Drive : James Sallis

Titre : Drive

Auteur : James Sallis
Édition : Payot et Rivages (28/09/2011)
Édition Originale : Drive (2005)
Traducteur : Isabelle Maillet

Résumé :
Dans un motel de Phoenix, un homme est assis, le dos au mur d’une chambre, et il regarde une mare de sang qui grandit à ses pieds.

Ainsi commence Drive. L’histoire, selon James Sallis, d’un homme « qui conduit le jour en tant que cascadeur pour le cinéma, et la nuit pour des truands ».

Dans la grande tradition du roman noir, il est « doublé » lors d’un hold-up sanglant, et bien qu’il n’ait jamais auparavant participé aux actions violentes de ses partenaires occasionnels, il se met à traquer ceux qui l’ont trahi et ont voulu le tuer.

Critique :
♫ Highway to Hell ♪ No more stop signs, speed limit ♫Nobody’s gonna slow me down ♪Like a wheel gonna spin it ♪Nobody’s gonna mess me around ♫

N’ayant jamais vu le film qui fut tiré du roman, avec, notamment, Ryan Gosling dans le rôle phare, c’est avec un permis vierge de toute faute que j’ai embrayé sur ce roman noir.

Le Chauffeur est un excellent conducteur, je peux vous le garantir, il vous mènera à bon port.

Pour ce qui a été de sa jeunesse, elle a été plutôt pourave et telle une voiture qu’on laisse à l’abandon une fois qu’elle ne vous est plus utile, ce gamin dont nous ne saurons jamais le prénom, a dû sortir de la casse tout seul.

Tel L’Homme Sans Nom qui était juché sur sa selle, notre Chauffeur est assis sur le siège de sa bagnole et mène une double vie : travaillant pour les studios de cinéma et réalisant les cascades, il lui arrive de jouer aussi au chauffeur pour les braqueurs, jusqu’au jour, où, vous vous doutez bien, le casse tourne mal.

Niveau efficacité, on peut faire au Chauffeur, c’est un professionnel de la boite de vitesse, un embrayeur de première, un accélérateur hors-pair et un respecteur du code de la route car ce serait bête de se faire prendre en chasse par des flics après un braquage pour un simple excès de vitesse.

Pourtant, les rouages se sont grippés. Alors que j’avais acheté des places pour un grand spectacle, j’ai eu l’impression d’avoir assisté à la face B, comme celle sur les disques d’antan, ou alors, l’auteur a oublié de changer de vitesse.

Les personnages sont à peine esquissés, cela aurait pu ne pas être dérangeant, mais si on ajoute à cela des dialogues qui ne casseront pas des bielles à un moteur, des problèmes dû au sens-giratoire de l’histoire qui passe du passé au présent, à tel point qu’à un moment donné, j’ai dû utiliser la carte routière pour m’y retrouver.

Ces 170 pages se sont envolées à la vitesse d’une gros moteur V8 survolté, mais une fois déposée à l’arrivée, je n’étais pas décoiffée.

Il aurait sans doute fallu plus de pages afin de mieux développer cette histoire de vengeance que notre Chauffeur orchestre après s’être fait doublé par le Maitre d’Œuvre car ici, j’ai l’impression d’avoir raté une intersection et d’être arrivée trop vite au terme du voyage.

Même pas eu besoin de boucler ma ceinture…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.

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[FILMS] L’Homme des Hautes Plaines – High Plains Drifter de Clint Eastwood (1973)

L’Homme des Hautes Plaines (High Plains Drifter) est un film américain réalisé par Clint Eastwood, sorti en 1973.

Premier western dirigé par Clint Eastwood, ce film reprend la mythologie de l’homme sans nom déjà exploité dans la trilogie de Sergio Leone : Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus et Le Bon, la Brute et le Truand.

Le film est aussi inspiré du travail avec un autre réalisateur, Don Siegel. Le meurtre de Kitty Genovese, en 1964, a inspiré la trame du film.

1. Fiche technique : 

  • Titre original : High Plains Drifter
  • Titre français : L’Homme des Hautes Plaines
  • Réalisation : Clint Eastwood, assisté de James Fargo
  • Scénario : Ernest Tidyman, Dean Riesner (non crédité)

2. Distribution :

Clint Eastwood (VF : Jean Lagache) : L’Étranger (ou Duncan)
Billy Curtis (VF : Guy Piérauld) : Mordecai
Mitch Ryan (VF : Jean-Claude Michel) : Dave Drake
Ted Hartley (VF : Marc Cassot) : Lewis Belding
Geoffrey Lewis (VF : Jacques Thébault) : Stacey Bridges
Verna Bloom (VF : Paule Emanuele) : Sarah Belding
Walter Barnes (VF : Pierre Tornade) : Shérif San Shaw
Stefan Gierasch (VF : Jacques Balutin) : le maire Jason Hobart

 

3. Le pitch : 

Venu de nulle part, un cavalier taciturne surgit dans la petite ville de Lago, en plein désert, et découvre une population terrorisée par l’imminente sortie de prison de trois hors-la-loi.

L’homme sans nom est engagé pour défendre la ville.

En contre-partie, il aura droit à tout ce qu’il voudra.

Les habitants de Lago vont bientôt le regretter…

Ce que j’en ai pensé :
C’est avec curiosité que j’ai acheté ce DVD en seconde main car je suis toujours à l’affut d’un bon film western inconnu et si celui-ci porte la signature de Clint Eastwood, je suis encore plus encline à l’acheter.

Là, je dois vous avouer que je me suis trouvée face à un western qui m’a laissée dubitative au départ.

Le début est classique, un homme juché sur un cheval (belle bête) chevauche au galop dans la plaine et se dirige vers la petite ville minière de Lago où l’étranger est dévisagé avec méfiance.

Là où tout part en couille fut lorsque Clint Eastwwod tua trois types (en état de légitime défense) et viola la femme qui l’avait apostrophé de manière équivoque. Entre nous, elle avait plus une tête de consentante qu’autre chose.

