[FILMS] Vertigo – Sueurs froides d’Alfred Hitchcock (1958) : Le film à regarder un jour de canicule ?

Sueurs froides, souvent désigné sous son titre original Vertigo, est un film américain réalisé par Alfred Hitchcock, sorti en 1958, mettant en scène James Stewart et Kim Novak dans un scénario inspiré du roman « D’entre les morts » de Boileau-Narcejac, ainsi que du livre « Bruges-la-Morte » de Georges Rodenbach.

S’il a rencontré un succès mitigé à sa sortie, et n’a même pas été présenté au Festival de Cannes, Vertigo est aujourd’hui classé parmi les meilleurs films de l’histoire du cinéma.

Résumé :
Scottie est sujet au vertige, ce qui lui porte préjudice dans son métier de policier. Rendu responsable de la mort d’un de ses collègues, il décide de quitter la police.

Une ancienne relation le contacte afin qu’il suive sa femme, possédée selon lui par l’esprit de son aïeule. Scottie s’éprend de la jeune femme et se trouve ballotté par des évènements qu’il ne peut contrôler.

Fiche technique :

  • Titre : Sueurs froides
  • Titre original : Vertigo
  • Réalisation : Alfred Hitchcock
  • Scénario : Alec Coppel et Samuel Taylor, d’après le roman D’entre les morts de Pierre Boileau et Thomas Narcejac

Distribution :

  • James Stewart : John Ferguson (Scottie)
  • Kim Novak : Madeleine Elster / Judy Barton (Lucie Barton dans la version française)
  • Barbara Bel Geddes : Marjorie Wood (Midge, Betty dans la version française)
  • Tom Helmore : Gavin Elster
  • Henry Jones : le coroner
  • Raymond Bailey : le docteur

Ce que j’en ai pensé :
Il y a beaucoup de mystères et de choses pas nettes dans ce film et durant son visionnage, je me suis posée des tas de questions, sans arriver à trouver la solution, ni même en approcher.

Pourtant, un indice m’avait frappé et j’avais même rappelé un certain truc à Chouchou qui lui, ne l’avait pas capté, mais je pense qu’il s’est rudement emmerdé durant le film, contrairement à moi.

John Ferguson se fait engager par un ancien pote à lui afin de surveiller Madeleine, sa femme, qui se prend de temps à autre pour la réincarnation de son arrière-grand-mère maternelle Carlotta Valdes, abandonnée par son amant et morte désespérée, au même âge qu’elle, un siècle plus tôt.

Et effectivement, lorsqu’il suit Madeleine (d’autres attendait Madeleine pour prendre le tram 33) de manière pas subtile du tout, il remarque qu’elle a un comportement des plus étranges, et d’après son ami, si on lui demande ensuite où elle est allée, elle ne le sait plus.

La femme est belle, genre beauté fatale et les beaux yeux bleus de James Stewart… oups, de John Ferguson sont braqués sur elle, prêt à la bouffer toute crue tant elle est bêêêlle la jeune épouse de son copain de classe.

Nous sommes aux États-Unis, mais c’est du Hitchcock tout craché, pur jus et niveau suspense, ça va monter, monter tout doucement et niveau mystères, on sera servi aussi à tel point qu’on se dit que cette bonne femme aurait besoin d’un exorciste pour lui sortir l’esprit de son arrière mamy de son corps, et fissa car elle va réussir à se tuer, à la fin.

Le pire de tout sera le final, qui lui durera un certain temps, là où l’on voit monter en flèche la folie de John Ferguson et que l’on entrevoit la partie immergée de l’iceberg.

Hitchcock, t’es un beau salaud parce qu’au départ, je n’ai rien vu venir !

Ce film est considéré comme un des meilleurs, je l’ai apprécié, mais il est tout de même un peu lent au départ, lorsque Ferguson suit, sans vraiment se cacher, la bêêêêlle épouse de son ami.

Pour moi « Psychose » est bien plus angoissant… mais ceci n’est que mon avis !

Le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

Publicités

L’Affaire Mina Marten – Sherlock Holmes contre Conan Doyle : Bob Garcia

Titre : L’Affaire Mina Marten – Sherlock Holmes contre Conan Doyle

Auteur : Bob Garcia
Édition : La mécanique générale (02/11/2017)

Résumé :
La belle et mystérieuse spirite Mina Marten est habitée de visions qui ont permis de confondre des criminels. Scotland Yard doute encore. Arthur Conan Doyle, spécialiste du spiritisme et accessoirement agent littéraire de son ami le docteur Watson propose de soumettre Mina Marten à une expérience.

Les visions et les révélations s’enchaînent, aux confins du surnaturel. Londres retient sa respiration. Sherlock Holmes s’oppose est persuadé que tout cela n’est que mystification. La dernière vision de Mina Marten plonge Londres dans l’effroi.

Pourtant, la vérité découverte par Sherlock Holmes est bien plus sordide encore… Les londoniens seront-ils prêts à l’entendre ?

Ce récit est tiré d’une enquête réellement menée par Conan Doyle et relatée dans ses mémoires.

Critique :
J’ai été eue ! Mais bien eue, pour ne pas dire bien bais**… Moi qui me plaignais encore l’autre jour avec une copinaute de ces romans que l’on réédite en changeant ET la couverture ET le titre…

Bardaf, la copinaute avait été eue la dernière fois, cette fois-ci, c’est mon tour !

Comprenez bien que je n’ai rien contre le fait que l’on change la couverture d’un roman lorsqu’il passe du Grand Format au format Poche, mais quand, en prime, on change le titre ET le 4ème de couverture, comprenez bien qu’il y a de quoi y perdre son latin, ou son holmésien, dans ce cas-ci.

Ce roman, je me délectais à l’avance de le lire. 720 pages de Sherlock Holmes, vous imaginez que pour moi, ça fait le même effet qu’une solution à 7% de cocaïne !

Donc, cet épais apocryphe attendait le moment propice pour être dévoré quand, soudain, catastrophe nationale, je reçois un petit commentaire d’Eric75 sous ma chronique de « Penny Blood » sur Babelio qui me disait, en substance : « J’ai l’impression que ce livre est ressorti sous le titre « L’affaire Mina Marten » (sous-titre : Sherlock Holmes contre Conan Doyle). Donc à un prix aujourd’hui beaucoup plus abordable ! ».

Heureusement que j’étais bien assise sinon, j’aurais défailli ! Bon sang, il a raison l’homme, c’est bien les deux mêmes histoires, même si on a tout renouvelé pour mieux attirer le chaland, sans doute.

