La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – Tome 07 – Joseph Staline : Bernard Swysen et Ptiluc

Titre : La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – Tome 07 – Joseph Staline

Scénariste : Bernard Swysen
Dessinateur : Ptiluc

Édition : Dupuis (2020)

Résumé :
Impossible de considérer une collection « Les méchants de l’Histoire », sans Staline, « le petit père des peuples », l’homme d’acier de l’URSS, connu pour les purges et la déportation de ses opposants politiques, les déplacements forcés de populations entières et les famines qu’il provoqua. Bilan : plusieurs millions de morts.

Avec cette collection, Bernard Swysen n’hésite pas à sauter à pieds joints dans les nids de guêpes de l’histoire en brossant le portrait des vilains et en assaisonnant la réalité historique de son humour pimenté pour s’attaquer à ces grandes figures historiques et tragiques.

Joseph Staline est né Iossif Vissarionovitch Djougachvili en 1878 à Gori, en Géorgie. Son père était cordonnier. Il est surtout décrit comme un ivrogne qui battait sa femme et voulait empêcher son fils de suivre des études pour devenir prêtre. À l’école, Staline se détourne de la foi religieuse puis adhère au Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) en 1898.

Ptiluc, un des plus grands fabulistes animaliers contemporains, s’empare de cette trajectoire dans son trait burlesque en mettant en perspective la manière dont Staline se racontait lui-même.

Du décalage naît le rire grinçant de la caricature, à partir d’un récit chronologique rigoureux, qui ne cache rien des ambitions et de l’autoritarisme du dictateur. Staline décède en 1953. Il reste sans doute le fantôme le plus controversé de l’histoire.

Critique :
Cette série sur les Grands Méchants de l’Histoire continue de m’enchanter, tout en me faisant frémir.

L’horrible Torquemada m’avait fait grincer des dents, j’avais apprécié l’humour noir qui se mélangeait bien au récit historique et Staline ne dément pas cette recette qui marche.

Là aussi, l’humour est présent, mais il est noir, sombre, caustique, grinçant.

Le fait de représenter Staline en animal (un ours), ainsi que tout les autres personnages, donne une tout autre dimension au récit.

Une brillante idée que l’on retrouve aussi dans Hitler (que je suis en train de lire).

Comme pour les autres Méchants, on commence par leur naissance, on nous montre leurs parents, leurs travers et pour peu, on se prendrait d’affection pour cet ourson qui vient de naître. Pas longtemps, je vous rassure de suite.

Le personnage de Iossif (futur Staline) est abject, bête mais aussi intelligent (ben oui, on le comprend en lisant la bédé), cynique, retors, menteur, colérique, manipulateur d’une méchanceté crasse et il finira parano sur la fin de sa vie. Le portrait est grinçant, nullement indulgent. Ah, il était battu par son père et aussi par sa mère, mais ceci n’excuse en rien.

On voit Staline qui dicte ses mémoires a un écrivain, le pauvre homme se faisant fusiller du regard ou menacer de mort s’il n’acquiesce pas aux dires du Petit père des peuples (qui fit crever son peuple et les autres).

Dans les dialogues et les dessins, les auteurs ont réussi à mettre en scène tout l’illogisme du système de Staline, son iniquité, sa brutalité, sa perversité et sa débilité, notamment dans une case qui résumera tout de manière formidable. Un petit dessin est souvent plus éclairant qu’une longue phrase.

Les camps de travail, les goulags, la famine en Ukraine (Holodomor – la collectivisation forcée des campagnes), ne seront pas expliqués dans les détails, quelques cases suffiront à en parler, les auteurs préférant se concentrer sur l’horrible personnage qu’est Staline, nous montrant aussi que dans nos pays, on le voyait comme un grand homme…

La seconde guerre mondiale sera une part importante de l’album, ce qui permettra aux auteurs de nous faire découvrir le rat Hitler et de nous signaler que Staline avait fait passer par les armes 80% des cadres de l’Armée Rouge, laissant l’armée sans têtes pensantes au début de la guerre. Un des personnage se permet de lui rappeler se fait, dans cet album, il ne fera pas long feu…

On nous parle aussi du massacre de Katyń, ainsi que du fait que l’armée russe eut l’interdiction (par Staline) d’intervenir en Pologne, laissant les nazis massacrer tout le monde, afin qu’ensuite, ce tyran moustachu puisse occuper le pays sans y trouver de résistance. Machiavélique.

Une bande dessinée excellente, qui arrive à faire de l’humour avec un sujet difficile, avec un personnage qui ne prête pas à rire, le ridiculisant au passage, ne se privant pas de l’égratigner, de le montrer dans fard, tel qu’il était et de nous brosser, avec un humour noir et froid, le portrait de ce dictateur assassin qui possède plus de morts à son actif que l’autre moustachu allemand.

Avec son système, pas besoin de preuves, de procès (ou alors, ils étaient truqués), de simples soupçons suffisent. Ou alors, fallait juste que la personne disparaisse parce qu’elle avait contrarié Staline, parce qu’elle était un artiste, un intellectuel, que cette personne lui faisait de l’ombre ou aurait pu lui en faire…

À lire pour aller se coucher moins bête ! Et pour ressentir toute l’horreur du communisme qui n’avait de communisme que le nom. Ce qu’il a fait, ce n’était rien de plus qu’un dictature, un système sanguinaire, à sens unique, tout devant être tourné vers lui, pour son profit.

PS : à noter que dans cet album, il y a quelques références à des bédés bien connues, à vous de les retrouver !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°90].

