D’un château l’autre : Louis-Ferdinand Céline

Titre : D’un château l’autre

Auteur : Louis-Ferdinand Céline
Édition : Gallimard (1976)

Résumé :
D’un château l’autre est un roman de Louis-Ferdinand Céline publié en 1957 aux éditions Gallimard. Il dresse un parallèle entre la vie de Céline contemporaine à l’œuvre — en tant que médecin et écrivain, pauvre, maudit et boudé par sa clientèle — et sa vie à Sigmaringen où se sont réfugiés le gouvernement vichyste en exil et de nombreux collaborateurs devant l’avancée de l’armée du général Leclerc.

Critique :
Foutre diable, j’ai essayé et j’y suis pas arrivée !

Depuis le temps que je me disais qu’il faudrait que je découvre l’oeuvre de Céline, en mettant de côté ce que je sais du bonhomme et me contenter de découvrir quelques uns de ses titres les plus emblématiques.

Pour commencer, j’ai préféré m’attaquer à un de ses romans guère épais puisque je sortais totalement de ma zone de confort habituelle (romans noirs, policiers, thriller) et j’ai donc choisi celui-ci plutôt que « Voyage au bout de la nuit ».

Bardaf, ce fut l’embardée puisque je n’ai pas réussi à le lire en entier, parce que j’ai sauté des passages entiers et que j’ai fini par le reposer sur la table, baissant les bras et pestant de ne pas y être arrivée alors que mes petits collègues Babeliotes l’encensent.

Alors, où le bât a-t-il blessé ? Dans la présentation de son texte, avant tout : il révolutionne l’affaire en envoyant aux orties les phrases types sujet-verbe-complément, il abuse des points d’exclamations, de suspensions, oublie les majuscule et, ma foi, j’aurais encore pu m’y adapter sans soucis s’il n’avait pas sauté du coq à l’âne et éructer sur tout et tout le monde.

Sûr que les mots sont des armes, dans sa bouche, dans sa plume, il s’énerve sur tout le monde, tout le monde ne prend pour son grade, il rugit – non pas de plaisir, mais de haine et moi, j’ai capitulé au bout d’un moment parce que je n’en pouvais plus.

Dommage, parce que le Céline, je l’entendais vociférer dans ma tête car il a réussi à transformer ses mots couchés sur le papier en cris dans ma tête, comme s’ils sortaient des pages, mais j’ai pas réussi à accrocher, et j’ai donc jeté l’éponge.

Je ne m’avoue pas vaincue pour autant et je tenterai d’autres romans de l’auteur, en espérant, un jour, arriver à en lire un en entier, sinon, ben, tant pis pour moi.

Le Parfum : Patrick Suskind

Le Parfum de Patrick Süskind est un formidable petit roman. Petit par la taille (élément séduisant pour les paresseuses ou pour celles dont la PAL à rallonge ressemblerait à l’Everest),  mais grand de par sa qualité, et qui s’avère lu d’autant plus vite qu’on n’arrive généralement pas à le lâcher tant il se trouve prenant.

Belette et moi (Ida) l’avons lu il y a des années, à une époque où Internet n’était pas dans tous les foyers (nous étions très jeunes et le sommes toujours autant – que les mauvaises langues cessent leurs commérages!) ce qui explique qu’il ne figure pas encore sur son blog.

Malgré tout, eu égard au succès mérité de ce chef-d’œuvre (n’ayons pas peur des mots… ce serait le comble sur un blog consacré aux livres !!!) il nous est venu lors d’un petit échange l’idée qu’il serait fort judicieux de lui rendre justice en lui consacrant un petit billet.

Résumé : Le destin de Jean Baptiste Grenouille est de ceux que vous n’avez pas envie de croiser. En effet, toutes les personnes qui auront une quelconque importance dans sa vie connaîtront une fin tragique, à commencer par sa mère, par la nourrice qui l’élèvera, par l’homme dont il sera l’apprenti, puis par le grand parfumeur sur le déclin qui lui apprendra son art, relançant ses propres affaires grâce au don de son élève.

Car en effet, Jean Baptiste Grenouille a un don : c’est un nez exceptionnel… C’est le Google des odeurs ! Il les connaît toute et se révèle capable de les identifier en une fraction de seconde, voire d’identifier toutes les composantes d’une odeur complexe, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

Forcément, avec un don pareil, il ne pouvait que réussir dans le monde évanescent des bonnes odeurs, à une époque (deuxième moitié du XVIIIèe siècle?) où tout pue faute d’eau courante et de tout à l’égout urbain.

Hagiographie (on devrait dire « critique » mais là j’en suis incapable) : On ne peut pas dire qu’il s’agisse à proprement parler d’un polar, l’œuvre flirtant même avec le genre fantastique par moments…

Mais le personnage principal de l’œuvre, et surtout la façon extrêmement fine dont l’auteur nous en dépeint la psychologie, est une illustration très réussie du fonctionnement mental d’un sérial killer…

Et pas un sérial killer de cinéma ou de série télévisée ! Non Madame ! Un vrai comme ceux que Stéphane Bourgoin est allé rencontrer et a pu décrire dans ses livres.

Et… ce qui ne gâche rien… cette mise en scène presque clinique de la psychologie d’un sérial killer avant la lettre est faite avec une écriture d’une poésie rare et avec fantaisie où l’auteur nous invite à nous identifier à cet homme qui manifestement se trouve dans l’incapacité de tout mouvement empathique.

Un livre qui laisse un trou impossible à combler dans une bibliothèque qui en serait dépourvu…e et dans la culture et la mémoire de ceux qui ne l’auraient pas lu.

A noter : une très bonne adaptation du roman a été faite au cinéma. Elle est d’une grande fidélité et on y retrouve toute la poésie et la beauté du roman…

La déception que l’on éprouve généralement avec les adaptations de très bons romans ne vous saisit pas avec ce film, ce qui vient signer sa qualité.

Mais… c’est tout de même mieux de lire le livre…, non ?

