Bohemian flats : Mary Relindes Ellis

Titre : Bohemian flats

Auteur : Mary Relindes Ellis
Édition : 10/18 (2015)
Édition Originale : The Bohemian Flats (2014)
Traduction : Marc Auligny

Résumé :
Au pied de Minneapolis, sur la rive du Mississippi, se dressent de petites baraques de bois connues sous le nom de Bohemian Flats.

C’est là, dans un joyeux chaos, que des migrants venus des quatre coins d’Europe, Tchèques, Irlandais, Finlandais ou encore Russes, échangent leurs histoires, partagent leurs coutumes, et s’épaulent sur le chemin laborieux du grand rêve américain.

Parmi eux, Albert et Raimund Kaufmann et leur amie d’enfance, Magdalena Richter, aspirent à un avenir plus libre, loin d’une Allemagne moyenâgeuse et intolérante. Mais la Première Guerre mondiale éclate, et avec elle s’envole la belle harmonie qui régnait dans les Flats.

Rattrapés par leur identité allemande, Albert, Raimund, Magdalena et leurs enfants vont être confrontés au passé douloureux de la famille, et à des secrets qu’ils croyaient enterrés pour toujours.

Critique :
L’histoire de la famille Kaufmann s’étale de 1881 à 1968, elle commence en Allemagne et continuera ensuite en Amérique.

Mary Relindes Ellis m’avait emportée dans « Wisconsin » et elle a remis ça, une fois de plus.

Ses personnages sont magnifiques, réalistes, sympathiques, humains, que ce soit le tout jeune Raimund et son frère Albert, leur parents, leur professeur Herr Richter, son épouse…

Commençant son récit dans l’Allemagne de 1881, l’auteure va nous conter la vie de la famille Kaufmann en prenant le temps de nous les présenter et de poser le décor d’une Allemagne rurale.

Les thèmes présentés sont des vieux amis : les relations dans une fratrie, les rapports entre le père et ses fils, la découverte de la sexualité, la figure maternelle, les mariages arrangés, les préjugés, l’intolérance, la religion, l’enseignement, les études, le travail à la ferme, dans les champs, l’envie, la jalousie, la convoitise… Et la fuite vers un autre continent.

C’est beau, c’est puissant, ça se dévore lentement car l’écriture de l’auteure se déguste. Elle n’est pas simpliste, loin de là. Moi qui ai d’habitude un bon rendement de pages à l’heure, j’ai mis plus de temps à avancer, sans pour autant m’ennuyer.

Le rêve américain cher à Trumpinette n’est une carabistouille pour moi. D’accord, en partant aux États-Unis tous les rêves sont permis, tout est possible, vous pouvez réussir en étant parti de rien. Mais pour un qui a réussi, combien ont chuté ? Le soleil ne brille pas pour tout le monde et si on veut devenir riche, faut écraser les autres.

D’ailleurs, aux Etats-Unis, la naissance ne détermine pas la position de l’individu dans la vie : à force de travail, un paysan peut s’élever au rang d’important homme d’affaires, voire occuper une fonction politique. La quantité d’argent ainsi gagné permet également d’acquérir un certain vernis social, mais l’accroissement de la richesse s’accompagne aussi d’une forme de censure que certains appellent les bonnes manières.

Le titre ne le laisse pas deviner, mais toute l’histoire ne se déroule pas dans les Flats de Minneapolis puisque nous aurons la genèse en Allemagne (Bavière) et après, une partie de l’histoire se déroulera dans une ferme de Chippewa Crossing dans le Wisconsin.

Le récit nous contera la vie de la famille Kauffman, leur voyage jusqu’au États-Unis, leurs coups durs, la vie difficile dans les Flats mais empreinte de solidarité entre tous ses habitants, victime du mépris des autres habitants de la ville puisque ne vivent dans les Flats que les gens pauvres.

Le mépris et la haine, nous les retrouveront au moment de la Première Guerre Mondiale où malgré le fait que des hommes originaires d’Allemagne se battent aux côtés d’Américains, ils sont vus comme des espions, des traîtres, des gens à abattre ou à renvoyer chez eux.

Mais dans les lettres suivantes, il évoque les sarcasmes subtils, puis un peu moins subtils, qu’il endure de la part des ingénieurs anglo-saxons, en plus du préjugé anti-allemand qui ne cesse de se répandre à Minneapolis et à Saint Paul. Il n’y a que sur les Flats qu’il se sent à l’abri des insinuations malveillantes.

— Les Anglo-Saxons ont toujours été comme ça depuis que j’habite ici, répond l’homme-ours. Pour eux, ceux qui viennent de pays situés à l’est de Paris sont des Polacks, des Boches, des Bohêmiens ou des sales Russes, assez bons pour travailler dans les manufactures et les usines mais pas assez pour s’asseoir à leur table ou être respectés comme n’importe quel Anglo-Saxon, homme ou femme.

Bizarrement, TOUS les Américains sont issus de l’émigration massive (sauf les Natifs que sont les Amérindiens, qui sont là depuis bien plus longtemps), tous sont étrangers et pourtant, les Anglo-Saxons se considèrent comme les seuls vrais Américains et tous les autres sont déclarés des étrangers.

Mon seul petit bémol pour ce récit sera pour le personnage d’Otto, le frère aîné Kauffman qui est le salopard de ces pages, même si, une fois tout le monde parti en Amérique, nous ne le reverrons pas avant la fin.

Là où le bât a blessé, c’est que Otto va commettre un acte abject, abominable, dégueulasse, honteux (les mots me manquent), qui ne sert en rien le récit et qui m’a semblé déplacé, hors de propos, vu les années qui avaient passé et que cet acte ne lui rapporterait rien qu’une sale vengeance très basse et complètement inutile. Voilà, c’est dit.

Un magnifique récit qui couvre les périodes allant de 1880 à l’après 1960, commençant en Bavière et allant jusque dans le Minnesota, en passant par le Wisconsin et passant un peu par les champs de batailles de la Première Guerre Mondiale.

Une fresque familiale qui s’étale sur 80 ans, servie par des personnages sympathiques, émouvants, portés par une écriture très belle. Une fresque qui rend hommage à tous ceux qui ont construit l’Amérique et qui n’étaient que des petites gens, pauvres.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°85] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.


