La Fureur des hommes : Charles O. Locke

Titre : La Fureur des hommes

Auteur : Charles O. Locke
Édition : Actes Sud – L’Ouest, le vrai (10/10/2020)
Édition Originale : Road to Socorro (1957)
Traduction : Hubert Tezenas

Résumé :
Pour avoir accidentellement tué un homme au cours d’un bal, Tot Lohman, cow-boy tranquille, est traqué par le père et le frère de la victime. Désireux de sauver sa vie, il devient un fugitif.

Pieux, abstinent et farouchement non-violent, il est pourtant d’une stupéfiante adresse au tir. Celle-ci lui permet de se débarrasser de chacun de ses poursuivants.

Il fait la connaissance d’Amos Bradley et de sa fille, et finit par les retrouver dans leur ranch. Lorsqu’il est rejoint par les derniers de ses poursuivants, Tot Lohman est décidé à exercer son droit à la légitime défense.

Avant d’être un western d’Henry Hathaway, « La Fureur des hommes » est un roman âpre et dense d’un auteur injustement méconnu en France.

Critique :
Appréciant le western, je suis toujours à la fête lorsque l’on réédite des romans oubliés, bien souvent des petites pépites oubliées au fond du torrent qu’est la littérature.

Autant le dire tout de suite, le scénario de ce roman est archi-connu, archi-vu, archi-lu, bref, classique de chez classique : une histoire de poursuite et de vengeance.

La famille Boyd veut venger la mort d’un de ses fils, Shorty, tué par le personnage principal, Tot Lohman.

Oui mais, depuis Top Chef, tout le monde sait que l’on peut cuisiner le même plat de bien des manières différentes et à ce petit jeu-là, Charles O. Locke est dans les finalistes, la crème de la crème.

L’auteur a eu le bon sens, l’intelligence de faire un grand trou et d’y enterrer tous les clichés et tous les archétypes du genre, ne gardant que la moëlle pour monter son récit, transformant les clichés profondément pour donner un récit qui ne ressemble à aucune autre course-poursuite et sans jamais virer dans le grand guignolesque.

Tot Lohman, le personnage principal, qui nous raconte son aventure au travers de son journal, a de la culture, mais possède peu de mots et a bien du mal à formuler le fond de sa pensée et nous la découvrirons par le biais de ce que les autres personnages doivent interpréter de lui, en traduisant ses silences ou ses réponses éludées et ils passeront, comme nous, leur temps à les compléter.

Le départ du livre est concis, clair, net et nous met tout de suite à cheval sur les emmerdes à venir : “Quand j’ai accepté de passer un temps chez Restow après avoir tué Shorty Boyd, ça m’a paru être la meilleure solution”. Sans que l’on sache encore ce qu’il s’est passé lors de la mort d’un fils Boyd, on sent déjà venir la vengeance et la poursuite.

N’allez pas croire que le roman va à cent à l’heure, que du contraire, la poursuite n’est pas rapide, Tot fera une partie de la traversée d’un désert à pied, crevant de soif et l’auteur a réussi à rendre ce passage magnifique de réalisme.

N’allez pas croire non plus que le père de l’assassiné est un crétin sans cervelle, il est capable de donner ses chances à Tot, même s’il est un homme implacable et qu’il perdra plus que quelques plumes dans cette chasse à l’homme totalement débile et irréfléchie. Mais puisque ce que la famille Boyd veut, Dieu peut…

— Ce cheval est pour Tot Lohman, donc donnez-le-lui. Pour qu’il puisse prendre un peu d’avance. Mes fils auraient dû le tuer, et je pourrais le faire ici et maintenant – peut-être. Mais je ne laisserai pas dire que ma famille, après s’être fait damer le pion par un petit mi­­nable doué à la carabine, a abattu son cheval à quatre-vingts ou cent kilomètres du premier point d’eau. Les Boyd ne sont pas des tueurs de che­vaux.

Le récit est à l’économie de phrase, mais elles sont puissantes, vont droit au but, que ce soit dans les portraits des hommes (et des femmes) qui traversent ce western ou dans les descriptions de la Nature, qui n’a rien de tendre, comme la plupart de la vie des gens sur ces terres âpres, comme l’écriture de Charles O. Locke (qui, phonétiquement, ressemble à Sherlock).

Un western que Bernard Tavernier a bien fait de sortir de la poussière et de le mettre sous une nouvelle lumière car malgré son scénario classique au possible, l’auteur a eu l’intelligence, le talent, de ne pas l’écrire comme tous les autres, de mettre les clichés au trou, tout en les utilisant, après les avoir déplumés, de manière brillante afin de servir son récit.

Un récit âpre, sans fioritures, comme si nous lisions bel et bien le journal de bord de Tot Lohman, jeune cow-boy doué au tir à la carabine qui avait la famille Boyd et tous ses sbires aux fesses et qui a réussi à rester humain, droit dans ses bottes et à faire des rencontres marquantes durant sa fuite.

Un magnifique western !

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°49] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

La Mystérieuse Affaire de Styles : Agatha Christie [LC avec Bianca]

9782702449370_1_75Titre : La Mystérieuse Affaire de Styles

Auteur : Agatha Christie
Éditions : Le Masque / Livre de Poche
Édition Originale : The Mysterious Affair at Styles (1920)
Traducteur : Marc Logé (ou Thierry Arson)

Résumé : Pendant la Première Guerre mondiale, Arthur Hastings, rapatrié en Angleterre, est invité dans la demeure de Styles Court (ou Styles en version abrégée) par son ami John Cavendish, qui lui apprend que sa mère s’est remariée avec un homme beaucoup plus jeune, le mystérieux Alfred Inglethorp.

