer ses impôts.

Putain, la facture était salée, horrible, elle fait mal au bide car on voit tous les événements s’enchaîner comme s’ils étaient pris dans un engrenage super bien huilé. Le pan de votre robe s’est pris dedans et la machine voit broie, vous et tous les autres dans votre entourage.

Un western crépusculaire, comme un glas qui sonne dans le lointain, annonçant la mort des cow-boys, la mort des convois et l’urgence d’obtenir la gare dans sa ville.

Qui ne dit mot consent… Après ça, j’étais sur les rotules. Bien plus réaliste de la nature Humaine que mon happy end désiré. Normal, personne n’est tout à fait un innocent, ou un gentil, hormis Benett.

Le Diable était même tapis dans le coin, il avait les cheveux gominés et il a poussé tout le monde sur le chemin de l’enfer à coup de petites phrases bien plus assassines que toutes les balles de colt.

Cet album était un one-shot, il fait 70 pages en grand format car il aurait été impossible de condenser tout ça dans un 48 pages habituel, malgré tout, une suite ne  serait pas une mauvaise idée afin de savoir ce que va devenir Tom : un justicier ou un taiseux ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°167, le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°12] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

La piste des ombres – Tome 3 – Les écorchés : Tiburce Oger

Titre : La piste des ombres – Tome 3 – Les écorchés

Scénariste : Tiburce Oger
Dessinateur : Tiburce Oger

Édition : Vents d’ouest (2002)

Résumé :
Hiver 1869. Le fugitif Natanaël Dumont vient d’enterrer celle qu’il aimait près des tombes de leurs deux bébés.

Depuis, maudissant les trois pierres sacrées en sa possession depuis l’enfance, il erre comme un vagabond à travers les immenses plaines enneigées du Dakota. Il sombrerait certainement dans la folie, mais le destin veut qu’il croise alors la piste d’un chasseur de bisons et ses écorcheurs.

Il va partager l’horreur et l’absurdité du massacre comme une rédemption et retrouver la force d’affronter la vie.

Renouant peu à peu avec une civilisation sordide qui s’étend, il rencontrera d’autres êtres meurtris avec lesquels il partagera un bout de chemin. « Betty Timberline », la jeune prostituée, lui redonnera peut-être même le goût de l’amour…

Le grand retour de « La Piste des Ombres », magnifique et envoûtant western fantastique.

Critique :
Non mais allo quoi ? J’ai un très bon tome 3, une histoire qui tient la route, et pas de parution du tome 4 à l’horizon alors qu’au départ, elle était prévue pour 5 tomes…

Bordel de dieu ! Je ne saurai donc jamais la fin de l’histoire puisqu’elle s’est arrêtée en 2002 ?

L’auteur a-t-il envie de torturer son lecteur autant qu’il torture son personnage phare, Natanaël Dumont ?

Parce qu’il n’est pas épargné, le pauvre, comme sa compagne le fut dans le tome précédent.

Ah ils voulaient vivre d’amour et d’eau fraîche ? Ah ils pensaient avoir la belle vie après leur fuite

Peau d’zob, la vie fut dure pour nos deux jeunes amoureux et les hivers rigoureux n’épargnent personne. Nathanaël vient encore d’en faire les frais avec un trou caché sous la neige… Bardaf, ce fut l’embardée.

Nathanaël, un personnage fort et fragile à la fois. Encore un enfant de par son âge, tout en étant un adulte vu les épreuves traversées.

La possession des pierres maudites qui ne veulent pas le quitter et dont il doit payer un lourd tribu l’empêche de s’emmerder et de vivre heureux.

Une scène de cet album m’a rappelée une autre, dans le film « Danse avec les loups » : celle des bisons massacrés juste pour leurs peaux et dont les chasseurs avaient laissé les carcasses pourrir au soleil…

Lorsque Nathanaël va quitter sa bicoque misérable après avoir enterré sa femme, il va croiser la route du chasseur nommé California Joe, tueur de bisons sans états d’âme, qui ne pense qu’à les tuer pour amasser la maximum de peaux et se faire un maximum de fric.

En quelques cases, on résume l’Homme Blanc, sa passion pour l’argent, pour la destruction, pour le fait qu’il ne pense pas à demain, ni au futur, ni aux autres…

— Regarde, Nat. Regarde cette splendeur et dis-moi ce que l’on fait là…
— On détruit… On détruit tout ce qu’on touche. Tout ce qui est pur et sauvage. Voilà ce qu’on fait les gars.
Ces bêtes sont magnifiques, libres et magnifiques… Et nous, la lie de la Terre, minables parasites, nous les massacrons sans vergogne.

