Le Gibier : Nicolas Lebel

Titre : Le Gibier

Auteur : Nicolas Lebel
Édition : Le Masque (10/03/2021)

Résumé :
La journée du commissaire Paul Starski commence assez mal : son épouse demande le divorce, son chien adoré est mourant et une prise d’otages l’attend dans un appartement parisien.

L’âme morose, il se rend sur place avec sa coéquipière, la glaciale et pragmatique Yvonne Chen, et découvre les corps d’un flic à la dérive et d’un homme d’affaires sud-africain.

Critique :
Quoi de plus naturel, après avoir lu « La chasse » que d’enchaîner sur « Le gibier » ? C’est dans l’ordre naturel des choses.

La chasse à courre m’a toujours fascinée… Non, pas dans le fait de traquer du gibier et de l’épuiser. Namého !

Juste dans le fait de galoper dans des bois, souvent privés, avec des chiens autour, au son des cors de chasse (mieux que les cors aux pieds).

Alors oui, le choix des titres de chapitres qui suivent le déroulement d’une chasse à courre, c’était bien vu de la part de l’auteur qui, dans ce roman, nous fait douter de qui est le gibier et qui est le chasseur.

J’avais été déçue que ce nouveau roman ne soit pas avec le capitaine Mehrlicht, j’étais même prête à arrêter de respirer tant qu’il n’entrait pas dans la danse, mais j’ai vite rangé mes envies de Kermit la grenouille, car cette enquête n’était absolument pas pour Mehrlicht !

Pas dans ses cordes, Mehrlicht n’avait pas le caractère adéquat, tandis que le commissaire Strarski, oui. Non, non, pas de Hutch avec lui, mais la lieutenante Yvonne Chen (on devrait coller des procès aux parents qui ont nommé cette asiatique Yvonne).

L’un est guidé par ses sentiments, l’autre est froide comme un iceberg et pragmatique au possible. Et oui, le duo marche très bien et joue avec l’humour dans leurs dialogues. C’est toujours ce que j’apprécie chez l’auteur : son humour. D’ailleurs, j’ai bien ri avec la scène à la fourrière.

Cette histoire comment comme un polar dans la plus pure tradition du style : un double suicide (ou meurtre ?) en chambre close. Puis, tout doucement, le train bifurque pour prendre une autre voie, entraînant son lecteur à sa suite avant de totalement révolutionner le tout en faisant exploser ses certitudes.

Ayant été à bonne école avec des auteurs qui révolutionnaient le polar en fuckant toutes les règles (Agatha Christie et Franck Thilliez, pour ne pas les citer), j’ai senti où se trouvait la couille dans le pâté et c’était bien vu de ma part.

Bon, ça m’a tué une partie du roman, de comprendre avant tout le monde, puisque j’ai échappé au coup de masse sur la tronche et que j’aurais aimé me le ramasser dans ma gueule de lectrice…

Dans les séries télés, j’accuse toujours tout le monde sans trouver le coupable et là, dans ce polar révolutionnaire de Lebel, j’ai été plus lucide qu’une voyante du même nom. C’est ballot, ça (long soupir).

Malgré ma perspicacité, c’était bien vu de la part de l’auteur de ne pas suivre les sentiers battus du polar et d’offrir à ses lecteurs une enquête bourrée de chausse-trappes, de fausses pistes, de coups de putes et de nous faire courir un peu partout dans la forêt afin de nous perdre avant l’hallali final et la fameuse curée.

C’était une bonne curée ♫ (mes excuses à Annie Cordy) ! Le récit était addictif et intelligent. Quant aux personnages, ils étaient parfaitement à leur place, réalistes et attachants.

Après cette lecture, j’avais une envie folle de manger du gibier (qui n’est pas ma tasse de thé). Ça tombait bien, il me restait, au congélo, des tournedos de chevreuil, en provenance d’une super boucherie où l’on peut acheter de la viande les yeux fermés et on les a mangés avec une petite sauce échalote/vin rouge de derrière les fagots, le tout arrosé de quelques verres d’un vin de Graves de 6 ans d’âge. Une tuerie, ce repas !

Nicolas Lebel, le seul auteur qui te donne envie d’aller chasser le gibier, à mains nues dans une forêt profonde, en hurlant « ADRIAAANNNNE », tel un Rambo déchaîné, le couteau entre les dents, mon colonel. Ou tout simplement d’écouter des cors de chasse, le soir, au fond des bois.

PS : avant de commencer ce roman, faites comme moi, ne lisez pas le 4ème de couverture sur les sites, il est bien trop bavard !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°09].

Tout le bleu du ciel : Mélissa Da Costa [LC avec Bianca]

Titre : Tout le bleu du ciel

Auteur : Mélissa Da Costa
Édition : Le Livre de Poche (2020) – 838 pages

Résumé :
Petiteannonce.fr : Émile, 26 ans, condamné à une espérance de vie de deux ans par un Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) pour partager avec moi ce dernier périple.

Émile a décidé de fuir l’hôpital, la compassion de sa famille et de ses amis. À son propre étonnement, il reçoit une réponse à cette annonce.

Trois jours plus tard, avec le camping-car acheté secrètement, il retrouve Joanne, une jeune femme, qui a pour seul bagage un sac à dos, un grand chapeau noir, et aucune explication sur sa présence. Ainsi commence un voyage stupéfiant de beauté.

À chaque détour de ce périple naît, à travers la rencontre avec les autres et la découverte de soi, la joie, la peur, l’amitié, l’amour qui peu à peu percent la carapace de douleurs d’Émile.

Critique :
Si l’on vous annonçait que vous n’aviez plus que pour 2 ans à vivre, que feriez-vous ? Sachant que la maladie qui vous frappe de plein fouet dans votre jeunesse est un Alzheimer précoce…

Émile à 26 ans et est condamné à mourir dans un hôpital, sa mémoire fichant le camp au fur et à mesure. Lui, ce qu’il veut, c’est voyager et mourir ailleurs qu’à l’hosto. Il achète donc un camping-car et passe une petite annonce pour avoir un compagnon de voyage. Ce sera une jeune fille : Joanne.

