Tandis que j’agonise : William Faulkner

Titre : Tandis que j’agonise

Auteur : William Faulkner
Édition : Folio (2002)
Édition Originale : As I Lay Dying (1930)
Traducteur : Maurice-Edgar Coindreau

Résumé :
Après le décès de sa femme Addie, Anse Bundren et ses 5 enfants (Cash, Darl, Jewel, Dewey Dell et Vardaman) traversent l’État du Mississippi pour accompagner la défunte jusqu’à Jefferson, sa ville natale.

Le père, Anse, sorte de vieux têtu édenté à la chrétienté embarrassante, embarque donc ses enfants dans une tâche funèbre : aller enterrer son épouse (et leur mère) là où il l’a arbitrairement décidé, à savoir, très loin de la ferme familiale.

Les Bundren quittent donc la ferme familiale avec le cercueil sur une charrette.

« Je lui avais dit de ne pas amener ce cheval, par respect pour sa défunte mère, parce que ça n’a pas bonne façon de le voir caracoler ainsi sur ce sacré cheval de cirque, alors qu’elle voulait que nous soyons tous avec elle dans la charrette, tous ceux de sa chair et de son sang ; mais, nous n’avions pas plus tôt dépassé le chemin de Tull que Darl s’est mis à rire. Assis sur la banquette avec Cash, avec sa mère couchée sous ses pieds, dans son cercueil, il a eu l’effronterie de rire ! »

Critique :
Comment expliquer simplement tout ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre, Prix Nobel de littérature en 1949, monument de la littérature Américaine, histoire ô combien noire mais qui pourrait être drôle, si l’humour noir de ce roman pouvait être considéré comme drôle.

J’apprécie l’humour noir et trash, mais là, j’ai ri jaune.

J’ai vu une famille pauvre assister au déclin de leur mère (et épouse pour le père), j’ai vu un fils aîné fabriquer un cercueil sous les yeux de sa mère agonisante qui a tout supervisé, j’ai vu deux fils louper le grand voyage de leur mère car ils étaient sur la route pour gagner encore quelques dollars.

J’ai assistée, impuissante, au voyage totalement fou d’un veuf et de ses 5 enfants, le corps de la décédée reposant dans le cercueil à l’arrière de la charrette, pour aller l’enterrer dans un autre comté, répétant à tous que c’était sa décision à elle.

Un périple qui n’était pas de tout repos, qui fut dangereux, aux multiples périls dont la montée des eaux et des ponts emportés, plus la chaleur qui amènera des odeurs pestilentielles et des charognards. Un voyage qui causera l’explosion de la famille.

Nous sommes face à un roman bourré de noirceur, qui a de l’humour, car la farce est grotesque mais noir, car rien ne prête à rire dans ces pages.

Le style de Faulkner est particulier. Déjà, il nous propose un roman choral et je pense qu’en 1930, ce n’étais pas aussi courant que maintenant. Chaque membre de la famille prendra la paroles, dans un monologue, une introspection qui lui sera particulier, puisque chaque personnage a ses tics de langage, ses manies, ses obsessions, ses mots bien à lui.

Au départ, j’ai eu un peu de mal, ayant l’impression que le récit était une cacophonie sans nom et puis, en persévérant un peu (c’était Faulkner, que diable), j’ai trouvé mon rythme de lecture et j’ai eu du mal à en sortir à la moitié du récit, mais bon, fallait bien aller au turbin.

Véritable roman de moeurs rurales, Tandis que j’agonise met en scène une famille du Sud Profond, dans le même genre qu’Erskine Caldwell, car le père Anse Bundren a la mauvaise foi chevillée au corps comme l’avait Jeeter Lester (La route au tabac), mais moins prononcée que ce dernier, bien que les références à « Dieu m’est témoin » parsèment aussi ses dialogues, mais de chrétien, Bundren n’en a que le nom.

