Pulp : Ed Brubaker et Sean Phillips

Titre : Pulp

Scénariste : Ed Brubaker
Dessinateur : Sean Phillips

Édition : Delcourt Contrebande (12/05/2021)

Résumé :
Max Winters, un écrivain de Pulps dans les années 1930 à New York, est entraîné dans une histoire qui rappelle celles qu’il écrit pour cinq cents le mot – des histoires mettant en scène un hors-la-loi du Far West qui rend justice à coups de revolver.

Max sera-t-il aussi efficace que ses héros face à des braqueurs de banque, des espions nazis et des ennemis issus de son passé ?

Critique :
La première chose qui m’a attirée dans cette bédé, c’est la couverture : ses tons orange, la chaleur qui s’en dégageait et l’illustration qui laissait présager bien des choses.

Sans compter le duo d’auteurs dont j’ai déjà découvert une partie de leur œuvre (Fondu au noir et Captain America).

Le récit commence dans un western.

Les couleurs sont dans les tons chauds : des oranges, des jaunes, coloriés à l’arrache, sans suivre les lignes, comme lorsque ma nièce de deux ans colorie… Mais ça donne vraiment mieux dans cette bédé que sur ses gribouillages !

L’histoire se déroulant dans ce western est un pulp (revues populaires très bon marché aux States) et nous comprendrons plus loin ce que ce récit vient faire dans l’autre récit.

Une fois revenu au récit initial, les couleurs reprennent leur juste place et on quitte les tons chaleureux du western en découvrant son auteur : Max Winters, vieil écrivain de nouvelles westerns qu’il vend 5 cents le mot à un magazine éditant des pulps. Oh, pardon, son éditeur vient de diminuer le prix au mot à 2 cent… Chienne de vie !

Le pire viendra ensuite pour Max et la vie se fera encore plus chienne… Bien que ce ne soit pas la vie qui soit une chienne, mais les autres : son patron qui le regarde de haut, l’éditeur qui veut faire des économies, les petites lignes sous le contrat de travail, les petites frappes qui agressaient un Juif dans le métro, les gens impassibles lorsque Max se fait passer à tabac, se fait dépouiller, les sympathisants nazis qui défilent à Times Square…

Les dessins de Sean Phillips sont minimalistes tout en étant rempli de détails dans les décors. Qu’ils concernent les dessins se déroulant en 1939 (le présent) ou ceux du western, qui est un récit dans le récit, avec un parallèle sur la vie de Max Winters en 1895.

Les dialogues sont au cordeau, sans chichis, sans circonlocutions. Ed Brubaker va à l’essentiel, sans pour autant que le fond de son texte en pâtisse. Hitler est au pouvoir en Allemagne et les relents atteignent l’Amérique où la populace acclame le moustachu dans les cinémas, portent le brassard avec la croix gammée et où des riches américains envoient du fric à l’Allemagne d’Hitler.

Cet album est un mélange réussi entre le western, le thriller, le roman noir et les nazis. C’est l’histoire d’un vieil homme au bout du rouleau, qui sait qu’il va y rester un jour, qui ne voit pas le bout du tunnel, qui a perdu son gagne-pain et qui aimerait que sa femme, plus jeune, ne se retrouve pas démunie une fois que sa mort sera venue. Le côté roman noir est bien présent, lui aussi.

Les épisodes western, loin d’être juste là pour distraire les lecteurs, possèdent leur place dans ce thriller et si au début, ce n’était pas vraiment clair, à un moment donné, tout s’éclairera dans notre esprit et les épisodes pulp acquerront toute leur force.

Max Winters n’a rien d’un super-héros, il est vieux, cabossé par la vie, n’a jamais été épargné par elle non plus, a morflé et après une crise cardiaque, il est encore plus diminué qu’avant.

Ne cherchez pas un chevalier blanc dans ce récit, il n’y en a pas et c’est ce qui le rend plus réaliste, lui donne toute sa force. Il n’y a que des gens ordinaires et certains, au lieu de regarder ailleurs, agissent.

C’est clair, c’est net, c’est concis, ça frappe juste où il faut et en peut de mot, l’ancien de la Pinkerton résumera toute la situation à Max Winters.

Un thriller roman noir western percutant, qui prend tout son sens au fil de la lecture, notamment dans le final rempli d’action, avec l’intensité qui monte crescendo avant l’explosion. C’est une pépite bien noire que nous offrent le duo d’auteurs.

C’est aussi un bel hommage au pulp western et au genre en particulier, soulignant la précarité salariale des auteurs de ces petits récits.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°105], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°100], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 72 pages).

Fukushima – Chronique d’un accident sans fin : Bertrand Galic et Roger Vidal

Titre : Fukushima – Chronique d’un accident sans fin

Scénariste : Bertrand Galic
Dessinateur : Roger Vidal

Édition : Glénat – Hors collection (03/03/2021)

Résumé :
Japon, 11 mars 2011. Un séisme effroyable accouche d’une vague immense, qui vient frapper de plein fouet le nord-est du pays. C’est là que se trouve, entre autres, la centrale de Fukushima-Daiichi…

D’une violence inouïe, le cataclysme provoque alors le pire accident nucléaire du XXIe siècle. Comment réagir face au chaos engendré ? Que faire quand l’inconcevable vient d’arriver ? Masao Yoshida doit répondre dans l’urgence.

La réputation de son pays est en jeu, la vie de ses employés et de ses concitoyens en dépend.

Dans un univers complètement dévasté, où les bâtiments sont plongés dans l’obscurité, tandis que les explosions se multiplient et que les radiations sont toujours plus toxiques, le directeur de la centrale fait preuve d’une ingéniosité et d’un sang-froid hors du commun. Il prend seul des décisions vitales, transgresse les procédures et les directives de sa hiérarchie pour éviter l’apocalypse…

Mais, malgré tous ses efforts, après cinq jours durant lesquels les secondes passent comme des heures, un énième incendie se déclare et oblige à l’évacuation de la majorité des employés. Ne reste alors sur place qu’une poignée de volontaires qui travaillera d’arrache-pied pour stabiliser tant bien que mal la situation.

Dix ans après, Bertrand Galic et Roger Vidal retracent avec force et détails les premières journées d’une tragédie sans fin.

