Monster – Tomes 01 à 10 : Naoki Urasawa

Titre : Monster – Tomes 01 à 10

Scénariste : Naoki Urasawa
Dessinateur : Naoki Urasawa

Édition : Kana Big (2001)

Résumé :
1986, Düsseldorf, Allemagne de l’Ouest.
Un jour, le Dr Tenma décide d’ignorer l’ordre de son supérieur et sauve la vie d’un enfant. C’est ainsi que commence cette horrible histoire !

Critique :
Monster est une série manga que j’étais curieuse de découvrir, après des chroniques élogieuses de la part d’une copinaute blogueuse (suspense, je vous livrerai son nom en fin d’article).

Le pitch de départ est assez conventionnel : le Dr. Tenma est un jeune  neurochirurgien au talent indéniable, qui pratique son art à l’hôpital Eisler de Düsseldorf. Il est fiancé à la fille du directeur de l’hosto.

Malgré tout, assez vite, on comprend la dure réalité d’un hôpital et l’ambition démesurée de son directeur : Tenma doit écrire une thèse que ce cher directeur d’appropriera et en plus, il est obligé de soigner un chanteur d’opéra à la place d’un pauvre travailleur immigré, arrivé pourtant avant, à l’hôpital.

On commençait fort, malgré le côté conventionnel puisque, d’un côté, nous avions un jeune médecin qui prenait conscience que si l’on était puissant ou connu, on serait soigné avant le misérable pauvre travailleur, le dernier de cordée… Chaque vie n’a pas le même prix, pour le directeur (et sa fille).

Alors, quand on lui demande d’opérer le maire, alors qu’un jeune garçon blessé grièvement à la tête, est entré à l’hôpital avant, Tenma opère le gamin, en provenance de la RDA (en 1986, le mur est toujours là), et qui s’est pris une balle . Là, il va se mettre tout le monde à dos… Le jeune prodige devient un paria.

Oui, Tenma, l’être humain est cruel, retors, salopard et, à moins d’être le Dr House et de se foutre de tout, dans les hôpitaux, la politique règne aussi et si l’on veut monter, il faut lécher les bons culs, faire des courbettes, s’allier avec ceux qu’il faut et jouer le jeu. Tenma, lui, n’est pas intéressé.

L’atout de cette série, c’est qu’ensuite, elle est partie dans une direction inattendue, devenant un véritable thriller, avec des morts suspects, un inspecteur qui qui enquête (et qui est zarbi) et avant même la fin du premier tome, le récit n’a plus rien à voir avec celui du début et qui dénonçait certaines pratiques dans les hôpitaux.

Les tomes suivants ont confirmé tout le bien que je pensais déjà du tome 1, en continuant dans la direction du thriller, avec encore plus d’assassinats suspects, un docteur Tenma qui se mue en Sherlock Holmes (sans son talent, ni son caractère) afin de mettre la main sur le fameux Monster.

Le récit entre alors dans du plus sombre, du très sombre ! Ce manga n’est pas pour les enfants (non, pas de sexe, mais de la violence), mais il est parfait pour celles et ceux qui aiment les thriller, les scénarios recherchés, le suspense à couper au couteau, les révélations, les retournements de situation, le tout avec des personnages bien campés, bien à leur place.

J’en suis au tome 10 et je ne sais pas quoi penser du Grand Méchant, tant l’auteur sait brouiller les pistes et ne pas sombrer dans le manichéisme.

Une saga qui comporte 18 tomes et qui est terminée (chouette, plus de délai d’attente pour les lectrices qui la découvrent après tout le monde, comme moi).

PS : Merci à Noctembule d’avoir parlé de ce manga ! Cela m’a donné envie de le découvrir et j’en suis très contente !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°124] et le Mois du Polar, chez Sharon – Février 2023 (N°07).

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Où reposent nos ombres : Sébastien Vidal

Titre : Où reposent nos ombres

Auteur : Sébastien Vidal
Édition : Le mot et le reste (20/10/2022)

Résumé :
Été 1987. Johanna, Franck, Vincent et Christophe se connaissent depuis toujours et forment une bande que rien ne peut séparer.

Un dimanche d’août, quittant les rues de leur petit village de Province pour rejoindre la forêt, ils découvrent un endroit coupé du monde où vit un homme étrange que tout le monde surnomme « l’Indien ».

Au même moment, en région parisienne, deux jeunes amis entament une cavale sanglante après un braquage et mettent le cap plein sud pour se faire oublier. Rapprochées par le destin, ces trajectoires dissemblables vont se télescoper et exhumer de grandes souffrances enracinées dans le passé.

Durant cette période de transition délicate qu’est l’adolescence, la petite bande va apprendre à grands frais que l’innocence à une fin, contrairement à la violence.

Critique :
Haute Corrèze, vacances d’été, 1987. Une bande de 4 jeunes de 15 et 16 ans, amis depuis l’enfance, passent leurs vacances à s’amuser, à rouler à vélo, à jouer aux cartes, bref la belle vie, le genre de vacances et de potes dont on a toujours rêvé.

Le soleil est au rendez-vous (chanceux !) et cette petite bande bien sympathique tombe sur un lac tranquille, dans la forêt, bref, LE spot dont tous les gamins auraient rêvés d’avoir pour passer leurs vacances d’été.

Ce roman avait tout pour me plaire. Même si j’avais un peu peur de comment l’auteur allait mettre en scène cette bande de gamins. Le King est un champion dans le genre (ÇA) et je n’ai pas été déçue du travail de Sébastien Vidal !

Sa bande était réaliste, sympathique et j’ai pris un plaisir fou à me replonger dans les années 87, que je connais bien, puisque j’étais jeune aussi, à cette époque (plus jeune que les gamins du roman). Nos quatre ados vont faire une rencontre qui va être importante, dans leur vie… Ce sera un beau deal, de beaux échanges.

L’écriture est belle, poétique, brillante, sans pour autant que l’auteur en fasse des caisses ou surjoue avec les émotions, les émois et les emmerdes qui peuvent arriver, dans la vie d’ados, dont certains parents sont… des enfoirés de première !