Je l’avais bien dit à Addie que ça ne portait pas bonheur d’habiter sur une route, quand on est venu la faire par ici, et elle m’a dit, que c’était bien une réponse de femme : « Ben t’as qu’à te lever et déménager. » Mais je lui ai dit que ça ne nous porterait pas bonheur parce que le Seigneur a fait les routes pour voyager ; c’est pour ça qu’il les a couchées à plat sur la terre. Quand Il veut que les choses soient toujours en mouvement, Il les fait allongées, comme une route ou un cheval ou une charrette, mais quand Il veut que les choses restent tranquilles, Il les fait en hauteur, comme un arbre ou un homme.

Toute sa vie, Anse Bundren l’a passée à gémir, n’a jamais été un grand travailleur, ni un homme de parole et on se demande avec suspicion pourquoi diable il tient tant à respecter les dernières volontés de son épouse sur son lit de mort. C’est louche… Surtout que dès le début du roman, la principale intéressée ne pourra pas nous le confirmer, vu qu’elle a cessé de parler.

C’est un fait à remarquer qu’un homme paresseux, un homme qui n’aime pas le mouvement, s’entête toujours à aller de l’avant une fois qu’il est parti. C’est exactement comme quand il refusait de bouger. Comme si ça ne serait pas tant le mouvement qu’il déteste que le fait de partir ou de s’arrêter.

« Elle compte sur ma parole. Je la lui ai donnée »

En plus, ce crétin est parti sans pelle pour creuser une tombe ! Mais il nous rabâche sans cesse qu’il doit acheter un dentier pour arriver à manger les aliments que Dieu a fait pour lui… Je pense que de tous les personnages de la famille, il est le plus égoïste.

Pour les décors, Steinbeck a dû passer par-là car ils sont magnifiques, épurés, décrit avec peu de mots et pourtant, tout le poids de la Nature est dans ces pages, toute sa force, toute sa magnificence et toute sa perfidie.

Un portrait au vitriol d’une famille rurale, des introspections qui nous placent au plus près des pensées des personnages, une voyage semé d’embûches et une fois arrivés, les enfants n’en seront pas au bout de leur surprises, et nous non plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°31 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Pour se coucher moins bête au soir :

L’auteur prétendait avoir écrit Tandis que j’agonise en six semaines, sans changer un seul mot. Il en aura mis en fait dix : du 25 octobre, date de la première page manuscrite, au 11 décembre 1929. Le roman est rédigé entre les deux versions de Sanctuaire — la première version ayant été refusée par son éditeur. Le dactylogramme est fini le 12 janvier 1930 et le livre paraît le 6 octobre.

Le titre provient du Chant XI de L’Odyssée d’Homère quand Agamemnon déclare à Ulysse : « Je cherchai à lever les mains et les laissai retomber à terre, mourant (« As I Lay Dying »), percé du glaive ; et la chienne s’éloigna, sans avoir le cœur, quand je m’en allais chez Hadès de me fermer les yeux de ses mains et de me clore les lèvres. »

Le roman utilise la technique littéraire du courant de conscience. Les narrateurs sont multiples, les chapitres de longueur variable ; le chapitre le plus court concerne Vardaman, le benjamin, et est composé de seulement cinq mots : « Ma mère est un poisson ». Le roman, qui compte 59 chapitres et 15 narrateurs, se déroule dans le comté fictif de Yoknapatawpha dans le Mississippi.

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Far West Gitano : Ramon Erra

Titre : Far West Gitano

Auteur : Ramon Erra
Édition : Asphalte (06/04/2017)
Édition Originale : Far West Gitano (2014)
Traducteur : Juliette Lemerle

Résumé :
Sur les routes entre la France et l’Espagne, aux côtés d’une famille gitane pas comme les autres. Ram a passé sa jeunesse sur les routes.

Mais depuis son mariage, il vit à Perpignan, sédentarisé, avec sa femme, ses enfants et son chien.

