La conspiration des médiocres – « Perro » Lascano 04 : Ernesto Mallo

Titre : La conspiration des médiocres- « Perro » Lascano 04

Auteur : Ernesto Mallo
Édition :
Édition Originale : La conspiración de los mediocres (2015)
Traduction : Olivier Hamilton

Résumé :
En Argentine, au début du règne du dictateur Videla, Perro Lascano, jeune policier intègre, enquête sur le suicide d’un Allemand.

Se rendant compte qu’il s’agit en réalité d’un meurtre, il contrarie ses supérieurs corrompus en creusant cette piste et trouve dans le bureau du mort un carnet rédigé par un homme qui a été gardien à Auschwitz.

Critique :
Ce quatrième et dernier tome des enquêtes de « Perro » Lascano est en fait sa première enquête car nous le retrouvons dans l’Argentine des années 70, tout jeune policier, mais déjà tel que nous le verrons ensuite : intègre, incorruptible, ne lâchant jamais rien, tel un chien tenant un os.

Par contre, notre chien est un solitaire et il ne rejoindra jamais la meute des assassins du Triple A (Alianza Anticomunista Argentina).

Lascano dérange, il gêne, et donc, quoi de plus simple que de le mettre sur l’enquête d’un suicide. Elle est bien bonne… Si on voulait se foutre de sa gueule, c’est loupé car le suicide n’en est pas un, c’est une exécution déguisée.

Le faux suicidé est un Allemand et l’enquête va en déranger plus d’un et certains voudront faire cesser la chasse du chien Lascano à tout prix, lui mettre un collier et une laisse autour du cou afin qu’il arrête de chercher des puces sur les dos qu’il ne faut pas.

À mon avis, je viens de lire le Perro Lascano le plus sordide, le plus glaçant, bref, le plus mieux. Lascano est jeune et nous découvrons avec lui l’Argentine de Isabel Perón (1974/1976), qui sera déposée par la junte militaire que dirige le général putschiste Jorge Rafael Videla.

Une fois de plus, la résolution du crime est accessoire, de toute façon, l’assassiné était un salopard de la pire espèce, comme tous les autres qui émigrèrent après la Seconde Guerre Mondiale en Argentine, sans que celle-ci ne s’offusque de leur passé (les autres pays non plus, notamment les États-Unis avec les scientifiques nazis).

Et si tout vous semble aller dans un seul sens, méfiez-vous, parce que Mallo n’a pas  pour habitude de suivre un chemin tracé mais de bifurquer à un moment donné et de vous emmener sur d’autres chemins, plus escarpés, plus sombres, moins connu…

La résolution de l’enquête devient donc accessoire pour le lecteur car moins importante que l’Histoire dans l’histoire que l’auteur dévoile, se servant de ce crime pour nous la conter.

Dans ce récit, ce qui est le plus glaçant, c’est la traduction du carnet de cet Allemand ainsi que les exactions des hommes de Videla, la corruption, les meurtres, les exécutions, la police infiltrée par les types du Triple A, les tortures, les disparitions des gens qui dérangent ou qui pourraient en dire trop sur un indice d’une scène de crime,…

Du début à la fin, j’ai eu du mal à lâcher le roman tant il était prenant, tant il était poisseux de violence et de sang, tant la chape de plomb pesait sur mes épaules à cause de l’atmosphère que l’auteur a su rendre réaliste puisqu’il nous parlait de ce qu’il avait connu dans son pays.

Comme à son habitude, Ernesto Mallo ne s’embarrasse pas de tirets cadratins ou de guillemets pour ses dialogues qui se retrouvent noté en italique, tout simplement, avec les paroles des protagonistes qui se retrouvent toutes l’une sous l’autre, ce qui est plus facile à déchiffrer que lorsque les dialogues se retrouvent insérés dans la narration normale, comme je l’ai déjà vu.

Pour sa première enquête littéraire, Lascano paraît plus humain que dans les suivants car il est amoureux et donc, différent. La vie lui a déjà réservé bien des tourments, bien des peines, mais elle ne l’a pas encore cassé comme il semblait l’être dans les autres romans. Celui nous expliquera pourquoi.

Un roman noir écrit au vitriol, taillé au scalpel, un roman court mais ultra percutant, sombre, violent. L’auteur ne s’encombre pas de fioritures et va directement à l’essentiel. Du brut de décoffrage qui écorche la gorge et pique aux yeux.

Un Perro Lascano qui ne lâche rien mais qui va payer le prix de son honnêteté. Une enquête retorse où les atmosphères angoissantes du pays sont plus importantes que tout le reste. Il m’a glacé, ce roman noir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°225 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 13].

À l’ombre du baron : Fabienne Josaphat

Titre : À l’ombre du baron

Auteur : Fabienne Josaphat
Édition : Calmann-Lévy (15/03/2017)
Édition Originale : Dancing in the Baron’s shadow (2016)
Traducteur : Marie-France de Paloméra

Résumé :
Et vous, qu’auriez-vous fait ?

Haïti, 1965. François Duvalier, alias « Papa Doc » ou « Baron Samedi », fait régner la terreur sur le pays avec ses tontons macoutes.

Bravant le danger, Raymond L’Éveillé, chauffeur de taxi, prend malgré tout le risque d’aider un journaliste poursuivi par la milice en le faisant monter dans sa Datsun dans le centre de Port-au-Prince, imprudence que sa femme lui fait payer en menaçant aussitôt de le quitter avec leurs deux enfants.

Et quand il apprend peu de temps après que son frère cadet, professeur de droit respecté, a été conduit à la prison de Fort Dimanche où l’attend l’exécution, Raymond est au pied du mur et son dilemme des plus cruels : laisser mourir son frère ou tenter de le sauver au risque de tout perdre ?

