Glaise : Franck Bouysse

Titre : Glaise

Auteur : Franck Bouysse
Édition : Manufacture du Livre (07/09/2017)

Résumé :
Au pied du Puy-Violent dans le cantal, dans la chaleur d’août 1914, les hommes se résignent à partir pour la guerre. Les dernières consignes sont données aux femmes et aux enfants: même si on pense revenir avant l’automne, les travaux des champs ne patienteront pas.

Chez les Landry, le père est mobilisé, ne reste que Joseph tout juste quinze ans, en tête à tête avec sa mère et qui ne peut compter que sur Léonard, le vieux voisin.

Dans une ferme voisine, c’est Eugène, le fils qui est parti laissant son père, Valette, à ses rancoeurs et à sa rage: une main atrophiée lors d’un accident l’empêche d’accomplir son devoir et d’accompagner les autres hommes.

Même son frère, celui de la ville, a pris la route de la guerre. Il a envoyé Hélène et sa fille Anna se réfugier dans la ferme des Valette.

L’arrivée des deux femmes va bouleverser l’ordre immuable de la vie dans ces montagnes.

Critique :
♪ Quoi ma glaise ? Qu’est-ce qu’elle a ma glaise ? Quelque chose qui ne va pas ? Elle ne te revient pas ? ♫

Lorsqu’on ouvre le nouveau roman d’un auteur qu’apprécie fortement, d’un auteur qui nous a donné des coups de coeur, on a toujours cette peur au ventre, cette appréhension : est-ce que cette fois-ci je vais ressentir autant d’émotions que dans l’autre ?

« Grossir le ciel » avait été magistral niveau émotions ressenties, « Vagabond » m’avait laissée de marbre, alors vous comprenez que lorsque j’ouvris « Glaise », j’avais un peu la chocottes.

La première ligne a dissipé ce doute, les premières phrases m’ont confortées dans le fait que je tenais en main un grand roman et une fois le premier chapitre terminé, je me doutais que des émotions, j’en aurais à foison.

Maintenant, le plus dur reste à faire : comment vous en parler ? Par quel bout commencer pour en parler comme je voudrais vous en parler, pour tenter de vous faire ressentir toutes les émotions qui m’ont submergé durant ma lecture ? Difficile.

Alors, venez avec moi dans un petit coin perdu du Cantal, sorte de trou du cul de la région qui se retrouve uniquement peuplée, non pas d’irréductibles gaulois, mais de femmes, d’enfants et de vieillards, puisque tous les hommes valides sont partis, la fleur au fusil, bouter le teuton de France, le tout en moins de quinze jours, cela va de soi.

Avec le recul, on sait que certains se sont avancé avec un peu trop d’enthousiasme dans le fait que ce serait une guerre éclair. Elle fut longue et dure, et ce n’est pas là que je préfère les longueurs et la dureté.

L’écriture de l’auteur est belle, poétique, lyrique, magnifique, elle vous emporte ailleurs pour vous déposer directement dans ce petit coin perdu de France, à une époque que vous et moi ne pouvons pas connaître.

Ses personnages ont de la prestance, de la présence, on les sent vivant, réellement. Joseph est comme tous les jeunes, un peu taiseux, un peu fougueux, passionné. Il est l’homme de la maison depuis que son père est à la guerre.

Valette, le salaud de service est plus un méchant pathétique qu’impressionnant. On a envie de le baffer, certes, mais aussi de le plaindre parce qu’avec un caractère pareil, la vie ne doit pas être gaie tous les jours : alcoolo, violent, bas de plafond, estropié d’une main qui fait qu’il n’ira pas à la guerre, et ça lui plombe son moral.

Les femmes, quant à elles, elles sont effacées, derrière les hommes et cette guerre va leur permettre aussi de montrer leur vrai valeur car ce sont elles qui font tourner la France et si le labourage et pâturage ne sont pas toujours les deux mamelles de la France, elles font ce qu’elles peuvent pour que les exploitations agricoles continuent de les nourrir.

Si la campagne, ça vous gagne, moi, la campagne, ça me connait un peu, même si ce n’est pas celle des années 1914. On sent que l’auteur a potassé son sujet, soit en lisant, soit en écoutant les vieilles histoires au coin du feu, car ce que j’ai lu était le reflet de ce que je connaissais, sauf avec l’histoire du petit veau parce que Valette est hors-norme comme enfoiré de première.

Ce roman, j’avais envie de le dévorer, mais je me suis contenue, lisant doucement, m’imprégnant bien de ses mots, des ses phrases, de ses personnages, de cette prose qui est la signature de l’auteur et qui sait si bien me donner moult émotions différentes, dont une envie de lire le prochain s’il est de la même trempe…

Comme disait la pub « La campagne, ça vous gagne » (je sais que c’était la montagne) et moi j’ajouterai qu’avec Franck Bouysse, rien n’est lisse ! Il vous parle de la campagne comme les vieux de chez nous, ceux qui ont toujours une anecdote ou une histoire à vous raconter, belle ou tragique, mais réaliste.

Un beau et grand roman, noir, sombre, lumineux, rempli d’émotions en tout genre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N°8 – Livre se déroulant à la Campagne).

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L’Ami retrouvé : Fred Uhlman

Titre : L’Ami retrouvé

Auteur : Fred Uhlman
Édition : Gallimard (1983)
Date de publication originale :  Reunion (1971)

Résumé :
Âgé de seize ans, Hans Schwartz, fils unique d’un médecin juif, fréquente le lycée le plus renommé de Stuttgart.

Il est encore seul et sans ami véritable lorsque l’arrivée dans sa classe d’un garçon d’une famille protestante d’illustre ascendance lui permet de réaliser son exigeant idéal de l’amitié, tel que le lui fait concevoir l’exaltation romantique qui est souvent le propre de l’adolescence.

C’est en 1932 qu’a lieu cette rencontre, qui sera de courte durée, les troubles déclenchés par la venue de Hitler ayant fini par gagner la paisible ville de Stuttgart.

Critique :
J’ai longuement hésité à le lire, me souvenant, avec effroi, du traumatisme que le livre « Mon ami Frédéric » avait causé en moi (j’étais très jeune et n’avais pas encore bien capté la noirceur de l’Humain).

C’est donc avec appréhension que j’ai ouvert cette longue nouvelle, ou ce court roman, au choix, puisque l’on se situe à cheval entre les deux genres.

