L’oiseau bleu d’Erzeroum : Ian Manook

Titre : L’oiseau bleu d’Erzeroum

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel (07/04/2021)

Résumé :
L’odyssée tragique et sublime de deux petites filles rescapées du génocide arménien.

1915, non loin d’Erzeroum, en Arménie turque. Araxie, dix ans, et sa petite sœur Haïganouch, six ans, échappent par miracle au massacre des Arméniens par les Turcs.

Déportées vers le grand désert de Deir-ez-Zor et condamnées à une mort inéluctable, les deux fillettes sont épargnées grâce à un médecin qui les achète comme esclaves, les privant de leur liberté mais leur laissant la vie sauve.

Jusqu’à ce que l’Histoire, à nouveau, les précipite dans la tourmente. Séparées, propulsées chacune à un bout du monde, Araxie et Haïganouch survivront-elles aux guerres et aux trahisons de ce siècle cruel ? Trouveront-elles enfin la paix et un refuge, aussi fragile soit-il ?

C’est autour de l’enfance romancée de sa propre grand-mère que Ian Manook, de son vrai nom Patrick Manoukian, a construit cette inoubliable saga historique et familiale.

Un roman plein d’humanité où souffle le vent furieux de l’Histoire, une galerie de personnages avides de survivre à la folie des hommes, et le portrait poignant des enfants de la diaspora arménienne.

Critique :
Le génocide arménien… Pour certains, il n’a pas eu lieu, il n’a jamais existé et on arrête d’en parler, merci bien. Oui mais non… trop facile de cacher ses crimes sous le tapis ou de le nier.

Il a eu lieu et ressemblait à ce que les nazis mettront en place dans les années 30 : la tentative d’extermination de tout un peuple, d’une religion, la mise à mort d’une population. Glaçant. Surtout que les suivants mettront encore plus de professionnalisme dans l’extermination. Et que les Arméniens ne furent pas les premiers à être massacrés.

Des livres durs, j’en ai déjà lu beaucoup. Quelques uns ont même terminés au freezer, car trop horribles à lire. Ce  roman a failli finir dans le freezer aussi, tant ses premières pages sont violentes, dures, difficiles à lire, horribles… Je n’ai pas de mots.

J’ai respiré un grand coup et j’ai poursuivis ma route aux côtés des déportés arméniens, même si je crevais de mal en lisant ce qu’on leur a fait subir, et pourtant, je ne devrais plus m’étonner de la perfidie humaine, surtout après avoir lu « L’archipel du Goulag »… Ni de son illogisme.

Ni de ces multiples références à un Dieu de miséricorde, alors que l’on assassine en Son Nom. Lui a-t-on demandé Son avis ? Illogique alors que la religion devrait être l’amour des autres et non leur extermination.

Jamais l’auteur ne fera de surenchère dans la violence, nous parlant juste de la violence ordinaire que des Hommes font subir à leurs semblables, avec délectation en plus. Je peux vous affirmer que certains ont de grandes compétences pour mettre les autres plus bas que terre, sans même se rendre compte que c’est eux qui s’avilissent.

Choisir entre la vie sauve pour sa famille ou pour un train de déporté, le choix est vite fait, même s’il fera mal au bide et à sa conscience : sa famille. De toute façon, quelque soit le choix, il laissera celui qui a fait ce choix au sol, l’âme en peine. Le proposeur, lui, se lavera les mains et ricanera de sa bonne idée.

Dans cette histoire vraie, même si une partie est romancée, les faits sont exacts, avérés, ces horreurs ont eu lieu. Je me suis attachée de suite à ces deux sœurs, Araxie et Haïganouch, même à leur oncle, Krigor, dont j’ai regretté la fin. Son rôle est très court, hélas, mais il était des plus marquant.

Voilà un roman, mi- autobiographique, mi- romancé, qui donne des émotions en vrac, des émotions fortes, de celles que l’on n’oubliera jamais, de celles qui resteront gravées. À un certain chapitre, ce fut impossible de retenir les flots et le Niagara a coulé de mes yeux.

Sans jamais sombrer dans le pathos, l’auteur a réussi à me briser le cœur en peu de phrases. Heureusement, après, les violences s’espaceront et on repartira sur la suite du récit, la reconstruction des personnages, qui sera des plus intéressant à lire, même si l’Histoire nous réservera encore quelques saloperies. Smyrne restera gravée en moi.

Les personnages sont attachants, ni tout noir, ni tout blanc. Si la plupart sont des brutes, certains ont encore un cœur, une conscience et, sans devenir des super-héros, peuvent, avec peu, aider leur prochain. La lumière qui surgit des ténèbres…

L’écriture de l’auteur est taillée au cordeau, il va au plus simple, mais sans jamais sacrifier le fond ou la forme. Pas de chichis, pas de fioritures, et malgré tout, son récit est d’une grande profondeur, ses décors bien décrits et ses personnages bien campés. Plus facile lorsqu’ils ont existés, certes, mais ils sont réalistes et jamais sur-joués.

Un roman historique très dur à lire, des scènes abominables parce que vue de l’intérieur, des massacres qui donnent envie de foutre le camp loin de ce récit, mais ce serait une erreur phénoménale car cette entrée violente est nécessaire pour comprendre ce que fut le génocide arménien, les exactions commises envers ce peuple et pour pouvoir comprendre les personnages dans leur reconstruction.

C’est un roman historique qui mêle adroitement les récits autobiographiques, l’Histoire, l’aventure, le roman noir, le roman policier et qui nous montre ces vies qui furent fracassées, qui n’avaient rien demandé, si ce n’est de vivre en paix. Mais d’autres gens en avaient décidé autrement…

Elle s’appelait Araxie elle n’avait pas dix ans
Sa vie, c’était douceur, rêves et nuages blancs
Mais d’autres gens en avaient décidé autrement

C’était une petite fille sans histoire et très sage
Mais elle n’est pas née comme toi
Ici et maintenant… (*)

J’aurais aimé vous en parler avec plus d’emphase, avec de belles phrases, bien tournées, mais les mots me manquent encore, tant j’ai dépassé tous les quotas d’émotions possibles et imaginables. Rien que d’y repenser, j’ai la gorge qui se noue et ma gueule qui fait mal.