À Styles, tout le monde a l’air de le détester. Sauf évidemment Mrs Inglethorp.

Plus tard, Emily Inglethorp est empoisonnée et les soupçons pèsent sur Alfred Inglethorp. Hercule Poirot, ancien Inspecteur de Police Belge, qui est aussi au village de Styles Saint-Mary, est invité par Hastings à résoudre cette affaire.

Apparemment, Poirot pense qu’ Alfred Inglethorp n’est pas l’assassin et il essaye de le disculper. Mais Poirot a-t-il une idée derrière la tête?…

la_mysterieuse_affaire_de_stylesCritique :

Alors que je suis capable de me souvenir des coupables dans certains romans d’Hercule Poirot, ici, c’était le trou noir complet, j’avais tout oublié !

Pire, dans mes souvenirs, je pensais que la personne à qui l’on faisait boire le bouillon de 11h, était un vieil homme et que l’astuce était l’utilisation d’un… Hop, hop, hop, je ne vous dirai plus rien parce que je ne vais pas divulgâcher et pire, si ça se trouve, j’ai fait un bouillon avec plusieurs romans.

Lorsque Bianca m’a proposé cette LC, je n’ai pas hésité longtemps et j’ai dit « Voui » (Rabbi Jacob, sors de ma tête). Mon seul problème était que je m’étais remis cette enquête en mémoire en regardant son adaptation télé avec le magnifique David Suchet et celle des « Petits meurtres d’Agatha Christie » et que donc, j’allais avoir zéro suspense…

Loupé, j’ai eu du suspense, j’ai hésité, j’ai pensé que ma mémoire me jouait des tours, une fois de plus, que j’avais zappé un morceau dans la série avec David Suchet ou que la version française avait peut-être plus de liberté que je ne le pensais…

Merde alors, c’est bien le talent d’Agatha Christie que de jouer avec ses lecteurs, que de s’amuser avec des illusions, des insinuations, les codes du polar, nos pensées, notre compréhension ou notre propension à ne pas voir ce qui crève pourtant les yeux.

Bordel de Dieu, je me suis laissée prendre une fois de plus ! Malgré mes ricanements en début de lecture, parce que je savais QUI était coupable, à un moment, j’ai douté de moi, de mes souvenirs et j’ai changé mon fusil d’épaule, visant un autre personnage.

Hercule Poirot ne serait pas content de moi ! Sherlock Holmes non plus… Parce que la Reine du Crime n’est pas la reine pour rien. Pour ma défense, je dirai que même Poirot a failli se faire avoir ! Bon, lui est retombé sur ses pattes de suite, là où moi je nageais en pleine purée de pois.

Anybref, si vous avez envie de vous faire entuber par autre chose que le gouvernement, quel qu’il soit, faites-vous entuber par la Reine du Crime, ça fait du bien au moral et met de bonne humeur.

Tout est sous vos yeux, mais c’est à vous de voir ! Avec elle, on ne sortira pas un personnage inconnu d’un chapeau, comme certains auteurs m’ont déjà fait le coup. Non, avec Agatha Christie, c’est cash, à vous de savoir lire et à vous de savoir observer ! Parce que bien souvent, nous voyons, mais nous n’observons pas !

Un roman policier qui se lit presque d’une traite, qui nous parle entre autre, de la société anglaise, de son racisme, de ses préjugés, de ses mœurs, de ces distinctions de classe et, last but not least, met en scène pour la première fois le détective Belge expatrié pour cause de Première Guerre Mondiale, Hercule Poirot !

Un plaisir de le relire avec Bianca, pour qui c’était sa première lecture. Comme moi, elle a adoré. Son avis est à lire ici !

Étoile 4

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°224], Le Challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°09].

Thrillers polars 03

logo-a-year-in-england-march

logo-british-mysteries-new-01

 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°2XX], Le Challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°XX].

La Chose : John Wood Campbell

Titre : La Chose

Auteur : John Wood Campbell
Édition : Le Bélial’ Une Heure Lumière (05/11/2020)
Édition Originale : Who Goes There ? (1938)
Traduction : Pierre-Paul Durastanti

Résumé :
En Antarctique, quelque part.

Enfoui sous la glace, aux abord d’un artefact aux allures de vaisseau spatial, des scientifiques découvrent un corps congelé — gisant là, sans doute, depuis des millions d’années. Un corps résolument inhumain.

Résolument… autre. Le choix est alors fait de ramener la stupéfiante découverte à la station pour étude.

Doucement, la gangue de glace autour de la créature commence à fondre, libérant peu à peu cette totale étrangeté à l’aspect terrifiant. Et les questions de traverser l’équipe de chercheurs : qu’est-ce que cette chose ?

Comment est-elle arrivée là ? Et après tout, est-elle seulement morte ? N’ont-ils pas mis au jour la plus épouvantable des abominations — une horreur proprement cosmique ?

Récit haletant paru en 1938, proposé ici dans une nouvelle traduction, La Chose est un immense classique de la science-fiction mondiale.

Porté à l’écran à trois reprises, ce court roman pose les bases du récit de SF horrifique.

