John Tanner – Tome 1 – Le captif du peuple des Mille Lacs : Christian Perrissin et Boro Pavlovic

Titre : John Tanner – Tome 1 – Le captif du peuple des Mille Lacs

Scénariste : Christian Perrissin
Dessinateur : Boro Pavlovic

Édition : Glénat (11/09/2009)

Résumé :
1789, Nouveau Monde. John Tanner a 9 ans, il est le fils d’un pasteur fermier qui vit avec ses enfants, sa seconde épouse et deux esclaves noirs dans une petite ferme du Kentucky.

Un matin de printemps que son père est aux champs avec le frère aîné et les boys, John, qui a eu l’interdiction d’aller dehors, parvient à déjouer la surveillance de sa belle-mère et de ses sœurs, et filer en douce. Il est alors kidnappé par deux Indiens Ottawa…

Amené de force dans leur tribu, il est alors adopté par une vieille indienne qui voit en lui la réincarnation de son fils parti quelques mois plus tôt. Par la force des choses, John deviendra un membre à part entière de la tribu, puis un guerrier, et prendra part aux guerres contre les Blancs…

Critique :
La couverture avait attirée mon regard : le dessin de l’Amérindien étais superbe et je me suis laissée tenter. J’ai eu raison, d’ailleurs.

Cette bédé est le véritable récit de la vie du jeune John Tanner, sale gamin qui n’obéissait pas et qui s’est fait enlevé, à l’âge de 9 ans, par deux Indiens Ojibwe.

Le récit de sa captivité n’est pas un long fleuve tranquille.

Remplaçant un fils mort, l’épouse de Manitugeezik, son ravisseur, le considère comme son fils et l’aime, par contre, avec les autres fils, c’est compliqué, sans parler avec Manitugeezik qui, lorsqu’il a bu, a la main lourde.

Le récit prend son temps, notamment en nous montrant la vie dans cette tribu des Indiens Ojibwe : le travail des femmes, des enfants, les règles à suivre, la chasse, avant de basculer sur une autre tribu, celle des Ottawa, mais bien plus pauvre que la première.

Les dessins sont magnifiques, réalistes, détaillés et les couleurs, dans des tons assez doux, donne à l’ensemble un certain cachet, pour ne pas dire un cachet certain.

En 1789, les colons avaient déjà pris possession de beaucoup de terres, mais pas encore de toutes, comme ce fut le cas ensuite. Le scénariste nous retranscrit, au delà de ce récit de captivité horrible, tous les problèmes des Indiens, notamment l’alcool et la peur de perdre leurs terres face à l’avancée de l’Homme Blanc.

Le pauvre John ne trouve pas sa place parmi la tribu, il n’a pas été élevé comme leurs enfants, pleurniche, n’est pas aussi performant qu’eux, a du mal avec la langue.

On se dit que s’il venait, après quelques années, à retrouver les siens, il aurait à nouveau du mal à s’intégrer, étant perçu comme un étranger à la culture, après avoir séjourné dans la culture Indienne. Bref, le pauvre John serait le cul entre deux chaises, non accepté des deux côtés.

Un bel album, un superbe découverte et il me tarde de découvrir la suite.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 89 pages) et Le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Un Afghan à Paris : Mahmud Nasimi

Titre : Un Afghan à Paris

Auteur : Mahmud Nasimi
Édition : Les Editions du Palais (17/04/2021)

Résumé :
Mahmud Nasimi a quitté l’Afghanistan en 2013 laissant derrière lui un pays en guerre, son pays, sa famille et ses amis. Arrivé à Paris en 2017, il a dû affronter à nouveau la vie de « réfugié », les nuits dans la rue, la solitude, le désespoir.

Il ne parlait pas le français, ou si peu, et un jour ses pas l’ont porté au cimetière du Père Lachaise. Là, « il a fait connaissance avec un glorieux peuple de l’ombre », il s’est fait des amis, Balzac, Proust, Eluard… Il a feuilleté leurs romans, leurs poèmes, en a recopié des phrases, en a appris d’autres par cœur.