C’est un roman magnifique qui mérite d’être lu, découvert, prêté, offert (en prévenant les gens, bien entendu). C’est une page d’Histoire qui devrait être plus souvent lue, au lieu d’être « négationnée » par certains.

Faut parfois oser se regarder dans un miroir, avouer que ce qu’on fait nos ancêtres était horrible, bestial,… Se donner la peine de se pardonner, de leur pardonner et de tourner la page. Comme a fait l’Allemagne. Reconnaître ses crimes, c’est déjà un grand pas en avant pour la reconnaissance des martyrs, des victimes. Les tortionnaires ne sont plus de ce monde.

Araxie vient d’entrer dans mon panthéon personnel, aux côtés d’autres filles fabuleuses, telles que Kia (Là où chantent les écrivisses), Betty Carpenter (Betty), Harley McKenna (Mon territoire), Turtle (My absolute darling) et d’autres personnages marquants.

Magnifique, mais dur !

Attention, gros spolier attendu : ce livre finira dans mon Top de l’année, au rayon des coups de cœur et des livres marquants. Mais ceci n’est pas une surprise.

(*) « Comme toi » de Jean-Jacques Goldman (© Universal Music Publishing Group)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°23] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°76].

Blackwing – 03 – La chute du corbeau : Ed McDonald

Titre : Blackwing – 03 – La chute du corbeau

Auteur : Ed McDonald
Édition : Bragelonne (15/04/2020) / Bragelonne Poche (07/07/2021)
Édition Originale : Crowfall
Traduction : Benjamin Kuntzer

Résumé :
Un cataclysme a frappé le Cordon, l’ultime ligne de défense séparant la civilisation des Rois des profondeurs.

Des pluies rouges accablent sans cesse la terre, de nouvelles monstruosités se nourrissent de terreur dans l’ombre et le pouvoir des Sans-Nom, les dieux qui protègent la république, demeure inutilisable.

Les capitaines des Ailes noires qui les servent sont éliminés un par un, et même les immortels ont fini par apprendre ce que mourir signifiait.

Entretemps, le pouvoir des Rois des profondeurs n’a fait que croître ; ils sont sur le point d’assener le coup final.

Critique :
Oui, je l’ai fait ! Non seulement je me suis replongée dans la fantasy avec plaisir mais en plus, j’ai terminé cette saga (je ne suis pas à jour partout, loin de là !).

Avec cette trilogie, on se situe tout de même dans le haut du panier de la fantasy. Dans le haut du panier de la dark fantasy, je dirais même, un univers que je n’ai pas encore exploré vraiment.

Mon domaine de prédilection serait plus celui de l’humour et des pitreries des héros des sagas de David Eddings ou les guerriers flamboyants des sagas de David Gemmel.

Ici, c’est un tout autre univers qui m’a été présenté, plus sombre. Le plaisir fut au rendez-vous durant mes trois lectures et j’ai particulièrement apprécié ce dernier volume qui clôture la trilogie car l’auteur n’a pas foiré son grand final (comme on l’a déjà vu ailleurs).

Depuis le départ, ses personnages sont travaillés, possèdent de la profondeur, on s’attache à eux, on serre les dents s’ils disparaissent… D’autres feront leur apparition et auront eux aussi leur rôle à jouer, même si le rôle principal reste pour Ryhalt Galharrow, le capitaine des Ailes Noires qui a bien changé dans ce dernier tome.

Les décors post-apo sont très bien décrit et personne n’aura envie d’aller passer ses vacances dans la Désolation, ces grandes étendues de terres qui ont encaissées le déferlement de la Machine (l’équivalent de plusieurs bombes atomiques), détruisant tout sur son passage et faisant muter la nature à tel point que nous avons, entre autre, des herbes qui peuvent vous déchiqueter et vous bouffer et un bestiaire totalement dingue de créatures loufoques (et dangereuses).

Pourtant, Ryhalt Galharrow a vécu dans la Désolation qui l’a transformé. Pourquoi a-t-il fait subir ça à son corps ? Se sera pour les révélations finales mais vous en apprendrez un peu plus au fil du récit, l’auteur n’attendant pas l’ultime page pour tout nous révéler.

Dans ce récit de dark fantasy, Noir c’est Noir, il n’y a plus d’espoir… Les Rois des Profondeurs se réveillent et une fois de plus, le combat sera titanesque pour survivre et déséquilibré. Les Sans-Noms tirent les ficelles et il est bien difficile de savoir qui va trahir (ou pas).

Bourré d’action sans que cela vire à Mission Impossible, de l’adrénaline, des combats, du suspense, des aventures qui ont du pep’s, sans jamais sacrifier le fond sur la forme ou l’action pure au détriment de la profondeur du scénario, Ed McDonald signe-là une belle conclusion à sa trilogie.

Sans verser dans l’excès avec des combats qui dureraient des centaines de pages, sans sacrifier le final en l’expédiant en deux coups de cuillère à pot, l’auteur a réussi l’équilibre entre les deux : ni trop, ni trop peu.

Son monde était cohérent et il a réussi à nous le faire visiter sans que le voyage devienne chiant, sans que les accompagnateurs ne deviennent lourds et bien que l’on ne saura jamais tout, ce dernier tome nous en apprend un peu plus sur les Sans-Noms.

De la Dark Fantasy sombre et violente, sans jamais que la lumière ne manque, porté par des personnages hauts en couleur, sympathiques, qui évolueront au fil de leurs aventures, de leur blessures. Une conclusion de la saga à la hauteur.

Cela fait du bien de revenir à des anciens amours (un peu délaissés) avec une trilogie de cette qualité dont le final reste dans la cohérence des tomes précédents, autrement dit, dans le tout bon.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°285], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°39], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°64], et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Miroir de nos peines : Pierre Lemaitre [LC Bianca]

Titre : Miroir de nos peines

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (02/01/2020) / LP (2021)

Résumé :
Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire où la France toute entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté.

