Le mambo des deux ours – Hap Collins et Leonard Pine 03 : Joe Lansdale

Titre : Le mambo des deux ours – Hap Collins et Leonard Pine 03

Auteur : Joe Lansdale
Édition : Gallimard Série Noire (2000) / Folio Policier (2009/2020)
Édition Originale : The Two-Bear Mambo (1995)
Traduction : Bernard Blanc

Résumé :
Visite guidée dans l’horreur du Texas ordinaire avec les deux protagonistes de L’arbre à bouteilles.

Cette fois, c’est à Grovetown, charmant petit bled où le K.K.K. assure régulièrement l’animation nocturne, que nos deux héros vont se faire remarquer. Ouragan, vaudou, séance de lynch, meurtres, menace de mort et violence raciste à tous les étages. Le quotidien de Hap Collins et Leonard Pine, en somme.

Critique :
Cette histoire de Hap Collins et de son ami Leonard Pine, commence par une scène habituelle : Leonard a foutu le feu à la crack house de ses voisins. Jusque là, rien d’anormal.

Puis, lorsqu’ils seront chargé d’aller voir ce qu’il est advenu de Florida et qu’ils mettront les pieds à Grovetown, au Texas, on entrera dans un registre plus fantastique puisque nous aurons l’impression que nos deux amis se sont retrouvés coincé dans une faille temporelle.

La petite ville charmante de Grovetown semble coincée dans le temps, comme si elle était restée dans les années 50/60, avant le Civil Rights Act (loi pour l’égalité des droits civiques, votée en 1964).

À Grovetown, si vous êtes Afro-américain, rasez les murs, descendez du trottoir lorsque vous croisez un Blanc, baissez les yeux, ne dites rien et n’allez surtout pas boire un café dans le restaurant où, si la pancarte « NO COLORED » n’est pas apposée, il vaut tout de même mieux éviter d’entrer. Dans cette riante bourgade, un ersatz de Klan fait la loi et ceux qui ont dévié de la ligne imposée par les Blancs ont eu des problèmes…

On dépassa ensuite une laverie, avec une enseigne peinte, accrochée à la vitrine. Bien qu’à moitié effacée, elle était toujours lisible et défiait encore le regard. NO COLORED – PAS DE GENS DE COULEUR

Certains de ses habitants regrettent même qu’on ne puisse plus pendre les Noirs comme en 1850, du temps des plantations et de l’esclavage. C’est vous dire la mentalité effroyable de ces gens. Non, Hap Collins et Leonard Pine, un grand Noir homosexuel, ne vont pas s’attaquer à des racistes bas de plafond et plus bêtes que méchants, ici, ce sont d’authentiques méchants !

Les atmosphères de cette enquête sont sombres, affreuses, violentes. Nos deux amis vont morfler, physiquement et mentalement. Heureusement que la plume de l’auteur sait aussi être drôle, cela évite d’appesantir encore plus cette glauquitude.

Lansdale a des personnages décomplexés, totalement. Leonard est Noir et homo, mais il le clame haut et fort et n’a aucun souci avec ses préférences sexuelles, il les affiche, n’en a pas peur et il a bien raison. Leonard n’hésite pas non plus à utiliser le « N word », ce qui donnera des crampes cérébrales à son ami Hap et au flic Charly : est-ce du racisme lorsqu’un Noir utilise le terme « Nègre » ?

L’écriture de l’auteur est truculente, les autres personnages n’hésitant pas à parler de bite, de cul, de sexe, de branlette, de chatte, de grève de la chatte (pour le flic marié), le tout se retrouvant intégré dans leurs conversations entre mecs, ce qui rend une partie du roman plus léger, plus drôle, plus amusant. Faut pas être pudibonde, évidemment.

Là où c’est moins drôle, c’est lorsque les racistes bas de plafond et méchants balanceront leurs discours racistes et rétrogrades. Cela permet de ne pas oublier qu’il y a toujours des personnes qui pensent cela, qui n’hésitent pas le dire haut et fort, tout en sen sentant intouchables puisque personne ne leur clape leur gueule un bon coup.

Une excellente enquête de notre duo, qui n’aura pas vraiment le temps, ni l’occasion de chercher des indices et ce sera en se posant un peu, en cogitant plus fort, que Hap comprendra ce qu’il a loupé dans l’affaire.

Une lecture jubilatoire, amusante, malgré le côté pesant des habitants de cette petite ville raciste au possible, où les non racistes (ou les sans opinion) doivent fermer leur gueule, s’ils ne veulent pas avoir des problèmes, perdre leur job, se faire rétamer la tronche et finir dans du goudron et des plumes (ce qui est moins drôle que dans Lucky Luke)… La peur vous fait faire de drôles de choses, en plus de vous faire chier dans vos culottes.

PS : zut, aujourd’hui, j’ai un an de plus ! Bon, ça doit me faire 30 ans, maintenant… Oh, interdit de rigoler là au fond. 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°89].

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Le bureau des affaires occultes – 02 – Le fantôme du vicaire : Éric Fouassier [LC avec Bianca]

Titre : Le bureau des affaires occultes – 02 – Le fantôme du vicaire

Auteur : Le fantôme du vicaire
Édition : Albin Michel (27/04/2022)

Résumé :
Valentin Verne, inspecteur en charge du Bureau des Affaires Occultes, doit résoudre une nouvelle affaire : un médium aurait recours au spiritisme et à de mystérieux pouvoirs extralucides pour ramener à la vie de la fille de Ferdinand d’Orval, un noble très fortuné.

Tables tournantes, étranges apparitions, incarnations inexplicables… Mystification ou réalité?

Des bas-fonds parisiens aux salons de la haute société, des espions de Vidocq aux troublants mystères du spiritisme, l’auteur nous entraîne dans un polar crépusculaire et addictif.

Critique :
Valentin Verne, le retour ! J’avais hâte de le retrouver afin de savoir si son père littéraire allait lever les mystères sur le personnage horrible du vicaire…

Dans ce deuxième opus, la traque continue, l’inspecteur Verne continuant de chercher son bourreau, surnommé le vicaire, un pédophile… Je précise que nul ne sait s’il est véritablement un homme d’église ou pas.

Dans ce jeu du chat et de la souris, où ce félon de vicaire va le faire courir partout dans un sordide jeux de pistes, une autre enquête va occuper notre bel inspecteur et son jeune adjoint : un homme en proie à un gredin qui lui a proposé de revoir sa fille décédée grâce à des séances de spiritisme.

Dans ce deuxième polar historique, il m’a semblé que l’auteur avait gommé une partie des travers que je lui avais reproché : il s’appesanti moins sur le fait que Verne est un bô gosse, élégant, beau comme un dieu, tout comme Aglaé, son amie, qui est bêêêlle.

Ouf, l’auteur le répète un peu moins et j’ai trouvé que son inspecteur et son amie (la belle comédienne), avaient des portraits un peu plus nuancés que dans le premier tome. Mais on peut encore mieux faire dans les nuances.

Un qui n’a aucune nuance, par contre, c’est le vicaire. On sait peut de choses de lui, hormis les horreurs qu’il a commise avec des enfants, qu’il est fourbe, intelligent, violent, sans scrupules et qu’il vaudrait récupérer Valentin. Hélas, le portrait du méchant aurait mérité un peu plus de profondeur.

