Donbass : Benoît Vitkine

Titre : Donbass

Auteur : Benoît Vitkine
Édition : Les Arènes (05/02/2020) / LP (24/03/2021)

Résumé :
Hiver 2018. Sur la ligne de front du Donbass, la guerre s’est installée depuis quatre ans. Plus grand monde ne se rappelle comment tout a commencé. L’héroïsme et les beaux principes ont depuis longtemps cédé la place à une certaine routine.

Et quand les enfants d’Avdiïvka sont assassinés sauvagement, même le colonel Henrik Kavadze, l’impassible chef de la police locale, perd son flegme. Il se lance à coeur perdu dans une enquête qui va vite réveiller les démons du passé…

Benoît Vitkine, lauréat du prix Albert-Londres 2019, aborde un angle mort de la géopolitique mondiale : le déchirement d’une région entre la Russie et l’Ukraine, volontairement ignoré et toujours d’actualité.

Critique :
Le Donbass n’est pas l’endroit idéal pour aller passer ses vacances, du moins, lorsqu’il y a la guerre.

Passez votre chemin pour vos prochaines vacances, mais restez et ouvrez ce roman si vous voulez en apprendre plus sur le conflit Russo- Ukrainien.

Ce polar prend son temps, si vous êtes à la recherche d’adrénaline, faudra prendre votre mal en patience car si nous avons un meurtre horrible d’un enfant, il faudra attendre les trois quart du roman pour en avoir un deuxième.

Non pas que je souhaitais que des enfants tombent comme des mouches sous les coups d’un assassin sadique, loin de là, mais je râle un peu sur le 4ème de couverture qui nous annonce « Et quand les enfants d’Avdiïvka sont assassinés sauvagement… ».

Ok, deux enfants, c’est du pluriel, cela correspond au « les enfants », mais dans ma tête, on montait à plus que deux. Fin de la parenthèse que je n’ai pas signalé que j’ouvrais.

Bref, revenons à nos moutons : la guerre qui sévit, depuis 2014, et dont personne ne nous parle. C’est loin de chez nous, donc, pas intéressant (ceci n’est pas ma pensée, bien entendu) pour les médias.

Pas besoin d’être calé en géopolitique ou sur la guerre dans le Donbass pour comprendre le fond du roman. Mieux, en lisant ce polar, vous irez vous coucher moins bête.

Au fond, ces crimes ne servent qu’à nous parler, au travers des personnages de ce roman policier, de la situation inhumaine qui se passe là-bas, loin de nos contrées, loin de nos jardins.

Dans les conflits, quels qu’ils soient, les gens changent, pour le meilleur ou pour le pire et celui-ci ne fait pas exception à la règle : soit on devient un loup, soit on reste une proie. Pas de juste milieu, pas de nuances.

Les portraits des différents personnages qui parsèment ce roman sont très bien réalisés et en peu de mots, l’auteur arrive très bien à nous offrir une situation très claire de leur psychologie. Les méchants n’étant pas toujours les pires (ou le contraire) et les plus gentils n’étant pas toujours les moins pires.

Tout est camouflé, tout le monde joue un rôle, se donne une nouvelle personnalité, afin de survivre dans ce chaos ambiant ou d’échapper à des traumatismes d’anciens conflits (Afghanistan) ou du nouveau.

Nous ne sommes pas au pays des Bisounours et le colonel Henrik Kavadze, chef de la police locale nous l’expliquera avec beaucoup de cynisme. Lors d’une guerre, les magouilles et la corruption sont reines. Certains s’enrichissent, d’autres s’appauvrissent pour arriver à manger.

Finalement, ce polar n’en est pas vraiment un : l’enquête est un peu décousue, vu que le colonel Henrik Kavadze n’a que peu de pistes et qu’il y va lentement sans trop savoir où tout cela va le mener.

Cela donne un récit qui manque un peu de fluidité, qui pourrait gêner la lecture de certains. Dans mon cas, cela ne m’a gêné en rien, j’ai dévoré ce roman car j’avais soif d’apprendre. La géopolitique ne me dérange pas et le fait que cela se déroule à l’Ouest était un plus pour moi qui aime ces contrées (sans les guerres, bien entendu).

Le fait que Benoît Vitkine soit correspondant au journal « Le Monde », il est le spécialiste des pays de l’Est et de l’ex -URSS, ce qui fait qu’il connaît son sujet. C’est un sérieux plus.

Ce polar ne devient jamais lourd, l’auteur restant très pédagogue, mélangeant habillement la géopolitique avec son récit et ses personnages. Ce qui fait que ce polar devient un témoignage sur ce qu’il se passe là-bas car le côté polar passe en second lieu.

Une belle découverte en tout cas.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°110] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres » chez Bidb (France).

Inestimable : Zygmunt Miłoszewski

Titre : Inestimable

Auteur : Zygmunt Miłoszewski
Édition : Fleuve (14/10/2021)
Édition Originale : Kwestia ceny
Traduction : Kamil Barbarski

Résumé :
À Varsovie, le couple Zofia et Karol doit faire face à un quotidien compliqué. Zofia a été licenciée du musée national pour raisons politiques et Karol est atteint d’une maladie neurodégénérative qui efface ses souvenirs rattachés aux émotions fortes.

Lorsque Zofia est contactée par une ancienne connaissance, Bogdan Smuga, pour retrouver la collection perdue des artefacts Aïnou, apportés en Europe il y a cent ans depuis l’île de Sakhaline par un ethnologue de renom, elle ne peut refuser.

Alors que Karol est placé dans une clinique spécialisée dans les Pyrénées françaises pour traiter sa maladie, Zofia, accompagnée de Bogdan, se lance dans sa nouvelle mission qui l’amène notamment à Saint-Pétersbourg et Paris, et plus particulièrement au musée national d’Histoire naturelle.

Mais nombreux sont ceux qui, comme eux, veulent mettre la main sur l’un des artefacts d’une valeur inestimable, une sculpture représentant un ours…

En plein milieu d’une lutte acharnée entre un groupe pharmaceutique et un ensemble de scientifiques indépendants, commence alors une course contre la montre, qui risque fort de pousser Zofia et Bodgan au bout de leurs limites…

Critique :
Après avoir lu et apprécié 4 romans de Zygmunt Miłoszewski, je m’apprêtais à en ajouter un cinquième au rayon des coups de coeur et malheureusement, il n’y entrera pas.

Non pas qu’il soit mauvais, mal écrit, chiant à lire ou tout autre chose qui font que l’on n’apprécie pas une lecture.

Le problème est que je n’ai pas réussi à accrocher aux personnages, alors que j’en connaissais déjà deux : Zofia Lorentz et Karol Boznanski, découvert dans « Inavouable« .

Cela faisait 4 ans que nous avions eu notre aventure ensemble, ils ne pouvaient pas avoir changé à ce point, tout de même ? Ben si, apparemment. Karol perd la mémoire et Zofia est froide, trop froide à mon goût. Je n’ai pas ressenti le plaisir de crapahuter aux côtés de Zofia comme dans le premier roman.

Le début du roman est assez lent, pourtant, il ne manquait pas de sujets intéressants, comme ces zinzins de la cancel culture qui voient midi à toutes les portes et en profitent pour faire interdire tout et n’importe quoi, sur les peuples qui vivent différemment de nous, ainsi que d’autres sujets que je vous laisserai découvrir par vous-mêmes.

