Voyage lunaire – Tome 2 – Autour de la lune : Jules Verne [LC avec Rachel]

Titre : Voyage lunaire – Tome 2 – Autour de la lune

Auteur : Jules Verne
Édition : Le Livre de Poche Classiques (2001)
Édition Originale : 1869

Résumé :
Après trois mois d’intenses préparatifs, l’énorme boulet-wagon tiré par un gigantesque canon construit a même le sol de la Floride est enfin lancé vers la lune.

Il emmène a son bord trois hardis voyageurs : l’honorable président du Gun-Club, Impey Barbicane, le capitaine Nicholl et Michel Ardan, un français aventureux Ces trois hommes entendent bien être les premiers à poser le pied sur la lune.

Nos héros risqueront plus d’une fois leur vie. Arriveront t’ils jusqu’à l’astre de la nuit ? Et reviendront t-ils sur terre ?

Ceci est la suite du roman « De la Terre à la Lune » paru en 1865.

Critique :
Bardaf, c’est l’embardée ! Je pense qu’entre Jules Verne et moi, il n’y aura que le Tour du Monde en 80 jours et Michel Strogof pour nous rassembler car pour le reste, je suis une fois de plus passée à côté de ce roman !

Les personnages m’ont amusés au départ, leurs dialogues aussi.

L’aventure était belle et prometteuse : pensez-vous, nous allions vers la lune avant Tintin, un siècle avant Buzz Aldrin et Armstrong, le trompettiste de talent qui gagna aussi 7 Tour de France !

Mais à un moment donné, les détails techniques m’ont soûlé ! Bon sang, qu’est-ce que j’en avais marre de toutes les descriptions de chaque morceau de Lune, de ses reliefs…. Mais putain, on s’en fout !

Là, ça m’a achevé et j’ai eu envie de boire pour oublier ma déconvenue.

Si le départ était encore plaisant, ensuite, cette lecture fut laborieuse et sans ces sauts dans le récit, elle aurait pu être aussi longue que si j’avais pédalé entre la Terre et la Lune.

Alors, comme dans l’île mystérieuse, j’ai sauté, j’ai fait des bons comme j’en aurais fait sur une planète où la gravité est moins importante que sur la Terre et j’ai tracé ma route jusqu’à la fin…

Je ne me permettrai pas de me gausser pas sur invraisemblances techniques, à l’époque de sa parution, nous étions à 100 ans du premier pas sur la Lune et il faut tout de même saluer le talent visionnaire de Verne.

Bon, ce n’est pas encore avec ce roman que Rachel et moi allons nous trouver un coup de cœur livresque en commun autre que ceux que nous avons déjà. Va encore falloir creuser un peu pour en trouver d’autres.

Justement, Rachel m’a parlé d’un certain capitaine Hatteras et de ses aventures… Qui sait, ça pourrait marcher ?

Pour aller au lit moins bête : En dépit de ses invraisemblances et de ses erreurs (lancement par un canon, pesanteur présente sauf au « point neutre », etc.), le roman s’est avéré étonnamment prémonitoire par rapport à la mission Apollo 8 : l’initiative du voyage dans la Lune a bien été prise par les Américains, le départ de la mission américaine a eu lieu à Cap Canaveral, à quelques centaines de kilomètres seulement de l’endroit choisi par Verne en Floride, non pour les raisons qu’offre l’auteur, mais parce que la vitesse supérieure de rotation de la terre à cet endroit y est plus favorable.

Il y a bien eu trois astronautes à bord de la capsule et la mission a duré un peu moins d’une semaine, comme celle de Michel Ardan et ses amis.

Enfin, au retour, l’engin se retrouve dans l’océan après avoir effectué un contournement lunaire.

Challenge de l’épouvante Edition Autumn, Witches and Pumpkin chez Chronique Littéraire (Menu Petit Frisson – La PAL de l’enfer –  livres qui vous font sortir de votre zone de confort : classique).


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La dame en blanc : W. Wilkie Collins [LC avec Bianca]

Titre : La dame en blanc

Auteur : W. Wilkie Collins
Édition : Libretto (2011)
Édition Originale : The Woman in White (1860)
Traducteur : Lucienne Lenob

Résumé :
Une nuit, Walter Hartright, jeune professeur de dessin, porte secours à une mystérieuse « dame en blanc » que semble poursuivre une obscure menace.

La jeune femme, parmi des propos incohérents, laisse entendre qu’elle est familière d’un lieu où il doit prochainement se rendre le manoir de Limmeridge, perdu dans les brumes du Nord pour enseigner la peinture aux deux pupilles de Mr Fairlie, Marian Halcombe et Laura Fairlie.

Une fois sur place, à sa grande stupeur, Walter se rend compte que Laura ressemble étrangement à cette mystérieuse créature fantomatique, tout droit échappée d’un asile…

Fervent défenseur de la cause féminine, il sent alors se nouer autour de lui un implacable complot : des mariages arrangés, voire meurtriers ; des hospitalisations de force par d’honorables familles soucieuses d’écarter des témoins gênants ; une société secrète qui fait poignarder les traîtres à sa cause…

Critique :
Non, pas de bol, la dame blanche dont on parle ici n’a pas de coulis chocolat, ni de chantilly… C’est une vraie dame en blanc et pas un dessert glacé.

Pourtant, cette dame en blanc, elle te glace les sangs, tout de même, lorsqu’elle surgit derrière toi, la nuit, alors que tu marches sur un chemin te menant vers la ville de Londres.

À croire que c’est un fantôme… Mais non, elle est faite de chair et d’os, mais vu ainsi, on dirait qu’elle n’a pas toutes ses frites dans le même cornet ou toutes ses pralines dans le même ballotin.

Il fallait qu’elle soit au bout du rouleau pour demander de l’aide à Walter Hartright, personnage sans relief, un peu falot, mais pas un salaud et c’est ce qui fait son charme car il est droit, honnête, franc et a un coeur pur.