Pas pour l’excuser, mais pour expliquer, pour que l’on sache plus de détails sur ce personnage qui, malgré qu’on le voit peu, prend une place énorme dans le roman et dans l’esprit de Valentin.

Sur ce sujet, l’auteur insiste un peu trop à nous rabâcher que Valentin est obnubilé par le vicaire, par ce qu’il lui a fait. Oui, c’est normal qu’il y pense souvent, vu le traumatisme qu’il a vécu, mais on l’a compris, pas besoin de nous le répéter à tout bout de champ. On sait aussi que Valentin chercher une vengeance et non la justice.

Le point fort de ce polar historique, c’est l’Histoire ! En le lisant, on va se coucher moins bête. Le contexte historique est bien intégré à l’enquête, on se croirait vraiment dans l’époque, celle où Louis-Philippe régnait et où la Belgique venait d’obtenir son indépendance (4 octobre 1830).

De plus, le style d’écriture de l’auteur fait penser à celui des feuilletoniste de l’époque et pour peu, on a l’impression de lire un roman écrit en 1830. L’auteur a bien potassé son sujet et l’époque et il utilisera des inventions de cette époque pour expliquer une partie de l’enquête de Valentin Verne, qui, tout comme Holmes, se pique de chimie aussi.

Par contre, l’auteur a chaussé ses gros sabots avec un personnage et tout de suite, j’ai compris ce qu’il en était, ce qui m’a coupé le suspense. Dommage, parce qu’il y avait un beau twist à jouer, si cela n’avait pas été aussi gros. J’avais compris aussi un fait important dans l’enquête sur le médium, mais cet éclair de lucidité ne m’a pas privé de mon plaisir. Comme quoi…

Malgré ces petits bémols, j’ai apprécié ma lecture et le roman n’a pas fait long feu, puisque je l’ai dévoré en même pas deux jours. Je l’ai trouvé plus rythmé que le premier et le fait de connaître les personnages a ajouté du plaisir à la lecture.

En résumé, ceci est un bon polar historique où l’auteur joue de son écriture pour nous donner l’impression que nous lisons un roman écrit à cette époque, à la manière de feuilletonistes. L’Histoire est bien présente, mais je ne l’ai pas trouvée rébarbative ou qu’elle phagocytait le récit. L’équilibre entre les deux était bien dosé.

Une LC réussie avec ma copinaute Bianca et si troisième tome il y a (vu la fin ouverte, il devrait y en avoir un), nous serons de la partie pour le lire.

PS : L’auteur intègre aussi ma kill-list et cette fois-ci, ce n’est pas pour l’assassinat d’un animal.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°88].

Le tour de la bouée – Commissaire Montalbano 10 : Andrea Camilleri

Titre : Le tour de la bouée – Commissaire Montalbano 10

Auteur : Andrea Camilleri
Édition : Pocket Policier (2006)
Édition Originale : Il giro di boa (2003)
Traduction : Serge Quadruppani & Maruzza Loria

Résumé :
Le commissaire Montalbano est à deux doigts de tirer sa révérence : trop de voyous et de gens corrompus, de la base au sommet, dans cette police à laquelle il a tout donné. Mais comment déserter quand un cadavre flottant, décomposé, vient le narguer au cours d’une baignade ? encore un de ces immigrés clandestins victime d’un naufrage dans le canal de Sicile ?

Le « dottore » n’ignore rien de ces tragédies où périssent également des enfants, ni de la férocité des passeurs. Ces criminels vont apprendre qu’en Sicile aussi, les lois existent. Du moins quelques unes…

Montalbano a peut-être fait sont temps, cette époque le dégoûte. Mais s’il veut empêcher d’autres horreurs, il doit oublier sa paresse, sa mélancolie, son calme et son humour légendaire…

Critique :
Comme mes dernières lectures avaient été éprouvantes, que j’avais crapahuté dans les montagnes, affronté le froid ou la canicule, je voulais me reposer avec un roman policier sympa.

Quoi de mieux que de se poser en Sicile en compagnie d’un commissaire Montalbano, de bouffer dans les petites trattorias et de se la couler douce en buvant des cafés et de mener une enquête en bougonnant ?

Caramba, encore raté ! Moi qui pensais me la couler douce et enquêter tranquillou sur un petit crime banal, j’en ai été pour mes frais !

Tout d’abord, Montalbano en a marre de son boulot, il veut démissionner (ça arrive à tous les flics ou détectives, cette passe à vide). Les actions de certains policiers, à Gêne, l’on déprimé grave. Il va nager et bardaf, il tombe sur un cadavre bien mariné, en le ramenant sur la plage, les emmerdes commencent avec des petits vieux qui pensent qu’en Sicile, faut y aller avec un flingue…

Puis Catarella se met à prononcer correctement les noms des gens et des lieux (la fin du monde est proche), Mimi Augello devient vertueux (l’apocalypse) et, pire encore, le patron de la trattoria San Calogero, ferme pour prendre sa retraite (bombe atomique).

Bref, rien ne tourne rond à Vigata et dans la vie du commissaire. Tout fout l’camp, ma bonne dame, même la solidarité n’est plus, les migrants pouvant aller se faire noyer en Méditerranée. Monde cruel, tu as raison, mon cher Montalbano.

Pour ce qui était de se la couler douce, c’était donc loupé, vu les faits de sociétés abordés dans ce dixième tome. Surtout, qu’à un moment précis, on sent bien qu’on a foutu le pied dans un truc bien puant, bien dégueu et qu’on ne s’en sortira pas sans se prendre un coup au moral.

Bah, tout compte fait, c’est aussi cuisiné de la sorte que j’aime les enquêtes de mon commissaire sicilien : avec du piment qui gratte, qui pique au palais, qui nous rappelle que nous sommes bien, nous, qui ne devons pas fuir un pays en guerre, en proie à la sécheresse, à la famine, au chômage, aux mains de gangs violents, avant d’être les victimes des passeurs sans scrupules, sans humanité…

Une fois de plus, c’est une bonne enquête du commissaire Montalbano, où s’entremêlent les moments drôles, poétiques, amusants et ceux plus glauques des travers de l’humanité et d’un commerce abject.

 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°87].

L’Aigle noir : Jacques Saussey

Titre : L’Aigle noir

Auteur : Jacques Saussey
Édition : Fleuve Editions (06/10/2022)

Résumé :
Un île de rêve
Un tragique accident
Le thriller de tous les dangers

Un sorcier vaudou qui décide de fonder une obscure église loin de son Togo natal. Un homme qui meurt dans une terrible attaque de requin. Une petite fille qui se replie sur sa détresse de jour en jour.

L’île de la Réunion, malgré ses paysages entre lagons turquoise et montagnes luxuriantes, n’a rien du paradis auquel Paul Kessler s’attendait. Pourtant, cet ex-commandant de police n’aspirait qu’à un peu de tranquillité jusqu’à sa rencontre, à Toulon, avec Hubert Bourdonnais.

Deux ans plus tôt, ce riche industriel a quitté son île en confiant la direction de la vanilleraie familiale à Pierre, son fils unique. Mais celui-ci est décédé dans un crash d’hélicoptère il y a peu.

