Un Afghan à Paris : Mahmud Nasimi

Titre : Un Afghan à Paris

Auteur : Mahmud Nasimi
Édition : Les Editions du Palais (17/04/2021)

Résumé :
Mahmud Nasimi a quitté l’Afghanistan en 2013 laissant derrière lui un pays en guerre, son pays, sa famille et ses amis. Arrivé à Paris en 2017, il a dû affronter à nouveau la vie de « réfugié », les nuits dans la rue, la solitude, le désespoir.

Il ne parlait pas le français, ou si peu, et un jour ses pas l’ont porté au cimetière du Père Lachaise. Là, « il a fait connaissance avec un glorieux peuple de l’ombre », il s’est fait des amis, Balzac, Proust, Eluard… Il a feuilleté leurs romans, leurs poèmes, en a recopié des phrases, en a appris d’autres par cœur.

Dans cette langue qu’il a faite sienne, il a bâti ce récit où s’entremêlent bonheur et douleur, où il évoque les meurtrissures d’une vie, ses rêves et ses espoirs, dans une langue poétique aux images venues d’ailleurs.

Critique :
Lorsque j’avais écouté l’auteur à La Grande Librairie, son histoire m’avait touchée.

Voilà un homme qui avait dû fuir son pays, l’Afghanistan, laisser toute sa famille sur place, ses amis, pour faire un voyage qui n’a rien d’une partie de plaisir et aboutir en France, avec le statut de réfugiés et dormir sur les trottoirs.

Une de mes plus grandes craintes serait de me retrouver sur les chemins de l’exil, de quitter mon pays pour chercher refuge ailleurs, dans un pays dont je ne parle pas la langue.

De son voyage, l’auteur en parlera peu, se focalisant plus sur ses souvenirs d’enfant heureux qui n’aimait pas l’école, sa vie auprès de sa grand-mère qui l’aimait et de son oncle qui avait la main lourde, sans oublier ses quelques galères en France.

Ce qui m’avait le plus ému, sur le plateau de La Grande Librairie, c’était que cet homme, qui ne parlait pas un mot de français (et qui n’aimait pas lire), ait commencé à s’intéresser à la littérature après avoir vu un buste de Balzac, au Père-Lachaise.

Aidé d’un traducteur sur son téléphone, il va commencer à lire sur la vies des grands auteurs enterrés là-bas, à Brel, ainsi qu’à leurs romans ou les chansons du Grand Jacques. Je veux bien parier qu’il a lu plus d’auteurs classiques que moi ! De plus, il était capable de réciter de belles poésies, là où ma mémoire plante royalement.

Hélas, je n’ai pas retrouvé ces émotions dans son récit autobiographique. Il me semble même qu’il en a raconté plus sur le plateau de l’émission que dans son roman (qu’il a écrit en français, je lui tire mon chapeau). Mince alors, c’est un comble.

Malgré tout, je retiendrai cette belle leçon de vie que l’auteur nous offre, ça capacité à ne pas baisser les bras, face aux administrations lentes, très lentes et inhumaines.

Putain, c’est déjà une galère quand, belge dans ton pays, parlant la langue, tu as besoin de renouveler ta carte d’identité ou d’obtenir une prime pour des travaux…. La lenteur est exaspérante et parfois, on se croirait dans un Astérix, où les fonctionnaires romains l’envoyaient d’Hérode à Pilate…

Là où moi je perds patience et tout optimisme, lui a gardé le sien (comment il a fait ??), célébrant le pays qui l’a accueilli, même s’il a dû dormir par terre, dans des conditions qu’on ne souhaiterait même pas à un chien. Effectivement, lorsqu’ensuite on s’en sort, tout est bien qui fini bien, mais ce n’est pas toujours le cas pour les autres.

Ce récit autobiographique d’un homme pour sa nouvelle terre d’accueil fut une belle lecture, malgré mes émotions que je n’ai pas retrouvées, et très intéressante. Le préfacier avait raison, ce n’est pas un simple écrit d’un réfugié, c’est plus que ça.

C’est un récit qui permet de relativiser nos petits malheurs, d’ouvrir une belle page sur les bienfaits des lectures, de la culture, du partage, un cri d’amour pour la France et la Belgique, sur les bienfaits de l’amitié, sur l’exil qui n’est jamais facile, sur sa famille qui lui manque…

C’est aussi le récit d’un homme qui s’est pris en main, qui a compris les bienfaits des études, de l’apprentissage et qui s’est tenu droit, là où les autres se courbaient.

 

L’étrange traversée du Saardam : Stuart Turton

Titre : L’étrange traversée du Saardam

Auteur : Stuart Turton
Édition : Sonatine (03/03/2022) – 592 pages
Édition Originale : The Devil and the Dark Water (2020)
Traduction : Fabrice Pointeau

Résumé :
1634. Le Saardam quitte les Indes orientales pour Amsterdam. À son bord : le gouverneur de l’île de Batavia, sa femme et sa fille. Au fond de la cale, un prisonnier : le célèbre détective Samuel Pipps, victime d’une sombre affaire.

Alors que la traversée s’avère difficile et périlleuse, les voyageurs doivent faire face à d’étranges événements.

Un symbole de cendres apparaît sur la grand-voile, une voix terrifiante se fait entendre dans la nuit, et les phénomènes surnaturels se multiplient. Le bateau serait-il hanté, ses occupants maudits ?

Aucune explication rationnelle ne semble possible. Et l’enquête s’avère particulièrement délicate, entre les superstitions des uns et les secrets des autres.

Critique :
Le Saardam n’est pas un désert qu’il faut traverser, non, c’est juste le nom d’un bateau, un indiaman, pour être précise et sa traversée va être des plus étranges…

Qualifier ce roman d’aventures, mi-polar, mi-historique, mi-fantastique, de spécial serait réducteur et pourtant, c’est le mot qui le qualifiera le mieux.

1634… Nous embarquons sur un indiaman de la compagnie néerlandaise des Indes orientales, partant de Batavia (pour les GPS contemporains, inscrivez Jakarta), les cales remplies d’épices et d’une cargaison mystérieuse, secrète.