PS : Je reconnais avoir produit cette note de lecture (pour le Cannibal Lecteur) de façon entièrement gratuite et bénévole, n’avoir pas perçu 4000 euros pendant deux ans en rétribution, ni de montres à 10 000 euros, ni reçu 45 000 euros en robes du soir de la part d’une amie, et encore moins de bijoux de haute joaillerie…

Le Tour d’Écrou : Henry James

Titre : Le Tour d’Écrou

Auteur : Henry James
Édition : J’ai Lu (01/05/2003)

Résumé :
Existe-t-il plus grand plaisir que d’écouter des récits macabres, la veille de Noël, dans une vieille maison isolée ? Qu’il est diabolique le frisson qui glace alors les sangs…

Qu’il est divin le cri des femmes épouvantées… Ce ne sont pourtant que des histoires… Tandis que celle-ci… Elle a été vécue… Par des enfants encore, deux petits orphelins, si admirablement gracieux, si serviables et si doux…

Et leur gouvernante, une jeune fille des plus honnêtes. Ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont enduré et les circonstances extraordinaires des événements qui les ont… Mais non ! c’est trop horrible…

Ça dépasse tout… En pure terreur ! Car le pire, c’est de savoir que, justement, on ne saura jamais tout…

Critique (par Ida) :
Cette nouvelle, exemple emblématique de la littérature gothique de la période victorienne est l’une des œuvres de Henry James les plus connues, notamment parce qu’elle a été l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques.

Une bande de mondains en panne de télé (on est à la fin du XIXe siècle) passe le temps devant la cheminée en se racontant des histoires, genre veillée paysanne mais chez les riches. Un certain Douglas prétend avoir une histoire terrifiante à leur raconter…

Sauf qu’il doit faire attendre son public pour se faire envoyer le texte du journal de l’ancienne institutrice de sa petite sœur à qui cette histoire est arrivée…

Histoire de faire monter le suspens on doit attendre le texte original… Pas question, qu’il se charge d’en faire lui-même un récit.

Lorsque le manuscrit arrive, nouvelle veillée au coin de la cheminée… Et Douglas lit le texte dont le nom de la rédactrice restera inconnu.

Discrétion ? Je dirais plutôt effet narratif, puisque le texte étant un récit à la première personne, le fait que la rédactrice reste anonyme facilitera l’identification du lecteur (et surtout de la lectrice) au narrateur… Un peu comme comme avec un porno POV.

Or donc la meuf elle répond à une annonce d’un super rupin qui vient d’hériter de la garde des neveux dont les parents sont morts aux colonies, et qui n’a absolument pas envie de renoncer à sa vie mondaine de londonien (on le comprend!) pour s’emmerder avec des gniards qu’il n’a même pas eu le plaisir de faire. Il les a expédiés dans une de ses propriétés du fin fond de la campagne dans un bled que Google Earth ne connaît même pas.

Le neveu de dix ans, Miles, est au pensionnat, mais sa petite sœur Flora est trop jeune et a besoin d’une gouvernante. Vu les gages proposés, notre narratrice fauchée et qui en pince pour le bellâtre fortuné dès le premier regard, accepte le deal et prend la diligence pour le fin fond de la campagne où elle est accueillie comme le messie dans une super baraque.

Le décor est planté… Et je ne peux pas m’empêcher de penser au sketch de Bigard sur les films d’horreur… Si on t’offre un pont d’or pour arriver dans un château où on te donne la plus belle chambre, et que tout les reste du personnel est trop ravi de te voir… C’est louche ! Elle aurait dû se méfier !

En plus la gamine dont elle doit s’occuper est toute mignonnette… Jolie, charmante et adorable… Intelligente et obéissante… Bref c’est too much… « Barre toi ! Ça pue ! » qu’on a envie de lui crier !

Trop tard ! Le courrier arrive… Elle aurait dû comprendre que si, ni l’oncle pété de thunes et accessoirement tuteur légal, ni l’intendante de la maison ne veulent ouvrir ou lire la lettre du pensionnat… C’est qu’il y a une couille quelque part.

Hé ben oui ! Le pensionnat ne veut plus de Miles… Il aurait fait du mal à ses camarades… ça me rappelle trop quand on voulait me payer au smic horaire par chèques emploi service pour faire baby-sitter faisant la garde partagée de deux gamins autistes et d’un hyperactif au domicile de l’une des familles à raison de 12 heures par jours, 6 jours par semaines (déclarées 5 jours de 8 heures – mais j’étais nourrie avec les enfants !)… J’ai fui en courant… Elle aurait dû faire pareille la pauvre !!!

Surtout quand elle se rend compte à plusieurs reprises qu’un type et une affreuse la matent… et que le type et la meuf en question sont un ancien valet du domaine et l’ancienne gouvernante et qu’ils sont censés être carrément morts depuis un moment, et traînent derrière eux une réputation assez glauque.

Ce qu’ils sont censés avoir fait est tellement glauque que ce n’est jamais expliqué clairement… Et allez savoir pourquoi, notre héroïne pressent d’entrée de jeu que les adooorables bambins dont elle a la charge sont menacés par les fantômes des deux affreux.

Et cela, sans que l’intendante de la maison ne se pose la question de devoir la faire interner ! Ben oui quoi… voir des morts et psychoter d’entrée de jeu sur le fait qu’ils viennent menacer les enfants… C’est normal !

C’est là toute la faiblesse ce cette longue nouvelle de 160 pages… L’auteur sait distiller le suspense avec art, mine de ne pas y toucher… Mais les atermoiements, tergiversations et cogitations de l’héroïne ainsi que les dialogues entre elle et l’intendante de la maison tournent autour du pot en permanence.

Les dialogues sont presque illisibles, tant les personnages sont censés se comprendre sans jamais finir leur phrases pleines de trous…

Bien qu’amatrice de l’écriture parfois chargée ou complexe du XIXème siècle, et que la trame de l’histoire est dans le plus pur jus du gothique victorien (Henry James n’a été naturalisé britannique que six mois avant de mourir mais a écrit une bonne part de son œuvre sous le règne de Victoria), j’ai vraiment été rebutée par la construction narrative de cette nouvelle.

