S’adapter : Clara Dupont-Monod

Titre : S’adapter

Auteur : Clara Dupont-Monod
Édition : Stock (25/08/2021)

Résumé :
C’est l’histoire d’un enfant aux yeux noirs qui flottent, et s’échappent dans le vague, un enfant toujours allongé, aux joues douces et rebondies, aux jambes translucides et veinées de bleu, au filet de voix haut, aux pieds recourbés et au palais creux, un bébé éternel, un enfant inadapté qui trace une frontière invisible entre sa famille et les autres.

C’est l’histoire de sa place dans la maison cévenole où il naît, au milieu de la nature puissante et des montagnes protectrices ; de sa place dans la fratrie et dans les enfances bouleversées.

Celle de l’aîné qui fusionne avec l’enfant, qui, joue contre joue, attentionné et presque siamois, s’y attache, s’y abandonne et s’y perd.

Celle de la cadette, en qui s’implante le dégoût et la colère, le rejet de l’enfant qui aspire la joie de ses parents et l’énergie de l’aîné.

Celle du petit dernier qui vit dans l’ombre des fantômes familiaux tout en portant la renaissance d’un présent hors de la mémoire.

Critique :
Il est dit que l’on ne peut pas faire saigner des pierres, mais on peut les faire parler et il aurait été dommage de ne pas les écouter nous raconter cette histoire remplie d’émotions d’une fratrie dans les Cévennes.

Dans notre société actuelle, il faut être souple, polyvalent, s’adapter à toutes les situations. Ce n’est déjà pas facile à réaliser en temps normal, alors, lorsque l’on nait avec un lourd handicap, il est impossible de trouver sa place et encore plus difficile pour la famille de s’en sortir, face aux administrations et autres services sociaux.

Une telle naissance met à mal une famille, autant les parents, débordés, ne sachant plus à quel saint se vouer, que les deux enfants déjà présent.

L’aîné, qui se verra conter son histoire en premier, sera celui qui prendra son rôle de grand frère le plus à cœur, protégeant et aimant plus que tout son petit frère qui est incapable de parler, de marcher, de saisir… Bref, un petit frère inadapté, en quelque sorte.

La cadette, elle, évitera tant que possible cet enfant qui lui a ravi son grand frère et l’attention de ses parents. Elle est là, mais est invisible, quasi. Tous les regards sont tournés vers l’enfant inadapté et elle n’existe plus aux yeux des autres. Terrible aussi.

L’émotion se trouvera au fil des pages, à différents moments du récit, autant avec celui consacré à l’aîné, qu’à la cadette et qu’au tout dernier, celui venu après. Chacun avait des choses à raconter, même si ce sont les pierres de la maison qui vont tout nous raconter, elles qui furent les témoins de plusieurs générations.

De cet enfant inadapté, inachevé, nous ne connaîtrons jamais le prénom (ni ceux des autres), il n’a que peu d’action, vu qu’il est limité en tout et pourtant, sa présence pèsera sur le roman, lui donnera une force, une épaisseur, car ce personnage à part entière a un poids énorme dans le récit, c’est lui qui lui donnera toute sa puissance, aidé par son aîné et sa sœur, même si elle ne le regardera presque jamais.

Des dialogues, il y en a peu, très très peu, et pourtant, cela ne gêne en rien le récit, cette absence. Pas de prénoms, pas de dialogues, et une puissance narrative qui m’a emporté, m’a souvent mis les larmes aux yeux, sans que jamais l’autrice ne sombre dans le pathos ou le larmoyant.

Un récit tout en finesse, tout en émotions, tout en puissance, tout en douceur et en violence (putain, les administrations !!). Une naissance qui a marqué durablement une famille et qui a laissé des traces dans les différentes personnes qui la composent.

Un roman coup de cœur…

Labyrinthes : Franck Thilliez

Titre : Labyrinthes

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Fleuve Noir (05/05/2022)

Résumé :
Un scène de pure folie dans un chalet. Une victime au visage réduit en bouillie à coups de tisonnier. Et une suspecte atteinte d’une étrange amnésie.

Camille Nijinski, en charge de l’enquête, a besoin de comprendre cette subite perte de mémoire, mais le psychiatre avec lequel elle s’entretient a bien plus à lui apprendre. Car avant de tout oublier, sa patiente lui a confié son histoire.

Une histoire longue et complexe. Sans doute la plus extraordinaire que Camille entendra de toute sa carrière.

« Tout d’abord, mademoiselle Nijinski, vous devez savoir qu’il y a cinq protagonistes. Toutes des femmes. Écrivez, c’est important : « la kidnappée », « la journaliste », « la romancière », « la psychiatre »… Et concentrez-vous, parce que cette histoire est un vrai labyrinthe où tout s’entremêle. La cinquième personne sera d’ailleurs le fil dans ce dédale et, j’en suis sûr, apportera les réponses à toutes vos questions. »

Critique :
Comment se faire entuber royalement lorsqu’il n’y a pas d’élections, un contrat d’assurance à signer, un banquier à voir ?

Il faut lire un romans de Franck Thilliez, surtout ceux consacrés au Manuscrit inachevé. Entubage garantit.

Les deux premiers m’avaient retournés le cerveau, j’étais prête à me faire avoir pour le troisième, à me tordre les méninges, à téléphoner au M.I.6 pour qu’ils me résolvent les énigmes cachées par l’auteur (même eux n’y arrivent pas toujours).

On commençait déjà avec une putain d’énigme : un assassiné et puis, le psy commence à raconter une histoire démentielle à la fliquette de service et surtout à nous.

Et là, durant toute ma lecture, je me suis demandé quel putain de rapport il pouvait y avoir entre la jeune kidnappée (Julie, bien connue de ceux qui ont lu les romans précédents), une journaliste, une romancière du dimanche et une psy qui ne supporte plus les ondes et qui s’est réfugiée dans le plus profond trou du cul de la France (non, ce n’est pas celui que vous penser, celui de Jupiter).

Alternant les chapitres avec ses différents personnages féminins, l’auteur arrive à nous balancer 4 récits différents sans que l’on capte que pouic dans leur rapport entre elles. Vous le saurez après, bien entendu, mais en attendant, je me suis fait fumer le cerveau et ça n’a rien donné.

Autant où ses deux précédents romans consacrés au Manuscrit Inachevé m’avaient emporté, celui-ci a eu plus de mal. La faute sans doute au fait que je n’avais pas envie de recroiser la route de Caleb, ni celle de la pauvre Julie, kidnappée et dont on retrouvait la trace dans le tome 2, mais pas comme je l’aurais voulu… Il y avait aussi beaucoup de violence (trop ?), de trucs gore, de choses malsaines. Cette fois-ci, elles ont moins bien passées que d’habitude.

Attention, je n’ai pas dit que son nouveau roman était mal foutu, mal écrit ou inintéressant ! Je l’ai lu en même pas 24h, ce qui est tout de même un signe qu’il m’a collé aux mains. Mais durant une partie, j’ai souffert avec Julie et je n’avais pas envie d’avoir mal avec cette pauvre gamine, ni avec les autres personnages. Là, je me suis dit que je n’avais peut-être pas pris le bon roman au bon moment.