Et si la gendarmerie a conclu à un accident, Hubert Bourdonnais, lui, ne croit pas à cette thèse. Face à ses doutes, Kessler a alors accepté de mener l’enquête, sans imaginer qu’il serait confronté à une réalité bien sombre…

Critique :
Mes dernières lectures m’ayant entraînées dans des contrées froides, j’avais envie de soleil…

Ce roman se déroulant sur l’île de la Réunion, c’était la bonne destination à prendre, surtout qu’il y a quelques jours, j’avais vu un reportage sur cette destination de rêve, à la télé (Échappées belles). Puisque j’avais révisé La Réunion, j’étais parée !

Les émissions de télé nous vendent du rêve, des beaux paysages, des gens que l’on a envie de rencontrer, elles ne nous montrent jamais l’envers du décor, comme le fait le roman de Saussey. Lui, il nous parle de délinquance, de drogues, de personnes au chômage, de croyances vaudous (♫ un sorcier vaudou, m’a peint le visage ♪)…

Alors oui, ses décors sont de rêve, il les décrit très bien, je m’y serais crue sans jamais y avoir mis les pieds, mais ce n’était pas un voyage merveilleux ! Dans son roman, j’ai crapahuté comme pas possible ! Moi qui voulait me la couler douce, c’est raté.

Ce thriller n’est pas bourré d’action et d’adrénaline (sauf pour le final), on ne court pas partout, le récit prend le temps de se construire et les chapitres alterneront les faits se déroulant en 2016 et ceux du présent, en février 2020. Non, pas de panique, l’auteur nous parlera très peu de la covid, ce sera quelques lignes.

Par contre, on croisera une saloperie vraiment atroce qu’on n’arrivera jamais à éradiquer : des hommes incestueux et pédophiles. Il devait y avoir un nid à La Réunion, pas possible autrement, on dépasse quasi celui de l’Église, c’est vous dire la concentration de types dérangés à enfermer.

Le titre aurait dû me mettre la puce à l’oreille… L’aigle noir ! ♫ Un beau jour, ou peut-être une nuit.. ♫ Dans ma main, il a glissé son cou ♪ Gloups, quel cou ??

Le roman, sans posséder un rythme trépidant, n’en reste pas moins addictif : Paul Kessler, flic de Lyon retraité, mène une enquête en off, sur l’accident d’hélicoptère qui a coûté la vie à Pierre Bourdonnais, fils de Hubert Bourdonnais.

C’est le père qui lui a demandé et notre flic va soulever bien des mystères, lever bien des lièvres et son enquête se mêlera avec les morts bizarres et violentes qui surviennent sur l’île. Non, pas envie d’aller en vacances à la Réunion, moi… Merci monsieur Saussey !!!

L’auteur prend donc le temps de nous présenter l’île, microcosme, sa nature, son climat, sa population, les personnages importants que nous croiserons, et, à l’aide de chapitre assez court, il arrive à donner du rythme sans pour autant que son policier coure partout comme un dingue.

On reste dans une enquête réaliste, avec du mystère et une résolution loin de ce que j’aurais pu penser. Les sujets difficiles que sont l’inceste et la pédophilie sont bien intégrés dans le récit et bien traités. Sans que l’auteur n’aille trop loin ou ne fasse que survoler ce sujet horrible. On trinque tout de même en lisant ces passages où des adultes abusent d’enfants et jouent avec leurs sentiments, leurs peurs. Ignobles ils sont (les pédophiles).

L’alternance des chapitres au passé et ceux au présent donnent à l’histoire un goût de mystère, de sang, et de questionnement, car on ne sait pas à quel moment les deux récits se télescoperont, ni comment tout cela se terminera.

Un thriller qui prend son temps, un thriller qui vous emportera à La Réunion, pour un voyage qui mêlera le rêve au cauchemar, un thriller qui a tout d’un roman noir. Un thriller que j’ai dévoré, même si pour certains passages, j’ai eu un peu de mal, tant on entrait dans ce que l’humain a de plus sombre, de plus dégoutant, de plus abject.

Un thriller réussi !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°86].

Les Enquêtes de Nicolas LeFloch – L’énigme du Code Noir : Laurent Joffrin [Par Dame Ida, qui aime les livres en costumes et le parler de jadis]

Titre : Les Enquêtes de Nicolas LeFloch – L’énigme du Code Noir

Auteur : Laurent Joffrin
Édition : Buchet Chastel (22/10/2022)

Résumé Babelio
Jamais dans sa longue carrière, Nicolas Le Floch n’avait vu pareils crimes. Au printemps 1791, on retrouve successivement deux cadavres dans le quartier du Luxembourg à Paris : le premier a une jambe et un bras coupés, le second le dos labouré de dizaines de coups de fouet ; pour faire bonne mesure, tous deux ont été pendus, ce qui a causé leur mort. Ces deux grands seigneurs assassinés sont propriétaires de plantation à Saint-Domingue.

Avec son ancien adjoint Bourdeau, Nicolas, agent spécial de la monarchie, découvre que ces mutilations sont calquées sur les punitions infligées aux esclaves fugitifs par les planteurs des colonies, selon les stipulations du “code noir” établi par Louis XIV pour réglementer la répression des fautes commises par les esclaves des colonies françaises.

S’agit-il d’une vengeance venue des îles ? Ou bien d’un complot bien plus tortueux commis dans une intention politique ? Dans le Paris révolutionnaire de 1791, tandis que l’Assemblée constituante tente de stabiliser le royaume et que Louis XVI défend sa couronne au palais des Tuileries, en butte aux émotions populaires suscitées par les patriotes les plus intransigeants, les deux policiers tentent de démêler cet écheveau complexe sur fond d’affrontements entre les factions politiques.

Au cours de cette intrigue haletante, il devra comprendre la bataille qui s’ouvre sur l’abolition de l’esclavage, entre la Société des Amis des Noirs qui défend l’égalité des droits et le club Massiac, qui réunit dans une association puissante les intérêts coloniaux.

Il devra surtout combattre les criminels redoutables de la « bande de l’Homme Vert » qui a élu domicile dans les carrières souterraines de Paris, tout en surmontant l’imbroglio sentimental qui oppose Laure de Fitz-James et Aimée d’Arranet avec qui il entretient une double liaison qui le mettra en fâcheuse posture.

L’avis de Dame Ida : 
Ciel ! Laurent Joffrin est journaliste et ça se voit ! Brutalement même !

Les premières pages du roman se déploient dans un style très factuel et ramassé, qui s’il sied aux colonnes d’un journal où chaque centimètre carré est une occasion de gagner de l’argent, s’éloigne considérablement de ce que les lecteurs et lectrices fidèles de la première heure de Nicolas Le Floch avaient toujours aimé retrouver sous la plume de Jean-François Parrot !

Adieux la langue fleurie, tarabiscotée, suivant métaphoriquement les circonvolutions et ornements du style rocaille dont se parait le mobilier Louis XV ! Nous voilà face à un style résolument moderne même si quelques bouffées d’un XVIIIe siècle à son crépuscule surgissent çà et là, et curieusement à mesure que l’on s’approche de la fin du livre.

Joffrin avait fait quelques efforts lors du volume précédent, mais aujourd’hui le triste constat est là : La langue de Le Floch n’est plus. (Minute de silence… tête baissée.)

Ce nouveau style est si resserré et si factuel, que ce roman ne fait qu’environs 200 pages contre le double pour les romans signés par Parrot. Étrangement, le résumé de présentation est l’un des plus longs que je n’ai jamais lu sur Babelio alors que les aventures de Le Floch ne font que rétrécir !

