Manhattan Sunset : Roy Braverman

Titre : Manhattan Sunset

Auteur : Roy Braverman
Édition : Hugo & cie- Thriller (04/02/2021)

Résumé :
Il n’y a pas pire vengeance que ce qui blesse ceux qu’on aime. À moins qu’on ne les tue.

Il n’y a pas pire obsession qu’un fantôme qui vous hante. À moins que ce ne soit celui d’un ami.

Il n’y a pas pire crime que de tuer une enfant. À moins de la tuer deux fois.

Un New York sombre et violent, avec des rues comme des canyons dans lesquels la vie se perd et la mort s’engouffre. Avec fracas parfois, comme lorsqu’elle vient saisir une petite fille, retrouvée assassinée, le corps mutilé, au milieu d’un amas d’épaves de voitures.

En équilibre précaire, accroupi tout en haut d’une pile de carrosseries déglinguées, Pfiffelmann interroge son partenaire, l’inspecteur Donnelli : « Alors, tu en dis quoi ? ». Un début d’enquête somme toute normal.

Sauf que  » Pfiff  » est un fantôme, qui exige lui aussi la vérité sur les circonstances de sa mort. Comme si Donnelli n’avait pas déjà tout son soûl de crimes, d’obsessions et de vengeances. Comme si la ville ne lui avait pas déjà arraché un lourd tribut.

Critique :
New-York, la ville qui ne dort jamais…

Donnelli, inspecteur au NYPD, est un flic bourru, au gosier en pente, qui n’a pas beaucoup de respect pour sa nouvelle partenaire, qu’il surnomme Bleue-bite et en plus, il voit le fantôme de son ancien coéquipier, assassiné lors d’une perquisition qui a mal tournée.

Non seulement il le voit, mais en plus, Pfiffelmann, fantôme de son état, lui parle, l’aide dans son enquête et Donnelli lui répond, ce qui le fait passer pour un fou aux yeux des autres.

Le cadre est posé, ce polar ne sera pas comme les autres, même si nous partons avec le flic bourru, désabusé et à tendance alcoolo. Donnelli, c’est le flic qui n’arrive jamais au bon moment, qui ne tombe pas à pic, mais qui, tout comme Grouchy, arrive quand tout est terminé et que ses collègues sont morts.

Ceci est un polar violent, noir comme la crasse sur les buildings, noir comme le fond des rues des quartiers mal famés, noir comme un café torréfié avec des chaussettes sales et du charbon. Bref, cherchez pas la lumière, la rédemption, les bons sentiments, les Bisounours, il n’y en a pas !

Le seul moment lumineux sera au moment du Manhattanhenge, lorsque le soleil couchant et flamboyant prend la 42e rue en parfaite enfilade. Moment de grâce, temps suspendu avant le dur retour aux affaires et aux meurtres qui semblent précéder notre pauvre inspecteur Donnelli, à cran à cause du fantôme de son coéquipier.

Les dialogues sont savoureux, heureusement qu’ils ajoutent de temps en temps une petite note d’humour, sinon, ce roman serait à vous donner envie de ne plus espérer dans le genre humain. Entre des meurtres de sang-froid, des tortures animales, des enlèvements d’enfants, du trafic d’êtres humains et j’en passe, l’ambiance est aussi plombée qu’un cercueil.

Mon bémol sera pour la présence du fantôme de Pfiffelmann : non pas que je n’ai pas apprécié ce personnage qui détonne dans un univers policier, il a ajouté son impertinence, qui était la bienvenue. Non pas que je sois réfractaire au fantastique, le fantôme pouvant aussi symboliser la voix de la conscience de Donnelli et ma foi, nous avons tous fait des dialogues dans notre tête… Non ? Oups…

Ce qui m’a le plus gênée, c’est que le fantôme lui explique ce qu’il s’est passé durant son assassinat, alors qu’il n’y a pas eu de témoin et que Donnelli n’a jamais su ce qu’il s’était passé.

Ce genre de détail donne un ancrage trop réaliste au fantôme et là, ailleurs que dans du Harry Potter ou dans le film Ghost, ça coince un peu chez moi. On n’est pas dans la série Ghost Whisperer tout de même !

Un peu trop facile, encore un peu et c’est Pfiff le fantôme qui résout l’enquête ! D’ailleurs, j’ai compris assez vite qui était le coupable… C’était du très classique et ne sera pas mémorable.

Ce polar est assez  effréné au départ, les descriptions de New-York nous la font vivre de l’intérieur et ses personnages, bien que semblant stéréotypés au départ, s’échappent assez vite de la caricature pour prendre leur envol et nous offrir quelques belles passes d’armes dans certains dialogues en plus de la guerre entre les flics de base et les Men In Black du FBI…

Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui trinque ! Autrement dit, à force de se tirer dans les pattes entre les différents services, le droit des victimes, lui, est bafoué et la justice, elle l’a dans le cul !

Le final est à la limite de ne plus savoir où donner de la tête tant les différents protagonistes de l’enquête arrivent de tous les côtés et comme souvent, trop c’est trop. Entre le NYPD, le FBI, la mafia lituanienne, les Russes, le MI6, ça fait trop de monde sur le pont.

Cet excès de protagonistes nuit au final de l’histoire. Tous ces rebondissements, après un petit essoufflement dans le récit, boostent le rythme, mais ne m’ont pas convaincue.

