L’attaque du Calcutta-Darjeeling – Wyndham et Banerjee 01 : Abir Mukherjee

Titre : L’attaque du Calcutta-Darjeeling – Wyndham et Banerjee 01

Auteur : Abir Mukherjee
Éditions : Liana Lévi (17/10/2019) / Folio Policier (15/10/2020)
Édition Originale : The Rising Man (2016)
Traduction : Fanchita Gonzalez Batlle

Résumé :
1919. La Grande Guerre vient de se terminer en Europe. Après cette parenthèse éprouvante, certains Britanniques espèrent retrouver fortune et grandeur dans les lointains pays de l’Empire, et tout particulièrement en Inde.

Ancien de Scotland Yard, le capitaine Wyndham débarque à Calcutta et découvre que la ville possède toutes les qualités requises pour tuer un Britannique : chaleur moite, eau frelatée, insectes pernicieux et surtout, bien plus redoutable, la haine croissante des indigènes envers les colons.

Est-ce cette haine qui a conduit à l’assassinat d’un haut fonctionnaire dans une ruelle mal famée, à proximité d’un bordel ?

C’est ce que va tenter de découvrir Wyndham, épaulé par un officier indien, le sergent Banerjee.

De fumeries d’opium en villas coloniales, du bureau du vice-gouverneur aux wagons d’un train postal, il lui faudra déployer tout son talent de déduction, et avaler quelques couleuvres, avant de réussir à démêler cet imbroglio infernal.

Critique :
Gorge Profonde aurait pu devenir le surnom du capitaine Sam Wyndham tant on va essayer de lui faire avaler des couleuvres, dont la plus grosse qui soit : les Anglais sont là pour civiliser les Indiens et sans nous, ils n’arriveraient à rien, nous sommes équitables et nos lois sont justes…

Les lois anglaises sont justes pour les Anglais, les Blancs, mais jamais pour les indigènes, les Indiens, habitants de leur propre pays mais qui ont les Anglais, ces espèces de belles-mères qui s’incrustent chez eux.

En fait, je serais tentée de dire que la résolution du crime du haut fonctionnaire MacAuley est accessoire tant elle ne sert qu’à nous démontrer l’iniquité de la colonisation : lois Rowlatt de 1919 autorisant les arrestations arbitraires au moindre soupçon d’insubordination (et détention durant 2 ans sans justificatifs). Arrestations d’Indiens par des Anglais, bien entendu.

Plusieurs personnages prendront la parole, dont des Indiens, une métis, un négociant en textiles afin de nous expliquer l’inégalité du système. Les Anglais ont toujours eu une haute opinion d’eux-mêmes, se croient garant d’une morale élevée et que leurs lois sont justes, équitables, correctes.

Mais il n’en est rien, à force de se croire supérieur, l’Anglais écrase les autres, les indigènes, estime qu’ils ne doivent pas devenir trop intelligents, que ça pourrait leur faire mal au cerveau et que l’indépendance ne doit pas arriver, ces pauvres indigènes n’étant pas capables de s’en sortir sans les Anglais…

La plume de l’auteur manie avec brio l’humour et le cynisme, l’encre est teintée d’ironie douce-amère et c’est un véritable plaisir de découvrir ce roman policier qui ne ressemble à aucun autre. Les personnages sont bien travaillés, impossible de les confondre entre eux et personne n’est tout à fait blanc ou noir.

Apprêtez-vous à avaler des couleuvres vous aussi car l’auteur ne fige aucun de ses personnages et ce que les autres disent d’eux peuvent être vrai ou faux, ou pas tout à fait vrai…

L’atmosphère lourde et poisseuse de Calcutta est bien rendue aussi et pour peu, on aurait envie de démarrer un ventilateur, même si dehors il fait des températures négatives et que la neige tombe. La ville de Calcutta est un personnage à part entière, elle aussi.

Un excellent roman policier, un vrai roman noir qui nous parle de contextes sociaux, des castes de l’Inde, de la colonisation, de révolution, de terroristes qui voudraient se libérer du joug anglais, d’Anglais qui ont du mal à s’adapter au climat et un pays au bord de l’implosion.

Un roman noir où les deux enquêtes servent à mettre sur la table les problèmes des colonisés, leurs revendications, leurs attentes, leurs souffrances et à dénoncer la main de fer dans laquelle les colonisateurs anglais tiennent les autochtones.

L’auteur nous parle aussi de ce pays (l’Inde) qui peut transformer un homme ordinaire en raciste ordinaire et lui mettre dans la tête l’idée que la suprématie raciale existe bel et bien.

C’est pernicieux et notre capitaine Sam Wyndham va avoir fort à faire pour ne pas devenir comme ses pairs. J’ai bien envie de lire la suite pour savoir comment il va évoluer.

Une belle découverte, une fois de plus !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°199] et Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°25].

Bratislava 68, été brûlant : Viliam Klimáček

Titre : Bratislava 68, été brûlant

Auteur : Viliam Klimáček
Édition : Agullo (2018)
Édition Originale : Horuce Leto 68 (04/10/2011)
Traduction : Richard Palachak et Lydia Palascak

Résumé :
Nous sommes une nation condamnée à la tendresse. On nous envahit facilement. Au printemps 1968, le parti communiste tchécoslovaque expérimente le « socialisme à visage humain ».

La censure est interdite, les frontières s’ouvrent vers l’Ouest, les biens de consommation font leur apparition…

Un vent de liberté souffle sur le pays. Cet été là, Alexander et Anna montent dans leur Skoda Felicia, un cabriolet flambant neuf, pour rejoindre leur fille Petra à Bratislava où elle vient de terminer de brillantes études de médecine.

Tereza, fille d’un cheminot rescapé des camps de concentration et d’une éditrice à la Pravda qui ont longtemps accueilli des réfugiés hongrois de 1956, séjourne dans un kibboutz en Israël pour renouer avec sa culture juive.

Jozef, pasteur défroqué pour avoir refusé de dénoncer des paroissiens auprès du Parti, fait ses premières armes à la radio.

Dans la nuit du 20 au 21 août, tandis que les tanks soviétiques envahissent la ville, le destin de ces trois personnages et de leurs familles va basculer.

Pendant quelques heures, la frontière avec l’Autriche reste ouverte, Vienne est à une heure de train. Chacun devra alors faire un choix : partir ou rester ?

Fuir la violence ou résister à l’oppresseur ?

