La chasse : Gabriel Bergmoser

Titre : La chasse

Auteur : Gabriel Bergmoser
Édition : Sonatine (18/03/2021)
Édition Originale : The hunted (2020)
Traduction : Charles Recoursé

Résumé :
Frank s’occupe d’une petite station-service paumée au milieu de l’immensité sauvage australienne.

Un jour, une jeune femme arrive en trombe, blessée. Aidé par un couple de voyageurs, Frank tente de soigner les blessures de l’inconnue lorsque de mystérieux assaillants arrivent sur les lieux.

Coupés du monde, les occupants de la station-service vont devoir alors faire face à un véritable siège.

Critique :
♫ Ce matin, un lapin, a tué un chasseur ♪ C’était un lapin qui avait un fusil ♪

Dans le bush australiens, des chasseurs chassent des cochons ou tout autre gibier sans défense. Imaginez maintenant un gibier plus intelligent et combatif que les autres et paf, le lapin tue un chasseur (il avait un fusil, suivez un peu !).

Pas content les chasseurs, furax, même, que le gibier leur rende la monnaie de leur pièce au lieu de se laisser tuer tranquillou. Eux peuvent ôter la vie, pas le contraire.

Le lapin, blessé, s’enfuit et va se réfugier chez un cerf. ♫ Cerf, cerf, ouvre-moi, où le chasseur me tuera ♪ Notre cerf, pas crétin non plus, sait se défendre, lui aussi, contre les chasseurs. Et ça va saigner !

Pourtant, mesdames et messieurs des jurés, le lapin a certes tué des chasseurs, mais il était en état en légitime défense, retournant les pièges des de ses ennemis contre eux. Pareil pour le cerf. Allez expliquer ça aux chasseurs, vous…

Ce thriller, j’ai failli ne pas dépasser la page 50 tant je n’y trouvais rien qui me plaisait habituellement dans le bush australien. Personnages un peu fades, sans vraiment de relief au départ, récit qui mettait du temps à se mettre en place, un autre qui commençait quelques jours plus tôt…

Après avoir sauté quelques paragraphes et soupiré beaucoup, le récit s’est soudain mis en place, les personnages ont commencé à prendre de l’ampleur, des formes et l’action a été bien rythmée jusqu’au bout, ce qui fait qu’après un début poussif, j’ai cavalé pour connaître la fin, ayant même du mal à lâcher le roman.

Certains l’ont comparé au génialissime « Cul-de-sac » de Douglas Kennedy. Que nenni, on oublie la comparaison, elle ne tient pas la route. Vu la violence qu’il y a dans ses pages, on tiendrait plus d’un Mad Max version siège d’une pompe à essence.

Leur seul point commun est que des gens vivent dans un petit bled paumé, véritable trou du cul du trou du cul du trou du cul du bush (australien toujours, par George W. !) et qu’ils sont bizarroïdes. Je n’en dira pas plus. Sauf que ce roman n’a pas la carrure de Cul-de-sac !

Tout ce que je retiendrai de cette lecture, c’est que lorsque l’action commence, on rentre de plain pieds dans le glauque, dans le gros dégueulasse, dans l’horreur absolue, dans la noirceur humaine, sans panache, puisque les Méchants du récit sont le plus souvent bêtes (sans être drôles), violents, imbus d’eux-mêmes…

Oui, des Méchants de crétins congénitaux mais ils n’ont aucune étoffe pour en faire des Méchants digne de ce nom, de ceux qui laissent des traces dans votre inconscient.

Joffrey (GOT) était une saloperie de méchant qui a marqué les esprits, malgré que c’était un couard sur les champs de bataille et une grande gueule. Ici, que dalle. Même le meneur des Méchants ne marquera pas mon esprit. 

Dans le rôle des Bons, on a un peu plus de nuances, Franck le pompiste va évoluer, sa petite-fille, Allie, aussi et cette aventure sanglante va les rapprocher, les faire communiquer (bigre, s’il faut affronter la mort pour qu’un ado ouvre sa bouche, ça va vite devenir lourd pour la famille de ces ados).

Voilà un roman dont j’ai dévoré le final, l’adrénaline me collant aux mains qui devenaient moites et pourtant, il ne m’a pas marqué pas du tout et ne me laissera aucun souvenir impérissable (tandis que je me souviens du plaisir de lecture que fut Cul-de-Sac). Aussitôt lu aussitôt oublié (enfin, d’ici quelques jours, j’ai pas Alzheimer non plus).

À lire si on veut son quota d’adrénaline durant sa lecture (faut dépasser la page 50 quand même, même un peu plus) et lire des scènes de combats, de la baston, des meurtres gratos, de la chasse à l’Homme, des crétins congénitaux armés, des armes qui aboient, du sang qui gicle, des mecs badass, de la testostérone, de la virilité, des femmes qui en ont dans le pantalon, des gros pickup roulant à fond, des étendues désertiques, de la folie humaine…

Le tout incorporé dans un récit sans dialogues transcendantaux, avec un scénario plus que classique, bourré de violences qui sont juste là pour mettre de l’action et faire monter l’adrénaline du lecteur.

Bah, au moins, mon petit cœur a battu un peu plus fort ! Un roman qui pourrait donner un blockbuster survitaminé avec un Jason Statham pour baffer les vilains méchants pas beaux et Tom Raider pour lui filer un coup de main.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°08].

Toucher le noir : Yvan Fauth et Collectif

Titre : Toucher le noir

Auteurs : Collectif (sous la direction d’Yvan Fauth)
Édition : Belfond (03/06/2021)

Résumé :
Onze grands noms du thriller français nous font toucher le noir, jusqu’au creux de l’âme…

Solène Bakowski, Éric Cherrière, Ghislain Gilberti, Maud Mayeras, Mickaël Mention, Valentin Musso, Benoît Philippon, Jacques Saussey, Laurent Scalèse, Danielle Thiéry, Franck Thilliez.

