Seton, le naturaliste qui voyage – Tome 1 – Lobo, le roi des loups : Jirô Taniguchi et Yoshiharu Imaizumi

Titre : Seton, le naturaliste qui voyage – Tome 1 – Lobo, le roi des loups

Scénariste :
Dessinateur : Yoshiharu Imaizumi
Traduction : Thibaud Desbief

Édition : Kana (2006)

Résumé :
Le vieux Lobo, ou « The King », comme l’appelaient les Mexicains, était le terrible chef d’une étonnante meute de loups gris qui ravagea la vallée de Currumpaw pendant des années.

Tous les bergers et fermiers le connaissaient bien, et, partout où il passait avec sa fidèle meute, il semait la terreur, la colère et le désespoir chez les éleveurs.

Critique :
C’est par le plus grand des hasards que je suis tombée sur ce manga, alors que j’en cherchais un autre. Le mot « Loup » a attiré mon attention et il n’a pas traîné longtemps dans ma PAL.

Premier constat : les dessins sont superbes, loin des visages stéréotypés que l’on voit souvent dans les mangas.

Pas de visage avec des mentons effilés, pas de mèches de cheveux que l’on se demande comment elles tiennent, mais des graphismes réalistes et de beaux décors de la Sierra Navada.

Le récit est tiré de celui d’Ernest Thompson Seton, un peintre qui n’a pas trouvé du succès à Paris, avec sa toile sur les loups. On lui a parlé d’un loup, insaisissable, qui défie tous les chasseurs et qui tue le bétail, semblant comprendre les pièges qu’on lui tend.

Ce manga pourrait sembler partir sur le fantastique, avec ce loup, surnommé Lobo, qui semble comprendre tous les pièges mis en place par les hommes, même par Seton, alors que ce dernier prend moult précautions pour camoufler ses appâts empoisonnés ou ses pièges.

Combats titanesques entre un homme et des loups, dont un semble humain (ou loup-garou), tant il est intelligent, rusé et inattaquable. Le but de Seton était aussi de l’étudier, mais finalement, il passera plus de temps à piéger tout le coin qu’à étudier cette bande de 6 loups.

Ce que je reprocherai à ce manga, c’est le côté « bêtes sauvages » que l’on semble donner à ces loups. En voyant les tableaux de chasse de ces prédateurs, on aurait presque envie de crier haro sur les loups, et pourtant, j’ai tiqué, tant cela me semblait exagéré, limite abusé de sa race !

Deux loups qui, durant une nuit, égorgent 200 moutons, ça fait tout de même un sacré travail, non ? Comme si l’on voulait vraiment les considérer comme des animaux nuisibles, juste bons à abattre…

Par contre, là où le manga m’a frappé en plein coeur, c’est qu’il n’est pas avare en émotions dans sa dernière partie. J’étais à deux doigts de sortir le kleenex tant c’était émouvant, beau, violent et horrible à la fois.

On pourrait en vouloir à Seton d’avoir fait ce qu’il a fait, mais au moins, en voyant l’horrible et magnifique tableau sous ses yeux, il comprendra son erreur, la regrettera et essayera de rétablir les loups. Pas besoin de vous dire qu’il n’y a pas vraiment réussi, l’Homme ayant toujours peur du loup…

Finalement, si j’ai été sceptique au départ, ce manga m’a emporté et à balayé tout sur son passage, comme un ouragan (chantez, maintenant). L’auteur arrive bien à décrire la barbarie des êtres humains, leur cruauté et le fait qu’ils se foutent pas mal de la Nature. L’Homme est bien pire que les loups, et pourtant, ce sont eux qu’on a exterminés, éradiqués…

Une belle trouvaille que j’ai faite, avec ce manga…

PS : Comme les autres volumes concerneront d’autres animaux, je ne pense pas les chercher dans mes bouquineries, ce qui m’a attiré dans celui-ci, c’était les loups.

Le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

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Waluk‭ ‬-‭ ‬T02‭ ‬-‭ ‬La Route du Grand Chien :‭ ‬Emilio Ruiz et Ana Miralles

Titre : Waluk‭ ‬-‭ ‬T02‭ ‬-‭ ‬La Route du Grand Chien

Scénariste : Emilio Ruiz 🇪🇸
Dessinateur : Ana Miralles 🇪🇸

Édition : Dargaud (28/08/2020)

Résumé :
Dans un monde de plus en plus hostile pour les animaux sauvages, Waluk et Esquimo tentent de survivre tout en veillant sur les petits de Valkia, partie chasser pour toute la troupe.

Aussi farceurs que curieux, les oursons donnent d’ailleurs bien du fil à retordre à Waluk et son vieil ami. Surtout le jour où un immense navire perd une partie de sa cargaison, alors qu’il se fraie un passage entre les blocs de glace…

Pendant ce temps, les chiens du campement sont confrontés à de graves problèmes.

Alertés, Waluk et Esquimo, accompagnés par la chouette Uhuapeu, décident de leur venir en aide. Ils ne seront pas les seuls à protéger les chiens des humains cupides : un puissant allié surgit… le Grand Tuhis !

