Ikigami – Préavis de mort (Double) – Tome 1 : Motorô Mase

Titre : Ikigami – Préavis de mort (Double)

Scénariste : Motorô Mase
Dessinateur : Motorô Mase

Édition : Kazé Seinen (2015)

Résumé :
Dans ce pays, une loi entend assurer la prospérité de la nation en rappelant à tous la valeur de la vie. Pour ce faire, un jeune sur mille entre 18 et 24 ans est arbitrairement condamné à mort par une micro-capsule injectée lors de l’entrée à l’école.

Lorsqu’on reçoit l’ikigami, c’est qu’il ne nous reste plus que 24h à vivre. Mais à quoi passer cette dernière journée, lorsqu’on n’a pas eu le temps de faire sa vie ?

Critique :
La vie n’a pas de prix, mais bien souvent, nous l’oublions, il faut que nous manquions de mourir pour s’en rappeler, ou que nous voyons partir des plus jeunes que nous…

Alors, pour bien faire comprendre à toute la population la valeur de la vie, un pays, totalitaire, inocule une capsule dans les vaccins que sont obligés de recevoir les élèves. Un sur les mille mourra entre ses 18 et 24 ans, de manière arbitraire.

Sont préavis, il le recevra 24h avant sa mort… C’est un ikigami et c’est pour assurer la prospérité de la nation.

Prospérité ? J’t’en foutrai, moi, de ta prospérité. Depuis quand la mort d’un jeune assure-t-elle la prospérité de la nation ? C’est un devoir ? Ben merde alors… Mais bon, je n’ai jamais été atteinte de patriotisme non plus… Défendre mes proches, oui, mais sacrifier ma vie pour le pays qui se fout bien de moi, je ne suis pas encore prête.

Dans ce premier tome, nous assisterons à plusieurs réactions, suite à la réception du préavis de mort. Au moins, aucun des personnages ne réagira de la même manière et j’ai apprécié les questionnements que se pose Fujimoto, qui est un livreur d’ikigami, même si je trouve qu’ils arrivent fort rapidement, comme s’il mettait déjà le système en doute.

Fujimoto a raison, le système est arbitraire et débile, puisqu’on ne sait pas à quoi cela sert d’éliminer une personne sur mille. C’est même totalement absurde ! Mais si les régimes totalitaires ne l’étaient pas, cela se saurait !

La menace n’empêche pas les jeunes de se comporter comme des salopards, comme la bande de harceleurs et les sanctions qui pèsent sur les familles, si jamais le futur mort semait des troubles, n’a pas empêché l’un des personnages à se venger avant de mourir.

La lecture est intéressante parce qu’elle permet de se poser une question terrible, à laquelle nous n’avons pas toujours de réponse : qu’aurais-je fait à la place de ? Que ce soit à la place du fonctionnaire qui fait son job et délivre ses ikigamis ou à la place des personnes qui apprennent qu’il leur reste 24h avant de mourir.

Malgré tout, je suis restée sur ma faim… Fujimoto n’a pas beaucoup de place pour la rébellion, ni pour poser trop de questions. Quant aux chapitres consacrés à ceux qui allaient mourir, s’ils étaient intéressants, je n’ai pas envie que toute la série se déroule de la même manière, cela deviendrait redondant.

Un manga qui oscille entre thriller et dystopie, qui instaure un climat de malaise face à ces crimes institutionnalisés, réglés comme du papier millimétré et dont les fonctionnaires sont très fiers de cette « Loi pour la prospérité nationale » et du système mis en place pour que personne ne sache à l’avance dans quel vaccin la puce mortelle va être insérée (ni dans quel élève).

Ma foi, j’ai beau être restée sur ma faim, je vais tout de même lire le deuxième opus afin de voir si l’histoire bouge où si elle reste statique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°121] et Le Mois du Polar, chez Sharon – Février 2023 (N°04).

Publicité

Le bateau-usine : Takiji Kobayashi et Gô Fujio

Titre : Le bateau-usine

Scénaristes : Takiji Kobayashi et Gô Fujio
Dessinateur : Gô Fujio

Édition : Akata (2016)
Édition Originale : Kanikôsen (2006)
Traduction :

Résumé :
Dans les années 20, au Japon… L’industrialisation du pays fait rage, tandis qu’en Russie, la Révolution vient de s’achever.

Au port de Hakodate, c’est l’effervescence : le bateau-usine s’apprête à partir en mer, pour pêcher des crabes qui seront revendus à prix d’or. Mais les ouvriers-pécheurs ne se doutent pas encore du destin qui les attend…

Exploités, battus et spoliés par Asakawa, l’intendant du navire qui ne pense qu’aux bénéfices de l’entreprise qu’il représente, ils vivront un véritable enfer quotidien.

Pourtant, quand le bateau échappe au naufrage, grâce à l’aide d’un chalutier russe, les esprits commencent à s’échauffer.