— Regarde cette plaine, mon ami à la peau sombre. Hier les buffalos, aujourd’hui les loups… Et après ce sera notre tour. Les Blancs sont fous.

Dans ce tome, on s’écarte un tout petit peu de l’univers fantastique créé par les pierres maudites, même si elles sont toujours bien présentes, attachées à Nathanaël et toujours en demande de sang, de mort, de vies aspirées. C’est leur dû.

Un tome très far-west, avec des couleurs plus lumineuses, des couchers de soleil fabuleux, des écorcheurs de bison qui semblent, comme Nathanaël, ne pas être à leur place…

Une bédé sombre, dont je ne saurai sans doute jamais la fin (si j’aurais su, j’aurais pas venu, comme le disait si bien le petit Gibus), un personnage aussi écorché que les pauvres bisons dans la plaine mais qui, contrairement à eux, semble aller de l’avant pour prendre son destin en main et l’arrivée de nouveaux personnages donnent du souffle à cet album.

Un très bel album. Des beaux dessins, des couleurs chaudes, des personnages profonds, attachants, la vie au far-west dans toute son horreur, dans toute sa splendeur, un scénario et des textes profonds.

Quand la terre était jeune, un arc, une flèche et un fusil furent déposés devant deux hommes. Celui qui avait le droit de choisir le premier prit le fusil et devint l’homme blanc. L’autre, qui n’avait plus que l’arc et la flèche devint l’indien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°165, le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°10] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Cauchemar : Paul Cleave

Titre : Cauchemar

Auteur : Paul Cleave
Édition : Sonatine (07/11/2019)
Édition Originale : Whatever it Takes (2019)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Un cauchemar qui va vous tenir éveillé toute la nuit.

Acacia Pine, États-Unis. Une petite fille, Alyssa Stone a mystérieusement disparu. Noah, un des flics du village fait irruption chez le principal suspect.

Envahi par la colère, il le séquestre et le torture jusqu’à ce que l’homme lui révèle le lieu où Alyssa est captive. Noah file alors vers une vieille maison abandonnée, la ferme des Kelly, où il la retrouve enchaînée dans la cave, encore en vie.

Fin de l’histoire ? Non, début de l’histoire. Dévoiler davantage la suite des événements serait criminel.

Sachez seulement que ceux-ci se passent douze ans plus tard. Le jour où Alyssa est à nouveau portée disparue. Et que le cauchemar recommence.

Critique :
♫ Saga Acacia ♪ Faut faire gaffe à Noah ♪ Saga Acacia ♪ Faut pas chercher Noah ♪

Noah Harper est de retour à Acacia Pines, l’endroit le plus chiant du monde… Son ancienne ville qu’il avait quittée, il y a 12 ans, sur ordre du shérif de l’époque.

Alyssa Stone, la gamine qu’il avait retrouvée il y a 12 ans, a de nouveau disparu et malgré l’interdiction qu’il a de mettre les pieds dans la ville, il est revenu !

Contrairement à ce qui est promis dans le résumé, ce « cauchemar » ne m’a pas tenu éveillé toute la nuit !

J’ai même fait des pauses durant ma lecture, j’ai su m’arrêter dans le récit et je n’ai pas oublié de descendre à ma station de métro.

Ça ne veut pas dire que le p’tit dernier de l’auteur aux beaux yeux est merdique, loin de là, mais bon, j’en étais au premier tiers et le récit n’avait rien d’exceptionnel non plus.

Pourquoi ? Parce qu’Alyssa Stone qui avait été enlevée et retrouvée par Noah, flic à l’époque, a disparu de nouveau mais Drew, le nouveau shérif l’a eue au téléphone et même Noah lui a parlé au téléphone ! Elle est juste fichue le camp du bled, point final. On replie tout et on part à la pêche ??

À partir de ce moment-là, j’ai commencé à douter de  l’auteur, à me demander s’il avait encore sa santé mentale.

J’en étais quand même au premier tiers du roman et la seule chose qui me tenait éveillée en le lisant au matin, c’était mon café noir et les personnages du roman qui me plaisaient, surtout Noah et son côté cash, brutal, un peu borderline et chien fou qui mord quand on le cherche.

Le grand huit attendu n’était pas au rendez-vous. Niveau sensation, j’avais plus l’impression d’être assise dans la petite voiture, sur le manège qui tourne en rond, celui pour les gosses… Franchement, à ce moment là, je n’avais pas envie d’attraper la floche pour gagner un tour de plus.