Une fable écologique, portée par les dessins d’Ana Miralles, où l’amitié et l’entraide des espèces seront, plus que jamais, capitales pour affronter l’Homme.

Critique :
Shame on me, j’ai laissé passer un an avant de lire le tome 2, alors que j’avais adoré le tome 1…

Au fond de moi, j’avais aussi la crainte qu’il n’arrive quelque chose de merdique au petit Waluk ou à son ami, le vieil ours Esquimo.

Ils sont si attachants et l’Humain est si méchant…

Comme pour le premier tome, le second est un mélange habile entre l’humour et le sérieux.

Le tout sur un ton cynique, comme ces personnages qui sont fâchés que l’un membre de l’équipage jette des déchets sur la banquise immaculé alors qu’ils sont à bord d’un énorme porte-container qui pollue à mort dans son sillage…

Les dessins sont toujours aussi jolis, assez doux, même dans leurs coloris. Le scénario est composé de plusieurs mésaventures de Waluk, dont la rencontre avec une intelligence artificielle.

J’ai bien aimé les dialogues entre l’ours Waluk et le chien Yukon, jeté à l’eau par son maître cupide, parce qu’il était épuisé. C’est un animal domestique et contre vents et marrées, il continue de défendre son maître, qui est cupide, méchant et bien plus encore.

La fable est animale, mais elle pourrait s’appliquer à tous les fanatiques qui pensent que la liberté est un gros mot et que jamais au grand jamais, leur maître, leur chef, ne se débarrassera d’eux de la sorte.

La liberté fait peur, elle oblige à se débrouiller seul, à ne dépendre de personne, ou d’un tout petit groupe. Il est plus facile d’être enchaîné et de vivre dans la facilité.

Différent du premier tome, ce second reste malgré tout dans la même lignée et ce fut une lecture plaisante, ou j’ai ri, frémi et où tout était bien qui se terminait très bien.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°22), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°112] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 47 pages).

Les Détectives du Yorkshire – 06 – Rendez-vous avec la ruse : Julia Chapman [LC avec Bianca]

Titre : Les Détectives du Yorkshire – 06 – Rendez-vous avec la ruse

Auteur : Julia Chapman
Édition : Robert Laffont – La bête noire (22/10/2020)
Édition Originale : Date with Deceit (2021)
Traduction : Dominique Haas & Stéphanie Leigniel

Résumé :
La mort aime tromper son monde.
Enquêter sur un adultère ? Ce n’est pas vraiment le rêve de Samson et Delilah, les détectives de l’Agence de Recherche des Vallons.

Seulement voilà, la demande vient de Nancy Taylor, une femme charmante à laquelle on ne peut rien refuser. L’infidèle, quant à lui, est le maire, mais aussi un respectable homme d’affaires et l’ex-beau-père de Delilah. Diable ! Le duo de détectives va devoir marcher sur des œufs…

Or Samson et Delilah découvrent qu’une affaire peut en cacher une autre.

Et que ruses, fourberies ou tromperies sont bien plus présentes à Bruncliffe qu’ils ne le croyaient.

Critique :
Ne comptez pas, avec ce sixième opus, rester le cul bien au chaud à vous bâfrer des délicieux mets de la Pâtisseries des Monts !

Sauf si vous appartenez au gang des p’tits vieux de Fellside Court… Et encore, vu les enjeux et le suspense, les dents de vos dentiers risquent de s’entrechoquer !

Avec Samson et Delilah, on commence toujours par des petites enquêtes qui semblent simples et non dangereuses. Puis on se rend ensuite compte qu’on vient de mettre les pieds dans un panier de crabes des plus dangereux.

Sur la couverture, les chasseurs ont l’air d’innocents chasseurs du coin, des types sympas qui ont envie de tirer sur des pigeons d’argile, mais croyez-moi, on n’a absolument pas envie de les croiser dans une ruelle sombre, ni même éclairée…

S’il faudra attendre un certain moment avant d’avoir un mort au dessert, n’allez pas croire que ce qui se déroulera avant sera une promenade de santé ou que le suspense ne sera pas au rendez-vous ! Tous les ingrédients sont réunis (et bien cuisinés) pour vous tenir en haleine durant tout le roman.

Le mort m’a réjoui, je sais, ce n’est pas bien, mais voilà, on apprécie plus certains personnages que d’autres et là, j’ai explosé de joie à la nouvelle de son meurtre. Par contre, impossible de trouver qui l’avait commis ! Les mobiles ne manquaient pas, mais le timing était plus que serré pour les possibles coupables.

Sans spolier quoi que ce soit, les mystères commencés dans le premier tome continue d’avancer vers la bonne direction : chaque tome apporte quelques réponses, chaque tome voit la nasse se rapprocher doucement de l’autre Méchant du récit et la question que l’on se pose, c’est : quand va-t-il tomber ?

Le final est rythmé, bourré de suspense et comme toujours, ce n’est pas parce que leurs enquêtes du roman sont terminées qu’on peut se la couler douce. Non, il arrive toujours une merde de dernière minute et là, l’autrice nous laisse sur un suspense diabolique.