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Condor : Caryl Ferey

Titre : Condor

Auteur : Caryl Ferey
Édition : Gallimard Série noire (2016) / Folio Policier (2018)

Résumé :
Condor, c’est l’histoire d’une enquête qui commence dans les bas-fonds de Santiago, submergés par la pauvreté et la drogue, pour s’achever dans le désert minéral d’Atacama…

Condor, c’est une plongé dans l’histoire du Chili, de la dictature répressive des années 1970 au retour d’une démocratie plombée par l’héritage politique et économique de Pinochet…

Condor, c’est surtout une histoire d’amour entre Gabriela, jeune vidéaste mapuche qui porte l’héritage mystique de son peuple, et Esteban, avocat spécialisé dans les causes perdues, portant comme une croix d’être issu d’une grande famille à la fortune controversée…

Critique :
Avec l’agence de voyage « Caryl Férey », je suis allée en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud, en Argentine, en Colombie, en Sibérie et maintenant, je suis allée au Chili.

Tous ces voyages ont été éprouvants pour le cœur, épuisants pour les tripes, violents…

Je suis toujours sortie lessivée de ces lectures et malgré l’âme en berne, j’y reviens à chaque fois (en laissant passer un délai afin de me remettre de mes émotions).

Le Chili ne fera pas partie de ma destination de vacances (pardon, ma Rachel), car ce que j’en ai vu, heu, lu, m’a vacciné pour le restant de mes jours.

Le condor n’est pas un titre décerné au type le plus con du mois, mais à un prédateur des Andes, une sorte de charognard qui n’hésite pas à s’attaquer au plus faible, n’attendant pas qu’il soit trépassé, comme tout bon charognard. En toute impunité, bien entendu.

Le condor reste un animal, incapable de faire la différence entre le Bien et le Mal. La Nature est cruelle, ou pas puisqu’elle est incapable d’avoir connaissance de sa cruauté.

L’Homme oui ! Lorsque des puissants mangent sur le dos des plus faibles, le prenant le peu qu’ils ont, faisant tout pour qu’ils restent dans leur misère, traficotant de la drogue et autres saloperies afin de devenir encore plus riches, assassinant les gêneurs, les opposants, ceux qui ne se laissent pas faire, léchant le cul du dictateur afin d’avoir encore plus de puissance, de fric…

Eux ce sont pires que des charognards, ce sont des assassins et nommer leur plan « Condor » était une belle référence à l’animal, même si lui est innocent dans l’affaire. Les sales bestioles que sont la NSA, la CIA et la DEA ne sont pas innocentes, elles, que du contraire.

L’auteur frappe fort, sous la ceinture, là où ça fait mal et il pourrait encore taper plus fort, le crier plus fort, parce que personne n’écoute, personne ne veut entendre, tant que c’est loin de son jardin.

Attention, les sales idées, les plans merdiques, les dictatures, ce sont des concepts et des idées qui s’exportent bien. Et certains sont prêts à tout afin de rester là où ils sont, c’est-à-dire au sommet de la pyramide, là où le fric coule à flot, où la corruption n’est pas un gros mot et où les emmerdeurs finissent au terminus de Saint-Pierre (ou au terminus tout court).

Le récit est porté par des personnages que j’ai apprécié, qui étaient travaillés, pas des anges, ni des redresseurs de torts à la super-héros, mais des gens qui se bougent le cul, qui essaient.

Stefano, le projectionniste (ancien du MIR), Gabriella, la Mapuche, vidéaste passionnée et Estebàn (sans Tao, ni Zia), le fils de famille riche, avocat des causes perdues ont ajouté leur part à ce récit déjà flamboyant. C’est terrible, on n’en sort pas indemne, comme toujours avec ce diable de Caryl.

C’est documenté (l’auteur passe toujours du temps sur place et y revient ensuite, une fois la trame rédigée (merci Le 1 Spécial Polars Étrangers).

On commence doucement, lentement, sans avoir l’air d’y toucher et puis, successivement, l’auteur ajoute ses ingrédients (pimentés, ne manquant jamais de sel, de goût), ouvre les placards de l’Histoire et en sort une partie de ses squelettes.

La dictature, les Chicago Boys, les privatisations à tout va, le libéralisme effréné, l’assassinat d’Allende (coup d’état du 11 septembre 1973), la surexploitation des sous-sols, même dans les zones protégées, les trafics de drogues, Nixon…

Bref, le plat est copieux, bien servi, mais nous n’auriez pas eu envie de faire partie des gens qui ont vécus ces années horribles. Ni d’y vivre maintenant, dans des bidonvilles ou autre endroits où règne la misère, pendant que d’autres nagent dans le fric.

Les romans de Caryl Férey sont souvent brutaux, ils envoient du lourd, du très lourd et ils sont toujours bien fait (jusqu’à présent), car la violence n’est pas gratuite, juste pour faire bien, elle est juste celle qui existe (ou à existé), qui est la triste réalité de certains pays où l’on peut se faire assassiner en toute impunité et où personne n’a envie d’aller déposer plainte chez les poulets du coin.

Encore un roman coup de poing… Mais c’est un coup de poing comme je les aime.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°214] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°38).

Le fourgon des fous : Carlos Liscano

Titre : Le fourgon des fous

Auteur : Carlos Liscano 🇺🇾
Édition : 10/18 Domaine étranger (2008)
Édition Originale : El furgon de los locos (2001)
Traduction : Jean-Marie Saint-Lu

Résumé :
Uruguay, 1973. Carlos Liscano a 23 ans quand les soldats viennent l’arrêter. Condamné pour raisons politiques par le régime militaire, il va passer treize ans à l’ombre des cachots. Treize ans d’enfer, d’humiliations et de torture avant d’être relâché avec d’autres compagnons de cellule par le ‘fourgon des fous’.

