Indomptable : Vladimir Hernández

Titre : Indomptable

Auteur : Vladimir Hernández 🇨🇺
Édition : Asphalte Noir (19/10/2017)
Édition Originale : Indómito (2016)
Traduction : Olivier Hamilton

Résumé :
La Havane, de nos jours. Un jeune ingénieur en électronique, Mario Durán, se retrouve en prison après avoir trafiqué des accès Internet avec son meilleur ami et complice de toujours, Rubén.

À leur grande surprise, il est libéré prématurément, à condition de prêter main forte au vol d’un coffre-fort, pour lequel ses compétences techniques et celles de Rubén sont indispensables. Un boulot apparemment facile… ce qui éveille la méfiance de Durán.

À raison. Quelques heures après le casse, il se retrouve enterré vivant dans un parc de La Havane, le cadavre de Rubén à ses côtés. Il n’aura dès lors plus qu’une seule idée : se venger de « l’Homme Invisible », leur commanditaire… Encore faut-il savoir de qui il s’agit réellement.

Polar mené à un train d’enfer, Indomptable nous transporte dans les rues de La Havane pour nous montrer le Cuba d’aujourd’hui, et sa jeunesse désillusionnée qui rêve d’ailleurs.

Critique :
Comment réussir à foirer sa journée et se retrouver à moitié mort dans un trou. Suivez bien les conseils…

1. Bénéficiez d’une liberté conditionnelle et sortez de prison,
2. Montez à l’arrière de la moto de votre pote et ancien complice,
3. Suivez-le dans la combine géniale qu’un type lui a proposé,
4. Accomplissez le casse en bidouillant le système de sécurité,
5. Ne vous méfiez pas et tournez le dos à un type armé,
6. Sortez du trou, couvert de sang, de terre, la rage au ventre et ruminez votre vengeance.

Pour réussir à avoir un type à vos basques qui veut se venger, il suffit de ne pas respecter sa parole et de demander à votre homme de main, qui a des problèmes de vue, de le tuer. Simple comme un coup de feu loupé…

Raconté ainsi, on pourrait croire que ce n’est jamais qu’une énième histoire de vengeance. En effet. Et pourtant, si cela semble à un récit réchauffé, l’auteur a réussi à lui donner un souffle et de la profondeur.

Tout en instrumentant sa vengeance, Durán va aussi nous parler de la ville de La Havane et de ce qu’il se passe à Cuba : misère noire, bidonvilles, émigration clandestine dans des barques, en direction des États-Unis, corruption, magouilles, salaires de merde, l’embargo…

La dictature qui ne dit pas son nom est sous-jacente. La génération de Rubén et de Durán n’a pas les mêmes aspirations que celle de leurs parents.

A la différence de la génération perdue de leurs parents, et de celle du désenchantement – ou plutôt des jérémiades- qui avait suivi, ils rejetaient le projet social collectif. Comme tant d’autres enfants nés sous la période spéciale, élevés dans une ouverture économique illusoire empreints d’un pragmatisme post-millenium, ils se sentaient totalement libérés des compromis idéologiques d’antan. Ils ne croyaient qu’en l’initiative personnelle. Il était clair pour eux qu’en politique les dés étaient pipés et que la seule issue qu’ils offraient étaient une salle d’attente donnant sur un futur toujours plus incertain.

Pas de bons sentiments, dans le scénario, cela se résout à la testostérone et avec des armes, bien entendu. Ceci n’est pas une vengeance fine, telle celle de Monte Cristo. Ce sera une traque, intelligente tout de même, afin de trouver le mystérieux commanditaire du casse.

En alternance avec le récit, des chapitres seront consacrés à la jeunesse de Durán et à ses années passées en prison, avec toutes les emmerdes que cela implique (dont les viols). Durán semble être fait de métal, pourtant, il a des faiblesses, mais au moins, il apprend de ses erreurs.

Un roman noir brutal, sans concessions, ou quelques surprises nous attendrons au tournant. Le roman n’est ni trop long, ni trop court, en 256 pages, l’auteur arrive à planter ses décors, à donner vie à ses personnages, à les étoffer, sans en faire trop, tout en nous dressant un portrait peu flatteur de La Havane.

Un bon roman noir où l’on ne s’ennuie pas une seconde. Dès les premières pages, je me suis faite happer par le récit et j’ai apprécié ma folle cavalcade avec l’ami Durán et ses guns.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°2XX], Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Cuba) et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°19).

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Après : Stephen King

Titre : Après

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (03/11/2021)
Édition Originale : Later (2021)
Traduction : Marina Boraso

Résumé :
Grandir, c’est parfois affronter les démons qui vous hantent.

Jamie n’est pas un enfant comme les autres : il a le pouvoir de parler avec les morts. Mais si ce don extraordinaire n’a pas de prix, il peut lui coûter cher. C’est ce que Jamie va découvrir lorsqu’une inspectrice de la police de New York lui demande son aide pour traquer un tueur qui menace de frapper… depuis sa tombe.

Obsédant et émouvant, le nouveau roman de Stephen King nous parle d’innocence perdue et des combats qu’il faut mener pour résister au mal.

Critique :
Lorsque j’appris que le dernier né du King ne faisait que 320 pages et non pas les 600 habituelles, j’ai ressenti une frustration à venir : celle de ne pas obtenir ma dose de King.

Pourtant, au bout de quelques lignes, mes craintes se sont apaisées : le cru 2021 avait du corps, du bouquet et, sous les senteurs fruitées du départ, on sentait qu’ensuite viendrait les effluves de l’épouvante.