 

Le Soleil des Scorta : Laurent Gaudé

Titre : Le Soleil des Scorta

Auteur : Laurent Gaudé
Édition : Babel (2006)

Résumé :
La lignée des Scorta est née d’un viol et du péché. Maudite et méprisée, cette famille est guettée par la folie et la pauvreté.

À Montepuccio, dans le sud de l’Italie, seul l’éclat de l’argent peut éclipser l’indignité d’une telle naissance. C’est en accédant à l’aisance matérielle que les Scorta pensent éloigner d’eux l’opprobre.

Mais si le jugement des hommes finit par ne plus les atteindre, le destin, lui, peut les rattraper. Le temps, cette course interminable du soleil brûlant les terres de Montepuccio, balayera ces existences de labeur et de folie.

À l’histoire de cette famille hors du commun se mêle la confession de sa doyenne, Carmela, qui résonne comme un testament spirituel à destination de la descendance. Pour que ne s’éteigne jamais la fierté, cette force des Scorta.

Critique :
Une fois de plus, j’avais un excellent roman qui prenait la poussières depuis des années dans mes étagères.

Je me souviens que je l’avais acheté un jeudi, jour de l’ascension, dans une bouquinerie ouverte les jours fériés. Il y avait du soleil et nous étions en 2008…

Shame on me d’avoir attendu 12 ans avant de lire ce roman que je voulais absolument découvrir (les auteurs qui me font des demandes de lecture comprendront que s’ils comptent sur ma vitesse de déstockage, ils auront des cheveux blancs).

La honte d’avoir mis si longtemps à la découvrir pèsera sur mes épaule autant que soleil des Pouilles qui, dès les premières lignes, a brûlé mes yeux.

Quelle histoire, mes amis ! Quel texte, quelle plume ! Pourtant, l’histoire est banale, habituelle, déjà vue, rien de neuf sous le soleil avec une histoire de bâtards, de bandits, de repris de justice qui vient retrouver la femme qu’il aurait voulu prendre avant d’entrer en prison.

L’ambiance est donnée dès les premières phrases, le style est concis mais puissant. Avec peu, Gaudé raconte beaucoup et fait passer des émotions en vrac, des plus belles aux plus sales. Des plus fortes aux plus douces.

L’auteur, d’un coup de plume magique, nous transporte à Montepuccio, petit village des Pouilles, paumé près de la mer, écrasé sous le soleil.

Les personnages principaux, les petits-enfants de Luciano Mascalzone sont attachants, n’ayant hérité que d’un nom maudit, les Scorta vont s’en sortir à la force du poignet, sans jamais relâcher la pression, sans jamais baisser les bras.

Un récit plein d’amour, de sueur, de sang, de fumée de cigarette, de secrets, de travail et de malédiction laissée en héritage par un père voleur à ses enfants. Un récit confession puisque c’est Carmela qui raconte leur histoire au curé du village.

Ne cherchez pas de l’action, ici, on ne court pas, il fait trop chaud et puis, non n’a rien sans rien, autrement dit, sans trimer dur. Les personnages ont leurs défauts, ne sont pas des anges, mais ils sont d’autant plus humains et attachants.

Un roman qui décrit la vie dans un petit village d’Italie au début du 20ème siècle, un roman puissant, beau, lyrique, bourré de soleil.

Un roman qui de filiation,  d’héritage, qu’il soit d’argent ou du sang, d’amour de la terre, de l’amour porté à son village, à sa famille, l’histoire d’une fratrie qui a survécu alors qu’on ne donnait pas cher de leur peau.

♫ C’est un beau roman, c’est une belle histoire ♪

C’est la famille qui compte. Sans elle tu serais mort et le monde aurait continué de tourner sans même s’apercevoir de ta disparition. Nous naissons. Nous mourons. Et dans l’intervalle, il n’y a qu’une chose qui compte. Toi et moi, pris seuls, nous ne sommes rien. Mais les Scorta, les Scorta, ça, c’est quelque chose.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°211.

La Saga des Sorcières – Tome 1 – Le lien maléfique : Anne Rice [Par Dame Ida]


Titre : La Saga des Sorcières – Tome 1 – Le lien maléfique

Auteur : Anne Rice
Édition : Pocket (2002/2012)
Édition Originale : The Witching Hour (1990)
Traducteur : Annick Granger de Scriba

Introduction Babélio :
Sous le porche d’une vieille demeure à l’abandon de La Nouvelle-Orléans, une femme frêle et muette se balance dans un rocking-chair : Deirdre Mayfair est devenue folle depuis qu’on lui a retiré, à la naissance, sa fille Rowan pour l’envoyer vivre à San Francisco.

Et derrière la grille du jardin, un homme, Aaron Lighter, surveille inlassablement Deirdre, comme d’autres avant lui, pendant des siècles, ont secrètement surveillé la famille Mayfair.

Car ils savent que, de génération en génération, les femmes du clan se transmettent leurs maléfiques pouvoirs et que la terrifiante et fabuleuse histoire de cette lignée de sorcières ne fait que commencer…

Résumé :
Résumer un tel pavé (entre près de 800 et 900 pages selon les éditions) n’est pas chose aisée tant il entremêle tant d’histoires différentes qui n’en forment qu’une.

C’est tout le problème des sagas ! Vous savez certainement l’étymologie de ce terme scandinave qui désigne une œuvre racontant l’histoire de toute une lignée à travers les générations qui se suivent… Sauf que la vie de chaque personnage est une histoire en soi. Alors ? On fait comment ?

Et ben on jette l’éponge, le bouquin, on s’assoie et on pleure ! Surtout quand on doit recommencer sa fiche une deuxième fois parce que le texte dont on a gardé un simple brouillon s’est perdu avant d’arriver jusque dans la boîte de Dame Belette, notre Bienfaitrice à toutes et à tous.