Et puis… Bardaf, la première torgnole ! Oh punaise, elle a fait mal, celle-là ! J’ai failli porter plainte pour coups et blessures à une pauvre lectrice qui ne s’y attendait pas du tout. Comme si ça ne suffisait pas, l’auteur m’a encore foutu des claques, en punition de ma mémoire défaillante, pour ne pas avoir reconnu le nom d’une protagoniste. Honte à moi, en effet.

En conclusion, le dernier roman de Thilliez est un véritable labyrinthe où il est bon de se perdre, de suivre son fil rouge à lui, de se laisser enfumer, entuber, de se prendre des claques, des coups de pieds au cul, tout en faisant abstraction de certains passages très/trop violents, de scènes difficiles, gore…

Cela en vaut pourtant la peine, car la récompense suprême se trouve dans le final du livre où, après s’être pris dans la gueule, moult claques, on se retrouve apaisée.

Les méninges se sont tordues, mais beaucoup moins que dans le premier, où l’ami Yvan et d’autres m’avaient expliqué certaines choses, avant que je ne les explique à d’autres ensuite.

L’avantage serait de les lire cul à cul, car j’ai oublié quelques détails du premier ainsi que d’autres du second, mais l’essentiel (qui n’est pas dans Lactel©), c’est que le final soit là pour éclairer le tout et apaiser un peu mon cœur tourmenté.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°257].

Dans les brumes de Capelans : Olivier Norek

Titre : Dans les brumes de Capelans

Auteur : Olivier Norek
Édition : Michel Lafon Thriller (07/04/2022)

Résumé :
Une île de l’Atlantique, battue par les vents, le brouillard et la neige…
Un flic qui a disparu depuis six ans et dont les nouvelles missions sont classées secret défense…
Sa résidence surveillée, forteresse imprenable protégée par des vitres pare-balles…
La jeune femme qu’il y garde enfermée…
Et le monstre qui les traque.

Dans les brumes de Capelans, la nouvelle aventure du capitaine Coste se fera à l’aveugle.

Critique :
Lorsque je lis un roman de Franck Thilliez, je sais d’office que je vais me faire avoir. C’est radical, garantit sur facture et malgré mon attention éveillée, je ne vois jamais venir le truc.

Avec un roman d’Olivier Norek, je reste méfiante durant ma lecture, plissant les yeux et prenant une moue intelligente, comme si je lisais attentivement un contrat d’assurance (ou de banque), me demandant où ils vont m’enfumer (pour rester polie).

L’arnaque de Norek, je l’ai sentie venir, sans en être tout à fait sûre, marchant sur des œufs, car je pouvais me tromper et me faire entuber ailleurs, pendant que l’auteur détournait mon attention avec des brumes épaisses. Comme les magiciens qui détournent votre attention afin que vous ne voyez pas le truc.

D’ailleurs, lorsque l’auteur a installé un refuge pour animaux, avec un plein étage de chats, mes sueurs froides ont commencées. Qu’est-ce qu’il allait bien pouvoir réserver comme sort aux félins ?

Ouf, aucun animal n’a eu à souffrir de la haine de cet auteur, véritable serial-kat-killer. Il a sans doute eu peur de mes menaces dans mes précédentes chroniques… Il n’a pas osé (mdr).

La construction du thriller est intéressante, dès le départ, la curiosité est titillée avec cette intro en trois prénoms. Intrigante au possible. Je ne savais  pas trop sur quel pied il allait faire danser le lectorat, surtout que c’était le roman où le commandant Victor Coste revenait. Tout pouvait foirer.

Pas de foirade, pas de naufrage, un suspense maintenu, sans pour autant cavaler dans tous les sens, comme des poulets sans têtes (oups, pardon, messieurs les policiers).

Alternant les chapitres avec plusieurs personnages, dont le capitaine Russo, le commandant Coste sur l’île de Saint-Pierre, le prédateur tueur enleveur de gamines, une de ses victimes et les personnages situés en France, il était impossible de s’ennuyer ou de trouver le temps long.

Le récit n’est pas survolté : il est maîtrisé ! La nuance est importante. Courir partout dans un thriller ne m’intéresse plus, j’ai pris de l’âge. Là, Coste (facile je sais) n’est plus celui que nous avons connu dans la trilogie 9-3. Il est brisé, blessé, mutique, ce n’est plus le commandant d’avant, même si, sous la carapace, il reste de sa personnalité telle que nous l’avons connue.

Le suspense est maintenu, distillé au goutte-à-goutte, jusqu’à ce que ça nous pète à la gueule et que l’on se dise « Oh non ! ». Ben si…

Les personnages sont travaillés, sans pour autant que l’auteur se soit appesantit dessus. Avec peu de mots, il arrive à nous en esquisser les grandes lignes et à nous les faire apprécier, surtout Mercredi et son grand-père.

Les dialogues sont percutants, les décors décrits avec minuties pour certains et lors de ma lecture, j’ai été transportée au bout du monde, sur l’île de Saint-Pierre, où les brouillards n’ont rien à envier aux terribles smog du Londres holmésien.

L’ambiance sera pesante, dans le final, lorsqu’il faudra affronter cette purée de pois qui vous masque votre main au bout de votre bras. Terrible ! Prévoyez une corde pour revenir à votre habitation.

Le commandant Coste fait donc un retour réussi, ailleurs que dans le fameux 9-3, aux antipodes de la France, perdu au milieu de l’océan, dans un job différent que celui de flic, sans pour autant avoir quitté la maison poulaga.

Le récit est maîtrisé, le suspense est bien réparti, les mystères, telles des brumes, se lèveront petit à petit, après vous avoir baladé dans le roman. Lorsque l’on croit que tout est plié, il en avait gardé sous la pédale. Génial.

Hélas, l’auteur n’a pas réussi à me piéger, cette fois-ci, les assureurs restant les maîtres de l’entubage (avec banques et politiciens).

Malgré tout, le scénario était bien pensé et cela ne m’a pas empêché de frissonner, de m’accrocher au roman, de ressentir le suspense, les affres des mystères, cherchant le chaînon manquant (que je n’avais pas trouvé) qui relierait tous les fils ensemble.

C’est diabolique, tout en étant différent du diabolisme de la trilogie du 9-3. Un excellent thriller pour célébrer le retour du commandant Coste et qui peut se lire, indépendamment des autres.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°256].

Je suis l’hiver : Ricardo Romero

Titre : Je suis l’hiver

Auteur : Ricardo Romero 🇦🇷
Édition : Asphalte Fictions (16/01/2020)
Édition Originale : Yo soy el invierno (2021)
Traduction : Maïra Muchnik

Résumé :
Jeune diplômé de l’école de police, Pampa Asiain est muté dans le village de Monge, à des centaines de kilomètres de Buenos Aires. Là-bas, il n’y a rien – une route, un bar, une quincaillerie, des maisons abandonnées – et il ne se passe rien, du moins en apparence.