Ces onze auteurs prestigieux, maîtres incontestés du frisson, nous entraînent dans une exploration sensorielle inédite autour du toucher.

Avec eux, vous plongerez dans les plus sombres abysses, effleurerez la grâce et l’enfer d’un même geste, tutoierez l’horreur du bout des doigts…

Dix nouvelles inédites pour autant d’expériences tactiles, éclectiques, terrifiantes et toujours surprenantes.

Oserez-vous frôler le noir d’aussi près ?

Critique :
Un recueil de nouvelles, c’est comme un ballotin de pralines : on ne sait pas sur quoi on va tomber.

La renommée du chocolatier ne fait pas tout, vous pourriez très bien tomber sur une praline dont le goût ne vous plait pas, même si l’artisan y a mis tout son cœur, toute sa science et qu’il a adoré le goût de sa création.

Ces pralines littéraires avaient toutes un goût de reviens-y !

Cette addiction est la même qu’avec la boîte de chocolat, le ballotin de pralines : vous vous jurez que c’est la dernière, qu’ensuite, vous arrêterez jusqu’à demain matin et puis, bizarrement, vous vous dites que vous en prendriez bien une dernière pour la route, puis une autre…

Avant de pousser plus loin ce recueil et d’aller enfin au lit afin de savoir vous lever demain matin.

8118 est la nouvelle qui ouvre le bal, la première praline qui vous explose en bouche et vous donne envie de replonger pour ressentir ce même effet avec les suivantes. Raconter l’histoire à rebours était une riche idée. C’était diabolique ! (5/5)

Le Retour de Soirée était comme j’aime les nouvelles : inattendue, celle qui vous tacle, qui vous fait ouvrir la bouche, béate de surprise. Putain, Valentin Musso m’a scotché au canapé. C’était machiavélique ! (5/5)

L’ange de la Vallée (de Solène Bakowski) qui, en plus de nous offrir un voyage dans le temps, nous a plongé dans l’obscurantisme, la folie religieuse, dans les pulsions humaines les plus abjectes, dans la cupidité, la recherche du profit à tout prix. J’ai fermé les yeux quelques instants à la fin de la lecture tellement j’avais été secouée. C’était horrifique ! (5/5)

Signé de Benoît Philippon nous fera toucher l’art du bout des doigts tout en nous mettant le cœur au bord des lèvres. Le film « Le tatoué » était drôle, sa nouvelle, par contre, ne l’est pas du tout. Elle est bien noire et retorse, comme je les aime. Parce que pour marquer durablement les lecteurs, un twist final est toujours ce qui marche le mieux. C’était sadique ! (5/5)

Mer Carnage de Éric Cherrière m’a un peu moins emballée. La vengeance est un plat qui se mange froid et pour se venger, l’Homme est prêt à traverser tout. Finalement, c’est à se demander qui est le plus monstre des deux entre le vengeur ou le coupable. Je pencherais pour le vengeur qui ne réfléchit à rien et qui pourrait priver bien des gens du talent de celui qu’il veut abattre. C’était trop classique. (3/5)

No smoking de Michael Mention est la plus longue des nouvelles. Même sans sa signature, on reconnaît entre mille la patte de l’auteur qui va nous entraîner dans un huis-clos entre deux personnages coincés dans un ascenseur. ♫ Deux étrangers qui se rencontrent ♪ Dans l’ascenseur déjà le désir monte ♪… Le désir de fumer(en 1971, il était, hélas, permis de fumer partout). Désir de s’énerver sur cette panne… Leur échange verbal sera des plus intéressants et une fois de plus, j’ai été mise au sol violemment. C’était magnifique ! (5/5)

Doigts d’honneur de Danielle Thiéry nous prouve que l’on peut faire du policier avec peu de pages, que l’on peut parler de la noirceur de l’Homme sans que cela fasse l’épaisseur d’un pavé et qu’avec peu, on peut faire beaucoup. La musique n’adoucit pas les mœurs, sans doute adoucit-elle les meurtres. C’était la musique, oui la musique ♫ (4/5)

L’ombre de la proie de Ghislain Gilberti avait un goût de nouvelle fantastique. J’ai apprécié le récit, le final que je n’ai absolument pas vu venir mais il m’aura manqué les émotions durant la lecture de son récit. Je n’ai pas vibré comme avec les autres, ni comme l’auteur a déjà su me faire vibrer dans ses romans. C’était vampirique. (3,5/5)

Une main en or de Jacques Saussey ressemble à une nouvelle tout ce qu’il y a de plus normale, au début. Une prison, une envie d’évasion… On s’évade et puis là, tu te prends l’équivalent d’une porte de prison dans la gueule. C’était clinique. (4/5)

Zeru Zeru de Maud Mayeras nous entraînera dans un village africain où ont lieu des pratiques d’un autre âge mais qui ont toujours court de nos jours. Son histoire est terriblement noire, horrible, inhumaine, violente. C’était tragique ! (4/5)

Et on terminera avec 8118 à nouveau, la première nouvelle auto-reverse, comme nos bons vieux lecteurs de K7 audio du siècle dernier.

L’art de la nouvelle n’est pas facile, mais une fois de plus, les auteurs ont réussi le challenge sans que l’on ait une sensation de trop peu à la fin de notre lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°07].

Le Prince de la nuit – Tome 9 – Arkanéa : Yves Swolfs et Thimothée Montaigne

Titre : Le Prince de la nuit – Tome 9 – Arkanéa

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Thimothée Montaigne

Édition : Glénat (06/11/2019)

Résumé :
Les liens du sang sont éternels…

Kergan s’est désormais trouvé une nouvelle compagne en la personne d’Anna, qu’il a récemment transformée malgré les réticences d’Arkanéa.

