Elle n’en pense pas un mot – Alan Grant 03 : Josephine Tey

Titre : Elle n’en pense pas un mot – Alan Grant 03

Auteur : Josephine Tey
Édition : 10/18 Grands détectives (2015)
Édition Originale : The Franchise Affair (1948)
Traduction : Natalie Beunat

Résumé :
Surrey, 1948. L’inspecteur Grant est dépêché par Scotland Yard à Milford pour aider la police locale à démêler une sombre histoire de kidnapping. Marion Sharpe et sa mère sont accusées d’avoir enlevé et battu Betty Kane, une orpheline de guerre de 16 ans.

Pour assurer leur défense, les Sharpe font bientôt appel à l’avocat Robert Blair qui, bien qu’étranger d’ordinaire aux affaires criminelles, accepte de leur venir en aide, ce qui ne va pas sans causer quelques frictions avec la police pendant l’enquête et le procès.

Avec son regard franc, son maintien si réservé, la fraîcheur de ses seize ans, Betty est l’image même de l’adolescente sympathique, sans défense. Pas un jury au monde ne songera à mettre en doute ses effroyables accusations, pas un journal n’hésitera à publier sa photo en première page.

Et pourtant Robert Blair sait qu’il se trouve en face d’une sale petite menteuse.

Mais comment le prouver ? Il a tout retourné sans trouver le moindre indice. Il doit pourtant y avoir une faille dans cette cuirasse de mensonges. Le tout est de la découvrir avant que ne s’ouvre le procès.

Critique :
Les accusations graves, lorsqu’elles sont proférées par une jeune fille qui a tout d’une Bernadette Soubirous, sont les plus difficiles à réfuter, surtout lorsque, face à cette innocente jeune fille, se trouvent deux dames vivant seules et que tout le monde appellent « sorcières ».

Nous sommes en 1948, Internet n’existe pas, les réseaux sociaux tels que nous les connaissons non plus, et pourtant, il existe des armes aussi puissantes : les journaux à ragots, les cafés du commerce, la médisance, radio langues de vipères et effet de meute. Oui, certaines existent toujours.

Comme se défendre face à des accusations graves de kidnapping et de mauvais traitements ? Que faire face à une jeune fille qui a tout d’une innocente, orpheline de guerre, à qui on donnerait le bon Dieu sans confession ?

Comment arriver à vivre normalement lorsque la presse de caniveau vous fait un procès à charge ? Comment prouver votre bonne foi, votre innocence, lorsque tout semble se liguer contre vous ?

Si vous êtes à la recherche d’un polar qui pulse, il faudra lire autre chose. Ce polar va à son rythme, il est assez lent, puisque l’enquêteur sera Robert Blair, l’avoué de miss Marion Sharpe, un avocat qui ne s’est jamais occupé de droit criminel et qui va, patiemment, tenter de trouver où se trouve la couille dans le potage.

Pour lui, Betty Kane, l’accusatrice, ment comme un arracheur de dents, mais comment le prouver ?

L’écriture de l’autrice est vieillotte (roman paru en V.O en 1948), contrairement à celle d’Agatha Christie (ceci n’est que mon avis perso), malgré tout, bien que j’ai été tentée de sauter des pages à un moment donné (on n’avançait encore moins vite), je ne l’ai pas fait, afin de ne rien rater de la campagne de misères et calomnies que la petite ville de Milford (où vivaient les dames Sharpe), a fait.

L’effet de meute, les ragots, les gens qui jugent et condamnent sans savoir… Tout cela est vieux comme le Monde et toujours contemporain. On se dit que même si ces dames sont acquittées par le tribunal, leur vie sera irrémédiablement fichue.

Le côté psychologique est bien traité, on se demande tout de même qui ment dans cette affaire, même si, sans trop se forcer, notre sympathie va de suite à la fille Sharpe et à sa mère, les deux accusées. L’autrice ne laisse planer aucun doute, tout son récit est tourné vers le fait qu’il faut innocenter les Sharpe.

Le procès n’est pas long et bien mené (je le signale pour les allergiques à la chose), une fois un détail capital porté à la connaissance d’une des parties.

L’inspecteur Allan Grant n’est pas l’enquêteur principal, comme dans les autres romans de cette série, mais j’ai apprécié le personnage de Robert Blair, bien qu’il soit un peu caricatural dans le rôle du chevalier au grand cœur, volant au secours de deux dames dont le seul tort est de vivre recluses. Il n’est pas le seul à être stéréotypés, malgré tout, dans l’ensemble, cela passe tout seul.

Vous l’aurez compris, rien de transcendantal dans ce policier, rien de trépident et pourtant, cela reste un moment de lecture agréable, sans prise de tête, à lire entre deux romans plus puissants.

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°229] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

 

La grande peste de Londres : Rosemary Weir

Titre : La grande peste de Londres

Auteur : Rosemary Weir
Édition : G.P. Spirale (1969)
Édition Originale : The star and the flame (1964)
Traduction : Sylvette Brisson-Lamy

Résumé :
Un cri de chouette retentit dans la nuit profonde. Un bateau s’approche sans bruit d’une maison, sur le pont de Londres, dont la porte est marquée d’une croix. La silhouette menue d’un garçon apparaît à la fenêtre et descend lentement, le long d’une corde…

Que se passe-t-il donc ?

La peste ravage Londres. Mr. Wright, le père de Tom, a décidé d’éloigner son fils, le terrible mal ayant déjà frappé sa petite fille. Il est obligé d’agir secrètement, car sa maison est condamnée. Tom doit retrouver à la campagne ses grands-parents qu’il ne connaît pas, ceux-ci n’ayant jamais accepté le mariage de Mr. Wright.

Que de difficultés à vaincre pour un garçon de 13 ans, lancé dans l’aventure au XVIIe siècle, à une époque où les brigands détroussent les voyageurs !…

Critique :
Parfois, dans une caisse, au fin fond d’une bouquinerie, on trouve des vieux livres jeunesse de la collection Spirale.

