La main de Dieu – Tome 3 – L’usurpateur : Marc Védrines

Titre : La main de Dieu – Tome 3 – L’usurpateur

Scénariste : Marc Védrines
Dessinateur : Marc Védrines

Édition : Glénat Grafica (2015)

Résumé :
La saga de l’homme le plus détesté et le plus admiré des États-Unis Alors qu’il est devenu l’homme le plus puissant des États-Unis, J. Edgar Hoover voit soudain sa souveraineté menacée…

Fraichement élu président, le jeune et fringant John Fitzgerald Kennedy espère bien mettre un terme à l’autorité despotique de Hoover, à la tête du FBI depuis près de 40 ans ! Mais ce dernier dispose de suffisamment d’informations compromettantes sur son adversaire pour se couvrir.

Un véritable jeu d’échecs s’engage entre la dynastie Kennedy et le président du Bureau. Tout comme Nixon après eux, ils essaieront de se débarrasser de Hoover sans y parvenir.

Car on ne licencie pas Dieu.Issue de deux ans de recherche, sur tous les ouvrages publiés sur le FBI et Hoover, Marc Védrines conclut une oeuvre unique en son genre.

La Main de Dieu raconte en trois tomes les secrets qui auraient dû ruiner la carrière et la vie de Hoover.

Critique :
Et bien voilà un vieux mystère de résolu ! Je connais maintenant les commanditaires de l’assassinat de JFK, les positions des tueurs, les magouilles pour étouffer l’affaire et faire porter le chapeau à Oswald.

Il ne me reste plus qu’à connaître l’identité de Jack The Ripper, de savoir si Marilyn, Clo-Clo, Mike Brant se sont suicidés, ont été assassinés ou juste victime d’un soucis électrique et je saurai tout sur tout !

Ce dernier tome continue d’explorer les placards à squelettes de Hoover, de l’Amérique, de ses présidents, des mafiosi et autres personnes possédant le pouvoir…

C’est en fouillant les placards de Hoover que l’on trouvera les casseroles attachées au cul des autres, bien entendu, tout en sachant que le Hoover n’est jamais sortit du placard, lui. Le directeur du FBI exigeait une vie irréprochable pour ses agents, mais lui participait à des partouzes entre hommes, déguisé en femme !

Chacun fait ce qu’il veut, mais au rayon de l’hypocrisie, Hoover avait tout raflé !

Mon seul bémol sera pour les dessins de JFK ! Sa tête ressemble à celle d’un frère Bogdanov ! On est loin de la gueule de play-boy des piscines de la réalité. Quant à son frère Bob, il n’est pas très bien réussi non plus…

 

 

Résumer en trois albums 40 ans du règne d’Hoover n’est pas chose facile, il faut aller à l’essentiel, équilibrer le portrait aussi, le montrer tel qu’il était vraiment, ce qui n’est pas flatteur, vous le conviendrez. JFK n’en sors pas grandi non plus.

JFK voulait se débarrasser de Hoover, comme d’autres présidents avant lui, mais l’histoire l’a rattrapé à Dallas (no spolier), quant à Nixon, l’histoire le chopera plus loin. Tout le monde n’était pas le roi de l’écoute comme Hoover… Mais même Hoover a été rattrapé un matin par la Faucheuse. Il n’y avait qu’elle pour en venir à bout.

C’est une série très instructive, documentée, qui nous explique l’envers des décors de l’Amérique et ces 40 années où un pouvoir immense fut concentré dans les mains d’un seul homme… Hoover avait le pouvoir d’un Dieu et il ne s’est pas privé pour en user et abuser, ce vieux salaud.

Gardons à l’esprit qu’il n’était pas le seul salaud de l’Histoire, qu’il y en a eu beaucoup avant lui et tout plein après lui.

Une saga dont j’avais apprécié la qualité scénaristique à l’époque et qui passe sans soucis l’épreuve de la relecture, rafraichissant ma mémoire par la même occasion.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°43] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

La main de Dieu (L’histoire secrète du FBI‭)‬ – Tome‭ ‬2‭ ‬-‭ ‬Promotion gangsters :‭ ‬Marc Védrines

Titre : La main de Dieu (L’histoire secrète du FBI‭)‬ – Tome‭ ‬2‭ ‬-‭ ‬Promotion gangsters

Scénariste : Marc Védrines
Dessinateur : Marc Védrines

Édition : Glénat Grafica (2014)

Résumé :
La saga de l’homme le plus détesté et le plus admiré des États-Unis Pendant trois ans, John Edgar Hoover n’a cessé de déployer toutes les ruses et les manœuvres politiques pour accéder au poste tant convoité de Directeur du F.B.I.

Ce deuxième tome illustre un tournant dans l’histoire du bureau et de la vie intime de son patron. Comment des agents inexpérimentés vont-ils rivaliser avec des gangsters à la gâchette facile tels que John Dillinger et le clan Barker ?

Quel stratagème Hoover va-t-il utiliser cette fois-ci pour asseoir définitivement son autorité ? Ses agents seront-ils à la hauteur de sa vision pour le bureau ? Sauront-ils le satisfaire ?

Enlèvement du fils de Charles Lindbergh, guerre des médias, lutte ouverte avec la police de New York, manipulations politiques, pressions en tous genres, Hoover montrera une fois encore tous ses talents de grand homme de l’ombre assoiffé de pouvoir, fût-ce au prix de l’illégalité.

Issu de deux ans de recherche, sur tous les ouvrages publier sur le F.B.I. et Hoover, Marc Védrines réalise une œuvre unique en son genre.

La Main de Dieu raconte en trois tomes les secrets qui auraient dû ruiner la carrière et la vie de Hoover, altérant à jamais l’image qu’il voulait donner du F.B.I. et de ses trois lettres qu’il désirait voir résonner comme : « Fidélité, Bravoure et Intégrité ».

Le dernier opus nous amènera dans les méandres de la dynastie Kennedy pour se conclure sous l’ère Nixon : autant de présidents qui voudront se débarrasser de Hoover sans y parvenir. Car on ne licencie pas Dieu.

Critique :
Ce n’est pas avec cet album que Hoover va remonter dans l’estime des gens ! Son portrait n’est pas flatteur mais il est réaliste.

L’auteur s’est bien documenté et c’est tout un pan de l’Histoire Américaine que l’on va explorer dans ce deuxième album, notamment avec les braquages de banques (Dillinger, Bonnie and Clyde, Barker) et l’enlèvement du petit Lindbergh, dont on connait l’issue tragique.

