Handsome Harry – Confessions d’un gangster : James Carlos Blake

Titre : Handsome Harry – Confessions d’un gangster 

Auteur : James Carlos Blake
Édition : Gallmeister Americana (03/01/2019)
Édition Originale : Handsome Harry : or the Gangster’s True Confessions (2004)
Traducteur : Emmanuel Pailler

Résumé :
Dans la bande de John Dillinger, il y a Red, Charley, Russell et moi, “Handsome Harry” Pierpont. S’il y avait eu un chef, ça aurait été moi, même John le dit.

Mais John aime avoir sa photo dans les journaux et faire le malin devant les dames, alors on ne se souvient que de lui. Il est le plus cool d’entre nous, je vous le garantis, sur un boulot comme sous les balles.

Nous prenons l’argent là où il se trouve : dans les banques. Sans nous vanter, en matière de casse, nous sommes les meilleurs. Un chauffeur, trois ou quatre gars motivés, une voiture de remplacement, et le tour est joué.

Les journaux disent que nous sommes dangereux, l’Ennemi public n°1 : n’exagérons rien. On ne veut de mal à personne, on aime juste les belles voitures, les jolies filles et les fêtes entre copains.

On sait bien que ça ne va pas durer, que les flics nous attraperont un jour ou l’autre. En attendant, on profite de la vie.

Critique :
John Dillinger… Tout de suite on voit la jolie petite gueule de Johnny Deep dans le film « Public Ennemies »… Sexy baby !

Et bien, oubliez-le car ici, ce n’est pas le grand Dillinger qui est mis sous les feux des projecteurs mais « Handsome Harry » Pierpont et croyez-moi, après cette lecture, vous vous direz qu’il n’a pas eu les honneurs qu’il méritait !

Ce n’est pas très moral de dire ça en parlant de gangsters, de pilleurs de banque, de braqueurs de drugstores, armés et dangereux.

Oui, John aurait appuyé sur la détente. Moi aussi. C’est une question d’autorité mais aussi de respect de soi. Si vous voulez proférer des menaces en l’air, soyez instituteur, pasteur, rédacteur. Pas braqueur.

Ça ne rigolait pas avec eux et ils ont laissé des corps froids sur leur passage. Mais les flics aussi parce que dans le genre « je ne sais pas bien tirer », les flics étaient les champions et se sont même tués entre eux… C’est ballot, ça !

L’autre type s’enfuit et les flics ouvrirent le feu. Le gars réussit à partir, mais dans la fusillade, un flic de l’Indiana fut tué par un autre, d’une balle dans l’œil. Ç’avait dû être un sacré spectacle pour le voisinage.

John téléphona à Matt Leach pour lui dire qu’on avait bien rigolé avec ses cascades de film comique dans l’Illinois, mais est-ce qu’on lui avait déjà dit que la police était censée tirer sur les méchants, pas sur les autres flics ? Peut-être que le Père Noël lui apporterait un manuel du parfait tireur et des règles du parfait petit policier.

L’auteur, à la manière dont il nous met en scène les membres de la bande, arrive à dégager de l’empathie, de la sympathie pour ces braqueurs qui purgent de lourdes peines de prisons et qui, tels les Dalton, cherchent un moyen de s’évader.

Harry Pierpont est le narrateur de cette histoire dont nous aurons déjà le compte-rendu du final dès le départ. De toute façon, pour qui connait un peu l’Histoire des gangsters américains et celle de Dillinger, pas de surprise. Tout le monde sait comment ça se termina.

C’est vraiment drôle (à la fois comique et bizarre) qu’ils se donnent autant de mal pour garder en vie quelqu’un, juste pour pouvoir le faire griller. Même s’ils doivent me porter jusqu’à la chaise.

Les braqueurs de banque, dans les années 30, avaient la cote auprès du public, je parle bien entendu des petites gens, de l’Amérique d’en-bas, de celle qui fut durement touchée par la Dépression et qui n’était pas contre le fait qu’on vole des voleurs qui les avaient volés.

Les criminels, c’est aussi bien des types comme moi que les propriétaires des banques, des assurances et de la Bourse, des usines, des mines de charbon et des champs pétroliers, les propriétaires de cette foutue Loi. Une fois, j’ai dit à John qu’être hors-la-loi, c’était le seul moyen de conserver le respect de soi, et il a répondu, Ouais, c’est la triste vérité.

Lorsque les gens voient la Loi se ranger du côté de ceux qui leur pourrissent la vie, c’est naturel qu’ils soutiennent les hors-la-loi.

Parce que pour ceux qui ne le sauraient pas encore, les banquiers ne sont pas des honnêtes gens, loin de là, ce sont des voleurs eux aussi, juste qu’ils sont bien habillés et qu’ils ne nous mettent pas un flingue sur la tempe pour prendre notre fric, ils sont bien plus subtils que ça. Mais nombre d’entre eux avaient magouillé leurs comptes et un braquage permettait de tout remettre à jour.

Voyons voir, repris-je. Il détourne je ne sais pas combien dans une banque, puis il fait braquer la banque pour cacher ses magouilles, et après il prend un tiers de ce qui reste à la banque ? Et après, ajouta Pearl, il se remet à détourner du fric dans la même banque, lorsqu’elle a récupéré l’assurance. Sympa comme boulot, si on en trouve un comme ça.

Alors oui, l’auteur a réussi à me faire apprécier des gangsters, à souhaiter qu’ils s’échappent de prison et j’ai croisé les doigts pour qu’ils n’y retournent pas, mais contre la Vérité Historique, je ne peux rien et nous n’étions pas dans une dystopie.

Ses personnages sont bien campés, réussis, et on a tout de suite de la sympathie pour Handsome Harry, on a envie de saluer son intelligence, moins sa violence quand il abat de sang-froid, mais en tout cas, on en apprend un peu plus sur la bande de Dillinger, même si personne ne sait toute la vérité puisque les faits divergent et les témoins ne sont pas fidèles.

À dix contre un, aucun des types qui ont écrit sur la bite de John ne l’a jamais vue. Eh bien moi si, et à son maximum, je dis bien. Mary aussi – elle était avec moi à ce moment-là, et j’en parlerai le moment venu. Disons que l’engin de John était, comme le disait Mary, impressionnant. Pourtant – sans vouloir gonfler mes mérites, ha-ha, je dois dire que John ne m’arrivait pas à la cheville.

La seule chose que je n’ai pas trop aimé c’est la manière dont sont présentés les dialogues que l’auteur a englobé dans le texte narratif. Au début, ça passe, mais à la fin, ça devenait lourd et donnait au texte l’impression qu’il avait été écrit par un débutant alors que nous sommes tout de même face à James Carlos Blake.

Bon Dieu, dit John, qui t’a appris à sauter à la corde quand t’étais petite ? Les filles du bordel de Mabel ?
Je me disais bien que je t’y avais déjà vu, répliqua Billie. T’étais toujours là pour les soirées à un dollar, hein ?

Hormis ce petit bémol, tout le reste passe comme dans du beurre, on découvre les fake news de l’époque avec des journalistes prêts à raconter n’importe quoi pour vendre leurs feuilles de choux, on parle de politiciens véreux, des gardiens de prison corruptibles, des balances, de l’amitié, de la fraternité et on vit les poursuites à du 100 à l’heure parce que dans les années 30, ce n’étaient pas les bolides de Fast and Furious mais elles avaient encore des marche-pieds pratiques pour mettre les otages.

Les journaux, eux, continuaient à vendre de la peur. Mais comme toujours, certaines lettres de lecteurs montraient clairement que tout le monde n’en voulait pas à notre scalp. Plein de bons citoyens ne nous trouvaient pas pires que certains politiques, et sans doute bien moins nuisibles que la plupart des banquiers.

J’ajoutai que si Dieu avait créé des êtres plus stupides que des flics et des journalistes, je ne les avais pas encore rencontrés.

Si vous voulez faire un tour dans l’univers carcéral des États-Unis des années 30, vous prendre un peu de la grande Dépression dans la gueule, voir la prohibition se terminer et boire à sa santé, braquer des banques, vous décoiffer la permanente en roulant à 100 à l’heure dans les rues de Chicago (ou dans une autre ville), prendre du bon temps en Floride, baiser avec des mauvais garçons ou vous évader de manière brillante, ma foi, ce livre est fait pour vous.

Si vous avez tendance à être pour la Loi et de son côté, ou banquier, vous risquez de grincer des dents lors de la lecture, surtout devant les réponses de Handsome Harry devant les juges.