Il fallait toute la verve et la générosité d’un chroniqueur hors pair des passions françaises pour saisir la grandeur et la décadence d’un peuple broyé par les circonstances.

Secret de famille, grands personnages, puissance du récit, rebondissements, burlesque et tragique…

Critique :
Dans ces deux précédents romans consacré à l’entre-deux-guerres, Pierre Lemaître m’avait emporté, bouleversé et apporté des émotions fortes telles que la colère (sur certains comportements, personnages), de la joie, de la tristesse.

Bref, j’en avais vu de toutes les couleurs aux côtés de ses personnages grandioses, réalistes, flamboyants, généreux ou qu’on avait envie de trucider.

Le dernier tome n’a pas dérogé à la règle, il terminera comme les autres dans mes coups de coeur car lui aussi m’a emporté, telle une foule en délire, dans des émotions fortes qui ont mis à mal mon pauvre cœur de lectrice.

L’exode, raconté par la mère de mon père, ça fleurait bien l’amusement, les chamailleries, la belle vie et l’aventure. Des bons souvenirs pour elle.

Oui, mais non, mémé, ce n’était pas la belle vie et l’amusement pour tout le monde, ces milliers de gens jetés sur les routes suite à la guerre et qui devait encore en plus subir les hausses des prix, le mépris des autres et les avions allemands qui ne lâchaient pas des confettis.

Quitter sa maison, son village, sa ville, son pays, avec son barda, les enfants, ça n’a rien d’une promenade de santé et où que vous alliez, on vous verra comme des envahisseurs. La peur est un ennemi mortel pour l’esprit humain, elle lui fait voir des choses qui n’existeront pas et le fait devenir une sorte d’ours enragé, que les exilés soient du pays voisin, du département voisin ou tout simplement son voisin.

Une fois de plus, Lemaître a réussi à nous emporter dans les affres de la drôle de guerre, suivant plusieurs personnages à la fois, sans avoir à quel moment leurs arcs narratifs vont se rejoindre, ni pourquoi.

Personnages flamboyants, une fois de plus, attachants, réalistes et pouvant évoluer et passer de salopard fini à un homme cachant de la fragilité sous de la colère.

Désiré est le plus magnifique, véritable caméléon qui joue tout au culot. Raoul est un magouilleur brutal, Gabriel un jeune homme timide, Louise, croisée toute jeune dans le premier tome est ici une femme en proie à des doutes et M Jules, patron du café est un sacré numéro aussi qui a réussi à m’émouvoir avec peu.

Son dernier roman consacré à l’entre-deux-guerres, je l’ai dévoré en peu de temps tellement il était addictif, bien écrit, historiquement bien fait, précis, travaillé, au scénario excellent, mélangeant les drames avec de l’humour. Nous avons beau être en 1940, les réactions des gens ne sont pas éloignées des nôtres en 2021.

L’absurdité des décisions, les imbécilités des décideurs, sans oublier celles de la population (parce que nous n’avions rien à envier à nos gouvernants, point de vue conneries absurdes) sont présentes et bien que personne ne puisse Twitter, les rumeurs et la propagande vont bon train, pervertissant l’esprit de tout le monde, rendant les gens pareils à des bêtes féroces (heureusement, pas tout le monde).

Sur le final de cette magnifique fresque historique, j’ai eu envie de poser le livre et de laisser libre cours à mon chagrin. J’arrivais au bout de cette belle aventure, j’allais quitter les personnages à tout jamais et ils m’avaient apporté tellement de belles choses que j’avais le cœur lourd à l’idée de les quitter.

De plus, même si les pires bassesses humaines remontaient à la surface, même si la haine guidaient les actions de certains, si la colère envers les réfugiés sortait par tous les pores et que la peur commandait les esprits, les quelques gestes de solidarité m’avaient émus eux aussi. Tout n’est pas à jeter chez l’Humain.

Une fois de plus, ce sont des destinées personnelles qui nous font vivre de l’intérieur ces jours troubles de la drôle de guerre qui eut lieu en 1940, quand les Allemands sont entrés en Belgique comme en France comme du persil s’enfonçant dans du beurre mou, laissant derrière eux des corps sans vie, des vies brisées, exilées.

Une magnifique fresque historique, réaliste, portée par des personnages qui resteront dans ma mémoire tant ils étaient superbes, même avec leurs défauts ou leurs sales caractères.

Une LC réussie avec Bianca même si celle-ci préfèrera le tome 2 dans cette trilogie.

Nains – Tome 20 – Svara du bouclier : Nicolas Jarry et Nicolas Demare

Titre : Nains – Tome 20 – Svara du bouclier

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Nicolas Demare

Édition : Soleil (24/03/2021)

Résumé :
Fille d’un général devenu infirme, épouse d’un guerrier mort sur le champ de bataille, mère de deux fils emportés au combat et d’un troisième disparu, Svara est une femme du Bouclier.

Son coeur de mère lui hurle que son marmouse est en vie, perdu dans les plaines glacées.

Déchirée entre chagrin et espoir, elle réunira autour d’elle un ancien cognar et deux déserteurs pour partir à sa recherche.

Critique :
Il faut sauver le soldat Ryan ! Enfin, non, il faut sauver le poilu Abraz !

Lorsqu’on appartient à l’ordre du Bouclier, faut savoir tenir le rang et ne jamais le rompre.

Si vous mourez sur le champ de bataille, on rapatriera votre corps (s’il reste quelque chose) ou pas…

Svara appartient à une famille du Bouclier et elle a vu tous les hommes mourir : son mari et maintenant deux de ses fils, le 3è n’ayant pas été trouvé, mais les soldats disent qu’il est sans doute mort.

Le coeur de la mère n’en croit pas un mot et elle part à sa recherche, embauchant au passage un ancien du Bouclier, devenu moine et deux guerriers : un déserteur et un autre qui est une tête brûlée qui n’obéit pas, qui n’écoute pas et qui n’en fait qu’à sa tête…

Ce que j’aime dans les albums Nains, c’est la manière dont sont mise en valeur les femmes. Comme nous, elles ont peu de droits, ou alors celui de pondre des marmouses et de s’en occuper (ainsi que de leurs maris) mais bien souvent, ce sont des rebelles, des femmes qui ont de la poigne et quand elles prennent le taureau par les cornes, par les burnes d’Ijad, ça envoie du lourd !