Pourtant, nom de Zeus, des copinautes à moi en avaient dit le plus grand bien de ce nouveau roman et je fais confiance à ma Fée Stelphique et à l’Yvan d’Émotions. Seraient-ils devenus fous d’avoir apprécié ce nouveau roman de Paul Cleave ? Qu’est-ce qu’il y avait de si super dans ce roman où j’avais l’impression de tourner en rond et de ne pas avancer ??

Et puis, sans que je m’en rende compte, le manège a commencé à s’incliner et ma petite voiture ne tournait plus du tout en rond. La vitesse avait augmenté aussi et c’est avec stupeur que je me suis réveillée sur les planches du grand huit, avec double salto arrière, si pas triple salto. Accrochez vos ceintures, c’est parti mon kiki !

Purée, sans faire attention, j’avais été entraînée vers une histoire qui se mettait enfin en branle et là, j’en ai eu pour mes sous, pour ma tension, pour mon rythme cardiaque et sur le final, en effet, je n’avais pas envie d’aller faire dodo et j’aurais pu louper ma station de métro si j’avais été dedans.

Pour planter son décor, ses personnages, développer l’intrigue, il fallait que l’auteur tourne un peu en rond et nous donne cette fausse impression que rien n’avançait et qu’on pouvait aller boire un verre.

En fait, rien n’était plus faux… Mais comme Saint-Thomas, fallait que j’y mette mon doigt pour être sûr et c’est pourquoi mon début de lecture fut aussi laborieux.

Cauchemar, ça commence comme sur un manège pour enfant et ça se termine en attraction pour adulte, non cardiaques car sinon, il vous faudra un nouveau coeur. Et là, y’en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°159 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°04].

Elfes – Tome 25 – Vengeance noire : Christophe Arleston, Dana Dimat & Stefania Aquaro

Titre : Elfes – Tome 25 – Vengeance noire

Scénariste : Christophe Arleston (Marc Hadrien)
Dessinateur : Dana Dimat & Stefania Aquaro (coloriste)

Édition : Soleil (19/06/2019)

Résumé :
À Slurce, de jeunes recrues suivent les apprentissages des mestres pour devenir des mercenaires efficaces et impitoyables. Des épreuves qui feront d’eux les êtres les plus redoutés des Terres d’Arran.

Tandis qu’un groupe de novices affronte les labyrinthes piégés de la forteresse, un vol de dragons largue des rochers et attaque le sanctuaire des elfes noirs.

Tous les mestres s’interrogent : d’où vient cette armée, qui la dirige et dans quel but ?

Critique :
Enfin, le retour de mon Gaw’yn préféré en mode assassin vénère et plus en mode fleur bleue dont j’avais craint qu’il ne finisse, dans le tome 20.

Tome 20 qui nous avait laissé dans un grand suspense avec le départ de mon Elfe Noir pour une vengeance, ce qui le faisait revenir à son statut d’assassin.

C’est ainsi que j’aime ce personnage : impitoyable !

À la citadelle de Slurce, on forme la fine fleur des assassins et pour y arriver, s’il faut tueur l’autre, on le fait sans état d’âme.

Un jour, la moitié d’une classe a été mise à mort par l’autre moitié, ceux qui voulaient survivre… Comme ça, vous savez qu’à Slurce, on ne se fait pas de copains, pas de copines.

Gaw’yn a mené une véritable quête pour trouver le moyen de survivre à la malédiction qui touche les Elfes Noirs et est prêt à tout pour mettre fin à son ordre, à ses mestres et aux abominations qui sont cachées dans les grottes.

Si pour moi les dessins des tomes 5 et 10, exécutés par Ma Yi, étaient les plus beaux, je ne peux pas cracher sur ceux-ci car ils ont un excellent rendu et mettent bien en valeur les décors et les techniques de combats des jeunes recrues de Slurce.

Une fois de plus, nous plongerons dans l’âme noire et sans pitié des apprentis assassins où ce ne sont pas toujours les plus forts qui gagnent, mais les plus rusés, les plus fourbes, les plus salauds, les plus dénués d’émotions et de sentiments.

Whu’yn, Moer’yn et Kart’yn, les disciples de Varh’yn, l’ancien mestre de Gaw’yn qui est déchu pour n’avoir pas su le tuer en feront le constat lorsqu’on les lâchera dans un labyrinthe des plus retors où un seul peut sortir victorieux.