Le récit d’un compte à rebours angoissant, pendant lequel un chef et ses équipes doivent faire face à une catastrophe technologique sans précédent et à des supérieurs complètement dépassés par les événements.

Critique :
Si pour les plus jeunes d’entre nous, Tchernobyl semble loin, l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, il y a eu 10 ans (11/03/2021), est plus ancré dans les mémoires.

Tout le monde a vu les images d’une région dévastée par un tsunami et une centrale qui avait tout pour nous refaire le coup du 26 avril 1986…

La bédé m’a fait entrer au cœur du monstre, à côté de ces hommes et femmes qui ont fait en sorte de réaliser l’impossible alors que tout partait en couille de tous les côtés.

Gérer une catastrophe de cette ampleur n’est déjà pas évident, la pression est énorme, des vies sont en jeux, certaines devront être sacrifiées pour éviter le pire, mais lorsque le premier ministre et les hommes de la TEPCO vous foutent des bâtons dans les roues, cela n’aide pas à la concentration.

Cela nuit même énormément à tous ceux et celles qui ont autre chose à foutre que de recevoir le premier sinistre sur le site ou de discutailler avec les dirigeants de la TEPCO qui ne sont pas sur les lieux.

Entre nous et rien qu’entre nous, personne n’aurait aimé être à la place du personnel de Fukushima en ce jour funeste, ni à la place de Masao Yoshida, le directeur de la centrale, sur les lieux tout le temps et tentant de faire du mieux qu’il pouvait, sans électricité, avec des vannes bloquées et le refus de sa hiérarchie d’utiliser l’eau de mer.

Cette bédé aux dessins dans les tons bleus (couleur des vestes du personnel de la centrale) nous fait descendre dans le saint des saint à son pire moment. Les conséquences sur la santé de ceux qui y sont allés n’étaient pas à prendre à la légère, les radiations étant super élevées.

Le dessinateur a bien rendu les traits tirés de ces gens manquant de sommeil et en proie à un stress aigu. Les expressions de colère, sur les visages sont éclairantes, lorsque le premier ministre ou d’autres ne se trouvant pas dans la centrale, donnent des ordres. La précision ne sera pas scénaristique, mais aussi au niveau des dessins.

J’ai apprécié cette bédé qui nous montre l’envers du décor, celui que nous n’avons pas vu à la télé, planqués chez nous à juger et à nous demander pourquoi la digue n’était pas plus haute… Des erreurs ont été faites, à nous de ne plus les faire (vœu pieu).

Commençant avec l’audition du directeur de la centrale (Masao Yoshida), qui jamais n’a quitté le navire (et qui est mort d’un cancer deux ans après), son personnage va nous faire revivre tout l’accident, du début à la presque fin, expliquant les erreurs, les fautes, mais aussi le courage de son personnel, sa fatigue extrême, l’impression de ne servir à rien et de ne jamais pouvoir y arriver, sans compter le stress et l’inquiétude pour leurs proches.

Il restera des zones d’ombre sur ce qu’il s’est passé durant ces cinq jours capitaux, mais la bédé apporte de nombreux éclairages et le déroulé du scénario est minutieux, avec dates et horaires pour nous montrer combien les faits se sont parfois enchaînés très vite, trop vite.

Ici aussi, pas besoin d’être un prix Nobel en nucléaire pour comprendre l’histoire, qui a été vulgarisée, et si des termes restaient obscurs, il y a le glossaire à la fin pour vous rendre plus intelligent.

Une bédé à lire et à découvrir ! Elle est captivante et vous prend aux tripes…

Hélas, l’Homme retiendra les noms des buteurs au foot, jamais ceux de ces hommes et femmes qui sacrifièrent leur santé pour éviter que l’accident ne soit encore plus dramatique qu’il ne le fut déjà.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°101].

Les Enquêtes de Nicolas Le Floch – 15 – Le Cadavre du Palais Royal : Laurent Joffrin [Fiche Lecture de Dame Ida, éternelle fiancée du Marquis de Ranreuil]

Titre : Les Enquêtes de Nicolas Le Floch – 15 – Le Cadavre du Palais Royal

Auteur : Laurent Joffrin
Édition : Buchet/Chastel (04/11/2021)

Résumé :
La Bastille a été prise. La nuit du 4 août a tout changé. Mais le destin de Louis XVI n’est pas encore scellé. Qui sont ses alliés ? Qui sont ses ennemis ?

Le commissaire Nicolas Le Floch quitte sa Bretagne pour une nouvelle fois porter secours au roi et à la reine. Mais où est sa fidélité ? À un régime qui lui a donné sa chance mais dont il connaît toutes les faiblesses ? À un avenir dont son expérience lui a, à de nombreuses reprises, révélé que le temps du changement était arrivé ?

Un cadavre proche des intrigues et des folies du Palais-Royal vont lui faire comprendre les nouvelles règles du jeu. Le duc d’Orléans ou le comte de Provence, par leurs complots et leurs ambitions, ne risquent-ils pas de précipiter la fin de la royauté ?

L’avis de Dame Ida :
Dame Belette vous a fait découvrir quelques volumes des aventures de Nicolas Le Floch, Commissaire au Chatelet et accessoirement Marquis de Ranreuil relevé de la bâtardise par une reconnaissance tardive de son père qui n’avait d’autre héritier que lui.

J’ai contribué modestement à sa réputation sur le blog de Dame Belette en faisant une fiche de lecture du volume 14 paru en 2017 car je suis moi-même une inconditionnelle des aventures du Commissaire Le Floch que j’ai eu l’honneur de suivre depuis qu’il est tout petit (oui ! je suis vieille ! Et alors ?).

Il faut dire que j’aime les romans historiques lorsqu’ils sont écrits avec art, et que Jean-Françoit Parot, créateur du personnage et auteur des 14 premiers volumes avait excellé dans cet art délicat consistant à intégrer des petites histoires (fictives) dans la véritable Histoire, sans la dénaturer, et qui plus est, en offrant à ses pages, un lustre, un cachet, une patine nous donnant le sentiment d’être réellement plongés dans l’époque par l’évocation de moult détails de la vie quotidienne de ceux qui l’avait vécue, et en développant une langue reprenant les tournures alors usitées.