Nous partîmes 300 (marins, mousquetaires, capitaine, passagers, nobles) et par de promptes emmerdes, décès, assassinats, disparitions, nous terminâmes cette traversée étrange avec beaucoup moins de monde.

Ce roman pourra sa classer dans la catégorie des inclassables ou de ceux difficiles à cataloguer, en raison des nombreuses étiquettes qu’il coche, bien que le roman policier historique soit le plus prégnant.

Le personnage de Sammuel Pipps a tout d’un Sherlock Holmes et son acolyte, Arent Hayes, a tout d’un Watson bodybuildé et bagarreur.

Inconvénient de l’affaire, notre enquêteur chevronné est aux fers, avec interdiction de sortir et donc, impossible pour lui d’enquêter sur les évènements étranges qui frappent le Saardam, comme s’il était victime d’une malédiction, celle de Old Tom.

Les meurtres en huis-clos sont les plus étranges, ici, navigant sur l’océan, nous entrons dans une autre dimension : personne n’a pu monter à bord ou s’en échapper et lorsqu’un meurtre aura lieu dans un cabine hermétiquement fermée, le huis-clos prendra encore plus d’ampleur, surtout qu’il a un arrière-goût de fantastique, de sorcellerie, de malédiction…

Possédant le pied marin, c’est avec enthousiasme que je suis montée sur le pont du Saardam et le mal de mer m’a pris par surprise, alors que tout le monde embarquait et que ça n’en finissait pas…

La mise en place traîne en longueur et il faut attendre encore d’être arrivé à la moitié pour que tout bouge enfin un peu plus. Il y a une profusion de personnages et s’ils sont bien tous décrits et reconnaissables, j’ai réussi à en confondre deux, malgré l’index dans les premières pages (le Chambellan Cornelius Vos et le Marchand-chef Reynier van Schooten).

L’auteur a réussi à me faire perdre le Nord, mélanger bâbord et tribord, confondu la proue et la poupe, tant son récit était mystérieux et que je ne parvenais pas à trouver les solutions à tous ces phénomènes étranges qui arrivaient aux passagers du Saardam.

D’où proviennent les voix qui parlent aux gens durant leur sommeil, qui a peint les signes sur la grande voile et gravé dans les caisses ? Qui est ce huitième bateau qui n’apparaît que la nuit ?

Sans les explications finales, je n’aurais jamais trouvé et si j’ai apprécié me faire balader de la sorte, avec 100 pages de moins, le rythme aurait été plus soutenu (la palissade, je sais). Le début fastidieux m’a fait boire la tasse.

Oui, la résolution était bien trouvée, digne d’un grand roman policier. Elle était inattendue, sans pour autant égaler le truc de ouf qu’il y avait dans le premier roman (Les sept morts d’Evelyn Hardcastle).

Attention, la résolution comportait une sacrée touche d’originalité que je n’ai pas vu venir. Le fantastique est expliqué, on reste dans le rationnel, alors que dans le premier roman, nous étions sans contestation aucune dans du fantastique.

Si j’avais lu les romans dans le désordre, j’aurais sans doute au plus de plaisir, puisque j’aurais monté de niveau. Ici, par rapport au précédent, cela fait un peu pâle figure, tout en restant un formidable roman d’aventures en mer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°008] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

La Traversée des Temps – 02 – La Porte du ciel : Eric-Emmanuel Schmitt

Titre : La Traversée des Temps – 02 – La Porte du ciel

Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Édition : Albin Michel (03/11/2021) – 581 pages

Résumé :
L’éternité n’empêche pas l’impatience : Noam cherche fougueusement celle qu’il aime, enlevée dans de mystérieuses conditions.

L’enquête le mène au Pays des Eaux douces la Mésopotamie où se produisent des événements inouïs, rien de moins que la domestication des fleuves, l’irrigation des terres, la création des premières villes, l’invention de l’écriture, de l’astronomie.

Noam débarque à Babel où le tyran Nemrod, en recourant à l’esclavage, construit la plus haute tour jamais conçue. Tout en symbolisant la grandeur de la cité, cette Tour permettra de découvrir les astres et d’accéder aux Dieux, offrant une véritable « porte du ciel ».

Grâce à sa fonction de guérisseur, Noam s’introduit dans tous les milieux, auprès des ouvriers, chez la reine Kubaba, le roi Nemrod et son architecte, son astrologue, jusqu’aux pasteurs nomades qui dénoncent et fuient ce monde en train de s’édifier.

Que choisira Noam ? Son bonheur personnel ou les conquêtes de la civilisation ?

Dans ce deuxième tome de la saga La Traversée des Temps, Eric-Emmanuel Schmitt met en jeu les dernières découvertes historiques sur l’Orient ancien, pour nous plonger dans une époque bouillonnante, exaltante, prodigieuse, à laquelle nous devons tant.

Critique :
Le premier tome m’avait emporté au néolithique, m’avait fait vivre un déluge, devenu ensuite, au fil des récits, LE Déluge biblique.

J’avais fait la connaissance de Noam, devenu Noé pour les récits, de Noura, la femme qu’il aime plus que tout et de Derek, celui qui était devenu un sale type.

C’est donc avec grand plaisir que j’ai replongé dans cette folle aventure qui décortique l’Ancien Testament, qui nous fait vivre une partie de ses grands épisodes, nous le montrant sous un autre jour et qui nous fait vivre aussi les débuts de l’Humanité.

Le côté Historique est bien rendu, on sent le travail de l’auteur derrière son récit, qu’il nous conte avec une facilité déconcertante, même si, le début de ce deuxième tome est un peu long et répétitif.

Noam, toujours amoureux de sa Noura, la cherche partout, marche énormément, découvre le Monde après un long sommeil réparateur (dans le sens premier du terme) et à un moment donné, j’ai eu l’impression que l’on tournait un peu en rond, tel un chien après sa queue.

Heureusement, une fois arrivé à Babel, le récit va redevenir intéressant, bouger, nous apprendre des choses, nous présenter des personnages intéressants et hautement attachants, tel la reine Kubaba et Gawan le sorcier (qui n’en est pas vraiment un, vous connaîtrez son truc si vous lisez le roman).