Heureusement, le tome 7 est prévu pour le 25 novembre. Faudra juste pas le laisser traîner trop longtemps…

Cela fait plaisir d’avoir découvert cette série et d’en être au tome 6 sans avoir connu de déception avec les personnages, l’univers, les enquêtes… Ce sont des cosy mystery, certes, mais de très bonne qualité littéraire.

Une LC réussi avec Bianca !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°95], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°77] et Le challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook.

Féroce – Tome 1 – Taïga de sang : Gregorio Harriet et Alex Macho

Titre : Féroce – Tome 1 – Taïga de sang

Scénariste : Gregorio Harriet
Dessinateur : Alex Macho

Édition : Glénat (01/09/2021)

Résumé :
Quand la nature se déchaîne, personne n’est à l’abri.

Sur le territoire du kraï du Primorié, en Extrême-Orient russe, près des frontières de la Chine et de la Corée du Nord, un tigre de Sibérie blessé par un braconnier se consacre à la chasse à l’homme. Non par faim mais plutôt par vengeance, il peint du sang de ses victimes la taïga sibérienne.

Ni les brigades forestières contrôlées par la mafia sino-russe, ni les agents du Centre du Tigre de l’Amur, ni les groupes environnementaux ne sont en sécurité lorsque l’Amba, l’esprit des forêts, part à la chasse.

Inspiré de faits réels, Féroce fascine par ses silences et ses paysages hivernaux désolés. Un récit puissant, peuplé de personnages forts et plus vrai que nature où le massacre et l’horreur peuvent être enclenchés à tout instant.

Critique :
Extrême-Orient russe, près des frontières de la Chine et de la Corée du Nord… Autrement dit, dans le trou du cul du Monde, version glacée ! Là-bas, on coupe des arbres qu’on ne peut pas couper, pour l’exportation.

D’ailleurs, il paraît que l’on déforeste plus en Sibérie qu’en Amazonie et pourtant, on ne parle que l’Amérique du Sud… Les petites branches laissées au sol, après l’abattage (pas une machine) deviendront tellement secs en été que c’est incendie garantit !

Et quand un connard ne trouve rien de mieux que de tirer sur un tigre, les emmerdes commencent car quand tigre fâché, lui toujours manger Homme.

La première chose que j’ai appréciée, c’est le visuel : la couverture frappe bien fort et les dessins sont magnifiques. Très dynamiques aussi.

Le scénario part dans plusieurs directions à la fois et bien avant la fin de ce premier album, on a bien compris les différentes ramifications entre les personnages et ce qui est en train de se produire depuis le tir sur le tigre.

Nous sommes dans un excellent scénario, avec de la profondeur et sans dichotomie entre les bons reporters qui font un reportage sur les tigres de l’Amour et les vilains bûcherons qui coupent à tort à travers. Pas de ça, Lisette, madame la journaliste peut avoir l’écologie à géométrie variable et le jeune bûcheron des états d’âmes.

Le final, petit salopard, laisse le lecteur devant un suspense frustrant, puisqu’il faut attendre pour lire le second tome. Une chose est certaine, je serai au rendez-vous pour la suite !!

Une bédé à découvrir en restant bien au chaud chez soi car les paysages enneigés, s’ils sont magnifiques, donnent tout de même l’impression de froid extrême.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°92], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°94] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

 

La chasse : Gabriel Bergmoser

Titre : La chasse

Auteur : Gabriel Bergmoser
Édition : Sonatine (18/03/2021)
Édition Originale : The hunted (2020)
Traduction : Charles Recoursé

Résumé :
Frank s’occupe d’une petite station-service paumée au milieu de l’immensité sauvage australienne.

Un jour, une jeune femme arrive en trombe, blessée. Aidé par un couple de voyageurs, Frank tente de soigner les blessures de l’inconnue lorsque de mystérieux assaillants arrivent sur les lieux.

Coupés du monde, les occupants de la station-service vont devoir alors faire face à un véritable siège.

Critique :
♫ Ce matin, un lapin, a tué un chasseur ♪ C’était un lapin qui avait un fusil ♪

Dans le bush australiens, des chasseurs chassent des cochons ou tout autre gibier sans défense. Imaginez maintenant un gibier plus intelligent et combatif que les autres et paf, le lapin tue un chasseur (il avait un fusil, suivez un peu !).

Pas content les chasseurs, furax, même, que le gibier leur rende la monnaie de leur pièce au lieu de se laisser tuer tranquillou. Eux peuvent ôter la vie, pas le contraire.

Le lapin, blessé, s’enfuit et va se réfugier chez un cerf. ♫ Cerf, cerf, ouvre-moi, où le chasseur me tuera ♪ Notre cerf, pas crétin non plus, sait se défendre, lui aussi, contre les chasseurs. Et ça va saigner !