Ce nouveau King commence gentiment par le récit de Jamie qui, très jeune, aperçoit les fantômes des gens décédés.

Oh, si pour un jeune gamin, c’est impressionnant de voir le fantôme horriblement défiguré d’un cycliste qui s’est mangé une bagnole, pour le lecteur averti, ce n’est rien d’épouvantable.

Oui, le King commence gentiment, il pose ses bases, présente ses personnages, tout le monde semble cool et sympa, tout va bien dans le meilleur des mondes, même pas un croquemitaine sous le lit ! Oui, mais, on est dans un Stephen King et on se doute bien que ce n’est pas demain la veille qu’il va nous pondre du récit Bisounours.

Son récit est addictif tout en étant intelligent car le King ne se contente pas de nous parler d’un petit garçon qui voit les fantômes et avec lesquels il peut avoir des discussions (jusqu’à ce qu’ils disparaissent au bout de quelques jours) !

Non, non, il va plus loin et nous montre aussi l’épouvante générée par la crise économique de 2008.

Vous viviez pépère avec un super salaire, dans un appart génial, votre gamin allait dans une école privée, l’argent abondait, vous aviez fait des placements et un jour, patatras ! Un Madoff 2 vous a fait la position de la pyramide et là commence l’épouvante totale : hasta la vista le fric mit de côté ! Ça, pour moi, c’est plus angoissant qu’un monstre sous le lit.

Une fois de plus, la plume du King fait mouche et nous touche en plein coeur : de par ses personnages attachants, qui évoluent, qui peuvent tourner casaque. Grâce aussi à son écriture et à ce petit Jamie qui s’adresse directement à nous, établissant un lien dès les premières lignes.

Dans ce nouvel opus, pas de Méchant à part entière, juste des personnages lambdas qui, un jour, ont promis une chose et rebouffe leur parole ensuite, parce que cette chienne de Vie vient de leur faire un croche-pied monumental et qu’il faut bouffer.

Et puis d’autres qui sont passé du côté Obscur de la Force et, la cupidité aidant, n’ont plus aucun scrupules. Des gens ordinaires, en fait… Sans oublier un truc en plus, la touche fantastique qui fout la pétoche tout de même.

Comme quoi, le King reste toujours le King et même avec 320 pages, il arrive à m’emporter ailleurs, à me scotcher à son récit, à me faire sourire, à me faire frémir, à me donner des émotions et à me faire répéter, sur le final : « Non, Jamie, ne succombe pas à la tentation, ne bascule pas de l’autre côté !! », tout en serrant les fesses, parce que bon, tout de même, c’est du King ! Même si les âmes sensibles survivront sans soucis, on a connu plus angoissant.

Un roman est à la frontière (du réel ?) du polar et de l’épouvante, du fantastique et du thriller et il fait mouche, comme toujours. Comme quoi, la taille n’est pas importante (on ne le répétera jamais assez). L’ivresse est au rendez-vous, sans pour autant monter dans les degrés d’alcool.

De toute façon, il me reste encore un petit stock de King non lus, dont des gros pavés bien épais et bien saignants, alors, de temps en temps, un récit moins flippant, ça ne fait pas de tort.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°90] et le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde – USA.

Negra soledad – Heredia T07 : Ramón Díaz-Eterovic

Titre : Negra soledad

Auteur : Ramón Díaz-Eterovic
Édition : Métailié Biblio hispano-américaine (04/05/2017)
Édition Originale : La música de la soledad (2014)
Traduction :

Résumé :
Heredia, le détective privé des quartiers populaires de Santiago, vient de se décider à mettre fin à sa solitude de célibataire : il va enfin se marier – à reculons. C’est alors qu’Alfredo, son ami avocat, est retrouvé mort.

Depuis peu, il avait été engagé par les habitants d’un village du nord du Chili, aux prises avec une exploitation minière polluante bien décidée à exproprier tout le monde.

Entouré de ses complices de toujours, Simenon, son chat et confident, Anselmo, le kiosquier turfiste, et la commissaire Doris qui aimerait tant trouver une place auprès de lui, Heredia découvre l’ampleur des problèmes environnementaux au Chili, et leurs dénouements souvent tragiques : soif de lucre des entreprises, contamination des sols, indulgence coupable des autorités, spoliation des paysans.

Heredia, c’est l’âme nostalgique d’un Santiago qui n’existe plus, les rêves brisés d’une génération sacrifiée, mais c’est aussi l’histoire chilienne revue et corrigée par un justicier mélancolique et intègre. Et toujours aussi allergique aux ordinateurs…

Critique :
N’ayant jamais lu les enquêtes du détective privé Heredia, j’ai profité du Mois Espagnol pour le sortir de mes étagères où il prenait la poussière depuis trop longtemps.

Comme j’avais envie de révolte, de rébellion, j’ai commencé par le dernier tome, le septième. Oui, que voulez-vous, je suis une rebelle !

Directement, ça a matché avec Heredia le bourru, détective privé qui enquête à la vitesse d’un Maigret, qui fume comme un dragon, boit comme un gosier en pente et ne lâche jamais rien dans ses enquêtes, un peu à la Montalbano…

Sauf qu’avec Montalbano, on a de l’humour et de la bonne bouffe. Notre Heredia est moins épicurien que le commissaire sicilien et son univers est bien plus sombre. La carte postale du Chili ne donne pas envie d’aller y arpenter les rues des villes (sorry, hein, Rachel !) et si avec Montalbano, tout se termine bien, on sent bien que dans l’univers d’Heredia, on risque que les méchants gagnent.