Les affres de la maladie de Karol sont aussi bien présents, l’auteur insistant bien que le fait que ces pertes de mémoires impactent plus les autres que la personne qui en souffre.

Ce thriller, moins punchy que le premier, va nous faire voyager un peu partout, nous faisant passer de la Pologne à l’île de Sakhaline, puis à Paris (où l’on ne bouffe que des croissants et où l’on boit des cafés crème), dans les Pyrénées et naviguer sur des mers avant de rallier l’Afrique. Le tout sans être obligé de faire des tests ou de remplir des PLF. Dépaysement garantit.

Comme quoi, malgré mes bémols, tout n’est pas négatif. L’auteur égratigne un peu tout le monde, la Pologne y comprise. Tout le monde en prend pour son grade, les petits travers étant mis en évidence, le tout sans que cela ne vire à l’humour gras ou bête.

Le point le plus positif du livre, c’est que l’auteur nous réserve des petits surprises et que ce roman n’est pas juste qu’un thriller lambda bourré d’adrénaline et de courses-poursuites. Non, il va plus loin…

De nombreuses thématiques se trouvent en filigrane et l’auteur mélange habillement la réalité, la fiction, la science, la philosophie, la folie de certains, les mensonges, une chasse au trésor, l’Histoire, l’art, le capitalisme, le libéralisme, les désastres écologiques… Le tout servi par des personnages secondaires dont on ne sait pas vraiment de quel côté ils penchent.

C’est ce qui fait la force de ce roman : pas de manichéisme, des personnages secondaires travaillés, avec de la présence et certains étaient même truculents (le navigateur solitaire).

Par contre, notre Zofia pourrait presque remplacer notre bon vieux James Bond tant elle va devoir accomplir des péripéties un peu folles, à la limite du surréalisme, notamment dans la flotte. De plus, le passage était long et j’ai sauté des pages, tellement cela devenait ennuyeux, sa baignade en mer.

Anybref, j’ai eu du bon et du moins bon dans ce thriller que j’ai tout de même trouvé moins punchy que le précédent (Inavouable). J’ai mis près de 6 jours à le lire, et non à cause d’un travail harassant, je suis en congé. Zofia ne me revenait pas, je n’ai pas retrouvé le même plaisir d’enquêter et de courir à ses côtés, certains passages du roman, assez long, m’ont aussi un peu endormi.

Ces petits bémols mis à part, le reste est de très bonne facture, l’auteur ne sombrant jamais dans le manichéisme, la facilité ou le thriller pur et dur puisqu’il fait intervenir bien des sujets de société et qu’il arrive à tisser un fil rouge entre eux.

Pas un coup de coeur espéré, mais une chouette lecture tout de même.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°106] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°102].

Pulp : Ed Brubaker et Sean Phillips

Titre : Pulp

Scénariste : Ed Brubaker
Dessinateur : Sean Phillips

Édition : Delcourt Contrebande (12/05/2021)

Résumé :
Max Winters, un écrivain de Pulps dans les années 1930 à New York, est entraîné dans une histoire qui rappelle celles qu’il écrit pour cinq cents le mot – des histoires mettant en scène un hors-la-loi du Far West qui rend justice à coups de revolver.

Max sera-t-il aussi efficace que ses héros face à des braqueurs de banque, des espions nazis et des ennemis issus de son passé ?

Critique :
La première chose qui m’a attirée dans cette bédé, c’est la couverture : ses tons orange, la chaleur qui s’en dégageait et l’illustration qui laissait présager bien des choses.

Sans compter le duo d’auteurs dont j’ai déjà découvert une partie de leur œuvre (Fondu au noir et Captain America).

Le récit commence dans un western.

Les couleurs sont dans les tons chauds : des oranges, des jaunes, coloriés à l’arrache, sans suivre les lignes, comme lorsque ma nièce de deux ans colorie… Mais ça donne vraiment mieux dans cette bédé que sur ses gribouillages !

L’histoire se déroulant dans ce western est un pulp (revues populaires très bon marché aux States) et nous comprendrons plus loin ce que ce récit vient faire dans l’autre récit.

Une fois revenu au récit initial, les couleurs reprennent leur juste place et on quitte les tons chaleureux du western en découvrant son auteur : Max Winters, vieil écrivain de nouvelles westerns qu’il vend 5 cents le mot à un magazine éditant des pulps. Oh, pardon, son éditeur vient de diminuer le prix au mot à 2 cent… Chienne de vie !

Le pire viendra ensuite pour Max et la vie se fera encore plus chienne… Bien que ce ne soit pas la vie qui soit une chienne, mais les autres : son patron qui le regarde de haut, l’éditeur qui veut faire des économies, les petites lignes sous le contrat de travail, les petites frappes qui agressaient un Juif dans le métro, les gens impassibles lorsque Max se fait passer à tabac, se fait dépouiller, les sympathisants nazis qui défilent à Times Square…

Les dessins de Sean Phillips sont minimalistes tout en étant rempli de détails dans les décors. Qu’ils concernent les dessins se déroulant en 1939 (le présent) ou ceux du western, qui est un récit dans le récit, avec un parallèle sur la vie de Max Winters en 1895.

Les dialogues sont au cordeau, sans chichis, sans circonlocutions. Ed Brubaker va à l’essentiel, sans pour autant que le fond de son texte en pâtisse. Hitler est au pouvoir en Allemagne et les relents atteignent l’Amérique où la populace acclame le moustachu dans les cinémas, portent le brassard avec la croix gammée et où des riches américains envoient du fric à l’Allemagne d’Hitler.

Cet album est un mélange réussi entre le western, le thriller, le roman noir et les nazis. C’est l’histoire d’un vieil homme au bout du rouleau, qui sait qu’il va y rester un jour, qui ne voit pas le bout du tunnel, qui a perdu son gagne-pain et qui aimerait que sa femme, plus jeune, ne se retrouve pas démunie une fois que sa mort sera venue. Le côté roman noir est bien présent, lui aussi.

Les épisodes western, loin d’être juste là pour distraire les lecteurs, possèdent leur place dans ce thriller et si au début, ce n’était pas vraiment clair, à un moment donné, tout s’éclairera dans notre esprit et les épisodes pulp acquerront toute leur force.

Max Winters n’a rien d’un super-héros, il est vieux, cabossé par la vie, n’a jamais été épargné par elle non plus, a morflé et après une crise cardiaque, il est encore plus diminué qu’avant.

Ne cherchez pas un chevalier blanc dans ce récit, il n’y en a pas et c’est ce qui le rend plus réaliste, lui donne toute sa force. Il n’y a que des gens ordinaires et certains, au lieu de regarder ailleurs, agissent.

C’est clair, c’est net, c’est concis, ça frappe juste où il faut et en peut de mot, l’ancien de la Pinkerton résumera toute la situation à Max Winters.

Un thriller roman noir western percutant, qui prend tout son sens au fil de la lecture, notamment dans le final rempli d’action, avec l’intensité qui monte crescendo avant l’explosion. C’est une pépite bien noire que nous offrent le duo d’auteurs.

C’est aussi un bel hommage au pulp western et au genre en particulier, soulignant la précarité salariale des auteurs de ces petits récits.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°105], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°100], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 72 pages).

[SÉRIES] Le Noël d’Hercule Poirot – Hercule Poirot’s Christmas : Saison 6 / Épisode 1 (1995)

Le Noël d’Hercule Poirot (Hercule Poirot’s Christmas) est un téléfilm britannique de la série télévisée Hercule Poirot, réalisé par Edward Bennett, sur un scénario de Clive Exton, d’après le roman Le Noël d’Hercule Poirot, d’Agatha Christie.