Mais alors qu’il croyait s’être émancipé de sa propre créatrice, celle-ci est capturée par Arthémius, conseiller religieux du prince Vladimir, et soumise à de cruelles tortures au sein d’un monastère.

Car l’homme d’Église fait montre d’une ferveur redoutable pour mieux connaître la nature et l’origine des vampires.

Au nom de son dieu unique, il s’autorise à devenir plus maléfique encore que les créatures qu’il prétend combattre.

Partageant la souffrance d’Arkanéa, Kergan prend alors conscience de la puissance du pacte qui les unit. Les liens du sang sont éternels…

Critique :
Kergan a pris son envol, il s’émancipe, il veut s’affranchir de sa meneuse, de sa créatrice et faire d’Anna sa nouvelle compagne.

Comme Arkanéa n’est pas chaude pour un plan à trois, vu que ce sera encore plus difficile de se nourrir et d’échapper aux Humains, il lui fait le coup du crayon : il se taille !

Le Raspoutine de service, grand protecteur de la Foi, réussi à capturer Arkanéa et à lui faire livrer ses petits secrets vampiriques. Et comme Kergan est lié à elle, il va ressentir chacune de ses souffrances.

La religion tient une place importante dans ce neuvième album, surtout lors des discussions entre l’espèce de Raspoutine, qui se sent plus chrétien que le Christ lui-même, qui se sait investi d’une mission divine avec l’accord de Dieu (qui une fois encore, n’a sans doute rien demandé).

Frère Arthémius considère comme blasphème les croyances de certains qui ont pour dieux les éléments de la Nature, comme ce fut le cas pour Arkanéa, avant de devenir vampire et comme c’est toujours le cas pour ceux qui résistent encore à la conception d’un dieu unique.

Kergan commence à montrer le vampire qu’il deviendra, lorsque nous le recentrerons plus tard, dans les premiers albums car, tel les humains qui adoptent un animal de compagnie, il fera ensuite comme beaucoup en abandonnant Anna à son triste sort dans les bois.

Une fois de plus, si les dessins de Montaigne ne sont pas ceux de Swolfs auxquels j’étais habituée, j’ai apprécié son trait, même si, comme pour le précédent album, le blanc des yeux, trop présent, donne à bien des personnages des traits hallucinés.

Les personnages ne sont pas tout blancs ou tout noirs, on a des nuances, la ligne rouge est toujours proche et à force de regarder dans l’abyme, l’abyme regarde en nous aussi.

C’est un très bon scénario, que j’ai apprécié et qui nous offre des êtres vampiriques comme je les aime, sans états d’âmes, ne se nourrissant pas de sang de biches innocentes au fond des bois, mais bien de sang humain.

Ma foi, ça valait peut-être le coup d’attendre si longtemps avant de retrouver Kergan le vampire (que je ne pensais plus jamais revoir autrement qu’en relisant mes anciennes bédés) dans des récits maîtrisés, cohérents et de très bonne facture, ce tome-ci étant encore mieux que le précédent.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 46 pages).

Le Prince de la nuit – Tome 8 – Anna : Yves Swolfs et Thimothée Montaigne

Titre : Le Prince de la nuit – Tome 8 – Anna

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Thimothée Montaigne

Édition : Glénat (14/11/2018)

Résumé :
Kergan parcourt depuis huit cents ans les steppes et forêts d’Europe centrale. Des siècles de chasses nocturnes, en compagnie de son initiatrice Arkanéa, qui lui ont apporté la force et l’expérience d’un vampire ancien…

En cette année 1013, les deux compagnons font halte à Kiev où le seigneur Vladimir règne en maître absolu.

C’est ici que Kergan, désormais prêt à obéir à ses propres instincts, va décider de s’émanciper d’Arkanéa. Et de marquer de ses crocs le cours de l’Histoire…

Critique :
Génial, je pourrai maintenant me vanter partout que j’ai lu Montaigne… Son essai était très bon, même si ses dessins ne suivent pas la ligne que Swolfs adoptait.

Oui, bon, c’est Thimothée Montaigne (et non Michel) et il est dessinateur, mais sur un malentendu, ça pourrait le faire, non ?

Encore un gros retour aux sources de ma part.

Après avoir lu les deux derniers albums de « Légende », j’ai enchaîné avec cette autre saga de Swolfs : le vampire Kergan, dont j’avais lu le premier tome en 1995 (ça ne me rajeunit pas, tout ça).

Hormis un album en dessous des autres (tome 4 : Le journal de Maximilien), le reste de la saga était de bonne facture, même si je regrettais toujours que les visages se ressemblent fort avec ceux des autres séries de Swolfs.

Une fois de plus, qui dit changement de dessinateur dit changement de style et même si celui de Montaigne est très réaliste et qu’il exécute parfaitement bien les dessins, que se soit pour les visages ou les décors. Par contre, le blanc des yeux était fort présent et donnait un regard halluciné à bien des personnages.

À d’autres endroits, j’aurais préféré une ligne plus claire afin d’avoir plus de finesse dans les détails des visages.

Dans le précédent album, nous avions assisté aux débuts de Kergan en tant que vampire. Dans celui-ci, nous allons assister à son émancipation, après 8 siècles à sillonner le monde à ses côtés. Pour le moment, lui et sa mentor sont dans l’Europe de l’Est, dans la région de Kiev.

Complots, politique, espionnage, paranoïa, enquêtes sur les cadavres exsangues retrouvés et l’amour se trouvent au menu de cet album et comme nous le savons tous et toutes, l’amour et la politique ne font pas bon ménage quand des oreilles indiscrètes écoutent aux portes.

Kergan n’a pas fait preuve de prudence et le frère Arthémius, qui ressemble à Raspoutine, va mener sa petite enquête pour retrouver le buveur de sang. Ce sinistre personnage est un serviteur de Dieu (qui n’a sans doute pas engagé cet espère d’illuminé) et tout ce qui ne l’agrée par, heurte son âme.