L’affaire ? Un avocat, ami d’Heredia, exécuté dans son bureau d’un côté. De l’autre, une grosse société minière pollueuse qu’il fout en l’air la nature, la santé des habitants d’un petit village et dont personne n’écoute les plaintes, les craintes.

C’est David armé d’une branchounette contre Super Goliath qui possède la puissance de feu d’un croiseur et des flingues de concours. De plus, pour ces puissantes sociétés pleine de fric et qui veulent encore en faire plus, c’est facile avec les habitants : soit elle les corrompt (au Nord, c’était les corons), soit elle menace.

Bref, que tu le veilles ou non, la société gagne. Pas possible que t’en réchappes, ils rappent tout (♫) et personne au bled n’a envie de chanter ♫ Intimidez-moi ♪ (sur l’air de déshabillez-moi) même si certains luttent et résistent, prouvant qu’ils existent.

L’univers dans lequel Heredia évolue est noir, sombre, la ville change, ses petits bistrots disparaissent, le progrès est en marche et notre détective se ferait traiter d’Hamish car il n’a pas de smartphone, même pas un bête portable et est aussi habile avec un PC qu’un cochon de sa queue. Il enquête à l’ancienne et j’ai aimé ça.

Heredia, c’est aussi un homme qui ne sait pas se décider, qui a peur de se mettre en ménage avec Doris, la commissaire de police. Il a connu des histoires d’amour mais toutes se sont terminées et il a peur du changement, notre détective bourru qui possède néanmoins un grand cœur.

L’écriture de Ramón Díaz-Eterovic est un plaisir à lire et ses personnages ont une réelle dimension, de la profondeur, du réalisme. Si tout le monde parle avec son chat, jamais nous n’avons eu la chance que nos félins nous réponde, comme le fait Simenon, le chat de Heredia. Il est plein de philosophie, cet animal gourmand et dodu.

Sur le final, j’ai eu peur que l’auteur ne me réserve un coup de pute et il a osé le faire, copiant Elizabeth George et me plongeant dans un désarroi total. Là, j’ai regretté amèrement d’avoir commencé par le dernier roman et j’ai maudit l’auteur d’avoir osé…

C’est sur la pointe des pieds que j’ai quitté le détective bourru qui se faisait consoler par son chat, les laissant seuls avec leur discussion, leur peine, leur grand vide. Sans cela, je serais allée fouiller les bouquineries à la recherche d’une autre enquête de Heredia, mais là, pas le courage, pas l’envie.

Un excellent roman noir où Heredia le détective prend son temps, remontant les pistes une à une, une critique sociale et environnementale du Chili, dénonçant entre autre la corruption du système judiciaire et, entre autre, de la toute puissance des sociétés minières qui salopent partout mais ne veulent pas se salir les mains…

Sans le coup de pute de l’auteur, c’était 4 Sherlock assurés… Pauvre Heredia, ton père littéraire devait t’en vouloir…. Heureusement qu’il te reste Simenon.

 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°256], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°55] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Sanctuaire : William Faulkner

Titre : Sanctuaire

Auteur : William Faulkner
Édition : Folio (2007)
Édition Originale : Sanctuary (1931)
Traduction : René-Noël Raimbault

Résumé :
C’est Sanctuaire qui valut à Faulkner sa réputation d’auteur ténébreux et scandaleux. L’écrivain n’a-t-il pas tenu à inventer, selon son expression, « l’histoire la plus effroyable qu’on puisse imaginer »?

En réalité, il s’est inspiré d’un fait divers, survenu dans un night-club de la Nouvelle-Orléans : le viol d’une jeune fille avec un « objet bizarre », devenu un épi de maïs dans le roman, suivi d’une étrange séquestration.

Dans un climat de violence, de bassesse et de corruption, remarquablement diffus et persistant, la jeune fille subit une sorte d’initiation au mal, à travers laquelle Faulkner livre son interrogation sur l’homme, avant de l’élargir et de la faire porter sur la société tout entière.

Sanctuaire, septième roman de Faulkner, est aussi son récit le plus direct. Paru la même année que La Clé de verre et un an après Le Faucon maltais, les deux chefs-d’oeuvre de Dashiell Hammett, ce roman noir est un des précurseurs du hard-boiled novel, auquel Hammett, Raymond Chandler ou James Cain donnèrent ses lettres de noblesse.

Critique :
Faulkner disait de ce roman que c’était « l’histoire la plus effroyable qu’on puisse imaginer ».

De son côté, Malraux a dit que ce roman symbolisait « l’intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier ».

Pendant ce temps-là, dans ce roman noir très sombre, un homme introduisait un épis de maïs dans le… d’une femme, et sans son consentement.

Tandis que j’agonise… Voici le résumé de ce que j’ai ressenti en lisant ce Faulkner où j’ai pataugé, peiné, perdu mon chemin, sué, avant de crier grâce et d’implorer la fin de mon calvaire.

Lorsque j’avais lu « Tandis que j’agonise » l’année dernière (septembre 2019), j’avais eu un peu de mal au départ mais ensuite, le récit s’était révélé à moi et ça avait explosé en émotions en tout genre, même si on pataugeait dans le noir glauque, super glauque.