Critique :
À la question posée « Et vous, qu’auriez-vous fait ? » j’avoue franchement que j’aurais fait dans mes culottes et sans doute appliqué le vieil adage qu’est « Courage, fuyons »…

Franchement, je le dis sans honte car il fallait avoir une sacrée paire de couilles et ne pas trop réfléchir aux conséquences que pouvait avoir une telle action sur sa famille.

Et là, je parle pour les deux frères L’Éveillé, Raymond et Nicola qui ont osé braver la dictature, chacun à leur manière, risquant leur vie et celle de leur famille.

Raymond, c’est un chauffeur de taxi qui osa embarquer une famille menacée par les tontons macoutes et semer cette milice.

Son petit frère, Nicola, est ce prof de droit qui osait parler de censure à ses élèves et qui gardait chez lui un livre explosif sur les assassinats commandés par leur président, Duvalier, dit Papa Doc ou le Baron.

Il ne fait pas bon vivre à Haïti dans les années 60 (et après non plus) et cette lecture m’a affranchi sur la dictature qui régnait sur cette île que nous penserions paradisiaque. Dictature qui continua ensuite avec le fiston de Papa Doc.

Ceci est un roman noir, la misère s’étale sous nos yeux, les gosses ont faim, il y a des restrictions sur l’eau, faut la payer, et cher, tout le monde a peur et le mot communisme ne doit pas être prononcé, comme si ce mot allait contaminer toute l’île, telle la peste au Moyen-Âge !

Ce roman est poignant, il révolte l’Humain qui est en nous car voir ce peuple crouler sous les mauvais traitements, survivre comme ils peuvent et voir leur famille emprisonnées, assassinées, vivant dans des conditions qu’aucun animal ne voudrait et contraire aux plus élémentaires droits de l’Homme.

Tout oppose les deux frères L’Éveillé. Raymond vit dans la pauvreté, tire le diable par la queue afin que sa famille ne manque de rien, même si elle manque quand même de tout. Nicola, de par son statut, a de l’argent, est un petit bourgeois et regarde tout le monde de haut, surtout son frère. Il se sent supérieur.

L’écriture de l’auteure va droit au but, elle ne s’embarrasse pas de métaphores et appelle un chat un chat, autrement dit, un milicien c’est un milicien et n’a rien à voir avec un Bisounours.

La cruauté dont ces miliciens font preuve donne des sueurs froides car ces tontons macoutes ne sont jamais que des gens comme ceux qu’ils maltraitent, avant, ils étaient bouchers, boulangers, des gens normaux. Puis un dictateur est arrivé, la pauvreté s’est installée et ces gens normaux, afin de sortir de la misère, sont devenus ces êtres cruels que l’on ne voudrait jamais croiser dans sa vie.

Les conditions de détentions horribles ne vous seront pas épargnées et l’auteur nous y plonge d’une manière plus que réaliste, nous présentant d’autres prisonniers, nous montrant comment un Homme peut être un loup pour l’Homme, comment l’Humanité fiche très vite le camp en ces lieux.

Mais elle ne fera pas que de vous parler de misère et de conditions inhumaines dans les prisons, elle vous offre aussi l’ambiance haïtienne, même si ce n’est pas celle des cartes postales pour touristes. Le dépaysement est total.

Un roman noir bien écrit, court mais intense, avec des personnages attachants, des trahisons d’amis et des aides de gens que l’on ne connait pas vraiment. Un roman qui nous plonge dans un pan méconnu de cette petite île qui est attenante à la République Dominicaine.

Une lecture qui ne laisse pas insensible et qui nous montre quelle chance nous avons de vivre dans nos pays démocratiques, même si tout n’est pas toujours rose. Mais nous, au moins, nous ne risquons rien si nous nous moquons de nos dirigeants, qu’ils soient président, premier ministre ou roi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XXX et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°00].

La guerre des bulles : Kao Yi-Feng

Titre : La guerre des bulles

Auteur : Kao Yi-Feng
Édition : Mirobole (2017)
Édition Originale : Paomo zhanzheng (2014)
Traducteur : Gwennaël Gaffric

Résumé :
Un « Sa Majesté des mouches » contemporain, qui interroge avec une acuité inconfortable les rapports entre dominant et dominés.

Voici une fable à la lisière du fantastique, entre satire politique et imaginaire poétique. À Taïwan, dans une communauté de montagne coupée du monde, les réserves d’eau se tarissent.

Face à des adultes incapables d’affronter ce problème de survie, les enfants comprennent que c’est à eux de le régler. Ils s’emparent d’armes, prennent la maîtrise du territoire et emprisonnent leurs parents.

Lorsque ceux-ci protestent, le mouvement de résistance lancé par les enfants franchit un pas supplémentaire. Désormais maîtres du territoire, ils tentent d’établir un nouveau modèle de société, basé sur l’abolition des règles anciennes…

Roman d’initiation collectif, portrait d’enfants bouleversant, interrogation sur la volonté de puissance, La Guerre des bulles est aussi une violente satire sociale et une dystopie poétique.

Critique :
Pour être loufoque, c’était loufoque ! Un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié), un truc inclassable, indéfinissable, sauf si je lui colle l’étiquette « pas aimé ».

Et je la lui colle volontiers tant j’ai souffert durant la première partie du roman, peinant à avancer et pensant plus à ma liste des courses qu’à ce que je lisais.

Trop de détails qui foisonnent tuent le détail. Et tue la pauvre lectrice que je suis.