Lorsque je suis montée dans ce camping-car, je m’y suis sentie bien, même si l’histoire ne roulait pas vite, même si l’histoire était constituée de phrase somme toute banales. De poncifs, de gestes du quotidien.

Les personnages me plaisaient, sans m’enthousiasmer et j’avais envie de tracer la route avec eux, de chausser mes godasses de rando et d’aller avec ma tente sur le dos faire un périple avec eux deux dans les Pyrénées. Bianca, qui faisait cette LC avec moi, est descendue à la première pompe d’essence et s’est enfuie en courant…

Ce roman a des airs de feel-good book, même si l’on se doute que l’on va lire la chronique d’une dégénérescence annoncée et que cela se terminera pas le décès d’Émile, sauf si les médecins se sont mis le doigt dans l’œil. Mais ça, se serait très con.

Effectivement, il ne se passe pas grand-chose dans ce gros pavé, l’auteure prenant la peine de nous décrire les gestes du quotidien, les repas, la cuisson des pâtes, la confection des salades, les achats de matériel pour la rando…

Rassurez-vous, il n’y a pas que ça ! Ce roman possède aussi ses petits moments d’émotions, ses petites touches de tendresse, de prises de conscience, cette amitié qui grandit et même de très grands moments remplis d’émotions larmoyantes.

Les descriptions des paysages sont bien présentes et cela donne l’impression d’être dans les Pyrénées, de marcher avec eux, de ressentir la soif, la fatigue. Là, je me suis retrouvée.

L’auteure a pris la peine de doter Émile et Joanne d’un passé et si celui d’Émile nous est divulgué assez vite, il faudra passer le cap de plus de la moitié pour apprendre ce qui rend Joanne aussi mélancolique. Joanna est un personnage très touchant, elle parle peu mais elle a une présence énorme dans ces pages.

Quant à Émile, il est encore plus touchant avec ses pertes de mémoires qui le rendent totalement perdu, presque fou de ne pas savoir ce qu’il fait là, triste d’avoir oublié ce qu’il  a fait ces deux derniers jours. Alzheimer n’est pas une maladie facile pour l’entourage et comme on oublie les souvenirs les plus récents, c’est Joanne qui va trinquer…

Bizarrement, l’extrême lenteur du récit ne m’a pas dérangée (contrairement à d’autres romans), même si, au bout d’un moment, la lassitude s’est installée (j’avais tout de même dépassé le cap de la page 560). Trop long, c’est trop long (je vous offre cette pensée philosophique de haut vol).

Ce sera mon plus gros bémol pour cette lecture : 838 pages, c’est trop ! Il y avait moyen de nous expliquer le périple de nos deux compagnons de voyage avec 250 pages de moins, ce qui aurait donné plus de rythme au récit. Le début est poussif, c’est là que j’ai perdu ma copinaute de lecture…

Pourtant, le voyage était intéressant à faire car il n’était pas qu’un simple voyage au gré des envies de nos deux compagnons, non, c’était surtout un voyage à l’intérieur d’eux-mêmes, une introspection, afin de perdre tout ce qui n’était pas bon pour leur esprit, leur coeur. Une sorte de grand nettoyage de printemps dans leur tête, une vidange de tout ce qui leur broyait le cœur et leur donnait des idées noires.

Ce voyage était initiatique pour eux deux et le pari fut réussi. À nous de faire sortir les scories de nos esprits et de ne garder que le plus beau, le plus lumineux, le plus agréable de nos vies.

Lu dans sa version Livre de Poche de 838 pages.

Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Le Prieuré de l’Oranger : Samantha Shannon

Titre : Le Prieuré de l’Oranger

Auteur : Samantha Shannon
Édition : de Saxus Fantasy (31/10/2019) – 958 pages
Édition Originale : The Priory of the Orange Tree (2019)
Traduction : Charlotte Lungstrass-Kapfer

Résumé :
Un monde divisé. Un reinaume sans héritière. Un ancien ennemi s’éveille. La maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans.

La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle…

Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages.

Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela.

De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues.

Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence. Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil…

Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces.

Critique :
♫ La Mère, voici le temps venu, D’aller prier pour notre salut, le Sans-Nom est revenu ♪
♪ Le Saint, tu peux garder ton vin ♪ Ce soir on boira notre chagrin ♪ le Sans-Nom est revenu ♪
♫ Toi la reine Sabran, Tu peux sortir tes dents ♪ Les dragons sont revenus ♪

La première chose qui a attiré mon œil sur ce roman, c’est sa magnifique couverture ! Une œuvre d’art. La 2ème c’est que ce roman était best-seller du New-York Times puis j’ai lu la mention « Mérite d’avoir autant de succès que GOT ». Allez hop, vendu !

N’est pas Georges R.R. Martin qui veut… Si l’univers développé par l’auteurs est riche, si ses personnages sont nombreux, si les femmes sont mises en avant et si on a des intrigues de pouvoir, on est loin tout de même des intrigues étoffées de GOT, de ses personnages marquants et de ses salopards flamboyants !

Le début du roman fut assez laborieux, je ramais entre les différentes régions de l’Est et de l’Ouest, face à tous les personnages et les 300 premières pages ont été lues à la vitesse d’un escargot asthmatique, ce qui est rare chez moi, étant donné que j’ai dévoré des pavés de plus de 600 pages en deux jours à peine.

Pour que je préfère regarder une rediffusion de « Petits meurtres en famille » (que je connais) au lieu de lire ce pavé, est un signe qui ne trompe pas : je m’y ennuie ! Pour que je préfère aller repasser mon linge, moi qui déteste ça, c’est un encore plus un signe qui ne trompe pas : je m’emmerde ! L’introduction est fort longue et sans des moments un peu plus excitants, je pense que j’aurais été voir ailleurs.

Certes, il fallait présenter l’univers dans lequel nous allions évoluer, mettre tout en place, mais il y avait peut-être moyen de le faire moins long ou de mieux incorporer ces moments creux dans le récit général, au fur et à mesure. Le récit est dense, on suit plusieurs trames scénaristiques et au départ, il y a assez bien d’informations à retenir et à digérer.

À l’Est, en Seiiki, on vénère les dragons et des dragonniers chevauches des dragons d’eau, tandis que dans l’Ouest, en Yniss, on chasse et on craint les dragons.