Ici, on franchi un autre palier, on descend dans un autre cercle de l’enfer (le 9ème sans aucun doute) et le café est tellement noir épais que la cuillère s’est perdue, que la cuillère s’est pendue, comme le canal dans la chanson de Jacques Brel (Le plat pays qui est le mien).

Le récit est lent, très lent et je n’ai jamais réussi à rentrer dedans, comme si je n’avais pas le bon code, comme si mon esprit n’avait pas envie de lire ÇA maintenant et tandis que j’essayais de me concentrer sur les lettres qui forment des phrases, mon esprit battait la campagne.

Autant je n’ai aucun mal avec les romans de Erskine Caldwell qui lui aussi met en scène des personnages glauques et déjantés dans le Sud profond où la misère est reine et où les paumés sont rois, autant ici j’aurai pu creuser les pages jusqu’après ma mort pour espérer découvrir l’or et la lumière cachées par Faulkner dans son récit.

On appelle ça passer à côté d’un roman, c’était un passage royal, un plantage monumental et le roman est retourné sagement à sa place dans l’étagère. Ne voulant pas rester sur une chute, je reprendrai un autre Faulkner et celui-ci, j’essaierai une autre fois, car le but du jeu n’était pas de louper ma lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°60] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Tout pour la patrie : Martín Caparrós

Titre : Tout pour la patrie

Auteur : Martín Caparrós
Édition : Buchet/Chastel Littérature étrangère (06/02/2020)
Édition Originale : Todo por la patria (2018)
Traduction : Aline Valesco

Résumé :
Buenos Aires, 1933. L’Argentine est ravagée par la crise, et seul le football semble capable d’enthousiasmer une population à genoux.

Soudain, le pays tout entier retient son souffle : Bernabé Ferreyra, la star du ballon de l’époque, a disparu. Andrés Rivarola, dit Petit, un travailleur à la petite semaine – accessoirement ami du dealer de Ferreyra –, se lance à sa poursuite.

Mais un assassinat dans un quartier du nord de la ville menace de faire basculer l’affaire en scandale national…

Critique :
L’Argentine des années 30… Il y a une fascination pour le régime d’Hitler dans ce gouvernement qui est très à droite, ainsi qu’une passion pour le foot qui semble déjà puer la corruption à plein nez.

Rivarola, le personnage principal, est un être désabusé, un peu cynique, chômeur, copain avec un petit dealer qui voudrait bien qu’il l’aide à retrouver le joueur de foot Bernabé Ferreyra qui a disparu alors qu’il lui doit de l’argent.

Son enquête ne se passera pas comme prévu et un meurtre plus tard, Rivarola va se transformer en enquêteur. Pas par amour de l’énigme, juste parce qu’il voit là une manière de s’en sortir financièrement.

Nous sommes dans un pays corrompu jusqu’à la moelle, alors, un de plus ou un de moins…

J’ai aimé le portrait au vitriol d’une société et d’un pays vérolé par la corruption qui touche même le foot où les dirigeants des clubs se font des couilles en or avec l’argent que les pauvres gens dépensent pour venir voir des matchs et penser à autre chose qu’à leur misère.

Mais… Ben oui, il est là… Si au départ j’ai souri devant ces portraits d’hommes flemmards, désabusés (Rivarola et le Moineau) à un moment donné, le roman et moi sommes partis dans des directions différentes et jamais plus jamais nous ne nous sommes rejoints.

Est-ce que cela a tenu dans la manière d’écrire les dialogues ? Aux personnages dans lesquels je ne me suis jamais trouvée ? Manquait-il quelque chose au récit pour lui donner le goût de reviens-y ?

Sans doute un peu de tout cela car à un moment donné, j’ai décroché et c’est de manière lointaine que j’ai suivi le fil de l’enquête, n’arrivant même pas à m’indigner du final qui illustrait pourtant bien l’imbécillité et le fanatisme fait homme.

Au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°221 (B??) et Le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 06].

 

La guerre des bulles : Kao Yi-Feng

Titre : La guerre des bulles

Auteur : Kao Yi-Feng
Édition : Mirobole (2017)
Édition Originale : Paomo zhanzheng (2014)
Traducteur : Gwennaël Gaffric

Résumé :
Un « Sa Majesté des mouches » contemporain, qui interroge avec une acuité inconfortable les rapports entre dominant et dominés.

Voici une fable à la lisière du fantastique, entre satire politique et imaginaire poétique. À Taïwan, dans une communauté de montagne coupée du monde, les réserves d’eau se tarissent.

Face à des adultes incapables d’affronter ce problème de survie, les enfants comprennent que c’est à eux de le régler. Ils s’emparent d’armes, prennent la maîtrise du territoire et emprisonnent leurs parents.

Lorsque ceux-ci protestent, le mouvement de résistance lancé par les enfants franchit un pas supplémentaire. Désormais maîtres du territoire, ils tentent d’établir un nouveau modèle de société, basé sur l’abolition des règles anciennes…

Roman d’initiation collectif, portrait d’enfants bouleversant, interrogation sur la volonté de puissance, La Guerre des bulles est aussi une violente satire sociale et une dystopie poétique.

Critique :
Pour être loufoque, c’était loufoque ! Un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié), un truc inclassable, indéfinissable, sauf si je lui colle l’étiquette « pas aimé ».

Et je la lui colle volontiers tant j’ai souffert durant la première partie du roman, peinant à avancer et pensant plus à ma liste des courses qu’à ce que je lisais.

