Les Thés Meurtriers d’Oxford 03 – Flagrant Délice : H.Y. Hanna [Par Dame Ida, Critique d’Afternoon Tea]

Titre : Les Thés Meurtriers d’Oxford 03 – Flagrant Délice

Auteur : H.Y. Hanna
Édition : Autoédité (07/04/2022)
Édition Originale : Oxford Tearoom Mysteries, book 3: Two down, bun to go (2016)
Traduction : Diane Garo

Introduction BABELIO :
Un coup de fil sinistre au milieu de la nuit plonge la propriétaire de salon de thé Gemma Rose au cœur d’un nouveau mystère. Cette fois, son ami Seth est considéré comme le principal suspect d’un crime !

Un meurtre macabre commis dans le cloître d’un ancien collège d’Oxford révèle des rivalités amères au sein de l’université, mais Gemma découvre des indices inattendus dans son petit village des Cotswolds.

Pendant ce temps, sa vie amoureuse ne lui laisse pas de répit. Elle peine à choisir entre l’éminent médecin Lincoln Green et le séduisant inspecteur Devlin O’Connor… tandis que son salon de thé anglais pittoresque prend l’eau alors qu’elle se démène pour trouver un nouveau chef pâtissier.

Avec sa mère exaspérante et sa petite chatte tigrée espiègle, Muesli, qui la rend complètement folle – sans oublier les vieilles chouettes qui ne la lâchent pas d’une semelle -, Gemma doit résoudre son affaire la plus difficile à ce jour si elle veut empêcher la plus cruelle des injustices.

L’avis de Dame Ida :
Or donc voici le troisième volume des enquêtes de Gemma Rose, que j’attendais au tournant.

Gemma est réveillée en pleine nuit par un coup de fil d’un ami qui se voit accusé de meurtre et lui demande de lui rendre un petit service un peu en marge de la loi.

Dans cet opus, le moins qu’on puisse dire c’est qu’on se retrouve plongé en plein milieux de l’action d’emblée et sans attendre que le décor se pose, ce qui est le cas dans la majorité des romans.

Ici le meurtre a eu lieux avant même qu’on tourne la première page.

Cet élément scénaristique et le choix de l’auteure d’écrire ce roman à la première personne vient donner un véritable dynamisme au texte.

Elle nous embarque de manière active dans le cours de ses pensées, et nous transmets les informations à mesure qu’elle les reçoit, ce qui nous plonge de manière très active dans l’intrigue et nous donne le sentiment d’enquêter avec elle.

Elle y intègre également les petits cotés triviaux du quotidiens, et ses histoires de familles qui viennent s’ajouter à son emploi du temps, donnant quelque chose d’authentique à l’histoire…

Car oui, tout enquêtrice amatrice qu’on soit, on n’en a pas moins une vie ! Des parents, des amis, un chat, un job…

Et comme par ailleurs la prose est vivante, de bonne qualité, avec ce petit côté ironique et détaché propre à la « british upper-middle class » dont l’héroïne est supposée faire partie, la lecture du roman est particulièrement agréable.

Bonne surprise ! L’intrigue est honorable et gagne en complexité par rapport aux enquêtes précédentes. Le puzzle s’assemble pièces après pièces et finit par prendre tout son sens au moment de la révélation finale.

Toutefois, si la solution s’impose comme évidente, elle n’est jamais qu’une théorie possible au moment où mue par son intuition, Gemma fonce tête baissée contre l’ennemi, entraînant tous ses alliés dans son sillage, sans que quelqu’un ne lui demande l’once d’un début de preuve pouvant permettre à la théorie de tenir.

Cette petite facilité me semblera légèrement regrettable en ce sens qu’elle manque de crédibilité, même si on prend plaisir à suivre cette héroïne sympathique et ses amis au long des pages jusqu’à une scène de dénouement qui ne manque pas de comique.

Et puis… Voilà… J’attendais ce troisième roman au tournant pour voir si nous étions partis pour tourner en rond dans les histoires de cœur compliquées de l’héroïne hésitante entre deux hommes tel l’âne de Buridan mort de faim et de soif en hésitant entre commencer par boire son seau d’eau ou manger son seau d’avoine.

Alléluia !!!! Elle a fini par choisir !!! Qui ? Nan mais ça va pas ? Je ne vais quand même pas spoiler ça !!! Vous devrez lire ! Franchement, vous me prenez pour qui ?

Cela étant, même si ce mystère concernant ses inclinations pour la gente masculine est enfin élucidé et ne débouche pas sur un « coming out asexuel », ni sur un engagement à vie dans la frigidité et la névrose obsessionnelle, je dois avouer que cette question n’avait qu’un intérêt secondaire dans l’enquête même si les messieurs qui lui faisaient du charme ont pu prendre une part active à l’action. On est loin des obsessions d’Agatha Raisin.

Comme quoi, les anglais arrivent à séparer vie privée et vie professionnelle quand il le faut ?

Un petit bémol ? Oserai-je ?

Un truc me titille depuis le premier volume : le passé professionnel de Gemma dont on nous dit qu’elle vient de rentrer à Oxford après 8 ans passés à mener une brillante carrière dans une grosse boîte Australienne.

Sauf que tome deux, je réalise qu’elle a 29 ans, et que donc elle est partie à 21 ans. Et à 21 ans, à moins d’être une surdouée avec deux ans d’avance (et un tel détail s’annonce dans un background de personnage), tu ne sors au mieux qu’avec ta licence (bachelor en anglais). Et en outre, elle aurait étudié les lettres anglaises…

Or au tome trois on nous explique qu’elle aurait été compétente pour lancer une campagne marketing internationale…

Alors, OK, on nous dit qu’elle a gravi les échelons en Australie… OK, l’Australie fut un temps le nouvel El Dorado de celles et ceux qui avaient compris que le rêve Américain n’était plus qu’une grosse blague… Mais l’Australie n’est pas un pays sous-développé incapable de produire ses propres MBA ou autres Masters destinés aux futurs cadres du marketing !

Dois-je rappeler ce qu’une licenciée en lettre moderne de la Sorbonne peut espérer trouver comme job en France ? Même si elle a eu une mention très bien ? Même pas un job de secrétaire ! On a de très bons BTS d’assistantes de direction, trilingues, qui préparent mieux les candidates à l’utilisation des outils informatiques et au vocabulaire spécifique du commerce dans les langues étrangères…

J’ai d’ailleurs une copine qui a un tel BTS et qui rêve depuis 15 ans de passer cadre… mais nan… les nouvelles recrues sur ce niveau doivent toutes avoir un Master… On me dira que c’est très français cette obsession du diplôme… C’est vrai que chez nous avec une licence de lettres, soit tu poursuis ta formation pour espérer faire de l’enseignement (en primaire ou à la fac si tu décroches un doctorat et que tu as de bon appuis)… Soit tu passes les concours administratifs ou tu prends ce qu’on veut bien te donner à Pôle Emploi.