Je répondis que je ne le niais pas, mais que j’avais l’honnêteté de commettre mes vols l’arme à la main, et le courage de prendre des risques en cas d’opposition. Au moins, je n’étais pas comme ces présidents de banque menteurs, trompeurs et hypocrites, qui trafiquaient leurs comptes pour dépouiller les veuves et les fermiers de leur propriété et leurs économies. Cette réplique-là fit rugir de rire le public, et le juge tapa du marteau comme un menuisier pressé.

Dommage pour les dialogues insérés dans le texte, sans cela, j’aurais mieux aimé la présentation du texte et je l’aurais trouvé moins laborieux, moins lourd à certains moments.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°18.

Je n’ai jamais recouru aux termes vulgaires à la légère – la grossièreté gratuite est un signe de paresse mentale –, pourtant c’était difficile à formuler autrement : si un type essaye de m’enculer… eh bien, je l’encule.

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Sagamore Noonan – Tome 1 – Le Bikini de diamants : Charles Williams

Titre : Sagamore Noonan – Tome 1 – Le Bikini de diamants

Auteur : Charles Williams
Édition : Gallmeister Totem (07/09/2017)
Édition Originale : The diamont bikini
Traducteur : Laura Derajinski

Résumé :
Pop vend des pronostics truqués sur les champs de courses. Pour échapper à la police, il se réfugie avec son fils Billy dans la ferme de son frère Sagamore, un génie local qui depuis quarante ans distille de l’alcool au nez et à la barbe du shérif.

Peu après leur arrivée surgit un couple dont la femme est curieusement vêtue. Il s’agit de Caroline Tchou-Tchou, une reine du strip-tease en fuite pour éviter de témoigner à un procès.

Critique :
Sorti sous le titre loufoque de « Fantasia chez les ploucs », ce roman m’avait fait passer quelques belles heures de lecture drôle et ponctuée d’éclats de rire à cause de l’oncle Sagamore et de ses réparties à se pisser dessus.

Oui mais voilà, la traduction n’était pas fidèle, ce qui fait que lorsque Gallmeister (loué soit-il) l’a réédité en version française conforme, j’ai sauté dessus dans le but unique de me replonger dans cette aventure loufoque et décalée.

Loufoque parce que pas vraiment réaliste, mais entre nous, on s’en fout tant c’est bourré d’humour, rempli de situations cocasses et de personnages bien campés, hauts en couleur.

Décalé parce que le récit est raconté par Billy, le fils de Sam Noonan (Pop), 7 ans. Lui, il ne comprend pas bien ce qui se trame sous ses yeux, il est innocent… Mouais, peut-être pas tant que ça… Sachant que Billy a fréquenté les champs de courses avec son père qui est trafiquant de pronostics, on peut se poser des questions.

En tout cas, du haut de sa candeur infernale, il ne comprend pas ce que son oncle Sagamore trafique dans ses baignoires avec ses peaux de bêtes qui y trempent avant d’être tannées, sauf que, ça tourne toujours en eau de boudin puisque exposées plein soleil et que ça dégage une odeur pestilentielle de 10.000 rats morts. Horrible !

Marrant aussi, cette fumée qui sort de la cheminée alors que le poêle est froid, tout comme les cendres, bizarre que Pop (le père de Billy), disparaisse ainsi avec son frère (Oncle Sagamore) dans la maison, sans qu’il les retrouve, et ne parlons même pas de ces flics qui déboulent tous les jours dans la ferme avec des motifs des plus étranges.

— Si je ne suis pas trop curieux, ça ne vous dérangerait pas de me dire ce que vous comptez faire de tout ça? Moi, voyez-vous, ce genre d’histoires, ça m’intéresse.
— Vous comprenez, quand Sam que voilà m’a écrit qu’il s’amènerait faire un tour par ici cet été et qu’il amènerait son garçon, je me suis dit qu’il lui faudrait des douceurs, à ce petit. Vous savez ce que c’est que les gosses, pas vrai ?
— Neuf mille livres de sucre? demande le shérif. Ils doivent avoir l’intention de rester quelques semaines, je pense? Vous avez pas peur qu’il attrape mal aux dents ?
Mon oncle Sagamore fait claquer ses doigts :
— Figurez-vous que j’avais pas pensé à ça ?
Le visage du shérif redevient tout rouge. Mon oncle Sagamore secoue la tête, l’air un peu contrarié :
— Vous vous rendez compte , quel couillon je fais, quand même ! Avoir acheté tout ce sucre pour rien.

— C’était fatal, il dit, le visage tout rouge, en tortillant son chapeau. Qu’il y ait une foutue guerre ou un foutu cyclone ou une foutue épidémie de peste bubonique ou une foutue révolution ou une foutue maison de repos pour gangsters avec batailles rangées à la mitraillette à travers tout le paysage, ça ne peut pas se passer ailleurs que dans la ferme de Sagamore Noonan. C’était l’endroit logique, tout indiqué pour.

Le lecteur comprend très vite ce que trafique Sagamore dans sa ferme, on se marre avec ces flics cons (très cons), ce shérif plus excité qu’un morpion au salon du sexe non épilé et on se fend la poire à écouter oncle Sagamore qui déblatère sur les politiciens. C’est tout simplement un régal pour fin gourmet (ils en prennent pour leur grade, les politiciens).

— Eh bien, m’sieur, c’est rudement sympa de la part du shérif, ça, a dit l’oncle Sagamore avant de regarder Pop. C’est exactement ce que je te disais, Sam. Y a tout un tas de foutus politiciens à gros bide qui restent assis sur leur gros derrière dans les tribunaux, les deux mains dans les poches des contribuables et qui font rien pour gagner leur argent.

— […] Avec tous ces politiciens à gros bide qui passent leur temps assis dans les tribunaux à attendre que les pauv’ gens arrachent de terre une autre piécette avant de fondre dessus comme des moineaux sur un cheval trop nourri, faut bien qu’un homme agisse, sinon il tombe dans le désespoir et il se présente aux prochaines élections.

— De l’huile de ricin ? il a dit comme s’il arrivait pas à y croire. Mais enfin, shérif, ils doivent vous mener en bateau. Y feraient jamais un truc pareil. Enfin quoi, deux gars comme eux, assez intelligents pour devenir politiciens et toucher un salaire rien qu’à rester assis dans l’ombre du tribunal à surveiller les filles qui montent et qui descendent des voitures, et s’assurer qu’elles chopent pas de coups de soleil aux jambes… Enfin quoi, y sont pas bêtes au point de boire de l’huile de ricin.

Là où se trouve le génie de Charles est dans le fait que, à première vue, Sagamore Noonan a l’air d’un crétin fini, un imbécile, un plouc parfait, sorte d’agriculteur qui n’a jamais bossé dans sa vie, qui ne cultive rien, qui n’élève rien, qui ne paie plus ses impôts depuis 1937 (nous sommes en 1956) mais qui, à l’entendre, bosse comme un fou plus de 18h par jour ! Vu ainsi, il a tout de l’imbécile du village, le gentil benêt.

— Nous, partir et vous laisser comme ça ? Oh! voyons Monsieur Noonan, jamais, fait Otis. Pas vrai, Booger ? Combien de fois le shérif ne nous a-t-il pas répété : « Mes enfants, chaque fois que vous aurez l’occasion de donner un coup de main à M. Noonan, n’hésitez pas une seconde. M. Noonan est un contribuable, et pas seulement ça, un contribuable qui paye ses impôts. Je sais de source bien informé qu’il a payé les siens jusqu’en 1937.

Ne vous fiez pas à l’apparence débraillée et à l’indolence de Sagamore car c’est un génie de le plus pure espèce, mais il le cache bien, et tout le piment se trouve là.

— Hmm, il a fait. Elles sont pas vilaines, les poulettes qu’il a ramassées. Y pourront pas résister. Tu sais, fiston, j’ai eu l’occasion de voir des sacrés organisateurs dans ma vie, mais il est de loin le meilleur.
— Qui ça ? j’ai demandé.
— Qui ça ? Mais qui d’autre que ton oncle Sagamore. Fiston, te laisse jamais avoir par son numéro, les pieds nus, la salopette et tout, c’est un génie. Le seul, le véritable et l’unique génie que j’aie jamais croisé. Ça fait un bail que je l’regarde fonctionner, et il a un sacré coup de main. Ça sert à rien de s’entraîner, faut être né avec. Le bon vieux Barnum aurait jamais pu organiser cette foire aussi bien que l’a fait Sagamore.

— Fiston, il m’a dit. Quand tu seras grand, rappelle-toi juste que c’est Murph qui te l’a dit en premier.
— Qui m’a dit quoi ?
— Que c’est un génie. Le seul, véritable et unique génie que j’aie jamais croisé.