C’est le mois des déceptions Mirobolesque, en février, puisque c’est le deuxième des éditions Mirobole que je lis et qui fini balancé dans un coin, avec moi hurlant « Au suivant ».

Le bât a blessé dans le fait que je ne savais jamais si nous étions dans l’onirique, dans la fantasmagorie, même si j’avais capté que nous étions dans la satire sociale avec ces enfants qui prennent le contrôle du village, puisque les adultes ne foutent rien et qu’ils en arrivent même à accepter cette prise de pouvoir par les culottes courtes.

Là, j’en étais déjà à me demander si je n’allais pas boire pour oublier ma déception livresque (attention, l’alcool est dangereux pour la santé et l’abus nuit en tout).

L’Histoire étant un éternel recommencement, les révolutionnaires finissant toujours par copier les travers de ceux qu’ils renversèrent, nos moutards n’échappent pas à la règle et de cette société qu’ils remettaient en cause, et bien, ils la copie, le serpent se mordant toujours la queue.

Dommage pour moi, la rencontre avec le roman ne s’est pas faite. Son pitch était des plus intriguant, des plus intéressant puisque le fond est quand même l’espoir de pouvoir raccorder le village à l’eau, qui est source de vie.

Mais le côté trop fantasmagorique de l’écriture, le surréalisme, les bulles agressives et tout le reste m’ont fait décrocher et j’ai terminé ce roman en usant de mon droit le plus élémentaire de lectrice : sauter des pages !!! Et j’ai sauté, sauté…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°177 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°22].

Les assassins de la route du Nord : Anila Wilms

Titre : Les assassins de la route du Nord

Auteur : Anila Wilms
Édition : Actes Sud Actes noirs (07/02/2018)
Édition Originale : Das albanische Öl oder Mord auf der Strasse des Nordens (2012)
Traducteur : Carole Fily

Résumé :
A la chute de l’Empire ottoman, au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’Albanie connaît, comme le reste du monde, de profonds changements. Les nouveaux dirigeants souhaitent moderniser le pays et imposer leurs lois sur l’ensemble du territoire, mais ils se heurtent à la résistance farouche des montagnards du Nord, qui continuent de vivre selon le Kanun, le code ancestral de ces régions reculées que l’on dit hantées depuis la nuit des temps.

Au printemps 1924, deux Américains y sont assassinés sur une petite route. Contraire au Kanun, qui place l’hospitalité au plus haut rang des vertus, le crime, qui a touché le fils d’un sénateur américain, plonge le petit Etat dans une crise diplomatique qui risque de dégénérer en guerre civile.

Mais que fabriquaient ces Américains sur la route du Nord ? Leur présence était-elle liée aux rumeurs selon lesquelles la région renfermerait d’abondantes ressources pétrolières ? Et qui a bien pu vouloir leur mort ?

L’effervescence s’empare de la capitale. On ne parle plus que de cela dans les cafés, les journalistes enquêtent, et bientôt les services secrets s’en mêlent…

Critique :
L’Albanie est un pays méconnu. Nous ne connaissons pas son histoire, sa culture. Rien. Nada. Que dalle. Que pouic.

Par contre, dans nos pays, circulent des tas de clichés sur ses ressortissants. À tort ou à raison puisque dans un peuple, il y a de tout : les bons comme les moins bons, comme les méchants, les dangereux.

Albanie, 1924… La Grande Guerre est terminée, je n’ai encore lu que quelques pages et déjà mon intérêt a été happé par ce que l’auteure nous raconte sur ce petit pays des Balkans.

Le meurtre des deux Américains, qui est un fait réel, va servie de base à l’auteure pour nous parler de l’Albanie, de ses habitants, de ses politiciens, de son pétrole et de ceux qui le convoitent.

Ces derniers temps, j’ai vraiment été mettre mon nez dans la pourriture des politiciens, des diplomates, des gros industriels… Bref, je n’étais pas au pays des Bisounours mais plutôt chez Magouilles & Cie.

Ne cherchez pas un enquêteur, pour ce crime, mais plutôt une chasse à l’homme, une erreur de justice puisque l’on pendra des innocents. Ne cherchez pas non plus du bon sens, il n’y en a pas, les gens parlent à tort et à travers au café du coin, parlent pour ne rien dire, inventent, essayent de se rendre intéressant.

On se croirait sur les réseaux sociaux, quand tout le monde trolle ou cause pour ne rien dire.

Passant d’un personnage à l’autre, afin de nous montrer les points de vue les plus larges et comprendre un peu mieux l’Historie de l’Albanie, l’auteure donne l’impression d’oublier nos deux tués sur la route du Nord, mais pas du tout ! Ils sont toujours là, leur ombre plane sur tout ce qui se déroule en Albanie à ce moment-là !

Ce roman policier est un mélange d’Histoire, de légendes, de culture de cette Albanie que l’on ne connait pas, que l’on connait mal.

Par exemple, le Kanun (les codes de lois édictés par les califes et sultans de l’ancien empire ottoman) ne régit  pas uniquement le code d’honneur et les vendettas, mais aussi les travaux publics et l’accueil de l’hôte.

Mêlant habillement la géopolitique, la diplomatie, explorant l’âme humaine et les jeux de vilains des politiciens, ce petit polar nous emmène dans une Albanie qui n’a rien à voir avec celle que l’on voit sur les affiches des agences de voyage.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°175 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°20].

La résistance indienne aux Etats-Unis du XVIè au XXème siècle : Elise Marienstras

Titre : La résistance indienne aux Etats-Unis du XVIè au XXème siècle

Auteur : Elise Marienstras
Édition : Gallimard (1980) / Folio Histoire (2003/2014)

Résumé :
Ce livre raconte «une autre histoire» : parcourant cinq siècles, il présente, à partir aussi bien de textes d’une actualité proche que de récits plongeant dans les temps immémoriaux du mythe, la résistance d’un peuple à la négation de son existence.

