Blackout Baby : Michel Moatti

Titre : Blackout Baby

Auteur : Michel Moatti
Édition : HC Editions (2014) / 10-18 (2016)

Résumé :
Londres 1942 : profitant du couvre-feu, un tueur hante les rues de la ville.

En quelques jours, il assassine et mutile quatre femmes. Son modus operandi interpelle Scotland Yard et la presse, qui le surnomme aussitôt le Blackout Ripper.

Les messages qu’il laisse sur les scènes de crime, conçus comme des indices codés, imposent bientôt aux enquêteurs une piste inquiétante : le criminel semble s’inspirer des leçons du mage noir Aleister Crowley et de son manuscrit démoniaque, « Le Livre de la Loi ».

Insaisissable, le tueur caché dans l’ombre du Blitz décide de s’attaquer aux enfants de Londres – ceux qui doivent être évacués lors de l’opération « Joueur de flûtes ».

Mais il va trouver sur sa route une femme, Amelia Pritlowe, qui va faire de sa traque une affaire personnelle.

Une enquête inspirée de faits et de personnages réels.

Critique :
Amelia Pritlowe est une vieille amie, je l’avais déjà suivie dans son enquête sur la recherche de l’identité de Jack The Ripper, à Londres, en temps de guerre, sous les bombardements, lors du blitz (1941).

Nous sommes toujours à Londres, sous les bombes, en plein blackout et voilà qu’un autre tueur sévit, profitant de la noirceur qui règne dans la capitale durant les couvre-feux.

Blackout Ripper est une tueur en série qui a réellement existé, il se nommait Gordon Cummins et si d’entrée de jeu nous connaissons son identité, le but sera se savoir comment on va l’attraper, ou pas…

Mon ami Wiki aurait pu tout me dire sur lui, mais j’ai préféré suivre les péripéties de mon infirmière préférée, Amelia, dans cette enquête sur le tueur du blackout qui a eu le don de réveiller d’anciennes peurs de 1888.

Hé, on tue des femmes la nuit, on les égorge, on fout du sang partout, et on écrit sur les murs des phrases bizarres !

Cummins est un être détestable, un prétentieux se croyant tout droit sorti de la cuisse de Jupiter, avec de grande aspirations professionnelles qu’il a dû revoir fortement à la baisse et de ce fait, il a la haine de tout, surtout des femmes car il pense que nous sommes toutes des putains.

Prétentieux et dérangé, froid, dur, psychologiquement atteint, l’araignée de son cerveau qui se balade à l’envers, persuadé d’accomplir une grande mission… En un mot : un vrai salaud !

Entre nous, les passages où on se trouve avec lui sont plus qu’angoissants et je conseillerai aux esprits délicats de passer outre les descriptions des crimes, qui, sans être aussi détaillées que ceux de 1888, n’en sont pas moins violents et bestial.

Ce roman policier historique possède une atmosphère qui lui est propre, on sent la guerre, la peur des gens, le manque de tout, les ravitaillements au compte-goutte, l’envie de se changer les idées, le chaos, la ville en miette… Mais les anglais qui ne plient pas !

Certes, si un avion passe durant votre lecture, vous ne vous jetterez pas sous une table, mais… L’illusion des dégâts provoqués par la guerre sont très bien rendus dans ces pages et c’est toujours aussi flippant de se les imaginer.

Une enquête qui va progressivement, sans se presser, mais sans que l’on ressente de  la lassitude car j’ai été happée par la vie londonienne durant la seconde guerre mondiale et par le boulot de fou que durent exécuter les médecins et les infirmières, propulsées pour certaines au rang de chirurgiennes à cause de la pénurie d’hommes.

Un roman qui mêle la réalité à la fiction avec brio car je vous défie de trouver où s’arrête le réel et où commence la fiction : nous sommes en présence de personnages ayant réellement existé et d’autres inventés, mais bien malin qui pourra dire où l’auteur a ajouté des choses (hormis dans les paroles dites par les victimes).

Un roman angoissant lorsque nous suivons les pas de l’assassin et que nous le voyons charmer les femmes avec aisance avant de les tuer agressivement, un roman où la fiction côtoie la réalité sans que l’on puisse les distinguer l’une de l’autre, sauf en lisant les notes en fin d’ouvrage.

Cela fait le deuxième roman sur un éventreur que je lis de cet auteur et il ne m’a pas déçu, que du contraire, et ses personnages principaux sont toujours aussi attachants.

Allez, rendez-vous au prochain roman de cet auteur, avec un éventreur dans ses pages ou pas !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le Challenge « Polar Historique » de Sharon.

From Hell : Allan Moore & Eddie Campbell

Titre : From Hell

Scénariste : Allan Moore
Dessinateur : Eddie Campbell

Édition : Delcourt (Octobre 2000)

Résumé :
Whitechapel, 1888 : au cœur de ce quartier pauvre de Londres, où la misère rime avec la déchéance la plus totale, cinq prostituées vont être retrouvées assassinées dans des conditions terrifiantes.

Étranglées, éventrées, mutilées de la plus atroce des façons, elles sont les victimes de celui qui allait devenir le plus célèbre serial killer de l’histoire, et dont l’identité reste aujourd’hui une énigme : Jack l’éventreur.

Et si, derrière ce nom qui a fait couler tant d’encre, se cachait bien plus qu’on a voulu le dire ? Un invraisemblable complot qui réunirait quelques-uns des plus éminents représentants de l’aristocratie britannique, décidés à sauver la couronne d’un terrible scandale.

Critique :
Comment parler d’un pavé pareil ? En commençant pas le début, sans doute.

1888, tout Londres frémi sous les coups de couteau d’un envahisseur : Jack The Ripper. Tout le monde ? Oui ! Sauf l’assassin, bien entendu, qui lui résiste encore et toujours à la police…

Qui a tué les 5 prostituées entre  le 31 août et le 9 novembre 1888 ? Et bien, cette bédé vous offre une réponse et un coupable.