De deux choses l’une : soit je me morfondais et tentais de noyer ma peine, ma déception, ma rage, mon ire dans des mojitos (je préconise toujours le rhum brun), soit je le relisais puisque de tout façon, j’avais oublié une grande partie du livre, sauf en ce qui concernait la petite Histoire dans la Grande, mais les détails s’étaient effacés de ma mémoire.

J’avais même oublié que nous avions l’ombre de Jack dans ce roman, c’est vous dire l’état de ma mémoire ! Donc, évitez de boire autant de café et de mojito que moi et tout ira bien pour vos petites cellules grises : vous n’oublierez plus jamais rien.

Folie que de le relire ? Sans doute, mais bon, j’avais un Challenge Pavé de l’Été à honorer, les 675 pages de récit brut étaient les bienvenus et un rafraichissement de ma mémoire aussi, surtout après 5 ans.

Le spiritisme, le voyeurisme (oups) et la voyance, ce sont des foutaises, même Patrick Jane le disait, alors, le coup des fées qui dansent devant des gamines ou des gens qui pensent voir mon avenir ou mon passé, c’est « buiten » (dehors) avec un coup de pied au cul.

J’ai pris plaisir à replonger dans l’histoire, à relire la Grande Histoire de Londres insérée dans la petite en 13 récits (comme le 13 Miller’s Court ?) qui nous feront passer de la période des Celtes à celle des Romains, du grand incendie, de Jack, et je le redis une fois de plus, il n’en fallait pas plus et deux récits en moins auraient donné un peu plus de souffle au récit.

Holmes et Watson sont presque fidèles au canon holmésien et notre détective, toujours grand enquêteur, mettra les bouchées doubles pour tenter de savoir si la spirite dit des conneries ou la vérité en les plongeant dans l’Histoire de l’Angleterre.

Les enquêtes de Holmes sont prenantes, on se déguise, on explore Londres et on ira plus patauger dans les bas-fonds que prendre le thé chez la baronne de La Tronche En Biais ou la duchesse Dufermoir de Monsac !

Cette fois-ci, je savais où j’allais et donc, je n’ai pas sursauté lors du retour dans le présent de Holmes, les sauts dans le temps me laissant toujours un peu barbouillée, sans doute à cause des 88 miles à l’heure nécessaire pour passer d’une époque à une autre.

Ne me souvenant plus du final, je pensais être surprise, mais pas de bol, une fois de plus, je l’ai vu venir, mais cela n’a pas gâché cette relecture, que du contraire, le livre a bien vieilli.

Un polar historique composé d’une grosse tranche de petites Histoires brutes et fort sombre. À éviter si vous êtes allergique à l’Histoire ou à la sombritude.

Pour les autres, on peut consommer sans modération, mais prenez tout de même la peine de manger et bouger durant la lecture (et boire, aussi !!).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Challenge « Pavé de l’été 2018 » chez Sur Mes Brizées (720 pages).

Ne lâche pas ma main : Michel Bussi [LC avec Bianca]

Titre : Ne lâche pas ma main

Auteur : Michel Bussi
Édition : Presses de la cité (2013) / Pocket (26/04/2014)

Résumé :
Soleil, palmiers, eaux turquoise de l’île de La Réunion et un couple amoureux. Cocktail parfait. Pourtant le rêve tourne au cauchemar. La femme disparaît de sa chambre d’hôtel. Son mari, soupçonné du meurtre, s’enfuit en embarquant leur gamine de six ans.

Le plan Papangue, équivalent insulaire du plan Epervier, enclenche une course-poursuite vite ponctuée de cadavres, dans un décor prodigieux et au cœur de la population la plus métissée de la planète.

Un polar qui cogne comme un verre de punch. A déguster vite, fort et frais.

Critique :
« Ne lâche pas ma main ! » Vous êtes un marrant, vous, monsieur Bussi. Comment voulez-vous que je vous tienne la main durant ma lecture, vu la distance qui nous sépare ?

Déjà que vous venez d’entrainer une petite fille de 6 ans dans votre cavale infernale avec, pour compagnon d’infortune, un père qui, au vu de ce que l’on sait, a tout d’un Jack l’Éventreur en plus expéditif et moins farfouilleur…

Oserais-je vous tenir la main ? On n’est jamais trop prudent, méfiance !

Bon, à la décharge de l’auteur, je signalerai que le voyage dans l’île de la réunion était des plus dépaysant !

Une immersion dans ce département d’outre-mer, avec son mélange ethnique et sa manière de parler si chantante que j’avais envie d’entonner ♫ Ka sa yé misyé bobo ♪ Fo pa’w kon-prann bibi sé on kouyon ♪ Si tout lé mwen o founo ♫ avant que je me souvienne que le groupe Zouk Machine était originaire de la Guadeloupe et que nous étions dans un autre océan.

Le scénario était sadique, vache, bourré de suspense, de petits traits d’humour, d’anecdotes sur l’île, ses habitants, de petits mots bien à eux (avec la traduction) et l’alternance de narrateur a donné au récit un rythme qui n’a jamais perdu son souffle, même si on s’est baladé non loin du piton de la fournaise (qui n’est pas le minou d’une prostituée !).

Comme j’ai vu tous les Columbo au moins 36 fois, je ne me suis pas laissé attraper sur un certain point, j’ai suspecté « le truc »et j’avais raison, par contre, pour le reste, je n’ai rien vu venir tant monsieur Bussi a su nous entourer d’un brouillard dense et épais, à tel point que j’ai même pensé m’être trompée d’épisode de mon lieutenant au manteau fripé.

Bon, tort tout à fait je n’avais pas, mais le reste, je ne l’ai pas vu venir et il s’est même permis, le sagouin, de me planter un coup au coeur dans le dos !

Des personnages énigmatiques, travaillés, qui évoluent, qui ont des choses à cacher, une île fort présente, avec sa population bigarrée, buvant du rhum pour oublier les problèmes, ou juste par plaisir.

Une immersion parfaite dans cette île que je connais peu et grâce à son roman, je me suis couchée moins bête, même si je l’ai terminé au matin, avant d’aller bosser. Note pour plus tard : il est dangereux de lire des romans addictifs juste avant d’aller dormir, certes, mais encore plus avant d’aller bosser !

C’est ce que j’aime aussi dans un roman policier ou un thriller, c’est qu’une ville, un pays, une île, soit un personnage à part entière (sauf si c’est mal abordé) et prenne une place importante dans l’intrigue, tout comme sa population.

Une fois de plus, Bussi m’a conquise, épaté, entrainé dans une aventure folle, mis mes nerfs à rude épreuve tant je me suis posée des questions et m’a offert un final excellent.