C’est ce qui le perdra, lui qui tombera éperdument amoureux de la belle Laura, la demi-soeur de Mariam, alors qu’il est leur prof de dessin, hébergé chez leur hypocondriaque d’oncle souffrant des nerfs, Frederick Fairlie. Une balle pour cet homme qui ne supporte aucun bruit et qui est aussi lâche que le plus grand des lâches.

Anybref… On est loin de Londres, dans le Cumberland, mais les droits des femmes sont les mêmes qu’ailleurs : quels droits ?

Ben nous n’en avions pas et l’auteur ne se prive pas pour dénoncer cette absence de droits sur notre argent, notre corps, nos décisions et il tire aussi sur cette Angleterre puritaine, pudibonde, raciste et où la parole donnée à un mort vaut que l’on sacrifie sa vie en épousant un rustre qui n’en veut qu’à votre fortune.

Une épouse se doit d’obéir à son mari, point à la ligne. Une femme non mariée se doit d’obéir aux hommes de sa famille, point barre. Ce que l’on reproche à certains pays ou certaines mentalités rétrogrades étaient d’applications dans nos pays il n’y a même pas 200 ans.

Ce roman choral donne l’impression que l’on assiste à un récit fait pour un jury d’assises et que le jury, c’est nous.

Après le récit de Walter, nous aurons celui de Mariam et ainsi de suite, chacun des protagonistes nous donnera sa version des faits, son témoignage, ses pensées, ses actes, nous permettant de dresser un tableau plus juste de ce qui se déroule sous nos yeux.

Alors oui, la galerie des personnages est riche, certains auront un rôle plus important que d’autres, certains seront mis sur le côté jusqu’à ce qu’il refassent irruption dans le récit et une chose est sûre, ce roman a beau faire 666 pages, je ne me suis pas emmerdée une seule seconde.

L’auteur m’a happée avec sa plume qui sait décrire des ambiances, limite gothique, parfois, poétique, lyriques, même, quand les personnages s’attachent à leur morale, leurs devoirs que nous enverrions sur les roses à notre époque.

Dans cette Angleterre d’avant l’exposition universelle (1850), dans les campagnes, on est attaché au qu’en-dira-t-on, à la bienséance, à la morale, qui doit être sans tache, aux origines des gens, les riches étant toujours les chefs à cette époque.

On vibre pour nos trois personnages principaux, on se pose des questions sur le fameux secret que détient notre dame en blanc un peu folle, on se demande si le comte Fosco joue un double-jeu ou pas, on se laisse séduire par lui… Le suspense est présent tout au long du récit et j’ai lu durant de nombreuses heures d’affilée pour le terminer au plus vite, tant j’avais envie de savoir la fin.

Si cette histoire se déroulait après les années 2000, nos deux tourteaux seraient partis en se foutant pas mal des conventions, auraient baisé comme des castors et rien de toute cette horrible mésaventure ne serait arrivée.

Nous aurions perdu un grand roman, hélas, car l’auteur le maîtrise du début à la fin et on pardonne les deus ex machina, le côté guimauvien de leur amour, le fait que Walter ait pris la plus belle des deux sœurs au lieu de regarder la beauté intérieure de Mariam, la moins belle.

Un grand roman qui mérite sa 28ème place au classement de la Crime Writers’ Association en 1990.

Pas de regrets pour cette LC même si Bianca lui a trouvé des longueurs et moi pas. D’ailleurs, je l’ai bouffé sur deux jours sans voir passer le temps.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°69, le Challenge « British Mysteries 2019 » chez MyLouBook et Le pavé de l’été chez Sur Mes Brizées (Juillet 2019-Septembre 2019) – 666 pages.

La véritable histoire de la mort d’Hendry Jones : Charles Neider

Titre : La véritable histoire de la mort d’Hendry Jones

Auteur : Charles Neider
Édition : Passage du Nord-Ouest (06/05/2014)
Édition Originale : The Authentic Death of Hendry Jones (1956)
Traducteurs : Marguerite Capelle et Morgane Saysana

Résumé :
Pour Doc Baker, le shérif Longworth est un menteur et son livre une infamie. Parce qu’il fut son dernier compadre, lui connaît la vérité de la bouche même du Kid.

La « guerre du comté de Lincoln », l’évasion spectaculaire de la prison de Monterey, mais aussi la raison pour laquelle le môme reprit la piste du nord, vers son destin.

Quant à ce qui s’est vraiment passé le soir de son exécution la véritable histoire de la mort d’Hendry Jones, seul le Doc peut le raconter.

Critique :
Personne était plus rapide que lui… Ben faut croire que si puisque le Kid est mort, tué par un ancien compadre à lui, devenu shérif, Dad Longworth.

Le Kid visé ici – si je puis me permettre ce mauvais jeu de mot – n’est pas Billy The Kid, même si, en réalité, c’est une allégorie de ce bandit qui aimait voler les bonbons rouges chez l’épicier.

Oups, on me signale dans l’oreillette que je confonds avec le sale gamin dans Lucky Luke…

Anybref, le jeune desperados Hendry Jones de ce roman est bien le double fictif de Billy the Kid – même si le narrateur nous signale qu’ils n’ont rien à voir l’un avec l’autre, même si Hendry se fait appeler Le Kid – et son ancien compadre (devenu rival) Samuel « Dad » Longworth est l’allégorie de Pat Garrett, le shérif qui a tué Billy The Kid (pas celui de Lucky Luke) et rédigé « La Véritable Histoire de Billy the Kid » qui, d’après l’auteur, est un tissu de mensonges.

En tout cas une chose est sûre, c’est qu’il ne serait jamais plus vieux que demain.

L’auteur Charles Neider se confond avec le narrateur, Doc Baker, un ancien de la bande au Kid, qui était là lorsque ce dernier s’est fait descendre, le seul, quasi, qui sache tout de l’histoire, le seul capable de rétablir la vérité historique dans toutes les légendes les plus folles qui courent sur la mort du Kid et sur sa vie.