Les scénaristes ne nous laissent jamais croupir trop longtemps dans nos cuisines et font des Naines des femmes sans peur qui osent se dresser avec le poing levé (ou une arme à la main). Sans les femmes, la civilisation des Nains irait droit dans le mur.

— Je suis Niss du Bouclier. Mon rôle est de veiller sur mon foyer, et de me tenir droite dans les tourmentes présentes et à venir. Je suis celle qui réconforte, celle qui attend, celle qui donne la vie, celle qui souffre en silence. Je suis toutes ces mères qui ont vu leurs fils partir pour ne jamais revenir. Je suis toutes ces naines qui sont le véritable ciment de notre civilisation.

On pourrait croire que vu l’équipe de bras cassé qu’elle emmène avec elle, Svara, qui est elle-même une future grand-mère, va droit dans le mur : l’ancien cognard du Bouclier est âgé, le déserteur a planté ses copains en plein milieu d’une bataille et l’autre, dernier rejeton d’une grande famille, est insubordonné et cherche misère au déserteur.

Le talent du dessinateur est de nous montrer de beaux paysages, de nous faire entrer dans le monde des Nains, de dessiner les protagonistes, les monstres, des scènes de batailles qui semblent vivantes, des corps sans vie ensuite. Mission plus qu’accomplie.

Au scénariste, il incombe de nous pondre une histoire qui peut être classique, mais en nous la racontant autrement, pour nous subjuguer, pour nous faire vibrer durant la quête de nos héros et de nous donner envie de les suivre, même s’ils sont bougons, bagarreurs, chieurs, râleurs…

Son talent est aussi de dresser des portraits de personnages qui peuvent nous étonner en fil des pages, qui peuvent évoluer ou bien cacher leur jeu. À ce niveau-là, j’en ai eu pour mon argent !

Une fois de plus, la saga des Nains nous propose un album qui tient la route, qui, bien que racontant une histoire classique d’une mère qui se lance à la recherche de son fils dans un monde des plus hostiles, nous la raconte d’une autre manière et parvient sans mal à subjuguer le lecteur avec un récit humaniste.

Un album que j’ai refermé avec le coeur brisé, mais heureux d’avoir vibré pour une si belle aventure avec ce quatuor qui au départ, n’avait rien d’exceptionnel.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°230], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 54 pages et le Challenge bd « Des histoires et des bulles » chez Noctembule (Avril 2021 – Avril 2022) – SFFF N°9.

Wild west – Tome 2 – Wild Bill : Thierry Gloris et Jacques Lamontagne

Titre : Wild west – Tome 2 – Wild Bill

Scénariste : Thierry Gloris
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Dupuis (05/03/2021)

Résumé :
Savez-vous comment Martha Cannary est devenue Calamity Jane, la femme la plus célèbre du Far West, ou encore comment elle a connu Wild Bill, ce vétéran de la bataille de Five Forks et héros de la guerre de Sécession, chasseur de primes, justicier et roi de la gâchette ?

Dans des décors époustouflants, ce western au dessin flamboyant nous entraîne au cœur de la conquête de l’Ouest à travers les paysages les plus emblématiques de l’Ouest américain.

Un monde sauvage, sans foi ni loi. Au lendemain de la guerre civile, alors que les guerres indiennes font rage, Wild Bill est toujours à la poursuite des assassins d’un crime qu’il s’est juré de venger. Sur ce territoire à feu et à sang, il recroisera bientôt Martha.

Dans Wild West, les légendes prennent vie, et plongent au-delà des mythes dans la réalité cruelle d’un enfer impitoyable.

Au plus près du contexte historique, à cette époque de la ruée vers l’or, de la construction du chemin de fer et des massacres de bisons, la saga embarque dans le présent de l’Histoire avec ses odeurs de poudre, de sang et de larmes.

Critique :
Calamity Jane m’avait enchanté, Wild Bill Hickok allait-il faire de même ?

Hormis le fait qu’il porte un peu trop haut son chapeau, sur la couverture, l’album a rempli son contrat et j’en suis sortie plus que satisfaite.

Bon, je passerai sur le fait qu’il ne doit pas être facile pour Martha Cannary (Calamity Jane) de cacher sa féminité au sein d’un bataillon de Tuniques Bleues, que c’est quasi impossible au bout d’un moment, mais ce serait chipoter.

Nous sommes dans un western réaliste, autrement dit, pas chez la famille Ingalls au milieu de la prairie (série bien connue) mais dans un film de Sergio Leone où 3 types aux mines patibulaires font face à celui qu’ils nomment « étranger ». Oui, si tu n’es pas du coin, tu es étranger !

La scène de la mouche et la musique d’Ennio Morricone en moins, on se croirait dans « Il était une fois dans l’Ouest ». Si vous connaissez le film, vous comprendrez que dans ce western réaliste, on a de la violence totalement gratuite car les Humains sont ainsi…

Où qu’il aille… l’homme corrompt tout.

Dans ces plaines, on tue des bisons et on ne prend même pas la peine de retourner la bête pour prendre la peau de l’autre côté… Une gabegie, une fois de plus, comme si les bisons étaient reproductibles à l’infini et que quelque soit le nombre que l’on massacre, Dieu pourvoira à leur remplacement…

Wild Bill est un homme de parole, quand il promet une chose, il va jusqu’au bout et même le diable ne lui fera pas détourner de sa mission, même pas des billets verts.

Des comme lui, on n’en a pas fait des masses. Chasseur de primes, il a tout de même une certaine humanité contrairement à ces cols blancs de Washington qui ne respectent aucun des traités qu’ils ont signés. Le génocide des Amérindiens va s’accélérer avec les parcages dans des camps de la mort, appelés « réserves » pour faire politiquement correct.

