Nains – Tome 21 – Ulrog de la forge : Nicolas Jarry et Pierre-Denis Goux

Titre : Nains – Tome 21 – Ulrog de la forge

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Pierre-Denis Goux

Édition : Soleil (27/10/2021)

Résumé :
Suite à son refus de servir les intérêts du grand maître de Forge, Ulrog, fils ainé de Redwin, est accusé de trahison. S’il veut sauver sa tête : il doit acquérir une place au conseil de son ordre en remportant le tournoi du meilleur forgeron d’Arran.

Pour y parvenir, il a besoin d’un combattant exceptionnel capable de maîtriser son art. Il partira en quête de Jorun, son propre frère.

Critique :
Être « le fils de » n’est pas toujours un cadeau (sauf en politique). Et chez les Nains, être le fils de Redwin de la Forge n’est pas une sinécure ! Ulrog en sait quelque chose et son frère Jorun aussi.

L’ordre de la Forge fait partie de mes préférés, avec celui des Errants. En règle générale, j’y ai toujours trouvé de la profondeur scénaristique et mon quota d’émotions.

Une fois de plus, on se retrouve avec deux frères que tout oppose, qui ne se sont plus parlé depuis les lustres, deux frères dont l’un est talentueux et l’autre ne sait pas gérer sa colère et l’un a besoin de l’autre, absolument besoin !

On choisit ses copains, mais rarement sa famille, c’est bien connu. Pourtant, si Jorun est une sacrée tête de mule, un guerrier sans peur, possède un sale caractère et la haine envers les Terres d’Arran entières, il sait aussi écouter le murmure des talions et le plaisir d’un combat avec un adversaire digne de lui.

Oui, mais nous sommes au pays des Nains, dans l’Ordre de la Forge et quand un puissant veut le pouvoir absolument, il est prêt à tout pour l’obtenir, même à tricher, à se faire forger une arme par trois forgerons et à oublier que son fils est une brute épaisse sans diplomatie, sans distinction, bref, un chien enragé qui pourrait mordre la main de celui qui le nourri.

Les dessins de Pierre-Denis Goux sont excellents, dynamiques, rempli de détails, avec des décors somptueux et des combats dont les différents cadrages nous donneront l’impression d’être au cœur de l’action.

Depuis toujours, une grande partie des histoires, des personnages, des différentes sagas et des différents peuples sont liés ensemble et il serait temps que je relise toute la saga afin de bien tout remettre dans ma mémoire avant qu’un clash final n’arrive (ou juste pour  le plaisir de relire tous les albums).

Une fois de plus, c’est un bel album sur la fraternité, les liens du sang, que nous offrent les auteurs. Depuis le premier tome où l’on a découvert Redwin marmouse, ils l’ont fait évoluer, l’ont doté d’une famille, leur ont fait vivre des aventures palpitantes, remplies d’émotions et je me demande quelle sera l’étape suivante car là, on a un membre de la fratrie qui n’est pas content et je sais que quand lui n’est pas content, vaut mieux se barrer fissa !

Mais moi, je veux être aux premières loges pour voir comment tous les scénarios développés précédemment vont se conclure (si conclusion il y a), car je sens que l’heure est proche…

Un excellent album de l’Ordre de la Forge !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 60 pages).

#LesMémés – T01 – Chroniques des âges farouches : Sylvain Frécon

Titre : #LesMémés – T01 – Chroniques des âges farouches

Scénariste : Sylvain Frécon
Dessinateur : Sylvain Frécon

Édition : Fluide glacial (03/02/2021)

Résumé :
Ce qui est bien avec l’âge, c’est qu’on n’hésite plus à donner son opinion sur tout. Et c’est ce qui fait tout le charme de ces mémés vives d’esprit, parfois acerbes mais toujours très lucides sur le monde qui les entoure.

Un album vif et truculent où l’absurde et la poésie font bon ménage.

Critique :
L’avantage du grand âge, c’est qu’il permet de dire tout et n’importe quoi ! Le tout en se foutant bien du quand-dira-t-on, de choquer ou pas…

Les mémés qui peuplent ces pages sont caustiques, irrévérencieuses, acides, lucides, elles ont les nichons qui pendouillent, les fesses qui débordent de tous les côtés, le caddie qui les suit et elles m’ont bien fait rire, ces mémés, avec leurs réflexions pas piquées des hannetons.

L’une d’elle m’a même fait péter de rire en utilisant un masque facial d’une toute autre manière que pour se protéger du covid.

Et puis, elles sont branchées, les mémés ! Elles likent, elles pokent, bref, elles sont connectées.