Critique :
Antarctique… On se les gèle par -51° et vous avez intérêt à enfiler une parka super chaude pour aller vous balader sur la banquise…

Moi, je suis frileuse, alors je vais rester bien au chaud dans la base, à côté des poêles à charbon, na !

Fait chier ! J’étais tranquille, j’étais pénard, accoudé au comptoir (chante) et voilà qu’on découvre une sorte de vaisseau spatial avec, à son bord, non pas le bel Albator, mais une créature possédant des tentacules et plus congelée qu’Hibernatus lui-même !

Décongeler Hibernatus était amusant et j’avais bien ri, ici, j’ai flippé grave ma race ! Cette Chose non humaine est prise dans les glace depuis 20 millions d’années et un crétin de l’équipe pense qu’il est bon de la décongeler pour l’étudier… L’enfoiré !

Fait chier mec ! Voilà maintenant qu’à cause de lui, je suis planquée dans un réduit, cachée aux yeux de mes congénères dont je ne suis même pas sûre qu’ils soient encore tout à fait humains ! Ne jamais décongeler une créature non humaine, JAMAIS.

Oui, c’est comme Gizmo qu’il ne faut jamais nourrir après minuit sous peine de le transformer en méchant Gremlins, ne pas exposer à une lumière vive ou à la lumière du soleil et ne pas le mouiller, sous peine de le voir se multiplier. JAMAIS !!

Tous les chiens sont morts, contaminé par la bestiole, les vaches ont dépéris, tout le personnel de la base se regarde avec suspicion, sans savoir qui a été infecté par la Chose, sans savoir qui est encore humain et qui ne l’est plu… Psychologiquement, ça te fout en l’air l’amitié, la confiance et te donne un niveau de stresse rarement égalé.

De plus, si ça se trouve, même moi, au fond de mon placard sous l’escalier, je pourrais être contaminée par la Chose sans le savoir.

Tout le monde est devenu parano dans la base, tout le monde se regarde en chien de faïence, l’un chante des psaumes religieux et j’ai envie de le tuer, un autre a été isolé, avant qu’il n’ait envie de tous nous liquider, comme on fait avec ceux victime de fièvre aphteuse (ne pas confondre avec la fièvre acheteuse).

Bref, j’ai le trouillomètre à moins 50, peur de tout le monde, peur de moi-même, peur que mes mes connaissances intellectuelles ne me poussent à me considérer plus intelligente que les autres et ne me poussent à des déductions erronées, vu qu’on ne sait rien de cette Chose et de son métabolisme.

Dommage que Sherlock Holmes ne soit pas présent pour cette enquête de « Qui est contaminé par la Chose ? » car son fameux précipité qui pouvait dire si les traces de sang étaient humaines ou animales nous auraient aidé à aller plus vite sans devoir utiliser l’ancienne méthode du sang de lapin…

J’entends des bruits de pas, des coups, des cavalcades, l’aiguillon de boeuf a parlé, le sang coule, les collègues parlent plus fort… Il se passe des trucs graves à cause de cette Chose et moi-même je sens l’angoisse monter de plus en plus, ma tension devenir folle et mon coeur battre de plus en plus vite, mes mains devenir moites.

Cette transmission s’arrêtera là, faut que j’aille voir ce qu’il se passe, faut que je sorte de ce trou et que j’aille affronter les autres, humains ou Choses. Cette attente n’est plus possible.

N’oubliez pas : faut pas dégeler un truc qui dort dans la glace depuis des millions d’années, ce n’est pas bon !! Recongelez-le de suite, si vous pouvez !!!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°136].

Un autre tambour : William Melvin Kelley

Titre : Un autre tambour

Auteur : William Melvin Kelley
Édition : Delcourt (2019) / 10/18 (2020)
Édition Originale : A Different Drummer (1965)
Traduction : Lisa Rosenbaum

Résumé :
Du jour au lendemain, les résidents noirs d’une petite ville imaginaire d’un État du Sud désertent, à la suite de l’acte de protestation d’un jeune fermier, descendant d’esclave.

Juin 1957. Sutton, petite ville tranquille d’un état imaginaire entre le Mississippi et l’Alabama. Un après-midi, Tucker Caliban, un jeune fermier noir, recouvre de sel son champ, abat sa vache et son cheval, met le feu à sa maison, et quitte la ville.

Le jour suivant, toute la population noire de Sutton déserte la ville à son tour.

Quel sens donner à cet exode spontané ? Quelles conséquences pour la ville, soudain vidée d’un tiers de ses habitants ?

L’histoire est racontée par ceux qui restent : les Blancs. Des enfants, hommes et femmes, libéraux ou conservateurs, bigots ou sympathisants.

En multipliant et décalant les points de vue, Kelley pose de façon inédite (et incroyablement gonflée pour l’époque) la « question raciale ».

Un roman choc, tant par sa qualité littéraire que sa vision politique.

Critique :
Certains suivent la musique, quelque soit le rythme, le tempo, que l’air leur plaise ou pas et d’autres entendent un autre tambour et suivent cette musique qui résonne au plus profond d’eux-mêmes.

Quand un homme ne marche pas du même pas que ses compagnons, c’est peut-être parce qu’il entend battre un autre tambour.
Qu’il accorde donc ses pas à la musique qu’il entend, quelle qu’en soit la mesure ou l’éloignement. 