Critique :
Il est des livres où dès les premières lignes, vous êtes conquis(e), vous rentrez dedans et vous sentez aussi bien que dans des charentaises confortables.

Ce fut le cas ici, je me suis coulée dans le récit, j’ai adhéré aux différents personnages, comme si je les connaissais depuis longtemps.

L’auteur s’est basé sur des témoignages d’exilés Slovaques pour bâtir son récit et on le ressent bien car il y a du réalisme, du vécu, même s’il a changé les noms et mélangé plusieurs destinées.

Au départ, tout va bien. On fait la rencontre des nos personnages principaux, on découvre la vie en Tchécoslovaquie, sous le règne des Socialistes qui en pratique un qui n’a de socialisme que le nom.

À choisir, je préfère encore la Gauche Caviar que ce communisme qui, une fois de plus, empêche ses citoyens de découvrir le monde et le garde prisonnier d’un rideau de fer, isolant le bloc de l’Est (lorsque j’étais gamine, je pensais que c’était un vrai rideau de fer, après, on m’a expliqué… Vous imaginez la taille du rideau ?) de celui de l’Ouest, dirigé par des salopards de capitalistes.

Tels des parents castrateurs empêchant leurs rejetons d’aller voir sur la palier de l’appart, ou sur la rue, devant la maison, les dirigeants communistes sont d’une sévérité immonde, d’une imbécilité crasse, d’un illogisme débile, préférant laisser la possibilité à des crétins de faire des études, empêchant les bons éléments, les premiers de classe, aller à l’université, vous déclarant incompatible parce que votre ancêtre était un grand capitaliste  (il possédait un petit atelier de couture)…

Ces derniers temps, je bouffe du communisme, que ce soit celui de l’Archipel de Soljenitsyne (Russie), celui de la dynastie Kim (Corée du Nord) et maintenant, celui de la Tchécoslovaquie et pas un pour relever l’autre. Je découvre toujours des saloperies au fur et à mesure de mes lectures. Fin de la parenthèse.

La plume de l’auteur est primesautière, presque, agréable à suivre, teintée d’ironie aussi. Il vous emmène dans ce récit, commençant gentiment, doucement, mais sans masquer les imbécilités du parti au pouvoir, des restrictions que les citoyens subissent, du fait qu’il faut adhérer au parti pour espérer évoluer dans la société (même si le parti avait exécuté ses propres membres) et gare à ceux dont les ancêtres étaient des Koulak ou des vilains capitalistes.

Anna, Alexander, Petra, Jozef, Erika, Tereza, Anna vivaient leur petites vies avant le basculement et l’entrée des chars russes en août 68. Que faire ? Fuir pendant qu’il est encore temps ou rester ? Et si fuite il y a, quelles conséquences auront-elles sur les familles restées au pays ?

Ce roman noir, je l’ai dévoré, mais avec lenteur, prenant bien le temps de m’imprégner des atmosphères, des contradictions des personnages, de leurs peurs, de leurs déboires, de leur envie de liberté. Leur exil, je l’ai ressenti dans mes tripes, les imaginant tout laisser derrière eux, souvenirs, maisons et familles…

Sans sombrer dans le pathos gratuit, l’auteur a su insuffler des émotions fortes dans ses familles qui furent déchirées, qui prirent les chemins de l’exil, quasi le cul nu, laissant une partie des leurs derrière eux, aux mains d’un pouvoir qui n’aiment pas voir les siens partir ailleurs, passer le rideau.

Ou que vous alliez, ils suivent vos dires et peuvent encore vous toucher en plein coeur en vous culpabilisant car à cause de votre départ, le pays a eu du mal à continuer à produire… Ils diront que vous êtes un vilain, un non patriote, que le pays vous a tant donné, à vous, à votre famille et qu’en retour, ingrat que vous êtes, vous avez fui !

Après votre lâche fuite, notre production s’est tassée temporairement. Dire que pendant des années vous avez fait semblant d’être un homme qui aime son travail et sa ville natale… nous ne croyons plus que vous ayez été sincère. Vous étiez un bon spécialiste, certes, vous avez cependant renoncé à votre mission au plus mauvais moment.

Quel est le bon moment pour se rappeler que la patrie a des tentacules partout, contre lesquels on ne peut que gémir jusqu’à la folie ?

Pas de chapitre pour ce roman, mais des actes, comme dans une pièce de théâtre, comme des témoignages que l’on mettrait bout à bout pour en faire un tout qui tient parfaitement la route, qui nous montre un Monde aux antipodes du nôtre ou, malgré tout, nous avons toujours des libertés, dont celle de quitter le pays (hors pandémie) et d’en dire tout le mal qu’il nous sied.

L’auteur ne perd pas de temps en détails paysagers ou en descriptions graphique de ses personnages, mais il va à l’essentiel et donne à ses lecteurs/lectrices une fameuse piqûre de rappel, des fois que nous penserions que 68, c’est juste des pavés sous la plage… Pardon, que sous les pavés, il y avait la plage et des manifestations estudiantines.

Dans ce roman noir, dans ces témoignages que l’auteur a transformés en fiction, toutes ressemblances avec des personnes existant ou ayant existées n’est pas fortuite du tout. Elle est réelle.

Ces 50 tableaux racontent des petites histoires dans la grande, mais font intégralement partie de la grande Histoire aussi. Ils sont importants pour que l’on n’oublie pas la chance que nous avons de vivre où nous sommes, même si tout n’est jamais rose.

Un magnifique roman, une fois de plus.

Dans ce roman, j’omets volontairement la description des personnages et des paysages. Je les saute à votre place. Lecteur, je les ai toujours survolés et je vous imagine un peu comme moi, pour cette raison j’espère que ce rembourrage ne vous manquera pas.

L’homme sait qu’il est en train de vivre l’Histoire. Il sait que sa femme, son fils, lui et son pays sont le beurre, et l’Histoire, le couteau. Et que quelqu’un l’étale sur une tranche de pain et s’apprête à y mordre.

Avant même qu’elle passe le bac, le comité du parti communiste du lycée déclara qu’Erika n’était pas autorisée à faire des études supérieures. On était en 1960. Elle était « incompatible » : son père avait été dentiste dans le privé et un autre membre de sa famille avait été un grand capitaliste. Entendez par là qu’il avait eu un petit atelier de couture. Bien que leurs biens aient été pillés par l’État, que leur cabinet et leur atelier appartiennent désormais au peuple entier, les enfants continuaient de souffrir du fait que leurs parents n’avaient pas été des pauvres types, mais des personnes qui avaient réussi.