Ne connaissant pas d’autres œuvres d’Henry James, je me demande s’il s’agit de son style… Où s’il n’a pas seulement dépeint avec un rare talent le point de vue subjectif de son héroïne un tantinet hystérique et torturée qui pourrait être aussi folle que les fantômes sont vrais… genre de psychologie de personnages qui m’est généralement pénible (cf mon aversion notoire pour Scarpetasse, héroïne de très bons polars… mais personnage que je trouve imbuvable !).

Pour le savoir… Et bien je vais être obligée de me taper une autre nouvelle de cet auteur ! Et de préférence une nouvelle qui ne m’empêche pas d’éteindre la lumière quand je suis toute seule la nuit… Parce que mine de rien… L’ambiance et assez oppressante, et l’intrigue plutôt costaude.

En résumé : une nouvelle emblématique du gothique victorien, à l’histoire prenante, jouant sur les ambiances, le mystère et le non dit, qui tient du roman psychologique en nous faisant peu a peu basculer de l’oppression aux limites de la folies à travers le récit d’une la narratrice confrontés à des revenants pas très sympathiques…

Reste à réussir à s’identifier à elle et à être assez à l’aise avec cette écriture chargée voire un poil alambiquée typique de la période.

Étoile 3

Watership Down : Richard Adams

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Titre : Watership Down

Auteur : Richard Adams
Édition : Monsieur Toussaint Louverture (2016)
Date de publication originale : Novembre 1972

Résumé :
C’est dans les fourrés de collines verdoyantes et idylliques que se terrent parfois les plus terrifiantes menaces. C’est là aussi que va se dérouler cette vibrante odyssée de courage, de loyauté et de survie.

Menés par le valeureux Hazel et le surprenant Fyveer, une poignée de braves choisit de fuir l’inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, malices et légendes vont guider ces héros face aux mille ennemis qui les guettent, et leur permettront peut-être de franchir les épreuves qui les séparent de leur terre promise, Watership Down. Mais l’aventure s’arrêtera-t-elle vraiment là ?

waterCritique :
Mais que voilà un excellent roman d’aventure, une quête qui s’apparente à celle d’un Ulysse ou d’une Communauté de l’Anneau, sauf que dans ce cas-ci, ce sont des lapins qui en sont les héros !

Non, je vous rassure de suite, je n’ai pas fumé le kilo de basilic ou bu mon stock de bière trappiste Westvleteren !

On pourrait se demande ce qu’il y a de passionnant ou de captivant à suivre une dizaine de lapins qui ont fui leur garenne à cause de la prémonition de l’un d’eux, mais je vous jure que tous les ingrédients de la Grande Aventure sont réunis et que nos lapins sont aussi bien travaillés que si c’était des humains.

544 pages d’aventures, de péripéties, de dangers, d’amitié, et de découvertes de différentes garenne…

Et ces garennes, elles ont rudement un air de nos différentes sociétés ! Que se soit la dictature d’un tyran lapin, que se soit des lapins qui ont le ventre plein mais qui sont résignés ou des lapins de clapier, tout y est bien expliqué et différencié.

Nos héros lapins sont eux aussi bien différenciés, entre le timoré, le bagarreur, le conteur, le calme, le rigolo, le visionnaire ou celui qui devient un héros sans le vouloir, leur portrait est complet et ils sont tous attachants.

Oui, j’ai tremblé durant leur périple jusque la terre promise de Watership Down et tremblé lors de leur quête de hases pour peupler leur nouvelle garenne. Il y avait du suspense, des bagarres, des temps forts, des tensions, de la sueur au bout de mes mains.

L’auteur a aussi pris le temps aussi de développer toute une culture autour de nos lapins, leurs contes, leurs légendes, leur vision de la création du monde, leurs habitudes, leurs moeurs, leur langage particulier, dont le récit est truffé de mots inconnus dont on comprend vite le sens sans devoir aller dans le lexique…

Pour les lapins, fu inlè désigne le moment qui suit le lever de la lune.

Plusieurs d’entre eux étaient presque sfar – c’est l’état qui s’empare d’eux lorsque, paralysés par la peur ou l’épuisement, ils se figent, pétrifiés, les yeux rivés sur le vilou qui s’approche pour leur ôter la vie.

Lire les histoires de Shraavilshâ, le lapin malin de leurs légendes, fut un vrai plaisir. Assurément, le lapin Dandélion est un excellent conteur !

Shraar-Vilou-Shâ, ou Shraavilshâ – le « Prince-aux-mille-ennemis » –, est pour les lapins un héros mythique, malin, l’indécrottable défenseur des opprimés. L’ingénieux Ulysse en personne lui a peut-être même emprunté quelques-uns de ses tours, car Shraavilshâ est très vieux et jamais à court d’imagination pour tromper ses adversaires.

J’ai passé un excellent moment de lecture avec les aventures de Hazel, Fyveer, Bigwig, Dandelion, Silvère, Rubus, Pipkyn, Rahmnus, Spidwil et Akraan. Puis des autres lapins qui se joignirent à eux.

Pour les lapins, tout ce qui est inconnu est dangereux. Leur premier réflexe est de sursauter, le second, de déguerpir.

Une grande épopée où l’Homme s’en prend plein la gueule avec sa manie de tout détruire, son irrespect pour la Nature et ses animaux, une vision réaliste de la société des lapins (si vous en avez eu, vous savez que ce sont de grands couillons), des aventures lapinesques souvent violentes et cruelles, un grand voyage, une quête, de l’amitié, de la bravoure, de  l’intelligence et de la malice de lapin.

Un superbe roman ou la belette est un vilou, l’ennemi des lapins !

Étoile 4,5

« A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

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Nos âmes la nuit : Kent Haruf

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Titre : Nos âmes la nuit

Auteur : Kent Haruf
Édition : Robert Laffont (2016)

Résumé :
Dans la petite ville de Holt, Colorado, déjà théâtre des événements du Chant des plaines, Addie, 75 ans, veuve depuis des décennies, fait une étrange proposition à son voisin, Louis, également veuf voudrait-il bien passer de temps à autre la nuit avec elle, simplement pour parler, pour se tenir compagnie ? La solitude est parfois si dure… Bravant les cancans, Louis se rend donc régulièrement chez Addie.

