Dies irae – Les larmes de sang : Marie Nocenti

Titre : Dies irae – Les larmes de sang

Auteur : Marie Nocenti
Édition : IS (24/08/2018)

Résumé :
Le 29 décembre 1890, le massacre des Sioux à Wounded Knee marque la fin des guerres indiennes.

De passage dans la région, John Parker va faire une rencontre qui va bouleverser sa vie. Malgré les préjugés, il épouse une Indienne et deux enfants naîtront de cette union heureuse.

Mais en cette fin du dix-neuvième siècle, ceux qui osent se mélanger sont encore l’objet de la haine et de l’incompréhension.

Leur bonheur bascule brutalement dans l’horreur quand sa femme est retrouvée morte. Ses assassins ne seront jamais retrouvés.

Devenus adultes, la vie des enfants de John sombre à nouveau dans la violence quand le destin met sur leur chemin les meurtriers de leur mère.

Déchirés entre deux cultures, rejetés par leurs peuples respectifs, ces jeunes métis, ni blancs ni indiens, vont devoir se battre contre les préjugés pour faire triompher la justice et trouver leur place dans la société.

Critique :
Émotions… C’est le mot qui me vient à l’esprit pour résumer ce roman qui m’a emporté très loin (non, je ne fais pas de la pub pour le blog Émotions de Yvan).

Dies iræ… Jour de colère en latin, pour ceux qui n’auraient pas fait leurs classes du temps de César.

Il est normal que le jour de colère nous donne des émotions en plein dans le cœur.

Colère devant le massacre de Wounded Knee, dont nous n’en saurons pas plus dans le roman, puisqu’il commence juste après, par la rencontre entre un Blanc avec plus de plomb dans la cervelle et d’empathie pour les Indiens que la plupart de ses semblables et une jeune Indienne au caractère fort et intrépide.

Émotions pour ces deux personnes que tout oppose mais qui, pourtant, finiront pas s’aimer et faire des enfants. Deux cultures que tout oppose, deux peuples aussi dissemblable que possible et qui, pourtant, arrivent à trouver un terrain d’entente puisque chacun fit des efforts pour l’autre.

Colère devant ces deux gosses qui n’arriveront jamais à trouver leur place au sein des autres, leur double culture faisant d’eux des parias, puisqu’ils n’appartiendront jamais entièrement à l’une ou à l’autre.

Colère devant le comportement de certains Hommes Blancs, ce qui donnera une multitude d’Émotions lors d’une scène particulièrement horrible et émouvante.

D’ailleurs, je porte plainte pour la police d’écriture un peu trop petite et qui est devenue illisible suite à l’arrivée d’eau dans mes yeux à cause d’une scène trop éprouvante et trop émouvante.

Voilà un roman, qui, comme les deux peuples opposés que sont les Blancs et les Indiens et les enfants nés de ces unions, va jouer sur l’ambiguïté des émotions, nous faisant passer de scènes plus tendres, plus douces, à celles plus violentes, plus dures, nous donnant une lecture qui, sans cesse, mêlera toutes ses sensations, pour mon plus grand plaisir.

J’aime quand un auteur sort le meilleur de sa plume, quand il m’accroche avec ses phrases, ses métaphores, ses descriptions de paysages ou ses conditions météorologiques qui, comme les Hommes sur ces Terres et à cette époque, ne sont jamais tendre.

Dès la première phrase, l’auteure m’a happée, m’emportant direct dans son histoire, dont les premières pages étaient jonchées des cadavres Indiens ensevelis dans la neige, me faisant vibrer avec ses personnages du ranch Parker, tous bien calibrés, détaillés, sans en faire trop.

Bref, le genre de personnes que l’on aurait envie de croiser dans la réalité et pas seulement dans un roman.

Un roman western différent des autres, un roman magnifique, qui emporte son lecteur dès les premières paroles et l’entraine dans vingt années qui, malheureusement, passeront trop vite.

Un récit bouleversant par moment, émouvant par d’autres, tendre, dur, violent, âpre, car vous le savez, dès qu’il y a la présence des Hommes, la dualité est là aussi : ils peuvent faire du bien, mais aussi le mal, entrainant par là même une dualité dans nos ressentis : colère ou apaisement.

Un roman que j’ai pris plaisir à dévorer, un roman dont on sent bien que l’auteure s’est documentée pour coller au plus juste dans les rites Indiens (Sioux) et dans l’Histoire de cette époque, lui donnant un réalisme qui a ajouté du plaisir à la lecture.

Un roman qui a été trop court, une fois de plus et dont les mots me manquent pour en parler mieux : putain, qu’est-ce qu’il était bon, ce roman.

Je remercie les Éditions IS pour l’envoi de ce roman car ils ont déposé un bol de crème devant un chat affamé de ce genre de mets littéraire.

Les indiens peuvent vivre dans la pauvreté, mais une pauvreté digne, pas dans cette misère dégradante, humiliante qu’ils subissent au quotidien. Il reste tant de chose à faire, tant de combats à mener pour retrouver l’honneur et la dignité qui vont de pair avec de bonnes conditions de vie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (392 pages).

 

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Au loin : Hernan Diaz

Titre : Au loin

Auteur : Hernan Diaz
Édition : Delcourt (29/08/2018)
Édition Originale : In the Distance (2018)
Traducteur : Christine Barbaste

Résumé :
Le jeune suédois Håkan Söderström débarque en Californie, seul et sans le sou. Il n’a qu’un but : retrouver son frère Linus à New York.