Je suis ressortie de ma lecture avec les émotions moins chamboulées que je ne m’y attendais car le roman se concentre plus sur l’amitié qui est née entre Hans Schwarz (16 ans), le narrateur, fils d’un médecin juif, et Conrad von Hohenfels, un jeune aristocrate (même âge).

Nous sommes à Stuttgart, en 1932 et je ne dois pas vous rappeler qu’en ce temps là, il y avait la montée en puissance du régime nazi, mené par un moustachu qui aurait mieux fait de s’étrangler durant son enfance ou durant sa gestation…

On sent monter la peste brune, on pourrait presque entendre le bruit des bottes à clous, on entend certains discours, des slogans, des aboiements que l’on connait, mais cela reste assez ténu, c’est vraiment en arrière-plan.

Ce qui est mis en avant, c’est cette amitié improbable entre le fils d’un médecin juif et un fils issu de la haute bourgeoisie. Une amitié hors norme, impensable, contre-nature, diraient certaines mauvaises langues.

Alors oui, le livre n’est guère épais, mais il est puissant de par ce qu’il évoque, de par ce qu’il sous-entend avec peu de mots, peu de phrases, ses références à une partie sombre de l’Histoire humaine.

Les personnages sont attachants, autant Hans qui a de grands idéaux sur l’amitié, et Conrad, qui traine toute une kyrielle d’ancêtres célèbres et qui se fait traiter avec un infini respect par les autres, impressionnés qu’ils sont par son pedigree royal (canin ?).

Le pire, ou le plus touchant, c’est le père de Hans qui pense que ses compatriotes vont se réveiller et comprendre que le nazisme est une grosse pustule qu’il faut écraser et que d’ici peu de temps, la patrie de Goethe et consorts va virer cette foutaise qu’est Hitler et son nazisme.

Croyez vous vraiment que les compatriotes de Goethe et de Schiller, de Kant et de Beethoven, se laisseront prendre à cette foutaise ?

Mon père détestait le sionisme. L’idée même lui paraissait insensée. Réclamer la Palestine après 2000 ans n’avait pas pour lui plus de sens que si les Italiens revendiquaient l’Allemagne parce qu’elle avait jadis été occupée par les Romains. Cela ne pouvait mener qu’à d’incessantes effusions de sang car les Juifs auraient à lutter contre tout le monde arabe.

Un roman fort, mais avec moins d’émotions que dans « Mon ami Frédéric » qui nous expliquait les pogroms, tandis qu’ici, tout est en arrière-plan, on s’en doute parce qu’on connait ce qu’il s’est passé.

Et puis, à la dernière ligne, on se prend un V2 dans la gueule, une rafale de mitraillette dans le plexus, on chancelle, on reprend son souffle et là, bizarrement, les yeux se mouillent.

Un roman qui se dévore en peu de temps, mais qui marque l’esprit, même s’il se ne sera pas au fer rouge sur ma peau en plus (ça, c’est réservé aux romans traumatisants qui finissent au freezer).

Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (auteur anglais)  et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N°5 – Un scandale en Bohême).

Les Tuniques Bleues – Tome 17 – El Padre : Raoul Cauvin & Willy Lambil

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 17 – El Padre

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Willy Lambil

Édition : Dupuis (1981)

Résumé :
Blutch et Chesterfield tentent d’échapper à une patrouille Nordiste. Leur but est d’atteindre la fontière Mexicaine où ils seront alors à l’abris. Mais de l’autre coté, chez les Mexicains, deux bandes rivales de bandits sèment la terreur.

Tentant de fuir à nouveau, ils trouvent sur leur chemin le cadavre d’un prêtre et de son serviteur. Afin de se fondre dans la population et de quitter leur uniforme qui mettaient leur vie en péril, il décident d’échanger leur vêtement avec ceux des deux victimes.

Chesterfield, qui possède la même corpulence que le pauvre prêtre, sera El Padre.

Critique :
Cette aventure en terre inconnue ne commence pas par un plan large d’une bataille, mais par nos deux amis poursuivis par un patrouille de Sudistes qui gagne du terrain.

Heureusement, face à eux il y a le Rio Grande qu’ils vont s’empresser de traverser puisque le scénariste a été assez sympa pour leur mettre un gué à disposition.

Les voici donc en terre mexicaine, ce qui n’est pas plus sécurisant que les Sudistes, et en plus, ces enfoirés montent la garde pour ne pas que notre duo retraverse.

Que fallait-il donc faire ? Traverser le Rio Grande ou pousser la chansonnette comme Eddy Mitchell ? Le traverser, pardi, et tâcher de ne pas se faire prendre par les mexicains basanés version guérilleros, les peones étant moins dangereux.

Une fois de plus, le sergent va faire preuve d’inventivité, de ruse et ça ne fonctionnera pas, car ils vont jouer de malchance avec les gris devant eux, un chef indien cruel à leur poursuite et une bande de mexicains mené par un gros type pas commode du tout.

Ce que j’adore dans cet album, c’est que nos deux amis, pour tenter de s’enfuir de cette terre hostile et échapper à Jacomino, le rebelle indien, vont se se vêtir des habits des deux morts trouvés sur leur route : un prêtre et son aidant et notre sergent au caractère bien trempé va devenir El Padre pour les peones du coin, sous la coupe du tyran au sombrero.

Comment s’en sortir coincés qu’ils sont entre ces deux bandes rivales qui ne s’entendent que pour pilier les convois d’armes ?

Les répliques volent bas, Chesterfield a tout d’un Don Camillo énervé et n’hésitera pas à dire à voix haute ce que d’autres auraient peur de penser à voie basse.

C’est un album que j’ai pris plaisir à relire, ayant oublié toute une partie, notamment celle de l’otage, et ma relecture fut une fois de plus placée sous le signe du rire et des sourires devant la mauvaise humeur du sergent et l’hilarité compréhensible de Blutch.

Des situations cocasses, des engueulades, des répliques qui volent dans les gencives, un sergent toujours aussi soupe au lait et un final qui, une fois de plus, ne sera pour récompenser nos deux hommes.

Un de mes préférés à cause de l’humour présent, du scénario drôle et bien pensé, et pour le fait aussi qu’on s’éloigne de la guerre, ce qui n’est pas plus mal, même si nous sommes dans une bédé humoristique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Les Tuniques Bleues – Tome 3 – Et pour quinze cents dollars en plus : Raoul Cauvin & Louis Salvérius

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 3 – Et pour quinze cents dollars en plus

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Louis Salvérius

Édition : Dupuis (1973)

Résumé :
Le sergent Chesterfield, le caporal Blutch, Tripps et Bryan sont réaffectés de Fort Bow à un campement nordiste à proximité du Texas. Toutefois, Tripps et Bryan se sont mystérieusement faits porter pâle, ce qui laisse pour la première fois nos personnages évoluer en binôme.