Ce n’est pas le premier que je déniche et lorsque je tombe sur un titre qui pourrait m’intéresser, je lui offre une nouvelle vie en le lisant.

Bon, on ne va pas se leurrer, nous ne sommes pas dans de la grande littérature !

Dans les années 60, la littérature jeunesse n’était pas ce qu’elle est de nos jours (heu, c’est pas toujours glorieux à notre époque). Néanmoins, cette littérature n’avait pas peur de fatiguer les cerveaux avec des conjugaisons au passé simple ou à l’imparfait !

Londres, 1664… J’espère que tout le monde n’oubliera pas de renouveler sa police d’assurance incendie d’ici 2 ans.

Mais avant que Londres ne parte en fumée dans le grand incendie de 1666, il y a eu, en 1664, une comète qui passa dans le ciel, annonciatrice d’emmerdements à venir et en1665, la peste fit son grand retour triomphal. Elle faucha plus de 75.000 personnes.

Tom Wright, notre jeune futur héros, est un gamin de 13 ans, c’est le fils d’un apothicaire dont la boutique se trouve sur le pont de Londres. Lorsque la peste arrive, son père fait en sorte qu’il puisse s’enfuir, dans le but qu’il aille se réfugier chez son grand-père maternel.

Si vous vouliez en savoir plus sur la peste de Londres, il faudra lire un autre ouvrage, parce que dans celui-ci, vous apprendrez juste que lorsqu’une personne était atteinte (ou juste malade), on l’enfermait dans sa maison, avec toute sa famille, un garde montant la garde (ben oui) devant leur porte durant 40 jours.

Tirez votre plan si vous n’avez plus d’argent pour acheter de la bouffe et vous en faire livrer, vous mourrez de faim, si la peste, enfermée avec vous, ne vous zigouille pas avant. Violent, tout de même.

La fuite de Tom sera semée de petites embûches, mais rien de grave, comparé à ce que cela aurait pu être. Littérature jeunesse oblige, l’autrice a rendu les choses pas violentes du tout, parlant juste des gens de la campagne qui ne voulait plus voir débarquer les gens de la ville (oh, on a connu ça aussi en 2020).

Puis, comme si ça ne suffisait pas dans les emmerdements, après la peste, Londres se tapa son grand incendie dévastateur. Oui, la comète leur a porté la poisse.

L’histoire est pétrie de bonnes intentions, de non violence, juste quelques bousculades, rien de grave. C’est de la littérature bon enfant, ça se lit tout seul en quelques heures, ça fait du bien au moral et ma foi, ça ne mange pas de pain.

Rien de transcendantal, mais de la littérature que les jeunes peuvent lire sans crainte.

L’autrice aurait pu pousser plus fort les curseurs de ce que furent les conséquences de la peste, mais elle a sans doute voulu éviter de donner des cauchemars aux jeunes lecteurs des années 60. Face à ce que certains ont vécu, nous faisons pâle figure.

Une lecture jeunesse qui se lit tranquillement, sans prise de tête et que les jeunes de notre époque peuvent toujours lire.

#MoisAnglais2022

Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Tunique et masque portés par les médecins à Rome lors de la peste de 1656, gravure de Paul Fürst. Defoe n’y fait pas référence mais mentionne la « baguette rouge » portée par les agents sanitaires. Wikipedia

 

Au cœur des ténèbres / Le cœur des ténèbres : Joseph Conrad

Titre : Au cœur des ténèbres / Le cœur des ténèbres

Auteur : Joseph Conrad
Édition : Le Livre de Poche (2012)
Édition Originale : Heart of darkness (1889)
Traduction :

Résumé :
C’est une lente et funèbre progression qui mène le capitaine Marlow et son vieux rafiot rouillé, par les bras d’un tortueux fleuve-serpent, jusqu’au « cœur des ténèbres. » Kurtz l’y attend, comme une jeune fille endormie dans son château de broussailles. Ou comme Klamm, autre K., autre maître du château tout aussi ensorcelé de Kafka.

Le récit, au fil de la remontée d’un fleuve en forme de serpent, nous entraîne dans une expédition au cœur du continent africain, peuplé de combattants invisibles et de trafiquants d’ivoire rongés par la fièvre.

C’est l’un d’eux, M. Kurtz, que Marlow, le narrateur, est chargé par sa compagnie de ramener en Europe. Mais le responsable du comptoir perdu s’est « ensauvagé », et les indigènes tentent de s’opposer à son départ…

Éminemment moderne, le récit de Conrad, écrit en 1902, suscitera toutes les interprétations : violent réquisitoire contre le colonialisme, féconde représentation d’une libido tourmentée, rêverie métaphysique sur l’homme et la nature, chacun de puiser selon son désir dans ce texte d’une richesse et d’une portée sans limites. Car au bout du voyage, les ténèbres l’emportent.

L’illusion domine un monde où pulsions de mort, masques et travestissements ont stérilisé l’amour. Mais pas le rêve qui, par la magie de cette écriture inflexible, se lève et déploie ses splendeurs comme une brume aux échos incertains.

Critique :
De temps en temps, je sors des sentiers battus et je quitte mes lectures habituelles pour aller découvrir d’autres territoires littéraires.

Pour cela, le choix des libraires dans l’émission « La grande librairie » est un vivier important dans lequel je m’amuse à aller puiser. Hélas, ce n’est pas toujours le coup de cœur assuré.

Je ne tournerai pas autour du pot : ma lecture a été étrange.

Sans détester ce roman, sans jamais passer des pages, je n’ai jamais réussi à m’intégrer dans l’histoire, comme si le récit et moi avions navigué en parallèle, sans jamais nous croiser.