Manhattan Sunset est un polar du style hard-boiled, avec des durs à cuire, ce qui en fait un roman sombre, très sombre et très violent, sans possibilité de rémission. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir…

Manhattan Sunset est plus pour un public avertit alors que Pasakukoo était plus dans le registre du polar de plage, celui qui fait du bien au moral. Ici, le moral est en berne, mais au moins, j’ai apprécié ma lecture, même si elle ne restera pas gravée dans ma mémoire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°70].

 

Hercule Potiron – Tome 2 – Hollywood : Pierre Veys et Giancarlo Caracuzzo

Titre : Hercule Potiron – Tome 2 – Hollywood

Scénariste : Pierre Veys
Dessinateur : Giancarlo Caracuzzo

Édition : Delcourt (2009)

Résumé :
Nous retrouvons le célèbre détective Hercule Potiron à Hollywood. La Metro Goldfish Mayer lui a proposé un pont d’or pour qu’il interprète son propre rôle à l’écran.

Révolté par l’indigence des scénarios qu’on lui réserve, il décide d’écrire lui-même les meilleures intrigues criminelles que son puissant cerveau puisse imaginer, ce qui aura pour conséquence de plonger les Etats-Unis d’Amérique dans le chaos…

Critique :
Autant où le premier album m’avait enchanté, autant le second ne m’a pas fait le même effet…

Si dans le premier, la parodie était drôle, fine, grinçante et très bien fichue, autant où j’ai eu l’impression que dans cet album, le scénario tournait un peu en rond sans trop savoir où aller.

« Silence, ça tourne ! » C’est que l’on crie à Poirot qui est à la MGM pour  interpréter son propre rôle à l’écran, bien entendu, imbu de lui-même comme il est, cela ne se passe pas comme tout le monde le voudrait.

Durant toute une partie de l’album, je me demandais même si nous allions avoir une enquête car j’assistais juste à des scènes de tournages du film consacré à Poirot dont notre détective avait réécrit les scénarios.

Il faut arriver quasi à la fin de l’album pour voir le double fond et à ce point de vue là, il était vachement bien trouvé et il m’a fait rire.

Mais avant d’arriver à ce petit caviar, il faut se farcir une très longue mise en place totalement dénuée de suspens, puisque Poirot tourne son propre rôle, tout en se moquant de Nasting et l’inspecteur Spratt.

Si le final est excellent, le développement est assez long et pas toujours des plus palpitant à lire, ni des plus drôle, contrairement au premier tome.

Je ressors mitigée de cette lecture, qui manquait un peu de pep’s. Par contre, les cases illustrant les studios de tournage de la MGM étaient super.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°47] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

La Dynastie Donald Duck – Tome 1- Sur les traces de la licorne et autres histoires (1950-1951) : Carl Barks

Titre : La Dynastie Donald Duck – Tome 1- Sur les traces de la licorne et autres histoires (1950-1951)

Scénariste : Carl Barks
Dessinateur : Carl Barks

Édition : Glénat – Disney intégrale (2010)

Résumé :
Surnommé par ses fans « l’Homme des Canards », Carl Barks a inauguré tout un univers extraordinaire proposant rires et émotions à des millions de lecteurs.

Parmi les très nombreuses planches nées de son imagination, nous trouvons de véritables chefs-d’œuvre intemporels.

Pour la première fois en France avec l’Intrégrale Carl Barks, les trésors de cet auteur exceptionnel sont ici réunis de manière chronologique et complète en 24 tomes.

Critique :
Pour ceux ou celles qui ont biberonné au Journal de Mickey et autres Trésors de Picsou, Carl Barks est connu, tout aussi connu que Don Rosa.

Carl Barks, c’est celui qui a tout inventé : Oncle Picsou, les neveux de Donald, Gontran, les Rapetou, Flairsou, Gripsou… Tout l’univers de Donaldville, c’est à lui qu’on lui doit.

Gamine, j’ai toujours préféré Donald à Mickey, trouvant ce dernier trop lisse, tandis que Donald était bourré de défauts, dont celui d’être colérique.

Même ses neveux, au départ, n’étaient pas des petits anges, quant à Picsou, je l’adore pour sa pingrerie, son avarice et cette fausse impression qu’il donne de ne porter aucun intérêt à son neveu et aux neveux de celui-ci.

Agissant comme une véritable cure de jouvence, la lecture de ses histoires datant des années 50 fut un plaisir de fin gourmet. Les dessins sont comme je les aime, en ligne claire, sans surcharge, avec des couleurs simples, comme je les ai le plus souvent connu.

Les personnages sont tels que nous les connaissons : Picsou est exigeant et avare, Donald accumule les emmerdes, la malchance et son cousin Gontran accumule la chance qui lui fait toujours trouver des diamants, des rubis, des colliers de perles… Heureusement que de temps en temps, la chance sourit aussi à Donald.

Ce sont des petites histoires amusantes, drôles, bourrée d’action, d’aventure, d’enquêtes, de mission à accomplir. Avant chaque nouvelle histoire, il y a une note explicative. En début d’album, il y avait aussi des explications et des dessins de Barks, c’est pour cela que j’apprécie les intégrales : les notes explicatives en bonus !

Évidemment, ce genre de collection ne s’adresse qu’aux fans (vu le prix de chaque tome, vaut mieux les emprunter) des aventures de Donald et compagnie, ce qui est mon cas puisque j’achetais dans les années 2000, alors que j’étais adulte, les albums « Les trésors de Picsou » vendus en librairie (j’en possède 13).