Un jeune étudiant, influencé par les romans de Dostoïevski, décide de prendre la tête d’un mouvement de rébellion… La grève est ouverte !

Critique :
La littérature engagée, j’aime ça. Quelque soit son support. Ici, c’est roman issu de la littérature japonaise, publié en 1929 (et interdit ensuite), qui est adapté en manga.

L’auteur du roman original est décédé en 1933, d’une crise cardiaque, soi-disant, mais les marques sur son cadavre font tout de suite penser à ses proches qu’il est mort de la torture… Ambiance.

Ce manga parle du capitalisme dans ce qu’il a de plus extrême : pour que les actionnaires gagnent plein de pognon, il faut que des pauvres types crèvent en travaillant dans des conditions épouvantables.

Le rendement, quoiqu’il en coûte ! Voilà le maître mot d’Asakawa, l’intendant du bateau-usine qui pêche des crabes sur la mer du Kamtchtka, rivalisant avec les Russes. Pour l’intendant, c’est une guerre économique contre les Russes.

[…] c’est un duel entre le peuple de l’empire du Japon et les Russkofs… si jamais on perdait, alors les jeunes Japonais que vous êtes, avec vos couilles ballantes, vous n’auriez plus qu’a vous ouvrir le ventre et vous jeter dans la mer du Kamtchatka.

Coups, menaces, privations, travail dans des conditions terribles, pire qu’au goulag (ou « aussi pire »), malades obligés de bosser, bouffe infâme, pendant que le capitaine, l’intendant et les autres, se goinfrent de mets succulents, pour aller les vomir ensuite, vu que la mer, parfois, est démontée…

Même les ouvriers, dans leur trou à merde, au fond de la cale, on bien du mal à garder leur bol de riz dans l’estomac.

Dans ce manga, aucun personnage n’est plus mis en avant qu’un autre. Pas un héros, mais des ouvriers pauvres, qui n’ont pas le choix que de bosser sur ce navire, des hommes qui vont se révolter, tenter de se serrer les coudes pour mettre fin à cette tyrannie.

L’union fait la force, c’est bien connu, mais avant d’y arriver, à cette union, il faudra bien des brimades, bien des coups, bien des morts… avant que les 400 marins ne se rendent compte qu’ils sont bien plus nombreux que l’intendant.

Unir les gens est la chose la plus difficile qui soit, tandis que les désunir est si facile, comme le fera l’intendant, en mettant les pêcheurs et les ouvriers chargés de mettre les crabes en boîte en compétition. Et ça marche toujours !

Les seules choses qui aient un prix, sur ce bateau-usine, ce sont les boîtes de crabes, destinées à l’élite, certaines à l’empereur. Dans ces boites de crabes, il y a surtout le sang, la sueur et les morts des ouvriers, des pêcheurs.

L’autre chose qui a de la valeur, c’est le rafiot sur lequel ils naviguent : ce dernier est assuré pour une somme plus élevée que sa valeur. Autrement dit, il rapportera plus d’argent en faisant naufrage qu’en naviguant. Le ton est donné.

Récit d’une descente aux enfers où les pauvres gars embarqués sur cette galère se demanderont, à un moment, s’il n’aurait pas mieux valu mourir au départ. Les conditions de travail vont devenir de plus en plus dures, laissant les ouvriers épuisés, à tel point que les accidents de travail augmentent.

Un manga dont la lecture ne laissera personne indifférent, sauf peut-être les gros actionnaires (hommes ou femmes), qui ne s’enrichissent que sur le dos des autres, tels des tiques sur le dos d’un chien.

Il est à souligner que dans ces bateaux-usines, les intendants étaient des Japonais, qui se comportaient en esclavagiste envers d’autres Japonais, le tout pour le bien du pays. Ce n’était pas le fait d’étrangers donc !

Juste pour rappeler que bien souvent, le Mal vient de ses propres dirigeants, de ses propres intendants, patrons…. et qu’ils sont de la même nationalité que ceux qu’ils exploitent. Le véritable ennemi, ici, c’est le capitalisme et les étrangers ne sont pas responsables.

Diviser pour mieux régner, c’est un classique qui marche toujours. Exploiter les plus pauvres, ceux qui n’ont pas le choix, et les dresser l’un contre l’autre, c’est le combo gagnant pour cet intendant et pour tous les exploiteurs.

Un excellent manga, qui prouve, une fois de plus, que les mangas, ce ne sont pas que pour les ados et que ce ne sont pas des « trucs avec des mecs bourrins dedans ». Non, ici, c’est juste la mise en image d’un roman qui était lui même la mise en phrase des horreurs qui avaient lieu dans les bateaux-usines.

Le pire est que ces pratiques ont toujours lieu, quelque part dans le monde, dans d’autres pays, pour que des sociétés fassent de superprofits sur des vêtements, de l’alimentation, le tout, au détriment de gens qu’elles exploitent et de la Nature qu’elles foutent en l’air.

