Le passager sans visage – Grace Campbell 02 : Nicolas Beuglet

Titre : Le passager sans visage – Grace Campbell 02

Auteur : Nicolas Beuglet
Édition : Xo Editions (16/09/2021)

Résumé :
« Tu n’es pas seule à chercher »…

Ce mot anonyme laissé sur son paillasson est plus qu’un appel : un électrochoc. Cette fois, l’inspectrice Grace Campbell le sait, elle n’a pas le choix. Elle doit ouvrir la porte blindée du cabinet situé au fond de son appartement. Et accepter de se confronter au secret qui la hante depuis tant d’années…

Des confins de la campagne écossaise aux profondeurs de la Forêt-noire où prend vie le conte le plus glaçant de notre enfance, jamais Grace n’aurait pu imaginer monter dans ce train surgi de nulle part et affronter le Passager sans visage…

Avec ce thriller au suspense angoissant, Nicolas Beuglet nous plonge dans les perversions les plus terribles de nos sociétés. Et, au passage, nous interroge : et si parmi les puissants qui régissent le monde se cachaient aussi des monstres sans visage ?

Un train, un passager sans visage, une organisation terrifiante.

Critique :
Nicolas Beuglet ne se contente pas de nous pondre des thrillers plan-plan.

Non, il pousse toujours le curseur plus haut, plus loin et s’appuie sur de la documentation ou des faits réels dont on aurait aimé qu’ils ne fussent que de la fiction sortie tout droit de l’imagination un peu folle de l’auteur.

Hélas non… C’est ce qui le rend encore pus glaçant une fois la lecture terminée, comme si ce ne l’était déjà pas assez durant la lecture, en imaginant qu’une telle abomination ait pu avoir lieu.

Ce thriller est addictif, une fois commencé, il est difficile de le fermer. Surtout que l’on découvre enfin ce que cachait la pièce secrète de l’inspectrice Grace Campbell. Entre nous, je n’avais pas imaginé ça ainsi, je pensais le secret plus glauque. L’horreur arrivera ensuite, bien plus tard…

S’appuyant sur ce que je pensais n’être qu’une légende, un conte pour enfants pas sages, l’auteur développera une autre théorie, une de celle qui rend ce conte encore plus terrible que ce qu’il est déjà au départ… Entre nous, les contes pour enfants ne sont pas des histoires à raconter le soir à des gosses, ils sont tous horribles !

Puis, se nourrissant de ces théories, le récit poursuivra sa route en englobant aussi des faits de sociétés bien connus que sont ces maudits réseaux sociaux. Utilisés à bon escient, ils permettent de faire de belles rencontres, d’échanger des idées, des points de vue intéressants, mais mal utilisés, ils sont comme du vent et de l’essence sur des braises.

Au rayon des bémols, il faudra prendre en compte le fait que tout se déroulera toujours super bien pour notre inspectrice, même si, au passage, elle dégommera des gens sans sourciller (puis aura des états d’âmes pour d’autres qui ne les méritent pas), se sortira de tous les pièges, résoudra toutes les énigmes et, cerise sur le gâteau, se fera aider par un ancien personnage que je n’aurais jamais vu dans ce rôle là.

Bon, si Grace Campbell avait eu des difficultés pour son enquête, le roman aurait fait 600 pages et aurait surtout manqué de rythme. Ma foi, je préfère ainsi, même si ça manque un peu de crédibilité, que les personnages sont un brin manichéistes.

Ce récit est glaçant, horrible, surtout lorsque l’auteur prononce un mot devenu tabou en Belgique et ce n’est pas « crise gouvernementale » ou « querelles linguistiques » ! Un mot qui a fait tout trembler chez nous, provoquant des refontes et une fusion police-gendarmerie. Ce mot que l’on ne veut pas imaginer…

Oui, les sujets abordés dans ce thriller sont horribles, encore plus lorsque l’on comprend que ce n’est pas de la fiction, que ces horreurs ont eu lieu et que personne n’a moufté, que personne n’a été inquiété, jugé ou condamné. À se demander si les gens n’étaient pas devenus fous pour oser cautionner une telle abomination.

Moi qui pensais qu’on avait touché le fonds des horreurs humaines, j’ai été bien naïve ! La réalité dépassera toujours la fiction…

Un thriller intelligent, mené tambour battant, qui nous fera suivre bien des pistes qui sembleront farfelues avant que tout ne s’emboîte parfaitement et ne nous laisse, une fois de plus, sur le cul.

Vivement la suite !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°73].

Les soeurs de Montmorts : Jérôme Loubry

Titre : Les soeurs de Montmorts

Auteur : Jérôme Loubry
Édition : Calmann-Lévy (25/08/2021)

Résumé :
Novembre 2021. Julien Perrault vient d’être nommé chef de la police de Montmorts, village isolé desservi par une unique route. Alors qu’il s’imaginait atterrir au bout du monde, il découvre un endroit cossu, aux rues d’une propreté immaculée, et équipé d’un système de surveillance dernier cri.

Mais quelque chose détonne dans cette atmosphère trop calme.

Est-ce la silhouette menaçante de la montagne des Morts qui surplombe le village ? Les voix et les superstitions qui hantent les habitants ? Les décès violents qui jalonnent l’histoire des lieux ?

Critique :
Julien Perrault, flic, est allé chercher le calme dans le trou du cul de la France : Montmorts.

Là, il se dit qu’il va être pépère tranquille dans ce commissariat dont l’affaire la plus importante est un habitant qui cherche à la biblio un livre qui n’existe pas, d’un auteur qui n’existe pas et qui traite la bibliothécaire de salope.