Dans ce roman rural, il y aura une alternance de chapitres : la bande de jeunes et les deux braqueurs en cavale. On se doute qu’à un moment donné, les deux récits vont se télescoper et passé la moitié du récit, je croisais les doigts pour les deux histoires restent en parallèle et que jamais elles ne se croisent…

Entre nous, on se serait bien passé du récit des deux braqueurs en cavale, qui sèment des morts sur leur passage et dont l’un des deux pète un câble, prenant plaisir à tuer. Si au début, leur cavale en manquait pas de rythme, à la fin, elle a fini par me lasser et je n’attendais qu’une seule chose : que quelqu’un leur fasse la peau, flic, voyou ou simple quidam.

Pour moi, dans ce roman magnifique, l’histoire avec les ados se suffisait à elle-même, fallait pas aller chercher autre chose, car ces récits de cavale, ça a tiré le roman vers le bas et sans cela, c’était le coup de cœur.

Toute leur violence a fini par me lasser, par me débequeter et le final, bien qu’inattendu, m’a tué, à cause d’un geste irréparable qui a été commis par l’auteur (au travers d’un des personnages), donnant lieu à une perte (non, pas celle d’un chien ou d’un chat)… Argh, là, il n’aurait pas dû… Nous ne saurons jamais ce qu’en a pensé l’instigatrice de ce bon plan, devant le chaos qui en a résulté.

Si je devais me positionner par rapport au récit des gamins, c’est un coup de cœur véritable, une tornade d’émotions. Pour le récit des braqueurs, à partir d’un moment, cela devient redondant, et j’ai bien eu envie de zapper leurs chapitres (ce que je n’ai pas fait, mais j’étais à ça).

Un très bon roman rural, noir, malgré les vacances, le soleil, les copains, un spot génial pour passer du bon temps… Des vacances qui les marqueront à jamais et qui signifiera la fin de l’insouciance, de l’innocente, de la belle vie.

Bien que nous soyons dans un village, loin de l’agitation des grandes villes, dans ces jolies maisons, il peut aussi se passer des horreurs et l’on n’imagine pas la facilité avec laquelle les crimes peuvent s’y commettre, en toute impunité, les voisins restant des témoins silencieux.

Un très bon roman qui parle du Mal qui rôde partout, parfois plus proche qu’on le pense et que les attaques peuvent venir d’une personne de confiance (et non pas d’un étranger)… Une très belle lecture, remplie d’émotions, belles et douloureuses. Une bande de copains qui va rester longtemps dans ma tête.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°116].

Marshal Bass – Tome 8 – La mort misérable et solitaire de Mindy Maguire : Darko Macan et Igor Kordey

Titre : Marshal Bass – Tome 8 – La mort misérable et solitaire de Mindy Maguire

Scénariste : Darko Macan
Dessinateur : Igor Kordey

Édition : Delcourt (31/08/2022)

Résumé :
Personne ne sait pourquoi Mindy Maguire a assassiné Skunk Bernhardt avant de s’enfuir en territoire indien et personne ne s’en soucie. Sauf les hommes de Dryheave… qui la pourchassent sans répit tant que l’alcool coule à flot.

La seule chance de survie de Mindy est que le Marshal Bass la trouve en premier…

Critique :
Les albums du marshal Bass se suivent mais ne se ressemblent pas et celui-ci, bien que commençant comme un western classique, prendra une tournure tout à fait différente.

Une petite ville d’Arizona. Bernhardt Le Puant a été assassiné dans la maison close et son or a été volé.

Pas besoin de faire venir la fine fleur des enquêteurs, la coupable est connue, c’est la prostituée Mindy Maguire qui a fait le coup.

Comme dans un bon western, le shérif organise un battue (un posse) pour retrouver la fugitive. Pas besoin d’avoir fait un master en Western pour savoir comment cela peut se terminer pour un ou une fugitive : la mort, sans procès, sans preuves, juste parce que des mecs seront chauffés à blanc et imbibés de whisky.

Oui, on commence dans du classique, mais ensuite, l’auteur a été assez intelligent que pour bifurquer et nous proposer autre chose, un récit inattendu, presque poétique, doux, beau, où la violence sera présente, mais différemment des autres albums. C’est bien vu.

Le marshal Bass, Noir de peau, ce qui était très mal vu en 1877 (et pas qu’à cette époque, malheureusement), est plus intelligent que les autres zoulous lancés à la poursuite de la fugitive. Sous ses dehors bourrus, se cache aussi une forme d’humanité.

Parce que comme le disait la morale dans la blague du petit oiseau transi de froid : premièrement, ce n’est pas parce qu’on te met dans la merde qu’on te veut forcément du mal. Deuxièmement, ce n’est pas parce qu’on te sort de la merde qu’on te veut forcément du bien. (*) Aller en prison peut te sauver du froid de gueux qui règne en Arizona et te remplir l’estomac.

Hé oui, le marshal Bass est là où on ne l’attend pas, se montrant sous un autre jour, qui n’est jamais que le sien, celui qu’il cache et le récit se révèle plus humaniste et plus psychologique qu’on aurait pu le penser au départ, même si, la violence est présente. L’Ouest de 1877, ce n’est pas Dora l’exploratrice, ni le monde des Bisounours. Surtout lorsqu’on est en terres Indiennes.

Les dessins de Igor Kordey ne me plairont jamais, mais dans cet album, ils passent mieux et sa double dernière planche est, une nouvelle fois, superbe. Comme quoi, on est toujours susceptible d’être surpris. D’ailleurs, le long titre, qui en disait beaucoup, réserve lui aussi une surprise.

Un western qui commence classiquement et qui sort des sentiers battus par la suite. Une bédé où les personnages ont une présence indéniable, que ce soit l’abject shérif ou le guerrier Lakota Epanay, un grand soiffard qui vise juste.

Un huitième album surprenant. Bien vu !

(*) Un petit oiseau tombé du nid se retrouve au milieu d’un chemin de campagne, il pleut, il a froid et il a faim.
Heureusement une vache qui passait par là lâche une grosse bouse sur le petit oiseau. Il se retrouve au chaud dans la bouse, et en plus il y trouve des petites graines à manger ; il est heureux et chante des cui-cui.
Un renard qui passait par là entend les cui-cui, sort le petit oiseau de la bouse et le croque.
Moralité 1 : Si quelqu’un vous met dans la merde, c’est pas forcément qu’il vous veut du mal.
Moralité 2 : Si quelqu’un vous sort de la merde, c’est pas forcément parce qu’il vous veut du bien.
Moralité 3 : Quand tu es dans la merde, ferme-la.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°97], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur. et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Le mambo des deux ours – Hap Collins et Leonard Pine 03 : Joe Lansdale

Titre : Le mambo des deux ours – Hap Collins et Leonard Pine 03

Auteur : Joe Lansdale
Édition : Gallimard Série Noire (2000) / Folio Policier (2009/2020)
Édition Originale : The Two-Bear Mambo (1995)
Traduction : Bernard Blanc

Résumé :
Visite guidée dans l’horreur du Texas ordinaire avec les deux protagonistes de L’arbre à bouteilles.

