Trilogie de la crise – 03 – Pain, éducation, liberté : Pétros Márkaris

Titre : Trilogie de la crise – 03 – Pain, éducation, liberté

Auteur : Pétros Márkaris
Édition : Points Policier (26/03/2015)
Édition Originale : Psōmí, paideía, eleuthería (2012)
Traduction : Michel Volkovitch

Résumé :
2014. À Athènes, la survie quotidienne est de plus en plus difficile pour les citoyens appauvris et pour les immigrés harcelés.

C’est alors qu’un tueur en série jette son dévolu sur des personnalités d’envergure issues de la génération de Polytechnique qui, après s’être rebellées contre la junte militaire, ont eu une carrière fulgurante. Le criminel reprend le célèbre slogan des insurgés de l’époque pour formuler sa revendication : « Pain, éducation, liberté».

Qui se cache derrière ces meurtres ? Un membre de l’extrême droite ou un ancien gauchiste mû par le désir de vengeance ? Le commissaire Charitos, privé de son salaire depuis trois mois, tente avec sa ténacité habituelle de comprendre les mobiles du coupable.

Pain, éducation, liberté est le troisième volet de la trilogie de la crise grecque, après Liquidations à la grecque (prix Le Point du Polar européen 2013) et Le Justicier d’Athènes.

Critique :
Dernier volet de la Trilogie de la crise où l’auteur continue d’explorer son pays, la Grèce et à nous faire vivre sa crise financière de l’intérieur, avec un réalisme bluffant, en imaginant que la Grèce aurait abandonné l’euro pour revenir à la drachme.

Comme souvent dans les romans policiers, l’enquête n’est là que pour permettre d’investiguer dans le passé pour expliquer la catastrophe qui sévit au présent car tout est lié.

Pendant que le commissaire Kostas Charitos enquête sur les meurtres de trois crapules, l’auteur en profite pour fouiller les tiroirs de la Grèce et en sortir le linge sale qu’il va laver en public.

Des tiroirs bourré de naphtaline, il extirpe dehors de la misère, de la pauvreté, des destins brisés, mais aussi de la débrouille car lorsqu’on est pauvre, on devient plus intelligent et on essaie de trouver des solutions.

Comme on ne sait pas laver plus blanc que blanc, il faut aussi s’attendre à des magouilles, de l’opportunisme, des tortures, des révolutionnaires devenus comme les colonels qu’ils ont chassé, des vestes qui se retournent, de celles qui craquent de tous les côtés à force d’avoir été retournées… À la prochaine révolution, certains retourneront leurs pantalons…

Imaginant un retour du pays à l’ancienne monnaie (la drachme), l’auteur développe son univers avec réalisme, n’épargnant rien aux lecteurs et montrant que même diplômé, il est difficile de s’en sortir quand son pays est en crise.

Il ne se prive pas non plus de taper sur ceux qui se sont engraissés durant des années, sur le clientélisme, sur les faux handicapés qui touchaient des pensions et sur le fait que lorsque l’argent arrivait, tout le monde en profitait, même si certains se sont empiffrés plus que d’autres.

L’extrême droite dans le pays fait ce qu’elle fait de mieux : elle casse, elle brûle, elle frappe sur les immigrés, leur reprochant tout, oubliant qu’ils sont dans la même merde que tout le monde et que ces derniers voudraient quitter le navire puisqu’il n’y a plus rien comme travail. Hélas, partir coûte de l’argent, ils sont bloqué et doivent subir les attaques des décérébrés.

Ce que j’apprécie dans cette saga, c’est que les assassinés soient des salopards, des crapules, bref, des victimes que l’on n’a pas du tout envie de pleurer. Pire, on croise même les doigts que notre commissaire Kostas Charitos ne découvre jamais les coupables car ce sont bien souvent des assassins sympathiques

Oui, je devrais avoir honte de dire qu’on devrait décorer les assassins de cette trilogie, mais si j’ai honte, c’est juste un tout petit peu…

Un roman policier qui sert de support pour parler de la tragédie de la crise grecque, pour nous la montrer telle qu’elle était, telle qu’elle fut et combien certains en ont souffert. Les conneries, les exactions des uns provoquent toujours la chute des autres, mais l’auteur ne donne pas le beau rôle aux grecs et les mets aussi face à leurs fautes.

Anybref, un roman policier aux arômes de roman noir qui vole plus haut que le polar de gare et qui nous fait visiter une Grèce qui ne se trouvera jamais sur les cartes postales ou dans le guide du Routard. Mais ses personnages qui seront nos guides valent plus que tout les autres guides car ils sont devenus des amis.

Ce troisième tome aurait dû clôturer la trilogie de la crise, mais ouf, il y en a un quatrième à déguster.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°201] et Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°27].

 

Intuitions : Paul Cleave

Titre : Intuitions

Auteur : Paul Cleave
Édition : Sonatine (05/11/2020)
Édition Originale : A Killer Harvest (2017)
Traduction :

Résumé :
Jusqu’à quel point une greffe peut-elle altérer votre perception du monde ? Inspecteur aux homicides de Christchurch, Mitchell Logan est sur la piste de l’assassin d’une jeune femme, qu’il soupçonne d’être un tueur en série. Au moment de l’appréhender, Logan se fait tuer.

Conformément à ses dernières volontés, un don d’organes permet à son fils adoptif, Joshua, 16 ans, de retrouver la vue. L’opération se déroule parfaitement mais Joshua devient vite la proie de mystérieuses visions. Les yeux qu’on lui a greffés auraient-ils une mémoire ?

S’il est maintenant capable de voir le monde qui l’entoure, c’est dans des ténèbres beaucoup plus dangereuses qu’il va pénétrer en essayant de percer les secrets de l’inspecteur Logan et de mener à bien une enquête aux rebondissements incessants.

Prenant pour toile de fond la mémoire cellulaire, Paul Cleave nous propose un nouveau puzzle diabolique, aux pièces plus intrigantes et effrayantes les unes que les autres.

Critique :
Je m’en voudrais de rater un rendez-vous avec les beaux yeux de Paul Cleave et avec sa belle plume (ni voyez aucune connotation sexuelle, merci).