Les habitants, ayant peur de la sortie prochaine de trois bandits que le shérif a fait emprisonné, demandent à l’homme sans nom de les défendre, lui donnant les pleins pouvoirs, ce qui va se retourner contre eux.

Ils sont pleutres, couards, voudraient se planquer mais ne le peuvent pas, et n’ont pas l’air d’être tous droits dans leurs bottes.

Le film est spécial, plus profond qu’il n’y paraît, et cache de nombreuses choses que le téléspectateur découvrira au fur et à mesure. Mais si vous êtes perspicace, vous comprendrez assez vite le pourquoi du comment.

Des flash-back montreront le meurtre – au fouet – de l’ancien marshal Duncan, avec toute la population tétanisée et n’osant pas bouger.

L’homme sans nom est un personnage taciturne mais fourbe, abject, il fait peur et n’hésite pas à monter tout le monde contre l’autre, à donner le poste de shérif au nain qui bossait pour le barbier, à faire participer activement tout le monde à la défense de la ville, à démonter la grange de l’un et à faire sauter l’hôtel de l’autre, sans compter qu’il couchera encore avec une autre femme.

Les habitants de Lago se croyaient des loups, mais ils sont tombés sur un loup encore plus pire qu’eux et que les trois bandits dont ils voulaient se protéger.

Le final nous donnera un Eastwood ordonnant aux habitants de préparer un banquet pour les bandits qui arrivent et l’ordre de repeindre la ville en rouge, rouge comme l’enfer et de la rebaptiser « HELL ».

Et ensuite, l’enfer va se déchaîner, en effet…

C’est violent, avec une trame qui se déroulera lentement, comme pour ne pas tout dévoiler d’avance, laissant le spectateur se faire son opinion sur les habitants de Lago qui ne sont pas toujours aussi immaculés qu’ils voudraient nous le faire croire.

Le scénario est bien fichu, ne nous dévoilant les bijoux de famille qu’au fur et à mesure, entourant le tout de mystère et il faudra attendre le grand final pour que les pièces du puzzle se mettent en place, un peu comme si Hercule Poirot avait tout expliqué.

Ceci n’est pas un western pour les petits enfants… Ceci est un western qui donnera une leçon à ceux qui se pensaient au-dessus de tout, des lois comme des hommes et qui, tel un verset de la Bible, te feras comprendre qu’on est toujours puni par là où l’on a péché et que les anges vengeurs sont parfois des démons, ou le contraire.

Pour se coucher moins bête au soir :

  • Clint Eastwood ayant été impressionné par les circonstances du meurtre de Kitty Genovese à Brooklyn en 1964 et la non-intervention de nombreux témoins présents lors de l’agression, demande à Tidyman de s’en inspirer pour l’intrigue du film. Le scénario est de plus teinté d’allégories et d’humour noir influencé par Sergio Leone.
  • Le tournage a duré six semaines et s’est terminé deux jours avant la date prévue.
  • Le budget du film a également été moindre que ce que l’on avait prévu. C’est le deuxième film réalisé par Clint Eastwood (après Un frisson dans la nuit), et son premier western.
  • Les pierres tombales du cimetière portent les noms des cinéastes Sergio Leone, Don Siegel et Brian G. Hutton. À ce sujet, Clint Eastwood déclara : « J’ai enterré mes réalisateurs ».
  • Universal Pictures voulait que le film soit tourné dans leur backlot mais Eastwood choisit de tourner en extérieur.
  • Le décor de Lago a été construit sur les bords du lac Mono, à 300 miles de Hollywood, dans la Sierra Nevada de Californie, un site jugé « hautement photogénique » par le réalisateur.
  • Une équipe de 46 techniciens et 10 peintres ont travaillé dix heures par jour pendant huit jours pour construire 14 maisons et un hôtel de deux étages avec porche et escalier extérieur. Les décors furent détruits à la fin du tournage.
  • Richard Bull, qui joue le rôle du croque-mort, s’est fait plus tard connaître par celui de M. Oleson dans la série télévisée La Petite Maison dans la prairie.
  • On trouve également dans la distribution John Hillerman dans le rôle du bottier qui jouera plus tard Higgins dans la série Magnum.

Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.

Hors cadre : Stefan Ahnhem [LC avec Bianca]

Titre : Hors cadre

Auteur : Stefan Ahnhem
Édition : Albin Michel (30/03/2016)
Édition Originale : Offer utan ansikte (2014)
Traducteur : Marina Heide

Résumé :
Près des corps sauvagement mutilés de deux victimes, une photo de leur classe de 3ème sur laquelle leur visage a été raturé. Cette classe a aussi été celle de l’inspecteur Fabian Risk de la police de Helsingborg.

Pour arrêter la spirale infernale et éviter d’être la prochaine cible, il s’enfonce dans les méandres de son propre passé. Au risque de s’y perdre.

Best-seller partout où il est publié, ce roman troublant et cruel qui interroge la violence de la société, impose Stefan Ahnhem comme un des auteurs de thrillers scandinaves les plus prometteurs.

Critique :
♫ Viens, je t’emmène ♪ Où les enquêtes sont replies de secrets ♪ Viens, je t’emmène, Où des meurtres vont commencer ♪

On a tell’ment fermé les yeux ♫ On a tell’ment le regard détourné ♪ Que ça est arrivé ♪

Viens je t’emmène… C’est à peu près ça que l’auteur aurait pu me chanter à l’oreille car il m’a emmené dans une intrigue tellement bien maîtrisée que j’y ai pris un pied fou.

Pourtant, il arriva un moment où je doutai fortement du comment il allait encore pouvoir me tenir ainsi en haleine jusqu’à la dernière page.

Sans pour autant avoir VU le coupable – comme dans un Columbo – j’avais la sensation que tout était dit, que tout était plié, que je savais tout et que le seul suspense serait de savoir comment les policiers allaient le coincer.