Au campement, le général, un vieil homme à la longue barbe blanche, a eu une idée pour combattre les Sudistes, mais trouve peu de volontaires.

Cette idée est un raid de l’autre côté des lignes ennemies, afin de détruire toute infrastructure pouvant soutenir l’effort de guerre des Confédérés : plantations agricoles, voies de chemin de fer, etc.

Ne trouvant aucun volontaire, le général propose une prime de 1.500 $ pour quiconque s’engagera à accomplir cette dangereuse mission.

Critique :
Le petit Gibus nous aurait gratifié d’un  « Ben mon vieux, si j’aurais su j’aurais po v’nu » et le sergent Chesterfield aurait pu nous dire « Moi et ma naïveté, j’aurais mieux fait d’écouter le caporal Blutch ».

Mais comme toujours, le sergent fait une fois de plus preuve d’imbécilité naïve et puisqu’un général l’a flatté et que notre sergent à le respect de la hiérarchie dans le sang, il a dit oui à cette mission suicide consistant à d’infiltrer dans les lignes ennemies pour y faire le plus de dégâts possible.

Au début des Tuniques Bleues, la groupe était 4 : le sergent Chesterfield, le caporal Blutch et les soldats Tripps et Bryan.

Les auteurs, voyant que que des quatre hommes, deux en émergeait, ils en ont profité pour les faire évoluer en binôme et cette aventure est la première à mettre en avant ce qui deviendra un duo aussi célèbre que Laurel et Hardy.

Les dessins de Salvérius avaient perdus de leurs rondeurs dès le tome 2 « Du Nord au Sud » et maintenant, j’apprécie plus le trait que dans ses débuts.

Nos deux nordistes se retrouvent donc en mission d’infiltration dans les lignes ennemies avec le but louable d’y faire le plus de dégâts possible, le tout aidé et guidé par deux mexicains dont un est assez susceptible et a tendance à vous envoyer son couteau pour un mot de travers.

En parlant de mot de travers, dans cet album, le caporal Blutch ne se privera pas de dire à son sergent tout le bien qu’il pense de lui, avec des commentaires acerbes, ce qui lui vaudra un nombre incalculable de coups de poing dans la figure !

Ce qu’il y a de bien avec notre duo, c’est que si Blutch est un lâche qui ne pense qu’à déserter ou fuir le danger, il n’hésitera pas à tout faire pour sauver Chesterfield tombé aux mains des sudistes, même si cela lui voudra une engueulade pour remerciement.

Quant au sergent grassouillet, même s’il claque les talons devant tout gradé, il sait aussi faire preuve d’ingéniosité devant l’ennemi et si ce n’était la malchance qui le poursuit comme une ombre, ses brillantes idées réussiraient.

Mais comme souvent dans leurs aventures, cela se termine mal pour eux, ils ne sont jamais récompensés de leur bonne action et sont toujours aussi naïfs, surtout le sergent…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Les Tuniques Bleues – Tome 4 – Outlaw : Raoul Cauvin & Louis Salvérius

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 4 – Outlaw

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Louis Salvérius

Édition : Dupuis (1973)

Résumé :

Critique :
Le premier dessinateur des Tuniques Bleues fut Louis Salvérius qui mourut en 1972, laissant le sergent Chesterfield et le caporal Blutch orphelins de dessinateur après 4 aventures complètes publiées en album et 2 anthologies reprenant ses premiers dessins, ses premiers gags, les premières apparitions de Chesterfield et Blutch (que je n’aime pas car je les trouve trop gros nez, trop ronds).

Dans les aventures complètes, le trait de son dessin est plus agréable à suivre, il s’est affiné, est devenu plus réaliste, moins grotesque et je prends toujours plaisir à relire ces bédés.

Dans les premiers albums, il y avait un scénario riche, de l’humour, des dialogues croustillants et pas cette impression de stagner durant 46 pages (on ne sent pas trop que je n’ai pas apprécié les derniers albums ??), sans oublier la première case qui s’ouvre sur une scène de bataille ou d’action.

Ensuite, il arrive toujours des bricoles à nos deux hommes, à tel point qu’on se dit qu’une telle poisse, ça ne peut pas exister, qu’un jour, il devrait leur arriver un truc chouette qui ne tourne pas en couille dans le pâté…

— Vous alors ! Il faudrait une caisse d’explosif pour effriter votre moral !
— Quant au votre, n’en parlons pas ! Si vous en avez une particule, elle doit être restée au fond de vos bottes !

Mais ce ne serait pas drôle ! Comme le final, il doit toujours être à la hauteur de ces deux branquignoles dont l’un est obtus, borné, aimant l’armée et le pouvoir de ses galons et l’autre qui ne pense qu’à déserter.

Dans cette aventure, les militaires bornés et stupides en prennent plein leur grade car ils sont toujours juché sur des chevaux frais, ne chargent pas l’ennemi et se contentent de hurler sur les soldats, épuisés, laminés, blessés, sans armes et avec des chevaux fourbus de fatigue.

— Que la troupe se mette en position ! Faites donner la cavalerie !
— C’est qu’ils sont à court de munitions mon général ! Je vais donner l’ordre de leur en faire distribuer.
— Pas le temps, qu’ils se servent de leur sabre, nom de nom !
— Hélas, les trois quarts d’entre eux l’ont perdu dans les combats !
— Alors qu’ils chargent à mains nues ! 

—  Pensez donc, Docteur ! Aller dire tout haut à un général ce que tout le monde pense tout bas ! Faut plus avoir toute sa raison !

Cette aventure va envoyer nos deux compères en enquête pour le compte du général Küstler car les armées sudistes comme nordistes sont la proie des pillards indiens et mexicains et, vous comprenez, ça les dérange dans leur petite guerre entre gens civilisés. Quand je vous disait que les gradés en prenaient plein la gueule…

— Monsieur, que nous nous battions entre nous, c’est normal et de bonne guerre. Nous sommes des gens civilisés que diable ! Mais que vous mêliez à nos querelles des sauvages et des hors-la-loi, et ce pour nous mener la vie dure après chaque combat, voilà qui est lâche et indigne de vous, général Küstler !

