West Legends – Tome 1 – Wyatt Earp’s Last Hunt : Olivier Peru et Giovanni Lorusso

Titre : West Legends – Tome 1 – Wyatt Earp’s Last Hunt

Scénariste : Olivier Peru
Dessinateur : Giovanni Lorusso

Édition : Soleil (16/10/2019)

Résumé :
Hiver 1890. Des années après la fusillade d’O.K. Corral et la vendetta meurtrière qui l’a rendu célèbre, Wyatt Earp se rend à San Francisco.

Bien décidé à y faire enfin fortune grâce à Lucky Cullen, un vieil ami chasseur de primes qui y est devenu riche. Ce dernier l’a invité à le rejoindre pour mener à bien une grosse affaire.

En arrivant dans cette ville nouvelle qui ne cesse de produire des millionnaires, Earp déchante rapidement car il apprend que son ami a été assassiné.

Critique :
O.K. Corral, ça vous parle ? Les frères Earp aussi ? Non, rassurez-vous, nous n’aurons pas droit à une énième reconstitution de ce fameux massacre.

Les auteurs nous proposent ici une histoire mettant en scène Wyatt Earp qui va enquêter dans les rues de San-Francisco, sans Karl Malden et Michaël Douglas, bien entendu.

Pas dans une maison bleue adossée à la colline, non plus…

Lucky Cullen, un ancien pote l’a appelé mais quand Wyatt arrive, ce dernier est mort. Pas de bol, en effet. Mais Wyatt va se transformer en Sherlockk Holmes et enquêter dans les ruelles sombres de San-Francisco où il y a quelque chose de pourri.

Un cow-boy en ville, ça détonne. La majorité fixant la normalité vestimentaire, notre tueur de légende ne passe pas inaperçu et les gens le voient comme un cul terreurs, un vestige de la Frontière.

Si ces bien habillés allaient du côté de la Frontière, vu leurs beaux vêtements, on les traiteraient de pied-tendre et on les plongerait dans du goudron et des plumes.

Trêve de rigolade, notre chasseur de primes, notre tueur, n’est pas habitué à évoluer dans un tel décor urbain et là, il chasse un clone de Jack The Ripper, mais en version plus trash car lui a tué sur plusieurs états, à tué des hommes riches et les a fait souffrir à a manière des guerriers Comanches.

C’est glauque, gore et violent. On oublie le Wyatt Earp de Lucky Luke, ici, on je joue pas dans le même registre. Les dessins, qui sont dans le réalisme, sont bien exécutés, privilégiant les gros plans par rapport aux arrières-plans.

Vu comme une Légende vivante, les gens ne connaissent pas vraiment Wyatt Earp, le voient comme un homme à la taille gigantesque et comme la légende était plus belle que la réalité, on a imprimé la légende et il en est souvent victime.

L’enquête va révéler un foutu panier de crabe et le scénariste a été assez intelligent que pour brouiller nos pistes à tel point que l’on ne sait pas trop qui suspecter d’être l’assassin sanguinaire.

Avec 64 pages, on n’est pas volé sur le récit ! L’auteur peut prendre la peine de le mettre en place, de nous montrer la ville de San-Francisco, de faire enquêter Wyatt sans que cela tourne à 24h chrono.

Les scènes d’actions sont punchy, l’album a un bon rythme, oscillant entre le calme et le plus agité. Le tout avec un certain équilibre, afin de nous ménager des temps de pause pour récupérer. Les pages finales, elles, sont bourrées d’action et de rebondissements.

Cette bande dessinée est un western sans en être un puisque nous sommes en ville, un thriller puissant, une enquête policière menée par un chasseur de primes qui comprend vite que les forces de l’ordre ne cherchent jamais des poux dans la tête des nantis (rien n’a changé).

Nantis qui font ce qu’ils savent faire de mieux : magouiller plus pour obtenir toujours plus d’argent sans se salir les mains.

Une bédé sombre, très sombre. Bref, j’adore et j’ai grande envie de découvrir les albums suivants, consacrés, eux aussi, à une grande figure de l’Ouest et où on ne verra pas Billy The Kid manger des bonbons.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°39] et Le Mois Américain – Septembre 2020 – Chez Titine et sur Fesse Bouc.

Le boucher de Chicago : Robert Bloch [LC avec Bianca]

Titre : Le boucher de Chicago

Auteur : Robert Bloch
Édition : 10/18 (05/10/2017)
Édition Originale : American Gothic (1974)
Traduction : Jane Fillion

Résumé :
Le château : il surgit, menaçant, dans les rues d’un Chicago livré aux grands travaux de l’Expo Universelle, la fameuse « ville blanche ».

Les épais murs en pierre de cette bâtisse lugubre abritent un labyrinthe de passages secrets et de pièces cachées, d’un crématorium et d’une table de dissection, de pièges et de chausse-trappes.

Le château est la demeure de G. Gordon Gregg (nom du personnage incarnant H.H. Holmes, et en tout point conforme à la réalité), pharmacien et meurtrier à ses heures. Ses victimes sont jeunes et belles.

Ses méthodes rapides, scientifiques et sans douleur. Ses crimes parfaits et impunis.

Jusqu’au jour où une journaliste commence à avoir des doutes sur ce citoyen, en apparence bien sous tous rapports…

Critique :
— Allo, la boucherie Sanzot ?
— Absolument pas, madame, ici vous être à la pharmacie du docteur Gordon Gregg.
— Oh, pardon… On m’avait donné votre numéro en me disant que vous étiez un bon boucher…
— Effectivement, je suis le boucher de Chicago, mais personne ne le sait encore et vous n’aimerez pas la viande que je fais brûler.

G. Gordon Gregg est un personnage ambigu : il est élégant, gentleman, homme d’affaire avisé, séducteur, prometteur de monts et merveilles, intelligent…

Mais ne vous y trompez pas, mesdames, mesdemoiselles, car c’est un tueur. Et il le fait en série. Une facture d’un entrepreneur à payer ? Paf, on le tue. Une femme de chambre trop curieuse ? Paf, dégommée. Une secrétaire qui se voit déjà en madame Gordon Gregg et qui a du fric ? Paf !

Mais vous ne verrez rien, vous ne saurez pas avec exactitude si telle ou telle personne a bien été assassinée. Le doute vous habitera, vous supputerez qu’il y a des chances pour qu’elle soit passée de vie à trépas, mais vous ne connaîtrez pas tous les petits secrets du maître es crimes.