Des années après l’horreur, Carlos Liscano se raconte, sans cri, sans fureur : le retour jour après jour de la souffrance physique et du combat mental pour survivre, la solitude, la peur, la nécessité de comprendre l’inimaginable. Ni voyeurisme, ni sensationnalisme.

Juste les souvenirs crus, épars, d’un homme en lutte pour conserver ce qu’il a de plus précieux : sa dignité.

Critique :
Une fois de plus, me voici plongée en milieu carcéral.

Pas avec des prisonniers de droit commun, mais avec des prisonniers politiques, en Uruguay. Croyez-moi, vous n’avez pas envie de vous  retrouver dans leurs prisons.

Au menu : tortures, brimades, privations, tortures, perte de sa liberté, de ses droits, de tous ses droits, tortures et, pour ceux qui n’auraient pas encore compris : TORTURES !

Ce roman autobiographique commence par un chapitre dédié à son enfance, puis par quelques instants de prison, avant de passer à la libération et ensuite, de revenir vers ces douze années que l’auteur, Carlos Liscano, passa enfermé au Pénitencier de Libertad, à subir les tortures du grand baril de deux cents litres, en métal, coupé en deux et rempli d’eau.

Le texte est intense, sans pour autant sombrer dans le pathos ou la violence gratuite. À la manière d’un Soljenitsyne, l’auteur nous raconte les comportements de ses tortionnaires, mais sans les charger, en se mettant à leur place, sachant que de toute façon, ils n’ont pas vraiment le choix.

Oui, il parlera des souffrances physiques, des souffrances morales, de l’absence de contacts avec la famille, des infos qu’il faut lâcher avec précision, pour éviter de trop grandes douleurs, du fait qu’il faut crier plus fort que ce que l’on ressent vraiment, pour ne pas leur donner l’impression que l’on s’en fout, que l’on ne ressent rien… Il vaut mieux ne pas jouer à la forte-tête.

Bref, tout est affaire de subtil dosage et son roman pourrait être un guide de « Comment survivre dans une prison en tant que prisonnier politique : trucs et astuces ».

Dans ce roman autobiographique, les hommes, les vrais, sont les prisonniers que l’on torture, tandis que les tortionnaires se sont abaissés tellement bas qu’ils ont perdu leur humanité, dans tous les sens du terme.

L’auteur se demande même ce qu’ils racontent à leurs femmes, leurs enfants, lorsqu’ils rentrent à la maison, après leur sale boulot.

Un roman poignant, qui ne sombre jamais dans le pathos ou le larmoyant. L’auteur parle aussi de la reconstruction, une fois libre et de ce grand choc qu’est la remise en liberté, après autant d’années de réclusion.

Un récit humain, jamais à charge.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°34).

 

Bandidos – Diego Martín 03 : Marc Fernandez

Titre : Bandidos – Diego Martín 03

Auteur : Marc Fernandez
Édition : Préludes (2018)

Résumé :
Le corps calciné d’une femme menottée, une balle dans la nuque, est retrouvé dans un parc de Madrid (🇪🇸). Diego Martin, journaliste radio d’investigation, connait la victime, rencontrée vingt ans auparavant… En Argentine.

Jeune reporter à l’époque, il avait couvert l’assassinat du frère de la victime : Alex Rodrigo, photographe pour un grand hebdomadaire, tué selon le même mode opératoire.

Un meurtre identique à des milliers de kilomètres de distance, à deux décennies d’écart. Il n’en faut pas plus au présentateur d' »Ondes confidentielles » pour se lancer dans une enquête qui le mènera à Buenos Aires (🇦🇷), où il retrouvera une femme qu’il n’a jamais pu oublier…

Entre corruption politique, flics ripoux et groupes mafieux, ce voyage va faire ressurgir les fantômes du passé. Car parfois, ceux qu’on croyait morts reviennent hanter ceux qui sont restés.

L’auteur de l’acclamé Mala Vida, finaliste du Prix des lectrices de Elle, et de Guerilla Social Club, revient avec un nouveau polar aussi trépidant que furieusement engagé, à l’arrière-plan historique fascinant.

Critique :
Dernier volet de la trilogie consacrée aux enquêtes de Diego Martín. Cette fois-ci, nous ferons le grand écart entre l’Espagne et l’Argentine, où ont eu lieu deux crimes similaires, à 20 ans d’intervalle.

Les romans de Marc Fernandez n’hésitent pas à sortir les cadavres des malles de l’Histoire, les squelettes des placards des dictatures sud-américaine ou espagnole.

C’était un véritable plaisir de retrouver les personnages avec lesquels j’ai déjà partagé des aventures dangereuses, mais des plus instructives, notamment avec les bébés volés sous les dictatures.

Ici, on parlera plutôt de liberté de presse, d’assassinats de journalistes, de censure, d’intimidations et de politiciens qui font la pluie et le beau temps. Puisque nous irons en Argentine, l’auteur nous fera repasser par les locaux de l’Asociación Madres de la Plaza de Mayo (Les Mères de la place de Mai). Il ne faut pas les oublier non plus !

Dans les romans de Marc Fernandez, il est toujours question de corruption, de pouvoir absolu, de dictatures, qu’elles soient anciennes ou d’époque.

N’allez pas croire que ses bouquins sont les mêmes, bien qu’ils se ressemblent, qu’il y ait des leitmotiv qui reviennent, qu’ils possèdent des sujets communs, ils ont tous un ADN différent, bien qu’issu de la même origine : les exactions des dictatures. Et on aura toujours à dire sur le sujet.