De plus, dans l’Ouest, la religion se nomme Vertu, elle a ses règles très strictes et ceux qui la pratique aimeraient que tout le monde ait cette religion car c’est la Vérité. Ça ne se discute même pas. Dans l’Est, au contraire, on a une autre véritable Vérité et elle remet en cause les textes sacrés et les mythes que cela a créé. Ailleurs, ce sont des autres croyances…

— Ce décret a mille ans, répondit sèchement Sabran. Le Saint a écrit de sa main que toutes les autres croyances ne sont que mensonges.
— Ce n’est pas parce qu’on a toujours fait quelque chose qu’on doit absolument continuer.

Les problèmes entre les religions est un des points que j’ai apprécié dans ce roman car ils avaient des senteurs que nous connaissons bien, quand des gens très pieux considère les croyances des autres comme hérétiques, persuadés qu’ils sont meilleurs que les autres alors qu’ils n’ont aucune tolérance ou courtoisie pour autrui, bien que la tolérance et la courtoisie soient de leurs vertus.

— La piété peut transformer ceux qui ont soif de pouvoir en véritables monstres, prêts à distordre n’importe quel précepte pour justifier leurs actions, affirma Ead.

— En effet. » Elle sirota un peu de son vin. « Je suis sûre que vous apprécieriez énormément la compagnie d’une hérétique.
— Nous ne vous définissons plus de la sorte. Ainsi que je vous l’ai promis dans ma lettre, ces jours sont révolus.
— Je constate qu’il n’a fallu à la maison Berethnet qu’un petit millénaire et une crise majeure pour suivre ses propres enseignements concernant la courtoisie. 

La solidarité ne devient intéressante que lorsque l’on est le dos au mur et que l’on a besoin des autres pour vaincre l’ennemi commun. Pourtant, c’est bien connu que l’union fait la force… C’est plus facile de le prendre comme devise que de l’appliquer, bien entendu.

Une autre chose que j’ai apprécié, c’est que certains personnages ont évolués, passant de « chieurs nés » à « personnage avec ses blessures et ses faiblesses » que l’on arrivait à comprendre et puis à apprécier.

Le reste est de facture classique avec le retour d’un Grand Méchant qui se nomme le Sans Nom, une prophétie, des mensonges racontés depuis des siècles, des élus, des armes magiques pour le terrasser et une alliance entre plusieurs peuples que tout sépare, notamment les croyances…

Sauf en ce qui concerne le féminisme, bien mis en avant, puisque l’on a un reinaume gouverné par des femmes depuis des siècles et que les personnages féminins ne sont pas des créatures apeurées ou stéréotypées. Malgré tout, les femmes sont toujours ramenée à leur but primaire : pondre des enfants !

Un bon point aussi pour le fait que les amours n’étaient pas que Homme/Femme mais aussi homosexuelles (hommes ou femmes). Un petit pas qui pourrait déboucher sur un grand pas… Qui sait ?

Hélas, ce qu’il a manqué le plus, dans ce roman, ce sont les émotions provoquées par le récit et celles que l’on aime ressentir pour certains personnages. Ici, que dalle, nada. Même si j’en ai apprécié quelques uns, ils ne marqueront pas mon esprit comme d’autres le firent, même en ne parlant que du genre fantasy.

La saga de « L’épée de vérité » (Terry Goodking) n’était pas exempte de lourds défauts (dichotomie, manichéisme, violences, tortures, bienséance dans ses rapports H/F et personnages « Mary & Gary Stu »), mais elle avait de la flamboyance et m’avait apportée des émotions à foison. Ce qui a manqué cruellement dans le prieuré, alors qu’il n’avait pas les défauts de la saga de Goodking. Comme quoi…

Il est aussi un équilibre difficile à atteindre dans les finals : trop longs, on n’en voit pas le bout et quand c’est trop court, on a l’impression qu’on s’est tapé des longs préliminaires pour que se retrouver avec un bouquet final qui se termine bien trop vite. Tout ça pour ça ?? 50 pages à tout casser ? J’aurais aimé que cela durât plus longtemps.

C’est mitigée que je ressors de cette lecture dont l’équilibre du scénario n’était pas atteint. Trop de langueurs monotones au départ, des personnages agréables mais sans être marquants et un combat final qui se termine bien trop vite.

Des critiques élogieuses de ce roman se trouvent sur Babelio et je vous invite à aller les découvrir. J’aurais aimé ressentir ce que les autres lecteurs/trices ont ressenti en lisant de pavé… Hélas, j’ai pris une toute autre direction.

Lu dans sa version publiée aux éditions De Saxus et faisant 958 pages (qui furent longues).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°05], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°73], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°68] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Peau d’Homme : Hubert et Zanzim

Titre : Peau d’Homme

Scénariste : Hubert
Dessinateur : Zanzim

Édition : Glénat 1000 feuilles (22/04/2020)

Résumé :
Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant.

Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout.

Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d’un jeune homme à la beauté stupéfiante.

Elle peut désormais visiter incognito le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel. Mais dans sa peau d’homme, Bianca s’affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l’amour et la sexualité.

Critique :
Je ne ferai pas dans la dentelle : voilà une bédé intelligente qui traite de la condition de la femme et de l’homosexualité de manière très sensible, avec élégance et beaucoup de finesse.

Cette histoire, c’est une véritable satire sociale qui, à l’aide du fantastique, met en avant les inégalités hommes/femmes durant la Renaissance, en Italie (cela aurait pu être ailleurs).

La religion, très présente dont le prêtre fanatique accuse les femmes d’être des succubes, des démons, des filles de joie, faciles, bref, on est des putes.

Quant à ce qu’Angelo, le prêtre blond (et frère de Bianca) pense de l’homosexualité, ce n’est pas mieux, pour lui, c’est Sodome et Gommhore et il ne souhaiterait qu’une seule chose, c’est que les flammes de l’enfer (ou divines) s’abattent sur ceux qui s’ébattent.

Bianca est un personnage que j’ai adopté d’emblée. Elle a du caractère, des pensées assez libertaires pour l’époque (mais pas anachroniques) et, en passant la peau d’homme, va comprendre que l’hypocrisie est de mise dans cette société où les amours homosexuels sont tolérés tant que ça reste pour l’amusement, puisque les filles sont sous bonne garde.