Entre les trajectoires de Michael Curry, l’entrepreneur en bâtiment en vue de San Francisco presque quinqua revenu des morts et devant composer avec le don étrange qu’il a rapporté de l’au-delà, celle de Rowan Mayfair, brillante neurochirurgienne trentenaire, jeune femme adoptée qui doit découvrir le secret sulfureux de ses origines, et le manège étrange qui se joue dans cette jolie demeure de la Nouvelle Orléans dont l’héritière aussi souffreteuse que dérangée, maintenue sous couverture neuroleptique en permanence au point de ne plus pouvoir prononcer une parole par les bons soins de ses grand-tantes assez inquiétantes, le puzzle se met doucement en place…

Pour au bout d’un moment nous plonger dans les archives qu’un étrange anglais, membre d’une organisation encore plus étrange, soumet à la lecture de Michael qui s’est mis en tête de sauver Rowan des périls qui la menacent puisqu’il est devenu entre-temps son chevalier servant.

Et si je vous dis que les dites archives qu’il doit consulter et qui représentent une partie non négligeable du volume, vous dévoilent l’histoire de plusieurs générations de sorcières de la famille Mayfair observées depuis des siècles par le très secret Talamasca ?

Et ben oui, ça en fait des personnages et des histoires ! D’ailleurs, ça n’est pas pour rien que ce livre est épais comme un bottin !

Mon avis :
Je vais réitérer l’avis que j’avais déjà exprimé sur le précédent Anne Rice dans lequel je me suis lancée.

Un gros boulot de documentation historique, géographique (tapez sur Google Earth « First Street » à la Nouvelle Orléans et regardez les baraques qui s’y trouvent près de Garden District, et vous verrez effectivement le genre de maisons dans lequel évolue la famille Mayfair) qu’elle sait faire sentir mine de rien, en l’introduisant judicieusement et en l’intégrant parfaitement à l’action…

Une thématique très bien développée…

Un univers original sachant se détacher des images d’Epinal concernant la sorcellerie, tout en s’appuyant sur des données solides…

De très bonnes idées d’intrigues… L’affaire s’engageait plutôt bien.

En outre, comme je vous l’ai déjà dit : j’aime quand les auteurs de fantastique distillent le surnaturel peu à peu par petite touche en prenant leur temps, nous laissant croire aussi longtemps que possible que nous sommes bien dans les réalités du monde que nous connaissons avant de nous emmener dans des contrées plus incroyables.

Dans mon billet sur le « Don du Loup » d’Anne Rice, je lui avais reproché de n’avoir pas pris ce temps en nous faisant basculer dans le fantastique dès le premier chapitre ou presque en balançant la grosse artillerie avec ses gros sabots.

Et bien là, elle prend son temps. Et c’est très bien…

En même temps en huit ou neuf cents pages elle avait de quoi prendre son temps… Et un tel pavé ça peu fatiguer au bout d’un moment, sauf quand le rythme de l’action reste soutenu et qu’on sait éviter les longueurs…

Et des longueurs… Mon Dieu ! Comme il y en a eu !!! C’est maintenant que débute la litanie de mes reproches…

Ce n’est pas tant le nombre de personnages qui se croisent dans le roman qui soit un problème (quoi que… mon pote Al Zheimer s’est bien fichu de moi pendant ma lecture), ou le déroulé de l’histoire singulière de chacun d’entre eux…

Le problème c’est qu’on a parfois l’impression que Rice a voulu écrire un soap opéra…

Certains passages sont dignes des télénovelas brésiliennes ou certains dialogues ou tergiversations introspectives n’en finissent pas et traînent en longueur, tournant en rond de façon répétitive comme si l’auteur voulait vraiment être certaine que le lecteur ait bien compris quels tourments ou contradictions internes déchiraient certains personnages.

Faudra-t-il qu’un jour quelqu’un lui explique que le lecteur n’est pas un abruti et qu’on peut lui dire les choses une fois… ou peut être une deuxième fois autrement pour ajouter de la nuance… mais qu’on n’est pas obligé d’y revenir encore et encore pour que le lecteur comprenne ?

Et puis… Comment dire… Pourquoi Anne Rice s’obstine-t-elle à vouloir nous présenter des héros toujours tellement exceptionnels dès le départ qu’ils n’en sont pas crédibles ?

L’entrepreneur en bâtiment parti de rien mais plusieurs fois millionnaire, qui en plus de bosser comme une brute 100 heures par semaines est parvenu à se forger une culture littéraire, historique, musicale etc… de grand érudit.

Wahou ! Le voilà le mec parfait qui la fait fondre : le grand mec baraqué, un peu rustre et prolo (combien de fois appuie-t-elle sur ces termes pour parler de Michael ! C’en est indécent !) qui serait doublé d’un puits de science tout en sachant se montrer tendre et délicat ? Le mec parfait qui n’existe pas quoi ! Ah si ! Il est alcoolique… Mais rassurez-vous… Même bourré il sait se tenir et il décroche comme il veut sans aide et sans faire de delirium tremens bien qu’imbibé depuis un moment…

Et attention petit spoiler… Figurez-vous que par une heureuse coïncidence, Rowan, notre brillante neurochirurgienne accro au boulot au diagnostic infaillible, qui a sauvé la vie de Michael avant que le relais soit pris par les secours, adoooooore les mecs un peu rustres parce qu’elle trouve que ce sont des bons coups sans complications.

Et évidemment après s’être retrouvés ils vont tomber dans les bras l’un de l’autre avec autant de facilité que Reuben et Merchent dans le « Don du Loup », c’est-à-dire en quelques heures de conversation banale, comme si ça allait de soi, sans qu’il y ait besoin de sortir l’habituelle parade amoureuse de séduction, son cortège de dates, et les rites contemporains qui ont remplacé l’antique carte du tendre des précieuses… En gros les phéromones ont fait tout le job !

Non seulement cette incapacité chronique (au bout de la deuxième série, le travers se répétant… j’envisage une chronicisation*) à introduire ou à décrire un processus de séduction mutuelle est surprenante pour un auteur qui envisage de caser des histoires d’amour dans ses romans, mais en plus le rapport à la sexualité qu’elle dévoile livre après livre me sidère…

Dans le « Don du Loup » (excusez-moi d’y revenir encore mais quand on retrouve les mêmes tics d’écritures on tique justement…), le rapport entre animalité brute et sexualité était systématique…

Et là on a une chirurgienne super topissime issue des meilleurs milieux, cultivée et toussa toussa, pleine de fric, qui préfère coucher avec des « prolétaires », de préférences brutes épaisses, incultes et pas compliquées…

J’avoue que cette vision des rapports hommes/femmes d’Anne Rice m’irrite au plus haut point.