Jusqu’à ce soir d’hiver où un appel téléphonique l’envoie sur la rive d’un lac. Pampa y trouve le corps d’une jeune fille pendue aux branches d’un arbre. Contre toute attente, il décide de ne parler à personne de sa découverte, et c’est d’une manière peu orthodoxe qu’il va se mesurer aux secrets de cette petite communauté…

Entre Fargo et Twin Peaks, Ricardo Romero nous emmène dans un territoire au plus profond de l’Amérique où nos tragédies se font insignifiantes devant l’immensité de la nature. Fort de son atmosphère onirique et poétique, Je suis l’hiver hantera longtemps le lecteur avec ses décors enneigés et ses personnages seuls, profondément humains.

Critique :
Lorsqu’on lit beaucoup, il faut s’attendre à avoir plus de déceptions littéraires que ceux et celles qui lisent très peu.

La couverture était belle, le résumé m’avait tenté et cela faisait quelques temps que ce livre patientait dans ma biblio. Il va finir dans une boîte à livres !

Pour résumé en étant brève, on pourrait dire qu’il ne se passe pas grand-chose dans cette histoire, mais qu’elle a le mérite de vous aider pour la sieste de l’après-midi.

La première chose qui m’a choquée, c’est que Pampa le policier, en arrivant près du cadavre, ne fasse rien, ou si peu. Non, on n’appelle pas le collègue.

Entre nous, ils sont deux dans ce poste de police, perdu au fin fond du fin fond du trou du cul de l’Argentine. Plus bled paumé, ça ne doit pas exister. Bref, notre policier ne sait pas quoi faire du cadavre…

D’ailleurs, je cherche encore les motivations de l’assassin, son mobile. Ou alors, c’est le passage sur lequel je me suis endormie comme une bienheureuse.

Si le récit est endormant, les fins de chapitres sont énervantes au possible puisque l’auteur répète 5 fois de suite « Je suis l’hiver ». Pour le cas où quelqu’un n’aurait pas bien compris ?

Les souvenirs d’enfance ne m’ont pas aidé à entrer dans le récit et il m’a été impossible d’entrer en empathie (ou même sympathie) avec un seul des personnages.

Allons droit au but, rien dans ce récit ne vient le sauver, le tirer hors de l’eau, de la neige, du bourbier… Les tournures de phrases m’ont achevées, le récit qui n’avançait pas aussi et finalement, j’ai joué au kangourou durant ma lecture. Le final ne m’a rien apporté de plus.

À oublier de suite, cette lecture !

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°20).

Émissaires des morts – Andrea Cort 01 : Adam-Troy Castro

Titre : Émissaires des morts – Andrea Cort 01

Auteur : Adam-Troy Castro
Édition : Albin Michel Imaginaire (06/01/2021)
Édition Originale : Emissaries from the dead (2008)
Traduction : Camille Lamache

Résumé :
Quand elle avait huit ans, Andrea Cort a été témoin d’un génocide. Pis, après avoir vu ses parents massacrés, elle a rendu coup pour coup. En punition de ses crimes, elle est devenue la propriété perpétuelle du Corps diplomatique. Où, les années passant, elle a embrassé la carrière d’avocate, puis d’enquêtrice pour le bureau du procureur.

Envoyée dans un habitat artificiel aussi inhospitalier qu’isolé, où deux meurtres viennent d’être commis, la jeune femme doit résoudre l’affaire sans créer d’incident diplomatique avec les intelligences artificielles propriétaires des lieux.

Pour ses supérieurs, peu importe quel coupable sera désigné. Mais les leçons qu’Andrea a apprises enfant ont forgé l’adulte qu’elle est devenue : une femme pour le moins inflexible, qui ne vit que pour une chose, « combattre les monstres ».

Critique :
J’avais fait la connaissance d’Andrea Cort, enquêtrice pour le bureau du Procureur, dans « Avec du sang sur les mains« .

L’univers de cette novella, assez riche, m’avait donné envie de continuer l’aventure avec ce pavé de 700 pages.

Attention, ceci n’est pas une histoire entière !

Dans ce recueil, l’éditeur Albin Michel a eu la bonne idée de regrouper les différentes novellas qui avaient été publiées après « Émissaire des morts » (premier tome d’une trilogie).

Postérieurement, l’auteur avait écrit des novellas mettant en scène Andrea Cort, celles-ci se déroulant avant cette grande enquête.

Ainsi, le lecteur peut se familiariser avec l’univers, ainsi qu’avec le personnage assez froid et complexe d’Andrea, avant de plonger dans une plus grande histoire « Émissaire des morts ».

De plus, dans ce recueil, l’éditeur a mis les novellas dans l’ordre chronologique de lecture. Une bonne idée qui empêchera les lecteurs de les lire dans le désordre (après, le lecteur fait ce qu’il veut et la lectrice aussi).

Nous sommes dans un futur où les voyages dans l’espace sont permis, où les Homsap (Homo Sapiens) vivent sur d’autres planètes et où nous ne sommes pas seuls (Fox Mulder avait raison avant tout le monde).

Andrea Cort appartient au Corps diplomatique (et à vie, suite à son crime), c’est une magistrate, une enquêtrice judiciaire qui représente le Procureur général sur les planètes où elle est appelée.

Que les allergiques à la SF se tranquillisent, l’univers décrit par l’auteur reste facilement accessible, il suffit juste de faire marcher son imagination pour voir les autres peuples que nous allons croiser.

Comme toujours, nous avons beau être dans l’espace, l’Humain reste le même (une saloperie) et certains autres peuples n’ont rien à nous envier, bien que nous restions sur les plus hautes marches du podium, médaillés d’or en meurtres ou autres crasses que l’on peut faire.

Dans ces différentes enquêtes, ce n’est pas toujours sur un crime commis que Andrea doit faire la lumière. Nous sommes loin du colonel Moutarde, avec le pistolet laser dans le croiseur. La diplomatie doit être respectée, la politique est très présente et lorsqu’elle enquête, Andrea met souvent les pieds dans le plat.

Le côté psychologique des personnages est important, il joue un rôle prépondérant dans ses investigations (où elle investigue à fond). Ses entretiens avec différentes personnes sont toujours intéressants et empreint de profondeur. Bien des détails primordiaux se retrouvent dans ces conversations.

L’auteur nous a créé un personnage féminin qui n’a pas froid aux yeux, qui est misanthrope, asociale et précédée de sa réputation d’être un monstre. Bizarrement, on s’attache à elle facilement. Ses blessures, elle arrive à les surmonter, à ne plus faire attention aux regards qu’on lui lance et au fil des histoires, on en apprendra plus sur elle, notamment sur le génocide qui entache son passé (deux peuples pacifiques se sont entretués, comme pris d’une folie subite).