Si vos amis vilipendent les homosexuels ou font des plaisanteries égrillardes sur votre future épouse, vous ne les détrompez pas, vous hurlez avec la meute de peur qu’elle ne se détourne de vous. L’amour que vous éprouvez pour un homme doit être tu.

Les auteurs mettent bien en avant ce déséquilibre entre les droits des femmes et celui des hommes qui eux,, peuvent forniquer partout, à couilles rabattues, même, tandis qu’une femme sera punie si elle prend un amant. Lui sera un séducteur qui a des besoins et elle, une trainée, une Jézabel, une prostituée.

Je ne vous en dirai pas plus, juste qu’il faut lire cette bédé car on est dans le haut du panier, le très très haut du panier.

Les sujets traités sont toujours d’actualité (féminisme, droits humains, religions, homosexualité, émancipation), les gens sont toujours intolérants (et je ne parle pas d’intolérance au lactose ou au gluten), on n’a pas encore mis au point un vaccin pour leur ouvrir un peu l’esprit à la tolérance (ou du moins pour qu’ils foutent la paix aux autres).

Pas de manichéisme dans ce récit, les auteurs nous démontrent bien que les fanatiques commencent avec les minorités avant de s’attaquer à tout le monde. Tant que l’on est pas dans l’œil du viseur, on se moque de ce qui peut arriver aux autres, mais une fois que l’on est touché, alors on crie à l’injustice…

Bianca a beaucoup de courage, aller à contre-courant est toujours dangereux, on se retrouve souvent seul(e), les risques pris sont grands et la mise au bon de la société pend toujours au nez de ceux ou celles qui ont osé s’insurger contre le manque de droits pour les femmes ou les minorités.

La crasse est toujours dans l’œil qui regarde…

Une bédé engagée, intelligente et qui n’a pas oublié la pointe d’humour pour assaisonner le tout.

Les folles enquêtes de Magritte et Georgette – 01 – Nom d’une pipe ! : Nadine Monfils [LC avec Bianca]

Titre : Les folles enquêtes de Magritte et Georgette – 01 – Nom d’une pipe !

Auteur : Nadine Monfils
Édition : Robert Laffont La bête noire (06/05/2021)

Résumé :
C’était au temps où Bruxelles bruxellait…
À l’arrêt du tram, le célèbre peintre René Magritte, chapeau boule, costume sombre et pipe au bec, a une vision étrange : une jeune femme en robe fleurie, debout à côté de son corps ! Il en parle à Georgette, son épouse, et immortalise la scène dans un tableau.

Quelques jours plus tard, cette femme est retrouvée assassinée, avec une lettre d’amour parfumée dans son sac et un bouquet de lilas sous sa robe.

Critique :
« Ceci n’est pas une pipe », comme le disait si bien le président Bill Clinton à la commission d’enquête. Normal, c’était une fellation…

Pour Magritte, son célèbre tableau n’est en effet pas une pipe, mais la représentation d’une pipe puisqu’on ne sait pas la fumer…

Magritte comme je ne l’avais jamais vu ! N’étant pas fan de ses peintures (mais ne lui dites rien, hein !),  je ne me suis jamais attachée à en savoir plus sur l’homme. Le suivre dans une enquête était une expérience formidable car le ton du roman est décalé, déjanté, bourré d’humour et de bons mots qui sentent bon Bruxelles (on prononce Brusselles et surtout pas en accentuant le X).

Évidemment, moi, j’étais en terrain conquis, là où Bianca découvrait ma ville, son patois, ses bons mots, ses petites ruelles des Marolles… J’étais comme un poisson dans l’eau et pour lui éviter de buter sur des mots dont nous sommes les seuls à utiliser, je lui ai envoyé la traduction.

Rassurez-vous, ils sont facilement trouvable en demandant à Google, n’empêche pas la lecture ou la compréhension, que du contraire. En plus, cela donne au récit un goût d’authenticité unique en son genre. Vous serez à Bruxelles ! Mon seul bémol est que l’on ne sent plus l’odeur du chocolat s’échappant des usines Côte d’Or, mais ceci n’est pas la faute de Nadine Monfils.

Après la lecture hautement addictive et « cardiaquement » dangereuse de « 1991 », lire les folles enquêtes de Magritte et de son épouse ont été une bouffée d’air frais, un moment de bonheur intense, comme lorsque l’on déguste une praline en chocolat que l’on ne connaissait pas et qui tapisse votre palais de multiples saveurs toutes plus exquises les unes que les autres.

L’inconvénient, c’est qu’après avoir lu un Thilliez, j’ai suspecté tout le monde dans le roman de Nadine Monfils, en ce compris le chien de Magritte, un loulou de Poméranie…

La bête n’était pas coupable (sauf de gourmandise et de pisser sur le divan) et une fois remise sur les rails, je n’ai pas tardé à comprendre qui était coupable… Tout en me fourvoyant dans la chronologie des faits, mais ça, le dites à personne, hein.

Pour ma défense, j’avais tout de suite pensé à Qui-Vous-Savez alors qu’il a fallu l’hôtel Métropole à Magritte pour que son franc tombe… Hôtel Métropole qui n’existe plus, qui nous a quitté, faillite à cause du piétonnier et de la covid. C’était un lieu magnifique.

Dévoré en une seule journée, ce roman policier m’a mis le cœur en mode joyeux. J’ai bu des bières et causé avec Jacques Brel, tout en suivant les personnages hauts en couleurs, mis en scène par Nadine Monfils (mention spéciale à la femme de ménage).

On ne révolutionnera pas le polar avec l’intrigue, mais le récit apporte de la lumière et de la chaleur, du plaisir et des bons mots et, ma foi, c’est déjà beaucoup. Et puis, merde, c’était Bruxelles qui Bruxellait, les trams qui faisaient « ding », sans oublier le fameux tram 33 et les frites de chez Eugène, nom d’une pipe !

Je remercie ma copinaute Bianca de m’avoir proposé cette LC qui est plus que réussie. Sans elle, je pense que je n’aurais pas ajouté ce roman à ma gigantesque PAL, ce qui aurait été une erreur énorme car il se lit vite et il est tout simplement génial.