Jean-François Parot avait été diplomate et comme beaucoup d’agents de l’état travaillant à faire l’Histoire, il avait nécessairement développé un goût et une compétence réelle pour jouer avec elle.

Las ! Le Sieur Parot s’est éteint, laissant Nicolas Le Floch orphelin une fois de plus, et plongeant les fans du commissaire au Chatelet en deuil à la veille de la Révolution Française, les confrontant à une question devenue alors insoluble ! Comment Nicolas le Floch, aristocrate et serviteur des rois depuis Louis XV allait-il faire pour traverser cette époque troublée et peu amène pour les représentants du pouvoir royal, en gardant la tête sur les épaules ?

Allait-il retourner sa veste, lui homme intègre et droit pour sauver sa peau et servir la révolution ? Réussirait-il à se faire oublier le temps que la Terreur se tasse pour reprendre du service et croiser Vidocq quelques années plus tard ? Allait-il s’exiler ? Chez l’Anglois où vivait la mère de son fils ? Au Nouveau Monde ? Et qu’y ferait-il ?

Incidemment la mort de Jean-François Parot ne pouvait que nous laisser que sur ces questions.

C’était compter sans Laurent Joffrin qui, 4 ans plus tard, prend la relève et relève le gant en se lançant dans la délicate entreprise de faire vivre de nouvelles aventures à Nicolas.

Laurent Joffrin, on ne le présente plus en France. C’est un grand journaliste assez connu. Et parfois, les journalistes savent écrire. Je dis parfois… alors qu’en principe ce devrait toujours être le cas…

Mais nous savons bien qu’il y a journalistes et journalistes… Quoi qu’il en soit celui-ci sait écrire et aime suffisamment l’histoire et l’univers des personnages créés par Parot pour avoir repris le flambeau et entrepris de guider Nicolas, devenu quinquagénaire et grand-père, à travers les années tourmentées de la Révolution.

Alors ? J’en pense quoi de cette reprise ?

Fallait-il vraiment que je m’attende à ce que Joffrin fasse du Parot ? Certainement pas. Voulait-il le faire ? Ou pas ? Quelles étaient ses intentions à ce sujet ? Je l’ignore.

Aussi ne jugerai-je pas trop sévèrement le changement de style qui aura fortement déplu à certains. On ne retrouve évidemment que dans une bien moindre mesure le langage ampoulé et les expressions d’époques dont Parot avait l’habitude d’émailler ses dialogues et qui, je dois le dire, contribuaient à me ravir. Joffrin s’y essaie, mais la langue est moins poétique, moins chantante, moins pétillante ou exubérante.

Évidemment, cela je le regrette… Mais celles et ceux d’entre nous qui ont encore leurs parents et ont des enfants adolescents savent à quel point le langage peut changer au fils des ans.

Regardez des archives télévisées des années 60 ou 70, des archives des années 80 et puis regardez la télévision d’aujourd’hui et vous verrez comment le langage évolue en une ou deux décennies.

Alors ? À bien y réfléchir, peut-on s’offusquer de voir le style d’écriture ne pas être le même ? On a rencontré Nicolas à la fin du règne de Louis XV et la Révolution commence. Le parler n’était en réalité plus le même. Certes, la transition est brutale car elle correspond à un changement d’auteur…

Généralement les auteurs ont leur propre style, leur griffe… Mais même si dans l’ensemble un style personnel évolue peu, une fois fixé, on peut parfois repérer de subtils changement au fil des ans car même eux sont touchés par les évolutions de la langue de leur époque.

Aussi, même si on peut ressentir comme une déception le changement notable dans le style, que ce changement de style vienne coïncider avec la Révolution qui sera une révolution qui touchera jusqu’au langage n’est pas nécessairement une mauvaise chose d’un point de vue strictement historique.

Et d’ailleurs, le souci de coller à l’Histoire (avec un grand H) reste présent. Les faits, les coteries, réseaux d’influences et rivalités, évoqués ou mis en scène dans l’intrigue nous ont été rapportés par les historiens sur la base des correspondances et documents de l’époque. Sur ce registre Joffrin respecte le cahier des charges implicite qui s’impose à lui en prétendant poursuivre l’écriture du parcours du Marquis de Ranreuil.

Je regretterai seulement la disparition de quelques personnages très secondaires qui ont totalement disparu comme la bonne cuisinière alsacienne de Monsieur de Noblecourt, mise subrepticement en retraite,…

Et je ne serai pas la seule à regretter la raréfaction des scènes de table et explications sur les pratiques culinaires de l’époque. Il y en a un peu certes… En plus avec la Révolution et les départs de nobles en exil (ou à l’échafaud… mais nous ne sommes qu’en 1789… pas en 1792), les cuistots sans emplois vont commencer à ouvrir des restaurants et les gourmands et gourmandes dans mon genre auraient bien aimer manger davantage avec Nicolas.

C’est peut-être là que se situe la rupture entre Parot et Joffrin. Si Joffrin connaît manifestement bien le déroulement détaillé du processus politique de la Révolution, il semble moins en mesure de développer les petits détails de la vie quotidienne de l’époque en dehors des queues énervées devant des boulangeries ne pouvant produire du pain qu’en fonction des quantités de blé disponibles.

Parot ne manquait par exemple jamais de faire passer Nicolas se faire faire un habit chez maître Vachon dans chacun de ses romans. Ces scènes ou descriptions qui certes n’apportaient que peu aux intrigues mais permettaient au lecteur de visiter la France de l’époque et de visualiser son intimité ont pratiquement disparu sous la plume de Joffrin qui d’ailleurs livre un volume bien moins épais que ceux habituellement produits par Parot.

L’écriture se resserre sur l’intrigue et sur son fond historique. Même les bavardages chez la Paulet sont réduits à leurs plus simple expression, recentrés sur ce qui sera utile à l’intrigue alors que cette grande bavarde avait toujours beaucoup à nous apprendre sur les mœurs de son époque.

Comme le fait remarquer une des fiches critique de Babelio, les retrouvailles entre Nicolas et le bourreau Samson sont presque purement professionnelles.