On l’aimait pour tout un tas de raisons. Certains parce qu’ils le craignaient, d’autres parce qu’ils l’admiraient, d’autres encore parce qu’ils le haïssaient. Mais je crois que la plupart étaient attirés par son incroyable bonne fortune. On ne pouvait pas s’empêcher de se demander comment c’était possible d’avoir autant de veine. J’ai entendu des gens dire que ce genre de chance ça n’arrivait qu’une fois tous les cent ans, et que quand ça arrivait, il n’y avait rien qui puisse en infléchir le cours. D’autres disaient qu’il n’y a que les enfants pour être aussi vernis, et c’était les mêmes qui plus tard diraient que le Kid n’était plus un gamin.

L’inconvénient, lorsqu’on est une Légende, c’est qu’il faut nourrir la légende et les gens aiment bien broder, inventer des faits, les exagérer, dire qu’ils étaient présent, dire qu’ils savent… Entre le fait que le Kid est toujours vivant et le fait qu’on l’ait enterré après avoir coupé son index qui pressait la gâchette, il va falloir rétablir la vérité et elle est moins belle que la légende.

De nos jours, à ce qu’on dit, les touristes parcourent des kilomètres jusqu’à la Pointe du Diable pour voir la tombe d’Hendry Jones et débattre si oui ou non ses ossements y sont ; et certains prétendent que son doigt – celui qui pressait la détente – ne s’y trouve pas, et d’autres, que c’est son crâne qui aurait disparu ; certains affirment aussi que sa tombe ne se trouve pas à cet endroit et que ce qu’ils ont sous les yeux n’est rien d’autre qu’un petit tas de coques d’ormeaux. Libre à vous de croire ce que vous voudrez.

C’est horrible à dire mais les personnages des desperados sont attachants, même si le Kid aurait mérité quelques baffes pour son comportement insolent, sa manière de se moquer de tout, de sourire et de ne jamais s’en faire.

On vivait comme si on avait l’éternité devant nous et quand l’un d’entre nous se faisait descendre, il tombait des nues.

Doc Baker a plus la tête sur les épaules, mais ce que je lui reprocherai c’est sa manière de narrer les choses parce que les dialogues m’ont hérissés les poils sur les bras avec ses inversions entre le nom du personnage et son action.

Au lieu d’écrire « Et qui est ce type ? s’est interrogé Webb », le narrateur nous balance des « Et c’est qui, ce type ? Webb s’est interrogé » ou des « Harvey French, Dad l’a renseigné » en lieu et place d’un « Harvey French, l’a renseigné Dad. »

— Et c’est qui, ce type ? Webb s’est interrogé.
— Harvey French, Dad l’a renseigné.

— J’étais persuadé que c’était le Kid, Longworth s’est justifié.
— Ça change quoi, de toute façon ? Carlyle a demandé.

Certes, un desperados de cette époque s’exprime sans doute de cette manière mais dans le roman, cela donne lieu à des dialogues qu’il faut parfois relire pour comprendre si on a affaire à la personne qui parle ou si le dialogue continue. J’ai détesté ça et c’est ce qui me fait mettre une si mauvaise cotation car cela m’a gêné dans ma lecture.

Par contre, il y a une chose que je ne pourrai pas reprocher à ce roman western : son manque de réalisme car il est réaliste ! Oui, l’histoire est remodelée, changée, puisque c’est celle du Kid sans être celle de Billy The Kid, mais autant les décors que les actions sont réalistes. On est immergé dans ce réalisme, on s’y baigne, même.

D’ailleurs, dans les notes de fin d’ouvrage, il est dit que l’auteur a marché durant des journées entières avec un colt à la hanche pour connaître les sensations lorsqu’on le retirait, il s’est entraîné à dégainer tant de fois qu’il a eu la main en sang.

Dans La Véritable Histoire de la mort d’Hendry Jones, Charles Neider avait fait vœu de réalisme, un réalisme auquel il voulait tendre par la plus extrême précision documentaire.

La cotation est sévère, mais cette manière de présenter les dialogues m’a couru sur le haricot, ce qui est dommage parce que l’histoire était bonne, on avait de l’action, mais pas trop, la vie des desperados, leurs longues chevauchées fatigantes, leur puanteur, leurs craintes, leurs états d’âmes ou leur absence…

Un western profond, ne manquant pas de réalisme, même si l’histoire est déformée et contant une superbe épopée qui fait écho à celle d’un célèbre hors-la-loi bien connu, mais bardaf, je suis passée à côté à cause de ce truc avec les dialogues.

Pour se coucher moins bête : le roman aurait dû être porté à l’écran par Sam Peckinpah, avant que Marlon Brando ne reprenne le flambeau, réalisant ainsi le seul film de sa carrière (La vengeance aux deux visages – One-eyed Jacks, 1961) qui n’a rien à voir avec le roman. J’ai vu le film et je vous jure que Brando a tout réécrit ! Il voulait Stanley Kubrick mais ce dernier est parti aussi et Brando a réalisé le film lui-même, donnant des incohérences comme un magnifique cheval noir, brossé, à la robe luisante alors que jamais un outlaw n’aurait pris autant de soin de sa monture. On ne parlera même pas du pistolet mis dans le pantalon et du risque de s’assassiner une couille en dégainant.

Le film brode abondamment – ainsi, la fille désirée par le Kid n’est plus une chica qui l’a trahi mais la propre fille de Longworth, que Brando déshonore par soif de vengeance puis finit par aimer.

Mais il est fidèle à certains passages du roman, comme la façon hasardeuse dont se constitue une bande de hors-la-loi et les tensions qui naissent au sein du groupe, agacements inexpliqués, jalousies, peurs. L’arrestation du Kid, son séjour en prison, minutieusement contés par Neider, sont aussi assez fidèles, même si l’évasion de Brando est assez rocambolesque…

Au final, il serait regrettable de jeter le film au nom du livre. Il faut plutôt souligner à quel point un ouvrage remarquable et peu connu donne, peut-être involontairement, un film qui s’affranchit du matériau d’origine, comme il s’affranchit des conventions d’un genre.