Il va alors entreprendre la traversée du pays à pied — remontant à contre-courant le flot des migrants qui se ruent vers l’ouest. Les caravanes se succèdent et les embûches aussi.

Trop souvent, la nature et les hommes essaieront de le tuer. Håkan croise ainsi la route de personnages truculents et souvent hostile : une tenancière de saloon, un naturaliste original, des fanatiques religieux, des arnaqueurs, des criminels, des Indiens, des hommes de lois…

Håkan devient peu à peu un héros malgré lui, et sa légende de géant grandit, tandis que se joue à distance l’histoire de l’Amérique.

Håkan n’a plus d’autres choix que de se réfugier loin des hommes, au cœur du désert, pour ne plus être étranger à lui-même et aux autres.

Critique :
♫ Loin, plus loin que l’au delà ♪ Où l’horizon se noie ♪ Dans le ciel et la terre. ♫ Loin, au bout de l’espérance ♪ Trouver la délivrance ♪ Et du feu et du fer ♪

Si j’ai choisi cette chanson de Michel Sardou, c’est parce que Håkan Söderström a fait un long voyage et est allé très loin, dans les terres d’Amérique, mais aussi à l’intérieur de lui-même.

Venant de Suède avec son frère Linus, il a loupé le bateau et c’est retrouvé dans les rues de San Francisco en lieu et place de New-York ! Bon, en ce temps-là, les rues de San Francisco n’étaient pas celles que nous connaissons grâce à la série.

Pour retrouver Linus, Håkan va devoir traverser tout le continent et à cette époque des pionniers et de la Frontière, la Road 66 n’existait pas encore pour traverser le pays d’Ouest en Est.

Oui, nous sommes au 19ème siècle, et bien avant la guerre de Sécession.

Håkan n’a rien d’un héros ou d’un personnage qui en impose : il est timide, parle mal l’anglais, est renfermé et il va lui arriver des aventures, qui, sans être extraordinaires (il n’était pas coincé dans une armoire Ikea), n’en seront pas moins fondatrices de sa personnalité suite aux rencontres qu’il va faire.

On choisi ses copains, dit-on souvent, mais le pauvre Håkan ne va pas toujours ses protecteurs ou ses emmerdeurs, ce sera souvent le fruit du hasard ou d’une maladie. Certains seront enrichissantes, d’autres malveillantes.

Au travers de ses rencontres et de son périple pour tenter de rallier New-York, c’est une partie de la Fondation de l’Amérique que nous allons vivre aux côtés de différents pionniers et de tout ce que cette longue route pouvait comporter comme dangers, qu’ils proviennent de la Nature, des animaux ou du bipède appelé Homme.

Je vous disais que Håkan n’avait rien d’un héros, pourtant, il a souvent fait acte de bravoure, dont une fois pour défendre les pionniers d’un convois d’émigrants dans lequel il se trouvait. Là, Håkan, dit « Hawk » va écrire sa légende.

En ce temps là, on n’a pas Fesse de Bouc, ni Touitteure, encore moins InstaKilo ou Snapchien, pourtant, le téléphone Arabe fonctionne à plein régime et vous savez comme moi que les histoires se déforment plus vite qu’un canard sex-toy laissé en pleine canicule…

Ce pauvre Håkan qui grandit plus vite que son ombre acquiert alors une réputation de tueur impitoyable et il devra se débrouiller seul pour survivre sans les Hommes.

Voilà un roman qui mélange habillement le western au roman d’aventures, le roman noir à la quête de soi et qui pose un scénario pour le moins inhabituel puisque Håkan va traverser l’Amérique dans le sens opposé des migrants !

Avec peu de dialogues, l’auteur parvient à nous faire vivre le périple d’Håkan comme si nous y étions et sans nous donner d’autres indications du temps qui passe que les saisons qui se suivent, il nous balade durant un long moment en compagnie de ce personnage qui n’a rien d’un héros mais qui reste touchant, humain, réaliste. Un homme qui a préféré la solitude à la vie sociale.

Assurément, un grand roman porté par une plume magnifique et une traduction qui lui rend hommage.

Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (334 pages).

Les spectres de la terre brisée : S. Craig Zahler

Titre : Les spectres de la terre brisée

Auteur : S. Craig Zahler
Édition : Gallmeister Americana (23/08/2018)
Édition Originale : Wraiths of the Broken Land (2013)
Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Résumé :
Mexique, été 1902. Deux soeurs kidnappées aux États-Unis sont contraintes à la prostitution dans un bordel caché dans un ancien temple aztèque au coeur des montagnes.

Leur père, John Lawrence Plugford, ancien chef de gang, entame une expédition punitive pour tenter de les sauver, accompagné de ses deux fils et de trois anciens acolytes : un esclave affranchi, un Indien as du tir à l’arc, et le spectral Long Clay, incomparable pro de la gâchette.

Le gang s’adjoint également les services d’un jeune dandy cultivé, ambitieux et désargenté, attiré par la promesse d’une rétribution alléchante.

Peu d’entre eux survivront à la sanglante confrontation dans les badlands de Catacumbas.

Un western impitoyable qui balaie tout sur son passage, comme un film de Tarantino au volume poussé à fond.

Critique :
Si vous cherchez un western tranquille et gentillet, évitez absolument ce dernier titre sorti des écuries prolifiques de Gallmeister car vous risqueriez la crise cardiaque tant la violence est omniprésente et sans concession aucune.

« Une assemblée de chacals » était déjà brut de décoffrage, mais malgré tout, j’ai trouvé ce roman plus brutal et il n’y avait pas un goût de betteraves ou de pommes pour adoucir ce tord-boyaux bourré de poudre de revolvers et de dynamite.

