Le silence et la fureur : Natalie Carter & Nicolas d’ Estienne d’Orves [LC avec Bianca]

Titre : Le silence et la fureur

Auteur : Natalie Carter & Nicolas d’ Estienne d’Orves
Édition : XO Thriller (01/03/2018)

Résumé :
Un lac perdu de l’Ontario, et au milieu, une petite île escarpée où souffle le vent mauvais du soupçon. Max King, pianiste adulé dans le monde entier, y vit reclus dans sa maison, prisonnier de ses obsessions et de ses cauchemars.

Il y a dix ans, un drame l’a condamné au silence : la moindre note sur le clavier provoque en lui d’effrayantes douleurs. Pour cet immense artiste, la musique est devenue un bourreau. Mis à part sa gouvernante, Max King ne voit personne.

Ni sa femme Fiona, ni son fils Luke, qui a quitté l’île et que tout le monde surnommait le « petit prince ». Un futur pianiste de génie, comme son père. Le retour de Luke résonnera comme un cataclysme sur cette terre maudite.

Et du silence jaillira bientôt la fureur.

Critique :
♫ Smoke on the water, fire in the sky ♪ Smoke on the water ♫

Non, on ne parlera pas de Deep Purple, mais on va causer musique tout de même car elle est en arrière-fond de ce thriller psychologique en huis-clos.

Une île au Canada, un pianiste de talent, sa femme à tout faire et un silence assourdissant avant que la fureur ne se déclenche…

Un lieu retiré, un village qui a tout du village fantôme depuis que Max King, virtuose du piano qui remplissait les salles encore plus vite que Johnny, Madonna et U2  réunis, a arrêté de jouer suite à une catastrophe arrivée à un de ses concerts.

Notre homme a beau vivre en reclus, être perclus de manies, se comporter comme un enfant, avoir d’un tyran maniaque, il attire tout de même la sympathie car il est incapable de jouer de la musique, de lire une partition, d’écouter de la musique à la radio, sous peine d’avoir l’impression qu’une perceuse lui vrille la tête.

Dans sa maison, la musique est coupée, interdit de la fredonner, pourtant, elle est sans cesse en arrière-plan, jouant à « on m’entend », « on m’entend plus ». Lui-même voudrait bien, mais il ne peut point.

L’arrivée d’un visiteur surprise arrivera-t-elle à le sortir de sa gangue de plomb dans lequel son corps, son esprit, son talent, est enfermé, englué, prisonnier ??

Sa femme à journée, celle qui s’occupe de lui constamment, arrivera-t-elle à lui lâcher un peu la bride et à cesser de s’en occuper comme si c’était son enfant, celui dont on ne veut pas qu’il grandisse, des fois qu’il n’ait plus besoin de nous ??

Si on transposait ce roman en film, je recommanderais, en fond sonore, une musique angoissante, celle qui dresse les poils sur les bras (L’exorciste) car tout est fait pour nous donner l’impression que l’on avance à vue, dans la fumée, tâtonnant afin d’en savoir plus, tandis que les auteurs nous guident dans leur thriller psychologique, jouant avec nous comme si nous étions leurs pantins.

Même les personnages sont les pantins des auteurs. On ne sait pas qui ment, qui dit la vérité, si vérité il y a et mensonges aussi. On se pique au jeu, on se prend dans le récit angoissant, bourré de tensions, sans pour autant avoir de l’action, car ici, tout est dans les attitudes, les silences, les paroles, les gestes, des différents personnages.

Le final, lui, il est époustouflant, violent, angoissant, anxiogène, rempli de suspense et tous les secrets enfouis referont surface, pour le meilleur, ou pour le pire.

Un roman qui fait monter la tension et les battements cardiaques.

Enfin, du moins chez moi car Bianca, ma copinaute de LC, n’a pas du tout aimé le récit, n’a pas su entrer dedans et à trouver le final ignoble. Je confirme qu’il est ignoble, mais j’ai adoré.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°22.

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Les femmes de Heart Spring Mountain : Robin MacArthur

Titre : Les femmes de Heart Spring Mountain

Auteur : Robin MacArthur
Édition : Albin Michel – Terres d’Amérique (30/01/2019)
Édition Originale : Heart Spring Mountain (2018)
Traducteur : France Camus-Pichon

Résumé :
Août 2011. L’ouragan Irene s’abat sur le Vermont, laissant derrière lui le chaos et la désolation.

Loin de là, à La Nouvelle-Orléans, Vale apprend que sa mère a disparu lors du passage de la tempête.

Cela fait longtemps que la jeune femme a tourné le dos à sa famille, mais cette nouvelle ne lui laisse d’autre choix que de rentrer chez elle, à Heart Spring Mountain.

Elle y retrouve celles qui ont bercé son enfance : la vieille Hazel qui, seule dans sa ferme, perd la mémoire, et Deb, restée fidèle à ses idéaux hippies.

Mais si elle est venue là dans le seul but de retrouver sa mère, c’est aux secrets des générations de femmes qui l’ont précédée que Vale va se confronter, réveillant son attachement féroce à cette terre qu’elle a tant voulu fuir.

Après « Le Coeur sauvage », un recueil de nouvelles unanimement salué par la critique et les libraires, Robin MacArthur signe, d’une écriture pure et inspirée par la nature sauvage du Vermont, un émouvant premier roman sur le lien à la terre natale, et offre une réflexion lumineuse sur l’avenir de notre planète.

Critique :
Si Patrick Juvet lit ce roman, il chantera ♫ Où sont les hommes ? ♪ car dans ces pages, les hommes sont les grands absents.