Beaucoup d’humour, de répliques drôles, d’aventures, d’action dans cet album où Blutch et Chesterfield auront fort à faire pour trouver qui organise les pillages après batailles et où ces damnés mexicains vont se réfugier une fois leur forfait accompli.

Le tout sur fond de saloperies faites aux indiens par les bandits qui n’hésitent devant rien pour gagner plus tout en éliminant les autres.

— Nos armées sont fières de vous compter dans leurs rangs ! Grâce à vous, elles pourront lutter l’une contre l’autre sans plus être continuellement dérangées par ces hors-la-loi, honte de notre civilisation et plaie de notre pays. Au nom du général Lee … Merci …
—  Au nom du général Küstler … Merci… 

Assurément une chouette aventure de nos deux gaillards qui, pour une fois, se terminent bien, autrement dit, leur dernière charge dans l’album n’est pas humiliante pour eux et Blutch tient sa petite vengeance.

 Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Les Tuniques Bleues – Tome 18 – Blue Retro : Raoul Cauvin & Willy Lambil

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 18 – Blue Retro

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Willy Lambil

Édition : Dupuis (01/04/1981)

Résumé :
L’album est un flash-back qui raconte comment Blutch et Chesterfield sont entrés dans l’armée de l’Union.

Critique :
Pour tout ceux qui, comme moi, ont lu les Tuniques Bleues dans l’ordre (ou dans un semi-ordre), la première case de ce 18ème album avait de quoi surprendre : le sergent Cornelius Chesterfield dormant dans un véritable lit, son pouce en bouche, avant que sa maman ne vienne le réveiller.

De toute façon, la couverture était des plus explicites : nous allions enfin savoir comme le gros sergent avait croisé la route du maigre caporal et comment ces deux êtres que tout opposait allaient devenir amis.

Si dans les aventures habituelles ces deux là sont aux antipodes l’un de l’autre, on voit qu’il en a toujours été ainsi : le futur sergent, homme adulte, vit encore chez môman et papa et travaille comme garçon boucher chez Mr Graham, tandis que Blutch s’est déjà pris en charge et possède son propre bar.

De leur rencontre aurait pu naître une belle amitié si un jour, alors que Cornelius – fils à sa maman qui n’a qu’un rêve, qu’il épouse Charlotte Graham, la fille de son patron, afin d’hériter de la boucherie – allait demander ladite quenotte à Charlotte (contre son gré), n’avait eu la mauvaise idée d’aller boire un ch’tit canon chez le Blutch.

Les albums des Tuniques Bleues sont souvent satyriques envers l’armée, mais ici, il l’est encore plus en mettant en scène des militaires qui sont obligés, pour recruter de la chair fraiche, de pousser deux hommes à boire plus que de raison et de leur faire signer, traitreusement, leur papier d’engagement.

On a tellement besoin de chair à canon que les nouvelles recrues sont envoyées au front après une formation plus que sommaire : savoir mettre la baïonnette au fusil et puis charger après. Et tant pis s’ils vont au casse-pipe.

L’incurie des généraux est aussi mise en scène de manière tragico magnifique avec deux officiers de l’armée de l’Union qui se canardent depuis des jours sans savoir qu’ils se bombardent entre eux et que les soldats sont tués par leur propres frères d’armes.

Ça ne fera rire que les officiers, qui demanderont le silence, bien entendu.

Malgré le climat de la guerre de sécession, l’album est drôle, rempli de petits gags, de dialogues savoureux, de répliques acides, et explique la naissance du duo Chersterfield-Blutch ainsi que leur engagement dans l’armée, entre un qui ne désirait que ça (Chesterfield) et qui la vomit depuis toujours (Blutch).

À classer dans les tout bons de cette collection.

Le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Au revoir là-haut : Pierre Lemaitre [LC avec Bianca]

Titre : Au revoir là-haut

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (21/08/2013)

Résumé :
Sur les ruines du plus grand carnage du XX° siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec Ses morts…

Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.

Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Critique :
Gavrilo Princip avait-il la moindre idée en assassinant François-Ferdinand de Habsbourg-Este de ce que son geste allait déclencher dans l’Europe et dans le Monde ?

Si oui, il mériterait qu’on le ressuscite afin de lui faire subir tous les outrages connus et imaginables, car son coup de feu à mis le feu aux poudres, poussant des pays à se faire la guerre, même si on se doute qu’ils n’attendaient tous que ça : le truc qui allaient leur permettre de se rentrer tous dedans.

Mais qui pâtit le plus d’un conflit ? Les soldats, qui ont plus à craindre de leur hiérarchie que de l’ennemi, tapis dans des tranchées insalubres ainsi que les civils qui perdent tous un père, un frère, un fils…

Par contre, pour les crapules, les arrivistes, les magouilleurs, un conflit, c’est du pain béni pour faire du commerce en stoemelings (en noir) et s’en foutre plein les fouilles pendant que d’autres chient dans leur froc de peur car on leur demande d’aller au casse-pipe pour récupérer 2 mètres de terrain.

Mais une fois la guerre terminée, peut-on encore profiter d’un bon plan pour se remplir les poches puisqu’on étaient dans les tranchées et que tout ce qu’on a gagné, ces des trous partout, des blessures violentes ou un traumatisme à vie ? Ou des galons non mérités…

Nous donnant à suivre Henry d’Aulnay-Pradelle, salaud flamboyant, digne des meilleurs fils de pute de la littérature.

Disons le de suite, le surnom qui irait comme un gant à d’Aulnay-Pradelle c’est « sale enculé » et n »y voyez pas dans son cas une passion pour la sodomie, juste un triste constat : c’est un enculé !

Possédant du cran (ce n’est pas un Joffrey Barathéon), du sadisme (mais pas au point d’un Ramsey Snow-Bolton), il a tout d’un Euron Greyjoy, surtout vu son comportement à quelques jours de l’armistice, afin de motiver ses troupes à attaquer la cote 113 et d’y gagner son grade de capitaine.

Face à lui, un couillon de soldat, le pauvre Albert Maillard, doté d’une conscience, lui, mais de peu de courage, toujours à réfléchir, à ne pas oser, à ne pas prendre de décision, castré aussi par une mère qui lui répète sans cesse qu’il est un pleurnichard, pire qu’une fille.

Il va souffrir encore après la guerre, notre Albert, comme s’il n’avait pas déjà assez souffert avant , lui qui a embrassé la Mort à pleine bouche, respirant son souffle fétide.