De l’action, des combats, du sang, une vengeance à la hauteur de ses ambitions, mais pas que… Gaw’yn a changé au fil des tomes, il a évolué, réfléchi et il sait ce qu’il veut.

Maintenant, aura-t-il l’aide nécessaire pour arriver à ce qu’il veut faire ? Ça, je ne vous le dirai pas et comme vous, je le saurai au prochain épisode.

Le scénariste Arleston (qui ne publie plus sous son pseudo) a su donner une autre direction à la saga des Elfes Noirs et j’espère que la quête de notre Gaw’yn ne va pas tourner en eau de boudin mais se terminer avec une vraie fin avant que tout ne sombre, maintenant que les zombies ne sont plus là.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°148.

 

La piste des ombres – Tome 2 – Trois tombes : Tiburce Oger

Titre : La piste des ombres – Tome 2 – Trois tombes

Scénariste : Tiburce Oger
Dessinateur : Tiburce Oger

Édition : Vents d’ouest (2001)

Résumé :
Badlands, territoires inorganisés du sud Dakota. Depuis la mort du vieux cow-boy Zachary Cloverleaf, voilà un an, le jeune fuyard Natanaël Dumont et sa fiancée Julia Moami vivent reclus dans une « soddy », une cabane en terre, isolée dans les grandes pleines enneigées.

La solitude, la faim et le froid sont leur quotidien.

Un matin, Natanaël est heureux de sa découverte : des bouses de bison séchées, de quoi se chauffer quelque temps.

Mais près de la cabane, Julia pleure devant une petite tombe.

Au loin, des cheyennes observent et attendent. Ils savent que quelque chose va arriver… Et cette chose les terrifie.

Pendant ce temps, sous la pluie du Texas, le vieux Chiricahua Yrigollen raconte l’histoire des « GAHE », des démons indiens enfermés dans les « Pierres Brûlantes », à White Smile l’affranchi : « Je vais te parler des « GAHE », fils, et après tu prendras ton cheval et ton fusil et tu iras les chercher… »

Critique :
De temps en temps, je me fais un petit western… C’est comme un bon whisky, on n’en abuse pas, mais de temps en temps, on s’en file un p’tit coup pour se rincer la glotte (attention, l’abus d’alcool… blablabla).

Munie d’armes à feu et d’un bon cheval, j’ai suivi la piste qui m’a mené à nos deux fuyards : Natanaël et Julia que j’avais rencontré dans le premier tome et perdu de vue depuis 4 mois.

Bon, je n’ai pas eu autant de difficulté que les chasseurs de primes, ni que mon vieil ami White Smile, l’esclave affranchi.

Cette bédé western respecte les codes habituels mais qui a introduit une touche de fantastique avec les pierres maudites que sont les Gahe, celles dont on ne prononce pas le nom.

Le Chiricahua Yrigollen nous en a appris plus sur ces pierres maudites et à la fin de l’album, on se pose la question de savoir ce que Natanaël va en faire comme usage, elles qui n’apportent que mort et désolation et qui ont tendance à semer la mort dans l’entourage de ceux qui les possède, tout en leur apportant protection.

On n’a rien sans rien…

Les dessins sont toujours spéciaux, mais je les apprécie et l’auteur a une grande diversité dans les visages des personnages, dans leurs caractères aussi et pas de manichéisme, sauf pour les 4 chasseurs de primes, mais ils n’ont pas eu le temps de nous montrer le bon côté de leur Force.

Un tome en continuité du précédent, une vie que nos deux fuyards n’avaient pas pensé, pas voulue non plus, car la fuite est toujours plus belle et plus romantique dans les rêves ou lorsqu’on l’entame, ivre d’amour. Après, quand on crève de froid et de faim, il faut autre chose que l’amour et l’eau fraîche.

Les décors sont toujours bien rendus et l’épais tapis de neige qui recouvre tout ajoute une atmosphère froide à ses pages qui recèlent de la violence mais enlève de la sombritude (cherchez pas le mot au dico, il n’y est pas encore entré) au récit assez triste tout de même.

Il m’a fallu du temps avant de mettre la main sur les deux derniers tomes (je ne possédais que le premier), mais j’ai retrouvé le plaisir de la lecture de ce western de suite.

Le mystère n’est pas encore tout à fait levé et je gage que nous aurons des aventures plus folles dans le dernier car ici, c’était un tome de transition. En transit, certes, mais toujours foisonnant de détails et de rythme. Fallait juste faire un pont… On l’a fait dans le sang et la violence.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°146 et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Barracuda – Tome 2 – Cicatrices : Jean Dufaux & Jérémy

Titre : Barracuda– Tome 2 – Cicatrices

Scénariste : Jean Dufaux
Dessinateur : Jérémy

Édition : Dargaud (2011)

Résumé :
3 adolescents apprennent à survivre en milieu hostile. Une île infestée de pirates. Un diamant maudit.