Trop de détails qui foisonnent tuent le détail. Et tue la pauvre lectrice que je suis.

C’est le mois des déceptions Mirobolesque, en février, puisque c’est le deuxième des éditions Mirobole que je lis et qui fini balancé dans un coin, avec moi hurlant « Au suivant ».

Le bât a blessé dans le fait que je ne savais jamais si nous étions dans l’onirique, dans la fantasmagorie, même si j’avais capté que nous étions dans la satire sociale avec ces enfants qui prennent le contrôle du village, puisque les adultes ne foutent rien et qu’ils en arrivent même à accepter cette prise de pouvoir par les culottes courtes.

Là, j’en étais déjà à me demander si je n’allais pas boire pour oublier ma déception livresque (attention, l’alcool est dangereux pour la santé et l’abus nuit en tout).

L’Histoire étant un éternel recommencement, les révolutionnaires finissant toujours par copier les travers de ceux qu’ils renversèrent, nos moutards n’échappent pas à la règle et de cette société qu’ils remettaient en cause, et bien, ils la copie, le serpent se mordant toujours la queue.

Dommage pour moi, la rencontre avec le roman ne s’est pas faite. Son pitch était des plus intriguant, des plus intéressant puisque le fond est quand même l’espoir de pouvoir raccorder le village à l’eau, qui est source de vie.

Mais le côté trop fantasmagorique de l’écriture, le surréalisme, les bulles agressives et tout le reste m’ont fait décrocher et j’ai terminé ce roman en usant de mon droit le plus élémentaire de lectrice : sauter des pages !!! Et j’ai sauté, sauté…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°177 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°22].

Tandis que j’agonise : William Faulkner

Titre : Tandis que j’agonise

Auteur : William Faulkner
Édition : Folio (2002)
Édition Originale : As I Lay Dying (1930)
Traducteur : Maurice-Edgar Coindreau

Résumé :
Après le décès de sa femme Addie, Anse Bundren et ses 5 enfants (Cash, Darl, Jewel, Dewey Dell et Vardaman) traversent l’État du Mississippi pour accompagner la défunte jusqu’à Jefferson, sa ville natale.

Le père, Anse, sorte de vieux têtu édenté à la chrétienté embarrassante, embarque donc ses enfants dans une tâche funèbre : aller enterrer son épouse (et leur mère) là où il l’a arbitrairement décidé, à savoir, très loin de la ferme familiale.

Les Bundren quittent donc la ferme familiale avec le cercueil sur une charrette.

« Je lui avais dit de ne pas amener ce cheval, par respect pour sa défunte mère, parce que ça n’a pas bonne façon de le voir caracoler ainsi sur ce sacré cheval de cirque, alors qu’elle voulait que nous soyons tous avec elle dans la charrette, tous ceux de sa chair et de son sang ; mais, nous n’avions pas plus tôt dépassé le chemin de Tull que Darl s’est mis à rire. Assis sur la banquette avec Cash, avec sa mère couchée sous ses pieds, dans son cercueil, il a eu l’effronterie de rire ! »

Critique :
Comment expliquer simplement tout ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre, Prix Nobel de littérature en 1949, monument de la littérature Américaine, histoire ô combien noire mais qui pourrait être drôle, si l’humour noir de ce roman pouvait être considéré comme drôle.

J’apprécie l’humour noir et trash, mais là, j’ai ri jaune.

J’ai vu une famille pauvre assister au déclin de leur mère (et épouse pour le père), j’ai vu un fils aîné fabriquer un cercueil sous les yeux de sa mère agonisante qui a tout supervisé, j’ai vu deux fils louper le grand voyage de leur mère car ils étaient sur la route pour gagner encore quelques dollars.

J’ai assistée, impuissante, au voyage totalement fou d’un veuf et de ses 5 enfants, le corps de la décédée reposant dans le cercueil à l’arrière de la charrette, pour aller l’enterrer dans un autre comté, répétant à tous que c’était sa décision à elle.

Un périple qui n’était pas de tout repos, qui fut dangereux, aux multiples périls dont la montée des eaux et des ponts emportés, plus la chaleur qui amènera des odeurs pestilentielles et des charognards. Un voyage qui causera l’explosion de la famille.

Nous sommes face à un roman bourré de noirceur, qui a de l’humour, car la farce est grotesque mais noir, car rien ne prête à rire dans ces pages.

Le style de Faulkner est particulier. Déjà, il nous propose un roman choral et je pense qu’en 1930, ce n’étais pas aussi courant que maintenant. Chaque membre de la famille prendra la paroles, dans un monologue, une introspection qui lui sera particulier, puisque chaque personnage a ses tics de langage, ses manies, ses obsessions, ses mots bien à lui.

Au départ, j’ai eu un peu de mal, ayant l’impression que le récit était une cacophonie sans nom et puis, en persévérant un peu (c’était Faulkner, que diable), j’ai trouvé mon rythme de lecture et j’ai eu du mal à en sortir à la moitié du récit, mais bon, fallait bien aller au turbin.

Véritable roman de moeurs rurales, Tandis que j’agonise met en scène une famille du Sud Profond, dans le même genre qu’Erskine Caldwell, car le père Anse Bundren a la mauvaise foi chevillée au corps comme l’avait Jeeter Lester (La route au tabac), mais moins prononcée que ce dernier, bien que les références à « Dieu m’est témoin » parsèment aussi ses dialogues, mais de chrétien, Bundren n’en a que le nom.