Son dernier roman commence doucement, lentement, gentiment. Enfin, juste après un BIG BOUM BADABOUM, ça continue doucement.

Joshua, 16 ans, est un personnage avec lequel on accroche directement et la malédiction qui le poursuit semble fort attachée à ses basques.

Le pauvre, la vie n’a pas été tendre avec lui et elle continue de le poursuivre après sa greffe des yeux.

L’auteur commence lentement son roman, avec un récit qui est accrocheur malgré son côté « gentillet ». Les personnages sont travaillés, sans pour autant avoir une surenchère de détails et la question est de savoir où l’auteur va-t-il nous emmener cette fois.

Bizarrement, au début, on a la sensation d’être sur un boulevard que l’auteur va suivre, et puis, sans prévenir, il quitte l’autoroute par une bretelle non répertoriée sur la carte et va nous déposer en plein cambrousse, sans GPS, sans carte et là, pas le choix, faudra le suivre et découvrir le chemin qu’il va nous tracer.

Excellent ! J’ai adoré le fait que l’auteur ne reste pas dans le conventionnel, dans le traditionnel, dans ce que je pensais qu’il allait faire.

Non, non, le gars, il innove et ne se contente pas de pondre un roman suivant une ligne de chemin fer rectiligne, là, il prend des risques et nous montre ce que je ne m’attendais pas à voir.

Ses personnages sont malmenés, torturés, mis à mal, ils doutent, ils ont peur, et toutes ces émotions passent chez le lecteur qui angoisse avec eux.

Bref, c’est terrible, ça se dévore d’un seul coup et le scénario n’est pas bancal ou couru d’avance puisque l’auteur n’a pas cédé aux sirènes de la facilité et n’a pas fait l’erreur de porter des jugements ou de dire à ses lecteurs ce qu’ils devaient penser. Chacun se fera son jugement.

Un thriller addictif, réaliste, angoissant, profond, dont j’ai sauté les passages les plus dégueulasses (pour moi) : la prise des globes oculaires en vue de la greffe. Désolée, mais ça, c’est LE truc que je déteste le plus avec les arrachages des ongles.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°140].

 

Impact : Olivier Norek

Titre : Impact

Auteur : Olivier Norek
Édition : Michel Lafon (22/10/2020)

Résumé :
Face au mal qui se propage et qui a tué sa fille

Pour les millions de victimes passées et les millions de victimes à venir

Virgil Solal entre en guerre, seul, contre des géants.

Critique :
Impact, le dernier roman de Norek, fait l’effet d’un missile reçu sur la gueule…

Problème c’est qu’en recevoir un sur la tronche m’aurait empêché de lire, je vais donc le comparer à une douche glacée (2.000 litres) reçue sur soi un jour de grand froid. Ça te glace jusqu’au tréfonds des os.

Après, une fois que tu es bien trempée, on te mettra les doigts dans une prise de courant, histoire de te coller un électrochoc. Lire Norek, ce n’est jamais synonyme de lecture douce mais toujours de lectures violentes, justes, dures, noires, sombres, réalistes… La vérité noir sur blanc.

J’attends impatiemment le jour où l’auteur écrira un roman minouche, style Père Castor racontant une histoire gentille aux Bisounours.

Et j’apprécierais aussi qu’il arrête de s’en prendre aux chats ! Là, dans un des chapitres, le chat est aux prises avec un autre animal qui « l’accoste » (jeu de mot uniquement compréhensibles pour ceux qui ont lu le roman).

Comment arriver à vous donner de l’empathie pour un assassin ? C’est chose faite ! Je ne devrais pas, mais tant pis ! Virgil Solal a tout de même moins de sang sur les mains que certains grands patrons d’entreprises qui tuent avec notre consentement tacite puisque nous regardons ailleurs ou pire, nous nous en foutons royalement tant que nous avons du carburant à la pompe, de l’eau au robinet, des batteries lithium qui tiennent le coup, de la bouffe plein les supermarchés et nos armoires.

Non, je ne vais pas me faire plus catholique que le pape ou plus vierge que Marie elle-même… J’ai beau essayer de faire attention, je pollue comme tout le monde.

Le dernier roman de Norek est engagé, une fois de plus et cette fois-ci, il dénonce les grandes entreprises pollueuses, tueuses qui ne veulent pas changer leur fusil d’épaule avant 50 ans et tant pis si on va droit dans le mur (on y est déjà).

Moi même j’ai parfois l’impression d’être devant les écuries d’Augias à nettoyer : le truc est tellement énorme que l’on ne sait pas trop par quoi commencer et à la fin, on se décourage et on va s’asseoir, refilant le boulot à un (des) autre(s).

L’auteur tire à boulets rouges sur les pollueurs et les chiffres font froid dans le dos. Hélas, l’auteur leur fait un procès à charge et nulle part ne cite une décharge. Les industriels et grands patrons ne sont pas des anges et n’ont que le profit à la bouche, je le sais. Si l’un d’entre eux veut changer, il ira changer tout seul ailleurs.

Bon sang, ça doit quand même exister des industries à taille humaine qui font en sorte que leur empreinte soit la plus petite possible, non ? Qui essaient au moins ? Ils sont en voie de disparition eux aussi ?

Sans oublier d’autres coupables qu’il faudrait citer à comparaître : les cons-sommateurs.

Nous avons créé la Bête, nous avions des demandes qui ont été exaucées, on nous a créé des besoins inutiles, nous n’avons pas dit non, nous avons con-sommé et nous nous sommes doucement déconnecté de la Nature et de la réalité qui veut que le steak ne pousse pas sur les arbres. Nous voulons tout pas cher, tout de suite, en toute saison et éthique, si possible, ce qui est impossible.

Anybref, je ne me ferai pas l’avocate du diable mais un peu moins de dichotomie aurait rendu le récit moins à charge et équilibré les torts tout en lui donnant un meilleur équilibre.