Ainsi, Jozef Rola était soupçonné de ce qu’il avait combattu toute sa vie, lui qui avait refusé l’ordination pour ne pas trahir ses futurs paroissiens. Ne soyons pas surpris par la réaction de l’évêque. Certes, il était maladroit, mais il se comporta comme tout habitant d’une démocratie du monde, comme l’équipe du film américain, comme chaque étranger qui nous a posé cette question durant des dizaines d’années, dont la réponse leur était incompréhensible : pourquoi votons-nous pour ces communistes que nous ne cessons de décrier ? Chacun de nous est conditionné par un système de pensée différent, ils ne peuvent pas nous comprendre, tout comme d’ailleurs nous ne comprendrons jamais les gauchistes de l’Ouest ou les jeunes maoïstes de Paris. Avec notre vécu, on ne peut pas sympathiser avec les révolutionnaires de café. Si on les avait expropriés de leurs magasins, chassés de leurs appartements ou si on avait envoyé leurs propres pères dans les mines d’uranium, peut-être qu’ils comprendraient.

Ils remplaçaient les gens. Pièce par pièce. Tu acceptes ? Tu signes et tu restes. Tu n’acceptes pas ? Pars. Qui ne hurle pas comme un loup avec nous hurle contre nous.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°193] et Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°19].

 

Get Up ! Stand Up ! : Perry Henzell

Titre : Get Up ! Stand Up !

Auteur : Perry Henzell
Édition : Sonatine (19/06/2014)
Édition Originale : Power Game (1982)
Traduction : Evelyne Trouillot

Résumé :
Un pays des Caraïbes, qui fait fortement penser à la Jamaïque. D’un côté, une caste privilégiée qui tient le gouvernement, l’armée, les médias, la justice et toutes les richesses locales, une élite corrompue, qui oscille entre volonté d’indépendance et soumission aux riches investisseurs étrangers.

De l’autre, le ghetto, les gangs, le trafic de ganja, une misère de plus en plus noire. Un mélange explosif qu’une seule étincelle suffirait à faire exploser.

Et si celle-ci venait de Zack Clay, une star du reggae de retour au pays après un triomphe international ?

Lui seul a en effet le pouvoir de rassembler les gangs et la rue pour venir à bout de l’oppression, des injustices et des inégalités. Mais entre un message prophétique de paix et le passage à la lutte armée, le fossé est grand.

Zack devra ainsi faire un choix dont pourrait dépendre le sort de l’île tout entière. Mêlant musique et politique, Perry Henzell nous offre un portrait sans concession d’une société dévorée par les inégalités et la corruption.

On reconnaîtra à travers la figure de Zack l’ombre de Bob Marley.

Critique :
« Power game » est le titre en V.O et il colle bien à ce roman Noir car il est effectivement question de jeux de pouvoir dans ce petit pays des Caraïbes.

Que ce soit dans l’armée, dans la politique, dans les ghettos, à tous les niveaux, chacun veut être le roi et s’asseoir sur le trône (qui n’est pas en fer).

Et comme dit le proverbe « Quand les éléphants se battent, les herbes en souffrent ». Il existe aussi une version avec les fourmis qui meurent…

Anybref, tout ça pour vous dire que dans cette guerre de pouvoir aux ramifications énormes, ce sont les pauvres gens qui vont en souffrir, qui vont mourir, qui vont crever la dalle pendant que quelques uns se livrent à des jeux de pouvoir pour savoir qui sera calife de l’île.

Mettant en scène plusieurs personnages différents, ce roman noir aux airs de reggae n’a rien de folichon et ne donne pas envie de se trémousser tant il est sombre. Réaliste, très réaliste, mais très sombre.

Normal, il y a de la profondeur dans le scénario, dans les personnages, dans les jeux de pouvoir qui sont plus violents que ceux dans un bac à sable.

Si au départ j’ai moins bien accroché avec certains personnages, j’ai été agréablement surprise de les voir évoluer, changer, se faire pousser des couilles et pour finir, c’est avec une pointe de regret que j’ai laissé Winston, son frère Marc le général, Eddie le businessman de la chanson et de la ganja (marijuana), Michelle la belle…

Nous ne saurons jamais avec précision dans quel pays le récit se passe, mais il ne faut pas être grand voyant pour comprendre que nous sommes en Jamaïque. N’allez pas croire que l’auteur a pioché dans les clichés des rastas qui fument et qui ne savent dire que « Yo man ».

Non, non, comme pour tout le reste du roman, il y a une vraie réflexion derrière chaque action, chaque personnage, dans le scénario et les clichés ne sont pas de mises, heureusement.

Explorant les différentes castes qui régissent l’île, allant des dirigeants aux pauvres dans les ghetto, en passant par l’armée et les gangs, l’auteur tisse une toile où chacun va devoir se sortir les doigts du cul afin de ne pas se faire broyer par la machine du pouvoir et ceux qui la pilotent.

Un roman noir aux airs de reggae joué sur la plage, dans la fumée de la ganja fumée. Un roman noir sombre, violent, profond, où rien n’est simple, où rien n’est joué, où rien n’est gagné.

Excellent.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°192] et Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°18].

 

Dans la gueule de l’ours : James A. McLaughlin

Titre : Dans la gueule de l’ours

Auteur : James A. McLaughlin
Édition : Rue de l’échiquier (16/01/2020)
Édition Originale : Bearskin (2018)
Traduction : Brice Matthieussent

Résumé :
Criminel en cavale, Rice Moore trouve refuge dans une réserve des Appalaches, au fin fond de la Virginie.

Employé comme garde forestier, il cherche à se faire oublier du puissant cartel de drogues mexicain qu’il a trahi.

Mais la découverte de la carcasse d’un ours abattu vient chambouler son quotidien : s’agit-il d’un acte isolé ou d’un braconnage organisé ?

L’affaire prend une tout autre tournure quand de nouveaux ours sont retrouvés morts.

Alors que la police ouvre une enquête, Rice décide de faire équipe avec Sara Birkeland, une scientifique qui a occupé le poste de garde forestier avant lui.

Ensemble, ils mettent au point un plan pour piéger les coupables. Un plan qui risque bien d’exposer le passé de Rice.

Critique :
Une des premières choses qui m’attire vers un livre, c’est sa couverture, ce que mes yeux voient en premier, ensuite, vient le titre, la seconde chose sur laquelle mes yeux de biche se posent.