Le B.O.I, qui n’est pas encore devenu le F.B.I, a déjà bien étendu sa toile, notamment avec la création d’une police scientifique.

Malgré tout, les agents ne peuvent être armés, ni arrêter eux-mêmes les gens et ne peuvent intervenir dans ce qui n’est pas considéré comme crime fédéral, comme un enlèvement. L’affaire Lindbergh sera un véritable tremplin pour Hoover…

Un deuxième tome qui continue d’explorer la face sombre de Edgar Hoover, ses petits secrets, ses petites magouilles faites pour servir sa légende, sans oublier l’exploration de la face sombre de l’Amérique avec ses braqueurs de banque et la traque de l’ennemi public N°1, Dillinger.

Un album très instructif que j’ai pris plaisir à relire. Et maintenant, on sait qui est derrière le groupe qui enlève des personnes qui ont côtoyées Hoover et qui les interroge afin de tout savoir sur l’homme à la tête du F.B.I…

L’album se termine sur la promesse d’une révélation de la force d’une bombe… Vite, le suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°29] Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

 

La main de Dieu‭ ‬(L’histoire secrète du FBI‭)‬ – Tome‭ ‬1‭ ‬-‭ ‬La peur rouge :‭ ‬Marc Védrines

Titre : La main de Dieu‭ ‬(L’histoire secrète du FBI‭)‬ – Tome‭ ‬1‭ ‬-‭ ‬La peur rouge

Scénariste : Marc Védrines
Dessinateur : Marc Védrines

Édition : Glénat (2012)

Résumé :
L’histoire commence en 1971. Depuis près de 50 ans, le directeur du F.B.I. est en place, et ce grâce aux rumeurs qu’il a engrangées dans ses fameux dossiers secrets. 50 ans de règne, 50 ans de vie de l’Amérique…

Pour ses nombreux ennemis, c’en est trop : l’heure est venue de se débarrasser de lui.

Une mystérieuse organisation décide ainsi de l’éliminer. Mais le risque est finalement jugé trop élevé. Les commanditaires ont alors une meilleure idée : employer la propre méthode d’Hoover, le discrédit, pour enfin l’obliger à partir.

C’est ainsi que s’engage une quête effrénée pour trouver les informations que personne n’a jusqu’ici réussi à rassembler sur ce personnage mystérieux et sombre. Mais arriveront-ils à trouver la faille ?

Critique :
Cela faisait longtemps que j’avais lu cette série. Ne me souvenant plus de rien, je l’ai relue en entier.

J’avais même réussi à oublier que je n’étais pas fan du graphisme et que j’avais déjà trouvé, à l’époque, que les personnages étaient tous un peu trop raide dans leur manière de se tenir, de bouger.

Les dessins manquaient de fluidité et cela nuisait au réalisme des mouvements.

J. Edgar Hoover ne se mouchait pas du coude. Il se disait le garant de la morale et dans l’intimité, il portait les vêtements de sa mère (on en a envoyé en consultation pour moins que ça), il en avait sur les homosexuels, les traitant de déviants, alors que lui même avait une relation homo avec son adjoint et en plus, c’était un grand parano qui espionnait tout le monde et collectionnait tout ce qu’il apprenait sur la vie des autres (Wiki avant l’heure).

Raciste, anticommuniste, bourré d’ambition, perfectionniste au possible (et à l’exagéré), Hoover était le genre d’homme que je n’aurais pas aimé connaître. Lui non plus, sans doute, étant donné que je suis une femme… Il n’aimait que sa mère avec laquelle il avait une relation de « petit garçon à sa môman ».

Franck Baughman, ancien copain de Hoover, va nous parler de lui. Il fut son premier collaborateur et à vu son ascension fulgurante, passant de simple archiviste à dirigeant de la sous-division du Bureau d’Investigation, qui deviendra plus tard, le célèbre F.B.I où Hoover sera le tout puissant directeur.

Hoover n’y est pas arrivé du jour au lendemain, mais progressivement, à coups de mensonges, de ruses, d’utilisation de l’actualité, de chantage, poussant les autres à abonder dans son sens avec les communistes qui étaient tous, pour lui, des anarchistes et des terroristes.

Cet album est glaçant. Hoover n’était pas un saint, nous le savions déjà, mais là, on le voit sous un jour encore plus sombre que ce que nous savions déjà.

Quant à la corruption dans la police ou au sein du Bureau d’Investigation, elle est monnaie courante et l’époque de la prohibition permet de s’enrichir encore plus au détriment des autres.

On pourrait reprocher à cette bédé un manque de rythme, de suspense. Normal, le but n’est pas de faire monter l’adrénaline des lecteur avec un récit où l’on court partout comme des poulets sans têtes, mais de nous montrer le côté obscur de la Force, le côté sombre de Hoover.

Sa montée en puissance s’est faite en écrasant des gens, bien souvent des petites gens, arrêtées sans raison, juste parce que ces personnes étaient originaires de Russie et que le parano d’Hoover voyait des communistes partout et que pour arriver à les chasser, il se torchait avec les Lois et la Constitution, bafouant les droits des autres.

Ça m’a fait du bien de relire ce premier tome, il remet les souvenirs en place.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°25] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Sanctuaire : William Faulkner

Titre : Sanctuaire

Auteur : William Faulkner
Édition : Folio (2007)
Édition Originale : Sanctuary (1931)
Traduction : René-Noël Raimbault

Résumé :
C’est Sanctuaire qui valut à Faulkner sa réputation d’auteur ténébreux et scandaleux. L’écrivain n’a-t-il pas tenu à inventer, selon son expression, « l’histoire la plus effroyable qu’on puisse imaginer »?

En réalité, il s’est inspiré d’un fait divers, survenu dans un night-club de la Nouvelle-Orléans : le viol d’une jeune fille avec un « objet bizarre », devenu un épi de maïs dans le roman, suivi d’une étrange séquestration.

Dans un climat de violence, de bassesse et de corruption, remarquablement diffus et persistant, la jeune fille subit une sorte d’initiation au mal, à travers laquelle Faulkner livre son interrogation sur l’homme, avant de l’élargir et de la faire porter sur la société tout entière.

Sanctuaire, septième roman de Faulkner, est aussi son récit le plus direct. Paru la même année que La Clé de verre et un an après Le Faucon maltais, les deux chefs-d’oeuvre de Dashiell Hammett, ce roman noir est un des précurseurs du hard-boiled novel, auquel Hammett, Raymond Chandler ou James Cain donnèrent ses lettres de noblesse.