Pourtant, mesdames et messieurs des jurés, le lapin a certes tué des chasseurs, mais il était en état en légitime défense, retournant les pièges des de ses ennemis contre eux. Pareil pour le cerf. Allez expliquer ça aux chasseurs, vous…

Ce thriller, j’ai failli ne pas dépasser la page 50 tant je n’y trouvais rien qui me plaisait habituellement dans le bush australien. Personnages un peu fades, sans vraiment de relief au départ, récit qui mettait du temps à se mettre en place, un autre qui commençait quelques jours plus tôt…

Après avoir sauté quelques paragraphes et soupiré beaucoup, le récit s’est soudain mis en place, les personnages ont commencé à prendre de l’ampleur, des formes et l’action a été bien rythmée jusqu’au bout, ce qui fait qu’après un début poussif, j’ai cavalé pour connaître la fin, ayant même du mal à lâcher le roman.

Certains l’ont comparé au génialissime « Cul-de-sac » de Douglas Kennedy. Que nenni, on oublie la comparaison, elle ne tient pas la route. Vu la violence qu’il y a dans ses pages, on tiendrait plus d’un Mad Max version siège d’une pompe à essence.

Leur seul point commun est que des gens vivent dans un petit bled paumé, véritable trou du cul du trou du cul du trou du cul du bush (australien toujours, par George W. !) et qu’ils sont bizarroïdes. Je n’en dira pas plus. Sauf que ce roman n’a pas la carrure de Cul-de-sac !

Tout ce que je retiendrai de cette lecture, c’est que lorsque l’action commence, on rentre de plain pieds dans le glauque, dans le gros dégueulasse, dans l’horreur absolue, dans la noirceur humaine, sans panache, puisque les Méchants du récit sont le plus souvent bêtes (sans être drôles), violents, imbus d’eux-mêmes…

Oui, des Méchants de crétins congénitaux mais ils n’ont aucune étoffe pour en faire des Méchants digne de ce nom, de ceux qui laissent des traces dans votre inconscient.

Joffrey (GOT) était une saloperie de méchant qui a marqué les esprits, malgré que c’était un couard sur les champs de bataille et une grande gueule. Ici, que dalle. Même le meneur des Méchants ne marquera pas mon esprit. 

Dans le rôle des Bons, on a un peu plus de nuances, Franck le pompiste va évoluer, sa petite-fille, Allie, aussi et cette aventure sanglante va les rapprocher, les faire communiquer (bigre, s’il faut affronter la mort pour qu’un ado ouvre sa bouche, ça va vite devenir lourd pour la famille de ces ados).

Voilà un roman dont j’ai dévoré le final, l’adrénaline me collant aux mains qui devenaient moites et pourtant, il ne m’a pas marqué pas du tout et ne me laissera aucun souvenir impérissable (tandis que je me souviens du plaisir de lecture que fut Cul-de-Sac). Aussitôt lu aussitôt oublié (enfin, d’ici quelques jours, j’ai pas Alzheimer non plus).

À lire si on veut son quota d’adrénaline durant sa lecture (faut dépasser la page 50 quand même, même un peu plus) et lire des scènes de combats, de la baston, des meurtres gratos, de la chasse à l’Homme, des crétins congénitaux armés, des armes qui aboient, du sang qui gicle, des mecs badass, de la testostérone, de la virilité, des femmes qui en ont dans le pantalon, des gros pickup roulant à fond, des étendues désertiques, de la folie humaine…

Le tout incorporé dans un récit sans dialogues transcendantaux, avec un scénario plus que classique, bourré de violences qui sont juste là pour mettre de l’action et faire monter l’adrénaline du lecteur.

Bah, au moins, mon petit cœur a battu un peu plus fort ! Un roman qui pourrait donner un blockbuster survitaminé avec un Jason Statham pour baffer les vilains méchants pas beaux et Tom Raider pour lui filer un coup de main.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°08].

Waluk – Tome 1 – La grande traversée : Emilio Ruiz et Ana Miralles

Titre : Waluk – Tome 1 – La grande traversée

Scénariste : Emilio Ruiz
Dessinateur : Ana Miralles

Édition : Dargaud (07/02/2020)

Résumé :
Abandonné par sa mère puisqu’il est suffisamment grand, le petit ourson polaire Waluk doit apprendre du jour au lendemain à vivre seul.

Malheureusement pour lui, ses premières expériences ne se passent pas très bien.

N’ayant aucune notion de chasse, le voilà contraint de se nourrir exclusivement d’algues et d’oeufs…

Et c’est sans compter les autres ours qui ne se montrent pas des plus aimables avec lui.

Seul Esquimo, un vieil ours en piteux état, accepte de prendre Waluk sous son aile pour lui enseigner les rudiments de la survie. L’ourson apprend…

Critique :
Voilà une bédé intelligente, bourrée d’amitié, de belles choses tout en nous en montrant des moins belles, comme ce putain de réchauffement climatique qui prive, entre autre, les ours blancs de banquise et de nourriture.

Waluk, ce sont les aventures d’un jeune ours blanc que sa mère a abandonné puisqu’il était assez grand pour se débrouillez seul.

Oui, mais non, Waluk est perdu face à l’immensité de ce qui se trouve sous ses yeux et incapable de se nourrir correctement, sauf à faire des conneries et à s’en prendre une dans la gueule par un autre ours.

