Block 46 : Johana Gustawsson

Titre : Block 46

Auteur : Johana Gustawsson
Édition : Bragelonne (23/10/2015)

Résumé :
Falkenberg, Suède. Le commissaire Bergström découvre le cadavre terriblement mutilé d’une femme.

Londres. Profileuse de renom, la ténébreuse Emily Roy enquête sur une série de meurtres d’enfants dont les corps présentent les mêmes blessures que la victime suédoise : trachée sectionnée, yeux énucléés et un mystérieux Y gravé sur le bras.

Étrange serial killer, qui change de lieu de chasse et de type de proie…

En Suède, Emily retrouve une vieille connaissance : Alexis Castells, une écrivaine pleine de charme spécialisée dans les tueurs en série. Ensemble, ces deux personnalités discordantes se lancent dans une traque qui va les conduire jusqu’aux atrocités du camp de Buchenwald, en 1944.

Critique :
Cela faisait quelques temps que ce roman traînait sur mes étagères, comme des tas d’autres, mais Yvan a su se montrer persuasif pour que je le sorte de suite de ma terrible PAL (avec des menaces, oui – MDR).

Un thriller qui mélange des scènes de crimes sorties toutes droit du cerveau dérangé d’un serial killer et des scènes tirées du camp de concentration de Buchenwald, ça ne court pas les rues.

Le mélange est osé, fallait-il encore que la sauce prenne ! Que ce mélange des deux donne une symphonie sans couacs ou fausses notes qui déchireraient les tympans.

Avant tout, je signale aux âmes sensibles qu’elles peuvent lire ma chronique, mais peut-être pas le roman… Sauf si elles veulent défaillir !

Autant j’ai aimé la justesse des récits dans le camp de concentration (l’auteur, sans édulcorer le récit, ne sombre pas dans du gore gratuit), autant j’ai aimé les scènes de crimes bien gores, elles, autant j’ai eu du mal avec les personnages féminins que sont Alexis Castells, écrivaine spécialisée dans les tueurs en série, et Emily Roy, la profileuse.

Oui, au départ, je ne les sentais pas… Aucune empathie pour elles, ni pour Emily qui avait tout d’une frofileuse dure et antipathique, ni pour Alexis qui avait le passé de Stéphane Bourgoin en version féminine (son compagnon tué par un serial killer et elle qui écrit des livres sur eux) et à laquelle je n’accrochais vraiment pas.

Ça commençait mal entre nous… Mais je ne suis pas du genre à baisser les bras pour si peu et bien m’en pris parce que j’ai appris à apprécier les personnages féminins au fur et à mesure de ma lecture  !

L’écriture est agréable, facile à lire, sans fioritures, elle coule toute seule et une fois qu’on est entré dans le roman, on n’a plus envie de le lâcher, à tel point que j’ai lu dans mon lit avant de m’endormir (chose que je fais JAMAIS), à la lampe de poche pour ne pas déranger Chouchou.

Nom de dieu, on peut dire que l’auteur a su jouer avec mes nerfs et me pondant une enquête addictive et où je me suis prise quelques coups dans le plexus. Et j’adore ça.

Comme je le disais, si les personnages féminins ne m’emballaient pas tant que ça au départ, les personnages masculins, eux, oui car je les trouvais plus réalistes, surtout le flic macho et crétin congénital. Un réussite, celui-là, du genre qu’on aurait envie d’encastrer dans le mur.

L’auteur a su jouer avec mes nerfs, le suspense, le mystère, le glauque, le sang, les cadavres et le récit d’un rescapé de Buchenwald et au final, la symphonie était réussie.

De plus, même si certains passages sont durs, éprouvants, horribles car ils ont traits à ce que l’Homme a de plus sombre en lui, jamais l’auteur ne sombrera dans le glauque gratuit. Ce qu’elle nous raconte est véridique (Buchenwald) et fait toujours aussi froid dans le dos (sauf pour les nazis nostalgiques, bien entendu).

Un thriller au mélange étonnant mais réussi, une symphonie sur l’Homme qui, dans le pire, reste incontestablement le meilleur ! Hélas…

PS : ce roman se déroulant pour moitié à Londres et pour l’autre en Suède, je couvre plusieurs challenges littéraires, ce qui double mon plaisir.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),   « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le Challenge Nordique Édition Scandinavie chez Chroniques Littéraires.

Dans la forêt : Jean England [WRC – Chronique d’une autopsie littéraire annoncée]

Par THE WOMEN’S READING CLUB (WRC)

Conception et idée originale : Stelphique, Mon féérique blog littéraire !!!

Direction logistique : Belette, The Cannibal Lecteur 

Direction artistique : Nathalie, Sous les pavés la page

Chronique autopsie annoncée

Je soussigné, docteur Jack The Reader, Chef du Service de Médecine Légale; certifie avoir procédé à ce jour, en vertu de la réquisition du Cannibal Lecteur, à l’examen médico-légal du roman « Dans la forêt » de Jean England

Dossier n°04

Madame Ia Belette Cannibal Lecteur, Suite à votre réquisitoire du 22 janvier 2017, en cause j’ai l’honneur de vous faire savoir que j’accepte la mission que vous m’avez confiée.

Je jure de remplir ma mission en honneur et conscience avec exactitude et probité.

Nous avons accompli notre mission et consignons dans le présent rapport, les résultats de nos examens, observations et investigations.

Nous reprenons les éléments importants relevés au cours des examens externe et interne du roman.

Nous les commentons et tentons d’en tirer des hypothèses et/ou conclusions logiques.

Silence on autopsie un livre

Description du sujet autopsié : Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt.

Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

Date du crime d’édition : Janvier 2017, tout récent.

Arme du crime : Un black-out total dont nous ne saurons rien de plus

Traumatismes : Oui, parce que ça pourrait aussi nous arriver, mais cadavre moins traumatisant que d’autres (Black-Out, Extinction, The End of the world, Résilience).

Suspects : L’auteur qui, de son cerveau fécond, nous a écrit ces pages, il y a 20 ans. Et puis, sans aucun doute l’Homme es ses excès, l’Homme qui, de par son comportement, court à sa perte.

Arme du crime probable : Inconnue. Toutes les pistes sont bonnes à prendre, aucune indication sur le cadavre autopsié.

Modus operandi du crime : Un pays (États-Unis) qui a perdu l’électricité. Deux jeunes filles et leur père livrés à la survie dans leur maison, perdue près des bois. Le père décède et ensuite, nos deux jeunes filles vont devoir se démerder seules avec ce qu’elles possèdent et changer radicalement de vie.

Belette légiste

Verdict du médecin légiste Jack ?
Encore une roman post-apocalyptique ? Ça commence à bien faire, non ? C’est mon je-ne-sais-quantième roman du genre qui passe sur ma table d’autopsie !

Rassurez-vous, vous ne devrez pas parcourir La Route pour aller de Pétouachnoc à une grande ville. Vous ne devrez pas non plus défendre, armes à la main, votre dernier Carambar, votre dernier Oréo ou votre dernière bouteille d’eau face à une meute de voisins enragés et devenus agressifs à cause de la peur de leur Extinction prochaine.

Certes, c’est un véritable Black-Out auquel nous serons confrontés, mais il a commencé doucement, et tout le monde pensait que tout allait se rétablir… Erreur, grave erreur.

Vu que nous nous trouvons dans une maison isolée près d’une grande forêt, ce roman a tout de la survie à la Robinson plutôt que de celle d’un The end of the world puisqu’ici, pas de fuite : le roman se déroulera quasi en huis-clos avec un père et ses deux filles – Nell et Eva – et puis, juste leur deux.

