La dernière frontière : Howard Fast

Titre : La dernière frontière

Auteur : Howard Fast
Édition : Gallmeister Totem (2014 – 2018)
Édition Originale : The Last Frontier (1941)
Traducteur : Catherine de Palaminy

Résumé :
1878. Les Indiens cheyennes sont chassés des Grandes Plaines et parqués en Territoire indien, aujourd’hui l’Oklahoma.

Dans cette région aride du Far West, les Cheyennes assistent, impuissants, à l’extinction programmée de leur peuple. Jusqu’à ce que trois cents d’entre eux, hommes, femmes, enfants, décident de s’enfuir pour retrouver leur terre sacrée des Black Hills.

À leur poursuite, soldats et civils arpentent un pays déjà relié par les chemins de fer et les lignes télégraphiques.

Et tentent à tout prix d’empêcher cet exode, ultime sursaut d’une nation prête à tout pour retrouver liberté et dignité.

Critique :
Sherman rédigea l’acte de nomination du général George Crook, lui donna les pleins pouvoirs dans les Plaines et lui ordonna d’abattre les Cheyennes comme on tire les loups qui maraudent.

Oui, les tirer comme des loups, comme des bêtes car pour eux, ce n’était même pas des humains…

Les États-Unis ne sortiront pas auréolé de gloire, avec ce roman d’Howard Fast qui raconte la longue marche que firent les Cheyennes depuis les rudes terres de l’Oklahoma où on les parquait, à celles qui furent les leurs, dans les Black Hills.

Imaginez 300 Cheyennes, dont à peine 80 hommes, dont la moitié seulement de ces guerriers est dans la fleur de l’âge, tout le reste étant des femmes, des enfants et des vieillards, marchant durant plus de 1.500 kilomètres avec 12.000 soldats à leur cul qui leur ont tendu des souricières où pas une souris n’aurait pu passer, pratiquant même ensuite la stratégie de la tenaille, bien connue de la 7ème Compagnie.

Douze mille hommes, près d’une division entière de soldats des États-Unis, vétérans endurcis des vieux régiments qui avaient combattu les Indiens, essayaient de capturer ces trois cents Cheyennes. Et, sur les trois cents, il n’y avait que quatre-vingts hommes environ, dont la moitié seulement étaient des guerriers dans la force de l’âge.

Et vous savez quoi ? Les Cheyennes sont passés, les Cheyennes ont marché, on les a rattrapé, combattu, on les a pourchassé, mais jamais on ne les a capturé, sauf ceux qui se rendirent afin de permettre aux autres d’échapper à tous ces hommes en bleus lancés à leur trousse comme s’ils avaient commis un crime atroce.

Leur seul crime était de vouloir rentrer chez eux pour ne pas mourir de faim en Oklahoma, ils voulaient juste rentrer chez eux. Pacifiquement. Rien de plus…

Honteux, horrible, à vomir, voilà ce qu’on aurait envie de hurler à la face de l’Amérique pour ce qu’elle fit endurer à ces pauvres Indiens, dépossédés de leurs Terres ancestrales – dont on leur avait pourtant garanti qu’ils les garderaient – parqués pire que du bétail sur une terre aride, crevant de faim, de soif, de maladie, n’ayant plus de bisons à chasser et qui ne demandaient qu’une chose : rentrer dans les Black Hills.

Ben non, pouvaient pas, les Indiens, pas de libre circulation de ces minorités, dans ce grand pays qu’est l’Amérique. Trois sont déjà foutu le camp et en représailles, on en demande 10 pour enfermer dans le trou à rat qu’est la prison de Dry Tortuga…

Ce livre, c’est une baffe donnée à la face des États-Unis, c’est un plaidoyer envers le courage qu’eurent ces hommes et ces femmes de partir sur un périple impossible, alors qu’ils étaient déjà à bout de force, juché sur des poneys maigres et fatigués.

Ce livre, c’est aussi une baffe jetée à l’Homme Blanc qui a peur de ce qu’il ne connaît pas, qui raconte des tas de mensonges sur les autres, inventant au fur et à mesure pour ajouter de l’huile sur le feu et faire le jeu de la propagande. C’est une ode à la tolérance, à l’humanisme, au fait qu’il faut traiter les autres comme des Êtres Humains et pas comme du bétail.

— Mais nom de Dieu, capitaine, même les Indiens sont des êtres humains. Vous ne pouvez pas affamer des enfants et mettre ça sur le compte de leur race.
— Je vous saurais gré de vous mêler de vos affaires, lieutenant, trancha Wessells.

Ici, c’est l’Homme Rouge qui en sort grandi car il est resté pacifique, ne voulant pas recommencer une guerre, tandis que l’Homme Blanc se comportera comme il le fait encore et toujours, alliant la bêtise à la brutalité, la violence avec l’entêtement.

Le Kansas recouvra son sang-froid et découvrit qu’il n’existait pas un cas, pas un seul et unique cas, d’un citoyen assassiné ou molesté par les Cheyennes, pas une seule maison incendiée : des chevaux avaient été enlevés, du bétail abattu, rien de plus.

Pourtant, lorsqu’on écoute le Blanc, ce sont les Indiens qui sont des sauvages, des êtres ne possédant pas plus d’esprit qu’un enfant. On devait manquer de miroir à l’époque…

Le récit d’Howard Fast est magnifique, prenant, bourré de bêtise humaine, de stratégie indienne, de volonté de paix alors qu’en face, on ne sait parler que de guerre et de conflits.