Ajoutons un troisième larron à ces deux personnages principaux déjà bien esquissés : Édouard Péricourt qui paiera cher son acte d’héroïsme, comme quoi, les bonnes actions ne sont pas toujours récompensées.

De joyeux il deviendra apathique, pourtant, notre homme aura une brillante idée, niveau magouille, même si au niveau éthique elle est des plus discutable.

Le talent de Pierre Lemaitre est de nous présenter 3 personnages dont aucun n’est tout à fait aimable, même si certains, au départ, donneraient à penser qu’ils sont des gentils et l’autre un charognard d’enculé. Bon, le salaud restera un salaud…

La plume de Pierre Lemaitre m’a emporté dans les tranchées de novembre 1918, dans la France d’après-guerre, celle qui a préféré célébrer ses morts plutôt que ses vivants, me plongeant dans le quotidien de deux hommes qui tirent le diable par la queue pendant que d’autres pètent dans la soie.

Les 100 premières pages décrivent bien l’atmosphère des tranchées, sans trop en faire, sans sombrer dans le pathos, ensuite, on découvre l’envers du décor avec les hôpitaux militaires, où il ne fait pas bon vivre non plus.

Ensuite, on découvre l’imbécilité du gouvernement, le rapatriement des soldats qui se déroule dans le plus grand bordel possible, les soldats démobilisés longtemps après la guerre, l’imbécilité des officiers, les bilans horribles du nombre de morts par jour, tout ça pour rien, pour gagner quelques mètres.

Boucherie, c’est le terme qui convient, abattoir aussi.

La duperie de certains pour gagner des galons, la duplicité de ces mêmes pour gagner du fric sur le dos des pauvres gens. Bien que certaines duplicités soient plus pires que d’autres, je trouve.

Un roman magnifique, dont je comprends qu’il a gagné le Goncourt tant son atmosphère est prégnante, ses personnages forts, cyniques, qui m’ont fait rire, souffrir et donner des envies de meurtre, le tout servi par une écriture magnifique qui joue avec les mots et nos maux.

Lemaître manie sa plume de main de maître (oui, je sais, elle était facile), cette plume qui te titille là où ça fait le plus de bien et procure instantanément une jouissance littéraire.

Une lecture intense qui me fera regarder les cimetières militaires et les monuments aux morts d’une autre manière.

Merci à Bianca pour cette LC car sans elle, ce roman serait toujours sur mes étagères (lien vers sa chronique dans son nom).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Les Tuniques Bleues – Tome 33 – Grumbler et fils : Raoul Cauvin & Willy Lambil

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 33 – Grumbler et fils

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Willy Lambil

Édition : Dupuis (08/04/1992)

Résumé :
Le 8 juillet 1862, la loi Morril est votée à Washington. Elle interdit la polygamie. Ce texte vise en premier lieu les communautés de mormons. L’armée est envoyée dans l’Utah pour informer ces communautés et les convaincre de changer de mœurs.

Parmi ces soldats, le sergent Chesterfield et le caporal Blutch. Tous deux sont missionnés auprès des mormons de Bloomington.

Blutch refuse d’assister aux débats car il estime que les mormons ne gênent personne si ce n’est leur voisin, Grumbler, jaloux de leur réussite, lui qui a pour fils quatre bons à rien.

Chesterfield, lui, est bien décidé à convaincre les mormons de changer. Mais les choses ne vont pas du tout se passer comme prévu.

Critique :
1862, une nouvelle loi interdit la polygamie et le tout est de faire appliquer cette nouvelle disposition aux Mormons…

Comme porteurs de la bonne nouvelle et chargés de faire changer radicalement cette communauté, l’armée n’a rien trouvé de mieux que d’y envoyer le sergent Chesterfield et le caporal Blutch…

Pauvres Mormons, aurions-nous envie de dire.

Si j’ai toujours apprécié cet album, c’est parce qu’il nous emmène ailleurs que sur un champ de bataille, dans les vertes prairies et nous plonge dans une communauté à part, celle des Mormons, que nous connaissons mal.

Déjà, saluons le travail de documentation réalisé par le scénariste prolifique qu’est Raoul Cauvin pour la géniale idée qu’il a eue de nous faire découvrir cette communauté et cette nouvelle loi de 1862.

Saluons aussi le travail réalisé sur les personnages du père Grumbler et de ses quatre fils, chancres de la médiocrité et dont le père n’arrive à rien faire d’eux, si ce à s’en prendre aux Mormons et à les faire tabasser par ses quatre bons à rien de fils.

Avec un humour subtil, le scénariste nous déroule toute cette histoire qui ne manquera pas de rebondissements, mais aussi de tendresse, de colère, de désespoir de la part d’un père vis-à-vis de ses quatre fils.

Et de rédemption aussi car dans cet album, le rôle de redresseur est dévolu à Blutch qui, non seulement devra ramener son sergent Chesterfield dans le droit chemin de l’armée, mais qui essayera aussi de transformer quatre bons à rien en travailleurs, ou du moins, à ce qui pourrait s’en rapprocher le plus.

Pour une fois que notre caporal Blutch aurait pu déserter sans problèmes, le voilà qui se démène pour récupérer son sergent, comme quoi, ces deux là ont beau dire qu’ils se détestent, lorsque l’un a besoin de l’autre, l’amitié parle en premier et chacun est capable de se décarcasser pour l’autre.

Cet album, en plus de posséder des connaissances sur la communauté mormone, de l’humour et des situations comiques avec le running gag de la cloche, comporte aussi une réflexion sur l’acceptation d’autrui avec ses différences et puisque selon Blutch, les Mormons ne font de mal à personne en vivant avec plusieurs femmes, pourquoi le leur interdire ?

Un album champêtre qui nous éloigne des champs de bataille et de la guerre, ce qui n’est pas pour me déplaire, un scénario excellent (on en a eu des moins bons par la suite), un album drôle, pas gnangnan, avec des personnages hauts en couleur et qui pourraient nous révéler bien des surprises en prenant des chemins qui ne leur sont pas habituels.

Le Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

À propos de courage : Tim O’Brien

Titre : À propos de courage

Auteur : Tim O’Brien
Édition : Gallmeister (07/04/2011)

Résumé :
Tim O’Brien, jeune homme projeté malgré lui dans le tumulte d’un conflit sanglant, celui du Vietnam, tente, vingt ans après, d’exorciser les fantômes qui le hantent.