Puis j’en viens au résumé afin de savoir de quoi parle le roman qui a attiré ainsi mes yeux.

Ce roman m’aurait plus attiré pour sa couverture assez moche, la curiosité m’aurait sans doute fait retourner le livre et le résumé aurait pu me décider à l’acheter.

Ce qui a été le déclencheur, ce fut les bonnes critiques que j’ai lu à plusieurs endroits et j’ai osé l’acheter, malgré la couverture pas super.

Comme quoi, une couverture moche peut cacher un texte et une histoire magnifique, un récit qui vous emporte ailleurs, qui vous fait sentir Homme des bois, l’odeur puante en moins, heureusement pour les lecteurs.

Lorsque l’on reste toujours dans le même genre littéraire, on a tendance à voir toujours la même chose passer en boucle, mais ici, l’auteur s’est cassé le cul pour nous proposer autre chose, tout autre chose ! Un éco-thriller qui prend son temps pour se développer, sans jamais devenir endormant.

Les vésicules des ours sont recherchées par les trafiquants, les pattes des ours aussi, apparemment pour mettre dans de la soupe en Asie (perso, moi je fous un cube de bouillon dans mes soupes et c’est bon).

Un bien rare et recherché par des superstitieux est cher et donc, les braconniers de tout poils s’en donnent à cœur joie pour dézinguer des ours, n’hésitant pas à pénétrer dans la réserve privée de Turk Mountain où Rice Moore a trouvé un emploi de gardien et où il doit faire face à ces bas de plafonds, sorte de red-neck racistes, phallocrates, surarmés, qui castagne les plus petits, bref, le genre de types qui ont dû apprécier la prise du Capitole…

Ne lisez pas ce roman en espérant avoir du trépidant, des courses poursuites partout, comme je vous l’ai dit, l’auteur prend le temps de planter son décor, ses personnages, ses ambiances particulières…

Il y a comme une forme de poésie dans son écriture et je me suis laissée bercer par son récit, par Rice Moore, un homme au passé sombre, qui a fait de la prison et qui a un gars du cartel qui aimerait lui faire la peau.

Cruel dilemme pour Rice qui sait que s’il s’expose trop, des alarmes vont retenir chez les taupes du cartel et les mettre sur sa piste.

Un éco-thriller qui bouscule les codes habituels des thriller, qui les casse. Un récit profond, beau, poétique, une ode à la Nature, aux animaux et une dénonciation d’un trafic dont nous entendons peu parler et qui a entraîné la disparition des ours en Chine et qui est en train de liquider les ours en Amérique depuis 20 ans.

Un récit lent mais passionnant, captivant, porté par des personnages attachants, sauf en ce qui concerne les bas-de-plafond, mais bon, ils ont une excuse, ils n’ont pas de cerveau…

Un magnifique roman !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°181], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°40] et le Mois du Polar – Février 2021 – chez Sharon [Fiche N°07].

La mort d’une sirène : A. J. Kazinski et Thomas Rydahl [LC avec Bianca]

Titre : La mort d’une sirène

Auteurs : A. J. Kazinski et Thomas Rydahl
Édition : Robert Laffont La bête noire (15/10/2020)
Édition Originale : Mordet på en havfrue (2019)
Traduction : Catherine Renaud

Résumé :
Copenhague, 1834.

Le corps mutilé d’une jeune prostituée est retrouvé dans le port. La soeur de la victime croit pouvoir immédiatement désigner le tueur : Hans Christian Andersen, jeune écrivain en devenir qu’elle a vu quitter la maison de passe la veille.

Ravie de tenir un coupable, la police le jette en cellule dans l’attente de son exécution programmée. Mais grâce à ses relations, Hans Christian obtient d’être libéré pour trois jours, durant lesquels il devra mener ses propres investigations et livrer le véritable meurtrier aux autorités.

Sa quête de la vérité le conduira dans les dédales d’une ville ravagée par la pauvreté, les tensions sociales, la corruption et les crimes sordides…

Un thriller historique haletant qui offre une version inattendue de la genèse de La Petite Sirène, avec le célèbre Hans Christian Andersen en enquêteur malgré lui.

Critique :
Lorsque l’on me parle de sirène, d’office je pense à Arielle, celle des studios Disney, bien que je n’ai jamais vu ce dessin animé… C’est vous dire la force de leur matraquage au moment de la sortie…

Honte à moi aussi, je n’ai jamais lu le conte d’Andersen…

Puisque ce polar édité chez La Bête Noire me proposait l’histoire de ses origines, je n’ai pas hésité une seconde, surtout que Bianca m’a proposé une LC.

Destination du jour : Copenhague ! Date ? 1834…

La première chose qui frappe dans ce polar, c’est l’atmosphère, qui a vraiment la gueule de l’emploi car les auteurs n’ont pas lésiné sur les décors grandeurs natures, sur les ambiances de l’époque, sur les conditions sociales et entre nous, il ne manquait que les odeurs pour se sentir encore plus dans le Copenhague de 1834.

Andersen va devoir se transformer en enquêteur s’il ne veut pas perdre la tête sur le billot puisqu’il est accusé du meurtre d’une prostituée. Nous savons que ce n’est pas lui, mais le commissaire, lui, il s’en fout. Problème : Andersen n’a rien d’un Sherlock Holmes, d’un Hercule Poirot ou d’un Columbo…

En voyant marcher de grand échalas maladroit de Andersen, j’ai même pensé qu’il avait tout d’un Pierre Richard et qu’il était aussi discret et invisible qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine.

N’ayant rien d’un héros, Hans Christian Andersen, malgré ses défauts énormes, a tout du personnage sympathique, sorte de looser malheureux sur qui tous les merdes du monde viennent de tomber, une fois de plus. Pour l’aider dans sa quête de la vérité, Molly, prostituée de son état et sœur de la victime.

Sans être d’un rythme effréné, ce polar historique se dévore en peu de temps, ses 560 pages passant comme pour rire. Par contre, je l’avoue, j’ai sauté quelques passages horribles (les découpages de nichons et l’ablation de la patte du chaton – mais foutez la paix aux chats, nom de Zeus !) alors que je n’ai sauté aucune ligne dans l’archipel du goulag…

Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark, un sordide assassin de femmes, qui les découpe, qui joue à la science sans conscience.