Oui la carrière de haut niveau dans le marketing juste avec une licence de lettres, fût-elle obtenue à Oxford, c’est extrêmement peu crédible. Mais pas seulement en France. En Angleterre aussi. D’autant que dans ce pays on ne rigole pas avec la conscience de classe.

Ou alors c’est qu’il s’est passé un truc… Un piston d’un tonton… Une intrigue à la « Working Girl »… Une histoire d’amour avec le fils du PDG… Ou alors peut-être qu’en Australie tout est encore possible, qu’on embauche un niveau de culture générale et pas un technicien maîtrisant déjà un sujet et immédiatement rentable…

Mais même si c’est vrai… il est de bon ton d’expliciter les choses pour ne pas laisser la lectrice dans une perplexité abyssale ! Parce que là ça laisse un goût de « pas crédible » et moi j’ai une vilaine obsession : je tiens à ce que le background des héroïnes soit crédible.

Mais… Je taquine le rectum des mouches ! Je l’avoue ! Car mis à part ce (gros… mais il appartiendra à chacun d’estimer à quel point c’est gros en fonction de sa sensibilité) détail, cette enquête m’a paru bien plus engageante que les deux précédentes et le plaisir était au rendez-vous.

Évidemment, je vais lire bientôt le tome 4 pour voir si l’auteure poursuit sur sa lancée !

 

Au service surnaturel de sa majesté – 02 – Agent double : Daniel O’Malley

Titre : Au service surnaturel de sa majesté – 02 – Agent double

Auteur : Daniel O’Malley
Édition : Pocket (2018) – 864 pages
Édition Originale : Stiletto (2016)
Traduction : Valérie Le Plouhinec

Résumé :
Quand, après des années de combats acharnés , deux organisations secrètes et rivales sont contraintes d’allier leurs forces, une seule personne semble en mesure de les aider à conclure cette paix nécessaire : Myfanwi Thomas, la très fantasque héroïne de The Rook.

D’un côté, la Checquy, organisation secrète chargée de combattre les forces surnaturelles qui menacent la Couronne britannique.

De l’autre, les Greffeurs, une société de peu recommandables alchimistes belges adeptes de manipulations génétiques en tous genres. Sans compter les mystérieux Antagonistes, qui tentent par tous les moyens de faire échouer les négociations.

Critique :
Imaginez un James Bond avec des pouvoirs surnaturels… Non, non, pas avec une baguette magique comme Harry Potter, oubliez la magie !

En Grande-Bretagne, des gens naissent avec des talents surnaturels, qui peuvent aller de dissoudre les os, ou d’avoir une ombre qui est un portail direct pour l’Espagne ou de voir au travers des choses…

Et tous ces talents sont discrètement escamotés à leur famille, sont formés et ensuite, ils travaillent pour le gouvernement et donc, pour Sa Majesté !

Le premier tome était étonnant, il m’avait bien plu, malheureusement, lorsqu’on a trop à lire, une majorité des romans croupissent dans les étagères, oubliés et il était plus que temps que je le dépoussière.

Ce thriller fantastique est un mélange de surnaturel, de SF, de fantastique (normal) et le tout est saupoudré d’humour british, de dialogues qui pulsent, de situations cocasses.

Sans oublier des références à notre monde tout ce qu’il y a de plus normal puisque l’auteur aborde aussi la peur de l’autre, la haine que l’on cultive, que l’on inculque aux plus jeunes, au pardon impossible.

Nos amis de la Checquy (ceux qui bossent pour Sa Majesté) veulent enterrer la hache de guerre avec les Greffeurs (les alchimistes belges adeptes de manipulations génétiques) et que leur deux organisations fusionnent, au lieu de se tirer dans les pattes. Ce qui ne plait pas à tout le monde, des deux côtés, et l’on sent la haine transpirer chez certains membres de la Checquy.

Après autant d’années, j’avais même oublié que les Greffeurs étaient belges ! Des belges du Nord, bien entendu, surtout avec des titres comme « Graaf » (comte), grootvader (grand-père) et puis, j’ai vu passer une insulte bien flamande (Klootzak). Pas de panique, pas besoin d’avoir fait néerlandais deuxième langue pour comprendre.

C’est burlesque, bien entendu, sans pour autant devenir du n’importe quoi. À partir du moment où vous acceptez les phénomènes surnaturels, les gens qui possèdent des dons anormaux et des autres qui se greffent des tas de trucs en plus dans le corps, devenant parfois des superman, il n’y aura pas de problème.

On pourrait croire qu’avec une brique pavesque de 860 pages, l’ennui poindrait le bout de son nez : ben non !

Le scénario est bien pensé, le récit est bien mis en page, on alterne les passages avec de l’action, des combats, un éclaircissement sur la provenance de la haine entre les Greffeurs et la Checquy, des scènes de la vie quotidienne pour les Greffeurs présent sur le sol anglais,…

Bon, il n’aurait pas fallu plus de pages, sinon, le risque aurait été grand de tourner en rond. Heureusement, on l’évite !

Ce thriller fantastique, qui ne se prend pas au sérieux, sans pour autant virer au grand n’importe quoi, m’a apporté des instants de détente, une pause rafraichissante, des moments où je n’ai pas pu m’empêcher de sourire, bref, un moment de lecture détente dans le sens le plus agréable du terme.

Nous ne sommes pas dans de la grande littérature, loin de là, mais parfois, tout ce que les lecteurs demandent, c’est un peu d’humour dans ce monde de brute, une bulle de tranquillité et des instants dédiés au burlesque, au loufoque, à l’absurde, à l’irréel.

Ce n’était peut-être pas une mauvaise chose de l’avoir laissé prendre les poussières durant 4 ans, à ce pavé… Il est tombé à point nommé quand j’avais besoin de me détendre l’esprit, les zygomatiques et de m’évader avec du fantastique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°259] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Les Thés meurtriers d’Oxford – 02 – Beau Thé Fatal : H.Y Hanna [Par Dame Ida, théïnomane invétérée]

Titre : Les Thés meurtriers d’Oxford – 02 – Beau Thé Fatal

Auteur : H.Y Hanna
Édition : City (11/05/2022)
Édition Originale : Oxford Tearoom Mysteries, book 2: Tea with Milk and Murder (2016)
Traduction : Diane Garo

Résumé Babelio :
Lors d’un cocktail à Oxford, Gemma Rose, propriétaire d’un salon de thé, entend une conversation inquiétante quelques minutes avant qu’une étudiante de l’université ne meure empoisonnée. Simple coïncidence ?

Et le nouveau conjoint de sa meilleure amie Cassie pourrait-il être impliqué ? Gemma décide de mener sa propre enquête, aidée par les vieilles commères de son village de l’Oxfordshire et par son ancien amour d’université, l’inspecteur Devlin O’Connor.

Mais sa mère fait du grabuge dans le charmant salon de thé anglais de Gemma, sa meilleure amie est furieuse de la voir fouiner… et ce mystère s’avère plus intriqué qu’un bretzel au chocolat !