Le docteur Gordon Gregg qui est aussi docteur que moi, est un personnage retors, machiavélique, au sourire enjôleur pour mieux vous engeôler, mesdemoiselles. Tout son château est conçu pour cacher ses exactions coupables.

Ce polar historique est addictif car d’un côté, on a les manigances d’un séducteur style Landru (la beauté en plus) prêt à tuer pour de l’argent et de l’autre, une jeune journaliste qui rêve de faire un scoop et qui a des soupçons sur le G.G.

Même si je connaissais encore l’histoire du véritable H.H. Holmes pour avoir lu une bédé l’année dernière (Englewood), même si j’avais toujours les images dans la tête, le récit romancé de Bloch s’éloigne à certains moments de l’Histoire puisque le but n’est pas de raconter les meurtres de H.H. Holmes mais d’un avatar.

Le final est hautement angoissant et ma tension en a pris un coup car si je sais que le véritable H.H. Holmes (Herman Webster Mudgett, de son vrai nom) a été arrêté, je n’avais aucune idée du traitement que Bloch allait réserver à sa créature démoniaque, ni à la courageuse journaliste qui tente de lever le lièvre. Donc, suspense garantit.

Une fois de plus, Bloch a joué avec mes nerfs, les a mis à vifs et ces sueurs froides par temps de canicule n’étaient pas pour me déplaire. On peut dire que c’est, une fois de plus, une LC avec Bianca réussie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°27].

 

L’homme aux lèvres de saphir : Hervé Le Corre [LC avec Bianca]

Titre : L’homme aux lèvres de saphir

Auteur : Hervé Le Corre
Édition : Rivages Noir (2004)

Résumé :
Paris, 1870. Une série de meurtres sauvages semble obéir à une logique implacable et mystérieuse qui stupéfie la police, fort dépourvue face à ces crimes d’un genre nouveau.

Le meurtrier, lui, se veut « artiste » : il fait de la poésie concrète, il rend hommage à celui qu’il considère comme le plus grand écrivain du XIXème siècle, Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont, dont il prétend promouvoir le génie inconnu.

Dans le labyrinthe d’une ville grouillante de vie et de misère, entre l’espoir de lendemains meilleurs et la violence d’un régime à bout de souffle, un ouvrier révolutionnaire, un inspecteur de la sûreté, et deux femmes que l’a vie n’a pas épargnées vont croiser la trajectoire démente de l’assassin.

Nul ne sortira indemne de cette rencontre.

Ce livre a reçu le grand prix du roman noir français au festival de Cognac 2005 et le prix mystère de la critique 2005.

Critique :
— Gamin ! Gamin ! Reviens gamin, c’est pour rire ! (C’est arrivé près de chez vous – extrait)

Moi j’aurais tendance à dire « Cours, gamin, cours » (Forrest Gump) car l’homme qui arrive derrière toi va te tuer parce que tu es blond…

Un assassin qui tue les blonds ? Gad Elmaleh, sans aucun doute.

Paris, en 1870, une époque trouble, des grèves, des ouvriers qui grognent, des socialistes – des vrais ! – qui émergent et un tueur en série qui joue du couteau sur les blondins, les éventrant et mettant en scène leur mort.

Ne cherchez plus l’identité du coupable, c’est Hervé Pujols. Poirot et Holmes peuvent aller se rhabiller car nous sommes dans un scénario à la Columbo : nous connaissons l’identité du coupable dès le départ, le but sera de mettre la main dessus (ou pas ?).

Copiant l’oeuvre non publiée de son ami Isidore Ducasse, les “Chants de Maldoror” que ce dernier à écrite sous le nom du Comte de Lautréamont, l’assassin sème des cadavres à tous vents et si la police est sur les dents, en fait, elle n’est nulle part car pour un inspecteur qui se casse le cul, les autres s’en foutent royalement car la police est corrompue jusqu’à la moelle (ou la bite, pour certains).

Connaître l’identité du tueur ne fut pas une entrave au suspense ou au mystère car c’est avant tout le portrait de la ville de Paris en 1870 qui est tiré et il n’est pas joli à voir. Oublions les cartes postales, on patauge dans le prolétariat, ici.

Ce roman policier historique est aussi un roman noir puisque le côté social est présent. La société ouvrière est mise en avant, bien décrite dans ses misères, ses rêves, ses combats, on a la montée du socialisme, le ras-le-bol de Napoléon III et l’envie folle d’une République.

Oublions les beaux quartiers, nous allons nous encanailler dans les caboulots (caberdouches si nous étions à Bruxelles), éclusant des bock de mauvaise bière, nous arpenterons les ruelles sombres, celles des bas-fonds, nous mettrons aussi les pieds dans un bordel avec tout son cortège de pauvres filles tenues de rembourser des dettes à leur proxénète ou à la mère maquerelle.

L’exploitation de l’Homme par l’Homme, une fois de plus. Profitant de la misère et du besoin impérieux d’argent de tous ces crèves-la-faim qui sont venus à Paris et qui ont une famille à nourrir, les patrons ne se privent pas d’exploiter ces esclaves taillables et corvéables à merci.

Dans ce roman qui se dévore, le lecteur aura le plaisir de suivre plusieurs personnages dont certains seront des plus sympathiques.

Autant où j’ai bien aimé l’inspecteur basque (celui qui est intègre et qui bosse), autant où j’ai eu le coup de cœur pour Étienne et Fernand, ces deux ouvriers que la vie n’a pas épargnée. Leurs portraits sont des plus réalistes et il est difficile de ne pas s’attacher à eux.

Un roman policier noir et historique très bien construit, qui a du Zola dans ses pages ainsi que du Victor Hugo tant la misère des prolétaires est présente et que Paris a des airs d’une ville moyenâgeuse.

Un polar avec un serial-killer datant d’avant Jack The Ripper et qui est tout aussi violent que lui. Un polar noir, sombre, sanglant mais la plume gouailleuse de l’auteur, qui mêle l’argot de Paris dans les dialogues pour leur donner plus de vie, emporte le lecteur dans une autre époque et le voyage, s’il n’est pas de tout repos, est instructif et addictif.

Anybref, que les amateurs de Bisounours passent leur chemin…

Merci à ma copinaute Bianca qui m’a proposé cette LC. Le roman traînait dans ma biblio depuis novembre 2013, ticket de caisse coincé dedans comme preuve. Comme moi, elle a aimé sa lecture.