Bon, ils sont passés un jour, puisque les femmes ont eu des enfants, mais ensuite, ils ont disparu de la vie de ses femmes.

Il est des livres que l’on fluore dès leur sortie, se disant que lui, il est fait pour nous.

Il est des livres dont les thématiques sont emballantes car intégrées parfaitement au récit.

Imaginez une saga familiale sur plusieurs générations qui en même temps aborderait les origines Amérindiennes, les origines, l’identité, l’héritage de ses ancêtres, les secrets de famille, la planète et son avenir, ou plutôt, le nôtre (parce que la Terre, elle s’en sortira très bien, merci pour elle), la nature et ses dérèglements.

Et pourtant, je suis passée royalement à côté de ce roman ! Oui, ce roman qui m’avait mise l’eau à la bouche m’a noyé dans les nombreux portraits des différentes femmes qui le composent et m’a endormie car pas moyen de rester concentrée dessus, même pas trop envie de revenir plonger dedans.

Pourtant, le roman est composé de courts chapitres, ça aurait dû lui donner du rythme mais non, pas moyen d’entrer dans récit qui suivait ces trois générations de femmes ayant grandi sans père et explorant les années 1956 à 2011.

C’est donc avec une pointe de regret que j’ai posé ce roman qui avait tout pour lui, qui me semblait fait pour moi, composé de ce genre de portraits comme je les affectionne, qui explorait cette Amérique que j’aime découvrir, celle des petites gens.

Non, ce roman n’est pas un mauvais roman, pas du tout, c’est un grand roman, sans aucun doute, mais nous n’étions pas fait l’un pour l’autre, ou alors, pas maintenant.

J’aurais peut-être dû le laisser mûrir un an de plus en bibliothèque de chêne…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°9.

 

À table ! : John Wainwrigh

Titre : À table !

Auteur : John Wainwrigh
Édition : Gallimard Série noire (1980)
Édition Originale : Brainwash (1979)
Traducteur : Janine Hérisson

Résumé :
Trois meurtres précédés de viol ont été commis, dans la même région, en Angleterre, dans des circonstances similaires. Les autorités policières sont convaincues qu’il s’agit de l’œuvre d’un seul et même individu.

Les officiers en charge de l’affaire ont convoqué dans leur commissariat un suspect « idéal » (il a notamment découvert le cadavre de la 3ème victime) afin d’élucider certains points de sa déposition.

Les policiers vont tenter de lui faire avouer ses crimes au cours d’un interminable et éprouvant interrogatoire.

À force de provocations et de tentatives de déstabilisation, confronté aux contradictions des réponses qu’il fournit aux enquêteurs, le suspect va être amené à rédiger et signer une déposition dans laquelle il avoue être l’auteur des crimes…

Critique :
Lorsque l’on nous crie « À table ! », c’est une injonction des plus agréables (pour ceux qui aiment manger) et de suite on a envie de s’y mettre, à table. Ici, le fait de se mettre à table implique que l’on va parler, avouer son crime, ou plutôt ses crimes, dans ce roman.

Brainwash… le titre original disait bien ce qu’il voulait dire lui aussi : lavage de cerveau.

Pourtant, l’inspecteur Lyle n’a rien d’un tortionnaire ou d’un Inquisiteur qui serait capable de vous faire avouer n’importe quoi, comme le bris du vase de Soissons ou la participation à l’assassinat de JFK.

Sans en avoir l’air, passant du coq à l’âne, l’inspecteur Lyle ammènera George Barker sur les contradictions de son récit, comme le fait qu’un fox-terrier l’accompagnait, furetait partout et n’a pas senti l’odeur du sang dans le fossé.

— Spot n’a pas découvert le corps, dit Lyle avec douceur.
— Non.
— C’est vous qui l’avez trouvé.
— Oui.
— Avant Spot.
— Oui.
— Ça me paraît bizarre, dit Lyle. C’est une des… euh… contradictions que j’ai relevées. Une des raisons pour lesquelles le sergent Bell vous a demandé de venir ici ce soir.
— Le chien ? fit Barker, déconcerté.
— Que ce chien, surtout un fox-terrier, n’ait pas le premier flairé le corps. Ou peut-être, ajouta Lyle avec un sourire, était-il en laisse.
— Non. Il n’était pas en laisse.

Revenant sur des faits qui semblent anodins, Lyle va jouer une partie de tennis où chacun va se renvoyer la balle, même si l’inspecteur a tout d’un Nadal Djokovic Federer tandis que le suspect hautement suspect a plus l’air de nager dans les tréfonds du classement ATP.

On a envie que Lyle arrive à le faire craquer, il y arrivera, mais la bête n’est pas morte, elle a toujours du venin et leur match continuera jusqu’au bout de la nuit.

La force brute, c’est à la portée de tout le monde. Lyle a réussi son coup sans même porter la main sur lui. Lyle l’a écrabouillé, démoli, foutu par terre, et ce pauvre idiot ne s’en est même pas rendu compte.

Véritable huis-clos étouffant, ce roman est à l’origine du film « Garde à vue » où Lino Ventura, en inspecteur, affronte Michel Serrault, le suspect de crimes à caractère pédophile puisque des petites filles ont été violées et tuées.

Si dans le film, les dialogues étaient d’Audiard, dans le roman, ils sont de l’auteur, ne vous attendez pas donc à des répliques bourrées d’humour mais malgré tout, le face-à-face est un délice de fin gourmet pour qui aime se plonger dans des atmosphères remplies de fumée de cigarettes, de transpiration et de flic qui savent amener les suspects, par la force de leur bagout, à se tromper dans ce qu’ils affirment et à voir les failles dans les détails les plus abscons.