Dans cette langue qu’il a faite sienne, il a bâti ce récit où s’entremêlent bonheur et douleur, où il évoque les meurtrissures d’une vie, ses rêves et ses espoirs, dans une langue poétique aux images venues d’ailleurs.

Critique :
Lorsque j’avais écouté l’auteur à La Grande Librairie, son histoire m’avait touchée.

Voilà un homme qui avait dû fuir son pays, l’Afghanistan, laisser toute sa famille sur place, ses amis, pour faire un voyage qui n’a rien d’une partie de plaisir et aboutir en France, avec le statut de réfugiés et dormir sur les trottoirs.

Une de mes plus grandes craintes serait de me retrouver sur les chemins de l’exil, de quitter mon pays pour chercher refuge ailleurs, dans un pays dont je ne parle pas la langue.

De son voyage, l’auteur en parlera peu, se focalisant plus sur ses souvenirs d’enfant heureux qui n’aimait pas l’école, sa vie auprès de sa grand-mère qui l’aimait et de son oncle qui avait la main lourde, sans oublier ses quelques galères en France.

Ce qui m’avait le plus ému, sur le plateau de La Grande Librairie, c’était que cet homme, qui ne parlait pas un mot de français (et qui n’aimait pas lire), ait commencé à s’intéresser à la littérature après avoir vu un buste de Balzac, au Père-Lachaise.

Aidé d’un traducteur sur son téléphone, il va commencer à lire sur la vies des grands auteurs enterrés là-bas, à Brel, ainsi qu’à leurs romans ou les chansons du Grand Jacques. Je veux bien parier qu’il a lu plus d’auteurs classiques que moi ! De plus, il était capable de réciter de belles poésies, là où ma mémoire plante royalement.

Hélas, je n’ai pas retrouvé ces émotions dans son récit autobiographique. Il me semble même qu’il en a raconté plus sur le plateau de l’émission que dans son roman (qu’il a écrit en français, je lui tire mon chapeau). Mince alors, c’est un comble.

Malgré tout, je retiendrai cette belle leçon de vie que l’auteur nous offre, ça capacité à ne pas baisser les bras, face aux administrations lentes, très lentes et inhumaines.

Putain, c’est déjà une galère quand, belge dans ton pays, parlant la langue, tu as besoin de renouveler ta carte d’identité ou d’obtenir une prime pour des travaux…. La lenteur est exaspérante et parfois, on se croirait dans un Astérix, où les fonctionnaires romains l’envoyaient d’Hérode à Pilate…

Là où moi je perds patience et tout optimisme, lui a gardé le sien (comment il a fait ??), célébrant le pays qui l’a accueilli, même s’il a dû dormir par terre, dans des conditions qu’on ne souhaiterait même pas à un chien. Effectivement, lorsqu’ensuite on s’en sort, tout est bien qui fini bien, mais ce n’est pas toujours le cas pour les autres.

Ce récit autobiographique d’un homme pour sa nouvelle terre d’accueil fut une belle lecture, malgré mes émotions que je n’ai pas retrouvées, et très intéressante. Le préfacier avait raison, ce n’est pas un simple écrit d’un réfugié, c’est plus que ça.

C’est un récit qui permet de relativiser nos petits malheurs, d’ouvrir une belle page sur les bienfaits des lectures, de la culture, du partage, un cri d’amour pour la France et la Belgique, sur les bienfaits de l’amitié, sur l’exil qui n’est jamais facile, sur sa famille qui lui manque…

C’est aussi le récit d’un homme qui s’est pris en main, qui a compris les bienfaits des études, de l’apprentissage et qui s’est tenu droit, là où les autres se courbaient.

 

Fracture : Eliza Griswold

Titre : Fracture

Auteur : Eliza Griswold
Édition : Globe (23/09/2020)
Édition Originale : Amity and Prosperity : One Family and the Fracturing of America (2018)
Traduction : Séverine Weiss

Résumé :
Stacey rêve. Cette petite ferme de 3 hectares où vit sa famille depuis 150 ans, elle aimerait pouvoir la transmettre en bon état à ses deux enfants, avec toute la ménagerie, âne, chèvres, cochons, poules et lapins.