Le récit de leur résistance tenace à la colonisation et à la tentative d’extermination permet d’entendre directement leur parole, de les observer dans l’action, de les retrouver comme les partenaires d’une histoire commune où Euro-Américains et Amérindiens ont chacun joué leur rôle.

Vus sous cet angle, les Amérindiens paraissent exemplaires : ils se sont opposés avec constance au vol de leurs terres, à la violence exterminatrice, à l’anéantissement de leurs structures sociales et de leurs cultures, saisissant les armes les plus propices – guerre, guérilla, recours légal, usage inversé de l’acculturation, ressourcement aux racines de la spiritualité ancestrale.

Exemplaires dans leur refus de séparer la lutte pour la survie du combat pour l’identité, les Amérindiens concrétisent, par l’affirmation de leurs propres valeurs, le doute qui saisit le monde actuel sur le bien-fondé des civilisations technologiques, l’exploitation abusive des ressources naturelles, l’enfermement de l’homme blanc dans une vie consacrée au seul profit matériel.

Critique :
C’est l’histoire de l’arrivée des envahisseurs… De Colomb qui ne découvrit jamais l’Amérique puisque d’autres l’avaient trouvée avant lui, à une époque où l’Homme ne naviguait pas mais où il prit le raccourci via le détroit de Béring gelé. Pas de bol pour lui, on ne peut découvrir ce qui a été découvert par d’autres avant.

C’est l’histoire de meurtres, d’assassinats, d’un génocide, où les noms de certains coupables sont connus mais ils ne passèrent jamais en jugement.

C’est l’histoire de la destruction humaine, culturelle d’un peuple. De sa tentative d’anéantissement, de tout ce que l’Homme Blanc, l’envahisseur, fit comme tentatives pour se débarrasser de l’Homme Rouge. Il failli y arriver.

C’est l’histoire d’Hommes qui ne voulaient plus du joug des Rois sur le continent de la vieille Europe, qui rêvèrent d’un pays libre et qui se comportèrent comme les rois et gouvernants tyranniques, ceux là même qu’ils fuyaient, qu’ils critiquaient.

Étude historique, rassemblant les faits, ce roman pourrait être considéré comme une enquête puisque l’auteur rassemble des faits, des preuves, des pièces à convictions, elle parle des morts, des différentes techniques pour éliminer les Amérindiens, allant de la distribution de couvertures infestées aux massacres purs et simples et en passant par la famine, le déplacement (à pied)…

Considérant toujours que ces Êtres Humains sont comme des enfants et doivent être sous la tutelle de papa et maman États-Unis, le colonisateur se montre paternaliste, distribue les fessées et oblige ses enfants turbulents à s’adapter, à changer de vie, à devenir comme l’Homme Blanc, un cultivateur et plus un chasseur.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me ferait profondément enrager qu’on vienne me dire que je dois changer mon mode de vie, tout en me faisant tuer, déplacer, exterminer, affamer, déculturiser (non, le mot n’existe pas)…

Alternant les faits bruts, les extraits de discours, les passages de lois, l’Histoire, l’auteure dresse un portrait où l’Amérique ne sort pas grandie. L’Humain non plus.

Il est tellement plus facile de voler ce que l’on convoite plutôt que de le demander gentiment ou de l’acquérir avec une contre-partie. Il est tellement plus intéressant de prendre ou d’acheter à vil prix les terres occupées par les Amérindiens afin de les revendre en multipliant les prix par des chiffres indécents…

Il est tellement facile d’exploiter la misère des Hommes qui crèvent la dalle en les sous-payant et en les faisant bosser dans des mines d’uranium, tellement facile de les déclarer inaptes à gérer leurs biens et ainsi prendre les richesses contenues dans les sols des réserves, réserves où on les consigna, avec moins que le minimum vital.

Je pourrais continuer ainsi, mais je vais encore me rendre malade.

Anybref, vous l’aurez compris, l’Homme est un Salopard pour l’Homme et si les Amérindiens n’étaient pas des anges, étant les envahis et les spoliés, ils avaient le droit de se défendre et d’organiser leur résistance. Et ils ont résisté !

Un récit qui se lit lentement, car il y a beaucoup à assimiler et des renvois en fin de livre. Un récit qui se lit avec les tripes nouées, une fois de plus.

Dommage qu’il date de 1980, ce qui fait que dans le texte, les faits s’arrêtent vers 1976 et seule la ligne du temps continue jusqu’aux années Obama (2010), sans doute des ajouts faits lors des réimpressions.

Un excellent ouvrage pour ceux et celles qui voudraient en savoir plus sur les Amérindiens et les injustices dont ils furent victimes, avant de poursuivre plus en avant avec d’autres récits parlant du même sujet. J’ai bien l’intention d’un découvrir d’autres.

PS pour Dame Ida : non, je te rassure de suite, nous ne sommes pas en Septembre et ce n’est pas le Mois Américain ! Mais il n’y pas que le western qui me passionne…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°156 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°01].

Le livre de Yaak – Chronique du Montana : Rick Bass

Titre : Le livre de Yaak

Auteur : Rick Bass
Édition : Gallmeister Totem (2007/2013/2016)
Édition Originale : The book of Yaak (1996)
Traducteur : Camille Fort-Cantoni

Résumé :
La vallée du Yaak, dans le Montana, est l’un des derniers espaces sauvages des États-Unis, un lieu où cohabitent des ours noirs et des grizzlys, des loups et des coyotes, des aigles, des lynx, des cerfs et même une poignée d’humains.