Bianca et moi sommes d’accord !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Sagamore Noonan – Tome 1 – Le Bikini de diamants : Charles Williams

Titre : Sagamore Noonan – Tome 1 – Le Bikini de diamants

Auteur : Charles Williams
Édition : Gallmeister Totem (07/09/2017)
Édition Originale : The diamont bikini
Traducteur : Laura Derajinski

Résumé :
Pop vend des pronostics truqués sur les champs de courses. Pour échapper à la police, il se réfugie avec son fils Billy dans la ferme de son frère Sagamore, un génie local qui depuis quarante ans distille de l’alcool au nez et à la barbe du shérif.

Peu après leur arrivée surgit un couple dont la femme est curieusement vêtue. Il s’agit de Caroline Tchou-Tchou, une reine du strip-tease en fuite pour éviter de témoigner à un procès.

Critique :
Sorti sous le titre loufoque de « Fantasia chez les ploucs », ce roman m’avait fait passer quelques belles heures de lecture drôle et ponctuée d’éclats de rire à cause de l’oncle Sagamore et de ses réparties à se pisser dessus.

Oui mais voilà, la traduction n’était pas fidèle, ce qui fait que lorsque Gallmeister (loué soit-il) l’a réédité en version française conforme, j’ai sauté dessus dans le but unique de me replonger dans cette aventure loufoque et décalée.

Loufoque parce que pas vraiment réaliste, mais entre nous, on s’en fout tant c’est bourré d’humour, rempli de situations cocasses et de personnages bien campés, hauts en couleur.

Décalé parce que le récit est raconté par Billy, le fils de Sam Noonan (Pop), 7 ans. Lui, il ne comprend pas bien ce qui se trame sous ses yeux, il est innocent… Mouais, peut-être pas tant que ça… Sachant que Billy a fréquenté les champs de courses avec son père qui est trafiquant de pronostics, on peut se poser des questions.

En tout cas, du haut de sa candeur infernale, il ne comprend pas ce que son oncle Sagamore trafique dans ses baignoires avec ses peaux de bêtes qui y trempent avant d’être tannées, sauf que, ça tourne toujours en eau de boudin puisque exposées plein soleil et que ça dégage une odeur pestilentielle de 10.000 rats morts. Horrible !

Marrant aussi, cette fumée qui sort de la cheminée alors que le poêle est froid, tout comme les cendres, bizarre que Pop (le père de Billy), disparaisse ainsi avec son frère (Oncle Sagamore) dans la maison, sans qu’il les retrouve, et ne parlons même pas de ces flics qui déboulent tous les jours dans la ferme avec des motifs des plus étranges.

— Si je ne suis pas trop curieux, ça ne vous dérangerait pas de me dire ce que vous comptez faire de tout ça? Moi, voyez-vous, ce genre d’histoires, ça m’intéresse.
— Vous comprenez, quand Sam que voilà m’a écrit qu’il s’amènerait faire un tour par ici cet été et qu’il amènerait son garçon, je me suis dit qu’il lui faudrait des douceurs, à ce petit. Vous savez ce que c’est que les gosses, pas vrai ?
— Neuf mille livres de sucre? demande le shérif. Ils doivent avoir l’intention de rester quelques semaines, je pense? Vous avez pas peur qu’il attrape mal aux dents ?
Mon oncle Sagamore fait claquer ses doigts :
— Figurez-vous que j’avais pas pensé à ça ?
Le visage du shérif redevient tout rouge. Mon oncle Sagamore secoue la tête, l’air un peu contrarié :
— Vous vous rendez compte , quel couillon je fais, quand même ! Avoir acheté tout ce sucre pour rien.

— C’était fatal, il dit, le visage tout rouge, en tortillant son chapeau. Qu’il y ait une foutue guerre ou un foutu cyclone ou une foutue épidémie de peste bubonique ou une foutue révolution ou une foutue maison de repos pour gangsters avec batailles rangées à la mitraillette à travers tout le paysage, ça ne peut pas se passer ailleurs que dans la ferme de Sagamore Noonan. C’était l’endroit logique, tout indiqué pour.

Le lecteur comprend très vite ce que trafique Sagamore dans sa ferme, on se marre avec ces flics cons (très cons), ce shérif plus excité qu’un morpion au salon du sexe non épilé et on se fend la poire à écouter oncle Sagamore qui déblatère sur les politiciens. C’est tout simplement un régal pour fin gourmet (ils en prennent pour leur grade, les politiciens).

— Eh bien, m’sieur, c’est rudement sympa de la part du shérif, ça, a dit l’oncle Sagamore avant de regarder Pop. C’est exactement ce que je te disais, Sam. Y a tout un tas de foutus politiciens à gros bide qui restent assis sur leur gros derrière dans les tribunaux, les deux mains dans les poches des contribuables et qui font rien pour gagner leur argent.

— […] Avec tous ces politiciens à gros bide qui passent leur temps assis dans les tribunaux à attendre que les pauv’ gens arrachent de terre une autre piécette avant de fondre dessus comme des moineaux sur un cheval trop nourri, faut bien qu’un homme agisse, sinon il tombe dans le désespoir et il se présente aux prochaines élections.

— De l’huile de ricin ? il a dit comme s’il arrivait pas à y croire. Mais enfin, shérif, ils doivent vous mener en bateau. Y feraient jamais un truc pareil. Enfin quoi, deux gars comme eux, assez intelligents pour devenir politiciens et toucher un salaire rien qu’à rester assis dans l’ombre du tribunal à surveiller les filles qui montent et qui descendent des voitures, et s’assurer qu’elles chopent pas de coups de soleil aux jambes… Enfin quoi, y sont pas bêtes au point de boire de l’huile de ricin.

Là où se trouve le génie de Charles est dans le fait que, à première vue, Sagamore Noonan a l’air d’un crétin fini, un imbécile, un plouc parfait, sorte d’agriculteur qui n’a jamais bossé dans sa vie, qui ne cultive rien, qui n’élève rien, qui ne paie plus ses impôts depuis 1937 (nous sommes en 1956) mais qui, à l’entendre, bosse comme un fou plus de 18h par jour ! Vu ainsi, il a tout de l’imbécile du village, le gentil benêt.

— Nous, partir et vous laisser comme ça ? Oh! voyons Monsieur Noonan, jamais, fait Otis. Pas vrai, Booger ? Combien de fois le shérif ne nous a-t-il pas répété : « Mes enfants, chaque fois que vous aurez l’occasion de donner un coup de main à M. Noonan, n’hésitez pas une seconde. M. Noonan est un contribuable, et pas seulement ça, un contribuable qui paye ses impôts. Je sais de source bien informé qu’il a payé les siens jusqu’en 1937.