Nell est la narratrice et elle nous conte un récit fort réaliste sur une civilisation qui a perdu l’électricité sans que l’on sache jamais comment ou à cause de quoi celle-ci a disparu, le récit se concentrant exclusivement sur la survie des deux sœurs dans la maison parentale.

Un huis-clos oppressant, surtout lors de leurs disputes ou pendant qu’elles se cherchent des occupations durant leurs journées. Nous ne les quitterons jamais, sauf à suivre les récits d’avant le black-out raconté par Nell ou des récits de leur enfance, avec papa et maman, au temps de l’insouciance.

Nous ne saurons pas vraiment ce qu’il s’est passé dans la ville voisine de 50km, mais l’auteur, avec peu de mots et de descriptions nous fera comprendre l’horreur que cela a dû être pour les habitants face à une telle situation.

On s’attache aux filles, on les suit dans leur survie, dans leurs espoirs, dans leurs souffrances, dans leurs peurs, le tout sans tomber dans un pathos larmoyant.

Un roman qui nous conte la chute d’une société, un effondrement total, en nous laissant entendre que, comme d’habitude, une autre se relèvera sur les cendres de la précédant puisque, c’est vrai, cela fait seulement depuis 130 ans que l’Homme utilise l’électricité et à vécu plus longtemps SANS elle que AVEC elle.

Un superbe récit de survie qui se dévore avec avidité et qui ne ressemble en rien aux autres romans post-apocalypse déjà lu et autopsié.

Verdict du détective Cannibal ?
Pour une fois, le médecin et le détective sont d’accord !

Je  jure avoir rempli ma mission en honneur et conscience, avec exactitude et probité.

Jack The Reader, médecin légiste pour cette autopsie littéraire et Belette Cannibal Lecteur, consultant detective.

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Veuillez trouver ci-joint le rapport de mes autres collègues :

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C’est avec une grande joie, que notre reporter elfique, Stelphique nous expose du haut de son grand sequoia, ses points lumineux sur cette forêt mystérieuse… Ses ailes sont aises de vibrer au grand air américain, et dans un parfait Nature Writing, on sent comme une vraie reconnexion avec l’essence même de la vie….

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La fratrie… ou comment deux sœurs s’apprivoisent…

Il est parfois difficile de se différencier de sa sœur, surtout quand elles sont si proches en âge, qu’on pourrait presque les prendre pour des jumelles… Vaste question que cette forme de fratrie, entre amour et déchirement pour la quête du soi. Nell et Eva ont cette relation de répulsion/attraction qui ne se fait pas, sans quelques fractures de ce lien, unique et fort, du sang…

En se noyant dans leurs passions et leurs ambitions dévorantes, elles se construisent une identité, à force de renoncement à l’autre, et pourtant l’amour qui les unit parait indéfectible.

Le roman tourne autour de ce cercle familial, entre souvenirs passés et avenir à reconsidérer, et cette micro-cellule de liens humains est une onde de choc et d’émotions qui nous est donné de lire dans ce journal intime, dernier vestige laissé au monde comme la preuve de leurs passages sur Terre…

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Le post-apocalyptique… ou comment la solitude envahit le quotidien…

Un recul désiré, puis forcé dans cette maison… La fin du monde poursuit sa course folle de manque et de cécité, pendant que cette famille vit au gré des saisons, proche de la Nature…

En fait, le post-apocalyptique se ressent dans ces privations, dans ces coupures, dans ces absences… C’est plus, la solitude, et l’étiolement des liens sociaux qui frappe dans ce livre, que les réelles raisons de ce nouveau monde…

Petit à petit, les commodités et les ressources s’amenuisent, seule la survie compte, mais la vie se charge toujours d’infliger mille dangers et heurts, qui reconditionnent la vision de cette fratrie.

S’il n’est pas forcé d’entendre de la musique pour danser, ou de concentration pour apprendre, il faut que ses jeunes filles trouvent assez de force en elles pour affronter cette nouvelle vie sans but, et c’est dans ce néant qu’elles devront apprendre à vivre…

C’est là, que le post-apocalyptique prend tout son sens et que la force de ce roman vous atteint en plein coeur…

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La forêt… ou comment cet environnement devient lieu de vie…

De tout temps, la forêt a généré peur et fascination. On a juste oublié qu’autrefois, elle a été lieu de vie pour les peuples, avant qu’on ne s’en éloigne pour lui préférer les villes… La forêt est source de légendes, génératrice de vie, domaine des plus étranges créatures…

Elle est à la fois bienfaitrice et cruelle, car il se cache dans ses arbres, des formes de dangers soudains, autant que de mauvaises rencontres, mais aussi mille merveilles…

Eva et Nell l’apprendront, souvent à leur dépend, que la nature donne autant qu’elle reprend, distribue autant qu’elle inflige… La beauté de cette lecture tient à cette rencontre avec ce lieu majestueux, la connexion avec l’essentiel, l’abondance du don…

En conclusion, cette lecture parle de dépouillement, de violence, et de lâcher prise… Elle se veut intime et c’est presque dans un murmure qu’elle nous souffle que Dans la forêt, se trouve sans doute, notre salut…

Plaidoirie de la partie civile


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Madame le Juge,

Lors du réquisitoire de la partie adverse, j’ai imaginé de multiples scénarios quant à la conclusion de ce procès…
J’ai vu la perpétuité pour ce roman car le consumérisme outrancier était cause de sa lente agonie. Il pourrissait au fond d’une cellule sombre et humide, ses pages se gondolant et jaunissant au rythme des saisons. Il attendait la fin, son encre déliquescente condamnée à ne plus être frôlée par un seul regard humain. Sa couverture se désagrégeait et bientôt il ne restait plus de lui que quelques feuilles trop fines pour résister au passage du temps. Il était oublié de tous, étouffé par tant de romans parlant de l’apocalypse et se putréfiait autant que cette humanité qui gangrenait le monde…

J’ai vu une condamnation indulgente et une liberté conditionnelle après 20 ans de silence pour cette histoire contée avec tant de douceur et de poésie. Le huis clos oppressant était pardonné et ce livre purgeait une peine de principe dans une forêt oubliée où le retour à des valeurs plus saines et plus proches de la nature le guidait vers de nouveaux courants de pensée. La punition divine était évoquée mais seul lui importait la rédemption et la reconnaissance de ses pairs. Seul lui importait d’être à nouveau touché par des doigts avides de tourner ses pages.

Enfin… j’ai vu l’acquittement. Sous la redondance du sujet et l’ennui de la première partie, les jurés s’apercevaient du fond si important de ce roman. Celui qui parle de deuil et de survie, celui qui évoque la perte si cruelle de ses parents, celui qui pousse à la résilience et qui confronte le lecteur à la mort : Celle de ses proches ou bien la sienne. Le roman sortait triomphalement de ce tribunal, l’espoir chevillé aux pages de prouver au monde entier qu’il existait. Il s’exhibait fièrement sur les rayons des librairies, sa couverture bombée bravant les chalands. Il se sentait unique, et au final : il l’était je vous l’affirme.

Je plaide aujourd’hui pour ce dernier scénario afin que le petit monde que nous représentons découvre les véritables atours de ce roman ainsi que les messages si emplis d’humanité qu’il transporte dans son for intérieur. L’acquittement est de mise, Madame le Juge. Laissez, je vous prie, le monde découvrir cette histoire.