Ne cherchez pas la petite ville de Sutton, sachez juste qu’elle est nichée dans le Sud Profond, que nous sommes en 1957 et que la ségrégation raciale n’est pas considérée comme un gros mot chez ces Blancs.

D’ailleurs, les Blancs racontent encore la légende de cet esclave Noir qui refusa de se soumettre et qui en fit voir de toutes les couleurs à l’homme qui l’acheta.

Au fait, ils ne travaillent pas tous ces hommes Blancs qui se rassemblent pour discuter sous le porche d’une véranda ?

Tucker Caliban, descendant de cet esclave qui ne se soumit qu’après une longue cavale semble avoir entendu le son d’une autre musique car il décide de saler son champ, de tuer ses deux bêtes, de foutre le feu à sa maison et de foutre le camp.

Consternation et stupeur chez nos WASP qui discutent ferment sur le perron de la véranda. Le lendemain, c’est toute la population Noire qui fiche le camp de Sutton…

Ce roman choral nous offrira différents points de vue des Blancs et nous en apprendra un peu plus sur les moeurs de la petite ville de Sutton. Rassurez-vous, pas de violences physiques faites à la population Noire, juste de la ségrégation ordinaire, tellement ordinaire que les Blancs ne s’en rendent pas compte. Mais le mal est là et les blessures toujours à vif.

Ceci n’est pas un énième livre sur le racisme et la ségrégation, il est plus que ça… Il prend le problème par un autre côté en nous contant la fable de l’exode massif d’une partie de la population d’une petite ville, du jour au lendemain, et de ces Blancs qui ne comprennent pas le pourquoi.

Paru en 1962 aux États-Unis, ce roman n’a pas vieilli puisque certaines personnes voudraient en voir détaler d’autres et vous savez comme qu’au moindre problème de société, les « qu’ils rentrent dans leur pays » fusent un peu partout (mais comment rentrer dans son pays quand on y est déjà ??).

Une prof que je détestais avait dit une chose intelligente que je n’ai jamais oubliée au sujet des étrangers : ce sont avant tout des consommateurs !! En plus de faire les sales boulots qu’on ne veut plus faire, ils consomment et font tourner les magasins, donc l’économie.

L’épicier Noir de Sutton est parti, les Blancs crient hourra car ainsi, l’autre épicier, le Blanc, aura plus de clients… Mais non crétin puisque un tiers de ta population de consommateurs s’en vont avec lui.

L’un ou l’autre personnage Blanc sera un peu plus éclairé que les autres, mais sa voix se perdra dans la cacophonie des langues de putes des autres. Que l’on soit en 1957 ou en 2020 ne changent rien, les cerveaux n’ont pas reçu la lumière.

Le final de ce roman engagé est tout simplement bouleversant…

Un roman fort, un roman coup de poing écrit par un auteur Noir très jeune, qui fut salué lors de la parution de son roman puis a sombré dans l’oubli. Heureusement qu’on l’a traduit et publié en France car il vaut vraiment la peine qu’on le lise.

PS : en espérant qu’on n’intente pas un procès post-mortem à l’auteur parce qu’il s’est mis dans la peau de Blancs alors qu’il était Noir… Vu comment les mentalités tournent ces derniers temps, je suis souvent étonnée de l’imbécillité de certains, de leur culot, de leur audace et me demande encore pourquoi on les laisse faire…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°96].

The Big Sky – Tome 1 – La Captive aux yeux clairs : Alfred Bertram Guthrie

Titre : The Big Sky – Tome 1 – La Captive aux yeux clairs

Auteur : Alfred Bertram Guthrie
Éditions : Actes Sud L’Ouest, le vrai (2014) / Babel (2016)
Édition Originale : The Big Sky (1947)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
En 1832, Boone Caudill et ses amis trappeurs rejoignent une expédition vers le Haut-Missouri, vaste région sauvage où vivent les Indiens Blackfeet.

Teal Eye, une jeune Blackfoot, fait partie du voyage. Va-t-elle pouvoir servir de “cadeau” pour les Indiens qui défendent farouchement leur territoire ?

Critique :
La conquête de l’Ouest comme si nous y étions, mais au lieu d’aller de l’Est en Ouest en chariot et de faire le cercle lors des attaques, on va voguer sur le Missouri.

Nous sommes en 1830, toujours avec des fusils à silex, les six-coups qui peuplent nos films western ne sont pas encore inventés.

Le territoire est dangereux, peuplés d’Indiens, de bisons, de castors…

Les paysages sont décrits de façon majestueuse et mon seul regret sera de ne pas les voir en vrai, tant l’auteur les décrit avec force et passion. Mon imagination a fait le travail.

Chez Guthrie, tout est fait avec justesse, sans dichotomie aucune entre les pionniers qui seraient tous gentils et les Indiens tous méchants. Non, non, avec l’auteur, on ne mange pas de ce pain-là et tout est réaliste dans les portraits de chacun qu’il dresse avec finesse.

Je suis juste restée étonnée que les Indiens, dans le roman, ne se soient pas plus inquiétés que ça des massacres de bisons que l’on accomplissait déjà à cette époque. Pensaient-ils aussi que les bisons étaient inépuisables et que l’on pouvait en décimer des tonnes sans que cela ait un impact dans le futur ?