L’atmosphère du récit est étouffante et assez onirique. L’auteur, par le truchement de son personnage du capitaine Charles Marlow, utilise une forme de narration complexe, la rendant opaque et sans les notes en fin d’ouvrage, que j’ai consulté à chaque renvoi, j’aurais loupé une partie de ses insinuations, de ses comparaisons, de ses images.

Le récit est une charge contre la colonisation en général, même si ici elle concerne le Congo, qui, à l’époque de la publication, appartenait à Léopold II, notre ancien roi (qui ensuite se débarrassa du Congo en le donnant à la Belgique).

Par le biais d’une société belge (dont il est l’actionnaire principal), le voici donc propriétaire d’une vaste partie du territoire et il ne s’est pas privé d’en exploiter les richesses. Je n’irai pas plus loin dans les pages sombres de l’Histoire.

Le capitalisme débridé, décomplexé, c’est contre lui que Marlow mène la charge : une société peut s’accaparer tout un pays et exploiter la population, voler ses richesses, massacrer pour de l’ivoire. Non, non, rien n’a changé.

Ce qui frappe dans ce récit, c’est que l’auteur avait déjà tout compris : la civilisation n’est qu’un vernis et lorsque le vernis craque, c’est Néandertal qui apparaît (et j’insulte Néandertal). Les sauvages ne sont pas ceux que l’Homme civilisé désigne : les autres, les habitants du pays qu’ils ont colonisé.  Que nenni, les sauvages, ce sont les Hommes Blancs, même si les Africains qui peuplent ce roman se font rhabiller pour l’hiver aussi.

L’auteur a une manière bien à lui de décrire la jungle, la rendant oppressante, vivante, faisant d’elle un personnage à part entière du récit. La Nature peut nourrir, comme elle peut tuer.

Oui, le roman de Conrad est puissant, son écriture n’est pas simple, que du contraire. Le côté sombre de l’Homme est bien mis en avant dans son récit, la remontée du fleuve sinueux étant une belle représentation, jusqu’à leur arrivée au cœur des ténèbres.

Malgré tous ces points forts, malgré le fait que j’ai lu ce roman en deux jours, il me reste cette impression que je suis passée à côté, que la rencontre n’a pas eu lieu entre nous, que l’étincelle a manqué pour mettre le feu à ma lecture.

Il n’ira pas caler un meuble bancal : ce roman n’est pas mal écrit, il m’a juste été impénétrable, comme une jungle. Il aborde des thèmes forts comme le capitalisme à tout prix (quoiqu’il en coûte), le colonialisme et la folie, et ce, à une époque où le colonialisme n’était absolument pas mal vu.

Pas de chance pour ma première lecture de l’année… D’habitude, cela se termine par un coup de cœur, ce ne sera pas le cas pour ce début d’année. Pourtant, je ne regrette pas d’avoir lu ce roman.

Comme je vous l’avais dit, c’était une lecture singulière et ma chronique en est le reflet : le cul entre deux chaises.

Challenge Le tour du monde en 80 livres chez Bidb (Pays : Pologne)

Pour se coucher moins bête : Apocalypse Now est un film américain réalisé par Francis Ford Coppola, sorti en 1979. Ce film est une adaptation libre de la nouvelle « Au cœur des ténèbres » (Heart of Darkness) de Joseph Conrad, parue en 1899.

 

La Dynastie Donald Duck – Tome 1- Sur les traces de la licorne et autres histoires (1950-1951) : Carl Barks

Titre : La Dynastie Donald Duck – Tome 1- Sur les traces de la licorne et autres histoires (1950-1951)

Scénariste : Carl Barks
Dessinateur : Carl Barks

Édition : Glénat – Disney intégrale (2010)

Résumé :
Surnommé par ses fans « l’Homme des Canards », Carl Barks a inauguré tout un univers extraordinaire proposant rires et émotions à des millions de lecteurs.

Parmi les très nombreuses planches nées de son imagination, nous trouvons de véritables chefs-d’œuvre intemporels.

Pour la première fois en France avec l’Intrégrale Carl Barks, les trésors de cet auteur exceptionnel sont ici réunis de manière chronologique et complète en 24 tomes.

Critique :
Pour ceux ou celles qui ont biberonné au Journal de Mickey et autres Trésors de Picsou, Carl Barks est connu, tout aussi connu que Don Rosa.

Carl Barks, c’est celui qui a tout inventé : Oncle Picsou, les neveux de Donald, Gontran, les Rapetou, Flairsou, Gripsou… Tout l’univers de Donaldville, c’est à lui qu’on lui doit.

Gamine, j’ai toujours préféré Donald à Mickey, trouvant ce dernier trop lisse, tandis que Donald était bourré de défauts, dont celui d’être colérique.

Même ses neveux, au départ, n’étaient pas des petits anges, quant à Picsou, je l’adore pour sa pingrerie, son avarice et cette fausse impression qu’il donne de ne porter aucun intérêt à son neveu et aux neveux de celui-ci.

Agissant comme une véritable cure de jouvence, la lecture de ses histoires datant des années 50 fut un plaisir de fin gourmet. Les dessins sont comme je les aime, en ligne claire, sans surcharge, avec des couleurs simples, comme je les ai le plus souvent connu.

Les personnages sont tels que nous les connaissons : Picsou est exigeant et avare, Donald accumule les emmerdes, la malchance et son cousin Gontran accumule la chance qui lui fait toujours trouver des diamants, des rubis, des colliers de perles… Heureusement que de temps en temps, la chance sourit aussi à Donald.

Ce sont des petites histoires amusantes, drôles, bourrée d’action, d’aventure, d’enquêtes, de mission à accomplir. Avant chaque nouvelle histoire, il y a une note explicative. En début d’album, il y avait aussi des explications et des dessins de Barks, c’est pour cela que j’apprécie les intégrales : les notes explicatives en bonus !