Pas de soucis, tout va très bien, madame la marquise !

Seton, le naturaliste qui voyage – Tome 1 – Lobo, le roi des loups : Jirô Taniguchi et Yoshiharu Imaizumi

Titre : Seton, le naturaliste qui voyage – Tome 1 – Lobo, le roi des loups

Scénariste :
Dessinateur : Yoshiharu Imaizumi
Traduction : Thibaud Desbief

Édition : Kana (2006)

Résumé :
Le vieux Lobo, ou « The King », comme l’appelaient les Mexicains, était le terrible chef d’une étonnante meute de loups gris qui ravagea la vallée de Currumpaw pendant des années.

Tous les bergers et fermiers le connaissaient bien, et, partout où il passait avec sa fidèle meute, il semait la terreur, la colère et le désespoir chez les éleveurs.

Critique :
C’est par le plus grand des hasards que je suis tombée sur ce manga, alors que j’en cherchais un autre. Le mot « Loup » a attiré mon attention et il n’a pas traîné longtemps dans ma PAL.

Premier constat : les dessins sont superbes, loin des visages stéréotypés que l’on voit souvent dans les mangas.

Pas de visage avec des mentons effilés, pas de mèches de cheveux que l’on se demande comment elles tiennent, mais des graphismes réalistes et de beaux décors de la Sierra Navada.

Le récit est tiré de celui d’Ernest Thompson Seton, un peintre qui n’a pas trouvé du succès à Paris, avec sa toile sur les loups. On lui a parlé d’un loup, insaisissable, qui défie tous les chasseurs et qui tue le bétail, semblant comprendre les pièges qu’on lui tend.

Ce manga pourrait sembler partir sur le fantastique, avec ce loup, surnommé Lobo, qui semble comprendre tous les pièges mis en place par les hommes, même par Seton, alors que ce dernier prend moult précautions pour camoufler ses appâts empoisonnés ou ses pièges.

Combats titanesques entre un homme et des loups, dont un semble humain (ou loup-garou), tant il est intelligent, rusé et inattaquable. Le but de Seton était aussi de l’étudier, mais finalement, il passera plus de temps à piéger tout le coin qu’à étudier cette bande de 6 loups.

Ce que je reprocherai à ce manga, c’est le côté « bêtes sauvages » que l’on semble donner à ces loups. En voyant les tableaux de chasse de ces prédateurs, on aurait presque envie de crier haro sur les loups, et pourtant, j’ai tiqué, tant cela me semblait exagéré, limite abusé de sa race !

Deux loups qui, durant une nuit, égorgent 200 moutons, ça fait tout de même un sacré travail, non ? Comme si l’on voulait vraiment les considérer comme des animaux nuisibles, juste bons à abattre…

Par contre, là où le manga m’a frappé en plein coeur, c’est qu’il n’est pas avare en émotions dans sa dernière partie. J’étais à deux doigts de sortir le kleenex tant c’était émouvant, beau, violent et horrible à la fois.

On pourrait en vouloir à Seton d’avoir fait ce qu’il a fait, mais au moins, en voyant l’horrible et magnifique tableau sous ses yeux, il comprendra son erreur, la regrettera et essayera de rétablir les loups. Pas besoin de vous dire qu’il n’y a pas vraiment réussi, l’Homme ayant toujours peur du loup…

Finalement, si j’ai été sceptique au départ, ce manga m’a emporté et à balayé tout sur son passage, comme un ouragan (chantez, maintenant). L’auteur arrive bien à décrire la barbarie des êtres humains, leur cruauté et le fait qu’ils se foutent pas mal de la Nature. L’Homme est bien pire que les loups, et pourtant, ce sont eux qu’on a exterminés, éradiqués…

Une belle trouvaille que j’ai faite, avec ce manga…

PS : Comme les autres volumes concerneront d’autres animaux, je ne pense pas les chercher dans mes bouquineries, ce qui m’a attiré dans celui-ci, c’était les loups.

Le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Moriarty – Tome 11 : Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty – Tome 11

Scénariste : Ryosuke Takeuchi
Dessinateur : Hikaru Miyoshi
Édition Originale : Yûkoku no Moriarty, book 11 (2020)
Traduction : Patrick Honnoré

Édition : Kana Dark (23/09/2021)

Résumé :
Deux frères orphelins sont accueillis dans la famille Moriarty, grâce aux ambitions cachées du fils aîné Moriarty, Albert. Ce dernier abhorre l’aristocratie à laquelle il appartient et le système social qui régit la société britannique. Albert a vu en l’aîné l’intelligence et le charisme dont il avait besoin pour accomplir son rêve de nettoyer la société de ces « êtres inutiles et sales ».

Albert propose de leur offrir sa richesse et son influence à condition que les garçons mettent leur intelligence au service de son rêve. 13 ans plus tard, à côté de leurs activités officielles, les frères Moriarty sont devenus des « conseillers privés ».

