L’ordre des choses : Frank Wheeler Jr.

Titre : L’ordre des choses

Auteur : Frank Wheeler Jr.
Édition : Série Noire Gallimard (14/11/2016)

Résumé :
Earl Haack Junior a été élevé pour devenir un Machiavel armé d’un flingue et portant une étoile… Son père, shérif dans une petite ville du Nebraska située sur l’autoroute de la drogue arrivant du Mexique – la fameuse Interstate 80 -, lui a très tôt enseigné sa façon particulièrement radicale et expéditive de maintenir l’ordre des choses.

Lorsqu’après un passage par les Stups de Denver (où il perd définitivement ses illusions) il revient prendre la succession de son père, il sait déjà qu’on ne vainc pas le chaos. Tout au plus, on peut tenter de faire jeu égal – un jeu sans règles ni limites.

Puisque la drogue et son commerce sont une donnée indépassable (surtout dans une société capitaliste marquée par la loi de l’offre et de la demande), la priorité principale de Haack sera donc de mettre sur pied un réseau de distribution composé de personnes qui lui sont redevables…

Son père avait raison : l’ordre passe avant tout, et il exige son tribut de sang.

Critique :
♫ Black is black ♪ comme le chantait si bien Los Bravos… et ces paroles sont parfaites pour illustrer l’atmosphère de ce roman noir qui ne se décline pas en 50 nuances de « grey » (gris) mais en 50 nuances de black (noir).

Ces 50 nuances de black allant du noir serré au noir sombre, en passant par le noir profond comme le trou d’une tombe creusée en pleine nuit dans un coin perdu du Nebraska, afin d’y enterrer une personne qui dérange l’ordre.

Conseil d’ami, ce roman noir n’est pas fait pour les personnes sensibles ou possédant un sens de la justice aigu, car ici, les gens nuisibles qui menacent l’ordre sont appelés des animaux et doivent être ou enfermé en cage ou muselé… Pour toujours ! Si vous voyez ce que je veux dire…

— On est au milieu du trou du cul de la cambrousse, frangin. Qu’est-ce qu’on fout ici ?

Certes, bien qu’étant pour une justice équitable, je ferme volontiers les yeux (dans un roman) quand on élimine les trafiquants de drogues et toute la racaille qui tourne autour comme des mouches autour d’une merde bien fraiche…

MAIS… (ben oui, il y a tout de même un « mais) le problème est que le shérif Earl Haack Jr qui élimine cette racaille de trafiquants et tout ce petit monde, est une raclure lui aussi. D’accord, il les élimine pour faire régner l’ordre dans sa ville, comme son père shérif avant lui, mais c’est aussi surtout pour mettre la main sur une partie de leur trafic.

— Devenir un caïd dans ce business, c’est comme se dessiner une cible dans le dos.

Sa philosophie est que puisqu’on ne peut lutter contre les narcos-trafiquants, autant aller dans le même sens qu’eux et se remplir les poches par la même occasion, tout en maintenant l’ordre dans la ville. D’une pierre deux coups.

Si on est intelligent et observateur, en bossant à la Brigade des stupéfiants, au niveau fédéral ou local, on apprend une chose très vite… Rien ne pourra jamais arrêter le trafic. Ceux qui acceptent cette évidence font un choix. Ils peuvent se résigner à pointer et à compter les heures avant la retraite, ou bien ils peuvent en profiter.

L’écriture est âpre, sans concession, les personnages sont plus dans les nuances de gris sombre ou de noir que d’une autre couleur, ne cherchez pas de rédemption, il n’y en aura pas, ou très peu. Même pas un personnage à sauver du lot !

Ce que les gens ne disent pas, en général, c’est qu’il est très difficile de commettre un homicide, quelles que soient les circonstances. Même en cas de légitime défense, il y a une résistance naturelle à l’acte de tuer.

Et pourquoi on a besoin de fusils de chasse ? Il n’en avait pas la moindre idée. La balistique. Il est impossible de faire des études balistiques avec des cartouches de fusil de chasse. Ça ne laisse quasiment aucun indice.

Autant j’avais ressenti de l’empathie pour le shérif Corey dans « Pottsville, 1280 habitants » de Jim Thompson, autant je n’ai ressenti aucun atomes crochus avec le shérif Earl Haack Jr, ni avec sa femme, ni avec sa troupe d’éliminateurs de premier ordre.

L’ordre dans la ville et non le chaos… Le shérif Earl applique l’adage de son père, et on peut dire qu’il l’applique avec zèle, créant pour finir du chaos en voulant mettre le l’ordre.

Un roman noir âpre, des personnages qu’on n’aimerait pas croiser ou boire un verre avec eux, une écriture au cordeau, une analyse d’une société qui tranche dans le lard, des morts à la pelle, des balles qui sifflent, tout le monde qui surveille tout le monde, une guerre larvée pour prendre le pouvoir et le contrôle du marché, bref, une OPA qui n’est pas publique et qui aura tout du RIP inscrit sur votre tombe anonyme.

Un roman noir sombre, qui possède un rythme propre à lui, assez agité sur le final, et très giclant de sang avant, un roman noir rural, sauvage, des personnages énigmatiques, dangereux comme des crotales enragés.

Un roman noir intense et violent.

— Tu sais ce qui se passera quand il tombera, n’est-ce pas ?
— La nature a horreur du vide.
— Hein ?
— Un truc que j’ai appris à l’université. Je veux dire, une fois que le chef n’est plus là, les autres vont se battre pour prendre sa place. Une putain de foutue guerre entre les parties concernées.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018),  Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

 

Ciel rouge : Luke Short

Titre : Ciel rouge

Auteur : Luke Short
Édition : Actes Sud – Collection L’Ouest, le vrai (2016)
Édition originale : Blood On The Moon (1943)

Résumé :
La cupidité oppose deux hommes, et la fille de l’un d’eux aime celui qui s’apprête à escroquer son père.

Sur fond d’élevage de bétail et de répression d’Indiens croupissant dans des réserves dépourvues de bonnes terres, Luke Short compose un western efficace et exemplaire qui a été adapté par Robert Wise sous le même titre.

Robert Mitchum et Barbara Bel Geddes tiennent les rôles principaux dans ce film, considéré comme l’un des meilleurs westerns noirs.

Critique :
Prenez un shaker et mettez-y une bonne dose de western avec un zeste de policier et deux doigts de roman noir et secouez bien.

Servez-le sans glace, sec, et dégustez sans modération.

Voilà comment je pourrais résumer ce western policier noir ou ce policier western noir.

D’ailleurs, en lisant ce western, vous aurez un bon plan pour gagner du fric facilement avec une magouille bien ficelée.

Certes, il vous faudra un troupeau de vaches, une réserve indienne, un représentant local du Bureau des affaires indiennes véreux, un exploiteur, un gros éleveur de vaches, des cow-boys et des colons qui ne veulent pas de vaches pâturant sur les terres qu’ils ont squatté à l’éleveur puisque celui-ci n’a pas mis de barbelés sur la prairie.

Un vieux thème récurent dans le western car reflet de l’Histoire des États-Unis que ces guerres entre ranchers et squatters, entre les éleveurs et les colons et entre ceux qui veulent introduire des moutons et ceux qui ne voyait que par les vaches.