Une chose est sûre, c’est que les personnages sont directement adoptés, même si j’aurais aimé en apprendre un peu plus sur eux, ce qui est impossible en 322 pages. Par contre, si on veut qu’un récit percute fort, faut le faire au plus court.

La partie plaidoirie m’a énormément plu, mais j’ai toujours eu un faible pour les prétoires et les grands avocats qui savent défendre l’indéfendable en mettant le nez de tout le monde dans leur propre merde. Parfois, le coupable n’est pas que celui qui se trouve dans le box des accusés.

L’écriture de Norek fait toujours mouche, elle est comme une balle qui te traverse de part en part, ses dires sont étayés par des articles cités dans les références et son roman donne à réfléchir (en plus de donner des sueurs froides).

A-t-on maintenant les cojones de changer, ça, c’est une autre histoire ! Je n’y crois pas, l’Homme restera sur sa ligne de conduite jusqu’au boutisme. Quelques uns le feront, l’ont déjà fait, mais ça reste trop peu, hélas.

Un roman de la puissance d’un missile pris sur le coin de la tronche, une douche glacée en plein hiver, un électrochoc puissant, le tout porté par des personnages sympathiques, réalistes, et un assassin qu’on a du mal à détester, même s’il a tué.

Un thriller écologique qui fait réfléchir, qui donne des sueurs froides car on touché l’iceberg et il n’y a pas de canots de sauvetage pour tout le monde… Juste pour les passagers de la première classe, celle des trèèèès riches. ♫ Comme d’habitude ♪

Et nous ? On coulera (ou on crèvera de soif, de faim, de fatigue,…).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°119].

Octobre : Søren Sveistrup [LC avec Bianca]

Titre : Octobre

Auteur : Søren Sveistrup
Édition : Albin Michel (2019) / Livre de Poche (2020)
Édition Originale : Kastanjemanden (2018)
Traduction : Caroline Berg

Résumé :
Début octobre. La police fait une découverte macabre dans une banlieue de Copenhague. Une jeune femme a été tuée et abandonnée sur un terrain de jeu. On l’a amputée d’une main et au-dessus de sa tête pend un petit bonhomme en marrons.

On confie l’affaire à la jeune inspectrice Naia Thulin, à qui on donne comme coéquipier un inspecteur en burn out, Mark Hess.

Ils ne tardent pas à découvrir que le bonhomme en marrons est porteur de mystérieuses empreintes, celle de la fille de Rosa Hartung, ministre des Affaires Sociales, enlevée un an plus tôt et présumée morte. Mais un suspect a déjà avoué avoir assassiné la fillette et le dossier semble clos.

Quelques jours plus tard, on découvre une deuxième femme assassinée et au-dessus de sa tête, un autre bonhomme en marrons sur lequel se trouvent à nouveau les empreintes de Kristine Hartung. Thulin et Hess cherchent un lien entre l’affaire de la disparition de la fille de la ministre, les femmes mortes et l’assassin qui sème la terreur dans tout le pays, et s’engagent dans une course contre la montre.

Car ils en sont convaincus : le meurtrier est en mission et il n’en a pas encore terminé…

Critique :
Ce roman, c’est comme un paquet de Dragibus (ou autre bonbon) : on ne sait plus s’arrêter une fois que l’on a ouvert le paquet, ou alors, avec beaucoup d’abnégation.

Il est tellement addicitf que l’on devrait prévenir les lecteurs avec un bandeau rouge vif « Attention, avec ce roman, vous en oublierez de manger/bouger ».

Dès l’ouverture, vous serez plongé en 1989 et dans un bain de sang, avant de repasser de nos jours pour une série de meurtres sordides où les policiers perdent leur latin (ou leur danois).

Je me suis attachée de suite aux enquêteurs principaux : Naia Thulin, jeune femme forte qui doit supporter Mark Hess, un ancien d’Europol qui a été mis dehors. Leur duo fonctionne bien car notre duo réserve quelques surprises et évolutions inattendues.

Les chapitres sont courts, rythmés, bourrés de suspense, de mystère, de questionnements sur les crimes sordides, sans compter qu’une affaire classée semble vouloir refaire surface… L’a-t-on classée trop vite ? Ou bien le meurtrier joue avec les kloten (cojones)  des flics ?

Pas le temps de s’embêter dans ce policier danois, les pages se tournent toutes seules, le récit se dévore et l’auteur a fait en sorte que nous ayons tout le temps envie de continuer l’enquête car à aucun moment il ne relâche la pression (ou si peu) tout en en gardant sous la pédale.

Suspectant tout le monde à la fois, je n’ai rien vu venir quand l’auteur m’a envoyé la balle dans le figure. Le genre de chose que j’apprécie toujours dans un polar.

Octobre a tenu ses promesses, il m’a tenu en haleine, m’a fait passer l’heure du dîner (midi) sans aucun souci puisque je dévorais à pleines dents ce thriller policier si bien construit que l’on ne voit pas le temps passer.

Je me remercie ma copinaute Bianca de m’avoir proposé cette LC au pied levé car ce polar m’a sorti de mon marasme littéraire de ces derniers jours où ce que je lisais manquait de saveur. La machine est relancée ! Elle aussi a adoré, d’ailleurs, elle l’a eu terminé avant moi, ce qui est un exploit.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°114].

West Legends – Tome 1 – Wyatt Earp’s Last Hunt : Olivier Peru et Giovanni Lorusso

Titre : West Legends – Tome 1 – Wyatt Earp’s Last Hunt

Scénariste : Olivier Peru
Dessinateur : Giovanni Lorusso

Édition : Soleil (16/10/2019)

Résumé :
Hiver 1890. Des années après la fusillade d’O.K. Corral et la vendetta meurtrière qui l’a rendu célèbre, Wyatt Earp se rend à San Francisco.

Bien décidé à y faire enfin fortune grâce à Lucky Cullen, un vieil ami chasseur de primes qui y est devenu riche. Ce dernier l’a invité à le rejoindre pour mener à bien une grosse affaire.

En arrivant dans cette ville nouvelle qui ne cesse de produire des millionnaires, Earp déchante rapidement car il apprend que son ami a été assassiné.