Anybref, dans ce roman dense, l’auteur fait parler sa plume comme d’autres font parler la poudre : ça claque. Les paysages sont grandioses, bien décrits, les trappeurs sont sauvages comme le gibier qu’ils chassent, tout le monde pue le chacal mouillé, les territoires Indiens ne sont pas encore envahis comme ils le seront ensuite…

Comme Boone, on s’en désole à l’avance, on a le coeur serré. C’est la fin d’une époque, le début d’une nouvelle ère et les colons sont tout fous à l’idée de prendre et d’exploiter à mort ces territoires sauvages sur lesquels les Indiens vivent et se déplacent.

Ça commence à sentir mauvais pour les prochaines années…

Un grand roman sur la conquête de l’Ouest où tout est authentique.

Le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

La vallée des poupées : Jacqueline Susan [LC avec Bianca]

Titre : La vallée des poupées

Auteur : Jacqueline Susan
Éditions : Presses de la cité (2014) / 10/18 (2016)
Édition Originale : Valley of the Dolls (1966)
Traduction : Michèle Lévy-Bram

Résumé :
1945. Anne Welles quitte sa famille et son fiancé de Nouvelle-Angleterre pour débarquer à New York, la tête pleine de rêves et de gloire.

Elle y devient secrétaire d’un avocat spécialisé dans le théâtre et fait la connaissance de deux autres jeunes femmes qui prévoient de faire carrière dans le monde du spectacle: l’ambitieuse et prometteuse Neelly O’Hara et la très belle mais peu talentueuse Jennifer North.

Des bureaux d’agents d’artistes aux coulisses de Broadway, des plateaux d’Hollywood aux premières émissions TV, le roman suit leur ascension (et chute) respective, au rythme de leurs rencontres plus ou moins heureuses, carrière, amitié, amours bien sûr et autres trahisons et désillusions…

Critique :
Dallas était un univers impitoyable ♪ mais Broadway et New-York aussi !

Bienvenue dans le monde du show-bizz des années 45 à 65. Bienvenue dans un panier de crabes où tout les coups de putes sont permis.

Bienvenue dans ce qui ressemble souvent à un règlement de compte à O.K Corral mais en version plus perfide car ici, on peut tirer dans le dos.

Si vous voulez vous changer les idées et lire un truc gentillet, va falloir choisir un autre roman si vous ne voulez pas finir en dépression devant tant de perfidie, de saloperie, d’exploitation de la Femme par l’Homme.

Attention, ne pensez pas que les poupées du titres sont les jolies jeunes filles de la couverture ! Le docteur House était accro à la Vicodine et ici, les pilules qui font dormir, maigrir, rendent heureuses, les filles les appellent les poupées. Il y en a de toutes les couleurs, comme les Dragibus, mais avec elles, vous risquez bien plus que des caries (l’addiction est la même, par contre).

Après la Seconde Guerre Mondiale, les femmes rêvent de liberté, de se prendre en main, de mener une carrière artistique. Hélas, les hommes sont toujours paternalistes ou bien coureurs de jupons ou pensant que la place de la femme est au foyer, avec des marmots dans les pattes.

À 18 ans Ann a quitté sa province, bien décidée à empoigner la vie. Neelly rêve de gloire aussi, dans la même pension d’Ann et ensemble, elle croiseront la route de Jennifer. Toutes les trois ont les mêmes aspirations ou presque.

Faut pas croire que ce roman ressemble à une série américaine neuneu faite pour les ménagères de plus de 50 ans ou les bobonnes. Le scénario vole bien plus haut que les débilités au long cours que sont certaines séries. C’est Amour, Gloire et Beauté mais en version plus trash et cynique. C’est l’envers du décor du show-bizz et il n’est pas beau à voir.

Le pire, c’est que les horreurs et coups bas qui avaient lieu en 1945 ont toujours lieu maintenant, à quelques différences près (les réseaux sociaux et des nouvelles drogues en plus). L’univers du show-bizz est toujours plus impitoyable que celui de Dallas (vous l’avez en tête, le générique ???)…

Mes bémols iront à des personnages qui m’ont parfois un peu déçus dans leur comportement, qui auront manqué de courage, de reconnaissance.

Le beau Lyon est un coureur de jupons qui prend des excuses débiles pour ne pas se fixer (des claques !) ; Ann qui nous la joue midinette à 18 ans, je comprends, mais pas 18 ans après, surtout auprès d’un homme qui est resté des années silencieux et qui l’avait plaqué comme une vieille chaussette puante et Neelly qui ne se comportera pas comme une amie sur la fin du roman.

Toutes les femmes de ce roman avaient des rêves de gloire, d’amour et de beauté éternelle. Une soif éperdue de succès, de reconnaissance, de public en liesse. L’argent est facile à faire mais il part encore plus vite qu’une baignoire qui fuit dans un problème de math.

Un très bon roman sur l’envers du décor qui est bien plus sombre que celui qu’on nous montre habituellement, rempli de paillettes, de sourires Pepso Dent, de cirage de pompes et de main amicale dans le dos. Ne vous fiez pas au apparences, tout est faux.

En tout cas, je remercie Bianca de m’avoir proposé ce roman en LC parce que sans sa proposition (et la présence du roman chez mon bouquiniste préféré), jamais je n’aurais lu ce roman.

Nous avons toutes deux passé un bon moment lecture, avons ressenti les mêmes choses et trouvé aussi que certains personnages méritaient des claques !