Cette fois, c’est à Grovetown, charmant petit bled où le K.K.K. assure régulièrement l’animation nocturne, que nos deux héros vont se faire remarquer. Ouragan, vaudou, séance de lynch, meurtres, menace de mort et violence raciste à tous les étages. Le quotidien de Hap Collins et Leonard Pine, en somme.

Critique :
Cette histoire de Hap Collins et de son ami Leonard Pine, commence par une scène habituelle : Leonard a foutu le feu à la crack house de ses voisins. Jusque là, rien d’anormal.

Puis, lorsqu’ils seront chargé d’aller voir ce qu’il est advenu de Florida et qu’ils mettront les pieds à Grovetown, au Texas, on entrera dans un registre plus fantastique puisque nous aurons l’impression que nos deux amis se sont retrouvés coincé dans une faille temporelle.

La petite ville charmante de Grovetown semble coincée dans le temps, comme si elle était restée dans les années 50/60, avant le Civil Rights Act (loi pour l’égalité des droits civiques, votée en 1964).

À Grovetown, si vous êtes Afro-américain, rasez les murs, descendez du trottoir lorsque vous croisez un Blanc, baissez les yeux, ne dites rien et n’allez surtout pas boire un café dans le restaurant où, si la pancarte « NO COLORED » n’est pas apposée, il vaut tout de même mieux éviter d’entrer. Dans cette riante bourgade, un ersatz de Klan fait la loi et ceux qui ont dévié de la ligne imposée par les Blancs ont eu des problèmes…

On dépassa ensuite une laverie, avec une enseigne peinte, accrochée à la vitrine. Bien qu’à moitié effacée, elle était toujours lisible et défiait encore le regard. NO COLORED – PAS DE GENS DE COULEUR

Certains de ses habitants regrettent même qu’on ne puisse plus pendre les Noirs comme en 1850, du temps des plantations et de l’esclavage. C’est vous dire la mentalité effroyable de ces gens. Non, Hap Collins et Leonard Pine, un grand Noir homosexuel, ne vont pas s’attaquer à des racistes bas de plafond et plus bêtes que méchants, ici, ce sont d’authentiques méchants !

Les atmosphères de cette enquête sont sombres, affreuses, violentes. Nos deux amis vont morfler, physiquement et mentalement. Heureusement que la plume de l’auteur sait aussi être drôle, cela évite d’appesantir encore plus cette glauquitude.

Lansdale a des personnages décomplexés, totalement. Leonard est Noir et homo, mais il le clame haut et fort et n’a aucun souci avec ses préférences sexuelles, il les affiche, n’en a pas peur et il a bien raison. Leonard n’hésite pas non plus à utiliser le « N word », ce qui donnera des crampes cérébrales à son ami Hap et au flic Charly : est-ce du racisme lorsqu’un Noir utilise le terme « Nègre » ?

L’écriture de l’auteur est truculente, les autres personnages n’hésitant pas à parler de bite, de cul, de sexe, de branlette, de chatte, de grève de la chatte (pour le flic marié), le tout se retrouvant intégré dans leurs conversations entre mecs, ce qui rend une partie du roman plus léger, plus drôle, plus amusant. Faut pas être pudibonde, évidemment.

Là où c’est moins drôle, c’est lorsque les racistes bas de plafond et méchants balanceront leurs discours racistes et rétrogrades. Cela permet de ne pas oublier qu’il y a toujours des personnes qui pensent cela, qui n’hésitent pas le dire haut et fort, tout en sen sentant intouchables puisque personne ne leur clape leur gueule un bon coup.

Une excellente enquête de notre duo, qui n’aura pas vraiment le temps, ni l’occasion de chercher des indices et ce sera en se posant un peu, en cogitant plus fort, que Hap comprendra ce qu’il a loupé dans l’affaire.

Une lecture jubilatoire, amusante, malgré le côté pesant des habitants de cette petite ville raciste au possible, où les non racistes (ou les sans opinion) doivent fermer leur gueule, s’ils ne veulent pas avoir des problèmes, perdre leur job, se faire rétamer la tronche et finir dans du goudron et des plumes (ce qui est moins drôle que dans Lucky Luke)… La peur vous fait faire de drôles de choses, en plus de vous faire chier dans vos culottes.

PS : zut, aujourd’hui, j’ai un an de plus ! Bon, ça doit me faire 30 ans, maintenant… Oh, interdit de rigoler là au fond. 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°89].

Génocidé : Révérien Rurangwa

Titre : Génocidé

Auteur : Révérien Rurangwa
Édition : Presses de la Renaissance (2006) / J’ai Lu (2007)

Résumé :
« Depuis que, le 20 avril 1994, vers 16 heures, je fus découpé à la machete avec quarante-trois personnes de ma famille sur la colline de Mugina, au coeur du Rwanda, je n’ai plus connu la paix. J’avais 15 ans, j’étais heureux. Le ciel était gris mais mon coeur était bleu. Mon existence a soudainement basculé dans une horreur inexprimable dont je ne comprendrai probablement jamais les raisons ici-bas. Mon corps, mon visage et le plus vif de ma mémoire en portent les stigmates, jusqu’à la fin de ma vie. Pour toujours. »

Comme celle de tous les survivants, l’histoire de Révérien Rurangwa rejoint l’Histoire. Son récit évoque, avec un réalisme saisissant, l’atrocité du dernier génocide du XXème siècle: celui des Tutsi au Rwanda.

Il dit aussi la force de l’instinct de survie et des processus de résilience; l’impuissance à envisager le pardon quand la justice est bafouée; l’énigmatique pouvoir du mal et le mystérieux silence de Dieu.

Et c’est en cela qu’il parle à tous les Hommes.

Critique :
Puisque durant ce mois d’octobre, j’avais lu des récits autobiographiques de survivants de la rafle du Vel d’Hiv et des camps de concentration, j’avais envie de me pencher sur un génocide de notre époque et dont on parle peu : le génocide des Tutsis, débuté le 7 avril 1994 (jusqu’au 17 juillet 94).

