Vies et mort de Lucy Loveless : Laura Shepherd-Robinson [LC avec Bianca]

Titre : Vies et mort de Lucy Loveless

Auteur : Laura Shepherd-Robinson
Édition : 10/18 (05/05/2022)
Édition Originale : Daughters of night (2021)
Traduction : Pascale Haas

Résumé :
Londres, 1782. Par une nuit d’été, Caroline Corsham tombe sur l’une de ses amies mourante, venue agoniser dans ses bras en lui murmurant un énigmatique « Il sait ».

Caroline comprend bientôt que son amie lui avait menti : Lucy Loveless, de son vrai nom, était la prostituée favorite d’un club d’hommes puissants.

Lorsqu’il apparaît que magistrats et notables ont davantage intérêt à étouffer le crime qu’à le résoudre, Caroline engage un voleur privé, Peregrine Child, pour trouver l’assassin de Lucy. Il fouillera jusqu’aux tréfonds de la société géorgienne, au cœur d’un monde d’artifices, de tromperies et de vies secrètes.

De désillusions en hypocrisies, Caro lèvera le voile sur tout un monde : celui où les hommes peuvent emmener de belles courtisanes au théâtre et coucher leur fils adultérin sur leur testament.

Un monde où les femmes, elles, paient de leur honneur tous les désirs dont elles sont l’objet… Jusqu’à y perdre la vie.

Critique :
Londres, 1782, par une belle nuit d’été… On pourrait penser que tout va bien, hélas, Caroline Corsham vient de trouver une connaissance qui vient de manger son acte de naissance, c’est un meurtre.

Hélas, la dame en question exerçait le plus vieux métier du monde et ça, Caroline ne le savait pas.

Une prostituée qui se fait assassiner, tout le monde s’en moque et on fait bien comprendre à Caro qu’il vaut mieux ne pas enquêter sur son meurtre, qu’elle aurait tout à perdre que la bonne société apprenne qu’elle allait vers la charmille, là où se retrouvent des gens souhaitant s’amuser à batifoler…

L’époque victorienne m’est familière, l’époque Géorgienne moins. C’est donc avec une grande attention que je me suis plongée dans ce polar historique, mâtiné de roman noir et de politique.

Les mœurs de l’époque n’ont rien à envier aux autres, car nous sommes toujours dans cette même dynamique qui existe depuis des siècles : des hommes riches, qui se croient tout permis, au-dessus des lois, qui pensent que les femmes sont des objets, juste là pour leur bon plaisir.

Et si ces messieurs peuvent cocufier leurs épouses, se vautrer dans les minous des pauvres catins, il est bien entendu vachement déconseillé aux dames de la bourgeoisie de faire de même (ou alors, faut être super discrète et ne pas tomber enceinte, sinon, la répudiation vous guette).

Le problème de l’enquête, c’est que malgré qu’elle soit ramassée sur quelques jours, les 544 pages paraissent longues à lire, tant à certains moments il ne se passe rien d’exceptionnel.

Plusieurs fois, j’ai été tentée de sauter des pages tant il me semblait faire du sur place et ne pas avancer. Nos deux protagonistes, Caro et monsieur Peregrine Child interroge souvent les mêmes suspects, qui n’ont rien de neuf à leur apprendre et cela donne l’impression de tourner en rond.

Ma persévérance a été récompensée par quelques retournement de situation qui m’ont fait pousser des « ho » d’étonnement total. Avec l’air de ne pas en avoir l’air, l’autrice a réussi à bien cacher son jeu et à me tacler plusieurs fois.

Le contexte historique est bien réalisé (même s’il manque un peu de description du Londres de 1782), on en apprend un peu plus sur les petites choses de cette époque, mais en plus, l’autrice a réussi sa galerie de personnages, dont un salopard de la pire espèce qui est flamboyant ! Il n’est pas le seul à être flamboyant…

De plus, les nombreux personnages ne sont pas toujours ce que l’on penserait qu’ils sont. Attention, certains sont de véritables  Kinder Surprise avec une surprise cachée dans la surprise (garanti sans salmonelle, dans le roman). Rien n’est tout à fait noir, personne n’est tout à fait blanc, tout est dans des nuances de gris, ce qui rend les personnages très réalistes.

Le côté politique est présent aussi, notamment avec les scandales qu’il faut étouffer, la puissance d’une certaine presse, qui peut envoyer une dame au pilori de la bonne société en dévoilant des ragots (vrais ou pas), les hommes riches qui décident de tout, qui sont protégés, le roi George, déprimé de perdre les colonies américaines, son héritier qui est dépensier…

Tout cela rajoute de l’épaisseur au récit et lui apporte son côté réaliste (des tas d’anecdotes sont tirées de la réalité, les explications se trouvent en fin de roman). De plus, il y a une histoire dans le récit, celle de Pamela, dont on comprendra, plus tard, son implication dans l’histoire.

S’accrocher et ne rien zapper est pourtant conseillé, si les lecteurs veulent en profiter jusqu’au bout et se faire surprendre. D’ailleurs, le final est exceptionnel et il m’a bien secoué. Impossible de le deviner, de le déduire, toutes mes suppositions ont été mises à mal et ont sombré dans l’eau.

Malgré la lenteur de certains passages et l’envie de sauter des pages, je suis contente de m’être accroché à ce roman et de l’avoir découvert. Sa construction est intelligente, son final est difficile à déduire et une fois la dernière page tournée, j’étais toujours soufflée.