Si vous êtes sensible à la poésie d’une description de paysage ou de climat bienveillant, il va falloir vous munir d’une épaisse peau de mouton, d’un long manteau étanche car l’auteur va vous balancer dans ses pages un climat aride par le froid, la pluie, la neige, le tout au service d’une atmosphère des plus oppressante, d’une nature hostile et d’un sol guère accuillant.

Ce fut dans un triste endroit, un pitoyable endroit, parmi les trembles épars et détrempés, que Jim Garry établit son campement à la tombée de la nuit. Mais il n’avait pas d’autre choix, ses deux chevaux et lui étaient trop épuisés pour descendre jusqu’à la forêt. […] Il retira ses bottes, les enfila la semelle vers le haut sur des piquets plantés près du feu, puis réchauffa ses pieds à demi gelés. […] Les branches des trembles s’entrechoquaient dans le vent. Des filets de pluie froide ruisselaient dans son dos sous sa peau de mouton mais il restait assis, hébété de fatigue.

Dès le départ, vous êtes dans le bain et déjà votre campement est piétiné par un troupeau de bovins en fuite. Puis on sera menacé d’une arme, questionné subtilement et enfin on pourra reprendre sa route vers son destin.

Ne cherchez pas le personnage central, le héros, celui que l’on voit surgir dès le départ car ici, c’est assez obscur, on ne sait même pas si Jim Garry, le cavalier solitaire, est dans le camp des gentils ou des méchants car dans ce roman, point de dichotomie, tout le monde ayant un bon côté et un sombre, même si certains possèdent en eux plus de sombritude que les autres.

Comme dans tous les bons romans westerns qui volent plus haut que ceux de la sous-gare de Trifouillis-Les-Oies, en plus d’un scénario béton, les personnages sont travaillés avec peu de mots, ni tout blanc, ni tout à fait noir et la rédemption se taille une belle part dans les pages de ce western noir.

Si les femmes sont assez fortes et n’ont pas froid aux yeux, les hommes auront tous l’occasion de se racheter, libre à eux de changer de cap et de faire en sorte de se faire pardonner leur péchés (pour certains), ou leurs erreurs pour d’autres.

Rien n’est figé et c’est ce qui ajoute une touche de réalisme à ce western noir et serré comme un café et aussi sec qu’un whisky sans glace.

Un western qui nous parle de la possession du sol, de la propriété des terres dans ce pays où certains voulaient le libre accès au territoire dans son ensemble et sans la moindre restriction, de l’importance de l’eau, de l’obligation de protéger son bien contre les intempéries, les exactions des hors-la-loi.

Un western que la Série Noire n’aurait pas renié car il était sombre comme elle aimait, un western qui vole plus haut que ceux écrits pour un public de masse, un western sur fond de magouille, de mépris pour les indiens parqués dans des réserves, de rédemption, de traitrise et d’amour, sans que cela vire à l’eau de rose.

Un vrai café noir additionné d’un bon whisky. Des comme lui, j’en redemande jusqu’à l’ivresse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) , Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Un moindre mal : Joe Flanagan

 

Titre : Un moindre mal

Auteur : Joe Flanagan
Édition : Gallmeister (06/04/2017)

Résumé :
Cape Cod, 1957. Dans cette petite communauté tranquille, une série de meurtres d’enfants paralyse la population. Une famille disparaît dans d’étranges circonstances, un homme se fait violemment tabasser et refuse de dénoncer ses agresseurs.

Le lieutenant Warren, de la police locale, découvre la difficulté de mener à bien son enquête dans un service corrompu.

Sa position devient intenable quand arrive dans la région Stasiak, officier légendaire de la Police d’État aux pratiques douteuses.

Destitué de ses dossiers, Warren comprend vite que résoudre ces affaires n’est pas ce que recherche ce flic brutal et manipulateur.

Pourtant il ne peut rester en retrait de ce chaos, au risque d’y perdre sa place, sa réputation et peut-être beaucoup plus.

Critique :
Damnés bandeaux titres que j’adore détester, qui ont souvent tendance à trop encenser un roman, ou à la comparer à d’autres, comme ici au L.A Confidential de Ellroy.

Il peut être dangereux de comparer un roman ou un auteur à un autre, déjà célèbre et qui a marqué les esprits…

Ça induit le lecteur en erreur qui pense retrouver l’atmosphère de l’autre roman avec lequel on le compare et bien souvent, ça se termine pas un « Bardaf, c’est l’embardée » comme le disait si bien notre regretté Manu Thoreau.

Pas besoin que vous soyez les enfants naturels de Sherlock Holmes pour en déduire que je suis passé un chouïa à côté de ce roman noir dont on vante les mérites un peu partout.

J’avais tellement envie de le lire… Sans doute avais-je aussi un peu la tête ailleurs car j’ai souvent pataugé avec les nombreux personnages, les mélangeant allègrement, ne sachant plus qui était qui dans cette multitude de personnages secondaires.

Non pas qu’ils n’étaient pas bien distincts, que du contraire, même, ils étaient travaillés, réalistes, différents, énigmatiques, mystérieux, mais l’auteur les appelant une fois par leur nom de famille et l’autre fois par leurs prénoms, j’ai fait une soupe avec eux, ce qui ne m’a pas aidé à me concentrer sur le livre.

Dommage que ma tête ait été ailleurs et que le brouhaha dans les transports en commun m’ait empêché de bien m’immerger dès le départ dans ce roman noir car son atmosphère est oppressante et magnifiquement bien décrite.

Entre quelques flics intègres, les ripoux de chez ripoux, les homophobes qui comparent tous les homos à des pédophile, qui cherchent des poux dans la tête du seul couple gay de Cap Cod et les magouilles sadiques d’un policier d’état, on baigne dès le départ dans une ambiance glauque qui fleure bon les années 50 et les petites villes.

De plus, la plume est envolée, lyrique, belle, et nous décrit les choses au point que le film se joue devant nos yeux.

Quant à l’intrigue, elle est complexe, possède des fausses pistes, des ramifications inattendues et son final m’a fait monter ma tension (au moins j’ai ressenti quelque chose).

Comment ai-je réussi à passer à côté et ne pas m’immerger à fond dedans dès le départ ? Il devait y avoir un truc qui coinçait dans ma caboche… Et le panel des personnages secondaires y était pour beaucoup puisque ma concentration n’était pas optimum.

Il avait tout d’un grand roman, j’en attendais beaucoup aussi et au final, je n’ai pas ressenti beaucoup d’émotions durant ma lecture, hormis pour Little Mike et son père. Et encore, pas autant que j’aurais voulu.

Dommage pour moi car ce n’est pas dans les habitudes d’un Gallmeister de me décevoir.

Mais qui sait, peut-être que vous, il vous enchantera si vous pénétrez correctement dans les ambiances sombres la petite ville de Cap Cod et de sa galerie de personnages.

Ce n’est pas parce que moi j’avais des tas de choses dans ma tête que vous ferez la même erreur que moi.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Elijah : Noël Boudou [WRC – Chronique d’une autopsie littéraire annoncée]

Par THE WOMEN’S READING CLUB (WRC)

Conception et idée originale : Stelphique, Mon féérique blog littéraire !!!

Direction logistique : Belette, The Cannibal Lecteur 

Direction artistique : Nathalie, Sous les pavés la page

Chronique autopsie annoncée

Je soussigné, docteur Jack The Reader, Chef du Service de Médecine Légale; certifie avoir procédé à ce jour, en vertu de la réquisition du Cannibal Lecteur, à l’examen médico-légal du roman « Elijah » de Noël Boudou

Dossier n°05

Madame Ia Belette Cannibal Lecteur, Suite à votre réquisitoire du 22 janvier 2017, en cause j’ai l’honneur de vous faire savoir que j’accepte la mission que vous m’avez confiée.