Je l’avais bien dit à Addie que ça ne portait pas bonheur d’habiter sur une route, quand on est venu la faire par ici, et elle m’a dit, que c’était bien une réponse de femme : « Ben t’as qu’à te lever et déménager. » Mais je lui ai dit que ça ne nous porterait pas bonheur parce que le Seigneur a fait les routes pour voyager ; c’est pour ça qu’il les a couchées à plat sur la terre. Quand Il veut que les choses soient toujours en mouvement, Il les fait allongées, comme une route ou un cheval ou une charrette, mais quand Il veut que les choses restent tranquilles, Il les fait en hauteur, comme un arbre ou un homme.

Toute sa vie, Anse Bundren l’a passée à gémir, n’a jamais été un grand travailleur, ni un homme de parole et on se demande avec suspicion pourquoi diable il tient tant à respecter les dernières volontés de son épouse sur son lit de mort. C’est louche… Surtout que dès le début du roman, la principale intéressée ne pourra pas nous le confirmer, vu qu’elle a cessé de parler.

C’est un fait à remarquer qu’un homme paresseux, un homme qui n’aime pas le mouvement, s’entête toujours à aller de l’avant une fois qu’il est parti. C’est exactement comme quand il refusait de bouger. Comme si ça ne serait pas tant le mouvement qu’il déteste que le fait de partir ou de s’arrêter.

« Elle compte sur ma parole. Je la lui ai donnée »

En plus, ce crétin est parti sans pelle pour creuser une tombe ! Mais il nous rabâche sans cesse qu’il doit acheter un dentier pour arriver à manger les aliments que Dieu a fait pour lui… Je pense que de tous les personnages de la famille, il est le plus égoïste.

Pour les décors, Steinbeck a dû passer par-là car ils sont magnifiques, épurés, décrit avec peu de mots et pourtant, tout le poids de la Nature est dans ces pages, toute sa force, toute sa magnificence et toute sa perfidie.

Un portrait au vitriol d’une famille rurale, des introspections qui nous placent au plus près des pensées des personnages, une voyage semé d’embûches et une fois arrivés, les enfants n’en seront pas au bout de leur surprises, et nous non plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°31 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Pour se coucher moins bête au soir :

L’auteur prétendait avoir écrit Tandis que j’agonise en six semaines, sans changer un seul mot. Il en aura mis en fait dix : du 25 octobre, date de la première page manuscrite, au 11 décembre 1929. Le roman est rédigé entre les deux versions de Sanctuaire — la première version ayant été refusée par son éditeur. Le dactylogramme est fini le 12 janvier 1930 et le livre paraît le 6 octobre.

Le titre provient du Chant XI de L’Odyssée d’Homère quand Agamemnon déclare à Ulysse : « Je cherchai à lever les mains et les laissai retomber à terre, mourant (« As I Lay Dying »), percé du glaive ; et la chienne s’éloigna, sans avoir le cœur, quand je m’en allais chez Hadès de me fermer les yeux de ses mains et de me clore les lèvres. »

Le roman utilise la technique littéraire du courant de conscience. Les narrateurs sont multiples, les chapitres de longueur variable ; le chapitre le plus court concerne Vardaman, le benjamin, et est composé de seulement cinq mots : « Ma mère est un poisson ». Le roman, qui compte 59 chapitres et 15 narrateurs, se déroule dans le comté fictif de Yoknapatawpha dans le Mississippi.

Le triomphe de la bêtise : Armand Farrachi

Titre : Le triomphe de la bêtise

Auteur : Armand Farrachi
Édition : Actes Sud (02/05/2018)

Résumé :
Dans ce court essai frondeur, Armand Farrachi retrouve le ton mordant du pamphlet pour s’intéresser à un sujet aussi redoutable qu’insondable : celui de la bêtise, dont le déploiement dans nos « sociétés de l’opinion » atteint désormais des sommets : ceux des appareils d’Etat, des instances éducatives et culturelles, des médias, etc.

Critique :
Ce petit livre qui nous parle de la bêtise a été à la fois un morceau de chocolat praliné et un bonbon acidulé dans ma bouche.

Le côté chocolat était pour la partie consacrée à la bêtise même, celle de l’imbécile heureux, dirons-nous car j’avais un beau spécimen devant mes yeux pour l’étude appliquée de cette bêtise poussée à son paroxysme dans la personne de ma belle-soeur (une pièce rapportée).

Défaut d’intelligence, de raisonnement, de logique, de sens critique, d’humour, difficulté à établir des rapports, à saisir la subtilité, à dépasser les préjugés, trouble du discernement, absence de références due à l’inculture et à l’ignorance, inaptitude à juger, à réfléchir, à estimer une situation ou des conséquences maladresse d’expression, pesanteur d’esprit, propension à la gaffe, à la confusion, perversion du goût, impropriétés diverses paralogismes ce qu’on appelle aussi en un mot plus sonore mais plus cru : la connerie.

Cette dernière est capable de te sortir des trucs gros et débiles, du niveau ceux utilisés par Fillon au sujet de sa femme qui n’avais jamais travaillé : autant ma belle-soeur que Fillon sont capables d’aller loin dans leurs justifications abracadantesques, sans queue ni tête, et pire, de s’y accrocher autant que lui en jurant de ses grands dieux des trucs qui relèvent de la bêtise dans toute sa splendeur.

L’auteur nous proposera d’ailleurs un bel exemple de défense bête et débile avec un homme ayant assassiné son voisin pour lui dérober ses meubles.