Mais attention, Allan Moore s’est inspiré de la théorie folle de Stephen Knight publiée dans « Jack The Ripper : The final solution », donc, ne prenez pas ce coupable pour argent comptant.

Les dessins sont en noir et blanc, il y a des tas de dialogues à lire et j’en suis venue à bout après une grosse semaine de lecture, le tout fractionné, sinon, ce serait indigeste tant il y a une multitude de détails à ingurgiter car l’auteur ne se contente pas de nous raconter les meurtres, il nous offre aussi une plongée dans le peuple de l’abîme.

Si le coupable désigné dans ce livre est bidon (à savoir William Gull, le médecin de Victoria), le reste ne l’est pas, notamment la description des meurtres et le vie merdique dans les bas-fonds de Londres, à celle époque. Le tout étant bien mis en page.

Dans les appendices, l’auteur nous détaille tout cela plus en profondeur, et souligne que lorsque Campbell a dessiné l’intérieur d’un Workhouse, c’était le véritable Workhouse de Marylbone !

On sent, derrière les dessins, que les auteurs se sont renseignés, ont potassés leur sujet et cela donne un réalisme à cette plongée en eaux troubles, dans cette fange de laissés-pour-compte, dans ce peuple des abîmes que tout  une partie de la ville ne voyait pas.

Le résultat étant que, malgré l’impossibilité pour cet homme d’être le coupable, le tout est tellement bien amené que ça passe comme un couteau bien aiguisé dans la poitrine d’une des victimes de celui qui signa « Jack The Ripper » la lettre « Dear Boss ».

Malgré tout, faut s’accrocher, les dessins en noir et blanc, hachurés, parfois, ne sont pas toujours des plus agréables pour les yeux et la visite du Londres en version métaphysique est assez fastidieuse (mais elle éclaire le côté zinzin de Gull).

Heureusement qu’il y a les pages explicatives en fin d’ouvrage, elles ont éclairé ma lanterne, surtout en ce concernait une partie de jambes en l’air, en allemand, et la vision, par l’épouse, d’un flot de sang sortant d’une église. Le Mal venait d’être conçu.

J’ai bien aimé aussi le dernier appendice « Le bal des chasseurs de mouettes » qui nous laisse voir toutes les théories fumeuses et tous les coupables désignés au fil des années.

C’est sombre, violent, noir, pas de lumière, pas couleur, c’est du lourd quand bien même le livre met en scène ne théorie fumeuse de Knight, celle-là même qui avait été reprise dans « Murder by decret », c’est à dire le complot royal et maçonnique.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), ,   « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

Block 46 : Johana Gustawsson

Titre : Block 46

Auteur : Johana Gustawsson
Édition : Bragelonne (23/10/2015)

Résumé :
Falkenberg, Suède. Le commissaire Bergström découvre le cadavre terriblement mutilé d’une femme.

Londres. Profileuse de renom, la ténébreuse Emily Roy enquête sur une série de meurtres d’enfants dont les corps présentent les mêmes blessures que la victime suédoise : trachée sectionnée, yeux énucléés et un mystérieux Y gravé sur le bras.

Étrange serial killer, qui change de lieu de chasse et de type de proie…

En Suède, Emily retrouve une vieille connaissance : Alexis Castells, une écrivaine pleine de charme spécialisée dans les tueurs en série. Ensemble, ces deux personnalités discordantes se lancent dans une traque qui va les conduire jusqu’aux atrocités du camp de Buchenwald, en 1944.

Critique :
Cela faisait quelques temps que ce roman traînait sur mes étagères, comme des tas d’autres, mais Yvan a su se montrer persuasif pour que je le sorte de suite de ma terrible PAL (avec des menaces, oui – MDR).

Un thriller qui mélange des scènes de crimes sorties toutes droit du cerveau dérangé d’un serial killer et des scènes tirées du camp de concentration de Buchenwald, ça ne court pas les rues.

Le mélange est osé, fallait-il encore que la sauce prenne ! Que ce mélange des deux donne une symphonie sans couacs ou fausses notes qui déchireraient les tympans.

Avant tout, je signale aux âmes sensibles qu’elles peuvent lire ma chronique, mais peut-être pas le roman… Sauf si elles veulent défaillir !

Autant j’ai aimé la justesse des récits dans le camp de concentration (l’auteur, sans édulcorer le récit, ne sombre pas dans du gore gratuit), autant j’ai aimé les scènes de crimes bien gores, elles, autant j’ai eu du mal avec les personnages féminins que sont Alexis Castells, écrivaine spécialisée dans les tueurs en série, et Emily Roy, la profileuse.

Oui, au départ, je ne les sentais pas… Aucune empathie pour elles, ni pour Emily qui avait tout d’une frofileuse dure et antipathique, ni pour Alexis qui avait le passé de Stéphane Bourgoin en version féminine (son compagnon tué par un serial killer et elle qui écrit des livres sur eux) et à laquelle je n’accrochais vraiment pas.

Ça commençait mal entre nous… Mais je ne suis pas du genre à baisser les bras pour si peu et bien m’en pris parce que j’ai appris à apprécier les personnages féminins au fur et à mesure de ma lecture  !

L’écriture est agréable, facile à lire, sans fioritures, elle coule toute seule et une fois qu’on est entré dans le roman, on n’a plus envie de le lâcher, à tel point que j’ai lu dans mon lit avant de m’endormir (chose que je fais JAMAIS), à la lampe de poche pour ne pas déranger Chouchou.

Nom de dieu, on peut dire que l’auteur a su jouer avec mes nerfs et me pondant une enquête addictive et où je me suis prise quelques coups dans le plexus. Et j’adore ça.

Comme je le disais, si les personnages féminins ne m’emballaient pas tant que ça au départ, les personnages masculins, eux, oui car je les trouvais plus réalistes, surtout le flic macho et crétin congénital. Un réussite, celui-là, du genre qu’on aurait envie d’encastrer dans le mur.