Critique :
O.K. Corral, ça vous parle ? Les frères Earp aussi ? Non, rassurez-vous, nous n’aurons pas droit à une énième reconstitution de ce fameux massacre.

Les auteurs nous proposent ici une histoire mettant en scène Wyatt Earp qui va enquêter dans les rues de San-Francisco, sans Karl Malden et Michaël Douglas, bien entendu.

Pas dans une maison bleue adossée à la colline, non plus…

Lucky Cullen, un ancien pote l’a appelé mais quand Wyatt arrive, ce dernier est mort. Pas de bol, en effet. Mais Wyatt va se transformer en Sherlockk Holmes et enquêter dans les ruelles sombres de San-Francisco où il y a quelque chose de pourri.

Un cow-boy en ville, ça détonne. La majorité fixant la normalité vestimentaire, notre tueur de légende ne passe pas inaperçu et les gens le voient comme un cul terreurs, un vestige de la Frontière.

Si ces bien habillés allaient du côté de la Frontière, vu leurs beaux vêtements, on les traiteraient de pied-tendre et on les plongerait dans du goudron et des plumes.

Trêve de rigolade, notre chasseur de primes, notre tueur, n’est pas habitué à évoluer dans un tel décor urbain et là, il chasse un clone de Jack The Ripper, mais en version plus trash car lui a tué sur plusieurs états, à tué des hommes riches et les a fait souffrir à a manière des guerriers Comanches.

C’est glauque, gore et violent. On oublie le Wyatt Earp de Lucky Luke, ici, on je joue pas dans le même registre. Les dessins, qui sont dans le réalisme, sont bien exécutés, privilégiant les gros plans par rapport aux arrières-plans.

Vu comme une Légende vivante, les gens ne connaissent pas vraiment Wyatt Earp, le voient comme un homme à la taille gigantesque et comme la légende était plus belle que la réalité, on a imprimé la légende et il en est souvent victime.

L’enquête va révéler un foutu panier de crabe et le scénariste a été assez intelligent que pour brouiller nos pistes à tel point que l’on ne sait pas trop qui suspecter d’être l’assassin sanguinaire.

Avec 64 pages, on n’est pas volé sur le récit ! L’auteur peut prendre la peine de le mettre en place, de nous montrer la ville de San-Francisco, de faire enquêter Wyatt sans que cela tourne à 24h chrono.

Les scènes d’actions sont punchy, l’album a un bon rythme, oscillant entre le calme et le plus agité. Le tout avec un certain équilibre, afin de nous ménager des temps de pause pour récupérer. Les pages finales, elles, sont bourrées d’action et de rebondissements.

Cette bande dessinée est un western sans en être un puisque nous sommes en ville, un thriller puissant, une enquête policière menée par un chasseur de primes qui comprend vite que les forces de l’ordre ne cherchent jamais des poux dans la tête des nantis (rien n’a changé).

Nantis qui font ce qu’ils savent faire de mieux : magouiller plus pour obtenir toujours plus d’argent sans se salir les mains.

Une bédé sombre, très sombre. Bref, j’adore et j’ai grande envie de découvrir les albums suivants, consacrés, eux aussi, à une grande figure de l’Ouest et où on ne verra pas Billy The Kid manger des bonbons.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°39] et Le Mois Américain – Septembre 2020 – Chez Titine et sur Fesse Bouc.

Le boucher de Chicago : Robert Bloch [LC avec Bianca]

Titre : Le boucher de Chicago

Auteur : Robert Bloch
Édition : 10/18 (05/10/2017)
Édition Originale : American Gothic (1974)
Traduction : Jane Fillion

Résumé :
Le château : il surgit, menaçant, dans les rues d’un Chicago livré aux grands travaux de l’Expo Universelle, la fameuse « ville blanche ».

Les épais murs en pierre de cette bâtisse lugubre abritent un labyrinthe de passages secrets et de pièces cachées, d’un crématorium et d’une table de dissection, de pièges et de chausse-trappes.

Le château est la demeure de G. Gordon Gregg (nom du personnage incarnant H.H. Holmes, et en tout point conforme à la réalité), pharmacien et meurtrier à ses heures. Ses victimes sont jeunes et belles.

Ses méthodes rapides, scientifiques et sans douleur. Ses crimes parfaits et impunis.

Jusqu’au jour où une journaliste commence à avoir des doutes sur ce citoyen, en apparence bien sous tous rapports…

Critique :
— Allo, la boucherie Sanzot ?
— Absolument pas, madame, ici vous être à la pharmacie du docteur Gordon Gregg.
— Oh, pardon… On m’avait donné votre numéro en me disant que vous étiez un bon boucher…
— Effectivement, je suis le boucher de Chicago, mais personne ne le sait encore et vous n’aimerez pas la viande que je fais brûler.

G. Gordon Gregg est un personnage ambigu : il est élégant, gentleman, homme d’affaire avisé, séducteur, prometteur de monts et merveilles, intelligent…

Mais ne vous y trompez pas, mesdames, mesdemoiselles, car c’est un tueur. Et il le fait en série. Une facture d’un entrepreneur à payer ? Paf, on le tue. Une femme de chambre trop curieuse ? Paf, dégommée. Une secrétaire qui se voit déjà en madame Gordon Gregg et qui a du fric ? Paf !

Mais vous ne verrez rien, vous ne saurez pas avec exactitude si telle ou telle personne a bien été assassinée. Le doute vous habitera, vous supputerez qu’il y a des chances pour qu’elle soit passée de vie à trépas, mais vous ne connaîtrez pas tous les petits secrets du maître es crimes.

Le docteur Gordon Gregg qui est aussi docteur que moi, est un personnage retors, machiavélique, au sourire enjôleur pour mieux vous engeôler, mesdemoiselles. Tout son château est conçu pour cacher ses exactions coupables.

Ce polar historique est addictif car d’un côté, on a les manigances d’un séducteur style Landru (la beauté en plus) prêt à tuer pour de l’argent et de l’autre, une jeune journaliste qui rêve de faire un scoop et qui a des soupçons sur le G.G.