Ce téléfilm, qui constitue le 42e épisode de la série (saison 6, épisode 1), a été diffusé pour la première fois le 1er janvier 1995 sur le réseau d’ITV.

 

Synopsis :
Hercule Poirot se prépare à passer tranquillement les fêtes de Noël. Mais cinq jours avant Noël, Simeon Lee, un vieillard impotent, tyrannique et très riche, lui demande de se faire passer pour un vieil ami et de venir s’installer dans son manoir pour les fêtes afin de protéger sa vie qu’il croit en danger.

Il a réuni sa famille, trois fils sans affection, deux mystérieuses belles-filles et une nièce exotique, afin de leur annoncer qu’il va modifier son testament et procéder à quelques aménagements dans l’attribution des rentes.

Il annonce cette nouvelle sans ménagement à sa famille. Peu après, Simeon est retrouvé mort dans sa chambre fermée à clef de l’intérieur…

Ce que j’en ai pensé :
Si je déteste les téléfilms sirupeux qui passent avant la période de Noël et consacrés à cette période festive, si je ne lis que rarement des romans ayant pour thématique la Noël en décembre, je ne crache pas sur un Hercule Poirot.

Un meurtre, du mystère, du suspense, un enquêteur intelligent, la bonne société anglaise qui cache ses miasmes sous les tapis, les chansons de Noël autour d’un piano et ces réunions de famille qui tournent toujours au drame, ça, se sont de bons ingrédients pour cette période !

De plus, visionner l’épisode repassant à la télé, avec un bon plaid sur les genoux et, cerise sur le plaid, mon chat sur ce dernier, la tête posée sur mon bras gauche, ça n’a pas de prix !

Peu de suspense pour moi puisque je me souvenais du modus operandi et du nom du coupable, non pas en raison de ma relecture de 2014, mais parce que j’avais regardé l’adaptation télé de « Petits meurtres en famille » avec Antoine Duléry et Marius Colucci (adaptation qui ne devait pas avoir de suite, en raison du final… Vu le succès, il y a eu une suite et il faut faire totale abstraction des faits ensuite en raison de l’incompatibilité chronologique entre la mini-série de 2006 et la série de 2009).

« Les petits meurtres d’Agatha Christie », la version avec Swan Laurence, avait aussi adapté ce roman dans « Meurtres en solde », gardant le même modus operandi, tout en changeant le coupable.

Anybref, tout cela n’a pas entamé mon plaisir de retrouver ce cher David Suchet dans le rôle d’Hercule Poirot, de le voir évoluer dans cette famille anglaise typique qui se déchire autour du fric et de l’héritage de leur père. Un des fils, député, a beau afficher de grands airs, sans la rente octroyée par leur père, il ne pourrait mener ce même train de vie, vu ce que sa femme dépense…

Disputes aussi parce que la fille de leur sœur, exilée et décédée, est arrivée et que le paternel voudrait la coucher sur son testament. Zut alors, il décèdera avant ! En chambre close…

Sans avoir souvenir du nom du coupable, il serait assez difficile de mettre la main dessus, tant la reine du crime a su cacher ses indices et jouer avec les règlement des romans policiers puisqu’elle ne le respecte en rien. Tant mieux, fuck the rules !

Comme toujours, ces anglais, pétri d’égo, se pensent mieux que le reste du monde, mieux que ces étrangers qui les envahissent – regards appuyés sur Hercule Poirot – ce français qu’ils regardent avec condescendance, ne sachant même pas qu’il est Belge.

Et lorsque notre détective dénonce les coupables dans ses enquêtes, la haine brille dans leurs yeux, mécontents qu’ils/elles sont d’avoir été découvert par un étranger ! Bravo les gars, c’est toujours la faute des autres, bien entendu… L’Histoire est un éternel recommencement, hélas, l’Homme n’apprend rien de ses erreurs de jugement.

Si l’adaptation française était plus longue (4 épisodes de 90 minutes), ajoutant d’autres personnages, d’autres faits à l’histoire originelle d’Agatha Christie, sa version courte et épurée n’en reste pas moins très bonne, allant à l’essentiel et se jouant des téléspectateurs comme la reine du crime savait si bien le faire.

Le final reste excellent, même en le connaissant, tant il est imprévu et bien vu !

Noyeux Joël à tout le monde et si Hercule Poirot n’a pas mis le petit Jésus dans une crèche, il ne tient qu’à vous de le faire (ou pas, c’est votre liberté). Le tout sans connotation religieuse, bien entendu ;-))

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°104],Le Challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°79].

Les Enquêtes d’Irène Adler et de Sherlock Holmes – 01 – L’Affaire des disparus des Kensington Gardens : Michel Bourdoncle

Titre : Les Enquêtes d’Irène Adler et de Sherlock Holmes – 01 – L’Affaire des disparus des Kensington Gardens

Auteur : Michel Bourdoncle
Édition : Librinova (09/07/2021)

Résumé :
Londres – 1895

Un an après sa miraculeuse réapparition du royaume des morts, Sherlock Holmes, escorté du docteur Watson, est appelé pour résoudre une étrange affaire de disparition dans le milieu de l’athlétisme britannique.

L’enquête, pleine de rebondissements, va les mener des terrains d’entraînement des Kensington Gardens au plus profond des sordides quartiers des docks de la Tamise où règne la loi de sinistres tueurs.

Ils croiseront au cours de cette affaire quelques-uns des plus grands athlètes britanniques, des célébrités du monde littéraire et certaines des plus jolies femmes de Londres.

Quant à la charmante, mais très énigmatique madame Hudson, toujours intime de Sherlock Holmes, celle-ci pourrait se révéler n’être pas seulement la vieille logeuse écossaise du 221B de Baker Street.

Critique :
Lorsque j’avais découvert ce roman au titre si évocateur des Enquêtes d’Irène Adler et de Sherlock Holmes, mes yeux avaient pétillés directement et mon petit cœur en avait frétillé de joie : Sherlock et Irene… Chabadabada ♫

Première grosse déception : le titre est foutrement mensonger ! On aurait dû le nommer « Les enquêtes de Sherlock Holmes et la toute petite intervention de Irene Adler », façon Ma Dalton…

Non, Irene Adler n’enquêtera pas vraiment aux côtés de Holmes, le docteur Watson aura un plus grand rôle dans le récit que la célèbre contralto qui, bien qu’étant présente dans le salon du 221b, n’interviendra que peu dans les enquêtes de Holmes.

Contralto qui tout d’un coup passera au registre du soprano… C’est Véronic Voices à elle toute seule…

Puisque j’ai commencé à vider mon sac, je vais continuer : le récit est truffé de répétitions, comme si les lecteurs étaient des imbéciles ou de pauvres personnes souffrant d’Alzheimer ! Purée, nous ne sommes pas des crétins au point d’oublier ce que l’auteur nous a dit deux chapitres auparavant !

Sauf si, les autres lecteurs, s’ennuyant comme des rats morts dans cette histoire, mettent deux mois à lire deux chapitres, ce qui expliquerait qu’on leur répète à tout bout de champ comment Irene et Holmes se sont revus, ce qu’il leur est arrivé durant le grand Hiatus, pour qui elle bossait et quels pays faisaient partie de la Triple-Alliance !