La tour de Babel, celle qui va s’écrouler… Je ne divulgâche pas, tout le monde connaît l’Histoire, le récit, la légende (biffez les mentions que vous ne gardez pas), de plus, la tour est représentée sur la couverture.

Par contre, je resterai muette sur l’autre épisode important de l’Ancien Testament dans lequel Noura aura une importance capitale, bien que je n’aie pas aimé son comportement de manipulatrice.

Dans ce récit, une fois de plus, la fiction se mêle habillement et intelligemment avec l’Histoire de l’Humanité et l’Ancien Testament. L’imaginaire est au pouvoir, le fantastique aussi (immortalité), sans jamais que cela devienne trop lourd.

La politique est bien présente, avec ses jeux de pouvoirs, ses guerres, ses ruses pour en éviter une, les débuts de l’espionnage, de l’écriture et la mégalomanie d’un roi qui ne se sent plus péter et se fait construire un immense phallus pour causer avec les Dieux. Faut de viagra©, sa tour débandera…

Le reproche que je ferai à cet opus, c’est le Grand Méchant, Nemrod. Oui, je sais, il existe des dictateurs, des tyrans encore pire que lui, plus sadiques, plus meurtriers, plus mégalos, bref des salopards qui n’auront aucunes circonstances atténuantes. Dans le rôle de l’ordure de service, il est parfait : seul, parano, violent, toujours à la recherche de plus de richesses…

Ce n’est pas le personnage de Nemrod que je remets en question, c’est l’homme qui se cache derrière le roi. Ceux et celles qui l’ont lus savent de qui je veux parler.

S’il y a bien un truc que je n’aime pas, en littérature, ce sont les méchants récurrents. Si Joe Dalton me fait rire, j’apprécie quand l’auteur crée d’autres méchants, au lieu de prendre toujours le même. D’accord, le méchant de ce roman est immortel aussi, mais j’espère qu’il ne va pas s’introduire dans toutes les peaux de tous les salopards de l’Histoire, sinon, je vais faire un malheur. De la diversité, que diable !

Hormis ce bémol, le récit m’a captivé et j’ai dévoré les 580 pages sur deux jours. Le projet de l’auteur est ambitieux : raconter, en 8 volumes, l’Histoire de l’Humanité. Mais le raconter à la manière de Dumas, avec des aventures, de la flamboyance, des amitiés (et sans ghost writer j’espère).

À la fois récit initiatique, quête, roman d’aventure, d’amour, roman historique, biblique, politique, religieux, polar, ce deuxième tome confirme tout le plaisir ressenti dans le premier, malgré mes bémols. Schmitt est un formidable conteur et je serai au rendez-vous pour la partie Égyptienne.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°006] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Nous, les vivants : Olivier Bleys

Titre : Nous, les vivants

Auteur : Olivier Bleys
Édition : Albin Michel (22/08/2018)

Résumé :
Perché dans les Andes (🇦🇷) à 4200 mètres d’altitude, le refuge de Maravilla défie la raison. C’est là, au ras du vide, que Jonas, un pilote d’hélicoptère venu ravitailler le gardien, se trouve bloqué par une tempête.

Dans la petite maison cernée par les neiges, il fait la connaissance d’un personnage étrange prénommé Jésus que l’on a chargé de surveiller l’improbable frontière entre l’Argentine et le Chili (🇨🇱).

Commence alors, dans l’immense solitude des montagnes, une longue randonnée dont le lecteur – et peut-être le narrateur – ne sait plus très bien s’il s’agit de la réalité ou d’un rêve.

Un roman envoûtant par l’auteur de Concerto pour la main morte et de Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes.

Critique :
Lorsque j’ai commencé la lecture de ce roman, je n’ai pas pris la peine de lire le résumé, je savais juste que l’histoire se déroulait dans un refuge des Andes, à la frontière entre l’Argentine et le Chili.

Jonas, pilote d’hélicoptère, est envoyé ravitailler le refuge de Maravilla. Une tempête le bloque avec les deux autres hommes et à partir de là, j’ai mis un moment à comprendre où l’auteur voulait en venir.

Non, non, oubliez les récits d’anthropophagie, de survivalisme ou plus trivial de partouze entre mecs. Rien de tout cela, malgré tout, il y avait comme une atmosphère bizarre dans le récit, comme si tout contribuait à retenir Jonas, le pilote, dans le refuge.

Le récit se lit assez vite, le style est simple, sans pour autant être simpliste. Les décors sont assez bien décrits et l’auteur arrive sans problème à nous immerger dans la neige, le froid et l’immensité des montagnes. La Nature est un personnage à part entière et ne pas l’écouter serait dangereux, à cet endroit.

Si Jonas, le pilote, est normal, les personnages du refuge, par contre, ne sont pas banals du tout. Surtout le vérificateur de frontière, Jésus (non, je ne ferai pas mon mauvais jeux de mots qui pourrait choquer les gens).

Tu fais quoi dans la vie ? Ben je vérifie la frontière entre l’Argentine et le Chili… Ben mon vieux ! Déjà que tu ne portes pas un prénom des plus facile… Même si, en Amérique du Sud, il soit plus courant que dans nos contrées.

Ce roman est un huis-clos qui ne devient jamais oppressant, sauf lorsque l’on se demande si tout n’est pas en train de se liguer contre Jonas, l’empêchant de quitter cette montagne.

L’élément fantastique semble être tout proche et pourtant, non, rien de fantastique, dans le fond. Mais la chute pourrait être brutale, si on ne la voit pas venir… Je l’avais pressentie, malgré tout, ce fut un choc de constater que j’avais raison.

Un roman bizarre, que j’ai lu sans vraiment l’apprécier, mais sans le détester. Pas d’ennui ressenti, mais zéros émotions.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°18).

Au cœur des ténèbres / Le cœur des ténèbres : Joseph Conrad

Titre : Au cœur des ténèbres / Le cœur des ténèbres

Auteur : Joseph Conrad
Édition : Le Livre de Poche (2012)
Édition Originale : Heart of darkness (1889)
Traduction :

Résumé :
C’est une lente et funèbre progression qui mène le capitaine Marlow et son vieux rafiot rouillé, par les bras d’un tortueux fleuve-serpent, jusqu’au « cœur des ténèbres. » Kurtz l’y attend, comme une jeune fille endormie dans son château de broussailles. Ou comme Klamm, autre K., autre maître du château tout aussi ensorcelé de Kafka.