Les coulisses du pouvoir sont abjectes parce que réalistes, on suit tout cela impuissant, alors qu’on a envie de hurler toute sa rage devant autant de décisions absurdes (afin de justifier sans doute qu’on en a une grosse) car dura lex sed lex, sauf pour eux, politiciens.

Un roman dont on sort bouleversé, ému, la partie se déroulant à Fort Robinson étant à la limite de l’insoutenable, tant l’entêtement bête d’un officier va amener ce peuple fier et libre à devoir vivre des jours en enfer.

À Camp Robinson, le thermomètre marquait ce jour-là -30°. L’officier devait connaître ce détail. C’était une des informations données par tous les journaux de la région. Les squaws et les enfants ne possédaient pas une couverture qui ne fût en loques. Ils ont effectivement quitté leur réserve avec les mêmes vêtements qu’ils portent aujourd’hui, mais ils sont partis en août et nous sommes maintenant en janvier. En outre, les vêtements s’usent dans le Nebraska aussi bien qu’à Washington.

Un roman magnifique, un roman fort, un roman à lire et un formidable travail de l’auteur afin de récupérer des témoignages alors qu’il y avait la barrière de la langue, le Cheyenne étant une langue très riche mais très difficile à apprendre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

 

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Parfois le loup : Urban Waite

Titre : Parfois le loup

Auteur : Urban Waite
Édition : Actes Sud – Actes noirs (06/04/2016)
Édition Originale : Sometimes the wolf (2014)
Traducteur : Céline Schwaller

Résumé :
Le shérif Patrick Drake s’efforce de vivre la tête haute dans sa petite ville de montagne, mais un jour sa femme tombe malade. Il est seul à faire bouillir la marmite, alors pour faire face, il se met à avoir de mauvaises fréquentations. Bientôt, il est arrêté et condamné pour l’un des pires crimes qu’ait connu l’histoire locale.

Douze ans plus tard, Patrick entame sa conditionnelle sous l’oeil circonspect de son fils, Bobby, shérif adjoint dans l’ancien bureau de son père.

Hanté par les casseroles du paternel, et secrètement rongé par une culpabilité mal placée, Bobby n’a pas eu la vie facile non plus et son mariage s’en ressent.

Il a bien cherché à tourner la page, mais les esprits étroits des petites villes ont la mémoire longue.

Et peu de temps après sa sortie de prison, une menace terrifiante ressurgit du passé de Patrick. Cette fois, personne ne sera épargné.

De roman en roman, Urban Waite fait montre d’une rare constance. Prose lancinante, personnages forts, paysages grandioses, il suit patiemment la trace ouverte par Cormac McCarthy.

Critique :
On ne commence pas ce roman si on est en demande d’un rythme trépidant car l’auteur prend le temps de planter le décor, les personnages, ce qu’il s’est passé…

Avec peu de mots, il développe de manière sobre les relations un peu tendues entre un Bobby Drake, shérif adjoint, et son père, Patrick Drake, ancien shérif qui a trafiqué de la Blanche (la poudre, pas l’humaine).

Un père qui a passé douze ans en taule, un fils qui ne l’a que peu connu, qui a perdu sa mère jeune, dont le père a trafiqué pour payer les factures.

Un fils qui tente de se reconstruire, d’oublier les regards obliques, de panser ses blessures personnelles et qui a fait une croix sur une carrière de basketteur à cause de son père.

L’ambiance à la maison est plus tendue que la corde d’un string taille small et qui serait porté par un sumo. On sent les non dits, les silences pesants, les mots guérisseurs que l’on voudrait dire et qu’on ne dit pas, les questions que l’on a sur le bout de la langue et que l’on ne posera jamais, les soupçons qui noircissent le cœur, pourrissent les pensées.

L’auteur prend son temps afin de nous mettre dans cette ambiance tendue, dans nous plonger les pieds dans le ciment à prise non rapide, c’est un début lancinant qu’il faut déguster lentement afin de bien le digérer.

Pas besoin d’être médium extra lucide pour voir le drame arriver. On ne sait pas par qui il va arriver, ni de quoi il sera fait, mais on le sent poindre le bout de son nez tant cette chape de plomb devient de plus en plus pesante au fur et à mesure que l’on tourne les pages.

Les personnages sont tourmentés, bourrelés de remords, rongés par leur passé, leur secret, même si certains n’en donnent pas vraiment l’impression.

On sent que les décors derrière nous sont grandioses, même si nous sommes dans un patelin un peu perdu, entouré de forêts et de montagnes, le tout non loin de la frontière avec le Canada, ce qui facilité l’exportation de la drogue.

Un roman noir âpre, qui se met en place lentement pour ensuite vous coller aux doigts, à la peau.

Un roman à l’atmosphère à couper au couteau à certains moments, un roman qui utilise les silences de ses personnages pour nous faire passer leurs émotions, leurs blessures, leurs fêlures.

Un roman qui traque le loup comme d’autres traquent l’argent caché, un roman qui fait mouche, pire qu’avec une carabine longue portée munie d’un viseur.

Un roman noir qui donne envie de découvrir les autres romans de l’auteur et de reprendre une bonne goulée d’air frais de la montagne, tout en faisant gaffe de ne pas se faire truffer de plomb…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

Et que le vaste monde poursuive sa course folle : Colum McCann [LC avec Stelphique]

Titre : Et que le vaste monde poursuive sa course folle

Auteur : Colum McCann
Édition : 10/18 (04/11/2010)
Édition Originale : Let the great world spin (2009)
Traducteur : Jean-Luc Piningre

Résumé :
Sur un câble tendu entre les Twin Towers s’élance un funambule. Un événement extraordinaire dans la vie de personnes ordinaires.