Lui comme moi, nous nous attendions à débarquer dans un village peuplé de bouseux, sans électricité, sans wifi, avec des routes qui datent des guerres napoléoniennes et nous en avons été pour nos frais : le village est pimpant, bien pourvu, loin des décors collant habituellement aux idées que l’on se fait d’un trou perdu.

Pourtant, notre flic va passer une journée en enfer, ne sachant plus où donner de la tête, tel un John McClane (les muscles et les explosions en moins) ne sachant pas ce qu’il va lui arriver ensuite car il n’a pas lu le scénario, tout en se disant que s’il avait été au 36 Quai des Orfèvres, il aurait passé des journées plus paisibles !

Ce roman policier surfe allégrement avec le fantastique, limite surnaturel et jusqu’à l’explication finale, on se demande bien ce qui a pu arriver à certains habitants de Montmorts pour avoir le cerveau vidé de la sorte.

Auraient-ils tous regardé une chaîne de télé qui proposerait plus que du temps de cerveau à une boisson pétillante ? Nul ne le sait, mais j’ai eu beau faire fumer mes méninges, imaginer tout et n’importe quoi, je n’ai jamais réussi à trouver avant que l’auteur ne me foute le nez dedans.

L’auteur n’a pas peur de jouer avec ses lecteurs, de les entraîner là où l’on ne s’y attend pas, de nous mettre le cerveau à néant, de nous faire danser selon son tempo à lui et de laisser planer le doute, jusqu’au bout, sur côté surnaturel ou non de son récit.

Il m’aura juste manqué un petit quelque chose : durant tout mon récit, je ne me suis attachée à aucun personnage, ils auraient pu tous mourir sans que cela m’en touche une (de corde sensible). Dommage, cela aurait été un petit plus bien agréable que de vibrer en ayant peur pour leur vie.

Au moins, l’auteur a préféré donner plus de présence, d’épaisseur au village de Montmorts, faisant de lui un personnage à part entière, un protagoniste muet, mais bien présent et qui nous offre quelques atmosphères bien angoissantes de par ses lieux étranges er rempli de superstition ou d’anciens faits guère reluisants.

L’auteur a réussi à bien doser le  rythme de son récit, sans qu’il ne soit trop rapide ou trop lent, sans perte de régime, relançant la machine du mystère et du suspense sans trop en faire (et ça marche !), me donnant envie d’arriver au bout pour enfin savoir tout sur tout !

Il n’a pas succombé aux sirènes des actions rocambolesques dans le but de tenir son public en haleine, même si, durant le roman, nous aurons quelques scènes de folie, mais pas dans le but d’en rajouter, tout s’expliquera à la fin.

Si vous en avez marre de vous faire manipuler par les banquiers, assureurs, politiciens et autre prometteurs de beaux jours, venez vous faire manipuler par Jérôme Loubry : ça vous coûtera moins cher. Au moins, vous aurez le plaisir de dire, avec un grand sourire : putain, il m’a bien eu !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°69].

Sherlock vs Cthulhu – 02 – Les psychoses neurales : Lois H. Gresh

Titre : Sherlock vs Cthulhu – Tome 2 – Les psychoses neurales

Auteur : Lois H. Gresh
Édition : Ynnis (10/02/2021)
Édition Originale : Sherlock Holmes VS. Cthulhu: The Adventure of the Neural Psychoses (2018)
Traduction : Thomas Bauduret

Résumé :
Le combat épique entre la logique froide de Sherlock Holmes et l’horreur indicible de Cthulhu continue !

La monstrueuse portée d’Amelia Scarcliffe va bientôt voir le jour, grouillant des hérauts de Cthulhu. Ses chants appellent la folie, la mort… mais aussi une fortune infinie. Et Moriarty fera tout ce qui est en son pouvoir pour mettre la main dessus, quitte à abattre les murs entre un monde d’horreurs indicibles et le nôtre.

Après l’affrontement entre Sherlock Holmes et l’Ordre de Dagon, d’affreuses créatures ont commencé à hanter la Tamise, tandis que la démence s’est emparée des rues de Whitechapel.

Alors que les hommes de main de Moriarty sèment la terreur en se confrontant aux membres de la secte, seuls Holmes et le docteur Watson peuvent remédier à la situation. Mais pourront-ils trouver l’origine de cette psychose avant que Watson n’en devienne la victime ?

Critique :
Cette fois-ci, c’est terminé, le troisième tome ne sera pas lu par moi ! La coupe est pleine, n’en jetez plus…

La lecture du premier tome avait déjà en dents de scie, celle du deuxième fut une catastrophe sans nom faite de soupirs et de sauts de pages.

Si dans le premier tome j’avais apprécié les 200 premières pages, ici, je ne saurais dire combien de pages j’ai vraiment appréciées… Celles consacrées au final, ce qui ne fait pas énormément de pages !

Qu’est-ce qui m’a bloqué dans ma lecture ? Je ne saurais trop le dire. L’auteur n’écrit pas comme un pied, il y avait de la logique dans sa narration, ce n’était pas erratique. Les personnages de Holmes et Watson, vus par l’auteur, ne m’ont jamais emballés, mais c’est une histoire de goût.

Pour tout dire, je me suis ennuyée dans le récit, rien ne trouvait grâce à mes yeux et ce fut donc laborieux d’arriver à la page 100. Après, je ne me suis plus embarrassée avec les scrupules, j’ai tracé la route jusqu’à l’affrontement final avec une sale bête et puis basta, j’ai refermé le livre et je ne perdrai pas mon temps à lire le troisième et dernier opus.

Autant où la trilogie consacrée à Holmes vs Cthulhu de Lovegrove était montée en puissance au fil des tomes, autant celle-ci fait le contraire. Si le premier tome de l’autre trilogie ne m’avait pas emballé, les deux autres oui et j’avais terminé cette trilogie contente.