Avec William à leur tête, ils aident les gens du peuple, victimes d’injustices, à se venger des riches qui les ont fait souffrir.

Critique :
Puisque les deux derniers tomes étaient revenus à une ligne plus classique et m’avaient offert quelques bons moments de lectures, j’ai poursuivis ma lecture de cette série manga qui m’avait fortement déçue quand elle avait incorporé des éléments de James Bond…

Le combat entre Milverton et Moriarty s’annonçait intéressant, s’il était bien mis en scène.

Du moment que l’on mettait Holmes au placard, moi, ça m’allait, parce que je déteste, depuis le début, le côté loubard mal élevé de leur Sherlock.

Comme je l’avais craint à la fin du tome 10, le suivant allait aborder « Le signe des Quatre », ce qui allait me faire bouffer du Sherlock dans une version « mal dégrossi » que je déteste. Autant où leur version de Moriarty est bien revue, bien amenée, apportant un sacré renouveau, leur version de Holmes était à vomir.

Apparemment, j’ai eu peur pour rien. Cette fois-ci, leur Holmes est correct, hormis un « merde » prononcé dans sa tête, ce que je peux pardonner.

Quel est l’intérêt de lire en manga un récit que l’on a lu plusieurs en roman, que l’on a vu adapté à la télé ? L’intérêt réside dans le fait que les mangakas ont changé quelques points de détails, notamment dans Mary Morstan. C’est elle qui constitue le mystère.

Les Moriarty Brothers ne seront présent que dans les intermèdes entre deux chapitres, regardant les cases comme s’ils étaient devant un film (l’un mangera même des pop-corn), commentant ce qu’ils voient. Ça donne une petite touche d’humour, le fait de commenter l’enquête de Holmes.

La résolution est, en gros, celle du roman original, à quelques détails près. Dans le manga, c’est Sherlock qui expliquera ce qu’il s’est passé et non un des protagonistes qui expliquera comment il s’était fait duper à l’époque. C’est court, c’est bref.

Par contre, alors que je m’attendais à un bon mystère avec Mary Morstan, un truc croustillant, bien mystérieux, j’ai déchanté lors de la résolution : bof, pas terrible.

Cela permettra aux auteurs, dans le prochain tome, de faire entrer Milverton dans la danse, le reliant aux différents protagonistes, puisque dans le tome 12, les Moriarty reviendront sur le devant de la scène.

Un tome de transition, pas mauvais, mais pas exceptionnel non plus. Le fait d’avoir mis en scène un Holmes moins loubard que dans les autres tomes est tout de même un bon point qu’il faut souligner !

Sans cela, il aurait terminé avec un demi point en moins.

PS : une fois de plus, je soulignerai les horreurs commises avec les attelages : les brancards sont situés assez loin des flancs du cheval et comme soutenu par deux « lanières » ou barres horizontales, partant des flancs, ce qui est une aberration sans nom.

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°249] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Moriarty – Tome 10 : Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty – Tome 10

Scénariste : Ryosuke Takeuchi
Dessinateur : Hikaru Miyoshi
Édition Originale : Yûkoku no Moriarty, book 10 (2021)
Traduction : Patrick Honnoré

Édition : Kana Dark (06/05/2021)

Résumé :
Whiteley se bat sur le terrain légal pour faire advenir l’égalité dans ce pays au péril de sa vie…

Comme William alors ? Ça reste à vérifier. William remet à Whiteley la liste de tous les crimes des parlementaires nobles. Or, depuis le dernier attentâtes à la nombre qui a failli lui coûter la vie, whiteley sait que sa vie est en danger. Avec ce document en main, quel sera son choix ? Deviendra-t-il un ange ou un démon…?

Critique :
Lorsque je commence un nouveau tome de cette série, je ne sais jamais comment ma lecture va se dérouler.

Vais-je l’apprécier, comme ce fut le cas pour les premiers tomes, ou bien vais-je râler que le mangaka n’ait pas fait preuve d’originalité (comme avec l’univers de 007 pompé sans rien changer) ? Quel suspense !

J’étais impatiente de voir ce qu’allait donner le combat Charles Auguste Milverton/Moriarty.

Deux hommes puissants, l’un à la tête d’un groupe de presse, l’autre d’une organisation criminelle.

Si le portrait de Milverton est réussi, ce duel peut donner quelque chose de grandiose.

Mais avant de passer à ce grand match, il faut chauffer la salle et les auteurs ont choisi de nous montrer le député Whiteley se battant pour faire passer un projet de loi visant à l’égalité dans la société.

