Monster – Tomes 01 à 10 : Naoki Urasawa

Titre : Monster – Tomes 01 à 10

Scénariste : Naoki Urasawa
Dessinateur : Naoki Urasawa

Édition : Kana Big (2001)

Résumé :
1986, Düsseldorf, Allemagne de l’Ouest.
Un jour, le Dr Tenma décide d’ignorer l’ordre de son supérieur et sauve la vie d’un enfant. C’est ainsi que commence cette horrible histoire !

Critique :
Monster est une série manga que j’étais curieuse de découvrir, après des chroniques élogieuses de la part d’une copinaute blogueuse (suspense, je vous livrerai son nom en fin d’article).

Le pitch de départ est assez conventionnel : le Dr. Tenma est un jeune  neurochirurgien au talent indéniable, qui pratique son art à l’hôpital Eisler de Düsseldorf. Il est fiancé à la fille du directeur de l’hosto.

Malgré tout, assez vite, on comprend la dure réalité d’un hôpital et l’ambition démesurée de son directeur : Tenma doit écrire une thèse que ce cher directeur d’appropriera et en plus, il est obligé de soigner un chanteur d’opéra à la place d’un pauvre travailleur immigré, arrivé pourtant avant, à l’hôpital.

On commençait fort, malgré le côté conventionnel puisque, d’un côté, nous avions un jeune médecin qui prenait conscience que si l’on était puissant ou connu, on serait soigné avant le misérable pauvre travailleur, le dernier de cordée… Chaque vie n’a pas le même prix, pour le directeur (et sa fille).

Alors, quand on lui demande d’opérer le maire, alors qu’un jeune garçon blessé grièvement à la tête, est entré à l’hôpital avant, Tenma opère le gamin, en provenance de la RDA (en 1986, le mur est toujours là), et qui s’est pris une balle . Là, il va se mettre tout le monde à dos… Le jeune prodige devient un paria.

Oui, Tenma, l’être humain est cruel, retors, salopard et, à moins d’être le Dr House et de se foutre de tout, dans les hôpitaux, la politique règne aussi et si l’on veut monter, il faut lécher les bons culs, faire des courbettes, s’allier avec ceux qu’il faut et jouer le jeu. Tenma, lui, n’est pas intéressé.

L’atout de cette série, c’est qu’ensuite, elle est partie dans une direction inattendue, devenant un véritable thriller, avec des morts suspects, un inspecteur qui qui enquête (et qui est zarbi) et avant même la fin du premier tome, le récit n’a plus rien à voir avec celui du début et qui dénonçait certaines pratiques dans les hôpitaux.

Les tomes suivants ont confirmé tout le bien que je pensais déjà du tome 1, en continuant dans la direction du thriller, avec encore plus d’assassinats suspects, un docteur Tenma qui se mue en Sherlock Holmes (sans son talent, ni son caractère) afin de mettre la main sur le fameux Monster.

Le récit entre alors dans du plus sombre, du très sombre ! Ce manga n’est pas pour les enfants (non, pas de sexe, mais de la violence), mais il est parfait pour celles et ceux qui aiment les thriller, les scénarios recherchés, le suspense à couper au couteau, les révélations, les retournements de situation, le tout avec des personnages bien campés, bien à leur place.

J’en suis au tome 10 et je ne sais pas quoi penser du Grand Méchant, tant l’auteur sait brouiller les pistes et ne pas sombrer dans le manichéisme.

Une saga qui comporte 18 tomes et qui est terminée (chouette, plus de délai d’attente pour les lectrices qui la découvrent après tout le monde, comme moi).

PS : Merci à Noctembule d’avoir parlé de ce manga ! Cela m’a donné envie de le découvrir et j’en suis très contente !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°124] et le Mois du Polar, chez Sharon – Février 2023 (N°07).

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Le carré des indigents‭ : ‬Hugues Pagan

Titre : Le carré des indigents

Auteur : Hugues Pagan
Édition : Rivages Noir (05/01/2022)

Résumé :
L’inspecteur principal Claude Schneider, fraîchement muté dans une ville moyenne de l’est de la France, reçoit comme première affaire celle de la disparition d’une jeune fille sans histoire.

Son père a signalé son absence alors qu’elle n’est pas rentrée de la bibliothèque. Finalement, le cadavre de Betty est retrouvé peu après, atrocement mutilé à la gorge.

Critique :
La prochaine fois qu’un scrogneugneu me balancera, d’un air infatué (ou moqueur), que « les romans policiers, ce n’est pas de la littérature, que je ferais bien de lire des vrais livres », je pense qu’il serait de bonne guerre que je lui balance ce polar noir dans la gueule, afin qu’il constatât que cela fait moult années que le polar n’est plus un roman de gare.

N’espérez pas lire ce polar noir en vitesse, il faut être concentré sur sa lecture, l’auteur utilisant des phrases bien plus complexes que le traditionnel « Sujet – Verbe – Complément ». Ses constructions de phrases sont belles, brillantes, recherchée. Mais c’est une lecture plus exigeante, il est déconseillé de rêvasser en lisant.

La société des années 70 que nous brosse l’auteur n’est pas brillante. Non, ce n’était pas mieux avant. Dans ses pages, c’est sombre et ce sont les petites gens qui sont mises à l’honneur, ainsi que les membres d’un commissariat, un peu à la manière de la série du 87è district (Ed McBain).

L’inspecteur principal Schneider est un homme taciturne, il a fait la guerre d’Algérie, est revenu avec des blessures à l’âme et au cœur, mais son personnage sort tout de même des sempiternels flics bourrus alcoolos. Mais que ça fait du bien d’avoir un enquêteur qui sort des portraits habituels, qui a du répondant (avec peu de mots, mais souvent cinglants) et qui se fout de tout, sauf de ses enquêtes (il ne fait pas de la lèche).

Hugues Pagan a une plume incisive, cynique, caustique, mâtinée de termes argotique, de langage un peu cru, sans être vulgaire. Du langage de flics des années 70, de celui des gens d’en bas. Un langage qui colle parfaitement bien à l’atmosphère de ce roman noir, qui est parfaitement dans le ton des années 70 et qui lui donne un petit truc en plus.

L’enquête ne sera pas facile : pas de témoins de la mort d’une jeune fille qui rentrait chez elle à bicyclette et que l’on retrouvera morte. Schneider mène l’enquête, boit beaucoup, fume comme un dragon, se moque des colère de celui que l’on surnomme Dieu (le chef du commissariat), ne trempe pas dans les magouilles des ripoux et tente de faire la lumière sur ce crime banal mais terriblement dégueulasse.

Un roman noir, social, terriblement sombre, rempli de désespoir, de tristesse, aux atmosphères poisseuses, peuplé de personnages forts, qui dégagent une présence qui restera, même après la fermeture de ce roman.