Si l’écriture est assez simple (facile à aborder), le contenu des scénarios n’est en rien simpliste, que du contraire. Comme je l’ai dit, il y a de la profondeur dans les différentes novellas et on ne sait jamais comment cela va tourner, se terminer.

Bien souvent, alors que l’on pensait avoir affaire à une histoire sans importance, le diable, qui se cachait dans un détail, fait tout exploser et j’ai été surprise plusieurs fois, pour mon plus grand plaisir.

La plus grande histoire est une véritable enquête puisqu’il y a une disparition (vu la hauteur de la chute, la personne est morte et c’était un sabotage) et un meurtre par crucifixion. Là, c’est un véritable sac de nœud, surtout avec les IAs-sources (intelligences artificielles) qui ont créés le monde-artefact de Un Un Un et une partie de ses habitants (les Brachiens).

Très complexe, cette histoire va explorer plusieurs pistes avant de nous emmener vers la solution, qui ne sera pas des plus simples, comme nous le constaterons et qui en fera voir de toutes les couleurs à Andrea Cort. J’ai eu beau chercher, impossible de trouver la solution, même si, j’avais eu un soupçon et qu’il s’est révélé être bon.

Finalement, même dans l’espace, on rencontre les mêmes sujets de société que sur la Terre ferme… Les fonctionnaires qui ne foutent rien, la lenteur de l’administration, le sexisme, le racisme, le harcèlement sexuel sont, hélas, universels.

Les descriptions des mondes, des décors, des populations, sont riches, denses, importantes. Elles permettent de poser les bases de ce qui entoure Andrea Cort et d’emporter le lecteur dans l’espace.

Attention, tout cela est très épais, il est déconseillé de lire tout le pavé d’un coup. Vu la richesse de ce qui se trouve dans ses pages, j’ai pris mon temps, lisant une novellas tous les jours, ou entrecoupant ma lecture avec un autre roman, afin de profiter au maximum, sans rencontrer de lassitude.

Une chose est sûre, c’est que ce recueil est prenant, addictif et qu’il permet de se promener dans l’espace sans risque, en suivant Andrea Cort, sorte de Sherlock Holmes au féminin, le Watson en moins (et le lourd poids de son passé en plus) qui va devoir résoudre des mystères, des enquêtes, le tout sans se prendre les pieds dans le tapis, sans faire de faute diplomatique (oups) et sans suivre les ordres.

Un très bon roman qui mélange la SF, le roman policier, le thriller psychologique, les sujets de sociétés, le tout servi par des scénarios possédant de la profondeur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°180].

Les Enquêtes de Cormoran Strike – 05 – Sang Trouble : Robert Galbraith [par Dame Ida Prima Fana Assoluta]

Titre : Les Enquêtes de Cormoran Strike – 05 – Sang Trouble

Auteur : Robert Galbraith
Édition : Grasset (16/02/2022)
Édition Originale : Cormoran Strike, book 5: Troubled Blood (2020)
Traduction : Philippe Résimont

Résumé :
Cormoran Strike est en visite dans sa famille en Cornouailles quand une inconnue l’approche pour lui demander de l’aide. Elle aimerait retrouver sa mère, Margot Bamborough, disparue dans des circonstances jamais éclaircies en 1974.

Strike n’a encore jamais travaillé sur une affaire classée, et en l’occurrence, 40 ans se sont écoulés depuis les faits. Intrigué, il accepte, malgré le peu de chances de résoudre l’affaire et la longue liste des cas sur lesquels lui et son associée Robin Ellacott travaillent déjà. Cette dernière est embourbée dans un divorce déjà compliqué, ses sentiments pour Strike n’arrangeant rien.

Petit à petit, l’enquête apparaît comme extraordinairement complexe. Sur leur chemin, Robin et Strike rencontrent des témoins peu fiables, s’interrogent sur des jeux de tarots, tout en poursuivant des pistes qui semblent mener vers un serial killer psychopathe. Ils apprendront bientôt, à leurs dépens, que même des affaires classées peuvent se révéler dangereuses…

Ce cinquième volume de la série des Cormoran Strike, épique et labyrinthique à souhait, nous offre une lecture haletante. Incontestablement le meilleur roman de Robert Galbraith à ce jour.

L’avis de Dame Ida :
Comme vous le savez si vous avez suivi mes fiches sur cette série, le Robert Galbraith qui a signé cet opus n’est autre qu’un alias de JK Rolling, la célébrissime auteure de la saga Harry Potter.

Elle avait en effet préféré au départ se lancer dans le genre policier, discrètement, afin que les lecteurs puissent aborder cette nouvelle série sans la comparer à ses productions antérieures et pour toucher un autre public, qui n’aurait peut être pas tenté l’essai, si le premier roman était sorti sous son nom.

Ayant démontré toute sa crédibilité dans le polar dès la première enquête de Strike, elle n’a pas forcément veillé à ce que le secret demeure et l’information a fini par fuiter.

J’ai beaucoup aimé ce roman comme j’ai beaucoup aimé les précédents.

C’est que je me suis attachée au gros nounours hirsute bougon et mal-léché qu’est Cormoran Strike. Et Robin, son associée, est l’exemple même de la jeune-femme résiliente et sacrément intelligente, pleine de ressources. Suivre leur évolution au fil des tomes de la série est un vrai plaisir que l’on prolongera avec délice grâce à ce nouveau volume.

Lorsque je les avais découverts dans la première enquête, j’ai eu un peu peur en constatant que Rolling, qui aime jouer avec les codes des genres littéraires, avait planté le décor assez stéréotypé du polar…

Avec un privé tirant le diable par la queue pour ne pas sombrer dans les abysses de la ruine et une nouvelle secrétaire terriblement sexy qui va se révéler être un soutien indéfectible, sans parler de l’attraction sexuelle impossible qu’ils exercent l’un sur l’autre sans qu’ils ne puissent la consommer.

Bref rien que du vieil archétype éculé que Rolling a su dépoussiérer, recycler et moderniser pour nous offrir du polar de bonne facture. Et chaque nouveau volume depuis, vient nous prouver qu’elle poursuit sur cette lancée. Celui-ci suit parfaitement l’habitude et justifie les quelques années d’attente depuis le précédent.

En outre, si je trouve toujours un peu hasardeux de comparer les auteurs de romans policiers entre eux, car ils ont tous un style qui leur est propre et situent leurs romans dans une époque qui leur est propre également, la complexité des intrigues et le développement de la psychologie des personnages que Rolling nous propose n’est pas sans me faire penser au génie d’Agatha Christie. Fausses pistes, indices décisifs distillés l’air de rien… Et parfois même de d’action comme on en voit évidemment jamais avec Poirot et Marple.

Toutefois, je mettrai un petit bémol : ce roman a les défauts de ses qualités… Mais sur ce point il faut bien reconnaître que le facteur subjectif est important. Comme dirait l’autre : la beauté est dans l’œil de celui qui regarde.