Critique :
Faulkner disait de ce roman que c’était « l’histoire la plus effroyable qu’on puisse imaginer ».

De son côté, Malraux a dit que ce roman symbolisait « l’intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier ».

Pendant ce temps-là, dans ce roman noir très sombre, un homme introduisait un épis de maïs dans le… d’une femme, et sans son consentement.

Tandis que j’agonise… Voici le résumé de ce que j’ai ressenti en lisant ce Faulkner où j’ai pataugé, peiné, perdu mon chemin, sué, avant de crier grâce et d’implorer la fin de mon calvaire.

Lorsque j’avais lu « Tandis que j’agonise » l’année dernière (septembre 2019), j’avais eu un peu de mal au départ mais ensuite, le récit s’était révélé à moi et ça avait explosé en émotions en tout genre, même si on pataugeait dans le noir glauque, super glauque.

Ici, on franchi un autre palier, on descend dans un autre cercle de l’enfer (le 9ème sans aucun doute) et le café est tellement noir épais que la cuillère s’est perdue, que la cuillère s’est pendue, comme le canal dans la chanson de Jacques Brel (Le plat pays qui est le mien).

Le récit est lent, très lent et je n’ai jamais réussi à rentrer dedans, comme si je n’avais pas le bon code, comme si mon esprit n’avait pas envie de lire ÇA maintenant et tandis que j’essayais de me concentrer sur les lettres qui forment des phrases, mon esprit battait la campagne.

Autant je n’ai aucun mal avec les romans de Erskine Caldwell qui lui aussi met en scène des personnages glauques et déjantés dans le Sud profond où la misère est reine et où les paumés sont rois, autant ici j’aurai pu creuser les pages jusqu’après ma mort pour espérer découvrir l’or et la lumière cachées par Faulkner dans son récit.

On appelle ça passer à côté d’un roman, c’était un passage royal, un plantage monumental et le roman est retourné sagement à sa place dans l’étagère. Ne voulant pas rester sur une chute, je reprendrai un autre Faulkner et celui-ci, j’essaierai une autre fois, car le but du jeu n’était pas de louper ma lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°60] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Shelton & Felter – Tome 2 – Le spectre de l’Adriatic : Jacques Lamontagne

Titre : Shelton & Felter – Tome 2 – Le spectre de l’Adriatic

Scénariste : Jacques Lamontagne
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Kennes (2018)

Résumé :
Pauvre Felter ! Il doit se rendre aux obsèques de sa sœur en Angleterre, de l’autre côté de l’Atlantique. Pour cela, pas le choix, il doit prendre le bateau. Lui qui souffre tellement du mal de mer…

Heureusement, Shelton se propose de l’accompagner ! Mais le voyage sera loin d’être calme, avec une nouvelle enquête qui se profile à l’horizon pour notre duo de choc… En effet, dans la cabine B215, un passager vient de mettre fin à ses jours.

Enfin, c’est ce que tout le monde croit avant que Felter, entre deux nausées, n’arrive et ne remarque certains détails troublants…

Critique :
♫ Love Boat soon will be making another run ♪ The Love Boat promises something for everyone ♫ Set a course for adventure ♪ Your mind on a new romance ♫

STOOOOP ! On rembobine. Impossible de passer la musique de Love Boat (La croisière s’amuse) alors qu’il y a eu un crime en chambre close dans le bateau !

Mais que sont venus faire dans cette galère Felter, notre libraire hypocondriaque amateur de chats et Shelton, l’ancien boxeur jovial reconverti en journaliste ??

Felter déteste les navires, il souffre du mal de mer, mais puisque sa sœur est décédée, il se sent obligé de monter à bord de l’Adriatic qui traverse l’océan en direction de l’Angleterre, pour aller voir sa frangine une dernière fois avant sa mise en terre.

Entre deux vomissements, notre sagace libraire va pouvoir mettre au travail ses petites cellules grises et ses talents de déduction car la traversée ne sera pas de tout repos.

Si l’histoire des vols est assez simple, même simpliste (il n’y a que Shelton qui n’a rien vu venir), celle du crime en cabine close est plus complexe, même si ensuite elle m’a fait penser à une résolution de la grande Agatha Christie, mais transposée sur la mer que l’on voit danser le long des golfes clairs.

Je fais ma maline, mais sur le moment, je séchais ferme et n’arrivais pas à trouver la solution de ce meurtre. Bon sang, mais c’est bien sûr ! C’est après la résolution que j’ai fait le rapprochement avec un Agatha Christie que j’avais revu dans la série « Les petits meurtres ».

Nos personnages sont toujours aussi sympathiques, drôles, leur duo se complétant autant qu’il diffère. Les dessins sont agréables, détaillés, lumineux et l’album est humoristique.

Une chouette série qui met en scène deux personnages aux antipodes l’un de l’autre, une sorte de Holmes/Watson en version comique et hypocondriaque. Un régal pour ceux qui aiment la bédé et les enquêtes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°162 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°007].

Shelton & Felter – Tome 1 – La mort noire : Jacques Lamontagne

Titre : Shelton & Felter – Tome 1 – La mort noire

Scénariste : Jacques Lamontagne
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Kennes (2017)

Résumé :
Boston, 1924. S’il ne s’était un jour méchamment déboîté l’épaule pendant un combat de boxe, Isaac Shelton exercerait probablement aujourd’hui encore son métier de débardeur sur les quais.

Mais contraint à se reconvertir, c’est en qualité de journaliste à la pige qu’il fait la connaissance de Felter, petit libraire passionné de littérature policière.

Le premier est athlétique et plutôt beau garçon (si ce n’est un vilain nez cassé, autre souvenir de combat) ; le second est doté d’un puissant sens de l’observation et d’un esprit d’analyse hors du commun (qualités contrebalancées par un tempérament hypocondriaque et une multitude de tocs).

Animés pour l’un par le besoin de décrocher un scoop rémunérateur et pour l’autre par l’envie de ressembler à ses héros littéraires, les deux compères vont s’associer afin de tenter de faire la lumière sur une série de meurtres insolites.

Critique :
Sherlock Holmes et le docteur Watson transposés à Boston, États-Unis… Ce n’est pas une nouveauté…

Deux chois s’offraient à l’auteur : copier ou s’inspirer des deux personnages et c’est cette dernière option qu’ail a choisi.