Même si je connaissais encore l’histoire du véritable H.H. Holmes pour avoir lu une bédé l’année dernière (Englewood), même si j’avais toujours les images dans la tête, le récit romancé de Bloch s’éloigne à certains moments de l’Histoire puisque le but n’est pas de raconter les meurtres de H.H. Holmes mais d’un avatar.

Le final est hautement angoissant et ma tension en a pris un coup car si je sais que le véritable H.H. Holmes (Herman Webster Mudgett, de son vrai nom) a été arrêté, je n’avais aucune idée du traitement que Bloch allait réserver à sa créature démoniaque, ni à la courageuse journaliste qui tente de lever le lièvre. Donc, suspense garantit.

Une fois de plus, Bloch a joué avec mes nerfs, les a mis à vifs et ces sueurs froides par temps de canicule n’étaient pas pour me déplaire. On peut dire que c’est, une fois de plus, une LC avec Bianca réussie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°27].

 

L’homme aux lèvres de saphir : Hervé Le Corre [LC avec Bianca]

Titre : L’homme aux lèvres de saphir

Auteur : Hervé Le Corre
Édition : Rivages Noir (2004)

Résumé :
Paris, 1870. Une série de meurtres sauvages semble obéir à une logique implacable et mystérieuse qui stupéfie la police, fort dépourvue face à ces crimes d’un genre nouveau.

Le meurtrier, lui, se veut « artiste » : il fait de la poésie concrète, il rend hommage à celui qu’il considère comme le plus grand écrivain du XIXème siècle, Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont, dont il prétend promouvoir le génie inconnu.

Dans le labyrinthe d’une ville grouillante de vie et de misère, entre l’espoir de lendemains meilleurs et la violence d’un régime à bout de souffle, un ouvrier révolutionnaire, un inspecteur de la sûreté, et deux femmes que l’a vie n’a pas épargnées vont croiser la trajectoire démente de l’assassin.

Nul ne sortira indemne de cette rencontre.

Ce livre a reçu le grand prix du roman noir français au festival de Cognac 2005 et le prix mystère de la critique 2005.

Critique :
— Gamin ! Gamin ! Reviens gamin, c’est pour rire ! (C’est arrivé près de chez vous – extrait)

Moi j’aurais tendance à dire « Cours, gamin, cours » (Forrest Gump) car l’homme qui arrive derrière toi va te tuer parce que tu es blond…

Un assassin qui tue les blonds ? Gad Elmaleh, sans aucun doute.

Paris, en 1870, une époque trouble, des grèves, des ouvriers qui grognent, des socialistes – des vrais ! – qui émergent et un tueur en série qui joue du couteau sur les blondins, les éventrant et mettant en scène leur mort.

Ne cherchez plus l’identité du coupable, c’est Hervé Pujols. Poirot et Holmes peuvent aller se rhabiller car nous sommes dans un scénario à la Columbo : nous connaissons l’identité du coupable dès le départ, le but sera de mettre la main dessus (ou pas ?).

Copiant l’oeuvre non publiée de son ami Isidore Ducasse, les “Chants de Maldoror” que ce dernier à écrite sous le nom du Comte de Lautréamont, l’assassin sème des cadavres à tous vents et si la police est sur les dents, en fait, elle n’est nulle part car pour un inspecteur qui se casse le cul, les autres s’en foutent royalement car la police est corrompue jusqu’à la moelle (ou la bite, pour certains).

Connaître l’identité du tueur ne fut pas une entrave au suspense ou au mystère car c’est avant tout le portrait de la ville de Paris en 1870 qui est tiré et il n’est pas joli à voir. Oublions les cartes postales, on patauge dans le prolétariat, ici.

Ce roman policier historique est aussi un roman noir puisque le côté social est présent. La société ouvrière est mise en avant, bien décrite dans ses misères, ses rêves, ses combats, on a la montée du socialisme, le ras-le-bol de Napoléon III et l’envie folle d’une République.

Oublions les beaux quartiers, nous allons nous encanailler dans les caboulots (caberdouches si nous étions à Bruxelles), éclusant des bock de mauvaise bière, nous arpenterons les ruelles sombres, celles des bas-fonds, nous mettrons aussi les pieds dans un bordel avec tout son cortège de pauvres filles tenues de rembourser des dettes à leur proxénète ou à la mère maquerelle.

L’exploitation de l’Homme par l’Homme, une fois de plus. Profitant de la misère et du besoin impérieux d’argent de tous ces crèves-la-faim qui sont venus à Paris et qui ont une famille à nourrir, les patrons ne se privent pas d’exploiter ces esclaves taillables et corvéables à merci.

Dans ce roman qui se dévore, le lecteur aura le plaisir de suivre plusieurs personnages dont certains seront des plus sympathiques.

Autant où j’ai bien aimé l’inspecteur basque (celui qui est intègre et qui bosse), autant où j’ai eu le coup de cœur pour Étienne et Fernand, ces deux ouvriers que la vie n’a pas épargnée. Leurs portraits sont des plus réalistes et il est difficile de ne pas s’attacher à eux.

Un roman policier noir et historique très bien construit, qui a du Zola dans ses pages ainsi que du Victor Hugo tant la misère des prolétaires est présente et que Paris a des airs d’une ville moyenâgeuse.

Un polar avec un serial-killer datant d’avant Jack The Ripper et qui est tout aussi violent que lui. Un polar noir, sombre, sanglant mais la plume gouailleuse de l’auteur, qui mêle l’argot de Paris dans les dialogues pour leur donner plus de vie, emporte le lecteur dans une autre époque et le voyage, s’il n’est pas de tout repos, est instructif et addictif.

Anybref, que les amateurs de Bisounours passent leur chemin…

Merci à ma copinaute Bianca qui m’a proposé cette LC. Le roman traînait dans ma biblio depuis novembre 2013, ticket de caisse coincé dedans comme preuve. Comme moi, elle a aimé sa lecture.

Extraits des Chants de Maldoror pour comprendre le titre et le coup du crabe tourteau :

Pour ne pas être reconnu, l’archange avait pris la forme d’un crabe tourteau, grand comme une vigogne. Il se tenait sur la pointe d’un écueil, au milieu de la mer, et attendait le favorable moment de la marée, pour opérer sa descente sur le rivage.