Quand sa fille adolescente lui annonce qu’elle est enceinte, il décide sur un coup de tête de tout quitter et d’embarquer sa tribu à bord d’un camion bâché, direction Saragosse, où une faiseuse d’ange peut les aider.

Passé l’enthousiasme initial pour ces vacances improvisées, la famille va vite déchanter : comment renouer avec une vie nomade quand on a pratiquement toujours vécu en appartement ?

L’apprentissage de l’itinérance ne sera pas de tout repos pour cette famille haut en couleur, entre déconvenues, disparitions, arnaques et embûches.

L’Usage du Monde version gitane.à

Critique :
♫ Tu vuò fa l’gitano ! gitano ! gitano ! ♪ Mais tu t’es sédentarisé ♫ Tu vuò fa l’gitano ! gitano ! gitano ! Parce que ta fille s’est faite engrosser et que tu veux la faire avorter ♫

Je ne sais pas ce que j’ai fait à ma PAL, ces derniers temps, mais elle a décidé de me faire sortir le contraire des pépites de lecture !

Pourtant, ce livre, comme les autres, je l’ai choisi, je l’ai traqué, je l’ai fait entrer dans mon immense pile à lire avec tous les honneurs dû à son rang et quel retour en aie-je tiré ?

Une envie folle de m’endormir sur ces pages…

Bon, pas durant tout le livre, il y a quand même des passages intéressants, notamment avec les passages qui concerne les us et coutumes des gitans et la perception que le monde a d’eux.

Pour le reste, je me suis ennuyée, j’ai baillé, j’ai soupiré, j’ai fermé les yeux, rejoignant Morphée durant quelques minutes.

Le récit est assez chaotique dans sa mise en page, les dialogues sont insérés dans le texte même, les guillemets sont utilisés avec radinerie.

L’écriture, elle, ressemble à un texte que l’on aurait écrit au kilomètre, au fur et à mesure que les souvenirs arrivaient à l’esprit, comme dans un agenda et j’ai trouvé ça très indigeste à lire.

Asphalte a l’art de nous proposer des auteurs moins connus, ou moins mis à l’honneur, j’ai eu de belles lectures avec cette maison d’éditions, mais aussi des déconvenues. C’est la vie.

Maintenant, il ne me reste plus qu’à tronçonner tous les pieds des meubles de la maison afin de recycler toutes ces livres non appréciés en cales meubles.

♪ Un peu renard, un peu loup ♫ Il sort le jour ou bien la nuit ♪ Ce qu´on dit de lui il s´en fout ♫ Le Gitan, le Gitan, que tu ne connais pas ! ♪

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le Mois Espagnol chez Sharon (Mai 2018).

Equateur : Antonin Varenne

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Titre : Equateur

Auteur : Antonin Varenne
Édition : Albin Michel (01/03/2017)

Résumé :
USA. 1871. Pete Ferguson est un homme en fuite. Il a déserté l’armée durant la guerre de Sécession, est recherché pour meurtre dans l’Oregon, pour vol et incendie dans le Nebraska.

Sous le nom de Billy Webb, il est embauché par des chasseurs de bisons qu’il quitte après un différend sanglant. Il croise alors la route de Comancheros qu’il suit jusqu’au Mexique, d’où il s embarque pour le Guatemala…

Quoi qu’il fasse, où qu’il aille, Pete attire les problèmes et fait les mauvais choix. La violence qui l’habite l’éloigne toujours plus de ceux qu’il aime : son frère Oliver, resté au ranch Fitzpatrick avec Aileen, Alexandra et Arthur Bowman.

C est une femme qui changera son destin, une Indienne Xinca chassée de sa terre natale.