Barracuda raconte les aventures pleines de sang et de larmes de trois adolescents au temps des pirates.

L’action se déroule sur une île : la mal nommée Puerto Blanco.

Dans ce 2ème tome, le terrifiant Morkam revient sur l’île pour tenter de se venger de Flynn, le frère de celle qu’il voulut jadis épouser à Londres, et qui l’en empêcha.

Emilio/Emilia, qui dissimule toujours sa véritable identité sexuelle, assistera à la scène… Raffy, enfin remis de ses blessures, ne rêve que de se venger de Maria.

Mais le fils du pirate Blackdog et la belle aristocrate qui vient d’épouser Ferrango, le richissime marchand d’esclaves, tombent amoureux l’un de l’autre.

Les auteurs observent, avec une acuité et une clairvoyance toutes contemporaines, la façon dont Emilio, Raffy et Maria affrontent des situations extrêmes.

Critique :
Hissez haut, mais pas trop car on va rester sur la plancher des vaches et nous ne poserons pas notre jambe de bois sur le pont du Barracuda…

Bien campé sur la terre ferme, nous allons explorer plus en profondeur nos trois personnages principaux : Raffy, le fils de Blackdog le pirate, Emilio qui est toujours travestit en femme et la belle Maria.

Trois ans se sont écoulés et bien des choses ont changé. Maria a pris du galon, Raffy ronge son frein et Emilio va être le témoin du retour d’une sale gueule en la personne de Morkam qui vient demander des comptes à son mentor, Flynn.

Nous ne sommes pas sur l’océan, ni sur le pont du Barracuda, mais croyez-moi, sur la terre ferme, on peut naviguer en eaux troubles, on peut nager dans les complots, dans le mystère, surfer sur le suspense, plonger dans les vieux secrets, s’encanailler avec un roi et batifoler aussi, parce qu’il faut bien que le corps exulte.

Pas de temps mort, des personnages qui gagnent en profondeur, en maturité, qui changent, s’élevant ou touchant le fond avant de reprendre pied, un scénario toujours intéressant et des dessins qui nous emporte loin de notre canapé ou de la grisaille.

Évidemment, on retrouve aussi du classique (tout a été écrit, quasi) mais les vieilles recettes ont été bien cuisinée et malgré des vieilles ficelles usées jusqu’à la trame (les histoires d’amûr), les auteurs nous proposent des pistes nouvelles afin de ne pas stagner dans le marigot, ce qui serait dommage vu que la saga se présente de manière intéressante jusqu’à présent.

On pourra tiquer sur les histoires d’amour cousue de fil blanc mais en apprendre plus sur le passé de Blackdog nous fera oublier quelques roucoulades et roulades intimes. Pour ce qui est de la recherche du diamant, la quête est en stand-by. La suite au prochain épisode, peut-être ?

Les dessins sont toujours de belles factures, les décors sont grandeurs natures et donnent envie d’aller boire des mojitos sur les plage de Puerto Blanco, mais faudra éviter les sales gueules tout de même.

Bon, je n’ai pas encore mis la main sur la suite, mais j’espère tout de même que nous irons respirer les embruns de la mer car nous sommes tout de même dans une série consacrée aux pirates et sans navires, ça donne l’impression qu’il manque l’invité principal, un peu comme un western sans chevaux et sans cow-boys…

PS : 3 mois que cette fiche est prête à être publiée… Ou j’ai du retard ou j’ai eu une mauvaise organisation ! PTDR

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°138.

De bonnes raisons de mourir : Morgan Audic

Titre : De bonnes raisons de mourir

Auteur : Morgan Audic
Édition : Albin Michel (02/05/2019)

Résumé :
Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment. Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante. Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée.

Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé…

Morgan Audic signe un thriller époustouflant dans une Ukraine disloquée où se mêlent conflits armés, effondrement économique et revendications écologiques.

Critique :
J’aurais peut-être dû relire le résumé avant de commencer le roman, moi… Nous sommes à Pripiat…

Pripiat ? Ce nom éveille un écho en moi…

Tout à coup, les sirènes d’alerte retentissent dans mon crâne : je suis dans la ville fantôme, à quelques kilomètres de la centrale nucléaire de Tchernobyl et je n’ai pas de compteur Geiger avec moi, ni aucune protection.