Ici, on part dans l’autre sens : ça commence moyen puis ça s’enfonce, alors, je n’ose imaginer pour le dernier tome !

Bah, sans rancune, ce n’était pas pour moi, j’ai assez de livres dans ma PAL pour m’offrir des frissons littéraires.

Je dois encore couver un virus littéraire parce qu’avec mes dernières lectures, c’est où ça passe (et donc, j’adore) ou ça casse et je passe royalement à côté. Pour le moment, pas d’entre deux, c’est tout ou rien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°62] et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°74].

Différentes Saisons : Stephen King

Titre : Différentes Saisons

Auteur : Stephen King
Édition : Livre de Poche (2021) – 735 pages
Édition Originale : Different Seasons (1982)
Traduction : Pierre Alien

Résumé :
Recueil de nouvelles :
« Un innocent condamné à perpétuité cherche à s’évader ; un jeune garçon démasque un ancien nazi dans une petite ville de Californie ; des gamins partent à la recherche d’un cadavre ; un médecin raconte l’histoire d’une jeune femme célibataire et enceinte dans les années 30…

Rien de commun, en apparence, entre ces quatre thèmes. Mais derrière ces héros d’âges et de milieux très différents, c’est la société américaine que dissèque Stephen King, avec le souci du détail et du mot juste, le sens de l’observation, du suspense et de l’humour noir qui le caractérisent.

L’Amérique ne sort pas indemne de cette vivisection. Nous non plus… »

*Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank (Rita Hayworth and Shawshank Redemption)
*Un élève doué (Apt pupil)
*Le Corps (The Body)
*La Méthode respiratoire (The Breathing Method)

Critique :
He oui, je n’ai pas encore tout lu du King ! Il me reste encore des pépites à découvrir et c’est ce que je fais, selon mes envies.

Le format des nouvelles est bien adapté au King, lui qui peut te faire trembler, t’emporter, te faire tout oublier, avec peu de pages ou avec un gros pavé bien épais.

La première nouvelle, adaptée en film (Shawshank Redemption), ne fout pas les chocottes à proprement parler. Il m’a fallu des années avant de visionner enfin le film et j’avais adoré (me demandez pas pourquoi j’ai mis autant de temps avant de le voir).

Connaissant la fin et le truc, je n’ai pas frémi autant que je l’aurais fait, si j’avais été vierge de toutes révélations, mais malgré tout, cette première nouvelle, c’était le pied ! L’Amérique n’en sort absolument pas grandie, son système carcéral non plus.

La deuxième, pas contre, m’a mise mal à l’aise dans ce face à face entre un gamin de 14 ans et un ancien nazi. Croyez-moi, l’innocence n’est pas là où on pourrait le penser et le tortionnaire n’est pas toujours le nazi vieillissant ! Lorsque l’on contemple l’abyme, l’abyme regarde en nous.

Alors que je m’attendais à ce que le King suive une certaine direction, celui-ci m’a prise par surprise en allant là où je ne m’y attendais pas et mon mal-être a augmenté (pour mon plus grand bonheur de lectrice) au fil de son récit.

Une des grandes forces de Stephen King, c’est d’aller là où ne l’attend pas, de surprendre son lecteur, de le retourner comme une crêpe avant de l’engloutir dans une grande bouchée. J’ai été captivée par cette grande nouvelle, mais j’étais aussi contente de la terminer tant elle m’a donné des sueurs froides. J’en redemande !

La troisième m’a fait un bien fou car elle mettait en scène une bande de quatre gamins partant à l’aventure pour tenter de voir le cadavre.

Le récit est rempli de poésie, de rires, d’aventures un peu folle, d’amitié qui lie ces quatre gamins différents. Le King est très fort lorsqu’il prend pour personnages principaux des enfants. C’est toujours d’une justesse absolue et on se prend souvent en amitié pour ces enfants.

Hélas, tout n’est pas toujours rose dans la vie et il n’oublie jamais de mettre en scène une certaine ruralité, une certaine pauvreté de l’Amérique, aux travers de ses différents personnages.

Comme toujours, cette Amérique blanche n’en sort pas grandie. C’est la triste réalité qui y est décrite, sous le couvert d’une aventure comme on aurait aimé en vivre une, lorsque nous avions leur âge.

La quatrième et dernière nouvelle m’a moins emballée. Elle concerne un club où chacun, à tour de rôle, raconte une histoire terrifiante. J’ai eu du mal à entrer dans le récit et mon attention s’est échappée, partant ailleurs, ce qui fait que j’ai lu le récit sans en profiter vraiment, ramant même à certains moments.

Pourtant, il y avait aussi des vérités criantes dans ce récit, dont le fait qu’à une certaine époque, être mère célibataire était super mal vu.

Malgré tout, elle possédait un putain d’élément fantastique qui m’a fait flipper à fond et donné des frissons d’angoisse lorsque j’imaginais la scène de l’accouchement. Elle serait parfaite pour raconter devant un feu de camp et foutre la trouille à toute une troupe de gamin.

Mon verdict est que j’ai bien aimé ce recueil, même si la dernière m’a moins emballée que les trois autres, sauf pour son élément fantastique horrible.

Cela change aussi de lire du Stephen King dans un élément qui n’était pas habituel à l’époque om fut publié ce recueil car il sortait un peu de récits horrifiques qui était sa marque de fabrique.

Au lieu de jouer avec les monstres sous le lit, il joue avec la psychologie des personnages, nous donne des duels entre un gamin et un ancien nazi (qui foutent sacrément mal à l’aise) ou des morceaux d’amitié pure et dure, avant qu’elle ne se casse, comme cela arrive souvent lorsque les gosses grandissent et que les amis d’hier prennent leurs distances.