On pourrait lui reprocher le fait de ne pas donner des masses d’indications sur ses personnages principaux, cette troupe d’hommes hétéroclites. Ils seront esquissés au plus près, détaillé à la serpe et vous n’en saurez pas des masses sur le dandy Nathaniel Stromler qui accompagnera la famille Plugford (John Lawrence, le père et ses deux fils : Stevie l’alcoolo et Brent le rancher), un Noir affranchi, un Indien et un tireur d’élite aussi sombre que la nuit.

Pourtant, malgré le peu de détails que l’on aura sur les différents personnages, la plume de l’auteur arrivera tout de même à leur donner de la consistance, de la présence, comme si nous avions chevauché avec eux, partageant la même quête pour retrouver les deux filles enlevées.

Ce que j’ai aimé, chez l’auteur, c’est que les femmes ne sont pas des faibles créatures et les deux sœurs Plugford nous le démontreront à plusieurs reprises, même s’il faudra attendre plus longtemps pour Yvette.

Par contre, on a l’impression, lorsqu’on lit les chapitres, que tout est agencé à la manière d’un film, rendant la lecture très visuelle. Tout est prétexte à faire des scènes d’action violentes et aucune torture ou autre saloperie ne nous sera épargnée. Ici, tout le monde est noir dans son âme et la fin justifie tous les moyens.

Si les 100 premières pages m’avaient parues un peu longues, les 300 suivantes sont passées telle l’express de 23h brûlant tous les signaux, faisant ronfler la chaudière au risque de la faire exploser.

Petit bémol : à force de faire des scènes d’action et d’avoir un rythme fou, le fond est sacrifié sur l’autel de la forme. La profondeur des actions de vengeance est inexistante et les dialogues sont très typés westerns violents. Quant à l’humour, il est aussi noir qu’un café serré fabriqué au pétrole brut.

Ce qui donne, finalement, l’impression que le chien se mord la queue et qu’a force de s’amuser dans l’écriture de son western sombre, l’auteur a oublié de nous monter une véritable intrigue. L’action c’est bien, mais un scénario, c’est mieux.

Attention, je ne dis pas que ce roman a une intrigue sur ticket de métro, mais on a un sentiment de vacuité, un sentiment de manque, un vide. Nom de Zeus, il ne manquait pourtant pas grand-chose pour en faire un excellent roman comme l’assemblée de chacals, sans pour autant perdre de vue le côté violent des personnages et de leur expédition vengeresse.

Malgré ce petit bémol, ce fut une lecture jouissive de par son côté très visuel des scènes d’action.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (400 pages).

 

Blueberry – Hors-Série – Apaches : Jean-Michel Charlier & Jean Giraud

Titre : Blueberry – Apaches

Scénariste : Jean Giraud (Jean-Michel Charlier étant décédé)
Dessinateur : Jean Giraud

Édition : Dargaud (2007)

Résumé :
La Guerre de Sécession vient de s’achever. Le lieutenant Blueberry, en pleine déchéance, rejoint son affectation à Fort Mescalero accompagné d’un pasteur et de sa fille.

Sur le chemin, ils sont attaqués par les Apaches qui s’en prennent en particulier à l’homme de Dieu, que Blueberry défend malgré leurs divergences.

Heureusement pour eux, la garnison arrive à temps pour les sauver et de retour au camp, le héros fait déjà preuve d’une insubordination qui deviendra légendaire…

Le cycle Mister Blueberry avait la particularité de comporter deux histoires en une.

La participation rocambolesque du lieutenant (désormais civil) au duel d’OK Corral d’une part, et de l’autre, ses confessions à un écrivain, au cours desquelles il revenait sur un épisode décisif de sa vie tumultueuse, sa rencontre avec Geronimo.

Apaches est tout simplement le regroupement de l’ensemble de ces planches, agrémenté ça et là des quelques cases inédites et de légendes pour mettre du liant.

Critique :
Pour que tout le monde arrive à s’y retrouver, cet album, un des dernier que Giraud (Charlier nous ayant déjà quitté) nous eut offert sur Blueberry.

Mais cet album est aussi celui des débuts de son lieutenant débraillé et alcoolique juste après la guerre de Sécession (nous sommes en novembre 1865) et avant qu’il ne soit affecté à fort Navajo.

Publié en dernier, cet album hors-série est en fait le premier. Une sorte de préquel… Vous suivez toujours ?

En fait, c’est un album « hommage » qui est composé des planches que nous retrouvons dans plusieurs albums : Mister Blueberry, Ombres sur Tombstone,  Geronimo l’Apache, OK Corral et Dust qui ont été réorganisées, rectifiées, bref, un montage dans l’ordre de tous les flash-back présents dans ces cinq albums (tomes 24 à 28) qui constituent les derniers de la saga du lieutenant Blueberry (après, on aura sa jeunesse, qui vient bien avant cet album, elle).

Z’êtes toujours là ? Besoin d’un café ou d’un tube d’aspirines ? Allez, on reprend où nous en étions avec cet album hommage qui reprend des planches des derniers albums pour donner un récit qui est en fait le premier après la guerre de sécession.

Non, non, ce n’est pas qu’un assemblage de planches déjà faites ! L’auteur a ajouté quelques planches pour lier le tout et les faire tenir ensemble, mais cela permet de se faire une autre idée de notre lieutenant de cavalerie au sortir de la guerre de Sécession et de comprendre une partie de ce qui se passera dans sa tête ensuite, puisqu’il aura souvent tendance à prendre la défense ou du moins d’aider les Indiens.