La rencontre avec Esquimo, un vieil ours, va lui changer sa vie (oui ♪ il changeait la vie ♫ vas-y, chante avec moi) en lui enseignant les rudiments de la chasse et en lui expliquant les changements majeurs qui se produise dans le coin, à cause d’un espèce de bipède nu qui ne possède ni griffes, ni ailes, ni rien : l’Homme.

Il est vrai que les humains, face à ce possèdent les animaux, est plus nu qu’un ver de terre, mais l’Homme est capable de foutre plus de bordel que toute la création animale réunie.

Les dessins m’ont enthousiasmé, je les ai trouvé très bien réalisés et les différentes moues prises par les ours m’ont souvent fait rire, ainsi que leurs réflexions. Les couleurs sont belles, dans des tons gris bleus qui illustrent bien le froid de la banquise.

Cette bédé, conte initiatique, a plusieurs leçons à nous apprendre, dont celle qu’il faudrait plus souvent écouter les anciens, de ceux qui nous ont précédés, ceux qui connaissent la musique mieux que nous.

Hélas, nous sommes dans des sociétés où l’on n’écoute plus les anciens et pire, lorsqu’un travailleur prend sa pension, bien souvent, il ne forme aucun jeune pour le remplacer (soit qu’il ne le veut pas, soit que le patron n’est pas intéressé par le savoir de son travailleur qui part). Stupide, car celui qui est dans la société depuis des lustres en sait bien plus que les p’tits d’jeuns qui commencent.

L’autre leçon à apprendre, c’est qu’il serait temps d’arrêter de foutre la merde partout où l’on passe, stopper avec le tourisme à la con, avec ces crétins qui veulent à tout pris aller voir la banquise qui fond et qui tirent sur les ours si d’aventures ils en croisent (scandale qui a eu lieu réellement, lors d’une croisière et d’un arrêt dur la banquise, je l’avais lu dans « Le Canard Enchaîné).

Ce premier tome de Waluk est vraiment une réussite, tant au niveau des personnages animaux, du scénario, du message se trouvant dans ces pages et des couleurs utilisées. Bref, une réussite à tout points de vue.

PS : je remercie Noctembule d’avoir parlé de cette bédé sur son blog parce que c’est ce qui m’a donné envie de l’acheter et de la lire.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°56], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 48 pages, le Challenge bd « Des histoires et des bulles » chez Noctembule (Avril 2021 – Avril 2022 – animal dans le titre) et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Le vieux qui lisait des romans d’amour : Luis Sepúlveda

Titre : Le vieux qui lisait des romans d’amour

Auteur : Luis Sepúlveda
Éditions : Métailié (1992-2004) / Points (1994-2020) / France Loisirs (2017)
Édition Originale : Un viejo que leía novelas de amor (1992)
Traduction : François Maspero

Résumé :
Lorsque les habitants d’El Idilio découvrent dans une pirogue le cadavre d’un homme blond assassiné, ils n’hésitent pas à accuser les Indiens de meurtre.

Seul Antonio José Bolivar déchiffre dans l’étrange blessure la marque d’un félin. Il a longuement vécu avec les Shuars, connaît, respecte la forêt amazonienne et a une passion pour les romans d’amour.

En se lançant à la poursuite du fauve, Antonio José Bolivar nous entraîne dans un conte magique, un hymne aux hommes d’Amazonie dont la survie même est aujourd’hui menacée.

Critique :
Comment faire apprécier un roman à des catégories de lecteurs dont les goûts et les attentes sont généralement aux antipodes ?

Ouvrez ce roman, lisez-le et vous comprendrez que l’auteur a réussi à combiner une écriture intelligente sans jamais devenir moralisateur, sans jamais sombrer dans le cliché du bon sauvage défenseur de la forêt face aux vilains Blancs qui saccagent tout.

La petite bourgade de El Idilio (Equateur) n’a rien d’idyllique : les bords du fleuve sont noyés de boue, il y a des moustiques, le bateau de ravitaillement ne passe que deux fois l’an (avec le dentiste) et le maire est un emmerdeur de première.

Dans la forêt, c’est encore pire, il faut 3h pour faire 1km et c’est rempli de dangers. Pourtant, des Hommes Blancs y entrent, avec armes et bagages, et massacrent des animaux pour le plaisir, pour leurs peaux, sans jamais se frotter à des prédateurs dignes de ce nom, sans jamais non plus apprendre à connaître cette forêt tropicale.

Ce joli conte est tout de même une baffe dans la gueule de ceux qui pensent qu’avec des armes, on arrive au bout de tout, qu’avec de l’instruction, on est le plus fort, comme se gausse le maire, étalant son savoir sur la ville de Venise que les pauvres bougres ne connaissent pas.

Oui mais, à quoi cela sert de savoir comment s’est construite Venise lorsque l’on se trouve au milieu d’une forêt où il faut maîtriser les codes pour en sortir vivant ? À rien. Vaut mieux savoir où il faut bivouaquer pour survivre à la nuit et ou poser ses pieds pour survivre tout court.