Avec elle c’est la Belle et la Bête roman après roman… et le mot Bête s’appliquant systématiquement aux hommes et devant être pris dans les deux sens : animal et stupide…

Enfin Michael n’est pas stupide… C’est ce qui en fait une exception par rapport aux autres hommes aux yeux de Rice.  Même s’il garde de mauvaises manières à table.

Ok… les auteurs masculins ont aussi parfois tendance à nous réduire à des stéréotypes découlant de leurs fantasmes… La femme fragile, sensible, forcément bien roulée… et si elle est un peu godiche on ne lui en voudra pas si elle fait bien la blanquette et les turluttes…

Mais ces clichés sexistes me sont aussi insupportables dans un sens que dans l’autre. C’est d’un maladroit… D’un convenu… Que de poncifs !

Et puis… derrière les clichés sexistes posant les rapports hommes/femmes comme des rapports de domination, j’ai tout de même perçu comme une sorte de mépris de classe…

Comme si le « prolétaire » (en gros, ceux qui ont des jobs ingrats mal payés et un accès réduit à la culture des classes dominantes) ne devait pas être doté de la moindre capacité de réflexion, de la moindre sensibilité, de la moindre attente d’attachement… Et n’était pas autre chose qu’un objet sexuel facile à consommer et à jeter…

J’avoue… Je trouve ça assez choquant. Surtout quand l’auteur écrit ça sans aucune once critique par rapport au positionnement de son personnage ou comme si ça ne posait aucun problème moral.

Je passe sur le fait que le sexe est aussi souvent associé à des trucs bien glauques dans l’histoire de la famille Mayfair ! Incestes à répétition, perversions, viol, domination, paternités incertaines, voire pédophilie…

Toute la panoplie s’y déploie de façon d’autant plus lassante que ça se répète de génération en génération. Cela pourrait faire la joie d’un psychogénéalogiste mais pour la lectrice lambda il y a un moment où ça devient too mutch !

Ajoutons que lorsque Rice s’essaie au dialogue amoureux entre ses personnages ça devient vite insupportable. Elle est aussi mauvaise pour décrire le processus de séduction (qu’elle préfère éviter) que pour faire dialoguer deux personnages amoureux qui se balancent des mots doux sirupeux à tout bout de champ.

C’est d’un guimauve écœurant à souhait qui n’apporte strictement rien à l’action mais occupe du papier comme si elle était payée à la page et qui vous donnerait presque envie de vous faire pousser la moustache, de prendre 30 kg en plus de vos 10kg de trop, de ne plus vous laver ou vous coiffer et de vous habiller en sac à patates, pour être certaine que personne ne viendra vous parler plus jamais comme ça !

Purée ! Même dans la collection Arlequin les histoires d’amours sont mieux écrites et plus crédibles !!!

Et puis… Si ce livre est si énorme c’est qu’il part d’une histoire contemporaine dont le déroulement est coupé en deux par la lecture par un personnage de toute l’histoire de la famille Mayfair…

Et ces archives représentent pratiquement le tiers du livre, ce qui est quelque peu déséquilibré puisque quand on retrouve nos personnages contemporains on en est désorienté, et il nous faut quelques minutes pour se souvenir de qui est qui et où on en était avant de les quitter.

La construction est de ce fait un peu maladroite. Et ce n’est pas le premier livre de cet auteur que je trouve mal construit.

Pourquoi n’a-t-elle pas plutôt écrit cette saga en commençant dès le début ? Consacrant un volume pour deux générations, en prenant bien son temps ? Un peu comme avec sa saga des Vampires si réussie !

Parce que là franchement ce résumé sur plusieurs générations de Mayfair en quelques centaines de pages sous forme de récit ou rapports un peu brouillons et dont la chronologie semble parfois se perdre, c’est carrément très fastidieux à lire.

Malgré tout… On se laisse prendre par l’histoire qui a quelques relents lovecraftiens avec cette thématique des malédictions familiales, qui a son univers particulier original bien campé, et aux descriptions envoûtantes de l’atmosphère de la Nouvelle Orléans et de son petit monde feutré de la bourgeoisie locale…

En regrettant juste le déséquilibre dans la construction, les longueurs, et la façon dont Anne Rice semble perdue quand il s’agit de parler d’amour, des hommes et des femmes…

Au point d’en devenir irritante parfois. Il faut donc que l’histoire soit sacrément bonne pour qu’on en arrive à passer outre tous ces défauts d’écriture.

Je lirai peut-être la suite…

* Pour les Nuls (comme moi) : Se chroniciser décrit le comportement d’une chose ou d’une personne qui adopterait un rythme régulier et constant dans ses actes ou son attitude, de façon presque mécanique, à l’instar d’une machine.

 

Les larmes de la liberté / Fuir la colline aux esclaves : Kathleen Grissom [LC avec Bianca]

Titre : Les larmes de la liberté / Fuir la colline aux esclaves

Auteur : Kathleen Grissom
Édition : Pocket (01/02/2018)
Édition Originale : Glory over Everything : Beyond The Kitchen House (2016)
Traducteur : Isabelle Allard

Résumé :
Philadelphie, 1830. Pour sauver un jeune garçon victime de marchands d’esclaves, James, va devoir affronter les secrets de son passé.

Orfèvre respecté de la bonne société de Philadelphie, James devient l’amant de Caroline, jeune femme malheureuse dans son mariage. Quand celle-ci tombe enceinte, James est rattrapé par son passé.

Mais avant d’avoir pu avouer ses origines à Caroline, il est appelé au secours par Henry, un ancien esclave qui lui a autrefois sauvé la vie. Son fils Pan a disparu. Tout porte à croire qu’il a été enlevé et vendu.

Pour retrouver Pan, James doit retourner sur les lieux de son enfance, la colline aux esclaves…

Critique :
Le premier opus, « La colline aux esclaves » m’avait retourné les tripes, me procurant des émotions en grand.

J’avais un peu peur de ne pas ressentir la même chose dans sa « suite » puisque je ne serais plus en compagnie du personnel de la plantation du capitaine Pyke à Tall Oaks puisque nous allions suivre la destinée de James et celle de Suckey, dont on avait fait connaissance dans le précédent volume.