Je jure de remplir ma mission en honneur et conscience avec exactitude et probité.

Nous avons accompli notre mission et consignons dans le présent rapport, les résultats de nos examens, observations et investigations.

Nous reprenons les éléments importants relevés au cours des examens externe et interne du roman.

Nous les commentons et tentons d’en tirer des hypothèses et/ou conclusions logiques.

Silence on autopsie un livre

Description du sujet autopsié :  Un Flamant Noir, pas rose et des traces de griffes sur du bois…

Date du crime d’édition : 27/02/2017 – corps récent !! Encore frais…

Arme du crime : Une plume qui se plante dans ton cœur.

Traumatismes :  Nombreux ! Dont un cœur et une âme en miette.

Suspects : Noël Boudou et quelques uns de ses personnages qui m’ont pris aux tripes.

Arme du crime probable : Tout est bon pour te faire souffrir

Modus operandi du crime : 222 pages (221b ?) de récit à l’état brut dont un gros pourcentage de pages violentes, comme si tout le gratin des salauds s’étaient donnés rendez-vous dans le roman de Noël.

Belette légiste

Verdict du médecin légiste Jack ?
Putain Noël, pour un premier crime, tu fais fort ! Tu me permets de t’appeler par ton prénom puisque nous nous sommes déjà croisé dans les couloirs du Fesse Bouc. Et puis, je viens tout de même d’autopsier ton roman…

Autopsie réalisée d’une traite, sans déposer le bistouri. Addictif.

Le sujet autopsié est dur, violent, parfois même un peu trop violent, un peu trop trash, mais on sent qu’on a écrit ce bouquin avec des tripes et puis, quelles émotions dans ces pages !

Oui, la violence extrême côtoie sans vergogne la douceur la plus tendre et durant certains moments, qu’ils soient doux ou durs, on a envie de crier à son apprenti d’apporter cette foutue boite de kleenex parce qu’on a une grosse crasse dans l’œil.

Les personnages qui gravitent dans ces pages sont torturés, abîmés, lacérés et on se demande s’il y en a un qui a eu une enfance « normale », avec des parents autre que des brutes épaisses ou s’il y a autre chose que des salauds finis dans ces pages !

Heureusement qu’il y a Elijah, petit bonhomme handicapé et son frère dont nous ne saurons pas le prénom au départ.

Elijah, on l’aime de suite, on a envie d’être tendre avec lui, de le prendre sous notre aile. Et quand il s’adresse à nous dans son journal intime qui se déroule dans sa tête, on lève la tête du récit tant les émotions nous coincent la gorge.

Son frère, lui, c’est violence envers les monstres et tendresse envers son frère, sentiments opposés, qui, tel un maelström fougueux, se bousculent dans sa tête. Et pourtant, on l’aime aussi. Même s’il exagère grave avec les gens qui manquent de respect envers son petit frère handicapé.

Un roman percutant, violent, écrit au scalpel, avec des moments durs qui, selon moi, auraient pu ne pas être insérés dans le roman, mais qui, présentés ainsi, nous donnent une vision peu reluisante d’une certaine société, celle des nantis et des bobonnes qui veulent se faire défoncer la rondelle et pire, si affinités… Mais bon, tout le monde n’aime pas de sexe brutal, si ??

Mon seul bémol sera pour la violence extrême durant certaines scènes car comme on dit en Belgique « Trop is te veel » (« Trop c’est trop »), mais je pardonnerai ces erreurs ainsi que quelques clichés car Noël, de par son final, m’a mis le cœur en vrac, m’a serré la gorge et humidifiés les yeux.

Un autopsie de roman qui m’a laissé l’âme en morceaux et bon courage au légiste qui voudra reconstruire ce puzzle !

Verdict du détective Cannibal ?
Un premier roman percutant, des émotions à l’état brut, un roman écrit d’une plume qui manie aussi bien le sombre que le lumineux et qui les fait se côtoyer pour le meilleur et pour le pire, mais dieu que c’est bon !

Par contre, si un jour j’ai le bonheur de me faire dédicacer ce roman, j’assommerai ensuite Noël avec son roman pour avoir osé me faire chialer mon petit cœur d’artichaut !

Je  jure avoir rempli ma mission en honneur et conscience, avec exactitude et probité.

Jack The Reader, médecin légiste pour cette autopsie littéraire et Belette Cannibal Lecteur, consultant detective.

Sans titre 7

Jack the Reader 4

Veuillez trouver ci-joint le rapport de mes autres collègues :

Journaliste à la Gazette Elfique, Stelphique fera quelques zooms sur ces comportements déviants des humains et mettra en lumière, la petite flamme qui anime pourtant ce roman très sombre qu’est Elijah de Noel Boudou…

Il serait peut être temps aussi, de vous prévenir qu’une petite combinaison anti-coup, et un bouclier sont de rigueur pour découvrir ses pages….

Attention, 5,4,3,2,1…Impact !!!!

Elijah, ou « L’accident-miracle »…

Petit être chétif et victime avant même de naitre, déformé avant même d’avoir respiré, il n’a aucune arme face à la violence du monde qui s’ouvre à lui.

La noirceur il la devine, la pressent dans l’odeur de son frère qui fait tout pour lui rendre la vie moins dure…

Le « Frère d’Elijah » , en se battant avec une ferveur sans faille, en lui vouant une attention continue, nous démontre que le handicap est encore source d’exclusion, de bêtise éhontée, de violence gratuite, et de soins quotidiens.

Chaque minute de l’emploi du temps de ce frère dévoué, est consacrée au bien-être de ce gamin, pour qui aucune action n’est une évidence, qui a besoin de l’attention d’autrui pour la moindre chose. Une belle leçon de vie.

Ange presque sans parole, Elijah, nous livrera son petit journal intime intérieur, d’une fraicheur agréable…

La violence conjugale où un fléau qui fragmente encore les familles…

Des milliers de femmes meurent chaque jour sous les coups de son conjoint. C’est un fait. Ahurissant et implacable, mais une réalité insoutenable. Ici, Noel Boudou va explorer cette cellule, où l’homme devient monstre, la femme, victime, et les enfants, impuissants… Une famille fracassée…

Dans ces deux cents pages, on subit les coups, spectateur de cette horreur qui se cache derrière les portes, terrassé par le réseau néfaste de la haine. Rien n’est épargné, à nous autres lecteurs, on aura chaque sensation, chaque blessure physique ou mentale, racontée avec une brutalité sans artifice.

Le frère d’Elijah et Milo, nouveaux héros indestructibles, pour déconstruire cette toute puissance masculine, rallié à la cause féminine à leur petite échelle, duo de violence et frères de sang….