Le récit, au fil de la remontée d’un fleuve en forme de serpent, nous entraîne dans une expédition au cœur du continent africain, peuplé de combattants invisibles et de trafiquants d’ivoire rongés par la fièvre.

C’est l’un d’eux, M. Kurtz, que Marlow, le narrateur, est chargé par sa compagnie de ramener en Europe. Mais le responsable du comptoir perdu s’est « ensauvagé », et les indigènes tentent de s’opposer à son départ…

Éminemment moderne, le récit de Conrad, écrit en 1902, suscitera toutes les interprétations : violent réquisitoire contre le colonialisme, féconde représentation d’une libido tourmentée, rêverie métaphysique sur l’homme et la nature, chacun de puiser selon son désir dans ce texte d’une richesse et d’une portée sans limites. Car au bout du voyage, les ténèbres l’emportent.

L’illusion domine un monde où pulsions de mort, masques et travestissements ont stérilisé l’amour. Mais pas le rêve qui, par la magie de cette écriture inflexible, se lève et déploie ses splendeurs comme une brume aux échos incertains.

Critique :
De temps en temps, je sors des sentiers battus et je quitte mes lectures habituelles pour aller découvrir d’autres territoires littéraires.

Pour cela, le choix des libraires dans l’émission « La grande librairie » est un vivier important dans lequel je m’amuse à aller puiser. Hélas, ce n’est pas toujours le coup de cœur assuré.

Je ne tournerai pas autour du pot : ma lecture a été étrange.

Sans détester ce roman, sans jamais passer des pages, je n’ai jamais réussi à m’intégrer dans l’histoire, comme si le récit et moi avions navigué en parallèle, sans jamais nous croiser.

L’atmosphère du récit est étouffante et assez onirique. L’auteur, par le truchement de son personnage du capitaine Charles Marlow, utilise une forme de narration complexe, la rendant opaque et sans les notes en fin d’ouvrage, que j’ai consulté à chaque renvoi, j’aurais loupé une partie de ses insinuations, de ses comparaisons, de ses images.

Le récit est une charge contre la colonisation en général, même si ici elle concerne le Congo, qui, à l’époque de la publication, appartenait à Léopold II, notre ancien roi (qui ensuite se débarrassa du Congo en le donnant à la Belgique).

Par le biais d’une société belge (dont il est l’actionnaire principal), le voici donc propriétaire d’une vaste partie du territoire et il ne s’est pas privé d’en exploiter les richesses. Je n’irai pas plus loin dans les pages sombres de l’Histoire.

Le capitalisme débridé, décomplexé, c’est contre lui que Marlow mène la charge : une société peut s’accaparer tout un pays et exploiter la population, voler ses richesses, massacrer pour de l’ivoire. Non, non, rien n’a changé.

Ce qui frappe dans ce récit, c’est que l’auteur avait déjà tout compris : la civilisation n’est qu’un vernis et lorsque le vernis craque, c’est Néandertal qui apparaît (et j’insulte Néandertal). Les sauvages ne sont pas ceux que l’Homme civilisé désigne : les autres, les habitants du pays qu’ils ont colonisé.  Que nenni, les sauvages, ce sont les Hommes Blancs, même si les Africains qui peuplent ce roman se font rhabiller pour l’hiver aussi.

L’auteur a une manière bien à lui de décrire la jungle, la rendant oppressante, vivante, faisant d’elle un personnage à part entière du récit. La Nature peut nourrir, comme elle peut tuer.

Oui, le roman de Conrad est puissant, son écriture n’est pas simple, que du contraire. Le côté sombre de l’Homme est bien mis en avant dans son récit, la remontée du fleuve sinueux étant une belle représentation, jusqu’à leur arrivée au cœur des ténèbres.

Malgré tous ces points forts, malgré le fait que j’ai lu ce roman en deux jours, il me reste cette impression que je suis passée à côté, que la rencontre n’a pas eu lieu entre nous, que l’étincelle a manqué pour mettre le feu à ma lecture.

Il n’ira pas caler un meuble bancal : ce roman n’est pas mal écrit, il m’a juste été impénétrable, comme une jungle. Il aborde des thèmes forts comme le capitalisme à tout prix (quoiqu’il en coûte), le colonialisme et la folie, et ce, à une époque où le colonialisme n’était absolument pas mal vu.

Pas de chance pour ma première lecture de l’année… D’habitude, cela se termine par un coup de cœur, ce ne sera pas le cas pour ce début d’année. Pourtant, je ne regrette pas d’avoir lu ce roman.

Comme je vous l’avais dit, c’était une lecture singulière et ma chronique en est le reflet : le cul entre deux chaises.

Challenge Le tour du monde en 80 livres chez Bidb (Pays : Pologne)

Pour se coucher moins bête : Apocalypse Now est un film américain réalisé par Francis Ford Coppola, sorti en 1979. Ce film est une adaptation libre de la nouvelle « Au cœur des ténèbres » (Heart of Darkness) de Joseph Conrad, parue en 1899.

 

Outlander – Intégrale 01 – Le chardon et le tartan : Diana Gabaldon [LC avec Bianca]

Titre : Outlander – Intégrale 01 – Le chardon et le tartan

Auteur : Diana Gabaldon
Éditions : J’ai Lu (2017/2018) – 853 pages
Édition Originale : Outlander (1991)
Traduction : Philippe Safavi

Résumé :
Au cours d’une promenade sur la lande, elle est attirée par des cérémonies étranges qui se déroulent près d’un menhir. Elle s’en approche et c’est alors que l’incroyable survient : la jeune femme est précipitée deux cents ans en arrière, dans un monde en plein bouleversement ! 1743. L’Ecosse traverse une période troublée.

Les Highlanders fomentent un nouveau soulèvement contre l’occupant anglais et préparent la venue de Bonnie Prince Charlie, le prétendant au trône.