L’auteur a su jouer avec mes nerfs, le suspense, le mystère, le glauque, le sang, les cadavres et le récit d’un rescapé de Buchenwald et au final, la symphonie était réussie.

De plus, même si certains passages sont durs, éprouvants, horribles car ils ont traits à ce que l’Homme a de plus sombre en lui, jamais l’auteur ne sombrera dans le glauque gratuit. Ce qu’elle nous raconte est véridique (Buchenwald) et fait toujours aussi froid dans le dos (sauf pour les nazis nostalgiques, bien entendu).

Un thriller au mélange étonnant mais réussi, une symphonie sur l’Homme qui, dans le pire, reste incontestablement le meilleur ! Hélas…

PS : ce roman se déroulant pour moitié à Londres et pour l’autre en Suède, je couvre plusieurs challenges littéraires, ce qui double mon plaisir.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),   « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le Challenge Nordique Édition Scandinavie chez Chroniques Littéraires.

[SÉRIE] Sherlock – Saison 4 – Épisode 2 – The Lying Detective

maxresdefault

The Lying Detective est le deuxième épisode de la quatrième saison de la série télévisée Sherlock diffusé pour la première fois sur BBC One et BBC One HD le 8 janvier 2017.

sherlock-saison-4-episode-2-the-lying-detective-violon

Synopsis :
Plusieurs semaines ont passé depuis [événement du premier épisode – No spolier]… Sherlock vit cloîtré dans son appartement et a replongé dans la drogue.

Malgré son état, le détective accepte la visite d’une femme qui se présente comme la fille de Culverton Smith, millionnaire philanthrope, dont elle aurait découvert le plus sombre secret. Sherlock pense alors avoir à faire à son ennemi le plus dangereux jusque-là.

sherlock-saison-4-episode-2-the-lying-detective-sherlocks4-214515

Ce que j’en ai pensé (chronique sans paraben, sans huile de palme et sans spolier !) : Toujours sous le coup du précédent épisode, je suis entrée dans celui-ci avec la tête ailleurs, pas à ce que je faisais et de ce fait, j’ai loupé le jeu de mot de l’épisode et n’ai pas fait le rapprochement avec l’aventure canonique !

Sachant que les producteurs ont de plus en plus de mal à réunir les différents acteurs, certains murmurent que cette saison 4 serait probablement la dernière, et c’est sans doute pour cela que nous avions déjà un cliffhanger à la fin du premier épisode.

Nous retrouvons donc Sherlock seul dans son appartement après sa brouille avec John et sa réconciliation avec les drogues en tout genre.

Arrive une cliente qui lui parle d’un homme : Culverton Smith, son père, qui un jour, après leur avoir fait prendre du sérum « oubli », leur a expliqué qu’il allait tuer quelqu’un, qu’il voulait tuer quelqu’un.

Des petits clins d’oeil drôles, notamment avec Sherlock qui déambule dans Londres avec sa cliente, donnant l’air d’être éméché, suivi via les caméras de surveillance par son frère et qui, dans ses pérégrinations, arrive à lui tracer le mot « Fuck off ».

C’est un épisode étrange, où l’on ressent un mal être à voir Sherlock se foutre en l’air de la sorte, à poursuivre assidument le fameux Culverton Smith qu’il accuse d’être un tueur en série.

Niveau personnage malfaisant, le Culverton est un salaud de belle envergue, il suffit de l’entendre parler à son personnel « Cela fait longtemps que vous travaillez ici ? 10 ans ? *petit sourire en coin* Si vous voulez continuer…. » (dans ces eaux là).

Oui, celui qui a le rôle du méchant présumé (on ne le sait pas avec certitude, Sherlock étant dans ses délires) a la gueule de l’emploi.

Voyez par vous-même… Si ça c’est pas une belle gueule de méchant ou de type pas net, qu’est-ce qu’il vous faut de plus ??

the-lying-611242132

Sherlock est égal à lui-même niveau déductions, il sait toujours vous niquer les mots de passe des smartphone et se faire passer pour ce qu’il n’est pas.

Durant tout l’épisode, on ne sait pas trop qui manipule qui ni pourquoi (si j’avais fait le rapprochement avec l’aventure canonique, j’aurais compris, mais souvenez-vous, j’avais la tête encore perdue dans le premier épisode coup de poing).

the_lying_detective

Le mystère plane toujours quand à un éventuel retour de Moriarty et ma crainte était qu’il soit fondé.

Ça bouge et ça castagne assez bien dans cet épisode, Sherlock se prendra quelques mandales et en donnera lui même, n’hésitant pas à se mettre en danger pour résoudre cette affaire qui le hante, qui le fait sombrer petit à petit dans les délires, sans que l’on sache s’il est dans le vrai ou pas.

Le final de cet épisode est à la hauteur de la nouvelle canonique, différent, mais dans la même veine, ce qui est normal pour un toxico (mdr).

Un épisode différents de tous ceux que nous avons vu, avec de la profondeur dans l’amitié que se porte nos deux hommes (pas du gay-friendly, merci !), avec de la tristesse, avec un John qui ne sait plus à quel saint se vouer et qui s’effondrera sur celui de Sherlock (il pleure sur son sein).

sherlock-lying-detective-johnlock

Là, les fans de yaoi ont dû en mouiller leurs culottes, moi, j’ai inondé la mienne en entendant le son émit par le smartphone de Sherlock lorsqu’il reçu un SMS (texto) d’une personne que j’apprécie énormément.

Et j’ai adoré les sous-entendus !!!!

Le méchant était une fois de plus réussi, et là, je ne pourrai jamais rien leur reprocher car ils ont toujours su trouver les acteurs qu’il fallait et ces derniers ont toujours joué leur rôle à la perfection, que ce soit en version dingue et allumé, ou en type zen qui n’hésite pas à pisser dans la cheminée du 221b, ou du gentil nounours qui, quand il parle, vous glace les sangs.