En voyant la minceur inédite de l’ouvrage je ne pouvais craindre qu’une chose : un style plus dépouillé… des dialogues ne fleurant plus bon la langue du XVIIIe… mais aussi une intrigue simplifiée sans les multiples rebondissements, ou passages obligés quasi rituels, auxquels nous étions habitués…

Cette restructuration a aussi envoyé quelques personnages secondaires récurrents vers des CDD ou à Pôle Emploi, sans parler de ceux qui ont déjà été enterrés ou mis en retraite lors du précédent tome !

Il semble que l’auteur se souvienne subitement de l’existence d’Aimée d’Arranet qui avait été laissée au placard et quasiment pas évoquée autrement que comme un souvenir lors du roman précédent…

Est-ce seulement crédible que de mener une liaison avec une femme sans la revoir pendant des mois ? Pour un marin à la rigueur… Mais là… Non. Car en effet, voilà notre Nicolas menant une double vie entre cette vieille maîtresse et sa nouvelle conquête, la Princesse de Chimay, rencontrée dans la dernière aventure remontant à l’année précédente, d’après le texte lui-même.

Nicolas a beau être un quinquagénaire, il ne s’en comporte pas moins ici comme un adolescent, ce qui est surprenant venant de l’homme responsable et droit qu’il a toujours été. Et puis c’est assez anachronique à une époque où cet âge était non pas encore celui de la maturité, mais tout bonnement celui de la vieillesse.

Joffrin persiste également dans son oubli du fait que Nicolas avait noué des relations franchement amicales, pour ne pas dire personnelles avec le bourreau Samson (on se souviendra de repas pris chez lui avec sa femme et ses enfants alors que les familles de bourreaux n’étaient pas fréquentables aux yeux du peuple et des aristocrates en raison de leur état – c’était symboliquement très fort comme preuve d’amitié que de manger chez le bourreau !) à qui il ne s’adresse plus que comme une vague relation professionnelle depuis le précédent tome.

Cette amnésie est assez gênante car soit elle démontre que l’auteur n’a pas bien fait son travail d’appropriation de l’œuvre qu’il prétend poursuivre, soit elle fait de Nicolas un être superficiel, retirant sans raison son amitié plus vite qu’il ne la donne, ce qui détonne par rapport à la psychologie du personnage.

Exit également, depuis le volume précédent, les passages pourtant incontournables de Nicolas chez son tailleur (Nicolas ne s’habillerait-il plus ?), Maître Vachon qui à l’instar de la Paulet, le mettait au courant des derniers potins de l’aristocratie…

La Paulet ? Qui c’est ? Là encore cette inénarrable mère maquerelle, voyante à ses heures, au langage plus qu’imagé était devenue un monument (je ne parle pas seulement de son tour de taille !) de la saga de Parrot.

Eh bien, elle semble être définitivement passée à la trappe (il a certainement fallu la découper en plusieurs morceaux pour ça en plus !). Ok… Elle n’était plus très vaillante aux dernières nouvelles, mais nous n’avons même pas été invités à son enterrement et n’avons pas reçu de faire-part. Quelle déception !

Idem pour Sartine, l’éternel mentor de Nicolas… toujours aux affaires, même quand il n’est plus en poste… On l’avait retrouvé subitement bien vieilli lors du précédent volume, mais là on ne saura même pas ce qu’il est devenu. Mort ? Exilé ? Gâteux ? Pourtant l’âge de l’Amiral d’Arranet (75 ans) et de Monsieur de Noblecourt (plus de 90 ans), qui n’en finit pas de vieillir depuis la première enquête, seront précisés et eux… restent toujours en piste et toujours au service de le Floch…

On ne peut pas escamoter des personnages qui ont eu une telle importance, pendant une quinzaines d’aventures, en les expédiant dans les ténèbres extérieures, comme s’ils n’avaient jamais été question d’eux. Joffrin ne pouvait-il pas imaginer ou penser que toutes ces relations de Nicolas avaient aussi une place capitale dans la saga et de fait aux yeux des lecteurs ?

Sérieusement, celles et ceux qui auront apprécié suivre l’évolution psychologique de Nicolas et des autres personnages récurrents, ainsi que l’évolution des liens (parfois ambivalents – cf. la relation entre Nicolas et Sartine) tissés entre eux au fils des tomes précédents, en seront pour leurs frais.

Les péripéties sentimentales (assez éloignées du Nicolas de Parrot) développées ici, ne permettront pas de l’occulter. D’autant qu’elles sont aussi maladroites et cliché qu’un chapitre de la collection Harlequin.

Cependant, malgré toute ces coupes franches et son économie de mots et de papier, Joffrin aime assez l’histoire de France pour ne pas négliger de planter le décor avec une grande précision. Reconnaissons-lui au moins ce mérite.

Et dans ce volume, en plus de la période révolutionnaire il sera plus précisément question du statut des esclaves… Et de l’hypocrisie française à ce sujet puisque si l’on commerçait des esclaves, et les envoyait dans les outremers il n’y en avait officiellement aucun sur le sol métropolitain depuis le moyen-âge.

Nous sommes en Avril 1791. Louis XVI et sa famille ont dû quitter Versailles et sont quasiment en résidence surveillée aux Tuileries (une aile aujourd’hui disparue, qui faisait se rejoindre les deux ailes du Louvre parallèles à la Seine, fermant l’ensemble architectural à l’ouest).

Pour information, la fuite ratée de Varennes aura lieux deux mois plus tard… C’est dire si la famille royale se sent peu en sécurité, se morfondant en reclus dans une vie routinière loin des fêtes et des fastes de Versailles. Exit l’étiquette !

Et dans Paris, les nouveaux leaders politiques, nouvelles factions et nouveaux clubs déploient leurs arguments pour orienter la Révolution dans telle ou telle direction. Beaucoup de fébrilité, de bouillonnements et d’instabilité. Les descriptions de la capitale qu’arpente alors Nicolas Le Floch seront éloquentes.

Cependant, plutôt que d’intégrer les éléments historiques dans les dialogues entre les personnages, ce qui réclame en effet un réel savoir-faire de romancier, et d’accepter de prendre son temps et d’écrire davantage en délayant, Joffrin interrompt le dialogue, balance ses éléments historiques sous forme de narration factuelle quelque peu plaquée en laissant supposer que les personnages viennent de parler de ça. J’ai trouvé cette technique répétitive assez expéditive et artificielle, à 1000 lieues de ce que j’appréciais sous la plume de Parrot.

Et taquinant sauvagement le rectum des mouches, comme j’aime à le faire quand je ne veux rien passer, pas même le moindre détail, à un auteur qui m’a déçue (oui je m’acharne !)…

Il faudrait expliquer au Sieur Joffrin et à son éditeur/correcteur que… Le titre « Dom » ne précède le nom de certains membres de certains ordre religieux (comme pour Dom Pérignon) ou le prénom de certains nobles portugais…

Mais pour l’aristocratie espagnole ou italienne on utilisera le titre « Don » comme pour « Don Juan »… que Joffrin s’obstine à écrire « Dom Juan » bien qu’il fût supposé espagnol et pas portugais… Arrrrgghhh ! Je n’ai pas fait mon collège-lycée à Stanislas (une école privée prestigieuse pour le gratin de l’élite parisienne) comme Joffrin, mais au moins je sais ça !