Extraits des Chants de Maldoror pour comprendre le titre et le coup du crabe tourteau :

Pour ne pas être reconnu, l’archange avait pris la forme d’un crabe tourteau, grand comme une vigogne. Il se tenait sur la pointe d’un écueil, au milieu de la mer, et attendait le favorable moment de la marée, pour opérer sa descente sur le rivage.

Mais, l’homme aux lèvres de saphir a calculé longtemps à l’avance un perfide coup. Son bâton est lancé avec force ; après maints ricochets sur les vagues, il va frapper à la tête l’archange bienfaiteur. Le crabe, mortellement atteint, tombe dans l’eau. La marée porte sur le rivage l’épave flottante. Il attendait la marée pour opérer plus facilement sa descente. Eh bien, la marée est venue ; elle l’a bercé de ses chants, et l’a mollement déposé sur la plage : le crabe n’est-il pas content ? Que lui faut-il de plus. Et Maldoror, penché sur le sable des grèves, reçoit dans ses bras deux amis, inséparablement réunis par les hasards de la lame : le cadavre du crabe tourteau et le bâton homicide !

 

Comme il est changé ! Les mains liées derrière le dos, il marche devant lui, comme s’il allait à l’échafaud, et, cependant, il n’est coupable d’aucun forfait. Ils sont arrivés dans l’enceinte circulaire de la place Vendôme. Sur l’entablement de la colonne massive, appuyé contre la balustrade carrée, à plus de cinquante mètres de hauteur du sol, un homme a lancé et déroulé un câble, qui tombe jusqu’à terre, à quelques pas d’Aghone.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°09].

 

Victime 55 : James Delargy

Titre : Victime 55

Auteur : James Delargy
Édition : HarperCollins Noir (08/01/2020)
Édition Originale : 55 (2019)
Traduction : Maxime Shelledy et Souad Degachi

Résumé :
Une petite ville perdue en Australie. Un officier de police habitué à régler des petits problèmes de vie domestique et querelles de voisinage.

Un jour de canicule débarque un homme, couvert de sang. Gabriel déclare avoir été séquestré dans une cabane par un serial-killer. Le dénommé Heath a déjà tué 54 personnes. Gabriel est sa prochaine victime.

Quand la chasse à l’homme commence, ce même jour de canicule, débarque un deuxième homme. Heath est couvert de sang. Heath déclare avoir été séquestré dans une cabane par un serial killer, un certain Gabriel. Gabriel a déjà tué 54 personnes. Heath est sa prochaine victime.

Qui est le numéro 55 ?

Critique :
— On demande le N°55 ! Qui porte le numéro 55 ? Allez, soyez pas timide… C’est l’heure de vous faire assassiner.

Wilbrook est petite ville perdue dans le trou du cul de l’Australie et qui subit, de plein fouet, la canicule qui l’emballe (oui, c’est cochon quand on décale les sons).

C’est le genre de petite ville où il ne se passe rien, les policiers ayant plus à faire avec l’ivresse, les bagarres ou les violences conjugales.

Alors, quand un type (Gabriel) arrive dans un sale état en disant qu’il a réussi à prendre la fuite de la cabane d’un serial-killer qui allait en faire sa 55ème victime, ça réveille tout le monde à la maison poulaga.

Je sens déjà que ça grince des dents dans les chaumières : le serial-killer, encore lui ! Un sujet facile, passe-partout, mais terriblement casse-gueule, car on peut vite se prendre les pieds dans le tapis qui entoure le corps assassiné.

Pour cela, l’auteur a été malin et est sorti des sentiers battus en introduisant le personnage de Heat, qui arrive peu après chez les flics en répétant le même laïus que Gabriel : il a failli être la 55è victime d’un serial-killer.

Deux victimes le même jour ? C’est Noël ? Non, pire car chacune des victime accuse l’autre d’être le tueur en série. Qui de Healt ou de Gabriel est le tueur en série ?

L’idée est bonne de proposer des victimes qui pourraient être tueurs en même temps mais là, un autre écueil apparaît : comment tenir la distance ? À un moment, on ne risque pas de tourner en rond ?

Et bien non, on ne tournera pas en rond car l’auteur a eu assez de ressources que pour occuper son lecteur en lui faisant fumer le cerveau avec cette énigme (QUI ?) et cette enquête étrange qui ne prendra pas la grand-route mais les petits sentiers, le tout porté par des personnages sympathiques ou au contraire, énervants…

C’est là que le bât a le plus blessé : l’antagonisme entre Chandler, policier en chef de Wilbrook et Mitchell, son ancien meilleur ami, qui va venir superviser l’opération de recherche « Qui est un serial Killer ? ».

J’aurais aimé un peu plus de nuances dans ces deux personnages principaux, ces deux flics qui furent un jour des potes et qui maintenant, se déchirent.

Chandler est un personnage sympathique, un gentil (trop ?) qui doit baisser la tête devant Mitch, son supérieur hiérarchique et qui lui, est tout simplement imbuvable, à tel point qu’on aurait envie de le paumer dans le bush australien après lui avoir explosé la cervelle.

Un meilleur équilibre entre le flic sympa et le sale flic n’aurait pas été du luxe. Même si c’est un premier roman pour l’auteur, équilibrer les personnalités  de ces deux policiers aurait apporté plus de nuances. Nous avons tous connu des gens imbuvables comme Mitch, mais à la fin, leurs querelles incessantes deviennent lourdes et lassantes.

Pour les ambiances de désert sous la chaleur implacable, c’est tout bon, on s’y croirait. Les grandes étendues de l’outback australien, ses coins perdus, ses dangers qui se trouvent partout sous nos pieds… Sans oublier les bas-de-plafonds qui habitent dans les fermes aux alentours. On est bien servi à ce niveau-là.

Les alternances entre le présent (avec l’enquête) et le passé (les débuts de Chandler et Mitch en tant que policiers) bétonnent l’addiction au roman et malgré l’heure qui tournait et le fait qu’il fallait se lever le lendemain, j’ai poursuivi ma lecture car je voulais savoir laquelle de mes théories la plus farfelue était la bonne. Yes, j’en avais une qui était à moitié bonne.