Ainsi commence une très belle histoire d’amour, lente et paisible, faite de confidences chuchotées dans la nuit, de mots de réconfort et d’encouragement. Une nouvelle jeunesse apaisée, toute teintée du bonheur de vieillir ensemble.

Mais voilà, bientôt, les enfants d’Addie et de Louis s’en mêlent, par égoïsme et surtout par peur du qu’en-dira-t-on.

une_definition_de_l_amourCritique : 
Que faire lorsqu’on est veuve, qu’on a plus de 70 ans et qu’on trouve la nuit longue et ennuyeuse ?

Et bien on demande à un de ses voisins, veuf lui aussi, dans la même tranche d’âge, à venir partager son grand lit froid pour papoter, faire connaissance et ne plus être seule avec ses pieds froids.

Addie n’a pas eu froid aux yeux de faire cette proposition à Louis et ce dernier a accepté.

Commence alors une belle amitié que l’auteur, en peu de pages, a su faire évoluer vers une belle complicité, faisant de ce couple d’une nuit, des amis d’une vie.

Les romances ne sont pas pour moi, en littérature, mais celle-ci est belle, touchante, merveilleuse, parce qu’elle aborde un sujet tabou : l’amour en personnes d’un certain âge.

Bien que Addie et Louis ne pratique pas la bêbête à deux dos, dans leur dos, ça cancane, ça ragotte, ça regarde de travers, ça pense qu’ils se refont le kama sutra, sans penser qu’à leur âge, on a plus envie de compagnie que d’orgie sexuelle.

Mais les gens sont cruels, bêtes et méchants… Kent Haruf nous le démontre par A+B sans avoir besoin d’en faire des caisses.

J’ai passé des moments de bonheur avec ce couple improbable, avec le petite fils d’Addie, qui, traumatisé par la séparation de ses parents, a peur d’être abandonné et qui, dans la personne de Louis, trouvera un substitut de père et papy.

Mais vous savez comme moi que le bonheur des uns rend les autres jaloux… et que les enfants de notre papy et mamy ne voient pas ça d’un bon œil, alors que eux, dans leur vie, c’est désastre amoureux total !

L’auteur prendra le temps, durant ces trop courtes 180 pages, de nous éclairer sur le passé de nos amis, eux-mêmes se racontant leur vie de couple, leurs problèmes, leurs malheurs, et la solitude depuis quelques années.

C’est la boule au fond de la gorge et les larmes aux bords des yeux que je les ai laissé, me retirant sur la pointes des pieds pour ne pas qu’ils me voient avec les larmes aux yeux.

J’aurais aimé empoigner certains pour leur dire « De quoi te mêles-tu ? Serais-tu jaloux de leur bonheur alors que toi tu en es incapable ? », mais je n’ai rien dit parce que je me suis demandée ce que nous ferions si c’était notre mère ou notre père qui, une fois arrivé dans les 70 ans, agissait comme Louis et Addie…

Il est un fait que nous sommes intolérants et étroits d’esprit, surtout pour certaines choses et la vieillesse en fait partie. Certains n’ont plus le droit d’être heureux et les tyrans ne sont pas que à la tête de certains pays, ils sont parfois dans vos familles, dans vos proches et vous pourriez être l’un d’eux.

Un très beau roman auquel je ne reprocherai qu’une seule chose : l’absence totale de guillemets ou de tirets cadratins pour marquer les dialogues, ce qui a rendu ma lecture plus difficile.

Malgré cela, c’est un coup de cœur car il y avait beaucoup de profondeur et de tendresse dans ses pages. De l’amour, de l’amitié et malheureusement, de l »incompréhension et de la jalousie.

Étoile 4

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Les aventures de Huckleberry Finn : Mark Twain

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Titre : Les aventures de Huck Finn

Auteur : Mark Twain
Édition : Hachette Bibliothèque Verte (1961)
Édition originale : 4 décembre 1884

Résumé :
On a rencontré Huckleberry Finn dans Les Aventures de Tom Sawyer où il figurait parmi les personnages principaux du roman.

Cette fois, c’est lui le héros. Huckleberry, Huck pour les amis, est un jeune vagabond livré à lui-même, son père, alcoolique et violent, ne faisant que de brèves apparitions dans sa vie.

Au début de l’histoire, on le retrouve adopté par une veuve riche et charitable, qui tâche de faire de lui un gentleman. Un véritable défi pour qui connaît Huckleberry. Pourtant, le sauvageon se civilise, apprend à lire… mais son père réapparaît, et Huck prend la fuite, en compagnie d’un esclave noir.

C’est le début d’une série d’aventures au fil des eaux tumultueuses du Mississippi, au cours desquelles on rencontrera une foule de personnages pittoresques, et bien sûr l’ami Tom Sawyer…

250px-huckleberry_finn_bookCritique : 
Dans le dessin animé, c’était mon préféré : Huck Finn le petit vagabond.

Mais on aurait tort de croire que le livre qui nous conte ses aventures sera aussi drôle que les aventures de Tom Sawyer…

Certes, il y a des moments où l’on sourit, mais voir ce jeune garçon être sous la coupe d’un oncle violent et alcoolique, obligé de se faire passer pour mort pour s’enfuir et qui va accomplir un périple de plus de 1.800 km sur le Mississippi avec un esclave noir en fuite n’a rien de drôle.

Oh, il est débrouillard, notre jeune Huck, il sait pécher et s’occuper d’un radeau, faire du feu, mais malgré tout ça, son voyage ne sera pas un long fleuve tranquille.

Déjà, ce qui choque, ce sont certaines pensées de Huck : il a volé un esclave et ça lui turlupine la conscience parce que cet homme appartient à quelqu’un ! Oui, il lui appartient comme un chien appartient à son maître ou une vache à son proprio.

Notre jeune garçon sera même horrifié lorsque l’esclave Noir, Jim (qui appartient à miss Watson) lui dit qu’une fois passé en zone libre, il travaillera pour racheter sa femme et ses deux enfants.

Là, Huck va avoir le palpitant qui fera des siennes parce que à cause de lui, des hommes seront privés de leurs esclaves !