Si vous ne saviez pas qu’Irene Adler est une belle femme, apprêtez-vous à l’apprendre et à en bouffer à toutes les sauces. Pardon, à tous les synonymes. Tous les hommes ont fait le loup de Tex Avery face à sa flamboyance beauté et blablabla. Et comme l’auteur a peur que vous n’ayez pas bien capté combien elle est belle… Matraquage !

Idem avec son C.V et à ce qui lui est arrivée, à elle et à Holmes, durant les 3 années de la cavale de Holmes. Au cas où nous n’aurions pas compris la première fois, sans doute.

Pareil avec les menus servis au 221b par les cuisinières d’une grande cheffe : madame Hudson a veillé à ce qu’ils soient diététiques pour ne pas que ses locataires deviennent des poussas. Pas besoin de me le redire à chaque repas pris, j’avais compris dès le départ.

L’utilisation du « N’est-il pas ? » à la fin de nombreuses phrases m’ont aussi passablement énervé et tombaient même comme un cheveu dans la soupe, rendant la question bancale alors qu’un « n’est-ce pas , » eut mieux convenu. Je vous passerai l’horripilant « Hôôôôôlmes » lorsque Watson n’est pas content… Lui toujours crier ainsi.

Ces redondances plombent énormément tout le récit, le rendant lourd, lent, vaseux (je matraque aussi, des fois où vous n’auriez pas compris).

Ajoutons à cela que le docteur Watson est un crétin de la pire espèce ou alors, il souffre de myopie aiguë (limite de cataracte). Qu’il ne reconnaisse pas Holmes déguisé en pasteur, ramoneur ou autre, je comprends, il ne s’attend pas à le voir sous ce déguisement.

Là où ça ne passe plus, c’est lorsqu’une personne se déguise en une autre, bien connue du docteur et que ce dernier ne se rende pas compte de la supercherie, alors qu’il est impossible de se grimer au point de pouvoir donne le change à une personne qui vous a connue.

Certes, il est resté quelques années sans voir cette personne, mais ceci n’explique pas sa cécité face à ce subterfuge qui est impossible à réaliser  autrement qu’avec la technique du cinéma comme la Motion Capture. Même les plus grands imitateurs du monde n’arriveraient pas à donner le change autrement que de loin et sans qu’on y regarde de trop près.

De plus, soit Watson la trouve rajeunie de dix ans, s’émerveille que cette personne ait changé de caractère par rapport à avant et la phrase suivante, il pense qu’elle est sénile parce qu’elle a prononcé une phrase qu’il n’a pas comprise (mais que le lecteur, lui, a compris, puisqu’il a connaissance de la supercherie). Faudrait savoir.

Bref, le Watson de ce pastiche est horripilant en tant que personnage et en tant que narrateur, profitant de chaque occasion pour nous parler des dames qu’il a ou qu’il voudrait culbuter (pas en ces termes, mais c’est équivoque), de sa sagacité merveilleuse, de son sens de la déduction, de sa clairvoyance, alors qu’il n’a rien vu et que c’était sous son nez… Au lieu d’être drôle, c’est pitoyable.

Si le Holmes est plus au moins conforme à l’original (hormis pour certains points de détails qui ne m’ont pas trop gênée), ma préférence ira au Watson de Conan Doyle qui, sans être d’une fulgurance rare, était touchant dans son envie de bien faire ou de résoudre les enquêtes. Il était bien plus proche des lecteurs que ne l’est celui de ce pastiche.

Autre soucis, il ne s’y passe pas grand-chose dans ce roman qui fait tout de même presque 400 pages. La première disparition arrivant vers la moitié du récit et la seconde vers les trois quart…

J’avais atteint péniblement la moitié du roman (200 pages) que j’avais l’impression d’en avoir lu 400 tant je faisais du sur place ! Qu’il me faille 4 jours pour lire 400 pages et que je préfère regarder un ancien épisode d’Hercule Poirot dont je me souviens encore, c’est que le récit ne m’emballe pas.

Au rayon des bonnes choses (soyons positives), c’est que le contexte historique est très bien rendu. Moi qui reprocherai toujours à Doyle de ne pas avoir mis assez de morceaux d’époque victorienne dans ses récits, ici, j’ai été servie.

Il en est de même pour les atmosphères bien particulières des bas-fonds londoniens, de la misère, des écarts de salaire, les conditions de travail, le cross-country et des gangs de la capitale Anglaise.

Oui, c’est appréciable le fait que le côté historique soit présent, mais c’est peu, comparé à tout ce que j’ai dû ingurgiter comme redondances dans ce récit, comme si je lisais un feuilleton publié toutes les semaines et qu’il faille remettre en mémoire des lecteurs tout ce qui a été dit précédemment… Et faire de ce fait plus de pages.

L’auteur m’a donné l’impression d’applique à la lettre une des règles utilisée avec les chevaux (elle marche aussi avec les hommes) : répéter beaucoup ! Oubliant auparavant le « demander peu » et tout à la fin de « récompenser beaucoup »… Ici, je n’ai pas été récompensée du tout.

De plus, l’intrigue est faiblarde, molle du genou et ne cassera pas trois pattes à un coureur de cross-country ! Je matraque toujours, comme pour les pubs ou les élections.

Ma déception est grande et à la hauteur de mes attentes lorsque j’avais découvert ce pastiche holmésien qui me promettait, rien que par son titre, des moments d’émerveillements.

Mes yeux ont plus pleuré que pétillé et mon cœur n’a jamais battu plus vite durant ma lecture, même durant les moments d’intimité entre Holmes et Irene. Un comble !

La faute au texte insipide, à ce que l’auteur a choisi de nous raconter, laissant certaines explications dans le flou littéraire notamment comment Irene, en sauvant Holmes durant sa cavale, a fichu en l’air sa couverture et à été, de ce fait, découverte ?? Elle ne pouvait pas liquider les tueurs et s’en aller ? Comment les autres ont-ils fait pour additionner deux et deux et comprendre que Irene était le 007 que tout le monde cherchait ?? Mystère et boule de gomme.

Anybref, si les atmosphères londoniennes de ce roman sont bien rendues, tout le reste est insipide, les répétitions trop nombreuses, Watson passe pour un « crétinus débilus » de la pire espèce (ça ne lui rend pas justice), Irene est plus qu’en arrière-plan et n’enquête pas vraiment, même si elle participe aux réunions. Le titre est mensonger et survendeur !

Dame Ida avait lu le deuxième tome, j’ai lu le premier, mais croyez-moi, je laisserai tomber le suivant, même si je l’ai déjà acheté, pensant me faire une overdose de plaisir holmésien : ça a fait plus que pchiiiiiitttttttt……

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°98],Le Challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°78].

Les Enquêtes de Nicolas Le Floch – 15 – Le Cadavre du Palais Royal : Laurent Joffrin [Fiche Lecture de Dame Ida, éternelle fiancée du Marquis de Ranreuil]

Titre : Les Enquêtes de Nicolas Le Floch – 15 – Le Cadavre du Palais Royal

Auteur : Laurent Joffrin
Édition : Buchet/Chastel (04/11/2021)

Résumé :
La Bastille a été prise. La nuit du 4 août a tout changé. Mais le destin de Louis XVI n’est pas encore scellé. Qui sont ses alliés ? Qui sont ses ennemis ?