Un roman que j’ai refermé avec une pointe de tristesse, avec la sensation que je quittais une épique de flics que j’avais apprécié, qui m’avaient marqué, notamment Schneider. Un roman noir qui va à son rythme, qui ne fait pas dans la surenchère ou la vitesse, mais qui marque tout de même.

PS : merci au Top 10 (chez Collectif Polar) de la flingueuse Chantal qui m’a donné envie de lire ce roman noir ! C’est mauvais pour la PAL, ces top, mais on y trouve parfois des pépites cachées qui méritent d’être mises en avant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°107].

Le Manoir des Sacrifiées – Hubert Grimm 02 : Olivier Merle [LC avec Bianca]

Titre : Le Manoir des Sacrifiées – Hubert Grimm 02

Auteur : Olivier Merle
Édition : Xo Editions (20/10/2022)

Résumé :
Un crâne de Neandertal posé sur un meuble. Un homme prosterné devant lui, comme s’il priait. Son front est fracturé, un de ses yeux, arraché. Son épouse est introuvable ; les traces de lutte montrent qu’elle a sans doute été enlevée.

Jamais le commandant Grimm et son équipe n’auraient imaginé être confrontés à une mise en scène aussi macabre. D’autant que la scène se reproduit… et les jours passent, synonymes d’angoisse. Sans aucune piste. Aucun suspect.

Si les femmes enlevées ont été tuées, où sont les corps ? Si elles sont vivantes, où sont-elles retenues ? Grimm, déjà empêtré dans ses problèmes personnels, le sait : si son enquête continue à piétiner, un autre homme sera massacré et une autre femme disparaîtra.

Critique :
Ce roman, dont ma copinaute Bianca m’avait parlé, m’a attiré par son résumé et par sa couverture angoissante, sentant bon le manoir hanté et les peurs primales.

Le départ est intriguant : un couple, une intrusion dans leur domicile. On retrouvera le corps du mari prostré devant un crâne de Neandertal et son épouse disparue.

Un mystère, des cadavres mutilés, leurs épouses disparues, et pourtant, je n’étais pas happée par l’histoire, par les personnages, par le mobile derrière ces crimes. Était-ce moi ou le roman ?

On ne va pas y aller par quatre chemins, les policiers ne m’ont pas emballé tant ils semblaient clichés, vu et re-revu, notamment dans le personnage de Hubert Grimm, le commandant qui n’en fait qu’à sa tête, qui ment à son divisionnaire, qui n’obéit à rien, qui enquête sur le côté qui a une vie sentimentale désastreuse et malheureuse…

Ok, c’est agréable de voir un policier qui fait son job, qui ne glande pas, qui cherche, qui réfléchit, qui trouve… Mais punaise, c’est du classique ! Il n’y avait rien chez Grimm qui le sortait de l’ordinaire, rien que du ressassé.

D’accord, c’est plus facile de critiquer que de créer un policier atypique qui ne semble pas être une copie de ceux que l’on a déjà trop vu ou lu. Dommage, parce qu’avec un portrait de policier moins classique, moins usé jusqu’à la trame, la face du roman aurait été changée.

Le mobile des crimes est atypique, au moins ! Il ne court pas les rues, c’est un fait. On est loin des classiques du genre et qui sont l’apanage des criminels normaux, qu’ils passent à l’acte par accident, dans le feu de l’action ou après avoir mûrement réfléchi.

Dommage aussi qu’avec le portrait de son assassin, l’auteur ait sucré le sucre. Il en fait trop, il en rajoute, là où il aurait dû jouer sur la sobriété, à la manière d’un Anthony Hopkins jouant l’homme rationnel, raffiné, intelligent et bourré de charisme dans son rôle d’Hannibal Lecter. Et c’est ce qui foutait la trouille dans Le Silence des agneaux !!

La personne derrière ces assassinats horribles et dont nous suivrons les pas dans sa cave, a tout de la brute perverse, de l’animal (et j’insulte les animaux), bref, aucun raffinement. Le méchant est loupé et c’est la pire des choses, dans un roman, un film.

Cela plus du sordide décrit pour dégoutter que de la finesse qui glace les sangs durablement. L’exercice n’est pas facile, je le reconnais. Il faut trouver un équilibre, ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Lorsqu’il est atteint, le roman en est sublimé et marque au fer rouge.

Malgré mes points négatifs, la lecture n’était pas mauvaise en soi : la preuve, je n’ai sauté aucune page. Mieux, après deux meurtres, j’avais trouvé le point commun entre les deux hommes et donc, j’ai compris très vite qui serait la troisième victime.

Ce qui n’a pas empêché mes questionnements d’être au rendez-vous durant leur enquête… Impossible de déduire qui était le coupable, puisque nous n’étions pas un whodunit classique, avec tout les protagonistes rassemblés dans la bibliothèque.

La dernière partie était plus addictive, sans pour autant réussir à relever mon impression générale : bof bof.

Désolée de le dire, ce n’est pas le polar de l’année, même s’il y avait du bon dedans, qui aurait mérité un autre traitement pour en faire une lecture plus intéressante, marquante. Parce que oui, un roman policier peut vous marquer durablement, quoiqu’en disent ses détracteurs.

Hormis quelques passages réussis, le reste m’a toujours donné l’impression de souffrir d’un manque de quelque chose, notamment de profondeur dans les personnages, quels qu’ils soient.

Seul le mobile sortait du lot (et finalement, les motivations restent classiques), ainsi que la réflexion sur l’homme de Neandertal, qui n’était pas la brute basse de plafond qui attrapait sa femme par les cheveux, comme on l’a trop souvent représenté.

Si Bianca a commencé par apprécier cette LC (elle sortait d’une lecture totalement foirée), au fur et à mesure de sa lecture, elle a changé d’avis. De mon côté, bien que n’ayant sauté aucun paragraphe, cette lecture fut en demi-teinte, les points positifs n’arrivant pas à sortir le roman de l’ornière dans lequel il s’est enfoncé très vite.

Dommage, il y avait de quoi faire un chouette roman… Malgré tout, ce n’est pas non plus un policier merdique. Je dirais que ça se lit, sans plus. Bah, ça m’a occupé pour une soirée où il n’y avait rien à la télé, sauf du foot que je ne regarde pas (ou très très peu).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°100].

La Constance du Prédateur – Ludivine Vancker 04 : Maxime Chattam [Par Dame Ida, Ex-Ex-Groupie Frissonnante du Fan-Club de Maxime Chattam]

Titre : La Constance du Prédateur – Ludivine Vancker 04

Auteur : Maxime Chattam
Édition : Albin Michel (02/11/2022)

Résumé Babelio
Ils l’ont surnommé Charon, le passeur des morts. De son mode opératoire, on ignore tout, sauf sa signature, singulière : une tête d’oiseau.