Les dessins sont dans des formes simples. Pas de chichis. Soit l’auteur nous offre nos mémés évoluant dans des décors minimalistes, juste ce qu’il faut, soit nos petites vieilles se retrouvent sur des fonds blancs pour distiller leurs réflexions sur tous les sujets possibles.

Ce minimalisme leur va comme un gant !

Des grands dessins (les vieux pourront lire sans difficulté), des gags sur une page ou deux, une grande police d’écriture, bref, tout est fait pour qu’on puisse les lire jusqu’à 77 ans et plus.

Une bien belle découverte, que ces mémés caustiques qui nous livrent des réflexions pleines de bons sens, d’humour, de causticité, sur notre société, le monde, bref, elles philosophent accoudées au zinc d’un bar et en plus d’être drôles, elles sont bien piquantes !

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 96 pages).

Féroce – Tome 1 – Taïga de sang : Gregorio Harriet et Alex Macho

Titre : Féroce – Tome 1 – Taïga de sang

Scénariste : Gregorio Harriet
Dessinateur : Alex Macho

Édition : Glénat (01/09/2021)

Résumé :
Quand la nature se déchaîne, personne n’est à l’abri.

Sur le territoire du kraï du Primorié, en Extrême-Orient russe, près des frontières de la Chine et de la Corée du Nord, un tigre de Sibérie blessé par un braconnier se consacre à la chasse à l’homme. Non par faim mais plutôt par vengeance, il peint du sang de ses victimes la taïga sibérienne.

Ni les brigades forestières contrôlées par la mafia sino-russe, ni les agents du Centre du Tigre de l’Amur, ni les groupes environnementaux ne sont en sécurité lorsque l’Amba, l’esprit des forêts, part à la chasse.

Inspiré de faits réels, Féroce fascine par ses silences et ses paysages hivernaux désolés. Un récit puissant, peuplé de personnages forts et plus vrai que nature où le massacre et l’horreur peuvent être enclenchés à tout instant.

Critique :
Extrême-Orient russe, près des frontières de la Chine et de la Corée du Nord… Autrement dit, dans le trou du cul du Monde, version glacée ! Là-bas, on coupe des arbres qu’on ne peut pas couper, pour l’exportation.

D’ailleurs, il paraît que l’on déforeste plus en Sibérie qu’en Amazonie et pourtant, on ne parle que l’Amérique du Sud… Les petites branches laissées au sol, après l’abattage (pas une machine) deviendront tellement secs en été que c’est incendie garantit !

Et quand un connard ne trouve rien de mieux que de tirer sur un tigre, les emmerdes commencent car quand tigre fâché, lui toujours manger Homme.

La première chose que j’ai appréciée, c’est le visuel : la couverture frappe bien fort et les dessins sont magnifiques. Très dynamiques aussi.

Le scénario part dans plusieurs directions à la fois et bien avant la fin de ce premier album, on a bien compris les différentes ramifications entre les personnages et ce qui est en train de se produire depuis le tir sur le tigre.

Nous sommes dans un excellent scénario, avec de la profondeur et sans dichotomie entre les bons reporters qui font un reportage sur les tigres de l’Amour et les vilains bûcherons qui coupent à tort à travers. Pas de ça, Lisette, madame la journaliste peut avoir l’écologie à géométrie variable et le jeune bûcheron des états d’âmes.

Le final, petit salopard, laisse le lecteur devant un suspense frustrant, puisqu’il faut attendre pour lire le second tome. Une chose est certaine, je serai au rendez-vous pour la suite !!

Une bédé à découvrir en restant bien au chaud chez soi car les paysages enneigés, s’ils sont magnifiques, donnent tout de même l’impression de froid extrême.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°92], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°94] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

 

Mages – Tome 06 – Yoni : Nicolas Jarry et Giovanni Lorusso

Titre : Mages – Tome 06 – Yoni

Scénaristes : Nicolas Jarry et David Courtois
Dessinateur : Giovanni Lorusso

Édition : Soleil Productions (03/11/2021)

Résumé :
Lors de la guerre des goules, les mages runistes de Dumn sont passés maîtres dans la fabrication de Golem.

Avec la paix, ces colosses ravageurs s’affrontent désormais dans les arènes faisant la fortune de leur maître.

Yoni, 11 ans rêve d’être l’un d’entre eux, mais lors d’une funeste nuit, il devient orphelin. Yoni n’a plus qu’une obsession : réaliser le Golem parfait qui vengera les siens !