De l’autre côté, nous suivrons aussi notre Martha Cannary qui se retrouve dans une situation qu’elle n’aurait jamais pensée et va devoir s’acclimater au milieu d’un peuple qu’elle ne connait qu’aux travers des récits des autres qui les considèrent comme des sauvages barbares.

Les dessins sont toujours extraordinaires, sauf pour les chevaux que j’ai trouvé fort figés, mais les paysages donnaient envie d’aller chevaucher dans ce pays magnifique (dommage qu’il y ait certains américains) et qui aurait pu devenir quelque chose de grandiose si les Hommes qui y mirent pied avaient eu une autre mentalité au lieu d’être avide de toutes les richesses.

Ce deuxième album est riche en détails, riche en Histoire, riche en horreurs humaines et ne se prive pas de taper là où ça fait mal, sans pour autant diaboliser les Blancs et glorifier les Rouges, mais en montrant que les imbéciles sont partout, les assoiffés de violences aussi.

À force d’avoir massacré les Indiens, de les avoir roulés, grugés, volés, mis plus bas que terre, ces derniers ont la rage, ils veulent montrer ce qu’ils valent, défendre leurs territoires sacrés, leurs bisons, leurs familles et une fois que le premier domino des assassinats vengeurs est tombé, impossible d’arrêter les autres car les plus modérés ne seront plus écoutés par les jeunes impulsifs.

Si on peut le lire indépendamment du premier tome, il y a tout de même une continuité et ce serait bête de passer à côté de l’excellent Calamity Jane.

Un album qui sent la sueur, le sang, les larmes, la poudre de fusil, le canasson, les massacres de bisons, d’Indiens, de colons, les injustices et les magouilles des politiciens pour éliminer définitivement le problème des Indiens et pouvoir prendre le reste de leurs territoires.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°229], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur , le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 54 pages et le Challenge bd « Des histoires et des bulles » chez Noctembule (Avril 2021 – Avril 2022) – Western N°30.

Le chemin parcouru – Mémoires d’un enfant soldat : Ishmael Beah

Titre : Le chemin parcouru – Mémoires d’un enfant soldat

Auteur : Ishmael Beah
Édition : Presses de la cité Document (2008) / Pocket Jeunes adultes (2009)
Édition Originale : A Long Way Gone : Memoirs of a Boy Soldier
Traduction : Jacques Martinache

Résumé :
Sierra Leone, années 90. II s’appelle Ishmael Beah. Hier encore, c’était un enfant qui jouait à la guerre. Désormais, il la fait. Un jour de 1993. sa vie bascule brusquement dans le chaos.

Ishmael a douze ans lorsqu’il quitte son village pour participer dans la ville voisine à un spectacle de jeunes talents. Il ne reverra jamais ses parents.

Après des mois d’errance dans un pays ravagé par la guerre, il tombe avec ses compagnons aux mains de l’armée. Faute de troupes, les deux camps – armée gouvernementale et groupes rebelles – enrôlent de force les enfants des villages capturés.

Drogué, privé de tout repère moral ou simplement humain dans un monde qui s’est effondré, Ishmael devient insensible, incapable de réfléchir, transformé en machine à tuer.

À quinze ans, grâce à l’UNICEF, il est envoyé dans une mission humanitaire et, avec l’aide des médecins, il va apprendre à se pardonner et à se reconstruire.

Ce récit fascinant d’une traversée de l’enfer à l’aube de la vie est une leçon de courage et d’humanité, destinée à devenir un classique de la littérature de guerre.

Critique :
Quand on a 12 ans et que l’on vit dans un petit village de la Sierra Leone, on ne pense pas à la guerre, on ne pense qu’à s’amuser, écouter de la musique, danser, rire, s’amuser…

Quand les rebelles fondent sur les villages, c’est le feu, l’enfer, les balles, les morts, les blessés, les otages, les viols qui se succèdent.

Ishmael n’était pas dans son village lorsque ça est arrivé, il était dans un autre, bien plus loin, mais l’enfer l’a rattrapé, lui et ses amis fan de rap et ils ont dû courir, fuir devant eux, sans savoir où ils allaient arriver, sans savoir s’ils n’allaient pas se jeter dans la gueule des rebelles.

Ce récit vous prend aux tripes car la question qui vient toujours à l’esprit est « Qu’est-ce que moi j’aurais fait ? Comment aurais-je réagis à cette horreur qui s’abat sur vous et vos proches ? ».

Car cette guerre civile fractionne les familles, éparpille tout le monde, tue et blesse, mais aussi, elle fait naître la peur des autres. Pire, elle fait naître la peur des enfants dans les yeux des adultes.

Le périple de ces gamins ne sera pas facile, il est semé d’embûches et de villageois qui les prennent pour des enfants soldats, qui les chassent, qui les menacent et ces gamins de 12, 13 ans vont devoir affronter ce que même un adulte ne voudrait pas vivre dans sa vie.

J’ai frissonné de peur, j’ai craint pour la vie de ces gamins, pour la vie des autres. Courant avec eux pour fuir, j’en ai vu des vertes et des pas mûres, même si l’auteur reste très pudique dans ses explications, ne virant jamais au gore pour le plaisir de faire du gore, mais racontent les faits tels qu’il en a été le témoin.

On pourrait croire qu’il est difficile de faire d’un gamin qui pleure un enfant soldat sans peur et sans conscience, véritable machine à tuer, mais détrompez-vous, c’est facile, simple et rapide : tu peux ne pas être soldat, mais tu ne mangeras plus, tu peux partir, mais les rebelles te tueront.

Pour bien laver le cerveau, on explique aux enfants que ce sont les rebelles qui ont tué leurs parents, brûlés leurs villages (alors que ce sont peut-être ces soldats-ci, qui sait ?) et on les bourre de drogues qui nettoient le peu d’esprit de contradiction qu’ils leur restait.

Oui, cerveau vidé, malgré le fait que Ishmael lisait, connaissait par cœur des passages de Shakespeare, était instruit, respectueux des gens, des anciens et que son chef militaire lisait « Macbeth » et « Jules César »… Nous n’étions pas face à des bas-de-plafond… Que du contraire.