Mais le sordide n’est pas que chez l’assassin, il est aussi dans les taudis où des gens crèvent de faim, de froid, de misère, où les femmes vendent leur corps pour survivre, où les gosses travaillent dès leur plus jeune âge, où l’on vole et tue sans pitié pour tenter de sortir un peu de la merde.

Mais la merde est aussi dans des bas de soie : ceux de la maison royale, ceux de la bourgeoisie, de la noblesse. Si les pauvres ont encore des circonstances atténuantes, les riches n’en ont plus du tout et les voir ainsi se vautrer dans la nourriture et la débauche me conforte dans ma pensée : ils ne sont pas mieux que nous !

Sans juger aucunement les personnages, les auteurs nous les présentent tels qu’ils étaient à l’époque, sans manichéisme aucun, sans parti pris et même l’assassin a des tourments profonds.

Si l’atmosphère bien décrite est une des clé du roman, si les personnages travaillés et sans manichéisme font la force du récit, le mortier qui les fait tenir est le scénario qui n’a rien d’un truc bricolé le dimanche matin, mais est travaillé, étayé, intelligent, original, bien pensé et il tente d’apporter de la lumière sur l’année blanche (1934) qui se trouve dans les journaux d’Andersen.

Un polar historique bien conçu, bien foutu, où les auteurs n’hésitent pas à plonger leurs lecteurs dans des ambiances réalistes de misère humaine, sans jamais en faire trop, racontant juste ce qu’il en était en ces époques pas si lointaines. Un polar qui se dévore sans modération et qui comporte bien des émotions.

La genèse romancée mais originale d’un futur conte, des personnages attachants, sympathiques, des anti héros, bourrés de défauts et qui n’ont rien d’enquêteurs hors pair, ce qui les rend encore plus humain.

Bianca me rejoint dans ma chronique, même si elle a eu plus de peine que moi avec le début qu’elle a trouvé manquant de rythme et qu’Andersen avait un pète au casque (elle a raison, il a un pète au casque !). Comme quoi, nos avis divergent un peu et si vous voulez tout savoir, suivez le lien vers sa chronique.

PS : Un polar historique écrit par trois auteurs, en plus (sous le pseudo de A.J. Kazinski se cachent deux auteurs danois).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°176] et le Mois du Polar – Février 2021 – chez Sharon [Fiche N°02].

Ce genre de petites choses : Claire Keegan

Titre : Ce genre de petites choses

Auteur : Claire Keegan
Édition : Sabine Wespieser Littérature Etrangère
Édition Originale : Small Things Like These (2020)
Traduction : Jacqueline Odin

Résumé :
En cette fin d’année 1985 à New Ross, Bill Furlong, le marchand de bois et charbon, a fort à faire. Aujourd’hui à la tête de sa petite entreprise et père de famille, il a tracé seul sa route : élevé dans la maison où sa mère, enceinte à quinze ans, était domestique, il a eu plus de chance que d’autres enfants nés sans père.

Trois jours avant Noël, il va livrer le couvent voisin. Le bruit court que les sœurs du Bon Pasteur y exploitent à des travaux de blanchisserie des filles non mariées et qu’elles gagnent beaucoup d’argent en plaçant à l’étranger leurs enfants illégitimes.

Même s’il n’est pas homme à accorder de l’importance à la rumeur, Furlong se souvient d’une rencontre fortuite lors d’un précédent passage : en poussant une porte, il avait découvert des pensionnaires vêtues d’horribles uniformes, qui ciraient pieds nus le plancher. Troublé, il avait raconté la scène à son épouse, Eileen, qui sèchement lui avait répondu que de telles choses ne les concernaient pas.

Un avis qu’il a bien du mal à suivre par ce froid matin de décembre, lorsqu’il reconnaît, dans la forme recroquevillée et grelottante au fond de la réserve à charbon, une très jeune femme qui y a probablement passé la nuit.

Tandis que, dans son foyer et partout en ville, on s’active autour de la crèche et de la chorale, cet homme tranquille et généreux n’écoute que son cœur.

Critique :
C’est ce genre de petites choses que j’aime dans un roman : le contexte social, une crise économique, la présence de la religion et l’hypocrisie ambulante.

Après, il faut tout bien mettre en scène sinon c’est le vol plané assuré.

Ici, c’est mon coeur qui, une fois de plus, a pris un billet de parterre, se brisant en plusieurs morceaux après une chute.

Cette histoire, inspirée de faits réels puisque les couvents des Magdalene ont bel et bien existés et que ce qu’il s’y passait n’avait rien de catholique mais tendait plus vers les cercles de l’Enfer.

Cette histoire, on la dirait sortie d’un conte de Dickens : des gens pauvres, qui triment comme des esclaves, l’omniprésence de la religion, la toute puissance des religieuses et des jeunes filles exploitées.

Sérieusement, on pourrait croire que ce genre d’horreurs sont de l’époque révolue de la reine Victoria… Que nenni, ça existait toujours dans les années 90 puisque le dernier fut fermé en 1996 (merci Wiki).

Dans ce roman très court, très sobre mais bourré d’émotions, l’auteure met en avant l’hypocrisie habituelle des gens, ceux qui détournent la tête, qui ne veulent pas avoir ce qu’il s’y passe tant que leur linge est bien propre, qui colportent des ragots mais ne bougeraient jamais le petit doigt pour aider ces pauvres filles et qui, sans mauvaise conscience aucune, s’en vont à la messe de Minuit et fêtent Noël en famille.

De plus, il y a la peur… Les religieuses sont toutes puissantes, être admise dans l’école à côté est un honneur, une échelle pour s’en sortir et nos pingouins décident de qui y entrera. Les religieuses sont aussi des gros clients, payant rubis sur l’ongle et en ces temps de crises, on ne fait pas la fine bouche, alors, on ferme les yeux, on continue sa route et si la pingouin en chef vous donne un ordre, on l’exécute en disant « oui amen ».

Non, non, ne me faites pas croire que vous seriez des rebelles qui diraient non et qui tiendraient tête à la mère supérieure ! Nous sommes dans l’Irlande catho à mort et quand les soeurs font la pluie et le beau temps, on s’écrase car on ne veut pas perdre son gagne-misère.

Le récit est court, trop court… J’aurais aimé savoir ce qui allait se passer ensuite, même si je le devine… William Furlong n’est pas Zorro, ni Superman… Tout se paie dans la vie et parfois à un prix trop cher car dans sa ville, personne ne lui dira qu’il a eu raison, personne ne le félicitera, non, que du contraire, tout le monde le conspuera.