Pour la sauver, il fera échouer une tentative de coup d’état. Ensemble, ils iront jusqu’à l’équateur dont Pete a fait son graal et où il pense que les forces régissant ce monde s’inverseront enfin.

equateur-antonin-varenneCritique :
♫ Je n’suis bien avec personne car j’suis Pete Ferguson ♪ Et j’m’attire des misères ♫ Dès que je ne suis plus solitaire ♪ En moi j’ai d’la violence, à ma vie j’cherche un sens ♪

♫ Je talonne mon stalion, Et voici qu’il galope ventre-à-terre ♫ J’irai pas au Paradis, mon enfer est sur terre ♫

♫ Et si je meurs demain, C’est que tel était mon destin ♪ Je tiens bien moins à la vie qu’à mon superbe bourrin ♪ (1)

Lorsque j’avais tourné la dernière page de « Trois mille chevaux vapeurs », j’avais pesté sur le mot « Fin » apposé à la dernière page car j’aurais encore bien repris 200 pages de plus des aventures du bourru ex-sergent Arthur Bowman.

L’auteur a dû entendre mes doléances car voici qu’il vient de m’écrire 340 pages des aventures de Pete Ferguson, un des gamins déserteurs que Bowman avait caché dans son ranch.

Si Bowman avait un caractère ronchon, bourru, et une belle descente, on peut dire qu’il n’arrive pas à la cheville de Pete, ce garçon qui a dû grandir trop vite tout en évitant les coups de son paternel, qui a vu sa mère mourir trop jeune et à dû protéger son petit frère. Depuis, il a la haine sur tout, même sur son cheval, parfois !

Sérieusement, il y a eu des pages dans le roman où j’aurais bien baffé Pete, toujours en rogne sur tout le monde, sur le système, sur le pays, sur ses habitants… Tout !

C’est un personnage torturé, qui a la haine et qui pense qu’en allant jusqu’en Équateur, sa rédemption sera accomplie, croyant, à tort, que les forces régissant ce monde s’inverseront enfin puisqu’en Équateur, les pyramides tiennent sur leur pointe et que tout est inversé.

Par contre, Pete ferait le bonheur de Pôle Emploi vu ses compétences ! Visez un peu tout ce qu’il peut mettre sur son C.V : déserteur, incendiaire, chasseur-pisteur et dépeceur de bisons, marin, mercenaire, orpailleur et buveur. La classe, non ?

Ben non… Quoique que Pete fasse, ça se termine en eau de boudin, dans la violence, celle qui lui colle au corps, aux basques, à la peau, celle héritée de son père auquel il ne veut pas ressembler et qui, pour finir, est devenu lui.

Pourtant, on s’y attache au Pete ! Il a de la violence en lui, mais il y a aussi de la fragilité, un besoin de rédemption, du désespoir, le besoin d’accomplir une quête.

Ce roman commence comme un western, peu de temps après la fin de la guerre de sécession, avec une chasse au bisons, où l’on tue des bêtes uniquement pour leur fourrure, laissant pourrir les carcasses ensuite sur la plaine. Une gabegie, un gaspillage honteux…

Et puis, on passe au Mexique, on côtoie des Comancheros, on franchi le Rio Grande et on s’enfonce toujours plus bas, jusqu’en Guyane Française, on passe au Brésil, pour remonter ensuite aux États-Unis, bouclant le périple par où on l’avait commencé.

340 pages magnifiques, des portraits hauts en couleurs, une description de la vie de l’époque sans fioritures, telle qu’elle était, avec des gens qui se foutaient pas mal de la préservation des espèces et de la survie des Indiens. Des coureurs des plaines qui survivaient avec le peu qu’ils gagnaient en vendant les peaux de bisons…

On y croise toute une foule de personnages, des bons, des sympas, des abjects, des salauds, des marins d’eau douce ou de mer, des poètes, des révolutionnaires, des indiens Xinca chassés de leurs terres natales (un concept typiquement humain de voler les terres des autres), des bagnards de Cayenne,…

Quel voyage mes amis ! Pourtant, j’ai eu aussi de la nostalgie lorsque je suis arrivée à la dernière page, comme avec Arthur Bowman, j’aurais encore bien parcouru une fois de  plus le continent en compagnie de Pete Ferguson et de ses démons.