De cet endroit magique où il vit depuis une vingtaine d’années, Rick Bass dresse le tableau d’une vallée aujourd’hui menacée.

Dans ces récits inspirés, il nous décrit la grandeur de la nature sauvage du Yaak et de ses habitants. Il parvient ainsi à capturer l’âme d’un lieu qui, s’il venait à disparaître, constituerait une perte irrémédiable pour chacun d’entre nous.

Avec Le Livre de Yaak, Rick Bass confirme qu’il est l’un des grands écrivains du Montana et l’une des voix les plus originales de l’Ouest.

Critique :
Nous détruisons nos espaces, nous vidons la Terre de sa substance, nous polluons, nous prenons plus que nous ne rendons, bref, en un mot comme en cent, nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis, nous nous tirons une balle dans le pied.

Je ne suis pas née de la dernière pluie, la Terre tiendra le coup, elle en a vu d’autres, elle qui s’est pris des tas de trucs dans la gueule.

Mais les animaux, les végétaux, survivront-ils à notre folie ? Ne sommes-nous pas en train de nous tuer à petit feu en épuisant les ressources de cette planète que nous ne possédons qu’en un seul exemplaire ?

Rick Bass nous offre un plaidoyer pour sauver la vallée du Yaak, Montana. Ne nous y trompons pas, si nous arrivons à changer certains méthodes violentes de coupes à blanc là-bas, ça pourrait donner des bonnes idées à d’autres ailleurs.

On peut rêver, espérer. En tout cas, si on ne sauve pas les dernières vallées sauvages, que restera-t-il comme habitat aux animaux ? Les zoos ?

Vivre dans la vallée du Yaak n’est pas facile, les jours d’été sont longs mais il y a peu de journées, tandis que les jours d’hiver sont courts, mais nombreux. S’adapter au milieu n’est pas facile et l’auteur nous décrit bien la manière de vivre de sa famille, à la dure.

Sans virer vieil écolo bavant toujours les mêmes choses, l’auteur nous conscientise, nous explique le pourquoi il faut sauver cette vallée sauvage avant qu’elle ne soit plus qu’un désert sans arbres, sans animaux, sans rien.

Il nous parle du pourquoi il faut replanter des arbres après les avoir coupés et pourquoi il est inutile de couper des arbres centenaires pour les transformer en papier Q.

À travers tout le récit, on se rend compte que ce n’est pas tellement un plaidoyer pour sa vallée, mais aussi un grand cri d’amour qu’il adresse à cet endroit où il vit depuis un certain temps, s’étant adapté à ses hivers rigoureux, à la présence d’animaux et au rythme des saisons.

Certains passages racontant ses rencontres avec des animaux sauvages sont tout simplement magiques, empreint d’un grand respect pour l’animal, d’humilité aussi.

Non, ceci n’est pas un pamphlet contre la civilisation, non il n’interdit pas les coupes d’arbres, mais il préconise plus de le faire avec raison, correctement, en réfléchissant un peu et surtout, d’arrêter de confier ces coupes à des grosses sociétés avides de rentabilité.

Ses arguments sont étayés, expliqués, prouvés et plein de bon sens. On est loin de ceux qui crient qu’il faut arrêter de polluer alors que tous possèdent des smartphones, des télés, des PC, des voitures et qu’ils les utilisent en masse.

Moi aussi je pollue et même si j’essaie de faire attention, je sais que je passe sans doute à côté de choses énormes que je n’ai même pas vues, que je pense que c’est bien alors que je me goure. L’enfer est pavé de bonnes intentions.

J’ai exploré bien souvent l’Amérique profonde, celle des red neks, des loosers, des laissés-pour-compte, mais là, j’ai exploré une autre profondeur de l’Amérique, celle de ses grands espaces, de ses paysages magnifiques, de ses forêts, de sa faune et sa flore, qui, si on ne les protège pas, disparaîtront tout à fait en entraînant des conséquences qui pourraient être terrible pour tout être vivant.

Jour J – Tome 18 – Opération Charlemagne : Fred Duval, Jean-Pierre Pécau & Maza

Titre : Jour J – Tome 18 – Opération Charlemagne

Scénariste : Fred Duval & Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Maza

Édition : Delcourt Neopolis (19/11/2014)

Résumé :
1943, la France et l’Angleterre sont désormais en guerre.

Une petite légion de volontaires français a choisi de rejoindre Londres pour combattre le régime fasciste de Laval. Ils ne savent pas encore qu’une menace mortelle plane sur la ville…

Le gouvernement français travaille au lancement de fusées. Les réseaux résistants français pourront-ils arrêter l’opération Charlemagne à temps ?

Critique :
Une p’tite uchronie (*), ça vous dit ? Il y en a un peu plus, je vous l’met, ma bonne dame (mon bon monsieur) ?

Pas de bol pour moi, cette bédé est la suite de « Jour J – Tome 14 – Oméga » et si j’avais su, j’aurais lu ce tome 14 car là, j’ai eu l’impression de tomber comme un cheveu dans la soupe.

Afin d’y comprendre quelque chose – nous sommes dans une dystopie, donc, les faits réels sont changés – j’ai farfouillé un peu pour avoir le topo de ce fameux tome 14 où la France a basculé du côté des fascistes.

Imaginons qu’en février 34, un coup d’État avait porté au pouvoir en France un gouvernement fasciste, aidé d’une milice violente : Oméga. Un tel gouvernement aurait sans doute tué dans l’œuf les velléités de réarmement d’Hitler en 1936 et aurait fini par s’opposer à la démocratie britannique. Une nouvelle guerre mondiale commence en 1942 et la France est cette fois dans le mauvais camp !