Gemma réalise un peu tard qu’elle pourrait bien être la prochaine sur la liste du tueur. Sauf si sa petite chatte tigrée, Muesli, parvient à la sauver.

L’avis de Dame Ida :
Or donc, après le jeune inspecteur Morse et l’inspecteur Lewis (évoqué dans cet opus), à la télévision, c’est au tour de Gemma Rose, tenancière de salon de thé so british, de résoudre les crimes mystérieux qui semblent frapper Oxford et ses environs.

Sachant que les environs en question sont la jolie région des Costwolds, vous me direz qu’on risque même à un moment de voir Agatha Raisin débouler comme une tornade dans le salon de thé de Miss Gemma Rose pour réclamer un gin tonic et une part de lasagnes surgelées ou un curry entre deux clopes.

Mais non ! Vous qui entrez ici renoncez à tout espoir de cross-over puisque ça n’existe qu’à la télévision, et que Morse et Lewis ne se situent pas dans la même décennie que Gemma ou Agatha… Et parce qu’Agatha préfère les pubs au salon de thé ! De toute façon elle ne boit que du café.

Mais pourquoi je vous parle de la Raisin moi ? On trouvera bien un grain ou deux de raisin dans un scone que Gemma ou sa mère vous auront préparé et servi dans ce salon de thé.

Ah ben oui, parce que c’est sa mère qui œuvre en cuisine maintenant. Sans doute cela l’aidera à avoir un œil sur elle pour essayer de lui fourguer un mari puisque la trentaine approche tic-tac, tic-tac, et toussa toussa…

Anybref, sa copine et serveuse Cassie a trouvé un beau galeriste prêt à la couvrir d’attentions et à propulser sa carrière de peintre en devenir… Gemma ne devrait-elle pas se réjouir de voir sa copine casée et à la veille de se réaliser en tant qu’artiste ?

Humm… C’est bien mal connaître la mesquinerie féminine qui consiste chez certaines d’entre nous à très mal vivre que les copines se casent quand on est soi-même incapable de sauter le pas, malgré la présence de deux beaux spécimens de la gent masculine prêts à vous courtiser.

Mais… Gemma ne se rend même pas compte de ça… Jurant ses grands dieux qu’elle ne veut que le bonheur de sa copine etc… A d’autres… Si elle compte tromper ses lectrices, on ne me la fait pas à moi et je trouve ça… Nul ! Faut dire que jadis une copine m’a fait le coup et qu’elle a fini rayée de mon répertoire d’adresses (on n’avait pas encore de smartphones au précédent millénaire figurez-vous !).

Oui mais voilà… Ce séduisant galeriste en fait des tonnes et il aurait peut-être des trucs pas nets à cacherdans ses placards… En tout cas c’est ce qu’on pourrait penser quand une jeune créature sapée comme jamais et bijoutée comme Sa Majesté déboule bourrée au vernissage de Cassie en tapant un scandale, invectivant le maître des lieux avant de s’écrouler raide morte.

Et évidemment comme Gemma était là au moment des adieux définitifs de la jeune créature au music-hall au terme de sa grande scène du II, et qu’elle a aperçu des trucs étranges dans le jardin en prenant l’air ; et comme elle continue à jouer à « cache-cache » avec l’inspecteur nommé sur l’enquête qui n’est autre que son séduisant ex-petit ami, étrangement pété de thunes pour un flic, toujours célibataire ce qui ne gâche rien, la voici partie pour prendre une part active à cette enquête.

Comme quoi les Costwolds et la séculaire cité universitaire d’Oxford sont bien devenues une « no-go-zone » bourgeoise, où les morts violentes sont en pleine expansion sans que ça n’empêche l’immobilier d’y flamber…

Et comme quoi nul n’est obligé de faire l’école de police pour résoudre des crimes en Angleterre depuis qu’une certaine Miss Marple s’y est mise.

Alors ? Faut-il ou non continuer à suivre cette nouvelle série de cosy mysteries ?

Je vous avais dit que je réservais mon jugement à cet égard après la lecture du premier opus et attendais de voir comment les personnages allaient évoluer et l’auteure progresser dans sa manière de construire une intrigue.

Et surtout… échapperait-on au « je t’aime moi non plus » usant que nous infligent certains auteurs, afin de nous tenir en haleine avec la vie sentimentale de leurs héros, sans se rendre compte qu’au bout d’un moment, s’ils n’ont pas conclu, c’est qu’ils sont sévèrement névrosés, impuissants, frigides ou affecté d’un complexe d’œdipe chronique incurable ?

À moins qu’ils n’aient trop lu de romans à l’eau de rose (c’est possible mais franchement moins fréquent chez les mecs tout de même)?

Mais quoi qu’il en soit au bout d’un moment ces tergiversations nous emmerdent prodigieusement à terme et il serait grand temps de passer aux choses sérieuses (comme une bonne scène de partie de jambes en l’air décrite en détail).

Or donc qu’en est-il avec ce second tome ?

Eh bien, question intrigue on est clairement en progrès. Pas de liste réduite de suspects évidents dès le départ, tout le monde pourra voir ce qu’il dit réutilisé contre lui-même.

On liste des pistes, on les explore, on les ferme, on les rouvre… et même quand on croyait l’affaire dans le sac on se retrouve face à une impasse rendant obligatoire d’explorer d’autres possibilités.

Je regretterai néanmoins un léger abus du facteur chance et d’heureuses coïncidences dans cet opus. Si ça peut marcher dans la littérature jeunesse, je suis hélas considérée comme adulte depuis trop longtemps pour encore croire que le Père Noël puisse passer plusieurs fois par an.

Mais je ne serai pas trop sévère. On a une bonne brochette de personnages récurrents attachants bien que leur psychologie mérite d’être davantage creusée.

Par exemple, le gang des « vieilles chouettes » désigne un petit groupe sympathique de dames âgées expertes es ragots et donnant volontiers un coup de main au salon de thé se voit toujours désigné sous ce terme générique…

Certes, elles ont chacune un prénom (qu’on oublie vite), l’une d’elle est un peu ronde… Mais… pour le moment nous n’avons qu’une perception assez floue ou indistincte de ce groupe dont je ne suis plus très sûre de savoir s’il est composé de trois ou de quatre retraitées.

Quant au père de Gemma qui n’est que peu présent hors de son domicile, on pourra trouver étrange qu’il ne se soit pas déplacé en une occasion que nous tairons, pour ne pas spoiler, mais pour laquelle tout parent normalement constitué bouge un peu ses fesses quand même.

Le style est assez agréable et léger. La banalité de la vie quotidienne de l’héroïne vient se nouer à la trame de l’intrigue comme pour l’ancrer dans une certaine réalité.