Et là, ce sera sa première rencontre avec celui que les Hommes Blancs ont appelé Geronimo.

Une fois de plus, nous retrouvons notre Blueberry en fâcheuse position : alcoolique au dernier degré, mort saoul, cuvant son mauvais whisky dans l’enclos des cochons alors qu’il doit prendre la diligence pour sa nouvelle affectation :  Fort Mescalero.

Il voyagera sur le toit car sa puanteur indispose plus le pasteur Younger qui voyage avec eux que sa fille. Le charme du bad lieutenant agit sur toutes les femmes…

— Comment la cavalerie des États-Unis peut-elle accueillir de tels individus en son sein ?

Si j’avais encore des doutes, je n’en avais plus du tout en découvrant cet album pour la première fois (oui, je ne le possédait pas, shame on me) : Blueberry souffre de ce qu’on appelle maintenant le syndrome post-traumatique.

La guerre l’a marqué, il a dû tuer des frères en passant dans le camp des Nordistes et cela lui pèse plus qu’il voudrait bien se l’avouer à lui-même.

Anybref, notre bel homme est une loque humaine et le fait de se faire attaquer par des Indiens va pouvoir le remettre un peu dans le droit chemin, enfin… Niveau prise de risques, il est toujours aussi tête brûlée, le lieutenant !

Il y a dans ses pages toutes la noirceur humaine, surtout celle des Blancs qui n’en sortiront pas grandi de l’histoire. Les Indiens, de leur côté, ne sont pas des anges mais là, je ne peux que comprendre et approuver les motivations de Geronimo et sa haine envers le pasteur Younger. Les Hommes d’Église ne sortent jamais grandi des albums de Blueberry non plus…

Violent, sans temps mort, avec une pointe de fantastique dans le fait que Geronimo comprend que Blueberry doit vivre car ils se reverront un jour et qu’il aura besoin de lui, cet album est sombre car il met en lumière des faits réels et peu glorieux de l’armée des États-Unis : les Tuniques Bleues.

Blueberry est toujours fidèle à lui-même, contestant les ordres, s’insurgeant sur le fait que l’on abatte les Indiens blessés ou des squaws et des enfants. Il a beau écluser de l’alcool comme moi de l’eau, il reste humain, lui.

Un album hommage qu’il convient de posséder dans sa biblio pour avoir l’histoire complète de ce grand homme qu’était le lieutenant Blueberry. Ne reste plus qu’à mettre tout cela dans l’ordre et à relire toute cette fresque.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

 

La Jeunesse de Blueberry – Tome 19 – Rédemption : François Corteggiani & Michel Blanc-Dumont

Titre : La Jeunesse de Blueberry – Tome 19 – Rédemption

Scénariste : François Corteggiani
Dessinateur : Michel Blanc-Dumont

Édition : Dargaud (17/09/2010)

Résumé :
Afin de retrouver la fille du général Sheridan, seule survivante du massacre d’un couvent, Blueberry va devoir affronter le terrible Jim Thompson, un prédicateur illuminé, qui règne sans partage sur un village de rednecks patibulaires.

Un western dense et nerveux signé par François Corteggiani et Michel Blanc-Dumont, dans lequel on retrouve avec un immense plaisir le lieutenant le plus célèbre de la bande dessinée.

Critique :
Bon, on ne va pas tourner autour du pot, mais si déjà 1276 âmes ne brillait pas à fond, on peut dire que Rédemption touche le fond.

Cet album, je ne l’avais jamais lu, il y avait un trou dans ma collection de « La Jeunesse de Blueberry » avec les tomes 17 et 19 que je me suis décidée à acheter afin de combler ce vide.

J’aurais pu éviter le tome 19…

Pas l’habitude d’être autant déçue par un Blueberry mais ici, à jouer avec le côté fantastique, on fout tout l’édifice déjà difficilement monté dans le tome précédent et on scie la branche sur laquelle on avait posé ses fesses.

Et puis merde, je spolierai un peu : le général Sheridan qui n’avait pas trop envie que l’on retrouve sa nièce vivante change radicalement de bord et le voilà presque larmoyant, se repentant amèrement d’avoir osé se frotter les mains à l’idée qu’on la tuasse et qu’il héritasse de tout (pas français ? M’en fout).

Rédemption, d’accord, mais bordel, pas si vite ! Il retourne sa veste plus vite que Jacques Dutronc dans sa chanson ! Quand au type que Blueberry a aidé dans le bar, on se demande bien de quel côté il roule et si Blueberry ne va pas se retrouver pris entre le marteau et l’enclume.

Mais ce qui m’a le plus fout en l’air cette lecture, c’est le personnage de Virginia Kindman : elle est belle, elle est forte, a plus d’un tour dans son sac, mais on frôle le côté fantastique en faisant d’elle une véritable sorcière qui parle aux animaux, qui voit tout, sauf certaines choses importantes et dont la dernière scène est à la limite de la guimauverie.

Il y avait moyen d’utiliser ce personnage d’une meilleure manière.

Quand au pasteur zinzin et meurtrier, il est tout à fait du côté obscur et n’a rien pour le récupérer, ce qui est dommage, un peu de nuance aurait pu nous faire hésiter sur nos sentiments envers ce type.