Cet album est un beau retour aux sources, à la jeunesse vampirique de Kergan, bien moins machiavélique qu’il ne le fut ensuite, dans les premiers albums de la série. Là, il se cherche encore, il voudrait chanter ♫ libéré, délivré ♪ et mener son propre chemin en devenant, lui aussi, un mentor pour de jeunes et belles vampiresses.

Comme pour la saga « Légende », je m’en vais poursuivre ma route avec l’album suivant, en espérant que lui aussi soit à la hauteur et surtout, que l’on ne doive pas attendre un siècle avant de lire les suivants…

14 ans se sont écoulés entre la parution du tome 6 et celle du 7, puis 3 ans entre le 7 et le 8, ce qui fait que la lectrice que je suis n’attendais plus rien de cette saga. Mais puisque l’on m’a redonné le goût du sang, j’espère que ma soif sera étanchée régulièrement.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°04] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 50 pages).

1991 : Franck Thilliez

Titre : 1991

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Fleuve Noir (06/05/2021)

Résumé :
La première enquête de Franck Sharko !

En décembre 1991, quand Franck Sharko, tout juste sorti de l’école des inspecteurs, débarque au 36 quai des Orfèvres, on le conduit aux archives où il est chargé de reprendre l’affaire des Disparues du Sud parisien.

L’état des lieux est simple : entre 1986 et 1989, trois femmes ont été enlevées, puis retrouvées dans des champs, violées et frappées de multiples coups de couteau.

Depuis, malgré des centaines de convocations, de nuits blanches, de procès-verbaux, le prédateur court toujours.

Sharko consacre tout son temps à ce dossier, jusqu’à ce soir où un homme paniqué frappe à la porte du 36. Il vient d’entrer en possession d’une photo figurant une femme couchée dans un lit, les mains attachées aux montants, la tête enfoncée dans un sac.

Une photo derrière laquelle a été notée une adresse, et qui va entraîner le jeune inspecteur dans une enquête qui dépassera tout ce qu’il a pu imaginer…

Critique :
Putain, comment Franck Thilliez a-t-il su ? C’est flippant… Ça fout la trouille, même. Je vous explique pourquoi…

J’ai enfin commencé à lire « Les fleurs du mal » et voilà ti pas que ce recueil de Baudelaire est au centre du dernier roman de Thilliez ! Flippant…

Cet homme est le diable ! Il a vu l’avenir et a su que lorsque j’ouvrirais son dernier thriller, j’en serais à la moitié du Baudelaire… Sueurs froides car cet auteur voit mon avenir ! On commençait bien.

Thilliez est un sadique, d’entré de jeu, il vous ferre et ne vous lâchera plus, vous baladant (avec votre consentement éclairé) dans son histoire, tel un marionnettiste jouant avec ses pantins (que nous sommes).

Après avoir été me promener en 1794, j’avais envie de remonter le cours du temps, mais pas de trop, d’aller à une époque où les smartphones et l’Internet n’existaient pas, où les PC commençaient à apparaître, mais restaient minoritaires.

Il a fallu peu de choses à l’auteur pour me plonger dans le bain de l’année  1991 (non, je ne retournerai pas à l’école !) et profiter de cette belle époque où je vivais, insouciante, mon walkman sur les oreilles (pour ça, le smartphone est mieux, plus de capacité, plus d’autonomie et pas besoin de piles).

Malheureusement, un jeune de moins de 20 ans qui lirait ce roman ne comprendra pas pourquoi le policier doit insérer un film dans un appareil pour prendre des photos… Ni pourquoi on ne pose aucune question à Google… mdr

Ses personnages sont maitrisés, qu’ils soient primordiaux ou secondaires, l’auteur a pris le temps de leur brosser une personnalité, typique de ces années-là.

Ses flics puent les années 90 : ils fument, sont sexistes, se moquent de l’informatique, salopent les scènes de crimes et pleurnichent sur le bon vieux temps où l’on pouvait casser la gueule aux suspects. Sans trop en dire ou en faire, il les a doté d’une vie propre, réaliste.

Comme toujours, son scénario est fou, à s’arracher les cheveux et pourtant, à la fin, tout rentre parfaitement bien dans l’ordre, tout s’explique et tout est maîtrisé. Toujours plus loin, toujours plus haut…

Ici, pas moins de deux enquêtes qui sont sur la table : une ancienne non résolue et une nouvelle. Exercice périlleux que d’en proposer deux à la fois, casse-gueule et pourtant, jamais l’auteur ne se prend les pieds dans le tapis. Du grand art.

Si j’avais réussi à comprendre comment l’auteur du courrier avait deviné à quel prénom penserait le quidam à qui il avait envoyé une lettre, ce n’est pas dû à mon intelligence, juste à une ancienne lecture où il s’agissait de trouver le chiffre auquel la personne penserait.

L’auteur a toujours eu une longueur d’avance sur mes déductions, même si j’en ai eu une sur les enquêteurs. Là, mon petit Sharko, t’avais pas les neurones en forme, pour ce coup-là que j’ai eu d’avance sur toi. Pour le reste, je m’incline respectueusement.

Dans les romans de Thilliez (surtout après ses deux derniers), vous avez tendance à suspecter tout le monde. Une petite vieille traverse la rue ? Suspecte !! Un gosse ? Suspect !! Un mort ? Très louche… à surveiller.

Et si d’aventure (en aventure) vous obtenez le nom des personnages, vous les passerez aux filtres de tous les codes possibles (et imaginables), développés dans ses derniers romans : à l’envers, à l’endroit, en diagonale, vous tenterez le coup en ajoutant la vitesse du vent, en retirant l’âge du capitaine ou en le multipliant par le coefficient de traversée d’une rue pour trouver un job.