La Chronique de Stelphique

La Chronique de Nath

Là où naissent les ombres : Colin Winnette

Titre : Là où naissent les ombres

Auteur : Colin Winnette
Édition : Denoël (22/04/2016)

Résumé :
Plongez dans l’essence même de l’Amérique profonde et violente, celle des âmes perdues.Brooke et Sugar se disent frères et sont chasseurs de primes.

Partout où ils passent, ils sèment effroi et désolation. Contraints de quitter la ville après une tuerie particulièrement violente, ils se réfugient dans les bois.

Un matin, à leur réveil, ils trouvent à leurs côtés un mystérieux garçon amnésique. Ils l’appellent Bird et en font leur mascotte. Lors d’une expédition punitive dans un village, les deux frères sont capturés par la police locale et mis en prison.

Brooke parvient à s’enfuir, mais Sugar, sorte de bête humaine, sale et effrayante, reste derrière les barreaux.Là où naissent les ombres est un western acide et désespéré auquel seuls une veuve, un orphelin et un nourrisson apportent une touche d’humanité.

Critique :
Nombreux étaient ceux qui en disaient du bien, de ce roman qui révolutionnait le western… Sur Babelio ou sur les blogs des potes ! J’avais donc fortement envie de me frotter à ce roman que l’on déconseillait aux âmes sensibles car c’était un roman à l’aura très noire.

N’étant pas une personne sensible de ce point de vue là, adorant les romans à l’aura sombre, je me suis engagée dans l’histoire avec un sourire affiché sur ma figure.

Waw, deux chasseurs de primes qui allaient passer de chasseurs à proies ! Un western d’une noirceur absolue qui devait me prendre aux tripes dès les premières pages…

Je n’attendais que ça, moi ! J’aurais bien hurlé « Oh oui, vas-y, prends-moi par les tripes, grand fou ! » tant j’avais envie de me faire tripoter la bidoche par ce western que l’on disait sombre et noir avec des sombres héros…

Ben j’ai vite déchanté ! Non pas que mon cœur se soit révélé soudainement sensible ou qu’un sort ait fait de moi une fleur bleue…

Que nenni ! Mais je n’ai pas réussi à entre dans ce roman, les dialogues m’ont fait soupirer d’ennui, les personnages aussi (j’aimais mieux les frères Sisters) et les situations m’ont fait bailler à m’en décrocher la mâchoire.

Bref, j’ai abandonné le récit vers la  page 60 tant j’en avais ma claque et malgré les sauts de lignes ou de page, je n’ai jamais réussi à trouver un intérêt pour le récit.

Certes, les personnages ne sont aucunement attachants, mais ce n’est pas ça qui me rebute, loin de là. Ils étaient bourrés de secrets, ce n’en était que mieux… Une écriture froide n’est pas toujours un signe qu’elle va me déplaire…

Faut croire qu’ici, ça l’était dans ce roman-ci où je n’ai accroché à rien et où tout m’a ennuyé.

Ça m’arrive rarement, mais de temps en temps, sur certaines lectures, je coince… Et ça me fait râler !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Les larmes noires sur la terre : Sandrine Collette

Titre : Les larmes noires sur la terre

Auteur : Sandrine Collette
Édition : Denoël (02/02/2017)

Résumé :

Six ans après avoir quitté son île natale pour suivre un homme à Paris, Moe tente de survivre avec son nourrisson.

Elle est conduite par les autorités à la Casse, une ville pour miséreux logés dans des voitures brisées.

Au milieu de ce cauchemar, elle fait la connaissance de Jaja, Marie-Thé, Nini, Ada et Poule, cinq femmes qui s’épaulent pour affronter la violence du quartier.

Critique :
Qui a encore éteint la lumière ? C’est pas possible de débuter sa vie dans un coin paradisiaque et de se retrouver ensuite dans une Enfer digne de Dante !

« Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate », voilà ce qu’on aurait pu noter comme formule d’accueil pour ceux qui entrent à La Casse ! C’est vous dire la sombritude (néologisme offert gratos)…

De ce roman, que je voulais absolument lire, je n’avais pas vraiment lu le résumé avec attention, voulant découvrir l’univers du roman sans l’aide du 4ème de couverture. Rester vierge, en fait !

La Casse… Là, je me suis demandé dans quelle galère j’étais tombée… Pas possible, pour en arriver là, il faut avoir vécu une fin du monde, une catastrophe naturelle, un accident nucléaire… On n’imposerait pas délibérément ça à des êtres humains dans un pays tel que la France tout de même !

Ou alors, je ne suis pas en France, mais dans un autre pays, un pays moribond après les multiples guerres qu’il a subies ??

Non, j’étais bien en France, sans catastrophe naturelle, sans guerre, mais heureusement, dans ce que j’appellerais « un futur » et pas en 2017. Ça fout la trouille tout de même !

La force du roman, c’est que l’auteur a su rester réaliste et donner vie à ses personnages principaux, que ce soit Moe, au départ, qui nous raconte sa vie sur une île des DOM-TOM, sa venue en France et sa descente dans ce qu’elle pensait être un Enfer, sans imaginer qu’il pouvait encore y avoir pire ou les autres personnages qui vont graviter autour d’elle.

On s’attache à Moe, on frémit avec elle, on la voit essayer de s’en sortir, de se trouver un travail, mais la pauvre ne parvient pas à nager dans ce monde de requins, dans cette jungle où la loi du plus fort est toujours en vigueur et la meilleure.

Moe, on la voit chuter, on la voit atterrir à la Casse, endroit où l’on ne voudrait pas se retrouver pour tout l’or du monde, on la suit dans son acclimatation, dans sa découverte des autres femmes qui partagent « sa ruelle » et dans sa descente encore plus bas, afin de réunir la somme nécessaire à son départ de elle et de son enfant.

Oui, pour sortir de là, faut payer son billet de sortie et il n’est pas bon marché. Autrement dit, tu ne sortiras jamais de la Casse. Bienvenue en Enfer !

Pourtant, il y a une once de lumière dans cette Casse, grâce aux autres femmes qui partagent la « cour » avec Moe et qui sont là depuis un certain temps, connaissant tout des us et coutumes de cet enfer sur terre.

Là aussi les portraits sont réussis, leurs histoires sombres, mais racontées de telle manière qu’on aurait, nous aussi, l’impression de les écouter, assises au coin du feu, dans cette petite cour qui réunit quelques carcasses de voitures ou vieille roulottes.

C’est noir, c’est sombre, limite horrible lorsque l’on découvre ces gens que la société ne veut plus, entassés dans une décharge de vieilles voitures, crevant de faim, trimant dans les champs pour un salaire de misère, mourant le plus souvent de faim, de maladies ou à cause des règlements de compte dignes de O.K Corral.

Un petit plaisantin, adepte de l’humour grinçant, aurait même pu ajouter « La travail rend libre » sur un fronton et faire passer les travailleurs-travailleuses de La Casse dessous, lorsqu’ils se rendent aux champs tous les matins, vu les heures qu’ils devaient trimer pour gagner des cacahuètes alors que dans les épiceries de cet Enfer, tout coûte un prix de malade.

Ou comment faire en sorte que les gens qui entrent dans cette Casse, dans cette spirale infernale, n’en sortent plus, le tout avec des moyens simples, sans oublier quelques gardiens armés et munis de chiens.

Un roman noir qui décrit une société dans laquelle je n’aimerais pas vivre… Une plongée en apnée dans une Société qui a rejeté l’autre, le forçant à vivre de manière inhumaine, une Société qui a tout d’une qui pourrait arriver… Restons vigilants !