Il compte mieux que personne, sait comment faire pour gagner de l’argent sans trop se remuer, a des bonnes idées et il faut le voir faire tourner en bourrique les flics du coin qui essaient de le coincer depuis des décennies ! C’est délectable de lire comment Sagamore a tout prévu, tout pensé, et comment il leur balance l’affaire avec l’air de ne pas y toucher, sans mentir, bien souvent, ou en trafiquant un peu la vérité.

— Oh, on veut pas vous déranger, a dit celui à la dent en or avec un sourire. On va juste prendre le bocal plein qui est posé à côté de vous. Ça suffira largement pour que le tribunal, euh, les autorités sanitaires, je veux dire, puissent l’analyser.
— Oh, vous parlez de çui-là ? a dit l’oncle Sagamore en soulevant le bocal. Mais les gars, c’est pas de l’eau du puits, ça.

La nouvelle traduction n’était pas un luxe, elle lui rend hommage en utilisant les bons mots et ce fut un véritable régal de le relire après 12 ans, quasi jour pour jour.

Un roman noir qui fait la part belle à un anti-héros et à son frère, qui se joue de l’innocence d’un jeune garçon, de la bêtise de la maison poulaga, qui se joue aussi de la folie des hommes qui, dès qu’une jeune fille en bikini très léger se perd dans la forêt, accourent de tous les côtés, la langue pendante et la bite en l’air (ça, on ne le dit pas mais je suppute).

Un roman noir frais, enlevé, drôle, politiquement incorrect, et qui fait tourner chèvre deux flics et leur chef, sans parler de toute une région.

Un roman noir culte et là, rien pour le cacher, même pas de petits bouts de tissus recouverts de diamants. C’est un diamant à lui tout seul.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°12 – Ruban Moucheté – Lire un livre avec une référence à la mode).

 

Sagamore Noonan – Tome 2 – Aux urnes, les ploucs ! : Charles Williams

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Titre : Sagamore Noonan – Tome 2 –  Aux urnes, les ploucs !

Auteur : Charles Williams
Édition : Folio Policier (2001)
Édition Originale : Uncle Sagamore and his girls (1959) – Série noire N°602 (1960)

Résumé :
Tabac à chiquer, whisky de contrebande et superbes créatures vêtues de probité candide et de nylon.

C’est l’oncle Sagamore qui régale. C’est sa campagne électorale. Ceux qui aiment les boissons fortes et les faibles femmes voteront pour lui !

aux-urnes-les-ploucs-charles-williams-serie-noireCritique :
Qui a dit que la banlieue était morose ? Certains se sont pris en main et n’ont pour destin que de foutre le bordel, de faire tourner en bourrique les flics, ne jamais rien faire pour rien, de gagner de l’argent sans en faire trop et si possible, en arnaquant les autres, de raconter des bobards et de distiller de l’alcool.

Distiller de l’alcool ? Oui, ne cherchez pas à avoir du réseau pour you tuber une vidéo de l’affaire ou instagrammer, snapchater une photo de Sagamore Noonan, nous sommes  à Blossom, un bled paumé et au bon vieux temps de la prohibition !

Franchement, je pense que si les Pères Fondateurs des États-Unis avaient connu Sagamore, ils auraient restreint toutes les libertés individuelles !

— Même si, toute sa vie, Noonan, il n’a rien fait d’autre que de se fich’ du monde, la justice veut pas le savoir. Les auteurs de la Constitution ont voulu garantir la liberté des individus, et on peut pas leur en vouloir puisque, de leur temps, il n’y avait pas Sagamore Noonan. Donc, je l’ai pas arrêté pour la bonne raison qu’il n’existe pas de preuve valable de son délit.

Sagamore, c’est un homme que l’on aimerait avoir pour oncle, pour ami, pour frère, car avec lui, on ne s’emmerde jamais quand il s’agit de jouer des tours pendables aux policiers ou au nouveau pompiste qui tenterait de nous arnaquer avec des vieux pneus vendus pour des neufs.

Sagamore, c’est le Napoléon – non du crime – mais de l’arnaque ! Attention, pas des arnaques minables, non, de l’arnaque haut-de-gamme, m’sieurs, dames ! Des arnaques drôles où ceux qui voulaient l’arroser se font inonder… Joues pas au plus malin avec lui.

Le genre que quand tu en es le témoins privilégié, tu s’assieds avec des pop-corn pour ne rien rater de l’affaire tant elle est exécuté avec maestria, le tout avec des airs de je-ne-suis-pas-très-malin qui attire ceux qui se croient plus intelligents que lui, comme des mouches sur un pot de miel.

L’oncle Sagamore, si tu cherches à le baiser, il te la foutra bien profond avant même que tu ne sentes ton pantalon descendre !

Et niveau distillerie clandestine, ce bootlegger te ferait un demi litre de whisky en plein milieu du désert avec 3 raisins secs et un gobelet de fer blanc, et le tout avant même que tu ne réalises que les raisins et le gobelet était à toi !

Aidé de son frère Sam, dit Pop, le tout sous les yeux candides et innocents du narrateur, Billy, 8 ans, le fils de Sam (c’est lui qui l’appelle Pop), ces deux là n’en ratent pas une et mériteraient le grand prix de la comédie, ainsi que recevoir tous les César et Oscar du coin.

J’avais déjà pouffé de rire dans leurs aventures précédentes, « Fantasia chez les ploucs » et même si maintenant je connais la musique et les tours pendables de Sagamore, je me suis de nouveau laissée prendre au jeu de comprendre comment il arrivait à distiller de l’alcool sous les yeux de centaine de personnes, du shérif, du pompiste baisé par Sagamore (et qui se venge en se présentant à l’élection pour le poste du shérif) alors qu’il ne sort pas une goutte de son installation dans laquelle il dit vouloir faire de la térébenthine.

— Quant à savoir ce qu’il fait, vous m’en demandez trop… C’est comme l’histoire du médecin qui a inventé un traitement pour une maladie qui n’existe pas. Qui sait ? Il cherche peut-être à inventer une infraction inédite à la loi et il espère que le délit en question portera son nom ; ou alors, il essaie de rendre délictueuse une chose qui ne l’est pas et de faire voter une nouvelle loi, sur cette simple présomption que, même si son activité ne paraît pas répréhensible, elle est forcément contraire aux intérêts de la société et de l’humanité en général, du moment qu’elle est exercée par Sagamore Noonan.

Sagamore n’en rate jamais une de se faire du fric, de jouer des tours pendables et là, personne ne comprend ce qu’il fabrique avec son frère puisqu’il perd de l’argent et qu’il ne sort pas une goutte de térébenthine (ni d’alcool) de son alambique !

Tout le monde sait qu’il est en train de distiller de l’alcool mais personne ne comprend comment il y arrive et le pauvre shérif ne comprend plus un mot dans cette pantomime que Sagamore Noonan joue avec son frère Sam.

Même moi je n’avais pas trouvé la solution ! Sagamore reste le plus fort pour blouser les gens et nous faire rire, sourire, nous taper sur les cuisses, le tout sous le regard furax du shérif (et de ses adjoints) qui sent sa place foutre le camp.

La plume de Charles Williams fait une fois de plus mouche, ses personnages sont hauts en couleurs et inimitables, imbattables, leur gouaille et leur verve n’appartiennent qu’à eux et c’est toujours un plaisir de lire pareil roman noir à l’humour si bien distillé.

Aaaah, si seulement il existait encore d’autres romans avec mes ploucs préférés qui ne sont pas si ploucs que ça, que du contraire !

— Allez, on y va, dit Miss Malone. Qu’est-ce qu’on attend ?
— Minute, fait Murph. J’ai envie de voir ça.
— Quoi ?
— La souris qui va bouffer le matou.

Un roman noir feel-good qui a tout d’un grand. Un excellent Charles Williams, une fois de plus.

Étoile 4

 Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Le Mois du polar 2017 chez Sharon (février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (250 pages).

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Solomon Gursky : Mordecai Richler

Solomon Gursky - Mordecai Richler

Titre : Solomon Gursky

Auteur : Mordecai Richler
Édition : Du Sous-Sol (2016)

Résumé :
Moses Berger est encore enfant quand il entend pour la première fois parler de Solomon Gursky. Ce personnage mystérieux deviendra bientôt pour lui une obsession qui l’incitera à mener une vaste enquête aux quatre coins du monde. Toute sa vie sera consacrée à démêler le vrai du faux dans l’histoire d’un homme et d’une famille dont les origines sont drapées dans le mystère.