Irradiée j’ai été.

Ce thriller m’a irradié, en effet. Un thriller qui mélange allègrement le roman policier, le roman d’action, d’espionnage, de roman noir, d’écologie, de guerre civile, de conflits entre peuple frères et de folie Humaine.

La recette est excellente, imparable, on dévore le roman même si, parfois, devant certains comportements, on a envie de vomir.

M’emmener en Russie dans un roman, c’est déjà me conquérir une fois, mais me faire passer la frontière Ukrainienne pour me déposer en zone d’exclusion, me parler un peu de politique, de conditions sociales, de l’ex-URSS et de l’accident d’avril 1986, c’est m’offrir des pralines délicates sur un plateau en or massif. Je me suis régalée.

Ne me demandez pas ce que je faisais le 26 avril, nuit de la catastrophe, je n’en ai plus aucun souvenir ! Trop jeune pour m’en souvenir et sans doute plus intéressée par les dessins animés que l’actualité, même brûlante.

L’auteur a mis les petits plats dans les grands, a soigné ses personnages, a soigné sa mise en scène, a soigné les décors à tel point que j’avais l’impression d’être à Pripiat, ce qui m’a fait flipper grave quand même.

D’ailleurs, j’ose le dire, durant toute ma lecture, j’ai flippé, mes tripes se sont serrées, j’ai eu mal au coeur, même si j’ai pris mon pied littéraire. Hélas, tout n’est pas que fiction et penser à quoi nous avons échappé alors que d’autres n’avaient pas d’échappatoires ou n’ont même pas survécu, ça fait froid dans le dos.

La plume est caustique, amère, le constat est sans fard, non maquillé et tout en suivant les enquêtes d’Alexandre Rybalko et de Melnyk, l’auteur nous dresse un portrait au vitriol de la Russie et de l’ex-URSS. Pas en mettant en cause le pays ou ses habitants (bien que certains…), mais ses différents dirigeants qui se sont succédé et qui ont foutu la vérole à tous les niveaux.

Anybref, la plume de l’auteur sait très bien vous expliquer les petits travers de l’Homme, les corruptions, les magouilles, les secrets bien gardés, les bassesses et tout ça tourne toujours autour du pouvoir et surtout de l’argent.

Glaçant… Oui, le roman est glaçant, tout en étant magnifique. Rien ne nous est épargné et l’auteur à l’art et la manière de nous faire comprendre la noirceur humaine, même si on la connait déjà.

Un thriller roman noir dur, froid, âpre, intelligent et des plus instructifs. Le dosage entre la politique, la psychologie, l’écologie, l’enquête, la corruption, le passé et le présent est savamment dosé et aucun ingrédients ne prend le dessus sur les autres.

En fait, c’est plus qu’un simple thriller, plus qu’un simple polar, plus qu’un simple roman noir, plus qu’un roman historique. C’est tout ça à la fois et c’est bien plus encore.

Sortez vos compteurs Geiger et aventurez-vous dans la zone d’exclusion en retenant votre souffle afin de ne pas soulever trop de poussières radioactives…

Avec amertume, il se dit que le monde se souvenait de dictateurs, de joueurs de foot brésiliens et d’artistes peignant des carrés blancs sur fond blanc, mais que personne ne pouvait donner le nom d’un seul de ces hommes qui avaient sauvé l’Europe d’un cataclysme nucléaire sans précédent. Qui connaissait Alexeï Ananenko, Valeri Bespalov et Boris Baranov ? Qui savaient qu’ils s’étaient portés volontaires pour plonger dans le bassin inondé sous le réacteur 4, pour activer ses pompes et le vider de son eau avant que le cœur en fusion ne l’atteigne ? Qui savait que si le magna d’uranium et de graphite s’était déversé dans le bassin, il se serait produit une explosion de plusieurs mégatonnes qui auraient rendu inhabitable une bonne partie de l’Europe ? Qui le savait ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°133.

Une bête au paradis : Cécile Coulon

Titre : Une bête au paradis

Auteur : Cécile Coulon
Édition : L’Iconoclaste (27/08/2019)

Résumé :
La vie d’Émilienne, c’est le Paradis. Cette ferme isolée au bout d’un chemin de terre. C’est là qu’elle élève seule, avec pour uniques ressources son courage et sa terre, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel.

Les saisons défilent, les petits grandissent. Jusqu’à ce que l’adolescence arrive, et, avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui ravage tout sur son passage.