D’une durée de cent jours, ce fut le génocide le plus rapide de l’histoire et celui de plus grande ampleur quant au nombre de morts par jour. Glaçant… L’ONU estime que 800.000 Rwandais (majoritairement des Tutsis) ont perdu la vie durant ces 100 jours.

Mes souvenirs étaient flous. Je me souviens des J.T belges parlant de l’assassinat des 10 paras Belges, je me souviens que l’on avait parlé de l’explosion de l’avion du président Habyarimana et pour le reste, ma mémoire est vide. Ou bien j’ai occulté cette horreur, ou bien les J.T chez nous en ont moins parlé que de nos 10 paras.

L’occasion était donc d’en apprendre un peu plus et cette fois-ci, de me placer du côté d’une victime, puisque j’avais lu le roman de Jean Hatzfeld, qui avait interrogé les bourreaux, quasi impunis (Une saison de machettes) et racontant leurs massacres comme ils parleraient de blés qu’ils avaient été faucher.

Je ne l’avais pas chroniqué, c’était trop affreux d’entendre ces génocidaires sans aucun remords et fiers de leurs assassinats. Fiers d’avoir massacrés leurs amis, leurs voisins, les habitants de leur village, coupables d’appartenir à une autre ethnie que la leur. Pas besoin de camps de concentration, il suffisait de se lever et de « macheter », sans arrêt, tout le monde sachant à quelle ethnie l’autre appartenait.

Grâce aux colons belges qui avaient obligé que l’ethnie soit notée sur les papiers d’identités. Ah bravo, les mecs ! (sarcasmes, bien entendu).

Le récit autobiographique de l’auteur est très dur à lire, surtout lorsqu’il nous racontera, avec quelques détails, le massacre de toute sa famille, dans le local où ils s’étaient réfugiés. Le tout à coup de machettes, femmes et enfants compris. Effroyable, mais je n’ai sauté aucune ligne, aucun mot.

Même pas lorsqu’il a parlé du témoignage d’une mère qui était ressortie d’une fosse à cadavres, ni avec le récit des jumeaux, nés la veille, et dont les génocidaires avaient fracassé le crâne sur l’autel de l’église.

Conseil : ne jamais se réfugier dans une église en cas de massacres, mauvaise idée, très mauvais idée. Les lieux saints n’empêchent pas les assassins d’entrer. Pire, tous les prêtres et bonnes sœurs blanches étaient foutus le camp avant les massacres, ayant senti l’horreur se préparer. Courage, fuyons.

Pour des personnes qui se disent au service de Dieu, qui croient en Dieu et sans doute en une vie après la mort, ils ne sont pas prêts de savoir si ce qu’ils prêchent est la Vérité. Ni d’aider leur prochain… Il y a eu quelques exceptions, mais elles furent peu nombreuses.

L’auteur a survécu, mais dans quel état… Les génocidaires n’ont pas voulu l’achever, ils l’ont laissé agoniser, pensant qu’il mourrait ensuite. Révérien a été pris en charge ensuite, transféré en Suisse, où il a reçu des soins pour son corps, son âme, elle, est définitivement irrécupérable, les souvenirs étant trop douloureux.

Le pire, dans tout cela, c’est que les Tutsis n’ont pas obtenu la justice. Leurs assassins vivent en paix, ont pillé leurs maisons, pris leurs possessions et ils coulent des jours heureux, hormis quelques uns en prison (mais si peu et si peu longtemps).

L’injustice est totale, surtout qu’on leur demande d’oublier les massacres, d’oublier que leurs voisins, leurs amis, ont assassiné leur famille, de pardonner, ce qui fait bondir Révérien, et je le comprends parfaitement bien. On demande aussi aux survivants de ne pas parler de ce qu’ils ont vécu, de garder tout pour eux.

Comme avec les survivants des camps de concentration, ceux qui ne l’ont pas vécu sont incapables d’entendre de tels récits d’horreur (ce que je peux comprendre aussi). On comprend la haine de l’auteur. On la ressent très bien dans son récit. Haine des Hutus et haine envers Dieu, qui les a abandonné.

Au moment du génocide, personne n’en parlait à la télé, mais une fois que les réfugiés Hutus ont passé la frontière, poursuivis par les troupes du Front patriotique rwandais (FPR), là les télévisions sont arrivées, plaignant ces pauvres réfugiés Hutus dans les camps, victimes du choléra. Les morts génocidés ne pouvaient pas parler, eux, ni se plaindre…

Quant aux Tutsis survivants, ils sont restés muets devant une telle ignominie : les assassins étaient plaints ! Le monde à l’envers. La haine et la soif de justice sont donc compréhensibles pour les Tutsis, mais ils ne l’ont pas eue.

Révérien, après nous avoir parlé des massacres et de sa nouvelle vie (qui n’en est pas une) où il doit faire attention à tous les Hutus réfugiés en Belgique et en France qui en veulent à sa vie (il porte sur son visage les signes qu’il est un Tutsi survivant), après nous avoir parlé de son pays et des trois ethnies qui y vivaient, après nous avoir fait un brin d’histoire avec les précédents massacres, parlera des coupables.

Les Hutus sont coupables, la radio Mille Collines aussi, mais pas que… Belgique et France sont coupables, même si on ne sait pas citer un pays à comparaître et que ce n’est pas la population qui est coupable, mais les dirigeants, les colons, ceux qui ont le pouvoir.

En premier, les colons Belges, mes compatriotes, sont coupables d’avoir obligé les rwandais à avoir leur ethnie notée sur leurs papiers d’identité. Aberration totale ! Comme si en Belgique, on notait à quel groupe linguistique nous appartenions (les recensements linguistiques sont abolis — interdits — depuis la loi du 24 juin 1961).

Mitterrand, le Tonton, est coupable aussi. Le François avait une relation privilégiée avec le président hutu Juvénal Habyarimana… Il a minimisé ce qu’il se passait au Rwanda.

Si le récit autobiographique de Révérien est rempli de colère, rempli des violences qui lui ont été faites, remplie de haine envers ce Dieu qui les a abandonné à leur sort, malgré leurs prières, malgré sa mère qui était très pieuse et qui ne manquait jamais de faire le bien autour d’elle.