Bref, pour une fois, je suis déçue d’un Blueberry, pourtant, Corteggiani m’avait habitué à mieux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

La jeunesse de Blueberry – Tome 18 – 1276 âmes : François Corteggiani & Michel Blanc-Dumont

Titre : La jeunesse de Blueberry – Tome 18 – 1276 âmes

Scénariste : François Corteggiani
Dessinateur : Michel Blanc-Dumont

Édition : Dargaud (2009)

Résumé :
Blueberry est envoyé en mission pour mettre fin aux tueries commandées par un « chef de secte se prétendant pasteur », lequel se venge d’un massacre perpétré par une unité de l’armée nordiste.

Blueberry devra aussi affronter des militaires envoyés par un général qui ne souhaite pas que sa nièce soit libérée par la secte.

Critique :
On a beau être dans la jeunesse de Blueberry, avec un scénariste et un dessinateur différents suite au décès de ses pères, ça commence toujours aussi fort.

Tout le monde dort à l’Institution Baptiste de la Rédemption à Ogamaw, Ouchita County, en Arkansas.

Tout le monde ? Non, une bonne sœur discute encore avec un pasteur aux yeux hallucinés et lorsque ce dernier lui proposera d’embrasser sa croix, faudra pas y voir du grivois, mais du meurtre matois.

Ensuite, ça va se déchaîner et les corps vont pouvoir se ramasser à la pelle et plus personne ne sera là demain pour l’appel. L’unique survivante étant emmenée de force par les sbires du pasteur criminel.

1276 âmes… Je ne sais pas pour vous, mais moi, ce titre me fait penser à la traduction erronée du titre du roman noir de Jim Thompson « Pop. 1280 » dont la Série Noire avait rebaptisé « 1275 âmes ».

Jim Thompson ? Bon sang, mais c’est le nom du pasteur dingue ! Dois-je y voir une référence à l’auteur, une sorte d’hommage ? Je ne sais pas et Wiki mon ami est muet sur le sujet.

Anybref, encore une mission périlleuse pour notre jeune lieutenant qui va devoir retrouver la nièce d’un haut gradé qui n’en a pas trop envie vu que sa disparition va faire de lui l’héritier principal d’une assez belle fortune.

Un pasteur fou (pas si fou), des ouailles qui le suivent aveuglément, la Pinkerton sur le coup, avec son directeur et Baumhoffer, l’agent au service de l’agence Pinkerton que nous avons croisé dans les tomes précédents, du sang, des trimes, des morts…

Cet album ne brille pas par son originalité ni par son grand méchant car un pasteur rendu fou par les exactions commises par les autres, c’est assez convenu et si on y réfléchi bien, on se demande même qui est le plus criminel de lui où du général qui ordonna ce massacre stupide.

Là où cela devient intéressant, ce sont dans certains dialogues et dans le fait que de nombreux personnages se retrouvent dans cette aventure sans que l’on sache exactement qui roule pour qui.

Pas le meilleur mais il se laisse lire au coin de la terrasse, sous le soleil, avec un mojito glacé pour aider.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

La jeunesse de Blueberry – Tome 17 – Le sentier des larmes : François Corteggiani & Michel Blanc-Dumont

Titre : La jeunesse de Blueberry – Tome 17 – Le sentier des larmes

Scénariste : François Corteggiani
Dessinateur : Michel Blanc-Dumont

Édition : Dargaud (31/10/2008)

Résumé :
Lors de la bataille de la Cumberland River, un civil accompagnant des Nordistes a été capturé par un groupe de Cherokees. Et seul cet homme connaît l’emplacement d’un train dans lequel se trouve un coffre-fort –ainsi que sa combinaison- dans lequel est contenu une énorme somme en or.

L’or résulte d’un envoi de la banque Rothschild aux Nordistes ET Sudistes pour aider « à l’effort de guerre ».

La banque est gagnante car, quelle que soit l’issue du conflit, elle en tirera de très gros intérêts « participatifs ».

Grosse panique dans les deux camps. Une réunion secrète s’est tenue à Washington où les représentants des « bleus » et des « gris » ont traité ensemble de la façon de récupérer l’or dont chacun héritera – normalement – de la moitié.

Divers groupes se sont ainsi mis sur la piste du « train d’or ». Les ravisseurs indiens sont menés par John Bear’s Fingers, un personnage étrange, un peu sorcier et divinateur qui rêve de rendre la gloire à son peuple en s’emparant du coffre.

Critique :
Le tome précédent était un peu nébuleux par moment, mais en lisant le résumé en première page de celui-ci, tout s’est éclairé !

Il y a du bon dans cet album, mais Blueberry a plus l’air de subir que d’agir, et c’est inhabituel.

De plus, il se fait voler la vedette par le personnage du vieil indien croisé dans l’album précédent : John Bear’s Fingers.

Notre vieil homme a vu son peuple se faire spolier, voler, expulser par l’Homme Blanc qui ne sait pas respecter sa parole (Trumpette n’est pas le premier à revenir dessus, sauf que lui, il poste sur Twitter) et pire encore, par un des leurs, un Cherokee.

J’aurais aimé que l’on développe un peu plus les longues marches que les Cherokees durent faire et où ils moururent par milliers.

Un album qui n’a pas le niveau de ce que je connais des aventures de Blueberry, mais comparé à ce que j’ai lu ensuite, ma foi, on s’en sort encore bien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

La Jeunesse de Blueberry – Tome 16 – 100 dollars pour mourir : François Corteggiani & Michel Blanc-Dumont

Titre : La Jeunesse de Blueberry – Tome 16 – 100 dollars pour mourir

Scénariste : François Corteggiani
Dessinateur : Michel Blanc-Dumont

Édition : Dargaud (2007)

Résumé :
Suite au décès prématuré d’un prisonnier confédéré appartenant à un petit groupe d’indiens cherokee, le jeune lieutenant Blueberry se retrouve bien malgré lui sur la piste d’un étrange envoyé de la banque Rothschild qui a mystérieusement disparu.