Et bien, ça m’apprendra à douter, tiens ! Penser que tout était plié était une erreur grossière de ma part. L’auteur a eu raison de me susurrer à l’oreille « Viens, laisse-moi t’emmener » car le voyage valait vraiment la peine.

Les polars scandinaves dégagent toujours quelque chose en plus que les autres, et celui-ci n’a pas dérogé à la règle : l’intrigue était serrée, bien menée, j’ai été de surprises en surprises, le tout sur un rythme qui oscillait entre le tranquille et l’agité.

Bien que l’enquête prenne du temps, bien que le rythme ne soit pas celui d’un 24h chrono, l’intrigue se met de suite en place et les questions commencent à débouler dans notre tête.

Avec des chapitres courts et en italiques, l’auteur nous plonge dans le journal intime d’un jeune élève qui subit les brimades de certains de ses congénères, ceux qui sont des petites brutes patentées, le tout sous les regards détournés des autres élèves et des profs.

Si l’écriture est conventionnelle, les personnages ne le sont pas, et, sans atteindre la profondeur de ceux du Département V, il n’en reste pas moins qu’on se prend d’affection pour ces policiers dont on suivra un peu leur vie intime, mais sans que cela empiète sur l’histoire principale.

Le personnage principal, Fabian Risk, est un flic tenace, mais un mauvais mari et un mauvais père. Il y a eu des moments où je l’aurais baffé volontiers, ou tout au moins hurlé dessus. Pas de bol, il est Humain, et donc, non parfait. Mais jamais mes parents n’auraient agi avec la même désinvolture que lui et son épouse.

Mon seul bémol sera pour le final : il est grandiose, on a le trouillomètre à zéro, mais j’aurais aimé savoir quel allait être le parcours de certains des flics après cette enquête éprouvante, violente, remplie de morts et médiatisée.

Une LC qui nous a faite plaisir à toutes les deux. Si vous voulez connaître l’avis de ma copinaute, Bianca, cliquez sur son nom !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Hortense : Jacques Expert [LC avec Bianca]

Titre : Hortense

Auteur : Jacques Expert
Édition : Sonatine (09/06/2016)

Résumé :
1993 : Sophie Delalande est folle d’amour pour sa fille, Hortense, presque trois ans, qu’elle élève seule. Son ex-compagnon est un homme violent, auquel elle refuse le droit de visite. Un jour, il fait irruption chez elle et lui enlève Hortense.

2015 : Sophie mène une vie morne, solitaire. Un dimanche pluvieux, elle se fait bousculer par une jeune femme dans la rue. Persuadée qu’il s’agit d’Hortense, elle la suit. Sans rien lui dévoiler, elle sympathise avec elle.

La relation qui se noue alors est pleine de mystères. Sophie ne serait-elle pas la proie d’un délire psychotique qui lui fait prendre cette inconnue pour sa fille ? Et cette jeune femme est-elle aussi innocente qu’elle le paraît ?

Une intrigue fascinante et haletante, inspirée d’un fait divers.

Critique :
♫ Quand je pense à Hortense, je danse, je danse ♪

Zut, la rime originale ne fonctionne pas !

Vous vous demandez sûrement comment on peut plaisanter avec un sujet aussi poignant que la disparition d’une enfant de même pas 3 ans et comment j’arrive à être guillerette devant la peine et le désarroi de sa mère.

Ben justement, faut que j’évacue la tension que ces quelques 330 pages (en grande édition) viennent de me faire subir. Parce que nom de Dieu, je l’ai marathonée, cette lecture, tant je voulais savoir ce qui était arrivée à la petite Hortense et si le final allait être happy end ou pas.

Comment est-ce possible de faire battre autant le palpitant d’une pauvre lectrice avec un récit, somme toute, assez banal, de la vie de Sophie, la mère éplorée d’Hortense, qui, 22 ans après sa disparition, subit toujours le manque de sa petite fille.

Elle ne vit plus, ou quasi plus, ses journées sont monotones, et, tout en vivant sa vie par procuration, elle nous raconte ce que fut sa vie de femme amoureuse, sa vie de mère, l’enlèvement de la petite, son combat pour la retrouver.

Poignant, je vous le dis, sans pour autant être larmoyant ou faire preuve de voyeurisme.

L’auteur, un peu sadique sur les bords (et pas que sur les bords), en profite aussi pour nous donner les différents points de vue de plusieurs protagonistes de l’enquête, et ce faisant, nous avons une vision plus large de la personnalité de Sophie, de son calvaire, mais aussi de son caractère, qui, au fil des pages et du temps, deviendra franchement agressif et paranoïaque.

Autant j’aurais aimé la consoler, autant j’ai eu parfois envie de lui dire d’y aller mollo dans la manière de répondre aux gens.

Tout le roman m’a tenu en haleine, ne sachant jamais s’il y avait anguille sous roche ou pas, et dans quel pâté j’allais retrouver une couille : je ne suis pas déçue, j’ai adoré l’histoire, le côté psychologique des personnages, le scénario, le découpage de l’histoire, les multiples questions que je me suis posée, ainsi que le suspense.

Pour tout ces ingrédients, je mets une bonne note parce que même si j’avais soupçonné, j’ai tout de même été sur le cul.

De plus, le personnage de Sophie étant ambigu, le voir raconté par d’autres, nous permet de l’éclairer un peu plus et d’arriver à un peu mieux le cerner car elle oscille entre le gris clair et le gris foncé, de par sa manière d’agir avec les autres.

Il en ira de même pour les autres personnages et cette manière de les présenter est toujours positive, car bien souvent, ils ne sont pas toujours ce que l’on pense d’eux au premier abords. Pour certains, il faudra même attendre l’ultime dénouement pour savoir s’ils sont bien ce que l’on pense qu’ils sont, ou pas.

Là où je suis plus mécontente, c’est dans l’abrupt dénouement : on te balance le final et puis c’est terminé, alors que tout un tas de questions restent sans réponses !