Corrigan, un prêtre irlandais, cherche Dieu au milieu des prostituées, des vieux, des miséreux du Bronx ; dans un luxueux appartement de Park Avenue, des mères de soldats disparus au Vietnam se réunissent pour partager leur douleur et découvrent qu’il y a entre elles des barrières que la mort même ne peut surmonter ; dans une prison new-yorkaise, Tillie, une prostituée épuisée, crie son désespoir de n’avoir su protéger sa fille et ses petits-enfants…

Critique :
Ce que je recherche dans une lecture, ce n’est pas le côté bling-bling des personnages (sauf s’il est intéressant), mais plutôt des tranches de vie de Ceux-D’En-Bas, de Ceux-Dont-On-Ne-Doit-Pas-S’Occuper…

Parce que bien souvent, nos pays « civilisés » s’occupent plus de choses futiles ou d’aller balayer le paillasson du voisin, que des problèmes importants dont souffrent ses concitoyens.

Ce roman fait la part belle à des tranches de vie des gens d’en bas : prostituées, mères ayant perdu un (des) fils au Vietnam, pseudos artistes victimes de la poudreuse (la drogue, pas la neige), prêtre irlandais faisant ce qu’il peut pour aider son prochain,…

On pourrait croire que les différentes parties qui composent ce livre sont en fait des nouvelles, mais non.

Si au départ, tout le monde a l’air de naviguer dans ses propres eaux, on remarque, au fil de sa navigation, que tout le monde est en train de se rejoindre sur le grand fleuve de la Vie et que tout ce petit monde va interagir ensemble, avec, en toile de fond, en fil d’Ariane, ce funambule qui, en 1974, tendis un câble entre les Twin Towers et y dansa durant plus d’une heure.

J’ai adoré les passages avec le prêtre irlandais, Corrigan, rejoint à New-York par son frère Ciaran, et son implication en tant qu’Homme de Dieu pour aider les plus faibles, dont les prostituées du quartier. La plume de l’auteur m’a emporté dans les quartiers miséreux, dans les ghetto et j’ai eu du mal à redescendre sur Terre. Magnifique !

Je me suis régalée des passages avec l’entrainement du funambule, j’ai dévoré ceux avec Tizzie, la prostituée embarquée durant une descente de police et qui, du fond de sa prison, nous contera sa vie bien remplie, ses rêves, ses envies et tout ce qui a foiré à un moment donné.

J’ai été estomaquée de lire le compte-rendu de l’accident par celle qui en était responsable indirectement, j’ai dévoré sa vie d’artiste consumée par la Blanche et les fêtes à l’excès, j’ai aimé suivre son cheminement vers la rédemption. Tout comme j’ai avalé l’histoire de Gloria, jeune fille Noire durant les années 30 et cette ségrégation qui me donne toujours froid dans le dos.

En fait, là où je me suis le plus ennuyée, c’est dans la partie avec les femmes ayant perdu un enfant au Vietnam… Bizarrement, alors que le sujet aurait dû me plaire, j’ai perdu le fil de l’histoire, le plume de l’auteur ne m’a pas emporté durant ce chapitre là et j’ai complètement passé au travers au point de le sauter en entier.

Malgré ce chapitre loupé par moi, tout le reste m’a enchanté, subjugué, emporté, et une fois que je me replongeais dans les pages, je n’étais plus là pour personne tant ces vies étaient intéressantes à découvrir.

Je ne mettrai sans doute jamais les pieds aux États-Unis, mais je pourrai dire que grâce à la lecture, j’ai voyagé dans tout le pays et rencontré bien de ses habitants, et pas uniquement les gens d’En-Haut, mais plus souvent ceux d’En-Bas, ceux qui sont les plus intéressants à lire.

3,9/4 Sherlock

       

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Synopsis (Par Steelphique) : 

7 août 1974. Sur une corde tendue entre les Twin Towers s’élance un funambule. Un événement extraordinaire dans la vie de personnes ordinaires.

Corrigan, un prêtre irlandais, cherche Dieu au milieu des prostituées, des vieux, des miséreux du Bronx ; dans un luxueux appartement de Park Avenue, des mères de soldats disparus au Vietnam se réunissent pour partager leur douleur et découvrent qu’il y a entre elles des barrières que la mort même ne peut surmonter ; dans une prison new-yorkaise, Tillie, une prostituée épuisée, crie son désespoir de n’avoir su protéger sa fille et ses petits-enfants…

Une ronde de personnages dont les voix s’entremêlent pour restituer toute l’effervescence d’une époque. Porté par la grâce de l’écriture de Colum McCann, un roman vibrant, poignant, l’histoire d’un monde qui n’en finit pas de se relever.

Ce que j’ai ressenti :

  • Et comme une funambule, partir pour New-York….

C’est presque avec une certaine appréhension qu’on débute ce roman, parce qu’on sait qu’elle est là. La douleur, le souvenir du drame… New-York, le World Trade Center… Et comme un funambule, on se lance en coupant notre respiration, pour partir à la conquête de nos réminiscences et de l’imaginaire de Colum McCann.

Une corde tendue entre les Deux Tours, un homme qui défit la vie et la mort, et en bas, les spectateurs de ce spectacle totalement fou. Sentir un New-York bruyant, grouillant, effervescent qui gravite autour de ce lieu et, plonger dans leurs quotidiens, souvent chaotiques.