Une super intégrale pour ceux et celles qui aiment l’univers de Carl Barks et qui voudraient se faire une madeleine de Picsou, heu, de Proust ou bien les faire découvrir à leurs enfants (pas trop jeunes, hein, l’album est magnifique et ce serait dommage de se retrouver avec des scraboutchas de mômes dedans !).

PS : La publication chronologique des histoires est une bonne idée, mais j’ai remarqué qu’au tome 19, on repartait dans les années 1942-1944 (alors qu’avec le 18, on était entre les années 1969/2008). Apparemment, après, nous aurions les histoires scénarisées par Carl Barks mais pas forcément dessinées par lui-même.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°45].

Les mécanos de Vénus – Hap Collins et Leonard Pine – 01 : Joe R. Lansdale

Titre : Les mécanos de Vénus

Auteur : Joe R. Lansdale
Éditions : Denoël Sueurs froides (2014) / Folio Policier (2016)
Édition Originale : Savage Season (1990)
Traduction : Bernard Blanc

Résumé :
C’est en trimant dans les champs au Texas que Hap Collins, petit Blanc au grand cœur, et Leonard Pine, grand Noir homo et vétéran du Vietnam, sont devenus potes. Un sale boulot, bien peu rémunérateur…

Aussi, quand Trudy, l’ex-femme de Hap, toujours aussi sexy et manipulatrice, resurgit pour lui faire tourner la tête et l’associer à un gros coup d’un million de dollars, ce pauvre hétéro mélancolique de Hap a bien du mal à résister. Car Trudy est restée la pasionaria du gauchisme écolo qu’il a aimée dans les sixties.

Flanquée d’une équipe de vieux activistes issus des Mécanos, un groupuscule proche des Weathermen et du Gang de la clé à molette, elle compte sur ce magot pour financer la bonne cause…

Un romantisme révolutionnaire qui se heurte au scepticisme fraternel des deux compères.

L’enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions? se disent-ils quand les anciens défenseurs des baleines se mettent à défourailler à tout va. Alors, avant de penser à sauver les gentilles bestioles, Hap et Leonard vont devoir sauver leur peau !

Critique :
La première aventure du duo le plus improbable de la littérature américaine, mais aussi le plus drôle, qui ne se prend jamais au sérieux : Hap Collins, Blanc, hétéro et Leonard Pine, Noir, homo et sarcastique.

Plutôt que de commencer par le commencement, c’est à dire la rencontre entre nos deux amis, l’auteur entre de suite dans le vif du sujet.

Il nous en dira plus sur leur début par le biais des souvenirs de Hap Collins, qui se remémore tout cela lors du retour de Trudy, sa copine qu’il avait épousée dans les années 60 et qui l’avait laissé tomber comme une vieille chaussette.

Ce que j’apprécie tout particulièrement dans cette saga, ce sont les deux personnages et leurs réparties fulgurantes, sarcastique, non dénuées de cynisme et qui n’hésitent pas à se moquer d’eux-mêmes, à entrer dans les caricatures raciales.

Leonard n’hésite jamais à traiter don ami Hap de face de yaourt et ce dernier lui envoie du négro sans que cela choque Leonard. Notre grand Noir n’a pas peur de parler « petit nèg’e » et d’utiliser des termes considérés comme racistes pour parler de lui.

Malgré le fait que c’est le premier tome, le duo est déjà rodé, il tourne furieusement bien et ça vanne. Leonard est assez caustique et ne se prive pas pour balancer ce qu’il pense aux autres ou pour faire de l’humour grinçant.

Par contre, il faudra attendre un petit peu avant que l’action ne commence vraiment, mais ensuite, plus de répit. Le final sera hautement explosif et faites gaffe aux balles qui vont voler bas et perforer les cuirs de tout le monde.

Assurément, ce premier tome n’est pas mauvais, il est même bon, possède de l’humour sarcastique et notre duo est fidèle à lui-même.

Pourtant, si vous voulez découvrir la saga de Hap Collins et de Leonard Pine, ne commencez pas par celui-là. Préférez-lui le deuxième « L’arbre à bouteilles » ou l’hilarant « Bad Chili » (4ème) avec l’écureuil…

Cela vous permettra de découvrir le duo au meilleur de sa forme et ensuite, vous pourrez venir au premier en toute quiétude car vous saurez que ce premier jet n’est pas le meilleur mais qu’il vous en reste encore à découvrir après, de très bons.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°36].

Lucky Luke (Vu par…) – Tome 3 – Wanted Lucky Luke : Matthieu Bonhomme

Titre : Lucky Luke (Vu par…) – Tome 3 – Wanted Lucky Luke

Scénariste : Matthieu Bonhomme
Dessinateur : Matthieu Bonhomme

Édition : Lucky Comics (09/04/2021)

Résumé :
Alors qu’il vient d’être attaqué par un chasseur de prime, Lucky Luke découvre qu’il est recherché pour meurtre et sa tête mise à prix !

Pas le temps de digérer la nouvelle qu’il se retrouve à secourir un convoi de bétail en bien mauvaise posture, mené par trois soeurs aussi belles qu’intrigantes. Gentleman comme toujours, Lucky Luke se propose de les escorter jusqu’à destination.