Et ce ne sont pas des questions banales, elles sont hyper importantes pour expliquer certains points qui, sans ces explications, resteront obscurs à jamais, et incompréhensibles. Même le plus crétin des flics se les poseraient, ces questions.

Me voici donc mitigée : oui j’ai adoré le récit, oui j’en ai eu pour mes sous niveau palpitations, mystères, suspense, oui j’ai apprécié que l’on joue avec moi, mais j’aurais aimé quelques pages de plus, afin d’expliquer l’inexplicable ou tout du moins, les questions légitimes qu’un lecteur est en droit de se poser…

Un thriller psychologique rudement bien monté, où l’on doutera à toutes les pages, ou les éclairages pourraient nous montrer un personnage sous un autre jour (bon ou moins bon), mais avec un final bâclé dans ses explications et où il reste des mystères qui auraient mérités d’être résolus.

Ma copinaute de LC, Bianca, est restée comme moi avec tout un tas de questions sans réponses, ce qui nous donne une lecture commune super, mais bourrée de points d’interrogation.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Nains – Tome 7 – Derdhr du Talion : Nicolas Jarry & Stéphane Créty

Titre : Nains – Tome 7 – Derdhr du Talion

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Stéphane Créty

Édition : Soleil (19/04/2017)

Résumé :
Quinze années se sont écoulées depuis l’incendie qui a ravagé Fort Druz. L’ordre du Talion n’a pas été détruit. Le pouvoir a seulement changé de mains, passant de celles des archivistes à celles des seigneurs de la banque de Pierre.

Pourchassé par les maîtres assassins de la loge Noire, Ordo a renoncé à sa vengeance… Jusqu’au jour où la belle et mystérieuse Derdhr, l’un des plus puissants seigneurs de la banque de Pierre, vient le trouver pour lui proposer de terminer ce qu’il a commencé…

Critique :
Game of thrones chez Goldman Sachs…

Imaginez un monde régit par une seule banque, une banque qui aurait la puissance de toutes les grandes banques de notre monde à nous.

Vous êtes une femme ambitieuse, vous faites déjà partie d’un ordre puissant, mais vous voudriez encore plus : siéger sur un des sièges de la Banque de Pierre.

Calife à la place du calife !

Game of Thrones a sa Banque de Fer, les Nains ont la Banque de Pierre et elle est associée au très puissant Ordre du Talion.

Depuis l’incendie de la forteresse de Fort Draz par Ordo a bouleversé l’ordre des choses et les espions ne sont plus au pouvoir, c’est au tour des banquiers d’avoir leur moment de pouvoir et en plus, ils ont l’argent. Bref, ces banquiers dirigent le monde des Hums (humains) et des Nains. *rires sardoniques des banquiers*

Cet album se déroule 15 ans après le final de Ordo du Talion et nous le retrouvons un peu vieilli, sur la construction d’un barrage, lorsqu’il se fait engager par Derdhr, une jolie bavette (naine) qui n’est rien de moins que la 2ème fortune du monde !

Si chez les Nains qui peuvent vivre 200 ans, 15 ans, c’est une paille, quand on doit sans cesse se cacher des assassins de la Loge Noire et vivre sous de fausses identités, on prend un coup de vieux. C’est le cas de mon cher Ordo.

Mon maître assassin préféré a toujours une dent contre son père, qui lui, n’est ni plus ni moins la première fortune du monde Nain !

Alors, quand la numéro deux veut la place du number one, vous comprenez que ça va intriguer à tous les étages et que tous les coups bas sont permis, sans que l’on sache de prime abord qui manipule qui, qui joue avec les couilles de qui, qui va trahir qui et qui va gagner ce combat rempli de manigances et de manipulations en tout genre…

Qui a dit « Ce sont les banquiers qui gagnent toujours » ? En effet, Don Salustre disait que les pauvres, c’étaient fait pour être très pauvre et les riches, c’étaient fait pour être très riches.

Ce tome fait une fois de plus la part belle à des somptueux dessins dans des tons sombres, foisonnants de détails, de petites choses à admirer une fois le phylactère lu.

Niveau scénario, c’est une leçon d’Histoire du monde que le scénariste nous livre là, transposant les affaires des Hommes dans le monde des Nains. Ici, les banquiers sont courts sur patte et plus teigneux que les nôtres, mais ils veulent toujours la même chose : le pouvoir et l’argent.

Et comme le disait si bien Littlefingers (Petyr Baelish) : Knowledge is power (le savoir, c’est le pouvoir). Ce qui fera dire à Cercei que « Power is power » (le pouvoir c’est le pouvoir), autrement dit, moi j’ai un flingue chargé, et toi, tu creuses ! 

Un album aux couleurs bleues sombres, un album où l’on ne doit faire confiance à personne, et où celui qui tranche une tête, pourrait très bien avoir la sienne qui tombe aussi dans les secondes qui suivent, parce que « Quand on joue aux jeux des trônes, soit on gagne, soit on perd », mais ici, on peut gagner et perdre de suite.

Ce fut un réel plaisir de retrouver Ordo après ses dernières aventures et je me demande bien ce que la suite va nous offrir avec Derdhr la manipulatrice.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Retour à Watersbridge : James Scott

Titre : Retour à Watersbridge

Auteur : James Scott
Édition : Seuil (05/02/2015) / Points

Résumé :
1897. Une sage-femme regagne sa ferme dans le nord de l’Etat de New-York, où l’attendent les corps ensanglantés de son mari et de ses enfants gisant dans la neige.

Seul Caleb, 12 ans, a échappé au massacre : il a tout vu de la grange où il s’était réfugié parmi les animaux.

Mère et fils abandonnent ce qu’il reste de leur foyer pour s’engager au cœur d’une contrée hostile et glacée à la poursuite des trois tueurs aux foulards rouges.