Plongée dans un monde de violences et d’intrigues politiques qui la dépassent, Claire ne devra compter que sur elle-même pour surmonter les multiples épreuves qui jalonnent ce formidable voyage dans le temps.

Elle connaîtra l’aventure et les périls, l’amour et la passion. Jusqu’au moment crucial où il lui faudra choisir entre ce monde palpitant qu’elle aura découvert et le bonheur qu’elle a connu et qui, désormais, lui paraît si lointain…

Critique :
Le pitch est un vieux truc qui marche toujours : une personne se retrouve projetée dans une époque qui n’est pas la sienne.

Soit cela donne lieu à des comédies du genre Les Visiteurs ou de Retour Vers Le Futur, soit cela reste dans le réalisme et donc, c’est le drame total.

Imaginez-vous projetés dans le passé, en 1743, en Écosse, pays des Higlanders qui se baladent sans rien sous leur kilt…

C’est l’horreur car, venant du futur (1947), vous ne connaissez pas les codes de cette société patriarcale, ni leur culture. Bref, vous êtes pire qu’une bleue et en plus, vous êtes une femme… Plutôt galère comme plan !

C’est dans ce genre de situation que l’on se dit qu’on aurait dû mieux écouter aux cours d’histoire (si tant est que le prof a causé des fiers Highlanders) ou avoir son Manuel des Castors Juniors dans sa poche…

Si au départ le récit m’a emporté, poussé par le souffle de la grande aventure, force est de constater que le soufflé, à un moment, est retombé et que le récit a pris des allure de torture croisée avec un escargot rachitique, tellement c’était long et laborieux à la lecture.

Souvent, je me suis plainte que des auteurs de romans historique avaient été avares dans les détails concernant l’époque, radins avec les atmosphères propres à nous immerger totalement dans la période concernée…

Ici, c’est le contraire ! L’auteure a été trop généreuse avec les détails historiques, avec les atmosphères propres à un manoir d’un laird et elle nous noie totalement dans ses textes, ses dialogues, ses explications… À croire que l’auteure était payée à la ligne tellement il y a des passages inutiles dans ce récit.

C’est bien simple, je pense que je pourrais aller soutenir une thèse sur les Highlanders après cette lecture. Le but est louable, ça rend le récit plus réaliste, mais cela produit le même effet que l’excès de sucre : indigestion au bout d’un moment.

Les personnages maintenant… Claire Beauchamp-Randall, propulsée dans ce monde inconnu, s’adapte assez bien (mieux que je je le ferais) mais ne peut s’empêcher d’ouvrir un peu trop souvent sa bouche, oubliant que dans cette société, la femme n’a pas de droit.

Claire sort de la Seconde Guerre Mondiale où les femmes se sont émancipées et se sont débrouillées sans les hommes… En tout cas, au pays des kilts et des plaids, notre Claire oubliera vite son époux Franck et y pensera très très peu. Loin des yeux…

Et puis, à certain moments, Claire semble adulte et à d’autres, elle se comporte comme une midinette jalouse, comme une ado pas encore sûre des sentiments de l’autre… Elle a été infirmière durant la guerre, elle a connu le Blitz, a été mariée, séparée de son mari durant le conflit et elle se comporte parfois comme une gamine.

Le plus difficile à cerner sera le personnage de Jamie MacTavish : d’un côté, on le découvre en gentleman civilisé avec le sexe faible, il deviendra rouge de confusion lorsque Claire lui proposera de dormir sur le sol de sa chambre parce qu’il est moins froid que le sol du couloir (il restera dans le couloir), il s’avoue puceau (toutes les putes qu’il a croisées étaient en fin de carrière)…

Puis, d’un autre côté, plus tard, il lui avoue que lorsqu’il l’a rencontrée, il a eu envie de la violer pour enfin perdre son pucelage (alors qu’il n’est que haine envers celui qui a déshonoré sa sœur), il la frappe pour la punir de sa désobéissance et un soir, il la bourre (il laboure ?) comme un malade, se moquant qu’elle n’en ait pas vraiment envie…

Et elle lui pardonnera ! Oui, parce qu’elle avait sans doute mérité… Désolée, ça coince.

D’accord, Jamie n’est que le reflet de cette société patriarcale, faite de guerriers virils qui aiment de  prendre des coup, montrer qu’ils sont les maîtres, violenter femmes et enfants, clouer par l’oreille des petits voleurs et hurler à la sorcellerie pour un oui ou pour un non.

Nom de Zeus, au début du récit, Jamie semblait être différent des autres, gentleman au point de se prendre une correction à la place d’une jeune fille qui avait trop fricoté avec un homme, homme d’honneur au point de ne pas en vouloir à Claire de l’avoir mis dans une situation délicate envers ses oncles… Capable de prendre des risques pour sauver Claire, mais aussi de la violenter. Souvent Jamie varie, bien folle est qui s’y fie.

Une autre chose qui m’a dérangée, c’est le luxe de détail de toutes les tortures subies par Jamie dans ce roman ! Certes, ce n’est pas une époque Bisounours, la violence est inhérente, mais il y avait moyen de rester vague et de ne pas raconter ces horreurs durant des pages et des pages.

À mon avis, chez Jamie, il n’y a que son petit orteil droit qui a été épargné de tout coups de poings, de couteau, de balle à mousquet, de baffes, de flagellations, de tortures… Même ses bourses ont été empoignées, la peau de ses fesses flagellé et le petit couloir puant a été investi lui aussi… Aucun détail ne nous est épargné. Trop c’est trop.

Si le départ avait bien commencé, je me suis vite retrouvée à m’ennuyer un peu dans ce récit et je ne me suis pas gênée pour sauter des passages longs et mortellement ennuyeux. Il y a peu d’action et cette dernière est noyée dans tellement de texte, tellement de détails de tortures, qu’à la fin, elle ne me disait plus rien.

Avec 200 pages de moins, cela aurait donné un peu plus de piment au récit. Trop de pathos nuit au pathos.

Pour fêter les 4 ans de nos LC, Bianca et moi avions coché une sacrée brique, hélas, le pavé a tourné à l’indigestion… Les défauts l’emportent sur les qualités et pour ma part, j’arrêterai la saga ici.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°75].