Mais dans ce contexte tendu d’hypothétique massacre par les indiens, de pillage du troupeau et de traque de la plus célèbre gâchette de l’Ouest par un mystérieux ennemi, le plus grand danger ne viendrait-il pas de ces belles jeunes femmes a priori sans défense ?

Critique :
La couverture avait de quoi être intrigante : Lucky Luke, l’éternel célibataire, entouré par trois femmes dont une qui lui tient la jambe…

D’accord, tout le monde est armé et ils semblent se défendre contre une attaque des Indiens (vu les flèches), mais tout de même… Trois femmes !!

Les premières cases sont dans des tons fort rouges orangés, cela sent le coucher de soleil.

L’auteur ne perd pas de temps à nous promener, d’entrée de jeu, ça tire dans tous les sens et Lucky Luke nous fait une démonstration afin de nous montrer qu’il est toujours le plus rapide de l’Ouest (et de l’Est aussi).

Comme dans bien des albums, notre cow-boys solitaire, loin de son foyer, va devoir escorter des gens qui veulent traverser le territoire Indien. Ici, ce sont 3 jeunes filles et leur petit troupeau de vaches.

Ajoutons à cela un désert et pas assez d’eau… Comment peut-on vouloir traverser un désert avec peu d’eau, des vaches, des chevaux et des humains à abreuver ??? Sans compter qu’en plus des Indiens fâchés, Lucky Luke a un chasseur de primes à son cul !

Trois gonzesses, un homme solitaire, une longue chevauchée, ça laisse bien des possibilités ! Chacune va tenter sa chance.

Dans ce Lucky Luke, lu en anglais (pour me mettre à fond dans le bain du Mois Américain), on s’éloigne du cow-boy que l’on a connu dans les récits de Morris. Lucky Luke est plus sombre que celui que j’ai connu à l’origine, mais cet air sérieux lui va bien.

Dommage qu’il n’y ait pas de dialogues avec Jolly Jumper et pas de comique de situation avec son fidèle destrier. C’est toujours une chose que j’aie apprécié dans ses aventures.

Anybref, cet album sent bon le western, le vrai, l’original, celui qui reste, malgré tout, familial. Nous ne sommes pas dans le réalisme d’un Bleuberry, pourtant, j’ai trouvé cet album plus sérieux, plus mature que les originaux ou ceux repris par Achdé.

L’histoire fait aussi la part belle à des bandits, croisés dans les anciens albums et l’auteur a ajouté quelques clins d’œils qui tilteront à ceux qui s’en souviennent encore. Notre Lucky Luke sera vraiment dans une belle merde ! Quant aux filles, elles auraient mieux fait de réfléchir et de ne pas jouer le mauvais chameau.

Il ne faut jamais oublier que le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont une flingue chargé et les autres… Et certains possèdent la puissance de feu d’un torpilleur !

Sans être fan des dessins, je dois reconnaître que l’auteur a réussi à rendre expressif les visages et que l’utilisation de tons monochromes (oranges, rouges, jaunes) donnaient vraiment l’impression de se trouver dans un album de Morris.

Le récit est riche de péripéties, d’action, de retournements de situation, et en 68 pages, il y a moyen de s’amuser, d’aller plus loin et de ne pas courir pour terminer l’album dans les cases imparties.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°30] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 68 pages).

Calvin et Hobbes – Tome 5 – Fini de rire ! : Bill Watterson

Titre : Calvin et Hobbes – Tome 5 – Fini de rire !

Scénariste : Bill Watterson
Dessinateur : Bill Watterson

Édition : Hors collection (1993/2010)

Résumé :
Calvin est un petit garçon comme les autres qui adorent se raconter des histoires. Il imagine des aventures extraordinaires avec tigre en peluche, Hobbes, doué de parole.

Une création originale de Bill Watterson, qui a su séduire un large public par son inventivité, son humour et son intelligence.

Critique :
Ah, ces chers amis que sont Calvin & Hobbes ! Ce petit garçon effronté qui n’aime pas l’école et son tigre philosophe…

Leurs réparties sont toujours pleines d’humour, de réflexions sur la vie, la société, l’école…

C’est décalé, tendre, humoristique et plein de bon sens.

Entre la mère qui n’en peut plus, le père qui manie les sarcasmes autant que le tigre Hobbes et Calvin, ce sale gamin paresseux, qui n’aime pas se laver, se lever, aller à l’école, en vacances, qui est un peu cupide, emmerdeur, râleur, de mauvaise humeur, tyrannique…

Non, on ne voudrait pas Calvin comme gamin, pourtant, il est aussi blagueur, rêveur, naïf et bourré d’imagination puisque sa peluche est son meilleur ami et qu’il a des conversations hautement intelligentes avec.

Je me suis bien amusée avec les gags sous la neige ou ceux avec Rosaline, la baby-sitter. La pauvre fille, obligée de garder ce garnement de Calvin, jamais à court d’idées vaches pour aller dormir plus tard, obtenir des pizzas et un magnéto (les plus jeunes iront demander à Gogole ce qu’est un magnéto).

Dans son impatience de manger ses céréales afin d’avoir 4 preuves d’achat pour obtenir une casquette à hélice, Calvin est de nouveau drôle, rusé et impatient. Et le final est tellement vrai !

