La Tuerie d’Octobre : Wessel Ebersohn

Titre : La Tuerie d’Octobre                                                          big_4

Auteur : Wessel Ebersohn
Édition : Payot et Rivages (2014)

Résumé :
A l’âge de 15 ans, Abigail Bukula assiste au massacre de ses parents lors d’un raid perpétré par un commando de blancs contre des militants anti-apartheid.

Elle est épargnée grâce à un jeune soldat.

Des années plus tard, devenue juriste et haut fonctionnaire du nouveau gouvernement Sud-africain, Abigail revoit Leon Lourens, le soldat qui l’a sauvée. Il lui demande de l’aider car les membres de l’ancien commando ont presque tous trouvé la mort dans des circonstances mystérieuses.

La jeune femme va devoir retourner dans un passé qu’elle préfèrerait oublier, et, pour cela, elle sollicite le concours d’un homme singulier qui a travaillé sous le régime de l’apartheid : Yudel Gordon, juif, psychiatre des prisons et enquêteur à ses heures.

Les 3 autres volumes de la série, tous en collection Rivages/Noir, sont : La nuit divisée (1993), Coin perdu pour mourir (1994), Le cercle fermé (1996).

Critique : 
Après le Mali et le Kenya, j’ai décidé de poser mes valises dans l’Afrique du Sud post-apartheid.

Chouette, l’apartheid est mort ! Tout va bien, alors ? Ben non, pas vraiment. Certaines mauvaises idées de meurent jamais..

L’Afrique du Sud tourne sur trois pattes et les Township sont toujours un enfer sur terre. Même si les Blancs ont moins de pouvoir, le racisme ambiant a encore de beaux jours devant lui et si certains Noirs ont accédé à des postes, il en reste encore beaucoup qui crèvent à petits feux dans les quartiers miséreux.

Abigail Bukula est l’illustration des Noirs qui ont réussi à gravir les échelons et cette petite bonne femme a un courage monstre, une personnalité fouillée et bien des secrets cachés en elle.

C’est elle qui a survécu au raid, visant des militants anti-apartheid, il y a 20 ans, (en 1985) grâce à un soldat, Leon Lourens. De ce qui s’est passé durant le raid, nous ne le saurons que petit à petit, afin de ménager le suspense.

Si vous cherchez du trépidant, oubliez ce roman. L’enquête n’a rien d’un 24h/chrono, même si elle vous tient en haleine car l’heure tourne, on se rapproche de la date fatidique et il ne faut pas traîner en route.

En fait, l’enquête sert plus à mettre la lumière sur les dysfonctionnements de la société sud africaine et ses vieux démons de l’apartheid qui ne sont pas encore tout à fait mort.

Dans ce roman noir, tout est centré sur les personnages, fouillés, psychologiquement aboutis, dont un récurent : Yudel Gordon (que j’ai découvert ayant commencé par le dernier), juif et ancien psychiatre des prisons ayant fait carrière sous l’apartheid.

Ici, les gens qui ont fait carrière sous l’apartheid ne sont pas tous des salauds de la pire espèce, que du contraire. Les personnages sont bien plus fins et plus complexe que ça. Tourmentés, aussi, d’avoir travaillé sous l’ancien régime.

— À Maseru, j’ai été sauvée par un homme bon qui défendait une mauvaise cause, et le lendemain, j’ai été délivrée par un homme mauvais qui se battait pour une bonne cause.
— Rien n’est jamais simple dans la vie.

A contrario, les héros sous l’apartheid ne sont pas toujours des chevaliers purs et bons, certains ont même tout du psychopathe sanguinaire. Pire, certains de ces assassins ont même été récompensé en accédant à des hautes fonctions.

La situation politique du pays fournissait à certains une raison « moralement acceptable » de tuer. Et rien n’a changé sous le soleil. Puisqu’on ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs, on ne change pas un pays sans que des innocents trinquent méchamment.

De l’avis de Yudel, ce n’était qu’un opportuniste à qui la situation politique du pays fournissait une raison moralement acceptable de tuer.

Sans jamais sombrer dans la surenchère, juste avec quelques situations bien décrites ou des dialogues qui font mouches, l’auteur arrive à nous décrire une Afrique du Sud qui se cherche encore, ses fêlures, ses dysfonctionnements, sa misère dans les Township et le racisme qui est toujours présent dans l’esprit de certains.

Simon Mkhari, par exemple, avait brûlé vive une femme de soixante ans, coupable d’avoir acheté de quoi manger dans une épicerie tenue par un Blanc, contrevenant ainsi aux ordres de boycott.

L’enquête est bien menée, les personnages, à la psychologie fouillée, m’ont entrainé dans une Afrique du Sud qui a mal et l’auteur m’a subjugué avec sa plume simple, mais efficace, perfide aussi, et qui a fait mouche sans sombrer dans le grandiloquent ou le n’importe nawak.

Un roman noir « coup de poing » et un final « coup de pied dans le cul ».

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016). Première fiche !

CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016

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26 réflexions au sujet de « La Tuerie d’Octobre : Wessel Ebersohn »

    • Oui, j’ai été conditionnée anglaise durant un moi, là, je me sens africaine… ♫ saga africa, ambiance de la brousse ♪

      Tu nous fais découvrir les nouveautés, moi, je cherche les petites perles qui n’ont sans doute pas été dans le feu des projecteurs de la blogo – ou alors, la deep blogo, ceux que personne ou si peu ne lit :((

      Stelphique tousse à cause du bicarbonate de soude !

      Aimé par 1 personne

    • Je vois que j’ai plus aimé que toi… cette amabiance post apartheid ou rien n’a vraiment changé, m’a bien plu, c’est plus magistral qu’un cours ou qu’un reportage télé.

      J’ai aimé ce côté « j’ai été collabo sous l’ancien régime mais j’étais pas un salaud et le côté j’ai aidé les anti-apartheid à se libérer du joug des Blancs, j’étais un salopard de première mais tout le monde m’a salué comme un héros ».

      J'aime

    • Il est traité sobrement, sans sombrer dans la surenchère ou le gore. Mais on sent bien la souffrance du pays, je l’avoue.

      Si tu veux de la légèreté, alors vaut mieux éviter le roman, ça oui ! ;-))

      J'aime

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