Diego va devoir fouiller dans un passé sordide que certains ne veulent pas voir remonter à la surface et qui feront tout pour le laisser dormir. D’ailleurs, ce roman réserve quelques surprises de taille. J’en avais vu une venir de loin, par contre, la suivante, elle m’a pris par surprise.

Diego est un journaliste pugnace, il ne lâche jamais rien, il est intrépide, un peu fou, il aime la vérité par-dessus tout et surtout, recouper ses infos !

Dans un monde où il faut aller de plus en plus vite afin d’être la premier et de faire le buzz, se permettre le luxe de vérifier et de recouper ses infos, c’est presque se tirer une balle dans le pied. Heureusement que Diego fait encore son travail, qu’il est libre dans sa tête (♫).

Mon seul léger bémol sera pour la manière dont sont présentés une partie des dialogues… Au lieu de faire parler ses différents personnages, l’auteur a choisi de garder la forme de la narration neutre avec « Il lui demanda » et « elle lui répondit », ce qui casse un peu le rythme et donne l’impression d’avoir des dialogues aseptisés.

Hormis cette petite critique, j’ai apprécié le roman qui s’en va fouiller dans les poubelles pour déterrer les cadavres bien planqués des dictatures.

Dans le roman, rien n’est tout à fait noir, rien n’est tout à fait blanc, c’est nuancé et on sent bien que tout le monde ne fait pas toujours ce qu’il aimerait faire, que les libertés sont contrôlées en Amérique du Sud, obligeant certains à manger à la table du Diable, où la longue fourchette ne sert à rien.

Un roman dont le récit alterne entre l’Espagne et l’Argentine, une enquête dangereuse, un méchant mégalo qui racontera tout à Diego à la fin (un peu cliché, mais bon), des amis qu’il fait bon d’avoir auprès de soi, de la corruption politique (oxymore), des squelettes dans les placards et des personnages que l’on n’a pas envie de quitter à la fin de sa lecture.

Merci à toi, Diego Martín, de m’avoir fait découvrir ton univers de journaliste d’investigation, tes amis fidèles et le petit café où vous vous réunissez tous et toutes. N’oublie pas de rester prudent, mon cher Diego et d’embrasser ton père littéraire qui a fait en sorte que j’aille me coucher moins bête après avoir lu 4 de ses romans.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°211] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°30).

Batman – Année 100 : Paul Pope et Jose Villarrubia

Titre : Batman – Année 100

Scénariste : Paul Pope
Dessinateur : Jose Villarrubia 🇪🇸
Traduction : Thomas Davier

Édition : Urban Comics – DC Classiques (2016)

Résumé :
Gotham City, 2039. Batman, une icône oubliée du passé, est recherché pour meurtre. Lancés à la poursuite d’une légende, le commissaire Gordon, petit fils de l’original, prend rapidement conscience des ramifications de l’affaire lorsque ses hommes se trouvent secondés sur le terrain par une unité d’élite, débarquée de Washington.

Critique :
Je ne vais pas y aller par quatre chemins : les dessins sont moches !

Batman est trapu, avec une bouche proéminente (toutes les bouches étaient horribles à voir), pas sexy pour deux sous et les coloris étaient fort sombres, tendant les détails plus difficiles à discerner.

Ce n’est pas un Batman en pleine forme que nous retrouvons, mais un Batman essoufflé après la course, blessé, grimaçant sous l’effort.

Nous sommes en 2039, dans un Gotham qui a bien changé… Ça pue le fascisme et le totalitarisme, ainsi que la mort des libertés individuelles.

Pour ceux qui le poursuive, Batman était une légende urbaine, il n’a jamais existé, ils ne savent donc pas après qui ils courent. Juste une sorte de terroriste, sans doute. Le genre de chose qu’il faut éliminer du système bien huilé de la dictature totalitaire, comme on expulserait un déchet.

L’homme Chauve-Souris est accusé de meurtre, mais ce que les flics ne savent pas, c’est qu’il en fut le témoin et que le policier a été assassiné par un autre policier.

Votre mission, si vous l’acceptez, bien entendu : trouver l’identité d’une mystérieuse entité et un désamorcer un complot. Le scénario était des plus correct et des plus intéressants. La criminalité existe toujours à Gotham et le justicier masqué aussi.

L’action est omniprésente, dès le départ, mais les dessins ont freinés ma lecture, ainsi que les tons sombres… Franchement, je n’ai absolument pas aimé cette vision alternative de l’univers Batman.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°24).

1977 : Guillermo Saccomanno

Titre : 1977

Auteur : Guillermo Saccomanno 🇦🇷
Édition : Asphalte Noir (05/03/2020)
Édition Originale : 77 (2008)
Traduction : Michèle Guillemont

Résumé :
Buenos Aires, 1977. La dictature argentine mène sa « guerre sale » : la répression des opposants est massive et systématique. Toutes les nuits, des escadrons de la mort abattent des militants ou les emmènent vers une destination inconnue. Ils ne sont dès lors plus jamais revus.

Professeur de littérature dans un lycée, Gómez tâche de faire profil bas alors que le nombre de disparus grandit sans cesse autour de lui. Jusqu’au jour où l’un de ses élèves, Estéban, qu’il affectionne particulièrement, est raflé dans sa salle de classe même.