Je m’explique : Ce roman est très long. Un peu moins de mille pages. C’est un format inédit pour les enquêtes de Strike, même si on avait déjà remarqué avec Harry Potter, que chaque nouveau volume était plus gonflé que le précédent…

956 pages, pour un polar c’est énorme car un bon polar doit avoir un rythme régulier et équilibré sur la durée, alternant entre légers ralentissements et accélérations, introduisant quelques passages introspectifs ou développements sur l’évolution psychologique de personnages que nous suivons déjà depuis un moment.

C’est le cas en l’occurrence, mais sur mille pages cela peut paraître un brin fatigant même quand c’est très bien mené. En effet, la qualité de l’écriture et de la construction du roman ne sont pas en cause… C’est simplement qu’un tel format peut être difficile à suivre pour une lectrice lambda dont le temps de cerveau disponible pour la lecture s’avère très moyen (mea culpa, mea maxima culpa… même si je ne suis pas seule dans ce cas!).

Robin et Cormoran reprennent ici un « cold case » vieux de 40 ans qui a fait l’objet d’une enquête préalable et que la dite enquête à retenu une multitude de pistes que nos héros se sentirons obligés de reprendre une à une. Et autant de pistes cela signifie aussi beaucoup de personnages… De fait, on sent que l’enquête va être très longue puisque toutes les impasses devront être vérifiées une à une, mobilisant des espoirs et des déceptions… et l’écoute attentive et critique de bien des témoignages qu’il faudra recouper.

A cela s’ajoutent d’autres enquêtes parallèles. Car le cabinet de Cormoran et de Robin, renforcé par trois autres détectives et une secrétaire (Robin a fait du chemin depuis la première enquête : elle est passée enquêtrice associée) doit bien tourner et payer toutes ses charges. Même si ces enquêtes subsidiaires ne prennent évidemment pas la place de l’enquête principale, c’est encore des informations en plus que le cerveau doit traiter.

Et puis Robin et Cormoran on des vies privées évidemment compliquées, sinon ça ne serait pas drôle. Entre le divorce compliqué de Robin… Entre le père de Cormoran qui se rappelle à son bon souvenir via ses autres enfants… Entre la tante très malade de Cormoran… Et le fantôme de son ex qui ondule de la toiture et essaie de lui rappeler qu’elle existe…

Sans parler des bonnes âmes qui voudraient les caser l’un avec l’autre les obligeant à s’en défendre alors qu’ils finiraient par s’envoyer enfin en l’air si on les lâchait un peu… Voilà encore un lot copieux d’intrigues subsidiaires à suivre en plus des fils des enquêtes.

Tout cela pour dire que malgré le maintient d’un rythme parfait et d’un bon équilibre narratif, le lecteur ou la lectrice ne pourra jamais relâcher son attention s’il veut bien comprendre ce qu’il ou elle lit.

La moindre inattention ne pardonne pas. Entre les passages d’une enquête à l’autre, d’une piste à l’autre, d’un des nombreux personnages à l’autre j’étais bien contente d’être en congés et d’être en mode repos pour me concentrer sur ce livre sans faire de pause de quelques jours (comme ça peut m’arriver souvent) entre deux sessions de lecture. Et même ainsi j’avoue que mon cerveau ramolli de vieillie quinqua a parfois eu du mal à remettre certains noms à leur place.

On peut se dire… Oui… un gros pavé comme ça, on prend son temps pour le déguster et le digérer… Mais il faut quand même avoir un estomac, ou ici plutôt un cerveau, dans des dispositions optimales pour se régaler pleinement. Et malgré ma relative disponibilité au moment de ma lecture, la bonne construction du roman, l’intrigue diabolique, la critique douce amère du matérialisme de la bourgeoisie britannique, la distillation des éléments capitaux toujours au bon moment et son style toujours aussi agréable avec parfois une touche de comique très british sans avoir l’air d’y toucher (la scène du repas chez Robin est désopilante malgré son côté dramatique!), j’avoue avoir eu par moment du mal à suivre.

Bref c’est un très bon roman qui se mérite car il très dense, au point de noyer votre mémoire d’une avalanche d’informations à engranger et à trier. Une sorte d’Himalaya qui exige du lecteur des efforts constants et régulier pour arriver au sommet. Et comme pour une telle ascension, ça réclame non seulement d’être en forme, mais d’avoir un certain entraînement.

Spoilers et polémiques (il s’agit d’un spoiler partiel rapporté comme énoncé par ceux qui l’ont dévoilé… mais qui en plus n’est pas exact ! Car le personnage désigné coupable n’est que suspect pour notre enquête…) :

Ce roman sort dans un contexte troublé. Des médias LGBT qui entendent dire aux gens de leur communauté ce qu’ils convient de penser ou de lire, appellent au boycott du livre au motif que le meurtrier serait une personne transgenre et que JK Rolling y exprimerait sa transphobie.

Il serait bon de lire les livres avant de dire des conneries sur leur contenu en prétendant les spoiler qui plus est. Mensonge volontaire ou simple publication de « on dit que » interprétatifs non vérifiés par des prétendus journalistes qui ne vérifient pas les informations qu’ils écrivent ? Je n’en sais rien.

Mais en revanche j’en suis certaine : on ne peut certainement pas réduire la transidentité supposée d’un tueur psychopathe au fait d’enfiler parfois une perruque et de mettre du rouge à lèvres pour approcher plus facilement ses victimes rassurées par une femme ! Le dit suspect n’exprimera en effet à aucun moment la moindre revendication transidentitaire. Et même si d’autres personnages s’interrogent sur son éventuelle homosexualité, cette interrogation est aussi l’occasion pour l’auteure de se moquer gentiment des représentations stéréotypées.

D’autant que le fait que le suspect ait choisi des femmes comme victimes pour ses scénarios pervers pose cliniquement que son objet sexuel électif est bel et bien hétérosexuel. On fait franchement mieux comme transgenre et comme gay ! C’est « juste » un sociopathe hétéro qui a développé des stratégies pour endormir ses proies !

En outre, ceux qui sur-interprètent mensongèrement le livre sur le registre de la transphobie passent sous silence la présence dans ce roman d’un couple homosexuel marié, présenté d’une manière totalement banale et anodine, au point d’en faire un non-évènement qui ne mérite même pas la moindre justification.

Et on rencontrera également un autre personnage gay, sympathique, qui pourrait même être présent dans le prochain opus. On fait également franchement mieux quand on veut donner dans la LGBT phobie !

Elle n’est ici qu’inventée afin de justifier un boycott scandaleux contre une auteure appartenant à un courant féministe portant un regard critique sur l’image de la féminité véhiculée par les femmes transgenres sur la base des stéréotypes issus du regard et du désir masculin.

Que ce questionnement plaise ou déplaise à la communauté LGBTQA+ qui veille à maintenir l’union politique entre ses diverses composantes sur le dos d’une auteure est une chose…

Mais justifie-t-il d’être réduit au silence au nom du triomphe attendu d’une pensée unique ?