L’identité du coupable, je l’avais trouvée. Par contre, son mobile m’a semblé un peu léger, ou du moins, déjà-vu trop de fois. Pourtant, l’auteur avait de l’idée car j’ai été bluffée avec la numérotation des victimes. Bien vu.

Le final, bourré du suspense, est capable de faire monter la tension à un moine bouddhiste zen en pleine méditation. Et après le chapitre 55, le tout dernier, celui qui met fin à l’histoire, il faut trouver le sommeil alors que ça tourne toujours dans la tête…

Un thriller qui aurait pu se louper avec le coup du serial-killer mais qui a eu la bonne idée de jouer sur le concept de deux victimes qui s’accusent l’une l’autre d’être le tueur, sans que l’on arrive à en démarquer une plus que l’autre, tout en partant dans une direction autre que celle attendue.

Au moins, on n’a pas l’impression de manger un plat réchauffé et trop souvent cuisiné, même si les ingrédients sont des grands classiques. Faudra juste penser à nuancer tous les personnages dans le roman suivant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°04].

La chair du limier : Stéphane Belmont

Titre : La chair du limier

Auteur : Stéphane Belmont
Édition : Les Nouveaux auteurs Polar Historique (2012)

Résumé :
Paris. Juillet 1888. Un monstre sans visage éventre et mutile deux « fleurs de trottoir »dans le quartier Mouffetard, sans provoquer la moindre réaction des autorités.

Seul à pressentir, dans ce carnage, les prémisses d’une macabre série, l’inspecteur Jean Roche, adepte de nouvelles méthodes d’investigation criminelle, décide de mener son enquête, au nez et à la barbe de sa hiérarchie.

Une traque impitoyable s’engage alors entre le policier et le sanguinaire, du ventre de Paris jusqu’aux bas-fonds de Londres.

Critique :
Parfois, il est bon de persévérer… Je parle de moi et de la lecture de ce roman, pas de Jack L’Éventreur qui aurait fait ses armes à Paris (et ailleurs) avant d’aller à Londres.

Le postulat de départ est intéressant et ce roman n’a pas eu le prix Histoire par hasard car il est bien documenté, même si la scène du départ aurait pu se dérouler de nos jours (l’inspecteur qui fait de la course à pied).

Si le contexte historique est bien fourni sans pour autant déborder sur le récit en lui-même, j’ai ramé dans le début du roman, tant les situations et les dialogues me semblaient plats, sans saveur, sans profondeur.

Ajoutons à cela des personnages un peu fades ou caricaturaux, dont le pire fut l’inspecteur Roche, personnage principal, que j’ai détesté et qui n’est jamais remonté dans mon estime.

Roche est un gros égoïste ! Il le remarquera lui-même… Se disputant avec ses quelques rares amis (qui reviennent ensuite, les cons), il est toujours borderline, têtu, bougon, se morfondant sur son passé et ses erreurs, mais les reproduisant encore et toujours.

Non, franchement pas sympathique pour deux sous et malgré le fait qu’il aime être à la pointe des progrès de la science criminelle, pour le reste, c’est un bourrin à la limite de la caricature du flic torturé alcoolo qu’on croise un peu trop souvent en littérature et qui s’affranchi de toutes les règles. Harry Hole a plus d’épaisseur et de sympathie.

L’inspecteur Roche, lorsqu’il ira enquêter aux côtés de l’inspecteurs Abberline de Scotland Yard se paiera même le luxe de causer anglais sans accent… Heu ? Il a eu une nurse anglaise ou quoi ? Qu’il ait appris l’anglais lorsqu’il se battait aux côtés des Anglais en Chine, je le concède volontiers, mais sans accent ? Non.

Initialement sélectionné pour le Mois Anglais, j’ai dû le mettre de côté car il faut avoir dépasser la moitié du récit pour enfin mettre les pieds à Londres. Si l’enquête a pris son temps à Paris, on va aller un peu plus vite à Londres, Roche continuant de n’en faire qu’à sa tête, tabassant même un médecin ou assommant un flic pour pouvoir faire ce qu’il lui plait dans son enquête. T’es lourd, Roche !

Ce que je retiendrai de bon pour ce roman sera son contexte historique qui était très bien fait sans jamais devenir long et ennuyeux. On nous parle de médecine légale, d’anthropologie physique, de cadavres exposés à la morgue, du Bertillonnage, des empreintes digitales auxquelles peu de gens croient, de photographie… Instructif sans jamais être rébarbatif.

Le choix du langage aussi était une bonne chose car nos policiers parlent un mélange de français et d’argot, sans non plus en inonder le texte comme dans « Touchez pas au grisbi ». Pas besoin de chercher les mots dans le dico « Français-Argot », vous comprendrez tout.

Heureusement que les mauvaises impressions de platitude des dialogues du départ se sont estompées ensuite.

Les décors étaient grandeur nature car l’auteur a réussi, grâce à ses description bien ciblées, à nous donner la sensation que nous arpentions Paris ou Londres.

Hélas, les personnages ne m’ont pas vraiment emballé, surtout l’inspecteur Roche qui m’a profondément énervée et j’ai failli reposer le roman au tout début car j’avais trouvé les dialogues fort creux, sans saveur, sans émotions, sans épices…

Ma persévérance a payée, même si cette lecture restera avec l’étiquette « déception » affichée dessus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°294.

Jacks – Pour qui sonne le glas à Londres ? : Benoit Chavaneau

Titre : Jacks – Pour qui sonne le glas à Londres ?

Auteur : Benoit Chavaneau
Édition : Ravet-Anceau (22/08/2016)

Résumé :
Agitation sur les berges de la Tamise où un sac poubelle renfermant les restes d’un corps démembré a été retrouvé.

Dépêché sur place par Scotland Yard, l’élégant inspecteur Shelley rencontre avec surprise sa nouvelle équipière : la Française Marie Altbauer, consultante stagiaire en martyrologie. Après un échange volcanique, l’enquête débute. Le médecin légiste est formel, la victime a été disséquée vivante.

La coupe est précise voire professionnelle. Selon Altbauer, ce geste vise à l’humiliation ultime du supplicié. Peu après, un deuxième puzzle humain est déniché près du Millenium de Londres.

La tuerie fait planer le spectre de Jack l’Éventreur au-dessus de la capitale anglaise. Il est temps pour la spécialiste d’établir le profil de bourreau.

Et de l’empêcher de recommencer.