Pour moi, c’est une LC de réussie avec ma copinaute Bianca ! Même, si, tout comme moi, elle a trouvé des longueurs. Nous nous rejoignons sur les portraits très bien fait des femmes (elles ont de l’audace, du culot, de la bravoure et ce que les mecs n’ont pas) et sur le fait que le final est inattendu ! Suivez le lien pour lire son avis.

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°224] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Le convoi‭ ‬-‭ ‬Seconde partie ‭: Denis Lapière et Eduard Torrents

Titre : Le convoi‭ ‬-‭ ‬Seconde partie

Scénariste : Denis Lapière
Dessinateur : Eduard Torrents 🇪🇸

Édition : Dupuis (2013)

Résumé :
Montpellier, 1976 : Angelita prend le train en urgence pour rejoindre sa mère hospitalisée à Barcelone où, pourtant, elle avait juré de ne plus jamais revenir. Fille de réfugiés espagnols, Angelita a perdu son père à l’âge de 8 ans.

Il fut l’un des prisonniers du tristement célèbre convoi des 927 vers Mauthausen, parti de Perpignan et d’Angoulême où les autorités françaises avaient parqué les réfugiés espagnols.

Séparée de son père lors de son arrivée en France, Angelita n’en sait pas davantage que ce que l’administration a bien voulu leur délivrer comme informations, à sa mère et elle, en 1945, à la fin de la guerre.

Mais elle va découvrir que ce qu’elle a toujours tenu pour acquis (la mort de son père en déportation) pourrait bien s’avérer un mensonge.

Critique :
Le second tome commence là où le premier nous avait laisse : devant une révélation coup de tonnerre et j’allais enfin savoir le fin mot de l’histoire.

Rien n’est simple dans la vie, les choix que l’on prend dicteront une partie de notre vie et les auteurs ont réussi à bien retranscrire cela dans leur scénario, mêlant la petite histoire à la Grande.

Angelita est en colère, comme le fut Julia, sa mère, en 1939, durant la guerre civile, lorsque son mari voulait aller se battre. Lui aussi était en colère de ne pouvoir y aller, de voir son pays sombrer aux mains des franquistes.

Leurs paroles et leurs actes auront des conséquences importantes sur leur vie et peut-être auraient-ils fait autrement s’ils avaient eu connaissance de l’Histoire. Hélas, le destin est cruel et en plus de nos choix lourds de conséquences, le destin s’arrange toujours pour faire le reste et pas toujours dans le bon sens.

Le destin s’est joué de la famille, en plus du choix du père et de son épouse. Que se serait-il passé si le petit Franco s’était étranglé, bébé, en buvant son lait ? Peut-être rien de tout cela… On peut rêver.

Une fois de plus, les sentiments sont bien retranscrits sur les visages, que ce soit la colère, l’abattement, l’humiliation, la résignation.

Jusqu’à présent, pour moi, la ville d’Angoulême était synonyme de festival de la bande dessinée, maintenant, lorsque j’entendrai son nom, je penserai aux camps dans lesquels furent parqués les réfugiés espagnols. On se dit que l’on est tombé bien bas, et puis, arriveront les Allemands et là, on comprendra qu’on peut toujours tomber encore plus bas dans la bassesse humaine…

927 personnes furent emmenées. Les femmes et les enfants (427) furent renvoyés à Franco, les hommes (490) furent envoyé à Mauthausen (la différence est due aux morts durant le transport).

Face à cette destination, l’ancien camp composé d’anciens baraquements pour les tziganes semblaient être un hôtel 5 étoiles.

Les quelques dessins de cette partie de l’Histoire m’ont fait frémir, une fois de plus, sans pour autant que l’auteur ne sombre dans le pathos. Mais en quelques images, le principal de l’horreur était dit.

Une fois de plus, nous aurons les atermoiements d’Angelita, mais dans ce tome 2, ils sont importants. Elle est tiraillée entre ce qu’elle vient d’apprendre, entre les mensonges de sa mère, elle ne sait pas quoi faire, comment réagir. Ces cases sans paroles illustraient bien son désarroi, sa peine, son incompréhension et le fait que la vie n’est jamais simple.

L’inconvénient sera pour les dialogues en espagnol, non traduits. Bon, en lisant lentement, on arrive à comprendre le sens général, mais une petite traduction en bas de page (ou de case), n’aurait pas été du luxe.

Voilà une bédé que je suis contente d’avoir découverte, qui m’a appris des choses peu reluisantes sur les réfugiés espagnols (comment les générations suivantes jugeront notre accueil des réfugiés Syriens ou autres ? Sans doute durement et avec raison).

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°17) Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

Le convoi‭ ‬-‭ ‬Première partie :‭ ‬Denis Lapière et Eduard Torrents

Titre : Le convoi‭ ‬-‭ ‬Première partie

Scénariste : Denis Lapière
Dessinateur : Eduard Torrents 🇪🇸

Édition : Dupuis (2013)

Résumé :
Montpellier, 1976 : Angelita prend le train en urgence pour rejoindre sa mère hospitalisée à Barcelone où, pourtant, elle avait juré de ne plus jamais revenir. Fille de réfugiés espagnols, Angelita a perdu son père à l’âge de 8 ans.

Il fut l’un des prisonniers du tristement célèbre convoi des 927 vers Mauthausen, parti de Perpignan et d’Angoulême où les autorités françaises avaient parqué les réfugiés espagnols.

Séparée de son père lors de son arrivée en France, Angelita n’en sait pas davantage que ce que l’administration a bien voulu leur délivrer comme informations, à sa mère et elle, en 1945, à la fin de la guerre.