Monsieur Thilliez, vous me faites devenir folle depuis que je vous lis ! Vos romans me rendent zinzin dès que je tente de comprendre le pourquoi du comment. Un jour, c’est le service psychiatrique d’un hôpital qui vous écrira une réclamation pas piquée des vers.

En plus, monsieur Thilliez, vous êtes dangereux pour la santé : palpitations cardiaques durant une bonne partie du roman tant le suspense était fort, mains moites à certains moments, peurs primales, tripes qui se nouent, cerveau qui surchauffe, esprit qui n’y était plus pour personne durant ma lecture, risque de louper mon arrêt de métro (à ne pas lire à la plage, risque de noyade avec la marée montante !).

Bref, monsieur Thilliez, vos super romans sont une calamité, un cataclysme pour ma santé ! C’est décidé, j’arrête de vous lire, sur ordre de mon médecin, avant que je ne tombe raide morte durant la lecture d’un de vos futurs (ou anciens) romans. Avec ma chance légendaire, je clamserais avant d’avoir le fin mot de vos énigmes.

Non mais vous faites quoi encore à lire ma bête chronique ?? Allez plutôt lire le dernier Thilliez, nom d’une pipe (Magritte, sors de mon corps) ! Et si vous l’avez lu, rien de ce que je dis ne vous est étranger, vous êtes initié, vous savez de quoi l’auteur est capable.

Vivement ma prochaine lecture ! (Ben quoi ? Fuck les recommandations des médecins). Avec ou sans Sharko, bien que c’était une super idée de nous le présenter jeune, à son entrée au mythique 36, jeune bleu qui devait encore faire ses preuves, s’intégrer, avant de devenir celui que nous connaissons depuis longtemps.

PS : l’auteur n’a pas deviné l’objet auquel j’avais pensé, en commençant le roman. À sa décharge, je n’aurais jamais pu penser à tel scénario machiavélique…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°01].

L’île du docteur Moreau (BD) : Dobbs, Fabrizio Fiorentino et H. G. Wells

Titre : L’île du docteur Moreau (BD)

Scénaristes : Dobbs et H. G. Wells
Dessinateur : Fabrizio Fiorentino

Édition : Glénat (2017)

Résumé :
Unique survivant d’un naufrage, Edward Prendick est secouru par Montgomery, l’assistant d’un certain Docteur Moreau.

Depuis une dizaine d’années, sur leur île isolée du monde, les deux scientifiques se livrent à de terribles expériences, greffant et modifiant génétiquement des animaux pour les rendre doués de conscience et de parole.

Sur place, les « Hommes-bêtes » obéissent à un ensemble de règles bien précises, la Loi, leur interdisant tout comportement primitif, et vénèrent Moreau tel un dieu. Mais Prendick découvrira bien vite que les pulsions animales de ces créatures sont loin d’être oubliées…

Interrogeant les questions de l’identité et de la dignité animale, le troublant et visionnaire L’Île du Docteur Moreau n’a rien perdu de sa pertinence. Retrouvez ce classique de la science-fiction aujourd’hui en BD !

Critique :
Chaque année, le Mois Anglais me permet de découvrir des classiques et Wells en fait partie intégrante.

Ne connaissant la réputation de la terrible île du docteur Moreau que par ouï-dire, j’ai posé le pied sur cette plage qui n’avait rien d’ensoleillé, coquillages et crustacés…

La première chose qui frappe dans cette adaptation, c’est la qualité des dessins, des couleurs. Là, on est dans le haut du panier. Ils sont réalistes et précis.

L’histoire est connue de tout le monde, sans doute mal ou pas dans les détails. Sachez juste que Prendick, un beau blond, est l’unique survivant d’un naufrage. Il est recueilli par Montgomery et à cause du capitaine du navire qui le foutra à l’eau, Montgomery sera contraint de le faire venir sur l’ile de ce fameux docteur Moreau.

On ne le répètera jamais assez : science sans conscience n’est que rune de l’âme ! La créature du docteur Frankenstein en était déjà un bel exemple, mais ici, on a franchit un autre palier et voulant jouer à Dieu et les créatures hybrides du docteur pourraient se retourner contre lui.

Ce qui choque dans cet album, ce sont les expérimentations du docteur et ses créatures, dont on ne sait trop si elles sont plus bêtes que humaines ou le contraire.

L’animalité reste en elles, comme elle se trouve cachée en nous, quelque part, surgissant souvent dans les moments les plus extrêmes de nos existences (guerres, agressions ou achat de PQ avant un confinement).

Si l’histoire ne dira pas comment ces expériences ont pu avoir lieu, on a tout de même un aperçu de la salle d’opération de ce docteur fou et ça ne donne pas envie d’aller y faire un tour.

Prendick n’est pas un personnage lisse, s’il critique les autres de ne pas traiter les hommes/bêtes correctement, il n’hésitera pas, plus tard, à leur tirer dessus, la peur prenant le dessus sur son humanité.

Une belle adaptation qui me donne envie de plonger dans le roman original (que je possède, en plus) afin de voir ce qui a été passé à la trappe pour faire tenir le tout en 56 pages. En tout cas, les ambiances horribles sont bien présentes dans la bédé et elles donnent des frissons durant la lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°311], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°64], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°00] et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Blackwing – 03 – La chute du corbeau : Ed McDonald

Titre : Blackwing – 03 – La chute du corbeau

Auteur : Ed McDonald
Édition : Bragelonne (15/04/2020) / Bragelonne Poche (07/07/2021)
Édition Originale : Crowfall
Traduction : Benjamin Kuntzer

Résumé :
Un cataclysme a frappé le Cordon, l’ultime ligne de défense séparant la civilisation des Rois des profondeurs.

Des pluies rouges accablent sans cesse la terre, de nouvelles monstruosités se nourrissent de terreur dans l’ombre et le pouvoir des Sans-Nom, les dieux qui protègent la république, demeure inutilisable.