L’intrigue ? Oui… toute histoire policière se doit d’en avoir une et celle-ci nous donne l’occasion de nous cultiver, notamment sur la question du fameux et tristement célèbre « code noir », dû à Colbert, et sur le statut particulier des esclaves dans les possessions ultramarines française, puisque, sur le sol métropolitain, il ne pouvait exister d’esclaves sous l’ancien régime depuis Louis X dit le Hutin (tout esclave mettant le pied en France était considéré comme libre !)…

Nous nous promènerons même dans les sous-sols de la capitale avec des explications historiques plus précises que celles que nous donnerait un guide !

Et bien évidemment, comme à chaque fois lors de ces détours tortueux entre Paris et Versailles, nous croiserons avec Nicolas, moult personnages de la Grande Histoire venus se perdre dans cette histoire plus petite. Le Chevalier de Saint-George (sans « s » final, ce n’est pas une faute), compositeur et escrimeur célèbre de cette époque, fils métis d’un ancien planteur aristocrate, sera de leur nombre.

Mais quand un livre est deux fois moins épais que la moyenne des autres ouvrages d’une saga, même si l’intrigue est en soi correcte, elle n’en est que deux fois plus simple à suivre et moins rythmée de rebondissements ou d’affaires dans l’affaire… Elle est donc très honnête mais… un peu cousue de fil blanc et le responsable de l’affaire aisément identifiable dès le départ…

Nous étions habitués à mieux, on l’aura compris. D’autant que le dénouement a quelque chose d’assez expéditif et de bien pratique par certains abords.

Je me demande même si, ici, l’intrigue ne sert pas davantage de prétexte à développer une page d’histoire de manière vivante et de présenter les idées de l’auteur sur le rôle de la France dans l’histoire de l’esclavage si je mesure la place prise par les développements historiques magistraux par rapport à la narration des meurtres et de leur résolution. L’épilogue ne pourra pas me convaincre du contraire.

En résumé :

Quand on aime une série de livres, ce n’est pas simplement pour le personnage principal ou pour l’univers dans lequel il évolue. C’est aussi pour le supplément d’âme que lui donne son auteur grâce à son style particulier et par le biais des personnages secondaires que l’on apprécie de voir évoluer roman après roman.

Pour moi le style inventé par Parrot restera indissociable des enquêtes du Commissaire Le Floch, et le style trop factuel de Joffrin ne fera pas mon affaire malgré une intrigue correcte mais sans plus, lui permettant de déployer sa parfaite culture de la période révolutionnaire.

Il n’a pas non plus mesuré l’attachement des fans de Nicolas aux autres personnages secondaires récurrents qu’il a fait passer à la trappe, ou qu’il réduit maintenant à peu de choses, au risque de faire passer le Marquis de Ranreuil pour un être superficiel en amitié, égratignant le portrait psychologique du personnage principal qu’il a pourtant par ailleurs réussi à s’approprier.

L’intrigue se lit avec plaisir mais pas avec autant de plaisir que j’avais coutume d’en attendre. Peut-être eût-il été préférable que Joffrin se soit contenté dans un unique roman de clôture, d’organiser l’émigration de Nicolas et de ses proches chez l’Anglois ou aux Amériques à la fin du roman précédent, lui offrant de prendre ainsi un nouveau départ dans nos imaginations en échappant à l’ombre de la guillotine qui menace maintenant tous les serviteurs de l’ancien pouvoir ?

Mettre le point final à la saga que son créateur n’a pu conclure de son vivant, en ouvrant de nouvelles perspectives à Nicolas, aurait été un bien meilleur hommage que de continuer à le faire exister en étant privé de toute la magnificence de son style et de ses amis de toujours qui sont aussi devenus les nôtres au fil des pages et des enquêtes.

Tous les démons sont ici – Walt Longmire 07 : Craig Johnson

Titre : Tous les démons sont ici – Walt Longmire 07

Auteur : Craig Johnson
Édition : Gallmeister (2015) / Points Policier (2017)
Édition Originale : Hell is empty (2011)
Traduction : Sophie Aslanides

Résumé :
Indien Crow d’adoption, Raynaud Shade est considéré comme le plus dangereux sociopathe des États-Unis et représente le cauchemar de tout policier.

Finalement interpellé, il avoue avoir enterré un cadavre au beau milieu des Bighorn Mountains, dans le Wyoming, et c’est à Walt Longmire que revient la tâche d’escorter Shade, en plein blizzard, jusqu’au corps. Mais le shérif sous-estime peut-être les dangers d’une telle expédition.

Car pour tenter de rétablir la justice, il va devoir braver l’enfer glacial des montagnes et tromper la mort avec, pour seul soutien, un vieil exemplaire de La Divine Comédie de Dante.

Critique :
Ces derniers temps, j’ai fait des choix de lecture qui m’ont entraîné dans le froid, la neige, les montagnes, bref, je me les suis gelé ! Quelle idée, vu que les températures se sont refroidies (et sont un peu plus de saison).

Dans ce polar, pas de criminel à rechercher, car nous ne sommes pas devant un meurtre et une enquête à mener, mais dans tout autre chose : une chasse à l’homme.

Lors d’un transfert de prisonniers, ils se sont évadés et c’est Walt Longmire, n’écoutant personne, qui va se lancer à leur poursuite, dans la neige, dans une tempête qui se prépare et dans des températures négatives qui donnent plus envie de se vautrer devant le feu, que de courir dehors.

Le roman se lit très vite, il est bourré d’adrénaline, d’action, de suspense et la traque au sommet, bien qu’elle ne ressemble pas à celle d’un Stallone, est tout de même un exercice à ne pas réaliser sans préparation physique préalable.

Mais le shérif Walt Longmire est un homme résistant et increvable. Parfois, l’auteur pousse un peu le bouchon trop loin, notamment avec l’incendie…

L’humour est toujours présent, dans les réparties que notre shérif aura au téléphone, avec un des malfrats et surtout avec Virgil White Buffalo, un Indien solitaire qui vit dans la montagne et dont il avait déjà croisé la route auparavant.

Mon seul bémol sera pour le fait que dans ce huis-clos entre Longmire, les fugitifs et la nature immense et enneigée des Bighorn mountains, il a manqué la nation Cheyenne, je veux parler de Henry Standing Bear… J’aurais préféré une traque en duo, aidé de son ami de toujours, plutôt que cet exercice en solo. Heureusement qu’il y avait Virgil, à défaut d’un Cheyenne, j’avais un Crow.

Dans les aventures du shérif, le mysticisme n’est jamais loin et dans celui-ci, les esprits dont on avait déjà eu vent de leur présence (dans un précédent roman), auront leur rôle à jouer… Oui, en haute montagne, dans des températures négatives, en hypothermie, déshydraté, on ne sait plus trop où est la réalité et où se situe les hallucinations.

Un bon roman de notre shérif Longmire, différent des autres, puisque pas d’enquêtes, bourré d’adrénaline, ainsi que quelques surprises.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°84].

‭Loveday & Ryder – 06 – ‬Couronnement fatal à Middle Fenton ‭: ‬Faith Martin [LC avec Bianca]

Titre : Loveday & Ryder – 06 – ‬Couronnement fatal à Middle Fenton

Auteur : Faith Martin
Édition : Harper Collins (02/11/2022)
Édition Originale : A Fatal Affair (2021)
Traduction : Benjamin Kuntzer

Résumé :
Printemps 1962. Alors que le paisible village de Middle Fenton s’apprête à célébrer le 1er mai, une jeune femme est retrouvée étranglée et ligotée au mât à rubans. Une semaine plus tard, son petit ami est découvert pendu dans une grange.