Deux œuvres d’art face à face, comme un duel ; mais à la différence des lois de l’ouest – et du western traditionnel –, on s’abstiendra ici de désigner un vainqueur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°68, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Le Passage du canyon : Ernest Haycox

Titre : Le Passage du canyon

Auteur : Ernest Haycox
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (02/03/2015)
Édition Originale : Canyon passage (1945)
Traducteur : Jean Esch

Résumé :
Oregon, 1850. Quand Logan Stuart, aventurier et homme d’affaires, arrive à Jacksonville, il découvre une bourgade sur laquelle plane la menace des Indiens… mais aussi les rivalités qui opposent prospecteurs, paysans et autres émigrants. Logan va se trouver au cœur de tous ces conflits.

Une bagarre qui éclate, un joueur qui est prêt à tuer pour dissimuler ses dettes, des rumeurs qui courent, des colons soudainement massacrés, et voilà que toute une société animée par la passion de l’argent ou du jeu, l’amitié profonde ou l’amour caché, est sur le point d’exploser.

Critique :
Un western sans cow-boys, sans troupeaux de vaches, la recette a beau être inhabituelle, elle est correctement respectée et bien présentée car l’auteur est un grand cuisinier du western.

Il ne faut pas s’attendre à de l’action pure et dure car l’auteur nous présente de manière réaliste la vie en 1850 dans une petite ville dominée par les chercheurs d’or, les paysans éparpillés un peu partout et les commerçants.

Aux travers différents portraits d’hommes allant du bon à la brute épaisse, en passant par le truand qui triche aux cartes pour plumer les autres et le truand cynique qui se sert dans la poussière d’or confiée par les orpailleurs à sa société « bancaire », sans oublier les femmes qui ont des cojones sous leurs jupons, l’auteur nous présente un petit monde où, une fois qu’on y a mis les pieds, il est difficile de repartir.

Le trou du cul de l’Oregon, ça pourrait être ici. Le Cheval de Fer ne passe pas ici, donc, tous les convois se font à dos de mules et Logan Stuart a développé un commerce florissant.

Logan, c’est le Bon et nous pourrions faire un portrait croisé de lui et de son ami Georges Camrose à la manière de la série Amicalement Vôtre, où Camrose jouerait le rôle d’un Daniel Wilde plus cynique et moins réglo en amitié.

On peut dire que George Camrose a un côté truand sympathique, du moins, au début, mais ses pertes au poker et ses emprunts d’or dans les sacs des orpailleurs signeront son passage du côté obscur de la Force et sa descente aux Enfers.

Logan défendra son ami jusqu’au bout, démontrant par là son sens de l’amitié, mais il y un bémol car à un moment donné, lorsqu’on sait que les autres ont raison et que son ami a commis l’indicible, il ne mérite pas que l’on prenne des risques pour lui ou que l’on mette potentiellement en danger la vie des autres, or George est le genre de type qui ne changera jamais.

La petite ville de Jacksonville est comme toute les petites villes du monde : couarde devant le caïd local mais meute déchaînée face à un homme qu’elle n’apprécie pas et qui n’a pas la force bestiale de la Brute. On est à deux doigts d’un lynchage en bonne et due forme après un procès qui n’en est pas vraiment un.

Comme toujours, on joue au dur mais on file la queue entre les jambes face à la Brute sauf si la Brute est par terre, alors là, on devient courageux. Enfin, on devient courageux lorsqu’on est sûr que la Brute ne pourra plus rien nous faire de mal, sinon, on courbe l’échine devant elle comme on a toujours fait.

L’auteur a toujours su dresser des portraits peu flatteurs et assez vils de l’Humain, même s’il le contrebalance par des portraits plus avantageux pour d’autres qui reçoivent la droiture, l’honnêteté et le sens de l’amitié. Pour les femmes, elles sont toujours indépendantes, fortes et on est loin des femmes faibles.

La grande action se situera sur la fin, lorsque la Brute, de par son action stupide (comme toujours), fera s’abattre la foudre sur les maisons isolées.

Une fois de plus, l’auteur nous démontrera que les grandes gueules du début jappent ensuite comme des chiots apeurés lorsqu’ils risquent de se retrouver nez-à-nez avec des Indiens déchaînés, tandis que les taiseux, eux, ne s’encombrent pas de palabres mais agissent.

Un western bien servi, bien écrit, possédant des personnages disparates mais jamais éloignés de ceux que l’on connait. Un western qui dresse un triangle amoureux sans jamais verser dans la mièvrerie.

Un western qui s’attache à nous montrer la vie dans une petite ville de prospecteurs sans que jamais le lecteur ne s’ennuie car leur vie n’avait rien d’ennuyeuse et la plume de l’auteur a su nous rendre cela de la plus belle des manières.

L’obscurité était une cape jetée négligemment sur les montagnes et les prairies, les aboiements des chiens d’Anselm réveillaient des échos lointains dans les collines sillonnées de crêtes. L’haleine du canyon était humide et froide. La piste montait et la poussière molle absorbait le bruit des pas des chevaux. Un ruisseau fougueux longeait la piste et affrontait musicalement les pierres de son lit.

L’Amérique n’avait aucune limite, hormis celles qu’un homme s’imposait. Le passé que Clenchfield aimait tant n’existait pas ici. Le présent qu’il s’efforçait de maintenir équilibré et exact, au prix de gros efforts, serait bientôt un lendemain mort. Quand un homme s’attachait à une époque, celle-ci, qui ne cessait de reculer dans la nuit des temps, l’entraînait avec lui jusqu’à ce que l’un et l’autre soient morts et oubliés.

La raison est la lueur pâle et tremblotante d’une bougie que brandit un homme pour guider ses pas quand le feu qui brûlait en lui s’est éteint.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°67, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Les Fugitifs de l’Alder Gulch : Ernest Haycox

Titre : Les Fugitifs de l’Alder Gulch

Auteur : Ernest Haycox
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (02/06/2016)
Édition Originale : Alder Gulch (1942)
Traducteur :

Résumé :
Au milieu des années 1800, un couple improbable s’enfuit pour rejoindre le nouvel eldorado de la vallée de l’Alder Gulch, dans le Montana, où des milliers de chercheurs d’or s’aventurent pour faire fortune.