Un roman bouleversant, émouvant, magnifique, réaliste, sombre, noir, sans édulcorants, sans crème, sans lumière, mais tout au bout, on en voit une petite et elle est merveilleuse.

Sandrine Collette a encore réussi à me faire passer par tout un tas d’émotions et à me lessiver avec un roman fort.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (336 pages).

Equateur : Antonin Varenne

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Titre : Equateur

Auteur : Antonin Varenne
Édition : Albin Michel (01/03/2017)

Résumé :
USA. 1871. Pete Ferguson est un homme en fuite. Il a déserté l’armée durant la guerre de Sécession, est recherché pour meurtre dans l’Oregon, pour vol et incendie dans le Nebraska.

Sous le nom de Billy Webb, il est embauché par des chasseurs de bisons qu’il quitte après un différend sanglant. Il croise alors la route de Comancheros qu’il suit jusqu’au Mexique, d’où il s embarque pour le Guatemala…

Quoi qu’il fasse, où qu’il aille, Pete attire les problèmes et fait les mauvais choix. La violence qui l’habite l’éloigne toujours plus de ceux qu’il aime : son frère Oliver, resté au ranch Fitzpatrick avec Aileen, Alexandra et Arthur Bowman.

C est une femme qui changera son destin, une Indienne Xinca chassée de sa terre natale.

Pour la sauver, il fera échouer une tentative de coup d’état. Ensemble, ils iront jusqu’à l’équateur dont Pete a fait son graal et où il pense que les forces régissant ce monde s’inverseront enfin.

equateur-antonin-varenneCritique :
♫ Je n’suis bien avec personne car j’suis Pete Ferguson ♪ Et j’m’attire des misères ♫ Dès que je ne suis plus solitaire ♪ En moi j’ai d’la violence, à ma vie j’cherche un sens ♪

♫ Je talonne mon stalion, Et voici qu’il galope ventre-à-terre ♫ J’irai pas au Paradis, mon enfer est sur terre ♫

♫ Et si je meurs demain, C’est que tel était mon destin ♪ Je tiens bien moins à la vie qu’à mon superbe bourrin ♪ (1)

Lorsque j’avais tourné la dernière page de « Trois mille chevaux vapeurs », j’avais pesté sur le mot « Fin » apposé à la dernière page car j’aurais encore bien repris 200 pages de plus des aventures du bourru ex-sergent Arthur Bowman.

L’auteur a dû entendre mes doléances car voici qu’il vient de m’écrire 340 pages des aventures de Pete Ferguson, un des gamins déserteurs que Bowman avait caché dans son ranch.

Si Bowman avait un caractère ronchon, bourru, et une belle descente, on peut dire qu’il n’arrive pas à la cheville de Pete, ce garçon qui a dû grandir trop vite tout en évitant les coups de son paternel, qui a vu sa mère mourir trop jeune et à dû protéger son petit frère. Depuis, il a la haine sur tout, même sur son cheval, parfois !

Sérieusement, il y a eu des pages dans le roman où j’aurais bien baffé Pete, toujours en rogne sur tout le monde, sur le système, sur le pays, sur ses habitants… Tout !

C’est un personnage torturé, qui a la haine et qui pense qu’en allant jusqu’en Équateur, sa rédemption sera accomplie, croyant, à tort, que les forces régissant ce monde s’inverseront enfin puisqu’en Équateur, les pyramides tiennent sur leur pointe et que tout est inversé.

Par contre, Pete ferait le bonheur de Pôle Emploi vu ses compétences ! Visez un peu tout ce qu’il peut mettre sur son C.V : déserteur, incendiaire, chasseur-pisteur et dépeceur de bisons, marin, mercenaire, orpailleur et buveur. La classe, non ?

Ben non… Quoique que Pete fasse, ça se termine en eau de boudin, dans la violence, celle qui lui colle au corps, aux basques, à la peau, celle héritée de son père auquel il ne veut pas ressembler et qui, pour finir, est devenu lui.

Pourtant, on s’y attache au Pete ! Il a de la violence en lui, mais il y a aussi de la fragilité, un besoin de rédemption, du désespoir, le besoin d’accomplir une quête.

Ce roman commence comme un western, peu de temps après la fin de la guerre de sécession, avec une chasse au bisons, où l’on tue des bêtes uniquement pour leur fourrure, laissant pourrir les carcasses ensuite sur la plaine. Une gabegie, un gaspillage honteux…

Et puis, on passe au Mexique, on côtoie des Comancheros, on franchi le Rio Grande et on s’enfonce toujours plus bas, jusqu’en Guyane Française, on passe au Brésil, pour remonter ensuite aux États-Unis, bouclant le périple par où on l’avait commencé.

340 pages magnifiques, des portraits hauts en couleurs, une description de la vie de l’époque sans fioritures, telle qu’elle était, avec des gens qui se foutaient pas mal de la préservation des espèces et de la survie des Indiens. Des coureurs des plaines qui survivaient avec le peu qu’ils gagnaient en vendant les peaux de bisons…

On y croise toute une foule de personnages, des bons, des sympas, des abjects, des salauds, des marins d’eau douce ou de mer, des poètes, des révolutionnaires, des indiens Xinca chassés de leurs terres natales (un concept typiquement humain de voler les terres des autres), des bagnards de Cayenne,…

Quel voyage mes amis ! Pourtant, j’ai eu aussi de la nostalgie lorsque je suis arrivée à la dernière page, comme avec Arthur Bowman, j’aurais encore bien parcouru une fois de  plus le continent en compagnie de Pete Ferguson et de ses démons.

Merci à l’auteur de m’avoir écrit ce fabuleux roman et merci à Masse-Critique de Babelio de m’avoir permis de le lire en avant-première.

(1) Parodie de la chanson « Massey Ferguson » de Jean-Marie Bigard, elle-même parodiée sur « Harely Davidson » de B.B

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le Mois du polar Février 2017 chez Sharon et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (340 pages – 200 lues = 140).

Étoile 4

Une poire pour la soif : James Ross

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Titre : Une poire pour la soif

Auteur : James Ross
Édition : Gallimard – Folio (1999)
Édition originale : They don’t dance much (1940)

Résumé :
En 1940, à la parution de ce chef-d’œuvre maudit, Raymond Chandler fut le seul à reconnaître une pépite dans « ce récit sordide et complètement corrompu », mais parfaitement crédible, « d’une petite ville de Caroline du Nord ».

Unique à plus d’un titre – il sera le seul jamais écrit par son auteur – ce roman de la Dépression est peut-être le plus brutal et le plus cynique jamais écrit à cette époque; un univers de violence, de luxure et de cupidité où tout le monde triche, en croque, en veut.

James Ross, né en 1911 en Caroline du Nord aux Etats-Unis et mort en 1990, est l’homme d’un seul livre. Une poire pour la soif, paru en 1940, se trouve à mi-chemin, entre Jim Thompson et Fantasia chez les ploucs de Charles Williams. Un grand classique.

they-dont-dance-much-james-rossCritique :
C’est ce qui s’appelle regarder l’Amérique profonde par le petit bout de la lorgnette. tel un témoin privilégié qui pourrait assister à la corruption qui gangrène et ronge Corinth, une petite ville de la Caroline du Nord, peu après la Grande Dépression.

Ici, les gens bien vont à la messe le dimanche et s’ils veulent s’encanailler avec de la « gniole » ou de la fesse, ils sont priés de le faire avec discrétion.