Un excellent choix car pour le détective, le roi de la déduction, nous avons Thomas Felter, un libraire, très petit, hypocondriaque, maniaque, célibataire et possédant… Quatre, non, cinq, six chats ? Sept ? Purée, ils bougent tout le temps, je n’arrive pas à les compter !

Dans le rôle du faire-valoir aux muscles, nous avons Isaac Shelton, un ancien boxeur, Irlandais, sans le sous et journaliste free-lance.

Un duo improbable qui marche du tonnerre ! Deux personnages qui n’auraient pas dû devenir copains mais que le hasard et un cadavre ont fait se rencontrer.

Les dessins sont sympas, lumineux, clairs et les dialogues bien pensés, bien pesés et le duo de personnages est mis en scène comme il le fallait. Ils sont attachants, sympathiques et aussi opposés l’un et l’autre qu’un Holmes et un Watson.

Dans cette bédé, rien n’est en trop, le scénario de l’enquête est soigné et l’auteur évite l’écueil du dénouement de l’enquête trop tarabiscoté ou de celui trop simpliste. Le bon dosage n’est jamais facile à atteindre, mais il n’a pas cédé à la facilité.

Suivre nos deux enquêteurs est un vrai plaisir, on a des situations cocasses, un Boston des années 20 bien reconstitués, les cases sont propres, sans surcharges, les dialogues sont fins et l’humour est toujours présent, en touche délicate, tout comme l’élément fantastique qui n’est là que pour nous troubler.

Moi je trouve que cette bédé à un petit goût à la Green Manor et on en redemande. Ça tombe bien, j’ai le tome suivant sous la main !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°157 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°02].

Handsome Harry – Confessions d’un gangster : James Carlos Blake

Titre : Handsome Harry – Confessions d’un gangster 

Auteur : James Carlos Blake
Édition : Gallmeister Americana (03/01/2019)
Édition Originale : Handsome Harry : or the Gangster’s True Confessions (2004)
Traducteur : Emmanuel Pailler

Résumé :
Dans la bande de John Dillinger, il y a Red, Charley, Russell et moi, “Handsome Harry” Pierpont. S’il y avait eu un chef, ça aurait été moi, même John le dit.

Mais John aime avoir sa photo dans les journaux et faire le malin devant les dames, alors on ne se souvient que de lui. Il est le plus cool d’entre nous, je vous le garantis, sur un boulot comme sous les balles.

Nous prenons l’argent là où il se trouve : dans les banques. Sans nous vanter, en matière de casse, nous sommes les meilleurs. Un chauffeur, trois ou quatre gars motivés, une voiture de remplacement, et le tour est joué.

Les journaux disent que nous sommes dangereux, l’Ennemi public n°1 : n’exagérons rien. On ne veut de mal à personne, on aime juste les belles voitures, les jolies filles et les fêtes entre copains.

On sait bien que ça ne va pas durer, que les flics nous attraperont un jour ou l’autre. En attendant, on profite de la vie.

Critique :
John Dillinger… Tout de suite on voit la jolie petite gueule de Johnny Deep dans le film « Public Ennemies »… Sexy baby !

Et bien, oubliez-le car ici, ce n’est pas le grand Dillinger qui est mis sous les feux des projecteurs mais « Handsome Harry » Pierpont et croyez-moi, après cette lecture, vous vous direz qu’il n’a pas eu les honneurs qu’il méritait !

Ce n’est pas très moral de dire ça en parlant de gangsters, de pilleurs de banque, de braqueurs de drugstores, armés et dangereux.

Oui, John aurait appuyé sur la détente. Moi aussi. C’est une question d’autorité mais aussi de respect de soi. Si vous voulez proférer des menaces en l’air, soyez instituteur, pasteur, rédacteur. Pas braqueur.

Ça ne rigolait pas avec eux et ils ont laissé des corps froids sur leur passage. Mais les flics aussi parce que dans le genre « je ne sais pas bien tirer », les flics étaient les champions et se sont même tués entre eux… C’est ballot, ça !

L’autre type s’enfuit et les flics ouvrirent le feu. Le gars réussit à partir, mais dans la fusillade, un flic de l’Indiana fut tué par un autre, d’une balle dans l’œil. Ç’avait dû être un sacré spectacle pour le voisinage.

John téléphona à Matt Leach pour lui dire qu’on avait bien rigolé avec ses cascades de film comique dans l’Illinois, mais est-ce qu’on lui avait déjà dit que la police était censée tirer sur les méchants, pas sur les autres flics ? Peut-être que le Père Noël lui apporterait un manuel du parfait tireur et des règles du parfait petit policier.

L’auteur, à la manière dont il nous met en scène les membres de la bande, arrive à dégager de l’empathie, de la sympathie pour ces braqueurs qui purgent de lourdes peines de prisons et qui, tels les Dalton, cherchent un moyen de s’évader.

Harry Pierpont est le narrateur de cette histoire dont nous aurons déjà le compte-rendu du final dès le départ. De toute façon, pour qui connait un peu l’Histoire des gangsters américains et celle de Dillinger, pas de surprise. Tout le monde sait comment ça se termina.

C’est vraiment drôle (à la fois comique et bizarre) qu’ils se donnent autant de mal pour garder en vie quelqu’un, juste pour pouvoir le faire griller. Même s’ils doivent me porter jusqu’à la chaise.

Les braqueurs de banque, dans les années 30, avaient la cote auprès du public, je parle bien entendu des petites gens, de l’Amérique d’en-bas, de celle qui fut durement touchée par la Dépression et qui n’était pas contre le fait qu’on vole des voleurs qui les avaient volés.

Les criminels, c’est aussi bien des types comme moi que les propriétaires des banques, des assurances et de la Bourse, des usines, des mines de charbon et des champs pétroliers, les propriétaires de cette foutue Loi. Une fois, j’ai dit à John qu’être hors-la-loi, c’était le seul moyen de conserver le respect de soi, et il a répondu, Ouais, c’est la triste vérité.

Lorsque les gens voient la Loi se ranger du côté de ceux qui leur pourrissent la vie, c’est naturel qu’ils soutiennent les hors-la-loi.

Parce que pour ceux qui ne le sauraient pas encore, les banquiers ne sont pas des honnêtes gens, loin de là, ce sont des voleurs eux aussi, juste qu’ils sont bien habillés et qu’ils ne nous mettent pas un flingue sur la tempe pour prendre notre fric, ils sont bien plus subtils que ça. Mais nombre d’entre eux avaient magouillé leurs comptes et un braquage permettait de tout remettre à jour.