Niveau émotions, elles furent différentes mais toujours au rendrez-vous car le personnage de James – qui s’est enfui de la plantation et apprend à se débrouiller seul – est émouvant dans le fait qu’il refuse sa condition de Nègre (sorry pour le mot, mais à cette époque de 1830…) puisqu’on lui a toujours dit qu’il appartenait à la classe Blanche.

Son secret, il va falloir le préserver, le protéger, car si les gens qu’il fréquente à Philadelphie apprennent ses origines négroïdes, il peut dire adieu à sa vie sociale, à sa position, à tout.

Bien que nous soyons dans le Nord et que les Noirs soient un peu mieux traité que dans le Sud, ils sont toujours esclaves et exclus de la Société. Nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours et même si la liberté a une meilleure saveur dans le Nord que dans le Sud, il s’avère que les Noirs occupent toujours les places les plus basses dans la société.

Une trame prenante, plusieurs récits qui s’entrechoquent, car en plus de découvrir la vie de James, nous aurons celle du jeune Pan, enlevé par des marchands d’esclaves et celle de Suckey, qui n’a rien à envier à ses semblables.

Les conditions de vie déplorables et inhumaines des Noirs en ces temps reculés est bien décrite, et quelques scènes sont assez éprouvantes, comme ces colonnes d’esclaves, enchaînés et tirés par des cavaliers hargneux maniant le fouet en cuir avec violence et plaisir.

Ce roman est différent du premier, mais il m’a permis d’avoir des nouvelles des personnages qui évoluaient dans le premier et ces nouvelles m’ont fait plaisir pour certains et j’ai été peinée pour d’autres.

James est un personnage intéressant, émouvant et qui va évoluer au fil du temps, apprenant à considérer les Noirs comme des êtres vivants, des êtres humains et non comme des animaux. On ne peut pas trop lui en vouloir, on l’a élevé dans cette mentalité et en changer prend du temps.

Il va vivre des aventures stressantes, éprouvantes et devra renaître différemment pour pouvoir avancer sur le chemin de l’acceptation de soi et des autres. L’auteur amorce ces changements de manière subtiles ou brusques, tout dépend du moment et des événements, mais le tout est amené de manière réaliste.

Le récit est, une fois de plus, éprouvant pour l’âme et le cœur, il tord les tripes, donne envie de hurler, d’entrer dans le roman et d’en liquider quelques uns.

Mon cœur s’est serré plusieurs fois, dont une fois de trop car j’aurais aimé une autre destinée pour un personnage, mais il est vrai que nous aurions franchi alors les limites du réalisme pour entrer dans l’ère des Bisounours et que cela aurait enlevé cette part de réalité au récit.

Un roman qui m’a ému, comme son précédent, mais d’une autre manière car l’auteur, tout en restant dans le même sujet qu’est l’esclavage, a su renouveler son récit tout en gardant ce qui avait fait la recette du premier.

Un roman fort, profond, émouvant, dont on ne sort pas vraiment indemne. J’ai donc demandé à Bianca, ma complice de LC, de nous mettre des Oui-Oui et des Petzi au menu de nos prochaines LC.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

 

Le Siècle -Tome 1 – La chute des géants : Ken Follett [LC avec Bianca]

Titre : Le Siècle -Tome 1 – La chute des géants

Auteur : Ken Follett
Édition : Robert Laffont (30/09/2010) / LP (04/01/2012)
Édition Originale : The Century Trilogy – Book 1 – Fall of Giants (2010)
Traducteurs : Jean-Daniel Brèque, Odile Demange, Nathalie Gouyé-Guilbert et Viviane Mikhalkov

Résumé :
En 1911, les grandes puissances vivent leurs derniers instants d’insouciance. Bientôt la guerre va déferler sur le monde…

Cinq familles – américaine, russe, allemande, anglaise et galloise – vont se croiser, s’aimer, se déchirer, au rythme des bouleversements de l’Histoire: la Première Guerre mondiale et la Révolution russe.

Cette gigantesque fresque brasse toute la gamme des sentiments humains et dresse une galerie de portraits saisissants : des personnages exceptionnels, passionnés, ambitieux, attachants, tourmentés, qui bravent les obstacles et les peurs pour s’accomplir en dépit des tragédies qui les emportent.

Entre saga historique et roman d’espionnage, histoire d’amour et lutte des classes, Le Siècle, la nouvelle épopée de Ken Follett en trois volumes, traverse la période la plus agitée, la plus violente et la plus complexe des temps modernes : la grande aventure du XXe siècle…

Critique :
♫ Qui c’est qui est très gentil ? Les gentils ♪ Qui c’est qui est très méchant ? Les méchants ♫ Qui c’est qui est l’mieux à l’écrit (les gentils) ♫ Qui n’a pas de circonstances atténuants (les méchants) ♪

Cette petite chanson pour illustrer le problème des romans de Ken Follet : le manichéisme de ses personnages et le fait que peu d’entre eux évoluent dans un sens ou l’autre.

Les méchants restent bêtes, méchants et bornés et les gentils sont pourvus de toutes les qualités.

Et vous savez le pire ?? C’est que chez Ken Follet, ça ne me pose que très peu de problème ce manichéisme assumé.

Si en lisant (ou en regardant) Game Of Thrones, je frémis pour chaque personnage que j’apprécie, je sais que chez Ken Follet j’ai peu de risque de les voir mourir. Ce n’est sans doute pas très réaliste, je le sais, mais j’apprécie le fait de ne pas me faire du mauvais sang pour les personnages que j’apprécie.

De plus, dans ce roman, les femmes sont toutes avec des envies d’indépendance, féministes, battantes, intelligentes (je ne m’en plaindrai pas). Je parle bien entendu des femmes ayant un grand rôle à jouer.

Voilà, c’est dit.

Par contre, niveau saga historique, là, le père Follet, il assure un max parce que je viens de lire la Première Guerre Mondiale comme j’aurais aimé qu’on me l’expliquasse à l’école (pour info, on nous a parlé de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand de Habsbourg-Este, la déclaration de guerre de l’Autriche à la Serbie et la guerre qui commence avec le jeu des alliances et puis, basta, terminé, merci au revoir).