Bande dessinée d’espionnage, elle nous montre des exilés français qui sont foutus le camp en Angleterre, refusant le nouveau gouvernement de Laval qui a tout d’un Mussolini, avec moins de prestance, selon une espionne.

Une bédé d’espionnage uchronique, fallait y penser et arriver à ce que l’histoire racontée se tienne car tout le soucis des uchronies est là : changer un fait du passé mais rester cohérent dans le récit que l’on développera à partir de ce changement.

Le pari est réussi dans ce cas-ci et je dois dire que j’ai eu tout de même un peu de mal au départ en lisant le récit puisqu’il allait à l’encontre de ce que je sais et qu’il opposait deux pays qui, s’ils ne se sont jamais aimé, étaient alliée en 39-45.

Voir une France fasciste a de quoi donner des sueurs froides, voir cette France en conflit avec la Perfide Albion durant la Seconde Guerre Mondiale avec un De Gaulle dans un autre rôle que celui qui est connu était plus que perturbant aussi.

Mais malgré ces perturbations, j’ai apprécié ma lecture. Justement, ces perturbations qui donnaient des sueurs froides ont ajouté du piment à cette lecture tant je n’arrêtais pas de penser « Et si putain ça arrivait, un gouvernement fasciste dans un pays voisin du mien ? ».

J’vous dit que j’ai pas bien dormi ? En plus, voir Big Ben brûler… Ça m’a fait un drôle d’effet !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

(*) L’uchronie pour les Nuls : Dans la fiction, l’uchronie est un genre qui repose sur le principe de la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. « Uchronie » est un néologisme du XIXe siècle fondé sur le modèle d’utopie, avec un « u » pour préfixe de négation et « chronos » (temps) : étymologiquement, le mot désigne donc un « non-temps », un temps qui n’existe pas.

On utilise également l’anglicisme « histoire alternative » (alternate history). L’histoire contrefactuelle et l’uchronie se distinguent par la prééminence donnée soit à l’événement déclencheur (histoire contrefactuelle), soit à ses suites fictives (uchronie).

Toutes les vagues de l’océan : Víctor Del Árbol

Titre : Toutes les vagues de l’océan                                         big_5

Auteur : Víctor del Árbol
Édition : Actes Sud (2015)

Résumé :
Gonzalo Gil reçoit un message qui bouleverse son existence : sa soeur, de qui il est sans nouvelles depuis de nombreuses années, a mis fin à ses jours dans des circonstances tragiques. Et la police la soupçonne d’avoir auparavant assassiné un mafieux russe pour venger la mort de son jeune fils.

Ce qui ne semble alors qu’ un sombre règlement de comptes ouvre une voie tortueuse sur les secrets de l’histoire familiale et de la figure mythique du père, nimbée de non-dits et de silences.

Cet homme idéaliste, parti servir la révolution dans la Russie stalinienne, a connu dans l’enfer de Nazino l’incarnation du mal absolu, avec l’implacable Igor, et de l’amour fou avec l’incandescente Irina.

La violence des sentiments qui se font jour dans cette maudite “île aux cannibales” marque à jamais le destin des trois protagonistes et celui de leurs descendants.

Révolution communiste, guerre civile espagnole, Seconde Guerre mondiale, c’est toujours du côté de la résistance, de la probité, de l’abnégation que ce parangon de vertu, mort à la fleur de l’âge, a traversé le siècle dernier. Sur fond de pression immobilière et de mafia russe, l’enquête qui s’ouvre aujourd’hui à Barcelone rebat les cartes du passé.

La chance tant attendue, pour Gonzalo, d’ébranler la statue du commandeur, de connaître l’homme pour pouvoir enfin aimer le père.

Toutes les vagues de l’océan déferlent dans cette admirable fresque d’un xxe siècle dantesque porteur de toutes les utopies et de toutes les abjections humaines.

Critique : 
♫ Je vais et je viens entre… ♪

Non pas « entre tes reins » bande de coquins, mais « entre différentes époques » !

C’est cette phrase qui vient de tourner dans ma tête au moment de prendre le clavier pour pondre une critique pas évidente sur un roman qui m’a boulversifiée (néologisme offert).

Putain de roman ! Putain de fresque historique qui, comme une toile d’araignée, est vaste, ramifiée, mais où tout ramène en un seul point : Elías Gil, figure mythique du père, nimbée de non-dits et de silences.

Par contre, il vous faudra attendre la fin pour découvrir la toile dans son entièreté et savoir ce qui s’est passé en juin 1967, jour de la disparition d’Elías Gil, ancienne figure importante du communisme.

Le roman n’est pas résumable, trop dense, sachez juste que vous allez voyager dans les époques troubles, voguant entre les années 30 et 2002.

Vous suivrez Elías Gil, jeune espagnol, et ses trois compagnons dans la Russie des années 30, vous serez torturé et déporté avec d’autres prisonniers, qui, comme vous, ne seront coupables que d’avoir été au mauvais endroit ou d’avoir critiqué le pouvoir.

Violez, tuez, tant que vous le faites avec patriotisme. Mais ne dites pas du mal du pouvoir ou de la mère à Staline…

Pourquoi étaient-ils tous ici ? À cause des mines d’uranium, des exploitations minières, de la folie de quelques bureaucrates qui avaient besoin d’une grosse quantité d’esclaves pour coloniser la Sibérie. Le prétexte qui l’avait enchaîné à cette terre était sans importance.