Mais les gens imbus d’eux-mêmes ou possédant une haute opinion d’eux-mêmes n’écouterons jamais les pauvres habitants de ses contrées qui en savent plus qu’eux sur les règles qui prévalent dans la forêt amazonienne. Et de là naissent les emmerdes, les conneries, les erreurs stupides, horribles, bêtes…

Un roman écologique mais pas que… Un conte philosophique, une ode à la nature, qui n’est jamais tendre, un pamphlet sur ceux qui ne respectent rien, le tout sans jamais adopter un ton moralisateur, personne n’étant tout blanc ou tout noir dans ses pages.

Une tragédie qui fait du bien au moral, une incursion dans un univers impitoyable et dans une société que nous connaissons peu, les Shuars (Jivaros pour nous). Un magnifique voyage, court et intense à la fois, beau et tragique, intelligent et facilement compréhensible par tous. Voilà pourquoi il a rassemblé des lecteurs qui ne lisent pas les mêmes romans habituellement.

PS : Ce court roman de Sepúlveda a reçu deux prix littéraires considérés comme antinomiques : celui, à vocation populaire des Relais H (qui assurait sa présence dans toutes les librairies de gares), et celui, fort élitiste, de France-Culture, qui l’ornait d’un incontestable label intellectuel.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°50] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Ces montagnes à jamais : Joe Wilkins

Titre : Ces montagnes à jamais

Auteur : Joe Wilkins
Édition : Gallmeister Americana (05/03/2020)
Édition Originale : Fall back down when I die (2019)
Traduction : Laura Derajinski

Résumé :
Depuis la disparition de son père en plein cœur des Bull Mountains, il y a plusieurs années, et le décès récent de sa mère, Wendell Newman vivote de son salaire d’employé de ranch sur les terres qui appartenaient autrefois à sa famille.

Comme un rayon de soleil débarque alors dans sa vie aride le petit Rowdy Burns, fils d’une cousine incarcérée, dont on lui confie la garde.

Un lien puissant et libérateur se noue entre Wendell et ce garçon de sept ans mutique et traumatisé.

Mais tandis que s’organise la première chasse légale au loup dans le Montana depuis plus de trente ans, les milices séparatistes qui vénèrent le père de Wendell se tournent vers le jeune homme.

Bien décidé à ne pas prendre parti, Wendell devra tout faire pour protéger Rowdy et conjurer la violence qui avait consumé la vie de son père.

Critique :
Montana… Les Bull Mountains… Je connais ! D’accord, je n’y ai mis les pieds qu’en littérature, mais je sais d’avance que lorsqu’un roman se déroule là, ce ne sera pas Bisounours Party !

L’Amérique, j’aime la lire dans ce qu’elle a de plus sombre, donc, un rural noir, ça me convient très bien.

Une petite ville, des gens qui vivotent, ont plusieurs boulots, les enfants sont déscolarisés, les gens hyper armés, anti-écologiste, anti-gouvernement, anti-loups, anti-tout ce qui ne leur convient pas.

Les éleveurs ont perdu leurs terres, ont dû les revendre pour payer leurs impôts et ces derniers accusent tout le monde, pensant qu’on leur doit quelque chose. Le rêve de certains ? Établir un territoire rien qu’à eux dans l’État, le pays et le déclarer libre d’y faire ce qu’ils veulent.

Parmi tous les bas de plafond, il y a Wendell, 24 ans, qui trime aussi pour s’en sortir, qui a perdu les terres de ses ancêtres, qui a perdu son père, parti dans la montagne après avoir tué un homme, qui vit dans un mobil home et là-dessus, arrive chez lui le petit Rowdy Burns, 7 ans, le fils d’une cousine condamnée à la prison. Le gamin ne pète pas un mot, traumatisé. Pas évident pour Wendell.

Ce rural noir démarre doucement, ne vous attendez pas à un rythme trépident, l’auteur prenant le temps de nous présenter les différents protagonistes dans ce roman qu’il a voulu choral.

Les paysages du Montana, les montagnes, les animaux, font eux aussi partie du livre et lui donne une autre couleur : celle du nature writing car ici, la Nature est aussi importante que les Hommes, elle les a façonné et eux, en retour, ont essayé de dompter la Nature en décimant le gibier, les prédateurs, les poissons, en posant des pièges et maintenant, en voulant éradiquer les loups que l’on avait réintroduit.

Il y a de la poésie dans ce roman, des moments remplis d’émotions aussi, entre Wendell et Rowdy, qui bien que ne parlant pas, arrive à trouver sa place auprès de Wendell qui, sous ses dehors de paumé, arrive tant bien que mal à s’occuper du gosse. Il y a de la tendresse entre eux deux.

Le problème vient des hommes surarmés, qui se promènent avec leurs carabines bien visibles, qui débarquent chez vous en troupeau portant des fusils, juste pour vous demander de les rejoindre dans leur chasse à tout. Moi, ça me fous les chocottes toutes ces armes car il ne ressort jamais rien de bon d’une population armée comme pour la guerre. La moindre mouche qui pète et tout part en règlements de compte à Ok Corral.

Un rural noir qui prend son temps, qu’il faut lire avec la tête bien à ce qu’on fait car il faut aussi s’immerger dedans, ce qui m’a pris un certain temps, au début.