Ils foncent, poings serrés, dans ce gros tas d’immondices, et de vices de ses hommes qui ne craignent plus aucune perversion…

La violence répond à la violence, mais cette fois-ci, elle est du coté des femmes et des enfants, qui sont meurtris intérieurement…

Quand dans le Noir, nait la lumière…

La Terre est terre de contradiction, de Bien et de Mal, qui s’oppose parfois dans le même être… Dans le plus pur des sentiments humains, se trouve aussi une rage sans limites…

En créant cet être imparfait, pétri des pires contradictions, ange déchu aux mais sanglantes, Noel Boudou nous ramène une pointe de douceur dans cet univers de ténèbres et d’horreur qui font qu’on a quelques bouffées d’oxygène d’Amour Rédempteur…

Choquant, bouleversant, presque à vomir ses scènes atroces, mais il n’en reste pas moins qu’il y a une forme de lien très fort qui unit ses deux frères, qui nous renverse aussi le cœur…

Quand une elfe découvre les faits, et rien que l’effet de ces êtres humains en miettes, elle ne trouve plus les mots encore moins, les émotions pour décrire ses impressions.

Mais les fées pleurent, c’est certain, sur cet état de fait et les répercussions de la violence de ces hommes haineux…

Lien vers la chronique originale de Stelphique

Le brouhaha de la salle s’atténuait. Le rapport d’autopsie du médecin légiste et le témoignage de la presse avait enflammé la foule présente et le juge ne cessait de réclamer le silence afin de laisser la parole à l’avocate de la partie adverse.

Droite dans sa robe, cette dernière savait que ses paroles allaient faire vendre du papier et que le peuple, allié à la cause de l’accusé, la livrerait à la vindicte populaire bien après la fin de son réquisitoire.

Elle se sentait seule mais elle se savait intègre. Alors que, le charisme et la gentillesse de l’accusé emportait l’adhésion de chacun, elle ne pouvait oublier et abandonner ses idéaux qui dictaient son choix aujourd’hui.

Elle connaissait son texte sur le bout des doigts, ses arguments étaient prêts. Tout l’amour et la tendresse que l’accusé avait pu mettre dans son texte était certes louable et extrêmement prégnant mais rien n’avait pu masquer toutes ces incohérences et ces redondances dans le texte.

Rien n’avait pu lui faire oublier les lieux communs qui semblaient sourdre par toutes les pages.

Bien sûr, elle avait compris le dessein de l’accusé… Ce dernier ne souhaitait que mettre en exergue la force de l’amour et l’acceptation des différences et la femme en elle respectait cela.

Son personnage principal ne faisait que chercher la rédemption et assurément, une certaine lumière s’échappait des protagonistes de l’affaire.

Mais cette lumière n’avait pas adouci la noirceur et la violence extrême utilisée à outrance, ni ne l’avait empêchée de vouloir jeter ce roman au loin à plusieurs reprises.

Grand mal lui en aurait fait, car elle avait une mission à accomplir. Elle n’avait pas failli.

Malgré toutes les preuves de l’innocence accumulées depuis le début du procès, elle allait tenter de déclamer son texte avec toute la conviction dont elle était capable.

Elle allait dire haut et fort, mais avec indulgence car le casier de l’accusé était vierge, que ce roman n’avait pas su trouver le chemin de son cœur.

Elle paraphraserait sans doute un peu, ferait quelques jeux de manches et regarderait les jurés, mais l’accusé lui-même aussi, droit dans les yeux pour leur asséner son réquisitoire.

Puis elle reprendrait sa place, attendant un verdict dont elle connaissait déjà la teneur. Le doute persistait dans le cœur du jury et lorsqu’il ne reste que le doute… on acquitte.

L’heure était venue. Elle releva la tête, inspira profondément et prit la parole…

Lien vers la chronique originale de Nath Sous les pavés la page.

Ton avant-dernier nom de guerre : Raúl Argemi

Titre : Ton avant-dernier nom de guerre

Auteur : Raúl Argemi
Édition : Payot et Rivages (2013)

Résumé :
Victime d’un accident de la route, le journaliste Manuel Carraspique se retrouve hospitalisé au coeur de l’Argentine profonde.

Il partage sa chambre avec un Indien Mapuche, que les infirmières appellent Marquez mais qui ne s’appelle peut-être pas ainsi comme le soupçonnent les policiers qui viennent lui rendre visite.

Manuel a plus ou moins perdu la mémoire, mais pas ses réflexes de journaliste. Dans le silence de la chambre, il entreprend de faire parler le blessé.

Ce dernier raconte des choses terribles, des histoires à dormir debout dont il serait le héros. Délire ou vérité ? Manuel n’est pas au bout de ses surprises.

Roman à la construction brillante, dans lequel les récits se superposent jusqu’au vertige final, « Ton avant-dernier nom de guerre » a remporté de nombreuses récompenses, dont le prestigieux prix Dashiell Hammett et le prix Luis Berenguer.

Critique :
Lorsque vous êtes un journaliste accidenté, tombé dans un petit hôpital un peu paumé et que dans le lit à côté de vous, il y a un indien Mapuche suspecté d’avoir trucidé une partie de sa communauté, faudrait être absolument amnésique ou très con pour ne pas profiter de l’occasion et l’interviewer, même s’il est dans un semi-coma et grand brûlé.

Je pensais tomber sur un récit noir d’un indien Mapuche racontant ses déboires à un journaliste (l’auteur en est un, de journaliste), en apprendre un peu plus sur ce peuple, sur comment on les a traité, au travers de ce petit roman noir qui fut primé.

Ou encore, apprendre des faits sur le coup d’état militaire du général Videla (mars 1976), ce qui provoqua non seulement un massif exil d’Argentins et un massacre de plus de 30.000 personnes. Oui, je suis d’accord, on ne nous en parle pas assez souvent.

Il n’en fut rien. Ce roman noir hargneux est constitué d’une superposition de récits dont on ne sait s’il sont sortis de l’esprit embrumé du journaliste Manuel Carraspique ou si le Mapuche lui raconte réellement ce qu’il s’est passé, puisqu’il est censé être dans le coma.

Le tout donnant un récit bordélique sans nom dans mon pauvre cerveau qui avait bien du mal à faire la part des choses et qui, au final, a opté pour une solution qui s’est révélée être la bonne.

Hé, on ne me le fait plus, à moi ! Ou alors, faut monter son coup correctement, mais depuis Di Caprio sur son île avec des fous, je me méfie de tout, surtout des récits éparpillés façon puzzle.

Il est vrai que le final est bien vu, surtout pour celui ou celle qui ne s’y attendait pas, et il aurait  pu sauver le reste du roman, mais ce ne fut pas le cas chez moi, hélas.

Anybref, après la lecture de ces 160 pages qui oscillent entre de la fantasmagorie, de la paranoïa et un récit échevelé, j’en suis sortie frustrée et totalement aussi inculte sur le sujet qu’en ouvrant le roman.

Du moins, le récit ne pas appris grand-chose que je ne savais déjà. Et vu les récits parcellaires auquel j’ai eu droit, me reste plus qu’à tout remettre dans l’ordre maintenant.

Un roman noir qui aurait pu ma plaire, mais dont je suis sortie frustrée à cause de ses scènes incohérentes, de son récit morcelé, qui provoqua un début d’indigestion chez moi et l’envie de zapper le reste, ce que je n’ai pas fait, puisque, courageusement, je suis allée au bout.

Faudra que je vérifie si les autres romans de cet auteur que je voulais découvrir sont de la même veine ou pas.

Si encore c’était une daube, je calerais un meuble avec, mais ce n’est de la daube, c’est juste un récit bordélique qui donne envie de reposer le roman et de passer à autre chose.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017).

Société noire : Andreu Martin

Titre : Société noire

Auteur : Andreu Martin
Édition : Asphalte (13/10/2016)

Résumé :
Les triades ne sévissent pas qu’en Chine : elles se déploient aux États-Unis et en Europe.