Jeff Pierce est traqué par le frère de l’homme qu’il a tué. Sa compagne de route, Diana Castle, cherche à échapper à un mariage arrangé. Quel avenir y aura-t-il pour eux dans cet Ouest sauvage où la loi est piétinée ?

Avec ce portrait d’une communauté d’orpailleurs dans les contrées les plus sauvages du Montana (l’endroit est historique : l’Alder Gulch et Virginia City ont véritablement existé), Haycox déploie à merveille son art romanesque et sa connaissance de la nature humaine.

Son roman est nourri de cette authenticité lyrique qu’on lui connaît depuis Des clairons dans l’après-midi (Actes Sud, 2013) et Le Passage du canyon (Actes Sud, 2015).

Critique :
Bienvenue dans la communauté des orpailleurs, dans le Montana. Ici, l’or est là, il suffit de se pencher pour le prendre.

Bon, faudra creuser tout de même et tamiser avant de trouver des pépites que vous irez dépenser au saloon du coin, vous encanaillant avec les prostituées, dépensant vos pépètes au poker avant de retourner tamiser la terre afin de vous refaire.

Le cercle vicieux.

Mais si vous gardez toutes vos pépites, tel un écureuil, lorsque vous mettrez les voiles, attendez-vous à ce que les bandits du coin vous les chipe et ne laisse votre cadavre pourrir sur le sol.

La communauté des orpailleurs, je l’avais suivie dans des bédés, mais pas vraiment dans un roman (ou alors, ma mémoire me fait défaut, ce qui serait normal, vu tout ce que je lis et tout ce que j’ai déjà lu).

Tous les ingrédients d’un bon western sont réunis, même si nous commençons l’aventure sur le pont d’un navire que nous quitterons bientôt à la nage. Ensuite, ce sera la fuite avec une jolie fille qui fuit sa famille et l’arrivée dans une citée de chercheurs d’or, avec tout ce que ça comporte comme dangers.

Jeff Pierce est celui qui s’est enfui du bateau où il n’avait pas souhaité monter et Diana Castle est celle qui l’aidera à fuir, profitant de lui pour fuir aussi sans attirer l’attention, car il est plus facile pour un couple de passe inaperçu que pour un fugitif et une femme seule de voyager.

Direction l’Alder Gulch et Virginia City. Une ville champignon qui a poussé après une ruée vers l’or, ça attise bien des convoitises et tout ce que le pays comptait de méchants s’est réuni dans une bande qui fait la loi et dont personne n’ose contrecarrer les mauvaises actions.

Une fois de plus, comme dans les Lucky Luke, on a une foule qui en a marre des meurtres, qui voudrait un peu plus de sécurité, qui souhaiterait que l’on mette fin aux exactions des bandits, mais qui n’est pas soudée, qui a besoin d’un meneur et d’une goutte d’eau pour faire déborder le vase.

Nous sommes face à des gens qui ont peur, qui voudraient que cela s’arrête mais ne savent pas comment faire, n’osent pas le faire, sans oublier qu’ils ont peur des représailles et sont limite fleur bleue car ils ont hurlé pour qu’on ne pende pas certains des assassins car ils s’étaient laissé attendrir.

Ce sont des pleutres et ils ne diffèrent pas vraiment de nous, qui, à notre époque, avons encore les mêmes peurs face à des racketteurs, des dealers, des gangs, des petits merdeux de gamins,…

L’auteur nous décrit avec détail la vie dans une ville qui ne vit que grâce aux chercheurs d’or, décrivant les privations, le dur labeur, les conditions météo hostiles, l’éloignement, la solitude, la peur de l’autre et l’individualisme car ici, tout le monde veille jalousement sur sa matière jaune et espère qu’un autre fera le ménage à sa place.

On pourrait résumer le livre par deux mots : authenticité et réalisme. L’action n’est pas toujours présente, Haycox prenant le temps à un moment donné de nous faire vivre ce qui pouvait se passer dans ce genre de ville, nous présentant différents personnages secondaires qui, contrairement aux hors-la-loi, seront moins étiqueté « irrécupérables ».

Si les bandits sont tous catalogués dans les Méchants, l’un d’entre eux se distinguera par son côté jovial et amitieux, le genre de personne que l’on voudrait pour ami et qu’on n’hésiterait pas à tenter de sauver s’il passait du côté obscur de la Force.

Mêmes notre Pierce n’est pas tout blanc, mais au moins, il est honnête. Et dans le milieu des orpailleurs, un honnête homme, ça a de l’importance. C’est même en voie de disparition. Un bien rare étant cher, un homme honnête, c’est cher.

Ce western qui a tout du Roman Noir possède des émotions, de l’action, du suspense, du mystère, de la justice, qui peut faire défaut ou être expéditive, et des hommes prêts à tout pour s’enrichir. Des hommes qui doivent survivre face à une Nature hostile et un climat peut propice au bikini en hiver, sans compter qu’il faut faire face à l’envie, la jalousie, le vol.

Un western où la sauvagerie des lieux déteint sur les Hommes mais où brille un espoir, tout de même, celui de voir les gens se serrer les coudes pour faire face à ceux qui se pensaient tout puissant et à l’abri de tout danger.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°58, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Le petit arpent du bon dieu : Erskine Caldwell

Titre : Le petit arpent du bon dieu

Auteur : Erskine Caldwell
Édition : Le Livre de Poche (1959)
Édition Originale : God’s Little Acre (1933)
Traducteur : E. Coindreau

Résumé :
Un fermier croit pouvoir trouver un vieux tas d’or enterré par son ancêtre. Avant sa recherche, il délimite un arpent de terre, sacré, pour le bon Dieu.

Critique :
Comme le disait si bien Blondin à Tuco dans « Le bon, la brute et le truand » : Toi, tu creuses.