En fait, Calvin et moi avons un point commun : nous détestons l’école ! Moi aussi je m’emmerdais ferme le dimanche, alors que j’aurais aimé faire des tas de choses durant les quelques heures de liberté chérie qu’il me restait avant d’aller manger, me laver et au dodo. Comme lui, je tournais en rond et bingo, le lundi matin, j’avais plein d’idées d’occupations, mais c’était trop tard…

Calvin et moi, nous sommes des incompris… Moi non plus j’aimais pas les devoirs à faire.

Encore un grand moment de philosophie de passé avec ce garnement de Calvin et ce diabolique tigre de Hobbes.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°78] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 61 pages).

Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette – 02 – À Knokke-le-Zoute ! : Nadine Monfils [LC avec Bianca]

Titre : Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette – 02 – À Knokke-le-Zoute !

Auteur : Nadine Monfils
Édition : Robert Laffont – La bête noire (10/06/2021)

Résumé :
Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague…

Enfin les vacances, direction Knokke-le-Zoute ! Le peintre Magritte et sa femme Georgette se préparent à savourer les plaisirs de la côte belge : promenades en cuistax, croquettes de crevettes et moules-frites.

Mais avant ça, ils profitent de la plage, bien installés dans leur transat. Un peu plus loin, les aboiements de leur chienne Loulou sonnent la fin du farniente.

En grattant dans le sable, elle a déterré une main. Une aubaine pour René et Georgette qui vont se livrer à leur plaisir secret : traquer le meurtrier.

Critique :
C’est armée de mon maillot, de ma pelle et de mon seau que j’ai entamé cette lecture.

Débarquant au Zoute, j’ai évité d’ouvrir ma gueule de peur que l’on se rende compte que j’étais une francophone et j’ai camouflé mon frio-box sous le sable, afin que le bourgmestre Lippens ne le repère pas… Monsieur le maire préfère que l’on dépense ses sous dans les restos plutôt que de venir avec son pique-nique.

Pour les néophytes, si vous allez au Zoute, la station huppée de la Côte Belge (ou Vlaamse Kust selon certains), jouez aux prout-prout ma chère, s’il vous plait ! Moi, je me suis faite repérer de suite… Heureusement que je voyageais aux côtés des Magritte. René à aussitôt précisé, en montrant ma photo : « Ceci n’est pas une wallonne ». Sauvée !

Si seuls les Belges comprendront mon intro, que cela n’empêche pas les autres de découvrir les folles enquêtes des Magritte car elles sont une bouffée d’air frais dans une journée. Non seulement vous allez manger belge, parler belge, mais enquêter belge ! Alors, nom d’une pipe, allez-y gaiement !

On ne révolutionnera pas les enquêtes policières faites par des détectives en herbe, on est dans un whodunit classique, mais ce sont les atmosphères entourant ce récit qui valent leur pesant de crevettes grises.

Ce qui est magnifique, dans ce récit, c’est la présence du couple Magritte. Moi qui ne m’intéresse pas à la peinture de ce compatriote, j’ai été tout de suite conquise par son personnage, ainsi que celui de sa femme. Quant à Carmen, leur femme de ménage, elle est décalée et personne n’aurait envie de l’avoir pour passer la loque à reloqueter dans sa maison.

Les décors installés par Nadine Monfils sont parfaits et sans avoir jamais mis les pieds au Zoute à cette époque, vous aurez l’impression d’y être, de fouler sa plage, de sentir le pluie tomber sur vous et lorsque la drache viendra (pluie abondante), vous saurez que vous êtes dans le plat pays qui est le mien (plat uniquement au Ch’Nord, hein !).

Cette fois-ci, je n’ai rien vu venir dans le final, j’ai suspecté tout le monde, une fois de plus, échafaudé des scénarios tarabiscotés et pourtant, une fois éliminé l’improbable, ce qui restait, était la vérité. Merci Jackie d’avoir un aussi bon flair ! Sans leur chienne, les Magritte piétineraient encore.

Magritte n’a rien d’un Holmes Poirot, il trouve souvent par hasard, suite à un coup de pouce, ce qui rend l’enquête encore plus réaliste puisqu’elle ne le transforme pas en super détective tel un Columbo à l’imper impeccable.

Mon léger petit bémol sera pour le fait qu’on aurait pu complexifier la résolution finale, puisque nous avions des morts en cascade et aller plus loin dans le récit, un peu à la manière d’Agatha, ajoutant des crimes aux crimes, certains profitant de l’occasion pour occire leur vieille tante, épouse…

L’auteure aurait pu exploiter un triangle intéressant, mais comme souvent, plus c’est simple et plus c’est réaliste. Elle a sans doute eu raison de ne pas complexifier le tout, même si j’adore quand c’est retors à souhait.

Une lecture qui aurait encore eu plus de goût sur une plage de la Flandre, avec les veneurs de boules de Berlin (ou de l’Yser), des odeurs de moules-frites plein les narines, du sable collant entre les orteils et un goût salé sur les lèvres, mais dans le canapé, ça le faisait très bien aussi.

J’espère que ce duo reviendra parce qu’il m’enchante. Une petite visite à la Wallonie et à es patois serait des plus génial, mais là, faudra sans doute sous-titrer et pas que pour les lecteurs de France et de Navarre ! J’ai beaucoup de mal avec les patois qui ne sont pas de mon bled. Comme tout le monde.

Un très bon roman policier qui se construit autour des tableaux de Magritte, qui sent bon la belgitude, qui fleure bon les références littéraires.