Mais elle va découvrir que ce qu’elle a toujours tenu pour acquis (la mort de son père en déportation) pourrait bien s’avérer un mensonge.

Critique :
Cette bédé parle d’un fait historique dont on parle peu : la dictature de Franco, la guerre civile et l’exil des Espagnols vers la France, ainsi que de l’accueil qu’il leur fut réservé.

Mais avant d’entamer ce morceau d’Histoire, nous commencerons le récit en 1975, avec Angelita qui doit aller voir sa mère malade. Cette dernière se trouve à Barcelone, alors que tout le monde la croyait en Auvergne.

Erreur géographique ou autre chose ?

Comme beaucoup d’Espagnols exilés, elle avait fait le serment de ne plus mettre en Espagne tant que Franco serait toujours vivant et il vit toujours, même s’il n’en a plus pour très longtemps.

Angelita, sa fille, va se remémorer leur exil et la guerre qui faisait rage, quand Barcelone était bombardée par les avions Italiens… Nous étions en 1939…

Si je n’ai pas craqué pour les dessins, j’ai apprécié ce scénario qui a mis en lumière un pan méconnu de l’Histoire. Le récit est poignant et les dessins font bien ressentir toute la détresse des gens, obligés de quitter leurs maisons, leur ville et de fuir, en voiture ou en autobus.

Et lorsque la route est bloquée, il faut continuer à pied, se débarrasser du superflu, de ses souvenirs, et marcher dans la neige, dans le froid… Dormir dans le froid aussi. L’exil n’est jamais une promenade de santé.

Quant à l’accueil, parlons-en : le fait de voir sa ville bombardée n’est sans doute pas une bonne raison de fuir. Ben non, on ne risque rien, voyons ! Allez, circulez avec ce laisser-passer provisoire et oubliez vos droits, vous n’en avez plu. La fraternité n’est plus ce qu’elle était…

Ensuite, on a séparé les familles : les hommes d’un côté, les femmes et les enfants de l’autre.

Bref, rien de réjouissant dans le statut de réfugié. Les conditions de vie sont horribles, les gens se transforment en bêtes sauvages, se battant pour du pain (nous ferions de même), le tous sous les moqueries des forces de l’ordre françaises.

Ce premier album est rempli d’émotions, sans pour autant virer dans le pathos. C’est l’histoire d’une mère dont la fille n’a plus rien à lui dire, hormis bien des questions, notamment sur le sort qui fut réservé à son père, dans le camp de Mauthausen.

Les expressions sur les visages sont expressives, jamais figées. Elles font passer les émotions ressenties par les personnages, ce qui fait que, finalement, j’ai réussi à apprécier les dessins.

Mon seul bémol sera pour la longue introduction où l’on nous relate la vie sentimentale d’Angelita et qui n’apporte rien de plus au récit.

Je ne tarderai pas à lire le second album, car, malgré mon petit bémol, l’Histoire est très prenante et j’ai envie d’en savoir plus.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°16) Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

Loveday et Ryder – 05 – Feu d’artifice mortel : Faith Martin [LC Bianca]

Titre : Loveday et Ryder – 05 – Feu d’artifice mortel

Auteur : Faith Martin
Édition : HarperCollins Noir (02/02/2022)
Édition Originale : Ryder and Loveday, book 5: A fatal truth (2020)
Traduction : Benjamin Kuntzer

Résumé :
5 novembre 1961 : la famille Hughes se prépare à célébrer la nuit de Guy Fawkes avec pétards et feux d’artifice. Tous sont rassemblés dans le jardin, quand le cabanon dans lequel sont entreposées les fusées s’embrase, causant la mort du patriarche, Thomas Hughes, enfermé à l’intérieur.

L’autopsie conclut rapidement à la mort par asphyxie et le coroner, Clement Ryder, classe l’affaire sans suite.

Mais le lendemain, Duncan Gillingham, un journaliste ambitieux, publie dans l’Oxford Tribune un article accusateur : la justice aurait bâclé le dossier. Selon lui, la famille cacherait la vérité et le décès serait suspect.

Pour calmer l’opinion, l’inspecteur Jennings confie l’enquête à la jeune policière Trudy Loveday. Très vite, celle-ci se tourne vers Clement Ryder. Ils n’auront pas trop de leurs forces réunies pour tenter de percer les mystères du clan Hughes…

Critique :
En 1605, Guy Fawkes avait foiré son complot visant à faire péter le parlement anglais… Son fantôme ne loupa pas son coup, ce 5 novembre 1961, puisqu’il fit sauter le cabanon de jardin.

Oui, la conspiration des poudres, version 1961, a fait péter une cabane au fond du jardin (♫), réduisant en morceaux son proprio, Thomas Hughes.

Chouette, voici une nouvelle enquête d’un duo que j’apprécie tout particulièrement : la policière Trudy Loveday et le coroner Clement Ryder.

Pourtant, à bien y regarder, ceci n’est pas un meurtre, juste un accident malheureux dû à l’imbécilité humaine : les feux d’artifices pour célébrer la Bonfire Night n’étaient pas conservés dans des caisses métalliques et, à cause des feux de joie allumés, sous grand vent, un brandon a malencontreusement allumé le feu (♪).