Puis, le jour om le scandale éclatera dans les années 90, tout le monde se placera de son côté, disant qu’il a raison, qu’il était un précurseur, un homme qui avait des couilles et la populace se ruera pour la curée sur ces religieuses dont elle a crain toute sa vie les représailles. Quand l’ennemi chute, on a du courage, avant, jamais.

Je ne jugerai pas la population car je ne sais pas si moi j’aurais eu le courage de m’opposer à ces bonnes femmes mariées à Dieu (ou Jésus) qui avaient bien trop de pouvoir dans leurs mains… et qui maintenant est passé à d’autres, puisque de toute façon ♫ Non, non, rien n’a changé… ♪

Une belle lecture, un récit tout en émotion, tout en questionnement, tout en douceur, un beau conte de Noël, sauf que derrière, il y a de la souffrance humaine dont les blessures ne guériront jamais.

Hélas, un récit trop court… J’aurais aimé plus de pages et ne pas quitter les personnages si abruptement sans recevoir de leurs nouvelles.

Une belle lecture faite grâce à la chronique de mon cousin, Cannibales Lecteurs.

 

La loi des hommes : Wendall Utroi [LC avec Bianca]

Titre : La loi des hommes

Auteur : Wendall Utroi
Édition : Slatkine et Cie (01/10/2020)

Résumé :
Jacques est homme à tout faire pour la mairie de Houtkerque, dans le Nord.

Un jour, alors qu’il est chargé d’entretenir le cimetière du village, il découvre des mémoires, rédigées en anglais.

Aidé par sa fille, il se met en tête de les traduire, et comprend que leur auteur est un inspecteur des moeurs de Scotland Yard ayant vécu en pleine époque victorienne.

L’aller-retour entêtant, entre hier et aujourd’hui, entre cette loi des hommes et les violences faites aux femmes.

Critique :
Il était une fois un cantonnier qui ne cassait pas des cailloux, mais devait de temps en temps déplacer des cercueils dans le cimetière afin de faire de la place aux nouveaux arrivants…

Dans une tombe, il trouve une caisse métallique avec les mémoires d’un policier anglais qui était de l’époque victorienne, peu de temps après les crimes de l’Éventreur.

Non, on ne nous parlera pas de Jack, ou si peu… Rassurez-vous, il ne s’est pas engouffré dans ce sujet mais en a mis en scène un autre, tout aussi horrible : l’exploitation des femmes (et des filles) par l’homme (et par la femme aussi).

À cheval entre notre époque (le récit que Jacques, le cantonnier qui découvre le récit) et la victorienne (le récit fait par J.Wallace Hardwell, le policier), impossible de s’ennuyer une seule seconde.

Au travers de récits fait par trois personnes différentes, J.Wallace Hardwell, policier intègre, va découvrir que derrière le décor de son Angleterre puritaine se cache des antres de débauche, de vices, et que si la misère pousse certains à utiliser les autres d’une manière abjecte, la richesse et l’envie de possession sexuelle poussent d’autres à des atrocités sans nom.

Les personnages sont bien campés, ils sont travaillés et sous leurs dehors d’êtres abjects et sans coeur, il se pourrait bien qu’il y ait une étincelle de douceur, que tous ne soient pas des pervertis prêts à tout pour survivre.

L’auteur dévoilera le vrai visage de ses personnages au fur et à mesure du récit et j’ai apprécié d’être surprise par ces révélations qui ressemblent à une poupée gigogne, chacune en cachant une autre et au fil de l’histoire, les poupées vont devenir plus détaillées.

La ville de Londres n’est pas oubliée dans l’histoire et l’auteur nous immerge dans cette capitale au deux visages, tel Janus : la bourgeoisie qui semble avoir le cul serré mais qui ne l’est pas du tout (du moins, une partie) et les miséreux qui ne sont pas à une saloperie près pour avoir à manger, un toit, un peu de chaleur.

La loi de l’offre et de la demande… Tout simplement. Mais si elle était amusante dans « Obélix et Cie », dans ce contexte, elle est tout simplement abjecte, donne des sueurs froides et envie de vomir car la demande est de jeunes filles vierges, de très jeunes filles.

Autant où je pourrais comprendre (mais pas pardonner) qu’une miséreuse s’abaisse à des bassesses avec ses contemporaines afin de survivre (pour cela, l’être humain est capable des pires horreurs), autant je ferais descendre le couperet sur les cous de ces bourgeois, de ces hommes riches qui veulent posséder une jeune gamine vierge et la dompter… Car eux, c’est juste pour avoir de l’amusement, un grain de folie dans leurs vies monotones et éviter de succomber à l’ennui. Moi, je vais vomir.

Ce roman policier, c’est aussi un roman noir car le contexte social est important et bien détaillé. On se croirait dans un Dickens ou dans l’enquête de Jack London : « Le peuple de l’abîme » tant tout est réaliste et coloré.

Rien de reluisant dans cette époque victorienne ! De plus, certains sont prêts à tout pour que les scandales ne soient pas dévoilés car personne ne doit savoir ce qu’il se passe en coulisse, dans l’envers du décor, celui qu’on veut cacher à tout prix afin de montrer une belle vitrine de Londres et de l’empire Anglais.

Que l’on ne s’y trompe pas, si l’époque victorienne n’était pas folichonne pour les droits des femmes et des enfants, la nôtre n’est pas terrible non plus, il y a eu des avancées, certes, mais l’auteur nous prouve, grâce à son récit contemporain, que nous avons reculé (en France) et été plus en arrière que cette époque qui plaçait le consentement à 13 ans…

Comme toujours, l’Homme (au masculin) prend des lois mais jamais dans le sens des femmes qui sont toujours les grandes oubliées partout, alors qu’elles ont fait les révolutions, les guerres, fait tourner les pays quand les hommes étaient partis…

Ce roman (proposé en LC par ma copinaute Bianca que je remercie au passage) je l’ai littéralement dévoré d’une traite. Lu en une seule journée !

Si le récit contemporain est moins intéressant que le victorien et qu’en sautant d’époque, l’auteur nous coupe dans notre élan brutalement, la partie contemporaine était néanmoins utile afin de faire un parallèle entre nos deux époques et nous prouver que tout n’est pas plus rose dans notre nouveau siècle.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°170].