Il n’a jamais été arrêté, jamais identifié, malgré le nombre considérable de victimes qu’il a laissées derrière lui. Jusqu’à ce que ses crimes resurgissent du passé, dans les profondeurs d’une mine abandonnée…

Plongez avec Ludivine Vancker dans le département des sciences du comportement, les profilers, jusque dans l’âme d’un monstre.

L’avis de Dame Ida :
Meuh nan ! Ce n’est pas une histoire sur une dénommée Constance qui se serait entichée d’un prédateur à poils ou à plumes…

Chattam ne donne pas dans le documentaire animalier, même si on échappera pas à la dimension bestiale du dit prédateur ! C’est, comme l’indique le résumé Babelio, une histoire de tueur en série très prolifique et d’une redoutable persévérance.

Un crime, que dis-je une série de crimes tellement énormes et dans un contexte d’enquête tellement particulier que l’atmosphère glauquissime nous scotche dès les premières pages et nous laisse englués dans la progression de l’enquête jusqu’à son dénouement.

Une série de crimes tellement conséquente que la pression qui pèse sur les épaules des enquêteurs et en particulier du duo d’enquêtrices, nous écrase nous aussi lecteurs et lectrices.

Et l’affaire devient d’autant plus mystérieuse quand on retrouve dans un autre charnier d’autres victimes attendant qu’on les découvre depuis les années 1930, portant l’ADN du même meurtrier présumé que des dépouilles remontant aux années 1990… ADN que l’on retrouvera sur sur des victimes très récentes.

Un méchant terrible et dément… Des victimes dont Chattam nous rappelle et décrit l’humanité comme le font rarement les auteurs d’histoires de tueurs en série, afin de nous rappeler qu’elles sont des personnes avec une vie, des projets, des proches, des familles, et pas juste des objets que le tueur détruit sans états d’âmes pour assouvir ses fantasmes délirants…

Une héroïne avec son histoire, ses forces et ses blessures, travaillant sous les ordre d’une nouvelle supérieure avec qui le courant passe rapidement très vite et très bien, rappelant que nan, les femmes ne sont pas nécessairement des peaux de vaches entre elles, rongées par une sorte de pulsion instinctuelle à la rivalité…

Des personnages qui même secondaires ou quasi-figurants, se voient dotés d’une âme et d’une histoire…

Une intrigue bien tordue et bien huilée… Qu’il n’est évidemment pas question que je déflore ici… Et qui se dépliera sans temps morts, tâtonnements ou chapitres bâclés…

Anybref, du grand Chattam ! Du Chattam que j’aime ! Du Chattam comme il m’avait manqué depuis sa trilogie du mal ou depuis les Arcanes du Chaos… Enfin !!!

Un ou deux bémols cependant… Et oui, vous me connaissez… Faut toujours que je râle… Mais promis ça sera light aujourd’hui !

Si Maxime Chattam a ici fait un effort notable pour se renseigner sur l’organisation du service en sciences du comportement de la Gendarmerie Nationale et le statut de celles et ceux qui y travaillent (ça nous changera du dernier Thilliez que j’ai lu et qui se vautrait un peu sur ce point), il aurait dû vérifier cet autre petit point de procédure judiciaire avant de l’aborder rapidement dans son roman…

Dans le roman il parlera d’un suspect qui aurait demandé à son avocat qu’il fasse effacer de son casier judiciaire le viol pour lequel il vient de sortir de prison. Les enquêteurs se réjouissent que la demande n’ait pas encore été traitée, car sinon ils n’auraient pas eu connaissance des antécédents du suspect.

Oui… Mais non !

Certes, il est possible pour une personne condamnée à une peine d’obtenir que ladite peine ne soit pas inscrite au casier judiciaire accessible à l’employeur pour ne pas nuire à ses possibilités d’accéder à un emploi. Cela étant… En général cela doit être demandé par l’avocat lors du procès, avant même le prononcé de la peine et pas à la sortie de prison (bien que ça ne mange pas de pain d’essayer après) …

Mais, cela concerne généralement les délits mineurs sans récidives. Je n’ai jamais vu ou entendu parler, à l’époque où j’ai travaillé en secteur judiciaire, de l’effacement de crimes (infractions passibles de peines supérieures à 10 ans de prison) comme des viols ou des meurtres d’un casier judiciaire.

Et en outre, le fait que la peine ne soit pas inscrite sur le casier accessible à l’employeur ne signifie pas que la peine soit effacée du casier… Elle est juste reportée sur une autre partie du casier judiciaire qui n’est pas accessible à l’employeur, mais elle reste toujours accessible aux services judiciaires et policiers, lorsque l’on recherche les antécédents d’un délinquant.

Nos enquêteurs ne seraient donc jamais passés à côté d’une peine pour viol sur le casier d’un criminel sous prétexte qu’il l’aurait fait « effacer » de son casier. C’est impossible, puisque ça ne sera pas effacé et qu’ils ont accès à l’intégralité du dossier et pas seulement au casier accessible aux employeurs.

Je préfère le préciser pour que les lectrices ou lecteurs, victimes réelles ou potentielles d’un tel crime, soient rassurés sur le fait qu’un viol ne compte pas si peu aux yeux de la justice, pour que l’on en obtienne l’effacement total dans un casier judiciaire.

En outre, une condamnation pour viol entraîne en France l’inscription du condamné sur le FIJAIS (Fichier Judiciaire Automatisé des Auteurs d’Infraction Sexuelles ou violentes), et ça m’étonnerait beaucoup que des enquêteurs n’aillent pas voir sur ce fichier dans ce genre d’affaires… Je dis ça… Mais je ne dis rien… C’est dommage que Chattam ait oublié l’existence de ce fichier-là !

Sans parler du fait que si les juges peuvent se laisser convaincre de ne pas inscrire une condamnation « mineure » comme une bagarre avec ses voisins pour une question de trouble du voisinage, chez quelqu’un qui n’a pas de casier… ou un vol à la tire sans récidive…

Un viol ou un meurtre chez un sujet inquiétant (dans ce cas il est fréquent de demander des expertises ou enquêtes de personnalité) … avec les risques que ça peut faire courir aux éventuels collègues, clients, employeurs… Je doute que les juges soient irresponsables au point de le rendre invisible sur le casier, réclamé lors d’une embauche sur un emploi un peu sensible, réclamant un casier vierge.