Rongé par l’insomnie et la paranoïa, Gómez passe ses nuits dans des bars interlopes en quête d’aventures avec des hommes de passage. Il va jusqu’à entamer une relation trouble et violente avec un policier fédéral qui l’effraie autant qu’il le fascine. Mais son conflit intérieur entre morale et survie va devenir intenable quand un jeune couple de dissidents se réfugie chez lui.

1977 est un roman essentiel sur la terreur institutionnalisée. En montrant combien il est difficile de conserver son humanité dans un climat totalitaire, Guillermo Saccomanno nous rappelle que l’Histoire se répète – et que les avertissements du passé sont hélas rarement entendus.

Critique :
1977 avait tout pour me plaire : un roman noir sur la guerre sale en Argentine.

Dictature (depuis le coup d’état de 1976), répression, assassinats, milices, rafles et un prof de littérature qui tente de ne pas se faire remarquer par les milices qui sévissent dans la ville.

Attention, je ne sous-entends pas que j’aime ces horreurs que des Hommes infligent à d’autres Hommes ! Jamais de la vie.

C’est juste parce que j’ai toujours apprécié l’Histoire et en apprendre plus sur les dictatures est toujours un bon moyen de contrer les gens qui, dans mon entourage (boulot), seraient tentés par un dictateur à la tête du plat pays. Imbéciles, va ! Lisez, nom de Dieu et choisissez les lectures qui vont vous éclairer.

Ce roman devait être, un de plus, qui allait m’éclairer, me donner matière à frémir, à me faire croiser les doigts que jamais nous ne sombrions dans une dictature.

Hélas, entre ce livre et moi, le coup de foudre n’a pas eu lieu, ce fut même une lecture froide, sans émotions, tant le style du récit m’a déplu dans sa manière d’être raconté.

Brouillon, chaotique, voilà comment je résumerais cette lecture. Une fois de plus, pour les dialogues, les tirets cadratins et les guillemets sont aux abonnés absents et c’est toujours plus complexe de s’imprégner d’un récit lorsque les dialogues ne sont pas bien mis en évidence. Et puis, ce récit qui part dans tous les sens, qui ne m’a pas passionné, qui m’a fait bailler d’ennui…

Dommage pour moi, car ce livre parlait de choses importantes : de la survie sous une dictature, de la morale qui fout le camp, de la paranoïa qui s’installe, de la peur d’être raflé à son tour, pour des motifs futiles, inventés, imaginés, iniques. Juste parce que certains ont du pouvoir et vous pas… Sous le règne de la terreur, il n’est pas facile de vivre, de faire confiance.

Dommage aussi parce que la ville de Buenos Aires, ainsi que sa population, étaient des personnages à part entière de ce roman noir, de ce roman social, policier et historique. On sent bien que la plume de l’auteur est amère, qu’il fait une critique violente de ce régime et de ceux qui y participèrent…

Mais, la rencontre n’a pas eu lieu entre le roman et moi et croyez-moi que je le regrette amèrement car il faisait partie de ceux que j’avais sélectionné lors de la rentrée littéraire de 2020 (oui, j’ai énormément de retard) et dont j’attendais beaucoup.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°207] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°13).

La Révolte du Sonora : Pierre Pelot

Titre : La Révolte du Sonora

Auteur : Pierre Pelot
Édition : G.P. Editions Olympic (01/01/1972)

Résumé :
Mexique 1906. La dictature de Diaz est plus dure que jamais. L’armée régulière, les mercenaires de la Garde blanche traquent impitoyablement les rebelles et notamment les Indiens Yaquis du Sonora, les refoulant toujours plus loin dans les montagnes arides, au profit des grands propriétaires terriens. Cette fois pourtant, le peuple Yaqui de la tribu de Caseo ne reculera plus.

Caseo le vieux demeure sur cette terre sèche qui est sa vie. Il demeure pour lutter. Il sera rejoint par Sando, son fils aîné que l’on surnomme Yaqui Hombre et dont la tête est mise à prix.

Un fossé s’est creusé entre le père et le fils, celui-là reprochant à celui-ci ses méthodes de combat. Et pourtant les deux hommes réapprendront à se respecter mutuellement, unis dans le même combat…

Critique :
Pierre Pelot est un auteur prolifique et de temps en temps, j’ouvre un de ces vieux livres qui fleure bon le vieux papier, les vieilles éditions et qu’on ne déniche plus que dans les brocantes, les vides greniers, les bouquinistes…

Celui-ci était parfait pour le Mois Espagnol (Lusophone), puisqu’il se déroule au Mexique, plus précisément au Sonora, durant la révolte qui eut lieu sous la dictature de Porfirio Diaz.

Elle éclatera le 18 novembre 1910.

L’auteur ne donnera pas de précision sur la dictature, sur toutes les exactions commises. Il aurait fallu plusieurs romans pour raconter tout.

L’auteur dresse un bref résumé en début d’ouvrage, afin que les lecteurs sachent ce qu’il s’est passé et comment était divisé la population mexicaine : les grands propriétaires, la fausse noblesse (les riches, les premiers de cordée), le clergé (riche de sa puissance) et en-dessous, les peones, les paisanos (les paysans, les pauvres travailleurs) mexicains, dont le train de vie n’avait rien à envier à celui des serfs européens du Moyen Age. Et tout, tout, tout en dessous, les indiens.

En 1910, huit cent quarante haciendados environ se partageaient la superficie totale de la terre mexicaine, vivant dans l’opulence sur la sueur versée de plusieurs millions de peones et d’ouvriers.

Une foule énorme, qui tout à coup voulait vivre, qui n’en pouvait plus de colère rentrée, ravalée depuis des années. Un peuple d’esclaves qui ne voulait plus avoir faim, qui voulait être libre et se dressait derrière le boutefeu de la révolution : Francisco I. Madero.