Critique :
Yoni est un gamin qui rêve de fabriquer un golem. Tout va bien dans sa vie, jusqu’à ce que tout parte en fumée et qu’un jour, il décide de se venger.

Une histoire classique, en effet. La vengeance est vieille comme le monde, mais pas toujours facile à accomplir, surtout lorsqu’on a le gabarit d’un David et que celui dont on veut se venger a la carrure d’un Goliath !

Enfin, pas la carrure, mais des soldats et la puissance de feu d’un porte-avions de combat…

J’ai apprécié les dessins des décors, moins ceux des personnages qui avaient des petits airs de personnage de manga à certains moments. Bouches grandes ouvertes, se bâfrant comme dans les mangas, grands yeux avec beaucoup de blanc… Les dessins des golems, eux, j’ai apprécié.

Le bât a blessé avec Yoni : je n’ai pas vraiment accroché avec lui. C’est un jeune gamin turbulent, possédant un savoir-faire énorme, un peu fanfaron, voulant que son père fabrique des golems de combat, qu’on le respecte,…

Non, il avait du potentiel, le jeune Yoni, il était travaillé, pourtant, il a semblé lui manquer quelque chose pour que ça colle entre nous, alors que je matche souvent avec les culs-verts de la saga Orcs & Gobelins. Cherchez pas, docteur !

L’histoire, bien que classique, n’est pas dénuée d’intérêt. Une fois de plus, nous nous retrouvons avec un enfant qui a des rêves de gloire, puis qui a tout perdu, qui sera pris en charge par un adulte, une personne qu’il détestera au départ, mais avec laquelle il s’associera pour forger son golem de la vengeance.

Cette personne, comme d’habitude, sera son mentor, celle qui l’aidera à devenir ce qu’il veut être, ce qu’il est vraiment : mais pour cela, il faut passer par la bonne vieille case de l’apprentissage. Le maître n’est jamais content du travail de l’apprenti et ce dernier pense qu’on le fait bosser comme un esclave et que tout ce qu’il fait est magnifaïïïk.

Classique, en effet, mais ça marche toujours.

Toujours aussi classique l’histoire du type qui a du pouvoir et qui n’a pas apprécié qu’on lui dise non et qui, en représailles, n’a aucune morale à effacer tout un village de la carte…

Malgré le bon potentiel de l’histoire, n’ayant jamais eu d’atomes crochus avec Yoni, cela m’a empêché de vibrer avec lui.

Attention, comme je l’ai dit plus haut, ce gamin a du courage, il est prêt à tout, il a du talent, considère son golem comme un être vivant, mais il ne sait pas tenir sa langue (et cela entraîne des conséquences devant les puissants) et prends trop gros risques pour arriver à son but ultime, oubliant qu’il pourrait tout perdre et repartir à zéro.

Couillu, le Yoni, certes, rusé, d’accord, mais cela c’est déjà retourné contre lui, ses fanfaronnades.

Ceci n’est pas un mauvais album, loin de là, mais il ne m’a pas emporté. Dommage.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 66 pages).

Jours de sable : Aimée De Jongh

Titre : Jours de sable

Scénariste : Aimée De Jongh
Dessinateur : Aimée De Jongh
Traduction : Jérôme Wicky

Édition : Dargaud (21/05/2021)

Résumé :
Washington, 1937. John Clark, journaliste photoreporter de 22 ans, est engagé par la Farm Security Administration, l’organisme gouvernemental chargé d’aider les fermiers victimes de la Grande Dépression.

Sa mission : témoigner de la situation dramatique des agriculteurs du Dust Bowl. Située à cheval sur l’Oklahoma, le Kansas et le Texas, cette région est frappée par la sécheresse et les tempêtes de sable plongent les habitants dans la misère.

En Oklahoma, John tente de se faire accepter par la population. Au cours de son séjour, qui prend la forme d’un voyage initiatique, il devient ami avec une jeune femme, Betty. Grâce à elle, il prend conscience du drame humain provoqué par la crise économique. Mais il remet en question son rôle social et son travail de photographe…

Critique :
1937, États-Unis… Le krash boursier de 1929 a eu lieu et une partie de l’Amérique se prend de plein fouet le Dust Bowl.

Pour les ignares du fond de la classe, le Dust Bowl n’est pas la finale du championnat organisé par la ligue américaine de football américain, mais une série de tempêtes de poussière qui s’est abattue sur les plaines des États-Unis !

L’Oklahoma, le Kansas et le Texas, furent touchés, dans les années 30, par la sécheresse et une série de tempêtes de poussière provoquant une catastrophe écologique et agricole.