Seule Barcelone se croit encore épargnée. À tort, selon l’inspecteur Diego Cañas. Il charge son indic Liang, un Sino-Espagnol né à Hong Kong, d’infiltrer pour lui la très discrète mafia chinoise.

Un mois plus tard, on retrouve au petit matin la tête d’une femme sur un capot de voiture.

Un crime atroce qui porte la marque des maras, ces gangs ultra-violents d’Amérique centrale.

Mais Cañas est convaincu que l’affaire est liée, d’une façon ou d’une autre, à son enquête sur les triades. Reste à le prouver à ses supérieurs…

Critique :
Les triades… Vaste programme ! Et contrairement à ce que certains pourraient penser : Non, une triade ce n’est pas un acte sexuel à trois !

La légende dit que la première Triade aurait été fondée par des moines bouddhistes du célèbre monastère  de Shaolin afin de se venger du massacre des leurs perpétrés par l’empereur de la dynastie Qing.

— De l’opium ? Non. Les Chinois détestent l’opium. Les Anglais l’ont introduit en Chine pour couler l’Empire. Ils ont provoqué deux guerres de l’opium. Non, pas ça.

La société noire dont nous parle ce roman fait donc référence aux triades chinoises et à leur main mise sur une partie de la population.

— Interpol a dit un jour que les triades ressemblent à un immeuble dans lequel les habitants d’un étage ne savent pas où se trouve l’escalier pour gagner les autres, a-t-il répondu.

Tout les pays sont gangrénés par les triades chinoises ! Tous ? Non, la ville de Barcelone résiste encore et toujours à l’envahisseur… Enfin, la ville croit qu’elle y a échappé, mais les vers sont déjà dans le fruit et ce n’est plus q’une question de jours avant que leurs tentacules ne se referme sur la ville et sur son port.

Quand on se fait éponger sa dette par des capitaux chinois, on se doute qu’il n’en ressortira rien de bon puisque les créanciers tiennent le pays par les couilles. Tout le monde se doute que c’est de l’argent sale, mais aux grands maux les grands remèdes et puis, on sait que les banques ne se gênaient pas pour accepter le fric des dictateurs ou mafiosi.

— Le gouvernement chinois a racheté la dette extérieure de l’Espagne, a repris Mora Mogán en changeant de ton. Tu le sais, ça ? Dans les cinq mille millions d’euros. Tu sais ce que ça veut dire ? Eh bien, qu’ils ont acheté l’Espagne, tout simplement ; ce sont donc eux qui commandent. On va pas aller mordre la main qui nous nourrit !

Les hommes écoutent généralement avec beaucoup plus d’attention quand on leur parle en leur serrant les couilles. 

— Cañas… On traverse une crise terrible qui est à deux doigts de foutre ce pays en l’air. Si nous pouvons nous en sortir moyennant pots de vin, commissions, requalifications, magouilles et tripatouillages, tu crois qu’ils ne vont pas le faire ? Si le trafic d’armes, de drogue, de femmes et d’enfants ou de n’importe quoi d’autre peut apporter des liquidités aux banques, tu crois qu’elles vont dire : “Non, s’il vous plaît, on veut seulement de l’argent propre” ? Putain, dans quel monde est-ce que tu vis ?

Voilà un roman noir comme je les aime : une construction narrative qui fait des allers-retours entre le présent (après le braquage) et le passé (avant le braquage), en proposant plusieurs points de vue différents selon le narrateur, avec des personnages forts, très réalistes, possédant des côtés obscurs assez prononcés et pouvant y sombrer très facilement après quelques coups durs.

Entre l’inspecteur Diego Cañas, obsédé par les triades chinoises et qui se débat avec les problèmes que lui cause sa gamine de 15 ans; avec Juan Fernández Liang, jeune homme sino-catalan qui se veut plus chinois que les chinois et qui rêve de se faire le max de fric, aidé de son ami de toujours, l’escroc misogyne et raciste qu’est Pardales; la tête de dragon que pourrait être monsieur Soong, sans oublier la plongé dans l’univers obscurs des triades chinoises et des mareros (gangs latinos), pas le temps de s’embêter.

La Chine a une frontière avec le Triangle d’Or et le Croissant d’Or. L’héroïne est là-bas, ils n’ont qu’à tendre la main. Ce serait bien la première mafia à tourner le dos au trafic de drogue alors qu’elle en a à sa portée. La mafia italienne a elle aussi commencé par résister au trafic de drogue aux États-Unis avant de finir par se lancer dedans à corps perdu. Trop d’argent en jeu, trop facile. Il suffit qu’ils se sentent un peu sûrs d’eux, forts et invulnérables…

Un roman noir qui dévoile tout un pan social peut reluisant de la cité de Barcelone, avec ses ateliers clandestins remplis de Chinois qui doivent bosser toute la sainte journée et même plus, afin de rembourser le voyage payé par les triades, leurs banques clandestines, le racket des commerçants chinois, des crimes atroces…

Un roman noir qui possède son propre rythme, ses propres codes, des personnages attachants ou du moins, déroutants, avec de l’humour noir, de l’action, un braquage qui ne sera pas à l’italienne ou à l’anglaise, des cadavres qui se ramasseront à la pelle, des têtes décapitées et déposées sur le toit d’une voiture et une atmosphère digne des meilleurs romans noirs avec ces ghettos, ces habitants désœuvrés et sa pègre.

Au petit matin, sous une pluie qui tombe sans répit depuis le dimanche, on découvre une tête de femme sur le toit d’une Lexus garée rue Joan Güell, dans le quartier de Sants. Une tête volumineuse, les chairs flasques, les joues affaissées, un double menton évoquant un goitre, des lèvres entrouvertes et épaisses, un œil ouvert et une paupière tombante, des cheveux clairsemés collés au crâne, le tout d’une couleur céruléenne, irréelle.

Un roman noir qui nous explique les codes, la manière de recruter, d’agir, les origines des sociétés, les dessous des sociétés telles que les triades ou les maras, deux groupes qui ne gagnent pas à être croisés ! La misère n’engendrant rien de bon, les maras poussent dessus comme des mauvaises herbes sur du terreau enrichi d’engrais.

— Qu’est-ce que les mareros veulent obtenir par ce comportement ?
— Implanter la terreur, pour avoir le pouvoir. La police de là-bas ne sait pas comment les en empêcher. Les flics manquent de moyens et ils sont mal payés. Si les maras gagnent la première manche, elles gagneront probablement toutes les autres.

— De la misère, dit-il comme une sentence. Des ghettos, où les pauvres n’ont aucune issue valable. Tu as dû entendre dire que, au Guatemala, au Salvador, au Honduras, les riches sont très riches et les pauvres, très pauvres ? Eh bien, dans leur cas, pauvre, c’est extrêmement pauvre. Tu n’imagines pas. La misère la plus absolue, la faim, la vie dans la rue. Ils n’ont pas accès aux études, et ils n’ont aucun espoir de travail non plus. On appelle ça des desperados, aux États-Unis. Et surtout, ils sont remplis de rancœur, ils sont chargés de haine, ils savent qu’ils n’ont rien à perdre. Qu’ils sont nés en ayant déjà tout perdu. Ils viennent de quartiers imprégnés d’un machisme sauvage, où les hommes engrossent les femmes et se désintéressent de leurs enfants, car ils ne peuvent pas s’en occuper non plus, ils n’ont pas de quoi les faire vivre.