Jack McDonald est un paumé de chez paumé ! Son coton ne donnera rien cette année non plus, faut payer les impôts, l’enterrement de sa mère qui a eu lieu il y a au moins 6 mois.

Cerné par les dettes, avec juste pour horizon la boisson qu’il écluse à la verticale, notre Jack ne voit pas ce qu’il l’empêcherait de bosser dans le futur roadhouse que Smut Milligan veut ouvrir pour tenter lui aussi de s’en sortir.

Depuis, quand je raconte aux gens qu’un soir j’ai fait tout Corinth avec un dollar en poche et que j’ai pas été foutu de trouver une goutte de gniole, ils disent tous que c’est des menteries ; que ça pourrait jamais se produire à Corinth, une chose pareille.

Quésako un roadhouse ? C’est un truc qui n’existe qu’en Amérique… Une sorte de bar-restaurant, station-service, hôtel (de passe), dancing, tripot clandestin où l’on joue et où l’on boit de l’alcool du gouvernement (on a payé les taxes dessus) ou distillé par Catfish, un homme de main de Smut Milligan.

Attention, pas de putes dans les cabanons loués par Smut aux gens qui voudraient faire la chose sans que cela se sache et ailleurs que sur les sièges arrières d’une bagnole. Smut, il a une conscience – ceux qui ont lu le roman doivent rigoler – et donc, pas de putes ou de maquereaux.

— Mais les gens d’ici louent bien une cabine pour deux heures, des fois.
— C’est différent.
— Ah bon ?
— Ouais. Les gens d’ici qui font ça c’est des gens comme il faut. Les filles, pour la plupart c’est des filles qui font partie de la chorale de l’église, et qui font ça aussi. Les gars viennent des meilleurs familles. Mais si je devais laisser des putes venir ici ce serait différent.

Il est bien dommage que James Ross n’ait réussi à faire publier que ce roman là car il y a dedans un potentiel énorme ! Raymond Chandler ne s’était pas trompé en parlant de pépite car c’en est une que j’ai tenu entre mes mains. Une pépite noire.

Dans un style bien à lui, James Ross nous décrit avec brio cette petite ville de Caroline du Nord, un peu beaucoup raciste, sexiste, cette société phallocrate dont les notables ou ceux qui ont une situation doivent sauver la face et se cacher pour boire de la gnôle ou fricoter avec des filles (ou se faire sauter par des mecs, si vous êtes une fille).

Jack est notre narrateur et il ne s’embarrasse de phrases pompeuses pour nous conter sa drôle de mésaventure, donc, pour ceux qui aiment le phrasé haut-de-gamme, ça risque de pas le faire. N’oubliez pas non plus que nous sommes dans les années 30 et qu’à cette époque là, la population afro-américaine se nommait elle même « négro »parce que tout le monde les nommait ainsi (je ne cautionne pas, je précise, c’est tout).

Entre nous, je ne sais pas s’il y a parmi toute cette galerie de personnage un à sauver, un qui vaudrait la peine que l’on se penche sur lui pour le sortir de cette vie de merde. Ici aussi la politique gangrène le tout et le politicien du coin est aussi pourri que tout les autres, même plus pourri puisqu’il se comporte comme un mafioso… mafiosi puisqu’il est seul.

Quand à notre Jack, il va se retrouver impliqué dans une affaire dont il ne se doutait pas une seule seconde qu’elle prendrait un tour aussi horrible, et restera en spectateur impuissant de la folie furieuse de Smut qui voudrait du fric et qui est jaloux de ceux qui en possèdent.

Un excellent roman noir de chez noir, sans une once de crème ou de sucre, même pas un grain de stévia pour adoucir l’affaire et un final d’un cynisme à aller se pendre au premier arbre qui passe.

Une réalité qui fait froid dans le dos, une description au cordeau d’une société de notables pour qui le qu’en-dira-t-on est plus important que tout, une plongée dans une société de minables (pour les autres) où boire est plus important que tout, où dépenser le peu de fric gagné à la sueur de son front est quasi une institution et où la cupidité des uns entrainera la chute de plusieurs.

Sûr que dans le roadhouse de Smut on ne dansait pas beaucoup (illusion au titre en V.O), qu’on buvait raide, qu’on jouait gros, qu’on crachait sa chique de tabac dans les crachoirs ou au sol et qu’il s’y est passé des vertes et des pas mûres, le tout sous le regard effaré du lecteur.

« Mais tout le monde dans la région savait ce qui se passait dans un roadhouse. Pratiquement tout ce que j’ai écrit comme fiction est basé sur des gens que j’ai connus. »

Ne rentrez pas dans ce roman noir pour y commander un café, mais demandez plutôt à Badeye, Sam ou Jack de vous servir une pinte de raide et méfiez-vous des dés truqués et des cartes biseautées de Smut qui, entre nous, est une véritable enflure de première.

Et surtout, surtout, montrez pas que vous êtes un paumé avec du flouze plein votre portefeuille !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Le Mois du polar 2017 chez Sharon et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (342 pages).

On se souvient du nom des assassins : Dominique Maisons

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Titre : On se souvient du nom des assassins

Auteur : Dominique Maisons
Édition : de la Martinière (Oct 2016)

Résumé :
1909. Paris, est à cette époque le centre du monde culturel et politique. Dans ses sous-sols des filles de joie mineures meurent de la syphilis, et des enfants se battent pour se nourrir de rats, menacés par la peste et la rage.

Mais Paris s’en moque, et repousse la misère au-delà de ses murs. Paris regarde vers le ciel et se passionne pour les dirigeables, Paris invente la haute couture, le luxe et le divertissement de masse. Malheureusement, au milieu de ce foisonnement, Paris va aussi inventer le crime moderne et sa médiatisation. La foule va prendre gout au sang, aux aventures immorales, au frisson bon marché.

Dans les pas de Gaston Leroux, d’Alfred Binet, d’Aleister Crowley et d’Edmond Locard, vous poursuivrez le premier meurtrier moderne… Dans un mois, vous vous souviendrez du nom des assassins.

hotel_regina_au_debut_du_20eme_siecleCritique :
Giovanni Riva s’en souviendra aussi, du nom de l’assassin !

Lui qui était déjà plus qu’heureux de bosser au journal « Le Matin », lui qui faisait la fierté de ses parents, immigrés italiens, de le voir bosser dans un grand journal, le voici délogé de ses petites fonctions pour être attaché à l’auteur à succès Max Rochefort, dans le but peu louable de rapporter ses faits et gestes au directeur du journal.

« Giovanni Riva, le fils de l’épicier de la rue Ramponeau, embauché au Matin » : si le quartier avait eu son propre quotidien, à n’en pas douter, cette nouvelle aurait fait la une. […] j’incarnais l’espoir d’une famille, d’un quartier. L’espoir d’intégrer un des bastions de la République française et d’y porter haut les couleurs de ma communauté, en proie à une xénophobie croissante et agressive.

Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’il va vivre (et nous faire vivre) la plus formidable aventure et enquête de sa vie !

Giovanni est le Watson de l’écrivain à succès Max Rochefort, celui-ci allant se comporter comme un Sherlock Holmes (le côté dandy voyant en moins), enquêtant, analysant, déduisant et n’hésitant pas à prendre des risques pour faire éclater la vérité.

— Vous m’êtes sympathique, Rochefort, mais nous ne sommes pas en Angleterre. Je ne suis pas ce pauvre Lestrade du Yard qui se trouve sans cesse obligé de collaborer avec un excentrique qui se prétend détective.

Dans ce roman, l’enquête ne fait pas tout, les décors et la reconstitution de la vie à Paris en 1909 est prodigieuse, à tel point qu’on s’y croirait transporté.