Les capitaines des Ailes noires qui les servent sont éliminés un par un, et même les immortels ont fini par apprendre ce que mourir signifiait.

Entretemps, le pouvoir des Rois des profondeurs n’a fait que croître ; ils sont sur le point d’assener le coup final.

Critique :
Oui, je l’ai fait ! Non seulement je me suis replongée dans la fantasy avec plaisir mais en plus, j’ai terminé cette saga (je ne suis pas à jour partout, loin de là !).

Avec cette trilogie, on se situe tout de même dans le haut du panier de la fantasy. Dans le haut du panier de la dark fantasy, je dirais même, un univers que je n’ai pas encore exploré vraiment.

Mon domaine de prédilection serait plus celui de l’humour et des pitreries des héros des sagas de David Eddings ou les guerriers flamboyants des sagas de David Gemmel.

Ici, c’est un tout autre univers qui m’a été présenté, plus sombre. Le plaisir fut au rendez-vous durant mes trois lectures et j’ai particulièrement apprécié ce dernier volume qui clôture la trilogie car l’auteur n’a pas foiré son grand final (comme on l’a déjà vu ailleurs).

Depuis le départ, ses personnages sont travaillés, possèdent de la profondeur, on s’attache à eux, on serre les dents s’ils disparaissent… D’autres feront leur apparition et auront eux aussi leur rôle à jouer, même si le rôle principal reste pour Ryhalt Galharrow, le capitaine des Ailes Noires qui a bien changé dans ce dernier tome.

Les décors post-apo sont très bien décrit et personne n’aura envie d’aller passer ses vacances dans la Désolation, ces grandes étendues de terres qui ont encaissées le déferlement de la Machine (l’équivalent de plusieurs bombes atomiques), détruisant tout sur son passage et faisant muter la nature à tel point que nous avons, entre autre, des herbes qui peuvent vous déchiqueter et vous bouffer et un bestiaire totalement dingue de créatures loufoques (et dangereuses).

Pourtant, Ryhalt Galharrow a vécu dans la Désolation qui l’a transformé. Pourquoi a-t-il fait subir ça à son corps ? Se sera pour les révélations finales mais vous en apprendrez un peu plus au fil du récit, l’auteur n’attendant pas l’ultime page pour tout nous révéler.

Dans ce récit de dark fantasy, Noir c’est Noir, il n’y a plus d’espoir… Les Rois des Profondeurs se réveillent et une fois de plus, le combat sera titanesque pour survivre et déséquilibré. Les Sans-Noms tirent les ficelles et il est bien difficile de savoir qui va trahir (ou pas).

Bourré d’action sans que cela vire à Mission Impossible, de l’adrénaline, des combats, du suspense, des aventures qui ont du pep’s, sans jamais sacrifier le fond sur la forme ou l’action pure au détriment de la profondeur du scénario, Ed McDonald signe-là une belle conclusion à sa trilogie.

Sans verser dans l’excès avec des combats qui dureraient des centaines de pages, sans sacrifier le final en l’expédiant en deux coups de cuillère à pot, l’auteur a réussi l’équilibre entre les deux : ni trop, ni trop peu.

Son monde était cohérent et il a réussi à nous le faire visiter sans que le voyage devienne chiant, sans que les accompagnateurs ne deviennent lourds et bien que l’on ne saura jamais tout, ce dernier tome nous en apprend un peu plus sur les Sans-Noms.

De la Dark Fantasy sombre et violente, sans jamais que la lumière ne manque, porté par des personnages hauts en couleur, sympathiques, qui évolueront au fil de leurs aventures, de leur blessures. Une conclusion de la saga à la hauteur.

Cela fait du bien de revenir à des anciens amours (un peu délaissés) avec une trilogie de cette qualité dont le final reste dans la cohérence des tomes précédents, autrement dit, dans le tout bon.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°285], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°39], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°64], et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

La Survie de Molly Southbourne : Tade Thompson

Titre : La Survie de Molly Southbourne

Auteur : Tade Thompson
Édition : Le Bélial’ Une Heure Lumière (11/06/2020)
Édition Originale : The Survival of Molly Southbourne (2019)
Traduction : Jean-Daniel Brèque

Résumé :
Qui est Molly ? Une jeune femme frappée de la pire des malédictions, morte dans l’incendie de son domicile… Et pourtant là. Semblable mais différente.

Qui est cette Molly ? Certains veulent la voir disparaître. D’autres brûlent de la capturer, de percer à jour les secrets de sa nature étrange.

L’objet d’enjeux qui la dépassent, voilà ce qu’est Molly. Condamnée à fuir, à tenter de survivre. Avant de peut-être, enfin, apprendre à vivre…

Critique :
Comment arriver à faire une suite à la novella « Les Meurtres de Molly Southbourne » sans se prendre les pieds dans le tapis ou écrire un récit insipide qui ne serait qu’un prolongement fade du premier opus ?

L’auteur a été intelligent ! S’il a repris les codes de sa première novella, il en a changé l’ingrédient principal, nous montrant une copie plus que réussie.

Non, pas une copie de son texte, mais une copie d’autre chose (no spolier).

Si le premier récit était intimiste puisque nous suivions Molly dans sa vie, dans la gestion de sa malédiction, le second tome nous emporte dans la foule, dans la ville, dans le monde et notre molly va devoir apprendre à gérer sa paranoïa et sa violence.

C’est une novella qui se lit d’une traite, elle est courte mais elle est bonne, même si je lui préférerai le premier tome. Plus de personnages, plus d’action dehors, plus de psychologie et plus de rencontres qui permettront à molly de faire un travail sur elle et d’en apprendre plus sur les origines de sa malédiction.