Tout comme dans son autre roman « Une confession », l’auteur maîtrise ses personnages, ne les détaille pas trop, juste ce qu’il faut, mais leur donne une présence importante. Ici, il nous plonge dans le roman d’un coup, sans perdre de temps, car les crimes ont eu lieu et un suspect est aux arrêts sans l’être vraiment.

Jusqu’au bout, l’auteur jouera avec nos nerfs, nos pieds, nos émotions, et même dans le final, il nous réservera encore des surprises. Magnifique !

Le métier de policier ! Il fallait l’avoir exercé pendant vingt-trois ans, – vingt-trois ans de repas sautés, de sommeil en retard – pour acquérir le sang-froid et le cynisme de Lyle. Ça n’était pas facile. Et le prix à payer était élevé ; dans le prix étaient compris les amis et parfois les épouses et la famille. Mais en échange, on acquérait un talent spécial. Pas particulièrement agréable, mais spécial. Le don de prendre un homme et de le dépouiller de toutes ses peaux, l’une après l’autre, comme on épluche un oignon. De ne ressentir aucune souffrance. De ne voir aucune souffrance. De n’éprouver aucune pitié.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

[SÉRIES] Ordeal by Innocence – Témoin indésirable : D’après Agatha Christie (2018)

Série dramatique de Sandra Goldbacher (2018)
Pays de production : Grande-Bretagne – Etats-Unis
Saison : Une seule de 3 épisodes (VOSTFR) ou de 4 (VF)

Synopsis : En 1954, la veille de Noël, Rachel Argyll, une riche philanthrope, est assassinée dans la propriété familiale. Les enquêteurs retrouvent les empreintes de Jack, son fils adoptif, sur l’arme du crime.

Il clame son innocence mais est incarcéré. Peu avant le procès, Jack trouve la mort en prison.

Dix-huit mois plus tard, un jeune scientifique, le Dr Arthur Calgary dévoile un alibi prouvant l’innocence de Jack.

Considérée par Agatha Christie elle-même comme l’une de ses œuvres préférées, et par la critique comme l’un de ses meilleurs ouvrages, Témoin indésirable déroule une intrigue particulièrement noire, construite sur une galerie de personnages édifiants.

Les cinq enfants des époux Argyll sont de jeunes adultes, tous adoptés, tous abîmés par leur condition première et par le joug imposé par une mère castratrice et autoritaire.

Autour d’eux, un père apparemment passif, une future belle-mère ambitieuse, une domestique instable, des amis pervertis, un beau-frère aigri, et le témoin, tout juste sorti d’un long internement en psychiatrie.

La partie de Cluedo peut commencer…

Le cast, soigné, se compose également de Bill Nighy (« Love Actually »), Luke Treadaway (« Fortitude ») et Alice Eve (« Star Trek into Darkness »).

Le scénario est signé Sarah Phelps, qui a déjà adapté à l’écran « Dix petits nègres », tandis que la réalisation a été confiée à Sandra Goldbacher, à qui on doit la mise en scène de la série britannique « Victoria ».

Petit plus : Témoin indésirable (Ordeal by Innocence) est un roman policier d’Agatha Christie publié le 3 novembre 1958 au Royaume-Uni. Il est publié en 1959 aux États-Unis et en France.

Considéré par la critique comme l’un de ses meilleurs ouvrages tardifs et qualifié par Agatha Christie elle-même comme l’une de ses deux œuvres préférées, avec La Maison biscornue (1949), il s’agit également de l’une de ses œuvres les plus noires, proposant une vision approfondie de la psychologie de l’innocence et de sa démonstration.

Ce que j’en ai pensé : 
Nom de Zeus, Marty, je n’avais jamais lu ce roman de la mère Christie !

Pas grave, j’ai vu son adaptation télévisuelle et putain, ça déchire sa race !

Là, rien à dire, les anglais sont forts, très forts, pour faire des séries aux ambiances de tous les diables.

Ok, niveau Brexit, c’est pas des foudres de guerre, mais on s’en fiche tant qu’ils continuent de nous produire des séries géniales dont ils ont le secret et qu’on ne doive pas avoir un passeport pour y accéder.

Ici, point de petite musique à la 24h chrono, mais la bande son a tout de même une importance capitale et elle était tout simplement divine : elle a fait monter l’angoisse quand il le fallait.

La manière de filmer avait aussi quelque chose en plus, cette manière d’utiliser des rouages d’une pendule pour remonter le temps, de faire repartir la tache de sang sur la moquette dans le sens inverse, plus la musique, ça a eu le don de ne pas apaiser ma tension (mais quand c’est pour une série, je pardonne).

Le choix des acteurs maintenant : bon sang, c’est bien Bill Nighy, le chanteur à la masse que l’on croise dans « Love Actually », celui qui finit à poil à la fin du film que je vois là, dans le rôle titre ??

Il était juste comme il le fallait, sérieux, guindé, petite voix posée mais chargée de menace quand il fallait le faire.

Les autres avaient été bien castés aussi, surtout Matthew Goode dans le rôle du lieutenant Philipp, ancien pilote de la RAF blessé dans un accident de voiture et en chaise roulante.

Diaboliquement salopard, sans gêne, handicapé mais pas affaiblit comme on aurait pu le croire, utilisant sa langue de vipère pour faire du mal, il aurait été parfait pour un rôle dans GOT.