Par ailleurs, il y a aussi une légère erreur concernant les procédures de changement de nom… Si elles ont été simplifiées au début des années 2000 (plus besoin de saisir le Conseil d’Etat !) et si la publication de l’annonce de ce changement de nom au Journal Officiel de la République est maintenant à la charge de la personne ayant demandé ce changement (110 euros) …

Le fait est que cette publication n’est pas une nouveauté et que les changements de noms faisaient déjà l’objet d’une publication au JO avant la modification de ladite procédure (j’ai y lu des déclarations de changements de nom au JO avant les années 2000) contrairement à ce que l’auteur fait dire à ses personnages.

De toute façon, en France, pays qui adoooore la bureaucratie, tout acte administratif laisse des traces quelque part et dans le cadre d’une enquête officielle, les services de police peuvent toujours avoir accès à ces informations à condition de chercher au bon endroit.

Et puis… Sans vouloir trop en dire pour ne pas spoiler… L’usage répété sur un temps relativement long et particulier que le Prédateur fait de l’eau de javel sur ses victimes vivantes, sans qu’elles ne semblent en souffrir plus que cela, me laissera très perplexe.

Je ne suis pas médecin ou chimiste, alors je ne me montrerai pas péremptoire sur ce point, mais je ne suis pas certaine qu’on puisse aussi bien tolérer de telles pratiques sans gros dégâts immédiats et atrocement douloureux sur les tissus concernés.

L’histoire ne nous dit pas si l’eau de javel était pure ou diluée… On dira que cette ambiguïté permet d’entretenir un doute favorable à l’auteur, mais franchement… Ne faites pas ça à la maison.

Et enfin, c’est là encore un petit détail sur un petit point plus que secondaire qui surgit au détour d’une page… Mais lorsqu’un enfant devient adoptable à l’âge de six ans et présente un état psychiatrique préoccupant, il n’est JAMAIS proposé à l’adoption, même s’il a été déclaré pupille d’état.

Tout enfant pupille n’est pas nécessairement considéré comme adoptable par les services sociaux. Lorsqu’il existe un risque accru qu’une adoption soit problématique en raison de l’état psychiatrique d’un enfant, l’enfant n’est pas proposé à l’adoption…

Mais à part ces petites bourdes mineures, qui ne changeront pas grand chose à mon plaisir de lecture, je dois reconnaître que je n’aurais rien d’important à reprocher à Maxime Chattam dans la construction de cet opus efficace et sans temps morts.

Cela faisait si longtemps ! Mais je réalise que cet opus est le dernier en date du Cycle « GN » (Gendarmerie Nationale sans doute) dont je viens de découvrir l’existence. Sans doute serait-il intéressant que je lise ceux qui ont précédé.

Si j’étrille Maxime Chattam impitoyablement quand il me déçoit, c’est parce que je sais aussi ce qu’il est capable de nous donner quand il soigne son sujet, et ce n’est donc que justice que de reconnaître quand il nous a livré le meilleur de lui-même et m’a fait frissonner.

J’ai en effet eu le plaisir depuis si longtemps espéré, de retrouver cet auteur dans un genre qu’il maîtrise suffisamment pour m’embarquer là où il voulait m’amener au fil des pages.

Et j’en veux encore.

 

Congo requiem – Famille Morvan 02 : Jean-Christophe Grangé

Titre : Congo requiem – Famille Morvan 02

Auteur : Jean-Christophe Grangé
Édition : Livre de Poche (2017) – 864 pages

Résumé :
Jonglant entre passé et présent, la suite des aventures de la famille Morvan : Grégoire, ex-barbouze devenu policier, Maggie, sa femme, qu’il bat, et leurs trois enfants, Erwan le policier, Loïc le golden boy cocaïnomane et Gaëlle l’actrice et call-girl.

Erwan et Gregoire Morvan se retrouvent à Lontano, alors que Tutsis et Hutus s’entretuent.

Critique :
Puisque Lontano m’avait fait un effet boeuf, je n’ai guère attendu avant d’enquiller le second et dernier volet de la famille Morvan et hop, cap sur le Congo, ou plutôt, la RDC.

Nom de Zeus, Marty, j’y étais à peine arrivée que je voulais déjà foutre le camp et rentrer dans mon pays ! La RDC n’est pas un pays pour moi.

Le climat était mauvais, ça sentait déjà la poudre, les emmerdes, les difficultés puissance 1000, la corruption à tous les étages et en plus, il faisait chaud, lourd, bref, pas envie de m’attarder.

Pas de bol pour moi, les Morvan, le père et le fils, m’ont empoigné par le fond du short et je me suis retrouvée en train de faire le grand écart entre les deux chtarbés de service. ♫ Saga Africa, attention les secousses ♪ Oui, ben les secousses, elles secoussaient vachement fort, nom de Dieu.

Cette suite est addictive, de ce côté là, je ne vais pas pinailler, même si, avec 100 pages de moins, on aurait gagné en explosivité.

La partie consacrée au périple au Congo était hautement explosive, à tel point que je me suis demandée quels Anges Gardiens étaient en charge de garder Morvan fils entier, vu tout ce qu’il va se prendre sur la gueule.

Là où le bât a blessé, c’est dans le fait que l’enquête sur l’Homme-Clou, dans sa version contemporaine, était une intrigue à tiroir et que la commode en possédait un peu trop, ce qui ne l’à pas rendue « commode » à comprendre.

Pour l’Homme-Clou et les crimes de Lontano, j’avais flairé la couille de rhinocéros dans le pâté et dans le potage. L’auteur avait laissé traîné des indices et puis, on ne me la fait plus, c’était trop tentant de sortir un lapin du chapeau.

Le lapin est sorti, je m’y attendais, même si j’ai douté, vu que la première version, celle du Padre, n’était pas conforme à l’idée que je m’étais faite. Ok, il y avait une autre version cachée, j’avais tout bon. Une petite magouille pour les lecteurs, de temps en temps, ça fait du bien.

Oui, mais il ne faut pas en abuser ! Et là, l’auteur a exagéré dans ses tiroirs à tel point qu’à la fin, je ne savais plus qui avait tué les victimes contemporaines ! Dans le final de Lontano, nous avions une identité, un coupable, bien assumé, pour moi, c’était terminé, ben non ! Boum un second, boum un troisième ! Hé oh, c’est un concours de celui ou celle qui va se désigner coupable ??

J’adore les retournements de situations, les surprises, les secrets cachés que l’on découvre au fil de sa lecture, mais ici, il y en a eu tellement que ça m’a donné le tournis et l’impression de ne plus rien capter. Qu’il faille relancer l’intrigue, je ne suis pas contre, mais il faut que cela reste cohérent. À force de sortir les lapins du chapeau, le final ressemblait à une garenne !