Si vulnérable : Simo Hiltunen

Titre : Si vulnérable

Auteur : Simo Hiltunen
Édition : Fleuve Noir (08/02/2018)
Édition Originale : In wolfskleren (2016)
Traduction : Anne Colin du Terrail

Résumé :
La violence est-elle héréditaire ?

La famille Virtanen est unie, bien sous tous rapports. Les parents ont un emploi stable, leurs deux filles mènent une scolarité brillante. Ils sont sociables, serviables, avenants. Tous leurs voisins s’accordent à le dire. Pourtant, un jour, le père tue ses enfants, puis son épouse, avant de se donner la mort.

Pour Lauri Kivi, chroniqueur judiciaire dans l’un des plus grands quotidiens d’Helsinki, cette tragédie n’est pas sans en rappeler d’autres de même nature. Il décide d’investiguer. Il étudie les cas, traque les similitudes, interroge sans relâche et découvre enfin que sous leur aspect lisse, ces familles cachaient aux yeux de tous de terribles drames. Enfant, Lauri lui-même a été marqué par la violence de son père et cette enquête réveille ses démons intérieurs. Pire, des rapports troublants semblent le lier à l’une des victimes.

Et si ces tueries familiales n’étaient pas le résultat d’une soudaine folie meurtrière mais le fait d’un tueur en série ?

Critique :
La violence est-elle héréditaire ? Bonne question… Vous avez trois heures pour y répondre.

Il est des drames qui nous laissent souvent sans voix, ou qui nous donnent, au contraire, l’envie de hurler : les crimes familiaux.

Qu’est-ce qui peut bien se passer dans la tête du père ou de la mère qui décide d’assassiner ses enfants, avant de se suicider ensuite ? (quand ils y arrivent, parfois, ils se loupent).

Ce polar va lentement, il prend le temps de nous immerger dans la société finnoise, qui, vu sous cet angle, ne fait pas rêver : alcool, misère, femmes qui semblent sans droits, maltraitées, enfants battus…

Et les enfants battus reproduisent le même schéma, dans cette histoire, ou alors, sont en lutte permanente pour garder leur violence sous le boisseau. Ou ce roman s’est focalisé sur une frange de la population afin de donner de la matière à son récit, ou alors, la Finlande n’est pas ce que l’on croit.

Le personnage principal n’a rien d’un héros, que tu contraire : Lauri Kivi est journaliste aux affaires judiciaires d’un grand quotidien. Il est froid, renfermé, a vécu une enfance merdique et malheureuse, semble détaché de tout. Son comportement m’a laissé plus d’une fois sans voix. Difficile de s’attacher à lui, même si on comprend son attitude.

C’est en voulant écrire un article sur les familles touchées par des crimes familiaux, afin de mettre en avant les dommages collatéraux, que le récit va l’entraîner dans une tout autre histoire.

Alors que je m’attendais à ce que le scénario prenne un certain chemin, il m’a surpris en choisissant une autre voie. Bien vu, au moins, j’ai été surprise.

Ne vous attendez pas à lire un thriller trépidant qui court dans tous les sens, comme je le disais plus haut, l’auteur prend le temps de poser les personnages, d’inclure des flash-back de l’enfance de Lauri et d’un autre enfant (dont nous connaîtrons l’identité plus tard), de poser les fondations de son récit, de nous montrer que les dégâts collatéraux dans les familles de l’infanticide sont immenses (mis au ban de la société, montré du doigt…).

Les personnages sont travaillés, ni tout à fait blanc, ni tout à fait noir, pas de manichéisme. L’auteur a esquissé ses personnages tout en finesse, les dotant de caractères ambigus et nous offrira des émotions fortes durant les confrontations entre Lauri Kivi et son paternel malade, atteint d’Alzheimer. Cela demande une force incroyable que de pardonner à celui qui vous a battu.

Le final est lui aussi travaillé, il ne débarque pas comme un cheveu dans la soupe, l’auteur ayant pris soin de lui donner de l’épaisseur, sans qu’il ne devienne trop lourd.

Il clôt aussi son roman de manière à ce que les lecteurs/lectrices ne restent pas sur leur faim, frustrés de ne pas avoir le fin mot de l’histoire, même si pour certaines choses, nous aurons la liberté de choisir la voie prise par certains personnages.

Un polar finlandais qui prend le temps, qui ne se presse pas et qui met en scène la vie sociale finlandaise, qui ne fait pas rêver du tout. C’est un polar social où les petites gens vivent dans l’alcool, l’excès de religion (à géométrie variable), le non respect des femmes et où l’on ne sait pas toujours les drames qui peuvent se jouer dans les familles qui semblent respectable.

Il m’aura juste manqué l’attachement au personnage de Lauri Kivi… Une broutille comparé à la densité de ce roman fort sombre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°134],Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°16] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Finlande).

 

L’île des chamanes : Jay Kim

Titre : L’île des chamanes

Auteur : Jay Kim
Édition : Matin Calme (04/02/2021)
Édition Originale : Creepy Island (2014)
Traduction : Choe Ae-young et Jean Bellemin-Noël

Résumé :
Profiler VS Serial killer aux pays des chamanes Alléchant et haletant ! Nuits blanches garanties ! Rebondissements, fausses-pistes et twists !

KIM Seong-ho est un profileur réputé de Séoul chargé d’une enquête sur un cyberharcèlement. Très vite, les suspects se retournent contre lui, piratent ses comptes et exposent publiquement sa vie.

Pour le sortir de ce piège, son chef lui confie une nouvelle enquête loin de Séoul, sur l’île de Sambo. Dans ce haut lieu du chamanisme, trois femmes ont disparu, probablement victimes d’un serial killer. Kim Seong-ho est accompagné par Yeo Do-yun, conservateur de musée, spécialiste du folklore et des rites chamaniques, notamment du ssitgim-gut de Sambo.

Le ssitgim-gut est littéralement :  » le rituel pour laver les sentiments d’amertume et de rancune éprouvés par le défunt ou la défunte au moment de son trépas « . Mais sur l’île, en ce mois de janvier, dans l’air glacial fouetté par la pluie et les vagues, les victimes ne sont pas encore prêtes au pardon.

De mystérieux conciliabules nocturnes ont lieu entre deux silhouettes, des chiots sont tués, une atmosphère de plus en plus lourde s’abat sur les épaules de Kim Song-ho qui commence à ressentir d’étranges maux de têtes à mesure que des souvenirs personnels viennent se mêler à son enquête…

Suspens, twists, rebondissements, voici un polar qui, à mesure qu’on le lit, devient de plus en plus addictif ! Avec une écriture patiente, très narrative, sans à-coups, l’autrice emmène peu à peu le lecteur dans une pure cérémonie chamanique, dont tous les nœuds sont loin d’être délivrés… Un pur thriller ! Un régal !

Critique :
« Alléchant et haletant ! Nuits blanches garanties ! Rebondissements, fausses-pistes et twists ! Voici un polar qui, à mesure qu’on le lit, devient de plus en plus addictif ! Un thriller au pays des chamanes! ».