Le jeune homme se serait donné la mort après avoir tué sa fiancée – c’est du moins ce qu’en déduit la police, mais cette conclusion est loin de faire l’unanimité.

La policière Trudy Loveday et son complice, le coroner Clement Ryder, ont tôt fait de comprendre qu’un meurtrier court encore dans la nature. Mais le tueur a déjà prouvé qu’il était prêt à éliminer toute personne qui chercherait à le confondre…

Auront-ils le temps de démasquer l’assassin avant qu’il ne frappe à nouveau ?

Critique :
Grâce à la policière Trudy Loveday et le coroner Clement Ryder, je pourrai me vanter d’avoir fait Oxford ! Certes, pas les études dans l’école prestigieuse, mais ça, ça restera entre vous et moi.

Alors, quoi de neuf, docteur Ryder ? Oh, le meurtre, par étranglement, de la reine de mai, dans le petit village de Middle Fenton et puis le suicide par pendaison de son petit copain.

Une pendaison, c’est chelou, non ? Notre ancien chirurgien, devenu coroner, va devoir se pencher sur ce suicide, à la demande du père, commissaire de police, qui ne croit pas que son fils se soit donné la mort.

Enquêtant discrètement, pour une fois, notre jeune policière, Trudy Loveday, va devoir épauler Ryder (surnommé le vieux vautour) sans son uniforme de policière, puisque c’est en loucedé qu’ils procèdent et sans pouvoir enquêter sur l’étranglement de la jolie jeune fille.

Comme toujours, on ne perd pas de temps, le meurtre a déjà eu lieu, la pendaison aussi et le roman commence avec notre coroner qui interroge les différentes parties, dans le tribunal.

Ensuite, direction le petit village où toutes les commères papotent, afin de faire la lumière sur cette sombre affaire. Ce sont deux jeunes gens qui sont décédés, tout de même, pas une vieille tante acariâtre avec magot !

L’auteur prend son temps, sans pour autant faire traîner les choses inutilement. Nous sommes dans les années 60, la majorité des femmes restent à la maison, devant leurs fourneaux, et l’auteur sait y faire pour nous plonger dans ces ambiances sixties et dans cet esprit de clocher qui est souvent l’apanage des petits villages où tout le monde se connaît.

Le duo Loveday et Ryder marche toujours très bien, pas d’amour à l’horizon, ce qui est parfait, mais plus une relation mentor/stagiaire ou presque père/fille. Le coroner respecte la jeune policière, lui apprend à conduire et connait bien sa valeur, là où ses collègues pensent encore qu’elle est juste bonne à classer des dossiers et à servir le thé.

Lire ces cosy mystery, c’est aussi un moment de détente où l’on ne se prend pas la tête, sauf à chercher le ou les coupables et où l’on prend plaisir à retrouver le duo improbable, mais qui fonctionne à la perfection.

Les suspects sont nombreux et cette fois-ci, je me suis plantée sur toute la ligne ! Ah, j’avais un nom pour l’assassin et je me suis fourrée le doigt dans l’œil ! Pour ma défense, nos enquêteurs pataugeaient aussi et sans une aide inopinée, ils seraient toujours en train de fureter sans rien trouver.

Hé oui, pour résoudre les enquêtes, il faut parfois une dose de chance… Et de la tchatche !

Anybref, une fois de plus, c’est un très bon polar, sans prétention aucune, si ce n’est de divertir avec des assassinats…

Cette LC avec Bianca est réussie, tout comme moi, elle a apprécié arpenter le petit village de Middle Fenton et se dire que les commères devaient parler dans le dos, se racontant les rumeurs et les potins, elles qui savent tout, là où les hommes ne voient rien…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°80].

La maison assassinée : Pierre Magnan

Titre : La maison assassinée

Auteur : Pierre Magnan
Édition : Folio (1984 / 2015)

Résumé :
Fin du XIXe siècle. Un mas­sacre à l’arme blanche, en pleine nuit, cinq vic­times égor­gées. Un sur­vi­vant, âgé de trois se­maines, épar­gné pour on ne sait quelle obs­cure rai­son. Un vil­lage de mon­tagne isolé, un homme étrange qu’il ne fait pas bon fré­quen­ter, une opi­nion pu­blique ter­ro­ri­sée, trois étran­gers in­no­cents jugés cou­pables et guillo­tinés.

Vingt-cinq ans plus tard, le calme s’étend à nou­veau sur le vil­lage de Lurs. Du moins, jusqu’au re­tour de Sé­ra­phin Monge, le sur­vi­vant du mas­sacre, et res­ca­pé de la pre­mière guerre mon­diale. Dont il s’est tiré sans une égra­ti­gnure. Sé­ra­phin, force de la na­ture, pla­cide et puis­sant, à qui rien ni per­sonne ne semble ré­sis­ter, Sé­ra­phin a un point faible : il n’a pas de mère.

C’est lors­qu’il ap­prend d’un vieil ha­bi­tant du vil­lage la fin hor­rible que celle-ci a connu que tout bas­cule pour le pai­sible Sé­ra­phin. Hanté par le fan­tôme de cette femme égor­gée, il en­tre­prend de dé­truire la mai­son dans la­quelle il est né.

Va de dé­cou­verte en dé­cou­verte, de ren­contre en ren­contre, de ré­vé­la­tion en ré­vé­la­tion. Croit dé­cou­vrir les vé­ri­tables meur­triers de sa fa­mille, se four­voie, ne re­nonce pas, re­prend ses re­cherches sous les in­jonc­tions des rêves que lui pro­cure la mort de sa mère.

Critique :
Aahhh, PATRIIIIIIICKKKKK ! Dieu qu’il était beau dans ce film, sorti en 1988, à cette époque lointaine où je souffrais d’un mal étrange nommé Bruelmania (non, pas de folie devant une pizzeria pour moi, faut pas pousser non plus).

Ce film, il m’avait scotché, il m’avait fait frissonner. Vous pensez bien, toute une famille massacrée chez elle, égorgée et un bébé, laissé vivant dans son berceau.

Le twist final m’avait éclaté, subjuguée, pour ne pas dire « troué le cul ». C’est bien simple, ce film fait partie de mes préférés et lorsqu’il repasse à la télé, je me replonge toujours avec plaisir dans ses ambiances sombres de meurtres, tout en étant sous le soleil de la Haute-Provence. Entre nous, ça fait longtemps que je ne l’ai plus vu repasser à la téloche (ou alors, vu que je ne regarde quasi plus, j’ai loupé le coche).

Si j’ai vu le film de nombreuses fois, par contre, je n’avais jamais lu le roman. Et pourtant, je l’avais acheté, puisque je l’ai retrouvé dans mes stock dantesques de romans à lire. Oups, un oubli qu’il me fallait vite réparer !

La première chose qui saute aux yeux, c’est l’écriture de l’auteur : poétique, avec de belles grandes phrases, travaillées, sauf lorsque ce sont des petites gens qui parlent, là, il se coule dans le moule et nous les fait parler de manière réaliste, manquait plus que l’accent chantant.