Merci à l’auteur de m’avoir écrit ce fabuleux roman et merci à Masse-Critique de Babelio de m’avoir permis de le lire en avant-première.

(1) Parodie de la chanson « Massey Ferguson » de Jean-Marie Bigard, elle-même parodiée sur « Harely Davidson » de B.B

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le Mois du polar Février 2017 chez Sharon et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (340 pages – 200 lues = 140).

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The seven-per-cent solution – Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express [Sherlock Holmes – FILMS]

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Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express (The Seven-Per-Cent Solution) est un film américano-britannique de Herbert Ross sorti en 1976.

C’est l’adaptation du roman, paru en 1974, « La solution à sept pour cent » de Nicholas Meyer, qui signe lui-même le scénario.

Meyer est l’auteur de deux autres romans pastiches de l’œuvre d’Arthur Conan Doyle : « L’Horreur du West End » (1976), dans lequel le détective côtoie Oscar Wilde et Bram Stoker, et « Sherlock Holmes et le fantôme de l’Opéra » (1993).

1. Synopsis :

En 1891, Sherlock Holmes est retrouvé par le docteur Watson dans un état de totale prostration causé par l’usage de la cocaïne.

Avec l’aide de Mycroft Holmes, Watson parvient à entraîner Holmes à Vienne afin de lui faire suivre une cure de désintoxication auprès du docteur Sigmund Freud.

Après diverses péripéties, tous les trois seront conduits à prendre l’Orient-Express pour sauver une ancienne patiente de Freud qu’un sultan veut emmener en Turquie.

2. Fiche technique :

  • Titre français : Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express
  • Titre original : The Seven-Per-Cent Solution
  • Réalisation : Herbert Ross
  • Scénario : Nicholas Meyer, d’après son roman La solution à sept pour cent et d’après les personnages créés par Arthur Conan Doyle
  • Musique : John Addison
  • Photographie : Oswald Morris et Alex Thomson (seconde équipe)
  • Distribution : Universal Pictures
  • Pays d’origine : Royaume-Uni et États-Unis
  • Genre : Policier
  • Durée : 113 minutes
  • Format : Couleur Technicolor – 1.85:1 – 35 mm
  • Date de sortie : États-Unis: 24 octobre 1976 / France : 16 avril 1980

3. Distribution :

  • Alan Arkin (VF : Jacques Ferrière) : Dr Sigmund Freud
  • Robert Duvall (VF : Gabriel Cattand) : Dr John H. Watson / le narrateur
  • Nicol Williamson (VF : Jean Roche) : Sherlock Holmes
  • Vanessa Redgrave : Lola Deveraux
  • Laurence Olivier (VF : Philippe Dumat) : Professeur James Moriarty
  • Régine (VF : elle-même) : Madame
  • Samantha Eggar : Mary Morstan Watson
  • Joel Grey : Lowenstein
  • Charles Gray (VF : William Sabatier) : Mycroft Holmes

Alors, avant toute chose, faut en préciser une : le titre est très mal trouvé !! Si en V.O il a tout son sens « The seven-per-cent solution » et aurait dû être traduit par « La solution à 7% ». Phrase célèbre que toute personne ayant lu « Le signe des quatre » connait.

Non, eux, en V.F, ils en ont fait « Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express »… Hors, si Holmes va bien poursuivre un train et monter dans celui-ci sans y être invité, il ne s’agit pas du vrai Orient-Express dans lequel Hercule Poirot avait résolu un meurtre !

Il attaque un train privé qui se dirige vers Istanbul, c’est tout…

Ce que j’en ai toujours pensé :
Bon, pas évident de revoir après tant d’années un film que j’avais apprécié en son temps.

Allait-il « passer » ou « passer à la trappe » ?