Et ici, pour creuser, ça creuse ! Mais personne ne s’est creusé la cervelle trente secondes pour réfléchir à l’inutilité de faire des trous dans la terre…

Dans la fable de Lafontaine, intitulée « Le laboureur et ses fils », l’homme mourant disait à ses fils qu’un trésor était caché dans la terre et qu’il fallait la retourner.

Ceci pour leur expliquer que le travail était un trésor. Ses fistons le comprenaient à la fin de la fable.

Apparemment, Ty Ty Walden a pris la fable au pied de la lettre, les derniers mots de son grand-père aussi et depuis, il creuse, à l’aide de ses deux fils, pour trouver de l’or, sois-disant enterré là par papy.

Des années qu’ils creusent (presque 20 ans) et ne trouvent rien, mais chaque jour, Ty Ty le sens bien et n’a jamais été aussi proche de mettre la main sur le filon d’or. Un peu comme un jouer au casino qui sent bien que cette fois-ci, c’est le jackpot (qui ne vient jamais).

L’absurdité poussé à son paroxysme : le père et les deux fils creusent depuis des années, les fils creusent là où le père dit de le faire, leurs cultures sont à l’abandon et s’ils n’avaient pas leurs deux ouvriers Noirs, plus rien ne serait planté dans ces terres remplies de trous.

Le petit arpent du bon dieu, lui, désigne en fait un lopin de terre dont la récolte est supposée revenir à l’Eglise, signalé par une croix blanche. Petit arpent qui, au fil des années, a changé maintes et maintes fois de place, puisqu’ils creusent partout et que personne ne voudrait que l’or trouvé revienne à l’Église.

Portraits d’une famille pauvre du Sud des États-Unis, ce roman noir met en scène des cas sociaux, des cas pour la science, des cas irrécupérables dont un père plus borné qu’un troupeau d’ânes qui se fatigue pour rien alors qu’il pourrait dépenser cette énergie à planter quelque chose dans cette putain de terre et faire vivre sa famille.

N’allez pas croire que ce roman noir ne fasse que dans la farce et dans le burlesque, parce qu’il n’en est rien. À un moment donné, le livre bascule dans le concupiscent, dans l’horrible et on comprend que certains aient voulu le faire interdire à l’époque !

Véritable satire sociale, véritable critique sociale car l’auteur va tacler les courtiers qui jouent avec la vie des fermiers en jouant à la bourse le prix du coton, les gros industriels propriétaires des filatures qui paient mal leurs ouvriers et sont prêt à tout pour les empêcher de remettre le courant dans l’usine et faire refonctionner les métiers à tisser.

Ce roman sombre est une véritable descente aux enfers pour les différents personnages qui finiront tous brisés, à divers degrés.

C’est le portrait d’une Amérique Sudiste qui est ouvrière, qui dépend du coton, des filatures, des terres cultivées et qui, une fois qu’elle a perdu son emploi, ne sait plus quoi faire d’autre car elle ne savait faire que ça.

La folie de l’or est une vraie folie et on verra jusque Ty Ty sera prêt à aller pour trouver son filon qui est comme la licorne : il n’existe pas. Il a transformé sa terre en champ de bataille, remplie de trous, comme des tranchées et lorsque la guerre éclatera dans sa famille, tels un bon général, il ne sera bon à rien pour empêcher le sang de couleur sur sa terre.

C’est un récit magnifique, mais horrible, un portrait au vitriol de cette Amérique rurale et pas toujours très instruite, ces paysans incultes, ces rednecks purs jus, de ces fainéants magnifiques (Pluto Swint), de ces travailleurs acharnés qui dépensent leur énergie bêtement (Ty Ty et ses fils, Buck et Shaw), de ces chômeurs qui ne pensent qu’à relancer l’entreprise au lieu d’aller voir ailleurs (Will Thompson), de gens superstitieux au possible et des femmes fatales (Griselda et Darling Jill).

Assurément, la famille Walden, c’est pas la Petite Maison dans la Prairie…  Ou alors, sa version white trash.

Erskine Caldwell mériterait d’être mis lui aussi sur le devant de la scène, au même niveau qu’un Faulkner ou qu’un Jim Thompson car il en est digne et ses portrait de l’Amérique rurale et pauvre est aussi cynique que les deux autres, la loufoquerie en plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°57 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Jerry Spring – Tome 03 – Lune d’argent : Jijé

Titre : Jerry Spring – Tome 03 – Lune d’argent

Scénariste : Jijé
Dessinateur : Jijé

Édition : Dupuis (1956)

Résumé :
En mauvaise posture Jerry… six ans plus tôt, une gamine a été enlevée lors d’un raid des Kiowas.

A la demande de son grand-père, Jerry parcourt le territoire de cette nation dans le but de retrouver celle qui avait pour nom Daphné Elliott.

Pas de chance Jerry, car, déguisé en colporteur il est tombé sur un parti de guerriers qui, en plus de lui voler sa marchandises, veulent également lui faire la peau.

Entravé au sol il ne doit son salut qu’à l’intervention inopinée de Pancho.

En fuite tous deux, pourchassés par la meute rouge, ils se dirigent vers le territoire des Dakotas car Jerry n’a pas oublié sa mission.

Critique :
Les Jerry Spring ont souvent un ton assez moralisateur et celui-ci ne fait pas exception à la règle.

Normal, cette série était destinée à la jeunesse et il fallait que tout soit propre et que tout se termine bien, sinon, panpan cucul la censure !

Et panpan cucul Monsieur Dupuis aussi car les aventures de Jerry Spring étaient destinées aussi aux jeunes lecteurs de l’hebdo Spirou.

Mais je ne vais pas bouder mon plaisir, Jerry Spring a enchanté mes lectures jeunesses (piqués dans la biblio de papa) et si j’ai toute la collection, c’est que, dans le fond, j’apprécie la série.

Elle vieillit mal, par contre. Ce qui passait lorsque j’avais 12 ans et même 15, passe moins bien une fois la trentaine dépassée. Le côté naïve romantique est loin, je travaille, j’ai voté mainte et mainte fois et je me suis fait les dents sur ma déclaration d’impôts.