Critique :
Lorsque dans la préface vous tombez sur un message rempli de promesses fait par l’auteur, je ne sais pas pour vous, mais moi, je suis accrochée de suite et je paie pour voir (le message de la préface est à la fin de ma chronique)

Comme au poker, une fois l’argent posé sur la table, le joueur adverse m’a dévoilé son jeu et durant la partie, j’ai eu l’impression de voir de l’esbroufe et pas un beau jeu.

La main était riche de cartes fortes, mais mal utilisées.

Dans certains cas, je pars en cuisine avec mon bouquin tant il est intéressant mais là, durant une partie de ma lecture, j’ai pensé à ma lessive qui tournait, à la liste des courses, à regarder si la lessive n’était pas sèche au fil (entre temps, je l’ai mis sécher), à vérifier que ce n’était pas l’heure du repas du chat…

Soyons généreuse et commençons pas les bons côtés… On y apprend des tas de choses sur les techniques de tortures (Ida, reste avec nous) dans l’Histoire et certains m’ont fait crisper les orteils (le nerf dentaire) tant c’était affreux… Niveau martyrologie, il y a de quoi meubler les futurs repas en famille, le jour où l’on pourra réunir des grandes tables.

Problème ? La manière dont tout ce savoir est amené est maladroite et énervante puisqu’on dirait que la stagiaire à Scotland Yard, Socket (Marie Altbauer de son vrai nom) nous la joue à la Hermione Granger ou Lisa Simpson, avec moins de grâce qu’elles. Socket est énervante, mal calibrée en tant que personnage et son duo avec l’inspecteur Shelley, un espèce de dandy mal embouché, marche très mal.

On est loin des duos atypiques de Linley/Havers qui marchait si bien dans les romans d’Elizabeth George, malgré leurs différences de classe. Ici, c’est loupé sur toute la ligne, de plus, le Shelley pique une crise de nerf à un moment donné pour une connerie et c’est lui qui aurait mérité un blâme. Nous saurons ensuite le pourquoi du comment, mais en plus d’être un peu glauque, ça me semble surfait.

Et puis, on a un autre récit, celui de l’inspectrice Rachel Porter, sans que l’on sache ce qu’il advient, à ce moment là, de notre Socket et du chieur Shelley, qui bossent pourtant à Scotland Yard et qui ont croisé Rachel dans la partie avant.

Avec Rachel, ça a passé un peu mieux, même si je n’ai jamais vibré pour la plume de l’auteur, malgré ses feintes à deux balles, qui m’ont exaspérées (alors que dans d’autres récits, comme les Chroniques de St Mary’s, ça passe sans soucis).

Un récit que j’ai apprécié, c’est celui attribué au Jack The Ripper de 1888. En effet, la théorie est plausible, cela aurait pu se dérouler de la sorte et cela expliquerait les différences entre les assassinats des prostituées. Leur reproduction de nos jours est sans doute plus rocambolesque et beaucoup trop longue, ce qui donne des creux dans le rythme de l’histoire.

Arrivée à la fin, lorsque l’on fait la somme de tous les récits (celui non loin du parc Kruger, en début de roman, celui de Soket et Shelley et le dernier vécu par Rachel), on a enfin l’explication de tout ces crimes, les mobiles…

Ouf, il était temps de tirer un trait sur tout cela, même si je reste avec des questions sans réponses, notamment quand au pourquoi de Janus, son rôle exact, son degré d’implication, tout cela est un peu flou. En poussant son cerveau dans les tours, on se doute, mais sans qu’on ait une certitude.

Il y avait du bon, dans ce roman, mais à force de vouloir y faire entrer trop de choses, en brossant des personnages un peu par-dessus la jambe, sans les approfondir, sans leur donner une épaisseur, en les faisant agir comme des idiots sans cerveau ou des imbéciles dédaigneux, en faisant d’eux des caricatures, il n’y aucun attachement avec eux, zéro empathie et on lit le roman d’un oeil distrait, avec le cerveau qui gambade ailleurs.

Dommage, il y avait des bons ingrédients qui auraient mérité une cuisine plus précise, plus respectueuse des produits, avec une cuisson à une température différente pour ne pas dénaturer les quelques aliments nobles qui se trouvaient sur la table.

Si on a un morceau de foie gras, on ne le traite pas de la même manière qu’un Big Mac de chez MacDo, sinon, cette petite perle se retrouvera gâchée sous une sauce épaisse, écœurante et qui n’a pas de goût.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°257 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Il y a des sujets qui sont pour l’auteur de romans noirs comme les figures imposées du patinage artistique : le double salto, double axel… Jack l’Éventreur est de celles-ci pour l’auteur de thrillers. Et Dieu sait qu’elle fut pratiquée ! Des centaines d’essais et de romans ont été écrits sur le plus célèbre tueur en série de l’histoire.

Pour autant, à quelques exceptions près, il faut reconnaître que la majeure partie de ces ouvrages se sont contentés d’éclairer et de suréclairer les mêmes questions, les mêmes thèmes, dans toutes les couleurs mais sous le même réverbère. 

C’est pourquoi j’ai souhaité prendre le parti absolument inverse. Aller fouiller dans l’ombre, dans le plus obscur des tripes de Jack. Je voulais écrire un roman qui serait avant tout l’expression contemporaine d’un mode opératoire.

Pour ce faire, je suis donc retourné aux sources, dans les archives historiques, dans les dossiers d’autopsies manuscrits, les rapports de police, dans les plans d’urbanisme de 1888… pendant près de trois ans.

J’ai ouvert grand les yeux dans l’ombre. Et j’ai réfléchi… Et j’ai trouvé des choses imprévisibles, inattendues. Ces trouvailles m’imposaient d’écrire non pas un mais deux romans, comme autant de métaphores narratives de la même réalité historique. Bienvenue dans le côté obscur des Jacks…

 

Enfant 44 – Leo Demidov – Tome 1 : Tom Rob Smith [LC avec Bianca]

Titre : Enfant 44 – Leo Demidov – Tome 1

Auteur : Tom Rob Smith
Édition : Belfond (2009) / Pocket (2010)
Édition Originale : Leo Demidov, book 1: Child 44 (2008)
Traduction : France Camus-Pichon

Résumé :
Hiver 1953, Moscou. Le corps d’un petit garçon est retrouvé sur une voie ferrée. Agent du MGB, la police d’Etat chargée du contre-espionnage, Léo est un officier particulièrement zélé.