Il s’appelle Alexandre.

Leur couple se forge. Mais devenus adultes, la passion que Blanche voue au travail de la ferme, à la terre, à la nature, la contraint, la corsète, la domine.

Quand Alexandre, dévoré par l’ambition, veut partir, attiré par la ville, alors, leurs deux mondes se fracassent.

Critique :
La terre, c’est fort, c’est puissant, c’est dur, âpre, doux, c’est vivant…

Tout comme ce roman qui nous parle de la terre,d’une telle manière qu’il m’a touché une corde sensible avant faire bouger les autres.

La terre, je la connais. La ruralité aussi. La dure vie d’agriculteurs, je l’ai vue avec mes grands-parents, même si pour moi, étant gamine, ça ne me semblait pas si dur que ça.

On est naïf quand on est jeune, on ne voit que le bon côté des choses : un terrain de jeu immense.

Mais on a pas vu la somme de travail en amont, de privations, de sueur, qu’il a fallu pour obtenir ce patrimoine, grappillant l’argent petit à petit, s’endettant et ne sachant pas si oui ou non, il y aura une issue favorable.

Anybref, la terre, j’en ai entendu parler toute ma vie par les Anciens et je sais combien on peut s’y attacher, combien elle est remplie d’histoire, d’anecdotes, de sueur.

On la connait par cœur, cette terre, on sait où se trouvent les pièges, les trous, les meilleurs morceaux, les plus ensoleillés, les plus froids, où l’herbe est la plus verte…

Et je sais aussi qu’elle peut déclencher des rages infernales quand d’autres veulent se l’approprier. Sa terre, on y attaché, c’est viscéral.

Les personnages de ce roman, c’étaient comme retrouver des gens de ma famille, surtout la patriarche, Émilienne, qui m’a fait penser à une grande-tante.

Toujours sur le pont avant tout le monde, bossant sans jamais s’arrêter, s’occupant de sa famille, de son ménage, ne ménageant jamais sa peine. Dure au mal, dur à la peine, un roc inébranlable, dure avec ses enfants mais tendre avec ceux des autres.

Moi, ce roman m’a parlé directement au cœur. J’ai fait un bon dans le temps et je me suis retrouvée attablée en terrain connu. Le récit, il m’a collé au basques comme de la terre argileuse après une averse et j’en ai encore sur mes godasses tant il m’a pénétré.

L’histoire est conventionnelle au possible, mais c’est dans la manière de la conter que se trouve tout le sel.

Commençant par la fin qui nous laisse entrevoir une tragédie, le roman revient ensuite sur la jeunesse des protagonistes, Blanche et Gabriel, alternant les points-de-vue de plusieurs personnages, afin de nous offrir une large palette d’émotions brutes, telle une terre en friche que l’on va passer inlassablement afin de la travailler, de l’assouplir, de la réveiller.

Ce roman rural, c’est un mélange de tragédie grecque, de drame contemporain, un huis clos, la rencontre entre deux monde que tout oppose, la rencontre entre deux jeunes que tout va réunir avant de les opposer, deux personnes qui s’aimes mais dont l’une va exploser, d’une vie de privations, d’une ferme nommée Paradis qui est aussi un enfer…

C’est l’histoire d’une passion qui va tout brûler sur son passage, tout dévaster, oui, comme un ouragan (si vous chantez, c’est voulu).  L’histoire de trahisons, de vengeance, de rage, d’amour, de crime, de renoncement de soi, de peines à l’âme, de peines de cœur.

D’ailleurs, on ne s’y trompe pas, chaque chapitre porte le nom d’un verbe tels que grandir, venger, surgir, mordre, vivre, faire mal, protéger, construire… Tout un programme.

Entre une histoire (un roman) et son lecteur, il y a une rencontre ou pas. Avec certains, la rencontre n’a pas eu lieu car nous n’étions pas au même moment au même endroit, mais ici, le rendez-vous fut marquant, m’atteignant en plein cœur.

Ces émotions ressenties, elles ne seront pas les mêmes chez tout le monde. Chez moi, ce furent des émotions puissantes, de celles qui vous laissent dévasté et vous font vous endormir avec un sourire, triste mais heureux aussi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°132.

Couleurs de l’incendie : Pierre Lemaitre [LC avec Bianca]

Titre : Couleurs de l’incendie

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (2018) / Livre de Poche (2019)

Résumé :
Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement.

Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.

Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie.

Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.

Critique :
Mais qu’est-ce que l’auteur allait bien pouvoir nous raconter alors que le volume précédent semblait mettre fin à tout l’histoire ?