PS : encore une auteure qui est au courant, avant moi, de mes lectures en cours durant ma lecture de son roman…

Dans son récit, Nadine Monfils parce de Baudelaire (décidemment – cfr 1991 !) et du malaise qu’il fit sur les marches de la cathédrale Saint-Loup, à Namur, cathédrale que je connais bien pour être passée devant des milliers de fois. D’ailleurs, sur la place Saint-Aubin, il y a une magnifique taverne… Le café y était délicieux et l’on y mangeait bien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°02].

Les secrets de Cloudesley : Hannah Richell

Titre : Les secrets de Cloudesley

Auteur : Hannah Richell
Édition : Belfond Le cercle (03/10/2019)
Édition Originale : The peacock summer (2018)
Traduction : Julia Taylor

Résumé :
Quand un manoir de famille anglais recèle un terrible secret, celui des amours interdites entre une femme du monde et un peintre célèbre de l’après-guerre… Maggie, artiste de 25 ans, a mis les voiles pour l’Australie.

Un jour, un appel de l’hôpital : Lillian, sa grand-mère chérie, celle qui l’a élevée, vient d’avoir une attaque. Aussitôt, Maggie s’envole direction l’Angleterre et la petite ville de Clouds Green dans la campagne du Buckinghamshire.

Au chevet de Lilian, elle lui promet de la ramener chez elle, au manoir de Cloudesley. Mais Maggie se rend compte que la maison de son enfance a perdu de sa superbe : la poussière a colonisé les lieux, les fuites d’eaux et les dettes s’accumulent.

Au fil des années, la fortune de feu Charles Overton, riche marchand d’art, s’est réduite comme peau de chagrin et les promoteurs immobiliers rodent tel des vautours. La jeune femme est bien décidée à remuer ciel et terre pour sauver le domaine mais la tâche s’annonce ardue.

Elle ne sait pas encore qu’entre ses vieux murs, la demeure abrite un trésor mais aussi un terrible secret.

Car soixante ans auparavant, le temps d’un été, Lillian a connu une passion dévastatrice, dangereuse, et a vu sa vie basculer…

Maggie parviendra-t-elle à sauver Cloudesley ? La révélation du secret de Lillian lui permettra-t-elle de faire la paix avec son propre passé ?

Critique :
Au vu du résumé, ce roman n’était pas fait pour moi. Sans la chronique tentatrice de ma copinaute Bianca, jamais ce roman ne serait entré dans ma PAL.

L’histoire est tristement banale : une femme, Lillian, a épousé un homme (Charles Overton) qui n’était pas celui qu’elle pensait.

L’amour est à sens unique, dans leur couple, et son époux est du genre enfant gâté qui commande et à qui on ne refuse rien. Il est sadique, machiavélique et Lillian est sa possession.

Durant un été, Lillian va vivre une histoire d’amour torride avec un peintre nommé Jack. Non, non, pas le Jack qui meurt gelé à la fin de Titanic. Que Céline Dion arrête sa chanson !! Bien que le Jack, d’après les descriptions, pourrait être aussi sexy que Di Carpaccio dans le film avec l’iceberg.

L’art d’un auteur est d’arriver à sublimer une histoire vue et revue, lue des centaines de fois, afin d’emporter son lectorat avec son récit. Pas de doute, Hannah Richell a parfaitement réussi sa mission parce que dès les premières lignes, j’ai été happée par ce récit où s’entremêle deux époques bien distinctes.

La première nous est contemporaine. Maggie, jeune fille qui a foiré une partie de sa vie, revient à Cloudesley, magnifique bâtisse qui a connu ses heures de gloire et qui maintenant est comme Lillian, sa propriétaire : décrépite, fuitant de partout et en fin de vie, même s’il leur reste encore du souffle.

L’autre histoire (années 50) est celle de Lillian, la jeune épouse non comblée du propriétaire de Cloudesley, mariée à un tyran et qui va découvrir l’amour, le vrai, celui avec un grand A, celui qui emporte tout. Vas-y Céline, chante !

Oui, le récit faisait « convenu », je me demandais comment l’auteure allait réussir à sublimer une histoire aussi banale et pourtant, elle y est arrivée les doigts dans le nez (enfin, je n’ai pas été vérifier…).

La première chose essentielle était de réussir les personnages et c’est chose faite. Pas de wonder-woman dans ces pages, juste des femmes normales, avec leurs soucis, leurs emmerdes, bref, des portraits réalistes, attachants et non stéréotypés ou caricaturés.

Rien n’est simple, rien n’est facile dans la vie et Lillian a dû afficher devant les autres un visage souriant (♫ je vais bien, tout va bien ♪) car c’est ce que les gens voulaient voir.

Ben oui, comment ne pas être heureuse en ayant épousé un homme riche, encore séduisant malgré son âge et en vivant dans une aussi belle demeure que Cloudesley ? La cage était dorée, mais personne n’a jamais réussi à le comprendre, sauf Jack qui a observé (tel un Sherlock Holmes).

Mon seul bémol sera pour la fin qui paraît un peu précipitée, qui reste ouverte et dont j’aurais aimé que l’auteure la referme, même si, dans ma tête, je ne doute pas que Maggie puisse vivre, elle aussi, une belle histoire d’amour.

Sans jamais sombrer dans la guimauve à deux balles, l’auteure réussit à emporter son lecteur dans ce récit à deux voix, mêlant adroitement les deux époques, les souvenirs et les secrets remontant à la surface.

Un très beau récit, rempli d’émotions, tout en douceur à certains moments, tout en violence à d’autres, l’un contrebalançant l’autre, le tout dans des ambiances dignes des plus grands manoirs anglais. Bref, une réussite.

Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°66],  Le challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°68].

Agnès Grey : Anne Brontë

Titre : Agnès Grey

Auteur : Anne Brontë
Édition : Archipoche (2012/2020)
Édition Originale : Agnes Grey
Traduction : Ch. Romey, A. Rolet et Isabelle Viéville Degeorges

Résumé :
Miss Grey était une étrange créature ; jamais elle ne flattait et elle était loin de leur faire assez de compliments ; mais, quand elle parlait d’elles ou de quoi que ce fût qui les concernât en termes élogieux, elles pouvaient avoir la certitude que sa bonne opinion était sincère.