La magie de l’écriture et le talent de narration de l’auteur y sont pour beaucoup. Que ce soit niveau voitures, fiacres, pensées des gens en ces temps déjà troubles avec le voisin teuton, sans parler du racisme ambiant et de la séparation récente entre l’Église et l’État…

Ces papiers relataient des émeutes visant des ouvriers italiens, accusés de voler le travail de leurs homologues français, de faire baisser le prix de la main-d’œuvre et de permettre au patronat de bloquer tout progrès social. Des articles remplis d’histoires de lynchages et de morts, de pères de famille estropiés, de haine entre pauvres, la plus idiote de toutes, pendant que leurs exploiteurs se frottaient les mains.

Les usines d’armement tournent à plein régime, les inventions arrivent en masse et la presse connait un essor phénoménal grâce aux nouvellistes qui publient leurs œuvres dans les différents journaux. La littérature populaire est au faîte de sa gloire.

Durant plus de 400 pages, l’auteur nous ballade dans son Paris reconstitué, dans son Paris embouteillé, dans son Paris « clivagé », dans ce Paris qui grandit de plus en plus (et qui sépare les pauvres des riches), tout en nous tenant en haleine avec des meurtres sordides et une innocente jeune fille accusée.

La place des femmes fait aussi partie intégrante de son récit et on ira même faire un tour du côté des pierreuses, c’est à dire les filles de petites vertus… Dont certaines possèdent de l’empathie et de la générosité.

Sur notre droite, un homme s’appuyait au mur de l’hôtel pendant qu’une pierreuse s’épuisait à lui prodiguer une fellation frénétique et vaine tant il paraissait avoir des difficultés à présenter une érection exploitable.

Le tout est réaliste, ambitieux, magnifique, on dévore les pages, on les avale avec gourmandise et on n’a qu’une envie : savoir le fin mot de cette histoire qui nous entrainera aussi dans les airs avant de nous faire redescendre dans la noirceur humaine.

Un voyage époustouflant, du suspense, des personnages attachants (Max et Giovanni vont me manquer), une écriture simple mais pas simpliste, agréable à suivre, du mystère, des mensonges, un peu de politique (nous sommes à 5 ans de la Première Guerre), des retournements de situation, des moments émouvants, des passages à l’asile qui font froid dans le dos et des meurtres sanglants.

Un vrai bonheur de lecture, un excellent roman policier dont on sent que l’auteur a potassé son sujet pour être aussi précis et réaliste dans ses descriptions.

Ce roman c’est aussi une mise en garde contre les dangers de la presse à sensation qui a tendance à relater des faits « criminels » comme des romans feuilletons, afin de vendre plus, donnant par là même une importance aux assassins et faisant tomber leurs victimes dans l’oubli.

Je peinais à le croire, pourtant les œuvres de fiction lui accordaient de plus en plus de place. Le public avait soif de violence et de mystère. Je ne pouvais écarter la perspective terrifiante que les foules en vinssent à admirer les criminels au même titre que les artistes. Aurais-je eu envie de vivre dans un tel monde ?

On se souviendra de ce roman !

— […] nous n’apportons aux lecteurs que ce dont il a soif depuis l’Antiquité, de la tragédie.
– On leur donne le goût du sang. On devrait essayer d’élever l’Homme au lieu de retomber dans les travers des jeux du cirque. Il n’y a plus de différence de ton et de procédé entre vos excellents romans-feuilletons et les articles traitant des « affaires criminelles ». Le spectacle devrait rester le spectacle, et la chronique judiciaire devrait s’en écarter autant que possible. Par votre talent et votre sens de la narration, vous contaminez vos confrères qui, du coup, se mettent à romancer la réalité. Vous finirez par créer des vocations de criminels séduits par le romantisme du crime que vous créez avec ces Rocambole et autres Habits noirs… C’est un jeu dangereux, et on ne cesse d’annoncer de nouvelles séries, toutes plus immorales !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

Les infâmes : Jax Miller [LC avec Stelphique]

infames-les-jax-millerTitre : Les infâmes

Auteur : Jax Miller
Édition : Ombres Noires (2015)

Résumé :
Freedom Oliver, alcoolique et suicidaire, a passé dix-huit ans à se cacher dans une petite ville de l’Oregon, sous protection du FBI. Hantée par son passé douloureux et la mort brutale de son mari, elle souffre d’avoir abandonné ses deux enfants pour échapper à la vengeance de son beau-frère.

En apprenant la disparition de sa fille Rebekah, élevée par un pasteur aux croyances radicales, elle part avec l’énergie du désespoir pour le Kentucky. Après tant d’années à se cacher, quitter l’anonymat c’est laisser à son bourreau l’occasion de la retrouver. Et de se venger.

SKULL - Game OverCritique :
Quand noir c’est noir et qu’il te reste même plus l’espoir, moi j’ai du mal à croire au gris de l’ennui…

Ami lecteur, si tu veux du bonheur, n’ouvre pas ce roman, il est rempli de noir, de désespoir, de violence et d’alcool pour aider à oublier le gris de la vie, de vies de merde et tout ce qui fait que la vie est vraiment pourrie pour certains.

Freedom Olivier à décroché le gros lot à la loterie merdique de la vie : de jeune fille bien qui a terminé ses études major de sa promotion, là voilà serveuse dans un bouge infâme pour motards roulant les mécaniques et éclusant l’alcool comme d’autres boivent de la flotte.

Freddom, tu t’en doutes, ce n’est pas son vrai nom. Le programme de protection des témoins lui a changé et elle a choisi celui-là, tu sauras plus tard pourquoi. Mais quand je te dis que sa vie est pourrie de misère, d’envie de suicide et d’alcool, je suis encore gentille. Sa vie est une horreur depuis de nombreuses années.

D’entrée de jeu, Freedom frappe fort puisqu’elle se présente et qu’elle t’envoie dans les gencives un uppercut maousse kosto « J’ai tué ma fille ».

Comment tu veux arriver à apprécier un personnage principal qui te balance ça dans les incisives ? Et bien, en vérité je te le dis, Freedom Oliver, tu vas l’apprécier, même dans ses délires de femme bourrée, même dans son côté borderline, dans tout, tu vas apprécier cette bonne femme qui a été brisée par la vie, mais surtout, par des êtres humains et des mauvais choix.

Après, pour elle, tout est parti en couille.

De toute façon, quand tu vois les personnages qui hantent ces pages, tu te dis que Freedom Oliver, c’est un ange, un agneau, comparée à certains, dont ses beaux-frères qui  n’ont de beaux et de frères que le nom. Quant à la mère de ces bâtards, l’espèce de grosse truie de 300 kg, on se surprend à avoir envie qu’elle s’étrangle avec son cubi de vin.

Que du sombre dans ces pages, que du désespoir, des vies de merde, et pourtant, dans le fond de ce putain de tunnel sans fin, tout au bout, brille une loupiote : l’espoir qui a réussi à se faufiler dans toute cette noircitude (néologisme offert en cadeau).

Un roman noir, très noir, où trainent en effet des paumés magnifiques, des flics indélicats et véreux, des dégénérés de mecs et, pire que tout ça, un dangereux fanatique religieux qui a tourné les Écritures dans son sens… À se demander si le plus pire ce n’est pas Virgil Paul, le prédicateur qui dit que Dieu lui parle.

Freedom va devoir accomplir un putain de dangereux périple pour retrouver ses enfants qui sont adultes… Ses enfants qu’elle a dû abandonner. Une véritable odyssée sans véritables héros pour l’aider..