Un rural noir qui explore l’Amérique profonde, celle des gens peu intellectualisés, peu scolarisés, aux idées très basses de plafond et qui tirent plus vite que leurs ombres. Des gens qui chassent toute l’année, qui ne respectent pas la Nature, qui ne veulent pas qu’on s’immisce dans leur vie, qui pensent que tout leur est dû et que tout se règle avec des armes.

Et au milieu, il y a Wendell et Rowdy… Wendell qui veut offrir à ce gosse ce qu’il n’a pas eu : un père présent et non pas celui en cavale après un meurtre.

Bull Moutain, ton univers impitoyable…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°160].

 

West legends – Tome 3 – Sitting Bull – Home of the braves : Olivier Peru et Luca Merli

Titre : West legends – Tome 3 – Sitting Bull – Home of the braves

Scénariste : Olivier Peru
Dessinateur : Luca Merli

Édition :

Résumé :
1870, États-Unis. Depuis la signature du traité de Laramie, aucun homme blanc ne doit fouler le territoire sacré des Black Hills. Pourtant une horde de tueurs viole la frontière interdite.

Ils remontent la piste d’un secret capable de détruire les dernières nations indiennes libres.

Mais le plus grand des chefs sioux est sur leurs traces. Sitting Bull et ses braves se mettent en chasse.

Critique :
Si j’avais trouvé que l’album consacré à Billy The Kid était en-dessous de celui de Wyatt Earp, celui sur Sitting Bull va être classé sur une marche tellement haute que tous les suivants n’arriveront jamais à sa cheville (ou alors, va falloir se sortir les tripes).

Ça c’est de l’album ! Un excellent scénario, du rythme, du suspense, un grand guerrier, des salopards, le tout mis en page par des dessins magnifaïks, mes chéris !

Bref, cette lecture fut un pied monumental, un orgasme littéraire en bande dessinées et oui, la bédé peut être autre chose que des p’tits Mickeys, comme le croit trop de gens ignares qui jugent trop vite, sans savoir.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt, à nos Indiens, qui sont tout, sauf des moutons. Les Black Hills sont les terres sacrées pour les Indiens, je ne vous dévoilerai rien en vous disant que dedans, il y avait de riches gisements d’or et que le métal jaune rend fou que les Hommes Blancs, mais pas les Indiens.

La nation de pierre que les Blancs construisent partout est vaste et pleine de merveilles de routes, de cités et de bâtiments magnifiques… Quelle pitié qu’elle soit emplie d’hommes comme ce Jeremiah Marcy. Comment leur monde peut-il enfanter des êtres capables de n’aimer qu’une seule chose au point que tout le reste perde toute valeur ? Est-ce l’argent qui rend les hommes fous ? Qui les pousse à envoyer leurs frères à la mort pour posséder toujours plus de cette chose immatérielle qu’ils appellent la richesse ?

Un groupe d’hommes s’est introduit dans les terres sacrées des Black Hills, poursuivant un autre groupe qui s’est introduit aussi en schmet (roublard, profiteur – mot Marocain) sur le territoire sacré qu’un traité interdit pourtant de fouler, et tout ce petit monde est pisté par un mini commando de peaux-rouges.

Tout le monde est là en stoemelings (en cachette – mot Bruxellois) et notre bande de rastacwér (individus peu fiables – mot Wallon) va trouver une couille dans le pâté, ou plutôt, un truc pas net dans la viande séchée.

Cupidité, vols, envie, colonisation, massacres, mépris, appropriations par la violence, spoliations, déportations, mensonges, reniement de sa parole, coups de putes, bref, tout ce qui fut l’apanage de l’Homme Blanc lorsqu’il mit les pieds sur les terres des Amériques (et ailleurs aussi, ne nous leurrons pas) où les Amérindiens vivaient depuis des siècles.

Oui, tout ça est résumé dans un seul album, en quelques pages pour commencer, juste de quoi bien remettre les faits dans leur contexte et donner au lecteur un portrait de ce que certains furent, à une époque donnée : des salopards d’assassins, des voleurs de Terres, des menteurs. Et comme le chantaient si bien les Poppies ♫ Non, non, rien n’a changé, tout, tout à continué ♪

Cet album est magnifique, je l’ai déjà dit et je m’en fous, je me répète pour que ça rentre bien dans vos petites têtes et je vous conseillerais même de le lire « po n’nin mori bièsse » (pour ne pas mourir idiot, comme on dit en Wallon) ou tout simplement, pour passer un excellent moment en compagnie de Sitting Bull et d’un Blanc pas tout à fait comme les autres.

Un album engagé, un album au rythme trépidant, mais sans jamais aller plus vite que la musique, des personnages forts, sympathiques, attachants (Sitting Bull et le Grayback), des méchants ayant de l’envergure, de la puissance, un ennemi implacable, des conditions météos merdiques et un scénario bien pesé, bien détaillé, qui frappe là où il faut.