Évidemment, ce genre de collection ne s’adresse qu’aux fans (vu le prix de chaque tome, vaut mieux les emprunter) des aventures de Donald et compagnie, ce qui est mon cas puisque j’achetais dans les années 2000, alors que j’étais adulte, les albums « Les trésors de Picsou » vendus en librairie (j’en possède 13).

Une super intégrale pour ceux et celles qui aiment l’univers de Carl Barks et qui voudraient se faire une madeleine de Picsou, heu, de Proust ou bien les faire découvrir à leurs enfants (pas trop jeunes, hein, l’album est magnifique et ce serait dommage de se retrouver avec des scraboutchas de mômes dedans !).

PS : La publication chronologique des histoires est une bonne idée, mais j’ai remarqué qu’au tome 19, on repartait dans les années 1942-1944 (alors qu’avec le 18, on était entre les années 1969/2008). Apparemment, après, nous aurions les histoires scénarisées par Carl Barks mais pas forcément dessinées par lui-même.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°45].

September September : Shelby Foote

Titre :September September

Auteur : Shelby Foote
Édition : Gallimard La noire (06/02/2020)
Édition Originale : September, September (1978)
Traduction : Marie-Caroline Aubert et Jane Fillion

Résumé :
En 1957, malgré la loi, le gouverneur de l’Arkansas refuse à neuf élèves noirs l’entrée de leur collège de Little Rock.

Pendant ce temps à Memphis, Rufus, Podjo et la gentille Reeny, trois apprentis gangsters blancs décident d’enlever Teddy, le fils des Wiggins, une famille bourgeoise noire, pour leur réclamer une rançon.

Septembre 1957 marque une date importante dans l’histoire des luttes raciales aux États-Unis : le gouverneur de l’Arkansas, Orval Faubus, brave la Constitution, les forces de l’ordre et la volonté du président Eisenhower en interdisant à neuf élèves noirs l’entrée de leur collège de Little Rock.

Le même mois, à Memphis, trois apprentis gangsters que l’on pourrait qualifier de pieds nickelés planifient et mettent à exécution un projet dont l’ironie est criante : ils sont blancs, mais le jeune garçon qu’ils vont kidnapper est issu d’une famille aisée de la bourgeoisie noire.

Sur fond d’émeutes retransmises par la télévision, nous voyons Podjo, joueur invétéré et stratège du trio, Rufus, l’abruti obsédé sexuel, et sa copine, l’aguicheuse Reeny, louer une maison isolée, séquestrer le petit Teddy et toucher la rançon. Et ensuite ? Ensuite, c’est comme dans un roman noir…

Critique :
Septembre 1957, Memphis, Tennessee. Et comme le disait le grand poète ♫ On a tous en nous quelque chose de Tennessee ♪

Ici, par contre, c’est moins drôle et infiniment plus sérieux que Johnny ou que la ville d’Elvis Presley.

Trois bras-cassés Blancs ont enlevés Teddy, un gamin Noir issu d’une famille de la classe aisée.

Avec l’équipe de John Dortmunder (Westlake), se serait drôle, ici, ça ne l’est pas du tout. C’est sérieux et dangereux.

Vu ainsi, ils n’ont pas l’air d’être des mauvais bougres, ces trois-là : une fille qui a le feu au cul, son copain Rufus à le feu à la bite et Podjo semble avoir la tête sur les épaules.

Oui, mais… Le stress d’un kidnapping peut pousser à faire des choses affreuses, folles, qui pourraient avoir des conséquences pour la vie du gamin. Et on s’attache à ce gentil gamin courageux.

Ce roman ne fait pas que de nous mettre en scène un enlèvement et une demande de rançon, il ne se contente pas de nous faire monter la tension et l’adrénaline…

Septembre 1957 est une date importante dans l’Amérique puisque le président Eisenhower avait permis que des étudiants Noirs aillent au collège parmi les Blancs et le gouverneur de l’Arkansas a fucké la constitution en interdisant l’entrée au Lycée de Little Rock à neuf élèves noirs.

Ce sera la trame de fond de ce roman ; la lutte pour les droits civiques, pour le droit d’étudier, avec les manifestations des Blancs, opposés aux Noirs, entre ceux qui demandent plus de droits et ceux qui estiment qu’ils en ont déjà assez et que cette revendication ne fera qu’attiser la haine des Blancs envers les Noirs alors que pour le moment, tout va pour le mieux madame la Marquise.

Les débuts furent laborieux entre ce roman noir et moi, j’ai même failli abandonner et puis, je me suis secouée et j’ai poussé plus loin. L’action est lente, très lente, comme si le temps s’était figé dans cette maison louée afin d’en faire une planque avant et après le coup.

L’auteur alternera les points de vue des personnages centraux dans les différentes parties et nous aurons le plaisir de les voir évoluer, repenser à leur passé, leur jeunesse, leur vie…

Et pour augmenter un peu l’adrénaline, l’auteur donnera aussi la parole aux parents du petit Teddy, habitants eux aussi dans ce Sud profond si cher à l’auteur (comme à Faulkner) et qu’il décrit si bien durant son récit.

Un roman qui commence avec un kidnapping et qui se termine comme un vrai roman noir, rattrapant les débuts laborieux que j’avais eu en commençant ma lecture. Comme quoi, une mauvaise impression au commencement peut se terminer en une bonne impression sur le final.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°41].

 

Les aventures du fils de Sherlock Holmes racontées par le Dr. Watson : Dr Watson

Titre : Les aventures du fils de Sherlock Holmes racontées par le Dr. Watson

Auteur : Dr Watson
Édition : PRNG (2019) / De Varly (01/03/2020)
Édition Originale : The Adventures of the Son of Sherlock Holmes (1910)
Traduction :

Résumé :
Quel est le lecteur qui ne se souvienne d’avoir suivi avec un intérêt parfois passionné le récit des aventures du célèbre Sherlock Holmes ? Mais voici plus de dix ans que le génial policier a cessé d’étonner les deux mondes par ses exploits prodigieux.