Comme on disait en Belgique, à propos des taxes « Trop is te veel » (trop c’est trop, dans les deux langues nationales). Alors oui, le récit est prenant, addictif, violent, gore à certains moments, mais il faut y aller mollo de la pédale et ne pas trop verser dans les rebondissements à gogo, sinon, le récit perd de sa crédibilité…

Non, ce n’était pas une mauvaise lecture, pas du tout et loin de là, j’ai passé un bon moment, sous adrénaline totale, le voyage au Congo fut haut en couleur, j’ai morflé plein ma gueule, les Morvan n’étant pas des compagnons idéals de voyage et la période pour y aller était super mal choisie en plus…

Au moins, le père Morvan connait bien les codes de l’Afrique, qui est bonne hôtesse, avec lui.

Malgré tout, je ne regrette pas cette lecture, même si je lui préfère Lontano. Cela m’a au moins permis de renouer avec les romans de Grangé et donné envie d’en lire quelques autres.

Un thriller addictif, pour peu qu’on ne soit pas trop regardant sur la crédibilité de certains passages, digne de certains films d’action, où le héros s’en sort toujours, ou sur les nombreux retournements de situations et surprises en tout genre du récit.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°34] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées – Pavé 22 !).

Franck Sharko & Lucie Hennebelle – 05 – Pandemia : Franck Thilliez

Titre : Franck Sharko & Lucie Hennebelle – 05 – Pandemia

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Pocket Thriller (06/05/2016) – 653 pages

Résumé :
Comme tous les matins, Amandine a quitté sa prison de verre stérile pour les locaux de l’Institut Pasteur.

En tant que scientifique à la Cellule d’intervention d’urgence de l’Institut, elle est sommée, en duo avec son collègue Johan, de se rendre à la réserve ornithologique de Marquenterre pour faire des prélèvements sur trois cadavres de cygnes.

Un sac avec des ossements est trouvé dans l’étang.

Critique :
Oui, cette année 2022 sera celle de Franck Thilliez et de ma mise à jour dans la lecture de ses différents romans, notamment ceux avec le duo Franck Sharko & Lucie Hennebelle.

Par contre, était-ce bien indiqué de lire un thriller parlant de pandémie, de virus qui mute, de grippe inconnue, alors que l’on vient de traverser une pandémie de SRAS COV2 et que tout n’est pas encore terminé ?? Là, ce n’était pas la meilleure idée que j’ai eue, mais j’ai bien vérifié sous le lit, pas de monstre grippal de caché dessous ! Ouf.

Une fois de plus, l’équipe de Sharko va affronter la crème de la crème des tueurs. Là, on est carrément sur du tueur étoilé, 4 étoiles au Guide Michelin des Assassins. Non seulement il a de l’audace, mais ses crimes sont d’un mauvais goût extrême, épicé de saloperies qu’on n’a pas envie de mettre à sa bouche.

Jamais d’assassin du dimanche, dans les enquêtes de Sharko ou de Colonel Moutarde (y aurait-il pénurie de Moutarde ?). Toute l’équipe va se démener pour attraper les assassins (oui, le chef coq épaulé de ses super cuisiniers), tousser beaucoup (saloperie de virus), descendre là où vous n’avez pas envie de descendre (laissez-moi remonter à la surface), voyager et malgré la qualité étoilée des assassins, vous pensez bien que notre Sharko va réussir à les trouver.

Dit ainsi, on pourrait penser que je me moque… Juste un peu, parce que pour le reste, le récit est plus qu’efficace, plus qu’addictif et il m’a remis en mémoire des moments peu agréables de notre existence, au plus fort de la pandémie Covid, les confinements en moins.

Ce thriller est un pavé qui ne se fait pas sentir. Il se dévore, l’écriture de Thilliez est toujours aussi efficace et les sujets traités des plus intéressants. Au prochain repas de famille, je pourrai parler des virus de la grippe, ainsi que de celui de la peste et étaler mon nouveau savoir Thilliesque, tout en tartinant ma viande de marinade.

Anybref, ce thriller policier fait le job : il m’a diverti, il m’a cultivé un peu plus, il m’a donné des frissons d’angoisses et comme il se passait, une fois de plus, vers la fin de l’année, il est parfait pour une lecture un jour où les températures montent. De plus, dans ce tome-ci, Lucie est redevenue un personnage plus calme et moins chiante que dans les deux précédents.

Le seul inconvénient, c’est qu’après la lecture d’un Thilliez, les romans suivants semblent un peu fade, manquer de pep’s, de goût, d’audace… Fatalement, après avoir dîné à la table d’un maître assassin étoilé, la cuisine habituelle semble fadasse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°18] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Département V – 09 – Sel : Jussi Adler-Olsen

Titre : Département V – 09 – Sel

Auteur : Jussi Adler-Olsen
Édition : Albin Michel (25/05/2022)
Édition Originale : Natrium Chlorid (2021)
Traduction : Caroline Berg

Résumé :
En replongeant dans une affaire non résolue datant des années 1980, Carl Mørk et l’équipe du Département V découvrent avec stupeur que depuis trente ans, un tueur particulièrement rusé choisit avec une régularité effrayante une victime et l’élimine en déguisant ce meurtre en accident ou en suicide.

À chaque fois, sur le lieu du crime, un petit tas de sel.

Sur fond de restrictions sanitaires dues au Covid-19, Mørk et ses acolytes se lancent dans une enquête dont ils n’imaginent pas l’ampleur.

Critique :
Il m’est arrivé de me plaindre que certains récits manquaient de piment… Ici, je ne pourrai pas dire que ça manquait de sel.

Jusqu’à présent, les enquêtes cold-case du Département V n’ont jamais manqué de piment, d’équilibre, de sel,…

Par contre, comparé à ses prédécesseurs tels que « Miséricorde » ; « Profanation » ; « Dossier 64 » ou « L’effet papillon », il manquait d’émotions.

Rassurez-vous, ce n’est pas un obstacle, mais j’apprécie lorsque l’auteur traite de sujets de société dans ses enquêtes.

Ceci étant dit, ce fut un véritable plaisir de retrouver ma fine équipe du Département V, aux prises avec… Oh non, pas la putain de pandémie Covid et son confinement pour les fêtes de fin d’année 2020 ! Je voulais y échapper, j’ai râlé de me retrouver plonger dedans, et pourtant, l’utilisation de cette merde était utile pour le déroulement de l’enquête, puisqu’elle l’a entravée.

Si dans le tome précédent, nous apprenions ce qui était arrivé à notre ami des chameaux, Assad, dans celui-ci, l’affaire du pistolet à clou revient sur le devant de la table et sans la résoudre (dans le dernier tome, le 10), l’auteur a épaissi le mystère.

Sherlock Holmes disait « Le crime est banal, la logique est rare ». Il aurait adoré ce mystère qui ne manquait pas de logique, de mystère et les crimes n’avaient rien de banal puisqu’ils étaient déguisés en accident. Putain, c’était presque des crimes parfaits.