Mais une autre histoire, pardi, avec des personnages qui étaient « secondaires » dans la première, les faisant passer de figurants importants à premiers rôles, notamment Madeleine.

♫ Madeleine c`est mon Noël ♪ C’est mon Amérique à moi ♫ Même qu`elle est trop bien pour moi ♪

Pourtant, ma lecture avait mal commencé, si on peut dire…

Dès le départ, le ton utilisé semblait être burlesque, comme si ce qu’il nous décrivait était une comédie. Hors, devant mes yeux horrifiés se jouait un drame. Un terrible drame qui se joua aussi devant les témoins impuissants de la scène mais ces derniers semblaient se comporter comme des poules, caquetant pour rien, jouant les égoïstes.

STOP ! J’ai fermé les yeux, rassemblé mes deux neurones et imaginé la scène… Naïve que j’étais encore ! Nous étions face à des êtres humains, autrement dit, une belle bande d’égoïstes de tout poil, ne pensant qu’à leur nombril. Comportement hélas des plus réalistes.

Puis, emportée par la foule ♪ qui nous traîne ♪ Nous entraîne, écrasés l’un contre l’autre ♫ Nous ne formons qu’un seul corps ♫ Et le flot sans effort nous pousse, enchaînés l’un et l’autre ♪ Et nous laisse tous deux épanouis, enivrés et heureux ♫

Oui, j’ai été emporté par l’océan furieux de Lemaître, par cette histoire qui m’a permis de faire connaissance avec Madeleine qui était bien en peine, face à des requins qui rôdent autour d’elle, attiré par le fric, par le flouze, pas le pèze. Faut qu’elle le crache.

Flamboyant ! Bordel de nom d’une pipe avalée, j’ai pris mon pied littéraire avec les personnages, qu’ils soient dans le camp des pourris ou de ceux qui tentent de s’en sortir.

La profondeur était là, les portraits étaient réussis, soignés, chacun ayant son rôle dans cette histoire. La pièce se jouait et tous les acteurs étaient parfaitement à leur place.

Vitriol ! Oui, c’est le mot, l’auteur a trempé sa plume dans le fiel et ça casse, ça casse,  sur la bonne société française… Savoureux ! Caustique ! Truculent !

Les puissants, les nantis, les bourgeois, les bien-pensants, les politiciens… Bref, on tape sous la ceinture, mais avec grâce, avec classe et on a envie de se lever pour demander « encore ».

Madeleine n’ira sans doute pas manger des frites chez Eugène mais elle a savouré un autre plat, celui qu’on préconise de savourer froid, même si elle l’a dégusté tiédi. C’était pas du Edmond Dantès mais c’était terriblement bien ficelé quand même.

Lyrique ! À un moment, j’ai pouffé de rire, j’ai failli m’étrangler en retenant cet éclat que j’aurais mieux fait de libérer, mais trop tard.

Je m’en voudrais aussi de ne pas parler des décors, plus vrais que nature et de l’arrière-plan historique, parce que nous sommes dans l’entre deux-guerres, on a le capitalisme, le fascisme, la montée du nazisme avec un certain moustachu de sinistre mémoire qui vient d’arriver Chancelier et qui, d’ici quelques années, fera chanceler l’Europe et le Monde…

Un roman Historique flamboyant, des personnages à leur place, soignés, des détails historiques qui donnent plus de réalisme à l’histoire, un univers riche, un style caustique, ironique et un rythme de narration qui ne laisse jamais le temps de bailler.

Lemaître n’est pas un auteur qui commence sur les chapeaux de roues pour terminer bien avant, sur les jantes. Non, il commence en fanfare et durant tout le concert, jamais il ne faiblit ! Je suis debout et j’applaudis.

Bianca, avec qui je faisait cette LC, applaudit aussi à tout rompre à mes côtés. Nous sommes prêtes pour le troisième tome qui, on l’espère, fera aussi l’objet d’une LC.

Il arrive que des hommes aux idées courtes deviennent grands lorsque les circonstances s’y prêtent.

Pour un banquier, la faillite d’un établissement de crédit, c’est comme un deuil familial.

– Absolument. Tout le monde pense que si on contrôle les riches, ils vont aller mettre leur argent ailleurs. « Et quand la France, je cite, sera un pays de pauvres, qu’est-ce qu’on fera ? »
– Vous commencez à m’emmerder avec vos citations !
– C’est vous qui l’avez écrit, monsieur le président. Pour votre campagne électorale de 1928.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°124.