Un épisode qui se termine une fois de plus sur un cliffhanger horrible qui donne envie de voir le dernier épisode de la saison 4 de suite.

Mais malgré tout ça, je trouve que la saison 4 est un poil de cul en-dessous de la saison 3 et une touffe de poil de cul de mammouth en-dessous de l’excellente première saison et de la deuxième, qui restent, à mon humble avis, les deux meilleures.

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), le Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le Mois du polar 2017 chez Sharon.

sherlock-saison-4-episode-2-image sherlock-saison-4-episode-2-sherlock_the_lying_detective_quotes_09 sherlock-saison-4-episode-2

Enregistrer

Enregistrer

Code 1879 – Les enquêtes du généalogiste : Dan Waddel

code-1879-dan-waddel-rouergue-noir

Titre : Code 1879 – Les enquêtes du généalogiste

Auteur : Dan Waddell
Édition : Actes Sud Babel Noir (2012) / Rouergue Noir

Résumé :
Le cadavre d’un homme poignardé et amputé des deux mains vient d’être découvert, abandonné dans un cimetière de l’ouest londonien.

Lors de l’autopsie, l’inspecteur Grant Foster remarque, gravée au couteau dans la peau de la victime, une inscription énigmatique pour l’interprétation de laquelle il fait appel à Nigel Barnes, généalogiste professionnel.

Alors qu’un deuxième corps est identifié comme étant l’œuvre du même assassin, leurs recherches vont les plonger dans les bas-fonds du Londres victorien et les conduire dans les méandres obscurs d’une affaire criminelle de la fin du XIXe siècle qui semble liée aux meurtres. Si leur intuition se confirme, d’autres victimes sont à redouter…

Atmosphère brumeuse, suspense et humour assurent la réussite de ce premier volet d’une série originale qui interroge le passé pour mieux démasquer les monstres de notre temps.

code-1879-dan-waddel-babel-noirCritique :
Qui suis-je ? Où vais-je ? D’où viens-je ?

Certes, on vient tous et toutes du ventre de notre mère, mais si nous voulons en savoir plus sur nous-même, nous devrons peut-être nous pencher sur nos ancêtres et de ce fait, s’intéresser à la généalogie.

La généalogie est un passe-temps très populaire. Le troisième sur Internet. Après le porno et les placements privés.

Mais qui aurait pu croire que pour résoudre des meurtres, il allait falloir s’y plonger de très près ?

Sûrement pas l’inspecteur Grant Foster ! Et pourtant, s’il veut résoudre ses meurtres du présent, il va devoir plonger dans le passé et remonter, sans la DeLorean, en 1879.

Si le départ est un peu lent, ensuite, on attrape sa vitesse de croisière et on alterne les chapitres avec les policiers chargés de l’enquête (Foster et sa jolie collègue Heather Jenkins) ou avec le généalogiste Nigel Barnes, chargé par Foster de trouver la signification de l’inscription gravée au couteau dans la peau des cadavres retrouvés.

Pénétrer à pas feutrés dans l’univers des généalogistes est très intéressant, même si vous ne devez pas faire de bruit dans la grande salle des recherches et manipuler certaines anciennes éditions avec prudence, sans mouiller le bout de vos doigts (manie que je ne possède pas, ouf).

Une fois dans la salle de lecture, Nigel fut assailli par l’odeur familière, riche, presque écœurante, du papier fatigué et vieillissant. S’immerger dans les recueils des journaux lui donnait l’impression d’emprunter un passage vers le passé.

L’écriture est classique, rien de neuf sous le soleil, mais l’enquête qui a un pied dans le présent et dans le passé est remplie de mystère et de suspense, sans oublier de vieilles ruelles des bas-fonds londoniens pleines de fog.

Il avait emprunté les escaliers de Baker Street, la peur au ventre. L’arrivée et le rugissement du train, le fracas de la vapeur lorsqu’il s’était arrêté, tout cela avait failli lui faire remonter les marches à toutes jambes ; mais il avait résisté.

Bien avant l’ami Jack, il y avait eu un autre qui maniait le couteau à la sortie des pubs et vous le suivrez avec prudence lors de ses maraudes sanglantes… Qui était-il et qui le copie de nos jours, ça, faudra attendre un petit peu…

En plus de passer du bon temps avec des personnages intéressants et travaillés, d’avoir une enquête qui chevauche deux époques, un scénario qui se tient, on apprend des petites choses sur la généalogie et sur l’origine de certains noms de familles.

Sans doute pas le roman de l’année, mais un bon moment de lecture, du plaisir, du fog, du sang, des cadavres et du mystère. What’else ?

Ce n’est pas le premier Dan Waddel que je lis et « La moisson des innocents », avec l’inspecteur Foster, était un roman noir profond.

Ici, nous sommes face à du roman noir aussi en raison du contexte social du Londres de 1879 dans ce qu’il avait de plus misérable comme quartiers. Mais la profondeur en moins.

Une très agréable lecture et un final qui m’a fait serrer les dents, les fesses et tout ce que je pouvais serrer !

« Quiconque essaie d’oublier le passé a un cadavre enterré à la cave ».

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Le Sang du Monstre : Ali Land

sang-du-monstre-le-ali-land

Titre : Le Sang du Monstre

Auteur : Ali Land
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :
Après avoir dénoncé sa mère, une tueuse en série, Annie, quinze ans, a été placée dans une famille d’accueil aisée dans un quartier huppé de Londres. Elle vit aujourd’hui sous le nom de Milly Barnes et a envie, plus que tout, de passer inaperçue.

Si elle a beaucoup de difficultés à communiquer avec ses camarades de classe, elle finit néanmoins par se prendre d’affection pour une ado influençable du voisinage. Sous son nouveau toit, elle est la proie des brimades de Phoebe, la fille de son tuteur, qui ignore tout de sa véritable identité.