3 épisodes de 58 minutes en VOSTFR (4 dans la VF, me demandez pas pourquoi) qui m’ont semblé trop court, tant les portraits des personnages étaient profonds, torturés, poussés dans tous leurs retranchements et cette Rachel, épouse et mère non affectueuse, qui a adopté des enfants pour les castrer psychologiquement.

Au travers de flash-back, nous reviendrons sur cette mère horrible avec ses 5 enfants, tous adoptés, à tel point qu’à un moment, j’ai même pensé que l’assassin mériterait une médaille car c’était vraiment une horrible mégère ! Ou alors, il y a peut-être des fêlures sous sa carapace de castratrice en chef.

Les révélations se feront toujours au compte goutte, soit aux travers de flash-back pas trop détaillés, juste de quoi vous faire entrevoir une chose, vous faire pronostiquer des théories, penser à des coupables éventuels, conjecturer sur ce qui a bien pu se passer durant cette veille de Noël où un assassin à sévi ou lieu du père Noël.

Car si Jack n’est pas coupable de ce que toutes les preuves l’accusaient, alors, qui a tué la perfide Rachel ??

Soit vous aurez vos révélations par les personnages, chacun divulguant un peu plus ce qu’il faisait ce soir là et mettant à nu une partie de sa personnalité.

J’ai rien vu venir… Sauf quand un des personnages a compris QUI l’avait fait, si ce n’était Jack.

Oubliez Hercule Poirot, oubliez les enquêteurs de la police, cette série est un huis-clos oppressant ou tout est faux, tronqué, caché, gardé secret car ici, quand on ouvrira le placard aux squelettes, je peux vous dire qu’ils seront nombreux dedans !

Une série que je recommande !

Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Les Sept morts d’Evelyn Hardcastle : Stuart Turton

Titre : Les Sept morts d’Evelyn Hardcastle

Auteur : Stuart Turton
Édition : Sonatine (16/05/2019)
Édition Originale : The Seven Deaths of Evelyn Hardcastle (2018)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Mixez Agatha Christie, Downtown Abbey et Un jour sans fin… voilà le roman le plus divertissant de l’année.

Lauréat du prestigieux Costa Award, le premier roman de Stuart Turton est à la fois un formidable jeu de l’esprit et un régal de lecture.

Ce soir à 23 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée. Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ?

Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre.

Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée.

Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle.

Critique :
La boucle temporelle m’avait bien fait rire dans un épisode de la série Stargate SG-1 (Saison 6 – Épisode 4) où Teal’c et O’Neill s’étaient amusés à profiter de la chose.

Ici, on n’est pas là pour rigoler mais pour résoudre un meurtre qui a tout l’air d’un suicide tandis que la journée se répète encore et encore.

Mais attention, l’auteur a pimenté les choses puisque à chaque nouveau jour, on entre dans la peau d’un autre personnage, s’appropriant ses forces, son intelligence, sa ruse ou ses faiblesses.

N’ayant pas vraiment lu le résumé (ou l’ayant déjà oublié), je suis tombée un peu comme un cheveu dans la soupe en commençant ma lecture avant que cela ne fasse tilt après avoir été rafraîchir ma mémoire…

En effet, il y a du Agatha Christie là-dessous ! Du Un jour sans fin aussi, mais là, c’est assez logique. Par contre, il manquait pour nous offrir du Downtown Abbey les piques de Violet Crawley.

Cette journée, on a beau la rejouer maintes fois, elle n’est pas la même, des choses changent, et puis, l’auteur nous a gardé quelques surprises en cours de route, pimentant le jeu de manière à ce que nous comprenions, au fur et à mesure et en même temps que le personnage dans la peau duquel nous sommes, les petits détails tels que les messages ou les événements qui se déroulent sous nos yeux.

Pourtant, j’ai eu du mal avec ce roman… J’ai même failli l’abandonner… Le personnage incarné ne me disait rien, j’avais l’impression que l’on tournait en rond, je m’ennuyais…

Je l’ai même laissé tomber avec plaisir pour me plonger dans « Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban » qui m’a fait regoûter à l’ivresse livresque.

Le vin étant tiré, je me devais de le boire, surtout que ma curiosité avait été titillée et que je voulais connaître le fin mot de cette histoire fantastique abracadabrantesque et donc, j’ai replongé avec la ferme intention de le terminer.

Un vrai miracle, Salomon, le récit a commencé à m’intéresser beaucoup plus une fois passé la page 230 (plus ou moins), mon esprit est entré en ébullition pour tenter de trouver la solution (je vous défie de la trouver) et à partir de là, je ne l’ai plus lâché.

Époustouflant ? Oui, c’est le mot. Un truc de ouf, diraient les djeunes. Ça déchire la mort de sa race, de sa mère et le final est tout simplement un vrai feu d’artifice de révélations, de coups de pied au cul, de tacles, de suspense et j’en suis encore sur le cul.

La construction du récit est habillement faite pour ne rien laisser transparaître avant mais pour que tout devienne clair et limpide lorsque les journées se répètent et que l’on découvre avec ravissement les petites subtilités de cette journée qui se mord la queue.

Sans cette construction habille, sans l’écriture entrainante une fois arrivé à la moitié du récit, sans les personnages bien construits et utilisés, et sans le final en apothéose dont le bouquet final continuait encore et encore, j’aurais collé une mauvaise note à ce roman vu que les débuts avaient été laborieux pour moi.