Et toi, pauvre lecteur, tu la suivras dans son périple fou, dans son odyssée flamboyante, dans sa quête, dans son envie de rédemption, dans sa rage de mère qui ne veut que la vengeance.

Tu la suivras dans ses combats, tu prieras pour qu’elle y arrive, tu remercieras l’auteur d’avoir pensé à lui envoyer des gens pour l’aider dans sa tâche et à la fin, tu poseras le livre, secoué, laminé, mais avec cette lueur d’espoir qui brillera aux fonds de tes yeux.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Pourquoi je l’ai choisi :
Ce livre nous tentait depuis sa sortie avec ma chère binôme, mais faute de temps, et toujours plus de tentations livresques chaque jour passant, on ne lui a pas trouvé une place avant, dans notre planning….Réparation faite… 😉

Synopsis :
Freedom Oliver, alcoolique et suicidaire, a passé dix-huit ans à se cacher dans une petite ville de l’Oregon, sous protection du FBI. Hantée par son passé douloureux et la mort brutale de son mari, elle souffre d’avoir abandonné ses deux enfants pour échapper à la vengeance de son beau-frère.

En apprenant la disparition de sa fille Rebekah, élevée par un pasteur aux croyances radicales, elle part avec l’énergie du désespoir pour le Kentucky. Après tant d’années à se cacher, quitter l’anonymat c’est laisser à son bourreau l’occasion de la retrouver. Et de se venger.

Entre les paumés magnifiques, les flics indélicats, les dégénérés de sa belle-famille et de dangereux fanatiques religieux, son périple tourne à l’odyssée.

Ce que j’ai ressenti :… Une fureur contagieuse…
Freedom… Sentez un peu ce brin de liberté dans votre face… Ah, mais vous allez me dire qu’il y a un certain relent de vapeur nauséabonde, et je vous répondrai « mais à quoi tu t’attendais avec un titre pareil ??!!!!

Exit la féérie, bienvenue au Kentucky ! Une plongée spectaculaire dans les bas-fond de la nature humaine, et prends toi un bon verre pour accompagner le tout, c’est un sacré rodéo d’émotions fortes qui t’attend en ouvrant ses pages….

– Est-ce qu’il y a encore des gens normaux ?

Les infâmes : mais que de promesses tenues avec ce titre évocateur… Ils ont tous un grain, sont tous difficilement appréciables et forcement tous un peu bourrés, voire sacrement barrés…. Pas vraiment une ballade calme en ces lieux perdus de l’Oregon, ni de rencontres charmantes sont au programme…

Infamies, affamés, fin fanatique, forme fatale de folie : un bien sombre panorama de l’Amérique profonde… Jax Miller nous fait un tour d’horizon sociétal américain avec une certaine fureur, un grand talent, et une belle dose d’humour noir, et on comprend ce titre gagné pour ce premier roman dynamique et déjanté !

– Je bois pas d’eau . Les poissons baisent dedans.

S’il est évident qu’on ne se prend pas beaucoup d’affection de prime abord avec cette dame (cf, le prologue bien frappé ), avec le temps, j’ai été souvent fan de ses répliques, et je me suis attachée à ce bout de femme, qui décide d’avancer coûte que coûte, au mépris des lois, du danger, ou de la raison…

L’auteure ne prend pas le parti de créer une simple intrigue policière avec un enquêteur plus ou moins lisse, non, elle envoie une mère folle furieuse, complètement désaxée, et avec cet instinct presque animal de protéger sa progéniture dans un road-trip qui vous retourne à peu près chaque particule de votre corps et de votre esprit !

Et avec sa détermination, on la suit dans ses dangereuses péripéties, sur sa moto, bravant même l’univers pour retrouver sa fille, et même si le voyage est une horreur de tension et d’angoisse pour Freedom, nous, pauvres lecteurs, on se laisse prendre par ce roman d’une noirceur infamante, avec cette plume impertinente…

Un régal à lire !!!

« Tout ce que je sais, c’est qu’il faut que je reste en mouvement; que je bouge. Sinon, je sauterai. Je m’écraserai. Je mourrai. »

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 9/10

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Un homme à terre : Roger Smith

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Titre : Un homme à terre

Auteur : Roger Smith
Édition : Calmann-Lévy (2016)

Résumé :
Cela fait dix ans que l’homme d’affaires John Turner et son épouse Tanya ont quitté Johannesburg pour s’installer près de Tucson en Arizona. Ils ont une fille de neuf ans et le couple prospère grâce à un brevet d’aspirateur de piscine.

Le tableau paraît idyllique, mais ne l’est absolument pas : John, qui est tombé amoureux de son assistante, veut divorcer. Tanya, qui déteste et son mari et sa nouvelle vie américaine, refuse catégoriquement et menace de le faire chanter.

canon-revolver-156781Critique :
Un homme à terre, ce pourrait être moins grave qu’un homme à la mer, non ?

Et bien après avoir lu ce roman, je peux vous dire que John Turner a beau avoir été sur le plancher des vaches, sa vie a pris l’eau de toute part et qu’il a eu l’impression de se noyer dans sa merde, dans son passé, dans ses péchés et je pense qu’il aurait mieux aimer sombrer dans l’océan plutôt que lors de cette horrible soirée mémorable.

D’ailleurs, notre John Turner, en a vécu d’autres, de putain d’horribles journées ! Mais ici, je pense qu’il vient de décrocher le pompon ou que la Madame La Poisse l’aimait vraiment bien car si ce n’était pas la première fois qu’elle lui collait aux basques, mais là, elle lui a offert l’apothéose.

Ceci est un roman violent, à ne pas mettre entre toutes les mains, ni sous tous les yeux. Moi même j’ai trouvé que, à un moment donné, on sombrait dans la surenchère de violence, qu’elle n’était absolument pas justifiée et j’ai déconnecté lors d’un chapitre particulièrement gore.

Roger Smith ne tourne pas autour du pot quand il vous livre un récit, ce n’est pas son style, il donne même l’air d’être de mauvais poil envers ses personnages, tant il va nous en brosser un portrait peu flatteur. Et pourtant, John a beau être une belle enflure, on l’apprécie quand même et on se dit que non, il n’avait quand même pas mérité pareil traitement !

Quoique… Au fil des pages, on se demande s’il n’a pas mérité ce qui vient de lui tomber sur le râble. J’avoue que je n’ai toujours pas tranché si oui ou non il le méritait vraiment…

Deux histoires se croisent et s’entrecroisent, en alternance dans les chapitres : une qui s’est déroulée en Afrique du Sud, il y a 10 ans, quand John Turner était un alcoolique drogué, dealeur, une loque, une lavette et que sa future femme, Tanya, était une suceuse de queue (elle n’a pas changé) défoncée et maigrichonne.

Il s’est passé un truc horrible en Afrique du Sud, dans la ville de Jo’Burg (Johannesburg)… Si vous lisez ce roman, vous ne pourriez pas y échapper.. Faudra vous accrocher.

À vous de juger si John Turner est coupable ou la victime d’un flic corrompu et des ravages des différentes drogues mélangées à du Jack’s. Ou le contraire (le Jack’s mélangé à des drogues). Pour moi, il bénéficie de circonstances atténuantes. Bien que…

Mon jugement restera en balance indéfiniment car John Turner n’était certes pas tout blanc, mais pas tout noir non plus. Sa rédemption, il tentait de la faire du mieux qu’il pouvait. Et sa femme, ma foi, n’était pas une sainte non plus.