Le commissaire Nicolas Le Floch quitte sa Bretagne pour une nouvelle fois porter secours au roi et à la reine. Mais où est sa fidélité ? À un régime qui lui a donné sa chance mais dont il connaît toutes les faiblesses ? À un avenir dont son expérience lui a, à de nombreuses reprises, révélé que le temps du changement était arrivé ?

Un cadavre proche des intrigues et des folies du Palais-Royal vont lui faire comprendre les nouvelles règles du jeu. Le duc d’Orléans ou le comte de Provence, par leurs complots et leurs ambitions, ne risquent-ils pas de précipiter la fin de la royauté ?

L’avis de Dame Ida :
Dame Belette vous a fait découvrir quelques volumes des aventures de Nicolas Le Floch, Commissaire au Chatelet et accessoirement Marquis de Ranreuil relevé de la bâtardise par une reconnaissance tardive de son père qui n’avait d’autre héritier que lui.

J’ai contribué modestement à sa réputation sur le blog de Dame Belette en faisant une fiche de lecture du volume 14 paru en 2017 car je suis moi-même une inconditionnelle des aventures du Commissaire Le Floch que j’ai eu l’honneur de suivre depuis qu’il est tout petit (oui ! je suis vieille ! Et alors ?).

Il faut dire que j’aime les romans historiques lorsqu’ils sont écrits avec art, et que Jean-Françoit Parot, créateur du personnage et auteur des 14 premiers volumes avait excellé dans cet art délicat consistant à intégrer des petites histoires (fictives) dans la véritable Histoire, sans la dénaturer, et qui plus est, en offrant à ses pages, un lustre, un cachet, une patine nous donnant le sentiment d’être réellement plongés dans l’époque par l’évocation de moult détails de la vie quotidienne de ceux qui l’avait vécue, et en développant une langue reprenant les tournures alors usitées.

Jean-François Parot avait été diplomate et comme beaucoup d’agents de l’état travaillant à faire l’Histoire, il avait nécessairement développé un goût et une compétence réelle pour jouer avec elle.

Las ! Le Sieur Parot s’est éteint, laissant Nicolas Le Floch orphelin une fois de plus, et plongeant les fans du commissaire au Chatelet en deuil à la veille de la Révolution Française, les confrontant à une question devenue alors insoluble ! Comment Nicolas le Floch, aristocrate et serviteur des rois depuis Louis XV allait-il faire pour traverser cette époque troublée et peu amène pour les représentants du pouvoir royal, en gardant la tête sur les épaules ?

Allait-il retourner sa veste, lui homme intègre et droit pour sauver sa peau et servir la révolution ? Réussirait-il à se faire oublier le temps que la Terreur se tasse pour reprendre du service et croiser Vidocq quelques années plus tard ? Allait-il s’exiler ? Chez l’Anglois où vivait la mère de son fils ? Au Nouveau Monde ? Et qu’y ferait-il ?

Incidemment la mort de Jean-François Parot ne pouvait que nous laisser que sur ces questions.

C’était compter sans Laurent Joffrin qui, 4 ans plus tard, prend la relève et relève le gant en se lançant dans la délicate entreprise de faire vivre de nouvelles aventures à Nicolas.

Laurent Joffrin, on ne le présente plus en France. C’est un grand journaliste assez connu. Et parfois, les journalistes savent écrire. Je dis parfois… alors qu’en principe ce devrait toujours être le cas…

Mais nous savons bien qu’il y a journalistes et journalistes… Quoi qu’il en soit celui-ci sait écrire et aime suffisamment l’histoire et l’univers des personnages créés par Parot pour avoir repris le flambeau et entrepris de guider Nicolas, devenu quinquagénaire et grand-père, à travers les années tourmentées de la Révolution.

Alors ? J’en pense quoi de cette reprise ?

Fallait-il vraiment que je m’attende à ce que Joffrin fasse du Parot ? Certainement pas. Voulait-il le faire ? Ou pas ? Quelles étaient ses intentions à ce sujet ? Je l’ignore.

Aussi ne jugerai-je pas trop sévèrement le changement de style qui aura fortement déplu à certains. On ne retrouve évidemment que dans une bien moindre mesure le langage ampoulé et les expressions d’époques dont Parot avait l’habitude d’émailler ses dialogues et qui, je dois le dire, contribuaient à me ravir. Joffrin s’y essaie, mais la langue est moins poétique, moins chantante, moins pétillante ou exubérante.

Évidemment, cela je le regrette… Mais celles et ceux d’entre nous qui ont encore leurs parents et ont des enfants adolescents savent à quel point le langage peut changer au fils des ans.

Regardez des archives télévisées des années 60 ou 70, des archives des années 80 et puis regardez la télévision d’aujourd’hui et vous verrez comment le langage évolue en une ou deux décennies.

Alors ? À bien y réfléchir, peut-on s’offusquer de voir le style d’écriture ne pas être le même ? On a rencontré Nicolas à la fin du règne de Louis XV et la Révolution commence. Le parler n’était en réalité plus le même. Certes, la transition est brutale car elle correspond à un changement d’auteur…

Généralement les auteurs ont leur propre style, leur griffe… Mais même si dans l’ensemble un style personnel évolue peu, une fois fixé, on peut parfois repérer de subtils changement au fil des ans car même eux sont touchés par les évolutions de la langue de leur époque.

Aussi, même si on peut ressentir comme une déception le changement notable dans le style, que ce changement de style vienne coïncider avec la Révolution qui sera une révolution qui touchera jusqu’au langage n’est pas nécessairement une mauvaise chose d’un point de vue strictement historique.

Et d’ailleurs, le souci de coller à l’Histoire (avec un grand H) reste présent. Les faits, les coteries, réseaux d’influences et rivalités, évoqués ou mis en scène dans l’intrigue nous ont été rapportés par les historiens sur la base des correspondances et documents de l’époque. Sur ce registre Joffrin respecte le cahier des charges implicite qui s’impose à lui en prétendant poursuivre l’écriture du parcours du Marquis de Ranreuil.

Je regretterai seulement la disparition de quelques personnages très secondaires qui ont totalement disparu comme la bonne cuisinière alsacienne de Monsieur de Noblecourt, mise subrepticement en retraite,…

Et je ne serai pas la seule à regretter la raréfaction des scènes de table et explications sur les pratiques culinaires de l’époque. Il y en a un peu certes… En plus avec la Révolution et les départs de nobles en exil (ou à l’échafaud… mais nous ne sommes qu’en 1789… pas en 1792), les cuistots sans emplois vont commencer à ouvrir des restaurants et les gourmands et gourmandes dans mon genre auraient bien aimer manger davantage avec Nicolas.

C’est peut-être là que se situe la rupture entre Parot et Joffrin. Si Joffrin connaît manifestement bien le déroulement détaillé du processus politique de la Révolution, il semble moins en mesure de développer les petits détails de la vie quotidienne de l’époque en dehors des queues énervées devant des boulangeries ne pouvant produire du pain qu’en fonction des quantités de blé disponibles.

Parot ne manquait par exemple jamais de faire passer Nicolas se faire faire un habit chez maître Vachon dans chacun de ses romans. Ces scènes ou descriptions qui certes n’apportaient que peu aux intrigues mais permettaient au lecteur de visiter la France de l’époque et de visualiser son intimité ont pratiquement disparu sous la plume de Joffrin qui d’ailleurs livre un volume bien moins épais que ceux habituellement produits par Parot.