Durant 1.000 pages, l’auteur va nous faire passer de 1911 à 1924, nous montrant les prémices du futur conflit à venir (discussion politiques) et ensuite de ce qui se déroula durant la guerre (certaines batailles), et ce, au travers de plusieurs personnages bien distincts, que ce soit au niveau des nationalités ou de leur origines sociales.

Dommage que en plus des russes, des anglais, des gallois, des américains et des allemands, il n’y ait pas eu le point de vue de personnages belges puisque les allemands ont traversé mon petit pays sans nous demander notre avis.

PS : Ils voudraient le refaire maintenant, ils se retrouveraient bloqués au carrefour Léonard, sur le Ring, sur le pont Van Praet et casseraient leurs chenilles sur nos routes pleines de trous.

L’auteur ne se prive pas de tirer à boulets rouges sur la presse qui fit monter la haine envers les perdants ou qui fit la propagande de la guerre, sur les gouvernements, les officiers ou les aristocrates très va-t-en-guerre (pour ne pas sortir les noms d’oiseaux), sans parler des officiers à qui il n’aurait même pas fallu confier un chien pour aller le faire pisser.

J’aimerais vous parler plus en profondeur de ce livre, de cette saga énorme, de tout ce qu’elle renferme d’important, de vous dire que j’avais l’impression d’y être, que le suspense était tel, à un moment donné, que j’ai espéré que la guerre ne se fisse pas, que Lénine ne prenne pas le pouvoir et que la bataille de la Somme ne se termine pas en boucherie.

C’est vous dire le talent de l’auteur pour me faire espérer des faits que je sais avérés.

L’avantage d’un récit historique romancé, c’est qu’il nous permet de nous attacher à certains personnages et cela rend les discussions politiques moins absconses, moins impersonnelles.

L’avis de ma copinaute Bianca se trouve sur son blog : un lecteur averti en vaut deux ! Et un clavier Azerty aussi…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) , le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°27 – Traité Naval – Intrigue en partie politique).

Sécessions : Olivier Sebban

Sécessions - Sebban

Titre : Sécessions

Auteur : Olivier Sebban
Édition : Payot et Rivages (2016)

Résumé :
Savannah (Géorgie), un soir d’été 1840. Elijah fuit après avoir assassiné son frère David. Amos, son père, se jette alors à sa poursuite à travers la nature sauvage du Vieux Sud des États-Unis, comprenant qu’il n’est pas étranger à la rivalité tragique entre ses deux enfants.

On apprendra bientôt que de la liaison adultère qu’Elijah a eue avec la femme de son frère, un fils, Isaac, est né. Il sera élevé par ses grands-parents dans le culte de celui qu’il pense être son père, avant de s’engager au début de la guerre de Sécession du côté des Confédérés.

Mû par un désir de vengeance, il partira sur les traces de l’homme qu’il prend pour son oncle.

Dans cette fresque romanesque couvrant trente ans d’une période décisive de l’histoire des États-Unis, qui nous mène des plaines du Vieux Sud au Chicago et au New York modernes, dont on assiste à la naissance, l’auteur retrace dans une prose vivante et imagée le destin singulier d’une famille juive américaine.

secession12Critique :
Direction le vieux Sud profond de 1840, quand l’Amérique était encore toute jeune après sa guerre d’Indépendance (1775-1783) et où les esclaves avaient juste le droit de ne pas en avoir (de droits).

Savannah, ville de Géorgie où la famille Delmar vient de vivre un drame à la Caïn et Abel puisque Elijah, l’aîné, vient d’assassiner son cadet, David, après avoir fait un enfant à la femme de son frère.

Un fratricide doublé d’un adultère, si ce ne sont pas les ingrédients d’un bon drame familial, je ne m’y connais plus. Sans oublier que l’auteur en rajoute une couche avec les grands-parents qui retirent le jeune enfant à la mère adultérine…

La sécession est double, dans ce roman : celle qu’un père mit en place entre ses deux fils en les élevant dans la rivalité et celle qui déchira les États-Unis entre 1861 et 1865.

Les conséquences seront catastrophiques des deux côtés puisque cela se soldera par du sang coulant en abondance (mais plus dans le cadre de la guerre que du fratricide).

Roman choral passant en revue presque 30 ans de l’Histoire agitée des États-Unis en pleine construction ou en pleine guerre fratricide, qui, dans sa narration, se permettra même des sauts dans le temps, vous faisant passer de 1862 avec Isaac en pleine guerre de Sécession à Elijah, en 1842, qui arrive du côté de Manhattan.

Cela peut-être déconcertant si on n’est pas attentif aux dates signalées en début de chapitre.

Ce que j’ai apprécié dans ce roman, c’est le réalisme saisissant des champs de bataille et des conséquences des razzias menées par des groupes de soldats indépendants, mais j’ai trouvé la narration assez froide et assez empesée même.

J’aurais aimé en savoir plus sur l’enfance des deux frères et ce que leur père, Amos, avait pu bien pu poser comme comportement pour faire naître cette rivalité, j’aurais aimé un Elijah moins « distant » car cela le rend difficile à apprécier et ma foi, plus de dialogues auraient rendu le récit plus facile à ingurgiter.

Ils sont peu nombreux et une grosse partie des dialogues sont présentés de la sorte « Je lui demandais bla-bla-bla et il me répondit que bla-bla-bla » et cela alourdit le récit déjà ponctué d’assez bien de mots qu’on utilise peu dans son vocabulaire courant.

De plus, j’ai sursauté sur deux coquilles énormes. L’auteur parle du cheval d’Elijah, un de race morgan (une race chevaline de selle originaire des États-Unis et qui a la particularité d’être issue d’un seul étalon) et qu’est-ce que je lis ? « Il scellait le morgan » au lieu de « Il sellait le morgan » parce que je pense qu’il n’allait pas le marquer d’un sceau.

Autre horreur pour les yeux, « […] et tira sur les reines de son cheval » parce que c’est bien connu, on dirige son cheval avec la femme du roi… Pourtant, quelques lignes plus loin, c’était bien orthographié « rênes ».

Et puis, cerise sur le gâteau, lorsque le fils retrouve son véritable père, rien, pas plus que « Il demanda à son fils de le suivre dans son bureau ». Cela fait 25 ans qu’Elijah a disparu en tant que fugitif, ils ne se sont jamais vu et on a droit à rien de plus ?? Dommage.