Elle se montrait dans l’ensemble très prévenante, discrète et pacifique, mais certaines choses la mettaient hors d’elle ; certes, cela ne les gênait guère, mais pourtant mieux valait ne pas la désaccorder puisque, lorsqu’elle était de bonne humeur, elle leur parlait, était fort agréable et pouvait parfois se montrer extrêmement drôle, à sa manière, qui était bien différente de celle de Mère, mais faisait toutefois très bien l’affaire pour changer. Elle avait des opinions arrêtées sur tout, auxquelles elle restait farouchement attachée…

Des opinions souvent rebutantes, puisqu’elle pensait toujours en termes de bien et de mal et avait une curieuse révérence pour ce qui touchait à la religion et un penchant incompréhensible pour les honnêtes gens.

Critique :
Agnès Grey, jeune fille à qui on n’a jamais laissé prouver sa valeur, décide d’être gouvernante. Mais qu’allait-elle faire dans cette galère ??

La pauvre va se retrouver plongée dans un milieu social plus élevé que le sien où les enfants sont rois, les mâles étant des dieux qui ont toujours raison.

Le gamin dont elle est la gouvernante est un véritable petit tyran en culottes courtes et l’on ne peut pas remettre en question son statut de petit ange ou lui faire des remarques.

Pour ce gamin, c’est l’intervention de Sœur Marie-Thérèse des Batignolles qu’il aurait fallu pour le redresser ! Elle aurait fait une parfaite gouvernante pour ce petit merdeux, ce reliquat de fond de capote (anglaise) à qui les parents n’ont pas appris l’obéissance et le respect puisque eux mêmes en manquent.

Quant à ces fameux parents, coupables sur toute la ligne, dont le père a autant d’éducation que le dernier des derniers des barakîs de kermesse, il aurait fallu les faire monter au troisième étage, ouvrir la fenêtre et les balancer, tout simplement. Pour paraphraser Napo, cet homme, c’est de la merde dans un bas de soie !

Ensuite, faudrait secouer le gamin et lui promettre qu’il suivra le même chemin s’il n’arrête pas de martyriser les animaux et de corriger sa sœur, puisque ce petit Mussolini des bacs à sable pense qu’elle doit être corrigée régulièrement. Il y a des fessées qui se perdent…

Hélas, le problème de classe empêche Agnès Grey d’ouvrir sa bouche, de proférer un mot, une menace, de tirer les oreilles du petit dictateur, de le menacer de lui faire subir ce qu’il fait aux petits moineaux (les écarteler) et de foutre une claque à son père avant de lui apprendre à conjuguer le verbe « respecter les autres ».

Le monde est déjà une jungle pour les femmes qui ont de la poigne ou une grande gueule, mais à cette époque là, une gentille fille un peu bigote telle qu’Agnès, qui se lance sans arme ou sans gilet pare-balles, reste sans voix, impuissante (on l’aurait sans doute été devant ce merdeux) puisque sans moyen de pression face à un gamin qui se prend pour Jupiter et est sûr de son impunité.

Puisqu’il lui faut rester à sa place, malheureusement, cela rend la lecture insipide, endormante et je me suis énervée sur ce couple de la haute, souhaitant qu’on leur fît des nouvelles chaussures en béton armé et direction le lac. Oui, j’expédie, je ventile, moi !

Que j’eusse aimé que Agnès Grey montasse sur une table et crie, le poing levé « Capitaine, ô mon capitaine, je vais fucker ta putain de société de classe de merde, niquer ta race de dégénéré de l’éducation, cette bande de bâtard qui ne vaut même pas la bauge d’un cochon ! Vous allez crever comme des chacals, bande de chacals »… Mais ça aurait fait deux fois chacals.

Partagée entre l’envie de faire la révolution et de secouer cette pauvre Agnès qui ne pouvait que rester à sa place et faire oui-oui-amen parce que la religion est aussi importante que la classe sociale à cette époque, j’ai poursuivi vaille que vaille ce récit qui me faisait dresser sur mes ergots à toutes les pages, sans pour autant m’apporter d’autres émotions comme celles ressenties dans « Jane Eyre » ou « Les hauts de Hurlevent », les romans de ses sœurs.

Après l’impolitesse et le manque d’éducation de la première famille, Agnès Grey va bosser chez les Murray, plus polis mais tout aussi crétins que les premiers. Leur fille est tellement imbue d’elle-même, tellement charogne, qu’elle ferait passer Nellie Oleson pour une charmante enfant. C’est vous dire ! Encore une qui se prend pour ce qu’elle n’est pas et s’amuse à abaisser les hommes qui lui font la cour.

Anybref, c’est un rendez-vous de manqué avec Anne Brontë contrairement avec ses deux autres sœurs. L’écriture est insipide, sans relief et je me suis ennuyée ferme, sauf quand je bondissais au plafond devant le comportement de certains personnages.

Néanmoins, ce roman illustre parfaitement la condition des femmes du temps de l’époque victorienne, les différences entre les classes, l’éducation des enfants fort laxistes et l’impuissance de la gouvernante qui n’a aucune arme pour se faire respecter puisque les parents sont en accord avec le comportement du gosse.

Il illustre aussi la duplicité et la perfidie de certaines jeunes filles qui s’amusent avec les hommes comme le petit merdeux jouait avec des animaux sans défense, se régalant de son pouvoir sur eux.

Il n’empêche que ce fut un rendez-vous manqué.

PS : ce sera pour le 12 au matin, le levé de rideau de la fiche mystérieuse ! Des avis ? Des pistes ?

Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°27] et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Patagonie, route 203 : Eduardo Fernando Varela

Titre : Patagonie, route 203

Auteur : Eduardo Fernando Varela
Édition : Métailié (20/08/2020)
Édition Originale : La marca del viento (2019)
Traduction : François Gaudry

Résumé :
Perdu dans l’immensité du paysage, il se trouve confronté à des situations aussi étonnantes et hostiles que le paysage qui l’entoure.