N’oublions pas qu’en raison de son métier Samson vivait à l’écart du monde, sans vie sociale ni amis et que Nicolas avait été le seul à lui donner une réelle amitié jusque-là, acceptant même de dîner à sa table, ce qui était un acte très « fort », dans les volumes précédents. Et là, bien que certains coquins eussent mérité la questionnette au Châtelet, Nicolas ne profitera pas de l’occasion pour passer davantage de temps avec son ami.

D’ailleurs au-delà de la vie amicale de Nicolas, c’est aussi les développements de sa vie privée de Nicolas qui se trouve vite simplifiée. Or, souvenons-nous… De sa découverte progressive de ses origines, de ses histoires de cœur compliquées avec la Satine ou Mlle D’Aranet…

De ses questionnements sur la façon dont il pouvait penser sa paternité… Toutes ces thématiques nous avaient accompagnés pendant quatorze volumes… Et là… En quelques mots, Nicolas laisse tout cela en plan en Bretagne où tout le monde s’est retiré avec lui et il n’en sera plus question un bon moment.

Ce qui se passe en Bretagne reste en Bretagne, et on se concentrera sur l’enquête jusqu’à ce qu’une nouvelle romance modérément crédible, cousue de fil blanc et sans les complications habituelles surgisse sans me transporter d’enthousiasme.

En se recentrant sur son intrigue, certes captivante, bien menée, dans un contexte où les événements historiques se précipitent, et qui plus est très fidèle à l’Histoire, Joffrin a opéré un certain nombre d’impasses, d’oublis ou de restrictions éloignées des usages en cours dans les romans de Parot.

Cela a pour effet de réduire quelque peu l’univers dans lequel Nicolas nous faisait évoluer avec lui. Si certains lecteurs pourront apprécier la simplification qui en découle et qui rend évidemment l’intrigue plus facilement lisible, ceux qui ne voyaient pas comme « des longueurs » les parenthèses historiques de l’œuvre originale, pourront éprouver une certaine déception.

Malgré tout, je retrouve bien chez Joffrin le Nicolas que Parot nous avait laissé, même s’il ne parle plus tout à fait de la même manière. Il en va de même pour le commissaire Bourdeau et quelques autres personnages centraux qui sont relativement bien respectés dans la psychologique qui leur avait été donnée lors de leur création et de leur évolution.

Je serais plus circonspecte en revanche concernant l’évolution du personnage de Sartine qui a perdu une grande part de sa superbe et de son acidité. Certes… l’âge… Mais il n’explique pas tout. Surtout qu’on ne devient pas brutalement sénile entre deux romans qui n’ont en principe que peu d’années d’écart dans la chronologie réelle.

Or donc, ce sera un bilan mitigé que nous pourrons faire de cette quinzième enquête de Nicolas Le Floch sous la plume d’un nouvel auteur. Une bonne intrigue sur un fond historique parfaitement maîtrisé, avec des personnages principaux conformes à ce que leur créateur en avait faits.

Les fans de la série de roman regretteront cependant le resserrement de l’œuvre sur l’intrigue, qui certes n’en paraîtra que plus rythmée mais qui coupe ainsi tous ces passages qui s’ils n’apportaient pas grand-chose au développement de l’intrigue, contribuaient à notre édification intellectuelle en nous apprenant moult détails sur la vie quotidienne de l’époque traversée ainsi que sur ses mœurs et son esthétique, ce qui représentait à mes yeux une grande part du charme de ces romans.

On ne fera tout de même pas la bêcheuse sur le manque de suspens de certains aspects du livre : le problème avec les romans historiques c’est que… Ben… il n’y a pas trop de suspens sur certains évènements… Et Loulou le XVIème et Maria Antonia finiront raccourcis quelques années plus tard quand même. L’auteur a eu le bon goût de ne pas réinventer l’Histoire. C’est heureux.

Je garderai un regard bienveillant sur Joffrin qui s’est frotté là à un exercice très périlleux pour permettre aux amis de Nicolas de le retrouver dans une époque troublée et décisive.

Relever un tel défit n’est pas chose facile car l’œuvre de Jean-François Parot est truffée de complexités qui débordent largement le cadre des enquêtes policières résolues par le héros.

Mesurant le poids de ces difficultés, nous ne pouvons lui reprocher violemment là où il pèche, mais nous pouvons le lui pointer afin de l’encourager à améliorer ces points de déception où il n’est pas parvenu à se rapprocher suffisamment du modèle original afin de permettre aux vieux et aux vieilles habitués des aventures du Marquis de Ranreuil de retrouver les repères qui avaient initialement contribué au succès de ces romans.

Mon cheval de bataille : Delphine Pessin

Titre : Mon cheval de bataille

Auteur : Delphine Pessin
Édition : Didier Jeunesse – Fiction (13/10/2021)

Résumé :
C’est un grand jour pour Arthur. Il assiste à un spectacle de voltige équestre, sa passion ! À sa grande surprise, l’un des chevaux sort du rang pour le saluer affectueusement.

Ce qu’il ignore c’est que ce cheval est spécial et sait détecter les personnes malades.
Quelques jours plus tard, tout bascule : Arthur fait un malaise…

Dans l’épreuve qui l’attend, le garçon pourra compter sur sa grande sœur. Pour mieux livrer bataille, elle a même quelques idées un peu folles…

Critique :
Pour moi, une LAL, c’était bêtement une Liste À Lire, rien de plus. Depuis cette lecture, ce ne sera plus aussi banal puisque c’est aussi l’acronyme de Leucémie Aiguë Lymphoblastique.

Oui, ce roman jeunesse parle de leucémie, de cancer chez les plus jeunes, chez les enfants… En l’occurence, dans ce roman, c’est Arthur qu’elle va toucher.

Malgré la dureté du sujet, jamais l’autrice ne sombre dans le pathos, le larmoyant ou l’excès : elle n’est pas là pour que vous fassiez un don à la recherche contre la leucémie. Nous ne sommes pas dans une soirée télé où il faut faire pleurer dans les chaumières pour obtenir plus de dons que l’année précédente.

Que du contraire, elle tente de montrer l’envers du décor, celui que personne ne voit, celui auquel personne ne songe : la famille du malade… Pas question de nous montrer des parents forts, qui font front, qui se battent avec une énergie qui semble inépuisable et où tout le monde est soudé, comme dans le meilleur des mondes.