À l’ouverture du procès de la mère de Milly, qui fait déjà la une de tous les médias, la tension monte d’un cran pour la jeune fille dont le comportement va bientôt se faire de plus en plus inquiétant.

big_ben_nuit_londres_fev_2006_01Critique :
Quand on est ado, la tendance est à se plaindre de sa daronne, qu’on trouve toujours pas assez cool, trop chiante, trop si, trop là, trop fais-pas-ci, fais-pas-ça…

Ne le niez pas, nous avons tous et toutes été des ados et si un gamin de 12 ans me lit, il y passera comme tout le monde !

Pourtant, lorsqu’on découvre, au fil des 288 pages, le portrait de la mère d’Annie, on se dit qu’on a été le cul dans le beurre avec notre mère lorsque nous étions ados !!

Son portrait est glaçant, révulsant, horrible, il fait froid dans le dos et partout ailleurs. De plus, découvrir que sa fille, Annie, 15 ans, lutte pour ne pas se laisser envahir par un sentiment de culpabilité, fait tout aussi monter la tension cardiaque.

Il n’y a pas plus grande trahison que lorsqu’on trahit son propre sang.

Ben oui, Annie s’en veut d’avoir dénoncé sa mère, elle s’en veut aussi de ne pas être intervenue plus tôt (le cul entre deux chaises), elle aurait aimé que sa mère la regarde avec amour, qu’elle l’aime, elle voudrait la revoir, mais depuis qu’elle est devenue Milly et qu’elle est placée dans une famille d’accueil, c’est seulement lors du procès de sa mère qu’elle aura l’occasion de la revoir. Ou pas.

Tout aficionado de thriller psychologique se devrait de lire ce roman car il culmine dans les hauteurs niveau tension !

D’ailleurs, il y a eu quelques passages où mon palpitant palpitait fort. Je suis passée par tous les états : révoltée, ulcérée, énervée, passionnée, envie de vomir,… mais jamais je n’ai lâché le roman de la journée !

L’auteur a réussi à s’infiltrer avec réalisme dans la peau des ados des années 2010, ceux qui sont nés avec un smartphone à la main, un compte Facebook et une chaine You Tube dès leur sortie du ventre de leur mère.

Il n’a jamais fait bon être la tête de turc de l’école ou de sa classe, mais depuis l’émergence du smartphone, le cauchemar est devenu enfer pour certains ! On ne se bat plus à coup d’insultes dans la cour de récré, mais à coup de vidéo ou photos volées : des photos de nus ou dans une fâcheuse posture, de préférence.

Pour Annie-Milly, j’ai ressentie une empathie profonde, je l’ai plainte, j’aurais voulu l’aider, mais elle était devenue la Tête de Cul des autres, la meneuse de la meute l’ayant pris en grippe. Comme ça arrive toujours.

J’ai apprécié de me retrouver dans l’enfer des écoles bourgeoises et dans une famille des quartiers chics de Londres, là où l’on pense que tout est parfait… Mais une fois la porte d’entrée poussée, je me suis retrouvée chez des gens à problèmes, avec une mère à l’ouest et un père qui ne voit que ce qui l’arrange.

Dans ce quartier de Londres, tout n’est qu’apparences. On s’envoie des baisers de la main, tout en se poignardant dans le dos. Et on remue le couteau pour que la plaie ne se referme pas.

Elle a l’œil vitreux, et elle n’arrête pas de se toucher le nez. Mike n’est pas aveugle. Il choisit de ne rien voir. Elle s’est réapprovisionnée. Et elle est défoncée. Baisée. Elle se fait baiser. Elle se fait défoncer. Elle se défonce.

Vous me direz qu’on a déjà eu des romans dans le même genre… Oui, mais, ici, la différence, elle se trouve dans la narration à la première personne, et c’est Milly-Annie qui nous raconte sa lutte contre le fantôme de sa mère, contre les filles de son école, son désir d’être aimée…

Cette plongée psychologique, c’est une plongée dans un abîme sans fonds, noir, sombre, où l’on pourrait se perdre. Et durant toute la lecture, on se demande quel loup Annie-Milly va nourrir : le gentil ou le méchant ?

Le cerveau des psychopathes est particulier – J’ai fais mes calculs : quatre-vingts pour cent la génétique, vingt pour cent l’environnement. Et donc moi. Cent pour cent foutue.

Un conte amérindien où le vieux Cherokee raconte à son petit-fils qu’en chacun de nous se livre une bataille entre deux loups. L’un est méchant, l’autre bon. Le garçon demande à son grand-père, quel loup gagne ? Et le vieillard de lui répondre, celui que tu nourris.

C’est une lecture avec la boule au ventre, une lecture qu’on ne lâche que difficilement, en grognant, et, tel un chien affamé, on se rue de nouveau dessus dès qu’on a 2 minutes (même moins).

Un roman fort de café noir, le petit bien serré… Un thriller psychologique d’une justesse effarante, une narration qui vous tient sous tension, sous adrénaline, le souffle court, la respiration haletante.

Il y a aussi beaucoup de réalisme dans les ados et leur manière de vouloir toujours être sous le feu de l’actualité, de faire le buzz, leur façon de trouver leur place dans la société et leurs sales coups bas.

Les écoles ultra-sélectives favorisent le développement d’une espèce d’adolescents particulièrement manipulateurs. Et ils ont plus d’un tour dans leur sac.

Et puis, nous ne sommes jamais à l’abri d’un retournement de situation dans notre règlement de compte entre ados…

Une lecture coup de cœur qui m’a fait monter le rythme cardiaque dans la zone rouge.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

BILAN - Coup de coeur

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Dossier tueurs en série – Tome 1 – Zodiac Killer : Fabrice David

Zodiac_Killer_Dossier_Tueurs_en_Serie_tome_1

Titre : Dossier tueurs en série – Tome 1 – Zodiac Killer

Scénariste : Fabrice David
Dessinateur : Fino – Dan – Morrissette – Rodier

Édition : Soleil (2007)

Résumé :
Années 60-70, à Vallejo, près de San Francisco, un tueur en série commet plusieurs dizaines de meurtres. Il revendique ses crimes dans des lettres adressées à la presse.