Si jamais, relisez (ou lisez) « Les raisins de la colère » de Steinbeek…

La première chose que l’on admire, dans ce roman graphique, ce sont les dessins de l’autrice : de belles grandes planches montrant des décors new-yorkais et ensuite de la région de l’Oklahoma (dans le manche de cet état qui ressemble à une poêle à frire).

Si N-Y grouille de vie et misère, dans l’Oklahoma, ça grouille de misère et la vie se cache tant il est difficile de respirer ou de vivre dans cette région touchée de plein fouet par ces nuages de poussières.

Les couleurs sont dans des tons pastels et même sans paroles, ces grandes planches parlent plus qu’un discours. Sans avoir le choc des photos, on a le choc des dessins et pas besoin du poids des mots, les images parlent d’elles-mêmes.

Des grands dessins sur des pleines pages ou sur des doubles pages : l’envie est grande de les enlever de la bédé et de les accrocher au mur, tant ils sont magnifiques.

De plus, le scénario ne manque pas de profondeur avec les réflexions des habitants de l’Oklahoma sur les photos que prend John Clark : c’est de la mise en scène !

Lui-même se posera la question sur son travail de photographe : est-ce qu’il rend justice aux habitants soumis au Dust Bowl ? La mise en scène est nécessaire pour faire une belle photo, certes, mais donne-t-elle vraiment la dimension de leur souffrance, de ce qu’ils endurent depuis des années ?

Moi qui me plaignais ces derniers temps de ne pas ressentir des émotions dans certains romans lus, ici, j’en ai pris plein ma tronche, des émotions !

Pas de pathos, pas de larmoyant, l’autrice n’est pas là pour faire pleurer dans les chaumières, et pourtant, elle est arrivé, de pas ses dessins, ses personnages, les actions de John Clark, par les dialogues, à me donner des frissons et à faire monter l’eau aux yeux, afin d’en ôter la poussière.

Une magnifique bédé qui va s’en aller rejoindre le clan des bédés d’exceptions dans ma biblio.

Chaque jour Dracula : Loïc Clément et Clément Lefèvre

Titre : Chaque jour Dracula

Scénariste : Loïc Clément
Dessinateur : Clément Lefèvre

Édition : Delcourt Jeunesse (25/04/2018)

Résumé :
Comme chaque matin de la semaine, Dracula va à l’école. Mais c’est avec une boule au ventre car certains de ses camarades de classe, de gros balourds, n’arrêtent pas de l’embêter.

Certes, quelques-unes de ses particularités font de lui un garçon différent mais estce une raison suffisante pour qu’il subisse ce harcèlement constant ?

Comment y remédier ? Un soir, il franchit le pas et en parle à son papa…

Critique :
Le harcèlement scolaire n’est pas neuf, hélas, mais de mon temps, au moins, il s’arrêtait lorsque vous quittiez l’école à 16h !

Il ne se poursuivait pas en dehors des murs de l’école, ni durant les week-end, ni durant vos vacances.

Maintenant, avec les réseaux sociaux, les gosses harcelés ne sont plus jamais tranquilles et pire, le monde entier peut se moquer d’eux.

Utiliser le personnage de Dracula, enfant, pour parler du harcèlement scolaire et de la différence était une excellente idée. Cela aurait pu être n’importe qui, mais le fait que ce soit LUI, donne une autre dimension à cette excellente bédé.

Qui pourrait imaginer que le grand Dracula, la terreur de vos nuits de cauchemars, des films de la Hammer, le vampire de la légende, serait victime du harcèlement scolaire ? Moi jamais… Dans cette bédé, c’est lui la tête de Turc. Un comble, je sais.

Dracula est un enfant touchant, son père aussi, lui qui est végétarien et qui n’a rien d’une créature démoniaque comme les romans et les films ont tenté de nous faire croire.

Le sujet difficile du harcèlement est bien traité, tout en douceur (si l’on peut dire), avec un Dracula qui pense être responsable de ces brimades (qui peuvent aller loin) et qui n’ose pas en parler à son père, ou alors, du bout des lèvres, minimisant la chose.

J’ai apprécié la justesse du ton, la sensibilité que les auteurs utilisent, faisant bien ressentir les émotions du jeune Dracula, son désarroi, sa terreur, son sentiment d’impuissance face à ces harceleurs qui prennent chacune de ses différences pour se moquer de lui.