Le vocabulaire est très riche aussi, composé de mots dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Larousse ou Robert vous serons bien utiles au cours de votre lecture. D’ailleurs, vu l’écriture, vu les mots employés, on pourrait croire que le roman fut écrit en 1896, année où eut lieu de crime horrible.

Le roman est semblable au film, ou plutôt, le contraire : le film a respecté le roman, hormis pour un nom de famille changé et sans doute quelques détails dont je n’ai plus souvenir.

Le final, lui, je ne l’avais pas oublié et malgré que je savais, il m’a à nouveau sauté à la gueule, surtout qu’ici, Séraphin semble se détacher du fantôme de sa mère et la voir autrement, sachant qu’elle a aimé un autre homme que son paternel. Belle mentalité, Séraphin !

Les mystères sont bien présents, les secrets semblent se trouver sous chacune des pierres des petits chemins. Que savent vraiment les gens de ce qu’il s’est passé lors de cette nuit tragique du 29 septembre 1896 ?

Ce sera au fur et à mesure du récit que la lumière se fera, mais avant qu’elle n’arrive, Séraphin aura des fausses pistes, des suspects et surtout, une ombre mystérieuse qui tue à sa place.

Un bon roman policier qui vous plongera dans des ambiances sombres, celles des secrets, celle du sang répandu, celle des familles.

Un roman où le vent souffle, où les éléments peuvent se déchaîner, où le cœur de Séraphin, son âme, tout son corps en entier souffre de ne pas avoir connu sa mère, de ce crime horrible et qui devra faire son chemin de croix pour arriver à un peu plus de quiétude, s’il y arrive un jour. Séraphin est un jeune homme tourmenté et ça se ressent très fort dans le récit.

Un roman policier où il faut attendre la fin pour que le puzzle de ce crime se mette en place et que tous les témoins, muets jusqu’à ce jour, se mettent à parler, enfin ! Un roman policier qui parle de pardon, de rédemption, de vengeance et que se faire justice à soi-même est dangereux, car on peut se tromper de coupable, comme la justice le fit, 25 ans plus tôt.

Une lecture où j’ai revu la jolie petite gueule d’amour du Patrick Bruel de 1988, petite gueule qui me faisait baver devant… Plus maintenant, je suis adulte, même si j’apprécie toujours les chansons de ce chanteur (oui, je sais, casseroles au cul, là, ça me fait moins plaisir).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°79].

Maximilien Heller : Henry Cauvain

Titre : Maximilien Heller

Auteur : Henry Cauvain
Édition : Ombres (1997) / Hachette (2016)

Résumé :
Quoiqu’il n’ait pas atteint la renommée d’un Emile Gaboriau, Henry Cauvain est l’auteur avec Maximilien Heller d’un livre majeur de la littérature policière française du xixe siècle. S’il a comme Gaboriau créé un détective amateur, il l’a doté en outre d’attributs qui feront le succès seize ans plus tard d’un nommé Sherlock Holmes.

Et en effet, le dilettante et cérébral Maximilien Heller constitue la préfiguration du personnage de Conan Doyle : ami des chats et opiomane, ce détective nouveau genre est armé de la même redoutable méthode déductive que son double anglais.

Tandis que la police cherche le mobile d’un crime, « cette voie ténébreuse [où] la justice s’égare toujours », Heller n’interroge que les faits : « Quand je les aurai tous dans ma main, alors, au milieu de ces invraisemblances qui semblent d’abord si bizarres, vous verrez la vérité luire plus éclatante que le soleil. »

Critique :
Je ne connaissais Maximilien Heller ni d’Eve, ni d’Adam, et pourtant, son portrait a de quoi étonner l’holmésienne du dimanche que je suis : un homme intelligent, grand, mince, en proie à de grandes lassitudes avant d’être soumis à une grande fébrilité, possédant un cerveau qui ne s’arrête jamais, observateur, solitaire, sachant se déguiser pour tromper son monde, un adepte de l’opium qui n’a qu’un seul ami, un médecin.

Oui, tout de suite on pense à Sherlock Holmes. C’est lui, sans être lui, mais les attributs qui le caractérisent se trouvent tous réunis.

Tiens, jusque dans une de ces citations : « Je ne cherche qu’une seule chose : les faits. Quand je les aurai tous dans ma main, alors, au milieu de ces invraisemblances qui semblent d’abord si bizarres, vous verrez la vérité luire, plus éclatante que le soleil. »

Et vu que ce roman fut publié 17 ans avant ceux de Conan Doyle, mettant en scène le détective de Baker Street (en 1887), on peut légitiment se poser la question : n’aurait-il pas copié sur le philosophe Maximilien Heller ? Ou s’en est-il inspiré… Sans aucun doute.

Sauf que… Conan Doyle lui a donné ses lettres de noblesses, sa prestance, sa flamboyance… Holmes fut adulé et l’est toujours (je vais me faire excommunier, comme John Lennon, en disant qu’il est plus connu que Jésus-Christ).

Puisque détesté par son père littéraire, Doyle se gardera bien de lui donner un visage plus humain, comme le fit Henry Cauvain dans les dernières pages de son roman policier. Grave erreur qui fait que je n’ai pas aimé son détective, lui préférant celui qui fut copié sur lui et qui a beaucoup plus de prestance.

De quoi ça cause, ce polar dont je n’avais pas connaissance et que, sans KiriHara (membre de Babelio) pour m’en parler, je n’aurais jamais lu ?

Le jeune Jean-Louis Guérin est accusé du meurtre de son employeur, Monsieur Bréhat-Lenoir. Le valet reconnaît avoir acheté de l’arsenic. Selon ses dires, pour se débarrasser de rats ! Persuadé de son innocence, Maximilien Heller met un point d’honneur à sauver le malheureux du crime dont on l’accuse injustement.

L’enquête est assez courte, la première partie de ce récit est racontée par le docteur qui fut envoyé au chevet de Maximilien Heller par un de ses amis. Il découvre alors un riche philosophe pâle, amaigri, alangui, vivant devant la cheminée avec un chat. Notre docteur dont nous ne connaîtrons jamais le nom, nous racontera ensuite le début de l’enquête.

La deuxième partie de l’enquête est racontée par Maximilien qui la raconte par l’intermédiaire des lettres qu’il envoie au docteur, devenu son ami. Cela permet au lecteur de vivre l’enquête de l’intérieur, puisque Heller s’est déguisé pour s’introduire auprès de celui qu’il suspecte.

La troisième partie de l’enquête, c’est de nouveau Heller qui nous l’explique : il vient de résoudre l’affaire et il nous expliquera la manière dont il s’y est pris pour comprendre le tout en additionnant tous les faits.

La quatrième est de trop : c’est celle où Maximilien Heller prend un visage plus humain, ce qui ruine le personnage.

Si l’on aime Sherlock Holmes, c’est surtout pour son côté inhumain : on ne voudrait pas vivre avec Holmes (quoique…), mais on adore le détective qu’il est, son sens de la justice, son honneur, sa manière d’aider les faibles et de faire payer les riches. Le tout étant toujours dit avec ironie, ce qui ne dépareille pas avec Holmes.

C’est en voulant le garder inhumain, en lui ajoutant des défauts, c’est en tentant de le rendre antipathique que Doyle a fait de son détective un personnage adoré, adulé et que cela perdure depuis sa naissance. Les lecteurs aiment les anti-héros, les trop lisses lassent.