Voir d’en haut les destins de ces gens ordinaires, goûter un peu de leurs vies souvent brisées dans une de ses chutes vertigineuses que nous réserve le destin. Contempler d’en-bas ce qui se cache derrière leurs façades et les sourires empruntés…

Colum McCann n’a pas son pareil pour nous faire revivre, dans un New-York des années 70, les éclats d’existences.

« On avait maintenant deux immenses buildings qui trouaient les nuages. Le verre reflétait le ciel, la nuit, les couleurs, le progrès, la beauté, le capitalisme. »

  • …Danser sur le fil des mots…

Colum McCann m’a éblouie. Avant même la page 35, j’ai eu un coup de foudre pour un des ses personnages : Corrigan. C’est le genre de personnage qui me touche dans son étrange façon de mener sa vie, tellement entier, au dépit du bon sens ou de son confort, il donne tout. Tout. Son temps, son altruisme, son aide, sa dévotion, sa vie, son idéalisme. Les autres personnages ne sont, bien sûr, pas en reste, mais Corrigan avait quelque chose de spécial, à vagabonder toujours comme ça dans les rues, pour se confronter de près avec la violence.

« Peut-être était-ce de la naïveté, mais il s’en fichait, il préférait mourir le cœur à nu, disait-il et surtout ne pas finir du côté des cyniques. »  

Mais tout du long, cet auteur m’a transportée dans une brume de beauté lyrique, j’ai dansé sur les paragraphes d’émotions, des vides et des espaces sublimés par une plume douce, effleurant des courants d’air et des souffles de drames, je me suis laissée bercer sur le câble de son intrigue en m’émerveillant de ses points d’impacts entre chacune des vies qui se croisent…

« Pas à pas, pense Jaslyn, nous trébuchons dans le silence, à petits bruits, nous trouvons chez les autres de quoi poursuivre nos vies. Et c’est presque assez. » 

  • En équilibre, pour d’infinis changements…

« Il est plus difficile de faire le bien que le mal. Les malveillants le savent mieux que les autres, voilà pourquoi ils deviennent mauvais. Et pourquoi ils le restent. Le mal est l’apanage de ceux qui jamais n’atteindront la vérité. C’est le masque de la bêtise, du manque d’amour. On peut bien rire de la bonté, la trouver mièvre et dépassée, qu’importe- Ce n’est rien de tout ça, il faut se battre pour la préserver. »

Je pense avoir trouvé encore un auteur à suivre de, très près. Et trouver aussi une place toute spéciale dans ma bibliothèque, où son funambule pourra continuer de s’exercer, à son aise, sans risque de chute.

Un endroit réservé dans mon esprit où il pourra continuer de me faire voir la vie à l’aube d’un bouleversement.

Quelque part en apesanteur, garder à l’esprit que la vie est un équilibre précaire, où beautés et drames se rencontrent…

C’est typiquement le genre de lecture qui te hante encore même, après la dernière page tournée, parce que tu sais que tu viens de faire un shoot d’adrénaline, là-haut, perchée à regarder un passé qui se délite et un présent qui change imperceptiblement…

Et dans le futur, prévoir une relecture…Assise en position de yoga, à se dire…Et que le vaste monde poursuive sa course folle…. 


« Son terrain, c’était le bonheur : un bonheur à définir, à traquer, à extirper de l’oubli. »
Ma note Plaisir de Lecture 

9/10

Nu couché sur fond vert : Jacques Bablon

Titre : Nu couché sur fond vert

Auteur : Jacques Bablon
Édition : Jigal Polar (15/02/2017)

Résumé :
Margot et Romain. Deux flics d’une même brigade. Ont en commun l’habitude de sortir du cadre autorisé pour régler à leur manière les affaires criminelles qui leur tiennent à cœur.

Margot veut retrouver l’assassin du père de Romain, tué par balle, il y a vingt-cinq ans. Une famille au destin tragique… Romain ne lui a rien demandé. Mais Margot ne supporte pas que des tueurs cavalent librement dans la nature.

Romain, lui, traque les auteurs du carambolage meurtrier qui a coûté la vie à l’inspecteur Ivo, son coéquipier. Leurs armes ? Acharnement et patience sans bornes pour Margot…

Beretta et fusil à lunette pour Romain ! Une plongée dévastatrice où le hasard n’a pas sa place…

Critique :
Après l’excellent « Trait bleu » qui ouvrait le bal de la saga des couleurs, je viens, une fois de plus, de confirmer que le vert n’a jamais été ma couleur préférée…

Qu’est-ce qui a foiré dans le récit ? Les personnages, tout d’abord, avec lequel je n’ai ressenti aucune empathie, aucune sympathie car ils m’ont semblé trop stéréotypés.

Lui, Romain, orphelin dont on va découvrir une partie de son enfance est un flic assez froid et Margot, sa même pas coéquipière accumule les problèmes d’une femme flic avec des enfants qu’elle ne comprend plus et un mari qui va tremper son biscuit dans une autre tasse de café.

Là où le bât a vraiment blessé, c’est dans leurs comportements à chacun. Romain va traquer les auteurs de l’accident de voiture qu’ils ont eu, son coéquipier Ivo et lui.

Problème, Romain et Ivo ne s’entendaient pas du tout et on essaye de me faire croire que Romain va assassiner les commanditaires et les hommes de main de cet accident ?? Qu’il le fasse pour lui, passe encore, mais pour un type dont il se fichait pas mal…

Sans compter la violence de la vengeance, le côté pas discret et nous sommes en France, cette fois-ci, pas dans le trou du cul de l’Amérique.