Mais, l’homme aux lèvres de saphir a calculé longtemps à l’avance un perfide coup. Son bâton est lancé avec force ; après maints ricochets sur les vagues, il va frapper à la tête l’archange bienfaiteur. Le crabe, mortellement atteint, tombe dans l’eau. La marée porte sur le rivage l’épave flottante. Il attendait la marée pour opérer plus facilement sa descente. Eh bien, la marée est venue ; elle l’a bercé de ses chants, et l’a mollement déposé sur la plage : le crabe n’est-il pas content ? Que lui faut-il de plus. Et Maldoror, penché sur le sable des grèves, reçoit dans ses bras deux amis, inséparablement réunis par les hasards de la lame : le cadavre du crabe tourteau et le bâton homicide !

 

Comme il est changé ! Les mains liées derrière le dos, il marche devant lui, comme s’il allait à l’échafaud, et, cependant, il n’est coupable d’aucun forfait. Ils sont arrivés dans l’enceinte circulaire de la place Vendôme. Sur l’entablement de la colonne massive, appuyé contre la balustrade carrée, à plus de cinquante mètres de hauteur du sol, un homme a lancé et déroulé un câble, qui tombe jusqu’à terre, à quelques pas d’Aghone.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°09].

 

Victime 55 : James Delargy

Titre : Victime 55

Auteur : James Delargy
Édition : HarperCollins Noir (08/01/2020)
Édition Originale : 55 (2019)
Traduction : Maxime Shelledy et Souad Degachi

Résumé :
Une petite ville perdue en Australie. Un officier de police habitué à régler des petits problèmes de vie domestique et querelles de voisinage.

Un jour de canicule débarque un homme, couvert de sang. Gabriel déclare avoir été séquestré dans une cabane par un serial-killer. Le dénommé Heath a déjà tué 54 personnes. Gabriel est sa prochaine victime.

Quand la chasse à l’homme commence, ce même jour de canicule, débarque un deuxième homme. Heath est couvert de sang. Heath déclare avoir été séquestré dans une cabane par un serial killer, un certain Gabriel. Gabriel a déjà tué 54 personnes. Heath est sa prochaine victime.

Qui est le numéro 55 ?

Critique :
— On demande le N°55 ! Qui porte le numéro 55 ? Allez, soyez pas timide… C’est l’heure de vous faire assassiner.

Wilbrook est petite ville perdue dans le trou du cul de l’Australie et qui subit, de plein fouet, la canicule qui l’emballe (oui, c’est cochon quand on décale les sons).

C’est le genre de petite ville où il ne se passe rien, les policiers ayant plus à faire avec l’ivresse, les bagarres ou les violences conjugales.

Alors, quand un type (Gabriel) arrive dans un sale état en disant qu’il a réussi à prendre la fuite de la cabane d’un serial-killer qui allait en faire sa 55ème victime, ça réveille tout le monde à la maison poulaga.

Je sens déjà que ça grince des dents dans les chaumières : le serial-killer, encore lui ! Un sujet facile, passe-partout, mais terriblement casse-gueule, car on peut vite se prendre les pieds dans le tapis qui entoure le corps assassiné.

Pour cela, l’auteur a été malin et est sorti des sentiers battus en introduisant le personnage de Heat, qui arrive peu après chez les flics en répétant le même laïus que Gabriel : il a failli être la 55è victime d’un serial-killer.

Deux victimes le même jour ? C’est Noël ? Non, pire car chacune des victime accuse l’autre d’être le tueur en série. Qui de Healt ou de Gabriel est le tueur en série ?

L’idée est bonne de proposer des victimes qui pourraient être tueurs en même temps mais là, un autre écueil apparaît : comment tenir la distance ? À un moment, on ne risque pas de tourner en rond ?

Et bien non, on ne tournera pas en rond car l’auteur a eu assez de ressources que pour occuper son lecteur en lui faisant fumer le cerveau avec cette énigme (QUI ?) et cette enquête étrange qui ne prendra pas la grand-route mais les petits sentiers, le tout porté par des personnages sympathiques ou au contraire, énervants…

C’est là que le bât a le plus blessé : l’antagonisme entre Chandler, policier en chef de Wilbrook et Mitchell, son ancien meilleur ami, qui va venir superviser l’opération de recherche « Qui est un serial Killer ? ».

J’aurais aimé un peu plus de nuances dans ces deux personnages principaux, ces deux flics qui furent un jour des potes et qui maintenant, se déchirent.

Chandler est un personnage sympathique, un gentil (trop ?) qui doit baisser la tête devant Mitch, son supérieur hiérarchique et qui lui, est tout simplement imbuvable, à tel point qu’on aurait envie de le paumer dans le bush australien après lui avoir explosé la cervelle.

Un meilleur équilibre entre le flic sympa et le sale flic n’aurait pas été du luxe. Même si c’est un premier roman pour l’auteur, équilibrer les personnalités  de ces deux policiers aurait apporté plus de nuances. Nous avons tous connu des gens imbuvables comme Mitch, mais à la fin, leurs querelles incessantes deviennent lourdes et lassantes.

Pour les ambiances de désert sous la chaleur implacable, c’est tout bon, on s’y croirait. Les grandes étendues de l’outback australien, ses coins perdus, ses dangers qui se trouvent partout sous nos pieds… Sans oublier les bas-de-plafonds qui habitent dans les fermes aux alentours. On est bien servi à ce niveau-là.

Les alternances entre le présent (avec l’enquête) et le passé (les débuts de Chandler et Mitch en tant que policiers) bétonnent l’addiction au roman et malgré l’heure qui tournait et le fait qu’il fallait se lever le lendemain, j’ai poursuivi ma lecture car je voulais savoir laquelle de mes théories la plus farfelue était la bonne. Yes, j’en avais une qui était à moitié bonne.