Nous entraînant dans les bas-fonds londoniens du XIXe siècle, en Arctique avec l’expédition de Franklin, dans l’Amérique de la prohibition, dans les paysages vallonnés des Cantons-de-l’Est d’hier et d’aujourd’hui, des hauteurs de Westmount jusqu’aux ruelles du Mile End, Solomon Gursky est un puissant récit qui nous captive par sa verve et son humour mordant.

Des grands romans de Mordecai Richler, il s’agit sans doute du plus ambitieux, car il met au monde une riche mythologie, à la mesure de la destinée des Juifs en Amérique.

c4ff07bdeb24e1f375fddb00b1b8a7daCritique :
Petite voix discordante dans toutes ces éloges pour ce roman… Parce que moi, j’ai aimé certains passages mais pas tout le roman. On peut en scalper une partie ?

C’était suite à une chronique élogieuse chez une copine blogueuse que j’avais acheté cette brique de 633 pages. L’objet est beau, tout blanc, couverture gaufrée, on aurait bien peur de le salir.

J’avais plus que hâte de le lire et il m’aura fallu une laborieuse semaine pour en venir à bout, littéralement aux forceps et même à la vêleuse à certains moments !

Nom de Zeus, pour un roman qui porte le nom de Solomon Gursky, l’un des protagonistes, il n’en parle pas assez à mon goût.

J’aurais aimé en savoir plus sur ce fameux Solomon ainsi que sur son grand-père, Ephraim, sur leur voyage en traineau dans le Grand Nord lorsque ce dernier enleva Solomon dans son traîneau tiré par des chiens.

Ce fut, selon un motif récurrent dans sa vie, un dangereux mélange de vanité, de concupiscence et de témérité qui précipita la chute d’Ephraim.

Mais j’ai dû ronger mon frein jusqu’à la page avant de recevoir mon dû et me gaver de leurs histoires. Et malgré tout, je ne sais pas encore tout…

Entretemps, durant 400 pages, on peut dire que l’auteur m’a aguiché, titillé, fait monter ma curiosité avec des passages consacrés à ces deux hommes hors-normes et juste quand j’étais bien ferrée, que j’étais immergée dans l’histoire, l’auteur changeait de main et faisait retomber mon plaisir en coupant ces merveilleux récits avec celui de Moses Berger, celui qui est obsédé par la vie de Solomon.

Mon aussi, Moses, je le suis, obsédée par ce personnage, mais si tu pouvais arrêter, durant ton enquête, de boire comme un trou, de te balader dans le néant, de trainer ton ennui, de tout foutre en l’air dans ta vie, de me souler avec tes considérations parce que cela me fait chi** durant ma lecture, tout ça. Je t’aurais remercié mille fois si tu l’avais bouclé et que tu t’étais viré du roman. Hélas…

On peut dire que je me suis réjouie durant un tiers du roman, lorsque je suivais Ephraim jeune dans les bas-fonds de Londres, en prison, dans le bateau, ou au Canada, lorsqu’il était plus vieux.

J’ai pris mon pied avec Solomon durant la prohibition et même avant, tant ce personnage est captivant et attirant comme une lumière pour des moustiques.

Sinon, niveau écriture, c’est pittoresque et le texte est émaillé de mots juifs, de mots d’argots qui rendent le récit plus vivant. Ça, j’ai apprécié.

Niveau personnages, ils sont bien travaillés et sont tellement à profusion que parfois, on ne sait plus qui est qui et ce qu’il a avoir dans le récit. Mais un bon point pour Bernard, le frère de Solomon qui est un vrai pourri !

— Eh bien, il est mort. C’est fini, maintenant.
— Fini ? Pas du tout. Ça ne fait que commencer. Maintenant, il va faire face à un juge qu’il ne pourra pas soudoyer.

Idem pour la construction du récit, les passages dans le temps ne sont pas toujours chronologiques et il y a intérêt  à être bien concentré pour ne pas y perdre son chemin, sinon, semez des petits cailloux blancs pour ne pas vous perdre.

C’était Jeremy, grand et beau, avec son chapeau à la Sherlock Holmes et son veston en tweed Harris.

Un roman dont j’attendais plus, mieux et qui, à mon sens, avec 200 pages de moins sur la jeunesse et les errements de Moses Berger, aurait été plus excitant pour moi.

— Je vais mourir, mademoiselle O.
— Ça vous dirait que je m’occupe de votre zizi ?

— Vous ne devinerez jamais ce que j’ai trouvé sous son lit. Une pile de Playboy. Avec des pages collées ensemble par son foutre.

— Regarde les choses en face, mon pote : on n’attrape pas la chaude-pisse en s’astiquant le moine.

Étoile 2

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US » chez Noctembule, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Gouverneur Général), le Challenge « Coupe d’Europe des Livres » chez Plume de cajou, le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et Le Pavé de l’Été chez Sur Mes Brizées (632 pages).

CHALLENGE - Pavé de l'été 2016

 

La terre des Wilson : Lionel Salaün

Terre des Wilson - Lionel Salaün

Titre : La terre des Wilson

Auteur : Lionel Salaün
Édition : Liana Lévi (2016)

Résumé :
Dick Wilson a quitté ce bout de terre misérable au Nord-Ouest de l’Oklahoma avec sa mère alors qu’il était tout juste adolescent.

Quinze ans plus tard, le voici de retour avec chapeau et fine moustache, dans une belle voiture aux pare-chocs chromés.

Retrouver la petite ferme familiale ne va pas de soi, d’autant que des événements déconcertants se sont produits en son absence. Annie Mae, son amie d’enfance, vit à présent avec le vieux Samuel, le père de Dick, un homme rustre et violent dont elle a un enfant.

Dick étouffe sa rancœur derrière des manières affables et des projets ambitieux pour lesquels il embauche Jasper, un pauvre hère du comté.

Qu’espère-t-il trouver dans ce pays désolé ? Peut-être l’or noir dont tout le monde parle. Peut-être l’or jaune – l’alcool – dont il connaît toutes les routes secrètes et qui dans cet état où la prohibition est maintenue, pourrait rapporter gros.

Peut-être quelques réponses à ses propres démons.

Petit Plus : Lionel Salaün renoue avec les paysages de l’Amérique profonde. Celle du début des années 30, de la Grande Dépression et des « dust bowl », ces tornades de poussière qui ont mis à genoux les agriculteurs pendant près d’une décennie. Un monde féroce où seule la fraternité est rédemptrice.

ok_abandoned_farmhouse_hdrCritique : 
Bon sang, qu’elle est âpre et sèche, la terre de l’Oklahoma des années 30 et plus particulièrement celle sur laquelle vécurent cinq fermiers qui, après toutes les sécheresses et les multiples Dust Bowl, s’en sont allé voir ailleurs si l’herbe n’était pas moins jaune et le climat moins hostile.

N’est resté qu’un irréductible, le vieux Samuel Wilson dont sa femme et son fils s’étaient enfuis quelques années auparavant. Le vieux est resté sur cette terre qu’il avait abreuvé de sa sueur et de son sang.

Annie Mae, 14 ans, la fille d’un des voisin, n’a pas voulu partir avec ses parents car elle attendait toujours le retour du fils Wilson, Dick. Alors elle est restée chez Samuel. Et justement, voilà Dick qui s’en revient au pays, mais 15 ans après et dans une belle bagnole.

En peu de pages l’auteur a su insuffler dans son récit toute l’aridité et la dureté de ce petit trou perdu en Oklahoma dans les années 30 – 1935 pour être précise.

La crise financière est passée, les tornades de poussière aussi et le pays est à genou, exsangue, comme ses habitants.

Là aussi, en peu de phrases, l’auteur nous montrera toute la misère des gens qui vivaient des dans camps de fortune, crevant de faim et vivotant avec rien dans des cabanons de fortune.

En peu de mots, en peu de détails, il a su aussi nous montrer combien Samuel Wilson était une brute pour sa femme, son fils et sa mule Jessie, le tout à l’aide de quelques flash-back qui se sont insérés au bon endroit dans le récit, lui donnant encore plus d’émotion et une atmosphère encore plus prononcée.

Chez Samuel Wilson, il n’y a pas que la terre qui est sèche, lui aussi pratique l’âpreté des sentiments envers les siens et quand il a une idée en tête, il ne l’a pas ailleurs.

Sans pour autant donner des circonstances atténuantes à Samuel, le portrait que l’auteur nous brossera de lui ne sera pas non plus tout noir, l’homme a aussi, dans sa vie, morflé et il s’est vengé de la manière la plus salope de son tortionnaire en mettant la main sur sa fille et de ce fait, sur ses terres.