Margot, elle, ne va rien trouver de mieux que de chercher l’assassin qui tua le père de Romain lorsque celui-ci n’avait que 6 ans et dont il se contrefout royalement. Ils ne sont pas coéquipiers, pas copains, au départ, et Margot, qui a une vie bien remplie et trois gamines, va s’amuser à ça ? Ok, d’accord.

Quant au mobile du meurtre du père de Romain, je l’ai trouvé très léger, l’assassinat lui-même manquant de réalisme car qui laisserait un témoin de la scène ? À ce moment là, un cadavre de plus ou de moins, qu’est-ce que ça change ? La personne a vu votre tronche et vous la laissez repartir ? Moi pas…

Certes, pas de temps morts dans ce roman, ça pulse comme une salve de kalachnikov, mais justement, ça pulse un peu trop et ça défouraille pire qu’au temps de la prohibition ! Le final est bourré d’adrénaline, mais justement, il y en a trop et une fois de plus, est exagéré par rapport aux faits.

Anybref, même si j’ai lu le roman avec plaisir, tous ces petites pierres d’achoppements m’ont fait trébucher et empêché de prendre vraiment mon pied littéraire, alors que dans Trait Bleu, j’avais adoré les ambiances, les personnages, le scénario.

Ici, il a manqué un poil de réalisme dans les actes, mobiles, un chouïa de sel « empathie » dans les personnages principaux et la main avait été trop forte avec les épices car à force de dézinguer dans tous les sens, on a les yeux qui piquent à cause de l’abus de poudre.

Cela ne m’empêchera pas de lire les deux autres couleurs « Rouge écarlate » et « Jaune souffre ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Ils ne sont pas sur fond vert, pas toujours nus non plus, mais juste pour le plaisir des yeux (ou de la comparaison avec Monsieur)… J’ai vu des toutes petites (avec des mecs musclés, ça fait cloche) et j’ai vu aussi des trucs très gros qui doivent donner l’impression d’accoucher à chaque fois que monsieur se retire…

Meurtres en majuscules : Sophie Hannah [Les nouvelles enquêtes d’Hercule Poirot 1] : Sophie Hannah

Titre : Meurtres en majuscules [Les nouvelles enquêtes d’Hercule Poirot 1]

Auteur : Sophie Hannah
Édition : du Masque (10/09/2014) / Livre de Poche (10/07/2015)
Édition Originale : The monogram murders (2014)
Traducteur : Valérie Rosier

Résumé :
Et dire que Hercule Poirot voulait prendre des vacances pour reposer ses petites cellules grises en surchauffe !

Pour cela, au lieu de prendre le large, il choisit de se réfugier incognito dans une pension londonienne. Et voici que l’aventure frappe à sa porte, alors qu’il souhaitait se mettre au vert.

Trois cadavres, le même jour, dans le même hôtel, dans trois chambres différentes, assassinés de la même façon et retrouvés avec un bouton de manchette dans la bouche !

C’est trop tentant pour Hercule Poirot, qui s’immisce joyeusement dans l’enquête de l’inspecteur Catchpool… à la grande joie de ce dernier.

Critique :
Afin de célébrer la rencontre Belgique/Angleterre de ce 28 juin, il me fallait un roman où un Belge tient tête à la Perfide Albion et qui de mieux que mon compatriote Hercule Poirot aurait pu accomplir le traditionnel 1-0 ?

Un Hercule Poirot oui, mais hélas pas de ma chère Agatha Christie… Et son style à elle était inimitable, inégalable et ses solutions introuvables tant elles étaient brillantes et hors codes du polar.

Pourtant, Sophie Hannah a réussi à rentrer dans les pantoufles de la mère Agatha en ce qui concerne son personnage et ses ambiances so british.

Donc, je ne vais pas bouder mon plaisir de retrouver mon cher Poirot dans une nouvelle enquête, aidé en cela par Deadpool !

Ah non, pardon, je confonds, il est aidé par Catchpool, de Scotland Yard, un gars un peu coincé, n’aimant pas voir des morts suite à un traumatisme enfantin et possédant ce fameux sens de l’honneur des anglais qui fait tellement soupirer Poirot.

Ça va me causer des ennuis, mais je n’ai pas réussi à trouver la solution des trois meurtres dans trois chambres d’hôtel et durant toute l’enquête, je me suis faite balader, promener et finalement entubée, le tout royalement !

Là, sûr que Holmes va soupirer devant mon manque flagrant d’observation et de collecte de tous les indices semés au gré de l’enquête de son collègue Poirot.

D’ailleurs, j’ai trouvé ce premier roman mettant en scène Hercule bien plus élaboré que le suivant, qui possédait une intrigue moins tarabiscotée que celle-ci qui, elle, bouscule le lecteur et les codes habituels du roman policier.

En prime, dans le second opus (La mort a ses raisons), je ne retrouvais pas mon Poirot habituel, il était changé par rapport à celui de dame Christie, une sorte de Canada Dry comparé au véritable qui lui, était un pur malt belge ! Oui, on produit du whisky en Belgique et paraît qu’il est extra (pub gratuite).

Même si notre petit détective ne sera jamais la copie conforme A.O.C de celui de A. Christie, cela va sans dite, mais au moins, ici, il fait plus vrai avec ses petites manies bien connues des habitués.

Et puis, le final est comme je les aime chez Hercule Poirot avec tout le monde rassemblé devant le petit homme et sa belle moustache pour enfin apprendre que le coupable était le colonel Moutarde dans la bibliothèque avec le chandelier, mais ne version plus élaborée, plus recherchée, plus poussée et à laquelle vous n’auriez jamais pensé.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Ma cousine Rachel : Daphné Du Maurier [LC avec Bianca]

Titre : Ma cousine Rachel

Auteur : Daphné Du Maurier
Édition : Livre de Poche (2002 – 2017)
Édition Originale : My cousin Rachel (1951)
Traducteur : Denise Van Moppès

Résumé :
Philip, sans la connaître, déteste cette femme que son cousin Ambroise, avec lequel il a toujours vécu étroitement uni dans leur beau domaine de Cornouailles, a épousée soudainement pendant un séjour en Italie.