Hâtons-nous de les rassurer : Sherlock Holmes n’est pas mort. Il a eu la bonne fortune d’entrer en possession d’un héritage qui en fit, presque du jour au lendemain, un des plus riches propriétaires du Royaume-Uni.

Depuis lors, son existence se passa dans son manoir, au milieu de ses vastes domaines dans le Comté de Devon, où il goûte un repos bien gagné, après tant d’années d’une existence aventureuse, où sa vie fut si souvent à la merci du moindre incident.

Il y mène l’existence du gentilhomme, partagé entre la gestion de son bien et l’éducation de ses enfants.

Son fils aîné, qui porte le nom de Sherlock, comme son père, vient d’atteindre sa vingt-sixième année . il est sorti depuis trois ans du Collège of Physicians und Surgeons avec le grade de docteur en médecine.

Très répandu dans la société élégante de New-York, où le grand renom de son père et sa fortune, et les manières affables du jeune homme lui ont valu le meilleur accueil, il va y trouver matière à d’intéressantes études et les aventures ne vont pas lui manquer.

Ce sont quelques-unes de ces aventures, racontées par le docteur Watson — qui se fait l’historiographe du fils après avoir été celui du père — que le lecteur va lire.

Il pourra se convaincre que, si Sherlock Holmes a disparu de la scène, son génie, comme son nom, va revivre dans son fils, en qui s’annoncent déjà toutes les qualités qui font les grands détectives…

Critique :
Ce roman de 200 pages comporte trois nouvelles. C’est le format qui convient le mieux aux enquêtes de Sherlock Holmes qui sont plus rapides que celle d’Hercule Poirot.

Ici, le Sherlock qui enquête est le fils du célèbre détective du 221b Baker Street.

S’il possède l’intelligence de son père, il lui manque malheureusement son charisme et sa prestance. Là, j’ai souvent eu l’impression d’être face à un gamin riche et gâté qui aurait peut-être eu besoin d’une bonne fessée de temps en temps.

Quant à ce pauvre Watson, il n’a pas le plus beau rôle car il fait figure de l’homme qui doute de tout, même de l’innocence du fils de son meilleur ami.

Sans compter que dans la première affaire, il n’a pas été très futé, notre brave docteur Watson ! J’avais compris le truc bien avant lui, il était tellement flagrant qu’il m’avait sauté à la gueule et mordu le nez.

Avant d’aller plus loin, je tiens tout de même à m’insurger contre l’édition lue qui était bourrée de coquilles en tout genre : faute de frappe, oubli de lettre, erreur d’espacements au niveau de la ponctuation (oubli d’un espace après la virgule, oubli de l’espace après le point, oubli de l’espace avant le point d’exclamation – et souvent dans les dialogues, un espace entre le mot et la virgule,…) ou présence de point final au milieu d’une phrase et j’ai même eu un S majuscule fait avec le sigle $ (dollar) et ce n’était pas un jeu de mot. Sur un clavier AZERTY, ils ne sont pas l’un près de l’autre, pourtant.

À une moyenne de 2 à 3 coquilles par pages, multiplié par 200 pages, ça en fait beaucoup. Alors oui, nous faisons tous des fautes d’inattention dans nos chroniques, j’en retrouve toujours dans les miennes, même après relecture, j’en loupe des tonnes aussi, mais le prix de cet ouvrage étant de 17€, je l’ai trouvée saumâtre !

Passons au point plus agréable maintenant que l’abcès est percé : les trois nouvelles sont bien conçues point de vue enquête et résolution. On ne cassera pas la baraque, mais elles étaient bien fichues.

Rien d’exceptionnel, des enquêtes de bonne facture, correctes, sans jamais posséder des résolutions qui déchirent puisque j’ai vu venir bien des trucs et astuces, contrairement à Watson. Hors ce dernier ne doit jamais être plus bête que le lecteur, mais à son niveau !

Se déroulant en Amérique, à New-York pour être plus précise, ces nouvelles manquaient des épices anglais traditionnels, ceux dans lesquels ont baigné Holmes et Watson, formant un duo complémentaire et équilibré.

Le fiston, bien que très intelligent et fougueux, n’atteint jamais le charisme de son père (dont on ne saura rien, même pas le nom de son épouse), semble être une pâle copie. Son immigration aux États-Unis n’apporte rien, à mon sens, aux récits des enquêtes qui auraient eu plus d’ancrage, de poids, de sel, si elles avaient été en Angleterre.

Pas tout à fait une réussite, pas tout à fait un échec, c’est le cul entre deux chaises que j’ai terminé ce recueil de nouvelles qui dataient de l’an 1910…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°313].

Classiques illustrés – Tome 10 – Les grandes aventures de Sherlock Holmes : Nick Tall et Nestor Redondo

Titre : Classiques illustrés – Tome 10 – Les grandes aventures de Sherlock Holmes

Scénariste : Nick Tall
Dessinateur : Nestor Redondo

Édition : Héritage (1977)

Résumé :
Les aventures illustrées de Sherlock Holmes d’après l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle : Le ruban moucheté.

Critique :
Ah, les vieux brols que l’on déniche au fin fond des stocks obscurs d’une échoppe encore plus obscure ! J’adore.

Un Sherlock Holmes en bédé, en noir et blanc et en plus, cerise sur le gâteau, c’est l’adaptation d’une de mes histoires préférées : Le ruban moucheté (The Adventure of the Speckled Band).

Les dessins de Holmes sont réussis, il est grand, mince, élégant, à la limite sexy. Watson ne fait pas vieux croulant comme on le voit trop souvent dans les adaptations.

Notre docteur semble être entre deux âges (45 ans) alors qu’en principe il devrait être au début de la trentaine puisque nous sommes en 1883 et qu’une estimation de sa date de naissance donne 1852.