Pour une fois, j’ai eu raison de poursuivre, de m’accrocher, de passer outre le départ un peu froid entre le récit et moi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Détectives – Tome 5 – Frédérick Abstraight, A cat in the barrel : Herik Hanna & Julien Motteler

Titre : Détectives – Tome 5 – Frédérick Abstraight, A cat in the barrel

Scénariste : Herik Hanna
Dessinateur : Julien Motteler

Édition : Delcourt (20/01/2016)

Résumé :
Londres, décembre 1919. Après son échec face à l’égorgeur de Greenhill, l’ancien inspecteur Frédérick Abstraight n’est plus que l’ombre de lui-même.

Devenu une source d’embarras pour ses anciens supérieurs, il est envoyé par ces derniers prendre le bon air et résoudre une mystérieuse affaire de disparition, loin, aussi poins que possible de Londres.

Lorsque le train qui l’emmène se retrouve bloqué par une avalanche, l’indésirable détective ignore, mais plus pour longtemps, que parmi les voyageurs inquiets, un meurtrier est également piégé avec lui.

Critique :
Vu ainsi, on pourrait dire que l’ancien inspecteur Frédérick Abstraight s’est fait agresser par Johnnie Walker et William Lawson tant il est bourré de chez bourré.

Pourtant, des policiers ont été le rechercher, lui qui est maintenant considéré comme le pire des inspecteurs du royaume, alors qu’avant, il était le meilleur.

Sa mission, s’il l’accepte… Retrouvez un chat ! Non, je ne plaisante pas, et les policiers anglais non plus : ce chat a de l’importance, nom d’une croquette Friskies !

Autant où miss Crumble avait de la classe, autant l’ex-inspecteur Abstraight n’en a aucune ! Il boit comme un trou, chasse le dragon et malgré toutes ses tentatives pour se donner la mort, il n’a toujours pas réussi.

Une fois de plus, les dessins sont très agréables à regarder, les couleurs aussi et le scénariste n’était pas en vacances, même si, contrairement au 1, le coup de pied au cul est moins grand.

Malgré tout, je ne m’y attendais pas, d’ailleurs, lorsque le train qui emmenait Abstraight loin de Londres se retrouve bloqué par une chute de neige, j’ai même pensé que nous allions avoir un remake du crime de l’Orient Express.

Que nenni ! On a un train bloqué, de la neige, un crime, deux crimes, trois crimes ? des personnages hauts en couleurs, mais ceci n’est pas un remake de la célèbre enquête de Hercule Poirot sous alcool.

Malgré le fait qu’il soit une épave, j’ai apprécié les réparties cinglantes de Abstraight, son franc-parler et le fait qu’il se foute des ordres, directives et autres.

Oui, Abstraight est un grand enquêteur et non, ce n’est pas de sa faute si l’égorgeur de Greenhill lui a échappé durant sa carrière.

Une bédé polar sous un froid polaire, un suspense mené de main de maître, du mystère bien dosé, un nuage de lait et quelques sucres, on touille et on obtient un thé délicieusement corsé qui se boit avec un petit sourire aux lèvres.

Un album au scénario cohérent, des personnages hautement suspects, un huis clos et une vieille connaissance qui s’invite à la fin de l’album. Le pied total !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Le Crime de l’Orient-Express – Hercule Poirot 09 : Agatha Christie [LC avec Bianca]

Titre : Le Crime de l’Orient-Express

Auteur : Agatha Christie
Édition: Livre de Poche / Le Masque

Résumé :
Alors qu’il rentre de mission et compte s’arrêter quelques jours à Istanbul, Hercule Poirot est rappelé d’urgence à Londres.

On est en hiver et à cette époque de l’année, l’Orient Express roule habituellement quasiment à vide.

Pourtant, sans l’aide du directeur de la compagnie, Hercule Poirot n’aurait pas trouvé de place à bord, comme si tous les voyageurs s’étaient donné rendez-vous dans ce train !

Dès la première nuit, un homme est assassiné. Le train est immobilisé par la neige qui empêche l’assassin de s’enfuir.

Dans les wagons isolés du reste du monde, Hercule Poirot, au sommet de son art, mène l’enquête. Et ce ne sont pas les pistes qui manquent !

Petit plus : Chef-d’œuvre incontesté de la littérature policière « Le Crime de l’Orient Express » présente une intrigue bouleversante, admirablement conçue et orchestrée.

Pas un détail n’est laissé au hasard. Du sur mesure pour les petites cellules grises du précieux détective Hercule Poirot qui vit ici l’une de ses plus célèbres enquêtes.

Le Crime de l’Orient-Express est, avec Dix petits nègres (1939), l’un des romans d’Agatha Christie ayant connu le plus grand succès.

Il a été traduit en plus de trente langues.

La partie du récit concernant le personnage de Ratchett est inspirée d’un crime réel, l’affaire du kidnapping de l’enfant de Charles Lindbergh, tandis qu’Agatha Christie s’inspire d’un fait divers comme toile de fond de son roman, un incident survenu en février 1929, le Simplon-Orient-Express (version de l’Orient-Express créée par les Alliés à la suite du traité de Versailles) bloqué par un blizzard pendant six jours près de Çerkezköy en Turquie.

Critique :
Ceux qui suivent mon blog et qui ne dorment pas au fond de la classe sont sans doute en train de se dire « Tiens, mais elle avait déjà posté une chronique sur ce roman d’Agatha Christie ».

À ceux-ci ou celles-là, j’offrirai un mojito bien frais, les autres suceront leur pouce, z’avaient qu’à être attentif.