Je me suis dit que le Bon Dieu savait bien que je volais le Nègre d’une pauvre vieille qui ne m’avait jamais fait de mal, et qu’Il ne permettrait pas que je continue à agir de cette façon. Je me sentis le plus perdu des pécheurs…

Par contre, notre Huck aura des scrupules à voir les deux escrocs qui l’ont accompagné se faire passer au goudron et aux plumes. La morale n’est pas dévolue aux mêmes choses chez lui que chez moi.

— C’est pas un banc de sable qui nous a arrêtés. C’est un cylindre qui a éclaté.
— Grand Dieu ! y a-t-il eu des blessés ?
— Non, seulement un nègre de tué.
— Allons, tant mieux ; quelquefois, il y a des gens qui sont touchés.

Pire, Huck devra faire taire les préjugés racistes qu’on lui a inculqués pour enfin se résoudre à aller demander pardon à son meilleur ami qu’il a gravement offensé en lui faisant croire qu’il avait rêvé sa disparition.

Il m’a bien fallu un quart d’heure pour me décider à aller m’humilier devant un Noir, mais j’ai fini par le faire, et je ne l’ai jamais regretté. Je ne lui ai plus jamais joué de mauvais tour, à Jim, et je ne lui aurais pas joué celui-là si j’avais pu prévoir que cela lui ferait tant de peine.

Autre temps, autres mœurs… Les pensées de Huck Finn ne sont jamais que le reflet des pensées des Sudistes et en se baladant avec lui sur le fleuve, on va en lire des vertes et des pas mûres sur la société humaine et plonger dans ce qu’elle a de plus sombre, nous faisant apercevoir une violente remise en cause des normes sociales et de la religion.

Et pour commencer j’allais me mettre au travail et j’allais voler Jim de nouveau, pour le sortir de l’esclavage ; et si je trouvais quelque chose d’encore pire, je ferais ça aussi ; puisque, comme j’étais dedans, et que j’y étais jusqu’au cou, autant que j’aille jusqu’au bout.

Et Huck va changer, on le sent bien, après l’incident où il a fait de la peine à Jim et est aller lui demander pardon. Oui, miracle, Huck voit que l’esclave Noir (dans le livre, il dit Nègre) est un homme blanc à l’intérieur, qu’il est comme lui !

Lui qui voulait dénoncer Jim, n’y arrivera pas et se surprendra même à mentir pour le couvrir.

Malgré tout, sa conscience viendra de temps en temps le tourmenter et la perspective de finir en Enfer pour le péché du vol d’un Noir (il est noté Nègre dans le roman) lui donnera des sueurs froides avant de se décider à affronter l’Enfer.

— Tant pis ! J’irai en enfer ! […] Et pour commencer j’allais me mettre au travail et j’allais voler Jim de nouveau, pour le sortir de l’esclavage ; et si je trouvais quelque chose d’encore pire, je ferais ça aussi ; puisque, comme j’étais dedans, et que j’y étais jusqu’au cou, autant que j’aille jusqu’au bout.

Oui, à cette époque, les Blancs sont paralysés par les peurs religieuses et les Noirs sont paralysés par des peurs superstitieuses…

Les moments les plus drôles seront avec les deux escrocs et aussi quand Huck retrouvera Tom.

Mais à un moment donné, j’en ai eu marre des pitreries de Tom pour transformer l’évasion facile de Jim en truc rocambolesque juste par soucis d’aventure et pour pimenter le jeu (comme creuser un tunnel plutôt que déclouer une planche, et le creuser au couteau plutôt qu’à la pelle et à la pioche…).

Là il a poussé le bouchon un peu loin, le Tom Sawyer !

Un roman assez sombre qui nous éclaire très bien sur les pensées qu’avaient les Sudistes à propos des Noirs et que certains ont toujours, hélas.

Un roman abolitionniste, anti-raciste, un roman où un enfant prend une décision importante dans sa vie, avec tous les risques que cela comporte car c’est, à cette époque là, un véritable vol punissable que Huck réalise.

Le racisme des Blancs vis-à-vis des Noirs est sans doute enraciné à vie chez certains…

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

Les Quatre Filles du docteur March : Louisa May Alcott

Les Quatre Filles du docteur March

Titre : Les Quatre Filles du docteur March – Little Woman

Scénariste : Louisa May Alcott
Dessinateur : Nev

Édition : Nobi Nobi ! (2015)

Résumé :
Une année, avec ses joies et ses peines, de la vie de Meg, Jo, Beth et Amy March, quatre sœurs âgées de onze à seize ans. Leur père absent – la guerre de Sécession fait rage et il est médecin dans l’armée nordiste -, elles aident leur mère à assumer les tâches quotidiennes.

Ce qu’elles font avec leur caractère bien différent : Meg, la romantique, qui va éprouver les émois d’un premier amour; Jo, qui ne se départit jamais d’un humour à toute épreuve; la généreuse Beth; la blonde Amy, enfin, qui se laisse aller parfois à une certaine vanité…

quatre_filles_docteur_march_page_3Critique :
Ce manga m’était tombé dessus par hasard et je m’étais suis dit que se faire un classique dans cette version pouvait n’en être que meilleure.

Je connaissais ces éditions pour avoir lu leur adaptation de Sherlock Holmes (dont je n’aimais pas le nez !).

Little Woman, dans la V.O raconte le destin croisés d’une famille de femmes : la mère et ses quatre fille qui attendent le retour du mari/père, médecin dans l’armée nordiste (aumônier dans la V.O).

Évidement, au premiers abords, on pourrait trouver le récit nunuche et pétri de bons sentiments avec ces 4 sœurs qui, dans un premier temps, voulaient s’offrir des cadeaux pour Noël, décident de mettre leurs économies en commun pour acheter des cadeaux à leur mère.

Nos quatre filles sont gentilles, bien élevées, serviables, aident les plus pauvres alors que leur père, ayant aidé un ami dans ses affaires s’est retrouvé entraîné dans une faillite et malgré tout ça, elles n’ont pas la haine.