Malgré mon petit bémol pour la quatrième histoire (qui n’est qu’une histoire de goût ou d’esprit qui n’accroche pas), ce recueil de quatre nouvelles du King est à découvrir (si ce n’est déjà fait, tout le monde ne peut pas être en retard comme moi) car on est tout de même face à des jolies pépites qui parlent de l’Amérique, de ses travers, de sa société…

Le tout raconté aux travers de récit palpitant, beaux, poétiques ou psychologiquement très fort.

Lu dans sa version Livre de Poche de 735 pages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°37] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Joe : Larry Brown

Titre : Joe

Auteur : Larry Brown
Édition : Folio (2001) / Gallmeister Totem (2014/2018)
Édition Originale : Joe (1991)
Traduction : Lili Sztajn

Résumé :
Gary Jones a peut-être bien quinze ans. Sa famille vagabonde, arpente les rues et les bois du Mississippi tandis qu’il rêve d’échapper à cette vie, à l’emprise de son bon à rien d’ivrogne de père.

Joe Ransom a la quarantaine bien sonnée. Il ne dénombre plus les bouteilles éclusées et les rixes déclenchées.

Lorsqu’il croise le chemin de Gary, sauver le jeune garçon devient pour Joe l’occasion d’expier ses péchés et de compter enfin pour quelqu’un.

Ensemble, ils vont avancer et tracer à deux un cours sinueux, qui pourrait bien mener au désastre… ou à la rédemption.

Critique :
♪ Hey Joe, where you goin’ with that gun in your hand ? ♫ (*)

Oui, Joe a un flingue sous le siège de sa voiture et oui, faut pas emmerder Joe…

Joe, il faut aussi le taxi, chargeant ses journaliers, des pauvres hommes Noirs, qu’il emmène faire bosser dans la forêt où ils doivent empoisonner des arbres afin d’en planter des autres, de ceux qui rapporteront du fric.

Le titre du roman est court, peu recherché, mais l’important est ce qui se trouve dedans : un pur roman noir de chez noir, aussi sombre que dans le trou du cul d’une taupe, occupée à creuser une galerie, au fond d’une mine, à minuit, par une nuit sans lune.

Tous les niveaux de sombritude sont cochés et on ne ressort pas de cette lecture en sautillant gaiement. Oubliez le pays des Bisounours, ici, c’est l’alcool qui sert à supporter des vies de misères, des boulots de merde, où l’on trime beaucoup pour gagner peu.

L’auteur prendra le temps avant de nous amener à la rencontre entre Joe Ransom, quadra qu’il ne faut pas faire chier et Gary Jones, gamin de 15 ans, analphabète qui ne sait rien de la vie, trop occupé qu’il fut à suivre ses parents dans plusieurs états.

Les descriptions des différents personnages qui hantent ces pages sont flamboyantes, profondes, détaillées. Des vies de misère, de crève-la-faim, de débrouillardises, de petits trafics en tout genre sont décrites au scalpel et les décors sont grandeurs nature, pollués aussi, puisque tout le monde jette ses canettes ou bouteilles par le fenêtre de son pick-up.

Dans cette petite ville du Mississippi que l’on pourrait appeler Bouseville ou Ploucville, le temps semble s’être arrêté. C’est une chape de plomb qui pèsera sur les épaules du lecteur qui a osé s’aventurer ici. Sans compter les tripes qui vont se serrer en voyant tout ce que Wade fait subir à ses enfants, notamment à son gamin, Gary.

Le père Jones, le fameux Wade, est LE personnage que l’on a envie de noyer dans la rivière du coin avant de creuser un grand trou pour l’y enterrer. Si les autres personnages traînent des casseroles à leurs culs de bouseux, lui, il a la collection complète.

Cet homme est égoïste, fainéant, alcoolique, voleur, menteur, exploiteur et j’en passe. Décapsuler une bière dans son périmètre est aussi dangereux que d’ouvrir une boîte de thon dans une pièce remplie de chats affamés.

Certains romans noirs sont poisseux de sang, « Joe » est un roman noir poisseux de misère. Les portraits sont esquissés avec justesse, ils sont fouillés, réalistes, certains sont même fait avec tendresse (John Coleman). Mais c’est noir de chez noir, sans espoir. Criant de vérité, de désespoir, de sueur, de sang, de saloperie…

Bref, la ruralité que l’on n’a pas envie d’arpenter en vrai mais qui nous plait vachement bien en version littéraire. Ce roman noir, c’est l’Amérique archi profonde, pauvre, alcoolique, minable où les gens triment du matin au soir pour gagner quelques sous.

(*) Hey Joe – Jimi Hendrix

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°35].

Vigilance : Robert Jackson Bennett

Titre : Vigilance

Auteur : Robert Jackson Bennett
Édition : Le Bélial’- Une Heure Lumière (27/08/2020)
Édition Originale : Vigilance (2019)
Traduction : Gilles Goullet

Résumé :
Trois tireurs armés jusqu’aux dents lâchés dans un « environnement » public aléatoire délimité. Un but : abattre le plus de personnes possible. Une promesse : un énorme paquet de fric pour celui qui quitte les lieux indemne.

Si l’une des « cibles » met hors d’état de nuire l’un des tireurs et survit, une part du pactole lui échoit.