Devenu écrivain, il se met lui-même en scène au côté de ses compagnons d’armes dont il fait, par la grâce d’un alliage subtil entre sa mémoire et son imaginaire, les acteurs et les victimes d’une guerre absurde.

Fragments de vie et de mort, de courage et de lâcheté, de folie et de raison, ses histoires sont autant d’échappées poétiques qui oscillent entre passé et présent, et soulignent l’éternel besoin de l’individu de retrouver la flamme d’une innocence perdue.

À propos de courage nous livre une méditation fracassante sur la guerre, la mémoire et le pouvoir de l’imagination. Un livre inoubliable.

Critique :
Comment parler de la guerre du Vietnam ? Comment parler de ce que l’on a vu ? Ressenti ? Vécu ? Comment parler des gars de sa compagnie qui y sont restés ? Comment relater l’ennui et la monotonie, la peur, la culpabilité ?

Je dois dire que Tim O’Brien y arrive avec brio, sans sombrer dans le mélancolique, dans le gore, le voyeurisme ou la violence gratuite.

Au travers de ses chapitres, il nous raconte des histoires qu’il a vécu au Vietnam, de ses camarades tombés au combat, ou dans des champs de merde, de ses peurs, de ses envies de foutre le camp, de sa mini désertion lorsqu’il fut appelé sous les drapeaux.

Au travers de ses histoires, nous aussi on portera notre barda avec eux, ces sacs qui étaient lourdement chargé, ces armes lourdes, ces tonnes de munitions, nous les porterons avec eux durant leur périple au pays du napalm déversé…

Vous êtes coincé dans un trou dégueulasse au milieu d’une rizière, et l’ennemi veut vous remplir le cul de plomb, mais quand, pendant quelques secondes, tout se calme et que vous levez les yeux et que vous voyez le soleil et quelques nuages blancs floconneux, et qu’une immense sérénité vous aveugle – le monde entier reprend sa place – alors, même coincé au milieu d’une guerre, vous vous sentez en paix avec vous-même comme jamais.

Son écriture comme ses histoires sont soignées, léchées, tournées de manière à vous plonger dans la boue du Vietnam, dans le quotidien de ces hommes, jeunes pour la plupart, fauchés bêtement, pour la plupart… ou devenu un peu fou.

Si ses histoires sont fictives, c’est aussi pour mieux retranscrire la réalité, l’auteur nous expliquera même comment il fabrique des fictions pour dire la réalité.

Dans la plupart des cas, il ne faut pas croire un récit de guerre véridique. Si vous y croyez, soyez sceptique. C’est une question de crédibilité. Souvent, ce qui paraît fou est vrai, et ce qui paraît normal ne l’est pas, car les trucs normaux sont nécessaires pour vous faire croire à des folies réellement incroyables.

Faire des généralisations sur la guerre, c’est comme faire des généralisations sur la paix. Presque tout est vrai, presque rien n’est vrai.

De ces histoires, même fictives, le lecteur ne sera pas dupe car tout le monde sait qu’il y a une grosse part de réalité dedans – l’auteur l’a faite, la guerre du Vietnam – il en ressortira des grosses doses d’émotions de ses différents récits.

Oui, l’histoire est fictive, mais les émotions, elles, elles ne sont pas feintes, elles sont véridiques, et elles te sauteront à la gueule sans que tu y prennes garde.

Si, à la fin d’une histoire de guerre, vous vous sentez ragaillardi, ou si vous avez l’impression qu’une parcelle de rectitude a été sauvée d’un immense gaspillage, c’est que vous êtes la victime d’un très vieux et très horrible mensonge. La rectitude n’existe pas. La vertu non plus. La première règle, me semble-t-il, est qu’on peut juger de la véracité d’une histoire de guerre d’après son degré d’allégeance absolue et inconditionnelle à l’obscénité et au mal.

Un récit fort, profond, sans fard, mais sans surenchère dans le glauque, des personnages attachants et de belles tranches de vie, le tout sans la musique de Apocalypse Now car moins trash.

La guerre c’est l’enfer, mais c’est encore mieux que ça, parce que la guerre c’est aussi le mystère et la terreur et l’aventure et le courage et la découverte et la sainteté et la pitié et le désespoir et la nostalgie et l’amour. La guerre est méchante ; la guerre est amusante. La guerre est excitante ; la guerre est déprimante. La guerre fait de vous un homme ; la guerre fait de vous un mort. Les vérités sont contradictoires. On peut arguer, par exemple, que la guerre est grotesque. Mais, en vérité, la guerre est également beauté. Malgré toutes ses horreurs, vous ne pouvez pas vous empêcher d’admirer l’extraordinaire majesté d’un combat. Vous voyez les rafales traçantes se dérouler dans l’obscurité comme des rubans rouges et brillants. Vous vous accroupissez lors d’une embuscade, tandis qu’une lune froide et impassible se lève au-dessus des rizières nocturnes. Vous admirez les symétries mouvantes des troupes en marche, l’harmonie des sons, des formes et des proportions, les énormes salves d’obus crachées par une canonnière, les rafales illuminantes, le phosphore blanc, l’éclat orange-violet du napalm, la lueur rouge des roquettes. Ce n’est pas exactement beau à voir. C’est stupéfiant. Ça remplit l’œil. Ça vous subjugue.

Une écriture poétique, magnifique, qui sublime encore plus les récits de guerre ou d’après-guerre, pendant la reconstruction du corps et de l’esprit.

Ils portaient le bagage émotionnel d’hommes qui sont susceptibles de mourir. Le chagrin, la terreur, l’amour, la nostalgie – tout cela était intangible, mais ces choses intangibles avaient leur propre masse et leur gravité spécifique, elles avaient un poids tangible. Ils portaient des souvenirs honteux. Ils portaient en commun le secret d’une lâcheté à peine retenue, l’instinct de s’enfuir ou de se figer sur place ou de se cacher, et d’une certaine manière c’était le plus lourd des fardeaux, parce qu’on ne pouvait jamais le poser à terre du fait qu’il exigeait un équilibre parfait et une posture parfaite. Ils portaient leur réputation. Ils portaient la plus grande peur du soldat, qui est la peur de rougir. Ces hommes tuaient, et mouraient, parce qu’ils auraient été gênés de ne pas le faire.