Voyons voir, repris-je. Il détourne je ne sais pas combien dans une banque, puis il fait braquer la banque pour cacher ses magouilles, et après il prend un tiers de ce qui reste à la banque ? Et après, ajouta Pearl, il se remet à détourner du fric dans la même banque, lorsqu’elle a récupéré l’assurance. Sympa comme boulot, si on en trouve un comme ça.

Alors oui, l’auteur a réussi à me faire apprécier des gangsters, à souhaiter qu’ils s’échappent de prison et j’ai croisé les doigts pour qu’ils n’y retournent pas, mais contre la Vérité Historique, je ne peux rien et nous n’étions pas dans une dystopie.

Ses personnages sont bien campés, réussis, et on a tout de suite de la sympathie pour Handsome Harry, on a envie de saluer son intelligence, moins sa violence quand il abat de sang-froid, mais en tout cas, on en apprend un peu plus sur la bande de Dillinger, même si personne ne sait toute la vérité puisque les faits divergent et les témoins ne sont pas fidèles.

À dix contre un, aucun des types qui ont écrit sur la bite de John ne l’a jamais vue. Eh bien moi si, et à son maximum, je dis bien. Mary aussi – elle était avec moi à ce moment-là, et j’en parlerai le moment venu. Disons que l’engin de John était, comme le disait Mary, impressionnant. Pourtant – sans vouloir gonfler mes mérites, ha-ha, je dois dire que John ne m’arrivait pas à la cheville.

La seule chose que je n’ai pas trop aimé c’est la manière dont sont présentés les dialogues que l’auteur a englobé dans le texte narratif. Au début, ça passe, mais à la fin, ça devenait lourd et donnait au texte l’impression qu’il avait été écrit par un débutant alors que nous sommes tout de même face à James Carlos Blake.

Bon Dieu, dit John, qui t’a appris à sauter à la corde quand t’étais petite ? Les filles du bordel de Mabel ?
Je me disais bien que je t’y avais déjà vu, répliqua Billie. T’étais toujours là pour les soirées à un dollar, hein ?

Hormis ce petit bémol, tout le reste passe comme dans du beurre, on découvre les fake news de l’époque avec des journalistes prêts à raconter n’importe quoi pour vendre leurs feuilles de choux, on parle de politiciens véreux, des gardiens de prison corruptibles, des balances, de l’amitié, de la fraternité et on vit les poursuites à du 100 à l’heure parce que dans les années 30, ce n’étaient pas les bolides de Fast and Furious mais elles avaient encore des marche-pieds pratiques pour mettre les otages.

Les journaux, eux, continuaient à vendre de la peur. Mais comme toujours, certaines lettres de lecteurs montraient clairement que tout le monde n’en voulait pas à notre scalp. Plein de bons citoyens ne nous trouvaient pas pires que certains politiques, et sans doute bien moins nuisibles que la plupart des banquiers.

J’ajoutai que si Dieu avait créé des êtres plus stupides que des flics et des journalistes, je ne les avais pas encore rencontrés.

Si vous voulez faire un tour dans l’univers carcéral des États-Unis des années 30, vous prendre un peu de la grande Dépression dans la gueule, voir la prohibition se terminer et boire à sa santé, braquer des banques, vous décoiffer la permanente en roulant à 100 à l’heure dans les rues de Chicago (ou dans une autre ville), prendre du bon temps en Floride, baiser avec des mauvais garçons ou vous évader de manière brillante, ma foi, ce livre est fait pour vous.

Si vous avez tendance à être pour la Loi et de son côté, ou banquier, vous risquez de grincer des dents lors de la lecture, surtout devant les réponses de Handsome Harry devant les juges.

Je répondis que je ne le niais pas, mais que j’avais l’honnêteté de commettre mes vols l’arme à la main, et le courage de prendre des risques en cas d’opposition. Au moins, je n’étais pas comme ces présidents de banque menteurs, trompeurs et hypocrites, qui trafiquaient leurs comptes pour dépouiller les veuves et les fermiers de leur propriété et leurs économies. Cette réplique-là fit rugir de rire le public, et le juge tapa du marteau comme un menuisier pressé.

Dommage pour les dialogues insérés dans le texte, sans cela, j’aurais mieux aimé la présentation du texte et je l’aurais trouvé moins laborieux, moins lourd à certains moments.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°18.

Je n’ai jamais recouru aux termes vulgaires à la légère – la grossièreté gratuite est un signe de paresse mentale –, pourtant c’était difficile à formuler autrement : si un type essaye de m’enculer… eh bien, je l’encule.

Sagamore Noonan – Tome 1 – Le Bikini de diamants : Charles Williams

Titre : Sagamore Noonan – Tome 1 – Le Bikini de diamants

Auteur : Charles Williams
Édition : Gallmeister Totem (07/09/2017)
Édition Originale : The diamont bikini
Traducteur : Laura Derajinski

Résumé :
Pop vend des pronostics truqués sur les champs de courses. Pour échapper à la police, il se réfugie avec son fils Billy dans la ferme de son frère Sagamore, un génie local qui depuis quarante ans distille de l’alcool au nez et à la barbe du shérif.

Peu après leur arrivée surgit un couple dont la femme est curieusement vêtue. Il s’agit de Caroline Tchou-Tchou, une reine du strip-tease en fuite pour éviter de témoigner à un procès.

Critique :
Sorti sous le titre loufoque de « Fantasia chez les ploucs », ce roman m’avait fait passer quelques belles heures de lecture drôle et ponctuée d’éclats de rire à cause de l’oncle Sagamore et de ses réparties à se pisser dessus.

Oui mais voilà, la traduction n’était pas fidèle, ce qui fait que lorsque Gallmeister (loué soit-il) l’a réédité en version française conforme, j’ai sauté dessus dans le but unique de me replonger dans cette aventure loufoque et décalée.

Loufoque parce que pas vraiment réaliste, mais entre nous, on s’en fout tant c’est bourré d’humour, rempli de situations cocasses et de personnages bien campés, hauts en couleur.

Décalé parce que le récit est raconté par Billy, le fils de Sam Noonan (Pop), 7 ans. Lui, il ne comprend pas bien ce qui se trame sous ses yeux, il est innocent… Mouais, peut-être pas tant que ça… Sachant que Billy a fréquenté les champs de courses avec son père qui est trafiquant de pronostics, on peut se poser des questions.

En tout cas, du haut de sa candeur infernale, il ne comprend pas ce que son oncle Sagamore trafique dans ses baignoires avec ses peaux de bêtes qui y trempent avant d’être tannées, sauf que, ça tourne toujours en eau de boudin puisque exposées plein soleil et que ça dégage une odeur pestilentielle de 10.000 rats morts. Horrible !