Un drame familial horrible, une belle fresque américaine qui couvre plus de 25 ans d’Histoire trouble, tourmentée, on voyage énormément puisque l’on passera des plaines du Vieux Sud aux villes de New-York et de Chicago, en passant par les champs de bataille de la guerre de Sécession. Hélas, j’ai trouvé le style un peu trop chargé, trop lourd à lire et à un moment donné, j’ai même décroché un peu.

Certes, on pourra me rétorquer que le style empesé va comme un gant à la solennité que l’auteur donne à l’intrigue, mais cela ne rend pas la lecture facile.

Un roman exigeant, une ambiance lourde qui sent le drame, la poudre des fusils, l’odeur métallique du sang, des cadavres en décomposition et qui plaira sans nul doute aux amateurs de littérature un peu pointue.

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US » chez Noctembule, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et Challenge « Coupe d’Europe des Livres » chez Plume de cajou.

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Ce qu’il nous faut, c’est un mort : Hervé Commère

Ce qu'il nous faut, c'est un mort - Hervé Commère

Titre : Ce qu’il nous faut, c’est un mort

Auteur : Hervé Commère
Édition : Fleuve Editions (2016)

Résumé :
Trois garçons pleins d’avenir roulent à flanc de falaise.

C’est la nuit du 12 juillet 1998, celle d’I will survive. Ce que la chanson ne dit pas, c’est à quel prix.

Les Ateliers Cybelle emploient la quasi-totalité des femmes de Vrainville, Normandie. Ils sont le poumon économique de la région depuis presque cent ans, l’excellence en matière de sous-vêtements féminins, une légende – et surtout, une famille.

Mais le temps du rachat par un fonds d’investissement est venu, effaçant les idéaux de Gaston Lecourt, un bâtisseur aux idées larges et au cœur pur dont la deuxième génération d’héritiers s’apprête à faire un lointain souvenir. La vente de l’usine aura lieu dans l’indifférence générale.

Tout le monde s’en fout. Alors ce qu’il faudrait, c’est un mort.

De la corniche aux heures funestes de Vrainville, vingt ans se sont écoulés. Le temps d’un pacte, d’un amour, des illusions, ou le temps de fixer les destinées auxquelles personne n’échappe.

empreinte2Critique :
Comment dévorer un roman tout en dégustant chacune de ses phrases, tout en mastiquant avec plaisir chacun de ses mots ? Et bien, ce roman est un bel exemple…

Je l’ai dévoré mais je ne l’ai pas bâfré. Chaque phrases, chaque mot, chaque personnage a été lentement mâché, savouré, avalé, digéré.

Coupe du monde 98, je m’en souviens et à la fin, les « Et 1, et 2, et 3 zéro ! » balancés à tout bout de champ m’avaient soulé !

Rassurez-vous, l’auteur ne vous rabattra pas les oreilles avec cette Coupe du Monde, même si les faits qui auront cours durant cette nuit de folie auront des conséquences dans le futur et que nous retrouverons tous les personnages de cette folle nuit-là

Ce roman nous présente des destinées, des vies qui basculent dans l’horreur, dans le bonheur, des vies qui commencent, qui se terminent, qui seront marquées à jamais…

Il nous parle aussi de l’histoire d’un homme, Gaston Lecourt, créateur des Ateliers Cybelle, qui, au sortir de la Grande Guerre, eu l’idée de fabriquer des sous-vêtements féminins accessibles à toutes.

— Les Ateliers Cybelle sont une petite manufacture de bonneterie, spécialisée dans la confection de soutiens-gorge et de culottes.

De son entreprise qu’il fit prospérer, des emplois qu’il fournit à la quasi-totalité du village de Vrainville (tout près de Dieppe) et dont ses héritiers vont tout foutre en l’air.

Un grand-père qui l’a crée, un fils qui l’a faite tourner et un petit-fils qui veut la liquider à un fonds de pension amerloque… Comme d’habitude…

Cet avocat, donc, a commencé son œuvre, envoyant à Maxime et à d’autres des lettres de licenciement, sapant en quelques semaines à peine ce que Gaston Lecourt puis Marcel avaient si patiemment bâti.

Ici, nous sommes face à des personnages forts et bien travaillés, attachants, qui évoluent, qui ne sont ni tout noir, ni tout blanc et dont nous n’avons pas encore idée de comment ils vont arriver à se retrouver 18 ans plus tard, mais je vous rassure de suite, l’auteur savait ce qu’il faisait et le tout est bien amené.

D’ailleurs, ses personnages, on pourrait presque les toucher tant ils sont crédibles. Ou les embrasser, tant on va les aimer, ou avoir envie de les baffer, pour certains…

Ce que j’ai ressenti, c’est de l’émotion, en vrac. Des émotions fortes, des plus tristes, des agréables, de la tension, des moments plus tendres, du rire, du chagrin et une horrible sensation de déjà-vu avec la fermeture programmée d’une usine et sa probable future délocalisation dans un pays où la main-d’œuvre est ultra bon-marché.

Est-ce un roman noir ? En tout cas, il est social avec cette fermeture d’entreprise et tout un village qui risque de plonger dans le chômage, la misère, les ceintures qui vont devoir se serrer et le fait que personne n’en parle dans les médias vu que les entreprises, elles se ferment à la pelle et que tout le monde s’en fout tant qu’il n’est pas concerné directement.

L’auteur nous conte ici une formidable histoire, une histoire qui a débuté après la Première Guerre Mondiale, une histoire de société sur un siècle, une histoire qu prends aux tripes, une histoire qui nous emporte, une histoire qui nous marque, une histoire qu’on dévore tout en la savourant.

Une histoire contemporaine, une histoire qui parle de la vie des gens, des combats qu’ils peuvent mener pour sauver leur gagne-pain, prêts à tout s’il le faut, ou prêt à courber l’échine ainsi que ceux qui aiment diviser pour mieux régner, à la limite de la légalité, mais légalement quand même.

Ce jeune homme est avocat spécialisé dans le droit du travail et s’est donné pour mission de purifier les entreprises qui le mandatent.
— Toujours dans la légalité, précise-t-il.
Le plus souvent, dans ses limites les plus obscures.