Pour réparer la grange branlante, son salaire d’infirmière divorcée ne suffit pas. Stacey espère. De nombreux habitants de la région dévastée des Appalaches se sont récemment enrichis en louant leurs terres aux entreprises d’extraction de gaz de schiste.

Après avoir fourni en abondance du pétrole et du charbon pour les aciéries, leur sous-sol n’a pas dit son dernier mot. Stacey relève la tête. Comme beaucoup d’Américains, elle en a marre de voir des jeunes partir faire la guerre en Irak pour le pétrole.

Et si l’indépendance énergétique de la patrie était pour demain ? Stacey signe, le 30 décembre 2008, un bail avec Range Resources, l’entreprise leader de fracture hydraulique.

Deux ans et demi plus tard, son fils de 15 ans pèse 57 kilos pour 1,85 m. On lui diagnostique un empoisonnement à l’arsenic. Stacey rencontre Eliza Griswold venue assister à une réunion d’agriculteurs inquiets.

Il faudra sept ans d’enquête patiente, acharnée et scrupuleuse à la journaliste pour poser toutes ses questions et établir non pas une, mais des vérités qui dérangent.

Critique :
L’Amérique rurale des Appalaches, qu’est-ce que je ne l’ai pas fréquentée !

Bien que cette population soit aux antipodes de nous (religion très présente, notamment), j’ai toujours du plaisir à retrouver ces pauvres gens, un peu comme si je retrouvais de vieilles connaissances trop longtemps oubliées.

Par contre, sur la fracturation hydraulique, c’était une première. Si, je sais ce que c’est, j’ai lu des articles dans les journaux et c’est dégueulasse, extrêmement polluant, ça fout des vies en l’air et la nature aussi. Bref, à éviter !!

Hélas, dans la course à l’énergie, dans cette volonté de ne plus dépendre des autres, les États-Unis, dont le sous-sol est riche en gaz de schiste, ne vont pas s’en priver, surtout qu’il y a moyen de se faire un max de pognon, si on est une société spécialisée dans le fracking.

Ce roman n’est pas une fiction, ni une dystopie, ni de la SF, c’est juste le récit de la triste réalité, celle de Stacey Hanley, infirmière qui élève seule deux enfants, qui participe à des foires agricoles et qui voulait juste avoir un peu d’argent pour réparer sa grande et qui a signé un contrat qui a tué ses animaux et sa famille à petit feu.

Elle possédait, comme bien des gens de sa région, un puit avec de l’eau potable et en quantité suffisante. Il fut pollué par la fracturation hydraulique.

La société qui exploite les sous-sols des petits propriétaires terriens va saloper tout l’environnement avec des produits hautement toxiques. Après avoir fissuré les maisons à force de passer avec leurs lourds camions, la société Range Resources va continuer de les en… de les empoisonner à petit feu (et aussi de les enculer à sec, comme le dira Stacey qui ne mâche pas ses mots).

Ce combat, c’est celui de David contre Goliath, mais contrairement au récit biblique, ce n’est pas le petit qui gagne, le petit, on le sprotche (on l’écrase) ! On le fait taire, on le bâillonne, on fait traîner les choses avec la justice, pour que ça lui coûte la peau des fesses et pour que l’opinion publique se retourne contre les gens comme Stacey, ceux qui empêchent les autres d’empocher les royalties avec leurs procès à la con.

Cette lecture est glaçante, tout simplement. Même Stephen King n’a pas réussi à me serrer les fesses aussi fort avec ces récits d’épouvante. Parce que chez lui, c’était de la fiction, ici, c’est un récit de vie, celui d’une femme qui n’avait pas beaucoup d’argent (comme le reste de la population des Appalaches) et qui a vu son fils dépérir, qui a vu ses bêtes mourir, sa voix ne pas être entendue, son combat mal vu.

Sa maison, elle a dû l’abandonner, ou alors, c’était eux qui allaient mourir à cause des produits toxique. Endettée jusqu’au dents, la pauvre Stacy ne voyait plus le bout du tunnel. Terrible, horrible. Les monstres n’étaient pas tapis sous le lit, mais bien dans les eaux usées, stockées dans un bassin trop petit, avec une simple bâche, le tout à découvert… Et j’en passe.