L’écriture se resserre sur l’intrigue et sur son fond historique. Même les bavardages chez la Paulet sont réduits à leurs plus simple expression, recentrés sur ce qui sera utile à l’intrigue alors que cette grande bavarde avait toujours beaucoup à nous apprendre sur les mœurs de son époque.

Comme le fait remarquer une des fiches critique de Babelio, les retrouvailles entre Nicolas et le bourreau Samson sont presque purement professionnelles.

N’oublions pas qu’en raison de son métier Samson vivait à l’écart du monde, sans vie sociale ni amis et que Nicolas avait été le seul à lui donner une réelle amitié jusque-là, acceptant même de dîner à sa table, ce qui était un acte très « fort », dans les volumes précédents. Et là, bien que certains coquins eussent mérité la questionnette au Châtelet, Nicolas ne profitera pas de l’occasion pour passer davantage de temps avec son ami.

D’ailleurs au-delà de la vie amicale de Nicolas, c’est aussi les développements de sa vie privée de Nicolas qui se trouve vite simplifiée. Or, souvenons-nous… De sa découverte progressive de ses origines, de ses histoires de cœur compliquées avec la Satine ou Mlle D’Aranet…

De ses questionnements sur la façon dont il pouvait penser sa paternité… Toutes ces thématiques nous avaient accompagnés pendant quatorze volumes… Et là… En quelques mots, Nicolas laisse tout cela en plan en Bretagne où tout le monde s’est retiré avec lui et il n’en sera plus question un bon moment.

Ce qui se passe en Bretagne reste en Bretagne, et on se concentrera sur l’enquête jusqu’à ce qu’une nouvelle romance modérément crédible, cousue de fil blanc et sans les complications habituelles surgisse sans me transporter d’enthousiasme.

En se recentrant sur son intrigue, certes captivante, bien menée, dans un contexte où les événements historiques se précipitent, et qui plus est très fidèle à l’Histoire, Joffrin a opéré un certain nombre d’impasses, d’oublis ou de restrictions éloignées des usages en cours dans les romans de Parot.

Cela a pour effet de réduire quelque peu l’univers dans lequel Nicolas nous faisait évoluer avec lui. Si certains lecteurs pourront apprécier la simplification qui en découle et qui rend évidemment l’intrigue plus facilement lisible, ceux qui ne voyaient pas comme « des longueurs » les parenthèses historiques de l’œuvre originale, pourront éprouver une certaine déception.

Malgré tout, je retrouve bien chez Joffrin le Nicolas que Parot nous avait laissé, même s’il ne parle plus tout à fait de la même manière. Il en va de même pour le commissaire Bourdeau et quelques autres personnages centraux qui sont relativement bien respectés dans la psychologique qui leur avait été donnée lors de leur création et de leur évolution.

Je serais plus circonspecte en revanche concernant l’évolution du personnage de Sartine qui a perdu une grande part de sa superbe et de son acidité. Certes… l’âge… Mais il n’explique pas tout. Surtout qu’on ne devient pas brutalement sénile entre deux romans qui n’ont en principe que peu d’années d’écart dans la chronologie réelle.

Or donc, ce sera un bilan mitigé que nous pourrons faire de cette quinzième enquête de Nicolas Le Floch sous la plume d’un nouvel auteur. Une bonne intrigue sur un fond historique parfaitement maîtrisé, avec des personnages principaux conformes à ce que leur créateur en avait faits.

Les fans de la série de roman regretteront cependant le resserrement de l’œuvre sur l’intrigue, qui certes n’en paraîtra que plus rythmée mais qui coupe ainsi tous ces passages qui s’ils n’apportaient pas grand-chose au développement de l’intrigue, contribuaient à notre édification intellectuelle en nous apprenant moult détails sur la vie quotidienne de l’époque traversée ainsi que sur ses mœurs et son esthétique, ce qui représentait à mes yeux une grande part du charme de ces romans.

On ne fera tout de même pas la bêcheuse sur le manque de suspens de certains aspects du livre : le problème avec les romans historiques c’est que… Ben… il n’y a pas trop de suspens sur certains évènements… Et Loulou le XVIème et Maria Antonia finiront raccourcis quelques années plus tard quand même. L’auteur a eu le bon goût de ne pas réinventer l’Histoire. C’est heureux.

Je garderai un regard bienveillant sur Joffrin qui s’est frotté là à un exercice très périlleux pour permettre aux amis de Nicolas de le retrouver dans une époque troublée et décisive.

Relever un tel défit n’est pas chose facile car l’œuvre de Jean-François Parot est truffée de complexités qui débordent largement le cadre des enquêtes policières résolues par le héros.

Mesurant le poids de ces difficultés, nous ne pouvons lui reprocher violemment là où il pèche, mais nous pouvons le lui pointer afin de l’encourager à améliorer ces points de déception où il n’est pas parvenu à se rapprocher suffisamment du modèle original afin de permettre aux vieux et aux vieilles habitués des aventures du Marquis de Ranreuil de retrouver les repères qui avaient initialement contribué au succès de ces romans.

Les enquêtes de Miss Merkel – 01 – Meurtre d’un baron allemand : David Safier

Titre : Les enquêtes de Miss Merkel – 01 – Meurtre d’un baron allemand

Auteur : David Safier
Édition : City (27/10/2021)
Édition Originale : Miss Merkel, Mord in der Uckermarck (2021)
Traduction : Jocelyne Barsse

Résumé :
Angela Merkel vient de prendre sa retraite. Avec son mari et son chien baptisé Poutine, elle a déménagé dans une région rurale d’Allemagne où l’on ne trouve que de grandes forêts et des lacs. Elle passe ses journées à faire des balades dans la nature et à faire de la pâtisserie…

Tout cela est d’un ennui absolument mortel ! Jusqu’au jour où son voisin, le baron Von Baugenwitz est retrouvé mort empoisonné et étouffé, vêtu d’une armure de chevalier, enfermé dans un donjon de son château. Enfin un problème à résoudre pour Angela !

Avec l’aide de son mari, de Poutine et surtout de Mike, son jeune et séduisant jeune garde du corps, elle se lance tête baissée dans l’enquête. Et ce ne sont pas les suspects qui manquent, car le baron assassiné collectionnait les femmes comme des trophées, au risque d’attiser les jalousies dans le voisinage.

Miss Merkel, reconvertie en détective amateur et digne héritière de Miss Marple, ne laissera rien passer. A moins que le tueur se charge d’elle avant qu’elle ait réussi à découvrir la vérité…

Critique :
Angela Merkel a pris sa pension, s’est retirée de la politique et maintenant, lorsque Poutine fait des siennes, cela veut juste dire qu’il a chié là où il ne fallait pas et qu’il faut nettoyer derrière lui… Rien n’a changé ? Si, si !

Le Poutine en question n’est pas le fameux Vladimir, mais le chien d’Angela, qui, comme son homonyme, laisse beaucoup de merde sur les tapis. Mais est moins dangereux que l’autre…

Après deux lectures émotionnelles fortes (Mon cheval de bataille / Sauver Mina), j’avais besoin de légèreté, de douceur, d’humour et surtout, de ne pas me prendre la tête.

Ce roman me semblait parfait pour remplir ses objectifs et il l’a fait, sauf pour un point : je me suis cassée la tête pour tenter de trouver l’identité du coupable et je n’ai pas réussi !

Tant mieux, cela veut donc dire que l’auteur a réussi à faire un cosy mystery léger, humoristique, sans pour autant sacrifier l’énigme sur l’autel de la facilité.