Les dialogues sont croustillants, savoureux, rempli d’expressions de chez nous (que vous comprendrez, sinon, Google est là) et le surréalisme, sans jamais devenir lourd ou débile. C’est frais, c’est rempli de soleil, de pluie revigorante, de personnages ayant existés (Hergé, ici) et c’est une lecture détente qui fait un bien fou au moral.

Remboursé par la Sécu, en plus (uniquement pas les bonnes mutuelles Belges). Une super LC avec ma copinaute Bianca qui s’est laissée porter par le récit elle aussi et son avis rejoint le mien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°24] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°77].

 

Le bouquin des méchancetés et autres traits d’esprit : François-Xavier Testu

Titre : Le bouquin des méchancetés et autres traits d’esprit

Auteur : François-Xavier Testu
Édition : Robert Laffont Bouquins (2014) – 1184 pages !

Résumé :
La méchanceté est un art à la condition d’être drôle et inspirée. Préfacé par un maître du genre, Philippe Alexandre, cet ouvrage offre le florilège le plus complet et jubilatoire qui soit des traits d’esprit, saillies, épigrammes et autres « vacheries » qui ont jalonné l’histoire littéraire, mondaine et politique de l’Antiquité à nos jours.

Certaines époques et certains milieux se sont particulièrement illustrés dans cet exercice vivifiant : les cercles littéraires des XVIe et XVIIe siècles, les salons et la cour de France au siècle des Lumières, le monde politique et la société mondaine de la IIIe République, l’Angleterre postvictorienne, la grande période hollywoodienne de l’entre-deux-guerres…

Autant de moments où la liberté d’esprit et une lucidité aiguisée se sont exprimées sans crainte de démystifier et tourner en ridicule les figures installées du conformisme intellectuel et de l’académisme pontifiant.

Parmi les experts en la matière, on trouve de grands hommes d’État. Clemenceau, l’un des plus féroces, disant à propos du président de la République, Félix Faure, qui venait de mourir : « En entrant dans le néant, il a dû se sentir chez lui. »

Critique :
J’ai toujours adoré les gens qui avaient de la répartie et qui, sans réfléchir, savaient lancer des traits d’esprits dignes des flèches les plus mortelles, crucifiant leurs interlocuteurs en une simple phrase.

C’était tellement plus intelligent ce que Chirac répondit à celui qui le traita un jour de « Connard » que ce que lança Sarkozy à celui qui avait refusé de lui serrer la main.

Après la réplique de Chirac, l’insulteur n’avait plus qu’à aller se terrer dans un tour de souris pour les 1.000 prochaines années. Tandis qus Sarko n’est pas sorti grandi de sa réplique « Casse-toi, pauv’ con ! ».

Évidemment, ces 1184 pages ne se lisent pas comme on lirait un roman, vous risqueriez une indigestion carabinée. Non, ça se feuillette tous les soirs, avant d’aller au lit, afin de picorer quelques belles réparties cinglantes ou juste piquantes.

Cela fait plus d’un mois que je picore et que je tente de retenir les plus intelligentes afin de les ressortir un jour (je ne passerai jamais à la postérité).

Dans ces pages, il y a des illustres très connus et des illustres inconnus (par moi)… Je vous avouerai que j’ai pris plaisir à lire les vacheries ou les bons mots des personnalités connues telles que De Gaulle, Chirac, Mitterrand, Oscar Wilde, Winston Churchill, Groucho Marx, les rois Louis …. que ceux des inconnus (et ce n’était pas le trio d’humoristes bien connu).

Je préciserai que les citations sont remises dans leur contexte : on a donc parfois droit à tout un dialogue avant de découvrir la méchanceté ou alors, l’auteur ajoute une note explicative afin que l’on comprenne le fin mot qui a été dit.

Winston Churchill: Churchill avait accepté comme une corvée de présider un dîner que donnait son gendre, Christopher Soames. Comme il l’avait craint, l’assistance fut extrêmement ennuyeuse. Le maître de maison tenta de relancer une conversation assez morne, et demanda à son beau-père quel avait été, pendant la Seconde Guerre mondiale, le personnage qui lui avait fait la meilleure impression.
« Mussolini », répondit Churchill.
Ce fut une grande surprise dans l’assistance. Comme on lui demandait de s’expliquer, il dit : « Il a fait fusiller son gendre. »

Pas de panique devant les personnalités qui ne vous diraient rien, telle Hélène Chrisoveloni, princesse Soutzo (l’exemple au hasard), chaque personnage est précédé d’une courte biographie (ou plus longue pour les plus illustres) qui vous expliquera l’essentiel.

Les dernières pages seront consacrées à des méchancetés anonymes extraites d’ouvrages du XVIe et XX siècle. Certaines auraient pu finir en blagues.

Si certains traits d’esprits m’ont fait rire, sourire, ou siffler d’admiration, d’autres ne m’en même pas touchés une (et l’autre n’a pas bougé, bien entendu).

Hélas, l’excès nuit en tout et trop, c’est trop ! Il y a parfois trop de blablas avant d’avoir le trait d’esprit (puisqu’il est nécessaire de le remettre dans son contexte) et lorsqu’après avoir lu toute une tartinée, vous vous trouvez face à un trait d’esprit assez pauvre, ou qui fait pchiiitt, c’est assez rageant.