Des règles simplissimes, et des dizaines de drones qui filment le tout pour le plus grand bonheur de millions de spectateurs hystérisés, d’annonceurs aux anges et de John McDean, producteur et chef d’orchestre de Vigilance, le show TV qui a résolu le problème des tueries de masses aux États-Unis…

Critique :
Cette novella, c’est 165 pages qui te pètent à la gueule violement car tu sais que cette dystopie n’est pas si science-fiction que cela, que ce qui est relaté dans ces pages pourraient très bien avoir lieu dans cette Amérique qui voue un amour sans borne aux armes à feu.

Souvenez-vous qu’un président peroxydé de la mèche avait affirmé que si les victimes du Bataclan avaient été armées, elles auraient pu se défendre et tuer les terroristes…

Oui mais non, mister président de mes deux ! Posséder une arme, c’est une chose, savoir s’en servir, c’en est une autre. Pour viser juste, il faut prendre des cours, afin de ne faire plus qu’un avec son flingue ou sa carabine.

De plus, abattre froidement une personne, même une qui va porter atteinte à votre vie, ça en fera hésiter quelques uns (unes). Hésitations fugaces que le terroriste mettra à profit, puisque lui n’a aucun état d’âme.

Alors, demander aux gens de s’armer non stop parce que de temps en temps, on va faire des Vigilance, c’est une putain de foutue de mauvaise idée ! Diffuser le tout à la télé, recruter des volontaires pour aller faire des tueries de masse dans des endroits bondés, c’est encore une saloperie de mauvaise idée. Passer des pubs ciblées pour se faire plein de pognon, c’est encore une plus mauvaise idée, mais ça marche, le public en redemande.

Cette Amérique d’un futur proche ne semble pas si éloignée que ça, on se dit, avec effroi, que si une chaîne de télé-réalité le proposait, il y aurait des gens intéressés, sans doute plus qu’on ne le pense.

Bref, c’est la télé-réalité qui a dépassé la ligne rouge, comme dans « Marche ou crève » de Stephen King. C’est de la manipulation de masse.

Cette Amérique rétrograde, aux portes de l’enfer, aux portes de la folie, ultra conservatrice, avec la haine des étrangers, repliée sur elle-même, virile à l’extrême, patriotique jusqu’au boutisme, où les gouvernements ne font plus la loi, gangrénée par le consumérisme, la violence, le fake news, ce n’est pas une Amérique si dystopique que ça…

L’auteur analyse froidement son pays, sa société et nous propose un récit qui a des relents de réalisme, qui semble être ce qui arrivera un jour, quand des Hommes, voulant toujours être plus riches, plus adulés, mettront au point des jeux du cirque grandeur nature qui seront regardé par le pays en entier.

Une novella que j’ai lue en apnée car l’Homme n’aurait aucune honte à monter pareille horreur, pareille folie et la majorité suivrait en hurlant sa joie. Ce programme deviendrait une drogue pour eux.

Un récit glaçant, horrifiant, tellement réaliste que j’en suis restée quelques minutes silencieuse à la fin de ma lecture, cherchant un Petzi ou un Oui-Oui à lire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°32].

Les agents de Dreamland : Caitlín R. Kiernan

Titre : Les agents de Dreamland

Auteur : Caitlín R. Kiernan
Édition : Le Bélial’- Une Heure Lumière (27/08/2020)
Édition Originale : Agents of Dreamland (2017)
Traduction : Melanie Fazi

Résumé :
Juillet 2015. Dans les tréfonds ténébreux du Système solaire, la sonde New Horizons s’approche de Pluton.

Sait-on vraiment ce que la sonde va trouver auprès de la planète naine ? Aux États-Unis, deux agences de renseignement ont dépêché leurs meilleurs éléments en Arizona.

Lui, c’est le Signaleur, un homme désabusé n’attendant plus grand-chose de ce monde ; elle, c’est Immacolata Sexton, femme auréolée de sombres et terrifiantes légendes – si elle n’était pas humaine, le Signaleur n’en serait pas plus surpris que ça.

Leur mission conjointe : enquêter sur une secte dont on vient de retrouver les membres, morts, dans leur campement au fin fond du désert. Une jeune femme en a réchappé.

Persuadée d’être investie d’une mission sacrée, elle représente peut-être une bombe à retardement pour toute l’humanité.

Récit réinterprétant le canon lovecraftien au filtre des X-Files, Les Agents de Dreamland est un court roman à la puissance vénéneuse…

Critique :
De temps en temps, il m’arrive de passer totalement à côté d’une lecture et puis, exceptionnellement, il est des romans qui me tombent des mains car je n’y comprends rien…

La narration, chaotique, décousue, m’a fait perdre le fil du récit de nombreuses fois. Des phrases semblaient n’avoir ni queue, ni tête et certains chapitres semblaient être indépendant les uns des autres. Perturbant et frustrant !

Ajoutons à cette narration bordélique, un récit qui entretient tellement bien le flou, qu’il en devient brumeux, nébuleux, alambiqué et ce qui devait arriver arriva : je me suis perdue, tel David Vincent (Les Envahisseurs), par une nuit sombre, le long d’une route solitaire de campagne, alors qu’il cherchait un raccourci que jamais il ne trouva.

Moi qui avais adoré la série X-Files (celle des années 90), jamais je n’ai réussi à retrouver cette atmosphère de mystères dans cette novella.

Pourtant, la mission de ce duo m’avait attirée par son programme alléchant : ils avaient pour mission d’enquêter sur une secte dont on venait de retrouver les membres, morts, dans leur campement au fin fond du désert. Une jeune femme en avait réchappé. Persuadée d’être investie d’une mission sacrée, elle représentait peut-être une bombe à retardement pour toute l’humanité.

Les personnages m’ont semblé stéréotypés. Le Signaleur est un homme d’un certain âge, totalement désabusé et qui, pour ne pas changer, se noie dans l’alcool et sombre dans la misanthropie, quant à Immacolata Sexton, elle est tellement mystérieuse que l’on pourrait la croire issue d’une autre planète (les mystères ne seront pas levés).