Anybref, je ne suis plus une oie blanche qui est contente que tout se termine bien et surtout, aussi facilement !

Putain, sa mère, comment Jerry et Pancho ont niqué les Dakotas ! Pfouit, ni vu, ni connu, j’t’embrouille ! Et évidemment, ils ne sont pas fait rattraper par les guerriers Rouges dont un devait être plus vénère que ses frères puisqu’on lui soustrayait sa fiancée, Lune d’Argent, cette jeune fille Blanche enlevée il y a 6 ans par les Indiens.

Daphne Eliott pour son richissime oncle bienveillant. Hé oui, tout le monde n’a pas les moyens de retrouver les siens enlevés par les Indiens… Ni Jerry Spring sous la main. Ni une jeune fille qui, après avoir passé 6 ans chez les Indiens, semble se réadapter tout de suite à la vie des Blancs… Heu… Pas réaliste.

Une autre chose qui me chagrine, c’est que, pourvu de grosses cases, cet album ne fait pas l’éloge de la ligne claire : les traits sont épais, peu détaillés et les paysages ne sont corrects que lorsque notre dessinateur ne nous propose pas des gros plans sur les personnages. Même au niveau des couleurs, j’ai déjà vu mieux.

Avec juste trois bandes par page, on dirait que l’auteur/dessinateur n’a rien trouvé d’autre comme solution pour remplir un album de 46 pages.

Jijé, tu ne m’entends plus, mais bon sang, tu aurais pu étoffer un peu ton histoire, lui donner un peu plus de profondeur et ne pas résoudre tout par des deus ex machina.

On tourne en rond au départ et puis, miracle, on tombe sur la jeune fille enlevée qui, toujours un miracle, parle encore l’anglais !

Miracle de nouveau, on arrive à la soustraire aux Indiens et elle fait même preuve d’intelligence en faisant en sorte de nous donner une nuit et un peu plus avant que ses Frères Rouges ne s’inquiètent de son non-retour.

Pourtant, il y a du bon, sans cette série et notamment le fait que les Indiens ne soient pas présentés comme des êtres assoiffés de guerre, de pillage, de viols mais soient des êtres Humains comme les autres, avec leurs défauts, leurs qualités, leurs prises de conscience et leur évolution dans l’histoire, comme le fit Tête Folle, le fils de chef chez les Kiowas.

Pas le meilleur album de Jerry Spring, un scénario qui semble être étiré pour faire 46 pages alors qu’on a un final précipité et une sacrée ellipse entre le moment où Jerry qui Pancho en canoë et le moment où il le retrouve, à la plantation du riche type. Allez, en quelques lignes on explique tout et hop, terminé, merci, au revoir.

On pouvait faire mieux, bien mieux… Mais c’est trop tard.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°54, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Walt Slade – Tome 4 – Le Chariot mystérieux : Bradford Scott

Titre : Walt Slade – Tome 4 – Le Chariot mystérieux

Auteur : Bradford Scott
Édition : Marabout Junior (1966)
Édition Originale : Gunslick ou Dead in Texas (1965)
Traducteur : Cyrille Vermeersch

Résumé :
Dans une petite ville frontière au Sud des États-Unis, une légende terrifie les bergers mexicains : chariot fantomatique et affreuse bête à tête de loup apparaissant et disparaissant comme par miracle dans la nuit…

Devant les coups de main de plus en plus nombreux dépouillant les éleveurs, Walt Slade entreprend une difficile enquête, se heurtant à d’inexplicables événements.

Trouvera-t-il la clé de l’énigme ?

Critique :
Une petite touche de fantastique avec ce chariot fantôme qui terrifie les bergers et cette affreuse bête à tête de loup, les deux apparaissant et disparaissant dans la nuit…

Mais rassurez-vous, Walt Slade résoudra l’affaire et comprendra qu’il n’y a point de mystère ou d’intervention diabolique dans ce phénomène !

Nous sommes un peu comme dans Le Chien Des Baskerville, d’ailleurs, Walt Slade est un peu comme Sherlock Holmes : grand avec des yeux gris et des cheveux noirs, un nez busqué, un bon sens de la déduction, un cerveau.

Bref, un détective à cheval et au far west.

Walt Slade (prononcez « Wolt Sléde ») est donc un Texas Ranger qui a tout d’un super détective et d’un super héros car il s’en sortira toujours vainqueur (Bob Morane, sort de ce corps).

Grand et bô, il tire vite et droit, mieux que Lucky Luke et chevauche un superbe étalon noir. Sexy Boy…

Anybref, on aurait envie de chevaucher avec lui ou mieux, de se faire chevaucher par lui (ou de le chevaucher, on a tout le kamasutra pour s’amuser, tout compte fait).

Sans oublier qu’il est intelligent et courageux, qu’il possède de l’intuition pour résoudre ses affaires, il a une très belle voix et chante en s’accompagnant à la guitare… Rhâââ, lovely !

Dans cette enquête qui sent le fantastique, notre Texas Ranger va avoir affaire au Napoléon du Crime car le cerveau qui se trouve derrière toute cette mascarade carnavalesque est un cerveau brillant, tel un Moriarty dans le monde des cow-boys.

On a de l’action, du mystère, une enquête, la recherche d’indices, de l’aventure, de l’alcool, des cordes à lyncher, des balles de revolvers qui sifflent et des sueurs froides car notre bô Walt Slade a failli laisser des traces de freinages dans le fond de son caleçon long lorsqu’on lui tendit un piège dans un canyon resserré…

Cherchez pas à comprendre pourquoi j’ai un faible pour ce genre de littérature de gare (des psychiatres sont devenus fous en essayant de comprendre) car il n’y a pas d’explications censées, juste une envie folle de m’encanailler avec des romans qui volent moins haut que d’autres.

M’en fiche, j’ai pris du plaisir à relire les trois livres que je possède sur ce Texas Ranger qui a tout pour venir hanter mes nuits avec son six-coups qui crache le feu et sa longue Winchester… Phallique, tout ça !