Putain, j’en veux encore des comme ça, moi !!!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°139]. et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Butcher’s crossing : John Edward Williams

Titre : Butcher’s crossing

Auteur : John Edward Williams
Édition : PIranha (2016) / 10/18 Littérature étrangère (2018)
Édition Originale : Butcher’s Crossing (1960)
Traduction : Jessica Shapiro

Résumé :
Dans les années 1870, persuadé que seul un rapprochement avec la nature peut donner un sens à sa vie, le jeune Will décide de quitter le confort d’Harvard pour tenter la grande aventure dans l’Ouest sauvage.

Parvenu à Butcher’s Crossing, une bourgade du Kansas, il se lie d’amitié avec un chasseur qui lui confie son secret : il est le seul à savoir où se trouve un des derniers troupeaux de bisons, caché dans une vallée inexplorée des montagnes du Colorado.

Will accepte de participer à l’expédition, convaincu de toucher au but de sa quête.

Le lent voyage, semé d’embûches, est éprouvant et périlleux mais la vallée ressemble effectivement à un paradis plein de promesses.

Jusqu’à ce que les quatre hommes se retrouvent piégés par l’hiver…

« Butcher’s Crossing démonte le mythe du Grand Ouest américain avec une histoire de survie qui tourne à l’horreur. Un lyrisme superbe et tout en retenue. La prose simple et élégante de Williams est enfin reconnue à sa juste valeur ».
Bret Easton Ellis.

Critique :
Voilà un western qui en est un sans vraiment en être un car tous les codes sont absents et ce n’est pas le saloon, les poivrots et la prostituée que l’on croise au début du roman qui feront l’atmosphère western du roman.

Même les Amérindiens sont absents ! Pas d’attaques, pas besoin de faire le cercle, pas de vengeance pour la tuerie des bisons.

Non, juste Will Andrews; un jeune homme frais émoulu de Harvard qui veut découvrir l’Ouest sauvage en participant à une chasse aux bisons.

Miller, le chasseur, connait justement un coin secret où ces grands herbivores pullulent, un coin connu de lui seul qu’il n’a jamais su exploiter parce que le nerf de la guerre c’est l’argent. Là, il a un bleu-bite qui a du fric et qui veut vivre à la dure.

Si en plus Miller lui promet une chasse de dingue, avec des milliers de peaux à vendre et du pognon à se faire, notre gamin est encore plus tenté et deux autres hommes se joindront à eux, Charley Hodge le conducteur de char à bœufs et Schneider, l’écorcheur.

Le baptême sera violent car notre jeune homme verra un fier bison mâle passer de la noblesse de sa masse en marche à une carcasse vide de vie. Hé oui, on croit que…

On souhaite voir la vie sauvage, mais quand tu la prends dans la gueule, la vie sauvage, dans le sang, les viscères et ensuite la puanteur, tu rigoles moins, petit homme des villes. La réalité est dure et cruelle. L’apprentissage se fera dans la douleur.

On ne lit pas Butcher’s crossing pour avoir de l’action, oubliez les courses-poursuites, d’ailleurs, le char à boeufs ne se prête pas à la chose et le relief non plus.

On ne lit pas non plus ce roman pour s’extasier sur les paysages et la nature, ici, elle est indomptée, le relief est montagneux, encaissé, le soleil tape dur et si tu traînes trop et que tu te prends l’hiver dans la gueule, tu vas geler sur place.

Et nos quatre hommes vont devoir rester des mois, coincé là-haut, à attendre que le printemps revienne et que la neige fonde… Survivalistes, ils vont devoir l’être.

Entre un jeune homme qui a fantasmé cette chasse au bison, cet Ouest sauvage, cette nature libre de tout et un chasseur qui ne rêve que de flinguer, jusqu’à plus soif, des milliers de têtes de bisons, ça ne pouvait que mal tourner.

La gabegie de ce massacre est superbement retranscrite, on voit les carcasses pourrissantes sous le soleil, juste dépouillées de leur pelisses, la scène du film « Danse avec les loups » est gravée dans la mémoire et ça fait mal au bide un tel gaspillage.

L’écriture est belle, lente, descriptive et évocatrice. Vous aurez chaud, soif, faim et froid avec les personnages. Le confinement fut long et dur ? Imaginez un de plusieurs mois, enfermé dans une cabane en peaux de bisons, avec le froid qui s’infiltre et les mêmes vêtements à garder sur le dos…

Vanité, tout n’est que vanité… À force de vouloir gagner un max de fric, d’être celui qui a le plus abattu de bisons, Miller oublie une chose importante : une leçon sur la loi du marché que l’on a apprise avec Caius Saugrenus, dans « Obélix et compagnie »… Une loi basée sur l’offre et la demande. Bardaf, c’est l’embardée.

Un roman d’aventure qui va au rythme du pas des boeufs, un western qui n’en possède que peu de codes, un nature writing beau et violent, qui se déroule au milieu des grands espaces, une réflexion sur la vanité des Hommes et la vacuité de certaines choses, comme ces chasses aux bisons juste pour leurs peaux alors que dans le bison, tout est bon.

L’Homme Blanc aime gaspiller ce qu’il pense avoir en quantité, mais à tant va la cruche à l’eau qu’à la fin le puits est vide (oui, j’invente des expressions).

À méditer…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°56], Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc. et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°29]