Il est un fait que ce qui pouvait choquer ou être une répartie acerbe aux temps jadis, peut très bien avoir perdu de son mordant à notre époque.

C’est un ouvrage dont il faut picorer les bons mots, bien choisir le personnage qui les dit et à ce propos, une index des personnages cités n’aurait pas été du luxe.

Lu dans son édition Robert Laffont Bouquins de 1184 pages !

Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

L’Arabe du futur – Tome 1 – 1978-1984 : Riad Sattouf

Titre : L’Arabe du futur – Tome 1 – 1978-1984

Scénariste : Riad Sattouf
Dessinateur : Riad Sattouf

Édition : Allary (2014)

Résumé :
Un roman graphique où Riad Sattouf raconte sa jeunesse dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez al-Assad.

Né en 1978 d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf grandit d’abord à Tripoli, en Libye, où son père vient d’être nommé professeur.

Issu d’un milieu pauvre, féru de politique et obsédé par le panarabisme, Abdel-Razak Sattouf élève son fils Riad dans le culte des grands dictateurs arabes, symboles de modernité et de puissance virile.

En 1984, la famille déménage en Syrie et rejoint le berceau des Sattouf, un petit village près de Homs. Malmené par ses cousins (il est blond, cela n’aide pas…), le jeune Riad découvre la rudesse de la vie paysanne traditionnelle.

Son père, lui, n’a qu’une idée en tête: que son fils Riad aille à l’école syrienne et devienne un Arabe moderne et éduqué, un Arabe du futur.

Critique :
Cela faisait longtemps que j’entendais parler de cette bédé graphique et j’ai eu envie de découvrir la jeunesse de l’auteur en Lybie avant de se retrouver en Syrie.

Pas facile d’éduquer un enfant lorsque les parents sont issus de cultures différentes. La mère est Française et le père est Syrien.

Libéral, Abdel-Razak Sattouf ne pratique pas la religion mais est pétri de contradiction car il est interdit de manquer de respect à Dieu.

Dans la Lybie de Kadhafi, personne ne meurt de faim, tout le monde a un travail et un toit sur sa tête… Oui, mais à quelles conditions ! Horribles…

Les maisons ne peuvent posséder de serrure et elle appartient au premier qui entre dedans (même si vous y étiez avant), pour la nourriture, ce sont des colis et c’est pas la gloire, quand au travail, on dirait que personne ne bosse sur les chantiers et en plus, demain, on peut vous permuter avec un autre travailleur. Vous étiez prof et demain vous pouvez être paysan. Le paysan fera votre job de prof.

Je ne suis pas fan des dessins, mais ils donnent un petit air amusants aux situations qui ne le sont pas toujours. Les tons monochromes changent selon le pays où se déroule l’histoire et ne m’ont pas dérangés durant la lecture.

Ce qui m’a gêné un peu, ce sont les comportements des différents personnages. La mère de Riad est quasi muette, ne se rebelle jamais, ne donne jamais son avis, elle est aussi transparente qu’une ombre alors qu’il y a des situations où elle aurait dû se rebeller.

Son père est pétri de contradictions, adorateurs des dictateurs, de la guerre (mais il a fait en sorte de ne pas faire son service militaire), beau parleur, rêveur et pense que tous les français sont racistes alors que lui même traite les Africains de Négros.

Quant aux enfants qui croiseront la route du petit Riad en France, ils ont l’air d’être tout droit sorti d’un asile psychiatrique…

Ok, à 4 ans, nous ne devions pas être des enfants intelligents, mais ici, même leurs comportements sont totalement barrés. À la limite de la glauquitude et du malaise. Non, je ne me souviens pas de mes 4 ans, encore moins de mes 6 ans, si je devais les illustrer, je serais bien en peine de le faire, n’ayant plus de souvenirs. Riad Sattouf a, par contre, une excellente mémoire, lui !

Les clichés sont eux aussi de mises. Les années 70/80 étaient un magnifique terreau pour que les commentaires sexistes poussent comme des chiendents et le grand-père du petit Riad a du recevoir de l’engrais à fond !

Je ne sais si l’auteur a voulu illustrer la mentalité de l’époque, la présenter comme il la voyait avec ses yeux d’enfant où si son grand-père maternel était ainsi…

Pareil pour sa grand-mère paternelle et le frère aîné de son père qui réunissent, à eux seuls, bien des clichés, sans pour autant les rendre drôles. Les adultes paraissent toujours bizarres aux yeux des enfants, mais là, ils m’ont paru bizarre à l’adulte que je suis. Et lorsqu’ils arriveront en Syrie, ce sera encore pire !

En tout cas, l’auteur a bien illustré le changement de comportement de son père, une fois de retour dans son pays natal après 17 ans d’exil. La pression de la famille, la peur de ne pas faire comme les autres le pousseront à adopter les comportements, les réflexions, les habitudes vestimentaires des syriens, à répéter leurs idées préconçues, à voir Satan partout, surtout dans les femmes…

En lisant cette bédé, j’ai appris plein de choses sur la vie en Tunisie et en Syrie… À se demander ce que le père du petit Riad trouvait de chouette à vivre là-bas, hormis le gros salaire qu’il touchait en Tunisie, pour le reste, sa vie aurait été meilleure en France, mais jamais il ne fera l’effort de s’y installer, préférant ne voir que ce qui l’arrange. Une mauvaise foi pareille, c’est affligeant ! À tel point que ça devenait lourd au fur et à mesure de ma lecture.