Non, une maladie pareille qui touche un jeune garçon de 10 ans, ça fait voler en éclat une famille, ça donne l’impression à la mère qui porte son fils à bout de bras, que son mari ne fait rien pour l’aider et que son adolescente de fille prend le tout à la légère parce qu’elle blague avec son petit frère malade.

La maladie, ça rend les autres de la fratrie invisible, ça leur donne la haine contre cette invisibilité, ils ont la haine sur les autres élèves de l’école qui les regardent avec pitié, qui ne savent pas quoi dire ou quoi faire, qui sont maladroits face à celui ou celle qui doit affronter la maladie d’un proche, surtout si c’est un gosse.

Ce roman, c’est un container d’émotions brutes, c’est un récit traité avec finesse, avec des nuances, sans que l’on puisse porter jugement à l’un ou à l’autre, puisque chacun est persuadé d’agir comme il le faut, ou de ne pas trouver sa place, de ne pas trouver les mots qu’il faut. Chacun essaie de faire ce qu’il peut, mais ce n’est jamais assez ou ce n’est jamais bon.

Rien n’est facile… Personne n’est préparé à ça.

Vivianne, la grande sœur d’Arthur, en pleine crise d’adolescence, va partir en vrille : personne ne la comprend et elle a raison. Son amie essaie de l’aider, mais elle s’y prend mal et ce n’est pas de sa faute non plus… La maladie fait des ravages sur son passage et des dégâts collatéraux sont impossible à imaginer au départ. Sa mère aussi part en vrille dans son désir de tout contrôler, de protéger Arthur…

Lucas, enfant malade, qui arrive à blaguer alors qu’il en a déjà bien bavé, est un bel exemple de la résilience des enfants et de leur désir d’évacuer la pression avec de l’humour noir. Un personnage très lumineux, ce petit Lucas.

Les enfants aiment qu’on leur dise la vérité, qu’on ne leur cache rien, qu’on ne minimise pas leur maladie et qu’on leur explique exactement comment le traitement va se dérouler.

Si l’autrice évite l’écueil du pathos ou du larmoyant, je vous avouerai que j’ai eu quelques fois la gorge serrée, mais pas au moment du décès d’un petit malade. L’émotion m’a submergée dans des moments de bonheur, de complicité, lors d’une visite particulière et lors d’une marche… Intense niveau émotions !

Un magnifique livre qui aborde un sujet difficile tel que la maladie des enfants et leur extrême lucidité face à ce qui pourrait les cueillir au bout du chemin. Un roman jeunesse qui aborde les différents phases des traitements de chimio et leur impact que tout cela aura sur une famille.

Magnifique et tout en finesse !

Merci à Sharon d’en avoir parlé et de m’avoir donné envie de le lire !

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°95].

Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison : Cherie Jones

Titre : Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison

Auteur : Cherie Jones
Édition : Calmann-Lévy (18/08/2021)
Édition Originale : How the one-armed sister sweeps her house (2021)
Traduction : Jessica Shapiro

Résumé :
Lala vit chichement dans un cabanon de plage de la Barbade avec Adan, un mari abusif. Quand un de ses cambriolages dans une villa luxueuse dérape, deux vies de femmes s’effondrent.

Celle de la veuve du propriétaire blanc qu’il tue, une insulaire partie de rien. Et celle de Lala, victime collatérale de la violence croissante d’Adan qui craint de finir en prison.

Comment ces deux femmes que tout oppose, mais que le drame relie, vont-elles pouvoir se reconstruire ?

Critique :
♫ Il me semble que la misère, serait moins pénible au soleil ♪ comme le chantait Charles Aznavour.

Alors, la misère serait-elle moins pénible sous le soleil de la Barbade, petite île des Caraïbes ? NON ! Assurément, non,

Ce roman noir, sombre, sans lumière, contient le portrait de 3 femmes, 3 générations maudite, toute les trois soumises aux hommes, à leur violence. Violence légitime, pour ces messieurs, que ce soit leurs maris, leurs copains, leurs amants…

La grand-mère n’avait rien vu venir, mariée à 14 ans, elle a vite compris ensuite. Sa fille, qu’elle a tenté de protéger, n’a pas écouté et la tragédie est arrivée, quand à Lala, la petite fille, elle aussi aurait dû écouter sa grand-mère et l’histoire de la fille à un bras.

Au départ, j’ai eu un peu de mal à entrer dans le récit, à m’y retrouver. J’ai même posé le roman dans un coin, n’y revenant que plus tard et là, la magie a pris, si j’ose dire.

C’est un roman tragique, rempli de drames, de portraits des différents protagonistes et aucun n’a eu une vie joyeuse et remplie de Bisounours. Certains ont plus mal tourné que d’autres et il ne faut pas croire que les truands sont pires que les policiers : le lieutenant Beckles m’a donné envie de vomir.

L’autrice a réussi à donner de l’étoffe à ses différents personnages, ni tous noirs, ni tous blancs, chacun s’étant pris des coups de beigne par la vie, leurs parents,…

Lala, personnage central, aurait mieux fait de rester célibataire plutôt que de se mettre à la colle avec Adan. Homme violent qui la bat, un drame va se jouer sous les yeux horrifiés du lecteur et à partir de ce moment-là, la violence va monter d’un cran.

On aurait envie de s’énerver sur Lala, incapable de quitter son mari violent, mais l’autrice décrit, avec brio et sensibilité, les mécanismes qui empêche une femme de quitter un homme violent.

Ce roman est sombre, très sombre, sans lumière, le genre de lecture qui vous colle une déprime ensuite tellement cette misère, même sous le soleil de la Barbade, même dans des eaux limpides, vous colle aux doigts.

Les pauvres d’un côté, sans espoir de s’en sortir et les riches de l’autre, dans leurs luxueuses villas… Le tourisme ne profite que très peu aux plus pauvres, sauf à voler les riches.

Afin de ne pas sombrer, j’ai pris un peu de distance avec le récit, sinon, je me serais effondrée avant la fin.

À ne pas lire sur une plage, ceci n’est pas une lecture de vacances, mais une lecture qui laisse des traces.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°93].