Cette adaptation est fidèle à la nouvelle, rien à redire. Tous les détails importants s’y trouvent et les dialogues sont eux aussi dans l’esprit de la nouvelle (que je n’ai pas relue depuis longtemps mais dont je n’ai pas oublié les détails).

Mon seul hurlement digne d’un loup-garou se coinçant la queue dans une porte sera pour le fait que Holmes revienne du palais de Justice en portant un macfarlane et une deerstalker sur la tête !!!

Nom de Zeus, et moi qui me réjouissais que sa pipe soit droite, voilà que les dessinateurs retombent dans leurs vieux travers de foutre cet accoutrement campagnard à Holmes en pleine ville !

Après avoir résolu le mystère de la bande mouchetée durant la moitié de l’album, l’aventure suivante du celle du mystère de Boscombe Valley. Une enquête sordide dans la campagne où un jeune homme est accusé d’avoir assassiné son père.

Les cases sont assez épurées en ce qui concerne les décors, le dessinateur a juste ajouté ce qu’il fallait et rien de plus. Les phylactères prennent assez bien de place dans les cases, ne laissant plus de place pour des détails de décors.

Cette aventure se déroulerait en 1888 (mais personne n’est sûr de la date) et notre Watson est marié (Le signe des quatre se déroule en 1888 aussi), par contre, il paraît beaucoup plus vieux alors que 5 ans sépare les deux affaires traitées dans cette adaptation. Bizarre. Lestrade sera de la partie aussi.

Ces adaptations devaient être faite pour un public jeune puisque certains mots tels que coroner, livre sterling, enquête ou manoir sont définis en bas de page. Bedetheque vous donnera la liste de tous les Classiques illustrés (Éditions Héritage) édités.

Pour une collectionneuse telle que moi, cette bédé devait faire partie de ma collection.

Ces adaptations des enquêtes de Holmes sont fidèles aux originales et c’était plaisant de les relire sous forme de bédé, avec un Holmes conforme au canon : grand, mince, élancé.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°288], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°41], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 58 pages), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°66], et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Agnès Grey : Anne Brontë

Titre : Agnès Grey

Auteur : Anne Brontë
Édition : Archipoche (2012/2020)
Édition Originale : Agnes Grey
Traduction : Ch. Romey, A. Rolet et Isabelle Viéville Degeorges

Résumé :
Miss Grey était une étrange créature ; jamais elle ne flattait et elle était loin de leur faire assez de compliments ; mais, quand elle parlait d’elles ou de quoi que ce fût qui les concernât en termes élogieux, elles pouvaient avoir la certitude que sa bonne opinion était sincère.

Elle se montrait dans l’ensemble très prévenante, discrète et pacifique, mais certaines choses la mettaient hors d’elle ; certes, cela ne les gênait guère, mais pourtant mieux valait ne pas la désaccorder puisque, lorsqu’elle était de bonne humeur, elle leur parlait, était fort agréable et pouvait parfois se montrer extrêmement drôle, à sa manière, qui était bien différente de celle de Mère, mais faisait toutefois très bien l’affaire pour changer. Elle avait des opinions arrêtées sur tout, auxquelles elle restait farouchement attachée…

Des opinions souvent rebutantes, puisqu’elle pensait toujours en termes de bien et de mal et avait une curieuse révérence pour ce qui touchait à la religion et un penchant incompréhensible pour les honnêtes gens.

Critique :
Agnès Grey, jeune fille à qui on n’a jamais laissé prouver sa valeur, décide d’être gouvernante. Mais qu’allait-elle faire dans cette galère ??

La pauvre va se retrouver plongée dans un milieu social plus élevé que le sien où les enfants sont rois, les mâles étant des dieux qui ont toujours raison.

Le gamin dont elle est la gouvernante est un véritable petit tyran en culottes courtes et l’on ne peut pas remettre en question son statut de petit ange ou lui faire des remarques.

Pour ce gamin, c’est l’intervention de Sœur Marie-Thérèse des Batignolles qu’il aurait fallu pour le redresser ! Elle aurait fait une parfaite gouvernante pour ce petit merdeux, ce reliquat de fond de capote (anglaise) à qui les parents n’ont pas appris l’obéissance et le respect puisque eux mêmes en manquent.

Quant à ces fameux parents, coupables sur toute la ligne, dont le père a autant d’éducation que le dernier des derniers des barakîs de kermesse, il aurait fallu les faire monter au troisième étage, ouvrir la fenêtre et les balancer, tout simplement. Pour paraphraser Napo, cet homme, c’est de la merde dans un bas de soie !

Ensuite, faudrait secouer le gamin et lui promettre qu’il suivra le même chemin s’il n’arrête pas de martyriser les animaux et de corriger sa sœur, puisque ce petit Mussolini des bacs à sable pense qu’elle doit être corrigée régulièrement. Il y a des fessées qui se perdent…

Hélas, le problème de classe empêche Agnès Grey d’ouvrir sa bouche, de proférer un mot, une menace, de tirer les oreilles du petit dictateur, de le menacer de lui faire subir ce qu’il fait aux petits moineaux (les écarteler) et de foutre une claque à son père avant de lui apprendre à conjuguer le verbe « respecter les autres ».

Le monde est déjà une jungle pour les femmes qui ont de la poigne ou une grande gueule, mais à cette époque là, une gentille fille un peu bigote telle qu’Agnès, qui se lance sans arme ou sans gilet pare-balles, reste sans voix, impuissante (on l’aurait sans doute été devant ce merdeux) puisque sans moyen de pression face à un gamin qui se prend pour Jupiter et est sûr de son impunité.

Puisqu’il lui faut rester à sa place, malheureusement, cela rend la lecture insipide, endormante et je me suis énervée sur ce couple de la haute, souhaitant qu’on leur fît des nouvelles chaussures en béton armé et direction le lac. Oui, j’expédie, je ventile, moi !