Au fil de la traque, traversée d’épisodes d’une violence sèche et brutale contrastant avec la luminosité et le silence des étendues poudreuses, on comprendra que leur soif de vengeance repose sur une imposture…

Le mensonge, le poids du péché et la nature des liens du sang sont les catalyseurs troublants de cette équipée sauvage doublée d’un roman d’apprentissage.

Critique :
Une femme rentre dans son foyer, loin des routes fréquentées. Nous sommes en 187, la neige a tout recouvert d’un épais tapis blanc poudreux. En arrivant chez elle, elle trouve toute sa famille assassinée.

Toute ? Non, Caleb, un de ses fils résiste encore et toujours à l’envahisseur armé. En fait, il était planqué dans le fenil.

Les premières pages du roman sont plus que  prenantes : une mère découvre un carnage en arrivant chez elle après une longue absence due à son travail de sage-femme.

Beaucoup d’émotions en lisant sa découverte de son mari, de ses deux filles et de ses deux fils gisant dans des mares de sang. Pourquoi ? Ils vivaient retirés dans une petite ferme et n’avaient rien à se faire voler.

♫ Bang bang, he shot me down ♪ Bang bang, I hit the ground ♫ Bang bang, that awful sound ♫ Bang bang, my baby shot me down ♪

Ce seront, assurément, les pages les plus prenantes du récit, tellement bien écrites que je voyais la scène comme si j’avais été au cinéma, regardant Claudia Cardinal trouver son futur mari et ses rouquins de fils, la face contre le sol, les mouches bourdonnantes en plus (on y échappe ici, c’est l’hiver, ça caille).

Mais bon, dans Il était une fois dans l’Ouest, la Cardinal, elle ne les connaissait pas, ne les avait pas élevé, ces enfants morts.

C’était donc les pages les plus prenantes… Non pas qu’ensuite on se fasse chier durant la lecture ! Mais je vous avouerai que la poursuite de la mère et du fils aux trousses des tueurs ne se passera pas comme je l’avais imaginé, bercée que je fus par d’innombrables western avec des chevauchées fantastiques et endiablées, en criant « vengeance ».

Que nenni ! On oublie la vendetta conventionnelle, on oublie les galops effrénés dans le désert, tout en tirant des coups de feu en l’air !

Retour à Watersbridge, la ville où est né Caleb, et durant leur voyage harassant dans la neige jusqu’à la ville, on aura droit à des flash-back du passé de Elspeth, la mère, qui n’a pas une conscience des plus tranquilles.

En fait, on dirait presque que leur séjour à Watersbridge, dans l’espoir de retrouver les hommes aux foulards rouges, n’est qu’un but pour l’auteur : nous parler de la vie des gens en ce temps-là, des conditions de travail, de nous présenter une petite ville gangrénée par l’argent du bordel du coin.

Anybref, le récit de vengeance et de poursuite est parti dans une direction imprévue, totalement inattendue, celle d’une attente, et tout compte fait, tant mieux, les courses-poursuites, on connait ça par cœur, plus rien ne pourrait nous surprendre et cela aurait donné un récit redondant, vu nos connaissances en la matière.

Tandis qu’ici, l’auteur, en évitant les sentiers battus, parvient à nous surprendre, à aller dans des directions non prévues sur le GPS et jusqu’à la fin, on restera sur nos gardes, s’attendant à tout de sa part, mais surtout pas à une fin conventionnelle ou téléphonée.

Une lecture fort sombre, des destins tragiques, le poids des mensonges, le poids de la culpabilité, et une père et un fils qui vont devoir apprendre à se connaître, à s’apprivoiser, et à faire, ensemble, le chemin vers la vérité, qui, comme vous  le savez, n’est pas toujours bonne à dire ou à savoir.

Un western noir qui n’a rien d’un western traditionnel, mais qui a tout d’un parfait petit roman noir sur fond de vengeance, rempli de noirs secrets et le tout rempli de profondeur et de l’humanité.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018)  et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.

Battues : Antonin Varenne

Titre : Battues

Auteur : Antonin Varenne
Édition : Manufacture Livre (2015) / Points Policier (2016)

Résumé :
Les hommes laissèrent les distances se creuser entre eux et commencèrent à marcher d’un pas plus long et rapide.

La pente dans le dos et n’y croyant plus vraiment, ils accéléraient naturellement, distançant Rémi qui continua à s’user les yeux sur le moindre morceau de terre, la moindre tache de couleur aperçue.

Il pensait à Philippe, roulé dans un tas de feuilles mortes, sur un humus pourrissant, à quelques mètres de lui, peut-être, et lui revenait le souvenir de l’odeur du sang qui se mélangeait à celle de la prairie fauchée; la douleur qui le ramenait à la conscience en des chocs déments; la folie des secondes, coincé sous la ferraille. Il avait attendu, comme Philippe, peut-être, un œil fiché au ciel, se demandant si quelqu’un allait lui venir en aide ou s’il allait crever ici.

Critique :
Varenne, c’est pas un tocard ! « Il Capitano » est le plus riche trotteur de l’histoire ! Et son homonyme écrivain est tout comme lui : c’est pas un tocard, c’est aussi un champion, mais dans l’écriture, lui.

Les deux peuvent se targuer de m’avoir fait vibrer quelques fois, même si l’auteur n’a pas encore gagné le Grand Prix d’Amérique.

Comment pourrait-on qualifier le roman Battues ? Presque de rural noir, même si on est plus dans du Forestier Noir, vu qu’on va arpenter les forêts.

Un Roman Policier Noir ? Oui, il l’est aussi un peu car le déclin d’une ville, passée de la prospérité à la dégringolade, cette dernière étant inversement proportionnelle à la montée de son taux de chômage et de misère commerciale puisque tous les commerces sont vides, à remettre, périclites, sauf les bistrots, tiens.

Battues ne se lit pas comme un thriller, on en est loin, l’auteur prenant le temps de poser ses jalons, de planter son décor, ses personnages, tout en mélangeant l’ordre de ses chapitres, nous donnant la version lors de la déposition devant le commissaire avant de nous montrer ce qu’il s’est vraiment passé.