Le comte Moriarty lui a donné de quoi soit faire tomber des lords de la Chambre, soit d’utiliser ces infos pour faire passer ses réformes. Il faut parfois s’asseoir à la table du diable pour faire avancer les projets qui nous tiennent à cœur…

— Il y a toujours un prix à payer pour réaliser ses objectifs. Alors, tu penses bien, quand l’objectif est immense… Pour changer le cours de l’Histoire d’un pays, le prix ne peut être qu’énorme…

Ça s’agite beaucoup en coulisses, Milverton tire des ficelles, des hommes meurent, assassinés.

Ce que j’ai le plus apprécié, c’est le côté politique, de plonger dans les coulisses du pouvoir (une petite partie des coulisses), de voir l’homme derrière le député et jusqu’où certains sont prêts à aller dans les manipulations, afin de préparer le terrain pour leur projets.

Les hommes sont retors, mauvais et n’hésitent pas à pousser d’autres à tuer pour eux. Le match attendu a commencé : il est déjà violent, retors et tous les coups sont permis.

Sans sombrer dans du manichéisme de bas étage, ce tome nous offre des personnages complexes, travaillés et une intrigue qui est bien plus étoffée et intéressante que celles vues précédemment.

Lorsque je pensais les dés jetés, le mangaka est venu rebattre les cartes pour ajouter du piment et relancer le scénario. Et hop, tout change ! Là, c’est super bien joué.

Le dernier chapitre permet à Sherlock Holmes de revenir un peu sur le devant de la scène, mais je vous avoue que s’il disparaissait de cette série, je ne le pleurerais pas, tant il est mal interprété ! Là, je le déteste ! Et je sens que dans le tome suivant, on va avoir droit à plus de Holmes puisqu’il sera question du Signe des Quatre…

Là, je suis contente de ma lecture, contente de m’être accroché durant quelques tomes merdiques (ceci n’est que mon opinion, bien entendu), parce que là, ça redémarre et on revient à ce qui me plaisait dans les premiers tomes : une critique de la société  anglaise qui était inégalitaire (on me signale que tout n’a pas changé).

PS : L’inconvénient, dans ce manga (comme dans bien d’autres), ce sont les visages qui se ressemblent tous, avec les mêmes nez et mentons pointus… On change la coiffure et hop, nous avons un nouveau personnage.

Et puis, les dessins des chevaux ne sont jamais bien réussi… Quant à leurs harnachements, n’en parlons pas !

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°228] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Moriarty – Tome 09 : Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty – Tome 09

Scénariste : Ryosuke Takeuchi
Dessinateur : Hikaru Miyoshi

Édition : Kana Dark (22/01/2021)

Résumé :
Milverton, un magnat des médias londoniens, a monté de toutes pièces la machination « Jack l’Éventreur ». Fasciné par William depuis « l’affaire », il enquête pour en savoir plus sur lui. Il découvre alors les traces d’une affaire beaucoup plus ancienne : des gamins des rues avaient fait un procès à un noble.

Et c’est le passé de William et Louis qui refait surface…

Critique :
Non, non, je ne suis pas masochiste ! Bien que cette série ne me plaise plus depuis plusieurs déjà plusieurs tomes, bien que j’aie dit que je ne la lirais plus, je me suis parjurée (rien de grave à ce niveau) et tout de même poursuivit la lecture, puisque l’on m’a gentiment prêté les tomes suivants.

Puisque je n’ai pas dépensé un euro, je ne risque pas grand-chose en continuant de lire la saga, si ce n’est des soupirs et un peu d’énervement. Rien de mortel.

Pour ceux qui ne suivent pas, au fond de la classe, mes récriminations portaient, notamment, sur le fait que les mangakas aient incorporé, tel quel, l’univers de James Bond, reprenant les noms des personnages de la saga, sans rien changer, sans rien adapter, alors que lors de leur reprise de l’univers de Sherlock Holmes, ils avaient su faire preuve de créativité en prenant le personnage de Moriarty et en le changeant totalement.

Les Moriarty sont obligés d’organiser une tea-party et de recevoir le gratin de la société, sans que personne n’aille fureter là où il ne faut pas…

Bon, le gratin de la société est féminin et on dirait plus des groupies face à des membres d’un boys-band, que des jeunes filles de la bonne société victorienne. Elles hurlent même « Kyaaaah », ce qui n’est pas digne d’une anglaise, voyons !

Le plus con, c’est qu’il n’y a pas de porte devant les escaliers qui descendent dans les sous-sols, vers leur salle de réunion, celle que personne ne doit découvrir et qui se trouve sous la garde de Q ! Non mais allo, quoi ?

C’est très léger et assez caricatural, cela n’apporte rien à l’histoire, hormis un interlude plus calme avant que les affaires ne reprennent avec l’entrée en scène de Milverton. Oui, Milverton, le fameux maître-chanteur. En attendant, c’est un magnat de la presse et il s’intéresse à la famille Moriarty et ses petits secrets.

Ce neuvième tome va revenir sur le passé de William et Louis, son petit frère, à l’époque où ils se trouvaient encore à l’orphelinat et de la manière où l’aîné des frères à piégé un vicomte avec un procès.