Tous ces qualificatifs se trouvaient indiqués dans les résumés du livre (Amazon, Babelio) et le côté thriller au pays des chamanes vient de chez l’éditeur, Matin Calme.

Je cherche encore le côté thriller, le côté addictif, haletant et alléchant.

Pour ma part, je me suis ennuyée dans cette lecture, tellement ennuyée qu’à un moment donné, mes yeux se sont fermés au-dessus du livre, je l’ai posé et s’en est suivi une méga sieste de 2h ! Pour les nuits blanches, il faudra me trouver autre chose.

Au moins, cette sieste, qui a été réparatrice, apportera une étoile de plus à ce thriller qui n’en était pas un, tant il était lent, mou et ne deviendra jamais trépidant.

M’attendant à être dépaysée sur une île où l’on pratique le chamanisme, j’ai été plus que déçue puisque du chamanisme, il en sera peu question. Certes, l’une des femmes disparues sur l’île de Sambo était chamane, mais à la fin de cette lecture, je ne suis pas plus avancée sur le sujet, hormis quelques petits détails.

Peu de détails sur les décors, peu de descriptions, que ce soit durant la première enquête à Séoul ou sur l’île de Sambo. Pour une fois, je n’ai pas décollé de mon canapé et mon immersion dans un autre pays a été loupée sur toute la ligne.

Les personnages ne m’ont pas plus emballés que ça, je les ai trouvé fades, sans relief, sans vie, bref, je n’irai pas boire un verre avec eux et je n’ai pas été mécontente de les quitter. Lorsque je les suivais dans l’enquête, ils ne me semblaient pas réels, vivants…

Même leurs actions, leurs dialogues, manquaient de convictions, n’avaient pas de peps, étaient plats, sans vie.

Le problème est venu aussi des noms coréens, pas toujours facile à retenir (là, je suis fautive, enfin, ma mémoire). De plus, j’oublie toujours qu’ils mettent le nom de famille avant le prénom et j’avoue avoir fait une sacrée soupe avec les personnages. La faute m’incombe sur ce point de vue là.

Si le manque de rythme était déjà un problème, un autre est venu se greffer : la narration au présent, que je n’ai jamais aimée et que je trouve plus casse-gueule que celle faite au passé (sauf rares exceptions).

Avec un récit au présent, il faut soigner la narration et dans ce cas-ci, j’ai trouvé qu’elle manquait de style, qu’elle était plate, donnant au récit un air brouillon, comme s’il avait été écrit par une autrice non confirmée ou faisait partie d’un premier jet, avant correction et polissage de la narration.

C’est bien simple, les phrases semblaient manquer de naturel. Rien de ce que je lisais ne me plaisait, à tel point que j’ai sauté des pages entières.

Lorsque je lis un roman policier, j’apprécie aussi la finesse dans les éléments ou indices que nous donnent les auteurs/autrices. Ici, l’autrice y est allée à la pelleteuse dans les indices. C’était tellement énorme que j’ai compris avant notre profileur où étaient cachés les corps, qui était le coupable, qui se vengeait ainsi et pourquoi… Même pas drôle !

Ok, il restait un truc que je n’avais pas vu venir, puisque bien caché par l’autrice, mais cela fait peu, limite un biscuit à bouffer une fois que l’on a tout déduit. Il y a plus de suspense dans une épisode de Columbo.

Bref, c’est une rencontre loupée avec le polar de cette autrice sud-coréenne qui promettait bien des choses et qui n’a pas tenu ses promesses électorales.

Un thriller qui porte bien mal son nom, selon moi. La rencontre espérée n’a pas eu lieu avec moi. Tant pis, ou dommage.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°127], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°09] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Corée du Sud).

American predator : Maureen Callahan

Titre : American predator

Auteur : Maureen Callahan
Édition : Sonatine (04/11/2022)
Édition Originale : American Predator: The Hunt for the Most Meticulous Serial Killer of the 21st Century (2019)
Traduction : Corinne Daniellot

Résumé :
C’est l’un des tueurs en série les plus terrifiants des États-Unis. Il a réellement existé, et pourtant, vous ignorez son nom… Pour l’instant.

Anchorage, sur les rivages glacés de l’Alaska. Dans la nuit du 2 février 2012, la jeune Samantha Koenig termine son service dans un petit kiosque à café, battu par la neige et le vent.

Le lendemain, elle n’est toujours pas rentrée chez elle. Une caméra de vidéosurveillance apporte vite la réponse : on y voit clairement un inconnu emmener l’adolescente sous la menace.

Commence alors une véritable chasse à l’homme, qui permet au FBI de mettre la main sur un suspect potentiel, Israel Keyes. Un homme qui semble pourtant au-delà de tout soupçon, un honnête travailleur, vivant seul avec sa fille.

À travers une enquête digne des meilleurs thrillers, Maureen Callahan retrace le parcours meurtrier d’un prédateur au modus operandi glaçant qui a sévi durant des années sur l’ensemble du territoire américain, sans jamais être inquiété.

Véritable voyage au cœur du mal, American Predator décrypte les rouages angoissants d’un esprit malade et ceux, grippés, d’une machine policière empêtrée dans ses luttes internes. Un périple sauvage, aux confins de la folie.

Critique :
Un tueur silencieux, invisible, inconnu, jamais soupçonné, qui frappe au hasard, sans jamais avoir de profil type pour ses victimes…

Non, il ne se prénomme pas Monoxyde de Carbonne, mais tout comme lui, il vous frappe soudainement. La différence est que vous allez souffrir avant de mourir…

Ma frangine a eu une excellent idée de m’offrir, pour ma Noël, le American Predator.

Bonne idée, excellente, même, car je pensais connaître la plupart des serial killer américain. Loupé, il y en avait un qu’on ne connaissait pas.

Ceci n’est pas un roman policier, une fiction, mais une histoire vraie, à ne pas mettre dans les mains des gens les plus sensibles, même si une grande partie du gore nous sera épargnée, le tueur préférant ne pas tout dire. L’imagination fait son boulot et c’est encore pire.

Maureen Callahan, l’autrice, a minutieusement recoupé ses sources, fait un travail journalistique fou, titanesque, écoutant des enregistrements, lisant des retranscriptions, avant de nous livrer la quintessence de son travail dans ce roman glaçant.

Nous ne sommes pas au temps reculé des présidents Lincoln ou Washington, mais dans cette Amérique de 1980, il est possible de ne pas déclarer ses enfants à l’état civil, de ne pas les envoyer à l’école, ni chez le médecin, de déménager souvent, tout en passant sous tous les radars. Big Brother faisait dodo ?

En tout cas, les enfants n’ont pas conscience qu’ils loupent tous les plaisirs enfantins, vivant en quasi autarcie, sans aucun regard sur le Monde, comme s’ils vivaient dans une grotte. Comme des Amish, des Mormons et autres congrégations religieuses strictes auxquelles ils adhéreront au fil des ans.