Et le choix d’une rédaction à la première personne présentant le roman comme un récit vivant où la narratrice semble capable de prendre ses distances vis-à-vis d’elle-même avec humour et d’alléger la charge émotionnelle des aspects les plus lourds du roman, vient renforcer cette impression d’agréable légèreté.

Et puis… Il y a la recette finale. C’est une tradition avec cette série : l’auteur nous offre à la fin du roman, la recette d’une pâtisserie servie au salon de thé et évoquée dans l’histoire.

Pour le premier volume, nous avions eu droit à la recette des scones avec lequel la victime a été étouffée… Et là, ce sera la recette secrète du cheesecake qui relance les ventes du salon de thé et que la mère de Gemma tient de sa propre mère !

Pour les hésitations sentimentales de Gemma je crains hélas que nous ne soyons pas au bout de nos aventures… Toujours deux partis intéressants en perspective… Et qui se savent en rivalité par-dessus le marché.

Gemma semble craquer davantage pour l’un des deux, et cela semble réciproque mais l’autre n’a pas l’air de vouloir lâcher l’affaire.

C’est certainement moins lourdingue qu’avec Agatha Raisin, qui, en plus tombe amoureuse du premier pantalon venu… Mais les premières indications données, quant à l’intrigue du troisième volume annoncée à la fin du livre, me laisse encore un peu sceptique et prudente. Elle n’a pas l’air d’être pressée de choisir.

Pour le moment… ça peut passer. Après tout Gemma n’a que 29 ans (les aura-t-elle indéfiniment ?), et on peut après tout comprendre qu’elle puisse encore se faire quelques illusions ou avoir quelques pudeurs l’empêchant de foncer tête baissée dans une affaire avec un mâle.

Mais… il ne faudra pas qu’elle hésite trop longtemps si elle ne veut pas lasser ses lecteurs.

Après tout Lizzie Martin s’est décidée assez vite elle… Je vous l’accorde, il n’y avait pas non-plus beaucoup de concurrence, donc ça aide… Et puis elle était pressée de se caser en bonne victorienne obligée de convoler pour coucher et ne pas se retrouver à la rue.

Alors oui effectivement, quand t’as ta propre affaire et le choix entre deux beaux mecs pleins aux as… Le truc qui n’arrive jamais au pauvres mortelles que nous sommes… ça finit vite par devenir insupportable. Elle nous nargue cette tête à claque, épicétou !

En résumé, j’ai passé un agréable moment avec ce cosy mystery léger et sans trop de prétentions, qui nous offre des personnages récurrents attachants, et dont la construction des intrigues mérite encore d’évoluer vers un peu plus de maturité.

En espérant que le personnage principal finira par faire des choix sentimentaux lui permettant également d’évoluer plutôt que de stagner dans une hésitation redondante qui a terme pourra nous faire fuir, nous continuerons à apprécier le style vivant de l’écriture et surtout, la recette finale qui ravira les gourmandes.

Mais… peut-être vaudra-t-il mieux lire cette série à un rythme espacé pour éviter l’indigestion ?

Les Thés Meurtriers d’Oxford – 01 – Chou à la Crim’ : H.Y. Hanna [Par Dame Ida meurtrière notoire de scones]

Titre : Les Thés Meurtriers d’Oxford – 01 – Chou à la Crim’

Auteur : H.Y. Hanna
Édition : Oxford Tearoom Mysteries, book 1: A scone to die for (2016)
Édition Originale : City (2022)
Traduction : Diane Garo

Résumé :
Lorsqu’un touriste américain meurt, étouffé par un scone, dans son salon de thé anglais pittoresque, Gemma se retrouve plongée au cœur d’une mystérieuse affaire.

La jeune diplômée d’Oxford se met en tête de résoudre ce crime, aidée par les vieilles commères de son village et une petite chatte espiègle prénommée Muesli.

Mais entre sa mère autoritaire qui joue les entremetteuses et le retour de son ancien amour d’université, qui n’est autre que le séduisant inspecteur chargé de l’enquête, Gemma ne sait plus où donner de la tête…

Et les choses ne s’arrangent pas lorsque son salon de thé commence à avoir mauvaise presse ! Une affaire de meurtre n’est jamais bonne pour les affaires, surtout quand les clients se mettent à penser que vos scones sont mortels. Le nombre de victimes augmente, et le salon de thé de Gemma risque bien de faire faillite.

Parviendra-t-elle à trouver le tueur avant que les choses ne tournent sérieusement au vinaigre ? (Recette traditionnelle de scones anglais à la fin du roman !)

La vie (l’avis) de Dame Ida :
Vous savez que les scones et moi c’est une longue histoire. J’aime me comporter en ogresse quand ils sont dans une assiette, mais le véritable massacre a surtout lieux quand j’essaie d’en produire !

Et pourtant… J’en ai essayé des recettes !!! Une fois ou deux j’ai eu de beaux résultats mais… la plupart du temps je produisais des galets aussi durs que… des galets.

Or donc, j’ai trouvé dans ce livre une nouvelle recette qui m’a appris un truc : NE PAS TROP PETRIR… ah ben je comprends mieux alors l’assassinat en règle que constituait chacune de mes fournées !

Anybref… Si vous voulez la recette il vous faudra lire ce livre jusqu’au bout ! C’est comme avec PIF Gadget… Ma Tatie voulait bien me l’acheter mais je n’avais droit au gadget que quand j’avais tout lu ! Heureusement, pour le cadeau Bonux, je n’étais pas obligée de faire la lessive… J’étais trop petite !

Bon… Ce livre… Finira-t-elle par nous en parler ? C’est bien beau la vie de Dame Ida… Mais son avis sur le livre est quand même plus intéressant, non ?

Or donc, Miss Gemma Rose après avoir fait des études de lettres à Oxford, ce qui était très pratique puisqu’elle habitait un village environnant, a tenté de faire carrière en Australie.

Cependant malgré ses débuts très prometteurs dans le grand monde de l’entreprise, la voilà saisie d’un ras-le-bol monumental et reviens dans l’Oxford de sa jeunesse pour y ouvrir un salon de thé avec ses économies.

Un vrai salon de thé dans une vieille auberge d’époque Tudor rénovée, où avec l’aide de sa serveuse Cassie et de Fletcher son pâtissier adorable, talentueux mais aussi un peu « différent », elle se lance à l’assaut des estomacs les plus gourmands d’Oxford.

Purée ! Le rêve… Tenir un salon de thé… Y a pas à dire c’est une aventure qui me botterait plus que de devenir cadre sup-sup-sup dans une boîte panier de crabes ou il faut coucher et marcher sur les autres pour réussir !!!

Les gourmandes dans mon genre pourront rêver sur les quelques pages où il sera question de scones et autres spécialités du thé à l’anglaise ! Sans parler d’une petite brochette de petites vieilles qui cancanent ! Ce roman était fait pour moi…

D’autant qu’il y a des morts, et qui dit morts, dit meurtrier(s) à traquer.