Je vous l’avoue de suite, à l’époque où je l’avais vu pour la première fois, j’avais adoré ! Surtout que j’avais lu le roman de Nicholas Meyer (qui lui avait des passages un peu longs mais un final de malade) avant de découvrir ce film.

Le postulat de départ n’est pas une nouveauté pour les holmésiens de tout poil : en effet, certains pensent et disent tout haut que Holmes et le professeur Moriarty ne faisaient qu’une seule et même personne et que Holmes s’était inventé sa Némésis.

Je n’ai jamais partagé cette idée mais elle vaut la peine d’être étudiée et je l’avais bien aimée dans le roman.

Dans le film, donc, le professeur Moriarty, le Napoléon du Crime, le Mal incarné n’est qu’un pauvre professeur, harcelé par un Holmes en manque de cocaïne.

Avec l’âge, j’ai trouvé des tas de défauts au film, dont celui, notamment, de pousser un peu trop le piston de la seringue à cocaïne !

Oui, Holmes prenait une solution à 7% de cocaïne quand il s’ennuyait et qu’il n’avais pas d’affaire, mais ici, ils en font véritablement un drogué en manque qui doit aller se faire soigner dans un centre de désintoxication de suite.

Mycroft Holmes, joué par Charles Gray, qui le rejouera pour la série de la Granada.

Pourtant, malgré quelques incohérences et des cascades qui auraient plus leur place dans un James Bond que dans un Holmes, le film s’est laissé revoir avec plaisir.

Déjà, le générique ne manque pas d’originalité puisqu’il nous présente les personnages via des dessins de Sidney Paget (le dessinateur anglais de Sherlock Holmes).

Sherlock Holmes (Nicol Williamson) est dans un état critique, il transpire abondamment en racontant à Watson que Moriarty est le Napoléon du Crime. L’appart du 221b est un capharnaüm pas possible et Watson le regarde trembler et casser des tasses de thé sans avoir l’air de trop s’émouvoir.

Une seringue posée sur un écrin de velours bleu est bien visible. Si vous n’aviez pas compris, vous voilà mis au parfum Cocaïne !

Un flash-back avec un petit garçon montant l’escalier, le tout sous des lumières bleues donne un petit air mystérieux au récit de Holmes. Ce flash-back aux tons bleus sera le fil rouge durant tout le film puisqu’il reviendra souvent, sans que l’on sache à quoi fait-il référence, hormis à la fin.

Nous sommes face à un Watson (Robert Duvall) qui est loin d’être le benêt habituel dans les séries. Dans les récits canoniques, il n’a certes pas l’intelligence de Holmes, mais il est comme le lecteur : pas un imbécile, juste un non-voyant.

Le film le met aux avants-postes puisque c’est lui qui prendra la décision d’amener Holmes jusqu’à Vienne, chez un certain docteur Sigmund Freud, en lui faisant courir derrière le leurre qu’est le professeur Moriaty.

Le Moriarty de la BBC fiche la trouille, mais celui de ce film est un paisible professeur qui en a marre que Holmes lui tourne autour en l’accusant ce qu’il n’est pas. J’aime ce film aussi pour ce fait là : il explore d’autres hypothèses et ça nous change de l’habituel.

En route pour Vienne ! Mais Holmes ne le sait pas encore… Mais virez-moi cet attribut horrible sur la tête de Holmes !

Nicol Williamson ne sera jamais mon Holmes préféré. De ce côté-là, John Neville (A study in terror) a plus de classe.

Ici, notre Holmes se promène partout revêtu de sa deerstalker et de son grand manteau cape, même en ville ! Hors ces vêtements ne sont portés qu’à la campagne.

Il fumera même la pipe calebasse devant la maison de Moriarty. Anachronisme puisque non existante à cette époque.

À croire que les scénaristes voulaient à tout prix que l’on sache, à coup sûr, que nous étions bien face à Sherlock Holmes, qu’ils l’ont affublés de tout ces accessoires non canoniques, mais qui, au fil du temps, on fixé l’image du détective dans l’imaginaire collectif.