Si au départ, nos gamins pleurnichent et ne savent pas tenir une arme, ils se transforment très vite en petits Rambo et accomplissent très bien les missions qu’on leur confie, à savoir, faire les mêmes exactions, les mêmes horreurs, que les rebelles, sauf que nous, les gars, c’est pour libérer notre pays. Ben voyons.

Aucun scrupules à utiliser des enfants, autant dans l’armée que chez les rebelles, de toute façon, personne n’a jamais demandé l’avis de ces gosses, ont leur a lavé le cerveau et on en a fait des machines de guerre. Comment ensuite rééduquer ces gosses qui ont commis des atrocités ?

Il y a moyen, l’auteur a bénéficié des traitements de l’UNICEF, même si j’ai trouvé leurs démarches assez mal préparées. On peut être animé des meilleures intentions du monde, cela ne fera jamais que des pavés de plus pour le chemin de l’enfer.

Parce que mettre dans le même réfectoire des enfants soldats de l’armée et de ceux des rebelles, c’est dégoupiller des grenades ! Gare à l’explosion ! Et souvent, les gens de l’UNICEF oublient qu’ils ont face à eux des enfants soldats, qui voudraient retourner à la guerre, dans leur unité, qui sont bourré de drogues et de violences.

Un récit qui prend aux tripes, une fuite en avant dans la peur, les larmes et le sang, des familles séparées, que peu de gamins retrouveront, peu de solidarité, beaucoup de peur des autres et des enfants qui sont capables de changer très vite, passant de gamins insouciants, joueurs, rigoleurs à des fugitifs apeurés et ensuite, pour les plus malchanceux, à des guerriers sans pitié, oubliant très vite tout ce qu’il leur fut appris.

Une histoire vraie dure, sombre, violente. Une histoire, une de plus, sur la folie des hommes, apportant une pierre de plus à l’édifice de la bestialité sans laquelle l’Humain est capable de sombre très très vite, plus vite qu’on ne le croit et d’où il n’est pas facile de s’extraire après avoir été conditionné, surtout quand les combats viennent refrapper à votre porte.

Un témoignage magnifique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°183] et le Mois du Polar – Février 2021 – chez Sharon [Fiche N°09].

 

West legends – Tome 3 – Sitting Bull – Home of the braves : Olivier Peru et Luca Merli

Titre : West legends – Tome 3 – Sitting Bull – Home of the braves

Scénariste : Olivier Peru
Dessinateur : Luca Merli

Édition :

Résumé :
1870, États-Unis. Depuis la signature du traité de Laramie, aucun homme blanc ne doit fouler le territoire sacré des Black Hills. Pourtant une horde de tueurs viole la frontière interdite.

Ils remontent la piste d’un secret capable de détruire les dernières nations indiennes libres.

Mais le plus grand des chefs sioux est sur leurs traces. Sitting Bull et ses braves se mettent en chasse.

Critique :
Si j’avais trouvé que l’album consacré à Billy The Kid était en-dessous de celui de Wyatt Earp, celui sur Sitting Bull va être classé sur une marche tellement haute que tous les suivants n’arriveront jamais à sa cheville (ou alors, va falloir se sortir les tripes).

Ça c’est de l’album ! Un excellent scénario, du rythme, du suspense, un grand guerrier, des salopards, le tout mis en page par des dessins magnifaïks, mes chéris !

Bref, cette lecture fut un pied monumental, un orgasme littéraire en bande dessinées et oui, la bédé peut être autre chose que des p’tits Mickeys, comme le croit trop de gens ignares qui jugent trop vite, sans savoir.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt, à nos Indiens, qui sont tout, sauf des moutons. Les Black Hills sont les terres sacrées pour les Indiens, je ne vous dévoilerai rien en vous disant que dedans, il y avait de riches gisements d’or et que le métal jaune rend fou que les Hommes Blancs, mais pas les Indiens.

La nation de pierre que les Blancs construisent partout est vaste et pleine de merveilles de routes, de cités et de bâtiments magnifiques… Quelle pitié qu’elle soit emplie d’hommes comme ce Jeremiah Marcy. Comment leur monde peut-il enfanter des êtres capables de n’aimer qu’une seule chose au point que tout le reste perde toute valeur ? Est-ce l’argent qui rend les hommes fous ? Qui les pousse à envoyer leurs frères à la mort pour posséder toujours plus de cette chose immatérielle qu’ils appellent la richesse ?

Un groupe d’hommes s’est introduit dans les terres sacrées des Black Hills, poursuivant un autre groupe qui s’est introduit aussi en schmet (roublard, profiteur – mot Marocain) sur le territoire sacré qu’un traité interdit pourtant de fouler, et tout ce petit monde est pisté par un mini commando de peaux-rouges.

Tout le monde est là en stoemelings (en cachette – mot Bruxellois) et notre bande de rastacwér (individus peu fiables – mot Wallon) va trouver une couille dans le pâté, ou plutôt, un truc pas net dans la viande séchée.

Cupidité, vols, envie, colonisation, massacres, mépris, appropriations par la violence, spoliations, déportations, mensonges, reniement de sa parole, coups de putes, bref, tout ce qui fut l’apanage de l’Homme Blanc lorsqu’il mit les pieds sur les terres des Amériques (et ailleurs aussi, ne nous leurrons pas) où les Amérindiens vivaient depuis des siècles.

Oui, tout ça est résumé dans un seul album, en quelques pages pour commencer, juste de quoi bien remettre les faits dans leur contexte et donner au lecteur un portrait de ce que certains furent, à une époque donnée : des salopards d’assassins, des voleurs de Terres, des menteurs. Et comme le chantaient si bien les Poppies ♫ Non, non, rien n’a changé, tout, tout à continué ♪

Cet album est magnifique, je l’ai déjà dit et je m’en fous, je me répète pour que ça rentre bien dans vos petites têtes et je vous conseillerais même de le lire « po n’nin mori bièsse » (pour ne pas mourir idiot, comme on dit en Wallon) ou tout simplement, pour passer un excellent moment en compagnie de Sitting Bull et d’un Blanc pas tout à fait comme les autres.