Le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Sanctuaire : William Faulkner

Titre : Sanctuaire

Auteur : William Faulkner
Édition : Folio (2007)
Édition Originale : Sanctuary (1931)
Traduction : René-Noël Raimbault

Résumé :
C’est Sanctuaire qui valut à Faulkner sa réputation d’auteur ténébreux et scandaleux. L’écrivain n’a-t-il pas tenu à inventer, selon son expression, « l’histoire la plus effroyable qu’on puisse imaginer »?

En réalité, il s’est inspiré d’un fait divers, survenu dans un night-club de la Nouvelle-Orléans : le viol d’une jeune fille avec un « objet bizarre », devenu un épi de maïs dans le roman, suivi d’une étrange séquestration.

Dans un climat de violence, de bassesse et de corruption, remarquablement diffus et persistant, la jeune fille subit une sorte d’initiation au mal, à travers laquelle Faulkner livre son interrogation sur l’homme, avant de l’élargir et de la faire porter sur la société tout entière.

Sanctuaire, septième roman de Faulkner, est aussi son récit le plus direct. Paru la même année que La Clé de verre et un an après Le Faucon maltais, les deux chefs-d’oeuvre de Dashiell Hammett, ce roman noir est un des précurseurs du hard-boiled novel, auquel Hammett, Raymond Chandler ou James Cain donnèrent ses lettres de noblesse.

Critique :
Faulkner disait de ce roman que c’était « l’histoire la plus effroyable qu’on puisse imaginer ».

De son côté, Malraux a dit que ce roman symbolisait « l’intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier ».

Pendant ce temps-là, dans ce roman noir très sombre, un homme introduisait un épis de maïs dans le… d’une femme, et sans son consentement.

Tandis que j’agonise… Voici le résumé de ce que j’ai ressenti en lisant ce Faulkner où j’ai pataugé, peiné, perdu mon chemin, sué, avant de crier grâce et d’implorer la fin de mon calvaire.

Lorsque j’avais lu « Tandis que j’agonise » l’année dernière (septembre 2019), j’avais eu un peu de mal au départ mais ensuite, le récit s’était révélé à moi et ça avait explosé en émotions en tout genre, même si on pataugeait dans le noir glauque, super glauque.

Ici, on franchi un autre palier, on descend dans un autre cercle de l’enfer (le 9ème sans aucun doute) et le café est tellement noir épais que la cuillère s’est perdue, que la cuillère s’est pendue, comme le canal dans la chanson de Jacques Brel (Le plat pays qui est le mien).

Le récit est lent, très lent et je n’ai jamais réussi à rentrer dedans, comme si je n’avais pas le bon code, comme si mon esprit n’avait pas envie de lire ÇA maintenant et tandis que j’essayais de me concentrer sur les lettres qui forment des phrases, mon esprit battait la campagne.

Autant je n’ai aucun mal avec les romans de Erskine Caldwell qui lui aussi met en scène des personnages glauques et déjantés dans le Sud profond où la misère est reine et où les paumés sont rois, autant ici j’aurai pu creuser les pages jusqu’après ma mort pour espérer découvrir l’or et la lumière cachées par Faulkner dans son récit.

On appelle ça passer à côté d’un roman, c’était un passage royal, un plantage monumental et le roman est retourné sagement à sa place dans l’étagère. Ne voulant pas rester sur une chute, je reprendrai un autre Faulkner et celui-ci, j’essaierai une autre fois, car le but du jeu n’était pas de louper ma lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°60] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

L’aventurier du Rio Grande : Tom Lea

Titre : L’aventurier du Rio Grande

Auteur : Tom Lea
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (10/06/2015)
Édition Originale : The Wonderful Country (1952)
Traduction : Arthur Lochmann

Résumé :
Martin Brady, jeune Américain, se cache depuis son adolescence au Mexique après avoir tué l’assassin de son père.

Pistolero au service de deux frères mexicains riches et voyous, sa vie bascule quand une blessure le retient à Puerto, ville américaine (Texas) jouxtant le Mexique.

Au moment où les luttes de pouvoir des deux côtés de la frontière se déchaîneront, Brady, éternel étranger, sera tiraillé entre les belligérants et aura des décisions importantes à prendre.

Un roman juste, quasi historique sur les deux cultures qui s’affrontent, riche en suspens et en émotion, mais aussi enchanteur par ses descriptions de paysages époustouflants.

Critique :
Martin Brady est un déraciné, étranger au Mexique et étranger aux États-Unis. Toujours le cul entre deux chaises, sans vraiment savoir où est son peuple et où se trouve sa terre.

Martin est un Américain, pourtant, mais après la mort de son père, il est passé au Mexique  car il avait été recueilli par une famille là-bas.

Après 14 ans passé au Mexique, il a tout d’un homme de là-bas et au départ, les Américains le prennent pour un mexicain.

Pour sa part, Martin Brady n’était pas certain d’avoir envie de voir des gringos. Mais il savait qu’il en verrait ce jour-là. Tout au long de cette remontée vers le nord, vingt-six jours de route avec les bœufs et le lourd minerai – et bien avant encore –, il avait pensé au moment où il se retrouverait à nouveau de l’autre côté du fleuve. Il y avait pensé pendant des années. Quand le patrón lui avait dit d’emmener le minerai dans le Nord, il n’avait pas renâclé. Il voulait savoir à quoi ça ressemblait. Maintenant, il y était presque.