« C’est le zodiaque qui vous parle. .. J’aime tuer les gens, c’est tellement plus excitant que la chasse. L’homme est le plus dangereux des gibiers. »

Revivez les faits tels qu’ils se sont déroulés entre 1968 et 1978.

2764Critique : 
Pour celui ou celle qui est fascinée par les tueurs en série oui qui voudrait en savoir plus sur ces personnes qu’il vaut mieux ne jamais croiser, cette collection pourrait être une aubaine.

Pourrait être, je dis bien, parce que, ma foi, je l’ai trouvée guère épaisse alors que le dossier du Zodiac est, lui, énorme.

Évidemment on me rétorquera que traiter pareille affaire sur 48 pages de bédé, ce n’est pas évident et je le conçois.

Mais, en terminant cette bédé, j’ai un goût d’inachevé en bouche et pas à cause du fait qu’on n’a jamais coincé le tueur et que l’auteur ne peut pas nous proposer un nom.

Juste parce que j’avais la sensation qu’il aurait fallu plusieurs tomes pour esquisser l’affaire correctement.

Si j’ai apprécié les dessins, j’ai trouvé les couleurs fort monocordes, dans des tons les plus souvent jaunâtres ou sombres, ce qui devient lassant pour les yeux sur la fin. J’aurais préféré des couleurs sépias pour installer une ambiance rétro.

De plus, j’ai trouvé que les voitures étaient dessinées fort écrasées, très larges, fort basses et peu réalistes, même selon les modèles de l’époque.

Si vous avez vu le film de David Fincher, cet album ne vous apprendra rien de plus et si vous ne savez rien de rien, et bien, cet opus ne fera que vous abreuver de quelques gouttes de savoir, de quoi aiguiser votre appétit et votre curiosité.

L’auteur ne fait que reprendre les faits les plus marquants de l’affaire, comme les messages codés qui furent envoyés par le tueur et décryptés par un professeur d’histoire et sa femme alors que le FBI et CIA firent choux blanc…

Malgré tout, j’ai passé un bon moment de détente et je compte tout de même me pencher sur les autres serial killer de la collection, juste pour étoffer ma culture générale et avoir des sujets de conversations gore aux prochains repas de famille.

Étoile 2,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),  le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

Serre-moi fort : Claire Favan

serre_moi_fort

Titre : Serre-moi fort

Auteur : Claire Favan
Édition :Robert Laffont (2016)

Résumé :
« Serre-moi fort. » Cela pourrait ressembler à un appel au secours. Du jeune Nick, tout d’abord. Victime collatérale de la disparition inexpliquée de sa sœur, contraint de vivre dans un foyer brisé et entre deux parents totalement obsédés par leur quête de vérité. Il aimerait tant que sa mère le prenne dans ses bras…

D’Adam Gibson, ensuite. Policier chargé de diriger l’équipe qui enquête sur la découverte d’un effroyable charnier dans l’Alabama, il doit identifier les victimes – toutes des femmes – et tenter de remonter jusqu’au tueur, qui a savamment brouillé les pistes. Si Adam parvient à cerner quelques-unes de ses motivations, c’est à peu près tout.

Et il prend le risque de trop qui le jette directement dans les bras du tueur. Commence alors entre eux un affrontement psychologique d’une rare violence…

N’entendez-vous pas leur appel désespéré quand tous murmurent : « Serre-moi fort » ?

bc5edi8mv

Benedict OKCritique :
Madame Favan est une dangereuse auteure qu’il faudrait à tout prix forcer à sévir de la même manière pour chacun de ses romans à venir. Si « Apnée noire » ne m’avait pas séduite, ce ne fut pas le cas ici.

Je ne vous parlerai pas du résumé du livre, mais sachez qu’il est divisé en trois parties et que chacune vous donnera quelques coups dans le ventre car elles sont pour le moins inattendue.

Bien que je doive vous avouer que le Sherlock Holmes en moi avait compris une chose importante dans le premier épisode, mais malgré tout, cela ne m’a pas empêché de vibrer avec le jeune Nick devenu encore plus transparent aux yeux de ses parents après la disparition de sa sœur Lana.

Il est des jours où on a envie d’entrer dans un roman et de fracasser la tête de certains personnages sur la table. Quand les parents étaient lymphatiques et alcoolo, je leur aurais botté les fesses, mais à leur réveil, j’avais envie de les tuer.

La seconde partie est déstabilisante aussi, avec une scène qui restera gravée dans ma mémoire durant quelques décennies et qui est bien pire que les deux scènes cultes du diptyque de « Un employé modèle ».

Problème c’est que c’est assez… c’est fort…. putain c’est horrible et je me dis, avec le recul, qu’on aurait pu éviter ça et faire le switch sur la troisième partie d’une autre manière parce que ça pourrait donner l’impression que le tout est capillotracté.

La troisième partie est presque un huis-clos psychologique et justement, on aurait pu avoir plus de tensions encore si la chose horrible de la deuxième partie n’avait pas eu lieu.

Mais bon, je ne suis pas ici pour réécrire le roman, l’auteur faisant ce qu’il veut de son récit.

En tout cas, c’est du brutal, ça ne se boit pas comme du petit lait au matin, bien que j’ai connu une polonaise qui en prenait au petit-déjeuner…

L’écriture est simple, efficace, tranchante comme un scalpel affûté, et j’ai souffert quelques fois pour les personnages dans ces pages que j’ai tournée à toute vitesse. Même si parfois je les aurais bien baffé, j’ai souffert avec eux et le final m’a laissée sur le carreau.