C’est l’histoire d’une vengeance, d’une rédemption, d’une haine larvée, d’un fils qui est devenu plus fort que son père, d’un fils qui voulait retrouver son amour d’enfance, d’un fils qui est devenu une sorte de voyou friqué, d’une fille qui est devenue une femme et une mère de famille et d’un père qui ne veut pas reconnaître ses torts.

Un roman court mais qui m’en a foutu plein la gueule pour moins de 20€, qui m’a emporté sur une terre aride, sous un soleil implacable et m’a fait plonger dans la misère des gens qui avaient tout et qui ont tout perdu à cause des banquiers.

Sans oublier ces pauvres fermiers qui travaillaient sans relâche, du matin au soir, sur une terre qui ne leur donnait pas grand-chose pour la sueur qu’ils y avaient laissée et pour bien souvent tout perdre à cause des Dust Bowl successifs.

Il est court, il est extrêmement bon, mais j’aurais aimé plus de pages tant on aurait pu encore en dire plus sur cette famille éclatée, sur les souffrances de Dick et sur la vie d’errance qu’il a mené après s’être enfui avec sa mère.

Un roman aussi noir que le pétrole qu’on extrayait de certaines terres et qui, en peu de pages, esquisse un portrait peu flatteur des années 30 et d’une partie de ses conséquences.

Étoile 4,5

BILAN - Coup de coeur

Challenge « Coupe d’Europe des Livres » chez Plume de cajou, Le « Challenge US » chez Noctembule« Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et Challenge « Polar Historique » de Sharon.

coupe europe livres 2016 bis

American Fays : Anne Fakhouri & Xavier Dollo [LC avec Stelphique]

Titre : American Fays

Auteurs : Anne Fakhouri & Xavier Dollo
Édition : Critic

Résumé :
Ce Chicago de 1925 a tout du chaudron prêt à exploser ! Entre les Leprechauns mouillés dans la fabrication de faux billets et les gangs qui s’activent en coulisses pour s’emparer des marchés de l’alcool et des speakeasies, autant dire qu’il y a de l’orage dans l’air.

Et tandis qu’Al Capone tente de retrouver son influence sur la ville, voilà que des Drys, farouches partisans de la Prohibition, sont atrocement assassinés.

Scarface devient, aux yeux des autorités, le suspect idéal. Furieux et persuadé que les Fays sont dans le coup, il charge une bande de chasseurs de Fays, les No Ears Four, de débusquer les véritables coupables.

Pour Old Odd et son équipe, les ennuis ne font que commencer. Contraints de plonger dans les entrailles d’une ville corrompue et en proie aux guerres des gangs, les quatre nettoyeurs ont intérêt à se serrer les coudes s’ils veulent survivre à la tempête qui s’annonce.

Car, quand la Fayrie est impliquée, mieux vaut ne pas trop traîner dans l’œil du cyclone !

Critique :
Chicago, 1925, époque de la prohibition et du truand Al Capone, le tout mis à la sauce fayrique… De qui appâter la lectrice que je suis.

En me proposant un univers connu mais décalé car rempli de fays, de Leprechauns, de vouivres, de pixies, de sirènes, de nymphes, de trolls, de faunes et autres créatures issues du même biotope, les auteurs ont réussi leur mission de me divertir.

En faisant évoluer le lecteur dans le monde des truands et plus particulièrement du quatuor chasseurs de fays travaillant pour Al Capone – les « No Ears Four » – les auteurs ont fait en sorte de nous présenter et de nous faire apprécier un groupe d’anti-héros.

Old Odd, le chef bourru et détecteur de Fays grâce à son allergie; Bulldog, le garde du corps obtus au cerveau aux abonnés absents; Jack The Crap, l’assassin sans peur et sans remords et le bellâtre Vincent Bixente Demons (Bix), spécialiste de la question fayrique, trompettiste de talent et doux rêveur. Bix sera mon chouchou…

Quant aux femmes, dans ce roman, elles ne sont pas en reste car elles ont soit le rôle de tenancière d’un café-bar-bordel, telle Jude ou bien de putes, ou bien de nièce de la tenancière en la personne de Rachel, la beauté fatale.

L’ambiance dans les pages est imbibée d’alcool de contrebande, de faux billets, de « mise au poing » par Bulldog envers ceux qui pourrait faire de l’ombre ou piquer du business à Capone, de morts violentes, de créatures fayriques  et d’une enquête de nos 4 gars afin de blanchir, non pas du fric, mais leur boss Capone !

Niveau action, on n’est pas volé, ça court, ça enquête, ça se cogne, c’est rempli de bourre-pifs, d’armes à feu, on se poignarde, on magouille, on truande, on trucide, on mitraille, « on liquide et on s’en va » (comme disait San-Antonio), il y a une belle dose de morts mystérieuses et une enquête afin de trouver qui les a tué, tous ces cadavres.

Point de vue des dialogues, ils sont passé à la poussière humoristique car il m’est arrivé de sourire devant des réactions ou des paroles d’un Bulldog ou les bons mots du chef de la bande, Old Odd. De plus, du jazz et de l’amûûr se glissent aussi entre les pages.

Là, vous vous dites qu’il doit y avoir un « mais » qui va suivre… Bravo mes petits Sherlock, il y a un, c’est vrai ! Belle déduction.

Le jazz et la condition des Noirs à cette époque, je suis preneuse dans un récit mais, pour la romance, ma foi, on aurait pu s’en passer afin de ne pas donner des airs d’Harlequin au final de ce roman d’urban fantasy. Un peu trop mielleux guimauve à mon goût, je trouve.

Si le final est animé, je l’ai trouvé un peu longuet, trop de rebondissements vaudevillesques : les gens qui arrivent par toutes les portes, ça va dans les comédies, mais pas ici.

Quant aux explications finales, je les ai trouvées un peu déplacées. Il y avait moyen de terminer autrement afin de ne pas donner des airs grand-guignolesques à ce roman dans son final. Non pas que je n’ai pas aimé, mais avec le recul, je me sens triste de ne pas m’être vue proposée une fin plus relevée. On avait du punch et on fini au jus d’orange !

De plus, malgré les créatures fayriques présentes dans le récit, il manquait d’un soupçon de magie, de merveilleux, je trouve. Dommage parce qu’on avait tous les ingrédients pour sortir un bouquin grandiose avec le mélange de ces deux univers.

Malgré ces quelques critiques, j’ai passé un moment divertissant dans ce récit et si on me propose une suite, je la lirai avec plaisir car il y avait, dans ces pages, de la richesse créative qui n’a pas livré tout son potentiel.

Le roman  n’est pas parfait mais j’ai adoré l’ambiance du Chicago des années 20 et ça mérite bien une suite pour développer tout ce que les auteurs auraient pu garder sous la pédale.

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US » chez Noctembule et le « Challenge Printemps Elfique 2016″ chez Stelphique.

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :
Je connaissais déjà l’écriture de Anne Fakhouri et j’avais adoré son univers… Donc au vu du thème et de mon challenge Printemps Elfique, je me suis laissée séduire par cette lecture, mais le lire en LC avec ma binômette, c’est forcement doubler le plaisir !

Synopsis :
Ce Chicago de 1925 a tout du chaudron prêt à exploser ! Entre les Leprechauns mouillés dans la fabrication de faux billets et les gangs qui s’activent en coulisses pour s’emparer des marchés de l’alcool et des speakeasies, autant dire qu’il y a de l’orage dans l’air. Et tandis qu’Al Capone tente de retrouver son influence sur la ville, voilà que des Drys, farouches partisans de la Prohibition, sont atrocement assassinés.

Scarface devient, aux yeux des autorités, le suspect idéal. Furieux et persuadé que les Fays sont dans le coup, il charge une bande de chasseurs de Fays, les No Ears Four, de débusquer les véritables coupables.

Pour Old Odd et son équipe, les ennuis ne font que commencer. Contraints de plonger dans les entrailles d’une ville corrompue et en proie aux guerres des gangs, les quatre nettoyeurs ont intérêt à se serrer les coudes s’ils veulent survivre à la tempête qui s’annonce. Car, quand la Fayrie est impliquée, mieux vaut ne pas trop traîner dans l’œil du cyclone !

Les personnages :
Le No Ears Fours est un quatuor à la solde de Al Capone (rien que ça !!!) et il est spécialiste dans le démantèlement des pratiques illégales fayriques. Ces quatre anti-héros sont tour à tour charmants autant qu’impitoyables, et on se plait à suivre cette équipe pas comme les autres.

Ce que j’ai ressenti :.. Un fayrique plaisir de lecture !!!
« La vie pulsait à Chicago, la vie bruissait. A la lumière comme dans l’ombre. »

Je ne crois pas avoir lu un roman de ce genre, aussi loufoque et féérique ! Il a vraiment quelque chose de particulier, il a une force, ce roman, la force de l’imaginaire ! Une fois, que le décor est posé, on est emporté entre douce folie et mafia infiltrée, et c’est ce mélange qui détonne, pour notre plus grand plaisir !