Le pouvoir communiste a besoin de main-d’œuvre pour creuser un grand canal ou pour coloniser la Sibérie. Allez hop, déporté, affamé, humilié, vous serez. Le passage sur l’île de Nazino, surnommée ensuite « Cannibal Island » est un des plus terribles.

Ce qu’un humain est capable de faire pour survivre… Jusqu’à devenir comme celui que vous haïssez…

Parfois, il ne pouvait s’empêcher d’établir une comparaison avec Igor Stern et sa meute, et il pressentait qu’il était devenu tout ce qu’il haïssait.

Vous assisterez à l’arrivée de Franco au pouvoir en Espagne et vous ferez la guerre du côté des Russes, avant de revenir dans votre Espagne natale.

On voyage dans les époques, mais aussi dans les pays : Espagne, Russie, Sibérie et France.

Les personnages sont travaillés minutieusement : entre Gonzalo Gil, avocat et fils d’Elías, qui cherche à enquêter sur le suicide de sa sœur, son père, Elías, disparu quand le fils avait 5 ans, et dont il n’a plus beaucoup de souvenirs, sinon ceux qu’on lui a fait.

L’homme est-il bien comme son fils l’a toujours cru ? Sa soeur n’avait-elle pas raison lorsqu’elle avait dressé de lui un portrait au vitriol, se faisant répudier par sa père en même temps.

Le flic véreux, les truands, le pédophile, le salaud, la mafia russe… Tout ça s’imbrique avec un réalisme qui donne des sueurs froides. De plus, il est des silence tout aussi meurtriers, aussi lâches, aussi violents que certains actes innommables. Surtout lorsqu’on ne veut pas voir la vérité.

On ne s’ennuie pas, on frissonne, on a peur, on tremble devant les pages sombres de l’Histoire (une de celles dont on parle trop peu) et on se rend compte que les plus salauds ne sont pas toujours ceux désignés comme tels.

— Tu en appelais à l’éthique pour torturer et tuer, lui, il appelait cela simplement du pragmatisme. Il était convaincu de l’inévitable nature corrompue de l’être humain et toi tu cachais tout cela sous la répugnante théorie de l’idéalisme.

Au final, on est sonné, estomaqué, lessivé, lavé ! On a beau critiquer nos politiciens, les trouver véreux, se plaindre du système qui est mal foutu, mais ce n’est rien comparé au communisme de Staline. Rien au regard de ce qu’un système politique peut faire à ses compatriotes. Rien à côté de cet illogisme qu’était la pensée de ces hommes qui en ont déshumanisés d’autre.

[…] Il a été condamné pour trahison et envoyé dans un goulag en Sibérie. D’après les autorités russes, il ne s’était pas battu avec assez de conviction. Qu’il soit encore en vie était la preuve irréfutable de sa lâcheté. Il est resté onze ans en Sibérie.

Un tout grand roman noir qu’il vaut mieux aborder en toute connaissance de cause car il ne vous laissera ni de marbre, ni indemne. Gardez tout de même un Tchoupi à côté pour lire ensuite. On n’est jamais trop prudent…

— Ce qui les rend méprisables, ce n’est pas ce qu’ils font, c’est leur façon de faire, leur répugnant échafaudage de mots et de concepts absurdes, qui justifie et nettoie leur conscience. Voilà pourquoi derrière leur bureau et leurs rapports, ils peuvent devenir des tueurs.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et le mois Espagnol de Sharon.

BILAN - Minion Les bras m'en tombe - un putain de livre 2 OK

À la mesure de nos silences : Sophie Loubière

Titre : À la mesure de nos silences                                           big_4

Auteur : Sophie Loubière
Édition : Fleuve Éditions (2015)

Résumé :
Jamais Antoine n’aurait pensé que son grand-père puisse agir ainsi : il y a quelques heures à peine, l’adolescent sortait du lycée, s’apprêtant royalement à rater son bac. Kidnappé par papi à bord d’un vieux coupé Volvo, il roule à présent vers l’inconnu, privé de son iPhone.

À 82 ans, François Valent, journaliste brillant, aura parcouru le monde et couvert tous les conflits du globe sans jamais flancher.

S’il a conclu un marché avec son petit-fils, c’est pour tenter de le convaincre de ne pas lâcher ses études. Mais ce voyage improvisé ne se fera pas sans heurts. La destination vers laquelle le vieil homme conduit Antoine – la ville de Villefranche-de-Rouergue, où il a grandi – a ce parfum particulier du remords. C’est là que l’enfance de François a trébuché.

Lors d’un drame sanglant de la Seconde Guerre mondiale dont l’Histoire a gardé le secret. À la fois quête du souvenir et voyage initiatique, cette échappée belle les révèlera l’un à l’autre.

La vraie vie n’est jamais là où on l’attend.

Critique : 
Ce que j’aime, dans un roman, c’est que d’un postulat de départ usé jusqu’à la trame du string, l’auteur arrive sortir des sentiers battus et à m’entrainer là où je ne m’y attend pas.

Ce qui est vieux comme le monde c’est le fait qu’un grand-père vieillissant décide de faire un voyage avec son petit-fils en décrochage scolaire, sauf si les questions du Bac portent sur les jeux vidéos et l’addiction aux réseaux sociaux.

François Valent est un ancien journaliste qui a roulé sa bosse dans tous les pays en conflits et Antoine, le petit-fils qui vit par procuration (mais qui ne met pas du vieux pain sur son balcon, je vous rassure de suite) et qui passe son temps à tuer des gens de manière virtuelle.

Alors que l’on pourrait s’attendre à un récit plan-plan de papy sermonnant le gamin durant un voyage jusque Villefranche-de-Rouergue (dans l’Aveyron), et bien, on a droit à bien plus que ça !