Les passes d’armes entre les deux gamins et le vicomte sont très bonnes, les enfants étant déjà très intelligents et très murs pour leur jeune âge. Cela nous fait une petite incursion dans un tribunal anglais et nous apprendrons quelques petites subtilités du droit.

Continuant de parler des différences entre les classes sociales, mettant en avant la misère de certains et l’extrême richesse des autres, cette série était partie sur un bon pied avant de se gameller avec James Bond et consorts.

Pourtant, j’ai pris du plaisir à lire ce tome 9. Le scénario se reconcentre sur les inégalités sociales, sur un duel entre deux cerveaux (et Holmes n’est pas dans le duel pour le moment), sur deux hommes pour qui tous les coups sont permis. Ça risque d’être intéressant dans les prochains épisodes.

Comme quoi, j’ai bien fait d’accepter ce prêt de mangas !

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°219] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Black Butler – Tome 31 : Yana Toboso

Titre : Black Butler – Tome 31

Scénariste : Yana Toboso
Dessinateur : Yana Toboso

Édition : Kana Dark (15/04/2022)

Résumé :
Afin de mettre un terme aux collectes de sang organisées par son frère et ses alliés, Ciel et ses partisans infiltrent 4 lieux suspects répartis sur le territoire britannique.

Mais alors que May et Ranmao semblent en mauvaise posture, Ciel et Sebastian découvrent un enfant dont la capacité pourrait être un atout décisif.

Critique :
L’arc narratif sur les collectes de sang se poursuit…

Dans le numéro 30, nous avions laissé May et Ranmao en mauvaise posture. Leur mission auprès du baron de Heathfield est terminée.

De leur côté, Ciel et son diable de majordome continuent d’infiltrer la société qui collecte du sang et ils envoient tout le monde en mission.

Ce tome 31, après avoir mis fin à la partie consacrée à nos deux drôles de dames, met à l’honneur le cuisinier Bard et Lau, personnage ambigu que j’apprécie : ils doivent s’infiltrer dans un sanatorium où l’on ne badine pas avec l’hygiène !

On a du rythme, de l’action, les personnages féminins ne sont jamais en reste, même si, avec le mangaka, soit elles sont de gentilles petites filles ou alors, des femmes de combat ! Pas de juste milieu.

On reste dans des scénarios très sombres et l’on comprend pourquoi il est noté que ce manga est pour un public averti. Mon clavier est azerty et moi, je suis avertie depuis le départ.

Les petits travers de la société victorienne sont bien représentés, détaillés, sans que l’on s’appesantisse dessus. Pas besoin d’en rajouter, on comprend très bien ce qui est dit, montré, expliqué, notamment en ce qui concerne les différences de classes et la misère dans Londres.

La série ne flanche pas, même si certains arcs narratifs m’ont moins bien plu dans le passé. Celui avec les collectes de sang est important, puisqu’il dure depuis longtemps, tout en étant attaché à d’autre au paravent.

Oui, il y a aussi une continuité dans les différents tomes, que ce soit au niveau des personnages que l’on recroise, ou au niveau des scénarios qui sont dans le prolongement les uns des autres.

Une série manga que je vais continuer de suivre parce que j’adore ça !

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°217] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Moriarty – Tome 08 : Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty – Tome 08

Scénariste : Ryosuke Takeuchi
Dessinateur : Hikaru Miyoshi
Édition Originale : Yûkoku no Moriarty, book 8 (2019)
Traduction : Patrick Honnoré

Édition : Kana Dark (21/08/2020)

Résumé :
La suite des aventures des frères Moriarty, qui proposent leurs services aux pauvres qui souhaitent se venger d’injustices commises par des riches.

Critique :
Oui, je sais, en juin 2020, j’avais dit que j’arrêterais de lire cette série et je l’ai fait. Les tomes suivants sont sortis et je les ai snobé.

Si j’ai repris avec le tome 8, c’est parce que l’on me l’a prêté, ainsi que le suivant.

N’ayant pas dépensé un euro, je me suis dit que je risquais pas grand-chose en les lisant, si ce n’est des soupirs et un peu d’énervement. Rien de mortel.

Mes anciennes récriminations portaient, notamment, sur le fait que les mangakas aient incorporé, tel quel, l’univers de James Bond, reprenant les noms des personnages de la saga, sans rien changer, sans rien adapter, alors que lors de leur reprise de l’univers de Sherlock Holmes, ils avaient su faire preuve de créativité en prenant le personnage de Moriarty et en le changeant totalement.

Le principe du départ de cette série de mangas, bien que déstabilisant, était neuf, intelligent, bourré d’inventivité, nous montrant un prince du crime différent du vieux croulant, croisé brièvement dans le canon holmésien.

Nous étions face à un jeune homme, hautement intelligent, qui se battait pour rétablir l’ordre, pour abolir les classes sociales, n’hésitant pas à commettre des meurtres s’il le fallait.