Oui, le récit est très moralisateur car Jo sera punie d’avoir boudé sa petite soeur, Amy, toutes auront à payer le prix de ne pas avoir donné un coup de main à la tendre Beth, toutes se diront à un moment donné qu’on ne les y reprendra plus, mais au lieu d’être indigeste, le récit est agréable à lire car on s’attache vite aux filles, surtout à Jo, le garçon manqué.

Il y a de la tragédie aussi, dans ces pages, il faut bien un peu de drame, mais on ne sombre jamais dans le mélo et tout cela reste bon enfant puisque le but du jeu est de nous faire passer un message, moralisateur, certes, mais les messages sont souvent moralisateurs.

Les personnages sont bien détaillés et ne sont pas figés car Amy la petite peste peut devenir plus douce, Jo peut tenter de contrôler ses colères et le grand-père de Théodore « Laurie«  Laurence, leur voisin, peut aussi laisser entrevoir son cœur.

Il y a moyen de se retrouver dans un peu chacune des filles, pas une précisément, mais un peu dans les quatre en même temps. Tout le monde y trouvera son compte, même les garçons qui peuvent s’identifier à Laurie, le jeune voisin qui apprécie fort la compagnie de Jo.

En plus, pour une œuvre publié en 1868 à l’origine, je la trouve tout de même assez avant-gardiste car en plus de mettre en scène principalement des femmes, il s’attache à leurs pensées et nous parle des aspirations totalement différentes des quatre filles, dont une voudrait être écrivain !

Une jolie chronique familiale qui fait du bien au moral, une histoire avec ses moments drôles, amusants, dramatiques, ses leçons de vie, sa morale, le tout en évitant l’écueil de la nunucherie ou du mélodrame guimauvien.

En une année, nos quatre filles ont évolués, ont grandi, ont appris, ont tiré des leçons de leurs comportements et ont mûri.

Un classique à découvrir, en manga ou en roman.

Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

Solomon Gursky : Mordecai Richler

Solomon Gursky - Mordecai Richler

Titre : Solomon Gursky

Auteur : Mordecai Richler
Édition : Du Sous-Sol (2016)

Résumé :
Moses Berger est encore enfant quand il entend pour la première fois parler de Solomon Gursky. Ce personnage mystérieux deviendra bientôt pour lui une obsession qui l’incitera à mener une vaste enquête aux quatre coins du monde. Toute sa vie sera consacrée à démêler le vrai du faux dans l’histoire d’un homme et d’une famille dont les origines sont drapées dans le mystère.

Nous entraînant dans les bas-fonds londoniens du XIXe siècle, en Arctique avec l’expédition de Franklin, dans l’Amérique de la prohibition, dans les paysages vallonnés des Cantons-de-l’Est d’hier et d’aujourd’hui, des hauteurs de Westmount jusqu’aux ruelles du Mile End, Solomon Gursky est un puissant récit qui nous captive par sa verve et son humour mordant.

Des grands romans de Mordecai Richler, il s’agit sans doute du plus ambitieux, car il met au monde une riche mythologie, à la mesure de la destinée des Juifs en Amérique.

c4ff07bdeb24e1f375fddb00b1b8a7daCritique :
Petite voix discordante dans toutes ces éloges pour ce roman… Parce que moi, j’ai aimé certains passages mais pas tout le roman. On peut en scalper une partie ?

C’était suite à une chronique élogieuse chez une copine blogueuse que j’avais acheté cette brique de 633 pages. L’objet est beau, tout blanc, couverture gaufrée, on aurait bien peur de le salir.

J’avais plus que hâte de le lire et il m’aura fallu une laborieuse semaine pour en venir à bout, littéralement aux forceps et même à la vêleuse à certains moments !

Nom de Zeus, pour un roman qui porte le nom de Solomon Gursky, l’un des protagonistes, il n’en parle pas assez à mon goût.

J’aurais aimé en savoir plus sur ce fameux Solomon ainsi que sur son grand-père, Ephraim, sur leur voyage en traineau dans le Grand Nord lorsque ce dernier enleva Solomon dans son traîneau tiré par des chiens.

Ce fut, selon un motif récurrent dans sa vie, un dangereux mélange de vanité, de concupiscence et de témérité qui précipita la chute d’Ephraim.

Mais j’ai dû ronger mon frein jusqu’à la page avant de recevoir mon dû et me gaver de leurs histoires. Et malgré tout, je ne sais pas encore tout…

Entretemps, durant 400 pages, on peut dire que l’auteur m’a aguiché, titillé, fait monter ma curiosité avec des passages consacrés à ces deux hommes hors-normes et juste quand j’étais bien ferrée, que j’étais immergée dans l’histoire, l’auteur changeait de main et faisait retomber mon plaisir en coupant ces merveilleux récits avec celui de Moses Berger, celui qui est obsédé par la vie de Solomon.

Mon aussi, Moses, je le suis, obsédée par ce personnage, mais si tu pouvais arrêter, durant ton enquête, de boire comme un trou, de te balader dans le néant, de trainer ton ennui, de tout foutre en l’air dans ta vie, de me souler avec tes considérations parce que cela me fait chi** durant ma lecture, tout ça. Je t’aurais remercié mille fois si tu l’avais bouclé et que tu t’étais viré du roman. Hélas…

On peut dire que je me suis réjouie durant un tiers du roman, lorsque je suivais Ephraim jeune dans les bas-fonds de Londres, en prison, dans le bateau, ou au Canada, lorsqu’il était plus vieux.

J’ai pris mon pied avec Solomon durant la prohibition et même avant, tant ce personnage est captivant et attirant comme une lumière pour des moustiques.

Sinon, niveau écriture, c’est pittoresque et le texte est émaillé de mots juifs, de mots d’argots qui rendent le récit plus vivant. Ça, j’ai apprécié.

Niveau personnages, ils sont bien travaillés et sont tellement à profusion que parfois, on ne sait plus qui est qui et ce qu’il a avoir dans le récit. Mais un bon point pour Bernard, le frère de Solomon qui est un vrai pourri !

— Eh bien, il est mort. C’est fini, maintenant.
— Fini ? Pas du tout. Ça ne fait que commencer. Maintenant, il va faire face à un juge qu’il ne pourra pas soudoyer.