Il y a une évolution fulgurante du personnage de molly avec la malédiction qui n’est plus et une sorte d’acceptation de son état et de ce qui en découle. Une belle rédemption de la part de molly, un fameux travail sur elle-même !

Une novella que je conseille, surtout que vous pourrez lire les deux l’une à la suite de l’autre et ne pas rester sur le cliffhanger de la première.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°266], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°15]  et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Le magicien d’Auschwitz : José Rodrigues dos Santos

Titre : Le magicien d’Auschwitz Comment celui que l’on surnommait le Grand Nivelli a survécu à l’enfer

Auteur : José Rodrigues dos Santos
Édition : Hervé Chopin (08/04/2021)
Édition Originale : O Mágico de Auschwitz (2019)
Traduction : Adelino Pereira

Résumé :
Prague, 1939. Les Allemands envahissent la Tchécoslovaquie où se sont réfugiés Herbert Levin, sa femme et son fils pour fuir le régime nazi.

Le magicien, qui se fait déjà appeler le « Grand Nivelli » est très vite remarqué par les dirigeants SS fascinés par le mysticisme et les sciences occultes.

Léningrad, 1943. Le jeune soldat Francisco Latino combat pour Hitler au sein de la Division bleue espagnole. Ce légionnaire réputé pour sa brutalité se fait remarquer durant le siège russe. Les SS décident de l’envoyer en Pologne où les enjeux sont devenus prioritaires.

Ni Herbert Levin, ni Francisco Latino ne savent encore que leurs destins vont se croiser à Auschwitz. Un destin qui va dépasser leur propre histoire.

Critique :
Herbert Levin, connu sous son nom de scène du Grand Nivelli est un illusionniste, un magicien et il est Juif… Il a fui Berlin, s’est réfugié en Tchécoslovaquie et pensait mener une vie tranquille, loin des folies des nazis.

Pas de chance, cette maudite engeance ne s’est pas privée de montrer à tout le monde qu’elle n’avait peur de personne…

L’armée allemande s’est même permise le luxe de faire tout ce que le traité de Versailles lui interdisait de faire et sans recevoir de plus fort qu’un froncement de sourcils de la part des autres pays…

Ce que j’ai apprécié le plus dans ce roman, c’est le réalisme et le travail de documentation que l’on sent derrière le récit. Les réactions des gens collent à la réalité et le lecteur s’immerge assez vite dans les décisions iniques prisent par les nazis envers les Juifs. Niveau restrictions, ils ont tout eu, tout vu… Ils ne savent pas encore qu’on peut faire pire.

D’un côté nous suivons le Grand Nivelli et sa famille, aux proies avec les restrictions de liberté (et de tout), pensant que tout va s’arranger et que les nazis ne pourront pas faire tout et n’importe quoi. Lorsque l’on connait l’Histoire, on a les tripes qui se nouent mais on sait très bien qu’à l’époque, on n’aurait jamais cru que cela irait aussi loin dans l’horreur.

En parallèle, nous suivons aussi les pas de Francisco Latino, légionnaire portugais qui s’est battu en Espagne durant la guerre civile aux côtés des nationalistes de Franco et qui se sent en dette avec l’Allemagne et part combattre sur le front russe dans une division composée de volontaires, l’Espagne n’étant pas entrée en guerre.

On se doute qu’à un moment donné, les destins de nos deux personnages vont se télescoper mais l’on ne sait ni où, ni quand. Une chose est sûre, ce ne sera pas dans la neige et le froid du front russe où l’on va cailler des billes aux côtés de Francisco et de son ami Juanito.

Bref, le côté réaliste n’est pas à remettre en cause, ni le travail de documentation qui se trouve derrière, ni même le fait que le lecteur en apprendra un peu plus sur les nazis et leur folie de l’ésotérisme poussé jusqu’à l’imbécilité.

D’un côté, ils sont hyper rationnels dans leur méthode d’extermination et de l’autre, ils croient à l’astrologie, à l’Atlantide avec sérieux, aux dieux Wotan et Thor, ainsi qu’à la société de Thulé, se contredisant dans leurs discours, dans leurs manières de faire, sans que cela leur posent le moindre problème…

Là où le bât a blessé, c’est au départ du récit car je n’arrivais pas à m’attacher à Levin (Le Grand Nivelli) et il m’a fallu une bonne cinquantaine de pages avant que la magie opère avec lui. J’ai mis du temps aussi avec Francisco et c’est seulement sur le front russe que le personnage s’est révélé plus profond que je ne le pensais.

L’arrivée du camp d’Auschwitz ne se fera qu’au deux-tiers du récit (dans la troisième partie)… Sous-titré « Comment celui que l’on surnommait le Grand Nivelli a survécu à l’enfer », je trouve que c’est exagéré car notre illusionniste n’exécutera qu’un seul tour afin de montrer à un ami qu’il n’a pas perdu la main et ce, dans les dernières pages du récit…

Lorsque le mot « fin » est apparu, il m’a semblé venir trop brusquement car il laissait tout le monde en plan et notre Grand Nivelli n’avait pas encore réussi à survivre à l’enfer… Ouf, il y aura une suite, mais j’aurais aimé le savoir dès le départ…

Le sous-titre aurait pu être plus sobre car là, il vend une chose qui n’arrivera pas dans ce premier tome, Nivelli n’ayant même pas encore commencé à organiser, comme on dit là-bas…

Il n’est pas facile d’écrire un livre qui se déroule en partie dans le camp de travail d’Auschwitz I et en faible partie dans celui de Birkenau, bien plus inhumain que l’autre (oui, il est toujours possible de faire pire).

Pas évident non plus, dans les dialogues, de faire parler des nazis qui exposent leur point de vue sur ces horreurs et d’entendre que pour eux, c’est comme couper une jambe atteinte de gangrène afin de sauver le reste du corps… On pourrait croire que ça leur fait autant d’effet que de trier les fruits pourris afin de préserver les sains…

Pourtant, on apprendra que certains se sentirent mal au départ, que d’autres s’évanouirent, même les grands dirigeants, car au départ, ce n’est pas facile, puis, on s’habitue, selon notre guide dans le camp.