Et ça s’entête, un être humain, tel un coureur qui prendrait un mauvais chemin et se dirigerait droit vers un précipice, répondant aux gens qui le mettent en garde qu’il a une bonne avance sur les autres…

Quant aux politiciens, ils en prennent pour leur grade aussi, tel Trump décidant de l’envoi de 59 missiles sur l’Irak (alors que c’était sur la Syrie) et annonçant qu’il avait pris cette décision devant la plus belle part de gâteau au chocolat…

 

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Non pas sur l’Irak, mais sur la Syrie !

Alors oui, pour la première partie, celle en chocolat qui fond dans la bouche (et dans la main), j’ai affiché un sourire carnassier sur ma face car je n’étais pas visée par l’auteur.

Là où la partie est devenue acidulée – de celle qui fait mal à la gueule mais que tu gardes en bouche parce que tu aimes ça (oups) – c’est quand l’auteur est arrivé dans la partie qui nous concerne un peu tous et toutes car dans le fond, nous sommes tous et toutes l’imbécile d’un autre et les publicitaires le savent, que nous nous laissons entraîner par des slogans simples, clair et qui marquent.

Car nous avons tous des grands principes écolos, nous sommes d’accord avec le fait qu’il faut polluer moins, mais la plupart ont aussi des tas d’excuses pour ne pas les appliquer puisque de toute façon, les autres ne le feront pas…

Braquant sa plume assassine sur imbéciles, sur les politiciens, sur les citoyen lambda, sur les fabriques à crétins que sont devenues les écoles, sur la société de consommation, sur les émissions abrutissantes, sur les anglicismes qui parsèment notre langage, sur la loi du moindre effort, sur le fait que nous ne voulons plus réfléchir et j’en passe et des meilleures, l’auteur tire à boulets rouges sur cette bêtise qui est devenue la norme de notre société.

L’ignorance comme outil de la bêtise n’est donc pas une défaillance du système éducatif mais un objectif. Même sous la constitution la plus libre, disait Condorcet, un peuple ignorant est esclave. L’intelligence est redevenue subversive.

La culture et l’éducation ont besoin de la bêtise pour attribuer une valeur à des diplômes qui n’ouvrent aucune porte, pour pousser à s’exprimer ceux qui n’ont rien à dire, pour reconnaître du talent à une médiocratie artistique grâce à quoi prospèrent ou survivent le commerce de la libraire, le marché de l’art, la production cinématographique, l’industrie musicale, les festivals de théâtre ou d’autre chose.

Tenant plus du pamphlet que de l’essai, ce petit livre se lit en plusieurs morceaux, comme un dessert exquis que l’on ne voudrait pas finir trop vite. Je l’ai dégusté sur plusieurs jours, m’en gardant des petits passages rien que mon plaisir personnel.

Rien à dire, l’auteur frappe sous la ceinture, il y va fort, je ne lui donne pas tort, sauf peut-être pour certains passages car mettre les utilisateurs de shampoing au même niveau que l’imbécilité de certains, c’était un peu poussé, non mais allo quoi !

Hormis cette petite critique, tout le reste était absolument vrai, hélas, et si nous continuons ainsi, nos cerveaux seront la prochaine extinction !

Sauf si un petit village peuplé d’irréductibles « cerveaux » résistent encore et toujours à l’envahissante bêtise.

Il est assurément plus commode d’être bête que d’être intelligent, comme nous en avons tous fait l’expérience, et certains plus que d’autres. Le vivant choisit toujours le plus facile et répugne naturellement aux complications. Prendre une autre direction que la plus proche, la plus rapide, la plus sûre ou la plus directe suppose des opérations mentales parfois délicates, une réflexion préalable, des comparaisons, une remise en cause, un effort, une anticipation, une projection, une complexité, un délai propres à dissuader plus qu’à stimuler, surtout quand le temps presse ou que la paresse résiste. La bêtise s’ébat dans le spontané, dans l’impulsif, se fie aveuglément au hasard, à la chance, ne calcule pas ses risques. L’évidence lui suffit, le retard lui nuit, le doute peut lui être fatal. L’habitude lui va comme un gant. L’imbécile est dans l’obstination comme un poisson dans l’eau.

La civilisation a cru en échappant à la condition des animaux et aux lois naturelles elle s’acheminait vers sa perfection. Il semble qu’on puisse aujourd’hui penser le contraire; on échappe pas à la nature sans verser dans l’erreur et plus souvent dans la bêtise.

Trump et son gâteau au chocolat 

     

Le loup en slip – Tome 02 – Le loup en slip se les gèle méchamment : Wilfrid Lupano, Paul Cauuet & Mayana Itoïz

Titre : Le loup en slip – Tome 2 – Le loup en slip se les gèle méchamment

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateurs : Paul Cauuet & Mayana Itoïz

Édition : Dargaud (10/11/2017)

Résumé :
Le loup en slip est de retour et pourrait bien redevenir le méchant de l’histoire L’hiver arrive, il neige, il fait froid. Grognon, le loup répète sans cesse « qu’on se les gèle » !

Mais que peut-il donc bien se geler, lui qui est toujours en slip ?

Les habitants de la forêt vont vite devoir le découvrir s’ils ne veulent pas que leur compagnon redevienne le grand méchant loup qui les terrorisait autrefois !