Je reproche souvent à certains cosy mystery de ne pas soigner les personnages et de nous pondre des stéréotypes facile ou de sombrer dans le manichéisme. L’auteur n’est pas tombé dans ce piège facile des Méchants et des Gentils.

Les habitants du village ont leur caractère et si la marchande de fruits est en rogne sur Angela, cela ne deviendra jamais une guerre sous la ceinture comme dans d’autres cosy où cela tourne souvent à l’exagération.

Pas besoin d’être fan de politique pour apprécier ce cosy, même pas besoin d’être d’accord avec la politique de l’ancienne chancelière d’Allemagne pour l’adorer dans un rôle d’enquêtrice en herbe.

Angela Merkel est ce qu’elle est, elle a marqué son époque en accédant au pouvoir alors qu’elle venait de la RDA… Certaines de ses décisions furent bonnes, d’autres très dures, certaines utopiques, mais laissons-ça de côté. Ici, on sent bien que l’auteur a de la tendresse pour son personnage, pour son époux que nous ne connaissons pas et le récit est parsemé d’humour qui fait du bien.

Vous n’échapperez pas à quelques anecdotes sur la vie politique d’Angela, à ses réminiscences sur les bisous baveux d’un italien que je ne nommerai pas, d’escargots servis chez un président normal ou de ses souvenirs sur sa vie en ex-RDA. Cela ajoute des petits plus à ce récit qui, sans eux, aurait pu concerner n’importe qu’elle femme enquêtant dans un petit village allemand.

Anybref, sans en donner l’impression, ce petit cosy mystery ne manque pas de profondeur sous ses airs de ne pas y toucher et sa résolution ne sera pas si facile que ça, n’en déplaise à Miss Merkel qui adore se prendre pour Sherlock Holmes, Hercule Poirot ou miss Marple, même si ce n’est pas aussi facile qu’elle le pensait.

Un cosy mystery distrayant, avec de l’humour, de la géopolitique (pas de trop), du mystère, une pléthore de suspects, des tas de théories et un duo d’enquêteurs qui sort de l’ordinaire : Angela Merkel et son mari Achim qui m’a fait penser à un membre de ma famille qui, comme lui, ouvre la bouche lorsqu’il faut se taire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°97].

Pietà : Daniel Cole

Titre : Pietà

Auteur : Daniel Cole
Édition : Robert Laffont – La bête noire (01/07/2021)
Édition Originale :
Traduction : Magali Duez

Résumé :
Tuer est son art, vous serez son chef-d’œuvre…

Londres, hiver 1989.

Un corps est retrouvé dans Hyde Park par la Metropolitan Police. La victime a gelé dans une position pour le moins inattendue : celle du Penseur de Rodin. Mais quelque chose cloche dans son regard : ce bleu intense, perçant…

Quelques jours plus tard, nouveau crime. Cette fois, ce sont les corps d’une mère et de son fils que l’on découvre, réplique exacte de la Pietà de Michel-Ange.

Londres va bientôt se transformer en musée macabre, mais personne ne le sait encore…

Critique :
Le crime est banal, la logique est rare : voilà ce que disait Holmes. Il est facile de tuer quelqu’un, il est plus difficile de faire en sorte de ne pas se faire attraper ou de donner à ses victimes une exposition digne d’un musée macabre.

Imaginez que vous laissiez votre première victime dans la position du penseur de Rodin… Tout de suite, vous passez d’une catégorie dans l’échelle des serial-killer inventifs et vous laisserez le sergent Benjamin Chambers bien emmerdé face à tel meurtre.

Dans ce récit qui sort des sentiers battus en ce qui concerne les postures des cadavres, j’ai apprécié que l’équipe de flics qui enquêtent ne soient pas des super-flics qui savent tout et à qui tout réussi. Ils ne pourront pas postuler pour un emploi au sein des Experts bien connus. On est loin aussi des équipes soudées et des chefs compétents de ces mêmes séries.

Ils sont assez réalistes, avec leurs problèmes, leurs erreurs, leur naïveté (l’agent Winter) ou leur côté borderline un peu trop poussé (l’inspectrice stagiaire Jordan Marshall). Mais au moins, ils sont persévérants, tenaces et n’hésiteront pas à outrepasser les ordres du grand chef, qui lui mérite la médaille du connard en chef. Pas très réaliste, leur chef.

Pas de côté morbide dans les scènes de crimes, l’auteur ne fera pas de la surenchère ou du voyeurisme, à tel point que vous devrez faire marcher votre imagination pour vous faire une image mentale desdites scènes : gore ou pas gore, vous êtes maître de vos pensées. On appréciera ou pas, c’est au choix.

Le fait de diviser le récit en deux périodes distinctes (1989 et 1996) apportera aussi une autre atmosphère à ces crimes puisque 7 ans plus tard, l’équipe initiale, dispersée, devra bosser avec la nouvelle inspectrice stagiaire, miss Jordan Marshall. Et repartir sur les cold-case de 1989 avec des nouveaux cadavres tout frais de 1996.

Le récit est addictif, les dialogues sont légers, apportant souvent une petite note d’humour, même si la naïveté du l’agent Winter m’a passablement énervée sur la seconde moitié du récit.

Si l’identité du coupable est assez vite connue (à la moitié), le tout sera de savoir s’ils parviendront à le coincer et à mettre fin à cette série de crimes où les victimes terminent en œuvre d’art, mais non montrables dans un musée… Ou alors au musée des horreurs (et des senteurs, parce qu’à un moment donné, ça commence à sentir, un corps mort).

Dans les bonnes choses, je soulignerai que c’est un thriller addictif, avec un modus operandi qui sort de l’ordinaire, trois d’enquêteurs qui n’ont rien des professionnels soudés de la série des Experts (eux, c’est du cinéma) et qui vont devoir bosser en schmet (en douce) de la hiérarchie pour résoudre cette succession de crimes sordides.

Vous ne verrez plus certaines œuvres d’art de la même manière…

Si ce n’est pas le thriller du siècle, il n’en reste pas moins qu’il fait le job et qu’il procure une belle dose d’adrénaline. Hélas, il lui manque un petit je-ne-sais-quoi, un petit supplément d’âme, un petit truc qui le rendrait vraiment génial. Il est bon, mais il y avait moyen de mieux faire encore…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°95], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°76]  et Le challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook.

 

Sherlock Holmes et le démon de Noël : James Lovegrove

Titre : Sherlock Holmes et le démon de Noël

Auteur : Sherlock Holmes et le démon de Noël
Édition : James Lovegrove
Édition Originale : Sherlock Holmes and the Christmas Demon (2019)
Traduction : Arnaud Demaegd

Résumé :
1890. Peu avant Noël, Sherlock Holmes et John Watson reçoivent à Baker Street la visite d’une nouvelle cliente. Eve Allerthorpe, fille aînée d’une dynastie prestigieuse, mais quelque peu excentrique du Yorkshire, se trouve dans une profonde détresse : elle se croit possédée par un démoniaque esprit de Noël.

Eve doit hériter d’une fortune à condition d’être saine d’esprit, mais il semble que quelque chose – ou quelqu’un – menace son équilibre mental.

Holmes et Watson partent enquêter au château de Fellscar, demeure familiale des Allerthorpe, mais s’aperçoivent vite que l’affaire est plus complexe qu’il y paraît.