Oui, j’avais transféré cette chronique en provenance de mon site, mais Bianca ne l’ayant pas lu, je me suis dévouée pour le relire une fois de plus.

Ce n’est que la… 3ème ou 4ème fois. Pas de bol, plus aucune surprise non plus puisque je n’ai jamais oublié QUI était le coupable dans ce huis-clos neigeux.

Entre nous, oubliez le film avec Kenneth Branagh qui ne fait pas un Poirot plausible (il est trop sexy) mais préférez plutôt le roman ou alors, le téléfilm avec David Suchet, mon chouchou.

Oui, on a beau tout savoir d’un roman, on a tout de même envie de le relire, même si, contrairement à ma relecture de « Le meurtre de Roger Ackroyd » où j’avais été attentive à tous les indices loupés durant ma première lecture, dans ce cas-ci, j’avais déjà eu tout le loisir de voir où la mère Christie m’avait flouzé.

Rien à dire, niveau magouilles et compagnie, la mère Agatha vaut son pesant de thé Darjeeling additionné d’une rasade d’alcool fort car à la fin de l’envoi, elle touche en te plantant l’épée dans le coeur. Elle est ainsi, la mère Agatha.

Afin de changer un peu, j’ai décidé de vous faire cette chronique sur un ton guilleret, amusant, humoristique et ne se prenant pas au sérieux. Jeunes élèves qui devez étudier et analyser ce roman, passez votre chemin, rien ici ne sera dévoilé et vous risquez le zéro pointé.

Dans ce roman, donc, MON petit détective belge (cocorico) aux belles moustaches monte dans l’Orient Express pour rentrer à Londres, après avoir passé quelques jours à Istanbul (et pas pour contrôler les dernières élections).

Alors que le voyage se déroule normalement et que l’on profite du luxe de ce train, bardaf, c’est l’embardée ! Comme le disait notre regretté Manu Thoreau.

L’Orient-Express, qui n’appartient pourtant pas à la SNCB, se retrouve bloqué sur la voie (qui n’est pas en travaux perpétuel, comme chez nous) au milieu de nulle part, dans un paysage neigeux propice aux engelures et, cerise sur la chantilly, le lendemain matin, on découvre le cadavre de M. Ratchett, lardé de douze coups de couteau.

Pas un de moins, pas un de plus. Douze coups, comme ceux de minuit. Quel carnage ! Un suicide, sans aucun doute.

Ce qui me fait baver, dans ce roman, c’est le côté huis-clos d’enfer ! Personne ne peut venir de l’extérieur et personne ne peut sortir du train pour s’enfuir, sauf s’il veut mourir congelé. L’assassin est donc dans le train, mais où ? Mais qui ?

Poirot, sans salir son beau costume, sans décoiffer ses belles bacchantes, sans se jeter au sol tel un Holmes dans « La seconde tache » va patiemment rassembler les petits détails, les petites incohérences, les indices et arriver à découvrir que Ratchett, en plus d’avoir un nom de famille qu’on doit cracher et non prononcer, cachait un horrible secret que rigoureusement ma mère m’a défendu d’nommer ici !

Non, je ne vous dirai rien. Si vous l’avez lu, vous savez, et si vous ne l’avez pas encore lu, il serait temps d’y remédier au plus vite !

Encore un final qui l’a laissé sur le cul, comme bien des romans d’Agatha Christie, la reine du crime qui a toujours su jouer avec les codes du polar, les tronquant, les changeant, faisant d’eux ce qu’elle voulait, au grand dam des puristes. Mais les puristes, on les emmerde !

Voilà au moins un final inattendu, inhabituel, totalement fou, dingue, malade ! Moi, j’en redemande, des gens qui fuck the rules !

Soupçonnant tout le monde et personne, je n’avais pas trouvé la solution en son temps. Maintenant, durant ma re-re-re-lecture, je pouffais dans la moustache que je n’ai pas.

Pourtant, une fois que l’on avait éliminé l’impossible, ce qui restait, aussi improbable que ce soit, était la vérité ! Je n’ai pas mis les préceptes du Maître de Baker Street en exergue. Poirot oui.

Il est bon, ce Belge… Presque aussi bon que mon anglais préféré !

Un plaisir que de re-re-relire cet Hercule Poirot et de le faire avec ma copinaute de LC, Bianca, pour qui c’était son premier voyage en Orient-Express.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Détectives – Tome 3 – Ernest Patisson – Hantée : Herik Hanna & Ceyles

Titre : Détectives – Tome 3 – Ernest Patisson – Hantée

Scénariste : Herik Hanna
Dessinateur : Ceyles

Édition : Delcourt (28/01/2015)

Résumé :
Ernest Patisson est invité sur une île écossaise reculée. Le maître des lieux aimerait beaucoup avoir l’avis du détective au sujet de l’esprit machiavélique qui semble persécuter son épouse.

Patisson répond volontiers à l’étrange invitation. L’helvète, éternel sceptique, a déjà hâte de lever le mystère.

Mais sur l’île isolée, alors que les portes claquent et que les cris résonnent dans la nuit, le sang ne tarde pas à couler.

Critique :
Une île où le manoir est hanté… Une île ? Ou plutôt un grand rocher dont les héritiers ne peuvent s’échapper sous peine de mort et lorsque Patisson arrive, dehors, c’est ♪ comme un ouragan ♫ La tempête en mer ♫ mais sans Steph’ de Monac’

Patisson, j’avais croisé sa route dans « 7 détectives » et notre sceptique détective ne croit pas aux fantômes ou à tout autre truc dit « hantés ».