Marrant aussi, cette fumée qui sort de la cheminée alors que le poêle est froid, tout comme les cendres, bizarre que Pop (le père de Billy), disparaisse ainsi avec son frère (Oncle Sagamore) dans la maison, sans qu’il les retrouve, et ne parlons même pas de ces flics qui déboulent tous les jours dans la ferme avec des motifs des plus étranges.

— Si je ne suis pas trop curieux, ça ne vous dérangerait pas de me dire ce que vous comptez faire de tout ça? Moi, voyez-vous, ce genre d’histoires, ça m’intéresse.
— Vous comprenez, quand Sam que voilà m’a écrit qu’il s’amènerait faire un tour par ici cet été et qu’il amènerait son garçon, je me suis dit qu’il lui faudrait des douceurs, à ce petit. Vous savez ce que c’est que les gosses, pas vrai ?
— Neuf mille livres de sucre? demande le shérif. Ils doivent avoir l’intention de rester quelques semaines, je pense? Vous avez pas peur qu’il attrape mal aux dents ?
Mon oncle Sagamore fait claquer ses doigts :
— Figurez-vous que j’avais pas pensé à ça ?
Le visage du shérif redevient tout rouge. Mon oncle Sagamore secoue la tête, l’air un peu contrarié :
— Vous vous rendez compte , quel couillon je fais, quand même ! Avoir acheté tout ce sucre pour rien.

— C’était fatal, il dit, le visage tout rouge, en tortillant son chapeau. Qu’il y ait une foutue guerre ou un foutu cyclone ou une foutue épidémie de peste bubonique ou une foutue révolution ou une foutue maison de repos pour gangsters avec batailles rangées à la mitraillette à travers tout le paysage, ça ne peut pas se passer ailleurs que dans la ferme de Sagamore Noonan. C’était l’endroit logique, tout indiqué pour.

Le lecteur comprend très vite ce que trafique Sagamore dans sa ferme, on se marre avec ces flics cons (très cons), ce shérif plus excité qu’un morpion au salon du sexe non épilé et on se fend la poire à écouter oncle Sagamore qui déblatère sur les politiciens. C’est tout simplement un régal pour fin gourmet (ils en prennent pour leur grade, les politiciens).

— Eh bien, m’sieur, c’est rudement sympa de la part du shérif, ça, a dit l’oncle Sagamore avant de regarder Pop. C’est exactement ce que je te disais, Sam. Y a tout un tas de foutus politiciens à gros bide qui restent assis sur leur gros derrière dans les tribunaux, les deux mains dans les poches des contribuables et qui font rien pour gagner leur argent.

— […] Avec tous ces politiciens à gros bide qui passent leur temps assis dans les tribunaux à attendre que les pauv’ gens arrachent de terre une autre piécette avant de fondre dessus comme des moineaux sur un cheval trop nourri, faut bien qu’un homme agisse, sinon il tombe dans le désespoir et il se présente aux prochaines élections.

— De l’huile de ricin ? il a dit comme s’il arrivait pas à y croire. Mais enfin, shérif, ils doivent vous mener en bateau. Y feraient jamais un truc pareil. Enfin quoi, deux gars comme eux, assez intelligents pour devenir politiciens et toucher un salaire rien qu’à rester assis dans l’ombre du tribunal à surveiller les filles qui montent et qui descendent des voitures, et s’assurer qu’elles chopent pas de coups de soleil aux jambes… Enfin quoi, y sont pas bêtes au point de boire de l’huile de ricin.

Là où se trouve le génie de Charles est dans le fait que, à première vue, Sagamore Noonan a l’air d’un crétin fini, un imbécile, un plouc parfait, sorte d’agriculteur qui n’a jamais bossé dans sa vie, qui ne cultive rien, qui n’élève rien, qui ne paie plus ses impôts depuis 1937 (nous sommes en 1956) mais qui, à l’entendre, bosse comme un fou plus de 18h par jour ! Vu ainsi, il a tout de l’imbécile du village, le gentil benêt.

— Nous, partir et vous laisser comme ça ? Oh! voyons Monsieur Noonan, jamais, fait Otis. Pas vrai, Booger ? Combien de fois le shérif ne nous a-t-il pas répété : « Mes enfants, chaque fois que vous aurez l’occasion de donner un coup de main à M. Noonan, n’hésitez pas une seconde. M. Noonan est un contribuable, et pas seulement ça, un contribuable qui paye ses impôts. Je sais de source bien informé qu’il a payé les siens jusqu’en 1937.

Ne vous fiez pas à l’apparence débraillée et à l’indolence de Sagamore car c’est un génie de le plus pure espèce, mais il le cache bien, et tout le piment se trouve là.

— Hmm, il a fait. Elles sont pas vilaines, les poulettes qu’il a ramassées. Y pourront pas résister. Tu sais, fiston, j’ai eu l’occasion de voir des sacrés organisateurs dans ma vie, mais il est de loin le meilleur.
— Qui ça ? j’ai demandé.
— Qui ça ? Mais qui d’autre que ton oncle Sagamore. Fiston, te laisse jamais avoir par son numéro, les pieds nus, la salopette et tout, c’est un génie. Le seul, le véritable et l’unique génie que j’aie jamais croisé. Ça fait un bail que je l’regarde fonctionner, et il a un sacré coup de main. Ça sert à rien de s’entraîner, faut être né avec. Le bon vieux Barnum aurait jamais pu organiser cette foire aussi bien que l’a fait Sagamore.

— Fiston, il m’a dit. Quand tu seras grand, rappelle-toi juste que c’est Murph qui te l’a dit en premier.
— Qui m’a dit quoi ?
— Que c’est un génie. Le seul, véritable et unique génie que j’aie jamais croisé.

Il compte mieux que personne, sait comment faire pour gagner de l’argent sans trop se remuer, a des bonnes idées et il faut le voir faire tourner en bourrique les flics du coin qui essaient de le coincer depuis des décennies ! C’est délectable de lire comment Sagamore a tout prévu, tout pensé, et comment il leur balance l’affaire avec l’air de ne pas y toucher, sans mentir, bien souvent, ou en trafiquant un peu la vérité.