Il expliquera aussi les raison qui poussèrent le peuple au mécontentement. Ce qui fait qu’en commençant cette lecture, je n’étais pas totalement inculte. Pierre Pelot raconte donc une petite histoire dans la Grande, celle d’une tribu Yaqui, qui subissait la domination de Diaz sans savoir pourquoi, sans comprendre.

Qui se faisait refouler sans cesse plus loin, qui avait perdu ses terres dans la plaine, au profit des colons et était allée dans la montagne, avant que les riches veulent encore plus et décident de prendre la montagne aussi, et de les chasser, en passant, ou les exterminer, tiens, encore mieux (ceci n’est pas pensée, mais celle des riches puissants, ceux qui me suivent depuis un certain temps l’auront compris).

Un jour, ils ont dressé le poing dans le ciel. Ils se sont levés, un fusil dans la main, une fouche, une pioche… Aux armes, Yaquis Indiens (♫). Et comme Sando, devenu un desperado, est de retour près de son père, Caseo, il décide d’aider les siens à résister au soldats.

Oui, c’est une simple histoire. Une histoire ordinaire comme il y en a tant eu. Comme il y en a encore, comme il y en aura encore. On défend sa terre, car à un moment donné, quand on est acculé, qu’on a plus de repli possible, on se redresse et on montre les dents. Fuir n’est plus possible, résister va être difficile, ils risquent tous de mourir, face à des soldats aguerris et mieux équipé.

Le récit avait tout pour me plaire, mais je suis passé un peu à côté de l’affrontement sans paroles entre le père et son fils. L’un aurait aimé qu’il reste, le fils aimerait qu’on soit fier de ce qu’il a fait, de ses combats. Ils sont fiers l’un de l’autre, mais trop fiers que pour l’avouer.

Il manque aussi au récit des émotions et du corps. On ne s’y embête pas, mais l’écriture, un peu trop simple, m’a empêché de vibrer avec ces pauvres gens prêts à tout pour défendre leurs terres (alors que nom de Dieu, c’est le genre de chose qui devrait m’enflammer parce que je suis ainsi : j’aime ma terre et je prendrai le fusil aussi).

Une lecture en demi-teinte. Malgré tout, je garderai les bons côtés de l’histoire : le père et le fils qui ne se comprennent pas et le don de soi pour sauver les siens.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°111] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°08).

Le Messie du Darfour : Abdelaziz Baraka Sakin

Titre : Le Messie du Darfour

Auteur : Abdelaziz Baraka Sakin
Édition : Zulma (2016)
Édition Originale : Masīḥ Dārfūr (2012)
Traduction : Xavier Luffin

Résumé :
« C’était la seule à Nyala et sans doute même dans tout le Soudan à s’appeler Abderahman. »

Avec son prénom d’homme et sa cicatrice à la joue, terrible signe de beauté, Abderahman est la fille de fortune de tante Kharifiyya, sans enfant et le cœur grand, qui l’a recueillie en lui demandant de ne plus jamais parler de la guerre. De la guerre, pourtant, Abderahman sait tout, absolument tout.

C’est un jour de marché qu’elle rencontre Shikiri, enrôlé de force dans l’armée avec son ami Ibrahim. Ni une, ni deux, Abderahman en fait joyeusement son mari. Et lui demande de l’aider à se venger des terribles milices janjawids en en tuant au moins dix.

Formidable épopée d’une amazone de circonstance dans un monde en plein chaos, le Messie du Darfour est une histoire d’aventure et de guerre, une histoire d’amitié et de vengeance qui donne la part belle à l’humour et à la magie du roman.

Critique :
♫ Pour vouloir la belle musique ♪ Soudan mon Soudan ♫ Pour un air démocratique ♪ On t’casse les dents ♫

À la lecture de ce roman, on comprend que l’auteur ait dit l’avoir écrit afin d’expulser sa peur de la guerre…

Cette lecture, je la dois à ma copinaute Rachel. Voulant découvrir l’auteur avant notre LC, j’ai tenté le coup avec ce roman inclassable et bizarre et ça a matché entre nous.

Pourtant, ce n’était pas gagné ! Déjà, il y a peu de dialogues, l’auteur écrivant les paroles des personnages en les intégrant dans le récit. Habituellement, je déteste ça, ça me pompe l’air.

Là, il m’a fallu un certain temps avant de me rendre compte que les dialogues étaient quasi inexistants. Un bon point si je ne l’ai pas remarqué de suite, cela veut dire qu’ils étaient bien intégrés au texte.

Le récit semble suivre une ligne bien à lui, pas vraiment de fil rouge entre les récits, si ce n’est qu’ils sont arrivés à des personnages du récit, à des époques différentes et qu’ils permettent d’éclairer la situation politique du Soudan, ainsi que les années de guerre, les massacres, les exactions des rebelles, les différentes ethnies, la situation géopolitique du pays, l’antagonisme entre les Noirs et les Arabes, le racisme, l’esclavagisme…

Le Darfour est complexe, faut pas croire que vous comprendrez tout de cette région après avoir lu le roman, mais cela vous éclairera un peu. Sachez que cet auteur s’est exilé et que ses écrits sont interdits au Soudan. Là-bas, ils circulaient sous le manteau.

Dans ce roman, il n’y a pas de choses joyeuses, certains passages sont assez durs, violents et l’on donnerait bien n’importe quoi pour que jamais cela ne nous arrive. Malgré la dureté de ces scènes, l’auteur évite le voyeurisme et le pathos.