Idem pour la construction du récit, les passages dans le temps ne sont pas toujours chronologiques et il y a intérêt  à être bien concentré pour ne pas y perdre son chemin, sinon, semez des petits cailloux blancs pour ne pas vous perdre.

C’était Jeremy, grand et beau, avec son chapeau à la Sherlock Holmes et son veston en tweed Harris.

Un roman dont j’attendais plus, mieux et qui, à mon sens, avec 200 pages de moins sur la jeunesse et les errements de Moses Berger, aurait été plus excitant pour moi.

— Je vais mourir, mademoiselle O.
— Ça vous dirait que je m’occupe de votre zizi ?

— Vous ne devinerez jamais ce que j’ai trouvé sous son lit. Une pile de Playboy. Avec des pages collées ensemble par son foutre.

— Regarde les choses en face, mon pote : on n’attrape pas la chaude-pisse en s’astiquant le moine.

Étoile 2

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US » chez Noctembule, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Gouverneur Général), le Challenge « Coupe d’Europe des Livres » chez Plume de cajou, le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et Le Pavé de l’Été chez Sur Mes Brizées (632 pages).

CHALLENGE - Pavé de l'été 2016

 

Landfall : Ellen Urbani

Landfall - Urbani

Titre : Landfall

Auteur : Elllen Urbani
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
Un matin de septembre 2005, Rose, à peine âgée de dix-huit ans, s’apprête à rejoindre La Nouvelle-Orléans avec sa mère. Les deux femmes vont porter secours aux sinistrés de l’ouragan Katrina.

Mais sur la route, leur voiture quitte la chaussée et percute une jeune fille. Cette inconnue, morte dans l’accident, seule et sans le moindre papier d’identité,, ne tarde pas à obséder la rescapée.

D’autant que dans sa poche on retrouve une page d’annuaire avec les coordonnées de la famille de Rose.

Celle-ci n’a alors d’autre choix que de retracer pas à pas le parcours de la victime, à travers une ville en ruine après le passage de l’ouragan.

katrina-new-orleans-floodingCritique :
Gallmeister, mon fournisseur de bonheur… et de grandes émotions. Mais avec ce roman, j’ai touché le ciel et reçu une forte dose d’émotion.

Si en débutant ma lecture, je n’ai pas très bien compris ce qui allait m’arriver, au bout de quelques pages, c’était fait et plus rien ne m’en aurait fait sortir. Même un ouragan dans mon plat pays qui n’est pas si plat que ça.

On découvre tout d’abord Rose, jeune fille blanche de 18 ans qui vit avec sa mère, Gertrude. Enfin, elle vit… On se pose des questions sur leur manière de vivre ou de ne pas vivre, car Gertrude est une mère étrange qui ne montre pas son amour, qui est distante, sévère, réprobatrice et à des idées bien à elle sur le fait qu’un enfant doit affronter la vie.

Si Rose ne commençait pas à se comporter en fille de son âge, elle aurait du mal à s’intégrer, elle serait une paria dans sa nouvelle école, la pire façon de vivre son adolescence. Je la protège, avait pensé Gertrude, un bras tendu pour libérer Rose de ce que représentait la boîte.

Quant à Rose, on la dirait transparente.

Pendant près de dix-neuf ans, Rose vécut avec une femme qu’elle connaissait à peine.

Ensuite, en alternance avec les chapitres consacrés à Rose, on a Rosy… Elle est Noire, vit à la Nouvelle-Orléans avec une mère qui montre son amour mais qui a de sérieux problèmes avec sa tête. Quant elle pique une crise de folie, ce n’est drôle pour personne. Mais Rosy, elle est vivante comparée à Rose !

Hélas, Rosy est vivante mais plus pour longtemps puisque, renversée par la voiture de Gertrude, Rosy décédera tandis que Rose vivra.

Et c’est là que la force de l’écriture entre en jeu : oui, Rosy est décédée dans les premières pages, mais puisque Rose tentera de reconstituer son parcours et que nous découvrirons en profondeur la vie de misère de Rosy et de Cilla, sa maman, ce sera comme si Rosy était toujours en vie.

Combien de fois n’aie-je pas craint pour la vie de Rosy lorsqu’elle se trouvait sur le toit de sa voisine, regardant l’eau monter après la rupture des digues suite à l’ouragan. Pourtant, logiquement parlant, je savais qu’elle avait survivre puisqu’elle meurt plus tard et ailleurs… Mais la plume d’Ellen Urbani l’avait ressuscitée et pour moi, elle vivait toujours.

Je vous parlais des émotions énormes ressenties lors de ma lecture et je dois dire que la fin du chapitre 8 m’a donné mal aux muscles de mes mâchoires. Je me suis trouvée à la limite de la rupture des digues aussi.

Émotions, oui, mais sans en faire des tonnes ou sombrer dans le pathos ! Avec peu de choses, en donnant corps à son récit, l’auteur vous fait revivre l’ouragan Katrina comme si vous y étiez et croyez-moi, vous n’avez pas envie d’y être au moment où cela arrive et encore moins de vivre ce qui se passa ensuite.

N’oublions jamais que lors d’une catastrophe, on s’entraide au départ et ensuite, quand l’eau et la bouffe viennent à manquer, l’instinct de survie supplante tout et l’Homme devient pire qu’un loup pour l’Homme.

Et l’auteur a su choisir ses mots, ses faits, les actions de ses personnages, pour nous donner une vue d’ensemble d’une partie de ce qui s’est passé. Nous ne saurons jamais tout, mais le peu que j’ai lu m’a donné mal aux tripes.

Si au départ je ne m’étais pas attaché à Rose et à sa mère, trouvant leurs vies fades comparées à celles de Rosy et de sa mère, Cilla, j’ai ensuite changé d’avis car Rose la Blanche et Gertrude la mère ont réussi à renverser la vapeur et à m’émouvoir. Il me suffisait de mettre leurs chaussures.

Rose perçut, enfin, que de l’autre côté des portes verrouillées de son enfance, une femme avait souffert aussi intensément qu’elle, avait autant pleuré pour Rose que Rose avait pleuré pour elle.

À une occasion seulement, Gertrude avait failli raconter à sa fille la femme plus jeune, plus légère qu’elle avait été.