Il y a de l’humour dans cet album et de l’espoir ! Bien qu’ici, les réseaux sociaux ne soient pas abordés, on peut rendre espoir à ceux et celles qui sont victimes du harcèlement à sortir la tête hors de l’eau, leur faire prendre conscience que cela peut s’arrêter, à condition que les adultes compétents prennent les choses en charge et que l’enfant harcelé aille puiser des forces en lui.

Oui, je sais, ça ne va pas aussi bien que ça dans la réalité, ce n’est pas si facile que ça de sortir de cette spirale infernale…

Cette bédé a au moins le mérite d’expliquer aux enfants ce qu’est le harcèlement et pourrait faire prendre conscience à certains (certaines) de l’imbécilité de ce genre de comportement ou aux harcelés, à avoir des explications sur la méchanceté de certains.

Les auteurs ont évité le pathos ou le larmoyant, même s’il y des émotions dans cet album, trop court. Ce sera mon seul bémol : j’aurais apprécié plus de pages tant je me sentais bien dans cette bédé jeunesse.

Anybref, une lecture à recommander aux plus jeunes, aux moins jeunes et à ceux qui se retrouvent face à ces têtes blondes qui ne sont absolument pas gentilles (les profs), afin d’enrayer la spirale infernale, celle qui transforme l’école (déjà pas marrante) en jungle où tout est permis.

PS : Merci à Syl, du blog « Thé, lectures et macarons » pour m’avoir donné l’envie de lire ce petit livre jeunesse !

Le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde (Bulles, Jeunesse et vampires), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°93] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 40 pages).

Orcs et Gobelins – Tome 15 – Lardeur : Olivier Peru & Ma Yi

Titre : Orcs et Gobelins – Tome 15 – Lardeur

Scénariste : Olivier Peru
Dessinateur : Ma Yi

Édition : Soleil Productions (05/11/2021)

Résumé :
La terre des Ogres, ses déserts, ses tempêtes de sable, ses immenses temples oubliées emplis de cadavres…

S’ils avaient su ce qui les attendait là-bas, Lardeur et sa bande de mercenaires ne seraient jamais descendus aussi loin au sud des Terres d’Arran.

Mais quand la mort est à vos trousses, et que vous avez tout perdu, que vient le temps d’embrasser la Faucheuse, autant se présenter à elle en véritable cul-vert, le poing serré et la rage au cœur.

Critique :
L’orc sur la couverture de l’album a une sale gueule. Rien qu’à le voir, on n’a absolument pas envie de lui marcher sur les pieds ou de lui demander sa route…

Pourtant, Lardeur n’est pas un mauvais bougre d’Orc.

Il est plutôt tolérant, dans son genre, puisque sa bande est composée de deux autres Orcs, de trois Gobelins, d’une Gobeline et d’un Elfe Bleu !

Ils sont soudés, c’est une famille. Hétéroclite, mais une famille tout de même.

L’album commence gentiment avant de passer à un palier beaucoup plus haut et d’offrir aux lecteurs une montée d’adrénaline puissante, un suspense haletant et une aventure différente des autres déjà lues dans les Terres d’Arran.

Les dessins sont excellents, ils nous plongent directement dans l’histoire et donneront à cette aventure un goût de grandiose tant les décors, comme les actions de notre gang, seront détaillés et magnifiés.

Les couleurs oscilleront entre des tons chauds (pour les passages dans la tempête de sable) ou sombre, pour la partie qui se déroulera dans le « jeu » sadique et machiavélique auquel nos amis devront faire face. Bref, on en prend plein la gueule et ça fait plaisir !

Non, nous n’avons pas fini de faire le tour des Orcs & Gobelins, tout n’a pas été raconté, les scénaristes en ont encore sous la pédale, ils savent faire du neuf avec du classique, donner de la profondeur à des culs verts au sale caractère et emporter leurs lecteurs dans un univers d’héroïc-fantasy des plus intéressant.

La compagnie des orcs/gobelins/elfe est soudée, c’est une vraie famille… Comme toutes les compagnies militaire, ils ont un code d’honneur et ce code fait d’eux des frères, de ce fait, ils n’abandonnent jamais l’un des leurs, sauf s’il est mort.

Il en est de même dans les autres compagnies, même humaines, et c’est à cause de ce code d’honneur qu’ils se retrouveront dans une merde pas possible à côté de laquelle Koko-Lanta fait figure de bac à sable et les émissions des survivalistes passeraient pour des vacances avec les doigts de pied en éventail dans un hôtel 6 étoiles.

Comme quoi, cette solidarité qui est bonne dans certain moment, peut apparaître comme le début des emmerdes dans d’autres cas de figure : comme quand on se fritte la gueule avec ceux de la milice Blanche de Frilonne.