Désolée, après vous avoir collé du Laurent Gerra dans la tête, je vous y fourre à présent du Johnny…

Nous sommes en novembre, mais un journaliste décide de nous la faire « Oui mais ! » (cherchez, vous trouverez). Et ce n’était pas un accident ? Et s’il y avait des squelettes dans les placards de la famille Hugues ? Avec des « si », on mettrait Paris en bouteille et Loveday & Ryder sur l’affaire.

Ce cinquième tome est un peu plus calme que les précédents, nos deux enquêteurs pensant juste qu’ils sont en train de perdre leur temps à chercher un loup où il n’y en a pas. Oui, la famille Hugues n’est pas exempte de casseroles (eux beaucoup casseroles), mais de là à dire que c’est un meurtre, hein ho, faudrait pas pousser bobonne dans les orties.

Comme dans tous ses autres romans, l’auteur nous dresse un portrait sans concession de la société anglaise de années 60 (fin 50, début 60), ces années où les femmes avaient peu de droit, étaient mères au foyer, ou secrétaires, où les machines à laver commençaient à arriver chez les ménagères et où la phallocratie était reine ! Ou roi, pour ne pas froisser le machisme de certains.

On me signale d’ailleurs que cette maladie extrêmement contagieuse est toujours présente dans nos sociétés et qu’il n’existe pas encore de vaccin…

Anybref, ces enquêtes ne sont pas à découvrir pour le tempo du récit, qui n’a rien d’un 24h chrono, notre duo prenant leur temps, explorant plusieurs pistes, ainsi que la personnalité des différents suspects. Ce sont des tranches de vie des années 60 qui se déroulent sous nos yeux, comme si nous regardions une vieille série policière, et moi, j’adore.

J’ai eu beau triturer mes méninges, impossible de déduire ce qui allait se produire lors du final, impossible aussi pour moi de trouver si l’un ou l’autre des interrogés étaient coupables ou innocents, même de savoir à coup sûr si c’était un accident ou bel et bien un meurtre.

Je me suis laissée porter par leurs pérégrinations dans cette famille, assistant à tous les interrogatoires et je n’a rien vu venir. Ce qui me fait toujours plaisir.

Pour le moment, je n’ai pas été déçue des enquêtes de ce duo atypique, mais qui fonctionne bien et j’ai encore l’intention de suivre leur aventures, avec ma copinaute Bianca, je l’espère, parce que, une fois de plus, nous sommes raccord sur nos impressions de lecture.

Vous en voulez la preuve ? Elle se trouve ici !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°185].

Ils étaient dix (BD) : Pascal Davoz, Damien Callixte et Agatha Christie

Titre : Ils étaient dix (BD)

Scénaristes : Pascal Davoz (d’après l’œuvre d’Agatha Christie)
Dessinateur : Damien Callixte

Édition : Paquet (16/09/2020

Résumé :
« Ils étaient dix », publié à l’origine en français sous le titre « Dix petits nègres », est le roman le plus connu et le plus adapté d’Agatha Christie. Une intrigue en milieu clos qui tient en haleine jusqu’à la dernière page.

Huit invités sur une île, qui rejoignent un couple de domestiques. Personne ne connaît personne. Une drôle de comptine, égrenant la mort de dix soldats … L’orage gronde, la tension est à son comble.

Que peut cacher cet étrange rendez-vous ? Et quand arriveront donc leurs hôtes, monsieur et madame O’Nyme ?

Critique :
Eh oui, c’est la seconde adaptation bédé du célèbre roman d’Agatha Christie que je lis ce mois-ci.

La première avait été réalisée par les éditions E.P (Emmanuel Proust) et la seconde l’a été par les éditions Paquet. Laquelle allait être la meilleure adaptation ?

J’avais qualifiée celle des éditions E.P de « correcte ». Par contre, les dessins étaient fadasses, sans vie et n’ont jamais reflété l’oppressant climat qui a régné sur l’île, au fur et à mesure des assassinats.

Le terrible et pervers huis-clos ne transparaissait pas dans cette adaptation bédé. De plus, les couleurs étaient assez criardes.

Verdict de la nouvelle adaptation chez Paquet ? J’ai apprécié les dessins, ainsi que les couleurs. Rien de criard, pas de tons moches, dessins dynamiques et non fades. Premier bon point.

Tiens, dans le train, assis dans un coin, j’y ai vu le professeur Mortimer ainsi que Shelton et Felter… Sur le port, il y avait un espèce de Théodore Poussin portant le pull et la casquette de marin du capitaine Haddock et derrière, un Tintin en kilt (version île Noire) avec Milou… Amusant.

Nos 8 personnes se retrouvent tous et toutes sur le petit port, prêt à embarquer pour l’île du Soldat. Personne ne se connaît.

J’avoue avoir préféré ces personnages-ci à ceux de l’ancienne adaptation. Les caractéristiques de chacun sont plus marquées et ils m’ont fait penser à ceux de la version télé « And then there were none ».

Le cynisme est bien présent dans les personnages : personne n’est responsable, personne n’est coupable. Les gosses se sont jetés devant les roues de la voiture, le gamin n’a pas écouté et est allé nagé là où il ne fallait pas, ma femme était une sainte, l’accusé était coupable… Blablabla. Nos 10 accusés sont des saints, en quelque sorte.

Le premier avantage de cette nouvelle adaptation, c’est qu’elle fait 80 pages, contrairement à l’ancienne qui en faisait 46.

Je le dis toujours, avec plus de pages, on peut se permettre de donner plus de détails, de peaufiner les atmosphères, les personnages, de prendre un peu plus le temps de poser les fondations de l’intrigue.