Pour lui, Dieu n’existe pas et je comprends très bien sa pensée. Un vrai croyant lui dirait sans doute que s’il est vivant pour témoigner de ce génocide, c’est grâce à Dieu, mais moi, je me garderai bien de tirer des conclusions sur ce que je ne sais pas, n’ayant pas assez de preuves que pour confirmer ou infirmer l’existence d’un Dieu d’amour… Je vous avoue que lorsque je vois certaines choses, je me pose des questions aussi.

Un récit dur, glaçant, horrible, mais qui permet d’entrer en empathie avec son auteur, contrairement à celui consacré aux génocidaires (ils m’avaient donné envie de vomir, eux).

Un récit que je me devais de lire, pour savoir, pour ne plus dire que je savais rien dessus. Un livre qu’il faudrait lire pour ne plus que ça se reproduise, ce qui est un vœu pieu puisqu’il a eu lieu 49 ans après la libération des derniers camps de concentration… Et où tout le monde a fermé sa gueule, comme du temps des goulags. Un comble !

Je vous laisse, il me reste à trouver des récits parlant du génocide Arménien (j’aimerais en savoir plus) et sur ceux perpétrés par les Khmers rouges, où là, je sais quasi rien. Si vous avez des pistes, je suis preneuse !

Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Rwanda).

Kill the indian in the child : Elise Fontenaille-N’Diaye

Titre : Kill the indian in the child

Auteur : Elise Fontenaille-N’Diaye
Édition : Oskar – Société (28/09/2017)

Résumé :
Comme tous les jeunes Indiens, Mukwa, 11 ans, est envoyé à Sainte-Cécilia, un pensionnat canadien dont l’éducation est confiée à des religieux. Malheureusement, cet établissement ne ressemble en rien à une école traditionnelle.

Pour tout apprentissage, le jeune Ojibwé découvre l’humiliation, la privation de nourriture, les mauvais traitements…

Car le mot d’ordre est Kill the Indian in the child : éliminer l’Indien dans l’enfant, lui faire oublier sa culture, sa religion, ses origines.

Mais Mukwa se rebelle, décide de fuir et de rejoindre son père trappeur, dans la forêt…

Critique :
L’Homme Blanc n’aime pas ceux qui ne lui ressemblent pas, ceux qui n’ont pas la même culture que Lui, ceux qui croient à un autre Dieu que Le Sien.

Donc, avec les Amérindiens, il fallait les transformer en Hommes Blancs, leur extirper leur culture, leurs croyances, leurs modes de vies, bref, commettre un génocide culturel.

Et un génocide tout court, parce que bien des enfants sont morts dans les pensionnats des bons Pères Blancs (et des bonnes sœurs).

Ces religieux qui n’ont de religieux que le nom, qui n’ont pas dû lire les préceptes enseignés par Jésus (ce que vous faites aux plus petits d’entre nous…) et qui aiment se vautrer dans la violence et l’asservissement des autres.

Il fallait tuer l’Indien dans l’enfant et en faire de bon petits canadiens chrétiens.

Ce roman s’adresse avant tout aux plus jeunes, le niveau de lecture est donc très facile pour l’adulte que je suis. Malgré tout, il m’a touché en plein cœur, même si je connaissais le sujet. Il m’écœure toujours, il me débectera toujours, surtout que les principaux coupables n’ont jamais été punis.

Mukwa est un jeune indien Ojibwé, contraint d’aller dans le pensionnat de Sainte-Cécilia où il y subira, comme les autres, des brimades, des coups, de la torture avec de l’électricité (qu’on y asseye les tortionnaires !), des attouchements, des privations, de la bouffe dégueu,…

On a beau être dans de la littérature jeunesse, les sévices ne seront pas édulcorés pour autant et le passage où le pauvre gamin doit remanger la nourriture qu’il a vomi m’a soulevé les tripes. Je ne comprendrai jamais comment l’on peut faire subir ça à des gosses.

Et nous ne sommes pas dans les années 1800, mais dans les 1900, dans le récit, inspiré d’une histoire vraie (avec les noms des protagonistes et du pensionnat changés), on vient de marcher sur la lune.

L’histoire réelle, s’est passée dans les années 1960, quant on n’avait pas encore foulé l’astre dans lequel je suis souvent, mais tout de même.

Une lecture bourrée d’émotions, d’eau dans les yeux et de rage envers ces hommes et ces femmes d’église, ces frustrés de je ne sais pas où, qui se sont permis de faire subir à des enfants des horreurs dignes des tortionnaires habillés de costard noirs, taillés par Hugo Boss, ceux qui avaient des raideurs dans le bras…

Un petit livre glaçant qui permettra aux plus jeunes, comme aux adultes, d’ouvrir les yeux sur un scandale peu connu et qui pourrait, ensuite, donner l’envie d’en apprendre un peu plus sur les traitements réservés aux enfants Amérindiens au Canada.

PS 1 : Les explications à la fin de l’ouvrage sont tout aussi glaçantes puisque l’on y apprend que le dernier pensionnat a fermé ses portes en 1996 (putain, si tard ??), que plus de 150.000 enfants y ont été déportés, brimés et torturés (tiens, on n’avait dit « plus jamais ça », après la découverte des camps de concentration ??) et que 30.000 ont trouvé la mort.

PS 2 : j’ai toujours aimé les corbeaux, leur vouant une tendresse particulière, aimant les regarder voler, aimant même les entendre croasser. Maintenant, je les regarderai autrement, car je penserai à Mukwa et à son papa, ainsi qu’à tous les enfants morts dans ces pensionnats de la honte.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 94 pages).

On était des loups : Sandrine Collette

Titre : On était des loups Auteur : Sandrine Collette Édition : J.-C. Lattès (24/08/2022)

Résumé : Ce soir-là, quand Liam rentre des forêts montagneuses où il est parti chasser, il devine aussitôt qu’il s’est passé quelque chose. Son petit garçon de cinq ans, Aru, ne l’attend pas devant la maison. Dans la cour, il découvre les empreintes d’un ours. À côté, sous le corps inerte de sa femme, il trouve son fils. Vivant.

Au milieu de son existence qui s’effondre, Liam a une certitude. Ce monde sauvage n’est pas fait pour un enfant. Décidé à confier son fils à d’autres que lui, il prépare un long voyage au rythme du pas des chevaux. Mais dans ces profondeurs, nul ne sait ce qui peut advenir. Encore moins un homme fou de rage et de douleur accompagné d’un enfant terrifié.