J’ai adoré retrouvé tout l’univers elfique, croiser au détour d’une rue, des Fays vengeresses, des Pixies en mode tendus, des Leprechauns en trafiquants de monnaie, des Faunes énervés et bien sur Mab,  Reine de ce Peuple, aux pouvoirs extraordinaires.

J’ai vraiment accrochée à cette touche de férie qui donne un coté décalé et magique à cette histoire mais, plus que tout, j’ai trouvé un vrai travail d’investissement,de vocabulaire et de champs lexicaux propres à cet univers, qui donne de jolis jeux de mots!

Les auteurs s’en sont donné à cœur joie pour intégrer le fantastique dans ce Chicago revisité, et la sauce prend, car ils y croient et nous le retransmette à merveille !

Mais nous n’avons pas seulement, la douceur des contes de fays, dans ce roman, mais bien toute la violence des hommes, et ce qui se faisait de pire à cette époque dans un Chicago en pleine Prohibition : racisme, misogynie, meurtres, dessous de tables, stratégies politiques, corruption… Autant vous assurer, que l’ennui n’est pas de ses pages, ni pour le lecteur, ni pour la police !!!!

En bref, j’ai aimé ce mélange atypique, je me suis laissée séduire autant par la féérie que par cette ville riche en histoire.

Le petit coté cinématographique de certaines scènes et les différentes références qui lui rendent hommage, l’originalité de ce mix rend l’ensemble, complètement addictif! Un feu d’artifice d’émotions, de magie et de clins d’œil dosés avec soin, en font pour moi un coup de cœur !

Meilleurs moments du livre :

  • A un moment, nos quatre compères se retrouvent acteurs dans des contes ! J’ai adoré cette revisite! Elle est originale et plein de pep’s !
  • Avant même d’ouvrir ses pages, je crois que le voyage commence avec la couverture. Non seulement elle est magnifique, mais en fait, c’est le livre-objet qui est une véritable invitation à se caler, et à découvrir ses mystères. Bravo à la maison d’éditions Critic, qui nous offre un beau cadeau, un livre de qualité autant en intérieur que dans son apparence !
Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 10/10

index LC

 

American Fays : Anne Fakhouri & Xavier Dollo [LC – Impressions de lecture 2/2]

Impressions de lecture du Cannibal (page 1 à 200) : Fayerie et mystères…
Je suis entrée dans le monde mystérieux d’un Chicago fayrique et les Fays n’ont rien à voir avec la fée Clochette. Pas de héros mais 4 anti-héros, des hommes de main à la solde d’Al Capone qui enquêtent sur des morts mystérieuses et violentes.

Impressions de Stelphique (page 1 à 200) : Charmée…
Stelphique au milieu des Fays !!!^^ Mais c’est incroyable, c’est comme un poisson dans l’eau. Je suis dans mon élément coté amies, et accompagnée de la meilleure (Belette), mais que demande le Peuple ? Moi, rien de plus, je kiffe à fond la lecture et l’univers !!!!! Je voyage en Chicago que je ne connais que trop peu, à part 2/3 références, mais j’apprécie cette ville revisitée à la sauce féérique !

Impressions de lecture du Cannibal (page 201 à 400) : Amusant mais de sel manquant…
Étrange cette immersion de notre 4 gars dans les contes de fées au travers de rêves. Final un peu longuet et histoire traditionnelle dans son développement : enquêtes – indices – action – résolution – dénouement.

Impressions de Stelphique (page 201 à fin ) : …Et convaincue !
Je termine cette lecture sur un excellent sentiment. C’est une lecture divertissante et originale. J’ai été enchantée par cette lecture, il y avait du merveilleux, et du moins reluisant, un bon cocktail !!! Génial !!!!

American Fays : Anne Fakhouri & Xavier Dollo [LC avec Stelphique – Intro]

[Cannibal Lecteur découvrant la LC du mois d’avril]
— WHAAAAT ?? Un truc avec des fées ?? On veut ma mort, ici… STELPHIIIIIIQUE !!
— Gueule pas si fort, Cannibal ! Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu as reçu ton TAL sur la figure ?
— Nan, pire… C’est quoi cette lecture avec des fées ?? Non mais, tu m’as déjà bien vu ?? Les fées, c’est pas mon domaine ! Les petits trucs ailés qui sèment des paillettes derrières elles, non merci !
— Heu, nous l’avons choisie ensemble, si tu te souviens bien…
— Je devais être en manque de kawa ou en surdose de mojitos. Tu as dû proposer ce titre la semaine où j’ai pris congé et où je me suis faite des mojitos tous les soirs.
— Bheu, non, je pense pas… On a décidé en janvier. Tu étais d’accord pour American Fays. Même vachement partante, en fait.
— Stelphique, tu sais, moi, les fées, je n’aime que la fée Lation ou la fée Moipaschier. Des fées américaines en plus ! Elles sont obèses ? Luttent contre la malbouffe ?? PTDR
— Purée, Cannibal, lis le résumé ! Tu vas revoir ton opinion sur les tites fées toutes mignonnes ! On part à Chicago, en 1925 !
— Prohibition ?? Alcool ? Al Capone ??
— Voilà ! Bravo, la mémoire lui revient…
— Et les fées, elles font quoi là-dedans ? C’est Clochette qui joue au Jiminy Criket pour Capone ?
— Nan, pas du tout ! Tu vas avoir des Leprechauns qui fabriquent des faux billets… Je vois tes yeux qui s’alument, là. On a des gangs qui s’activent en coulisses pour s’emparer des marchés de l’alcool tandis que Capone essaie de retrouver son influence sur la ville.
— Continue, Stelphique, tu m’intéresses !!
— Voilà que des Drys, les farouches partisans de la Prohibition, sont atrocement assassinés.
— Je ne me sens plus… Capone doit être le suspect idéal pour les poulets !
— Tout à fait ! Capone est furax et persuadé que les Fays sont dans le coup. Remarques que je dis « fays » et pas « fées ». Scarface charge alors une bande de chasseurs de Fays, les « No Ears Four », de débusquer les véritables coupables.
— Cette lecture m’excite tout doucement !!
— Je m’en doutais. Donc, pour Old Odd et son équipe, les ennuis ne font que commencer. Les voilà contraints de plonger dans les entrailles d’une ville corrompue et en proie aux guerres des gangs. Nos quatre nettoyeurs ont intérêt à se serrer les coudes s’ils veulent survivre à la tempête qui s’annonce. Car, quand la Fayrie est impliquée, mieux vaut ne pas trop traîner dans l’œil du cyclone !
— COOL !! Voilà pourquoi on avait choisi ce roman !
— Bien sûr, Cannibal ! Et en plus, elle entre dans mon challenge féerique !
— La couverture est belle, en tout cas… À nous de voir si le ramage ressemble au plumage !

[FILMS] Certains l’aiment chaud – Some Like It Hot : Billy Wilder

Certains l’aiment chaud (Some Like It Hot) est un film américain de Billy Wilder sorti en 1959. Et j’aime ce réalisateur pour deux choses : la première, pour ce film et l’autre pour avoir réalisé « La vie privée de Sherlock Holmes ».

Il est classé premier par l’AFI dans la liste des films américains les plus drôles du XXe siècle, devant Tootsie et Dr Folamour. Je suis tout à fait d’accord parce que je me marre toujours devant le burlesque de ce film, pissant de rire devant Tony Curtis et Jack Lemmon déguisé en femmes pour échapper à la mafia.

Je me le réserve souvent pour des moments plus déprimant car ce film a l’art de me sortir de mon marasme, de me faire oublier tout les soucis, les problèmes. Bref, comme les « Despicable Me », c’est un film pour lequel j’ai une tendresse particulière.

La première fois que je l’avais vu, c’était au cours d’un zapping réalisé par mon père, il y a trèèèès longtemps. Il avait reconnu le film et avait arrêté de zapper, me disant de venir voir le film parce que j’allais me marrer.

Hélas, j’avais raté tout le début et mon paternel avait dû me raconter pourquoi nos deux hommes devaient se déguiser en femmes et intégrer un orchestre pour se cacher.

Mais j’avais compris le jeu de mot entre le titre du film et un vieux spectacle de Michel Leeb « Certains Leeb Show ».

Si j’ai ri ? Affirmatif !! Oh, pas à m’en briser les côtes, mais assez pour me mettre les larmes aux yeux avec les dialogues au petit poil, les quiproquos ou les situations burlesques qui ne manquent pas de naître lorsque deux hommes se déguisent en femmes.