Saline du Désespoir, La Pourrie, Mule Morte, Indien Méchant et autres lieux favorisent les rencontres improbables avec des personnages peu aimables et extravagants : un journaliste qui conduit une voiture sans freins et cherche des sous-marins nazis, des trinitaires anthropophages qui renoncent à la viande, des jumeaux évangéliques boliviens gardiens d’un Train fantôme, un garagiste irascible et un mari jaloux…

Au milieu de ces routes où tout le monde semble agir avec une logique digne d’Alice au pays des merveilles, Parker tombe amoureux de la caissière d’une fête foraine.

Mais comment peut-on suivre à la trace quelqu’un dans un monde où quand on demande son chemin on vous répond : « Vous continuez tout droit, le jeudi vous tournez à gauche et à la tombée de la nuit tournez encore à gauche, tôt ou tard vous allez arriver à la mer » ?

Ce fabuleux premier roman est un vrai voyage à travers un mouvement perpétuel de populations dans un paysage dévorant, auquel le lecteur ne peut résister.

Critique :
Prêt pour un road-trip loufoque, dingue, déjanté à travers une contrée immense et perdue au bout du monde ?

Où ? En Patagonie. Non, non, pas celle de Florent Pagny, celle de la pampa, des routes sans fin où les indications se résumeront à des « le jeudi, tu tourneras à gauche » ou tout simplement à des « c’est par là, là-bas »…

— C’est loin, Teniente Primero López ?
— Deux jours, s’il n’y a pas de vent. Tu files tout droit et demain tu tournes à gauche, tu traverses la colline, puis encore à gauche pendant une demi-journée, plus ou moins.

Bien installée dans le camion de Parker, je suis allée à la rencontre de gens totalement barjes, dingos, déjantés, dont on n’est jamais sûr qu’ils plaisantent où sont sérieux.

Parker est un camionneur dont on ne croisera que peu souvent la route, tellement il est atypique. Transportant des marchandises pas déclarées, il prend les petites routes pour éviter les douaniers et dort à la belle étoile après avoir installé ses meubles dehors. Atypique, je vous dis.

Je n’ai pas osé rire de son prénom, Parker, car il était tellement fier de porter le nom d’un célèbre marque de stylo (oserais-je lui dire que j’en possède toujours un ?).

Les pieds sur le tableau de bord, je me suis laissée bercer par ce voyage en absurdie, croisant la route d’un chercheur d’U-Boots nazis (ils auraient accostés en Argentine), qui cherche aussi des galions remplis d’or échoués sur une plage ; de deux employés du train fantôme pas des plus fûtés ; d’un garagiste qui semblait se foutre de nous et j’ai même taillé un bout de gras avec un néo-nazi pas si méchant que ça (qui l’eut cru ?).

Hélas, malgré la magnificence des paysages, ces espaces immenses, arides, ces terres désolées, inhospitalières et sublimes (Florent n’y chantait pas ses murs porteurs), malgré les routes droites, malgré les portraits hauts en couleurs de personnages croisés au fil de notre périple, malgré une histoire d’amour toute bêêêllle (mais pas Harlequin !), à un moment donné, à un arrêt, Parker est reparti sans moi et j’ai eu beau courir derrière le camion, jamais je n’ai réussi à me réinstaller dans la cabine.

Le vent n’a pas soufflé dans la bonne direction une fois passé la moitié du livre, il me soufflait dans la gueule et j’ai terminé ce roman à l’arrache.

Dommage parce que notre histoire avait bien commencée et le côté loufoque, décalé, me plaisait beaucoup.

 

Miroir de nos peines : Pierre Lemaitre [LC Bianca]

Titre : Miroir de nos peines

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (02/01/2020) / LP (2021)

Résumé :
Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire où la France toute entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté.

Il fallait toute la verve et la générosité d’un chroniqueur hors pair des passions françaises pour saisir la grandeur et la décadence d’un peuple broyé par les circonstances.

Secret de famille, grands personnages, puissance du récit, rebondissements, burlesque et tragique…

Critique :
Dans ces deux précédents romans consacré à l’entre-deux-guerres, Pierre Lemaître m’avait emporté, bouleversé et apporté des émotions fortes telles que la colère (sur certains comportements, personnages), de la joie, de la tristesse.

Bref, j’en avais vu de toutes les couleurs aux côtés de ses personnages grandioses, réalistes, flamboyants, généreux ou qu’on avait envie de trucider.

Le dernier tome n’a pas dérogé à la règle, il terminera comme les autres dans mes coups de coeur car lui aussi m’a emporté, telle une foule en délire, dans des émotions fortes qui ont mis à mal mon pauvre cœur de lectrice.

L’exode, raconté par la mère de mon père, ça fleurait bien l’amusement, les chamailleries, la belle vie et l’aventure. Des bons souvenirs pour elle.

Oui, mais non, mémé, ce n’était pas la belle vie et l’amusement pour tout le monde, ces milliers de gens jetés sur les routes suite à la guerre et qui devait encore en plus subir les hausses des prix, le mépris des autres et les avions allemands qui ne lâchaient pas des confettis.

Quitter sa maison, son village, sa ville, son pays, avec son barda, les enfants, ça n’a rien d’une promenade de santé et où que vous alliez, on vous verra comme des envahisseurs. La peur est un ennemi mortel pour l’esprit humain, elle lui fait voir des choses qui n’existeront pas et le fait devenir une sorte d’ours enragé, que les exilés soient du pays voisin, du département voisin ou tout simplement son voisin.

Une fois de plus, Lemaître a réussi à nous emporter dans les affres de la drôle de guerre, suivant plusieurs personnages à la fois, sans avoir à quel moment leurs arcs narratifs vont se rejoindre, ni pourquoi.

Personnages flamboyants, une fois de plus, attachants, réalistes et pouvant évoluer et passer de salopard fini à un homme cachant de la fragilité sous de la colère.

Désiré est le plus magnifique, véritable caméléon qui joue tout au culot. Raoul est un magouilleur brutal, Gabriel un jeune homme timide, Louise, croisée toute jeune dans le premier tome est ici une femme en proie à des doutes et M Jules, patron du café est un sacré numéro aussi qui a réussi à m’émouvoir avec peu.