L’écriture de l’auteur est belle, c’est un excellent conteur, même si, de temps en temps, on ne sait pas trop où il va nous conduire, ni ce que cache la partie avec le messie. Cette partie-là est un peu plus mystique. Plus déroutante.

Mon bémol sera que ce roman donne l’impression que l’auteur n’est pas allé au fond des choses, qu’il a lancé beaucoup de pistes, sans jamais aller les terminer, ou les explorer un peu plus.

Cela donne une impression d’avoir survolé les choses, les faits, l’Histoire du Soudan et que le tout n’a pas été achevé… Dommage, il y avait tant à nous apprendre.

Bizarrement, malgré ce bémol, j’ai apprécié ma lecture (oui je sais, cherchez pas docteur) et que je compte bien découvrir l’autre roman de cet auteur.

À vous de voir si vous l’ajouterez à votre wish ou si vous passerez votre chemin. Pour ma part, je ne suis pas mécontente d’avoir ajouté un auteur soudanais à mon planisphère. J’ai trop peu d’auteurs africains dans mes biblio et je tente de corriger cela, lentement, mais sûrement.

Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Soudan).

Épilogue meurtrier – Trilogie de la crise HS1 : Pétros Márkaris

Titre : Épilogue meurtrier – Trilogie de la crise HS1

Auteur : Pétros Márkaris
Édition : Points Policier (2016)
Édition Originale : Titloi telous – O epilogos (2015)
Traduction : Michel Volkovitch

Résumé :
Quatrième tome d’une trilogie devenue tétralogie sur la crise grecque.

Le commissaire Charitos continue de parcourir Athènes entre son bureau et son appartement, et nous offre à la fois une vision politico-sociologique d’un pays où la population désespérée s’en prend aux immigrés et se tourne vers le populisme de l’extrême droite violente, et une enquête policière où ressurgissent les fantômes de la guerre civile et des années 50.

Critique :
Une trilogie en 4 volumes, cela devient une tétralogie… On pourrait se demander ce que l’auteur avait encore à nous dire après trois formidables romans noirs avec, en toile de fond, la crise Grecque.

Rassurez-vous, Pétros Márkaris en avait encore sous la pédale et, une fois de plus, il entraîne ses lecteurs (et lectrices) dans la Grèce post-crise, après que l’Allemagne lui ait collée une punition à la mesure des fautes commises par les gouvernants.

Hélas, ce ne sont jamais les politiques qui paient leurs fautes et après avoir ouvert les fenêtres et balancé des tonnes de fric à tout le monde, on a tout refermé et on a puni les gens qui en avaient profité.

Une fois de plus, les meurtres ne sont là que pour nous parler de cette Grèce qui a été flagellée et de ses habitants qui tirent le diable par la queue, laissant les voitures au garage, le carburant coûtant trop cher, ou ayant carrément rendu les plaques…

Dans ce dernier tome consacré à la crise, notre commissaire Kostas Charitos va avoir bien du mal à comprendre qui est caché derrière ces meurtres, et nous aussi !

Au menu, nous aurons de la corruption de fonctionnaires, que les gens sont obligés de payer afin de faire avancer leur dossier, sans que ces mêmes fonctionnaires ne comprennent qu’avec un tel comportement, ils entravent le développement économique de leur pays.

L’auteur nous parlera aussi de ces Grecs qui en font le minimum au boulot, les yeux rivés sur la pendule, refusant de bosser une minute de plus, que l’enseignement secondaire est merdique, obligeant les parents à payer afin de donner des cours privés à leurs enfants.

Il parlera aussi des primes données par l’Europe, à tort et à travers, le racisme exacerbé des Grecs, leur haine des autres, l’arrivée au pouvoir du parti Aube Dorée, qui n’a de dorée que son nom, de la dictature des Colonels, de la guerre civile,…

Oui, c’est noir ! Heureusement qu’il y a quelques scènes familiale afin d’apporter un peu de soleil à toute cette sombritude. Hélas, pas de banquets rempli de victuailles, l’épouse du commissaire cuisine avec ce qu’elle a et elle ne manque pas de cœur et d’idées.

L’auteur a eu bien raison d’ajouter un 4ème tome à sa trilogie car il ne manque pas de piquant, Pétros Márkaris nous dressant un portrait sans concession de la Grèce, même si on sent bien qu’il aime son pays, qu’il a de la tendresse pour lui, pour ses habitants, bien que ses critiques soient acérées.

Qui aime bien, châtie bien. Jamais de manichéisme, dans les romans de Márkaris. Pire, on ressent souvent de l’empathie pour le/les coupables.

Un polar bien sombre, même sous le soleil de la Grèce. Un polar qui clôt brillamment cette trilogie devenue une tétralogie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°125], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°07] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Grèce).

[Angor] – Franck Sharko & Lucie Hennebelle 04 : Franck Thilliez

Titre : [Angor] – Franck Sharko & Lucie Hennebelle 04

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Pocket Thriller (2015) – 638 pages

Résumé :
Camille Thibaut est jeune gendarme dans le nord de la France à Villeneuve d’Ascq. Très appréciée dans son service, certains de ses collègues s’inquiètent pour elle. Depuis son opération. Depuis sa greffe du cœur. Et depuis qu’elle a des cauchemars chaque nuit. Une femme séquestrée l’appelle au secours. Un rêve tellement vrai, comme un souvenir… celui de son donneur ?

Alors qu’elle est en plein rejet de greffe et qu’elle sait qu’elle va mourir, Camille n’a plus qu’une obsession : savoir qui lui a donné son cœur et quel drame son donneur a vécu… Au même moment, à une centaine de kilomètres de là, deux employés de l’Office National des Forêts constatent les dégâts des orages violents survenus en ce mois d’août.