Ghost kid : Tiburce Oger

Titre : Ghost kid

Scénariste : Tiburce Oger
Dessinateur : Tiburce Oger

Édition : Bamboo Edition (19/08/2020)

Résumé :
La dernière expédition d’un vieux cow-boy pour retrouver sa fille inconnue.

Malgré les rhumatismes, « Old Spur » Ambrosius Morgan persiste à rouler sa bosse et ses éperons de ranch en ranch. Un jour, une lettre de la femme qu’il aima des années auparavant lui apprend qu’il est le père d’une jeune femme, Liza Jane Curtis, et que celle-ci a disparu depuis son départ pour l’Arizona.

Le vieux cow-boy décide de partir à sa recherche, accompagné du fantôme d’un jeune Apache qu’il croit être le seul à voir.

Critique :
Avril 1896, nord du Dakota, sous la neige. C’est là que nous ferons connaissance avec le vieil d’Ambrosius Morgan, alias Old Spur, vacher solitaire qui passe l’hiver dans une cabane à des jours et des jours de toute civilisation.

C’est un vrai ♫ Poor lonesome cow-boy ♪ et c’est aussi une fine gâchette, comme Lucky Luke.

Pour ceux et celles qui aiment les westerns, voilà un one-shot qui te claque dans la gueule et qui fait plaisir à lire tant les codes sont respectés mais aussi savamment utilisés.

Découvrir Old Spur dans son métier de vacher, perdu au fin fond du trou du cul du Dakota (après le gros côlon, tournez à gauche) permet de se familiariser avec l’animal bourru qu’est notre vacher solitaire qui parle aux chevaux et qui évite au possible la compagnie des hommes, sauf si c’est un vieux vacher grincheux comme lui.

Tiburce Oger, je l’avais découvert dans la saga (non terminée) : La piste des ombres. Ses dessins m’avaient décontenancées, à l’époque, et j’avais mis un certain temps à m’y habituer. Pour cet album, j’étais fin prête et pour une fois, j’ai aimé ses dessins, ses paysages magnifiques, sur des pleines pages (à la neige ou au soleil) et ses chevaux tout en os.

Partant avec un scénario classique du vieil homme à qui l’on apprend qu’il est père et que sa fille a disparu à la frontière mexicaine, avec son mari, suite à une attaque, le reste de l’album n’a rien de classique tant l’auteur est allé dans des directions auxquelles je ne m’attendais pas, comme celle de lui adjoindre un enfant dont il se demande s’il n’est pas un fantôme.

Old Spur, malgré ses défauts, est un cow-boy auquel on s’attache de suite, il représente la figure d’un grand-père grognon que l’on aurait aimé avoir, tant sous ses airs chiffonnés, il y a un cœur qui bat et que l’homme n’aime pas les injustices.

Sa quête ne sera pas simple, elle sera semée d’embuche, de mauvaises rencontres, d’incidents, de choses bizarres. Old Spur est un vieux cow-boy sur le retour, la Frontière n’existe plus, son mode de vie va petit à petit s’éteindre. Bref, nous ne sommes pas en compagnie d’un type fringant et aux plus belles heures de la Conquête de l’Ouest (elle n’était pas belle pour tout le monde, bien entendu).

Petit clin d’œil à la série Undertaker de Meyer et Dorison dans ce récit car notre Old Spur va enterrer un croque-mort, entouré de vautours.

La pagination importante permet à l’auteur de prendre son temps pour nous présenter son anti-héros, pour ne le montrer dans sa vie de cow-boys reclus, pour mettre en place le début de sa quête et nous présenter un long voyage, sans que tout cela soit précipité et sans que cela devienne ennuyeux.

Une excellente bédé western qui reprend tous les codes de genre, qui les utilise à bon escient, afin de nous immerger totalement dans l’Ouest, sauvage, celui aux paysages merveilleux, auxquels l’auteur rend honneur avec ses dessins.

Une magnifique bédé western, qui, si elle possède un scénario classique, arrive tout de même à sortir du lot grâce à ses dessins, à ses grandes planches esthétiques qui sont autant de pause agréable dans le récit, ainsi que par ses personnages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°51], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°82],  Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 80 pages).

Tout le bleu du ciel : Mélissa Da Costa [LC avec Bianca]

Titre : Tout le bleu du ciel

Auteur : Mélissa Da Costa
Édition : Le Livre de Poche (2020) – 838 pages

Résumé :
Petiteannonce.fr : Émile, 26 ans, condamné à une espérance de vie de deux ans par un Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) pour partager avec moi ce dernier périple.

Émile a décidé de fuir l’hôpital, la compassion de sa famille et de ses amis. À son propre étonnement, il reçoit une réponse à cette annonce.

Trois jours plus tard, avec le camping-car acheté secrètement, il retrouve Joanne, une jeune femme, qui a pour seul bagage un sac à dos, un grand chapeau noir, et aucune explication sur sa présence. Ainsi commence un voyage stupéfiant de beauté.

À chaque détour de ce périple naît, à travers la rencontre avec les autres et la découverte de soi, la joie, la peur, l’amitié, l’amour qui peu à peu percent la carapace de douleurs d’Émile.

Critique :
Si l’on vous annonçait que vous n’aviez plus que pour 2 ans à vivre, que feriez-vous ? Sachant que la maladie qui vous frappe de plein fouet dans votre jeunesse est un Alzheimer précoce…

Émile à 26 ans et est condamné à mourir dans un hôpital, sa mémoire fichant le camp au fur et à mesure. Lui, ce qu’il veut, c’est voyager et mourir ailleurs qu’à l’hosto. Il achète donc un camping-car et passe une petite annonce pour avoir un compagnon de voyage. Ce sera une jeune fille : Joanne.

Lorsque je suis montée dans ce camping-car, je m’y suis sentie bien, même si l’histoire ne roulait pas vite, même si l’histoire était constituée de phrase somme toute banales. De poncifs, de gestes du quotidien.