Alors qu’à Washington d’étranges accords se nouent sous la férule d’Alan Pinkerton, il se lance dans une folle aventure au péril de sa vie.

Premier tome d’un nouveau diptyque signé de main de maître par François Corteggiani et Michel Blanc-Dumont.

Critique :
L’album commence fort avec le massacre d’une patrouille de Nordistes par des Sudistes, embusqués derrière un talus et ça dégomme sec !

Comme toujours, le nerf de la guerre est l’argent et dans ce tome-ci, nous n’avons pas moins qu’un train rempli d’or qui est essentiel à l’effort de guerre, qu’il soit Nordiste ou Sudiste…

Vous n’êtes pas sans savoir que des banques américaines, lors de la Seconde Guerre Mondiale, mangeaient à tous les râteliers et finançaient aussi bien les américains que les allemands, histoire de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, sans doute…

Et dans ce train qui n’est pas le postal Glasgow-Londres, il y a de l’argent en provenance de la banque pour laquelle l’employeur du tabasseur a bossé : Rotschild !

— Car vous n’êtes pas sans savoir que c’est notre banque de Londres qui finance l’effort de guerre nordiste.
— En effet, Monsieur Lewis, en effet, comme je n’ignore point également… que par le plus grand des miracles… pff… c’est votre banque de Paris… qui dans cette guerre… finance les troupes du général Lee…

Et le type disparu est le seul à connaître la combinaison gagnante qui ouvre la boite au trésor…. Chargé de mission ? Blueberry, bien entendu ! Accompagné du sergent Grayson et ils ne seront pas trop de deux pour venir à bout de toutes les chausses-trappes tendues sur leurs parcours.

Véritable petite enquête afin de savoir qui a enlevé l’envoyé de la banque Rotschild, sans oublier le train bourré d’or coincé quelque part, un Allan Pinkerton flirtant avec on ne sait trop quelle ligne et des Indiens en colère pour toutes les saloperies, génocides et autres spoliations de terre dont ils furent victimes par l’Homme Blanc.

Un tome qui pulse, des dessins agréables à regarder, une histoire comme ne l’aurait pas renié le Blueberry adulte sous la plume de ses premiers pères (Giraud et Charlier) car c’est relevé, épicé, sans temps morts et notre jeune bourru mal rasé brille toujours par son inventivité et sa bravoure, sans parler de sa répartie et de sa manière bien à lui de se prendre des coups sur la tête.

Mon seul regret est de ne pas avoir encore mis la main sur la suite et que l’album est parfois un peu obscur, nébuleux et qu’il m’ait fallu plusieurs retours en arrière pour être bien sûre que je n’avais rien raté.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

Blueberry – Tome 18 – Nez cassé : Jean-Michel Charlier & Jean Giraud

Titre : Blueberry – Tome 18 – Nez cassé

Scénariste : Jean-Michel Charlier
Dessinateur : Jean Giraud

Édition : Dargaud – 1980

Résumé :
Nez Cassé est le dix-huitième album de la série de bande dessinée Blueberry de Jean-Michel Charlier (scénario) et Jean Giraud (dessin). Publié pour la première fois en 1980, c’est le premier album du cycle de Blueberry fugitif (trois tomes).

Le surnom « Nez cassé » que donnent les indiens à Blueberry est attribué à celui-ci pour la première fois par Cochise dans l’album La Piste des Navajos (1968, planche 4) et est réutilisé comme titre du présent album.

L’origine du nez brisé de Blueberry est racontée dans la courte histoire Double jeu parue dans le Super Pocket Pilote N°9 daté du 29 octobre 1970, reprise dans l’album Cavalier bleu (1979).

Critique :
Si vous avez lu l’album précédent, Angel Face, vous vous souvenez sans doute du déraillement du train, de son embrasement soudain et du fait que l’on n’ait pas retrouvé le cadavre de Mike S. Blueberry.

Nous sommes deux ans plus tard et dans au Trading-Post de Fort Bowie, des Blancs s’amusent à tirer des Navajos comme des lapins tandis que plus loin, les passagers d’une diligence découvrent le cadavre d’un homme criblé de flèches indiennes.

Le rapport entre les deux ? La vengeance est un plat qui se déguste chaud et qu’avec un excellent stratège, on peut refaire le coup du cheval de Troie et savourer sa victoire.

Je ne spolie pas en vous disant que le grand stratège qui pense comme un Blanc n’est autre que notre ami avec un nom de confiture. Si vous avez lu la collection de ses aventures, vous savez aussi qu’il était ami avec Cochise, le chef des Apaches.

Dans cet album, on revient aux fondamentaux de Blueberry, c’est-à-dire les indiens qui étaient fort présent dans les premiers albums et qui s’étaient fait plus rares ensuite.

Ça sent le retour des guerres indiennes, certains le souhaiteraient, il y a toujours du profit à se faire dans ce genre de batailles. Le feu couve et la moindre étincelle pourrait mettre le feu aux poudres.

Sachant que l’Armée déteste les Rouges et que de leur côté, les Rouges ne sont pas amoureux des Tuniques Bleues… Que certains esprits échauffés voudraient prouver leur valeur et bouffer, selon sa position, du Blanc ou du Rouge, on peut dire qu’il va falloir marcher sur des oeufs pour éviter un embrasement de la région.