Un roman que je ne conseille pas aux amateurs de petits poneys galopant sur l’arc-en-ciel et chevauché par des Bisounours. C’est pour les amateurs du brut de décoffrage qui aime souffrir en lisant leurs romans et serrer les fesses très fort tant ils souffrent durant leur lecture.

Dire que cette auteure est toujours en liberté alors qu’elle fréquente des serial-killer dans tous ses romans et qu’elle fait souffrir le martyr à ses lecteurs à chaque roman qu’elle publie à l’aide ses éditeurs complices du carnage.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et Le « Challenge US » chez Noctembule.

Essai OK 2

Sombre vallée : Thomas Willmann

Sombre Vallée - Thomas Willmann

Titre : Sombre vallée

Auteur : Thomas Willmann
Édition : Belfond (2016)

Résumé :
« C’est ainsi que l’homme et l’animal sortirent de l’étroit et sombre goulet qui, entaillant jusqu’à mi-hauteur la paroi désolée du massif montagneux, débouchait sur une immense plaine entourée d’une suite de sommets, havre insoupçonné de calme, asile de fertile solitude. C’était un endroit qui se suffisait à lui-même et ne tolérait la présence d’aucun élément extérieur. Il ne se défendait pas contre les intrus, mais se refermait aussitôt derrière eux, interdisant tout retour à un autre monde. »

Alpes bavaroises, fin XIXe siècle.

Quand l’étranger est arrivé sur sa mule un soir, les villageois se sont interrogés. Greider est-il vraiment peintre, comme il le prétend ? Ou est-il guidé par de plus sombres desseins ? Et puis un mort, un fils du clan Brenner, les fermiers qui règnent en maîtres sur la communauté. Et bientôt la mort d’un autre fils. Et d’autres encore…

Ceux qui dirigeaient jusque-là le village seraient-ils devenus des proies ? Tous les regards se tournent vers lui, Greider. L’étranger connaît-il les lourds secrets de la sombre vallée ? Et s’il était revenu pour mettre à exécution une vengeance ourdie de très longue date ?

Au cœur des montagnes bavaroises se noue un drame aux conséquences dévastatrices. Porté par une écriture puissamment évocatrice, un premier roman impressionnant, un suspense oppressant au service d’une histoire de haine et de revanche.

Mountain+darknessCritique :
« La montagne, ça vous gagne », qu’ils disaient. Tu parles ! Vu d’ici, on a envie de fuir à toutes berzingue de leur foutue montagne et surtout de leur trou du cul de village perdu dans une vallée des Alpes Bavaroises.

Ce roman porte bien son nom en français, la vallée est sombre et pas uniquement parce que nous sommes en hiver et que le soleil se couche avec les poules.

Non, ici, la sombritude (néologisme gratuit) elle est dans le cœur des gens, dans leurs âmes, dans l’acceptation de la domination d’une famille, le clan Brenner, comme si nous étions encore au Moyen-Âge ou dans en Sicile, sous la coupe de la Mafia.

Pourtant, que la montagne pourrait être belle dans cette vallée à la terre fertile s’il n’y avait pas ces foutus fils Brenner qui y font la loi. Ils sont six et bientôt, il ne seront plus que quatre, puis cinq… Une sorte de « Dix Petits Nègres » d’Agatha Christie rebaptisé « Six Fils Brenner ».

Le récit est oppressant car même si nous sommes dans une vallée, avec l’hiver qui arrive, ça devient un huis clos. L’auteur nous fait bien sentir qu’il y a un truc louche dans la venue dans ce village paumé du peintre Greider, mais au départ, on ne voit pas le lien.

C’est petit à petit aussi que l’on découvre que tout le village est sous tutelle de la famille Brenner et à un moment donné, en analysant les angoisses d’un personnage, j’ai compris jusqu’où cette main mise pouvait aller et là, ce fut l’horreur absolue lorsque l’auteur a confirmé mes pires craintes.

Les personnages sont taillés à la serpe, on n’en saura pas beaucoup sur eux, mais ce sera suffisant pour qu’on s’attache à certains, dont Greider, la veuve Gader, Luzi et Lukas tandis que les autres nous feront trembler de par leur morgue, leur froideur, leur façon d’être.

Le style d’écriture n’est pas trépidant, mais les pages se tournent toutes seules, car on veut savoir ce que Greider fout dans ce trou du cul paumé des alpes bavaroises, hormis dessiner les paysages et les maisons au fusain. Il n’y a pas que ça…

On voudrait aussi en savoir plus sur le clan qui règne telle la famille Ewing dans cet univers impitoyable et qui font montre de toute leur puissance, leur hégémonie ou de leur testostérone lorsqu’ils déambulent dans le village pour accompagner Greider chez la veuve Gader.

Comme dans le roman « Sécessions », les dialogues sont assez rares, mais ici, grâce à la plume de l’auteur, ça passe comme une lettre à la poste car certaines scènes sont puissantes, violentes, mais on en veut toujours plus car on veut savoir.

Vers la page 190, deux récits vont d’entremêler, deux récits du passé, mais qui auraient pu concerner aussi le présent (je l’ai pensé à un moment donné), deux récits violents, âpres, prenant, deux  histoires tragiques qui, dans le roman, sont séparées par un espace mais sont sœurs de par la violence sans borne qui les caractérisent.

Je quittais un récit la mort dans l’âme pour me replonger dans l’autre que j’étais contente de retrouver car je voulais connaître le fin mot et au moment où… boum, on revenait au premier, et l’auteur a ainsi joué avec le suspense et l’envie de tout savoir durant de nombreuses pages, faisant monter mon rythme cardiaque.

Niveau ambiance western, elle s’y trouve bel et bien dans ce côté d’un Clint Eastwood qui jouerait le rôle de Preacher (Pale Rider) ou à la manière d’un Henry Fonda (Mon nom est Personne) et bien entendu, dans le final, mais sans les mouches, vu la climat.

Le seul bémol sera pour quelques phrases en allemand non traduites en annexe ou en bas de page.