Un album engagé, un album au rythme trépidant, mais sans jamais aller plus vite que la musique, des personnages forts, sympathiques, attachants (Sitting Bull et le Grayback), des méchants ayant de l’envergure, de la puissance, un ennemi implacable, des conditions météos merdiques et un scénario bien pesé, bien détaillé, qui frappe là où il faut.

Putain, j’en veux encore des comme ça, moi !!!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°139]. et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Les tuniques bleues – Tome 65 – L’envoyé spécial : José-Luis Munuera et Béka

Titre : Les tuniques bleues – Tome 65 – L’envoyé spécial

Scénaristes : José-Luis Munuera et Béka
Dessinateur : José-Luis Munuera

Édition : Dupuis (30/10/2020)

Résumé :
Londres 1861. William Russell, journaliste au Times, couvre une grève dans une usine, au grand dam de ses supérieurs qui lui reprochent de se ranger du côté des ouvriers. Pour se débarrasser de lui, la rédaction du journal l’envoie de l’autre côté de l’Atlantique où la guerre de Sécession fait rage.

En Amérique, dans le camp de l’armée nordiste, le caporal Blutch et le sergent Chesterfield sont chargés d’escorter ce drôle d’observateur anglais, flegmatique et distingué, qui prend des notes sur le champ de bataille en chevauchant une mule.

« La vérité, c’est une question de point de vue ! » s’exclame Blutch dans ce nouveau tome des « Tuniques bleues » coscénarisé par le couple BeKa et Jose Luis Munuera, et dessiné par Jose Luis Munuera.

William Howard Russell (1820-1907) est un journaliste anglais, considéré comme le premier correspondant de guerre. Il a couvert la guerre de Sécession.

Dans l’esprit de la série culte de Cauvin et Lambil, et en attendant la parution du tome 64 en 2021, qui marquera le dernier scénario de Cauvin, les auteurs s’emparent du tandem fétiche pour évoquer l’éternelle tentation d’instrumentalisation de la presse par le pouvoir et la difficulté pour elle de rester objective.

Critique :
Il y deux sortes de passionnés de la bédé : les puristes qui ne veulent pas de reprise par d’autres et les autres que ça ne dérange pas, tant que ça reste dans la ligne éditrices et que les scénarios sont intéressants.

Je me situe souvent le cul entre deux chaises mais pour certaine série (Spirou, par exemple), cela ne me dérange pas la continuité par d’autres alors que pour Blueberry, Astérix, on s’est éloigné de la qualité scénaristiques des albums mères.

Mais je suis ici pour parler de l’album 65 de Tuniques Bleues, paru avant le 64 qui marquera la fin de l’ère Cauvin-Lambil qui prennent leur retraite de cette série mythique. Ça me désole, mais ces derniers temps, les albums des Tuniques Bleues ne m’enchantaient plus au niveau du scénario et je trouvais qu’on tournait en rond.

Le trait de Munuera, je le connais de longue date, ayant lu Les Campbell, Nävis et Zorglub. Malgré tout, après 60 albums dessinés par Lambil (4 premiers par Salvérius), il faut un peu de temps pour s’habituer à une autres manière de dessiner les personnages. Souvent, dans les expressions, je revoyais celles des personnages des autres séries du dessinateur Munuera…

Le scénario est excellent et j’ai été étonnée de voir un journaliste du Times de Londres aller jouer l’envoyé spécial sur la Guerre de Sécession, mais effectivement, c’était logique que d’autres s’intéressent au conflit.

William Russell, le journaliste du Times, a tout son flegme britannique et son but à lui, c’est de raconter la guerre telle qu’elle se déroule, de ne pas cacher le nombre de morts, la folie de ce conflit fratricide, de l’imbécillité de certains généraux, le tout, sans prendre parti pour un camp ou un autre.

Si les ronds-de-cuir et les militaires voulaient un journaliste pour leur tresser des lauriers à leur gloire et à leur cause, ils remarquent vite qu’ils se sont fourré le sabre dans le cul, jusqu’au coude et décident de mettre un bâillon sur ce journaliste qui oublie de censurer ses articles, ou de les tourner dans le bon sens du Nord, comme certains firent durant la Première Guerre Mondiale.

À l’Ouest, il y a du nouveau car cet album, même s’il manie toujours l’humour, va plus en profondeur dans les personnages, dans leurs réflexions, leurs actions et les auteurs n’hésitent pas à montrer ce que peu de gens aimeraient voir : une coalition entre les dirigeants des deux camps ! La guerre est une affaire politique.

Je me suis régalée avec ce tome 65 et cela faisait longtemps que je ne prenais plus autant de plaisir à lire mes Tuniques Bleues, sauf à relire les anciens albums (jusqu’au 27, j’adore, entre le 28 et le 36, c’est inégal, au delà, je ne les relis jamais).

La thématique de la presse utilisée par le pouvoir sur place pour son propre bien à lui, dans le but de faire de la propagande ou de minimiser les faits existe depuis toujours et il n’est pas toujours simple pour un journaliste ou son journal de rester objectif devant des menaces, des dessous de table, des tentatives de musellement.

Et encore, durant la Guerre de Sécession, les journaux n’appartenaient pas à des millionnaires/milliardaires/industriels/ et le chantage à la publicité n’avait pas le même impact que maintenant (même si le nerf de la guerre est toujours le fric, le fric, le fric, le fric – et non pas des frites sur l’air des Tuches).

Un excellent album qui renoue avec ce que j’aimais dans cette série : de l’humour mais aussi de la profondeur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°121].

Ira Dei – Tome 3 – Fureur normande : Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat

Titre : Ira Dei – Tome 3 – Fureur normande

Scénariste : Vincent Brugeas
Dessinateur : Ronan Toulhoat

Édition : Dargaud (06/09/2019)

Résumé :
Bataille de Vénosa. Après la Sicile, c’est le sud de l’Italie qui doit faire face au déferlement normand. Les troupes, guidées par Guillaume de Hauteville et grossies par l’arrivée de nouveaux mercenaires normands attirés par leurs exploits, écrasent sans aucune pitié l’armée byzantine, menée par le capétan Dokéianos.