Alors que la famille de l’enfant croit à un assassinat, lui reste fidèle à la ligne du parti : le crime n’existe pas dans le parfait État socialiste, il s’agit d’un accident.

L’affaire est classée mais le doute s’installe dans l’esprit de Léo. Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Léo est contraint à l’exil avec sa femme, Raïssa, elle-même convaincue de dissidence.

C’est là, dans une petite ville perdue des montagnes de l’Oural, qu’il va faire une troublante découverte : un autre enfant mort dans les mêmes conditions que l' » accident  » de Moscou.

Prenant tous les risques, Léo et Raïssa vont se lancer dans une terrible traque, qui fera d’eux des ennemis du peuple…

Critique :
On pourrait dire que cette histoire a commencé avec un chien qui s’est blessé au coussinet et que son maître, diplomate étranger, a emmené chez un vétérinaire consciencieux.

Comme les antibiotiques manquent cruellement, le véto a dû revoir plusieurs fois le chien et ce fut pour lui le début de la fin : on l’a accusé d’espionnage après l’avoir mis sous surveillance.

Mais ce serait trop simple de mettre tout sur le coussinet du pauvre chien car le responsable de cette horreur, c’est le système et tout ceux qui le font tourner, consciemment ou inconsciemment. Parce qu’ils aiment ça ou parce qu’ils le craignent.

Un système où la présomption d’innocence n’existe pas, où les dossiers se montent très vite, où l’on accuse sans preuve, où l’on condamne sans preuves (ou si peu) et où la dénonciation est encouragée et si vous ne dénoncez pas, on vous dénoncera pour non dénonciation. Vous me suivez toujours ?

Bienvenue dans le paradis du communisme, ce système où les inégalités n’existent pas mais où tu feras la file des heures pour un pain tandis que les dirigeants, les membres de la MGB et leur famille, ont accès à des magasins réservés pour eux et fourni en mets fins (vrai chocolat, oranges, citrons,…).

Un paradis où les vols et les crimes n’existent pas puisqu’on a gommé les inégalités (oui, faut le dire vite)… Permettez que je tousse ? Le système ment sur les chiffres, transforme des meurtres en accident et ne vous avisez pas de dire le contraire…

La Russie fait partie de mes pays préférés en littérature, ce roman ne pouvait que m’intéresser, malgré tout, il a traîné longtemps sur mes étagères. La lecture m’a fait mal aux tripes, au coeur, partout, non seulement à cause des injustices criantes, mais aussi des accusations et condamnations sans preuves.

Dans nos pays, des avocates sont obligées de faire des tribunes dans le journaux pour nous expliquer que la présomption d’innocence existe, que si X accuse Y d’un crime abject, il doit y avoir une enquête et que le public ne doit pas hurler « au bûcher » sans même vérifier les dires de l’accusateur/trice, sinon, c’est la porte ouverte à n’importe quoi, notamment à ces systèmes de pays où l’Humain n’a aucune valeur.

Cette Russie communiste, cette Russie de Staline qui broie le peuple est décrite d’une manière qui s’intègre parfaitement bien dans le récit. L’auteur a étudié le pays, ses mœurs, son système, à tel point qu’on penserait le roman écrit par un russe pure souche de l’époque.

Le personnage de Leo est abject et illustre bien les bénéfices du matraquage d’idées toutes faites et d’aphorismes qui ne servent que ceux qui les pondent. Dans sa tête, il sert la mère patrie, le communisme est sain et son pays magnifique. Il n’y a pas pire aveugle que celui qui souffre de cécité dans ses idées arrêtées et qui met les fautes sur le dos des autres. Pourtant, on peu changer et Leo va ouvrir les yeux…

Un roman sans temps mort, un roman qui vous emporte dans la Russie post-seconde guerre mondiale et qui ne vous laissera aucun répit, surtout du côté de vos tripes, de votre coeur, de votre âme.

J’ai beau connaître le côté obscur de l’Homme, avoir lu des livres sur les horreurs humaines, en avoir abandonnés certains tellement ils étaient effroyables (médecins de la mort dans des camps) et malgré tout, je suis toujours surprise par la perversion humaine, comme si j’étais le lapereau de l’année, la petite fille naïve qui croit toujours aux licornes et aux fées (ok, je connais une fée).

Là, une fois de plus, j’en ai pris plein ma gueule et elle me fait toujours mal.

Lire un roman qui se déroule en Russie est souvent source d’enchantement pour moi, mais j’en paie toujours le prix ensuite car je n’en ressors jamais indemne.

Bianca, qui faisait cette LC avec moi (et qui m’a fait sortir ce super roman qui croupissait dans ma PAL depuis plus de 6 ans) est en tout point d’accord avec moi, même si, tout comme moi, elle a trouvé le mobile un peu léger.

Mais ce n’était pas ça le plus important, c’était tout le reste : le communisme dans toute son inégalité, dans son horreur, le socialisme tel que je le déteste et qui n’avait rien à envier au capitalisme.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°209.

Le Bûcher de Moorea : Patrice Guirao

Titre : Le Bûcher de Moorea

Auteur : Patrice Guirao
Édition : Robert Laffont La bête noire (16/05/2019)

Résumé :
DERRIÈRE CHAQUE PARADIS, IL Y A UN ENFER. BIENVENUE EN POLYNÉSIE !

Dans la région de Moorea, les eaux calmes et bleues bercent quelques voiliers tranquilles. Les palmes des cocotiers dansent au vent.

Les boutons de tiaré exhalent leur subtil parfum. pourtant, à l’abri de la forêt, de hautes flammes se fraient un chemin vers le ciel.

Lilith Tereia, jeune photographe, tourne son appareil vers le brasier. Devant son objectif, des bras, des jambes, des troncs se consument. Et, au sommet du bûcher, quatre têtes.

Pour quels dieux peut-on faire aujourd’hui de tels sacrifices ? Avec Maema, journaliste à la Dépêche, le quotidien de Tahiti, Lilith est happée dans le tourbillon de l’enquête.

Les deux vahinés découvriront bientôt le mal, la folie, et croiseront le chemin d’un homme venu de France chercher une autre vie à Tahiti. Un homme qui tutoie la mort.

ffe2072ac5128d9b06599a5a7ae6f9b4Critique :
Ça manquait à ma culture de polardeuse : lire un polar Noir Azur. Quésako ?