Un bon petit roman policier, mais le manque de flamboyance de Maximilien a rendu l’enquête plus fade. Non pas qu’elle n’est pas réaliste ou mal écrite, loin de là : on a du suspense, de l’aventure, des mystères… Le problème vient de Heller : il a inspiré Holmes, mais il manque de panache. Et de science de la déduction !

Malgré tout, je suis contente d’avoir lu ce petit polar qui m’a envoyé au lit moins bête, puisque maintenant, je sais un truc en plus : Holmes est une copie magnifiée de Heller !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°77].

Le dernier paradis : Antonio Garrido

Titre : Le dernier paradis

Auteur : Antonio Garrido
Édition : Grasset (2016) / LP Policier (2017) – 672 pages
Édition Originale : El Último Paraíso (2015)
Traduction : Nelly et Alex Lhermillier

Résumé :
Jack, comme tant d’autres travailleurs, est une victime de la crise des années 30. Renvoyé parce qu’il est juif de l’usine Ford où il travaillait à Détroit, il retourne habiter chez son père, à New York.

L’homme, vieux, colérique, sombre, à l’instar du pays, dans la dépression. Jack, sans travail, sans argent, a bien du mal à s’occuper de ce père devenu alcoolique, et à payer le loyer que le propriétaire, Kowalski, leur réclame chaque semaine de façon toujours plus insistante.

Un soir que Kowalski débarque avec deux hommes de main, un coup de feu part.

Persuadé qu’il va être accusé de meurtre, Jack n’a d’autre choix que de fuir le pays. Il s’embarque alors avec son ami Andrew, un idéaliste et militant communiste de la première heure, pour l’Union soviétique car cette nation nouvelle, paradis des travailleurs, cherche des ouvriers qualifiés pour développer son industrie automobile.

Pourtant, une fois en URSS, les promesses s’évanouissent et les illusions laissent la place au désenchantement. Jack découvre un monde où tout est respect de l’ordre, répression et corruption.

Devenu agent double bien malgré lui, il se laisse entraîner par les événements, mais il va bientôt devoir chercher à comprendre qui tire réellement les ficelles de son destin et choisir son camp, en politique comme en amour.

Critique :
États-Unis, années 30, la crise a frappé de plein fouet tout un tas d’entreprises, des chômeurs font la file pour tenter de trouver un emploi, de la nourriture. Jack, qui bossait chez Ford, a été mis à la porte parce qu’il était Juif. Sympa, monsieur Ford (ironie).

En URSS, on offre des tas d’emplois dans les usines, des logements gratuits, des bons salaires, des congés payés… Chez eux, on prêche l’égalité, le plein-emploi, limite si demain, on ne va pas raser gratis. Le communisme semble si tentant, de loin, avec ses belles paroles.

♫ Caramels, bonbons et chocolats ♪ comme le chantait si bien Dalida à Alain Delon.

Puisque Jack crève la dalle, puisqu’il vient de tirer sur son usurier de propriétaire, puisque plus rien ne le retient dans le pays qui n’est pas encore celui de Donals Trump, il cède aux sirènes prêchées par son ami d’enfance, Andrew Scott, syndicaliste et communiste fervent. L’U.R.S.S est le dernier paradis, là où ils pourront refaire leur vie, avoir du travail, vivre mieux.

Mon cul… Si j’avais pu leur parler, voilà ce que j’aurais dit à Jack. Je lui aurais conseillé de ne pas partir, que l’herbe n’était pas plus verte ailleurs, que là-bas, elle serait même jaune, amère, pire que celle d’Amérique.

Mais pour lui, là-bas, tout est neuf et tout est sauvage. Libre continent sans grillage… Faut du cœur et faut du courage, mais tout est possible à son âge. C’est pour ça que j’irais là-bas, a dit Jack. Merci à JJG pour ses paroles qui allaient bien à ce passage.

Le communisme et son illogisme, il se le prendra en plein dans la gueule. Égalité ? Mon cul (oui, encore lui). Toi, petit ouvrier, tu ne peux avoir accès à la propriété, mais les dignitaires du parti, eux, ne se privent pas d’avoir des propriétés, du fric, de magouiller, de faire trimer les paysans pour s’enrichir encore plus, plus vite.

L’auteur a fait des recherches, cela se sent dans son récit, qui colle au plus près à ces années noires du communisme, à son hypocrisie. C’est très intéressant à lire, à découvrir. On est immergé dans le récit, dans son époque trouble. J’ai toujours eu un faible pour la Russie (le pays, pas ses dirigeants, ni le communisme), j’étais donc dans mon élément, aux pays des Soviets.

Là où cela a coincé, c’est avec certains personnages, à la limite du manichéisme. Jack est le gentil, celui qui magouille sans trop arnaquer les autres, juste pou avoir de quoi s’en sortir, qui les aide, aussi. Il ne manque pas de réalisme, son pote Andrew non plus, lui qui ne voit que le bon côté du communisme et qui en a après tous les sales capitalistes.

L’inconvénient, c’est qu’ils manquent de subtilités, ça fait trop « gentil opposé au méchant ». Manque de finesses dans ces deux personnages, d’épaisseurs, de relief, de charisme. Pour peu, on se retrouverait avec un Tintin « Jack », le gentil qui aide tout le monde, même s’il rechigne un peu au début et qui va tout résoudre après.

De plus, Jack vire un peu trop à l’obsession avec son envie de se faire aimer par Elizabeth, une fille superficielle qui n’aime que les mecs riches. Jack, ouvre les yeux, nom de Dieu ! Un peu, ça va, mais à la fin, il devient lourd, le Jack.

Par contre, l’intrigue est très bien faite. Des sabotages ont lieu dans l’usine de la Zavod, à Gorki et notre Jack ne saura plus trop à quel saint se vouer. Qui joue avec ses couilles ? Qui lui ment ? Qui magouille et pourquoi ?

Dans ce système qui parle d’égalités, des ouvriers américains disparaissent, accusés de contre-révolution, la famine commence, on manque de tout, la répression frappe aveuglément et la corruption est la base de tout. Jack devra exécuter un sacré numéro d’équilibriste pour s’en sortir, tout en menant l’enquête sans savoir qui est dans son camp ou contre lui.

Hormis les quelques points d’achoppement avec les portraits trop manichéens de Jack et d’Andrew, j’ai apprécié le récit, cette plongée dans l’URSS des années 30, avec le moustachu Staline qui commençait déjà ses purges, qui menait tout le monde à la baguette, qui réprimait la population, tout en disant l’aider, tout en disant qu’il avait sorti les paysans de leur misère. Tu parles… Un génocidaire, voilà tout ce qu’il fut, tout ce qu’il était, le Joseph.

Un bon thriller que j’ai dévoré en peu de temps, tant je me sentais bien dans ses pages, bien qu’il ne fasse pas trop bon de traîner au pays des Soviets… Au moins, avec la littérature, on risque moins de se retrouver emprisonné.

Avec des personnages plus travaillés, plus profonds et moins superficiels, on aurait eu un très bon thriller. Là, ce qui sauve les meubles, c’est l’intrigue, le côté politique, le côté agent double qui ne sait plus à qui il peut faire confiance et l’immersion dans une époque terrible. Là, au moins, c’était bien travaillé !

#Challenge Halloween 2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°70] et et Le Challenge Halloween 2022 chez Lou & Hilde (Du 26 septembre au 31 octobre) – Thriller.