La Frontière – Art Keller 03 : Don Winslow

Titre : La Frontière – Art Keller 03

Auteur : Don Winslow
Éditions : HarperCollins Noir (16/10/2019) / HarperCollins Poche (07/10/2020)
Édition Originale : The Border (2019)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
Pendant quarante ans, Art Keller a été en première ligne de la guerre la plus longue que les USA aient jamais menée: la guerre contre la drogue.

Son obsession à vaincre les plus puissant des caids, le parrain du cartel de Sinaloa, Adan Barrera lui a laissé des marques, lui a couté des êtres chers et même une partie de son âme.

Maintenant, Keller occupe une position prestigieuse au sein de la DEA il se rencontre que le monstre qu’il a détruit en a engendré beaucoup d’autres qui sèment la mort, le chaos et la désolation au Mexique et ailleurs.

Le testament de Bara, c’est l’afflux d’héroïne en Amérique. En se jetant dans la bataille Art Keller découvre qu’il est entouré d’ennemis, des tueurs qui veulent le liquider, des politiciens qui veulent le détruire, et même une administration montante en cheville avec les trafiquants qu’il combat.

Critique :
L’année 2021 ne pouvait pas bien commencer si je ne finissais pas la trilogie de Art Keller !

En janvier 2020, Cartel me mettait sur les genoux tant il était puissant et dévastateur.

La Frontière le fut tout autant et ça me donne envie d’aller lire un livre tout doux pour les petits…

20 ans ! 20 ans qu’il aura fallu à l’auteur pour mettre le dernier point à sa trilogie consacrée à la poudre blanche… Après cela, vous serez incollable sur les gangs, les cartels, le Sinaloa, les drogues, la misère humaine, les meurtres, les massacres.

Le point fort de ce dernier tome c’est qu’il n’est jamais chiant à lire, malgré ses 1.000 pages en version poche (848 en GF) et que l’auteur fait en sorte de vous mettre dans la peau d’un tas de personnages aux antipodes l’une de l’autre.

Mon C.V pourra s’enrichir car une fois de plus, durant ma lecture, j’ai été : agent de la D.E.A, agent de police infiltré, trafiquant de drogue, droguée, membre d’un gang, de plusieurs cartels, porte-flingue, assassin, en prison et migrant clandestin en provenance du Guatemala, chevauchant La Besta (train de la mort), après avoir fouillé une décharge.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que tout est d’un réalisme saisissant, comme si l’auteur avait été, tour à tour, ces différents personnages. Avec autant de pages, Winslow a le temps de les façonner, de leur donner une histoire, de leur donner de l’épaisseur et j’ai été franchement triste de quitter certains.

Winslow ne pratique pas le manichéisme avec ses personnages car ceux-ci ont tous des nuances de gris, certains salopards ayant même un cœur ou des règles morales.

Art Keller, le héros, a commis des atrocités aussi, la fin justifiant ses moyens et feu Adan Barrera, el padrino, interdisait la prostitution de mineures sur son territoire, mais n’hésitait pas à flinguer des gens sans aucune once de pitié. Tout le monde a la morale à géométrie variable, qu’on soit de papier ou de chair. Moi-même j’ai eu de l’empathie pour le trafiquant Darius Darnell lorsque je l’ai vu avec sa grand-mère ou son fils…

La construction du roman est aboutie car l’auteur nous fait passer d’un univers à l’autre d’une manière habile et introduit dans son roman une part d’actualité, comme la mort tragique des 49 étudiants qui avaient détourné un bus et celle d’une accession à la Maison-Blanche par un certain Dennison qui adore gazouiller et attraper les femmes par la chatte.

Chez Winslow, rien n’est laissé au hasard… Lorsque subitement vous vous retrouvez à Bahia sur une plage paradisiaque, ce n’est pas pour faire un interlude agréable, mais pour introduire une nouvelle donnée à son drame Shakespearien (sauce mexicaine et américaine) et il en est de même lorsque nous plongeons dans une décharge avec Nico Ramírez, un jeune gamin de 11 ans.

Tout se tient, tel un mur magistralement construit et c’est glaçant à mourir !

On devrait ajouter en bandeau-titre ce que Dante avait lu sur le fronton de la porte menant aux Enfers « Lasciate ogni speranza, voi ch’intrate » (Abandonnez toute espérance, vous qui entrez ici).

Dans ces pages, c’est noir, sombre, c’est la misère humaine, l’exploitation de l’Homme par l’Homme, le chantage, les menaces, les massacres, l’illogisme de la justice qui met en cabane des petits trafiquants, des consommateurs mais laisse courir librement les blanchisseurs de fric, les banquiers, les hommes hauts placés.

Le seul moment de détente est celui avec le concours de celui qui pisse le plus loin que les gamins migrants, arrivés aux States seuls, organisent dans leur centre de détention… Si jamais, messieurs, apparemment, faut mettre la bite à 45°…

Winslow nous a livré une trilogie éclairante sur le trafic de drogue où les méchants ne sont pas QUE les vilains Mexicains qu’un type aux cheveux orangés a traité de voleurs, assassins et violeurs car dans l’équation, faut aussi ajouter les américains qui se droguent, les puissants qui laissent faire car ça rapporte, la guerre de la drogue, les gouvernements qui ferment les yeux sur ce qui les arrangent et sur les investisseurs qui aiment l’argent, qu’il soit sale ou propre. Et j’en oublie.

Une trilogie sombre, glaçante, sans concession, sans manichéisme, d’un réalisme à couper le souffle. Une trilogie qui va trôner dans les hautes étagères de ma biblio, avec les autres grands romans coups de poing dans la gueule.

Maintenant, j’ai envie d’aller lire un livre avec les Bisounours qui iraient prendre le goûter chez Oui-Oui et où l’horreur absolue serait Petit-Loup se cassant une dent en dégustant une couque de Dinant…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°168].

Ces montagnes à jamais : Joe Wilkins

Titre : Ces montagnes à jamais

Auteur : Joe Wilkins
Édition : Gallmeister Americana (05/03/2020)
Édition Originale : Fall back down when I die (2019)
Traduction : Laura Derajinski

Résumé :
Depuis la disparition de son père en plein cœur des Bull Mountains, il y a plusieurs années, et le décès récent de sa mère, Wendell Newman vivote de son salaire d’employé de ranch sur les terres qui appartenaient autrefois à sa famille.

Comme un rayon de soleil débarque alors dans sa vie aride le petit Rowdy Burns, fils d’une cousine incarcérée, dont on lui confie la garde.