Critique :
L’hiver est là mais pas de panique, les animaux de la forêt sont bien organisés et tout est prévu pour qu’on puisse acheter du pain, des fromages pour faire des raclettes, skier, prendre des bains chauds et tout ce qui aide à supporter l’hiver rigoureux.

Tout le monde est content, donc ?

Ben non, notre ami le loup est ronchon, grognon et répète à qui veut qu’on se les gèle ! Qu’on se les gèles grave, même…

Oui, mais on se gèle quoi, au fait ?? Voilà la grande énigme de ce deuxième album.

Puis des animaux disparaissent… Disparitions brusques alors que le loup en slip est ronchon et de mauvais poils ??

Les alarmistes s’agitent : on vous l’avait bien dit que le loup était un prédateur !!! Allez hop, on ressort la panoplie des brigades anti-loup et autres trucs pour se défendre !

Toujours dans la même veine que le premier, ce deuxième album m’a ravi parce que durant toute l’histoire, je me suis demandé ce que le loup pouvait se geler puisqu’il porte un slip tout beau tout chaud.

D’ailleurs, les animaux aussi se sont posé la question et les plus téméraires ont demandé à notre loup mais n’ont pas eu la réponse escomptée.

Si le premier tome portait sur la peur de l’autre et la stigmatisation des minorités, celui-ci parlera d’égoïsme, de société de consommation, d’hypocrisie, de loisirs à gogo et le tacle aux autres animaux sera sévère. La gifle à notre société aussi puisque ces animaux agissent comme nous, bien souvent sans s’en rendre compte.

Sans lourdeur, sans exagérer, les auteurs nous démontrent une fois de plus les travers de notre société grâce aux animaux de la forêt et si le final n’est pas un véritable happy end car impossible à réaliser, c’était tout de même un : « Tout ne fut pas parfait, mais ce fut mieux que quand c’était pire ».

Une jolie fable au message sévère, certes, mais la fable ne se veut pas moralisatrice non plus, cela ne ferait pas changer les comportements. Disons que c’est une sacrée piqûre de rappel.

Encore un excellent album !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Le loup en slip – Tome 01 : Wilfrid Lupano, Mayana Itoïz & Paul Cauuet

Titre : Le loup en slip – Tome 1

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Mayana Itoïz & Paul Cauuet

Édition : Dargaud (04/11/2016)

Résumé :
Le loup terrorise la forêt et ses habitants qui vivent continuellement dans la peur de se faire croquer les fesses. Jusqu’au jour où le loup descend dans la forêt…

Méconnaissable !

Le loup ne fait plus peur du tout, il n’a plus le regard fou ni les poils dressés ! Mais comment vivre sans la peur, quand la peur est devenue l’unique moteur ?

Critique :
Qui a dit que le loup en slip c’était QUE pour les tits n’enfants ? Qu’il ou elle se dénonce de suite où se sera privé de goûter durant toute la semaine.

Namého !

Que les étroits d’esprit passent leur chemin car ce livre risquerait de leur ouvrir les yeux et ça leur ferait mal.

Lecture à deux niveaux, les enfants n’y verront que des animaux de la forêt qui ont peur du loup et qui se protègent par tous les moyens possible et inimaginable : clôtures anti-loup, cours de self-défense, brigade de blaireaux armés contre le loup, dessins explicatifs pour monter aux autres tous les horribles attributs de ce méchant prédateur (regard fou, poils dressés, crocs menaçants,…).

Les adultes ayant un cerveau comprendront que la peur fait recette et qu’on a jamais eu autant d’agents de gardiennage, de flics et de militaires en rue (et ailleurs) depuis certains funestes événements… Le malheur des uns fait le business des autres et ça vaut pour tout.

Un loup, ça fout la pétoche, surtout que celui-là est réputé pour hurler la nuit et se promener avec des yeux fous, donc, on se protège de l’Autre qui est si différent de nous…

Mais comment peut-on continuer de vivre et de faire son business lorsqu’on se rend compte que depuis que le loup porte un slip, il a plus chaud ses fesses et est donc de bonne humeur ?

D’ailleurs, il n’a jamais mangé personne, la peur des animaux de la forêt était une connerie. Qui a dit une arnaque ? Presque… Tout à fait, même.

Mais comment continuer de faire son beurre quand on se rend compte que le moteur de toute la forêt, ce qui la fait avancer et vivre, ce prédateur horrible, est en fait un loup gentil ? Bon sang, les médias nous auraient-elles enfumé ?

Sur qui va-t-on dégoiser si ce loup est un type sympa, juste un peu loufoque avec son slip rouge à bandes blanches ? Ou est-ce un slip blanc à bandes rouges ?

Vous savez comme moi que lorsque les personnes qu’on aime critiquer se révèlent être inoffensives (ou innocentes), ça perturbe tout le monde. Les gens sont déçus et désappointés si leurs boucs émissaires préférés ne le sont plus.

Un album qui se lit trop vite, des animaux aux comportements terriblement humain et une double lecture que les enfants comprendront plus tard.

Pour eux, le coup des fesses du loup recouvertes par un slip les feront rire, ils apprécieront les dessins et l’atmosphère de mystère et de peur qui se dégage des premières pages.

Les adultes retrouveront tout ce qui fait notre vie actuelle : stigmatisation des minorités, racisme, rejet de l’autre, peur de l’autre, les médias quand elles font du mauvais boulot, la sécurité à tout prix, même au prix de la liberté…

Excellent, drôle, décalé, tellement contemporain, mais trop court !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).