Comme Deadpool, il ne faisait assassiner que les crapules. Pas déontologique, certes, on ne peut pas faire justice soi-même, mais je n’allais pas pleurer sur les assassinés ou les punis.

Las, avec l’arc narratif consacrés aux meurtres de Whitechapel, plus l’arrivée de James Bond (qui n’est d’autre que Irene Adler, cheveux coupés) et de tout l’univers qui va avec, j’ai décroché et bien que j’aie au presque 2 ans pour digérer le tout, les aigreurs d’estomac sont toujours présentes lors de ma lecture.

Autant où je suis pour les clins d’œil à un ou plusieurs univers, autant où le pompage de l’entièreté de cet univers ne me plaît pas, puisqu’il n’y a aucune créativité, aucun remodelage, aucune adaptation.

Ce qui me hérisse aussi, c’est le langage de Holmes, qui est châtié : il prononce des mots tels que « merde » ou « fait chier » qui sont indignes de son personnage. Nous sommes à l’époque victorienne, pas dans les années 2000.

Dommage, une fois de plus, parce que dans ce huitième tome, Holmes a un meilleur rôle, il se fait manipuler par le prince du crime, et non pas à son insu.

C’est bien trouvé, bien mis en scène et on est toujours en balance avec le personnage de Moriarty et de ses sbires. Il n’est pas tout noir, comme dans le canon holmésien, mais tout en teintes de gris et le manichéisme n’est pas vraiment de mise.

Moriarty a beaucoup de facilités (trop facile ?) pour mettre au point ses plans, a des hommes fiables et, tel un parrain de la mafia, il fait tourner tout ce petit monde qui lui est dévoué, notamment ses deux frères.

De plus, Holmes aura une belle discussion avec William Moriarty qui est des plus intéressante et qui n’est pas exempte de vérité au sujet des génies méconnus qui n’ont jamais pu étudier, car appartenant aux classes sociales dites « basses ».

Alors oui, je lirai le tome 9 puisque je l’ai en prêt, mais je n’achèterai pas les suivants parce que la série est partie dans une direction qui ne me botte pas.

Sauf si je peux les emprunter, afin de satisfaire me curiosité quand à la direction de cette série. On peut râler et continuer d’être curieuse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°188].

My Home Hero – Tome 2 : Naoki Yamakawa et Asaki Masashi

Titre : My Home Hero – Tome 2

Scénariste : Naoki Yamakawa
Dessinateur : Asaki Masashi

Édition : Kurokawa (14/03/2019)

Résumé :
Au final, il n’existe aucune « bonne réponse » permettant à ma famille de rester en vie !! Tetsuo Tosu, humble employé d’une entreprise mais surtout grand amateur de romans policiers, assassine Nobuto Matori, petit ami de sa fille unique et adorée afin de la protéger.

Ce crime signe pour lui et pour sa femme, qui a découvert et accepté l’acte de son mari, le début d’une bataille sans fin contre l’organisation criminelle dont faisait partie Nobuto dans l’espoir de préserver leur foyer.

Critique :
Cela faisait plus d’un an que j’avais mis cette série manga en stand-by. Non pas qu’elle ne me plaisait pas, que du contraire, juste parce que je veux trop lire et que je n’y arrive pas.

Hop, 2022, bonne résolution, on reprend la saga et on lit le tome 2.

Le tome 1 percutait déjà fort, le 2 percute tout aussi fort et fait monter le rythme cardiaque.

Pfiou, suspense taillé au cordeau, violence, tensions fortes, mains moites et dialogues ciselés entre les différents protagonistes.

C’est ce qui fait la force de ce manga : les dialogues ! Non pas que l’on soit dans une punchline de fou, juste que les discussions entre le jeune Yakuza et ce brave monsieur Tetsuo Tosu sont fort réalistes.

Précisions que c’est le jeune yakuza qui mène l’interrogatoire, que Tosu souffre, qu’il tente de sortir de cette spirale infernale sans que sa famille ne passe l’arme à gauche et que le moindre faux pas, le moindre mensonge pas convaincant est synonyme de mort.

Le scénariste a donc ciselé chaque geste, chaque pensée, chaque réplique, afin que tout s’emboîte parfaitement, même s’il n’existe aucune bonne réponse…

Tetsuo Tosu est sur un fil, le moindre faux pas et c’est la chute ! Si les yakuzas apprennent que c’est bien lui qui a tué Nobuto, le mec violent de sa fille, l’organisation criminelle dont faisait partie ce connard de Nobuto va lui faire bouffer son acte de naissance à tel point qu’il entendra chanter les anges, le gugusse de Tokyo. Les autres vont le renvoyer tout droit à la maison mère, au terminus des prétentieux !

Bon, afin d’éviter une « nervousses brékdones », je vais souffler un coup, laisser diminuer les battements de mon cœur et ensuite, replonger dans le tome 3 !