Les titres des chapitres sont originaux, bien trouvés, comme je vous le montre en exemple : « 20 ans après l’accident, 9 jours après la découverte du premier cadavre, 12 heures après la fusillade ».

On pourrait croire, vu ainsi, que ce genre d’agencement des chapitres pourrait embrouiller la tête et nous faire perdre l’ordre du récit, mais que nenni ! Pas besoin de café fort, d’aspirines ou de GPS pour s’y retrouver, tout coule de source.

Niveaux décors, ils sont grandioses, que ce soit la petite ville de R. qui s’asphyxie toute seule, les forêts majestueuses et rasées sur certains versants par les bûcherons de la scierie, on a l’impression d’y être et d’avoir réellement croisé cette harde de sangliers.

Les personnages sont bien campés, torturés, avec leurs défauts et leurs qualités, certains étant plus têtus que d’autres, ce qui est le cas de Remi Parrot, le garde-chasse qui n’a pas dû voir les épisodes des Experts et oublié qu’il ne faut pas corrompre une scène qui pourrait être rattachée celle d’un crime !

Locard l’a toujours dit : toute personne qui intervient sur une scène de crime y laisse des traces de sa présence et emporte avec elle des traces de cette scène ! Mais Remi n’écoute pas la voix de la raison et fonce à tout va.

Quand à la petit ville, sa description du départ est bien faite, aussi précise qu’un rapport d’autopsie, sans oublier qu’elle est gangrenée et sous la coupe des deux familles les plus riches et les plus puissantes du coin : les Messenet et les Courbier.

Mon seul bémol sera pour le manque de précision lors des dialogues. Je les ai trouvé « pauvres » dans le sens où j’aurais aimé que l’auteur précise plus l’état d’esprit du personnage à ce moment là, ou tout simplement qui disait quelle phrase car il m’est arrivé de devoir lire plusieurs lignes avant de remettre chaque paroles dans la bonne bouche.

Un roman noir aux relents de tourbe, de poils de sanglier, de battues, de poudre à fusil, de sang de cochon sauvage, de remugle de cadavres, d’alcool, de médocs et d’entourloupes en tout genre car les puissants aiment se vautrer dans les magouilles qui rapportent du fric ou du pouvoir.

Un roman forestier noir profond, qu’on déguste avec sagesse car écrit avec passion.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

[SÉRIES] Hatfields & McCoys – La série qui te dit « H&M comme Vendetta » (2015)

Créée par Ted Mann, Hatfields & McCoys est une mini-série américaine en 3 épisodes de la chaîne History Channel. Diffusée entre les 28 et 30 mai 2012 aux États-Unis, la série est diffusée en France à partir du 21 juillet 2013 sur Canal+.

Synopsis : Inspirée de faits réels, la série Hatfields & McCoys relate l’opposition entre deux familles : les Hatfield d’un côté, les McCoy de l’autre.

Les deux chefs de famille, William Hatfield et Randall McCoy, sont deux amis proches qui ont combattu ensemble lors de la guerre de Sécession, mais une fois rentrés sur leurs terres natales – la Virginie Occidentale pour Hatfield et le Kentucky pour McCoy – la tension monte entre les deux familles.

Alors, quand la lutte s’étend à leurs villes puis à leurs comtés respectifs, le conflit opposant les deux familles risque bien de conduire à une nouvelle guerre civile…

Hatfields & McCoys

Acteurs principaux : 

  • Kevin Costner : William Anderson « Anse le Démoniaque » Hatfield
  • Bill Paxton : Randolph « Randall » McCoy
  • Matt Barr : Johnse Hatfield
  • Joe Absolom : Selkirk McCoy
  • Tom Berenger : Jim Vance
  • Powers Boothe : Wall Hatfield

Ce que j’en ai pensé : 
Vous connaissez mon vice pour Sherlock Holmes et il ne vous est pas non plus méconnu le fait que j’ai un gros faible pour le western…

Freud aurait peut-être dit que c’était phallique tous ces révolvers, ces carabines et ces hommes chevauchant virilement leurs chevaux fougueux.

J’emmerde Freud ! J’aime les westerns, mais pas ceux de gare, j’apprécie ceux qui ont un fond, de la profondeur, du dynamisme, bref, faut que ça claque.

Et cette mini-série, y’a pas à dire, elle claque juste comme il faut !

Le scénario est vieux comme le monde : deux clans qui se disputent, un peu comme dans l’album de Lucky Luke « Les Rivaux de Painful Gulch«  où les O’Hara et les O’Timmins se tapent dessus sans se souvenir du pourquoi et du comment cela à commencé.

Sauf que dans cette mini-série avec Kevin Costner, on oublie les situations drôles, comiques, amusantes, bref, on ne va se taper le cul par terre de rire, que du contraire, c’est violent.

Deux hommes, Anse Hatfield et Randall McCoy ont fait la guerre de Sécessions, sous l’uniforme gris des Sudistes. Ils sont amis, se sont sauvés la vie.

Oui, mais voilà, Kevin Costner en a plein le cul de la guerre ! Enfin, je veux dire que Anse Hatfield en a sa claque de la boucherie et il fout le camp, ce qui ne fait pas plaisir à son pote Randall McCoy qui lui continue la guerre et fini dans un camp de prisonnier.

Lorsqu’il revient, il apprend que son frère – qui s’était engagé dans l’Union – s’est fait descendre et que le coupable est sûrement tonton Jim Vance, le tonton de Anse (Costner).

Ensuite, ça dégénère et le reste n’est plus que violence, que « je te prends ton fils, ton frère, tes fils, ta gamine, ton chien…. », bref, la vendetta dans toute sa splendeur, aucune des deux familles ne voulant se remettre en question en se disant que si ses fils sont morts, c’est aussi parce qu’ils avaient tué un frère de la famille opposée….