Là où l’ancienne adaptation était déjà terminée, ici, nous n’en étions encore qu’au deuxième meurtre. Comme quoi, il en faut peu pour être heureux : 34 pages de plus et ça vous change une bédé.

Le suspense est bel et bien présent, l’angoisse aussi. Un cocktail qui se déguste sans sagesse, tant il est bon de ressentir les palpitations cardiaques.

Bon, je n’ai jamais oublié la solution de ce roman, c’est impossible d’oublier. Alors oui, je savais qui, comment, pourquoi, et malgré tout, j’ai ressenti le suspense, l’angoisse s’est pointée et mon cœur a battu plus vite.

Merci les gars pour cette belle adaptation qui va droit au but.

Les meilleurs ingrédients étaient déjà présent pour donner une bonne intrigue policière, la reine du crime les avait cuisiné avec amour et perfidie, afin de nous surprendre et de nous faire tomber sur notre cul.

Le tout était de les recuisiner différemment pour les faire tenir dans 80 planches, ce qui fut fait brillamment, sans défigurer le plat originel (oui, on sent bien que Top Chef a recommencé, ça va se sentir dans mes chroniques).

Génial !

PS : ceci était ma dernière fiche pour le Mois du Polar ! 40, c’est pas si mal que ça, je trouve. Merci à Sharon de l’avoir programmé. 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°158], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°40] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 80 pages).

 

Agatha Christie – Tome 02 – Mort sur le Nil (BD) : François Rivière, Solidor et Agatha Christie

Titre : Agatha Christie – Tome 02 – Mort sur le Nil (BD)

Scénariste : François Rivière (d’après l’œuvre d’Agatha Christie)
Dessinateur : Solidor

Édition : Emmanuel Proust (05/11/2002)

Résumé :
Linnet Ridgeway n’aurait jamais dû épouser le fiancé de sa meilleure amie… Car sa lune de miel va virer au cauchemar… Elle est retrouvée assassiné dans la cabine du luxueux paquebot qui descend le Nil.

Les petites cellules grises d’Hercule Poirot se mettent alors en branle : tous les passagers ont en effet de bonnes raisons d’en vouloir à la richissime héritière.

Critique :
La première chose qui fait mal aux yeux, dans cette bédé, ce sont les couleurs !

Les tons jaunes criards de la première planche m’ont déjà donnée envie de faire demi-tour. Je pensais que cela s’estomperait ensuite, mais peine perdue, le jaune sera la teinte dominante.

D’accord, nous sommes en Égypte, les tons se devaient d’être chauds, mais là, c’est loupé.

Par contre, j’ai bien aimé le Poirot : pas trop rond comme j’ai déjà vu dans certains adaptations, pas une tête de crétin non plus. Un bon point pour cette adaptation dont je me souviens encore parfaitement du modus operandi et du nom de la personne coupable. No spolier !

Bizarrement, les visages de quelques personnages masculins sont allongés (Simon Doyle et le colonel Race). Pour le reste, nous sommes dans de la ligne claire, à la manière de « Blake & Mortimer », pour les citer en exemple.

Les paysages de l’Égypte sont bien représentés, ainsi que l’ambiance délétère qui règne sur cette croisière qui ne semble pas s’amuser.

Le couple Ridgeway/Doyle se fait persécuter par l’ancienne fiancé de Doyle, Jacqueline de Bellefort. La jeune Cornélia est persécutée par sa cousine Marie qui l’a prise sous son aile et la jeune Rosalie Otterbourne est persécutée par sa mère, vieillissante et acariâtre.

Non, ce n’est pas la croisière s’amuse ! Plutôt la croisière se fait occire… Pas moins de trois personnes perdront la vie sur ce joli bateau.

Ce qui m’avait fasciné, dans le roman, c’est qu’en plus de tomber de haut lors de la résolution de cette affaire, c’est que la reine du crime avait bien caché ses indices et fait en sorte que tous les personnages aient une chose à se reprocher, ait commis un acte dont ils/elles n’ont pas envie de parler, ne sont pas des agneaux mais des voleurs…

Cela a bien été retranscrit dans la bédé, même si, en 48 pages, il faille faire des sacrifices. Au moins, le plus important était présent.

Les explications finales sont présentes, sans être brouillonnes, bien que, dans le roman, elles soient plus longues. Ici, elles sont données à la dernière page et il semble que Poirot se dépêche de nous les donner avant que la dernière case n’arrive. Suivez bien les explications.

Finalement, cette adaptation bédé n’était pas si mal que ça. J’ai connu bien pire, dans cette série éditée par E.P. Dommage pour les couleurs horriblement criardes, elles aussi.

PS : exceptionnellement, à 14h, j’aurai de nouveau une fiche sur une adaptation bédé de l’œuvre d’Agatha Christie, sans couleurs criardes, cette fois-ci !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°157], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°39] Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages).

L’île des chamanes : Jay Kim

Titre : L’île des chamanes

Auteur : Jay Kim
Édition : Matin Calme (04/02/2021)
Édition Originale : Creepy Island (2014)
Traduction : Choe Ae-young et Jean Bellemin-Noël

Résumé :
Profiler VS Serial killer aux pays des chamanes Alléchant et haletant ! Nuits blanches garanties ! Rebondissements, fausses-pistes et twists !

KIM Seong-ho est un profileur réputé de Séoul chargé d’une enquête sur un cyberharcèlement. Très vite, les suspects se retournent contre lui, piratent ses comptes et exposent publiquement sa vie.