Dans les terrains, il y avait la fracturation, mais dans la ville, il y en a une fameuse aussi : un schisme entre ceux qui croyaient Stacey et ceux qui voyaient son combat d’un mauvais œil, pensant que son fils simulait.

Les propriétaires étaient contents de toucher l’argent de la société Range Resources. Oh, pas pour aller en vacances en Floride, non, juste pour moderniser leur maison, leur grange ou tout simplement pour se payer l’assurance santé… Dur, lorsque l’on ne court pas sur l’or, de refuser l’argent. On ferme les yeux et adviendra ce qu’il adviendra.

Ce récit est une véritable enquête, menée par Stacey, par des avocats, par d’autres personnes qui s’inquiètent des conséquences de la fracturation hydraulique. Les personnages sont saisissants, ils sont tels quels, bruts de décoffrage.

Les avocats de Range Ressources sont sournois, vénaux, mauvais comme des teignes… Des rouleaux compresseurs, aidés par des magouilles et des accointances avec l’Agence américaine de protection de l’environnement : ceux qui doivent protéger les américains sont de mèches avec les pollueurs.

Une enquête saisissante, effrayante, bien documentée et qui passera en revue tout ce qu’il s’est passé, du début jusqu’à l’après procès. Bref, presque un roman noir tant la dimension sociale des petits gens y est présente.

Une histoire glaçante, l’histoire d’une femme américaine qui croyait que son pays protégeait les habitants… Une femme qui croyait bien faire et qui a payé un prix bien trop fort pour une petit signature en bas d’un contrat, avec une société qui n’a rien respecté et qui a changé toutes les clauses, piégeant les pauvres gens.

Que de pollution pour de l’énergie, pour que les téléphones, les PC, les voitures et les trottinettes électriques se rechargent, que les frigos et les congélateurs fassent leur boulot de refroidir, que tout le monde puisse trouver du courant au bout de la prise… Mais à quel prix, putain ? Le prix n’est pas en argent, bien entendu…

Effrayant. Si cela pouvait nous faire réfléchir…

PS : cet ouvrage a reçu le « Prix Pulitzer Non-Fiction 2019 ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°44] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

La bombe : Alcante, Laurent-Frédéric Bollée et Denis Rodier

Titre : La bombe

Scénaristes : Alcante & Laurent-Frédéric Bollée
Dessinateur : Denis Rodier

Édition : Glénat 1000 feuilles (04/03/2020) – 459 pages

Résumé :
L’incroyable histoire vraie de l’arme la plus effroyable jamais créée.

Le 6 août 1945, une bombe atomique ravage Hiroshima. Des dizaines de milliers de personnes sont instantanément pulvérisées. Et le monde entier découvre, horrifié, l’existence de la bombe atomique, première arme de destruction massive. Mais dans quel contexte, comment et par qui cet instrument de mort a-t-il pu être développé ?

Véritable saga de 450 pages, ce roman graphique raconte les coulisses et les personnages-clés de cet événement historique qui, en 2020, commémore son 75e anniversaire. Des mines d’uranium du Katanga jusqu’au Japon, en passant par l’Allemagne, la Norvège, l’URSS et le Nouveau-Mexique, c’est une succession de faits incroyables mais vrais qui se sont ainsi déroulés.

Tous ceux-ci sont ici racontés à hauteur d’hommes : qu’ils soient décideurs politiques (Roosevelt, Truman), scientifiques passés à la postérité (Einstein, Oppenheimer, Fermi…) ou acteurs majeurs demeurés méconnus, tels Leó Szilàrd (le personnage principal de cet album, un scientifique qui remua ciel et terre pour que les USA développent la bombe, puis fit l’impossible pour qu’ils ne l’utilisent jamais), Ebb Cade (un ouvrier afro-américain auquel on injecta à son insu du plutonium pour en étudier l’effet sur la santé) ou Leslie Groves (le général qui dirigea d’une main de fer le Projet Manhattan) – sans oublier, bien sûr, les habitants et la ville d’Hiroshima, reconstituée dans La Bombe de manière authentique.

Extrêmement documenté mais avant tout passionnant, comparable en cela à la série TV Chernobyl, cet ouvrage s’impose déjà comme le livre de référence sur l’histoire de la bombe atomique.