C’est comme un Roman Noir sauf que le roman Noir Azur va plus loin puisque sa spécificité, c’est l’insularité pacifique.

Autrement dit, il a pour vocation de transmettre une manière de ressentir propre aux îles du Pacifique à travers la forme littéraire connue qu’est le polar.

Verdict ? Il ne me manquait que la chaleur du soleil pour me sentir vraiment sur l’île de Moorea ! Et un short… Puis des sandales, un mojito, du sable entre les orteils, un chapeau de paille, des lunettes de soleil et des personnages auxquels m’attacher.

Ben oui, le bât a blessé pile à cet endroit, ce qui est dommage car j’ai apprécié tout le reste du voyage. La photographe Lilith Tereia ne m’a pas touchée, je n’ai ressenti aucun atomes crochus avec elle et j’ai eu plus d’affection pour sa copine journaliste, Maema.

Vous me direz que ce n’est pas si grave que ça de ne pas apprécier l’héroïne principale, le tout  est qu’elle ne vous sorte pas par les trous de nez. Lilith ne sera jamais ma copine mais elle ne m’a pas exaspérée non plus.

Le Méchant prédateur, lui, par contre, il est loupé. Sans profondeur, ne faisant même pas peur, ni flipper, il m’a plus semblé être un détail dans l’histoire, le genre de détail qui aurait pu ne pas s’y trouver car il m’a apporté plus de questions sans réponses que de frissons.

Dont la première : comment a-t-il décidé d’aller tuer la vieille dame ? Un hasard ? Vraiment ? Avec ce que l’on sait ensuite ? Et si ce n’était pas le hasard, comment a-t-il su ? Moi je ne sais pas… Idem avec Gaspard le rat.

Malgré tout, ma lecture était addictive, j’ai aimé l’ambiance que l’auteur retranscrit bien dans son roman, parsemant les dialogues de mots tahitiens, nous parlant de l’âme des gens, de leur aspiration, des difficultés de certains, posant un contexte social et nous parlant d’une île à cent lieues des cartes postales touristiques.

Là, j’ai adoré découvrir cette île du Pacifique d’une autre manière que celle d’un reportage télé où tout est aseptisé. Ici, on a du réalisme, du vrai, comme dans un roman noir, on va plus loin dans le décor, on creuse dedans et on exhume tout, même les ordures.

Dommage que deux des personnages les plus présents, les plus importants ne m’aient pas touchés (pour Lilith), ni donné de frissons (le tueur), alors que certaines scènes du roman m’ont fait fermer les yeux et sauter des passages tant c’était horrible.

Il ne m’est resté que Maema la journaliste, Gaspard le rat et Raymond, l’oncle de Lilith pour m’apporter un peu de plaisir car les personnages étaient réussi et attachants.

Malgré ces bémols, je reprendrai bien un billet pour retourner sur Moorea et plonger dans les eaux du deuxième roman « Les disparus de Pukatapu ». Peut-être que je vais arriver à apprécier un peu mieux Lilith.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°188.

Trilogie de la crise – 02 – Le justicier d’Athènes : Petros Markaris

Titre : Trilogie de la crise – 02 – Le justicier d’Athènes

Auteur : Petros Markaris
Édition : Points Policier (2014)
Édition Originale : Pereosi (2011)
Traducteur : Michel Volkovitch

Résumé :
Tandis que chaque jour, Athènes, paralysée par des manifestations, menace de s’embraser, un tueur sème la mort antique.

Mais en ciblant de riches fraudeurs fiscaux, d’assassin il devient héros populaire.

Le stopper, c’est l’ériger en martyr ; le laisser libre, c’est voir la liste de cadavres s’allonger. En bon flic, Charitos se doit de l’arrêter. En bon citoyen…

Critique :
Après la Sicile du commissaire Montalbano, direction la Grèce du commissaire Kostas Charitos !

Attention, c’est la Grèce en 2011, celle en pleine crise économique.

Crise que nous allons étudier de l’intérieur, que nous allons vivre en tentant de nous frayer un chemin dans la ville d’Athènes remplie de manifestants tous les jours, des protestataires en tout genre.

La Grèce qui voit son peuple crever car malgré les diplômes, malgré le travail, les gens ont bien du mal à joindre les deux bouts, tant ils sont mal payés et qu’on leur sucre toutes les primes.

C’est todi li p’tit qu’on spotche (c’est toujours le petit qu’on écrase) et ceux qui crèvent la gueule ouverte, ce sont les petites gens, les gens normaux, pas ceux d’en haut, bien entendu.

Lire un Kostas Charitos, c’est entrer de plain-pied dans la misère humaine dans ce qu’elle a de plus humiliante, de plus détestable car voir des jeunes diplômés, des BAC+ beaucoup d’années, devoir bosser pour pas un rond ou ne pas trouver du boulot, c’est toujours rageant.

Leurs ancêtres avaient été Gastarbeiter (travailleurs invités) et avaient dû s’exiler pour trouver du boulot et voilà que les jeunes doivent remettre ça : partir ou crever. Mais ce sont les diplômés qui partent, plus les ouvriers peu qualifiés.

Ça fait la deuxième fois que j’ai envie d’embrasser le criminel dans les romans de Petros Markaris puisque dans le premier, on y assassinait des banquiers véreux et dans celui-ci, des gros fraudeurs du fisc, de ceux qui ont profité du système pour s’en mettre plein les fouilles et qui n’ont payé qu’une misère en impôts car ils n’ont pas déclaré tous leurs revenus.

Désolé, mais je n’ai ressenti aucune émotion à voir des fraudeurs de ce haut niveau se faire assassiner… Par contre, dans les suicides provoqués par la crise, on se retrouve face à des moments poignants car certains avaient la vie devant eux, mais les perspectives n’étant pas belles, ils ont préféré la mort avant de tomber sur des jours encore pire.

Kosta Charitos n’est pas un commissaire comme les autres. Il est lent, ringard et chiant, comme le résume si bien un journaliste, ami à lui. Il a une vie de famille dont on prend plaisir à suivre les péripéties au cours du récit, car elles illustrent bien les problèmes que rencontrent la majeure partie des familles en Grèce.

Kosta n’est pas alcoolo ou dépressif, non, c’est un homme ordinaire, un homme et un policier patient, tenace, humain (très), qui ne reste jamais insensible aux souffrances de ses concitoyens et capable d’avoir de la sympathie pour l’assassin que son devoir lui impose d’arrêter.