Pour les clichés, je reste dubitative… Étaient-ils réels (et alors, ce n’étaient pas des clichés), était-ce juste les souvenirs brumeux de l’enfant qu’était Riad Sattouf ou sont-ils juste ce que la majorité des occidentaux pensaient des musulmans dans les années 80 ? Je ne le saurai sans doute jamais…

Je n’ai rien contre les stéréotypes quand ils sont utilisés à bon escient pour faire rire (comme dans Astérix), pour piquer ceux qui les utilisent encore et toujours… Ici, c’était un vrai festival et j’étais contente d’arriver à la fin de cette lecture car cela devenait lourd.

Pas tout à fait conquise par cette bédé, malgré tout, je continuerai à lire la suite dès que l’occasion se présentera afin de savoir comment tout cela va finir…

Le père de Riad va-t-il enfin arrêter sa mauvaise foi horripilante et sa conversion religieuse (lui qui ne croyait en rien et mangeait du porc en France) ? Sa mère va-t-elle enfin entrer en révolution ?

Le loup en slip – Tome 5 – Le loup en slip passe un froc : Wilfrid Lupano, Mayana Itoïz et Paul Cauuet

Titre : Le loup en slip – Tome 5 – Le loup en slip passe un froc

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Mayana Itoïz

Édition : Dargaud (06/11/2020)

Résumé :
Le Loup a le moral au fond du slip. De retour de vacances, il constate que la mode est au slip Dulou®. Partout dans la forêt, on arbore fièrement son slip qu’il aime tant. Le Loup se sent lésé : normalement, il est le seul à le porter.

Mais là, avec ces slips à rayures qui fleurissent dans la nature… il a l’impression d’avoir perdu son identité.

C’est décidé, on ne l’y prendra plus ! Le Loup se débarrasse du slip : plutôt se les geler que de porter ce slip rayé. Mais le Loup sans slip… est-il encore le Loup ? Et que devient le slip du Loup… sans Loup ?

Sous couvert de la mode du slip, Wilfrid Lupano et Mayana Itoïz abordent avec maestria les dérives de la société de consommation, le sentiment d’appartenance et le développement de la personnalité.

Une aventure jubilatoire et raisonnée, pour les petits et leurs aînés.

Critique :
Lorsqu’on repense à nos années d’école, on se souvient tous et toutes que certaines marques de vêtements étaient plus populaires que d’autres…

Ne pas être habillé en Millet®, Donaldson®, Chipie®, Chevignon® (ou autres noms célèbres bien plus modernes) nous exposait à ne pas être accepté(e), à être ringard(e), exclu(e) de tout…

Si à 12 ans t’avais pas ton pull Chevignon®, t’avais loupé ta vie ! Pour leur défense, ils faisaient de la top qualité puisque je possède encore mes pulls de cette célèbre marque (célèbre pour les quarantenaire) et que j’arrive encore à rentrer dedans (faut juste éviter de se contorsionner).

L’année scolaire suivante (ou 2 ans après), une autre marque avaient les faveurs de ce qu’on nommerait maintenant « influenceurs » et c’était repartit pour un tour : les marques d’avant devenaient ringardes, fallait acheter les nouvelles et ainsi de suite…

C’est cette société de consommation que Lupano vise dans cet album-ci. Cette société de consommation qui fait de vous des gens « in » ou des gens « out », si vous ne suivez pas la mode, que vous vous en fichez ou que vous n’avez pas les moyens.

Gardez bien à l’esprit qu’on est toujours le ringard d’un autre et que l’on peut trouver plus ringard que soi… La tristesse affichée sur votre visage, parce que les autres vous excluent, pour cause de non port d’un vêtement d’une marque spécifique, deviendra rictus de gêne si un plus ringard que vous vient vous adresser la parole…

Notre pauvre loup est donc dépité, à son retour de vacances, de constater que tout le monde porte un slip Dulou®, le même que le sien, sauf que les copies ne sont pas en laine comme le sien, qu’elles ne sont pas chaudes, ni tricotées main. C’est de la production de masse.

Les plus jeunes s’amuseront avec la légèreté du ton, avec la situation comique de toute la forêt portant des slip rouges à rayures blanches (ou le contraire ?) alors que l’adulte trouvera que la légèreté de ton n’est qu’apparente, camouflée et que le sujet est brûlant

Mon seul bémol sera pour le fait qu’on aurait pu aller plus loin et parler d’ateliers clandestins, de travailleurs sous-payés, exploités, de matière première prise en dépit de tout, notamment de la Nature…

Les 40 pages ne suffisent pas pour approfondir plus le sujet et sans doute n’était-ce pas la volonté des auteurs qui ont préférés nous montrer la vacuité des modes qui changent tellement vite que les vêtements n’ont même pas le temps de s’user et nous faire comprendre que nous avions tous et toutes l’air bêtes en portant les mêmes vêtements, sans tenir compte du reflet de notre propre personnalité.

Le loup sans son slip n’est plus le loup, ils sont complémentaires, il fait partie de lui, de sa personnalité propre, mais pas de celle des autres animaux.

Malgré mon bémol, cet album est très bien, moins corrosif que les précédents, moins cynique que ce à quoi Lupano m’a habitué. J’aurais aimé le voir plus mordant…

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 40 pages) et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°70].