Lardeur et ses copains pourraient reprendre la phrase du célèbre philosophe, Petit Gibus : « Ben mon vieux, si j’aurais su j’aurais po v’nu. »

Non seulement le scénario est puissant, mais le final n’a pas été bâclé et il apporte bien de l’amertume à notre petite bande de mercenaire. C’est caustique.

Un excellent album, plus pour un public avertit que pour les petits enfants et si, dans mon cas, cela ne m’a pas coupé l’appétit, je préciserai tout de même que certains moments pourraient le couper à d’autres… Sans pour autant que les auteurs fassent dans la surenchère !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°91] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Lonesome – Tome 3 – Les liens du sang : Yves Swolfs

Titre : Lonesome – Tome 3 – Les liens du sang

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Yves Swolfs

Édition : Le Lombard (20/10/2021)

Résumé :
Le chemin de la vengeance a mené notre pistolero solitaire jusqu’à New York, sur la piste de l’homme qui a semé le chaos dans sa vie et au Kansas : le sénateur Dawson.

L’homme n’est pas facile à approcher, et les ruffians de la grande ville se révèlent plus coriaces que ceux des plaines.

Le héros anonyme peut-il compter sur l’aide de Miss Lyle, cette mystérieuse enquêtrice qu’il ne cesse de recroiser ? Une seule chose est certaine : cette fois-ci, aucune vision ne pourra le préparer aux révélations qui l’attendent.

Critique :
« Luke, je suis ton père ! ».

Ce qui avait explosé comme un coup de tonnerre dans un certain film, est, en fait, vieux comme le monde : un homme méchant, mauvais, qui ne rêve que de foutre le pays à feu et à sang afin ensuite de pouvoir se glisser au pouvoir avec ses petits copains, a eu un fils, il y a longtemps et ce fiston n’a rien à voir avec son géniteur maléfique.

Lorsqu’un type débarque à New-York du Kansas, il est de suite taxé de bouseux. Lorsque c’est le contraire, le new-yorkais sera traité de pied-tendre… Notre cow-boy solitaire vient de débarquer du Kansas à New-York et les préjugés, les clichés, chevauchent avec lui.

Le seul reproche que je pourrais faire à cette série, c’est sa grande ressemblance avec Durango (du même auteur) : un beau blond, as de la gâchette, taiseux, redresseur de torts. Hormis que Lonesome porte la barbe, a un visage plus épais et ne possède pas le calibre caractéristique de Durango (ni son cigare à la Eastwood).

D’ailleurs, les dessins de Swolfs sont reconnaissables entre mille, quelque soit la série, on retrouve les mêmes traits bien distincts chez différents personnages.

Par contre, l’histoire est différente et l’univers aussi, bien que l’on soit dans du western où les balles fusent et que les corps tombent aux pieds. Swolfs ne s’est pas contenté de resservir les mêmes plats et il est allé un peu plus loin.

La politique, ses politiciens véreux, qui complotent pour foutre le pays en l’air et faire en sorte qu’il ne se relève pas…. Qui veut le pouvoir prépare la guerre et tous les ingrédients sont là pour que ça pète et que Lincoln chavire.

Les dessins sont toujours ceux de Swolfs, c’est à dire réalistes, détaillés, avec de belles couleurs, des traits fluides et des cases bien fournies en détails, que ce soit de la ville ou des décors naturels ou pas.

Il est préférable de relire les deux premiers tomes avant de se plonger dans ce nouvel opus. J’ai été bête de ne pas le faire, cela m’aurait remis tous les détails en mémoire. Le sujet est épais, copieux et ma mémoire est une passoire.

Même si Durango reste dans mon coeur (vieille histoire d’amour), je dois dire que Lonesome, bien que semblable sur certains points de vue, est différent. Et j’apprécie de plus en plus cette série, surtout que l’auteur met à l’honneur une femme qui n’a pas froid aux yeux et qui appartient à la Pinkerton.

Une bédé western qui respecte les codes, mais qui creuse un peu plus que d’habitude. Il y a de la profondeur et de la recherche scénaristique, même si les complots sont aussi vieux que le « Je suis ton père »…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°85], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 54 pages).

Goldorak (BD) : Xavier Dorison, Denis Bajram, Brice Cossu et Alexis Sentenac

Titre : Goldorak (BD)

Scénaristes : Xavier Dorison & Denis Bajram
Dessinateurs : Brice Cossu, Denis Bajram & Alexis Sentenac

Édition : Kana (15/10/2021)

Résumé :
La guerre entre les forces de Véga et Goldorak est un lointain souvenir. Actarus et sa soeur sont repartis sur Euphor tandis qu’Alcor et Vénusia tentent de mener une vie normale.