Le Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Métro 2033 : Dmitry Glukhovsky [Critique – Défi CannibElphique]

Titre : Métro 2033

Auteur : Dmitry Glukhovsky
Édition : Livre de Poche (11/01/2017)

Résumé :
2014. Une guerre nucléaire a ravagé la Terre. 2033. Quelques dizaines de milliers de Moscovites survivent tant bien que mal dans le métro. Ils sont organisés en microsociétés qui habitent une ou plusieurs stations de métro, se dotent de diverses formes de gouvernement et de croyances.

Les tunnels sont laissés aux parias, aux rats et à tout ce qui rode dans les ténèbres.

Artème est l’un de ces survivants. Une menace plane de l’extérieur, sa portée est connue par quelques-uns, Artème est chargé de transmettre cette information et doit atteindre Polis – une communauté de stations qui préservent les derniers vestiges de la civilisation humaine. Il est le dernier espoir de survie de l’humanité.

Commence alors une quête homérique, une odyssée dans le métro moscovite, où il va croiser tour à tour trafiquants, mystiques, néo-nazis et leur quatrième Reich, la première brigade « interstationnale », des religieux, des sectaires.

Il baignera dans les légendes urbaines du métropolitain.

Critique (Stelphique ICI) :
Toi qui ouvre ce livre, n’oublies pas de prendre avec toi un AK 47, des chargeurs avec des balles à profusion car dans ce monde souterrain, ce sera ta survie, mais aussi ta monnaie d’échange car les billets ne servent plus à rien, ou alors, à se torcher le cul.

Ça, c’est ce qu’il te faut si tu décides de te balader dans les tunnels du métro moscovite… On ne sait jamais qui on peut croiser dans les coursives.

Si tu désires aller prendre l’air dehors, pauvre fou, n’oublies pas d’enfiler une combinaison étanche et de te munir d’un masque à gaz ! Et d’un bazooka !

Tant que j’y suis, je te donne un conseil d’initié : si un mec commence à faire dans son froc en bégayant qu’il y a des Noirs dans le tunnel, tire à vue ! Non, ce n’est pas un acte raciste mais de survie car ces espèces de trucs n’ont rien d’humains.

Tant que vous y êtes, tirez aussi à vue sur les chiens et surtout sur les bibliothécaires ! Ces derniers sont des abominations et rien à voir avec vos livres rentrés en retard. Devant eux, un seul mot d’ordre « Fuyez, pauvres fous, mais en silence »… Ben oui, il est déconseillé d’être bruyant dans les biblios et paraît que le bruit attire ces sales trucs.

Ah, au fait, pas besoin d’abonnement du métro, votre passeport suffira et prévoyez assez bien de munitions, c’est le plus important.

Le post-apocalyptique n’est pas mon genre de prédilection, mais de temps en temps, j’aime sortir de ma zone de confort et m’encanailler ailleurs que dans des polars. Surtout quand l’idée vient de ma binôme de lecture.

Niveau angoisses, j’ai été plus que servie et je ne regarderai plus les stations de métro du même œil, dorénavant.

Après une guerre nucléaire qui a ravagé toute la terre (toute ?), les survivants se terrent dans le métro de Moscou, reproduisant à petite échelle les différentes sociétés telles qu’on les connait à grande échelle : entre les stations gouvernées par des nazis, des communistes, des Rouges, des mystiques, des tarés, des mafiosis, des commerçants, faites votre choix.

Le personnage principal, Artyom, est un jeune homme qui n’est jamais sorti de sa station et qui se voit confier une quête qui va lui faire traverser une partie du métro.

En se mettant en route, notre jeune homme, qui n’a rien d’un héros, ne sait pas qu’il va vivre sa plus fabuleuse aventure de toute sa life. Accroche tes mains à sa taille, pour pas que la chenille déraille… Et n’oublies pas de tirer à vue (et de bien viser) si jamais tu croises un truc pas net !

L’écriture est facile à suivre, agréable, elle vous entraîne dans les méandres du métro Moscovite, qui a tout d’un enfer, et heureusement qu’il y a un plan en première page, sinon, je m’y serais perdue, vu les nom des stations assez compliqué.

Là où j’ai tiqué, c’est que notre Artyom aurait pu mourir 20 fois et qu’à chaque fois, il a été tiré d’affaire pas la Providence qui a mis la bonne personne sur son chemin afin de le sauver… Bon, une fois, ça passe, deux fois, ça fait lourd, mais trois fois, faut arrêter car ça devient répétitif et moins plausible.

Autre chose que j’ai trouvée dommage, c’est que durant sa quête, les compagnons de marche d’Artyom ne fassent que de passer… Je ne dis pas qu’il fallait nous faire une fraternité de la quête de l’anneau, mais bon, j’aurais aimé voyager plus longtemps avec certains, dont Khan, et ne pas me contenter de les voir durant quelques chapitres avant qu’ils ne disparaissent en faisant pchiiitttt.

Tant que je suis dans l’énumération des petites choses qui dérangent, je me demande aussi où sont passées les femmes ?? Putain, on en croise pas des masses dans les couloirs, à croire qu’il ne reste plus que des mâles. La Nature a inversé les choses, ou alors c’est à cause de l’apocalypse, car après lecture, j’ai l’impression qu’on a 90% de bistouquettes pour 10% de nibards.

Malgré ces petits points noirs, le reste est passé comme une rame de métro sur des rails bien huilés : le voyage était intéressant, rempli de rencontres bizarres ou intéressantes, avec une bonne louche de mysticisme et d’ésotérisme, mâtiné de religions toutes plus folles les unes que les autres.

Avec quelques réflexions profondes et pas dénuées d’intérêts pour qui voudrait y réfléchir plus fort après sa lecture.

Je me suis attachée à Artyom, j’ai aimé son côté un peu adolescent, paumé, couard, pas très sûr de lui, et qui, malgré ses peurs, continue d’avancer en se tapant des kilomètres et des kilomètres de tunnels sombres de métros, avec tout les dangers qui s’y cachent, tapis dans l’ombre.

Si le début est un peu lent, s’il y a quelques passages un peu moins intéressants, je peux vous dire que les 200 dernières pages se lisent à la vitesse du TGV roulant sur des pelures de bananes ! Cours, Artyom, cours !! Mon cœur a palpité.

Alors oui, ce n’est pas de la toute grande littérature, ce n’est pas du post-apocalypse avec un message à la clé (le message est juste un peu plus long que 3 tweet de Donald), on a des moments de réflexions profondes, mais l’action ou la marche à pied sont plus présentes dans le récit que la philosophie. De plus, la succession des régimes politiques dans les stations pourraient devenir indigeste pour certains…

S’il y a du réalisme dans ce roman, il y a aussi une dose de fantastique ou de SF, à vous de voir dans quelle catégorie vous classerez le bestiaire des animaux qui ont mutés suite aux radiations nucléaires.