Une fois de plus, en alternance avec les chapitres consacrés à notre fini équipe enquêtant sur des morts accidentelles qui ne le sont sans doute pas, il y a ceux consacrés à des personnages féminins un peu inquiétant : une équipe de femmes dont deux portraits nous serons narrés plus en détails.

Si le rythme est plus lent au départ, puisqu’il faut le temps de rassembler les faits, de les analyser, de les comprendre, une fois que le nom du coupable sera connu, le rythme va s’accélérer, l’équipe de Carl Mørk bossant contre la montre.

Lecture addictive, cette 9ème enquête du Département V reste dans les bonnes affaires, même si un cran en-dessous des autres. Juste un cran, le manque d’émotions a joué aussi, ce récit étant plus dans un policier classique, bien que les crimes n’aient rien de classique, leur auteur non plus.

Une excellente enquête, qui prend son temps, qui ne résout pas avec l’aide du Saint-Esprit, mais moyennant des réflexions, des recherches dans les archives, un petit coup de pouce d’une personne qui fera une réflexion qui les mettra sur la piste, ainsi que de la sueur, des coups de téléphone et bien des jurons et des proverbes sur les chameaux.

Vivement le dernier tome que nous ayons le dernier mot sur l’affaire du pistolet à clou et sur la valise dans le grenier. Suspense, suspense. En effet, je ne voudrais pas que le dernier tome soit bâclé et que ça foute en l’air toute cette excellente série dont la moitié des romans sont dans mes coups de coeur !

4 Sherlock tout de même, car si les émotions étaient absentes, l’enquête était excellente et bien trouvée.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°011] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Danemark).

Lontano – Famille Morvan 01 : Jean-Christophe Grangé

Titre : Lontano – Famille Morvan 01

Auteur : Jean-Christophe Grangé
Édition : Livre de Poche Thriller (2017) – 953 pages !

Résumé :
Éminence grise du pouvoir, Grégoire Morvan a connu ses heures de gloire en Afrique dans les années 80, en arrêtant au Zaïre « l’Homme clou », tueur en série au rituel atroce, inspiré des plus violents fétiches africains.

Quarante ans plus tard, en France, les cadavres mutilés, criblés de ferraille et de tessons s’accumulent : la marque de « l’Homme clou », totem de la folie meurtrière née au plus profond de l’Afrique. Le passé trouble de son père – fantôme menaçant de sales affaires enterrées – rattrape alors Erwan Morvan, le meilleur flic de la crim’.

Saga familiale, roman psychologique et roman noir, Lontano est une plongée verticale dans les ténèbres de l’âme, roman paroxystique et vertigineux, dérangeant comme ces rites primitifs qui nous fascinent et nous effarent.

Critique :
Hé oui, je suis revenue vers Jean-Christophe Grangé, après des années d’abandons, suite à quelques lectures de ses romans qui ne m’avaient pas transporté, l’un d’eux ayant même failli apprendre à voler…

Comme je ne retrouvais plus le coup de foudre de départ, avec « Les Rivières pourpres », j’étais passée à autre chose, me promettant un jour de revenir, mais sans y croire vraiment.

Qu’est-ce qui m’a décidé ? Une critique sur Babelio où la personne (purée, je ne sais plus qui, ni sur quel roman) disait qu’il avait préféré Lontano. Bon, je m’en vais voir ce qu’on l’on dit sur le Grangé et là, bingo, l’envie m’a pris et comme je ne le possédais pas, je suis allée le quérir en bouquinerie. Il ne m’a fallu que 3 jours pour dévorer les 953 pages.

La famille Morvan, tu n’as pas envie d’en faire partie. Le père est  ancien flic, barbouze de la République, qui joue au nettoyeur pour ramasser la merde des autres, qui ment pire qu’un arracheur de dent qui ferait de la politique (c’est vous dire le niveau des mensonges), son épouse soumise à son autorité et qui se fait taper dessus, trouvant des excuses à son époux… Lui, son principal fait d’armes est d’avoir mis fin aux assassinats, au Congo, de l’Homme-Clou.

Ses enfants, pas mieux. Un trader drogué qui était déjà alcoolo à 12 ans, l’aîné qui est flic et qui a des méthodes d’interrogatoires musclées et la fille qui joue à la tepu (la péripatéticienne) et qui accepterait qu’on lui fourre un hamster dans la techa (la chatte, merde, causez verlan) du moment qu’on y met le prix.

Non, mais je te jure, l’auteur n’a pas choisi une famille honorable, chez eux, tu ouvres un placard et des squelettes en tombent. Ce n’est pas la famille Ingalls, croyez-moi.

Pourtant, l’auteur a réussi à équilibrer les personnages, leur donnant aussi des fêlures, des blessures, des petits traits qui fait que même si le père est un salopard de première, on n’a pas envie de le voir tomber.

Pas moyen de s’emmerder durant les 950 pages de ce thriller, mené tambour battant, sans pour autant sacrifier la forme, le fond, l’écriture ou les personnage. On prend aussi le temps de faire connaissance avec la famille Morvan. Erwan, l’aîné qui bosse au 36 quai des Orfèvres, n’a rien d’un commissaire Maigret ou Navarro. La violence est chevillée dans son corps et est coutumier des violences policières envers les suspects.

Les meurtres n’ont rien à envier au plus déséquilibré des psychopathes. C’est horrible, dégueulasse, bref, si vous aimez les crimes propres des romans d’Agatha Christie (ou des cosy), ici, nous en sommes loin, très loin. On devine déjà que le tueur appartient à la crème de la crème et qu’il a du remporter la grande finale du « Top chef du Meilleur criminel ». À vos marques, pâtissez !

Les ramifications de ces crimes iront jusqu’au Congo, la période coloniale est toujours tapie dans l’ombre, les magouilles sont toujours légion et la Belgique sera souvent citée dans le roman, et pas en bien, je le conçois… La période où Popol II était propriétaire du Congo « Belge » (1885) n’est guère reluisante.

D’ailleurs, j’ai apprécié que Erwan aille faire un tour à Namur et à Louvain… Attention, en Belgique, il y a deux villes portant le nom de Louvain, il faut bien préciser celle que l’on veut visiter. Si la France a connu des crises religieuses (catho/protestants), la Belgique a eu sa crise linguistique. Vous, c’était la foi, nous, c’est la langue.

Anybref, tout ces blablas pour vous dire que ce roman de Grangé est un véritable shoot d’adrénaline, de suspense, de drogues, de violences, d’enquêtes, de meurtres rituels, de tueur en série, de magouilles financières, de vengeance, de complots politiques, de magie noir, de relents de colonialisme, de sang, de tripes… Sans que jamais la soupe devienne aigre, infâme ou imbuvable.