Pour le sortir de ce piège, son chef lui confie une nouvelle enquête loin de Séoul, sur l’île de Sambo. Dans ce haut lieu du chamanisme, trois femmes ont disparu, probablement victimes d’un serial killer. Kim Seong-ho est accompagné par Yeo Do-yun, conservateur de musée, spécialiste du folklore et des rites chamaniques, notamment du ssitgim-gut de Sambo.

Le ssitgim-gut est littéralement :  » le rituel pour laver les sentiments d’amertume et de rancune éprouvés par le défunt ou la défunte au moment de son trépas « . Mais sur l’île, en ce mois de janvier, dans l’air glacial fouetté par la pluie et les vagues, les victimes ne sont pas encore prêtes au pardon.

De mystérieux conciliabules nocturnes ont lieu entre deux silhouettes, des chiots sont tués, une atmosphère de plus en plus lourde s’abat sur les épaules de Kim Song-ho qui commence à ressentir d’étranges maux de têtes à mesure que des souvenirs personnels viennent se mêler à son enquête…

Suspens, twists, rebondissements, voici un polar qui, à mesure qu’on le lit, devient de plus en plus addictif ! Avec une écriture patiente, très narrative, sans à-coups, l’autrice emmène peu à peu le lecteur dans une pure cérémonie chamanique, dont tous les nœuds sont loin d’être délivrés… Un pur thriller ! Un régal !

Critique :
« Alléchant et haletant ! Nuits blanches garanties ! Rebondissements, fausses-pistes et twists ! Voici un polar qui, à mesure qu’on le lit, devient de plus en plus addictif ! Un thriller au pays des chamanes! ».

Tous ces qualificatifs se trouvaient indiqués dans les résumés du livre (Amazon, Babelio) et le côté thriller au pays des chamanes vient de chez l’éditeur, Matin Calme.

Je cherche encore le côté thriller, le côté addictif, haletant et alléchant.

Pour ma part, je me suis ennuyée dans cette lecture, tellement ennuyée qu’à un moment donné, mes yeux se sont fermés au-dessus du livre, je l’ai posé et s’en est suivi une méga sieste de 2h ! Pour les nuits blanches, il faudra me trouver autre chose.

Au moins, cette sieste, qui a été réparatrice, apportera une étoile de plus à ce thriller qui n’en était pas un, tant il était lent, mou et ne deviendra jamais trépidant.

M’attendant à être dépaysée sur une île où l’on pratique le chamanisme, j’ai été plus que déçue puisque du chamanisme, il en sera peu question. Certes, l’une des femmes disparues sur l’île de Sambo était chamane, mais à la fin de cette lecture, je ne suis pas plus avancée sur le sujet, hormis quelques petits détails.

Peu de détails sur les décors, peu de descriptions, que ce soit durant la première enquête à Séoul ou sur l’île de Sambo. Pour une fois, je n’ai pas décollé de mon canapé et mon immersion dans un autre pays a été loupée sur toute la ligne.

Les personnages ne m’ont pas plus emballés que ça, je les ai trouvé fades, sans relief, sans vie, bref, je n’irai pas boire un verre avec eux et je n’ai pas été mécontente de les quitter. Lorsque je les suivais dans l’enquête, ils ne me semblaient pas réels, vivants…

Même leurs actions, leurs dialogues, manquaient de convictions, n’avaient pas de peps, étaient plats, sans vie.

Le problème est venu aussi des noms coréens, pas toujours facile à retenir (là, je suis fautive, enfin, ma mémoire). De plus, j’oublie toujours qu’ils mettent le nom de famille avant le prénom et j’avoue avoir fait une sacrée soupe avec les personnages. La faute m’incombe sur ce point de vue là.

Si le manque de rythme était déjà un problème, un autre est venu se greffer : la narration au présent, que je n’ai jamais aimée et que je trouve plus casse-gueule que celle faite au passé (sauf rares exceptions).

Avec un récit au présent, il faut soigner la narration et dans ce cas-ci, j’ai trouvé qu’elle manquait de style, qu’elle était plate, donnant au récit un air brouillon, comme s’il avait été écrit par une autrice non confirmée ou faisait partie d’un premier jet, avant correction et polissage de la narration.

C’est bien simple, les phrases semblaient manquer de naturel. Rien de ce que je lisais ne me plaisait, à tel point que j’ai sauté des pages entières.

Lorsque je lis un roman policier, j’apprécie aussi la finesse dans les éléments ou indices que nous donnent les auteurs/autrices. Ici, l’autrice y est allée à la pelleteuse dans les indices. C’était tellement énorme que j’ai compris avant notre profileur où étaient cachés les corps, qui était le coupable, qui se vengeait ainsi et pourquoi… Même pas drôle !

Ok, il restait un truc que je n’avais pas vu venir, puisque bien caché par l’autrice, mais cela fait peu, limite un biscuit à bouffer une fois que l’on a tout déduit. Il y a plus de suspense dans une épisode de Columbo.

Bref, c’est une rencontre loupée avec le polar de cette autrice sud-coréenne qui promettait bien des choses et qui n’a pas tenu ses promesses électorales.

Un thriller qui porte bien mal son nom, selon moi. La rencontre espérée n’a pas eu lieu avec moi. Tant pis, ou dommage.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°127], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°09] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Corée du Sud).