Le coin est sympathique, son folklore universitaire aussi… le salon de thé me fait rêver… L’intrigue se lit agréablement sans être follement déboussolante, l’autrice nous présente des personnages à la psychologie suffisamment développée sans que ça ne soit non plus très complexe…

J’en garderai le souvenir d’une lecture agréable sans être pour autant transcendante.

Il y a en effet deux bémols qui m’ont hélas paru aller vers un peu trop de facilité à mon goût…

Déjà quand il n’y a que trois suspects, que le premier est tellement évident que ça n’en est plus crédible… Et bien il n’en reste plus que deux.

Et quand l’un d’entre eux mange la poussière à son tour, forcément… ça réduit les pistes. Alors oui… Le troisième suspect est-il vraiment coupable? Où n’y-a-t-il pas un autre suspect caché dans l’ombre qu’on fera sortir du placard, pour rebattre les cartes sur la base d’un poil de cul trouvé par hasard, au moment opportun pour relancer le Schmilblick ?

Mystère et boules de gnomes ! Mais… Je n’aime pas le coup du suspect surprise car l’auteure ne joue alors pas franc jeu avec les lecteurs qui pourraient vouloir essayer de trouver le coupable. Là… On ne vous laisse plus trop de chances.

Et puis… Le syndrome Agatha Raisin n’est plus très loin… Entre la mère de Gemma qui estime qu’ayant renoncé à faire carrière, sa fille doit abandonner son caprice de salon de thé (Ciel ! Ma fille ! Une boutiquière ! Quelle déchéance !!!) pour devenir bobonne heu… pardon, femme au foyer d’un type plein aux as, qu’elle va s’efforcer de trouver pour sa fille ; et Gemma elle-même qui laisse son imagination vagabonder lorsqu’elle croise son ancien béguin de la fac qui est opportunément devenu le flic qui enquête sur l’affaire… Évidemment ça n’augure rien d’excellent pour la suite.

Va-t-on les voir tous les deux se tourner autour, enquête après enquête sans conclure tandis qu’elle devra faire parallèlement des rencontres imposées par sa mère? J’ai prévu de lire le deuxième tome pour voir si mon intuition se confirme ou pas… Je vous dirai ! Promis ! Je crache si vous voulez !

Note de la Belette : on est priée de ne pas cracher sur/dans mon blog, merci ! mdr 

Donc en résumé, l’auteure réussit à nous distraire gentiment, et a trouvé un concept bien sympathique ainsi qu’un décor intéressant pour donner vie à ses personnages et ses intrigues, mais les uns et les autres méritent d’être davantage développés et complexifiés…

Et si elle pouvait éviter de s’enliser dans l’ornière du « Je t’aime moi non-plus » ou du « courre après moi que je t’attrape » des tergiversations amoureuses interminables qui finissent par user les nerfs des lectrices de cosy mysteries… ça serait bien.

Affaire à suivre…

 

La chasse : Gabriel Bergmoser

Titre : La chasse

Auteur : Gabriel Bergmoser
Édition : Sonatine (18/03/2021)
Édition Originale : The hunted (2020)
Traduction : Charles Recoursé

Résumé :
Frank s’occupe d’une petite station-service paumée au milieu de l’immensité sauvage australienne.

Un jour, une jeune femme arrive en trombe, blessée. Aidé par un couple de voyageurs, Frank tente de soigner les blessures de l’inconnue lorsque de mystérieux assaillants arrivent sur les lieux.

Coupés du monde, les occupants de la station-service vont devoir alors faire face à un véritable siège.

Critique :
♫ Ce matin, un lapin, a tué un chasseur ♪ C’était un lapin qui avait un fusil ♪

Dans le bush australiens, des chasseurs chassent des cochons ou tout autre gibier sans défense. Imaginez maintenant un gibier plus intelligent et combatif que les autres et paf, le lapin tue un chasseur (il avait un fusil, suivez un peu !).

Pas content les chasseurs, furax, même, que le gibier leur rende la monnaie de leur pièce au lieu de se laisser tuer tranquillou. Eux peuvent ôter la vie, pas le contraire.

Le lapin, blessé, s’enfuit et va se réfugier chez un cerf. ♫ Cerf, cerf, ouvre-moi, où le chasseur me tuera ♪ Notre cerf, pas crétin non plus, sait se défendre, lui aussi, contre les chasseurs. Et ça va saigner !

Pourtant, mesdames et messieurs des jurés, le lapin a certes tué des chasseurs, mais il était en état en légitime défense, retournant les pièges des de ses ennemis contre eux. Pareil pour le cerf. Allez expliquer ça aux chasseurs, vous…

Ce thriller, j’ai failli ne pas dépasser la page 50 tant je n’y trouvais rien qui me plaisait habituellement dans le bush australien. Personnages un peu fades, sans vraiment de relief au départ, récit qui mettait du temps à se mettre en place, un autre qui commençait quelques jours plus tôt…

Après avoir sauté quelques paragraphes et soupiré beaucoup, le récit s’est soudain mis en place, les personnages ont commencé à prendre de l’ampleur, des formes et l’action a été bien rythmée jusqu’au bout, ce qui fait qu’après un début poussif, j’ai cavalé pour connaître la fin, ayant même du mal à lâcher le roman.

Certains l’ont comparé au génialissime « Cul-de-sac » de Douglas Kennedy. Que nenni, on oublie la comparaison, elle ne tient pas la route. Vu la violence qu’il y a dans ses pages, on tiendrait plus d’un Mad Max version siège d’une pompe à essence.

Leur seul point commun est que des gens vivent dans un petit bled paumé, véritable trou du cul du trou du cul du trou du cul du bush (australien toujours, par George W. !) et qu’ils sont bizarroïdes. Je n’en dira pas plus. Sauf que ce roman n’a pas la carrure de Cul-de-sac !

Tout ce que je retiendrai de cette lecture, c’est que lorsque l’action commence, on rentre de plain pieds dans le glauque, dans le gros dégueulasse, dans l’horreur absolue, dans la noirceur humaine, sans panache, puisque les Méchants du récit sont le plus souvent bêtes (sans être drôles), violents, imbus d’eux-mêmes…

Oui, des Méchants de crétins congénitaux mais ils n’ont aucune étoffe pour en faire des Méchants digne de ce nom, de ceux qui laissent des traces dans votre inconscient.

Joffrey (GOT) était une saloperie de méchant qui a marqué les esprits, malgré que c’était un couard sur les champs de bataille et une grande gueule. Ici, que dalle. Même le meneur des Méchants ne marquera pas mon esprit. 

Dans le rôle des Bons, on a un peu plus de nuances, Franck le pompiste va évoluer, sa petite-fille, Allie, aussi et cette aventure sanglante va les rapprocher, les faire communiquer (bigre, s’il faut affronter la mort pour qu’un ado ouvre sa bouche, ça va vite devenir lourd pour la famille de ces ados).