Que j’eusse aimé que Agnès Grey montasse sur une table et crie, le poing levé « Capitaine, ô mon capitaine, je vais fucker ta putain de société de classe de merde, niquer ta race de dégénéré de l’éducation, cette bande de bâtard qui ne vaut même pas la bauge d’un cochon ! Vous allez crever comme des chacals, bande de chacals »… Mais ça aurait fait deux fois chacals.

Partagée entre l’envie de faire la révolution et de secouer cette pauvre Agnès qui ne pouvait que rester à sa place et faire oui-oui-amen parce que la religion est aussi importante que la classe sociale à cette époque, j’ai poursuivi vaille que vaille ce récit qui me faisait dresser sur mes ergots à toutes les pages, sans pour autant m’apporter d’autres émotions comme celles ressenties dans « Jane Eyre » ou « Les hauts de Hurlevent », les romans de ses sœurs.

Après l’impolitesse et le manque d’éducation de la première famille, Agnès Grey va bosser chez les Murray, plus polis mais tout aussi crétins que les premiers. Leur fille est tellement imbue d’elle-même, tellement charogne, qu’elle ferait passer Nellie Oleson pour une charmante enfant. C’est vous dire ! Encore une qui se prend pour ce qu’elle n’est pas et s’amuse à abaisser les hommes qui lui font la cour.

Anybref, c’est un rendez-vous de manqué avec Anne Brontë contrairement avec ses deux autres sœurs. L’écriture est insipide, sans relief et je me suis ennuyée ferme, sauf quand je bondissais au plafond devant le comportement de certains personnages.

Néanmoins, ce roman illustre parfaitement la condition des femmes du temps de l’époque victorienne, les différences entre les classes, l’éducation des enfants fort laxistes et l’impuissance de la gouvernante qui n’a aucune arme pour se faire respecter puisque les parents sont en accord avec le comportement du gosse.

Il illustre aussi la duplicité et la perfidie de certaines jeunes filles qui s’amusent avec les hommes comme le petit merdeux jouait avec des animaux sans défense, se régalant de son pouvoir sur eux.

Il n’empêche que ce fut un rendez-vous manqué.

PS : ce sera pour le 12 au matin, le levé de rideau de la fiche mystérieuse ! Des avis ? Des pistes ?

Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°27] et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

La Fureur des hommes : Charles O. Locke

Titre : La Fureur des hommes

Auteur : Charles O. Locke
Édition : Actes Sud – L’Ouest, le vrai (10/10/2020)
Édition Originale : Road to Socorro (1957)
Traduction : Hubert Tezenas

Résumé :
Pour avoir accidentellement tué un homme au cours d’un bal, Tot Lohman, cow-boy tranquille, est traqué par le père et le frère de la victime. Désireux de sauver sa vie, il devient un fugitif.

Pieux, abstinent et farouchement non-violent, il est pourtant d’une stupéfiante adresse au tir. Celle-ci lui permet de se débarrasser de chacun de ses poursuivants.

Il fait la connaissance d’Amos Bradley et de sa fille, et finit par les retrouver dans leur ranch. Lorsqu’il est rejoint par les derniers de ses poursuivants, Tot Lohman est décidé à exercer son droit à la légitime défense.

Avant d’être un western d’Henry Hathaway, « La Fureur des hommes » est un roman âpre et dense d’un auteur injustement méconnu en France.

Critique :
Appréciant le western, je suis toujours à la fête lorsque l’on réédite des romans oubliés, bien souvent des petites pépites oubliées au fond du torrent qu’est la littérature.

Autant le dire tout de suite, le scénario de ce roman est archi-connu, archi-vu, archi-lu, bref, classique de chez classique : une histoire de poursuite et de vengeance.

La famille Boyd veut venger la mort d’un de ses fils, Shorty, tué par le personnage principal, Tot Lohman.

Oui mais, depuis Top Chef, tout le monde sait que l’on peut cuisiner le même plat de bien des manières différentes et à ce petit jeu-là, Charles O. Locke est dans les finalistes, la crème de la crème.

L’auteur a eu le bon sens, l’intelligence de faire un grand trou et d’y enterrer tous les clichés et tous les archétypes du genre, ne gardant que la moëlle pour monter son récit, transformant les clichés profondément pour donner un récit qui ne ressemble à aucune autre course-poursuite et sans jamais virer dans le grand guignolesque.

Tot Lohman, le personnage principal, qui nous raconte son aventure au travers de son journal, a de la culture, mais possède peu de mots et a bien du mal à formuler le fond de sa pensée et nous la découvrirons par le biais de ce que les autres personnages doivent interpréter de lui, en traduisant ses silences ou ses réponses éludées et ils passeront, comme nous, leur temps à les compléter.

Le départ du livre est concis, clair, net et nous met tout de suite à cheval sur les emmerdes à venir : “Quand j’ai accepté de passer un temps chez Restow après avoir tué Shorty Boyd, ça m’a paru être la meilleure solution”. Sans que l’on sache encore ce qu’il s’est passé lors de la mort d’un fils Boyd, on sent déjà venir la vengeance et la poursuite.

N’allez pas croire que le roman va à cent à l’heure, que du contraire, la poursuite n’est pas rapide, Tot fera une partie de la traversée d’un désert à pied, crevant de soif et l’auteur a réussi à rendre ce passage magnifique de réalisme.

N’allez pas croire non plus que le père de l’assassiné est un crétin sans cervelle, il est capable de donner ses chances à Tot, même s’il est un homme implacable et qu’il perdra plus que quelques plumes dans cette chasse à l’homme totalement débile et irréfléchie. Mais puisque ce que la famille Boyd veut, Dieu peut…

— Ce cheval est pour Tot Lohman, donc donnez-le-lui. Pour qu’il puisse prendre un peu d’avance. Mes fils auraient dû le tuer, et je pourrais le faire ici et maintenant – peut-être. Mais je ne laisserai pas dire que ma famille, après s’être fait damer le pion par un petit mi­­nable doué à la carabine, a abattu son cheval à quatre-vingts ou cent kilomètres du premier point d’eau. Les Boyd ne sont pas des tueurs de che­vaux.