De plus, cette novella brasse énormément de références culturelles, historiques, qui, comme dans la V.O, ne sont pas explicitées. À mon avis, je ne dois pas être la seule à être passée à côté de moult références, messages ou subtilités… Frustrant tout de même.

En tout cas, cette novella est plus déroutante que sombre, plus frustrante qu’effrayante, plus complexe que simple et après avoir piqué du nez plusieurs fois et fait des retours en arrière pour tâcher de comprendre ce que je n’avais pas compris, j’ai décidé d’avancer plein-gaz et de me retrouver, comme par magie, à la fin de ce labyrinthe narratif !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°26].

À Vif : René Manzor

Titre : À Vif

Auteur : René Manzor
Édition : Calmann-Lévy (17/03/2021)

Résumé :
Dans la forêt qui borde le village de Gévaugnac, on découvre une toute jeune fille brûlée sur un bûcher.

La capitaine Julie Fraysse, du SRPJ de Toulouse, est priée de différer ses vacances et de consulter Novak Marrec, le policier qui a mené l’enquête sur des meurtres très similaires, attribués à un mystérieux « Immoleur » jamais arrêté.

Le problème c’est que Novak est interné en hôpital psychiatrique. Depuis son échec dans l’affaire de l’Immoleur, ce flic intelligent, cultivé et peu loquace est atteint de troubles obsessionnels délirants : par moments son cerveau lui crée de fausses certitudes, qu’il n’arrive pas à distinguer de la réalité.

Convaincu que l’Immoleur est de retour, Novak se lance à corps perdu dans l’enquête avec Julie.

Mais comment découvrir la vérité quand votre propre esprit joue contre vous ? Parviendront-ils à mettre au jour les secrets de la petite communauté de Gévaugnac ?

Critique :
JDM ! Voilà comment la capitaine Julie Fraysse, du SRPJ de Toulouse, aurait pu qualifier cette journée. Alors qu’elle s’apprête à partir en vacances avec ses deux gamins, la voici appelée sur un crime.

Ses vacances sont à l’eau tandis que la victime, 13 ans, a été immolée par le feu. C’est glauque, très glauque.

À la base, on a un polar qui semble se diriger vers un whodunit des plus basiques : qui a immolé la petite Maylis ? Est-ce un Copy Cat ou bien le responsable d’anciennes immolations a-t-il repris du service ?

Pourtant, on comprend de suite que l’enquête va s’écarter assez vite d’un whodunit classique car le supérieur de la capitaine Fraysse, le commandant Ray Roques, va aller recruter dans un asile son ancien capitaine, celui qui avait enquêté sur les précédentes immolations.

Attention, duo atypique et duo de choc : entre la capitaine Fraysse et l’ancien capitaine Novak Marrec, ce sera explosif ! Le second reprochant à la première de lui avoir volé sa place, la première râlant que ses vacances sont à l’eau et que Novak l’accuse d’un fait dont elle n’est pas responsable.

Dans ce roman policier aux allures de thriller glauque (des immolations de jeunes filles prépubères, on est loin du classique révolver dans le bureau), les certitudes du lecteur vont voler en éclat assez souvent et les fausses pistes (ou pas) se multiplier.

Qui a raison, qui a tort ? Le cerveau de Novak est-il foutu par ses délires parano ou bien tient-il le début d’une piste ? Fraysse va-t-elle le suivre ou pas ? Beaucoup de suspense et de mystères dans ce récit qui ne m’a pas laissé beaucoup de répit.

La note amusante sera apportée par les deux gamins de la capitaine Fraysse et cela faisait du bien pour contrer cette noirceur qui s’échappait du récit où tout le monde n’était pas aussi ange blanc qu’on pourrait le croire.

Mon bémol ira à la résolution de l’enquête qui arrive un peu trop vite, ou du moins, comme un cheveu dans la soupe, de manière inattendue. Crac boum hue et les flics surgissaient, tel Zorro arrivant au bon moment, me déstabilisant totalement.

J’avais déjà trouvé le mobile du crime de Maylis mou du genou (ou alors, la personne coupable est bonne à interner, elle aussi) et là, ça a un peu tempéré mon enthousiasme pour cette lecture, vu l’utilisation de certaines ficelles.

Si le roman garde une excellente note, c’est en raison de son scénario, qui n’avait rien de banal (même si j’avais déjà connu ce genre de « truc » – no spoiler) et qui est allé dans une direction à laquelle je ne m’attendais pas, bien que j’ai eu des soupçons à un moment donné, vu la réaction de certains personnages.

De plus, il y avait des émotions, un suspense implacable et les portraits des enquêteurs (Fraysse et Novak) étaient réussi, mais pas que eux, les autres aussi. Ils en étaient même attachants, surtout Novak et son passé des plus sombre.

Un très bon thriller qui va jouer avec les perceptions de ses lecteurs, les entraîner là où l’on va rarement (les délires psychotiques, la paranoïa et j’en passe), le tout accompagné d’enquêteurs attachants (Novak est même parfois attachiant).

Le seul bémol étant pour le final un peu trop précipité et quelques ficelles utilisées pour faire passer le tout.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°13].

[Angor] – Franck Sharko & Lucie Hennebelle 04 : Franck Thilliez

Titre : [Angor] – Franck Sharko & Lucie Hennebelle 04

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Pocket Thriller (2015) – 638 pages

Résumé :
Camille Thibaut est jeune gendarme dans le nord de la France à Villeneuve d’Ascq. Très appréciée dans son service, certains de ses collègues s’inquiètent pour elle. Depuis son opération. Depuis sa greffe du cœur. Et depuis qu’elle a des cauchemars chaque nuit. Une femme séquestrée l’appelle au secours. Un rêve tellement vrai, comme un souvenir… celui de son donneur ?