Ne vous fiez pas à l’apparence débraillée et à l’indolence de Sagamore car c’est un génie de le plus pure espèce, mais il le cache bien, et tout le piment se trouve là.

— Hmm, il a fait. Elles sont pas vilaines, les poulettes qu’il a ramassées. Y pourront pas résister. Tu sais, fiston, j’ai eu l’occasion de voir des sacrés organisateurs dans ma vie, mais il est de loin le meilleur.
— Qui ça ? j’ai demandé.
— Qui ça ? Mais qui d’autre que ton oncle Sagamore. Fiston, te laisse jamais avoir par son numéro, les pieds nus, la salopette et tout, c’est un génie. Le seul, le véritable et l’unique génie que j’aie jamais croisé. Ça fait un bail que je l’regarde fonctionner, et il a un sacré coup de main. Ça sert à rien de s’entraîner, faut être né avec. Le bon vieux Barnum aurait jamais pu organiser cette foire aussi bien que l’a fait Sagamore.

— Fiston, il m’a dit. Quand tu seras grand, rappelle-toi juste que c’est Murph qui te l’a dit en premier.
— Qui m’a dit quoi ?
— Que c’est un génie. Le seul, véritable et unique génie que j’aie jamais croisé.

Il compte mieux que personne, sait comment faire pour gagner de l’argent sans trop se remuer, a des bonnes idées et il faut le voir faire tourner en bourrique les flics du coin qui essaient de le coincer depuis des décennies ! C’est délectable de lire comment Sagamore a tout prévu, tout pensé, et comment il leur balance l’affaire avec l’air de ne pas y toucher, sans mentir, bien souvent, ou en trafiquant un peu la vérité.

— Oh, on veut pas vous déranger, a dit celui à la dent en or avec un sourire. On va juste prendre le bocal plein qui est posé à côté de vous. Ça suffira largement pour que le tribunal, euh, les autorités sanitaires, je veux dire, puissent l’analyser.
— Oh, vous parlez de çui-là ? a dit l’oncle Sagamore en soulevant le bocal. Mais les gars, c’est pas de l’eau du puits, ça.

La nouvelle traduction n’était pas un luxe, elle lui rend hommage en utilisant les bons mots et ce fut un véritable régal de le relire après 12 ans, quasi jour pour jour.

Un roman noir qui fait la part belle à un anti-héros et à son frère, qui se joue de l’innocence d’un jeune garçon, de la bêtise de la maison poulaga, qui se joue aussi de la folie des hommes qui, dès qu’une jeune fille en bikini très léger se perd dans la forêt, accourent de tous les côtés, la langue pendante et la bite en l’air (ça, on ne le dit pas mais je suppute).

Un roman noir frais, enlevé, drôle, politiquement incorrect, et qui fait tourner chèvre deux flics et leur chef, sans parler de toute une région.

Un roman noir culte et là, rien pour le cacher, même pas de petits bouts de tissus recouverts de diamants. C’est un diamant à lui tout seul.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°12 – Ruban Moucheté – Lire un livre avec une référence à la mode).

 

Sept – Tome 13 – Sept Détectives : Herik Hanna & Eric Canete

Titre : Sept – Tome 13 – Sept Détectives

Scénariste : Herik Hanna
Dessinateur : Eric Canete

Édition : Delcourt (23/05/2012)

Résumé :
Londres, 1920. Une série de meurtres atroces frappe la ville.

À chaque nouvelle victime, non loin des corps, Scotland Yard retrouve une liste de sept noms : ceux des sept plus grands détectives connus de par le monde, invités à participer à l’enquête… par le tueur lui-même.

Sept détectives dans le salon de l’un d’entre eux, Ernest Patisson, détective Suisse installé là depuis peu.

Autour de lui, Adélaïde Crumble, institutrice retraitée ; Frédérick Abstraight, ex-inspecteur du Yard, qui a traqué en vain « l’égorgeur de Greenhill » ; Martin Bec, de la PJ française ; Richard Monroe, détective privé de Los Angeles ; le docteur Eaton « aide de camp » du plus grand détective du monde, Nathan Else, qui est bien évidemment présent à cette réunion hors du commun.

Aucun des ces fins limiers ne se doute de la raison de leur convocation chez Patisson, qui l’ignore lui-même…

Malgré le scepticisme général face aux menaces du criminel, ces derniers acceptent de relever le macabre défi.

Critique :
« 7 détectives », ou comment se prendre un bon coup de poing dans le plexus ! Je viens de finir de le lire et je suis encore sous le choc.

Pourtant, en ouvrant par curiosité cette bédé dans un magasin, j’avais passé mon tour, les dessins ne m’aguichant pas. C’est une connaissance qui l’avait lue qui me l’a vivement conseillé. J’ai écouté et j’ai bien fait.

Une seconde lecture ne serait pas pour me déplaire, afin de repérer ce que j’aurais pu manquer… Même si je ne suis pas séduite par les dessins, je le fus par le scénario bien fichu.

L’histoire se passe en juillet 1920. Depuis quelques semaines, une série de meurtres ont frappé la ville de Londres.

Trois meurtres ont eu lieu pour le moment, sans lien apparent, hormis une lettre, laissée à chaque fois, un simple chiffre 7 inscrit sur celle-ci et une liste, comme un appel, comme un défi, celui des 7 plus grands détectives connus à travers le monde…

Ces 7 détectives sont finalement réunis, dans la demeure d’un d’entre eux, afin d’en découdre avec celui qui a mis à défaut la police locale durant ces dernières semaines et qui a osé les défier sur leur propre terrain de jeu : le crime…

Première question que je me suis posée : qui est ce mystérieux narrateur qui nous signale que ces pages ne sont pas destinées à être lues ? On se doute que c’est l’un des témoins de cette enquête, il le dit lui-même plus bas. Mais la question sera, jusqu’à la fin : QUI ? (il nous sera dévoilé).

Bon sang, d’entrée de jeu je suis déjà en train de faire tourner les rouages poussifs de mes méninges en découvrant cette première page de la bédé couverte d’une écriture manuscrite.

Ensuite, nous passons aux dessins et par une présentation de nos sept protagonistes.

Tour à tour, chaque enquêteur se présente au capitaine MacGill, qui les a réunis, à ses confrères et à nous aussi également.

A la différence d’autres bédé, la présentation des personnages se fait sur des grandes planches, une page étant consacrée à chacun d’entre eux.