Un autre récit en provenance du passé vient se greffer dans le présent et on se demande où tout cela va nous mener, alors, on dévore le tout avec voracité et on serre les dents et les fesses parce que c’est un drame oublié dans un drame encore plus grand : la Seconde Guerre Mondiale.

Petit à petit nous en apprenons plus, l’auteur dosant le suspense, mais en écrivant avec beaucoup de pudeur, sans ajouter de l’horreur dans ce qui est déjà innommable.

Le récit se fait à trois voix : le papy, le gamin et les protagonistes de cet épisode méconnu de la Seconde et qui, je trouve, mériterait que l’on en parle à plus grande échelle.

Il y a de la sensibilité dans le récit, de l’émotion brute, mais aussi de la retenue afin d’éviter de sombrer bêtement dans le voyeurisme.

La manière d’écrire est adaptée selon le personnage qui parle et cela rend les choses plus authentiques. La plume de l’auteur était un plaisir à lire.

Il y a aussi derrière tout cela, une perte de l’innocence des enfants et des blessures profondes. L’amitié, comme l’amour, peuvent se perdre, mais le glas de l’amitié est encore celui qui est le plus dur.

À la mesure de nos silences… si des gens avaient parlé au lieu de se retrancher dans leurs souvenirs douloureux marqué au fer rouge, cela eut été bien mieux pour tout le monde…

Lorsque le passé se dérobe, que l’on refuse de s’attarder sur les choses, alors l’oubli terrasse nos mémoires, et l’on condamne nos morts à errer das les ombrages du destin.

Mais nous aurions manqué ce magnifique voyage entre une petit-fils et un grand-père qui voulait se confesser.

BILAN - Coup de coeur

L’Étoile du Matin : David Gemmell

Titre : L’Étoile du Matin

Auteur : David Gemmell
Édition: Bragelonne (2003/2007/2012)
Résumé :

Les hordes angostines déferlent sur les frontières méridionales des Hautes-Terres : l’invasion a commencé. Sur leur passage, les Angostins sèment terreur et destruction, soutenus dans leur conquête par la sorcellerie d’un nécromancien fou.

Inconscient de ses actes, il décide de ramener à la vie les Rois Vampyres, morts depuis des siècles. Seul Jarek Mace, le bandit de grand chemin, aura le courage de se mettre en travers de la route des Angostins et des morts-vivants. Très vite, il deviendra le héros dont les Hautes-Terres ont besoin, et ralliera son peuple sous sa bannière.

Tous voient en lui L’Étoile du Matin, figure légendaire, revenue également d’entre les morts pour sauver une fois encore les Hautes-Terres. Seule une personne connaît la vérité, Owen Odell le barde, l’ami de Mace.

Des années après ces événements, Odell se souvient et nous raconte l’histoire de ce fameux bandit, du sauveur dont on chante encore les exploits, le coupe-jarret qui aurait égorgé père et mère pour le prix d’un repas.

Critique :

Owen Odell est un conteur et un magiquien (non, pas de faute de frappe), et il a bien connu celui que la Légende nomma « L’étoile du Matin », autrement dit Jarek Mace… le dernier héros des Highlands, le libérateur, celui qui a combattu les rois vampyres et qui s’est dressé devant l’envahisseur angostin. Une Légende que Owen a écrite.

Une Légende ? Tu parles ! Un bandit, un voleur, un séducteur de femmes, plus amoureux de l’or que Picsou. Un type qui, découvrant que le village dans lequel il vit vient d’être razzié par les troupes d’Arzek, découvrant que les villageois, hommes, femmes ou enfants sont morts, hurle sa rage… mais pas sa rage de voir Wulf le forestier bossu serrer dans ses bras les corps sans vie de ses enfants qu’il aimait, non, Jarek hurle parce qu’on lui a volé l’or qu’il avait planqué.

Et s’il parle de vengeance, ce n’est pas pour venger les cadavres des enfants innocents qui furent massacrés, non, c’est juste pour récupérer le chariot d’or !!

Alors, je ne vous dis pas sa tête quand, dès son retour avec le chariot, les gens de tous les environs l’acclament, criant et remerciant « l’étoile du matin » de leur avoir ramené leurs richesses que l’envahisseur avait spolié…

Ouh, il l’avait trouvé mauvaise !

Oui, Jarek Mace n’est pas du bois dont on fait les héros, que du contraire. Et pourtant, dans ce livre, Owen raconte tout leur périple, la rédemption de cet homme qui ne vit que pour lui et pour devenir riche.

C’est une belle histoire d’amitié entre des gens qui n’auraient jamais dû se rencontrer, c’est une belle résistance à l’ennemi, de beaux combats, qui est loin d’être épique et sur un champ de bataille avec le bruit des armures qui s’entrechoquent….

Non, les combats ont la solitude pour paysage et auront pour guerriers les quatre hommes et les deux femmes qui constitueront ce groupe disparate.

Combats contre le mal absolu, combats pour leur liberté et pour chasser les oppresseurs.

Jarek a beau être un homme imbuvable, je l’ai apprécié parce que sous la forteresse, se cache sans doute un coeur. Et rien à dire sur les autres personnages qui sont bien travaillés. J’ai passé trois jours très agréables en leur compagnie.

Quand à la fin, nous avons affaire à Gemmel et l’auteur nous réserve une petite surprise de son cru qui m’a fait ouvrir les yeux tous grands.

Mince alors, je l’ai pas vue venir, celle-là !

Excellent Gemmel comme d’habitude, même si les trames restent sensiblement les mêmes.

FANTASY - Snaga Légende - Drenaï