L’identité du coupable, je l’avais trouvée. Par contre, son mobile m’a semblé un peu léger, ou du moins, déjà-vu trop de fois. Pourtant, l’auteur avait de l’idée car j’ai été bluffée avec la numérotation des victimes. Bien vu.

Le final, bourré du suspense, est capable de faire monter la tension à un moine bouddhiste zen en pleine méditation. Et après le chapitre 55, le tout dernier, celui qui met fin à l’histoire, il faut trouver le sommeil alors que ça tourne toujours dans la tête…

Un thriller qui aurait pu se louper avec le coup du serial-killer mais qui a eu la bonne idée de jouer sur le concept de deux victimes qui s’accusent l’une l’autre d’être le tueur, sans que l’on arrive à en démarquer une plus que l’autre, tout en partant dans une direction autre que celle attendue.

Au moins, on n’a pas l’impression de manger un plat réchauffé et trop souvent cuisiné, même si les ingrédients sont des grands classiques. Faudra juste penser à nuancer tous les personnages dans le roman suivant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°04].

La chair du limier : Stéphane Belmont

Titre : La chair du limier

Auteur : Stéphane Belmont
Édition : Les Nouveaux auteurs Polar Historique (2012)

Résumé :
Paris. Juillet 1888. Un monstre sans visage éventre et mutile deux « fleurs de trottoir »dans le quartier Mouffetard, sans provoquer la moindre réaction des autorités.

Seul à pressentir, dans ce carnage, les prémisses d’une macabre série, l’inspecteur Jean Roche, adepte de nouvelles méthodes d’investigation criminelle, décide de mener son enquête, au nez et à la barbe de sa hiérarchie.

Une traque impitoyable s’engage alors entre le policier et le sanguinaire, du ventre de Paris jusqu’aux bas-fonds de Londres.

Critique :
Parfois, il est bon de persévérer… Je parle de moi et de la lecture de ce roman, pas de Jack L’Éventreur qui aurait fait ses armes à Paris (et ailleurs) avant d’aller à Londres.

Le postulat de départ est intéressant et ce roman n’a pas eu le prix Histoire par hasard car il est bien documenté, même si la scène du départ aurait pu se dérouler de nos jours (l’inspecteur qui fait de la course à pied).

Si le contexte historique est bien fourni sans pour autant déborder sur le récit en lui-même, j’ai ramé dans le début du roman, tant les situations et les dialogues me semblaient plats, sans saveur, sans profondeur.

Ajoutons à cela des personnages un peu fades ou caricaturaux, dont le pire fut l’inspecteur Roche, personnage principal, que j’ai détesté et qui n’est jamais remonté dans mon estime.

Roche est un gros égoïste ! Il le remarquera lui-même… Se disputant avec ses quelques rares amis (qui reviennent ensuite, les cons), il est toujours borderline, têtu, bougon, se morfondant sur son passé et ses erreurs, mais les reproduisant encore et toujours.

Non, franchement pas sympathique pour deux sous et malgré le fait qu’il aime être à la pointe des progrès de la science criminelle, pour le reste, c’est un bourrin à la limite de la caricature du flic torturé alcoolo qu’on croise un peu trop souvent en littérature et qui s’affranchi de toutes les règles. Harry Hole a plus d’épaisseur et de sympathie.

L’inspecteur Roche, lorsqu’il ira enquêter aux côtés de l’inspecteurs Abberline de Scotland Yard se paiera même le luxe de causer anglais sans accent… Heu ? Il a eu une nurse anglaise ou quoi ? Qu’il ait appris l’anglais lorsqu’il se battait aux côtés des Anglais en Chine, je le concède volontiers, mais sans accent ? Non.

Initialement sélectionné pour le Mois Anglais, j’ai dû le mettre de côté car il faut avoir dépasser la moitié du récit pour enfin mettre les pieds à Londres. Si l’enquête a pris son temps à Paris, on va aller un peu plus vite à Londres, Roche continuant de n’en faire qu’à sa tête, tabassant même un médecin ou assommant un flic pour pouvoir faire ce qu’il lui plait dans son enquête. T’es lourd, Roche !

Ce que je retiendrai de bon pour ce roman sera son contexte historique qui était très bien fait sans jamais devenir long et ennuyeux. On nous parle de médecine légale, d’anthropologie physique, de cadavres exposés à la morgue, du Bertillonnage, des empreintes digitales auxquelles peu de gens croient, de photographie… Instructif sans jamais être rébarbatif.

Le choix du langage aussi était une bonne chose car nos policiers parlent un mélange de français et d’argot, sans non plus en inonder le texte comme dans « Touchez pas au grisbi ». Pas besoin de chercher les mots dans le dico « Français-Argot », vous comprendrez tout.

Heureusement que les mauvaises impressions de platitude des dialogues du départ se sont estompées ensuite.

Les décors étaient grandeur nature car l’auteur a réussi, grâce à ses description bien ciblées, à nous donner la sensation que nous arpentions Paris ou Londres.

Hélas, les personnages ne m’ont pas vraiment emballé, surtout l’inspecteur Roche qui m’a profondément énervée et j’ai failli reposer le roman au tout début car j’avais trouvé les dialogues fort creux, sans saveur, sans émotions, sans épices…

Ma persévérance a payée, même si cette lecture restera avec l’étiquette « déception » affichée dessus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°294.

Jacks – Pour qui sonne le glas à Londres ? : Benoit Chavaneau

Titre : Jacks – Pour qui sonne le glas à Londres ?

Auteur : Benoit Chavaneau
Édition : Ravet-Anceau (22/08/2016)

Résumé :
Agitation sur les berges de la Tamise où un sac poubelle renfermant les restes d’un corps démembré a été retrouvé.

Dépêché sur place par Scotland Yard, l’élégant inspecteur Shelley rencontre avec surprise sa nouvelle équipière : la Française Marie Altbauer, consultante stagiaire en martyrologie. Après un échange volcanique, l’enquête débute. Le médecin légiste est formel, la victime a été disséquée vivante.

La coupe est précise voire professionnelle. Selon Altbauer, ce geste vise à l’humiliation ultime du supplicié. Peu après, un deuxième puzzle humain est déniché près du Millenium de Londres.