Un manga bien pensé, bien dessiné, avec un scénario original, qui ne manque pas de profondeur (contrairement à ce que beaucoup pensent des mangas) et qui addictif à lire.

De plus, grâce à ce manga, vous saurez tout sur « Comment se débarrasser d’un corps mort encombrant »… Mieux que le trou au fond du jardin !

  • My Home Hero – T03 : Naoki Yamakawa et Asaki Masashi [Challenge Thriller & Polars N°128] [Mois du Polar – Février 2022 – N°10]‭ ‬[BABELIO]

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°124], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°06] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Japon).

Le Nouveau : Keigo Higashino [LC avec Rachel]

Titre : Le Nouveau

Auteur : Keigo Higashino
Édition : Actes Sud (01/06/2021)
Édition Originale : Shinzanmono (2012)
Traduction : Sophie Refle

Résumé :
Muté depuis peu au commissariat de Nihonbashi, au cœur de Tokyo, Kaga Kyochiro enquête sur le meurtre d’une femme retrouvée étranglée dans son appartement.

Fidèle à ses habitues, il s’interroge sur des détails anecdotiques. Comme cette gaufre fourrée au wasabi retrouvée chez la victime.

Car ce qui intéresse avant tout cet inspecteur hors norme, c’est de comprendre les tenants et les aboutissants du crime.

Le maître incontesté du polar japonais est de retour avec un magistral roman à tiroirs.

Critique :
On peut dire que ce roman policier est atypique car il ne suivra jamais une narration conventionnelle, un déroulement de polar conventionnel, mais se présentera face à vous avec des multiples tiroirs qui, à première vue, sembleront anodins, mais ne le seront jamais.

Sans avoir relu le résumé, je me suis engagée dans ce roman et d’entrée de jeu, j’ai été déboussolée.

On entrait dans la vie d’un commerçant de quartier, le crime dont on nous parlait était vague, nous n’en savions quasi rien, mais nous avions déjà un suspect. Et puis, bardaf, nous passion dans un autre commerçant, une tenancière de restaurant.

Oui, sur le moment, j’ai cru avoir affaire à un recueil de nouvelles policières, mais il n’en était rien, c’était juste l’auteur qui nous la faisait à l’envers, imbriquant des histoires dans l’histoire et il l’a fait avec intelligence, brio, sans jamais lasser son lecteur ou se prendre les pieds dans le tapis.

Kaga Kyochiro est lui même un policier atypique, extrêmement observateur, il veut tout comprendre, même des détails insignifiants. C’est grâce à ces détails qui ne semblaient pas importants qu’il va résoudre cette affaire d’assassinat et c’est seulement sur la fin que le lecteur aura droit à une vue sur la scène de crime.

Comme face à un peintre, ce n’est qu’au fur et à mesure que nous aurons une vue d’ensemble et que nous pourrons voir apparaître toute la toile que l’auteur nous a montrée, au fur et à mesure, en nous introduisant dans ces familles qui avaient, sans le savoir, un lien avec l’affaire du meurtre.

Il y a énormément de poésie, de sentiments, d’émotions diverses, dans ces intrusions au cœur de famille commerçantes (ou non) qui exercent leur métier dans le vieux Tokyo, celui qui a gardé son âme et son authenticité.

Mélange à la fois doux et acidulé, ces portraits ne serviront pas qu’à faire avancer l’enquête, mais ils nous permettront aussi de mieux s’imprégner de la culture japonaise et d’une partie de sa société où le sens de l’honneur prime encore.

Jamais le narrateur ne nous en dévoile trop, puisque nous ne serons jamais dans la tête du brillant enquêteur Kaga, qui semble toujours surgir quand on ne l’attend pas et poser des questions de plus bizarres, qui semblent sans rapport avec son enquête.

Kaga, c’est un croisement entre Sherlock Holmes, Hercule Poirot (son soucis de l’habillement distingué en moins) et de Columbo (sans l’imper fripé), pour l’attachement qu’il porte aux petits détails insignifiants (sa femme en moins).

Finalement, la toile apparaît, dans toute sa splendeur et tout est expliqué sans que le lecteur perde pied, s’exclamant « Bon sang, mais c’est bien sûr » afin de se donner une contenance, mais se disant, en lui-même, que jamais il n’aurait su élucider ce crime sans la perspicacité de l’inspecteur Kaga.

Un roman policier brillant, qui casse les habitudes, qui fuck la narration linéaire habituelle, qui prend le lecteur à rebrousse-poil, afin de lui faire vivre une autre expérience d’enquête. Brillant et intelligent, cette enquête à tiroirs.

Sans Rachel et sa proposition de LC, jamais je n’aurais lu ce policier et j’aurais eu grand tort car là au moins, on révolutionne le polar et on jette aux orties le Colonel Moutarde et son sempiternel chandelier.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°18].