Les sept premières pages sont donc consacrées à nos détectives.

Dialogues croustillants, plongée dans l’ambiance, découverte du caractère de chacun et on imagine bien que l’affaire ne va pas être une partie de plaisir, sauf pour nous, le lecteur.

Sept personnages : trois Britanniques, une presque Écossaise, un Américain, un Suisse et un Français.

Sept personnages face à un meurtrier… du 7 contre 1.

A savoir que certains sont la copie de personnages de romans policiers : le docteur John Watson (nommé ici John Eaton) et Sherlock Holmes (nommé ici Nathan Else).

Le cadre est posé, les personnages se sont présentés et les crimes nous sont expliqués. Et les questions se multiplient.

Qui a commis ces crimes ? Pourquoi ? Pour quelle raison réunir ces 7 experts du crimes ? Pourquoi 7 ? Qui est ce fichu narrateur ?

Voilà un petit aperçu de toutes les réflexions qui m’ont submergées au fil des pages.

Je nageais dans le brouillard, comme les personnages eux-mêmes.

Au fil de ma lecture, les morts s’empilant comme des paquets aux pieds d’une femme un jour de soldes, j’entrevis une hypothèse qui se révéla payante.

Sans vouloir jeter le discrédit sur tous les auteurs de romans policiers, on peut dire que TOUS les scénarios possibles et inimaginables ont été écrits en ce qui concerne les coupables (surtout si on a lu Agatha Christie) : du majordome à la bonne, en passant par le jardinier, sans compter celui qui avait un alibi en béton armé, le narrateur, le détective lui-même, le flic, le mort qui se faisait passer pour mort, la victime qui s’est tuée sans le faire exprès, celui qui s’est suicidé faisant accuser un autre, celui qui n’avait aucun mobile,…

Bref, là-dessus, on ne pouvait pas vraiment me surprendre. Mais c’est grâce à Agatha Christie et ses coupables « que je n’ai jamais vu venir » que j’ai compris où se trouvait celui de l’album…

« Victoire ! me suis-je écriée. Eurêka ! Sabrons le champagne. Ah, tiens, il reste quelques pages à la fin »…

Remisons le champagne, le scénariste avait plus d’un tour dans son sac et c’est le final qui m’a collé ce formidable coup de poing dans le plexus.

Même si, a contrario et à tête reposée, cela fait du criminel un homme encore plus intelligent que le véritable Holmes ou que son clone, dans le livre.

Un coupable encore plus retors que… heu…que le plus grand des retors.

Je dirais même plus : diaboliquement retors, méphistophélique.

Pire : méphistophélèstique (cherchez pas dans le dico, je dois encore proposer ce néologisme à Larousse).

En quelques mots : « le scénariste m’a scier » (faute d’orthographe intentionnelle à « scier », pour ne pas dire qu’il m’a « tuer », même s’il ne s’appelait pas Omar… seuls les cancres du fond n’auront pas compris).

Je viens donc de lire une formidable enquête, un véritable jeu proposé par le meurtrier, dans lequel les 7 détectives se plongent à coeur joie dans l’enquête, tentant de résoudre cette série de crime tout en picolant, tout en chassant le dragon (fumer de l’opium) ou discutant avec la fée verte (absinthe). Oui, ils ont leurs petits travers !

En tout cas, le défi méritait d’être relevé et il est fait de manière brillante…Aussi bien par les détectives que par le scénariste, aussi retors que son criminel.

L’intrigue est prenante et bien ficelée, nous poussant à jouer avec nos détectives.

Tenter de repérer des indices qui pourraient trainer sur chaque page, sur chaque case, lancer des hypothèses, validées ou non par la suite de l’aventure, sans compter qu’il y a toujours une dose de surprise et d’imprévu.

Pour l’amatrice d’enquêtes policières que je suis, c’est jouissif. le pied intégral.

Je suis sûre que les amateurs d’enquêtes apprécieront celle-ci. Il n’y a pas à dire, le scénariste a dû se lever de bonne heure pour nous pondre un scénario d’une telle densité.

Tout est pensé, rien n’est laissé au hasard, tout se tient, bref, un régal !

Ici, le chiffre 7 n’est pas être un simple accessoire, une contrainte créée par le concept de cette série (14 albums de la série « 7 »).

Le 7 a toute son importance et vous remarquerez (ou un détective vous le fera remarquer) toutes les possibilités infinies du chiffre 7 dans cette bédé. Moi-même j’en avais loupé assez bien.

Le 7, c’est une véritable raison d’être dans le scénario, une sacré contrainte aussi pour le meurtrier (et le scénariste !) et une autre encore plus difficile à mettre en oeuvre pour la fin.

C’est une des raisons qui me font dire, à tête reposée, que le criminel aurait eu du mal à tout mettre en oeuvre. Mais vu que j’ai dit qu’il était plus que retors, diabolique, même… Oui, on peut lui laisser le bénéfice du fait qu’il était tout à fait capable de mettre tout en oeuvre.

Dans les nombreuses qualités de cet album, je mettrai en avant sa précision, avec le fait, notamment, que tout soit expliqué et tout est justifié sans qu’il y ait la moindre incohérence. du grand art, sans aucun doute. Diabolique, je vous le disais.

Autre détail qui a son importance pour ce genre de récit : la qualité de l’écriture, l’ambiance so british, les nombreuses surprises, la densité du récit, le fait que tout ait un lien, que tout se tienne,…

Chaque personnage est traité avec une minutie chirurgicale, les dialogues sont de grande qualité et mention spéciale à ces quelques pages de texte pur, sans la moindre case illustrée, où le narrateur expose les réflexions du groupe, l’avancée de l’enquête, comme si nous nous trouvions nous-même en possession de son carnet secret.

L’album fait 64 pages, et non, il n’est pas lourd. La lecture mettra plus de temps qu’un album classique, mais vu la qualité du récit, le clore au bout de 46 pages aurait été une hérésie, un crime.

Un grand moment de lecture, une sacrée claque, un véritable coup de pied dans mon postérieur, et une mâchoire qui est descendue de trois étages dans les « deux fois sept » dernières pages…

A l’avenir, avant de grimacer et de médire devant les dessins d’une bédé, je tournerai sept fois ma langue dans ma bouche…

 

Sang famille : Michel Bussi [LC avec Bianca]

Titre : Sang famille

Auteur : Michel Bussi
Édition : Presses de la cité (16/05/2018)

Résumé :
C’est aussi pour cela que je suis retourné cet été d’août 2000 à Mornesey, la petite île anglo-normande au large de Granville où j’ai passé les premières années de ma vie.

C’est alors que tout à basculé dans la folie.