Dans la lignée de Et toujours les Forêts, Sandrine Collette plonge son lecteur au sein d’une nature aussi écrasante qu’indifférente à l’humain. Au fil de ces pages sublimes, elle interroge l’instinct paternel et le prix d’une possible renaissance.

Critique :
Du personnage de Liam, nous n’en saurons pas beaucoup, juste qu’il semble être un survivaliste, ou du moins, un homme qui a choisi de vivre dans les montagnes, reclus, avec peu de contact avec les autres humains.

Nous ne connaîtrons pas l’endroit où le récit se déroule, mais vu les étendues, ce n’est pas en Belgique ! France ? Amérique ? Tout est permis. Liam est un peu fruste, bougon, a ramené une femme parce qu’elle voulait vivre avec lui et lui a fait un enfant un peu à contrecœur.

Lorsque le drame survient, il ne sait quoi faire de cet encombrant gamin de 5 ans, qui va le gêner dans ses chasses, qu’il ne pourra pas laisser seul dans la cabane, les voisins les plus proches se situant à des heures de marches (ou de chevauchée, puisqu’il possède deux chevaux).

Son récit est à son image : fruste, sans fioritures, sans beaucoup de ponctuation, sans guillemets ou tirets cadratins, les dialogues se trouvant saisis dans le texte brut. Lorsqu’on lit son histoire, on la croirait écrire par un homme qui a arrêté après ses primaires ou alors, par un auteur qui manque de talent.

Une écriture pareille, ça passe ou ça casse. Chez moi, c’est passé comme une lettre à la poste (un jour où il n’y a pas grève), car cette écriture rustre, brute de décoffrage, ajoutait du relief au récit, du réalisme. Un homme vivant dans la nature, chassant le gibier et vivant en autarcie peut-il écrire comme une personne lettrée ? Non, ça ne l’aurait pas fait…

Ce roman, c’est l’histoire d’un homme qui n’est pas près pour être père, qui a eu un père violent et qui a peur de reproduire cette violence (il fera même pire). Celle d’un homme attaché à sa vie dans la nature et qui aimerait se débarrasser de son gamin encombrant en le confiant à de la famille.

Liam est un homme d’action, pas de réflexion, pas d’introspection. Il agit, il parcourt la forêt, il chasse, il se tient éloigné de ses semblables. Oui, Liam est un loup.

Comme bien des voyages, celui qu’il fera en compagne de son gamin sera initiatique, l’occasion pour eux deux de se retrouver seuls, d’avoir du temps pour se parler… Ah non, Liam est un taiseux, je vous le disais, il ne sait pas quoi dire à son fils, il ne trouve pas les mots. Alors, ils chevauchent durant des jours et des jours…

Un récit anxiogène, manquant tout de même de réalisme dans le fait que le gamin, 5 ans, qui n’a jamais monté à cheval, va rester sur sa selle durant des heures et des heures, des jours et des jours, sans jamais se plaindre d’avoir mal son cul, ses cuisses, ses muscles… Oui, à force de monter, le corps s’adapte, on n’a plus mal, mais avant que ça n’arrive, je vous garantis que l’on a des douleurs partout !

Un récit sombre, violent, anxiogène, mais au moins, dans toute cette noirceur, il y a une petite lumière qui brille !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°62].

La cité en flammes – 01 : Don Winslow

Titre : La cité en flammes

Auteur : Don Winslow
Édition : HarperCollins Noir (04/05/2022)
Édition Originale : City on Fire (2022)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
État de Rhode Island, 1986.

Danny Ryan, 29 ans, est docker. Intelligent, loyal et réservé, il n’a jamais vraiment trouvé sa place au sein du clan des Irlandais qui règne sur une partie de la ville. Son rêve : fuir loin de cet endroit où il n’a pas d’avenir.

Mais lorsque Paulie Moretti, mafieux d’une famille italienne jusque-là amie, s’affiche avec sa nouvelle conquête, Hélène de Troie des temps modernes,

Danny se retrouve mêlé à une guerre sans merci à laquelle il ne peut échapper. Il lui faudra s’imposer enfin et affronter un déchaînement de violence sans précédent pour protéger sa famille, ses amis, et la seule patrie qu’il ait jamais connue.

Avec « La cité en flammes », Don Winslow livre le premier tome d’une trilogie magistrale, transposition des épopées antiques : la ville de Providence est Troie incendiée par les Grecs, Danny Ryan un héros homérique digne d’Énée. Une Iliade contemporaine.

Critique :
Le parrain à la sauce Illiade… La mafia, ses guerres, le tout sur fond de celle de Troie. Mais au lieu d’avoir l’affrontement entre les Grecs et les Troyens, ce sera entre les Irlandais bouffeurs de patates et les Italiens, bouffeur de macaronis.

Pourtant, au départ, tout allait bien dans le quartier de Dogtown : les mafiosi irlandais et italiens s’entendaient bien, ils se partageaient les territoires, même si on se doute que dans le fond, chacun aurait voulu éliminer l’autre pour se tailler la part du lion.

Oui, mais pour se faire la guerre, il faut un déclencheur, un prétexte. Ce sera pour une histoire de nichons que tout commencera avant de se terminer dans un bain de sang.

Paulie Moretti (le clan des Italiens) n’a pas apprécié que Liam Murphy (clan des irlandais) plote les seins de sa sculpturale copine (la Hélène de Troie). La copine n’a pas apprécié non plus et les règles mafieuses sont strictes : on ne touche pas aux femmes des autres (mais l’un d’entre eux ne s’est pas privé, un jour, de violer la gamine d’un autre).

Moi je dirais plutôt qu’on ne touche pas une femme qui ne le veut pas, qu’on ne lui fait pas le coup du « Dis un peu camion » pour pouvoir ensuite faire pouet-pouet. Mais allez expliquer ça à un mec…

Surtout que le Liam, sale gamin pourri gâté, égoïste, beau sans doute comme Brad Pitt dans Friends et ne pensant qu’à sa petite personne et à sa tchole, qu’il a du mal à garder dans son pantalon. Une jolie fille qui passe et il a déjà envie de la keter avant de passer à une autre. Les femmes sont des kleenex pour lui. Il mouche blanc dedans (ou dessus) et puis les jette.

Est-il possible de rendre sympathique des mafiosi qui se font la guerre, qui se tirent dans les pattes ? Hélas, oui, c’est possible, surtout que l’auteur, pas con, nous les présente durant leur vacances à la plage, où la famille Murphy et Dany Ryan coulent un mois d’août fait d’insouciance.