Voilà un roman dont j’ai dévoré le final, l’adrénaline me collant aux mains qui devenaient moites et pourtant, il ne m’a pas marqué pas du tout et ne me laissera aucun souvenir impérissable (tandis que je me souviens du plaisir de lecture que fut Cul-de-Sac). Aussitôt lu aussitôt oublié (enfin, d’ici quelques jours, j’ai pas Alzheimer non plus).

À lire si on veut son quota d’adrénaline durant sa lecture (faut dépasser la page 50 quand même, même un peu plus) et lire des scènes de combats, de la baston, des meurtres gratos, de la chasse à l’Homme, des crétins congénitaux armés, des armes qui aboient, du sang qui gicle, des mecs badass, de la testostérone, de la virilité, des femmes qui en ont dans le pantalon, des gros pickup roulant à fond, des étendues désertiques, de la folie humaine…

Le tout incorporé dans un récit sans dialogues transcendantaux, avec un scénario plus que classique, bourré de violences qui sont juste là pour mettre de l’action et faire monter l’adrénaline du lecteur.

Bah, au moins, mon petit cœur a battu un peu plus fort ! Un roman qui pourrait donner un blockbuster survitaminé avec un Jason Statham pour baffer les vilains méchants pas beaux et Tom Raider pour lui filer un coup de main.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°08].

Aaron Falk – Tome 2 – Sauvage : Jane Harper

Titre : Aaron Falk – Tome 2 – Sauvage

Auteur : Jane Harper
Édition : Calmann-Lévy Suspense (04/04/2018) / Livre de Poche Thriller (8/08/2019)
Édition Originale : Force of nature (2017)
Traducteur : David Fauquemberg

Résumé :
De retour à Melbourne après un séjour éprouvant dans sa ville natale, l’agent fédéral Aaron Falk apprend la disparition d’Alice Russell.

Cette dernière, qui n’est jamais revenue d’un challenge d’entreprise dans le bush, est son témoin clé dans une affaire de blanchiment d’argent à grande échelle.

Alors que son enquête plonge Falk au cœur d’une nature magnifique mais impitoyable, surtout en plein hiver, il découvre que tous les participants à ce challenge ont quelque chose à cacher. Et qu’Alice, femme cruelle et insensible, est loin d’être appréciée par ses collègues.

Le compte à rebours pour retrouver Alice vivante est enclenché mais, si les langues se délient progressivement, tout le monde ne semble pas prêt à coopérer.

Critique :
On savait que le Bush était dangereux, imprévisible, vindicatif et menteur !

Oups, ce n’est pas du même Bush que l’on parle dans cette enquête au coeur du bush, certes, mais Australien !

C’est dangereux et imprévisible, mais on a affaire au forces de la Nature et pas à l’ancien locataire de la White House. Ouf !

Enfin, p’t’être pas… La Nature peut être terrible elle aussi avec ceux qui s’égarent dans ses forêts, bois et broussailles denses.

Si on me propose 5 jours de randos pour un team-building, je me ferai porter pâle, garantit sur facture ! J’adore la rando, mais là, c’est à vous foutre la trouille de vous perdre. Surtout si vous faites partie de l’équipe des filles…

Si l’opus précédent « Canicule » m’avait mieux emballé (oui, la canicule nous emballe), c’était grâce à la description de tout ce qui faisait la ruralité ainsi que cette mentalité bien particulière des gens qui vivaient depuis des lustres dans trou du cul du cul de l’Australie où régnait une sécheresse canon depuis plus de deux ans.

Attention, la psychologie des personnages du deuxième tome est bien développée aussi, tout le monde est réaliste et l’auteur a su faire monter la pression avec des flash-back nous expliquant ce qui s’est passé dans le groupe des filles jusqu’à ce que l’une d’elle disparaisse. Alice Russell où t’es ?

Niveau tension, ça monte crescendo et c’est là sans doute que le bât a blessé, ou plutôt, le sac à dos… Le début est peut-être un peu trop long à se mettre en place et ça manquait de piment, de sel. J’ai trouvé nos deux agents fédéraux assez mous du genou.

Aaron Falk, tu m’avais habitué à plus de présence et tes introspections donnaient l’impression de tourner en rond, comme un chien après sa queue. Faudra un peu se reprendre, mon loulou !

Si le départ était un peu piano piano, après, le tempo a augmenté, mes pulsations cardiaques aussi, mes neurones fumaient (mais n’ont rien produit d’intéressant) car j’essayais de deviner ce qui avait pu se passer dans ce foutu bush entre ces filles…

Peine perdue, je ne l’aurais pas trouvé, la solution. C’est comme ce maudit sentier que l’équipe des filles a loupé, après, tu tâtonnes à tâtons et tu perds ton chemin dans ce bordel d’arbres et puis, on s’énerve… Restons calme, les filles, on va s’en sortir… Même sans eau, même sans bouffe, même avec des ampoules aux pieds… Maman, je veux rentrer !

Prenez une boussole pour lire ce roman car l’auteur a l’art et la manière de brouiller les pistes avec la psychologie de ses personnages, de nous mener sur des sentiers tortueux, de le faire exprès de nous mener en bateau et de nous opposer à une Nature qui a tout d’hostile, surtout qu’on ne sait pas ce qui rôde là autour…

Même si l’atmosphère était moins oppressante que dans « Canicule », même si le départ était un peu lent, notre agent Falk un peu largué, après avoir un peu ramé sur le départ, j’ai vite pris une allure de marche rapide pour avancer dans ces bois et savoir ce qu’il était advenu de Alice Russel avant de me retrouver aux prises avec 5 femmes qui devenaient de plus en plus agressives au fur et à mesure que l’auteur s’amusait à les perdre dans le bush.

Si l’Homme est un loup pour l’Homme, la Nature peut-être elle aussi impitoyable (pire que ♫ Dallaassss) et se refermer sur ceux qui pensaient la maîtriser. En tout cas, l’auteur a su la mettre magnifiquement en avant, cette Nature, au point d’en faire un personnage important dans son récit.

J’espère retrouver tout le plaisir du premier tome dans le troisième mais malgré cette absence dans ce tome 2, le plaisir de lecture était tout de même au rendez-vous.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°89.

The Rook – Au service surnaturel de sa majesté : Daniel O’Malley

Titre : The Rook – Au service surnaturel de sa majesté

Auteur : Daniel O’Malley
Édition : Super 8 (2014) / Pocket (07/05/2015)
Édition Originale : Checquy Files – Book 1 : The Rook (2012)
Traducteur : Charles Bonnot

Résumé :
Victime d’une agression, Myfanwy Thomas reprend conscience dans un parc de Londres. Autour d’elle, des hommes en costume portant des gants de latex. Tous sont morts. Situation peu réjouissante, certes, mais il y a pire : Myfanwy ne se souvient plus de rien.

Le plus surprenant, c’est qu’elle semble avoir prévu cette amnésie. Elle a sur elle une lettre écrite de sa main lui expliquant qui elle est et ce qu’elle doit faire pour découvrir qui veut l’éliminer.