Quel rapport entre mon histoire et l’évasion de deux prisonniers lors d’un transfert vers le centre de détentin, semant la panique sur Mornesey au coeur de la saison touristique ?

Dois-je croire les légendes de l’île ? Mornesey serait peuplée de bagnards et de leurs descendants… Un trésor légendaire, la Folie-Mazarin, dormirait dans le labyrinthe de souterrains creusés sous l’île.

A qui puis-je faire confiance ?

Critique :
Niveau de l’addiction, ce polar tient la route et le rythme en alternant les chapitres avec l’enquête de Colin sur le décès de ses parents et celle de Simon Casanova sur un des évadés de l’île.

Le début commence doucement, afin de ne pas essouffler le lecteur, l’échauffement commence progressivement, on échauffe le récit petit à petit et on fait bouger les muscles tout doucement afin d’éviter le claquage littéraire au bout d’un cent pages trop rapides.

Après ce petit footing de décrassage et cool, on commence à monter dans les tours, mais toujours en douceur afin de ne rien froisser et puis, petit à petit, sans même s’en rendre compte, le tapis de course va plus vite et nous, on suit le rythme, oubliant même parfois de respirer. On est intrigué, harponné, alpagué…

Gros moment de panique à la moitié du marathon : voilà ti pas que l’auteur nous divulgue déjà qui sera maillot jaune champion du monde ! Quoi ? Mais enfin, s’il nous dévoile tout, qu’est ce qu’on va faire pendant les 200 pages restantes ? On va aller à la pêche aux moules ? Non mais allo quoi ??

Femme de peu de foi que je suis toujours ! Je devrais pourtant connaître Michel Bussi, ce n’est pas la première fois, lui et moi… (Que nous faisons un marathon ensemble ! What did you expect ?) Je devrais savoir que tant que le dernier coup de sifflet n’est pas donné, tant que la dernière ligne droite sur les Champs Zé n’est pas franchie, la course, le match, peuvent encore basculer !

Et pour basculer, ça a basculé dans le dernier quart d’heure à tel point que je ne savais plus pronostiquer l’issue du match, ni qui mouillait son maillot pour nous ou lequel allait marquer contre son camp à l’insu de notre plein gré.

Excellent, l’ami ! Bon, j’ai tout de même senti arriver une partie du peloton (Holmes, sors de mon corps), je l’ai senti tellement fort qu’il est arrivé dans mon dos sans me surprendre, mais peu après, là, jamais je n’aurais pensé que ce vieux cheval de retour prendrait le mors aux dents pour m’embarquer dans un truc de fou, une course de malade pour franchir l’arrivée en champion du monde du plus beau salopard de bidouilleur d’enfoiré de sa race.

Là, je ne m’y attendais pas et je me suis fait un plaisir monstre en passant la seconde mi-temps de ce roman. La première était déjà riche, mais la suivante, là, on ne savait plus où donner de la tête pour suivre les retournements de situations.

Chapeau pour un premier roman qui pose déjà les bases des suivants avec la confiance dans les autres, la quête de l’identité, les questions sur la filiation, l’adolescence et ses soucis, la manipulation des autres, l’irrationnel qui pourtant finit par s’expliquer logiquement…

Chapeau pour l’intrigue qui est partie là où je ne l’attendais pas, chapeau pour les multiples surprises qui parsèment la course, les chausses-trappes et autres pièges, chapeau aussi pour les participants qui ont tous quelque chose à apporter au récit, sans que l’on sache toujours dans quelle équipe ils jouent vraiment.

Un roman mêlant adroitement la quête de soi, la grande évasion, la chasse au trésor, le Club des Cinq version plus mâture et du Agatha Christie sous amphèt pour avoir manipulé ainsi les codes du policier.

Bianca et moi sur la même longueur d’ondes !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Nu couché sur fond vert : Jacques Bablon

Titre : Nu couché sur fond vert

Auteur : Jacques Bablon
Édition : Jigal Polar (15/02/2017)

Résumé :
Margot et Romain. Deux flics d’une même brigade. Ont en commun l’habitude de sortir du cadre autorisé pour régler à leur manière les affaires criminelles qui leur tiennent à cœur.

Margot veut retrouver l’assassin du père de Romain, tué par balle, il y a vingt-cinq ans. Une famille au destin tragique… Romain ne lui a rien demandé. Mais Margot ne supporte pas que des tueurs cavalent librement dans la nature.

Romain, lui, traque les auteurs du carambolage meurtrier qui a coûté la vie à l’inspecteur Ivo, son coéquipier. Leurs armes ? Acharnement et patience sans bornes pour Margot…

Beretta et fusil à lunette pour Romain ! Une plongée dévastatrice où le hasard n’a pas sa place…

Critique :
Après l’excellent « Trait bleu » qui ouvrait le bal de la saga des couleurs, je viens, une fois de plus, de confirmer que le vert n’a jamais été ma couleur préférée…

Qu’est-ce qui a foiré dans le récit ? Les personnages, tout d’abord, avec lequel je n’ai ressenti aucune empathie, aucune sympathie car ils m’ont semblé trop stéréotypés.

Lui, Romain, orphelin dont on va découvrir une partie de son enfance est un flic assez froid et Margot, sa même pas coéquipière accumule les problèmes d’une femme flic avec des enfants qu’elle ne comprend plus et un mari qui va tremper son biscuit dans une autre tasse de café.

Là où le bât a vraiment blessé, c’est dans leurs comportements à chacun. Romain va traquer les auteurs de l’accident de voiture qu’ils ont eu, son coéquipier Ivo et lui.

Problème, Romain et Ivo ne s’entendaient pas du tout et on essaye de me faire croire que Romain va assassiner les commanditaires et les hommes de main de cet accident ?? Qu’il le fasse pour lui, passe encore, mais pour un type dont il se fichait pas mal…

Sans compter la violence de la vengeance, le côté pas discret et nous sommes en France, cette fois-ci, pas dans le trou du cul de l’Amérique.

Margot, elle, ne va rien trouver de mieux que de chercher l’assassin qui tua le père de Romain lorsque celui-ci n’avait que 6 ans et dont il se contrefout royalement. Ils ne sont pas coéquipiers, pas copains, au départ, et Margot, qui a une vie bien remplie et trois gamines, va s’amuser à ça ? Ok, d’accord.

Quant au mobile du meurtre du père de Romain, je l’ai trouvé très léger, l’assassinat lui-même manquant de réalisme car qui laisserait un témoin de la scène ? À ce moment là, un cadavre de plus ou de moins, qu’est-ce que ça change ? La personne a vu votre tronche et vous la laissez repartir ? Moi pas…

Certes, pas de temps morts dans ce roman, ça pulse comme une salve de kalachnikov, mais justement, ça pulse un peu trop et ça défouraille pire qu’au temps de la prohibition ! Le final est bourré d’adrénaline, mais justement, il y en a trop et une fois de plus, est exagéré par rapport aux faits.

Anybref, même si j’ai lu le roman avec plaisir, tous ces petites pierres d’achoppements m’ont fait trébucher et empêché de prendre vraiment mon pied littéraire, alors que dans Trait Bleu, j’avais adoré les ambiances, les personnages, le scénario.

Ici, il a manqué un poil de réalisme dans les actes, mobiles, un chouïa de sel « empathie » dans les personnages principaux et la main avait été trop forte avec les épices car à force de dézinguer dans tous les sens, on a les yeux qui piquent à cause de l’abus de poudre.

Cela ne m’empêchera pas de lire les deux autres couleurs « Rouge écarlate » et « Jaune souffre ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Ils ne sont pas sur fond vert, pas toujours nus non plus, mais juste pour le plaisir des yeux (ou de la comparaison avec Monsieur)… J’ai vu des toutes petites (avec des mecs musclés, ça fait cloche) et j’ai vu aussi des trucs très gros qui doivent donner l’impression d’accoucher à chaque fois que monsieur se retire…

Agatha Raisin enquête – Tome 12 – Crime et déluge : M.C. Beaton [Par Dame Ida]

Titre : Agatha Raisin enquête – Tome 12 – Crime et déluge

Auteur : M.C. Beaton
Édition : Albin Michel (30/05/2018)
Édition Originale : Agatha Raisin, book 12: And the Day the Flood Came (2002)
Traducteur :

Résumé :
Le bonheur conjugal est de courte durée pour Agatha, une fois de plus délaissée par son mari. Punition divine, un véritable déluge s’abat sur la région, plongeant le petit village de Carsley sous les eaux.

C’est le moral dans les chaussettes et sous une pluie torrentielle qu’Agatha aperçoit le corps sans vie d’une jeune femme en robe de mariée, un bouquet à la main, flottant dans la rivière.

Pour noyer son chagrin, Agatha n’a qu’une solution : se jeter à corps perdu dans une nouvelle enquête…

Critique :
Là encore, pour éviter de vous spoiler une intrigue qui courrait en filigrane au cours des dix premiers volumes, et restant sur la lancée qui m’avait conduite à n’être qu’allusive pour vous parler du tome 11, je respecterai mes devoirs d’omerta.

Je ne voudrais tout de même pas que Dame Belette ne m’égorge et ne fasse sortir ma langue par le trou de ma trachée ! Ça ne me va pas du tout !

Je me contenterai de vous dire que… Comment dire… Agatha… C’est Agatha, et il faut bien qu’elle reste fidèle à elle-même !

Donc ce roman commence comme quelques autres : pour se consoler de son Nième fiasco sentimental, elle fait sa valise et part en voyage !

Et oui, la vie est un éternel recommencement, et en particulier la vie d’Agatha qui n’est jamais allée voir un psy pour se sortir des compulsions de répétition qui donnent à sa vie un tournant assez prévisible somme toute !

On pourrait trouver ça lassant (surtout si on était assis derrière le divan où elle serait aller raconter ses déboires), mais l’auteur sait mener l’affaire de main de maître et…

Je dois bien l’avouer avec une certaine dose de sadisme : les tourments d’Agatha ont quelque chose d’amusant !

Or donc, Agatha part en voyage où le manège étrange d’un jeune couple l’intrigue… Et à son retour à Carsely elle apprend que le jeune marié a tué sa jeune moitié pour une sinistre affaire d’héritage !

Or tandis qu’une inondation causée par un climat plus britannique que d’habitude, provoque la crue du fleuve local, elle tombe sur le corps d’une jeune femme qui devait incessamment se marier avec un homme qu’elle avait trouvé très louche car supposé avoir demandé à sa fiancée de se faire épiler le maillot (ah oui ! c’est louche ça !).

Il n’en faut pas moins à Agatha pour se remettre à enquêter persuadée de tomber sur un drame analogue…

La traque des criminels a toujours été un bon dérivatif pour se remettre de ses propres tourments personnels entre deux leçons de pilate (oui… une nouvelle lubie!)…

Tiens… un nouveau voisin vient d’arriver… Auteur de roman policier à succès… Divorcé en sans enfant Qui fait frémir toutes les dames du cru… puisqu’en plus du reste il n’est pas mal de sa personne…

Évidemment, Agatha est bien décidée à ne pas s’intéresser à lui ! Les vraies enquêtes c’est autrement plus compliqué que les romans !

Et puis… Les hommes c’est fini ! Ne parlons plus de James même si elle ne cesse de penser à lui (une habitude aussi tenace pour Agatha que la clope visiblement !)…

Même Sir Charles n’a plus le droit de lui adresser la parole depuis qu’il a eu l’impudence de se marier sans l’inviter… et de prendre autant de kilos qu’il n’a perdu de cheveux…

Mais les circonvolutions de cette enquête complexe, que la police ne saurait évidemment résoudre sans les subterfuges et ruses d’Agatha, ne la conduiront-elle pas à se rapprocher de l’écrivain plus qu’elle ne l’aurait imaginé ou voulu?

Sacrée Agatha !

Agatha Raisin enquête – Tome 11 – L’Enfer de l’Amour : M.C. Beaton [Par Dame Ida]

Titre : Agatha Raisin enquête – Tome 11 – L’Enfer de l’Amour

Auteur : M.C. Beaton
Édition : Albin Michel (20/05/2018)
Édition Originale : Agatha Raisin, book 11: And the Love from Hell (2001)
Traducteur : Marina Boraso

Résumé :
Qui a dit que l’amour c’était le paradis ? Plutôt l’enfer, même pavé de bonnes intentions ! [No spolier] Jusqu’à ce que James disparaisse pour de bon, laissant derrière lui sa maison saccagée…

Les soupçons se portent aussitôt sur l’épouse du disparu : Agatha. Décidée à se défendre et à remettre la main sur son mari, notre détective part à sa recherche, à ses risques et périls…

Critique (par Dame Ida) :
Je vous avais laissé(e)s en plan sur l’évocation d’un rebondissement aussi ébouriffant qu’inattendu (ou presque) à la fin de la précédente enquête de notre héroïne préférée.

Difficile d’introduire cette nouvelle aventure sans évoquer les détails de ce spoiler qui se prolonge et constitue un élément central de cette nouvelle intrigue…

Alors… J’essaierai d’être la plus habile possible, mais il faudra ne pas m’en vouloir de faire court.

Cela étant, comme les lecteurs et lectrices du blog de Dame Belette sont forcément des personnes de bon goût, supérieurement intelligentes (sinon ils seraient devant les émissions de télé-réalité qui font de l’audimat au lieux de lire ces lignes), et forcément dotées de capacités de déduction élevées, le titre de l’aventure ci-devant présentée pourra vous mettre sur la voie !

Et oui, il s’agit encore d’amuuuuur ! Toujours l’amuuuur ! Agatha, cette romantique aussi incorrigible que torturée pensait avoir enfin achevée sa quête du Graal et pouvoir couler des jours heureux et paisibles…

Sauf que… les choses ne sont évidemment pas si simples. Elles ne le sont jamais avec Agatha ! Et les psys diraient qu’elle sait aussi choisir les personnes qu’il faut pour que ce soit toujours compliqué histoire de n’avoir pas à regarder en face ses propres complications !

Bref, pour résumer, c’est la grosse merdasse… Et ça vire au drame quand son chéri disparaît, qu’on retrouve des traces de sang, et que la femelle perfide qui tournait autour de lui est retrouvée morte à son tour.

Pour une fois, Agatha avait un alibi et n’est pas suspectée… Mais le fait que son chéri conquis de haute lutte (ne comptez pas sur moi pour vous dire lequel – sauf sous la torture… et seulement si elle est bien faite) ait disparu est suffisant pour lui faire reprendre sa loupe, sa pipe et son deerstalker !

Heu non… Agatha a un autre costume : les jupes et talons aiguilles qui mettent ses jambes en valeur, ses teintures capillaires, ses couches de maquillages, son gin tonic et ses clopes !

Comme toujours avec Agatha, j’ai passé un très agréable moment sur ma terrasse à prendre le frais à l’ombre…

Une aventure pleine de rebondissements, avec une intrigue bien menée et rythmée où l’on retrouvera les personnages récurrents que l’on s’était habitué à fréquenter dans les Cotswolds !

PS : la proprio de ce blog hautement intellectuel remercie chaleureusement Dame Ida pour la couche de crème à reluire qu’elle vient de lui passer ! Nous aurons droit aux honneurs dans la rubrique « Brosse à reluire » du « Canard Enchaîné », le journal préféré du porteur de costumes Ar-Nys.

 

Là où vivent les loups : Laurent Guillaume

Titre : Là où vivent les loups

Auteur : Laurent Guillaume
Édition : Denoël Sueurs froides (07/06/2018)

Résumé :
Le train arrive dans la petite gare de Thyanne, terminus de la ligne. Priam Monet descend pesamment d’un wagon. Presque deux mètres pour un bon quintal et demi, mal sapé et sentant le tabac froid, Monet est un flic misanthrope sur la pente descendante.

Son purgatoire à lui c’est d’être flic à l’IGPN, la police des polices. Sa mission : inspecter ce petit poste de la police aux frontières, situé entre les Alpes françaises et italiennes.

Un bled improbable dans une vallée industrieuse où les règles du Far West ont remplacé celles du droit. Monet n’a qu’une idée en tête, accomplir sa mission au plus vite, quitte à la bâcler pour fuir cet endroit paumé.

Quand on découvre dans un bois le cadavre d’un migrant tombé d’une falaise, tout le monde pense à un accident. Pas Monet.

Les vieux réflexes ont la peau dure, et le flic déchu redevient ce qu’il n’a cessé d’être : un enquêteur perspicace et pugnace. La victime était-elle un simple migrant? Qui avait intérêt à la faire disparaître ?

Quels lourds secrets cache la petite ville de Thyanne ? Monet va rester bien plus longtemps que prévu.

Critique :
Une fois de plus, je me retrouve dans un endroit qui a tout du trou du cul des Alpes !

En tout cas, les habitants sont considérés par les gens de la capitale comme des bouseux, sorte de cousins attardés se reproduisant entre eux…

Vu que le commandant de l’IGPN, Priam Monet, considère tout ce qui est hors Paname comme de la merde, on peut dire qu’il est arrivé dans ce charmant petit coin des Alpes avec des préjugés gros comme des maisons.

Priam Monet, il a la taille d’un basketteur et le poids d’un sumo (150kg) et il est une bande de personnages à lui tout seul : il déteste marcher inutilement comme un Mycroft Holmes, a le sens de la déduction d’un Sherlock Holmes (le bizarre incident du chien), le sens des question d’un Columbo, la haine du sport d’un Winston Churchill et le sens de la répartie d’un Tyrion Lannister.

Ajoutez à cela le cynisme d’un Docteur House, le regard noir d’un Lee Van Cleef, la science du tir d’un Blondin (Clint Eastwood), l’amour de l’alcool d’un capitaine Merlicht, la bienveillance d’un Poirot (si, si), le plaisir de la bouffe d’un Maigret, le crochet de Mohammed Ali et le côté sans gêne asocial d’un Sheldon Cooper car il tout droit ce qu’il pense, quitte à vous froisser.

Et je l’adore car il détonne dans le monde des romans policiers.

À propos de roman policier, le fait de découvrir assez vite le comment du pourquoi et l’identité de qui a tué le Docteur Lenoir n’a absolument pas gâché mon plaisir de lecture car le commandant Monet était une œuvre d’art à lui tout seul et les multiples rebondissements, agrémentés d’une touche d’humour, m’ont fait passer un excellent moment dans les Alpes françaises.

Rien de tarabiscoté dans l’intrigue, un scénario bien ficelé et des loups qui ne sont pas tant les Canis Lupus mais plus les Homo Sapiens Sapiens (certains à tendance Erectus) et je ne vous apprendrai rien en vous disant que l’Homme est un loup pour l’Homme (et pour le loup aussi).

Un roman policier au personnage principal atypique, hors norme, bourré de défauts et rempli de cynisme, conscient de son poids, mais s’en foutant, policier au passé trouble mais à la ténacité d’un bouledogue et au sens de la justice à géométrie variable.

Un roman policier qui met en avant le côté féodal de certaines villes où un industriel règne en seigneur et maître car il fourni le travail de toute la région, un roman qui est parsemé de touches d’humour, de petites répliques qui font mouche, de personnages typés, évoluant au fil des pages et se transformant, tel une chenille devenant papillon.

Un excellent moment de lecture, sans se prendre la tête, avec un charmant petit coin des Alpes où les pompes funèbres vont avoir du boulot suite à la venue de Priam Monet.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).