Les personnages me plaisaient, sans m’enthousiasmer et j’avais envie de tracer la route avec eux, de chausser mes godasses de rando et d’aller avec ma tente sur le dos faire un périple avec eux deux dans les Pyrénées. Bianca, qui faisait cette LC avec moi, est descendue à la première pompe d’essence et s’est enfuie en courant…

Ce roman a des airs de feel-good book, même si l’on se doute que l’on va lire la chronique d’une dégénérescence annoncée et que cela se terminera pas le décès d’Émile, sauf si les médecins se sont mis le doigt dans l’œil. Mais ça, se serait très con.

Effectivement, il ne se passe pas grand-chose dans ce gros pavé, l’auteure prenant la peine de nous décrire les gestes du quotidien, les repas, la cuisson des pâtes, la confection des salades, les achats de matériel pour la rando…

Rassurez-vous, il n’y a pas que ça ! Ce roman possède aussi ses petits moments d’émotions, ses petites touches de tendresse, de prises de conscience, cette amitié qui grandit et même de très grands moments remplis d’émotions larmoyantes.

Les descriptions des paysages sont bien présentes et cela donne l’impression d’être dans les Pyrénées, de marcher avec eux, de ressentir la soif, la fatigue. Là, je me suis retrouvée.

L’auteure a pris la peine de doter Émile et Joanne d’un passé et si celui d’Émile nous est divulgué assez vite, il faudra passer le cap de plus de la moitié pour apprendre ce qui rend Joanne aussi mélancolique. Joanna est un personnage très touchant, elle parle peu mais elle a une présence énorme dans ces pages.

Quant à Émile, il est encore plus touchant avec ses pertes de mémoires qui le rendent totalement perdu, presque fou de ne pas savoir ce qu’il fait là, triste d’avoir oublié ce qu’il  a fait ces deux derniers jours. Alzheimer n’est pas une maladie facile pour l’entourage et comme on oublie les souvenirs les plus récents, c’est Joanne qui va trinquer…

Bizarrement, l’extrême lenteur du récit ne m’a pas dérangée (contrairement à d’autres romans), même si, au bout d’un moment, la lassitude s’est installée (j’avais tout de même dépassé le cap de la page 560). Trop long, c’est trop long (je vous offre cette pensée philosophique de haut vol).

Ce sera mon plus gros bémol pour cette lecture : 838 pages, c’est trop ! Il y avait moyen de nous expliquer le périple de nos deux compagnons de voyage avec 250 pages de moins, ce qui aurait donné plus de rythme au récit. Le début est poussif, c’est là que j’ai perdu ma copinaute de lecture…

Pourtant, le voyage était intéressant à faire car il n’était pas qu’un simple voyage au gré des envies de nos deux compagnons, non, c’était surtout un voyage à l’intérieur d’eux-mêmes, une introspection, afin de perdre tout ce qui n’était pas bon pour leur esprit, leur coeur. Une sorte de grand nettoyage de printemps dans leur tête, une vidange de tout ce qui leur broyait le cœur et leur donnait des idées noires.

Ce voyage était initiatique pour eux deux et le pari fut réussi. À nous de faire sortir les scories de nos esprits et de ne garder que le plus beau, le plus lumineux, le plus agréable de nos vies.

Lu dans sa version Livre de Poche de 838 pages.

Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

L’Arabe du futur – Tome 1 – 1978-1984 : Riad Sattouf

Titre : L’Arabe du futur – Tome 1 – 1978-1984

Scénariste : Riad Sattouf
Dessinateur : Riad Sattouf

Édition : Allary (2014)

Résumé :
Un roman graphique où Riad Sattouf raconte sa jeunesse dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez al-Assad.

Né en 1978 d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf grandit d’abord à Tripoli, en Libye, où son père vient d’être nommé professeur.

Issu d’un milieu pauvre, féru de politique et obsédé par le panarabisme, Abdel-Razak Sattouf élève son fils Riad dans le culte des grands dictateurs arabes, symboles de modernité et de puissance virile.

En 1984, la famille déménage en Syrie et rejoint le berceau des Sattouf, un petit village près de Homs. Malmené par ses cousins (il est blond, cela n’aide pas…), le jeune Riad découvre la rudesse de la vie paysanne traditionnelle.

Son père, lui, n’a qu’une idée en tête: que son fils Riad aille à l’école syrienne et devienne un Arabe moderne et éduqué, un Arabe du futur.

Critique :
Cela faisait longtemps que j’entendais parler de cette bédé graphique et j’ai eu envie de découvrir la jeunesse de l’auteur en Lybie avant de se retrouver en Syrie.

Pas facile d’éduquer un enfant lorsque les parents sont issus de cultures différentes. La mère est Française et le père est Syrien.

Libéral, Abdel-Razak Sattouf ne pratique pas la religion mais est pétri de contradiction car il est interdit de manquer de respect à Dieu.

Dans la Lybie de Kadhafi, personne ne meurt de faim, tout le monde a un travail et un toit sur sa tête… Oui, mais à quelles conditions ! Horribles…

Les maisons ne peuvent posséder de serrure et elle appartient au premier qui entre dedans (même si vous y étiez avant), pour la nourriture, ce sont des colis et c’est pas la gloire, quand au travail, on dirait que personne ne bosse sur les chantiers et en plus, demain, on peut vous permuter avec un autre travailleur. Vous étiez prof et demain vous pouvez être paysan. Le paysan fera votre job de prof.

Je ne suis pas fan des dessins, mais ils donnent un petit air amusants aux situations qui ne le sont pas toujours. Les tons monochromes changent selon le pays où se déroule l’histoire et ne m’ont pas dérangés durant la lecture.

Ce qui m’a gêné un peu, ce sont les comportements des différents personnages. La mère de Riad est quasi muette, ne se rebelle jamais, ne donne jamais son avis, elle est aussi transparente qu’une ombre alors qu’il y a des situations où elle aurait dû se rebeller.

Son père est pétri de contradictions, adorateurs des dictateurs, de la guerre (mais il a fait en sorte de ne pas faire son service militaire), beau parleur, rêveur et pense que tous les français sont racistes alors que lui même traite les Africains de Négros.