Quand Ambroise lui écrira qu’il soupçonne sa femme de vouloir l’empoisonner, Philip le croira d’emblée. Ambroise mort, il jure de le venger. Sa cousine, cependant, n’a rien de la femme qu’imagine Philip.

Il ne tarde pas à s’éprendre d’elle, à bâtir follement un plan d’avenir pour finir par buter sur une réalité de cauchemar.

Ce don du suspense psychologique, que le nombreux public de la célèbre romancière anglaise lui reconnaît dans chacune de ses œuvres, est particulièrement présent dans « Ma cousine Rachel ».

Critique :
♫ Rachel, tu brûles mon esprit, mon amour étrangle ma vie ♪ Et l’enfer, devient comme un espoir ♫ Car dans tes mains je meurs chaque soir ♪

Philip aurait pu chanter du Johnny (Gabrielle, pour ceux ou celles qui n’ont pas trouvé) devant sa cousine Rachel, bien qu’il n’ait pas fini enchaîné au sens propre du terme.

Sherlock Holmes disait que les émotions altéraient la réflexion et ce roman illustre parfaitement sa phrase.

J’ai vu Philip Ashely, jeune homme qui avait l’air d’avoir la tête sur les épaules, se monter le bourrichon sous le coup des émotions et ensuite réviser tout son jugement pour finir par se comporter comme une midinette amoureuse et ne pas voir ce que les autres essayaient de lui montrer.

Dès les premières lignes, Daphné Du Maurier vous prends dans les rets de son histoire, insufflant du mystère dès le départ, vous donnant quelques indices mais sans en donner vraiment. Elle réussit à vous embarquer de suite dans son histoire et vous n’avez plus envie de lâcher le livre.

On se doute que l’on va faire face à un drame et à pas à une histoire d’amûr guimauve style Barbara Cartland. Par contre, si on se doute de certaines choses, on est loin d’avoir une vision claire de toute l’affaire.

C’est toute la force et le talent de l’auteure : en dire assez mais pas de trop, cacher des choses tout en les mettant sous la lumière.

Petit à petit, en développant son histoire et en nous présentant les protagonistes de  cette sombre histoire, Du Maurier nous entraîne tout doucement vers les fonds abyssaux d’un récit où l’on aura sans cesse l’impression que tout est biaisé, caché, manipulé, véridique…

Sans cesse je me suis posée des questions sur cette histoire : Est-ce que Ambroise disait vrai ? Est-ce que Rachel est-elle qu’il l’a décrite dans ses lettres ou alors était-il devenu vraiment fou ?

Philip s’est posé les mêmes questions que moi puisque lui aussi l’a trouvée charmante, la Rachel. Toute menue, toute innocente, toute gentille… Oui, son oncle devait être fou lorsqu’il écrivait des méchancetés sur elle.

Les personnages sont d’un réalisme qui donne tout le poids au récit, qui, en plus d’être bien ficelé, est présenté de manière à nous mettre l’eau à la bouche, aiguisant notre appétit tout en nous nourrissant petit à petit.

À mon sens, Rachel est un personnage qui a tout d’une grande, elle est parfaitement décrite, le mystère l’entoure, on ne sait jamais sur quel pied danser avec elle et en plus, elle est forte, très forte ! Une championne du monde dans sa catégorie.

Le final, je l’ai senti venir, je lui ai demandé de venir, et ça a marché puisqu’il est venu.

Machiavélique, perfide, géniallissime, j’ai adoré ! C’était bon, une jouissance littéraire.

Une LC avec Bianca qui, une fois de plus, est réussie !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

 

Vinland Saga – Tome 5 : Makoto Yukimura

Titre : Vinland Saga – Tome 5

Auteur : Makoto Yukimura
Édition : Kurokawa (10/12/2009)

Résumé :
Angleterre 1013. Avec l’hiver qui s’installe et la neige qui rend les routes impraticables, l’armée de Knut est contrainte de s’établir dans un petit village anglais jusqu’au printemps.

Histoire de s’assurer que leur position resterait secrète, Askeladd n’a pas hésité à faire massacrer tous les villageois, hommes, femmes et enfants.

Askeladd ne reste pas inactif. Il a un rêve, et pour l’accomplir, il doit trouver un moyen de transformer le prince Knut en chef de guerre impitoyable…

Critique :
Voilà un tome riche en action et en rebondissements ! Alors qu’on aurait pu penser se trouver face à un tome pépère puisque les troupes d’Askeladd ont investi un petit village pour attendre que la neige soit moins épaisse.

Pas de bol pour eux, un témoin de leurs méfaits a pu se sauver et raconter à d’autres ce que lui et ses hommes avaient fait aux villageois.

Si certains pensaient se la couler douce, et bien, c’est loupé, va falloir se battre et mettre les voiles, tout en évitant les mutineries parce que les hommes sont fatigués, en ont plein le cul et commence à se demande si Askeladd a encore la baraka puisque maintenant, ils ont Thorkell à leurs fesses.

Qui va le trahir ? Arrivera-t-il à faire de Knut un homme de combat et un homme de commandement ou ne pourra-t-il l’envoyer que dans un salon de thé, avec le petit doigt en l’air ? Et Thorfinn sera-t-il d’accord de lui servir de nounou ?