Jours de sable : Aimée De Jongh

Titre : Jours de sable

Scénariste : Aimée De Jongh
Dessinateur : Aimée De Jongh
Traduction : Jérôme Wicky

Édition : Dargaud (21/05/2021)

Résumé :
Washington, 1937. John Clark, journaliste photoreporter de 22 ans, est engagé par la Farm Security Administration, l’organisme gouvernemental chargé d’aider les fermiers victimes de la Grande Dépression.

Sa mission : témoigner de la situation dramatique des agriculteurs du Dust Bowl. Située à cheval sur l’Oklahoma, le Kansas et le Texas, cette région est frappée par la sécheresse et les tempêtes de sable plongent les habitants dans la misère.

En Oklahoma, John tente de se faire accepter par la population. Au cours de son séjour, qui prend la forme d’un voyage initiatique, il devient ami avec une jeune femme, Betty. Grâce à elle, il prend conscience du drame humain provoqué par la crise économique. Mais il remet en question son rôle social et son travail de photographe…

Critique :
1937, États-Unis… Le krash boursier de 1929 a eu lieu et une partie de l’Amérique se prend de plein fouet le Dust Bowl.

Pour les ignares du fond de la classe, le Dust Bowl n’est pas la finale du championnat organisé par la ligue américaine de football américain, mais une série de tempêtes de poussière qui s’est abattue sur les plaines des États-Unis !

L’Oklahoma, le Kansas et le Texas, furent touchés, dans les années 30, par la sécheresse et une série de tempêtes de poussière provoquant une catastrophe écologique et agricole.

Si jamais, relisez (ou lisez) « Les raisins de la colère » de Steinbeek…

La première chose que l’on admire, dans ce roman graphique, ce sont les dessins de l’autrice : de belles grandes planches montrant des décors new-yorkais et ensuite de la région de l’Oklahoma (dans le manche de cet état qui ressemble à une poêle à frire).

Si N-Y grouille de vie et misère, dans l’Oklahoma, ça grouille de misère et la vie se cache tant il est difficile de respirer ou de vivre dans cette région touchée de plein fouet par ces nuages de poussières.

Les couleurs sont dans des tons pastels et même sans paroles, ces grandes planches parlent plus qu’un discours. Sans avoir le choc des photos, on a le choc des dessins et pas besoin du poids des mots, les images parlent d’elles-mêmes.

Des grands dessins sur des pleines pages ou sur des doubles pages : l’envie est grande de les enlever de la bédé et de les accrocher au mur, tant ils sont magnifiques.

De plus, le scénario ne manque pas de profondeur avec les réflexions des habitants de l’Oklahoma sur les photos que prend John Clark : c’est de la mise en scène !

Lui-même se posera la question sur son travail de photographe : est-ce qu’il rend justice aux habitants soumis au Dust Bowl ? La mise en scène est nécessaire pour faire une belle photo, certes, mais donne-t-elle vraiment la dimension de leur souffrance, de ce qu’ils endurent depuis des années ?

Moi qui me plaignais ces derniers temps de ne pas ressentir des émotions dans certains romans lus, ici, j’en ai pris plein ma tronche, des émotions !

Pas de pathos, pas de larmoyant, l’autrice n’est pas là pour faire pleurer dans les chaumières, et pourtant, elle est arrivé, de pas ses dessins, ses personnages, les actions de John Clark, par les dialogues, à me donner des frissons et à faire monter l’eau aux yeux, afin d’en ôter la poussière.

Une magnifique bédé qui va s’en aller rejoindre le clan des bédés d’exceptions dans ma biblio.

Manger Bambi : Caroline de Mulder

Titre : Manger Bambi

Auteur : Caroline de Mulder
Édition : Gallimard (07/01/2021)

Résumé :
Bambi, quinze ans bientôt seize, est décidée à sortir de la misère. Avec ses amies, elle a trouvé un filon : les sites de sugardating qui mettent en contact des jeunes filles pauvres avec des messieurs plus âgés désireux d’entretenir une protégée.

Bambi se pose en proie parfaite. Mais Bambi n’aime pas flirter ni séduire, encore moins céder. Ce qu’on ne lui donne pas gratis, elle le prend de force.

Et dans un monde où on refuse aux femmes jusqu’à l’idée de la violence, Bambi rend les coups. Même ceux qu’on ne lui a pas donnés.

Critique :
Oubliez le gentil petit faon de votre enfance !

Ici, Bambi, c’est une jeune fille de quinze ans qui a bouffé de la vache enragée toute sa vie et qui en veut à la terre entière, sauf à sa mère, bizarrement, alors qu’elle est alcoolo, brutale, en décrochage total dans l’éducation de sa fille, du ménage, bref, elles vivent dans un taudis.

Bambi, pour se faire des thunes, décide de jouer avec les sugar daddy, ces hommes dans la force de l’âge qui veulent se faire des petites jeunes. Bambi ne fait pas ça pour payer ses études, comme bien des filles, mais pour palper le max de pognon et, au passage, leur écraser les roustons.

Bambi, c’est du maquillage genre camion volé, tu vois ? Faut masquer les coups qu’elle s’est prise dans la face, par sa daronne. Son daron ? Il a joué les filles de l’air, il a juste laissé son Sig Sauer et Bambi, elle aime jouer avec l’arme. Pour elle, c’est l’équivalent d’un doudou chez un marmot.

Avec son gun, elle se sent plus forte. C’est plus izi (easy) pour forcer les daddy à filer leur oseille.

Bambi, c’est cru, trash ! Autant dans le récit que dans le langage. Wesh, les mecs et les bitch, va falloir réviser son argot et son langage d’jeun’s ! TKT, Google vous aidera si vous captez pas.

Bambi, c’est du roman noir à fond d’blinde ! T’y aventures pas si tu cherches des petits coeurs roses, tu trouveras que dalle !

L’autrice te raconte la misère ordinaire, simple, courante, celle que l’on a croisé un jour dans notre vie et qu’on a vite détourné les yeux, se moquant de la gonzesse ou du mec qui sentait pas bon, sans penser que sa mère elle avait p’têt abdiqué le ménage.

Avec ce langage cru, celui des jeunes de nos jours, ça renforce le côté filles en perte de vitesse, filles qui se donnent un genre, filles qui se pensent les plus fortes, et qui le sont, sauf quand le vernis craque et qu’on se rend compte qu’elles ne sont que des filles paumées, apeurées. Mais plutôt crever la gueule ouverte que de l’avouer !