Alors qu’elle est en plein rejet de greffe et qu’elle sait qu’elle va mourir, Camille n’a plus qu’une obsession : savoir qui lui a donné son cœur et quel drame son donneur a vécu… Au même moment, à une centaine de kilomètres de là, deux employés de l’Office National des Forêts constatent les dégâts des orages violents survenus en ce mois d’août.

Dans une cavité mise à jour par un arbre déraciné, ils croient apercevoir une ombre. L’un d’eux s’approche. Deux yeux presque blancs, dépourvus d’iris. C’est tout ce qu’il aura le temps de voir avant qu’une main venue du fond du trou lui agrippe les cheveux et tire de toutes ses forces.

Lucie et Sharko sont en train de donner le biberon à leurs jumeaux âgés d’un mois quand Franck est appelé sur une nouvelle affaire. Une femme semble avoir été victime d’une longue séquestration. Presque aveugle, tant elle est restée dans le noir.

Retrouvée… sous un arbre. Lucie est inquiète  » Plus jamais en première ligne  » lui a promis le père de ses enfants. Mais elle-même parviendra-t-elle à laisser son homme enquêter seul pendant qu’elle termine son congé maternité ?

D’autant que l’enquête prend des proportions inhabituelles lorsque Sharko s’aperçoit qu’à chacune de ses découvertes il a été devancé : par une jeune femme, gendarme dans le nord…

Critique :
J’ai un retard monstre dans mes Franck Thilliez et si je suis à jour avec ses dernières publications, il n’en est pas de même avec ses plus anciens romans. Shame on me parce que bien souvent, je les adore et ils sont hyper addictif.

Tellement addictif que je risque des soucis avec la brigade des addictions… Sans compter des problèmes que je risque parce que je ne suis pas la chronologie et que j’ai sauté des tomes.

Une fois de plus, Thilliez va jouer avec nous, nous entraîner là où on ne s’y attend pas, nous faisant courir dans de multiples directions, faire monter l’adrénaline et les pulsations cardiaques.

Le duo Frack Sharko & Lucie Hennebelle a évolué, les voici en couple et en train de pouponner leurs jumeaux. Le fait d’être père a ramolli un peu Sharko, d’ailleurs, il pense même mettre sa Lucie au placard, le reléguer à son rôle de mère, la croyant petite chose fragile alors qu’elle est flic comme lui, qu’elle a perdu ses jumelles et à surmonté ce deuil terrible… C’est une battante, pas une femme fragile.

Dans ce roman, on commence aussi avec plusieurs affaires et ça nous laissera peu de temps pour se tourner les pouces ou s’embêter durant sa lecture.

Ceci est un pavé de plus de 600 pages mais on ne les sent pas (sauf le poids du livre), elles se tournent toutes seules et le récit est rendu addictif du fait que l’on suivra plusieurs personnages lorsque l’on changera de chapitre.

Âmes sensibles, s’abstenir ! Avec Thilliez, on s’enfonce souvent dans le glauque, dans l’horreur, l’abomination : il faut avoir le cœur et les tripes bien accrochées. Parfois, on pourrait penser que l’auteur cherche à nous montrer ce qu’il y a de plus sombre chez l’Homme, de plus horrible, de plus dégueulasse.

De nouveau, j’ai retrouvé un élément dont l’auteur avait déjà utilisé dans un autre roman et cela m’a un peu gêné aux entournures, pour ma part, ce n’était pas nécessaire de jouer sur cette filiation.

De même que pour le voyage en Argentine où moult péripéties vont arriver à Sharko, comme si pour ajouter du suspense et du piment à son récit, l’auteur avait voulu lui jouer des tours pendables, le mettant dans des situations totalement périlleuses… Trop est l’ennemi du bien ou, comme on dit chez nous : « Trop is te veel » (trop c’est trop).

Comme toujours, beaucoup de choses se retrouvent au cœur (c’est le cas de le dire) du roman de Thilliez et l’on sent qu’il a bien potassé ses sujets afin que tout cela tienne ensemble et forme un tableau qui ne doit pas être bancal lorsqu’on le dévoilera au lectorat.

Le tableau restera cohérent si l’on fait abstraction de quelques sauvetages au bon moment (ils font du bien), de quelques facilités auxquelles l’auteur aura recours pour aider ses personnages qui enquêtent (ah, les doués en langues !) ou d’un personnage qui avait l’air d’être quelqu’un de bien et qui, au final, sera un abominable assassin, sans que l’on en sache plus sur lui et son basculement du côté obscur de la Force.

Ce pavé de Thilliez met, une fois de plus, le Mal absolu face à ceux qui tentent de faire respecter la loi ou de rester tout simplement en vie. Face à certains, les autres ne sont que des proies potentielles pour les super prédateurs qu’ils sont. Prédateurs prêt à tout pour aller plus loin encore dans l’horreur absolue (mon dieu, le portefeuille !).

On descendra dans tout ce que l’Homme est capable de faire aux autres, on arpentera les couloirs glauques et sanglants de l’Histoire de certaines dictatures, on frémira d’émotion devant des chiffres et on tremblera à l’idée que ce que l’on a lu dans ces pages puissent avoir lieu un jour (on sait qu’elles ont lieu, mais on aimerait croire que non).

Comme toujours, Franck Thilliez a joué avec mes nerfs, mon cœur, mes tripes, me foutant la rate au court-bouillon et me tenant éveillée alors que j’aurais dû aller au lit. Je l’aurais bien terminé en deux jours, top chrono, mais bon, je m’en étais gardé un peu pour mon voyage en train, en espérant ne pas rater ma gare pour cause de plongée dans le final de son roman.