Un roman post-apocalypse qui n’a rien de la lecture de l’année, pourtant, j’ai apprécié la lecture, j’ai ressenti de l’effroi dans les tunnels sombres et habités par on ne sait pas trop quoi, j’ai eu de l’empathie pour ce brave Artyom, j’ai tremblé pour lui, j’ai armé ma Kalachnikov en même temps que lui et je compte bien redescendre sous terre pour les deux tomes suivants !!

Le Challenge « Pavé de l’été 2017 » chez Sur Mes Brizées (864 pages en version poche).

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :
J’étais très curieuse de partir à la découverte d’un nouveau territoire… J’ai reçu les appels de phares, et je n’ai pu résister à l’attraction du post-apocalyptique de ce métro russe… Je suis très contente d’avoir convaincue ma binômette de se lancer dans ces tunnels, parce que seule, j’avais un peu la frousse….

Synopsis :
2033. Une guerre a décimé la planète. La surface, inha­bitable, est désormais livrée à des monstruosités mutantes. Moscou est une ville abandonnée. Les survivants se sont réfu­giés dans les profondeurs du métro­politain, où ils ont tant bien que mal orga­nisé des micro­sociétés de la pénurie.

Dans ce monde réduit à des stations en déli­quescence reliées par des tunnels où rôdent les dan­gers les plus insolites, le jeune Artyom entre­prend une mission qui pour­rait le conduire à sauver les derniers hommes d une menace obscure… mais aussi à se découvrir lui-même à travers les rencontres improbables qui l’attendent.

Les personnages :
C’est bien la première fois, que je me lie autant à un lieu, et pas forcément, aux personnages. Finalement, la force de ce roman, c’est que c’est le Métro lui même qui devient le personnage principal, et non pas les êtres qui crapahutent en ces tunnels…

On a du mal à s’attacher à ses personnages sans élan héroïque, ils leur manquent un pointe de luminosité, même si je pense que c’est intentionnel, pour faire mieux briller ce lieu de ténèbres… C’est très original !

« L’important c’est de reste le même au fond de son cœur, ne pas renoncer, ne pas s’avilir… »

Ce que j’ai ressenti :… Une terrifiante traversée souterraine…

« Est-ce qu’un être humain qui n’a jamais vu d’étoiles peut imaginer l’infini ? »

Bienvenue dans l’antichambre de l’Enfer, heu, dans le Métro russe, version post-apocalyptique !!! Comment vous dire ?! Il ne fait pas bon vivre dans ses tunnels obscurs, avec l’ombre de la menace des Noirs, continuellement enfermés dans les ténèbres

Peu de place pour la rêverie, les bons sentiments et l’hospitalité… Il règne en ces lieux, une ambiance oppressante qui ne vous lâche plus! Saisissante, asphyxiante, viciée, chaque inspiration est une souffrance autant pour ses personnages que pour nous, lecteurs.

Cette ballade dans ce Moscou revisité, est empreinte d’une menace sourde, presque surnaturelle, affreusement anxiogène…

Tous nos sens sont aux aguets: le danger réel et irréel se glisse dans ses lignes, chaque détour est un abysse profond, chaque intersection, une angoisse supplémentaire…

« Maintenant qu’il mesurait l’ampleur de la déchéance humaine, sa foi dans les lendemains radieux s’était évanouie . »

De tous les romans dans ce genre, je crois que celui ci, se distingue vraiment par cette atmosphère plombée par cette peur ancestrale du noir, mais pas seulement le Noir, presque le Néant… Absence de lumière, de beauté, et a fortiori d’espoir…

Le Metro devient le héros ténébreux, et  il nous dévoile ses pires recoins entre ses ombres monstrueuses, ses pièges nébuleux, ses inquiétantes voies, ses pires détracteurs…

Ce qui m’a vraiment plu, c’est cette manière d’aborder le post-apocalyptique,  il ne reste Rien : rien à sauver, rien à valoriser, (presque plus) rien à Croire. On sent vraiment que c’est la Fin de tout, du monde mais aussi des moindres valeurs…

Ici l’auteur se penche sur l’aspect spirituel de l’humain face à l’inéluctable, il nous donne matière à réfléchir sur les questions existentielles, et en même temps dresse un portrait peu reluisant de la nature humaine, la balance entre le Bien et le Mal penche affreusement d’un côté, et du coup offre un incroyable thriller d’une noirceur poisseuse…

Avec cette intrigue, la claustrophobie te saisit au détour d’un rail, et elle ne te lâche plus jusqu’à la fin du voyage…

« Celui qui trouvera en lui-même assez de patience et de courage pour scruter toute sa vie les ténèbres sera le premier à y apercevoir un éclat de lumière. »

En suivant Artyom, jeune homme qui se lance dans une mission quasi suicidaire, on fait le tour des stations et des pires travers humains. Chaque voie empruntée par ce personnage, nous offre un panorama des violences  dans lequel l’Homme peut s’illustrer en tant de crise, autant psychologique que physique…

En plus de l’absence de luminosité du lieu, cette excursion emprunte tous les cercles du vice et de la cruauté, se nourrit du sang et de l’incrédulité des plus faibles, et il parait, (selon une légende), qu’en creusant un peu, les Enfers seraient au centre de la Terre: on s’en approche dangereusement dans ses pages…

« Mais le diable a de ces blagues parfois! »

Un premier tome qui pose bien ses bases: On voyage dans les bas-fonds de la Russie, la philosophie prend le pas sur nos peurs les plus primales,  l’horreur rencontre un lieu parfait de perdition, on se délecte de cette tension de tous les instants…

Alors bien sûr, on se jette sur la suite de ses aventures souterraines, histoire de se faire encore plus peur que nécessaire…Vite Metro 2034 !

« Ce n’est pas la mort qui effraie. C’est son attente. »

Le petit plus : Le plan du Metro moscovite en couleurs! Déjà, il rend super à l’œil, mais surtout, il est absolument nécessaire, pour cette lecture étant donné, la complexité des noms russes des stations. A chaque chapitre, on sait où l’on est, et c’est vraiment appréciable pour la visualisation de la progression…

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Lien vers la chronique de ma partenaire de folie : Stelphique