Vu ainsi, on aurait envie de passer son chemin en se disant que ce genre de choses est vieille comme le monde et que tout ça fait série shakespearienne, mais j’ai trouvé que les acteurs étaient juste à leur place, justes dans leurs rôles et que chacun avait des circonstances atténuantes et qu’ils pouvaient évoluer, en bien comme en pire.

De plus, leurs agissements sont réalistes, humains, ils ne savent plus à quel saint se vouer, à quel dieu, surtout que les Hatfield sont athées au possible et les McCoys foutrement culs bénis.

Ils font des erreurs, les répare pitoyablement en faisant couler encore plus de sang, et puis, quand on les juge pour leurs actions un peu dégueulasse, on se rend compte ensuite qu’on les a jugé un peu trop vite et trop sévèrement.

Niveau habillement, on est dans les tons, les sous-vêtements longs sont crasseux au possible, les mecs ont les cheveux un peu gras, pas digne d’une pub de l’oréal, quand aux filles, on n’est pas dans la bonne société victorienne, ici, elles montent à cheval à califourchon !

Alors oui c’est violent, mais la série démontre bien le pouvoir nocif des armes, car si elles n’avaient pas été aussi présentes, un bon nombre de gens ne seraient pas morts (donc, ils seraient toujours en vie, aurait dit La Palice) car les armes à feu ne résolvent rien, quoiqu’en pense Trumpette.

Les vendette non plus, car lorsque l’on se venge, on doit creuser deux tombes : une pour son ennemi et une pour soi.

Et quand deux familles ou deux patriarches se querellent, c’est comme avec les chiens, faut pas se mettre au milieu, ni se monter la tête entre autres membres de la famille car c’est de là que naîtrons les problèmes à gogo…

Surtout lorsque l’an ajoute que les Hatfields vivent en Virginie Occidentale et que de l’autre côté de la rivière, c’est le Kentucky, l’état où vivent les McCoys. Et que chaque état à ses lois, qu’il est souverain chez lui et n’apprécie pas trop que des rangers de l’état d’en face viennent faire la loi chez eux.

Une mini-série violente, remplie de chevauchées et de tirs aux pigeons, une montée de la violence en puissance à tel point que les deux états en arriveront presque à la guerre civile.

Parce que ici, le H&M, c’est pas une chaîne de magasins de vêtements !! C’est Hatfield et McCoys et c’est tiré de faits réels, les deux familles ont réellement existé et se sont entretuées.

Moi, j’ai adoré cette série (vue en VF) et je me la referai un jour en VOSTFR (maintenant que j’ai récupéré des sous-titres, je vais peut-être arriver à les incruster dans les épisodes VO que je possède aussi).

L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu – Tome 4 – La Loi du plus fort : Wilfrid Lupano & Salomone

Titre : L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu – Tome 4 – La Loi du plus fort

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Salomone
Édition : Delcourt (21/06/2017)

Résumé :
Dans cette Amérique de 1900 où le Congrès est dominé par les millionnaires, l’application de la loi Dawes permet la spoliation de milliers d’hectares de terres indiennes et la NRA, jeune association de promotion des armes à feu, intrigue pour faire voter une loi à sa mesure.

Tandis que dans les banques, le TIC TIC d’une nouvelle machine est en train de changer le monde, nos héros se retrouvent pour un chassé-croisé impitoyable…

Critique :
J’ai toujours eu un faible pour les auteurs qui me parlent de l’Amérique telle qu’elle est en vrai et qui, avec un certain cynisme noir me démontre qu’en effet, l’être humain est difficilement récupérable lorsque l’on agite devant lui la possibilité de palper des billets.

Dans les albums de Lupano, on a croisé des tas de gens peu fréquentables : des magouilleurs, des tueurs, des salopes, des bonnes sœurs méritant les flammes de l’enfer, mais les pires seront toujours ceux qui reprennent d’une main ce qu’ils avaient donné de l’autre.

Notamment les 30.000.000 (30 millions, vous lisez bien) d’hectares de terres données aux indiens après les guerres… Et les amerloques viennent toujours donner des leçons de morales aux autres.

Si dans l’Ouest d’où nous sommes parti, ce sont les flingues qui font la loi, à la jeune capitale de Washington D.C. c’est la finance qui fait la loi. Et la jeune société baptisée N.R.A, si vous voyez de qui je veux parler. Le lobby des armes qui ne voudrait pas voir son futur marché juteux s’écrouler pour quelques papiers signés Madison.

La loi du plus fort étant toujours la meilleure, va falloir ruser afin d’arriver à ses fins. Si on y arrive, parce que les bâtons dans les roues sont nombreux dès qu’il s’agit de business florissant ou de lobby.

C’est avec un plaisir non dissimulé que j’ai retrouvé toute ma petite bande à la poursuite des fameuses lettres : Margot et ses atouts  qui se trouvent aussi bien dans sa te^te que dans son corsage qu’elle a bien rempli, Byron en fâcheuse posture, Knut et son langage à lui, nos deux jeunes indiennes, Jack, son père adoptif.

Ce tome 4 clôt la série et les fins de séries sont attendues avec impatience, mais aussi avec crainte car la question reste toujours de savoir comment les auteurs vont mettre fin à tout ça. Vont-ils rallier la fiction à la réalité (on sait ce qu’il en est du 2ème amendement) ou faire une uchronie avec un Amérique qui changerait de bord ?

Les États-Unis resteront tels qu’ils sont, ils ne changeront pas, seule le décor de notre bédé à changé puisque nous avons quitté les plaines de l’Ouest pour la « civilisation » de l’Est et ses grandes villes, ce qui donne un air mon western à ce dernier album qui clôt de manière honorable la série, à mon avis.

Puisque les États-Unis ne peuvent changer, autant que ce soit l’un des personnages qui fasse preuve d’un peu d’humanité, bien que je ne l’aurais jamais imaginé faire preuve d’amour ou de compassion. Les miracles n’ont pas lieu qu’à Lourdes, apparemment.