Son dernier roman consacré à l’entre-deux-guerres, je l’ai dévoré en peu de temps tellement il était addictif, bien écrit, historiquement bien fait, précis, travaillé, au scénario excellent, mélangeant les drames avec de l’humour. Nous avons beau être en 1940, les réactions des gens ne sont pas éloignées des nôtres en 2021.

L’absurdité des décisions, les imbécilités des décideurs, sans oublier celles de la population (parce que nous n’avions rien à envier à nos gouvernants, point de vue conneries absurdes) sont présentes et bien que personne ne puisse Twitter, les rumeurs et la propagande vont bon train, pervertissant l’esprit de tout le monde, rendant les gens pareils à des bêtes féroces (heureusement, pas tout le monde).

Sur le final de cette magnifique fresque historique, j’ai eu envie de poser le livre et de laisser libre cours à mon chagrin. J’arrivais au bout de cette belle aventure, j’allais quitter les personnages à tout jamais et ils m’avaient apporté tellement de belles choses que j’avais le cœur lourd à l’idée de les quitter.

De plus, même si les pires bassesses humaines remontaient à la surface, même si la haine guidaient les actions de certains, si la colère envers les réfugiés sortait par tous les pores et que la peur commandait les esprits, les quelques gestes de solidarité m’avaient émus eux aussi. Tout n’est pas à jeter chez l’Humain.

Une fois de plus, ce sont des destinées personnelles qui nous font vivre de l’intérieur ces jours troubles de la drôle de guerre qui eut lieu en 1940, quand les Allemands sont entrés en Belgique comme en France comme du persil s’enfonçant dans du beurre mou, laissant derrière eux des corps sans vie, des vies brisées, exilées.

Une magnifique fresque historique, réaliste, portée par des personnages qui resteront dans ma mémoire tant ils étaient superbes, même avec leurs défauts ou leurs sales caractères.

Une LC réussie avec Bianca même si celle-ci préfèrera le tome 2 dans cette trilogie.

Nains – Tome 20 – Svara du bouclier : Nicolas Jarry et Nicolas Demare

Titre : Nains – Tome 20 – Svara du bouclier

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Nicolas Demare

Édition : Soleil (24/03/2021)

Résumé :
Fille d’un général devenu infirme, épouse d’un guerrier mort sur le champ de bataille, mère de deux fils emportés au combat et d’un troisième disparu, Svara est une femme du Bouclier.

Son coeur de mère lui hurle que son marmouse est en vie, perdu dans les plaines glacées.

Déchirée entre chagrin et espoir, elle réunira autour d’elle un ancien cognar et deux déserteurs pour partir à sa recherche.

Critique :
Il faut sauver le soldat Ryan ! Enfin, non, il faut sauver le poilu Abraz !

Lorsqu’on appartient à l’ordre du Bouclier, faut savoir tenir le rang et ne jamais le rompre.

Si vous mourez sur le champ de bataille, on rapatriera votre corps (s’il reste quelque chose) ou pas…

Svara appartient à une famille du Bouclier et elle a vu tous les hommes mourir : son mari et maintenant deux de ses fils, le 3è n’ayant pas été trouvé, mais les soldats disent qu’il est sans doute mort.

Le coeur de la mère n’en croit pas un mot et elle part à sa recherche, embauchant au passage un ancien du Bouclier, devenu moine et deux guerriers : un déserteur et un autre qui est une tête brûlée qui n’obéit pas, qui n’écoute pas et qui n’en fait qu’à sa tête…

Ce que j’aime dans les albums Nains, c’est la manière dont sont mise en valeur les femmes. Comme nous, elles ont peu de droits, ou alors celui de pondre des marmouses et de s’en occuper (ainsi que de leurs maris) mais bien souvent, ce sont des rebelles, des femmes qui ont de la poigne et quand elles prennent le taureau par les cornes, par les burnes d’Ijad, ça envoie du lourd !

Les scénaristes ne nous laissent jamais croupir trop longtemps dans nos cuisines et font des Naines des femmes sans peur qui osent se dresser avec le poing levé (ou une arme à la main). Sans les femmes, la civilisation des Nains irait droit dans le mur.

— Je suis Niss du Bouclier. Mon rôle est de veiller sur mon foyer, et de me tenir droite dans les tourmentes présentes et à venir. Je suis celle qui réconforte, celle qui attend, celle qui donne la vie, celle qui souffre en silence. Je suis toutes ces mères qui ont vu leurs fils partir pour ne jamais revenir. Je suis toutes ces naines qui sont le véritable ciment de notre civilisation.

On pourrait croire que vu l’équipe de bras cassé qu’elle emmène avec elle, Svara, qui est elle-même une future grand-mère, va droit dans le mur : l’ancien cognard du Bouclier est âgé, le déserteur a planté ses copains en plein milieu d’une bataille et l’autre, dernier rejeton d’une grande famille, est insubordonné et cherche misère au déserteur.

Le talent du dessinateur est de nous montrer de beaux paysages, de nous faire entrer dans le monde des Nains, de dessiner les protagonistes, les monstres, des scènes de batailles qui semblent vivantes, des corps sans vie ensuite. Mission plus qu’accomplie.

Au scénariste, il incombe de nous pondre une histoire qui peut être classique, mais en nous la racontant autrement, pour nous subjuguer, pour nous faire vibrer durant la quête de nos héros et de nous donner envie de les suivre, même s’ils sont bougons, bagarreurs, chieurs, râleurs…

Son talent est aussi de dresser des portraits de personnages qui peuvent nous étonner en fil des pages, qui peuvent évoluer ou bien cacher leur jeu. À ce niveau-là, j’en ai eu pour mon argent !

Une fois de plus, la saga des Nains nous propose un album qui tient la route, qui, bien que racontant une histoire classique d’une mère qui se lance à la recherche de son fils dans un monde des plus hostiles, nous la raconte d’une autre manière et parvient sans mal à subjuguer le lecteur avec un récit humaniste.

Un album que j’ai refermé avec le coeur brisé, mais heureux d’avoir vibré pour une si belle aventure avec ce quatuor qui au départ, n’avait rien d’exceptionnel.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°230], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 54 pages et le Challenge bd « Des histoires et des bulles » chez Noctembule (Avril 2021 – Avril 2022) – SFFF N°9.