De plus, la ville de Providence est décrite, elle aussi, ce qui nous immerge encore plus dans les ambiances des mafieux ou tout simplement des membres de la famille Murphy.

L’auteur prend la peine d’approfondir certains de ses personnages, n’hésitant pas à stopper son récit pour nous conter l’enfance de Madeleine (elle a changé de prénom), son parcours, ce qui d’un côté est intéressant, mais de l’autre, cela coupe l’élan du récit.

Dommage qu’il n’ait pas su éviter le manichéisme avec Liam, qui cumule tous les défauts du monde, tout en ayant un physique de bô gosse. Il est capricieux, fait des conneries sur conneries, ne sait pas fermer sa gueule, plonge tout le monde dans la merde, est responsable de morts et personne ne le remet en place ??

Et le rapport avec la guerre de Troie, dans tout cela ? Oui, il y est, mais il n’apporte rien de plus à l’histoire, on ne me l’aurait pas noté dans le 4ème de couverture que je ne l’eusse pas vu. Puisque je le savais, j’ai cherché les points de comparaisons.

N’ayant vu que le film avec Brad Pitt, mes références seront celles-là : la belle Hélène est là, c’est une belle poire, Pâris est Liam le merdeux capricieux, on a Achille, le guerrier qui veut foutre le camp à un moment donné, mais qui hurlera sa rage quand son amant, Patrocle, se fera assassiner. Hector (ou son alter ego mafieux) mourra aussi (mort horrible) de la main d’Achille, qui rejoindra l’enfer à cause de son talon du même nom.

Les passages importants de l’Illiade sont bien intégrés au texte, on a de l’action, mais pas trop (ni trop peu), on a de la psychologie, le personnage de Danny va évoluer, tout le monde est nuancé (sauf quelques uns, très très cons ou très très égocentriques) et le récit est emballant, le roman n’a pas traîné sur la table et je n’ai pas soupiré durant ma lecture.

De là à dire que c’est une « Nouvelle trilogie explosive », comme indiqué sur le bandeau-titre… Un peu surfait, je trouve ou alors, il faut vraiment que ce soit explosif et pour le coup, si j’ai apprécié ma lecture, l’univers, les personnages, l’immersion dans la mafia, ça ne vaut pas la trilogie sur les cartels de la drogue (Art Keller).

Malgré tout, je réserverai mon jugement après avoir lu le deuxième tome, parce que justement, dans la trilogie des cartels, c’est surtout le deuxième et le troisième volume qui m’avaient explosé dans la gueule (même si le premier était déjà fort). Il y avait une montée en puissance dans le récit et si cette nouvelle trilogie est dans la même veine, je pourrais m’en prendre plein la tronche avec le volume 2.

Si je n’avais pas lu sa précédente trilogie, j’aurais trouvé ce roman excellent et je lui aurais collé un max en cotation, mais Winslow m’a habitué à des mets plus épicés, plus recherchés, plus fouillés. Son premier tome sur la mafia est très bon, mais ça manque de sel et c’est moins marquant que les cartels, même si j’ai appris plein de choses sur les systèmes mafieux.

Un bon roman noir, un bon thriller, un bon roman sur la mafia, qui se lit tout seul, presque un page-turner, sans pour autant avoir de l’action à gogo, mais venant de Winslow, la barre aurait dû être mise plus haut.

Néanmoins, je lirai le tome suivant avec plaisir, afin de vérifier s’il a rectifié l’assaisonnement..

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°58].

L’hibiscus pourpre : Chimamanda Ngozi Adichie

Titre : L’hibiscus pourpre

Auteur : Chimamanda Ngozi Adichie
Édition : Folio (2016)
Édition Originale : Purple Hibiscus (2003)
Traduction : Mona de Pracontal

Résumé :
Kambili a quinze ans. Elle vit à Enugu, au Nigeria, avec ses parents et son frère Jaja.

Son père, Eugene, est un riche notable qui régit son foyer selon des principes d’une rigueur implacable. Sa générosité et son courage politique en font un véritable héros de sa communauté.

Mais Eugene est aussi un fondamentaliste catholique, qui conçoit l’éducation de ses enfants comme une chasse au péché. Quand un coup d’Etat vient secouer le Nigeria, Eugene, très impliqué dans cette crise, est obligé d’envoyer Kambili et Jaja chez leur tante.

Les deux adolescents y découvrent un foyer bruyant, plein de rires et de musique. Ils prennent goût à une vie simple, et ouvrent les yeux sur la nature tyrannique de leur père. Lorsque Kambili et son frère reviennent sous le toit paternel, le conflit est inévitable…

Critique :
Kambili, 15 ans, est une jeune fille avec laquelle il est difficile de se lier d’amitié : elle parle peu, s’enfuit en courant une fois que la cloche de l’école à sonnée et semble être un fantôme, comme si elle n’existait pas.

Il me fut difficile de m’attacher à elle, alors que son frère, Jaja, est plus présent, bien que ce ne soit pas lui que l’on suive dans ce roman. Quant à leur Tatie Ifeoma, elle, c’est un personnage marquant, flamboyant.

L’intégrisme religieux chez les catho dans une société africaine… Voilà comment on aurait pu nommer ce roman.

Eugène, le père de nos deux personnages, est plus catholique que le pape, plus catholique que Saint-Antoine et d’une rigidité exacerbée. Benoît XVI est moins rigide que lui, je parie ! On aurait d’ailleurs plus de chance de croiser le Benoît en tutu rose, faisant des entrechats sur la place Saint-Pierre que de voir l’Eugène sourire (ou même rire).

Le péché est son cheval de bataille. Il le traque partout, surtout chez lui. Ils ont la parabole pour la télé, mais ne la regarde jamais. Sans doute n’était-ce pas la bonne parabole (oups, un péché, j’ai fait de l’humour).

La musique ? Oui, dans la voiture, on écoute l’Ave Maria. Et puis de temps en temps, l’Ave Maria et, coup de folie ultime, l’Ave Maria (et non Lavez Maria, oups, encore un péché). Les mecs, ne vous branlez pas, sinon, vous finirez avec les deux mains dans un bol d’eau trèèèès chaude.