Un magnifique roman que je ne regrette pas d’avoir ouvert, de l’émotion à l’état brut, une plume qui vous emporte ailleurs, une quête de Rose qui la changera définitivement et un portrait de la Nouvelle-Orléans quand elle a été touché de plein fouet dans sa chair.

Un portrait de l’Amérique pas toujours flatteur (accueil des réfugiés dans les différentes villes), des personnages bien travaillés, mais des portraits tout en nuances de gris car nous ne sommes jamais tout à fait noir ni tout à fait blanc et chacun voit midi à sa porte, qu’il soit réfugié ou maire ne sachant plus faire face à l’arrivée massive de gens ayant tout perdu et souffrant de mille maux.

Un grand roman rempli d’émotions qui restera dans ma mémoire et intégrera mes Coups de Cœur de l’année et de ma vie.

Merci madame Urbani pour cette merveilleuse histoire. Et un kleenex parce que la digue de mes yeux va se rompre.

Rose avait vivement refermé le livre sur le comptoir.
— T’es une belette.
— Je ne suis pas une belette, avait répondu Gertrude en alignant les conserves de soupe – une rangée de Campbell, une rangée de Progresso – dans l’armoire du haut. Je ne sais rien sur les belettes.
— Crois-moi, t’es une belette !
— Non. Je suis une libellule.
— Non. Peut-être que tu aimes les libellules, mais ça ne veut pas dire que tu en es une. T’es une belette.

Étoile 5

Le « Challenge US » chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

CHALLENGE - Gallmeister 10 ans

BILAN - Coup de coeur

L’ombre du vent : Carlos Ruiz Zafón

Titre : L’ombre du vent

Auteur : Carlos Ruiz Zafón
Édition : Grasset (2004) / Livre de Poche (2006)

Résumé :
Dans la Barcelone de l’après-guerre civile, « ville des prodiges » marquée par la défaite, la vie est difficile, les haines rôdent toujours.

Un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon – Daniel Sempere, le narrateur – dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés.

L’enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d’occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y « adopter » un volume parmi des centaines de milliers.

Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l’entraîner dans un labyrinthe d’aventures et de secrets enterrés dans l’âme de la ville : L’Ombre du Vent.

superthumbCritique :
Si je n’avais pas fait partie d’un obscur Book-Club, jamais ce roman ne serait arrivé entre mes mains. Mais voilà, puisqu’il était l’Élu du Mois et qu’il fut facile de le trouver en seconde main, je me suis dit « Pourquoi pas ? ».

554 critiques sur Babelio rien que pour ce roman, m’est avis qu’il avait dû faire un tabac à sa sortie et que je l’avais nié, ayant tendance à ne pas suivre le troupeau, du moins, pas toujours.

Alors, docteur, verdict ? Bonne prise en main… 636 pages, on peut dire que c’est une brique !

C’est donc vierge de tout a priori que j’ai entamé la lecture de ce roman dont les critiques vont de « super » à « nul ».

Mes premiers pas, enfin, mes premières lignes puis mes premières pages se sont bien déroulées et sans le remarquer, je suis entrée dans le livre toute entière, me prenant de passion pour le jeune Daniel Sempere qui tente de rassembler des bribes sur la vie de Julián Carax, auteur d’un roman intitulé « L’ombre du vent » et dont on ne trouve plus d’exemplaires disponibles sur le marché.

Je me suis prise au jeu de l’enquête, j’ai dévoré chaque information que je recevais, je me suis attachée à Daniel que nous suivrons de ses 11 ans à ses 30 ans dans cette quête qui paraît insoluble.

Si les personnages manquent parfois un peu d’étoffement, certains sont hauts en couleurs, notamment Fermín Romero de Torres, un vagabond qui deviendra ami avec la famille Sempere.

Lui, ses dialogues, ses métaphores, ses pensées, c’était le petit Jésus en culottes de velours tant il m’a fait rire, sourire ou acquiescé à ses maximes. Il est magnifique, Fermin, comparé à un Daniel qui est souvent un peu benêt, sans que le mot soit dépréciateur du personnage, mais Daniel, il est naïf et c’est ce qui fera son charme.

Certes, on me dira que l’histoire est cousue de fil blanc, je le sais, je l’ai remarqué aussi, ayant même déduit des choses qui me furent confirmées au fil de l’histoire, mais malgré tout, ce fut un plaisir de lecture.

Une bouffée d’air frais, voilà ce qu’est ce roman ! De l’oxygène au milieu de tous mes p’tits noirs que j’avale sans sucre. Ce roman, c’est la pâtisserie, le beignet rempli de sucre qui vous colle aux doigts tant il ne veut plus vous lâcher. Oui, on suce ses doigts ensuite pour ne rien perdre…

Ce roman, c’est de l’humour sans modération, de l’humour fin, noir parfois, tinté de cynisme, souvent, et une fois entamé, on y retourne avec délice, comme avec les sucreries.

De plus, j’ai aimé aussi me farcir une partie de l’Histoire de la ville de Barcelone de l’après-guerre (et pendant guerre civile) et de l’Espagne de Franco, aussi. Sans que l’auteur s’épanche trop, il nous livre tout de même un portrait peu flatteur de cette période noire et j’ai savouré tous les petits détails que j’ai lu dans ces pages.

L’ombre du vent, c’est une friandise, un Sugus au citron de Fermin, un beignet rempli de chantilly – ou la pâtisserie que vous préférez, je ne voudrais pas faire des jaloux – sans pour autant sombrer dans le gnangnantisme (© Larousse 2028), la guimauve ou l’abus de sucre qui, comme vous le savez, est mauvais pour la santé.

Après cette bouffée d’oxygène, je peux replonger dans les profondeurs troubles des romans  noirs.

Attention, afin d’éviter tout risque de surpoids, de diabète et toussa toussa, n’abusez pas de ces bonnes choses que sont les romans sucreries qui font du bien au moral. Sinon, « Lisez, bougez » car les romans écrit avec savoir se dégustent avec sagesse.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix du meilleur livre étranger en 2004) et le Challenge « Le mois Espagnol » chez Sharon.