Israel est un tueur méticuleux, il sait comment échapper aux radars, circuler sans laisser de traces numériques, planquer des kit de meurtres, se débarrasser des cops et on en vient à se demander comment, dans une Amérique post 11 septembre 2001, un homme qui vit chichement peut se payer des billets d’avion et circuler avec des armes démontées dans ses bagages.

La psychologie d’Israel est complexe, il n’a aucun remords, joue avec les agents du FBI, avec le procureur, qui ne s’en rend même pas compte. Encore une aberration avec ce procureur qui mène les interrogatoires, alors qu’il est bien expliqué dans le livre que ce n’est pas permis, que cela pourrait faire tomber le procès, même avec un avocat débile sortant de l’école.

Face à un prédateur à l’état pur, on se liquéfie, en tant que lecteur. Les agents, eux, doivent rester zen, ne rien montrer et tenter de faire copain avec lui, afin de lui tirer les vers hors du nez, sinon, ils devront le relâcher.

Israel est un bon travailleur, un bon père, il fut un bon soldat. Bref, rien ne laissait présager qu’il était un terrible prédateur à l’affut de multiples victimes. Un véritable Janus à deux visages, à multiples personnalités.

Le plus troublant, le plus glaçant, c’est qu’on ne saura jamais le nombre de victimes de Keyes. Le secret sera gardé par lui et il sera impossible d’être sur à cent pour cent qu’une personne disparue a croisé sa route un jour.

L’homme est imbu de sa personne, joue avec les flics, le FBI, a des demandes précises, se comporte tel un enfant exigeant, mais derrière cette façade, c’est un psychopathe qui joue avec les autres, comme un chat avec une souris, laissant croire qu’il va lâcher du lest.

Vous ne connaîtrez pas le point de vue des familles des victimes, le roman documentaire se contentant de rester du côté des enquêteurs et du tueur (on ne saura pas ce qu’il se passe dans sa tête, hélas).

Cela rend le récit encore plus glaçant, plus impersonnel, sans chaleur aucune et avec peu de dialogues. Pas d’inquiétude, cela marche super bien avec ce genre de récit. Je l’ai dévoré en deux jours, sans problèmes.

Comme quoi, il est possible de garder ses distances avec les personnages, même ceux des enquêteurs, et de vibrer quand même.

À réserver tout de même aux passionnés de criminalité, aux férus de serial-killer, aux amateurs de psychologie criminelle ou à tous ceux et celles qui voudraient en savoir plus sur ce tueur en série qui fut bien moins médiatisé que les autres et était inconnu.

Un excellent roman réaliste, une brillante enquête réalisée par l’autrice sur Keyes et moi, je remercie ma frangine pour ce cadeau parfait !

“Tous les psychopathes ne sont pas des tueurs en série, mais tous les tueurs en série sont des psychopathes […]”

“L’ensemble de la psychologie criminelle et judiciaire demeure hanté par une question fondamentale : est-ce qu’on naît psychopathe ou est-ce qu’on le devient ?”

Si un tueur comme Israel Keyes existe, cela signifie que quelqu’un de plus diabolique encore suivra.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°115].

Mauvaise réputation – Tome 1 – La véritable histoire d’Emmett Dalton : Antoine Ozanam et Emmanuel Bazin

Titre : Mauvaise réputation – Tome 1 – La véritable histoire d’Emmett Dalton

Scénariste : Antoine Ozanam
Dessinateur : Emmanuel Bazin

Édition : Glénat (02/06/2021)

Résumé :
« Qui nous sommes vraiment, nous les Dalton « . 1908. Oklahoma. Emmett Dalton n’est plus un criminel depuis longtemps. Il a payé sa dette à la société, il se contente d’une existence discrète et tente même parfois de visiter l’église pour prier – sans trop de succès pour cette dernière activité.

Aussi lorsqu’un producteur de cinéma lui propose de participer à l’écriture d’un film consacré aux méfaits de sa légendaire fratrie, il se méfie, refuse, puis réalise finalement qu’une chance lui est offerte : évacuer le mythe, rétablir un semblant de vérité et sauver la réputation de sa famille.

Les quatre frères Dalton ne sont pas nés hors-la-loi. Au contraire ! Ils ont tous endossé le rôle de Marshal à l’aube de leurs carrières, et c’est n’est pas de plein gré qu’ils ont plus tard embrassé des vies de fugitifs…

Qui d’autre qu’Emmett, seul survivant, pour déterrer ces douloureux souvenirs et conter sans hypocrisie la véritable histoire des Dalton.

Critique :
Tout le monde connaît les Dalton, ils sont bêtes et méchants. On connaissait moins les aventures de leurs illustres cousins, juste que c’était Lucky Luke qui les avait mis hors d’état de nuire.

Faites table rase de ce que vous savez sur ces bandits, l’Histoire n’est peut-être pas celle que l’on nous a racontée… Même si elle était bourrée d’humour.

Les planches sont faites d’aquarelles et si au début j’ai eu un peu de mal avec elles, au fur et à mesure de ma lecture, je m’y suis adaptée, trouvant les dessins des visages très bien exécutés. Les couleurs sont assez claires, sobres.

Ce premier album nous raconte la véritable vie du gang Dalton, par l’entremise d’Emmett Dalton, le dernier survivant. Il va raconter leur vie à un producteur de cinéma et, bien que la fiction se même sans doute à la réalité, les frères Dalton sont des gars bien sympathiques dans cet album. N’ayant pas été lire la vérité vraie, je ne puis me prononcer.

N’ayant pas le crime dans le sang, nos frangins étaient même des marshal, au service de la loi. Hélas, représentant de la loi, ça ne paie pas bien son homme et les Dalton quitte leur boulot pour devenir cow-boy.

Quelques combines pas très légales, le vol bête de l’argent du poker suite à des tricheries de la part des autres joueurs et voilà nos frères engagés sur le mauvais côté de la route, sans pour autant que cela soit irrémédiable ou catastrophique. C’est léger comme conneries, pas de quoi en faire des bandits.

Là où tout fout le camp, c’est lorsqu’on les accuse de l’attaque du train de la Wells Fargo et qu’eux ne se laissent pas faire. Normal, lorsqu’on se trouve à l’autre bout du pays et que personne ne veut écouter votre alibi, il y a de quoi être vénère.

C’est plus du western mélancolique, crépusculaire, que du western bang bang. Les flash-back sont bien intégrés dans le fil de l’histoire, les cases de souvenirs s’insérant dans celles du récit de manière harmonieuse.

Un belle bédé western qui se fait témoignage prenant, nostalgique et qui donne un autre éclairage sur les frères Dalton, loin de l’interprétation amusante de Morris dans Lucky Luke, remettant la banque au milieu du village et nous montrant que parfois, des gens biens, peuvent devenir hors-la-loi plus vite que leur ombre, suite à des injustices ou pour tout simplement pour manger à leur fin.

Vivement la suite de ce témoignage d’Emmett Dalton !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XXX], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 78 pages).