Pour tout dire, il est assez surpris, presque déçu. Vrainville, Cybelle, les Ateliers, l’esprit de corps et la légende, tout cela s’annonçait délicat. Tout cela se révèle au final en tout point conforme à ce qu’il voit partout où il œuvre. Les gens ne sont pas différents ici, quoi qu’ils en aient eux-mêmes toujours pensé. Ils sont aussi seuls et peureux qu’on l’est partout, tremblant pour leurs vies minuscules.

Une plume qui sait si bien retranscrire les sentiments et les défauts humains, sans pour autant faire de manichéisme ou tomber dans la facilité. Une plume qui gratte là où ça fait mal, une plume sans concession, une plume qui ne fait que nous débiter des vérités qu’on a un peu trop tendance à oublier…

— Il faut vous faire une raison, les cocos, dit Fabrice. On est des envahisseurs ! On est là pour manger dans leur gamelle, prendre leurs femmes, leur boulot ! Le chômage, c’est ça. La pauvreté, c’est ça. Tant que tout va bien, tout va bien. Mais aux premiers soucis, vous serez les premiers sur la liste. Et moi aussi. Enfin, juste après.

— Je veux dire que les gens sont petits, explique-t-il en posant ses couverts à son tour. On les prend tellement pour des cons qu’ils finissent par le devenir. Ils se font tout petits. On les rend petits. Ils se replient sur eux-mêmes, sur ce qu’ils connaissent. Ils redeviennent des animaux très vite.

— Tu sais bien que le racisme est débile, dit-il à Françoise. C’est tellement débile qu’il suffit d’être sympa pour que les gens, d’un coup, pensent que tous les Noirs le sont. Ça marche dans les deux sens.

Je pense que moi aussi je vais embrasser Hervé Commère si je le croise et le remercier pour ce putain de bon roman qui, du fait qu’il était choral, nous a donné un aperçu des pensées et des blessures de chacun.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

Le Fils : Philipp Meyer

Titre : Le Fils                                                                                  big_3-5

Auteur : Philipp Meyer
Édition : Albin Michel (2014)

Résumé :
Roman familial, vaste fresque de l’Amérique des années 1850 à nos jours, Le Fils de Philipp Meyer, finaliste du prestigieux Prix Pulitzer 2014, est porté par trois personnages – trois générations d’une famille texane, les McCullough – dont les voix successives tissent et explorent avec brio la part d’ombre du rêve américain.

Eli, le patriarche que l’on appelle  » le Colonel  » est enlevé à l’âge de onze ans par les Comanches et passera avec eux trois années qui marqueront sa vie.

Revenu à la civilisation, il prend part à la conquête de l’Ouest avant de s’engager dans la guerre de Sécession et de devenir un grand propriétaire terrien et un entrepreneur avisé.

À la fois écrasé par son père et révolté par l’ambition dévastatrice de ce tyran autoritaire et cynique, son fils Peter profitera de la révolution mexicaine pour faire un choix qui bouleversera son destin et celui des siens.

Ambitieuse et sans scrupules, Jeanne-Anne, petite-fille de Peter, se retrouve à la tête d’une des plus grosses fortunes du pays, prête à parachever l’œuvre du « Colonel ».

Mais comme ceux qui l’ont précédée, elle a dû sacrifier beaucoup de choses sur l’autel de la fortune. Et comme tous les empires, celui de la famille McCullough est plus fragile qu’on ne pourrait le penser.

Porté par un souffle romanesque peu commun, Le Fils est à la fois une réflexion sur la condition humaine et le sens de l’Histoire.

Critique : 
Roman à trois voix, trois générations aussi distincte l’une de l’autre malgré leur lien de parenté…

On pourrait résumer cela avec « Le fort, le veule et l’ambitieuse ».

Autant le récit d’Eli McCullough est passionnant, autant celui de Jeanne-Anne, son arrière-petite fille, est endormant. Des trois récit, c’est celui que j’ai le moins aimé, du moins, au début, vers les trois-quart, ça allait mieux.

Une fois devenue adulte, son ambition donnera du piment à son récit.

Quant à Peter, le fils d’Eli et grand-père de Jeanne-Anne, j’ai aimé son personnage de fils écrasé par l’ombre du père. Ce fils qui voudrait s’affirmer mais qui n’ose point. Cet homme empreint d’une grande humanité mais qui n’a pas su crier et s’imposer pour arrêter les autres lors d’un jour funeste.

On ressent bien la souffrance de Peter dans son récit qui, contrairement aux autres, semble tout droit sorti d’un agenda à cause de ses phrases parfois succincte genre « Ait sellé mon cheval ».

Si le récit du patriarche, le fondateur de la dynastie McCullough, est aussi prenant, c’est dû au fait qu’il s’est fait enlever à l’âge de 11 ans par les Comanches, juste après avoir assisté aux viols de sa mère et de sa sœur, avant leur mise à mort.

S’ensuivront 3 années de captivité où le petit Eli, à force de courage et de force, va se hisser petit à petit dans la tribu, devenant un indien à part entière.

Ce récit est une véritable fresque américaine qui va de 1850 à nos jours, retraçant en quelques 700 pages une partie de la colonisation des terres indiennes par les Blancs, la guerre de Sécession, la fin des guerres indiennes et des indiens, la Grande Guerre, la Seconde, sans oublier la fièvre de l’Or Noir.

La manière d’écrire les trois récits (avec une quatrième voix à la fin) est différente, donnant l’impression qu’il y a bien trois auteurs.

Les chapitres se terminent souvent en cliffhanger, frustrant le lecteur et lui donnant un suspense qui fera tourner les pages plus vite.

Hélas, comme je le disait, le récit de Jeanne-Anne m’a gâché une partie du roman car je n’ai pas su accrocher avec elle, prenant plus de plaisir avec les histoires d’Eli au siècle passé et avec celles de Peter, face à la Grande Guerre en Europe.

Malgré ce petit bémol, je ne regrette pas ma lecture, tant j’ai voyagé dans le temps et dans l’espace, découvrant les blessures secrètes des uns, la force de caractère des autres, serrant les dents devant certains passages et souffrant avec les personnages, que ce soit dû à une douleur physique ou morale.

Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le « Challenge US » chez Noctembule, « Polar Historique » de Sharon, « XIXème siècle » chez Netherfield Park.