Un autre esprit hante la famille ; et lorsque l’on découvre le cadavre d’un membre de la maisonnée, le duo comprend que nul n’est au-dessus de tout soupçon…

Critique :
Sûr et certain, le Père Noël est une ordure ! La preuve s’il en est : Sherlock Holmes est à sa poursuite ! Pas parce que le Père Nowel n’a rien mis dans ses petits souliers, mais parce que c’est un voleur !

Ce polar historique mettant en scène Holmes & Watson commençait déjà bien, avec une petite résolution d’enquête, à quelques jours de Noël.

Cette course poursuite pour attraper le voleur va apporter à Holmes une autre affaire qui semble sentir le fantastique, puisque une jeune se dit poursuivie par la malédiction du Thurrick Noir.

Si vous vous demandez ce que c’est que cette créature, je vous rassure de suite, rien à voir avec les bestioles de Lovecraft ! C’est juste le pendant du Zwart Piet chez les Hollandais ou du Père Fouettard chez les Belges et Français du Nord. C’est celui qui vient punir les enfants pas sages du tout.

Ce que j’ai apprécié, dans ce roman, c’est que pour une fois, on se retrouve avec un Holmes et un Watson sans créatures fantastiques. Oui, ça sent le fantastique, mais y croire ne le fait pas apparaître et Holmes est un esprit terre à terre.

L’enquête, sans être trop courte, évite l’écueil du trop long. C’est juste ce qu’il faut en nombre de pages pour garder du suspense, l’intérêt du lecteur et le récit évite de s’éterniser juste pour ajouter des pages. Le format des nouvelles convenant toujours mieux aux enquêtes de Holmes, si on fait trop long, généralement, on s’enlise et ça n’avance plus.

Les personnages, sans être canoniques à 100%, sont tout de même fort proches des originaux et l’auteur a bien mis en avant l’amitié qui unit Holmes et Watson. Les déductions du maître sont présentes, son caractère assez cynique aussi. Bref, c’est un véritable plaisir que de suivre le duo durant cette enquête, à quelques jours de Noël.

Le scénario est bien ficelé, l’enquête est bien menée et j’avoue n’avoir pas tout vu venir, comme quoi, le Maître dépassera toujours sa pauvre élève.

La plume est tout ce qu’il y a de plus correcte, agréable à suivre, avec des véritables passés simples et même quelques subjonctifs imparfaits ! Non, pas de bol, ce n’était pas les conjugaisons des verbes « savoir » et « recevoir »… Seuls les initiés comprendront et rigolerons un bon coup.

Anybref, c’est un excellent pastiche holmésien, qui relève le niveau de toutes les bouses que l’on a produit et que l’on produit encore. Sans être le policier de l’année, il tire bien son épingle du jeu, ou son fagot de bouleau (les enfants pas sages comprendront) pour rester dans le folklore du Thurrick.

À lire sans nécessairement écouter tomber la neige, impassible manège… Mais à lire bien au chaud sous un plaid, car dans le Yorkshire, ça caille !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°75] et Le challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook.

 

Le bureau des affaires occultes : Eric Fouassier [LC avec Bianca]

Titre : Le bureau des affaires occultes

Auteur : Eric Fouassier
Édition : Albin Michel (28/04/2021)

Résumé :
Automne 1830, dans un Paris fiévreux encore sous le choc des Journées révolutionnaires de juillet, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau roi des Français, tente de juguler une opposition divisée mais virulente.

Valentin Verne, jeune inspecteur du service des mœurs, est muté à la brigade de Sûreté fondée quelques années plus tôt par le fameux Vidocq. Il doit élucider une série de morts étranges, susceptible de déstabiliser le régime.
Car la science qui progresse, mêlée à l’ésotérisme alors en vogue, inspire un nouveau type de criminalité.

Féru de chimie et de médecine, cultivant un goût pour le mystérieux et l’irrationnel, Valentin Verne sait en décrypter les codes. Nommé par le préfet à la tête du « bureau des affaires occultes », un service spécial chargé de traquer ces malfaiteurs modernes, il va donner la preuve de ses extraordinaires compétences.

Mais qui est vraiment ce policier solitaire, obsédé par la traque d’un criminel insaisissable connu sous le seul surnom du Vicaire ?

Qui se cache derrière ce visage angélique où perce parfois une férocité déroutante ?

Qui est le chasseur, qui est le gibier ?

Critique :
S’inspirer de la science pour commettre des crimes ? L’idée n’est pas nouvelle, les criminels ayant toujours une longueur d’avance sur le reste du monde, surtout des policiers.

Paris, 1830. Valentin Verne est un inspecteur atypique : solitaire, se liant difficilement avec les autres, intelligent, cultivé, talentueux, fortuné de par son père, ayant des connaissances en pharmacie. Il est beau et pourtant, ce n’est pas un coureur de jupons. Ah oui, il semble torturé.

Oui, je conviens que le portrait de l’enquêteur n’a rien de novateur… Limite cliché, mais l’auteur arrive tout de même à le rendre sympathique. Mon bémol sera pour le fait qu’on répète un peu trop souvent qu’il a un visage d’ange, d’archange… Ok, on avait compris.

Le mystère arrive assez vite dans l’histoire et nous en aurons deux pour le prix d’un : un suicide bizarre d’un jeune homme à qui la vie sourit et de l’autre, un pédophile qui enlève des enfants et que semble traquer Valentin Verne.

Nous n’en saurons pas plus sur celui qui se fait appeler le Vicaire puisqu’il semble insaisissable, sans doute sa traque sera-t-elle pour une suite. Dommage, son ombre plane sur le récit, il semble d’une cruauté sans borne, mais l’auteur n’a pas jugé bon de nous en dire plus. Mystère !

L’enquête de Valentin Verne ne manque pas de rythme, sans pour autant virer à la course-poursuite. L’inspecteur prend son temps, remonte les pistes, étudie les indices, pose des questions et devra éviter les pièges qui lui seront tendus.

Afin d’ajouter du piment à son récit, l’auteur a incorporé un récit dans le récit, celui de Damien, jeune garçon prisonnier du Vicaire. Son récit n’est pas juste là pour faire pleurer dans les chaumières. L’explication viendra en temps voulu sur son incorporation à l’enquête de Verne.

La recherche historique est importante dans ce récit car l’Histoire est elle aussi un personnage du récit. Les petites anecdotes ou faits historiques, ancrent mieux le récit dans l’Histoire et l’incorporation de personnages réels aussi.

Dommage que les personnages soient un peu clichés, comme la belle Aglaé, la comédienne. Jeune, belle, talentueuse… Dans la réalité, il existe de telles femmes (heureusement), mais généralement, elles ont des défauts pour contrebalancer toutes ces qualités. Bizarrement, je l’ai tout de même appréciée… Cherchez pas, docteur.

Anybref, ce polar historique, bien ancré dans son époque, a tout de même réussi à me subjuguer avec ses mystères, à me trouer le cul avec un coupable, à me le re-trouer deux fois avec des révélations inattendues et à me scotcher dans le canapé. Pas si mal, tout de même.

Alors oui, il a des défauts, les personnages principaux auraient pu être moins too much, malgré tout, on s’attache au beau Valentin Verne, à son côté ténébreux et torturé, on lui passe ses grosses ficelles pour se sortir des pièges tendu par les autres.

La lecture était plaisante et ce n’est pas Bianca qui va me contredire sur ce point. Notre LC était réussie et je compte bien lire la suite des enquêtes de Valentin Verne, si elles ont lieu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°87].