Malgré mes bémols, j’ai passé un excellent moment de lecture.

Lu dans son édition Pocket Thriller faisant 638 pages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°12] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

La chasse : Gabriel Bergmoser

Titre : La chasse

Auteur : Gabriel Bergmoser
Édition : Sonatine (18/03/2021)
Édition Originale : The hunted (2020)
Traduction : Charles Recoursé

Résumé :
Frank s’occupe d’une petite station-service paumée au milieu de l’immensité sauvage australienne.

Un jour, une jeune femme arrive en trombe, blessée. Aidé par un couple de voyageurs, Frank tente de soigner les blessures de l’inconnue lorsque de mystérieux assaillants arrivent sur les lieux.

Coupés du monde, les occupants de la station-service vont devoir alors faire face à un véritable siège.

Critique :
♫ Ce matin, un lapin, a tué un chasseur ♪ C’était un lapin qui avait un fusil ♪

Dans le bush australiens, des chasseurs chassent des cochons ou tout autre gibier sans défense. Imaginez maintenant un gibier plus intelligent et combatif que les autres et paf, le lapin tue un chasseur (il avait un fusil, suivez un peu !).

Pas content les chasseurs, furax, même, que le gibier leur rende la monnaie de leur pièce au lieu de se laisser tuer tranquillou. Eux peuvent ôter la vie, pas le contraire.

Le lapin, blessé, s’enfuit et va se réfugier chez un cerf. ♫ Cerf, cerf, ouvre-moi, où le chasseur me tuera ♪ Notre cerf, pas crétin non plus, sait se défendre, lui aussi, contre les chasseurs. Et ça va saigner !

Pourtant, mesdames et messieurs des jurés, le lapin a certes tué des chasseurs, mais il était en état en légitime défense, retournant les pièges des de ses ennemis contre eux. Pareil pour le cerf. Allez expliquer ça aux chasseurs, vous…

Ce thriller, j’ai failli ne pas dépasser la page 50 tant je n’y trouvais rien qui me plaisait habituellement dans le bush australien. Personnages un peu fades, sans vraiment de relief au départ, récit qui mettait du temps à se mettre en place, un autre qui commençait quelques jours plus tôt…

Après avoir sauté quelques paragraphes et soupiré beaucoup, le récit s’est soudain mis en place, les personnages ont commencé à prendre de l’ampleur, des formes et l’action a été bien rythmée jusqu’au bout, ce qui fait qu’après un début poussif, j’ai cavalé pour connaître la fin, ayant même du mal à lâcher le roman.

Certains l’ont comparé au génialissime « Cul-de-sac » de Douglas Kennedy. Que nenni, on oublie la comparaison, elle ne tient pas la route. Vu la violence qu’il y a dans ses pages, on tiendrait plus d’un Mad Max version siège d’une pompe à essence.

Leur seul point commun est que des gens vivent dans un petit bled paumé, véritable trou du cul du trou du cul du trou du cul du bush (australien toujours, par George W. !) et qu’ils sont bizarroïdes. Je n’en dira pas plus. Sauf que ce roman n’a pas la carrure de Cul-de-sac !

Tout ce que je retiendrai de cette lecture, c’est que lorsque l’action commence, on rentre de plain pieds dans le glauque, dans le gros dégueulasse, dans l’horreur absolue, dans la noirceur humaine, sans panache, puisque les Méchants du récit sont le plus souvent bêtes (sans être drôles), violents, imbus d’eux-mêmes…

Oui, des Méchants de crétins congénitaux mais ils n’ont aucune étoffe pour en faire des Méchants digne de ce nom, de ceux qui laissent des traces dans votre inconscient.

Joffrey (GOT) était une saloperie de méchant qui a marqué les esprits, malgré que c’était un couard sur les champs de bataille et une grande gueule. Ici, que dalle. Même le meneur des Méchants ne marquera pas mon esprit. 

Dans le rôle des Bons, on a un peu plus de nuances, Franck le pompiste va évoluer, sa petite-fille, Allie, aussi et cette aventure sanglante va les rapprocher, les faire communiquer (bigre, s’il faut affronter la mort pour qu’un ado ouvre sa bouche, ça va vite devenir lourd pour la famille de ces ados).

Voilà un roman dont j’ai dévoré le final, l’adrénaline me collant aux mains qui devenaient moites et pourtant, il ne m’a pas marqué pas du tout et ne me laissera aucun souvenir impérissable (tandis que je me souviens du plaisir de lecture que fut Cul-de-Sac). Aussitôt lu aussitôt oublié (enfin, d’ici quelques jours, j’ai pas Alzheimer non plus).

À lire si on veut son quota d’adrénaline durant sa lecture (faut dépasser la page 50 quand même, même un peu plus) et lire des scènes de combats, de la baston, des meurtres gratos, de la chasse à l’Homme, des crétins congénitaux armés, des armes qui aboient, du sang qui gicle, des mecs badass, de la testostérone, de la virilité, des femmes qui en ont dans le pantalon, des gros pickup roulant à fond, des étendues désertiques, de la folie humaine…

Le tout incorporé dans un récit sans dialogues transcendantaux, avec un scénario plus que classique, bourré de violences qui sont juste là pour mettre de l’action et faire monter l’adrénaline du lecteur.

Bah, au moins, mon petit cœur a battu un peu plus fort ! Un roman qui pourrait donner un blockbuster survitaminé avec un Jason Statham pour baffer les vilains méchants pas beaux et Tom Raider pour lui filer un coup de main.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°08].