Mais, des confins de l’espace, surgit le plus puissant des golgoths : l’Hydragon.

Alors que le monstre de l’ultime Division Ruine écrase les armées terriennes, les exigences des derniers représentants de Véga sidèrent la planète : sous peine d’annihilation totale, tous les habitants du Japon ont sept jours pour quitter leur pays et laisser les envahisseurs coloniser l’archipel.

Face à cet ultimatum, il ne reste qu’un dernier espoir… Goldorak.

Critique :
♫ Goldorak, go ♪ Retrolaser en action ♪ Goldorak, go ♪Va accomplir ta mission ♪ Dans l’infini ♪ Des galaxies ♪ ♫ Poursuis ta lutte infernale♪ Du bien contre le mal ♫

Goldorak, je ne le nierai pas, c’est une partie de mon enfance. Alors, le découvrir en bédé, ce fut à la fois une crainte

Dans mes souvenirs lointains, les méchants de Vega voulaient coloniser la Terre et les Gentils de la Terre, aidé par Actarus et Goldorak, les en empêchaient.

Présenté ainsi, ça fait très scénario binaire, dichotomique. Ou était-ce moi qui l’était, à l’âge de 10 ans ?

En tout cas, cette bédé évite le côté binaire des Bons contre les Méchants et dans cette histoire, tout le monde a des nuances de gris. Personne n’est parfait, personne n’est tout à fait méchant, personne n’est tout à fait bon. Chacun trimballe son vécu, ses blessures, ses attentes, ses déceptions.

Les habitants de Vega n’ont plus de planète, ils en cherchent une autre. Ce sont des migrants, des naufragés, juste que contrairement à ceux qui s’échappent de leur pays, eux ont la puissance de feu de milliers de croiseurs et des super flingues de concours. Sans compter un nouveau golgoth : l’Hydragon.

Face à eux, la population du Japon ne fait pas le poids. Avec le nouveau Golgoth, les habitants risquent de se retrouver éparpillé par petits bouts, façon puzzle. L’Hydragon ne correctionne plus : il dynamite, il disperse, il ventile…

Non, non, rassurez-vous, cet album n’est pas composé uniquement de scènes de baston, il y a de la profondeur dans les différents personnages, ainsi que dans son scénario qui évite l’écueil habituel des Bons contre Méchants.

Nous sommes dans un monde où il est plus facile de haïr l’Autre que de l’accepter, plus facile de juger que de comprendre (ou pardonner) et certains démagogues et autres populistes jettent du pétrole sur le feu, s’amusant à diviser pour régner, à monter tout le monde contre tout le monde, dans cet album, c’est plutôt un message de paix qui est délivré. Un message pour la compréhension entre peuples. Contre le mépris des autres.

Le scénario aux petits oignons est servi par des graphismes magnifiques et des couleurs superbes. C’est un bien bel objet que l’on tient entre ses mains. Si Actarus barbu a des petits airs d’Undertaker, une fois rasé, on retrouve celui qui a enchanté nos après-midi, accompagné de tous les personnages du dessin animé, en moins caricaturaux. Ce n’est pas plus mal, nous n’avons plus 10 ans…

Les auteurs ont réussi le subtil équilibre en l’action pure, les combats, les souvenirs, les émotions, l’humour, les moqueries envers certains films hollywoodiens, les retournements de situation, le suspense, le tout sans dénaturer l’univers de Goldorak et en lui donnant une nouvelle vie, sans bâcler le scénario ou le rendre neuneu.

Il y a un véritable travail derrière cet album, tant au niveau des graphismes que du scénario. Sa lecture fut un véritable coup de cœur. Un Goldorak 2021 qui mérite d’être lu tant il est innovant mais respectueux.

Le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde (Asie).

Astérix – Tome 39 – Astérix et le Griffon : Jean-Yves Ferri et Didier Conrad

Titre : Astérix – Tome 39 – Astérix et le Griffon

Scénariste : Jean-Yves Ferri
Dessinateur : Didier Conrad

Édition : Éditions Albert René (21/10/2021)

Résumé :
Accompagnés de Panoramix, le plus célèbre des druides gaulois, ils s’apprêtent à partir pour un long et mystérieux voyage en quête d’une créature étrange et terrifiante.