Blueberry, lui, il a le cul entre deux chaises : il aime ses frères Indiens mais il ne vaut pas faire couler le sang des Blancs et sa position est difficile à tenir car certains indiens aimeraient qu’au lieu de se cacher et de fuir continuellement, passer à l’attaque afin de prouver leur valeur et devenir calife à la place du calife.

Trahisons, coups fourrés, stratégies magistrales, bravoure, folie, amour, coups de poignard dans le dos, vengeance, violences, haine, tout cela se retrouve au menu de cet album qui tranche avec les précédents puisque l’on revient aux fondamentaux.

La folie et la bêtise des hommes est illustrée de plusieurs manières, dont celle humoristique de Chini, la fille de Cochise, courtisée par Blueberry et Vittorio qui, au lieu de lui rapporter ce qu’elle souhaiterait (robe de femme Blanche, boite à moudre le temps) arrivent tout deux avec des choses dont elle n’a cure et se demandent pourquoi elle n’est pas heureuse avec ses cadeaux.

Qu’ils soient Blancs ou Rouges, les hommes sont stupides. L’un me ramène un révolver, l’autre une charogne puante et ils voudraient que Chini leur saute au cou.

Un excellent tome qui évite le manichéisme entre les Blancs et les Rouges, qui propose des personnages bien travaillés, tourmentés, fous de haine ou avec la tête sur les épaules. Personne n’est tout blanc ni tout noir.

Blueberry, une série bédé à découvrir, si ce n’est déjà fait, ou à relire car on y revient toujours avec plaisir tant le scénariste avait du talent et le dessinateur aussi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

L’étrange incident : Walter Van Tilburg Clark

Titre : L’étrange incident

Auteur : Walter Van Tilburg Clark
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (02/06/2016)
Édition Originale : The Ox-Bow Incident (1940)
Traducteur : Camille Guéneux

Résumé :
Lorsque, un jour de printemps, la nouvelle d’un vol de bétail et de l’assassinat du jeune et populaire cow-boy Kinkaid se répand, les hommes de Bridger’s Wells forment une milice pour venger ce crime.

Mais est-ce vraiment dans l’intention de rendre justice à l’un des leurs et de reprendre le bétail volé ? En moins de 24 heures, cette affaire en apparence simple dévoilera la psychologie complexe d’une communauté isolée et livrée à elle-même.

Huis-clos au grand air, ce western, déjà traduit par Gallimard en 1947, que nous publions dans une version révisée, rend palpable la vie des cow-boys au milieu du XIXe siècle dans une vaste région d’élevage au sud-ouest des États-Unis.

À travers le récit d’un témoin direct des agissements de ce groupe violent, Walter Van Tilburg Clark dresse le portrait d’hommes égarés et dénonce justice expéditive et tyrannie de la majorité.

Critique :
L’effet de la meute… Tout le monde en a au moins fait une fois les frais dans sa vie ou pire, a hurlé avec la meute et ne se souvient plus trop bien du pourquoi du comment.

Maintenant, avec les réseaux sociaux, il est facile et rapide de rameuter la meute et de la faire hurler sur n’importe qui à propos de n’importe quoi, généralement une chose que cette personne à dite ou à faite et qui nous met en rage, alors qu’on devrait laisser couler.

Ici, un jeune garçon arrive tout affolé parce qu’on a tué un cow-boy du rancher Dew : Kinkaid. De plus, ces derniers temps, bon nombre de vaches ont été volées.

La goutte d’eau qui fait déborder le vase et monter la pression est le fait qu’on ait tué ce cow-boy et volé une soixantaine de bêtes. 28 cavaliers vont se mettre sur la piste des voleurs et assassins, le tout sans aucune accréditation aucune du shérif, au mépris de toutes les règles et avec l’intention de les pendre haut et court.

Les suiveurs, tel un troupeau de vaches mené par celle qui est dominante, suivront les meneurs. La raison du plus fort est toujours la meilleure et la majorité l’emportera toujours sur la minorité…

— […] Nous ne sommes pas des Indiens qui se contentent d’une misérable et lâche vengeance. Nous voulons la justice, et la justice ne s’obtient ni par la hâte ni par la colère.

Sherlock Holmes se méfiait des émotions et il avait raison : les émotions telles que la haine, la rage, la colère, vont aveugler ses hommes et les mener à une expédition que bon nombre n’auraient jamais accompli si ont leur avait donné le temps de réfléchir et s’ils n’avaient pas eu peur de passer pour des lâches, pour des mauviettes, devant les autres.

La plupart des hommes ont peur par-dessus tout d’être pris pour des lâches, et la lâcheté physique est pire à leurs yeux que la lâcheté morale. On peut cacher la lâcheté morale sous un tas d’arguments bruyants, mais même un animal sent quand un homme a peur. Si la rareté fait le prix d’une chose, le courage moral est alors d’une qualité cent fois supérieure à celle du courage physique.

Ne pas y aller aurait été perçu comme un acte de lâcheté, alors, tout le monde y est allé sans écouter une seule fois la voix de la raison. Un meurtre avait été commis, du bétail volé, il fallait des coupables, des boucs-émissaires pour passer sa rage dessus…

Ce western sombre met du temps à se mettre en place, la première moitié du roman servant à mettre en place les deux protagonistes principaux, Art Croft et son ami Gil  Carter, ainsi qu’une partie de ceux qui composeront cette bande de joyeux lyncheurs, occupés à attendre au carrefour que le posse comitatus (*) soit au complet.