À la sortie du film, le public rit tellement qu’on n’entend pas la moitié des dialogues. «Je serai peut-être le premier à mettre des sous-titres anglais dans un film en ­anglais», suggère Billy Wilder, ravi.

Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai pu enfin le voir tout entier. Nous étions en 2002, les lecteurs DVD commençaient à se démocratiser niveau prix et des petits malins pouvaient nous fournir des copies de film sur des DVD gravés. Un collègue l’avait fait pour moi. Maintenant, j’ai le vrai DVD, parce qu’un film culte, ça se possède en vrai !!

Le titre, il vient d’où ??

Junior (Tony Curtis déguisé) lui demande : Does that mean you play that very fast music… jazz ? (– Ça signifie que vous jouez cette musique très rapide… du jazz ?)
Sugar (Monroe) dans une moue troublante : Yeah. Real hot ! (– Ouais. Et c’est très chaud !)
Junior :  I guess some like it hot… (– J’imagine que certains l’aiment chaud…)

Le pitch ?? Chicago de 1929, en pleine prohibition. Rien que ça, j’adore déjà !

Un corbillard est poursuivi par un véhicule de police. Des tirs s’échangent. Il arrive à s’échapper afin d’aller livrer son précieux chargement d’alcool de contrebande. La police fait une descente dans le tripot clandestin, dont deux musiciens, Joe le saxophoniste (Tony Curtis) et Jerry le contrebassiste (Jack Lemmon), arrivent à s’enfuir.

Le lendemain, alors qu’ils vont chercher une voiture pour se rendre à leur nouvel engagement, ils sont témoins d’une tuerie entre bandes rivales de la Mafia.

Afin d’échapper aux représailles, ils se font enrôler dans un orchestre composé uniquement de femmes et doivent donc se travestir en conséquence.

Elles, puisque désormais ils se nomment Joséphine et Daphné, partent en train pour la Floride. Elles font la connaissance de Sugar Kane (Marilyn Monroe), la chanteuse de la troupe Sweet Sue and her society syncopators.

Joséphine/Tony Curtis déguisé en Junior, fils de la Shell va tenter de séduire Sugar/Monroe tandis que cette pauvre Daphné/Jack Lemmon va subir les assauts endiablés d’un milliardaire nommé Osgood Fielding III.

Lorsque la caméra passera de Tony Curtis/Junior en train de se faire embrasser par Monroe et faisant semblant de ne rien ressentir, aux scènes de danse endiablée entre Daphné et Osgood, le contraste est total et jouissif !

Entre deux qui ont l’air calme et les deux autres qui ont la fièvre au corps et celle du samedi soir, le changement est total. Le pire, c’est que notre Daphné/Lemmon a l’air de trouver du plaisir à danser… comme s’il avait oublié qu’il n’était pas vraiment une femme.

Malgré le fait que je n’ai jamais eu d’attirance pour l’actrice que fut Monroe, ses minauderies dans le film ne sont pas inutiles et vont très bien avec le personnage qu’elle joue.

Si le début du film est plus sérieux que le reste (on ne rit pas tout à fait dans les scènes du début), ensuite, une fois l’orchestre intégré, les situations comiques n’en finissent plus, sans pour autant devenir lourdes, et le spectateur risque les crampes aux zygomatiques tant tout est fait pour vous faire rire avec finesse.

Et puis, les dialogues, ils sont somptueux.

Daphné : « We can’t get married at all » (– Nous ne pouvons pas nous marier du tout)
Osgood : « Why not ? » (– Pourquoi ?)
Daphné : « Well, in the first place, I’m not a natural blonde ! ». (– Et bien, pour commencer, je ne suis pas une vraie blonde)
Osgood : « Doesn’t matter… » (– Pas d’importances…)
Daphné : « I smoke. I smoke all the time. ». (– Je fume. Je fume comme un sapeur)
Osgood : « I don’t care. » (– Ça m’est égal)
Daphné : « I have a terrible past. For three years now, I’ve been living with a saxophone player. » (– Mon passé n’est pas bon. Je vis depuis trois ans au moins avec un joueur de saxophone)
Osgood : « I forgive you. » (– Je vous pardonne)
Daphné : « I can never have children » (– Hélas, je ne peux pas avoir d’enfants)
Osgood : « We can adopt some » (– Nous en adopterons)
Daphné en ôtant sa perruque : « You don’t understand, Osgood, I’m a man! » (– Vous ne comprenez pas, Osgood, je suis un homme !)
Osgood : « Well… nobody’s perfect ! » (– Eh bien… personne n’est parfait !)

Une valeur sûre, une fois de plus, en matière de vieux films en noir et blanc ! La certitude de passer un bon moment télé et de dérouiller ses zygomatiques.

Fiche technique :

  • Titre original : Some Like It Hot
  • Titre français : Certains l’aiment chaud
  • Réalisation : Billy Wilder
  • Scénario : Billy Wilder et I. A. L. Diamond, d’après une histoire de Robert Thoeren et Michael Logan
  • Musique : Adolph Deutsch
  • Décors : Edward G. Boyle
  • Costumes : Bert Henrikson et Orry-Kelly pour les robes de Marilyn Monroe
  • Coiffures : Alice Monte et Agnes Flanagan
  • Maquillage : Emile LaVigne
  • Photographie : Charles Lang Jr.
  • Effets spéciaux : Milt Rice
  • Son : Fred Lau
  • Montage : Arthur P. Schmidt ; Eve Newman (musique)
  • Production : Doane Harrison, I. A. L. Diamond et Billy Wilder
  • Budget : 2 883 848 $
  • Pays : États-Unis
  • Langue : anglais
  • Format : noir et blanc – 1,66:1 – mono (Westrex Recording System) – 35 mm
  • Genre : comédie
  • Durée : 1h56
  • Dates de sortie :
    •  États-Unis : 29 mars 1959
    •  France : 9 septembre 1959 (Paris), 25 septembre 1959 (sortie nationale)

Distribution :

  • Marilyn Monroe (VF : Claire Guibert) : Sugar Kane Kowalczyk (VF : Alouette)
  • Tony Curtis (VF : Jean-Claude Michel) : Joe / Joséphine / Junior
  • Jack Lemmon (VF : Roger Carel, Roger Rudel {voix féminine}) : Jerry / Géraldine / Daphné
  • George Raft (VF : Jean Martinelli) : « Spats » Colombo
  • Joe E. Brown (VF : Fred Pasquali) : Osgood Fielding III
  • Pat O’Brien (VF : René Blancard) : Mulligan
  • Nehemiah Persoff (VF : Frédéric O’Brady) : le Petit Bonaparte
  • Joan Shawlee (VF : Danièle Roy) : Sue
  • Billy Gray : Sig Poliakoff
  • George E. Stone : Toothpick Charlie
  • Dave Barry : monsieur Beinstock
  • Mike Mazurki, Harry Wilson : hommes de main
  • Barbara Drew (VF : Raymonde Devarennes) : Nellie
  • Beverly Wills : Dolores
  • Edward G. Robinson Jr. (VF : Serge Sauvion) : Johnny Paradise
  • Tito Vuolo (non crédité) : Mozzarella

Récompenses :

  • Oscar 1960 des meilleurs costumes pour un film en noir et blanc remporté par Orry-Kelly
  • BAFTA 1960 du meilleur comédien étranger pour Jack Lemmon
  • Golden Globes 1960 :
    • Meilleure comédie ;
    • Meilleur acteur dans une comédie pour Jack Lemmon.
    • Meilleure actrice dans une comédie pour Marilyn Monroe.
  • Writers Guild of America (association des scénaristes américains) : prix du meilleur scénario de comédie pour Billy Wilder et I.A.L. Diamond.
  • Laurel Awards 1960 : deuxième prix de la meilleure actrice de l’année dans une comédie pour Marilyn Monroe

Anecdotes sur le film (piquées ici), racontées par Tony Curtis dans un livre :

Tony Curtis, qui consacre un livre à la comédie de Billy Wilder, dévoile les coulisses d’un tournage mouvementé avec Marilyn Monroe.

Trop élégant. Tony ­Curtis attend la page 56 pour nous dire qu’il a couché avec Marilyn. C’était avant. Avant quoi ? Le tournage de Certains l’aiment chaud, dont l’acteur dévoile les coulisses avec un mélange de malice, de franchise et de vivacité, dans le livre de souvenirs qu’il consacre au film. Ce ne fut pas une partie de plaisir. Coupable : Norma Jean Baker.