Dans une cavité mise à jour par un arbre déraciné, ils croient apercevoir une ombre. L’un d’eux s’approche. Deux yeux presque blancs, dépourvus d’iris. C’est tout ce qu’il aura le temps de voir avant qu’une main venue du fond du trou lui agrippe les cheveux et tire de toutes ses forces.

Lucie et Sharko sont en train de donner le biberon à leurs jumeaux âgés d’un mois quand Franck est appelé sur une nouvelle affaire. Une femme semble avoir été victime d’une longue séquestration. Presque aveugle, tant elle est restée dans le noir.

Retrouvée… sous un arbre. Lucie est inquiète  » Plus jamais en première ligne  » lui a promis le père de ses enfants. Mais elle-même parviendra-t-elle à laisser son homme enquêter seul pendant qu’elle termine son congé maternité ?

D’autant que l’enquête prend des proportions inhabituelles lorsque Sharko s’aperçoit qu’à chacune de ses découvertes il a été devancé : par une jeune femme, gendarme dans le nord…

Critique :
J’ai un retard monstre dans mes Franck Thilliez et si je suis à jour avec ses dernières publications, il n’en est pas de même avec ses plus anciens romans. Shame on me parce que bien souvent, je les adore et ils sont hyper addictif.

Tellement addictif que je risque des soucis avec la brigade des addictions… Sans compter des problèmes que je risque parce que je ne suis pas la chronologie et que j’ai sauté des tomes.

Une fois de plus, Thilliez va jouer avec nous, nous entraîner là où on ne s’y attend pas, nous faisant courir dans de multiples directions, faire monter l’adrénaline et les pulsations cardiaques.

Le duo Frack Sharko & Lucie Hennebelle a évolué, les voici en couple et en train de pouponner leurs jumeaux. Le fait d’être père a ramolli un peu Sharko, d’ailleurs, il pense même mettre sa Lucie au placard, le reléguer à son rôle de mère, la croyant petite chose fragile alors qu’elle est flic comme lui, qu’elle a perdu ses jumelles et à surmonté ce deuil terrible… C’est une battante, pas une femme fragile.

Dans ce roman, on commence aussi avec plusieurs affaires et ça nous laissera peu de temps pour se tourner les pouces ou s’embêter durant sa lecture.

Ceci est un pavé de plus de 600 pages mais on ne les sent pas (sauf le poids du livre), elles se tournent toutes seules et le récit est rendu addictif du fait que l’on suivra plusieurs personnages lorsque l’on changera de chapitre.

Âmes sensibles, s’abstenir ! Avec Thilliez, on s’enfonce souvent dans le glauque, dans l’horreur, l’abomination : il faut avoir le cœur et les tripes bien accrochées. Parfois, on pourrait penser que l’auteur cherche à nous montrer ce qu’il y a de plus sombre chez l’Homme, de plus horrible, de plus dégueulasse.

De nouveau, j’ai retrouvé un élément dont l’auteur avait déjà utilisé dans un autre roman et cela m’a un peu gêné aux entournures, pour ma part, ce n’était pas nécessaire de jouer sur cette filiation.

De même que pour le voyage en Argentine où moult péripéties vont arriver à Sharko, comme si pour ajouter du suspense et du piment à son récit, l’auteur avait voulu lui jouer des tours pendables, le mettant dans des situations totalement périlleuses… Trop est l’ennemi du bien ou, comme on dit chez nous : « Trop is te veel » (trop c’est trop).

Comme toujours, beaucoup de choses se retrouvent au cœur (c’est le cas de le dire) du roman de Thilliez et l’on sent qu’il a bien potassé ses sujets afin que tout cela tienne ensemble et forme un tableau qui ne doit pas être bancal lorsqu’on le dévoilera au lectorat.

Le tableau restera cohérent si l’on fait abstraction de quelques sauvetages au bon moment (ils font du bien), de quelques facilités auxquelles l’auteur aura recours pour aider ses personnages qui enquêtent (ah, les doués en langues !) ou d’un personnage qui avait l’air d’être quelqu’un de bien et qui, au final, sera un abominable assassin, sans que l’on en sache plus sur lui et son basculement du côté obscur de la Force.

Ce pavé de Thilliez met, une fois de plus, le Mal absolu face à ceux qui tentent de faire respecter la loi ou de rester tout simplement en vie. Face à certains, les autres ne sont que des proies potentielles pour les super prédateurs qu’ils sont. Prédateurs prêt à tout pour aller plus loin encore dans l’horreur absolue (mon dieu, le portefeuille !).

On descendra dans tout ce que l’Homme est capable de faire aux autres, on arpentera les couloirs glauques et sanglants de l’Histoire de certaines dictatures, on frémira d’émotion devant des chiffres et on tremblera à l’idée que ce que l’on a lu dans ces pages puissent avoir lieu un jour (on sait qu’elles ont lieu, mais on aimerait croire que non).

Comme toujours, Franck Thilliez a joué avec mes nerfs, mon cœur, mes tripes, me foutant la rate au court-bouillon et me tenant éveillée alors que j’aurais dû aller au lit. Je l’aurais bien terminé en deux jours, top chrono, mais bon, je m’en étais gardé un peu pour mon voyage en train, en espérant ne pas rater ma gare pour cause de plongée dans le final de son roman.

Malgré mes bémols, j’ai passé un excellent moment de lecture.

Lu dans son édition Pocket Thriller faisant 638 pages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°12] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.