Ce roman alterne les moments calmes, propices à notre Martin Brady pour se livrer à de l’introspection (il vient de se casser la jambe) et des moments Aventures avec un grand A.

Cherchant une paix intérieure qu’il ne trouve pas, notre homme, à la fois peone, pistoleros, vacher, vaquero, cow-boys, homme à tout faire pour le clan des Castro (Cipriano & Marcos), notre hombre offre son amitié et ses états d’âme à son bel étalon noir andalou, Làgrimas (« Larme » en mexicain).

Tom Lea nous décrit superbement bien ces terres où le vent souffle, charriant de la poussière et du sable, ces terres hostiles, désertiques, où les Apaches font des incursions meurtrières.

Les paysages, tels qu’il les décrit, donnent la sensation au lecteur d’y être et de chevaucher au côté des Tuniques Bleues ou de notre pistoleros qui a tout du ténébreux sans pour autant être une brute sanguinaire assoiffée de sang.

Une heure avant le jour, le vent se leva et balaya le désert, déplaçant le sable, changeant les formes des dunes sous les sombres mesquites. Il soufflait sur les plateaux nus, depuis les derniers rochers au sommet des montagnes jusqu’au fleuve qui, dans le fond du désert, s’écoulait vers le sud par un col dont les flancs à pic enserraient son cours. Sous le col, le vent suivait l’eau jusque dans une vallée où il rencontrait les habitations d’une ville isolée qui dormait encore entre les arbres et les champs labourés.

Pour nous parler de la politique, qu’elle soit du côté des Américains ou des Mexicains, l’auteur donne la parole à des personnages secondaires, des piliers de bar, des alcooliques, des gens pratiquant la radio cancan, des militaires, des paysans ou des éleveurs.

Tout était dit, il n’en fallait pas plus pour comprendre le bordel qu’il y avait au Mexique avec la prise de pouvoir des Castro brothers. Heu, des Castro hermanos !

Ce western est lent, presque paresseux dans sa première partie, et pourtant, je n’ai pas ressenti de l’ennui tant le panel des personnages était large, bien fait, apportant chacun une pierre à l’édifice de cette petite ville frontalière qu’est Puerto, nous la faisant vivre de l’intérieur comme si nous étions.

Ce western se déguste lentement, sans précipitations, car il nous montre un homme tiraillé entre deux cultures, entre deux peuples, un homme qui a bossé pour les mauvaises personnes, qui aimerait se poser un peu et quand enfin ça arrive, bardaf, il doit repartir sur les routes car tel est son devoir.

Un western assez introspectif dans sa première partie, un personnage principal tourmenté, attachant, sympathique, déraciné, un homme de parole et d’honneur qui ne sait pas encore où est sa place, qui est à la recherche d’une certaine paix intérieure et qui nous fait voir son monde, des deux côtés de la frontière, à travers de son regard désabusé.

Pour se coucher moins bête : Ce roman a été adapté au cinéma (1959) par Robert Parrish, avec Robert Mitchum dans le rôle titre. Il n’avait pas été épargné par les critiques et le réalisateur avait ajouté une histoire d’amour dans le film.

PS : par contre, monsieur Tom Lea, il y a une chose dont vous auriez pu m’épargner à la fin de votre beau western… Désolé, mais ÇA NE SE FAIT PAS !!!! (j’en pleure encore). Si vous n’étiez déjà point décédé, vous auriez fini sur ma kill-list avec les Norek, Minier et autres auteurs qui…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°51], le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°28].

 

Dylan Stark – Tome 12 – La peau du nègre : Pierre Pelot

Titre : Dylan Stark – Tome 12 – La peau du nègre

Auteur : Pierre Pelot
Éditions : Casterman (1992)

Résumé :
La tenancière du saloon d’un village d’Alabama a été tuée. Un noir s’enfuit et devient le suspect n° 1.

Sur cette terre sudiste, seuls les blancs ont le droit de vivre en paix : alors va s’engager une chasse au nègre sans merci à laquelle sera mêlé, involontairement, Dylan Stark, le métis…

Critique :
Cela faisait des décennies que je n’avais plus relu un Dylan Stark…

Possédant les deux intégrales, je les avais lues à une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.

Pour ceux ou celles qui ne connaissent pas Dylan, sachez qu’il est métis Français-Cherokee né dans le Sud et ayant participé à la guerre de Sécession dans le camp des Sudistes, à contre-coeur.

Sachez que dans les intégrales, ses aventures ne sont pas toujours publiées dans l’ordre.

Ce petit roman western se consacre à une page sombre de l’Histoire des États-Unis, à savoir la ségrégation raciale.

Nous sommes quelques années après la fin de la guerre de Sécession, en Alabama et la-bas, on n’aime pas les Noirs, ils n’ont aucun droit et en tuer un n’entraînera pas une peine de prison.

Donc, que les esprits étriqués sachent avant de lire ce petit roman que vu l’époque, les personnages de ce récit utilisent des mots horribles tels que nègre, singe, charbon ou bois-brûlé pour les métis.

Ces termes dégradants, je ne les aime pas, je ne les cautionne pas, mais ce serait un anachronisme si, dans un roman dont l’action se déroule vers 1867/1868 et dans le Sud profond, d’entendre parler de droits civiques, de personnes de couleurs ou de Noirs, le tout prononcé avec respect.