C’est donc muni de son scepticisme légendaire, de sa belle moustache et du capitaine Phillips que Patisson débarque, par une nuit de tempête, de pluie et de mer agitée sur cet espèce de rocher où se trouve le manoir appartenant à ma famille Wallace, habité par James Wallace l’alcoolique, sa femme  Marisa devenue zinzin et ses deux domestiques.

— Si ma moustache n’est pas coiffé, mes idées ne sont pas ordonnées.

Ambiance Cluedo et so british pour cette enquête qui a tout du fantastique, avec une touche d’humour noir et cynique comme je l’aime. Ernest Patisson n’a pas sa langue en poche et ses réparties font souvent mouche, quand elles ne mouchent pas les autres.

— Enchanté Monsieur Patisson, votre réputation vous précède !
— Pourvu qu’elle me suive par la même occasion !

— Elle ne respire plus.
— C’est très regrettable. J’en suis profondément attristé, mais c’est malheureusement courant chez les personnes ayant une hache plantée dans le dos.

Qui a utilisé une hache pour la planter dans le dos de la victime ? Qui a tué une autre victime avec le chandelier, sachant que Miss Pervenche et le colonel Moutarde n’étaient pas sur les lieux ? Vous le saurez en suivant l’enquête d’ Ernest Patisson !

Tel un Hercule Poirot obnubilé par sa moustache et par son habillement, notre homme n’interroge personne, se contentant de claquer des portes et de fumer des cigares puants pour résoudre ces crimes commis en huis-clos, puisque personne ne peut quitter l’île.

Passant de 9 personnes à 8 et puis à 7, cette enquête a des airs de « Dix petits nègres » surtout lorsqu’une autre personne bouffe son acte de naissance alors que tout le monde était réuni à la cuisine, devant des oeufs… Ils étaient 9 et les voilà à 6. Si ça continue, ils ne seront plus personne.

QUI est le coupable ? Le neveu héritier ? Sa copine ? Le notaire ? Le butler ? La bonne qui ne sait pas cuisiner ? Ou un autre ? Tous ensemble ? À tour de rôle ? Je ne parlerai que sous la torture !

Un plongeon toute respiration retenue dans cette enquête qui fleure bon les années 20, les costumes et les tenues d’époque, ainsi que les moustaches et les coiffures où rien ne dépasse.

Le scénario est au petit oignons et mieux cuisiné que le rôti de la cuisinière, le tout étant servi par des dialogues coupés finement et des dessins qui donnent corps à ce récit qui m’a laissé sans voix. Digne de la mère Christie, tiens !

Une ambiance aux relents anglais d’avant brexit, une île au milieu de la flotte déchaînée, un manoir hanté, une épouse qui entend des voix, qui n’est pas crue sans pour autant finir cuite, comme Jeanne d’Arc, une malédiction qui dit que celui qui quittera la manoir finira dans la tombe et le tonnerre qui gronde.

Ça, c’est de l’atmosphère ! J’ai comme qui dirait pris mon pied littéraire avec cette bédé, moi…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Misery : Stephen King

Titre : Misery

Auteur : Stephen King
Édition : J’ai Lu (1995) / Livre de Poche (2002-2013)
Édition Originale : Misery (1987)
Traducteur : William Olivier Desmond

Résumé :
Misery Chastain est morte. Paul Sheldon l’a tuée avec plaisir. Tout cela est bien normal, puisque Misery Chastain est sa créature, le personnage principal de ses romans.

Elle lui a rapporté beaucoup d’argent, mais l’a aussi étouffé : sa mort l’a enfin libéré. Maintenant, il peut écrire un nouveau livre.

Un accident de voiture le laisse paralysé aux mains d’Annie Wilkes, l’infirmière qui le soigne chez elle. Une infirmière parfaite qui adore ses livres mais ne lui pardonne pas d’avoir fait mourir Misery Chastain.

Alors, cloué dans sa chaise roulante, Paul Sheldon fait revivre Misery. Il n’a pas le choix…

Critique :
Paul Sheldon est un écrivain qui, après avoir décidé de tuer son héroïne « Misery » est victime d’un accident de voiture, dans un coin perdu… comme par hasard !

La femme qui le sauve et qui, soit dit en passant, est très compétente dans le rôle de l’infirmière (mais pas « infirmière cochonne » désolée) est frappa-dingue.

Totalement addict et in love du personnage de Sheldon, elle lui en veut (le mot est faible) d’avoir fait passer de vie littéraire à trépas son héroïne.

Alors, le mettant devant le fait accompli (et devant une machine à écrire), elle le force à ressusciter son personnage.

Et de manière plausible, s’il vous plaît ! Sheldon apprendra à ses dépends qu’on ne plaisante pas avec madame l’infirmière frappa-dingue.

Huis clos infernal, dantesque, exceptionnel entre ces deux là : la victime et sa tortionnaire, entrecoupés des passages où Sheldon fait revivre son personnage, contrastant farouchement avec le style sombre, violent, oppressant de Stephen King puisque « Misery » fait partie de la littérature à l’eau de rose.

On peut difficilement reposer le livre, par contre, on serre les dents lorsque madame Infirmière Barbare s’amuse à faire mal à l’écrivain. On ne risque pas de l’entendre hurler, ils sont dans un trou perdu.

En tout cas, les sévices de font pas dans la dentelle.

Une plongée dans l’univers de King d’où vous ressortirez secoué, ébranlé, comme je le fus il y a très, très longtemps.