« Mais quelle est donc cette créature ? » Didier Conrad a fait parvenir un dessin aux Éditions Albert René. Un dessin étrange et mystérieux… Celui-ci montre nos deux héros – créés il y a plus de 60 ans par les géniaux René Goscinny et Albert Uderzo – grimpant le long d’un grand tronc d’arbre pour tenter de récupérer Idéfix qui semble vouloir leur échapper…

Ce tronc est bien singulier car il est sculpté à l’effigie d’une créature énigmatique, dotée de crocs impressionnants et d’un terrible bec de rapace…

…Idolâtrée ou crainte par les peuples de l’Antiquité, cette créature, c’est… le Griffon…

Critique :
Comment reconnaît-on un bon album d’Astérix et Obélix ?

Au sourire béat qui s’affiche sur notre tronche lorsqu’on en sort un de sa biblio pour le relire pour la 392ème fois ?

Au rire qui nous secoue devant un bon jeux de mots ?

Aux répliques que l’on sort, encore et toujours ? Farpaitement !

Qu’en sera-t-il de ce nouvel album ? Je ne peux encore rien vous dire, je ne l’ai lu qu’une seule fois et si je n’ai pas trop été déçue, faut pas s’attendre non plus à une révolution ou à égaler les albums du maître Goscinny.

Les dessins sont parfaits, ils sont dans la lignée de ceux qu’Uderzo nous donnait dans les anciens albums. Le bât blesse toujours avec les scénaristes : pas facile d’égaler les meilleurs, surtout qu’ils seront jugés à l’aune de ce que les Grands ont fait avant eux.

Oublions la belle époque de Goscinny, ce temps est fini, il nous reste à relire les anciens albums et à nous éclater la rate avec les jeux de mots intemporels.

Mais où vont nos mais Gaulois dans ce nouvel album ? Très très loin à l’Est ! Carrément dans le territoire des Sarmates. Ici, les femmes se battent et les hommes restent à la maison à éduquer les enfants. Puis les emmerdes vont commencer pour eux avec l’arrivée des romains. Pour Obélix, c’est l’amusement, l’arrivée des guerriers que l’on peut baffer !

Si ce nouvel album est mieux que certains précédents, ce ne sera pas l’éclate totale tant j’ai eu l’impression que les auteurs n’avaient pas été au bout de leur idées, survolant le tout sans jamais approfondir.

Pourtant, il y avait matière à aller creuser plus profond afin de donner un peu plus d’épaisseur à cette histoire qui semble souvent hésiter et ne pas savoir quelle direction prendre.

Manquant de dynamisme, la fin arrive un peu comme un cheveu dans la soupe, sans conclure l’album d’une manière claire. Par contre, j’ai aimé l’idée du griffon et de voir ce qu’il était en vrai.

Les jeux de mots sont présents, ils ne sont pas mal du tout, surtout avec les Scythes, mais hélas, ils sont temporels. À voir si la génération suivante les comprendra… En tout cas, moi, j’ai tout capté ! Il faudra sans doute que je relise l’album afin de bien m’en imprégner et pouvoir les ressortir sans peine, comme ceux de Goscinny avec les Ibères ou les Numides…

Finalement, je suis le cul entre deux chaises pour ce nouvel album : il a du bon et du moins bon, notamment avec le fait que rien ne soit vraiment approfondit, que tout soit survolé, que l’histoire peine à décoller et qu’elle tourne un peu en rond.

De plus, il manque les sacro-saintes scènes tirées du village, au début de chaque album. Les running gag du « Non, tu ne chanteras pas » ou du « Il n’est pas frais mon poisson ?? », sans oublier les bagarres.

Les nouveaux auteurs font voyager Astérix, mais le must est aussi d’arriver à construire une histoire amusante et inventive sans sortir du village, comme ce fut le cas avant.

C’est donc mitigée que je ressors de cette lecture qui, à mon sens, manquait de profondeur alors qu’il y avait matière à aller plus loin. Pourtant, tout n’est pas à jeter ou mauvais dans ce dernier opus. Peut mieux faire mais ce n’est déjà pas si mal.

Pas évident non plus lorsqu’on reprend une série alors qu’elle était au faîte des scénarios brillants et des jeux de mots drôles du temps du tandem Uderzo/Goscinny.

La série de « Spirou et Fantasio » a elle aussi connu des hauts et des bas. Lorsque Rob Vel (son créateur) l’a passée à Franquin, elle avait été magnifiée. Après Franquin, on a eu des hauts et des bas… Sinon, il faut faire comme Hergé et interdire toute reprise…

Chacun trouvera ce qu’il veut dans ce nouvel album d’Astérix. Tout dépend ce que l’on cherche.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°82], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°92] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages).