La faucheuse – Tome 1 : Neal Shusterman

Titre : La faucheuse – Tome 1

Auteur : Neal Shusterman
Édition : Robert Laffont (16/02/2017)
Édition Originale : Arc of the Scythe – Book 1 – Scythe (2016)
Traducteur : Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 2017

Résumé :
Les commandements du Faucheur : Tu tueras. Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation. Tu accorderas une année d’immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue. Tu tueras la famille de ceux qui t’ont résisté. « MidAmérique, milieu du 3e millénaire.

Dans un monde où la maladie a été éradiquée, on ne peut plus guère mourir qu’en étant tué aléatoirement (« glané ») par un faucheur professionnel.

Citra et Rowan sont deux adolescents qui ont été sélectionnés pour devenir apprentis-Faucheurs ; et, bien qu’ils aient cette vocation en horreur, ils vont devoir apprendre l’art de tuer et comprendre en quoi cette mission est bel et bien une nécessité.

Critique :
Imaginez un monde où plus personne ne meurt… Les maladies n’existent plus, les crimes non plus.

Et si par le plus grand des malheurs, vous passiez sous les roues d’un trente tonnes, des ambudrones (les robots ambulanciers) vous enverront de suite en résurrection !

Comptez 4 jours si l’accident était grave.

Ben comment on va mourir, alors ?? Tout simplement grâce aux Faucheurs qui, sans l’aide d’une faux, vous glaneront et vous enverront, pour de bon, six pieds sous terre.

Aucune arme ou manière n’est prohibée pour vous glaner (tuer). On leur demande juste de respecter des quotas, de ne pas cibler des groupes particuliers, d’avoir de l’empathie et de ne pas vous faire souffrir.

Vous voulez savoir ? C’était jubilatoire cette lecture où la Mort n’existe plus, où des êtres supérieurs doivent la donner et où les gens, alors qu’ils ont accès au Thunderhead (sorte de Wiki puissance 1.000 avec une A.I), préfèrent regarder des hologrammes de chats. Tiens, on dirait notre société !

Les personnages sont bien traités, travaillés, ambigus, même si certains méchants sont vraiment des méchants et que rien ne pourra plaider en leur faveur.

Malgré ce petit manichéisme, j’ai apprécié que nos deux ados soient des jeunes pleins de perspicacités, de ruses, sachant jouer avec les règles et les retourner dans la figure de certains. Ils m’ont été sympathique tout de suite.

L’auteur nous dépeint une société qui a tout de la société parfaite : plus de guerres, plus de chômage, plus de maladies graves, l’immortalité (quasi) et pourtant, on dirait que sous le vernis de la perfection se dissimule quelques imperfections.

En effet, comment arriver à jouir pleinement de la vie quand la mort est quasi inexistante et que vous pouvez rajeunir si vous en avez marre de vos soixante ans ?

De plus, comment être sûr que certains Faucheurs ne prennent pas leur pied en donnant la mort et n’abusent pas de leurs prérogatives, façon petit tyran ?

Pas de temps mort dans ce roman qui ne conviendra peut-être pas au plus jeunes car certaines scènes de massacres sont assez violentes, du suspense, du mystère, de la compétition, un suicide suspect et une société de faucheurs gangrénée par l’envie de pouvoir de certains.

Un roman difficile à lâcher, une véritable tuerie au niveau du scénario que de ses personnages, ainsi que dans la structure et l’élaboration de son récit avec le poil à gratter qui parsème la description de la nouvelle société.

Un final super qui vous laisse devant deux choix : poursuivre l’aventure avec le tome 2 ou vous arrêter là.

Moi je continue, en espérant que le deuxième tome soit aussi brillant que le premier.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°31 – Les Hommes Dansants – lire un livre appartenant au genre « Jeunesse »).

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Fantazmë : Nicolas Tackian [Saga Tomar Khan 2]

Titre : Fantazmë [Saga Tomar Khan 2]

Auteur : Nicolas Tackian
Édition : Calmann-Lévy (03/01/2018)

Résumé :
Comment être un bon flic quand les victimes sont aussi des bourreaux ?

Janvier 2017. Dans une cave du 18e arrondissement de Paris, un homme est retrouvé, battu à mort. Sur place, beaucoup d’empreintes et un ADN ne correspondant à rien dans les fichiers de police.

Le commandant Tomar Khan pense à un règlement de compte. Le genre d’enquête qui restera en suspens des années, se dit-il.

Mais voilà, l’ADN relevé sur les lieux a déjà été découvert sur le corps d’un dealer albanais, battu à mort dans une cave lui aussi.

Et bientôt la rumeur court dans les quartiers chauds de Paris, celle d’un tueur insaisissable, un Fantazmë, le « spectre » en albanais.

Critique :
Vous voulez connaître mon fantasme ? Vous voulez vraiment le connaître ?

Approchez-vous de l’écran que je vous le chuchote à l’oreille car il ne faudrait pas que d’autres l’apprennent : n’avoir rien d’autre à faire dans ma vie que lire et monter à cheval !

Oh, je vous sens déçus ? What did you expect ? Bande d’obsédés, va !

Si le titre « Fantazmë » ressemble phonétiquement à la définition de la représentation imaginaire suggérée par l’inconscient, la définition n’est pas la même puisque dans notre roman, il s’agit d’un mot albanais qui veut dire « spectre ». Déjà là, je me suis couchée moins bête.

Au 36 quai des Orfèvres, on est en émoi pour plusieurs choses : le déménagement prochain et quelques crimes bizarres, sans aucun rapport entre eux, si ce n’est l’extrême violence dans lesquels ils ont eu lieu.

N’ayant jamais lu le premier tome, j’ai donc fait connaissance avec ce drôle de flic, le commandant Tomar Khan, chef de groupe de la section 3. D’origine kurde, on apprend que son enfance ne fut pas celle joyeuse de l’île aux enfants et que ses placards sont bourrés de squelettes en tout genre.

Un flic écorché, une fois de plus, me direz-vous… Oui, mais le portrait de l’homme est bien réalisé, bien travaillé, et ses blessures ne ressemblent pas à celles des autres flics torturés que nous connaissons.

Sans en faire des tonnes, l’auteur plante son décor, ses personnages, son intrigue et le déroulement des meurtres, dont les âmes sensibles devraient pouvoir s’en remettre… Quoique, vu la situation de misère des migrants (et des SDF) décrite dans la ville des Lumières, on ne devrait pas avoir le droit de s’en remettre.

Sous le couvert d’une enquête qui pue le classement vertical, faute de preuve, l’auteur nous plante le décor de la ville de Paris (loin de ses lumières) avec, à ma droite, ses chancres, ses camps de migrants vidés, ses pauvres hères qui errent sans but dans une ville où la loi ne fait rien pour les aider et à ma gauche, ses réseaux de prostitution mis en place grâce aux trafics de femmes, le tout sous l’égide de la mafia albanaise.

C’est rythmé, c’est couillu, c’est musclé, sanglant, violent, servi avec de la profondeur et des émotions, sans oublier le suspense, mon vieux complice (oups, je sors), un bœuf-carottes que l’on aimerait foutre en boite, le tout étant relié à des faits réels puisque l’auteur fait allusions aux terribles faits du vendredi 13 novembre.

Faut pas avoir fait littérature supérieure pour comprendre le roman, c’est à la portée de tous et il n’y a rien de péjoratif dans cette phrase, juste une conclusion, un constat.

Ici, les flics sont des flics, ils ne parlent pas comme dans La princesse de Clèves et se comportent comme des policiers qui n’ont plus de vie de famille, qui sont crevés, mal aimés, mal achalandés car jamais assez de budget et toujours une guerre de retard sur les truands.

Réaliste, donc…

Ça te déchire ta race sans révolutionner le roman policier, mais ça va quand même plus loin que le polar habituel puisqu’il n’est pas question, ici, du colonel Moutarde ayant tué dans la bibliothèque avec le révolver.

Allez, vite la suite que je sache ce qui va arriver ensuite !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018)et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°41 – La Deuxième Tache – Lire le deuxième tome d’une saga).

Agatha Raisin – Tome 9 – Sale Temps pour les sorcières : M.C. Beaton [par Dame Ida]

Titre : Agatha Raisin – Tome 9 – Sale Temps pour les sorcières – Mystère et boule de cristal

Auteur : M.C. Beaton
Édition : Albin Michel (2018)
Édition Originale : Agatha Raisin – Book 09 – And the Witch of Wyckhadden (2000)
Traducteur : Amélie Thomas

Résumé :
Traumatisée après qu’une coiffeuse rancunière l’a shampouinée à la crème dépilatoire, Agatha Raisin se réfugie incognito dans un hôtel de la côte en attendant que sa chevelure repousse.

N’ayant plus rien à perdre, elle consulte également une sorcière réputée pour ses talents. Miracle, la magie opère, mais pour peu de temps, car la sorcière est retrouvée assassinée… Agatha renoue aussitôt avec ses réflexes de détective, aidée par l’inspecteur Jimmy Jessop, ensorcelé par ses charmes. À moins que ce ne soient les effets du philtre d’amour qu’Agatha a acheté à la pauvre sorcière ?

Critique :
Agatha ne s’étant pas fait que des amies lors de sa précédente aventure, elle n’a pas achevé celle-ci indemne, et porte encore sur le crâne les traces d’un sabotage capillaire à la crème dépilatoire.

Ce n’est pas ainsi qu’elle va reconquérir le beau James ! Aussi préfère-t-elle se retirer sur la côte, dans une ville touristique choisie au hasard, afin de se faire oublier le temps de retrouver toute sa flamboyante splendeur de quinqua triomphante et prête à mettre la gente masculine à ses genoux.

Dissimulant sa disgrâce sous une coûteuse perruque (Agatha n’a pas les moyens d’acheter bon marché !), elle-même dissimulée par une collection impressionnante de turbans et de foulards, Agatha traîne comme une âme en peine dans un hôtel me faisant vaguement penser au film Shinning, peuplé essentiellement de retraités que le directeur a décidé de gaver comme s’il envisager de les revendre au kilo sur le marché.

Les soirées sont formidables… Vous avez le choix entre le Scrabble, les comédies musicales ringardes du théâtre ou les soirées « danse de salon » de la salle des fêtes ! Et je ne vous parle même pas de la météo très… britannique, c’est-à-dire calamiteuse.

Et comme si ça ne suffisait pas, la voilà harcelée par les écologistes qui en veulent à son superbe vison !

Notre Agatha effrayée par les perspectives son propre vieillissement que ce séjour s’acharne à lui faire entrevoir, se jette donc comme une désespérée dans une aventure avec un bel inspecteur de police, veuf qui plus est (ce qui garantit que son célibat n’est pas la conséquence de son incapacité à plaire, à garder une femme, ou à s’en contenter d’une seule).

Par désœuvrement et surtout parce qu’elle est pressée de retrouver sa crinière de lionne au regard d’ourse pour rentrer chez elle au plus vite, Agatha se laisse tenter par une petite consultation chez la sorcière du coin qui paraît-il a le secret de multiples philtres et sortilèges susceptibles de faire repousser ses cheveux…

Un petit filtre d’amour au passage ? Oui ? Inutile ce l’emballer, c’est pour consommer tout de suite ! Qu’est-ce que ça casserait bien les pieds de James si elle pouvait se trouver enfin un homme qui veuille d’elle ! N’est-ce pas étrange que chaque homme qu’Agatha rencontre ne soit là que pour essayer de lui faire oublier James ? Et que plus elle s’acharne à essayer de l’oublier, plus elle se retrouve en train de penser à lui ?

Il s’avère que la sorcière sera retrouvée assassinée quelque temps après, par notre Agatha elle-même qui une fois de plus sait faire ce qu’il faut pour se mettre dans les ennuis où qu’elle passe ! Rassurez-vous ! Il y aura quelques morts supplémentaires, chacun d’entre eux rapprochant davantage Agatha de la prison à vie.

Agatha ne change pas ! Mais le fait d’être allée chercher l’aventure un peu plus loin que dans son village des Cotswolds, l’air marin, cette station balnéaire surannée peuplée de dames aux cheveux violine en perles et carrés de soie, et de messieurs portant blazer, moustache et cannes à pommeaux donne à ce nouveau volet de ses aventures la bouffée d’oxygène et de renouveau qu’avait tant manquée dans le tome précédent.

James Lacey et être aimée restent ses obsessions habituelles, sans qu’Agatha ne se rende compte qu’il s’agit en réalité de la même obsession et pas de deux obsessions différentes dont elle préfère refouler à quelle point elles sont indissociables. C’est être aimée de James qu’elle veut ! Rien d’autre ! Pas besoin de la faire allonger sur un divan et de se laisser pousser la barbe comme Freud pour le comprendre !

Mais les circonvolutions que son esprit tortueux continue à emprunter pour éviter de voir la vérité en face, restent d’une mauvaise fois toujours aussi délicieuse et comique que d’habitude puisqu’elles la conduisent à des situations cocasses dignes d’un vaudeville !

Et puis, dans cet hôtel/maison de retraite, Agatha croise de nouveaux personnages aussi bizarres les uns que les autres…

Qui de façon surprenante, viennent l’aider à révéler certains de ses traits les plus humains. Mais… Chut ! On frise le spoiler là !

Du grand Agatha !

 

Sale boulot : Larry Brown

Titre : Sale boulot

Auteur : Larry Brown
Édition : Gallmeister (01/02/2018)
Édition Originale : irty work (1983)
Traducteur : Francis Kerline

Résumé :
Braiden Chaney n’a plus ni jambes ni bras. Walter James, lui, n’a plus de visage. Ils les ont tous deux perdus au Viêt-Nam.

L’un est noir, l’autre est blanc. Vingt-deux ans plus tard, ils se retrouvent dans la même chambre d’un hôpital pour vétérans du Mississippi.

Au fil d’une très longue nuit, ils se racontent ce qu’ils étaient, ce qu’ils sont devenus, ce qu’ils pourraient devenir et, surtout, ce qu’ils attendent l’un de l’autre.

En une nuit, tout est dit sur la guerre – seul lien entre ces deux hommes que tout oppose – et ce qu’elle fait subir aux soldats. En une nuit, tout est dit sur la souffrance, la mort et la compassion.

Critique :
Que peuvent bien se raconter deux vétérans du Vietnam qui sont revenus, plus que cassés, de cette guerre ?

Des histoires de guerre ? Oui, un peu, sans que cela ne soit majoritaire dans l’histoire.

L’histoire de leur vie merdique ? Sans aucun doute !

On pourrait taxer l’auteur d’avoir voulu faire pleurer dans les chaumières avec deux personnages aussi cabossé : une gueule cassée et un amputé des bras et des jambes.

Si vous voulez une histoire avec des Bisounours qui mangent des arc-en-ciel pour faire des cacas papillons, passez votre chemin car ceci est un récit noir, dur, sans concession, violent aussi, dans les propos racontés.

Les tranches de vie ne sont pas drôles, ce sont celles de l’Amérique d’en bas, d’un Blanc et d’un Noir qui n’ont pas eu un parcours de vie des plus tendres, mais qui s’en sont sortis, avant d’aller s’engager dans l’armée.

Engagez-vous, qu’ils disaient ! Tu parles !

Si le récit est sombre de par ce qui est raconté par nos deux hommes, il est aussi de par sa construction qui pourrait en dérouter plus d’un, car moi aussi je le fus par cette propension de passer du récit de Braiden à celui de Walter, tout en conservant l’utilisation de la première personne du singulier, ce qui embrouille les cartes.

J’ai parfois dû revenir un peu en arrière ou attendre un détail du récit pour savoir si c’était l’amputé Braiden ou la gueule-cassée de Walter qui s’exprimait.

Il est à noter aussi que l’auteur a utilisé une forme de parler que ces deux hommes auraient pu utiliser et vu leur niveau de scolarité, on a des fautes de langage grosse comme des maisons, mais cela donne de la réalité et de l’épaisseur au récit.

Un roman noir qui parle, aux travers de ces deux hommes, de la stupidité d’une guerre, des inégalités en Amérique, du problème racial, des gens d’en bas, le tout avec une glacière remplie de bières, quelques joints et un mystère : que s’est-il passé pendant sa perte de conscience pour que Walter la gueule cassée arrive dans cet hôpital ?

Il nous suffira de nous asseoir, de plonger notre main pour saisir une mousse fraiche et de suivre, tel un fil rouge, les récits de ces deux hommes.

PS : pas besoin de me le signaler, je sais que c’était les Petits Poneys qui mangeaient des arc-en-ciel pour chier des papillons et non les Bisounours. De toute façon, on ne connait pas assez le système intestinal de ses créatures.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.

Iboga : Christian Blanchard

Titre : Iboga

Auteur : Christian Blanchard
Édition : Belfond (25/01/2018)

Résumé :
Pire que la peine de mort : la réclusion à perpétuité… 28 octobre 1980. Jefferson Petitbois, condamné à la peine de mort, est incarcéré à la maison d’arrêt de Fresnes.

Pour rejoindre sa cellule dans le couloir de la mort, il croise la « Louisette ».

Comme un outrage à la dignité humaine, un doigt d’honneur à la vie, la guillotine trône au milieu de la cour. Accompagné de deux gardiens, il la frôle et sent son odeur de graisse et de limaille.

Dix-sept ans ! Suffisamment grand pour tuer donc assez vieux pour mourir…

Ce livre raconte la vérité… La vérité selon Jefferson Petitbois… Un homme trop jeune pour mourir.

Critique :
Des romans traitant de l’univers carcéral, j’en ai lu quelques uns et je suis toujours ressortie nauséeuse de ces histoires.

Non pas que je sois contre l’enfermement des criminels, violeurs et autres personnes ayant commis des méfaits graves, juste que j’y ai toujours ressenti une inhumanité crasse.

Pas de faux suspense dans ce roman, Jefferson Petitbois est coupable, il méritait la réclusion, sans aucun doute et même la peine de mort (même si je ne suis pas pour).

Mais Jefferson méritait aussi les circonstances atténuantes ! Abandonné à sa naissance, ses débuts dans la vie n’ont guère été brillants. Ensuite, la faute revient sans doute à une administration trop lente, trop froide, trop archaïque et au manque de moyens, qu’ils soient financiers ou humains.

Et on se retrouve ballotté de famille d’accueil en famille d’accueil…

La faute aussi à Jefferson car môssieur s’indigne que ce soit toujours à lui de faire des efforts pour être poli, gentil, alors qu’on n’exige pas cela des gens qui se trouvent en face de lui, que ce soient les familles d’accueil ou des matons, bien plus tard.

Le récit est prenant, poignant, un huis-clos qui se déroule sous la musique des chaînes qui entravent les poignets et les chevilles de Jefferson.

Jefferson, notre jeune narrateur, nous raconte sa vie dans les murs de deux prisons différentes, son passé, sa rencontre avec Max, ses crimes et le comportement affreux de certains matons (je ne jetterai pas la pierre à toute la profession, leur boulot n’est pas une sinécure non plus).

C’est un récit poignant, mais l’émotion attendue n’était pas au rendez-vous… Non pas que j’aie un coeur de pierre ou que je manque d’empathie, non, juste que j’avais ressenti des tonnes d’émotions dans d’autres livres du même genre et que je désirais les ressentir à nouveau dans celui-ci.

Pourtant, des émotions, il y en a, même si pour moi, elles ont un goût de trop peu. Sans doute aussi la faute au fait que l’on se retrouve avec l’habituel maton sympa et le détestable, comme souvent.

Ou alors était-ce parce que le récit était trop réaliste, comme réellement écrit par un assassin qui laisserait une trace de sa vie sur 21 carnets ?

Là où l’auteur a bien bossé, c’est dans son personnage car on devrait mépriser Jefferson, surtout à la lumière de ses crimes, mais je ne suis pas arrivée à le détester tout à fait, j’ai même eu de la peine pour lui, un comble lorsque l’on pense que c’est un criminel !

Iboga est un roman qui, comme les douze alcaloïdes tirés des racines de cet arbre, a un goût acre et amer particulièrement fort dans la bouche. Le milieu carcéral n’est pas celui des Bisounours et si la rédemption est toujours possible, l’espoir, lui, est aux abonnés absents.

Malgré le manque d’émotions ressenties (je suis peut-être la seule responsable), Iboga est un roman fort, profond, où l’on ressent très bien la sensation d’étouffement dans ces 10m2 que font la cellule.

Un roman bourré d’humanité mais aussi d’inhumanité.

Si vous voulez les noms des romans qui m’ont émotionné, je vous citerai « Papillon de nuit » de R.J. Ellory, « Meurtres pour rédemption » de Karine Giebel, « La ligne verte » de Stephen King, « Oscar Wilde et le mystère de Reading » de Gyles Brandreth et « En ce lieu enchanté » de Rene Denfeld.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

 

Glacé : Bernard Minier [LC avec Bianca]+[Défi CannibElphique]

Titre : Glacé

Auteur : Bernard Minier
Édition : Pocket (10/05/2012)

Résumé :
Dans une vallée encaissée des Pyrénées, au petit matin d’une journée glaciale de décembre, les ouvriers d’une centrale hydroélectrique découvrent le corps sans tête d’un cheval, accroché à la falaise.

Ce même jour une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée.

Le commandant Servaz, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier l’enquête la plus étrange de toute sa carrière.

Critique :
George W. Bush a une réunion à l’ONU au sujet d’une guerre qu’il veut mener, en Moyen-Orient.
— Dans cette guerre, nous allons tuer 1 million de civils et un chat ! dit George Bush devant les membres de l’ONU rassemblés.

Les membres le regardent, confondus, et demandent :
— Un chat ?… Pourquoi allez-vous tuer un chat, bordel de dieu ?

Cacophonie dans l’assemblée, tout le monde est horrifié par le fait que l’on va tuer un chat.

George Bush donne alors une tape sur l’épaule de son chef des armées et lui dit tout bas :
— Qu’est-ce-que je t’avais dit ?… Personne ne posera la question au sujet du million de civils que nous allons tuer.

Et bien, c’est un peu l’effet que ce roman m’a fait durant ma lecture : on a tué un cheval, puis un homme. De manière assez barbare, violente.

Mais putain, pourquoi a-t-on tué un yearling d’un an ? Un magnifique jeune cheval prometteur, gentil, qui n’avait rien fait de mal à personne ?? Nom de dieu, pourquoi tuer un cheval ?

Un être humain, je peux comprendre les mobiles : vengeance, pour toucher un héritage, jalousie, liquidation d’un amant, d’un rival politique, pour le plaisir de tuer…

Mais un cheval ?? Le pire, c’est que la hiérarchie harcèle plus le commandant Servaz pour résoudre la mort horrible du cheval que celle de l’homme.

Bernard Minier est un auteur retors et sadique ! Il mène son histoire comme un pro et nous laisse souvent devant des petites énigmes : un des policiers apprend des choses en menant sa petite enquête, il se fait confirmer la chose par des collègues, mais le salaud se garde bien de nous le dire tout de suite !

Évidemment, le suspense sera à son comble dans les 100 dernières pages, là, on n’ose même plus les lâcher pour aller boire un café, ce serait trop dangereux pour le cœur, d’ailleurs.

Les personnages sont réalistes, le commandant Servaz est spécial, tourmenté, mais pas alcoolo, son équipe est bien typée, et les personnages qui gravitent autour peuvent être extrêmement sympathique ou à chier, mais personne n’est mal imaginé.

Pire, un patient de l’aile A du centre psychiatrique de haute sécurité à même des tendances charismatiques.

Par contre, je mettrai mon scepticisme sur le fait qu’on puisse taper 36 mots de passe différents lorsqu’on tente d’allumer un PC ! Je pense qu’après 3, ça bloque, sinon, ce serait trop facile.

Anybref, Glacé est un roman à lire en hiver, pour se mettre encore plus dans l’ambiance, un roman qui se dévore assez vite, malgré ses 750 pages, un roman qui m’a fait fumer les méninges tant j’aurais aimé découvrir le pourquoi du comment, mais pas moyen, je n’ai ouvert les yeux que sur la fin.

Glacé possède des ambiances froides et chaleureuses en même temps et son histoire n’est pas commune, elle sort des sentiers battus, elle nous pousse à nous questionner, et, pendant que l’on tourne les pages, les mains tremblantes, on ne voit plus le temps passer, sans pour autant que le roman ait un rythme à la 24h chrono.

Tout est bien dosé dans ce roman glaçant.

Vous pouvez lire les avis de mes deux copinautes de LC soit chez Bianca, mais aussi chez Stelphique puisque le roman avait été choisi pour le Défi CannibElfique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018)et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°56 – Le Soldat Blanchi – lire un livre dont la couverture est à dominante blanche).

 

Arrowood : Mick Finlay

Titre : Arrowood

Auteur : Mick Finlay
Édition : Harper Collins (14/02/2018)
Édition Originale : Arrowood (2017)
Traducteur : Marta De Tena

Résumé :
1895 : Londres a peur. Un tueur terrorise la ville. Les pauvres ont faim ; les criminels prennent le contrôle des rues ; la police, débordée, arrive à un point de rupture.

Tandis que les bourgeois se tournent vers Sherlock Holmes pour qu’il résolve leurs problèmes, dans les quartiers surpeuplés du sud de Londres, les gens s’en remettent à un homme qui méprise Holmes, sa clientèle fortunée et ses méthodes de travail voyeuristes.

Cet homme, c’est Arrowood – psychologue autodidacte, ivrogne occasionnel, et détective privé.

Quand un homme disparaît mystérieusement et que la meilleure piste d’Arrowood est poignardée sous yeux, Arrowood et son comparse Barnett doivent faire face à leur plus rude défi : capturer Mr Cream, le malfrat le plus redouté de la ville.

Une enquête savoureuse, à la façon de Anthony Horowitz et Andrew Taylor.

Critique :
— COMMENT ??? Que lis-je ? Que vois-je ? Tu as osé critiquer Sherlock Holmes ? Non mais, j’hallucine, là ! Arrowood, viens un peu t’expliquer ici, TOUT DE SUITE !!

— Mais madame Belette, ce n’est pas de ma faute, je suis jaloux du succès de ce détective de Baker Street ! Il a tout pour lui…

— Bon, au moins tu avoues que tu es jaloux de son talent !

— Son talent, son talent ! Hé, il a fait des erreurs, ton grand détective !

— La preuve qu’il est humain et non une machine, la preuve qu’il est réaliste, aussi. Et toi, Arrowood, as-tu la conscience tranquille ou n’aurais-tu pas aussi foiré une affaire dans ta carrière ? Non, ne répond pas, tes yeux fuyants parlent pour toi.

Oui, Arrowood est un détective de Londres, oui, il déteste Holmes, oui, il est un peu jaloux de son succès, oui, il est de mauvaise foi, oui, il a une haute opinion de lui-même, pourtant, il est moins bon que Holmes, moins rapide aussi, mais c’est normal, Sherlock Holmes reste le meilleur détective au monde !

— Vous avez une haute opinion de votre personne, Arrowood, dit l’agent, irrité. Vous ne me ferez pas croire que vous pourriez résoudre les affaires qu’il a démêlées. Holmes a plus d’esprit que quatre hommes réunis.

On ne peut pas dire non plus qu’Arrowood croule sous les affaires à résoudre : cela fait un certain temps qu’il n’a pas eu d’enquête, il gratte les fonds de tiroir pour trouver une piécette et les petites gens ne se bousculent pas à sa porte comme on pourrait le croire en lisant la phrase notée sur la couverture.

— Vous n’arrivez pas à la cheville de Holmes, Arrowood, cracha Coyle, jetant encore de l’huile sur le feu. Regardez-vous ! Vous n’êtes qu’un vieux limier fatigué, qui gagne sa croûte en traquant des endettés avec votre homme de main. On dit aussi que vous êtes doué pour prendre sur le fait les femmes des cocus. Vous aimez ça, on dirait.
Je sentis que le patron était de nouveau à deux doigts d’éclater.

Pourtant, malgré tout ça, j’ai apprécié l’enquête de William Arrowood et de son ami et assistant Norman Barnett, même si tous les deux manquaient un peu de charisme, d’épaisseur, et il faudrait un second tome pour les étoffer un peu afin que l’on s’attache à eux (ce qui fut direct pour Holmes et Watson).

L’enquête est agréable à suivre, truffée de pistes dont on ne comprend pas au départ les relations entre elles, avant que la lumière ne se fasse à la fin.

Nos deux personnages vont arpenter les ruelles sordides de Londres, croiser quelques spécimens rares de ces abysses.

Si la ville de Londres et ses habitants semblent moins présents que je ne l’aurais espéré, nous aurons tout de même quelques indications sur les conditions de vie qui régnaient dans ces quartiers (famine, misère, prostitution,…), par opposition aux belles maisons dont nous pousserons la porte plus tard dans l’enquête.

Attention, ce n’est pas parce que l’on pète dans la soie, que l’on mange plus qu’à sa faim, tout en buvant le thé avec le petit doigt en l’air que l’on vaut mieux que les miséreux qui peinent pour nouer les deux bouts. Il y a bien souvent des squelettes peu reluisants dans les placards de ces gens de la Haute…

Un polar historique agréable à lire, une incursion dans une autre société que celle de Holmes, un côté politique non négligeable sans pour autant rebuter les allergiques de la chose, du mystère, des fausses pistes, des mensonges, des allusions aux enquêtes de Holmes, le tout donnant un mélange harmonieux.

Le thé que je viens de déguster n’étant pas servi dans une tasse de porcelaine, mais si Arrowood me proposait une autre tasse de son thé particulier, je ne dirais pas non et je la boirais afin de savoir si le nouveau breuvage a évolué depuis le précédent.

De plus, je serais heureuse de pouvoir discuter avec Arrowood de tout ce qu’il reproche à Holmes et au récit de ses enquêtes car je sais que sur certains points, il n’a pas tort…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book.

 

La loge noire : Jean-Pierre Croquet

Titre : La loge noire

Auteur : Jean-Pierre Croquet
Édition : L’Archipel (22/02/2017)

Résumé :
Angleterre, mai 1914. Alors que des menaces de guerre planent sur l’Europe, l’inspecteur Adey enquête sur une série de meurtres étranges, qui ne sont pas sans rappeler ceux de « l’automne de la terreur », où un certain Jack l’Éventreur sévissait dans les quartiers pauvres de Whitechapel.

Au même moment, un courtier du nom de Mark Bowen se rend à Londres pour acquérir la Kabbala denudata, un incunable essentiel de la tradition occulte.

Il est mandaté par Aleister Crowley, membre de la société secrète Golden Dawn, qui traîne une réputation de mage noir… et milite dans les mouvements séparatistes celtisants.

Mais lorsque Bowen arrive à la librairie de Geoffrey Bloom, dans le quartier mal famé de Soho, il découvre celui-ci égorgé. Et l’ouvrage convoité a disparu !

Coupable idéal, Bowen devient un homme traqué. Pour prouver son innocence, il devra retrouver l’assassin et découvrir quel secret cache la Kabbala denudata que convoite la mystérieuse Loge noire…

Critique :
Londres, mai 1914. Un serial-killer sévit dans les ruelles de ma ville préférée, rappelant un peu les sordides crimes de jack The Ripper, le tout sur fond de société secrète, de franc-maçonnerie et de tensions entre les pays.

Le genre de came que je ne pouvais pas laisser passer !

Et bien, entre nous, nous sommes loin de l’excellence came produite par Heisenberg ! On n’est même plus bas que de celle produite au départ par Jesse Pinkman.

Un peu comme si on avait utilisé de la pseudoéphédrine au lieu de la méthylamine pour la préparer et qu’on avait monté un peu trop haut dans les températures car le produit final est insipide, n’a pas la belle couleur bleue qu’il aurait dû avoir et ne m’a pas fait planer une seule seconde.

Pire, je n’ai même ressenti aucune émotion lors de la mort de personnages qui ne le méritaient pas et dont une scène aurait dû m’arracher des larmes au minimum.

C’est assez touffu, confus, brouillon, les personnages sont insipides, les Méchants sont loupés, ne fichant même pas la trouille, malgré leur folie, quand aux personnages principaux, on ne s’y attache pas une seule seconde, ce qui fait que s’ils avaient tous bu le bouillon de onze heure, ça ne m’en aurait même pas secoué une.

Quant à l’écriture, elle ne brillait pas par son originalité et je l’ai trouvée très plate et simpliste.

Anybref, une came qui n’avait pas la qualité que je pensais, qui ne m’a pas fait planer du tout, qui m’a fait bailler et qui ne restera pas longtemps dans mes étagères mais finira en don.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver),Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book etLe Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°58 – Le Marchand de Couleurs Retiré des Affaires – lire un livre dont le titre comporte le nom d’une couleur ).

L’homme aux deux ombres : Steven Price

Titre : L’homme aux deux ombres

Auteur : Steven Price
Édition : Denoël (9 Novembre 2017)
Édition Originale : By Gaslight
Traducteur : Pierre Ménard

Résumé :
Londres, 1885. Une tête de femme est repêchée dans les eaux sombres de la Tamise.

En charge de l’enquête, le grand détective William Pinkerton se lance sur la piste du célèbre Edward Shade, mais ce dernier lui file sans cesse entre les doigts.

Pinkerton s’engouffre alors dans les bas-fonds londoniens : réverbères dans la brume, fumeries d’opium, égouts tortueux, séances de spiritisme.

Il y découvre un monde d’espions, de maîtres chanteurs, d’adeptes de sectes, de voleurs à la petite semaine et de tueurs sans pitié.

Grandiose, profondément évocateur, L’Homme aux deux ombres dresse le portrait saisissant de personnages au bord de l’abîme.

Plongé dans un univers de secrets et de faux-semblants, le lecteur découvre l’histoire du lien improbable entre William Pinkerton, détective de légende, et Edward Shade, l’homme le plus mystérieux de la capitale victorienne.

Critique :
Si vous avez envie de savoir à quoi pouvait bien ressembler Londres en 1885 et si le souffle de la grande aventure vous tente, faut pas hésiter et plonger la tête la première dans cette grosse brique !

Non seulement ce roman vous promènera dans une partie des bas-fonds londoniens, mais, en plus, il vous emmènera en Afrique du Sud pour un vol de diamant et aux États-Unis durant la guerre de Sécession.

Le tout grâce à deux personnages principaux dont je vais vous parler un peu.

Le premier, ce sera William Pinkerton… Oui, c’est bien le fils de l’autre, Allan, le fondateur de l’agence de détectives américaines.

William est à Londres et « Le fils de » suivait Charlotte Reckitt, une femme sensée le mener sur la piste de l’insaisissable Edward Shade, quand celle-ci est retrouvée découpée en morceaux et jetée dans la Tamise.

D’un autre côté, nous avons fait aussi connaissance avec Adam Foole et sa fine équipe composée d’un ancien taulard et une gamine aux doigts de fées. Adam est l’ancien amant de Charlotte Reckitt et qui voudrait bien savoir ce qui est arrivée à son ex copine pour finir en puzzle grandeur nature.

770 pages qui sentent bon la grande aventure car on passera des bas-fonds à quelques salons feutrés, on se baladera dans les égouts, sur la Tamise, on jouera les monte-en l’air, aussi, sans oublier que nous voyagerons aussi dans le temps et l’espace, passant de Londres à l’Afrique du Sud et à l’Amérique en guerre.

Au travers des yeux et les souvenirs des deux personnages principaux que sont William Pinkerton et Adam Foole, on suivra cette enquête au plus près, tout en faisant de courtes incursions dans leur passé, ce qui pourrait apporter de la lumière sur leur présent et sur leur moi profond.

Les personnages sont remplis de doutes, tout un affichant un air d’hommes sûrs d’eux, ils ne sont pas manichéens, possèdent des qualités, des défauts et sont assez complexes dans leur portrait brossé. Rien n’est jamais tout à fait noir ni tout à fait blanc, chez eux.

Si les personnages ont leur importance, le décor qui les entoure en a encore plus et l’auteur a su créer une atmosphère qui colle aux doigts, une atmosphère réaliste et il faudra compter avec le personnage de la ville de Londres.

Parfois, il y avait quelques longueurs, une centaine de pages auraient rendu le rythme plus trépident, mais il aurait fallu pour cela sabrer dans tout le décor, et, ma foi, cela aurait été dommage.

Par contre, j’ai eu du mal au départ avec les dialogues car ils ne comportent ni tiret cadratin, ni guillemets. Heureusement qu’il y avait un saut de ligne, sinon, le roman aurait été indigeste.

Mon seul véritable bémol sera pour un petit manque de flamboyance dans le souffle dans la grande aventure épique : il a manqué un peu d’épices dans les personnages de l’équipe d’Adam Foole pour que je m’attache vraiment à eux.


Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) , le challenge US (2017-2018) chez Noctembule, le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book.

La maison du coyote : Peter Bowen [Gabriel Du Pré 1]

Titre : La maison du coyote [Gabriel Du Pré 1]

Auteur : Peter Bowen
Édition : 10-18 (03/10/2002)
Édition Originale : Specimen song (1995)
Traducteur : Carole d’ Yvoire

Résumé :
Gabriel Du Pré est un sang-mêlé, lointain descendant des tribus indiennes du Canada pénétrées par des « voyageurs » français (québécois), convertis au catholicisme et émigrés aux États-Unis à la fin du XIXe siècle.

Héritier de cette culture riche et complexe, Gabriel est un cow-boy poète, vérificateur de bétail et virtuose du violon, mais surtout défenseur de la justice.

Aussi, lorsque le shérif de la petite ville de Toussaint est confronté à des morts suspectes, ce veuf et père de deux filles est-il toujours prêt à lui prêter main-forte.

Épaulé par son amie Madelaine, Benetsee, vieux sorcier indien quelque peu alcoolique et mystique, et son riche ami Bart, Gabriel mène ses enquêtes, entre éleveurs de bétail toujours prêts à dégainer, policiers locaux dangereusement incapables et fédéraux hargneux.

Critique :
Je ne verrai plus les patates de la même manière, moi ! Tout cela à cause des lubies sexuelles de Madelaine, pas celle qu’attendait Jacques Brel, mais la compagne de Gabriel Du Pré…

Notre Madelaine, lorsque son Gabriel n’est pas là, elle taille une grosse patate pour lui donner la forme de son pénis et elle se fait du bien.

— Voilà ce que je fais : je vais à Cooper, chez l’épicier. Je regarde les pommes de terre et j’en trouve deux qui conviennent. Je rentre à la maison et je sculpte une bite dedans qui ressemble beaucoup à la tienne ; je la connais bien et je lui fais une jolie tête et tout.

D’après elle, c’est le deuxième jour que la patate va le mieux, le troisième, ça commence à sentir.

— Cette Bite Patate est meilleure le deuxième jour, vraiment, le deuxième jour c’est le meilleur. Le troisième, elle ne sent plus très bon, hop ! on la jette. Je dois en sculpter une autre.

Cette Madelaine, elle, elle aime la grosse frite, pas celle de chez Eugène, mais celle de son Gabriel, son sang-mêlé. On est loin du tram 33. Sacrée cochonne, la Madelaine qui ne nous dit pas si elle chante, le soir ♫ Gabriel, Tu brûles mon esprit, ton amour étrangle ma vie ♪

Revenons à nos moutons ! Nouvelle découverte dans la littérature polar, parce qu’il faut varier les plaisirs de temps en temps et un polar ethnique, quand c’est bien foutu, j’adore.

Bienvenue au Montana où la neige, la boue et la poussière constituent les trois saisons. Des meurtres sauvages ont eu lieu et Gabriel Du Pré va mener une enquête qui n’en est pas vraiment une, aidé par un ami sorcier et un autre blindé de pognon.

N’espérez pas voir Du Pré faire des déductions ou faire marcher ses petites cellules grises ! Le roman parle plus de descente de rivières, de barrages voulant être érigés par des sociétés électriques sur ces rivières, la polluant définitivement, d’indiens vivant comme leurs ancêtres et de construction d’un chalet, le tout sous l’hiver assez rude du Montana.

Une sorte de polar ethnique qui n’en est pas vraiment un, mâtiné de nature writing…

Avec un soupçon d’enquête qui n’en est pas vraiment une et des mobiles que nous ne connaîtrons pas vraiment puisque nous aurons affaire à un serial-killer psychopathe qui tue pour le plaisir.

L’écriture est rapide, saccadée, des phrases courtes, rapides, parfois j’aurais aimé qu’elles soient un peu plus longues et moins sèches, moins avares.

Je l’ai lu parce que le précédent roman avait déjà fini sa vie sous un meuble bancal et parce que j’ai apprécié les personnages, l’univers, l’atmosphère, mais je ne pense pas que je reviendrai me promener sur les terres de Gabriel Du Pré.

Le roman était une jolie découverte, mais n’a pas cassé trois pattes à un canard et vu tout ce que j’ai à lire, je vais plutôt me concentrer sur d’autres romans que sur ceux de cet auteur.

— J’aime baiser, et avec toi. Dieu peut garder son opinion pour lui. Très excitée. Je pense à ta chouette bite, et elle me manque.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.