Face à une telle puissance, le Basileus Michel IV doit prendre des mesures radicales et fait sortir Maniakès de ses geôles pour le placer à la tête de son armée. Empli de haine, celui-ci compte bien se venger.

Si la démonstration de force des Normands ne lui plaît guère, les échecs byzantins sont, au contraire, vus d’un très bon œil par l’Église. Ayant la confiance de Guillaume, Étienne est chargé de manipuler ce dernier afin que son armée ne devienne pas une nouvelle menace pour la foi chrétienne.

Quant à Tancrède, il repart au combat au côté d’Harald, qui ne voit plus en son ancien ami qu’un faible. Normands et Byzantins sont sur le point de s’affronter à nouveau, car manigances et tromperies sont légion…

Critique :
Quand on est un grand con… quérant, faut conquérir et pour ça, faire des guerres, attaquer, échafauder des stratégies et être plus perfide que son ennemi.

Ou tout simplement utiliser ses chefs de guerres, ses mercenaires, ses soldats comme des pièces sacrifiables sur un échiquier où tous les coups de putes sont permis.

Le strategos Maniakès avait été jeté en prison mais comme il est le meilleur dans son boulot de stratège, le Basileus l’a fait sortir.

Le chef Varègue, Harald et Tancrède ont dû quitter la Sicile pour l’Italie qui plie sous les coups de boutoir des normands de Guillaume (lui-même conseillé par l’Église). Harald en a marre d’écouter les conseils pleins de prudences de Tancrède.

Ce dernier, depuis qu’il a perdu ses amis, n’est plus que l’ombre de lui-même. Voir Tancrède moins arrogant, plus posé, plus réfléchi, ça fait tout drôle. Entre nous, Harald aurait dû l’écouter…

Les dessins sont tout en fureur dans ce troisième tome, certaines planches étant même présentées de manière oblique, durant une bataille. Étrange mais bonne idée, ça donne encore plus de furie à la charge des Varègues.

Puisqu’il est question de con-quérant, il est aussi question de trahison, de plans machiavéliques pour faire tomber l’autre dans un piège, sauf que des autres ont pu aussi monter un coup foireux et que l’arroseur peut à tout moment finir en arrosé.

Un bon album, avec de l’action, des trahisons, des moments forts et des dessins qui mettent tout cela en valeur.

Le tome suivant, consacré au cycle Italien, me trouvera fidèle au poste car je voudrais savoir ce qu’il va se passer entre Hugues et Tancrède (et tous les autres).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°113].

Vinland Saga – Tome 23 : Makoto Yukimura

Titre : Vinland Saga – Tome 23

Scénariste : Makoto Yukimura
Dessinateur : Makoto Yukimura

Édition originale :Vinland Saga, book 23 (2019)
Traduction : Xavière Daumarie
Édition : Kurokawa Seinen (09/08/2020)

Résumé :
La guerre de succession des Jomsvikings s’est achevée. Thorfinn et sa troupe s’apprêtent à repartir vers Miklagard, étape indispensable pour financer leur voyage vers le Vinland.

De son côté, Sigurd, le mari de Gudrid venu jusqu’à Jomsborg pour la retrouver, s’apprête à rentrer en Islande. Gudrid a promis qu’elle rentrerait avec lui.

De son retour dépend l’honneur de Sigurd. Pourtant, après avoir été au cœur d’une guerre sanglante, Sigurd a des doutes.

Gudrid et lui doivent-ils vraiment vivre l’existence que Halfdan, le père de Sigurd, a choisie pour eux ?

Critique :
QUOI ?? C’est fini ?? Plus de Vinland Saga après ce tome ?? Merde alors, je n’ai pas vu venir le coup…

Ou alors le tome suivant sera consacré au voyage vers le Vinland ? Parce que si tout se termine ici, on ne saura jamais si Thorfinn arrivera à réaliser son havre de paix ailleurs.

Ce tome 23 commence avec Sigurd, un personnage que je n’aimais pas au début, que je trouvais trop violent, trop irréfléchi et qui, au fil des tomes, va changer et nous montrer un autre visage, celui d’un homme qui a besoin avant tout de s’affranchir de son père.

Leur combat sera rocambolesque, les combats avec des chaînes, façon chevalier Andromède, étant un peu trop irréaliste que pour être vrai, mais ce n’est pas ça le plus important dans ce combat, c’est ce qui se passe ensuite.

De son côté, Thorfinn est revenu en Islande, dans son village, retrouver sa soeur, après son voyage à Miklagard (Byzance/Constantinople/Istanbul) où il a réussi à trouver de l’argent pour financer son voyage au Vinland.

Cette partie est un peu plus calme, hormis le retour où sa sœur pique une crise et où Gudrid a peur de croiser son ancien futur beau-père.

Si c’est le dernier tome, c’est dommage, car j’aurais aimé suivre Thorfinn et les siens s’installant au Vinland car c’est tout de même le but premier.

Mais si on doit en rester là, je retiendrai que sous ses abords de manga violent comportant bien des combats de vikings, c’est en fait une oeuvre humaniste qui nous parle de paix, de l’inutilité des combats et que devenir pacifiste est plus belle cause que de devenir un grand guerrier.

Thorfinn était une boule de violence, une graine d’assassin, un garçon qui allait mal finir et il a réussi à renverser la vapeur et à changer de tout au tout. Un beau personnage et le voir grandir et s’affranchir de tout ce que Askelad lui avait appris pour tuer était la plus belle victoire qu’il pouvait prendre sur ce guerrier.

Le manga comporte une autre histoire, se déroulant au Japon et intitulée « Bientôt viendra le temps des adieux ». Le dessin de Makoto Yukimura n’est pas encore aussi aboutit mais l’histoire raconte déjà l’inutilité des guerres entre l’empereur et le shogun.

Vinland saga, je l’ai découverte pas hasard, à la biblio, mais je ne regrette pas de l’avoir suivie, surtout qu’en commençant après tout le monde, je n’ai dû attendre que pour les tomes 21/22 et 23.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°101].