Mais redevenons sérieuse. Pour se changer les idées et s’aérer l’esprit, rien de mieux qu’un Walt Slade ! Et ces derniers temps, j’ai tellement aéré mon cerveau qu’il y a des courants d’air dedans.

Bon, il est temps de reprendre une activité normale et de revenir à la littérature qui m’est chère : le polar et les romans noirs qui ont un peu plus de profondeur.

Quoique, dans les Walt Slade, on a une écriture assez imagée, fort poétique, d’ailleurs, je ne résiste pas à vous l’inclure en fin de billet :

Décevante était la lenteur avec laquelle il voyait se rapprocher la crête. Sa progression était devenue une reptation douloureuse le long de la paroi grise inondée de soleil, brûlante sous ses doigts saignants, qui marquaient son passage d’empreintes écarlates.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°53, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Walt Slade – Tome 3 – Mort en selle : Bradford Scott

Titre : Walt Slade – Tome 3 – Mort en selle

Auteur : Bradford Scott
Édition :
Édition Originale : Death in the Saddle (1965)
Traducteur : Gérard Colson

Résumé :
À travers une action trépidante où se succèdent les hold-up, les vols de bétails, les attaques de convois et les banques, se dégage l’attachante personnalité de Walt Slade, ranger, sheriff-adjoint, une des gâchettes les plus rapides de l’Ouest et l’un des héros les plus populaires des Etats-Unis.

Opposé à Crater Moral, redoutable Outlaw, il trouve en lui un adversaire digne de ses talents.

Critique :
Walt Slade (prononcez « Wolt Sléde ») est un Texas Ranger qui a tout d’un super héros.

Il est grand, beau, possède des yeux gris très pâles, des cheveux noirs aux reflets bleutés, tire vite et droit, mieux que Lucky Luke et chevauche un superbe étalon noir.

Sans oublier qu’il est intelligent et courageux, qu’il possède de l’intuition pour résoudre ses affaires, il a une très belle voix et chante en s’accompagnant à la guitare…

Oui, Walt a tout du bô gosse, tout en étant honnête et tout se résout grâce à lui.

Littérature de gare, tout à fait.

Collection « Marabout Junior Western »… Mais cherchez pas à comprendre (des psychiatre se sont suicidés en essayant), j’ai pris du plaisir à relire ces trois livres que je possède sur ce Texas Ranger hors du commun et qui a tout pour lui.

On s’embête pas, ça tire dans tous les sens, tout s’arrange à la fin, Walt a toujours les bonnes idées.

Pour se changer les idées et s’aérer l’esprit, rien de mieux ! Et de temps en temps, ça fait du bien au cerveau, ces petits temps de repos sans qu’une célèbre marque de boisson gazeuse n’en profite.

Le pays des petites pluies : Mary Austin

Titre : Le pays des petites pluies

Auteur : Mary Austin
Édition : Le mot et le reste (12/02/2019)
Date publication originale : 1903
Édition Originale : The Land of Little Rain (1903)
Traducteur : François Specq

Résumé :
Ce texte de Mary Austin est l’un des grands classiques de la tradition américaine de nature writing et les critiques de son temps ont comparé sa sensibilité à l’environnement à celles de Thoreau et Muir.

Sa célébration de la beauté du désert la place au commencement de toute une lignée d’écrivains américains qui, de John Van Dyke à Edward Abbey, ont fait porter sur ces régions un regard à contre-courant du désir d’exploitation indissociable de l’histoire de l’Ouest américain.

Se tenant à l’écart tant de l’esthétisme que du sentimentalisme, Austin n’en parvient pas moins, dans une prose sobre mais intense, à évoquer les singuliers pouvoirs d’envoûtement du désert de l’Ouest, tout en laissant entendre de manière poignante la résonance intime du mélange de beauté et de douleur propre à ce lieu.

Critique :
Un peu de douceur dans ce monde de brutes, comme le disait si bien la publicité pour les chocolats dont je ne citerai pas la marque.

Voilà le genre de bande-titre que l’on pourrait apposer sur cet oldies parlant de nature-writing et datant de 1903.

Pour la plupart des gens, dans les déserts, il n’y a rien, pas de vie, pas de flotte, juste la chaleur la journée, le froid la nuit et l’immensité désertique.

À la lecture de ce roman composé de nouvelles, ou plutôt, de petites chroniques, on apprend qu’il n’en est rien et que le désert n’est pas dépourvu de vie et qu’il n’est pas juste une étendu de sable matraquée par le soleil implacable, infernal.

Elles nous parlera des plantes qui y vivent, des oiseaux, de l’eau que l’on peut trouver en creusant un peu et où des aventuriers sont morts de soif alors que s’ils avaient creusé un peu, ils eussent survécu.

Vous pouvez faire confiance aux Indiens pour ne manquer aucune des vertus du monde des plantes !

Elle nous parle de cette fascination que le désert a sur l’Homme, sur la magie qui s’en dégage, sur ses dangers mais aussi sur tout ce qu’il a offrir.

Pour tout ce que le désert prend à l’homme il donne une contrepartie, des respirations profondes, un sommeil profond et la communion des étoiles. Il nous vient à l’esprit avec une force renouvelée, dans les silences de la nuit.

Venez donc vous qui êtes obsédés par votre importance dans l’ordre des choses, et qui ne possédez rien qui n’ayez obtenu sans peiner, venez par les sombres vallées et les collines charnues, jusqu’au pays des jours paisibles, et faites vôtres la générosité, la simplicité et la sereine liberté.

Ça se lit confortablement installé au soleil, pour en sentir sa morsure et ainsi, on peut se laisser porter par le récit fort bien détaillé de l’auteure, imaginer les paysages, sentir les odeurs et se laisser bercer par ses petites chroniques où il ne se passe rien, mais où il se passe bien des choses car on parle tout de même de la Nature.

Telle est l’économie de la nature, mais avec tout cela on ne prête pas assez attention à l’oeuvre de l’homme. Il n’y a pas de charognard qui mange les boites de conserve et nulle créature sauvage ne laisse de telles souillures sur le sol de la forêt.

Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.