L’acteur qui joue Watson a de la présence, les pieds bien ancrés dans la réalité et de l’envergure. Il est le biographe de Holmes, mais aussi son ami, son garde-fou, celui qui invente avec Mycroft Holmes un plan pour faire soigner Holmes de son addiction.

Mention au frère de Sherlock, Mycroft, qui est le même que celui de la série Granada : Charles Gray (plus jeune).

Toby, chien renifleur très connu, en voyage avec Holmes et Watson.

Si à son arrivée à Vienne, comprenant qu’on s’est joué de lui, Holmes devient bougon, il comprend aussi qu’il est temps de se faire soigner.

La rencontre avec Freud dans son bureau donnera lieu à des déductions.

L’avantage de le regarder en V.O.STFR est que l’on entend bien l’accent germanique sous l’anglais de Freud.

Dans le bureau du docteur Sigmund Freud.

Freud utilisera l’hypnose pour tenter de guérir l’addiction de Holmes à la cocaïne, mais son côté psychologue comprendra aussi que les racines de ce mal sont profondes et que si on ne s’y attaque pas, il replongera.

Le film n’est pas très trépidant dans ces moments là, on assiste à quelques scènes de la vie de famille des Freud et des passages où Holmes est en proie à des cauchemars dû sans doute au manque de drogue.

Beaucoup d’antisémitisme aussi. Freud étant juif, il ne plait pas à tout le monde, surtout qu’il a des idées révolutionnaire et tout le monde n’apprécie pas de s’entendre dire qu’il a voulu coucher avec sa mère…

[Holmes en proie à des cauchemars terribles et au manque de cocaïne] — Vivement que Michel Onfray vous démonte, Freud !!

« Suivez le pendule et laissez-vous z’hypnotiser »

L’enquête qui se greffe dans l’histoire n’est pas mal, elle permet à Holmes de sortir de la routine et de faire travailler son esprit qui rouille quand il n’est pas au travail.

Par contre, la scène dans le manège, avec les chevaux gris présenté en cobra et qui chargent nos amis, ça fait pas vrai du tout ! (La cobra est une épreuve de présentation de juments ibériques attachées ensemble par le cou).

Des chevaux qui chargent des hommes comme des taureaux ?? Sans parler qu’à la fin, ils foncent dans une porte de sortie qui semble fort épaisse et bardaf, ils ont font du petit bois d’allumettes ! Pas réaliste du tout.

Un Stradivarius ? Non, LE stradivarius !

Manque de réalisme aussi dans plusieurs scènes, mais la pire restera la scène de la bagarre au sabre sur le toit d’un wagon, le train étant en marche…

On commence par un combat dans le wagon et on finit au-dessus, parfois même en ne se tenant plus qu’à la barre de côté… Juste digne d’un mauvais James Bond avec Roger Mooore dans le rôle titre.

Oui, le film est truffé de ce genre de scènes irréalistes, mais il se regarde quand même avec plaisir, juste pour passer du bon temps.

La scène finale me fait toujours sourire… Une autre explication de la disparition de Holmes et du fait qu’il ait demandé à Watson d’écrire sa mort le temps qu’il prenne du repos.

Bien entendu, nous avons eu le fin mot de l’histoire du flash-back ! Il me fait toujours froid dans le dos, même si je le connais depuis longtemps.

En conclusion, ceci n’est pas LE film holmésien à noter dans les annales, mais il vaut tout de même la peine pour découvrir un autre éclairage, d’autres hypothèses sur le fameux professeur Moriarty, le Napoléon du Crime dont personne ne connaissait l’existence, hormis Holmes !

Prendre le train, c’est salissant ! Et fatiguant.

Vacances bien méritées pour Holmes !

Challenge « Victorien » chez Camille, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict et Le Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.