Un roman noir profond qui n’a qu’un seul défaut : un peu court… On aurait pu encore en dire bien plus !

Tant que je suis vivant, la mort n’existe pas, et quand la mort arrivera, je ne serai plus là. 

Il y a cinquante ans, tout le monde fumait. Et il n’y avait pas autant de gens qui mouraient du cancer. Aujourd’hui, beaucoup de monde en meurt, mais ce n’est pas seulement à cause du tabac. C’est à cause de ces saloperies qu’on mange, les colorants, les additifs, les graisses ajoutées, les OGM et toute cette merde. Et de la fumée empoisonnée qui sort des pots d’échappement. C’est ça qui provoque la plupart des cancers, mais l’industrie alimentaire est très puissante : même si on nous persuadait de manger sainement, on ne pourrait pas, et comme on ne va pas rester sans manger ni conduire nos petites voitures polluantes, ils s’entêtent à tout mettre sur le dos du tabac.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017).

 

Río negro : Mariano Quiròs

Titre : Río negro

Auteur : Mariano Quiròs
Édition : La Dernière Goutte (17/04/2014)

Résumé :
Le río Negro, dont les flots autrefois sauvages inspiraient toutes sortes de légendes, n’est plus à présent que l’ombre de lui-même : ses eaux polluées se contentent de charrier péniblement déchets et cadavres.

Un couple d’intellectuels reconnus est pourtant parvenu, durant une vingtaine d’années, à vivre paisiblement aux abords de cette rivière encombrée de secrets.

Mais un jour, à vouloir « faire l’éducation » de leur fils, un adolescent aussi apathique qu’introverti, le père de cette petite famille sans histoire découvre que la mort peut surgir de sources étonnamment proches…

Les deux hommes se trouvent alors pris dans un engrenage sanglant digne d’un film noir des frères Coen. Macabre et burlesque.

Critique :
J’avais entendu dire que c’était un petit bijou d’humour noir, on me parlait de burlesque, de macabre, et donc, j’avais de grandes attentes en commençant ma lecture, attentes qui, vous vous en doutez, n’ont pas été comblées.

Nous sommes face à une petite famille somme toute normale : un écrivain, sa femme chérie et leur neuneu de fils car plus léthargique que lui, c’est le Paresseux (l’animal) ! De plus, à 18 ans, le fiston ne semble pas intéressé par les filles ou le sexe, pleurniche et fait des caprices comme un petit enfant à sa maman. Ça fait chier grave son père !

Un jour, cela fait quelques années, j’ai lu un article dans la revue Gente qui parlait des jeunes et des prémices de la vie sexuelle. L’article affirmait que les jeunes d’aujourd’hui font leurs premières expériences entre quatorze et quinze ans. Ça ne m’a pas surpris ; ça m’a même permis de vérifier qu’il n’y avait pas eu le moindre progrès. Moi, à treize ans, j’avais réussi à mettre Blanquita Margoza dans mon lit, et à seize, je partouzais avec deux filles du lycée Itatí. Elles étaient impressionnantes, les filles d’Itatí. Particulièrement dessalées. L’article de la revue Gente m’a donc persuadé que, effectivement, mon fils aurait ses premières relations sexuelles entre quatorze et quinze ans. Mais maintenant, en voyant Miguel qui suçote son Coca-Cola à la paille, je comprends que j’ai fait l’erreur de placer ma confiance et ma tranquillité dans des statistiques de pacotille.

Ils mènent une vie paisible et tranquille, ce ne sont pas des cas sociaux, mais des gens instruits et intelligents. Papa fume des joints régulièrement, n’hésite pas à boire un coup et le fiston est plutôt porté sur la télé et le PC, le tout dans une position assise ou couchée.

Une fois maman partie pour quelques jours, ça va tourner mal car en voulant bien faire, le mère va se foutre dans une merde pas possible et même commettre l’indicible, l’ignominie suprême !

Alors oui il y a de l’humour noir, du cynisme, du burlesques, des retournements de situation et une cohorte de morts, mais est-ce dû à l’écriture de l’auteur ou à ses personnages, mais je n’ai pas gloussé de plaisir devant nos deux personnages, père et fils, qui se retrouvant avec un cadavre sur les bras, s’enfonçaient de plus en tentant de s’en défaire.

Certes, c’est immoral, et j’adore ce genre de situation où tout fout le camp, où un personnage prend tout ça de haut, mais dans ce roman-ci, la magie n’a pas eu lieu.

Un roman noir qui nous présente une situation classique, mais autant j’avais gloussé de plaisir avec « Pottsville, 1280 habitants » qui lui, est un vrai bijou de noirceur, de cynisme, d’humour noir et de burlesque, ici, je suis restée de marbre quasi tout le temps, souriant juste quelques fois, mais pas assez à mon goût.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017) – Auteur Argentin.

J’ai été Johnny Thunders : Carlos Zanon

Titre : J’ai été Johnny Thunders

Auteur : Carlos Zanon
Édition : Asphalte (03/03/2016)

Résumé :
Barcelone, de nos jours. Ancien guitariste de rock, Francis revient dans le quartier où il a grandi, où il a noué ses premières amitiés et surtout où il a découvert le rock. Sauf qu’il a désormais la cinquantaine bien tassée et, sans le sou, il doit retourner vivre chez son père.

Francis a brûlé la chandelle par les deux bouts, avec pour seul principe de profiter de la vie, jusqu’à perdre plusieurs de ses proches dans la spirale de la toxicomanie.

Mais Francis a un plan en tête. Retrouver une vie normale, trouver un job qui va lui permettre de payer ses pensions alimentaires en retard, renouer avec ses enfants, rester à l’écart de la drogue – qu’il a arrêtée depuis peu -, mettre un peu de fric de côté…

Et aussi revoir sa petite soeur adoptive, afin qu’elle l’aide à se remettre en selle. Mais celle-ci fréquente un certain don Damiàn, le parrain du quartier, qui a la main sur tous les trafics…

Le retour à la réalité se révélera compliqué pour Francis, aux prises avec les démons de son passé, mais aussi avec la nostalgie d’une vie faite de musique, de passion, de sueur et d’excès.

Critique :
« Si à 50 ans t’as pas encore percé dans le rock, alors, t’as raté ta vie ! » Cette citation s’appliquerait à merveille à Francis, plus connu sous le nom de Mr Frankie, à l’époque où il était guitariste.

Enfin, niveau heure de gloire, à part avoir fait un concert avec Johnny Thunders à l’époque où il avait tout d’une loque imbibée d’alcool et de drogue et tenait à peine sur ses quilles.

Johnny Thunders ?? C’est bien beau tout ça, mais c’est qui, lui ? Wiki m’apprend qu’il a fait partie du groupe  The New York Dolls, qu’il quitta en 1975 en compagnie du batteur Jerry Nolan, pour fonder le groupe The Heartbreakers. Heu…

Heureusement que You Tube m’a rafraîchit la mémoire avec « Born to lose » que je connaissais, effectivement.

Frankie est un looser de première classe ! « Born to lose » pourrait s’appliquer parfaitement à lui. Il a 50 balais, est de retour chez son père, petit pensionné qui ne s’en sort déjà pas et traine un passé peu glorieux.