Un thriller addictif, maîtrisé du début à la fin et que dont j’ai hâte de connaître la suite. Oui, il y a une seconde partie, avec des secrets non révélés, même si, dans ce premier tome, l’affaire des meurtres rituels contemporains a été résolue, me foutant un coup de pied au cul monumental.

Je suis contente d’avoir eu cette envie de me pencher à nouveau sur un roman de Grangé, de retrouver tout le sel qui m’avait fait kiffer grave ma race son « Rivières pourpres » (pas le film, il est à chier, oups). Là, après avoir lu la suite, je vais me pencher sur ses autres romans, des fois que je tomberais à nouveau sur une pépite.

PS : Lorsqu’Erwan mènera son enquête au royaume de Belgique, j’ai repéré une grosse faute d’orthographe dans le panneau indicateur : Louvain, en flamand, c’est « Leuven » et non « Leuwen » (là, çq signifie « Lion » au pluriel), sauf si un petit malin de flamingant s’est amusé à faire un jeu de mot entre la ville et le drapeau flamand (un lion).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°010] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Atmom[ka] – Franck Sharko et Lucie Hennebelle 03 : Franck Thilliez

Titre : Atmom[ka] – Franck Sharko et Lucie Hennebelle 03

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Pocket Thriller (2017) – 604 pages

Résumé :
Lucie Henebelle et Franck Sharko, policiers dans la fameuse section criminelle du 36, Quai des Orfèvres, tentent de se remettre d’un drame qui a failli les séparer. Ils essaient de faire un enfant, en vain. Et à quelques jours de Noël, ce qui les attend est loin d’être l’annonce d’un heureux événement. À l’heure où tout le monde rentre se réchauffer, le froid, la mort et les souvenirs maudits guettent.

Une affaire d’envergure démarre alors. Christophe Gamblin, journaliste de faits divers, est retrouvé mort de froid, enfermé dans son congélateur. Sa collègue et amie a disparu, alors qu’elle enquêtait sur un gros dossier dont personne ne connaît le contenu.

Sa seule trace est son identité griffonnée sur un papier, détenue par un enfant errant, très malade, aux organes déjà vieillissants. En parallèle, une ancienne affaire de femmes enlevées refait surface : des victimes jetées vivantes mais inconscientes dans des lacs quasi gelés, et secourues in extremis par des coups de fil mystérieux à la police.

Tandis que l’enquête s’accélère, Sharko est confronté à de vieux démons. Une ombre évolue dans son sillage, jouant avec lui de manière dangereuse, et semblant particulièrement lui en vouloir. Un duel secret et cruel s’engage alors, détruisant le flic à petit feu.

Critique :
Lire est dangereux pour la santé… Puisque je m’étais plainte que ma copinaute de LC m’ait emmené à Paris, durant la Semaine Sanglante de la Commune, j’ai pensé qu’avec un Thilliez, ce serait plus sûr.

Tu parles, dans son prologue, je me suis retrouvé à Prypiat, pile quand la centrale de Tchernobyl a eu sa très très grosse fuite.

Déjà que nous, en Belgique, nous n’avons pas eu la chance d’avoir des gardiens aux frontières, comme vous en France, voici que je me faisais à nouveau farcir de radioactivité. Oui, lire est dangereux.

Heureusement, après, l’auteur nous ramène à Paris. Oups, en décembre 2011 ! Il fait froid, il y a de la neige, il gèle… Je lève les yeux au ciel : il est bleu, le soleil chauffe à mort et c’est la canicule de juillet. Tout compte fait, c’est un excellent choix, ce roman, il va me refroidir !

Et oui, il m’a bien refroidit, le bougre (le roman et son auteur). Notamment en parlant du nucléaire, de ses dangers, de l’Homme qui se prend pour Dieu, qui expérimente sur des animaux, des humains, qui se fout de tout, qui ne respecte rien… Le nucléaire est hyper dangereux d’un côté et de l’autre, il est difficile de se passer de lui.

Problèmes : vos centrales, comme les nôtres et comme celles des autres, ont des fuites et si un accident nucléaire devait se reproduire, aucune leçon n’a été tirée de l’Histoire, du passé… Souvent, durant ma lecture, j’ai eu des frissons de peur.

Lire Thilliez, c’est être assuré de passer de bons moments de lecture, de se faire balader royalement, de ne pas comprendre les mystères avant qu’il ne nous les ai tous expliqués. Même si, dans celui-ci, il y en avait moins que dans certains autres…

Nous sommes dans un thriller scientifique, avec des crimes crapuleux, violents, mais sans énigmes tarabiscotées qui nous laisse pantelants, la bouche ouverte.

Une fois de plus, j’ai douté à un moment donné (oui, j’ai honte, mais ça passera) : nous étions à la page 180 et boum, on courrait déjà après un suspect plus que potentiel.

Quoi, si vite ? Mais enfin, qu’est-ce que l’auteur allait nous raconter ensuite, durant les 400 pages restantes ? La vie sexuelle des escargots de Bourgogne en Basse-Provence ? Des blagues à Toto ? Bon, cela aurait été drôle, assurément, mais ce ne fut pas le cas (sorry pour ceux et celles qui voulaient des blagounettes ou du sexe).

Non, non, l’auteur est intelligent, il nous donne du foin à mâchouiller, mais ce n’est jamais gratuit ! Sa maîtrise de son scénario est totale, il donne du mou aux poissons que nous sommes, pour ensuite mieux nous ferrer.

Il résout une chose et directement, il nous replonge la tronche dans un autre mystère, une autre énigme, un autre crime.

Dans ses romans, il y a toujours des ramifications qui sont plus importantes que l’on ne pourrait le croire. Et une autre affaire est venue se greffer à la première, ajoutant du mystère aux mystères. Sont-elles liées ou pas ?

Autre fait important, le commissaire Sharko ne croise jamais la route d’assassin du dimanche, du meurtrier qui tue par nécessité, ou par accident. Non, ce n’est jamais pour élucider le meurtre du Docteur Lenoir, dans la biblio, avec le revolver que le commissaire déboule sur une scène de crime.

Le commissaire Sharko est un aimant à serial-killer, à assassins retors, démoniaques, aux intelligences rares, aux mises en scène recherchée, aux vengeances gratinées, bref, les assassins qui te mitonnent les crimes aux petits oignons et te font revenir dans du beurre clarifié. Des assassins méticuleux, maniaques, bref, la crème de la crème, le Top Chef Ultime des meurtriers.

Ce n’est pas la première fois que le criminel est aussi amateur d’un jeu que je ne nommerai pas et, comme dans « Le Manuscrit Inachevé », une partie très célèbre de ce jeu se retrouve citée.