C’est ainsi que Myfawny rejoint le siège de l’Échiquier, une organisation secrète chargée de combattre les forces surnaturelles qui menacent la Couronne.

Au sein de cette version paranormale du MI5 anglais où elle occupe un poste élevé, entourée de surdoués aux pouvoirs plus que spéciaux, la jeune femme va rapidement se retrouver seule, cherchant son chemin dans un univers d’ombres et de menaces.

À présent, il va lui falloir lever le voile sur une conspiration aux proportions inimaginables.

Critique :
Au service surnaturel de sa majesté… On pourrait penser, de prime abord, avoir affaire aux aventures d’une sorte de James Bond avec les pouvoirs magiques d’un Harry Potter.

Que nenni !! Nos agents ressemblent plus à des M.I.B (ils portent aussi des costumes de croque-mort) possédant des pouvoirs de X-Men, qu’à un Sean Connery bourré de gadgets.

Je ne savais pas du tout où je mettais les pieds en ouvrant ce roman, et si les 100 premières pages sont un peu « lentes » car il faut mettre en place une partie du décor, je peux vous dire qu’ensuite, on ne voit plus le temps passer.

La construction du roman est pour le moins étrange, mais ça lui va très bien de commencer par nous présenter son personnage principal, Myfanwy Thomas, se réveillant après une agression, totalement amnésique et apprenant une partie de son ancienne vie grâce aux lettres laissées par son Moi précédent qui savait qu’elle allait perdre la mémoire.

L’astuce est géniale car de personnage effacé et timide qu’elle était avant, Myfanwy, possédant maintenant une mémoire toute neuve, va pouvoir se constituer une autre personnalité, la laisser émerger, la laisser grandir et enfin éclore, elle qui toute sa vie a baissé les yeux devant les autres.

Nous nageons dont en plein roman fantastique, avec des tas d’entités bizarres qui peuvent se déclarer en Angleterre ou ailleurs dans le monde et nos agents du M.I.B croisés avec ceux du MI5 ou des X-Men doivent se servir de leurs pouvoirs surnaturels pour en venir à bout. Ils font partie de la Checquy.

Dis ainsi, cela pourrait sembler simpliste, mais ça ne l’est pas et le roman possède une sacrée dose d’humour dans ses réparties, dialogues, pensées des personnages et bien souvent, j’ai souri ou pouffé de rire.

Pourtant, je prenais de gros risques en ouvrant le roman puisque la Checquy a de gros soucis avec des entités qui voudraient envahir la perfide Albion et que ces entités, nommées les Greffeurs viennent de Belgique et que je suis… Belge !

Certes, avec un nom tel que la Wetenschappelijk Broederschap van Natuurkundigen, faut pas être Sherlock Holmes pour déduire que ces Greffeurs viennent de la Belgique du Nooord (voix de Galabru), là où on parle la langue de Vondel, alors que moi, je viens du Sud (de la Belgique, Sardou, ne chante pas mon Sud), bien que depuis des années, j’habitasse la capitale, enclave francophone située sur le territoire de la Belgique du Nooord (Galabru, arrête). Compliqué…

Lire un livre où mon petit pays a des envies belligérantes, je dois dire que ça m’a fait rire deux fois plus, même si ceux qui veulent envahir la patrie de Elize Abeth II ne sont en fait que des espèces d’entitées qui auraient fait triquer Fox Mulder, même si elles ne viennent pas d’ailleurs.

Sans prétention aucune, ce roman fantastique qui a la taille d’une brique, m’a fait passer un moment de pur plaisir, où j’ai ri, où j’ai frémi, souri, me donnant pour mon argent en suspense et en mystères.

Tout en maîtrisant son sujet, ses personnages avec leurs petits plus, l’auteur avance ses pions, ses tours, ses cavaliers et ses fous pour entraîner le lecteur dans une partie d’échecs où il faudra jouer serré, car n’oubliez pas que votre personnage a perdu la mémoire !

C’est jouissif !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver), Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°07 – Une Affaire d’Identité – lire un livre dont le personnage principal est amnésique) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book.

Canicule : Jane Harper

Titre : Canicule

Auteur : Jane Harper
Édition : KERO (11/01/2017)

Résumé :
Kiewarra. Petite communauté rurale du sud-est de l’Australie. Écrasée par le soleil, terrassée par une sécheresse sans précédent. Sa poussière. Son bétail émacié. Ses fermiers désespérés. Désespérés au point de tuer femme et enfant, et de retourner l’arme contre soi-même ?

C’est ce qui est arrivé à Luke Hadler, et Aaron Falk, son ami d’enfance, n’a aucune raison d’en douter. S’il n’y avait pas ces quelques mots arrivés par la poste : Luke a menti.

Tu as menti. Sois présent aux funérailles. Revenir à Kiewarra est la dernière chose dont Aaron a envie.

Trop vives sont encore les blessures de son départ précipité des années auparavant. Trop dangereux le secret qu’il a gardé pendant tout ce temps. Mais Aaron a une dette, et quelqu’un a décidé que le moment est venu de la payer…

Critique :
« Canicule »… Le genre de mot qui me donne envie de me lâcher et de faire des rimes peu catholiques, je vous le dis !

Le bush australien… Nom de Zeus, j’avais pourtant juré que je n’y remettrais plus les pieds car trop dangereux. Et j’y suis retournée…

Niveau page turner, ça le fait, car une fois entamé, je n’avais qu’une envie : arriver à la fin pour savoir ce qui avait bien pu se passer dans la ferme de Luke Hadler !

Imaginez la scène : vous êtes un livreur, vous finissez votre tournée par une livraison chez les Hadler et bardaf, vous finissez par vomir dans le bas-côté après avoir vu la corps de la maîtresse maison gisant dans une marre de sang, les mouches bourdonnantes autour de son corps froid, malgré les 40° à l’ombre.

Au premier, Billy, le gamin, mort lui aussi… Et le père ? Suicidé dans son pick-up d’une balle dans la bouche. Affaire simple et affaire classée ?? Pas si simple car pour les parents de Luke, admettre que leur fils a massacré sa famille n’est pas évident à avaler.

S’il y a une chose que j’ai adoré dans ce roman, c’est la description de tout ce qui fait la ruralité ainsi que la mentalité des gens qui vivent depuis des lustres à Kiewarra, trou paumé où règne une sécheresse canon depuis plus de deux ans.

Pas une seule goutte de pluie depuis 24 mois ! Les cultures crèvent, les bêtes aussi, les gens sont à sec, les fermiers n’ayant plus d’argent ne font plus tourner les commerces qui crèvent à leur tour… Un cercle vicieux qui est dépeint avec une exactitude qui fait fi des fioritures.

C’est ça le drame avec les problèmes d’argent, c’est contagieux. Les fermiers n’ont pas de fric à dépenser dans les magasins, les commerces font faillite et, du coup, il y a encore moins de gens qui ont de l’argent à dépenser dans les magasins.