— Oh, on veut pas vous déranger, a dit celui à la dent en or avec un sourire. On va juste prendre le bocal plein qui est posé à côté de vous. Ça suffira largement pour que le tribunal, euh, les autorités sanitaires, je veux dire, puissent l’analyser.
— Oh, vous parlez de çui-là ? a dit l’oncle Sagamore en soulevant le bocal. Mais les gars, c’est pas de l’eau du puits, ça.

La nouvelle traduction n’était pas un luxe, elle lui rend hommage en utilisant les bons mots et ce fut un véritable régal de le relire après 12 ans, quasi jour pour jour.

Un roman noir qui fait la part belle à un anti-héros et à son frère, qui se joue de l’innocence d’un jeune garçon, de la bêtise de la maison poulaga, qui se joue aussi de la folie des hommes qui, dès qu’une jeune fille en bikini très léger se perd dans la forêt, accourent de tous les côtés, la langue pendante et la bite en l’air (ça, on ne le dit pas mais je suppute).

Un roman noir frais, enlevé, drôle, politiquement incorrect, et qui fait tourner chèvre deux flics et leur chef, sans parler de toute une région.

Un roman noir culte et là, rien pour le cacher, même pas de petits bouts de tissus recouverts de diamants. C’est un diamant à lui tout seul.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°12 – Ruban Moucheté – Lire un livre avec une référence à la mode).

 

Sagamore Noonan – Tome 2 – Aux urnes, les ploucs ! : Charles Williams

aux-urnes-les-ploucs-charles-williams

Titre : Sagamore Noonan – Tome 2 –  Aux urnes, les ploucs !

Auteur : Charles Williams
Édition : Folio Policier (2001)
Édition Originale : Uncle Sagamore and his girls (1959) – Série noire N°602 (1960)

Résumé :
Tabac à chiquer, whisky de contrebande et superbes créatures vêtues de probité candide et de nylon.

C’est l’oncle Sagamore qui régale. C’est sa campagne électorale. Ceux qui aiment les boissons fortes et les faibles femmes voteront pour lui !

aux-urnes-les-ploucs-charles-williams-serie-noireCritique :
Qui a dit que la banlieue était morose ? Certains se sont pris en main et n’ont pour destin que de foutre le bordel, de faire tourner en bourrique les flics, ne jamais rien faire pour rien, de gagner de l’argent sans en faire trop et si possible, en arnaquant les autres, de raconter des bobards et de distiller de l’alcool.

Distiller de l’alcool ? Oui, ne cherchez pas à avoir du réseau pour you tuber une vidéo de l’affaire ou instagrammer, snapchater une photo de Sagamore Noonan, nous sommes  à Blossom, un bled paumé et au bon vieux temps de la prohibition !

Franchement, je pense que si les Pères Fondateurs des États-Unis avaient connu Sagamore, ils auraient restreint toutes les libertés individuelles !

— Même si, toute sa vie, Noonan, il n’a rien fait d’autre que de se fich’ du monde, la justice veut pas le savoir. Les auteurs de la Constitution ont voulu garantir la liberté des individus, et on peut pas leur en vouloir puisque, de leur temps, il n’y avait pas Sagamore Noonan. Donc, je l’ai pas arrêté pour la bonne raison qu’il n’existe pas de preuve valable de son délit.

Sagamore, c’est un homme que l’on aimerait avoir pour oncle, pour ami, pour frère, car avec lui, on ne s’emmerde jamais quand il s’agit de jouer des tours pendables aux policiers ou au nouveau pompiste qui tenterait de nous arnaquer avec des vieux pneus vendus pour des neufs.

Sagamore, c’est le Napoléon – non du crime – mais de l’arnaque ! Attention, pas des arnaques minables, non, de l’arnaque haut-de-gamme, m’sieurs, dames ! Des arnaques drôles où ceux qui voulaient l’arroser se font inonder… Joues pas au plus malin avec lui.

Le genre que quand tu en es le témoins privilégié, tu s’assieds avec des pop-corn pour ne rien rater de l’affaire tant elle est exécuté avec maestria, le tout avec des airs de je-ne-suis-pas-très-malin qui attire ceux qui se croient plus intelligents que lui, comme des mouches sur un pot de miel.

L’oncle Sagamore, si tu cherches à le baiser, il te la foutra bien profond avant même que tu ne sentes ton pantalon descendre !

Et niveau distillerie clandestine, ce bootlegger te ferait un demi litre de whisky en plein milieu du désert avec 3 raisins secs et un gobelet de fer blanc, et le tout avant même que tu ne réalises que les raisins et le gobelet était à toi !

Aidé de son frère Sam, dit Pop, le tout sous les yeux candides et innocents du narrateur, Billy, 8 ans, le fils de Sam (c’est lui qui l’appelle Pop), ces deux là n’en ratent pas une et mériteraient le grand prix de la comédie, ainsi que recevoir tous les César et Oscar du coin.

J’avais déjà pouffé de rire dans leurs aventures précédentes, « Fantasia chez les ploucs » et même si maintenant je connais la musique et les tours pendables de Sagamore, je me suis de nouveau laissée prendre au jeu de comprendre comment il arrivait à distiller de l’alcool sous les yeux de centaine de personnes, du shérif, du pompiste baisé par Sagamore (et qui se venge en se présentant à l’élection pour le poste du shérif) alors qu’il ne sort pas une goutte de son installation dans laquelle il dit vouloir faire de la térébenthine.

— Quant à savoir ce qu’il fait, vous m’en demandez trop… C’est comme l’histoire du médecin qui a inventé un traitement pour une maladie qui n’existe pas. Qui sait ? Il cherche peut-être à inventer une infraction inédite à la loi et il espère que le délit en question portera son nom ; ou alors, il essaie de rendre délictueuse une chose qui ne l’est pas et de faire voter une nouvelle loi, sur cette simple présomption que, même si son activité ne paraît pas répréhensible, elle est forcément contraire aux intérêts de la société et de l’humanité en général, du moment qu’elle est exercée par Sagamore Noonan.

Sagamore n’en rate jamais une de se faire du fric, de jouer des tours pendables et là, personne ne comprend ce qu’il fabrique avec son frère puisqu’il perd de l’argent et qu’il ne sort pas une goutte de térébenthine (ni d’alcool) de son alambique !

Tout le monde sait qu’il est en train de distiller de l’alcool mais personne ne comprend comment il y arrive et le pauvre shérif ne comprend plus un mot dans cette pantomime que Sagamore Noonan joue avec son frère Sam.

Même moi je n’avais pas trouvé la solution ! Sagamore reste le plus fort pour blouser les gens et nous faire rire, sourire, nous taper sur les cuisses, le tout sous le regard furax du shérif (et de ses adjoints) qui sent sa place foutre le camp.