Frankie est un ancien junkie, un alcoolo, un type qu’a pas fait grand-chose de sa vie, même avec sa guitare, qui est divorcé avec deux fils qu’il n’a même pas vu grandir et une pension alimentaire qu’il est incapable de payer.

La Barcelone décrite dans ses pages n’a rien pour faire rêver ! Ses quartiers populaires sont hantés par des types louches, des dealers, des voleurs, des gangs, ou par des gens qui sont obligé de faire les poubelles des supermarchés pour bouffer.

Avec un roman noir qui a reçu le prix Dashiell Hammet entre les mains, où tous les ingrédients d’un petit noir corsé étaient réunis (bandits, voleurs, quartiers malfamés, bars louches, boites de nuit encore plus louches, magouilles et compagnies, nenettes super bien roulées, came, individus peu fréquentables, sexe, cocus, amants, drogues, pédophilie, musique et riff d’enfer, pauvreté, misère,…) assurément, la lecture ne pouvait qu’être bonne.

Elle le fut, assurément, au début, et puis, vers le milieu, j’ai décroché sévère, passant des lignes, des paragraphes, des pages., les personnages pourtant bien typés me laissant indifférente à leurs aventures merdiques, à leurs combines et même l’égoïsme crasse de Francis m’a laissée de marbre à ce moment là.

Sur la fin, là j’ai repris du poil de la bête et tout est repartit comme sur un bon rock endiablé.

Malgré tout, vu ce long passage qui m’a endormi pire qu’un reportage sur la vie sexuelle des escargots de Bourgogne, ma lecture qui s’annonçait palpitante et corsée me laisse un goût amer en bouche.

Je m’attendais à mieux comme roman noir social, ou alors, lui et moi on n’était pas fait pour se rencontrer et jouer ce morceau ensemble…

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017) – Auteur Espagnol.

L’aiguille dans la botte de foin : Ernesto Mallo

Titre : L’aiguille dans la botte de foin

Auteur : Ernesto Mallo
Édition : Payot et Rivages (2009)

Résumé :
« Perro » (le chien) Lascano est officier de police à Buenos Aires. C’est un policier intègre, position difficile à tenir dans l’Argentine de la dictature. Profondément affecté par la mort de sa femme, il se réfugie dans le travail.

Un matin, il est envoyé près du Riachuelo, où trois cadavres ont été signalés : un jeune homme et une jeune femme dont les crânes ont explosé sous l’impact des balles, marque caractéristique des méthodes « d’exécution » des militaires.

L’autre corps présente un aspect sensiblement différent ; il s’agit d’un homme bedonnant, d’âge mûr, dont la tête est intacte. Une tache de sang dessine une fleur sur sa chemise. Comme le dit Fuseli, le médecin légiste, « les morts parlent à ceux qui savent les écouter ».

Lascano va s’efforcer de faire parler ce troisième cadavre, mais ce ne sera pas chose facile dans un pays où des hommes aigris et dangereux comme le major Giribaldi font régner la terreur.

Critique :
Dans les années septante (70), il ne faisait pas bon être en Argentine… À tout moment, vous pouviez vous faire arrêter, torturer, abattre, violenter… Plus, si affinités.

Encore moins facile d’être un flic intègre dans cette Argentine corrompue, dans cette ville de Buenos Aire gangrenée par la dictature et la junte militaire.

Le commissaire Perro Lascano crève de douleur : sa femme Marisa est décédée et il traine son cafard, son ennui, voit la nuit le fantôme de la femme qu’il aimait.

Le pays crève, le pays a mal, les gens n’osent rien dire, il ne fait pas bon être de Gauche là-bas, il ne fait même pas bon d’avoir des idées.

— Vous n’auriez pas tendance à pencher à gauche, par hasard ?
— À gauche ? Non, j’essaie toujours de me tenir bien droit.
— Tôt ou tard, votre ironie vous perdra.

La preuve, au sujet des trois morts : Lascano sait que les deux tués d’une balle dans la tête, c’est l’armée, on n’enquête pas là-dessus ! Mais l’autre, là, le mec tué d’une balle dans le ventre, c’est pas un coup des militaires…

Au travers de plusieurs personnages, l’auteur nous plonge dans l’Argentine qui n’est pas celle des cartes postales, dans un pays où des tas de gens disparaissent pour un oui ou pour un non, où tout est corrompu, où l’on ne peut faire confiance à presque personne car les gens intègre, il y en a peu.

Les personnages sont au bout du rouleau, abîmés, usés, sympas (Lascano), drôles et honnêtes (le médecin légiste Fuseli), jaloux, ambitieux, avides, cupides, frustrés, corrompus, salauds (Giribaldi & Amancio), pourris ou cupide (Horatio & Biterman)…

— À nous deux jeune homme, par où elle est entrée cette balle ?… Mmh, il est là le petit trou, c’est par là que la mort est entrée et que la vie en a profité pour s’échapper par la porte laissée grande ouverte… 

Et tout est bon pour arriver à ses fins, que ce soit le vol, les meurtres, ou étouffer l’affaire du commissaire Lascano.

Sans devoir en faire des tonnes, Ernesto Mallo nous brosse leurs portraits en quelques paragraphes, résumant ainsi leurs passés qui donna naissance à leurs caractères et qui ont contribué aux actes commis par eux.

L’enquête est aussi un bon prétexte pour l’auteur de nous en apprendre plus sur cette période noire des années 70 (on est en 79) qui laissera des cicatrices dans le pays et des gens qui chient dans leur froc en voyant des bérets verts ou des képis de flics.

Par contre, je ne sais pas si c’est une maladie chez les auteurs sud-américains, mais Ernesto Mallo fait la même chose qu’Edyr Augusto avec ses dialogues : pas de tirets cadratins devant les phrases, pas de guillemets, le dialogue brut, avec les phrases l’une à la suite de l’autre.

En attendant j’ai un petit rouge de première et un carré de côtes de porc aux ananas cuit au four, et ce serait idiot de ne pas le partager. On attaque ? Tu t’es lavé les mains après le boulot ? T’es pas bien ? Ça ajoute du goût. [Dialogue entre le  légiste Fuseli et le commissaire Lascano].

Eh bien, je connais en ce moment quelques difficultés financières. Et comment s’appellent ces difficultés ? Environ cinq cent mille. Ce n’est plus ce que j’appelle des difficultés. [Dialogue entre Amancio et le major Giribaldi].

On l’a enfin descendu. Comment vous le savez ? S’il était mort de la grippe vous ne seriez pas ici. Vous savez qui aurait pu avoir des raisons de l’assassiner ? Oui. Qui ? Moi… et la moitié de l’annuaire téléphonique. Ce type était un pourri.

Mais ici, c’était plus clair que chez Edyr Augusto car il y avait un espace avant les dialogues et ils étaient en italiques, et sans descriptions dedans, ce qui a rendu la lecture plus facile que dans « Pssica ».

Une lecture d’où l’on sort groggy car tout est sombre, sordide, malsain, morbide, dangereux. Mais j’aimerais retrouver mon flic intègre dans une autre de ses aventures parce que j’ai apprécié Lascano et son mal-être qu’il noyait dans le travail ou lieu de le noyer dans l’alcool.

Ne pas aimer de peur d’avoir à en souffrir, c’est comme vivre en ayant peur de mourir. 

Bref, rien de joyeux dans ce polar noir de chez noir, sans sucre, sans édulcorants, sombre, cynique,… En fait, il raconte la vérité, et c’est ça qui fait encore plus mal car la fiction sera toujours en de-ça de la réalité.