My Home Hero – Tome 2 : Naoki Yamakawa et Asaki Masashi

Titre : My Home Hero – Tome 2

Scénariste : Naoki Yamakawa
Dessinateur : Asaki Masashi

Édition : Kurokawa (14/03/2019)

Résumé :
Au final, il n’existe aucune « bonne réponse » permettant à ma famille de rester en vie !! Tetsuo Tosu, humble employé d’une entreprise mais surtout grand amateur de romans policiers, assassine Nobuto Matori, petit ami de sa fille unique et adorée afin de la protéger.

Ce crime signe pour lui et pour sa femme, qui a découvert et accepté l’acte de son mari, le début d’une bataille sans fin contre l’organisation criminelle dont faisait partie Nobuto dans l’espoir de préserver leur foyer.

Critique :
Cela faisait plus d’un an que j’avais mis cette série manga en stand-by. Non pas qu’elle ne me plaisait pas, que du contraire, juste parce que je veux trop lire et que je n’y arrive pas.

Hop, 2022, bonne résolution, on reprend la saga et on lit le tome 2.

Le tome 1 percutait déjà fort, le 2 percute tout aussi fort et fait monter le rythme cardiaque.

Pfiou, suspense taillé au cordeau, violence, tensions fortes, mains moites et dialogues ciselés entre les différents protagonistes.

C’est ce qui fait la force de ce manga : les dialogues ! Non pas que l’on soit dans une punchline de fou, juste que les discussions entre le jeune Yakuza et ce brave monsieur Tetsuo Tosu sont fort réalistes.

Précisions que c’est le jeune yakuza qui mène l’interrogatoire, que Tosu souffre, qu’il tente de sortir de cette spirale infernale sans que sa famille ne passe l’arme à gauche et que le moindre faux pas, le moindre mensonge pas convaincant est synonyme de mort.

Le scénariste a donc ciselé chaque geste, chaque pensée, chaque réplique, afin que tout s’emboîte parfaitement, même s’il n’existe aucune bonne réponse…

Tetsuo Tosu est sur un fil, le moindre faux pas et c’est la chute ! Si les yakuzas apprennent que c’est bien lui qui a tué Nobuto, le mec violent de sa fille, l’organisation criminelle dont faisait partie ce connard de Nobuto va lui faire bouffer son acte de naissance à tel point qu’il entendra chanter les anges, le gugusse de Tokyo. Les autres vont le renvoyer tout droit à la maison mère, au terminus des prétentieux !

Bon, afin d’éviter une « nervousses brékdones », je vais souffler un coup, laisser diminuer les battements de mon cœur et ensuite, replonger dans le tome 3 !

Un manga bien pensé, bien dessiné, avec un scénario original, qui ne manque pas de profondeur (contrairement à ce que beaucoup pensent des mangas) et qui addictif à lire.

De plus, grâce à ce manga, vous saurez tout sur « Comment se débarrasser d’un corps mort encombrant »… Mieux que le trou au fond du jardin !

  • My Home Hero – T03 : Naoki Yamakawa et Asaki Masashi [Challenge Thriller & Polars N°128] [Mois du Polar – Février 2022 – N°10]‭ ‬[BABELIO]

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°124], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°06] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Japon).

Les enquêtes du commissaire Montalbano – 05 – Un mois avec Montalbano : Andrea Camilleri

Titre : Les enquêtes du commissaire Montalbano – 05 – Un mois avec Montalbano

Auteur : Andrea Camilleri
Édition : Pocket (2013)
Édition Originale : Un mese con Montalbano (1998)
Traduction : Serge Quadruppani

Résumé :
Amateur de bonne cuisine et amoureux de son pays, la Sicile, Salvo Montalbano n’est pas un commissaire comme les autres : à la férocité de la vie, il oppose une intelligence humaniste et une ironie bienveillante.

Passionnels, accidentels, mafieux, les délits dont il s’occupe reflètent la nature humaine.

Commis par des vieux, des jeunes, des hommes, des femmes, beaux ou laids, ignorants ou lettrés, ces crimes ont pour point commun le regard posé sur eux par Montalbano qui éclaire cette folle comédie humaine de son oeil vif et amusé.

Sous le soleil ardent de l’Italie contemporaine, toute une société prend vie : du clochard érudit au petit commerçant mafieux malgré lui…

Le portrait d’un très ancien pays se compose : lumineux et âpre, vertigineux et passionnant. Un régal !

Critique :
Composer des nouvelles n’est jamais un exercice facile, les lecteurs ayant toujours la sensation que la nouvelle est trop courte, que la fin n’en est pas vraiment une, qu’ils ont passé trop peu de temps avec les personnages.

Hormis dans les nouvelles policières avec Holmes ou Poirot, puisqu’on peut les retrouver dans bien d’autres…

Pour le commissaire Montalbano, il en va de même : on le connaît bien, on a appris à connaître l’univers dans lequel il évolue, on a croisé ses subalternes, on a fait le tour du village…

Donc, zéro frustrations avec ce recueil composé de 30 nouvelles policières qui font le tour de bien des situations qui pourraient se présenter à notre commissaire amateur de bonne chère. Bon, vu la longueur des nouvelles, l’auteur ne perdra pas trop de temps à lui faire faire le tour des restos du coin…

Comme je le disais plus haut, il n’y a pas que des enquêtes pour des crimes de sang, dans ce recueil, mais aussi des disparitions étranges, des règlements de compte entre mafiosos, la présence du diable dans la maison d’une vieille dame, des affaires qui datent de la Seconde Guerre Mondiale, le meurtre d’un clochard,… Il y en a pour tous les goûts.