La star blond platine s’était éloignée des projecteurs, avait vécu à New York, avait été envoûtée par les sortilèges de l’Actors Studio. Cela posait un problème au metteur en scène, à Billy Wilder: «Si elle veut vraiment étudier, c’est dans une école d’ingénieurs qu’elle devrait s’inscrire, pour apprendre à arriver à l’heure.» La star a pour habitude, quand elle se montre, d’avoir des heures de retard, de se mettre à dos toute l’équipe. Il n’est pas rare que les prises atteignent la soixantaine. Tony Curtis et Jack Lemmon, maquillés et grimpés sur talons hauts, sont au bord de la crise.

Pourtant, cette pagaille allait donner une des meilleures comédies de toute l’histoire.

Au départ, personne n’y croyait. Deux musiciens contraints de se déguiser en femmes pour échapper à des gangsters:pour certains, le désastre était garanti. Le scénario n’était pas fini.

La fameuse réplique finale ­(«Nobody’s perfect») était là, faute de mieux.

Dans un premier temps, le réalisateur avait songé à Bob Hope et ­Danny Kaye, trop âgés pour les rôles. Il avait même été question de Sinatra, mais on renonça très vite à demander au crooner de se peinturlurer de rouge à lèvres.

Bizarre, attendrissante, imprévisible Marilyn :

 Marilyn fait des caprices. Elle est accompagnée de la redoutable Paula Strasberg, que l’équipe surnomme «The Bat» (la chauve-souris) et qui ne se déplace jamais sans son parapluie.

Dans sa loge, l’actrice lit Rilke et Walt Whitman. Son thermos ne contient certainement pas de café. Elle grossit, n’a pas prévenu qu’elle était enceinte. À l’Hotel del Coronado, elle passe une nuit avec Curtis, qui est marié à Janet Leigh et bientôt papa. Elle s’empresse de raconter l’aventure à l’ombrageux Arthur Miller qui n’avait pas besoin de ça pour tirer une tête de six pieds de long. La situation ne s’arrange pas quand elle persuade Tony Curtis que l’enfant est de lui. Une fausse couche, une de plus, interrompra les rumeurs.

Curtis décrit de l’intérieur l’usine à rêves qu’était le Hollywood de 1958. Les ego se percutent. Les apparitions à l’écran sont mesurées à la seconde près. Il n’y en a que pour Marilyn. Wilder commence à ne plus pouvoir la supporter. Elle est bizarre, attendrissante, imprévisible. Son égoïsme est sans bornes.

Certains jours, Curtis se retient de l’étrangler. Durant une scène de baiser, elle l’embrasse pour de bon et il a du mal à cacher une émotion très mascu­line.

Après la prise, quelqu’un lui dit : «Hé Tony ! Ça fait quoi d’embrasser Marilyn?» Réponse : «Tu crois que c’est comment, mec ? Comme d’embrasser Hitler ?» Heureusement qu’il s’entend bien avec Jack Lemmon à qui Marilyn chipe la robe qui lui était destinée. Elle tente de masquer ses formes qui s’arrondissent, tout en dévoilant sa poitrine en douce dès que la caméra ronronne. Elle n’est jamais contente de sa prestation.

Avant chaque séquence, elle se tord les doigts, secoue ses mains, lance à Paula Strasberg des regards inquiets. Curtis, brave gars néanmoins, n’en peut plus. «L’idée de se remémorer la fois où votre sœur vous a piqué votre sandwich au beurre de cacahuète pour jouer la colère, c’est de la connerie.»

N’empêche, Monroe attrape formidablement la lumière. Wilder est obligé d’en convenir, malgré toutes les journées perdues (« Pour la faire jouer, c’était comme arracher une dent»). Compensation : «J’ai eu le temps de lire Guerre et Paix, Les Misérables et même Hawaï, de James Michener.»

Curtis brosse le portrait d’une femme, d’un milieu, d’une époque. La femme est à la dérive. Le milieu allie cynisme et talent, coups de gueule et embrassades. L’époque ne reviendra plus.

Curtis imite l’accent de Cary Grant, a des soucis avec son épouse, ne soupçonne pas qu’il va entrer dans la légende.

À la sortie du film, le public rit tellement qu’on n’entend pas la moitié des dialogues. «Je serai peut-être le premier à mettre des sous-titres anglais dans un film en ­anglais», suggère Billy Wilder, ravi.

CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014

Moisson Rouge : Dashiell Hammet

Titre : Moisson Rouge

Auteur : Dashiell Hammet
Édition : Folio Policier

Résumé :
Depuis quarante ans, Elihu Willsson règne en maître absolu sur Personville, petite cité minière du Montana. Pour contrer l’agitation syndicale, il a fait appel à des gangsters qui ont pris le contrôle de la ville.

Scandalisé par cette situation, son fils Donald engage un détective, le Continental Op, mais est assassiné peu avant l’arrivée du privé. Celui-ci, après avoir démasqué le meurtrier, décide par loyauté envers son client, de « nettoyer » la ville.

Premier du genre, ce livre, publié d’abord en feuilleton dès 1927, constitue l’archétype du roman noir.

Hammett impose une nouvelle forme d’écriture objective et traite de la vie sociale avec une extrême violence. Personville – et son alliance entre les hommes de pouvoir et la pègre – est un microcosme des États-Unis à l’époque de la prohibition.

Créant un thème repris depuis par de nombreux romanciers, le Continental Op, enquêteur anonyme favori de l’auteur, se retrouve seul contre tous. Une expérience dont il sortira brisé.

Critique :
« La Moisson rouge » ? Une nouvelle méthode pour vendanger ? Non, nous sommes dans la mythique « Série Noire », faut du crime… à moins qu’on n’ait moissonné les vendangeurs dans la foulée. Oh, j’y suis : le livre parle un carnage lors d’une réunion des caciques du parti socialiste Belge ! Non ?  Alors, qu’est-ce que c’est que cette moisson rouge ?

Oh, ça y est ! Le Standard de Liège qui a raflé toutes les compétitions de foot ? Oups, impossible, la « Série Noire » ne s’occupe pas de science-fiction… (seuls les Belges comprendront la blague mais je peux l’expliquer par MP).

Alors, quoi-t’est-ce ?

C’est l’histoire démente d’un détective privé qui est appelé dans la charmante et plaisante Poisonville, gangrénée par la pègre parce que Elihu Wilsson, qui détenait, entre autre, les industries minières et une banque,  a engagé des briseurs de grève pour faire rentrer son personnel dans le rang.

Hélas pour lui, il n’était plus le chef, les gunmen régnaient sur la ville, l’ayant dépouillé de son titre de calife. Le fils étant scandalisé par le comportement de son géniteur, a fait venir un privé. Pas de chance, le fiston est refroidi.

Alors notre détective de l’agence Continental de San-Fransisco va quand même jouer au Monsieur Propre et tenter de nettoyer les écuries d’Augias en montant, non pas les chevaux, mais les truands les uns contre les autres.

Faut les aspirines, parce que les ramifications sont nombreuses, vu que tout le monde mange à tous les râteliers et que chacun retourne sa veste. La police ? Tous des vendus ! Notre privé à du pain sur la planche et va devoir ruser, manipuler, mentir, jouer avec les égos afin que tout le monde s’entretue. Sans qu’il ne s’en émeuve, en plus.

Cette immersion dans les États-Unis des années vingt où les bootleggers sont les rois (suite à la prohibition de l’alcool) ne vous laissera pas indifférent. Jusqu’où peut-on aller pour faire régner la justice ? Peut-on utiliser ce genre de méthode un peu borderline pour liquider les truands ?

La violence est omniprésente, bien que sans trop de détails, mais on termine la lecture avec sacré un tas de cadavres. C’est le moment d’acheter des actions dans les pompes funèbres. Le seul secteur qui ne dépérit pas…

Et comment fait-on le nettoyage ? On commence avec un prélavage et les premières saletés tombent comme des mouches, on injecte le produit de lavage qui commence à effacer un bon nombre de taches, le rinçage n’est pas triste, le sang coule à flot… Pour ce qui est de l’essorage, la sulfateuse entre en action et ça dézingue de partout.

Un truc de fou ! Allez, je vais compter les cadavres… Un, deux, trois, oh, arrêtez de bouger,… seize ! Non, l’empilement est trop important, on ne s’y retrouve plus. Il doit y en avoir beaucoup plus.

Notre privé, c’était lui aussi le fiston de Machiavel, « divisez-les pour les séparer afin qu’ils s’annihilent eux-mêmes », par contre, il devait avoir un sacré bon ange gardien pour s’en sortir sans une égratignure.

A découvrir…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014).

CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (2) CHALLENGE - DEstination la PAL CHALLENGE - Faire fondre la PAL