La tuerie fait planer le spectre de Jack l’Éventreur au-dessus de la capitale anglaise. Il est temps pour la spécialiste d’établir le profil de bourreau.

Et de l’empêcher de recommencer.

Critique :
Lorsque dans la préface vous tombez sur un message rempli de promesses fait par l’auteur, je ne sais pas pour vous, mais moi, je suis accrochée de suite et je paie pour voir (le message de la préface est à la fin de ma chronique)

Comme au poker, une fois l’argent posé sur la table, le joueur adverse m’a dévoilé son jeu et durant la partie, j’ai eu l’impression de voir de l’esbroufe et pas un beau jeu.

La main était riche de cartes fortes, mais mal utilisées.

Dans certains cas, je pars en cuisine avec mon bouquin tant il est intéressant mais là, durant une partie de ma lecture, j’ai pensé à ma lessive qui tournait, à la liste des courses, à regarder si la lessive n’était pas sèche au fil (entre temps, je l’ai mis sécher), à vérifier que ce n’était pas l’heure du repas du chat…

Soyons généreuse et commençons pas les bons côtés… On y apprend des tas de choses sur les techniques de tortures (Ida, reste avec nous) dans l’Histoire et certains m’ont fait crisper les orteils (le nerf dentaire) tant c’était affreux… Niveau martyrologie, il y a de quoi meubler les futurs repas en famille, le jour où l’on pourra réunir des grandes tables.

Problème ? La manière dont tout ce savoir est amené est maladroite et énervante puisqu’on dirait que la stagiaire à Scotland Yard, Socket (Marie Altbauer de son vrai nom) nous la joue à la Hermione Granger ou Lisa Simpson, avec moins de grâce qu’elles. Socket est énervante, mal calibrée en tant que personnage et son duo avec l’inspecteur Shelley, un espèce de dandy mal embouché, marche très mal.

On est loin des duos atypiques de Linley/Havers qui marchait si bien dans les romans d’Elizabeth George, malgré leurs différences de classe. Ici, c’est loupé sur toute la ligne, de plus, le Shelley pique une crise de nerf à un moment donné pour une connerie et c’est lui qui aurait mérité un blâme. Nous saurons ensuite le pourquoi du comment, mais en plus d’être un peu glauque, ça me semble surfait.

Et puis, on a un autre récit, celui de l’inspectrice Rachel Porter, sans que l’on sache ce qu’il advient, à ce moment là, de notre Socket et du chieur Shelley, qui bossent pourtant à Scotland Yard et qui ont croisé Rachel dans la partie avant.

Avec Rachel, ça a passé un peu mieux, même si je n’ai jamais vibré pour la plume de l’auteur, malgré ses feintes à deux balles, qui m’ont exaspérées (alors que dans d’autres récits, comme les Chroniques de St Mary’s, ça passe sans soucis).

Un récit que j’ai apprécié, c’est celui attribué au Jack The Ripper de 1888. En effet, la théorie est plausible, cela aurait pu se dérouler de la sorte et cela expliquerait les différences entre les assassinats des prostituées. Leur reproduction de nos jours est sans doute plus rocambolesque et beaucoup trop longue, ce qui donne des creux dans le rythme de l’histoire.

Arrivée à la fin, lorsque l’on fait la somme de tous les récits (celui non loin du parc Kruger, en début de roman, celui de Soket et Shelley et le dernier vécu par Rachel), on a enfin l’explication de tout ces crimes, les mobiles…

Ouf, il était temps de tirer un trait sur tout cela, même si je reste avec des questions sans réponses, notamment quand au pourquoi de Janus, son rôle exact, son degré d’implication, tout cela est un peu flou. En poussant son cerveau dans les tours, on se doute, mais sans qu’on ait une certitude.

Il y avait du bon, dans ce roman, mais à force de vouloir y faire entrer trop de choses, en brossant des personnages un peu par-dessus la jambe, sans les approfondir, sans leur donner une épaisseur, en les faisant agir comme des idiots sans cerveau ou des imbéciles dédaigneux, en faisant d’eux des caricatures, il n’y aucun attachement avec eux, zéro empathie et on lit le roman d’un oeil distrait, avec le cerveau qui gambade ailleurs.

Dommage, il y avait des bons ingrédients qui auraient mérité une cuisine plus précise, plus respectueuse des produits, avec une cuisson à une température différente pour ne pas dénaturer les quelques aliments nobles qui se trouvaient sur la table.

Si on a un morceau de foie gras, on ne le traite pas de la même manière qu’un Big Mac de chez MacDo, sinon, cette petite perle se retrouvera gâchée sous une sauce épaisse, écœurante et qui n’a pas de goût.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°257 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Il y a des sujets qui sont pour l’auteur de romans noirs comme les figures imposées du patinage artistique : le double salto, double axel… Jack l’Éventreur est de celles-ci pour l’auteur de thrillers. Et Dieu sait qu’elle fut pratiquée ! Des centaines d’essais et de romans ont été écrits sur le plus célèbre tueur en série de l’histoire.

Pour autant, à quelques exceptions près, il faut reconnaître que la majeure partie de ces ouvrages se sont contentés d’éclairer et de suréclairer les mêmes questions, les mêmes thèmes, dans toutes les couleurs mais sous le même réverbère. 

C’est pourquoi j’ai souhaité prendre le parti absolument inverse. Aller fouiller dans l’ombre, dans le plus obscur des tripes de Jack. Je voulais écrire un roman qui serait avant tout l’expression contemporaine d’un mode opératoire.

Pour ce faire, je suis donc retourné aux sources, dans les archives historiques, dans les dossiers d’autopsies manuscrits, les rapports de police, dans les plans d’urbanisme de 1888… pendant près de trois ans.

J’ai ouvert grand les yeux dans l’ombre. Et j’ai réfléchi… Et j’ai trouvé des choses imprévisibles, inattendues. Ces trouvailles m’imposaient d’écrire non pas un mais deux romans, comme autant de métaphores narratives de la même réalité historique. Bienvenue dans le côté obscur des Jacks…