Lire ce recueil, c’est comme plonger sa main dans un paquet de bonbons qu’on adore (ou de chips, de biscuits, de glace, selon vos goûts) car il est difficile, une fois commencé, de s’arrêter. Le maître-mot était « Allez, encore une petite pour la route » et bardaf, à chaque fois j’en ai ajouté une…

Les points forts des romans de Camilleri, c’est d’abord son écriture, mélange entre le sicilien et l’italien que le traducteur, Serge Quadruppani, arrive à rendre en inventant des mots, remplaçant des lettres par d’autres, faisant chanter les dialogues.

L’autre point fort, ce sont les personnages, que ce soit le commissaire Montalbano ou tous les autres qui gravitent autour de sa personne, policiers ou personnages secondaires, qu’ils soient truculents ou sages, tous étant toujours très réalistes.

Ouvrir un Montalbano, c’est mordre à pleines dents dans un morceau de Sicile, aller manger dans les petites trattorias pittoresques et s’en foutre plein la panse tant les plats ont l’air succulents.

Lire un Montalbano, c’est s’offrir une parenthèse de douceur dans ce monde de brutes, c’est oublier la grisaille ambiante, les emmerdements de la vie… C’est voyager en restant au fond de son canapé, avec une minuscule empreinte carbone (mon livre était de seconde main) et ne pas se faire emmerder avec des QR codes ou autres papiers à remplir.

Montalbano, c’est la Sicile à l’état pur, le soleil, la mer, la plage, la bonne humeur (ou pas, le commissaire a aussi ses mauvais jours) et découvrir des petites enquêtes rafraichissantes, qui ne se prennent pas la tête (j’ai découvert souvent le mobile et le coupable), mais qui font du bien au moral.

Certes, elles n’ont pas la puissance de certains romans de l’auteur, la place manque toujours dans une nouvelle, malgré tout, elles restent agréables à lire et bien diversifiées.

Alors franchement, what’else ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°1XX], Le Mois du Polar chez Sharon et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Italie).

La ferme de l’enfant-loup : Jean-David Morvan, Percio Facundo et Patricio Angel Delpeche

Titre : La ferme de l’enfant-loup

Scénariste : Jean-David Morvan
Dessinateur : Percio Facundo
Couleurs : Patricio Angel Delpeche

Édition : Albin Michel Grands Formats (02/06/2021)

Résumé :
Maquis du Vercors – début juillet 1944. Six résistants prennent leurs quartiers dans une ferme abandonnée pour guetter l’arrivée des Allemands par le pont de la Goule Noire, un des rares accès au massif du Vercors.

Ces deux femmes et quatre hommes vont apprendre à se connaître et, après une série d’incidents angoissants, vont découvrir un enfant devenu sauvage suite au massacre de sa famille par des Nazis.

Le 21 juillet 1944, le petit groupe subit de plein fouet l’invasion par la 157e division de la Wehrmacht, appuyée par la Milice française. Le maquis du Vercors est anéanti… Heureusement, certains en sortiront vivants.

Critique :
8 juin 1944, le débarquement à eu lieu et si nous savons déjà qui va gagner la guerre, les gens de l’époque ne le savent pas encore.

On a chargé des résistants d’emmerder les Allemands et les cinq hommes et deux femmes sont planqués dans un trou perdu, sur le plateau du Vercors.

Le lieu est chargé d’horreur puisqu’en 1942, toute la famille Aguettaz y a été exécutée par les Allemands. Un seul blindé, un seul bataillon… Pourquoi avoir massacré une famille qui vivait en autarcie dans ce trou paumé ? Nous l’apprendrons en fin d’album…

Si dans les premiers moments, je n’ai pas été subjuguée par les dessins et les crayonnés pour les noircir, j’ai été conquise par ce scénario original, se basant sur des faits réels, même si les personnages sont issus de la fiction.

Le groupe de résistants est hétéroclite, des gens issus des différentes couches de la population, des jeunes, des plus anciens, un sénégalais, un polonais, un ancien de la guerre d’Espagne. Les portraits sont bien réalisés, on s’attache très vite à ces gens qui ont choisi de résister, de risquer leur vie.

L’album comporte de nombreux flash-back, expliquant le passé des membres, ainsi que la vie dure dans le Vercors, l’alcool de contrebande que l’on essaye de faire passer au nez et à la barbe des douaniers, ce qui est arrivé au gamin qu’ils ont trouvé, sa survie, les moments forts de chacun des résistants…

Quelques petites touches d’humour, des émotions, de l’amitié, de la chaleur humaine, de la tendresse, des moments d’attente, des moments émouvants, parsèment les pages de cet album qui m’a emporté.

Mélangeant la fiction avec des personnages inventés, des réels, les auteurs nous racontent l’Histoire du Vercors avant et après le débarquement de 44, le tout sans jamais sombrer dans le pathos.

Si au départ je n’avais pas apprécié les dessins et les crayonnés, par la suite, je les ai trouvé parfaitement dans le ton de l’album. Comme quoi, il ne faut jamais s’empêcher de lire une bédé parce que l’on aime pas les graphismes.

Le final m’a pris aux tripes… Il dure longtemps, les Boches sont partout, il est violent, à l’image de ce qu’est une guerre et il m’a mis le coeur en vrac face à cette barbarie sans nom.

Un magnifique album qui rend hommage à celles et ceux qui ont souffert, à ceux et celles qui ont résisté, qui ont essayé, qui ont donné leur vie, se sont sacrifié pour que d’autres en réchappent.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°114], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°106] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Argentine).