Quant aux enfants qui croiseront la route du petit Riad en France, ils ont l’air d’être tout droit sorti d’un asile psychiatrique…

Ok, à 4 ans, nous ne devions pas être des enfants intelligents, mais ici, même leurs comportements sont totalement barrés. À la limite de la glauquitude et du malaise. Non, je ne me souviens pas de mes 4 ans, encore moins de mes 6 ans, si je devais les illustrer, je serais bien en peine de le faire, n’ayant plus de souvenirs. Riad Sattouf a, par contre, une excellente mémoire, lui !

Les clichés sont eux aussi de mises. Les années 70/80 étaient un magnifique terreau pour que les commentaires sexistes poussent comme des chiendents et le grand-père du petit Riad a du recevoir de l’engrais à fond !

Je ne sais si l’auteur a voulu illustrer la mentalité de l’époque, la présenter comme il la voyait avec ses yeux d’enfant où si son grand-père maternel était ainsi…

Pareil pour sa grand-mère paternelle et le frère aîné de son père qui réunissent, à eux seuls, bien des clichés, sans pour autant les rendre drôles. Les adultes paraissent toujours bizarres aux yeux des enfants, mais là, ils m’ont paru bizarre à l’adulte que je suis. Et lorsqu’ils arriveront en Syrie, ce sera encore pire !

En tout cas, l’auteur a bien illustré le changement de comportement de son père, une fois de retour dans son pays natal après 17 ans d’exil. La pression de la famille, la peur de ne pas faire comme les autres le pousseront à adopter les comportements, les réflexions, les habitudes vestimentaires des syriens, à répéter leurs idées préconçues, à voir Satan partout, surtout dans les femmes…

En lisant cette bédé, j’ai appris plein de choses sur la vie en Tunisie et en Syrie… À se demander ce que le père du petit Riad trouvait de chouette à vivre là-bas, hormis le gros salaire qu’il touchait en Tunisie, pour le reste, sa vie aurait été meilleure en France, mais jamais il ne fera l’effort de s’y installer, préférant ne voir que ce qui l’arrange. Une mauvaise foi pareille, c’est affligeant ! À tel point que ça devenait lourd au fur et à mesure de ma lecture.

Pour les clichés, je reste dubitative… Étaient-ils réels (et alors, ce n’étaient pas des clichés), était-ce juste les souvenirs brumeux de l’enfant qu’était Riad Sattouf ou sont-ils juste ce que la majorité des occidentaux pensaient des musulmans dans les années 80 ? Je ne le saurai sans doute jamais…

Je n’ai rien contre les stéréotypes quand ils sont utilisés à bon escient pour faire rire (comme dans Astérix), pour piquer ceux qui les utilisent encore et toujours… Ici, c’était un vrai festival et j’étais contente d’arriver à la fin de cette lecture car cela devenait lourd.

Pas tout à fait conquise par cette bédé, malgré tout, je continuerai à lire la suite dès que l’occasion se présentera afin de savoir comment tout cela va finir…

Le père de Riad va-t-il enfin arrêter sa mauvaise foi horripilante et sa conversion religieuse (lui qui ne croyait en rien et mangeait du porc en France) ? Sa mère va-t-elle enfin entrer en révolution ?

L’Histoire Secrète – Tome 05 – 1666 : Jean-Pierre Pécau et Léo Pilipovic

Titre : L’Histoire Secrète – Tome 05 – 1666

Scénariste : Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Léo Pilipovic

Édition : Delcourt – Série B (2006)

Résumé :
Londres, 1666. Erlin sert aujourd’hui les intérêts de la couronne d’Angleterre. Une succession de crimes étranges mettent l’Archonte sur la piste de Dyo, censé pourtant avoir disparu au cours du siège de Magdebourg.

L’alliance de Dyo avec les frères rouges de Guillaume de Lecce expliquerait la présence de moines mystérieux qui hantent les sous-sols des bouges londoniens.

Critique :
Effectivement, ce n’est pas très malin de commencer une série bédé par le cinquième tome.

Cela freine la compréhension puisque l’on ne sait pas ce qu’il s’est passé avant (même si on a un résumé des derniers tomes).

Si je l’ai sélectionné, c’est pour le fait qu’il se déroulait à Londres et que c’était parfait pour le Mois Anglais.

Cette saga est avant tout dans le fantastique, l’ésotérique et la dystopie.

Londres, 1666. Une nouvelle théorie pour le grand incendie. Ces derniers jours, cela fait déjà la deuxième sur le même sujet (et toujours dans l’axe du fantastique).

Si j’ai trouvé les couleurs des premières pages assez criardes, j’ai été rassurée en comprenant que ce n’était que pour les explications du début, ensuite elles sont tout à fait normales et tant mieux pour mes yeux.

Les dessins sont bien exécutés eux-aussi et j’ai apprécié déambuler dans ce Londres entièrement en bois même en sachant comment ça allait se terminer.

En ce qui concerne les sociétés secrètes, je n’ai pas tout compris puisque je n’ai pas encore lu les premiers tomes, mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier ma lecture et les différents personnages, notamment Isaac Newton et le huguenot George Soubise, celui qui doit être apparenté aux castors, vu comment il travaille avec sa queue.

Le mystère a leu du côté du Club Hellfire où les prostituées disparaissent mystérieusement et où le lecteur apercevra des être bizarres dont on a fermé tous les orifices (oui, tous !).

Ma foi, on aurait pu avoir du plus horrifique que ce que j’ai lu puisque nous avions ces espèces d’onculus, des goules, des morts-vivants, des immortels, des vampires d’un autre genre…

Bref, si le plaisir de lecture est au rendez-vous, si l’action était présente, les chocottes n’y étaient pas. Les temps morts non plus, ce qui est toujours une bonne chose.

Attention, la bédé n’est clairement pas pour les petits n’enfants… Nous avons tout de même une Bellepaire de Loches et des fesses bien fournies (mais pas de bite, hélas, les femmes sont les grandes perdantes dans le voyeurisme).

La collection comportant 36 tomes (pour le moment), je ne pense pas que je vais la suivre, mais je lirai au moins les premiers tomes afin d’en savoir plus sur les archontes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°299], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°52], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages) et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.