 

Nymphéas noirs : Michel Bussi [LC avec Bianca]

Titre : Nymphéas noirs

Auteur : Michel Bussi
Édition : Pocket (2013 – 2015)

Résumé :
Tout n’est qu’illusion, surtout quand un jeu de miroirs multiplie les indices et brouille les pistes.

Pourtant les meurtres qui troublent la quiétude de Giverny, le village cher à Claude Monet, sont bien réels.

Au coeur de l’intrigue, trois femmes : une fillette de onze ans douée pour la peinture, une institutrice redoutablement séduisante et une vieille femme aux yeux de hibou qui voit tout et sait tout.

Et puis, bien sûr, une passion dévastatrice. Le tout sur fond de rumeur de toiles perdues ou volées, dont les fameux Nymphéas noirs.

Perdues ou volées, telles les illusions quand passé et présent se confondent et que jeunesse et mort défient le temps.

Critique :
— J’ai toujours confondu Monet et Manet… Lequel a épousé sa maîtresse ?
— Monet.
— C’est ça et Manet avait la syphilis.
— Ils peignaient aussi à l’occasion.
(Extrait de Ocean Eleven, dialogue entre Tess et Dany Ocean)

On m’avait dit, la première fois que je suis allée voter, que quel que soit mon choix, je serais bien baisée, même si certains partis baisaient mieux que d’autres (vous n’aurez pas de noms).

Pourtant, il n’y a pas que les politiciens qui nous la mettent bien profond, certains auteurs aussi sont des champions pour cela et je ne sais pas pourquoi, mais j’aime autant me faire avoir par un auteur que par un politicien.

Au rayon de ceux qui m’ont bien eu, on a bien entendu Agatha Christie, Lehane, Franck Thilliez, Minier, Commère (pour ne citer qu’eux) et là, Bussi vient d’entrer dans ce petit groupe fermé des auteurs qui ont su m’époustoufler, pour ne pas dire qu’ils m’ont baisé, car je n’ai rien vu venir.

Oh, ici, il y a bien un petit détail qui m’avait intrigué mais mon cerveau l’avait mis en sommeil, content de ne pas être pollué par ce genre de choses. Pourtant, c’était un indice crucial !

Direction Giverny, le village où à vécu Claude Monet, celui qui a épousé sa maitresse donc et qui a peint des tas de tableaux avec des nénuphars car il avait détourné un ru afin d’alimenter un bassin et y mettre des nénuphars. Paraît que ça faut une fortune, ces petits nénuphars peint sur toile.

Un meurtre a eu lieu dans ce village, quelqu’un a tué Jérôme Morval et la police enquête, ou piétine, on ne sait pas trop. En tous cas, j’ai apprécié les personnages des flics qu’étaient Laurenç et Benavidès, le flic maniaque qui fait des listes.

Dans ce roman choral, les flics ne sont pas les personnages principaux, nous avons aussi trois femmes, différentes, une gamine qui peint magnifiquement bien, une institutrice sexy comme un diable et une vieille dame qui a tout de l’acariâtre. Toutes les trois voudraient quitter Giverny mais une seule y parviendra tandis que les deux autres périront. Suspense, quand tu nous tient.

Trois femmes vivaient dans un village. La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste. La première avait plus de quatre-vingt ans et était veuve. Ou presque. La deuxième avait trente-six ans et n’avait jamais trompé son mari. Pour l’instant. La troisième avait onze ans bientôt et tous les garçons de son école voulaient d’elle pour amoureuse.

Une vie, tu sais, Fanette, c’est juste deux ou trois occasions à ne pas laisser passer. Ça se joue à ça, ma jolie, une vie ! Rien de plus.

L’ambiance est à la fois tendue et relax, dans ces pages, on se doute qu’il y a sous les eaux calme du bassin de Monet un truc sombre qui rôde, qui tue et qui tuera encore, on se doute que tout n’est pas magnifique dans ces décors idyllique visité par des touristes du monde entier, qu’il y a un secret caché quelque part, tapi dans les profondeurs des âmes tourmentées, mais avant le final, on ne sent rien venir.

Et là, bam, uppercut dans ta face de petit lecteur désabusé qui a tout lu, tout vu mais qui non, n’avait pas encore tout lu ! Ni tout vu.

J’en suis restée baba (au rhum) durant quelques minutes, mon cerveau pédalant misérablement dans la semoule pour tenter de voir où il avait foiré et pour remettre toutes les pièces dans le bon ordre. Mais alors ? Bon sang, mais c’est bien sûr ! Et puis peu après, quand une autre pièce est tombée, j’ai encore poussé des cris étranglés car une fois de plus, l’auteur venait de me surprendre.

Baisée j’avais été, et bien baisée. Je remercie l’auteur pour cela, d’ailleurs, c’est toujours meilleur, dans un polar, quand on est surprise. La seule chose que j’avais bien résolue, c’était le meurtre du vieux peintre, mon criminel était le bon. Mini holà pour moi.

Un roman aux ambiances joyeuses et sombres, avec des enquêteurs sérieux et un qui a tout d’un chien fou, avec de la sensualité, de la drague, de la jalousie, de la possession, des émotions, du mystère aussi épais qu’un brouillard londonien mais qui une fois levé, devient plus limpide qu’une eau claire.

J’avais vu mais pas observé.

Ma copinaute Bianca était dans le même brouillard que moi et je pense que de son côté, elle a été bien… surprise aussi !

PS : j’ai toujours un oeuf à peler avec le beau Olivier Norek, au sujet d’un chat et je pense que je vais en avoir un autre avec monsieur Bussi au sujet d’un chien !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).