Avec un personnage comme Bambi et ses copines, tu sais pas trop si tu dois leur coller des claques dans leur gueule de petites merdeuses, les flinguer direct ou laisser pisser le mérinos.

Elles sont trop loin dans la misère sociale que pour espérer les en sortir. L’autorité, elles en veulent pas. Bambi encore moins. Elle aime que sa mère et ses deux copines. Parfois avec des clash…

Bambi, c’est un roman noir vachement noir, mon frère. Le rayon de soleil ? Cherche pas et carre-le toi bien profond où tout le monde pense. Y’a pas d’édulcorant, pas de sucre, ou alors, c’est de la poudre qu’on sniffe.

Bambi, c’est le récit d’une société qui part en couilles, qui abandonne ses jeunes, qui ne sait pas comment les aider, qui le fait, mais mal.

C’est l’histoire de gamines qui ne savent pas trop si elles veulent être sauvées ou pas. Et si oui, même elles ne savent pas comment, hormis palper le grisbi et se tirer en Thaïlande pour glander grave sa mère. Ce qui ne les aiderait pas, mais ça, elles en savent que pouic.

Bambi, c’est un roman noir qui te met mal à l’aise. C’est un roman trash qui parle de violences, de coups tordus, d’arnaques, de pétage de plombs de ce qui fut, un jour, une gentille petite fille tout mignonne et qui, à cause de cette chienne de vie, a mal tournée et est devenue enragée envers le monde entier.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°88].

La rivière : Peter Heller

Titre : La rivière

Auteur : Peter Heller
Édition : Actes Sud – Lettres anglo-américaines (05/05/2021)
Édition Originale : The River (2019)
Traduction : Céline Leroy

Résumé :
Wynn et Jack, étudiants en pleine possession de leurs moyens, s’offrent enfin la virée en canoë de leurs rêves sur le mythique fleuve Maskwa, dans le Nord du Canada. Ils ont pour eux la connaissance intime de la nature, l’expertise des rapides et la confiance d’une amitié solide.

Mais quand, à l’horizon, s’élève la menace d’un tout-puissant feu de forêt, le rêve commence à virer au cauchemar, qui transforme la balade contemplative en course contre la montre. Ils ignorent que ce n’est que le début de l’épreuve.

Critique :
Wynn et Jack partent à l’aventure, celle avec un grand A : traverser, en canoë, le fleuve Maskwa, dans le nord du Canada.

Sans téléphone, sans montre, en mode survie et pêche, mais surtout, en mode tranquille, à l’aise Blaise, sans se presser, afin de prendre le temps de contempler.

Tout allait bien, quand soudain, les emmerdes son arrivées, en escadrille, comme toujours…

On aurait pu penser que leur voyage allait se dérouler tranquillement, qu’en cette fin de saison, alors que les jours sont plus froids, ils ne croiseraient personne sur l’eau. Loupé…

La plume de l’auteur navigue sur le papier comme le canoë de Jack et Wynn : glissant sans à-coups, paisiblement, sans aucune saccade ou mouvement brusque.

Sa manière d’écrire est aussi contemplative et descriptive : ce voyage en canoë, ces nuits à la belle étoile, ces poissons qui cuisent sur la pierre, c’est comme si vous viviez ces moments de plénitude.

Le récit est idyllique, mais on se doute qu’à un moment donné, ça va virer au drame, sans que l’on sache exactement que genre de drame. Ni que nous pourrions en avoir deux pour le prix d’un seul.

Cette descente de rivière tranquillou va virer brusquement en descente afin de lutter contre la mort qui galope à leurs trousses. Elle détruit tout sur son passage et c’est limite l’apocalypse qui vous colle aux trousses.

L’inquiétude était montée crescendo, là, elle va vous prendre aux tripes et vous risquez de sentir l’odeur de roussi derrière vous. Souquez ferme, matelots, gardez le cap et serrez les fesses !

Peter Heller ne prendra pas la peine de dresser des portraits fouillés de ses personnages principaux, il nous donnera juste l’essentiel, et cela suffira pour le récit, pour s’attacher à eux deux et à les voir changer, quand le danger sera là. Jack aura même tendance à passer du côté obscur, démontrant bien que l’on ne connait jamais vraiment bien les gens.

C’est un mélange harmonieux entre le nature writing et le thriller, entre l’apocalypse et le voyage initiatique, commençant à naviguer gentiment avant de passer en mode « descente de rapides ». Difficile de ne pas avoir le cœur qui chavire.

La Rivière n’est pas un long fleuve tranquille… C’est une lecture qui vous éclabousse avant de vous laisser échoué sur un à côté, lessivé, rincé, à bout de souffle, les muscles en compote d’avoir ramé comme une dératée avec Wynn et Jack.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°86].

Lonesome – Tome 3 – Les liens du sang : Yves Swolfs

Titre : Lonesome – Tome 3 – Les liens du sang

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Yves Swolfs

Édition : Le Lombard (20/10/2021)

Résumé :
Le chemin de la vengeance a mené notre pistolero solitaire jusqu’à New York, sur la piste de l’homme qui a semé le chaos dans sa vie et au Kansas : le sénateur Dawson.

L’homme n’est pas facile à approcher, et les ruffians de la grande ville se révèlent plus coriaces que ceux des plaines.

Le héros anonyme peut-il compter sur l’aide de Miss Lyle, cette mystérieuse enquêtrice qu’il ne cesse de recroiser ? Une seule chose est certaine : cette fois-ci, aucune vision ne pourra le préparer aux révélations qui l’attendent.

Critique :
« Luke, je suis ton père ! ».

Ce qui avait explosé comme un coup de tonnerre dans un certain film, est, en fait, vieux comme le monde : un homme méchant, mauvais, qui ne rêve que de foutre le pays à feu et à sang afin ensuite de pouvoir se glisser au pouvoir avec ses petits copains, a eu un fils, il y a longtemps et ce fiston n’a rien à voir avec son géniteur maléfique.

Lorsqu’un type débarque à New-York du Kansas, il est de suite taxé de bouseux. Lorsque c’est le contraire, le new-yorkais sera traité de pied-tendre… Notre cow-boy solitaire vient de débarquer du Kansas à New-York et les préjugés, les clichés, chevauchent avec lui.