Un roman sombre, un nature writing mâtiné de roman noir, une histoire d’hégémonie suprême d’un homme et de ses fils sur un village, leurs pleins pouvoirs, et devant eux, un troupeau de dominés courbant l’échine et un peintre inconnu armé de ses fusains.

C’est lent, poétique, avec de la psychologie dans les personnages et dans l’analyse de ala position de Greider, à la fin, sans oublier de la rédemption. Et lorsque l’on tourne les pages, on frémit de ce qui pourrait nous attendre au détour de l’une comme au détour des forêts sombres et couvertes de neige de ce coin perdu où il ne fait pas bon y échouer.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Coupe d’Europe des Livres » chez Plume de cajou et le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires (337 pages).

coupe europe livres 2016 bis

 

Le livre des âmes : James Oswald

Livre des âmes, le - James Oswald

Titre : Le livre des âmes

Auteur : James Oswald
Édition : Bragelonne (2016)

Résumé :
Pendant 10 ans à chaque période de Noël, on retrouvait à Édimbourg un nouveau cadavre de jeune femme : nu, la gorge tranchée et complètement nettoyé.

La dernière victime, Kirsty Summer était la fiancée du détective Tony McLean. Mais dans cette affaire, le tueur de Noël commit une erreur qui permit à McLean de mettre un point final à la morbide carrière de ce tueur en série. Aujourd’hui, 12 ans plus tard, le Tueur de Noël est retrouvé mort, assassiné par un de ses compagnons de cellule.

Et au retour des fêtes de fin d’année, un nouveau cadavre est découvert : nu, parfaitement lavé, la gorge tranchée.A-t-on affaire à un copycat ? McLean s’était-il trompé de coupable 12 ans plus tôt ? Ou y-a-t’il une autre explication plus troublante encore ? McLean doit le découvrir avant que le tueur ne frappe à nouveau.

admin_1-asset-51c0858dd5f67Critique : 
S’il y a bien une chose que je n’aime pas trop c’est lorsque l’on compare un auteur à un autre car généralement, on est à côté de la plaque sans compter que ceux qui n’aime pas l’auteur à qui on compare le p’tit nouveau, il passera son tour, loupant sans doute un excellent roman… Ou pas.

Attention, je ne suis pas en train de dire que je n’ai pas aimé ce polar qui flirte avec le fantastique, juste qu’à mon sens, il n’a rien à voir avec du Ian Rankin. Mais ceci n’est que mon petit avis…

À côté d’une lampe repose un grand livre relié de cuir. Il frissonne en le voyant. Parce qu’il l’a déjà vu ? Il ne sait pas et ne tient pas non plus à réfléchir. C’est trop douloureux. Mais l’ouvrage l’attire comme un aimant, et une voix lui souffle à l’oreille de l’ouvrir et de lire.

Ma foi, ce roman policier vaut surtout pour sa clique de personnages dont le principal est Anthony McLean, inspecteur de la police de la région du Lothian et des Marches Écossaises .

Là, clairement, on se trouve face à un inspecteur torturé (et oui, encore !), teigneux, têtu, borné et qui a tendance à tenir tête à son chef, Dugland. Non, Dugland n’est pas son vrai nom, juste un surnom qui lui va comme à gant à tel point que je n’ai pas retenu son véritable nom de famille.

Leurs prises de bec sont monumentales et jouissives.

Les acolytes de notre McLean sont eux aussi des personnages travaillés, valant touts leur pesant de cacahuètes et l’équipe au complet nous donnera quelques belles répliques.

Mon seul soucis fut qu’entre les McLean, les MacBride, les McIntyre, les McKenzie, les MacDouglas,… et bien, j’ai failli y perdre mon latin et mon écossais !

Pour le reste, on a du rythme, des scènes de vie, notre inspecteur a plusieurs affaires sur le feu, un supérieur qui le fait chier, des collègues surmenés, une vie privé très pauvre du fait de son boulot, des horaires de dingue et une enquête sur un tueur qui a tout du copy-cat ou alors, le fameux Tueur de Noël arrêté par McLean n’était pas le bon.

— Anderson n’a rien à voir là-dedans, madame. Il est mort. Hier, j’ai vu son cercueil descendre dans la tombe.

De temps en temps, l’auteur insère des chapitres « retour dans le passé » avec des morceaux du procès du Tueur de Noël et de la vie amoureuse de notre McLean qui ne vaudrait pas grand-chose sur catalogue.

Si l’enquête piétine au départ et durant tout une partie du livre, on ne se tournera pas les pouces pour autant et je n’ai pas eu l’envie de bailler d’ennui. Vu toutes les péripéties qui leur arrive, surtout à McLean, pas vraiment de le temps de peindre la girafe.

Le final, lui, il est survolté. À partir du moment où il comprend « Bon sang, mais c’est bien sûr » tout, ça va bouger, courir, s’engueuler, s’en prendre plein la tronche au sens propre et vous fera pousser un soupir de soulagement une fois que tout ce remue-ménage sera terminé.

Un bon roman divertissant, la seconde enquête de McLean que l’on peut lire indépendamment de la première, une équipe de choc qui bosse comme des malades, une ville d’Édimbourg hormis présente, un roman sombre, tout en gardant sa touche d’humanité et une bonne dose de fantastique.

— Et moi, je suis en congé, paraît-il. Quelqu’un d’autre ne pourrait pas s’en occuper ?
— Dugland assiste à un dîner de têtes, dit Bob en faisant mine de tirer sur les jambes de son pantalon. Quant à Langley, hors de question qu’il prenne une affaire en charge avant de la savoir liée à la drogue.
— Et Randall ?
— Victime de la grippe…
— Et merde !

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Challenge British Mysteries chez My Lou Book et « A year in England » (Juillet 2016 – Mai 2017) chez Titine.

CHALLENGE - Sherlock___Running_Wallpaper_by_draft624 Corrigé

British Mysteries 2016-2017