Une femme est morte et on accuse un Noir d’être l’auteur de ce meurtre. Alors que personne n’a rien vu car arrivé après les faits, que la seule femme qui a vu un peu n’est pas fiable car elle change son témoignage comme moi de chemise, le shérif réuni un posse et enrôle des hommes pour se lancer à la poursuite du coupable tout désigné : un homme noir.

Les personnages sont esquissés assez vite, ce n’est pas dans ce récit que vous apprendrez à connaître mieux Dylan, mais plusieurs portraits sont réunis dans la troupe qui se lance à la poursuite du présumé coupable.

L’inconvénient de ce petit récit, c’est qu’il est trop court pour permettre à l’auteur de développer toutes les subtilités des esprits qui s’échauffent lors d’une poursuite avec un posse. C’était mieux traité dans « Un étrange incident » (qui était plus long).

On a beau être dans de la littérature jeunesse, l’auteur ne prend pas ses lecteurs pour des branquignoles et insuffle, aux personnages principaux, une morale qui peut vaciller à tout moment, du réalisme dans leurs actions, dans leurs prises de décisions, qu’elles soient contraintes ou forcées, justes ou injustes, bienveillantes ou malveillantes, sachant que ce qui est intelligent maintenant peut se révéler stupide plus tard.

Ce roman aurait été plus savoureux s’il avait été plus long, si l’auteur avait pu développer un peu plus son récit. Ici, on a l’impression que tout va trop vite.

Malgré tout, renouer avec les aventures de Dylan Stark était plaisant, même si le récit est plus tragique qu’autre chose.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°34].

Crack, chien patagon : Georges Catelin

Titre : Crack, chien patagon

Auteur : Georges Catelin
Édition : G.P. Rouge et Or Souveraine (1959)

Résumé :
Des quatre chiots de Néna, la chienne de Pédro Gomez, un seul survécut. Frisé du museau jusqu’au bout des pattes, son petit ventre ballonné traînant par terre, il ressemblait à un jouet d’enfant.

Mais voilà, Crack n’était pas un chien ordinaire. Né dans un chenil de Patagonie, il appartenait à la race magnifique des chiens de berger, ces auxiliaires indispensables des ovejeros, bergers cavaliers qui, à la tête de troupeaux considérables, parcourent en toutes saisons l’immense pampa du Sud-Argentin.

Dès sa naissance, nous suivons Crack à travers les déboires et les succès de son dressage, puis tout au long des folles aventures qu’il court, en compagnie des gauchos, durant sa rude vie nomade, à travers des plaines sans fin au climat rigoureux.

Intelligent, courageux, docile, Crack se signale bien vite à l’attention de son maître, dont il partagera désormais tous les dangers.

À plusieurs reprises, même, il lui sauvera la vie, avec ce courage simple qui caractérise la famille canine et qui la rend si attachante, si digne de l’amitié de l’homme.

Critique :
Comme j’avais une envie folle d’enfourcher un cheval et de partir ailleurs, j’ai choisi ce petit livre tout abîmé que j’avais trouvé dans un rayon perdu d’une bouquinerie.

Direction l’Argentine et plus spécialement la Patagonie.

Non, pas celle de Florent Pagny mais plutôt celle des grandes étendues sauvages parcourue par des moutons et des ovejeros (nom donné au berger qui, à cheval, parcourt la pampa et rassemble les troupeaux).

À cheval, donc ! On rassemble les moutons à l’aide des chiens, on dort à la belle étoile, on bosse fort, on trime dur, les hivers sont rudes, rempli de neige et les moutons restent dehors !

Non, la vie n’est pas facile dans la pampa, mais Gomez ne se plaint pas, il a ses chevaux et des chiens, dont le chiot Crack à qui il va arriver bien des aventures.

L’originalité tient dans le fait que l’histoire nous est racontée parfois du point de vue du chien, comme si le narrateur savait tout des pensées de l’animal et qu’il nous les contait.

Pour le reste, la narrateur omniscient reste la norme et j’avais l’impression qu’on me racontait une histoire avant d’aller dormir, mais de celles qui ne font pas dormir les enfants sages car le rythme est toujours maintenu et les petites histoires s’enchaînent sans que nous ayons le temps de respirer, sans pour autant virer à 24h chrono.

Il y a du rythme, des aventures, de l’action, des chevauchées à la recherche des moutons perdus, à rassembler, des chiens à dresser à coup de fouet… Oui, là, les ovejeros ne s’embarrassent pas des droits des animaux, les chevaux, les chiens sont traités à la dure, mais les hommes aussi…

Crack est un chien qui apprend de ses erreurs, de ses conneries, de sa curiosité mal placée, de son maître, des autres chiens. Je rassure tout le monde, Crack étant le héros de ces pages, il lui arrivera bien des misères mais il y survit (j’avais vérifié avant de le commencer, namhého !). Par contre, bien des animaux vont périr dans la pampa et dans son climat peu amène.

Un chouette petit livre qui pourrait plaire aux enfants comme aux adultes à la recherche d’un petit moment de détente après un roman noir et violent, comme par exemple un qui parlerait du gang Mara Salvatrucha 13…

Ça ne révolutionnera pas la littérature, loin de là, mais c’est très agréable à lire, les pages se tournent toutes seules et c’est terriblement addict car je ne voulais pas le lâcher avant de l’avoir terminé.

et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 02] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°04].