Bref, le père de ces enfants est un homme intransigeant. Il a la main lourde et je peux vous assurer que certains passages sont plus glaçants qu’une nouvelle d’épouvante de Stephen King ! Et son épouse qui fait comme si de rien n’était. Terrible. Sans jamais sombrer dans le pathos.

Dans la patois wallon, il existe une expression pour désigner les gens tels que lui, qui d’un côté son pieu et de l’autre, violent. On dit que ce sont des mangeurs de Bon Dieu et des chieur de Diable (Mougneû d’bon Dieu èt dès tchiyeu d’jiale – impossible à écrire sans google et ce n’est pas vraiment le patois de mon bled).

Anybref, vous l’aurez compris, dans ce roman, il est beaucoup question de religion catholique, Eugène étant un peu produit du colonialisme, reniant même son père païen, baisant les pieds des missionnaires et s’étant fait tout seul. Il est riche.

Il est aussi question d’émancipation, d’ouverture d’esprit et de décalage entre Kambili et ses cousins, lorsqu’elle ira chez sa tante Ifeoma (pauvre), où l’on rit, sourit, où on écoute de la musique, où les prières avant de manger ne durent que quelques instants (et pas 30 minutes). Le décalage entre les deux mondes est énorme pour Kambili et son frère, qui s’adaptera plus vite qu’elle.

C’est aussi une page sur la culture nigériane, sur la cuisine, sur les mœurs et sur l’aspect politique. Le Nigéria est en pleine révolution estudiantine, il est aussi question des riches qui ont la possibilité de fuir le pays, laissant là les autres, les pauvres. De savoir s’il faut se battre et risquer de perdre le peu que l’on a, ou continuer de courber l’échine et de tenter de passer entre les gouttes.

N’allez pas croire que les choix sont faciles, que du contraire. Partir est aussi un acte difficile, car on abandonne sa culture, ses amis, sa famille.

Les points faibles de ce roman, ce sont l’écriture assez froide et la lenteur du récit qui va sans se presser. C’est plus réaliste, je sais, plus naturel que les choses prennent le temps de bouger, mais il n’aurait pas fallu 100 pages de plus, sinon, c’était l’enlisement.

Les quelques coups de fouet qui claquent (au sens figuré) ne sont pas assez nombreux pour donner du rythme à l’ensemble et le récit retombe ensuite dans l’apathie.

Dommage, parce qu’avec un peu plus de rythme et n style moins froid, ce roman aurait une claque plus forte. Il l’est déjà de par ce qu’il nous raconte, cette plongée dans un pays dont nous ne connaissons que peu de choses (si pas « rien ») et au cœur d’une famille où le père est un tyran qui lit la Bible (et vous frappe avec).

En fait, ce qui tire le récit vers le haut, c’est Tatie Ifeoma et ses enfants. Eux, ils m’ont marqué et je leur réserve une petite place dans ma mémoire.

Malgré ma mini déception, cette lecture n’est pas un foirage, que du contraire. C’est une réussite puisque je suis sortie de mes sentiers littéraires habituels, que j’ai découvert un autre pays, une autre culture et que cela m’a donné envie de lire d’autres romans de l’autrice.

Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Nigéria).

West Legends – Tome 6 – Butch Cassidy & the wild bunch : Christophe Bec et Michel Suro

Titre : West Legends – Tome 6 – Butch Cassidy & the wild bunch

Scénariste : Christophe Bec
Dessinateur : Michel Suro

Édition : Soleil Productions (26/01/2022)

Résumé :
Le Wild Bunch de Cassidy terrorise la région depuis trop longtemps. Un avis de recherche avec une forte récompense de 3 500 $ a été posé sur la tête du malfrat, mort ou vif, ce qui attire bon nombre de chasseurs de primes.

Ce soir-là dans un relais, deux d’entre eux semblent être tombés sur une partie de la bande. Cassidy vit-il ses dernières heures ?

Critique :
Je n’avais pas aimé le film « La horde sauvage » et jamais été fan des films avec « Butch Cassidy et The Sundance Kid » (avec Paul Newman et Robert Redford), ce qui pourrait faire penser que cet album n’était pas pour moi.

Eh bien, détrompez-vous, malgré l’extrême violence de ce sixième tome, j’ai apprécié de chevaucher aux côtés de la bande de Butch Cassidy, le Wild Bunch (la horde sauvage).

Les dessins des visages sont bien fait, les décors aussi (même s’ils sont peu nombreux à être en grandes cases) et les couleurs chaleureuses.

Malgré mon évident plaisir devant cette nouvelle histoire, je ne me priverai pas pour souligner les petites choses qui auraient pu être améliorées, notamment dans le rythme de l’histoire.

On commence lentement, avec beaucoup de cases par page, beaucoup de dialogues, de détails. Très bien, c’est agréable, le scénariste prend le temps de nous immerger dans l’époque, les lieux, dans la bande et tout ce qui tourne autour (les shérifs, marshals,…), mais ensuite, une fois la course poursuite engagée, cela s’accélère et on manquera de détails sur la communauté dans la montagne.

Et quelques explications n’auraient pas été superflues. Même s’il est impossible d’expliquer pourquoi des gens peuvent tourner de la sorte (et s’y complaire), même avec un prédicateur fort à la tête de leur communauté, un chouia de modération aurait été appréciable, parce que là, ça tourne un peu trop au récit d’horreur et d’épouvante.

C’était exaltant, il y avait de l’action, du suspense, de l’adrénaline, mais une fois l’épisode terminé et le souffle retombé, on en vient à se demander s’il était nécessaire d’en arriver à cette extrémité.

Ce genre d’extrémités sont réelles, elles ont déjà eu lieu, mais bien souvent dans des circonstances bien précises et limitées dans le temps. J’ai dû mal à croire qu’autant de gens puissent continuer de telles pratiques et s’y vautrer dedans. Moi, là, je vire végan de suite.

Anybref (comme le disais une copinaute), cet album est bon, il sait tenir son lecteur (lectrice) en haleine, lui donner envie de se carapater de la montagne en hurlant après sa mère, il y a de quoi lire dans les phylactères, c’est l’aventure avec un super grand A, on a des femmes hors-la-loi qui n’ont pas froid aux yeux, de la chevauchée dynamique, mais il est à réserver à des adultes et je préciserai que certaines scènes pourraient heurter la sensibilité de certains. J’ai grimacé de dégoût, mais je n’ai pas fermé les yeux.

L’Ouest sauvage dans toute sa splendeur… violente !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°XX], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages) et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.