Le seul reproche que je pourrais faire à cette série, c’est sa grande ressemblance avec Durango (du même auteur) : un beau blond, as de la gâchette, taiseux, redresseur de torts. Hormis que Lonesome porte la barbe, a un visage plus épais et ne possède pas le calibre caractéristique de Durango (ni son cigare à la Eastwood).

D’ailleurs, les dessins de Swolfs sont reconnaissables entre mille, quelque soit la série, on retrouve les mêmes traits bien distincts chez différents personnages.

Par contre, l’histoire est différente et l’univers aussi, bien que l’on soit dans du western où les balles fusent et que les corps tombent aux pieds. Swolfs ne s’est pas contenté de resservir les mêmes plats et il est allé un peu plus loin.

La politique, ses politiciens véreux, qui complotent pour foutre le pays en l’air et faire en sorte qu’il ne se relève pas…. Qui veut le pouvoir prépare la guerre et tous les ingrédients sont là pour que ça pète et que Lincoln chavire.

Les dessins sont toujours ceux de Swolfs, c’est à dire réalistes, détaillés, avec de belles couleurs, des traits fluides et des cases bien fournies en détails, que ce soit de la ville ou des décors naturels ou pas.

Il est préférable de relire les deux premiers tomes avant de se plonger dans ce nouvel opus. J’ai été bête de ne pas le faire, cela m’aurait remis tous les détails en mémoire. Le sujet est épais, copieux et ma mémoire est une passoire.

Même si Durango reste dans mon coeur (vieille histoire d’amour), je dois dire que Lonesome, bien que semblable sur certains points de vue, est différent. Et j’apprécie de plus en plus cette série, surtout que l’auteur met à l’honneur une femme qui n’a pas froid aux yeux et qui appartient à la Pinkerton.

Une bédé western qui respecte les codes, mais qui creuse un peu plus que d’habitude. Il y a de la profondeur et de la recherche scénaristique, même si les complots sont aussi vieux que le « Je suis ton père »…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°85], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 54 pages).

Goldorak (BD) : Xavier Dorison, Denis Bajram, Brice Cossu et Alexis Sentenac

Titre : Goldorak (BD)

Scénaristes : Xavier Dorison & Denis Bajram
Dessinateurs : Brice Cossu, Denis Bajram & Alexis Sentenac

Édition : Kana (15/10/2021)

Résumé :
La guerre entre les forces de Véga et Goldorak est un lointain souvenir. Actarus et sa soeur sont repartis sur Euphor tandis qu’Alcor et Vénusia tentent de mener une vie normale.

Mais, des confins de l’espace, surgit le plus puissant des golgoths : l’Hydragon.

Alors que le monstre de l’ultime Division Ruine écrase les armées terriennes, les exigences des derniers représentants de Véga sidèrent la planète : sous peine d’annihilation totale, tous les habitants du Japon ont sept jours pour quitter leur pays et laisser les envahisseurs coloniser l’archipel.

Face à cet ultimatum, il ne reste qu’un dernier espoir… Goldorak.

Critique :
♫ Goldorak, go ♪ Retrolaser en action ♪ Goldorak, go ♪Va accomplir ta mission ♪ Dans l’infini ♪ Des galaxies ♪ ♫ Poursuis ta lutte infernale♪ Du bien contre le mal ♫

Goldorak, je ne le nierai pas, c’est une partie de mon enfance. Alors, le découvrir en bédé, ce fut à la fois une crainte

Dans mes souvenirs lointains, les méchants de Vega voulaient coloniser la Terre et les Gentils de la Terre, aidé par Actarus et Goldorak, les en empêchaient.

Présenté ainsi, ça fait très scénario binaire, dichotomique. Ou était-ce moi qui l’était, à l’âge de 10 ans ?

En tout cas, cette bédé évite le côté binaire des Bons contre les Méchants et dans cette histoire, tout le monde a des nuances de gris. Personne n’est parfait, personne n’est tout à fait méchant, personne n’est tout à fait bon. Chacun trimballe son vécu, ses blessures, ses attentes, ses déceptions.

Les habitants de Vega n’ont plus de planète, ils en cherchent une autre. Ce sont des migrants, des naufragés, juste que contrairement à ceux qui s’échappent de leur pays, eux ont la puissance de feu de milliers de croiseurs et des super flingues de concours. Sans compter un nouveau golgoth : l’Hydragon.

Face à eux, la population du Japon ne fait pas le poids. Avec le nouveau Golgoth, les habitants risquent de se retrouver éparpillé par petits bouts, façon puzzle. L’Hydragon ne correctionne plus : il dynamite, il disperse, il ventile…

Non, non, rassurez-vous, cet album n’est pas composé uniquement de scènes de baston, il y a de la profondeur dans les différents personnages, ainsi que dans son scénario qui évite l’écueil habituel des Bons contre Méchants.

Nous sommes dans un monde où il est plus facile de haïr l’Autre que de l’accepter, plus facile de juger que de comprendre (ou pardonner) et certains démagogues et autres populistes jettent du pétrole sur le feu, s’amusant à diviser pour régner, à monter tout le monde contre tout le monde, dans cet album, c’est plutôt un message de paix qui est délivré. Un message pour la compréhension entre peuples. Contre le mépris des autres.

Le scénario aux petits oignons est servi par des graphismes magnifiques et des couleurs superbes. C’est un bien bel objet que l’on tient entre ses mains. Si Actarus barbu a des petits airs d’Undertaker, une fois rasé, on retrouve celui qui a enchanté nos après-midi, accompagné de tous les personnages du dessin animé, en moins caricaturaux. Ce n’est pas plus mal, nous n’avons plus 10 ans…

Les auteurs ont réussi le subtil équilibre en l’action pure, les combats, les souvenirs, les émotions, l’humour, les moqueries envers certains films hollywoodiens, les retournements de situation, le suspense, le tout sans dénaturer l’univers de Goldorak et en lui donnant une nouvelle vie, sans bâcler le scénario ou le rendre neuneu.

Il y a un véritable travail derrière cet album, tant au niveau des graphismes que du scénario. Sa lecture fut un véritable coup de cœur. Un Goldorak 2021 qui mérite d’être lu tant il est innovant mais respectueux.

Le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde (Asie).