Lire une enquête de Kosta Charitos, c’est plonger dans les eaux troubles, c’est assister à la déliquescence de l’État Grec, de la société grecque toute entière, c’est arpenter les coulisses puantes du pouvoir (gaffe en marchant de pas poser le pied dedans), c’est dénoncer les magouilles des riches et parler de la misère et de l’angoisse des petites gens.

Bref, c’est foutre un coup de pied dans la fourmilière, l’exposer en pleine lumière et tenter de nous faire comprendre la crise Grecque d’une autre manière en nous la faisant vivre de l’intérieur.

Une fois de plus, c’était brillant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°173 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°18].

 

Jennifer Dorey – Tome 1 – La griffe du diable : Lara Dearman [LC avec Bianca]

Titre : Jennifer Dorey – Tome 1 – La griffe du diable

Auteur : Lara Dearman
Édition : Robert Laffont La bête noire (16/11/2017) / Pocket (15/11/2018)
Édition Originale : The Devil’s Claw (2017)
Traducteur : Dominique Haas

Résumé :
Poursuivie par ses démons, Jennifer Dorey a quitté Londres pour retourner dans sa maison d’enfance avec sa mère, à Guernesey, ou elle est devenue reporter au journal local. Elle pensait pouvoir souffler un peu. Elle avait tort.

Quand le cadavre d’une jeune femme s’échoue sur une plage, la journaliste mène sa propre enquête et exhume plusieurs morts similaires qui s’étendent sur une cinquantaine d’années.

Plus troublant encore, toutes les victimes avaient sur le bras des marques semblables à un symbole gravé sur un rocher de l’île : les « griffes du diable », dont la légende veut qu’elles aient été laissées par Satan lui-même…

Critique :
Non, le diable ne m’a pas pris dans ses griffes… Ma peau est toujours douce et délicate, une vraie peau de bébé, sans traces de griffes du démon…

Pourtant, vu le résumé, c’était prometteur… ♫ caramels, bonbons et chocolats ♪

Une fois de plus, le résumé est trop bavard et en quelques lignes nous fait une synthèse des 7 dixième de l’histoire.

Si j’avais su…

Le départ m’a fait penser à un roman de Mary Higgins Clark, à l’époque lointaine où je les lisais et où ils me plaisaient. C’était dans les années 90 (80-10 pour l’Hexagone).

Nous avons une journaliste en proie à des peurs, qui revient chez ses parents, qui y reste, qui enquête sur des suicides qui pour elle n’en sont peut-être pas et un vieux policier qui n’a pas pris sa retraite (pourtant, il est d’avant la fameuse année pivot), qui a été blessé par la vie, qui a bu et qui a rencontré Dieu (non, pas dans le fond de la bouteille mais à l’église).

— L’Église m’a sauvé de bien des choses. Mais on ne peut apprécier la foi que si on connaît le doute, Jennifer. De temps en temps, je doute. Et quand je doute, je bois.

Personnages plats, insipides, de ceux qu’on oubliera vite, qui ne nous marqueront pas et avec lesquels on n’aura pas envie d’aller boire un coup la fois suivante.

Depuis longtemps, j’ai dépassé ce stade (des MHC) et il me faut autre chose pour me donner l’adrénaline. Il me faut de la profondeur ou du moins, du rythme. Là, j’avançais à un train de sénateur qui se traîne, qui se traîne… C’était plat, endormant même.

Les seules notes positives furent les descriptions de l’île de Guernesey, de ses habitants qui se « connaissent » tous, de l’impossibilité de cacher quelque chose et la parenthèse politique sur les travailleurs étrangers que les îliens ne voulaient pas voir chez eux. Oui, partout c’est le même discours du « nous chez nous ».

Parce que c’était le problème à Guernesey : votre passé vous suivait, vous rentrait dedans, vous disait bonjour dans la rue. Impossible d’y échapper. De se cacher. Une seule solution : sourire comme si tout allait bien.

Anybref, si cette lecture n’avait pas été une LC avec ma copinaute habituelle (Bianca, pour ceux ou celles qui ne suivent pas dans le fond de la classe), j’aurais zappé des pages pour aller direct à la solution.

Mais là, je me suis appliquée comme une brave petite fille et ma récompense fut la seconde partie du roman qui bouge un peu plus et le final qui est speedé. Là je me suis réveillée !

Dommage parce que ce roman possède quelques belles analyses, quelques flèches piquantes envoyées sous la ceinture de la société ou de l’Angleterre et le final était rythmé, avec du suspense, de l’action.

Par contre, la résolution avait beau être étonnante, elle a été amenée trop rapidement sur la table et est tombée comme un cheveu dans la soupe car nous n’avions que peu d’éléments pour trouver le coupable par nous-même.

Même si je suis restée comme deux ronds de flan devant son identité, ça ne m’a pas troué le cul. N’est pas Agatha Christie qui veut…

Une LC avec Bianca en super demi-teinte et un roman qui ne restera pas dans nos annales, ni dans nos mémoires. Dommage.

Il a dit que ce qui comptait, c’était le ressenti des gens, pas de savoir s’ils avaient raison ou non.

Se répandaient en remerciements. À l’égard d’un homme décédé et de feu son gouvernement qui, vingt-neuf ans plus tôt, avait décidé de libérer les îles qu’il avait laissées se faire occuper par je-m’en-foutisme. Personne ne semblait se rappeler ce détail. Du fait que Churchill les avait d’abord abandonnés, sans défense. Qu’il n’avait pas estimé utile de se battre pour eux. Qu’il était resté les bras croisés, à siroter son whisky et fumer ses cigares, laissant les Allemands s’emparer de ces « chères îles anglo-normandes ». Si chères qu’elles avaient été les seules terres britanniques à supporter, pendant des années, le bruit des bottes, les seules à voir leurs terres pillées, leurs femmes profanées. L’occupation n’était pas la faute des nazis. La Grande-Bretagne méritait bien de perdre ses îles. Ces joyaux de la Couronne britannique n’attendaient que d’être volés.

Apparemment, l’alcool affectait les gens de différentes façons. On disait que certains avaient le vin gai, d’autres le vin triste, ou mauvais. Il n’y croyait pas. La méchanceté et la violence étaient là depuis toujours, tapies sous la surface. L’alcool libérait la vérité. Lui-même n’y touchait jamais.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°150.