Le récit est à l’économie de phrase, mais elles sont puissantes, vont droit au but, que ce soit dans les portraits des hommes (et des femmes) qui traversent ce western ou dans les descriptions de la Nature, qui n’a rien de tendre, comme la plupart de la vie des gens sur ces terres âpres, comme l’écriture de Charles O. Locke (qui, phonétiquement, ressemble à Sherlock).

Un western que Bernard Tavernier a bien fait de sortir de la poussière et de le mettre sous une nouvelle lumière car malgré son scénario classique au possible, l’auteur a eu l’intelligence, le talent, de ne pas l’écrire comme tous les autres, de mettre les clichés au trou, tout en les utilisant, après les avoir déplumés, de manière brillante afin de servir son récit.

Un récit âpre, sans fioritures, comme si nous lisions bel et bien le journal de bord de Tot Lohman, jeune cow-boy doué au tir à la carabine qui avait la famille Boyd et tous ses sbires aux fesses et qui a réussi à rester humain, droit dans ses bottes et à faire des rencontres marquantes durant sa fuite.

Un magnifique western !

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°49] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

La Mystérieuse Affaire de Styles : Agatha Christie [LC avec Bianca]

9782702449370_1_75Titre : La Mystérieuse Affaire de Styles

Auteur : Agatha Christie
Éditions : Le Masque / Livre de Poche
Édition Originale : The Mysterious Affair at Styles (1920)
Traducteur : Marc Logé (ou Thierry Arson)

Résumé : Pendant la Première Guerre mondiale, Arthur Hastings, rapatrié en Angleterre, est invité dans la demeure de Styles Court (ou Styles en version abrégée) par son ami John Cavendish, qui lui apprend que sa mère s’est remariée avec un homme beaucoup plus jeune, le mystérieux Alfred Inglethorp.

À Styles, tout le monde a l’air de le détester. Sauf évidemment Mrs Inglethorp.

Plus tard, Emily Inglethorp est empoisonnée et les soupçons pèsent sur Alfred Inglethorp. Hercule Poirot, ancien Inspecteur de Police Belge, qui est aussi au village de Styles Saint-Mary, est invité par Hastings à résoudre cette affaire.

Apparemment, Poirot pense qu’ Alfred Inglethorp n’est pas l’assassin et il essaye de le disculper. Mais Poirot a-t-il une idée derrière la tête?…

la_mysterieuse_affaire_de_stylesCritique :

Alors que je suis capable de me souvenir des coupables dans certains romans d’Hercule Poirot, ici, c’était le trou noir complet, j’avais tout oublié !

Pire, dans mes souvenirs, je pensais que la personne à qui l’on faisait boire le bouillon de 11h, était un vieil homme et que l’astuce était l’utilisation d’un… Hop, hop, hop, je ne vous dirai plus rien parce que je ne vais pas divulgâcher et pire, si ça se trouve, j’ai fait un bouillon avec plusieurs romans.

Lorsque Bianca m’a proposé cette LC, je n’ai pas hésité longtemps et j’ai dit « Voui » (Rabbi Jacob, sors de ma tête). Mon seul problème était que je m’étais remis cette enquête en mémoire en regardant son adaptation télé avec le magnifique David Suchet et celle des « Petits meurtres d’Agatha Christie » et que donc, j’allais avoir zéro suspense…

Loupé, j’ai eu du suspense, j’ai hésité, j’ai pensé que ma mémoire me jouait des tours, une fois de plus, que j’avais zappé un morceau dans la série avec David Suchet ou que la version française avait peut-être plus de liberté que je ne le pensais…

Merde alors, c’est bien le talent d’Agatha Christie que de jouer avec ses lecteurs, que de s’amuser avec des illusions, des insinuations, les codes du polar, nos pensées, notre compréhension ou notre propension à ne pas voir ce qui crève pourtant les yeux.

Bordel de Dieu, je me suis laissée prendre une fois de plus ! Malgré mes ricanements en début de lecture, parce que je savais QUI était coupable, à un moment, j’ai douté de moi, de mes souvenirs et j’ai changé mon fusil d’épaule, visant un autre personnage.

Hercule Poirot ne serait pas content de moi ! Sherlock Holmes non plus… Parce que la Reine du Crime n’est pas la reine pour rien. Pour ma défense, je dirai que même Poirot a failli se faire avoir ! Bon, lui est retombé sur ses pattes de suite, là où moi je nageais en pleine purée de pois.

Anybref, si vous avez envie de vous faire entuber par autre chose que le gouvernement, quel qu’il soit, faites-vous entuber par la Reine du Crime, ça fait du bien au moral et met de bonne humeur.

Tout est sous vos yeux, mais c’est à vous de voir ! Avec elle, on ne sortira pas un personnage inconnu d’un chapeau, comme certains auteurs m’ont déjà fait le coup. Non, avec Agatha Christie, c’est cash, à vous de savoir lire et à vous de savoir observer ! Parce que bien souvent, nous voyons, mais nous n’observons pas !

Un roman policier qui se lit presque d’une traite, qui nous parle entre autre, de la société anglaise, de son racisme, de ses préjugés, de ses mœurs, de ces distinctions de classe et, last but not least, met en scène pour la première fois le détective Belge expatrié pour cause de Première Guerre Mondiale, Hercule Poirot !

Un plaisir de le relire avec Bianca, pour qui c’était sa première lecture. Comme moi, elle a adoré. Son avis est à lire ici !

Étoile 4

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°224], Le Challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°09].

Thrillers polars 03

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Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°2XX], Le Challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°XX].