Un dernier tome moins burlesque que les précédents, des petits coups de plumes assassines envers les States et leur mentalité, leur mode de fonctionnement qui écrase les minorités qui y habitaient bien avant les nouveaux arrivants, une fin inattendue où la fiction rejoint la réalité, avec une explication appartenant aux auteurs mais qui pourrait être plausible aussi.

Une belle saga que je prendrai plaisir à relire encore et encore.

Mais je laisserai le dernier mot à notre cher ami Knut Hoggaard et sa poésie bien à lui :
— Lha SoolOop ! LaA SSSoLoôp ! La LooAaaah Mon KUuL ! Moooonde eeest fouuu !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Au revoir là-haut : Pierre Lemaitre [LC avec Bianca]

Titre : Au revoir là-haut

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (21/08/2013)

Résumé :
Sur les ruines du plus grand carnage du XX° siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec Ses morts…

Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.

Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Critique :
Gavrilo Princip avait-il la moindre idée en assassinant François-Ferdinand de Habsbourg-Este de ce que son geste allait déclencher dans l’Europe et dans le Monde ?

Si oui, il mériterait qu’on le ressuscite afin de lui faire subir tous les outrages connus et imaginables, car son coup de feu à mis le feu aux poudres, poussant des pays à se faire la guerre, même si on se doute qu’ils n’attendaient tous que ça : le truc qui allaient leur permettre de se rentrer tous dedans.

Mais qui pâtit le plus d’un conflit ? Les soldats, qui ont plus à craindre de leur hiérarchie que de l’ennemi, tapis dans des tranchées insalubres ainsi que les civils qui perdent tous un père, un frère, un fils…

Par contre, pour les crapules, les arrivistes, les magouilleurs, un conflit, c’est du pain béni pour faire du commerce en stoemelings (en noir) et s’en foutre plein les fouilles pendant que d’autres chient dans leur froc de peur car on leur demande d’aller au casse-pipe pour récupérer 2 mètres de terrain.

Mais une fois la guerre terminée, peut-on encore profiter d’un bon plan pour se remplir les poches puisqu’on étaient dans les tranchées et que tout ce qu’on a gagné, ces des trous partout, des blessures violentes ou un traumatisme à vie ? Ou des galons non mérités…

Nous donnant à suivre Henry d’Aulnay-Pradelle, salaud flamboyant, digne des meilleurs fils de pute de la littérature.

Disons le de suite, le surnom qui irait comme un gant à d’Aulnay-Pradelle c’est « sale enculé » et n »y voyez pas dans son cas une passion pour la sodomie, juste un triste constat : c’est un enculé !

Possédant du cran (ce n’est pas un Joffrey Barathéon), du sadisme (mais pas au point d’un Ramsey Snow-Bolton), il a tout d’un Euron Greyjoy, surtout vu son comportement à quelques jours de l’armistice, afin de motiver ses troupes à attaquer la cote 113 et d’y gagner son grade de capitaine.

Face à lui, un couillon de soldat, le pauvre Albert Maillard, doté d’une conscience, lui, mais de peu de courage, toujours à réfléchir, à ne pas oser, à ne pas prendre de décision, castré aussi par une mère qui lui répète sans cesse qu’il est un pleurnichard, pire qu’une fille.

Il va souffrir encore après la guerre, notre Albert, comme s’il n’avait pas déjà assez souffert avant , lui qui a embrassé la Mort à pleine bouche, respirant son souffle fétide.

Ajoutons un troisième larron à ces deux personnages principaux déjà bien esquissés : Édouard Péricourt qui paiera cher son acte d’héroïsme, comme quoi, les bonnes actions ne sont pas toujours récompensées.

De joyeux il deviendra apathique, pourtant, notre homme aura une brillante idée, niveau magouille, même si au niveau éthique elle est des plus discutable.

Le talent de Pierre Lemaitre est de nous présenter 3 personnages dont aucun n’est tout à fait aimable, même si certains, au départ, donneraient à penser qu’ils sont des gentils et l’autre un charognard d’enculé. Bon, le salaud restera un salaud…

La plume de Pierre Lemaitre m’a emporté dans les tranchées de novembre 1918, dans la France d’après-guerre, celle qui a préféré célébrer ses morts plutôt que ses vivants, me plongeant dans le quotidien de deux hommes qui tirent le diable par la queue pendant que d’autres pètent dans la soie.

Les 100 premières pages décrivent bien l’atmosphère des tranchées, sans trop en faire, sans sombrer dans le pathos, ensuite, on découvre l’envers du décor avec les hôpitaux militaires, où il ne fait pas bon vivre non plus.

Ensuite, on découvre l’imbécilité du gouvernement, le rapatriement des soldats qui se déroule dans le plus grand bordel possible, les soldats démobilisés longtemps après la guerre, l’imbécilité des officiers, les bilans horribles du nombre de morts par jour, tout ça pour rien, pour gagner quelques mètres.

Boucherie, c’est le terme qui convient, abattoir aussi.

La duperie de certains pour gagner des galons, la duplicité de ces mêmes pour gagner du fric sur le dos des pauvres gens. Bien que certaines duplicités soient plus pires que d’autres, je trouve.

Un roman magnifique, dont je comprends qu’il a gagné le Goncourt tant son atmosphère est prégnante, ses personnages forts, cyniques, qui m’ont fait rire, souffrir et donner des envies de meurtre, le tout servi par une écriture magnifique qui joue avec les mots et nos maux.

Lemaître manie sa plume de main de maître (oui, je sais, elle était facile), cette plume qui te titille là où ça fait le plus de bien et procure instantanément une jouissance littéraire.

Une lecture intense qui me fera regarder les cimetières militaires et les monuments aux morts d’une autre manière.

Merci à Bianca pour cette LC car sans elle, ce roman serait toujours sur mes étagères (lien vers sa chronique dans son nom).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).