Un lien puissant et libérateur se noue entre Wendell et ce garçon de sept ans mutique et traumatisé.

Mais tandis que s’organise la première chasse légale au loup dans le Montana depuis plus de trente ans, les milices séparatistes qui vénèrent le père de Wendell se tournent vers le jeune homme.

Bien décidé à ne pas prendre parti, Wendell devra tout faire pour protéger Rowdy et conjurer la violence qui avait consumé la vie de son père.

Critique :
Montana… Les Bull Mountains… Je connais ! D’accord, je n’y ai mis les pieds qu’en littérature, mais je sais d’avance que lorsqu’un roman se déroule là, ce ne sera pas Bisounours Party !

L’Amérique, j’aime la lire dans ce qu’elle a de plus sombre, donc, un rural noir, ça me convient très bien.

Une petite ville, des gens qui vivotent, ont plusieurs boulots, les enfants sont déscolarisés, les gens hyper armés, anti-écologiste, anti-gouvernement, anti-loups, anti-tout ce qui ne leur convient pas.

Les éleveurs ont perdu leurs terres, ont dû les revendre pour payer leurs impôts et ces derniers accusent tout le monde, pensant qu’on leur doit quelque chose. Le rêve de certains ? Établir un territoire rien qu’à eux dans l’État, le pays et le déclarer libre d’y faire ce qu’ils veulent.

Parmi tous les bas de plafond, il y a Wendell, 24 ans, qui trime aussi pour s’en sortir, qui a perdu les terres de ses ancêtres, qui a perdu son père, parti dans la montagne après avoir tué un homme, qui vit dans un mobil home et là-dessus, arrive chez lui le petit Rowdy Burns, 7 ans, le fils d’une cousine condamnée à la prison. Le gamin ne pète pas un mot, traumatisé. Pas évident pour Wendell.

Ce rural noir démarre doucement, ne vous attendez pas à un rythme trépident, l’auteur prenant le temps de nous présenter les différents protagonistes dans ce roman qu’il a voulu choral.

Les paysages du Montana, les montagnes, les animaux, font eux aussi partie du livre et lui donne une autre couleur : celle du nature writing car ici, la Nature est aussi importante que les Hommes, elle les a façonné et eux, en retour, ont essayé de dompter la Nature en décimant le gibier, les prédateurs, les poissons, en posant des pièges et maintenant, en voulant éradiquer les loups que l’on avait réintroduit.

Il y a de la poésie dans ce roman, des moments remplis d’émotions aussi, entre Wendell et Rowdy, qui bien que ne parlant pas, arrive à trouver sa place auprès de Wendell qui, sous ses dehors de paumé, arrive tant bien que mal à s’occuper du gosse. Il y a de la tendresse entre eux deux.

Le problème vient des hommes surarmés, qui se promènent avec leurs carabines bien visibles, qui débarquent chez vous en troupeau portant des fusils, juste pour vous demander de les rejoindre dans leur chasse à tout. Moi, ça me fous les chocottes toutes ces armes car il ne ressort jamais rien de bon d’une population armée comme pour la guerre. La moindre mouche qui pète et tout part en règlements de compte à Ok Corral.

Un rural noir qui prend son temps, qu’il faut lire avec la tête bien à ce qu’on fait car il faut aussi s’immerger dedans, ce qui m’a pris un certain temps, au début.

Un rural noir qui explore l’Amérique profonde, celle des gens peu intellectualisés, peu scolarisés, aux idées très basses de plafond et qui tirent plus vite que leurs ombres. Des gens qui chassent toute l’année, qui ne respectent pas la Nature, qui ne veulent pas qu’on s’immisce dans leur vie, qui pensent que tout leur est dû et que tout se règle avec des armes.

Et au milieu, il y a Wendell et Rowdy… Wendell qui veut offrir à ce gosse ce qu’il n’a pas eu : un père présent et non pas celui en cavale après un meurtre.

Bull Moutain, ton univers impitoyable…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°160].

 

L’Anomalie : Hervé Le Tellier

Titre : L’Anomalie

Auteur : Hervé Le Tellier
Édition : Gallimard Blanche (30/08/2020)

Résumé :
«Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension.»

En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris-New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte.

Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai.

Roman virtuose où la logique rencontre le magique, L’anomalie explore cette part de nous-mêmes qui nous échappe.

Critique :
Voilà un roman audacieux et qui change de l’ordinaire !

Une sorte de melting-pot entre un roman noir, de la SF, de l’anticipation et roman normal, pourvu de multiples personnages, puisqu’ils seront 11 à nous faire vivre cette expérience de folie de l’intérieur.

C’est déjà en sois une anomalie qu’un roman de la catégorie Blanche commence comme un roman Noir des années hard-boiled avec un assassin insaisissable, avant de basculer dans la littérature dite conventionnelle, puis de flirter ouvertement avec la SF/Anticipation, le tout en changeant sa manière d’écrire selon les personnages, qui, je vous le rappelle, sont nombreux et pourraient faire se crasher le roman.

Pari osé, pari risqué mais pari relevé (Mongénéral, vous m’excuserez pour l’emprunt).

Oui, les différents personnages sont tous et toutes étoffés, sans que l’auteur ait dû écrire des chapitres entiers pour nous les présenter. Chacun à sa manière est différent des autres et tous sont bien typés, pas moyen de confondre l’un avec l’autre.

Comment accepter inacceptable ? Comment réagirions-nous si pareille anomalie nous arrivait ? Comment notre famille, nos amis, nos conjoints(tes) réagiraient devant ce qui ressemble à… À de l’impossible !

Mais l’impossible a eu lieu et maintenant, il faut aller jusqu’au bout de cette anomalie qui risque de déstabiliser bien des familles, touchées ou non en son sein, car elle soulève bien des questions, autant scientifiques que religieuses, financières, juridiques et… éthiques.

Et tac, l’auteur s’en donne à coeur-joie, passant en revue tous les problèmes soulevés, avec humour, même, lorsque les différents représentants des cultes entreront dans la danse, voyez comme ils pensent et riez… Jaune !

Un roman décoiffant, époustouflant, qui change de la popote habituelle, car là, c’est le genre de menu qu’on ne nous sert pas régulièrement en littérature. Il est copieux sans être indigeste, varié, goûteux et à le mérite de faire décoller les lecteurs dans des cieux peu explorés.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°147].