Le plus horrible, c’est que même les prisonniers s’habituent à l’indicible et ne sursautent plus, ne cillent plus, devant ceux ou celles qui se suicident en se jetant sur la clôture de haute-tension, passant à côté des corps sans que cela leur fasse quelque chose, ils en ont tellement vu.

Ce n’est pas la première fois que je lis ça et mes tripes se nouent toujours car je me doute que dans la situation, je ne m’en ferais plus à force de voir des corps morts.

L’Homme s’habitue à tout, même à l’indicible et ça, ça fait froid dans le dos, même si c’est une forme de protection, comme ces témoins qui furent prisonniers dans des camps et qui ont effacé les violences de leur mémoire.

La postface est intéressante aussi car l’auteur assène une vérité que trop souvent nous oublions : seuls les témoins survivants peuvent parler, les morts, eux, ne peuvent rien raconter. Personne ne saura ce qui s’est passé dans la tête des gens entrés dans une chambre à gaz, lorsqu’ils ont compris que…

On ne peut que l’imaginer, mais personne ne pourra jamais en témoigner car pas de survivants. Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas en parler, ce n’est pas parce que certains camps n’ont eu aucun survivants qu’ils sont moins importants que les autres. Mais les morts sont toujours silencieux…

Un roman historique qui mêle la fiction avec la réalité, les personnages fictifs croisant les réels et qui nous parle de ces nazis fanas d’ésotérisme et de théories totalement farfelues, dingues, mais auxquelles ils croyaient dur comme fer. Rien n’a changé, certains racontent encore des imbécilités et on les écoute, on les croit…

Et cela mène à des horreurs telles que les camps d’extermination. L’auteur ne se contente pas d’accuser les nazis des horreurs commises, mais par l’entremise de notre guide dans Birkenau, il mettra aussi dans l’accusation les autres pays qui ont regardé leurs pieds, se contentant de faire des leçons de morale mais n’agissant pas, comme nous le faisons toujours.

On pourrait croire que c’est un énième roman sur la shoah, mais non, il est différent sans pour autant trahir l’époque, les faits, l’Histoire. C’est plusieurs histoires dans l’Histoire et c’est toujours bouleversant.

PS : on apprend aussi que pour ce qui est des motifs d’arrestation, l’arbitraire et l’imagination sont toujours au pouvoir… Comme cet homme, prisonnier du camp d’Auschwitz pour « sabotage »… Il avait acheté une patate dans la rue. Peut-être quelque part, à cette époque, il existait un livre secret que l’on se passait sous le manteau et intitulé « Comment foutre en l’air la machine nazie avec une patate » ?? Un tuto en version papier et non You Tube…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°253] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Hel’Blar – Tome 1 – Les chasseurs de Draugar : Sergio A. Sierra et Alex Sierra

Titre : Hel’Blar – Tome 1 – Les chasseurs de Draugar

Scénariste : Sergio A. Sierra
Dessinateur : Alex Sierra

Édition : Sandawe (2017)

Résumé :
Norvège, an 910. Quel ennemi peut être assez fou pour s’attaquer aux terribles Vikings ?

C’est la question que se pose le groupe de guerriers et guerrières lancé à la poursuite de deux guerriers apparemment invincibles qui ont attaqué leur village et enlevé leurs enfants.

Ils ne trouveront la réponse qu’au terme d’une traque aussi angoissante que sanglante…

Critique :
Voilà une bédé qui déménage ! Il y a tous les éléments réunis pour donner une histoire géniale : de l’action, des guerriers vikings, des massacres de villages, des créatures sorties tout droit de l’enfer…

Les dessins sont très bien exécutés, les ambiances sont sombres à souhait, le mystère est bien présent, le suspense est utilisé à bon escient, les causeries aussi et les créatures foutent encore plus la trouille dessinées en ombre.

Ok, ça sent le scénario classique, déjà vu mais vous savez aussi que le plus important est la manière dont on raconte l’histoire. Une vieille blague connue bien racontée me fera toujours de l’effet.

Bingo ! Les frères Sierra ont réussi à me raconter une histoire qui m’a prise directement dans ce premier tome, sorte de mélange d’histoire de vampires, de morts-vivants, de marcheurs blancs à la G.R.R Martin ou de 13ème guerrier, film avec Antonio Banderas où des saloperies surgissaient d’une brume plus épaisse que celle de Londres au temps du smog (oui, j’adore ce film).

Maintenant, je ne sais pas si les vikings, à cette époque, utilisaient des mots comme « tarlouzes » ou « machos décérébrés », ? Je n’ai pas suivi un cours sur leur langage, mais je doute que ces mots soient parfaitement A.O.C.

Comme dans tout bon scénario, faut monter un groupe pour tenter de récupérer les enfants enlevés par cette horrible engeance que sont les Draugars (connus aussi sous les noms de Hel’blar, de mort noire ou de guerrier non-morts).

Nous avons beau être dans un univers de testostérone, de guerriers qui pillent pour subsister, de types qui fêtent le premier guerrier ennemi qu’ils ont tué ou qui jouent à celui qui pisse le plus loin (ou celui qui a la plus grosse), les femmes ne seront pas laissées de côté dans cette expédition puisque deux les accompagneront et que ce sont de sacrées guerrières.

Un album fantastique (dans les deux sens du terme) dont le scénario, même s’il est classique, est bien mis en scène, dont le suspense est bien équilibré, ainsi que les passages action ou blabla, sans que l’un prenne le pas sur l’autre.

Franchement, une belle découvert et vu le final, je ne vais pas attendre plus longtemps pour lire le second et dernier tome.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°242], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 56 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.