La plume de Charles Williams fait une fois de plus mouche, ses personnages sont hauts en couleurs et inimitables, imbattables, leur gouaille et leur verve n’appartiennent qu’à eux et c’est toujours un plaisir de lire pareil roman noir à l’humour si bien distillé.

Aaaah, si seulement il existait encore d’autres romans avec mes ploucs préférés qui ne sont pas si ploucs que ça, que du contraire !

— Allez, on y va, dit Miss Malone. Qu’est-ce qu’on attend ?
— Minute, fait Murph. J’ai envie de voir ça.
— Quoi ?
— La souris qui va bouffer le matou.

Un roman noir feel-good qui a tout d’un grand. Un excellent Charles Williams, une fois de plus.

Étoile 4

 Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Le Mois du polar 2017 chez Sharon (février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (250 pages).

BILAN - I-Love-Minion-Wallpaper - OK

Solomon Gursky : Mordecai Richler

Solomon Gursky - Mordecai Richler

Titre : Solomon Gursky

Auteur : Mordecai Richler
Édition : Du Sous-Sol (2016)

Résumé :
Moses Berger est encore enfant quand il entend pour la première fois parler de Solomon Gursky. Ce personnage mystérieux deviendra bientôt pour lui une obsession qui l’incitera à mener une vaste enquête aux quatre coins du monde. Toute sa vie sera consacrée à démêler le vrai du faux dans l’histoire d’un homme et d’une famille dont les origines sont drapées dans le mystère.

Nous entraînant dans les bas-fonds londoniens du XIXe siècle, en Arctique avec l’expédition de Franklin, dans l’Amérique de la prohibition, dans les paysages vallonnés des Cantons-de-l’Est d’hier et d’aujourd’hui, des hauteurs de Westmount jusqu’aux ruelles du Mile End, Solomon Gursky est un puissant récit qui nous captive par sa verve et son humour mordant.

Des grands romans de Mordecai Richler, il s’agit sans doute du plus ambitieux, car il met au monde une riche mythologie, à la mesure de la destinée des Juifs en Amérique.

c4ff07bdeb24e1f375fddb00b1b8a7daCritique :
Petite voix discordante dans toutes ces éloges pour ce roman… Parce que moi, j’ai aimé certains passages mais pas tout le roman. On peut en scalper une partie ?

C’était suite à une chronique élogieuse chez une copine blogueuse que j’avais acheté cette brique de 633 pages. L’objet est beau, tout blanc, couverture gaufrée, on aurait bien peur de le salir.

J’avais plus que hâte de le lire et il m’aura fallu une laborieuse semaine pour en venir à bout, littéralement aux forceps et même à la vêleuse à certains moments !

Nom de Zeus, pour un roman qui porte le nom de Solomon Gursky, l’un des protagonistes, il n’en parle pas assez à mon goût.

J’aurais aimé en savoir plus sur ce fameux Solomon ainsi que sur son grand-père, Ephraim, sur leur voyage en traineau dans le Grand Nord lorsque ce dernier enleva Solomon dans son traîneau tiré par des chiens.

Ce fut, selon un motif récurrent dans sa vie, un dangereux mélange de vanité, de concupiscence et de témérité qui précipita la chute d’Ephraim.

Mais j’ai dû ronger mon frein jusqu’à la page avant de recevoir mon dû et me gaver de leurs histoires. Et malgré tout, je ne sais pas encore tout…

Entretemps, durant 400 pages, on peut dire que l’auteur m’a aguiché, titillé, fait monter ma curiosité avec des passages consacrés à ces deux hommes hors-normes et juste quand j’étais bien ferrée, que j’étais immergée dans l’histoire, l’auteur changeait de main et faisait retomber mon plaisir en coupant ces merveilleux récits avec celui de Moses Berger, celui qui est obsédé par la vie de Solomon.

Mon aussi, Moses, je le suis, obsédée par ce personnage, mais si tu pouvais arrêter, durant ton enquête, de boire comme un trou, de te balader dans le néant, de trainer ton ennui, de tout foutre en l’air dans ta vie, de me souler avec tes considérations parce que cela me fait chi** durant ma lecture, tout ça. Je t’aurais remercié mille fois si tu l’avais bouclé et que tu t’étais viré du roman. Hélas…

On peut dire que je me suis réjouie durant un tiers du roman, lorsque je suivais Ephraim jeune dans les bas-fonds de Londres, en prison, dans le bateau, ou au Canada, lorsqu’il était plus vieux.

J’ai pris mon pied avec Solomon durant la prohibition et même avant, tant ce personnage est captivant et attirant comme une lumière pour des moustiques.

Sinon, niveau écriture, c’est pittoresque et le texte est émaillé de mots juifs, de mots d’argots qui rendent le récit plus vivant. Ça, j’ai apprécié.

Niveau personnages, ils sont bien travaillés et sont tellement à profusion que parfois, on ne sait plus qui est qui et ce qu’il a avoir dans le récit. Mais un bon point pour Bernard, le frère de Solomon qui est un vrai pourri !

— Eh bien, il est mort. C’est fini, maintenant.
— Fini ? Pas du tout. Ça ne fait que commencer. Maintenant, il va faire face à un juge qu’il ne pourra pas soudoyer.

Idem pour la construction du récit, les passages dans le temps ne sont pas toujours chronologiques et il y a intérêt  à être bien concentré pour ne pas y perdre son chemin, sinon, semez des petits cailloux blancs pour ne pas vous perdre.

C’était Jeremy, grand et beau, avec son chapeau à la Sherlock Holmes et son veston en tweed Harris.

Un roman dont j’attendais plus, mieux et qui, à mon sens, avec 200 pages de moins sur la jeunesse et les errements de Moses Berger, aurait été plus excitant pour moi.

— Je vais mourir, mademoiselle O.
— Ça vous dirait que je m’occupe de votre zizi ?

— Vous ne devinerez jamais ce que j’ai trouvé sous son lit. Une pile de Playboy. Avec des pages collées ensemble par son foutre.

— Regarde les choses en face, mon pote : on n’attrape pas la chaude-pisse en s’astiquant le moine.

Étoile 2

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US » chez Noctembule, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Gouverneur Général), le Challenge « Coupe d’Europe des Livres » chez Plume de cajou, le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et Le Pavé de l’Été chez Sur Mes Brizées (632 pages).

CHALLENGE - Pavé de l'été 2016