[…] il suffisait de se mettre assez en colère pour ne pas avoir peur d’être dans son tort. Et c’était bien ce qu’ils étaient tous en train de faire. Chaque fois qu’un nouveau cavalier arrivait, ils le dévisageaient, comme s’ils le haïssaient, comme s’ils trouvaient qu’il commençait à y avoir trop de monde. Et il continuait d’en arriver ! Chaque minute qui passait rendait l’intervention de Davies plus ardue.

La seconde partie fait monter la pression, on sait qui sont les meneurs, on sait qui sont les hommes pas très chaud pour cette justice expéditive et une fois les hommes trouvés, là, on atteint des sommets niveau battements du cœur.

L’effet de meute joue en plein et l’auteur fustige cela en poussant loin la psychologie des personnages, leurs idées, leurs pensées, leurs dialogues, leurs actions. Muet, on assistera à l’horreur de l’acte au petit matin blême, dans un froid piquant, ne sachant pas trop quelle position adopter tant l’ambiance est malsaine et oppressante.

— Vous vous moquez pas mal de la justice, lui lança Martin. Ça vous est bien égal de pendre des innocents ou des coupables ! Vous n’en faites qu’à votre tête. Quelqu’un s’est fait voler quelque chose et il faut qu’un autre en subisse les conséquences. Vous ne voyez pas plus loin que ça.

Un lecture que j’ai terminée sur les genoux, dégoutée de l’Humain, le souffle court une fois la pression retombée, avant que l’auteur ne me repique avec une discussion entre Croft et Davies, le plus modéré de l’histoire expliquant que tout le monde avait déjà trouvé qui rendre responsable de tout ceci, oubliant déjà que personne ne les avait obligé à aller rendre justice eux-même et qu’ils y étaient parti avec cette volonté de pendre des hommes…

On peut se sentir terriblement coupable sans avoir rien fait, quand les gens qui se trouvent avec vous ne vous font pas confiance.

Il démontra que c’était tout aussi vrai quand ce mépris de la loi vient d’un chef ou d’un peuple. Il se propage alors comme une maladie, dit-il, et devient infiniment plus meurtrier, quand la loi est dédaignée par des hommes qui prétendent agir au nom de la justice, que quand elle est simplement inefficace, ou même quand ceux qui sont élus pour l’administrer sont des hommes malhonnêtes.

Un western noir rempli d’émotions à l’état brut, une piqûre envers la société américaine qui n’interdit le lynchage qu’en 1946 et un livre qui malgré son âge (édité en 1940), a toujours des relents de réalisme tant cet effet de meute est toujours présent, les lynchages se faisant médiatiquement, maintenant, avec toutes les conséquences graves qui peuvent en découler.

— Pas si directement que ça, me répondit-il, pas si ouvertement. Nous le faisons, parce que nous sommes dans la meute, parce que nous avons peur de ne pas être acceptés dans la meute. Nous n’osons pas montrer notre faiblesse à la meute. Nous n’osons pas résister à la meute.

L’Homme sera toujours un prédateur pour l’Homme, ne s’attaquant pas au plus faible, mais à celui qu’il jalouse, qui lui fait de l’ombre… Tout en se donnant moult justifications pour expliquer son geste.

— Il y a une différence : nous avons des raisons.
— C’est la même chose, dit-il durement. Cela nous rend-il meilleurs ? Pires, dirais-je. Les coyotes, du moins, ne se donnent pas d’excuses. Nous nous imaginons vivre d’une façon supérieure, mais comme eux nous continuons à chasser en bandes comme les loups, à nous terrer tels des lapins. Tous leurs plus vilains traits.
— Il y a une différence, dis-je. C’est nous qui soumettons les loups et les lapins.
— Vous parlez de pouvoir, dit-il amèrement.
— Sur vos loups, et sur les ours aussi.
— Oh ! Nous sommes intelligents, fit-il du même ton. Nous ne les soumettons que pour exercer notre pouvoir. Oui, nous avons su leur inspirer la crainte à tous, excepté à ces pauvres choses domestiquées que l’on a privées d’âme. Nous sommes les coqs des tas de fumier, les brutes de ce monde.
— Nous n’allons pas chasser le lapin ce soir, lui rappelai-je.
— Non, mais notre propre espèce. Un loup ne le ferait pas, pas même un coyote galeux. C’est ça que nous faisons maintenant, chasser notre propre espèce. Le gibier a cessé de nous exciter.

[…] Ce que chacun de nous désire le plus passionnément est la puissance. Si on osait, on laisserait tomber la meute. Mais on n’ose pas, alors on s’en sert, on la manipule pour qu’elle nous aide à perpétrer nos petits massacres. Nous nous sommes rendus maîtres des chevaux et du bétail. Maintenant il nous faut dominer notre prochain, faire de l’homme un animal domestique. Le tuer pour nous en nourrir. Et plus la meute est petite, plus la part de chacun est grande.

[…] Je vous dis qu’elles sont pires que des loups. Elles ne se débarrassent pas des impotentes, elles se débarrassent des meilleures. Elles s’associent pour faire tomber celles qui ne veulent pas se mêler à leurs sales ragots, celles qui ont plus de beauté, de charme, d’indépendance, de tout ce qu’elles n’ont pas. 

(*) Le posse comitatus est le droit donné à un shérif ou à un autre officier de police d’enrôler des hommes pour l’assister dans le maintien de la paix ou dans la poursuite et l’arrestation de hors-la-loi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).