♫ Don’t cry for me Argentina ♪
♪ The truth is I never left you
♪ All through my wild days ♫
♪ My mad existence ♫
♪ I kept my promise ♪
♪ Don’t keep your distance ♫

PS : j’ai ajouté les tirets cadratins à un dialogue qui a lieu entre le Dr Fuseli, le légiste, et le salopard de major Giribaldi. Nous sommes en 1979, mais rien  n’a changé.

— Vous ne prenez pas en compte les raisons qui ont conduit à cette révolte et vous vous limitez à combattre les symptômes avec la méthodologie la plus rigoureuse que j’aie jamais vue.
— Et quelles seraient ces raisons ?
— La cause c’est le peuple, major. Les peuples ont tendance à virer à gauche lorsqu’ils n’ont plus rien.
— Et pourquoi cela ?
— Parce que la gauche promet une répartition des richesses plus équitable. Et quelle que soit cette répartition, ils vivront toujours mieux que par les temps qui courent. Celui qui n’a rien a tout à gagner, celui qui possède court toujours le risque de tout perdre. Prenez le cas des barbares.
— Qu’est-ce que les barbares ont à voir là-dedans ?
— Les barbares se fichaient de la propriété, ils se foutaient d’avoir une maison, un château, des richesses. Cela les aurait obligés à changer de style de vie pour utiliser leur temps et leurs forces à défendre ce qu’ils possédaient. Tout ce qui les intéressait c’était les assauts, les mises à sac, les viols, les incendies. Mais les peuples ne sont pas des barbares, ils cherchent avant tout leur intérêt. Si vous ne leur donnez rien, alors ils deviennent des barbares, mais dès qu’ils se font une place au soleil, ils deviennent de vrais bourgeois. Donc, la nécessité pousse les gens vers la gauche, alors que la satisfaction les entraîne vers la droite.
— Pour être franc, je ne vous suis pas.
— Cette problématique, major, on l’aborde suivant deux angles bien distincts. D’un côté, il y a l’ennemi en armes, que vous affrontez à coups de lois et en faisant appel à la justice et, si besoin est, en ayant recours aux armes. D’un autre côté, il y a le peuple, et pour que la subversion ne prenne pas il faut leur donner quelque chose en échange, des valeurs, des biens qu’ils puissent se payer et qu’ils aient envie de défendre. Les citoyens veulent tout simplement vivre décemment : manger tous les jours, éduquer leurs enfants et partir en vacances à l’occasion.
— Moi, j’ai l’impression que vous mélangez tout.
— C’est justement parce que tout est réellement lié. Vous ne vous rendez pas compte que l’heure n’est pas à la contemplation, mais à l’action ? Le temps, voilà précisément le facteur que vous ne prenez pas en compte. Et le temps, qu’est-ce qu’il a à voir maintenant ? Le temps passe, les situations évoluent et les erreurs que vous commettez aujourd’hui vont vous exploser au visage un jour ou l’autre. Vous pouvez en être sûr.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017) – Auteur Argentin.

Pssica : Edyr Augusto

Titre : Pssica

Auteur : Edyr Augusto
Édition :

Résumé :
Rejetée par ses parents après la diffusion d’une vidéo intime, Janalice, quatorze ans, est envoyée chez sa tante, dans le centre-ville de Belém.

L’adolescente va se familiariser avec la faune interlope de ses rues : vendeurs à la sauvette, toxicomanes et maquereaux.

Mais sa beauté attire rapidement la convoitise et Janalice finit par se faire kidnapper en pleine rue.

Amadeu, un flic à la retraite, s’empare de l’affaire par amitié pour le père de la jeune fille. Sur les traces de Janalice, il entame un périple halluciné en Amazonie, à la frontière du Brésil et de la Guyane française.

C’est là que s’entrecroisent toutes sortes de trafics – orpaillage, piraterie fluviale, prostitution infantile et traite des blanches –, le tout avec la complicité de l’administration locale. Mais arrivera-t-il à temps pour sauver Janalice de l’horreur ?

Critique :
Pssica, qui veut dire « Malédiction » est un roman noir âpre, violent, trash, dérangeant, sans édulcorants, sans une once d’espoir, vu  la société dépeinte dans ces lignes.

Une société miséreuse, en déshérence, laissée pour compte, livrée à elle-même et aux mains des bandits en tout genre qui gangrènent toute la région, tout le pays (Brésil).

Corruption, racket, enlèvements, prostitutions de mineures, drogues, viols, vols avec violences extrêmes, actes de barbarie gratuite… Tel est le quotidien vécu par certains ou le job des autres.

Je vous avoue que face à la violence de certaines scènes, j’ai été dérangée, mal à l’aise… Le genre de roman totalement déconseillé aux personnes sensibles puisque même moi j’ai eu la sensation d’étouffement durant certaines passages assez trash.

C’est abject, à la limite de l’insoutenable. Deux récits horribles sur la noirceur humaine comme on aimerait qu’il n’es existe pas.

Un récit concerne la pédophilie couplé à la traite des femmes (oui, il y en a qui trinquent sévère, dans ces pages) et un autre sur une histoire de vengeance et de grande piraterie (et pas de ceux qui Tipiak des films !).

Manoel Tourinhos ne vit que pour se venger de l’homme qui a mutilé le corps d’Ana Maura.

Le style de l’auteur est résolument sans fioritures puisqu’il ne s’embarrasse pas de nous ajouter des tirets cadratins devant les dialogues, ni de guillemets. Rien ! Que dalle ! Tout s’enchaîne à la volée, dialogues, actions, narration… Ce qui donne une impression de joyeux bordel et le tout m’a fait perdre le fil plusieurs fois.

Il appelle le serveur. Une autre, s’il te plaît. Dis, il n’y a que des gamines, ici ? Elles sont vraiment trop jeunes, putain. Y’a pas des vraies femmes, dans le coin ? Des femmes de Belém, par exemple ? Celles-ci valent rien. Mortes de faim. Elles baiseraient pour une glace à l’eau. T’as de quoi payer ?

Allez, faut y aller. Déjà ? Faut pas traîner, je dois cravacher. J’ai une dette à éponger. Me dis pas que vous devez tout rembourser, ici ? C’est ce sale pédé qui nous taxe pour un oui pour un non. T’as vu le cadenas sur la porte ? Quand c’est fini, il nous enferme dans nos chambres.

Récit brut de décoffrage, la narration aussi, le tout balancé dans ta gueule avec la délicatesse d’une truelle qu’on te balancerait sur la tronche.

Les personnages sont eux aussi sculptés au couteau, à la serpe, sans trop de détails, brut de décoffrage eux aussi, comme tout le reste, avec des salopards de fils de pute dont on aimerait planter une balle dans la nuque.

Le genre de mec mauvais comme une teigne, qui tue, qui vole, qui viole, qui pirate son concurrent, mais qui pique sa crise quand ce dernier lui rend la monnaie de sa pièce. Et puis qui tombe amoureux tel un gamin.

Sapo abandonne la traque. Fait demi-tour pour faire main basse sur la cargaison. Le fils de pute. On s’est fait balancer, c’est sûr !

Un roman noir que l’on lit sans respirer, avec la nausée au bord des lèvres. Un roman que je ne coterai pas car si l’atmosphère plombée était réussie, le style foutraque m’a plus que déstabilisé et à fortement entravé ma lecture.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017).