Je ne sais toujours pas où va n’emmener l’auteur, mais je prends toujours autant de plaisir à suivre cette saga, qui, je le pense, va m’emporter assez loin.

Le scénario ne laisse pas la place à la sieste, sans pour autant être trop trépidant et en devenir lourd. Les personnages sont bien travaillés et nous étonnent souvent, car ils ne sont pas figés, ils évoluent et peuvent aussi nous cacher des tas de petites choses, les coquins.

Mais certains dans leur ligne de conduite, comme Thorkell qui, en plus d’avoir de l’humour, l’envie de se battre tout le temps, quitte à se vendre à l’ennemi, n’aime pas les traitres ni les hommes qui se rendent.

Un tome qui bouge, assez violent, mais hautement addictif car j’ai encore plus envie de me faire toute la série.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Cheval de guerre : Michael Morpurgo

Titre : Cheval de guerre

Auteur : Michael Morpurgo
Édition : Gallimard Jeunesse (2012)
Édition Originale : War Horse
Traducteur : André Dupuis

Résumé :
Une très belle histoire d’amitié, de sagesse et d’humanité. Joey le cheval de ferme, devenu cheval de guerre, en 1914, nous raconte son histoire, avec simplicité.

Témoin de la Grande Guerre, il va vivre l’horreur des combats auprès des Britanniques, des Allemands, ou du côté des Français.

Pour lui, les soldats, les paysans, les officiers, les vétérinaires ne sont pas des ennemis, mais des hommes, chez qui il rencontre la bonté comme la méchanceté.

Joey partage leurs souffrances et leurs peurs, et sait leur redonner de l’espoir.

Critique :
Cheval de guerre prenait les poussières depuis un certain temps : je voulais le lire, mais je n’osais pas.

Un cheval qui se retrouve dans la Grande Guerre, un jeune garçon qui aimait son cheval et qui le perd, trop dur pour mon petit coeur.

En ce qui concerne le film, c’est encore pire, je n’osais pas non plus le regarder pour ces mêmes raisons.

Maintenant que j’ai franchi le pas avec le roman, je vais me tourner vers le film, mais pas tout de suite.

Dans cette boucherie qui fut cette Grande Guerre, des hommes n’avaient pas demandé de la faire, et même ceux qui l’avaient souhaité, ont vite déchanté. Mais les animaux, eux, qu’est-ce qu’ils y comprennent aux conneries de quelques humains qui voulaient absolument en découdre ? Rien…

Le narrateur est Joey, le cheval et nous verrons sont arrivée dans la ferme du père d’Albert, son débourrage, l’amitié qui le lie au jeune garçon et son arrivée dans cette guerre atroce où les morts tombent comme des mouches sous les balles et les obus. Une cavalerie, face à des mitrailleuses, c’est du suicide !

Changeant une fois de plus de cavalier, passant des mains anglaises aux allemandes, ce cheval a bien mérité à un moment donné la croix de guerre donnée par un soldat allemand pour services rendus. Joey et Topthorn, son ami le cheval noir ont parfois eu plus de dignité et de courage que certains officiers.

Vous allez me dire qu’un récit narré par un cheval n’a aucune valeur, ce à quoi je vous répondrai que si, il a de la valeur, car le cheval, lui, il ne juge pas, il ne veut pas à tout pris prendre cette colline ou dézinguer les types dans la tranchée d’en face. Il est innocent lui, et on le transforme en bête de guerre.

Ce roman jeunesse est émouvant au possible et mes yeux se sont humidifiés car je me suis demandé ce qui se passerait si j’avais été à la place d’Albert et vu mes Louloutes à moi partir à la guerre.

Auraient-elles survécu ? Dans quel état seraient-elles revenues ? M’auraient-elles reconnues ? Senti le pantalon avec leurs naseaux soyeux comme habituellement ? Reniflé mes poches arrière dans l’espoir d’une carotte planquée là ? La plus jeune aurait-elle encore eu envie de me sortir le smartphone de la poche ?

J’ai mis du temps à sortir ce roman et je me dis que j’ai bien fait de profiter du Mois Anglais pour enfin prendre mon courage à deux mains afin de le lire. Il est sobre, profonde, bourré d’humanité, de courage, de gentillesse, mais aussi de dureté et de morts, tombés des deux côtés pour rien…

Dans ce roman, pas de manichéisme non plus : les Allemands ne sont pas présentés comme des barbares sans coeur et les Alliés des gentils soldats.

Non, ici, tout le monde patauge dans la même boue, dans la même merde, tout le monde crève sous le joug, hommes comme chevaux. Des enculés de pute de fils, il y en a des deux côté du No man’s land et des êtres humains sachant faire preuve de compassion aussi. Tous les Hommes sont les mêmes, pas de Bons d’un côté et de Méchants de l’autre.

Un très beau roman qui m’a pris à la gorge. Une vision de 14-18 différente, vue par les yeux d’un animal qui n’avait rien demandé.

PS : je me console en me disant que les chevaux ne sont plus utilisés à la guerre et qu’en cas où ça reviendrait, les soldats auraient beau faire entre une Louloute qui ne pense qu’à son ventre (et donc à manger en tout lieu) et une autre Louloute qui confond la moindre étendue d’herbe plane avec la ligne droite d’un champ de course… Sûr qu’on perdrait la guerre avec deux cas pareils !

Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Vinland Saga – Tome 4 : Makoto Yukimura

Titre : Vinland Saga – Tome 4

Auteur : Makoto Yukimura
Édition : Kurokawa (10/09/2009)

Résumé :
Angleterre 1013, l’armée danoise du roi Sven à la Barbe Fourchue continue sa campagne d’invasion. Malgré la supériorité de son armée, sa progression est bloquée à Londres, ville imprenable, protégée par Thorkell le Grand, un Viking passé à l’Anglais par simple ennui.

Sven décide alors de confier la responsabilité du siège à son fils Knut, à la tête d’une armée de quatre mille hommes.

Mais l’armée de Knut se fait décimer et le prince est pris en otage par Thorkell, bien décidé à attirer l’attention du roi du Danemark.

Sur un coup de tête, Askeladd part avec sa seule troupe à la rescousse de Knut. Un pari extrêmement dangereux pour gagner argent et gloire…

Critique :
Que se passe-t-il lorsqu’un jeune bad boy badass se trouve face à un prince très très timide et très très efféminé ?

C’est le clash ! Trop tentant pour le roquet Thorfinn de ne pas se foutre de la gueule du prince Knut qui se cache derrière Ragnar, le géant ado-sitter du prince.

Mais avant de se dire des gentillesses pleines de fiel, il va d’abord falloir sortir de cette fumée provoquée par les feux allumés par les hommes d’Askeladd et grouiller ses puces pour ne pas se faire attraper par les troupes de Thorkell.

Comme je le disais précédemment, les personnages évoluent et certains cachaient bien leur jeu… Maintenant, je ne sais pas non plus si Askeladd joue double ou triple jeu. Avec lui, tout est possible.

Ce tome se consacre à la marche forcée que les hommes d’Askeladd vont devoir faire afin d’échapper à Thorkell, lancé sur leurs trousses. Askeladd étant avare d’informations, ses hommes vont commencer à se poser des questions, à douter de lui, et quand on commence ainsi, c’est que la grève n’est pas loin !

Avec des airs de western spaghetti qui serait venu s’inviter dans le Moyen-âge, ce tome de transition nous apprend des tas de choses sur Askeladd et m’est avis qu’il n’a pas fini de nous étonner, le bougre de salopard qui n’a pas hésité à massacrer tout un village pour y abriter ses hommes.

Un tome de transition, certes, mais un tome généreux en péripéties, en aventures, sans pour autant se disperser dans tous les sens et bâcler ses arcs narratifs.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Vinland Saga – Tome 3 : Makoto Yukimura

Titre : Vinland Saga – Tome 3

Auteur : Makoto Yukimura
Édition : Kurokawa (11/06/2009)

Résumé :
Août 1013, suite au massacre des camps vikings de Northumbrie, l’armée danoise se fait de plus en plus agressive en Angleterre. D’expédition en expédition, l’armée dirigée par Floki, rejointe par celle d’Askeladd, arrive enfin à Londres.

Mais après des décennies d’attaques. Londres est plus que parée contre les Vikings. Pour l’armée danoise, le combat s’annonce d’autant plus rude que Thorkell, le frère cadet du général des Jomsvikings Sigvald, lassé de combattre des Anglais qu’il juge trop faibles, a décidé de changer de camp pour s’amuser un peu.

Face à cet imprévu de taille, Askeladd a, comme toujours, une idée de génie : envoyer le jeune Thorfinn lui rapporter la tête de Thorkell en échange d’une promesse de duel…

Critique :
♪ Ce soir, nous irons à Londinum, pour pilier, pour tuer ♫

Nous sommes en l’an de grâce de 1013 et la puissante flotte des Vikings du Danemark, menée par le roi Sven, entre dans le Nord de l’Angleterre par rivière Humber (pas Uber !).

Sorry de vous l’apprendre, mais lorsque les Hommes du Nord, autrement dit, les Vikings, vont à Londres, ce n’est pas pour faire du shopping, même si les deux mots riment.

Le Wessex pillé, le Wessex volé, le Wessex incendié, le Wessex dévasté ! Londres, elle, résiste encore et toujours à l’envahisseur grâce à un transfert de poids : Thorkell, un viking qui est passé du côté opposé de la Tamise.

Nous retrouvons, dans tous ces arcs narratifs, notre jeune Thorfinn, toujours en rage, en rogne, contre la Terre entière. Bouche fermée, yeux révolvers, toujours prompt à se battre. Les djeuns diraient qu’il a la haine !

Askeladd, le chef des pillards qui le possède (on apprend au fur et à mesure des tomes d’où vient Thorfinn) a fait de lui une machine à tuer. Pourtant, jusqu’à présent, si Thorfinn a réussi à tuer toutes ses cibles, il est toujours incapable de vaincre Askeladd en combat singulier et donc, de retrouver sa liberté.

Expliqué de la sorte, on pourrait penser que l’on a affaire à un manga bourré de testostérones, de mecs violents, de sang qui gicle et de boyaux qui explosent, genre Ken Le Survivant. Mais il n’en est rien !

Non, non, non, le manga est fin, la psychologie des personnages est travaillée, on ne sait pas ce qui se cache derrière la personnalité de chacun et au fil des tomes, on aura quelques surprises.

Déjà qu’on remarque que Thorfinn a de la sensibilité et essaye de préserver une famille de la machine à broyer qu’est l’armée de Sven, le roi des Hommes Blonds Sexys…

Les dessins sont harmonieux, les scènes de combats bien détaillées, le scénario est riche, complexe, bourré de mystères, de vengeance, de rédemption.

J’ai vraiment envie de suivre ces personnages dans leurs aventures pour les voir évoluer.

En attendant, évitez d’aller à Londres, les Vikings sont en guerre !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).