Le bush est sec, l’écriture aussi, elle ne s’embarrasse pas de chichis et le scénario est aussi précis qu’une opération chirurgicale. Le tout étant réaliste, que ce soit les personnages, leur comportement débile, les dialogues et je tire mon chapeau à la scène d’introduction ! Magnifique, si j’ose dire, vu le sujet traité et décrit.

Pas le temps de savourer une bière au pub, les gars, car personne ne vous laissera la boire en paix !

Notre pauvre Aaron Falk, flic à Melbourne et revenu pour les obsèques de Luke, son pote d’enfance, traine derrière lui des ragots, de la médisance et de la suspicion : on l’accuse d’être le responsable de la mort de Ellie Deacon, survenue il y a 20 ans.

Et tout le monde le pense responsable et si ce n’est pas lui, alors c’est son père !

Tout est dépeint avec justesse et réalisme, dans ce roman : l’esprit de clocher, les petits esprits étriqués, les gens qui complotent dans votre dos, vos amis qui vous tournent le dos dès que la suspicion s’installe, le père de la fille qui monte tout le monde contre vous car il règne en maître, tel un seigneur sur ces terres ingrates où tous les fermiers lui doivent quelque chose.

— Tu es né et tu as grandi ici, ou bien tu es un étranger et tu le resteras toute ta vie, c’est apparemment comme ça qu’on voit les choses à Kiewarra.

Deux enquêtes : une contemporaine avec Luke qui aurait massacré sa famille avant de se suicider et le mystère de la mort d’Ellie, retrouvée noyée il y a 20 ans, dont Aaron voudrait bien laver son nom et celui de son père, eux qui ont dû fuir cette petite ville où tout le monde leur était devenu hostile.

— Impossible de contrôler l’onde de choc d’une affaire comme celle-là, dit-il d’une voix qui semblait un peu pâteuse.

Des flash-back afin de tout nous expliquer, mais petit à petit, sans brûler les étapes, car tout ce pays pourrait bien s’embraser, au propre comme au figuré.

— Cet endroit, c’est une vraie cocotte-minute. Les petites choses peuvent prendre des proportions démesurées plus vite qu’on ne l’imagine.

Des personnages attachants, tels Aaron Falk et le policier Raco, qui enquêtent tout les deux, et ce n’est pas facile lorsque la populace vous est hostile; Gretchen, une ancienne amie d’Aaron, la seule qui ne lui soit pas hostile, le directeur d’école, un type qui n’accable par Aaron et qui lui tend la main.

Des personnages mystérieux tels Luke Hadler qui n’aimait que lui, ou carrément salopard, tel Mal Deacon, le père d’Ellie et son neveu, Don.

— Ces deux-là sont des ordures. Et personne ne leur demande jamais de comptes.

Des fausses pistes, des nuits blanches, des heures passées sous la chaleur accablante du soleil… Du suspense savamment dosé, des mystères, des coups tordus, bref, un putain de roman qu’on dévore à toute berzingue tant on veut savoir si oui ou non Luke est coupable et si non, qui a fait ça alors ?

Un roman noir rural mené de main de maître, ou rien n’est laissé au hasard, une chaleur oppressante, une population aussi.

Des gens qui, telle une meute assoiffée de sang, regardent ce pauvre Aaron Falk mener son enquête en n’attendant qu’une chose : qu’il trébuche pour se ruer dessus et sonner l’hallali.

Un excellent roman qui m’a fait passer quelques heures angoissantes à cause de son suspense et de son réalisme.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

Chat sauvage en chute libre : Mudrooroo

chat-sauvage-en-chute-libre-mudrooroo

Titre : Chat sauvage en chute libre

Auteur : Mudrooroo
Édition : Asphalte (12/01/2017)

Résumé :
Australie, dans les années 1960. Le narrateur, jeune métis aborigène, sort d’un court séjour en prison suite à un cambriolage. Livré à lui-même, il erre entre les bars jazz, où il risque de retrouver ses mauvaises fréquentations, et les plages où flâne la jeunesse dorée locale.

Il se heurte de nouveau aux multiples barrières entre lui et les blancs, lui et les Aborigènes, lui et une société dans laquelle il ne trouve pas ses repères.

Dans une librairie, il tombe sur un exemplaire d’En attendant Godot de Samuel Beckett, qui lui fera l’effet d’un électrochoc…

aboCritique : 
« Les hommes naissent égaux. Le lendemain, ils ne le sont plus » (Jules Renard). Pour certains, même avant leur naissance c’est déjà foutu pour les droits…

L’auteur de ce roman paru en 1965 n’avait pas les bonnes cartes en main pour faire une Grande Suite.

Son père était Blanc, et sa mère Aborigène, ce qui fait de lui un métis : pour les Blancs, il est Aborigène, pour les Aborigènes, il est Blanc. Le cul entre deux chaises.

Jugé par tout le monde dès sa naissance, même avant, étiqueté dès l’enfance, condamné par les deux populations, la Blanche et les Aborigènes, il aurait eu du mérite de s’en sortir, vu le sale ticket perdant qu’on lui a casé dans les mains dès qu’il est sorti du ventre de sa pauvre mère.

On m’avait placé un ticket dans la main le jour de ma naissance avec une destination précise, mais que, eh bien, le temps avait passé, l’encre s’était effacée, et aucun contrôleur ne s’était encore présenté pour éclaircir l’affaire.

Il a bien entendu sombré assez vite, pour une broutille, bien entendu, et le fait d’être placé chez des gentils Blancs (ironie) d’une espèce de maison de redressement n’a pas arrangé les choses. Séparé de sa mère, cela ne fera que de le précipiter plus dans la merde totale. Une vraie merde, pas de la glace au chocolat (cfr scandale du Cacagate).

C’est le récit d’un renoncement à tout, sauf aux mauvais coups, le récit d’un naufrage humain, la chronique d’une renonciation annoncée. La chronique d’un jeune gars dont le seul tort était de n’être ni Blanc, ni Aborigène et qui n’a jamais réussi à trouver sa place, ses marques.

Les paragraphes alternent entre des récits du passé et ceux du présent, donnant à certains moments des airs de foutoir, mais comme un chat, on retombe vite sur nos pattes.

Un récit qui n’est pas joyeux, bien entendu, rien qu’aux titres des trois parties on a déjà compris le final. Notre auteur est désabusé, n’attend rien de la vie, rien des autres, ne sait pas trouver sa place et reste assez cynique lorsqu’il porte un regard sur la société Australienne.

C’est court, c’est pas long, mais c’est puissant, l’amertume de l’auteur transpire de chaque phrase et on sent bien que jamais il ne fera un effort pour s’en sortir dans la vie puisque la vie l’a mis sur le côté dès le départ.

Un récit qui, hélas, est toujours contemporain.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Mois du polar 2017 chez Sharon.

Mois du polar - sharon-pour-logo-polar21

Enregistrer