Si le scénario est hyper addictif, hyper instructif, avec de véritables morceaux de science dedans (rassurez-vous, on comprend tout), il est aussi parfois très violent, avec des descriptions un peu gore (faut parfois sauter une ligne).

Mon petit bémol sera surtout pour les deux personnages principaux : Sharko et Henebelle. Les personnages s’appesantissent trop sur leur horrible passé (ils cumulent les horreurs à eux deux et des proches victimes de tueurs en série).

Je pense qu’on a plus de chance de se faire mordre par une chauve-souris enragée que de se retrouver à deux victime d’un prédateur hors-norme dans le sadisme. Bon, on a bien les copy-cat et les élèves, mais tout de même, trop c’est trop.

Mon malaise a porté aussi sur le fait qu’ils veulent un enfant (lui a perdu sa fille, elle a perdu ses jumelles, assassinées par un tueur en série) à tout prix. Cela m’a donné une impression affreuse que Lucie voulait remplacer ses enfants décédées…

Une impression, je dis bien, mais cette focalisation sur le désir de maternité m’a mis mal à l’aise durant toute la lecture, comme son comportement m’avait exaspéré dans le tome suivant : [ANGOR]. Sharko n’était pas mieux, il fait des tas de cachoteries à sa compagne et il a peur qu’elle ne le trompe avec un autre. Heu ?

Attention, ceci n’est que mon avis, cela ne m’a empêché de prendre un plaisir total dans cette lecture, en faisant abstraction de la concentration de super-méchants (sans charisme, nous sommes loin d’un Hannibal) au mètre carré et à l’énervement que Lucie a déclenché quelques fois.

Pour le reste, le thriller est rudement efficace, on passe un très bon de lecture, on a du mal à se détacher du bouquin (il colle aux mains) et je l’ai liquidé en deux journées de lecture (oui, j’ai été couchée tard).

PS 1 : mon bémol ira, encore et toujours, au nom de son personnage : Sharko… Bien souvent, ma langue fourche et le « h » tombe (pas tag), ce qui fait que je vois le petit excité que vous connaissez bien en lieu et place de son grand flic un peu bourru. Ça ne dure pas, heureusement, mais imaginer son flic avec la tête de l’autre, imaginer son dandinement des épaules et l’entendre parler comme les imitateurs le font, avec « J’vais vous dire, moi, m’sieur », et bien, ça casse l’ambiance ! mdr

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°003] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Dans l’ombre du brasier ‭:‬ Hervé Le Corre [LC avec Bianca]

Titre : Dans l’ombre du brasier

Auteur : Hervé Le Corre
Édition : Rivages Poche (27/05/2020) / 558 pages

Résumé :
A Paris, pendant les dix derniers Jours de la Commune. Dans les rues de la ville bombardée où se dressent des barricades, le mal rôde. Des jeunes femmes disparaissent, enlevées par un personnage aussi pervers que repoussant.

Parmi elles, Caroline, la bien-aimée du sergent Nicolas Bellec qui combat dans les rangs des Communards. Antoine Roques, promu au rang de « commissaire » de police par la Commune, enquête sur l’affaire.

Mû par le sens du devoir, il se lance à la recherche de la jeune femme, bravant les obus, les incendies, les exécutions sommaires…

Et tandis que Paris brûle, Caroline, séquestrée, puis « oubliée » dans une cave parmi les immeubles effondrés, lutte pour sa survie. C’est une course contre la montre qui s’engage, alors que la Commune est en pleine agonie.

Critique :
Au lieu de me proposer un petit cosy mystery tranquillou, Bianca, ma copinaute de LC, a décidé de nous envoyer à Paris…

Cool, vous me direz.

Oui, mais non, le voyage temporel nous a expédié à Paris durant les 10 derniers jours de la Commune que l’on a nommé « La Semaine Sanglante ». Ça tiraillait de partout tout autour de nous !

Moi qui me plains souvent de ne pas connaître grand-chose de la Commune (pas un sujet d’école en Belgique), j’ai été servie. L’auteur s’est fortement documenté et pour le côté réaliste, nous y étions en plein dedans.

Avec une écriture fort descriptive, Hervé Le Corre détaille avec minutie les décors, les différents protagonistes, y ajoute de la fumée, des odeurs, de la sueur, des larmes, du sang, des tripes et des boyaux. Le réalisme est poussé. Trop ? Chacun jugera. Pour moi qui ne connait pas grand-chose, c’était parfait.

Des polars historiques, j’en ai lu énormément. Bien souvent, l’Histoire est incorporée à l’enquête, sans jamais prendre le pas sur l’ensemble du récit, se contentant d’être un personnage à part entière.

Hélas, le roman oscille, durant trop longtemps, entre le polar historique et le roman Historique tout court, ce qui donne un déséquilibre au récit, puisque l’enquête restera sommaire, sans jamais vraiment en être une, comme si elle faisait sa timide.

L’Histoire, en tant que telle, est très prégnante, trop prégnante. Le récit manque de rythme à un moment donné.

Sans honte, j’ai diagonalisé ma lecture après la page 160, tant le récit s’enlisait, ne m’apportant plus de plaisir et qu’il semblait faire du sur-place. Une fois passé la page 300, l’enquête a repris un peu le dessus, et moi, j’ai repris le fil de ma lecture, sans plus sauter de passages.

Mon autre bémol sera pour le côté manichéen des protagonistes : les Communards semblent être de braves gars, tandis que les Versaillais sont des bêtes assoiffées de sang. Dans un conflit, quel qu’il soit, il y a plus de nuances que celle des Bons contre les Méchants.

Dommage, parce qu’il y avait assez de matière que pour donner un excellent roman, l’écriture de l’auteur étant très belle, lyrique, sachant parfaitement décrire les événements, leur côté violent, dramatique ou donner vie aux personnage, notamment au trio de Communards : le Rouge, Adrien et Nicolas. C’était magnifique.

Mitigée je suis. La plume était magnifique, le récit était puissant, mais il est allé se perdre d’un côté, puis de l’autre, avant de prendre enfin parti pour le polar, mais toujours avec timidité. Le retour d’Henri Pujols, le tueur en série du précédent roman, n’apportait rien à l’histoire. Ses exactions se retrouvent diluées dans le reste du récit et nous aurions pu donc nous en passer.

En bref, cette LC ne nous a pas apporté le même plaisir que pour « L’homme aux lèvres de saphir » et une grande partie du récit a été lu en diagonale par ma copinaute aussi.

Malgré tout, ma lecture ne fut pas tout à fait perdue puisque j’ai vécu la Commune et sa Semaine Sanglante de l’intérieur. Bon, Bianca, la prochaine LC, ce sera un Tchoupi, merci !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°002] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).