L’autre récit, c’est celui de maintenant, en Arizona, là où il vit avec Tanya et leur fille, Lucy. Sa vie et celle de sa femme vient de basculer dans l’horreur, dans l’indicible et au fur et à mesure du récit, nous serons nous aussi frappé par ce que nous apprendrons.

J’avoue avoir eu un peu de mal au départ, avec cette alternance de chapitres car elle est si bien réalisé que la fin d’un est le commencement de l’autre, une sorte de prolongement entre ce qui est arrivé au présent et ce qui est survenu au passé.

Franchement, c’est bien fichu, mais au départ, cela avait de quoi me perturber avant que la pièce ne tombe dans mon cerveau.

Au final ? Uppercut dans ta gueule, dans le plexus, K.O debout. Pas de temps mort, pas de Bisounours, pas de répit, pas de pitié.

Oui, Roger Smith est sans concession aucune pour ses personnages : ce ne sont pas des héros, John Turner encore moins et Tanya, son épouse, on aurait bien envie de la flinguer tant c’est une chieuse de première et une mère horrible envers sa fille, Lucy.

– Ramène tes fesses à l’intérieur, espèce de petite garce ! cria Tanya, sa mère.
Turner la vit empoigner Lucy par les épaules, la propulser dans la maison, refermer d’un coup sec la baie vitrée en réprimandant l’enfant, index braqué sur elle comme un pistolet tandis que la fillette gardait les yeux rivés sur la petite voiture qui avait démarré dans un râle et s’éloignait.

Un roman violent, un roman qui nous parle aussi de l’apartheid, de l’Afrique du Sud que vous ne verrez jamais dans le « Guide Du Routard », une écriture réalisée avec des flingues, trempés dans du sang et du gore, là où j’ai moins adhéré.

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

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Bienvenue à Cotton’s Warwick : Michaël Mention

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Titre : Bienvenue à Cotton’s Warwick

Auteur : Michaël Mention
Édition : Ombres Noires (2016)

Résumé :
« Ici, il n’y a rien. Excepté quelques fantômes à la peau rougie de terre, reclus dans le trou du cul de l’Australie. Perdus au fin fond du Northern, ce néant où la bière est une religion et où les médecins se déplacent en avion. »

Australie, Territoire du Nord. Dans l’Outback, on ne vit plus depuis longtemps, on survit. Seize hommes et une femme, totalement isolés, passent leurs journées entre ennui, alcool et chasse. Routine mortifère sous l’autorité de Quinn, Ranger véreux.

Tandis que sévit une canicule sans précédent, des morts suspectes ébranlent le village, réveillant les rancœurs et les frustrations. Sueur, folie et sang.

Vous n’oublierez jamais Cotton’s Warwick.

live-australia-central-region-northern-territory-landscape-sunsetCritique :
Me voici une fois de plus dans un trou du cul !

Le trou du cul de l’Australie, pour être précise, et je dirais même plus : le trou du cul du trou du cul du Northern australien (le Southern doit avoir son propre trou du cul).

Les trous du cul du monde, j’ai ai lu. Je pensais avoir touché le fond avec les dingues de « Pottsville, 1280 habitants », j’avais déjà connu des dégénérés avec ceux de « Cul-de-sac » dans le bush australien, mais là, je viens de gagner la floche et un tour gratuit de tous les villages trous du cul du monde !

Leur créneau à tous, c’est l’instinct, pas la réflexion. Descendants de bagnards et d’aborigènes violées jusqu’au sang, les Warwickiens sont fiers de leurs origines comme de leur consanguinité.

17 habitants… 16 hommes, une femme, et oubliez la femme qui est protégée par le chef du bled ! Messieurs, il ne vous reste plus que votre poignet, un cochon ou bien un autre homme (un qui ne sait pas se défendre) pour vous vider les baudruches. Gaffe, le canal carpien menace.

Bienvenue à Cotton’s Warwick ? Tu parles ! Moi, je mettrais plutôt un « Fuyez, pauvres fous » ou un « Attention, crétins congénitaux alcoolos – DANGER », ou « Vous qui arrivez ici, oubliez toute espérance », bref, des avertissements en rouge fluo pour prévenir le pauvre connard qui voudrait aller s’échouer là, pensant trouver un coin tranquille.

Faïza et Rick observent, avec le sentiment d’avoir été téléportés au 18e siècle. Bicoques, lanternes et – « Bienvenue à Cotton’s Warwick ! » – chats cloués aux portes.

Tiens, d’ailleurs, le roman, Michaël Mention aurait pu le nommer « And Then There Were None » tant les 17 personnes vivant dans ce trou paumé du trou du cul de l’Australie vont avoir l’impression d’être dans un remake d’Agatha Christie, genre « Dix-sept petits crétins congénitaux ».

— Chef… attends…
— Vous êtes cons ou c’est la consanguinité qui vous monte au cerveau ?
— Désolé… c’est juste que…
— Ta gueule.

Et non, l’histoire n’aurait pas eu le même impact dans un trou du cul de l’Amérique car les road train sont une exclusivité de la belle Australie. Les kangourous aussi et les razorback pareils.

La plume de Michaël est fidèle à elle-même. Inimitable. Et. Toujours. Égale. Elle ne plaira pas à tout le monde, il a son style et il me plait.

… Fumer. Boire. Pisser. Faim. Fumer. Boire. Pisser. Faim. Fumer. Boire. Pisser. Faim. Fumer. Boire. Pisser. Faim. Fumer. Boire. Pisser. Faim…

Ses personnages sont bien campés, ce sont des sortes de redneck version australe, des résidus d’accouplement congénitaux, tous les hommes se retrouvant seuls car leurs femmes se sont suicidées. J’aurais fait pareil, ma foi, perdue dans ce bled tellement paumé que même Dieu à dû l’oublier.

Si je pensais entrer dans un roman noir « traditionnel » et m’en prendre plein la gueule, le pari est « raté » car si j’en ai bien pris plein la gueule, je me suis retrouvée dans un roman noir qui a quitté la piste « traditionnelle » pour s’enfoncer dans le bush et les plaines arides de l’Australie. Du hors piste !

Je ne m’attendais pas du tout à ÇA, j’ai écarquillé grand mes yeux et je n’ai plus su lâcher le roman, tant je voulais arriver à la fin, et tant pis si la dernière partie en huis-clos puait l’oppressant, la carcasse animale, le sang, le vomi, et la merde.

Je voulais de l’oppressant ? Là j’ai été plus que mieux servie ! Atmosphère garantie, âmes sensibles s’abstenir ou se blinder le cuir avant de commencer.

Bienvenue à Cotton’s Warwick, étranger… si tu es une femme, tu seras reluquée par 15 hommes (on a un aveugle, il ne compte donc pas), violée dans leur tête, ils imagineront ta chatte dégoulinante et ce qu’ils pourraient lui faire. Si tu es un mec, cavale ! Fuyez, quoi, pauvres fous et folles !

Bienvenue à Cotton’s Warwick où la température monte jusque 57° et est déjà à 48° à 7h du mat’. Bienvenue chez les tarés, les fous, les crétins, chez ces gens qui passent leur journée à boire, à fumer, à se branler, à causer, mais qui réfléchissent jamais.

Bienvenue en Enfer… Là, je viens d’en sortir et j’ai la gorge plus sèche que le désert australien et les tripes nouées, liquéfiées.

Bienvenue dans le dernier roman de Michaël Mention qui est sorti des sentiers habituels pour nous emmener là où j’aurais jamais osé aller.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).