Critique :
J’ai beau savoir comment cela s’est terminé, j’avais envie d’apprendre comment tout cela avait commencé : La bombe atomique.

Celle qui laisse peu de survivant lorsqu’elle explose et qui en fait encore d’autres longtemps après. Les Japonais vous le dirons.

La bombe atomique, nous en avons souvent entendu parler, un chtarbé a même menacé de nous en lancer une sur le coin de la gueule…

Mais que sait-on exactement de son histoire, de la genèse de sa fabrication, des scientifiques qui ont travaillés dessus ?

Peu de choses, mais grâce à cette bédé de 450 pages, très documentée, remplie de détails et très précise, vous serez incollable sur le sujet (à condition de tout retenir, bien entendu).

Les dessins sont en noir et blancs, d’un réalisme saisissant et vont s’attacher à suivre quantité de personnages réels. Les seuls personnages qui ont été inventés, ce sont les quelques Japonais afin de symboliser le peuple qui a eu la désagréable malchance d’en recevoir deux et d’en tester les ravages.

Comme des Américains eurent la malchance de servir de cobaye, à leur insu, pour des injections de plutonium…

On a beau être dans un récit qui laisse la place à la science, il ne faut pas croire que vous aller avoir l’impression de vous retrouver sur les bancs d’un université à écouter un cours de physique. Les auteurs ont réussi à rendre leur récit compréhensible, même pour le cancre de la classe et il n’y a pas que la conception de la bombe, dans ce récit.

C’est prenant, une fois commencé, on a envie de tout dévorer d’un coup, mais je me suis accordée des pauses dans la lecture, vu le poids de la bédé et vu le sujet traité.

Les auteurs ne se sont pas contentés d’illustrer un seul point de vue, mais plusieurs, allant des scientifiques aux militaires, au président des États-Unis, de Staline, des Allemands, des Japonais, des pilotes d’avion…

Ce donne du corps au récit et une vision plus globale, notamment avec des scientifiques qui ont compris le danger d’utiliser la bombe, là où les militaires et les politiques croyaient dur comme fer que posséder une telle arme mettrai fin à tous les conflits.

Il est facile de dire, en 2022, qu’ils se sont fourrés le doigt dans l’œil, et ce, jusqu’au coude (pour rester polie), parce que l’utilisation de la bombe n’a pas fait cesser toutes les guerres. Maintenant, d’autres pays la possèdent et le premier qui l’utilisera, anéantira totalement les autres…

Le point d’orgue est bien entendu le largage de Little Boy sur Hiroshima (avant Fat Man sur Nagasaki)… Ces quelques pages seront les plus émouvantes du récit. Les pires, aussi. Sans entrer dans le voyeurisme, le dessinateur, en quelques cases, est parvenu à rendre tout l’horreur de la chose. J’ai beau connaître l’Histoire, revoir cet épisode, même en dessins, ça m’a foutu les chocottes et noué les tripes.

Anybref, au lieu de lire ma chronique qui n’arrivera pas à rendre justice à cette bédé, ni à dire tout le bien qu’elle a pensé de cette lecture, filez l’acheter chez votre dealer de bédés ou la louer à biblio/médiathèque, et découvrez-là, elle en vaut plus que la peine.

Ne fut-ce que pour savoir… que pour comprendre… que pour se dire que rien ne valait qu’on utilise cette horreur ! Et si en 1945, elle était déjà terrible, cette bombe, imaginez la puissance de celles de notre époque…

Une bédé qui pèse son poids, au sens propre comme au figuré. Une bédé extrêmement bien documentée, où le narrateur sera parfois l’uranium, lui même. Une bédé où tout est vrai, hélas, ce qui la rend d’autant plus glaçante.

À gauche: à Hiroshima, une montre au milieu des décombres est arrêtée sur 8h15 du matin, le moment de la détonation atomique. À droite: à Hiroshima, l’ombre d’une silhouette humaine a laissé sa trace sur les marches d’une banque, gravée dessus par la chaleur extrême de l’explosion (Getty Images)

 

Le dernier assaut : Jacques Tardi et Dominique Grange

Titre : Le dernier assaut

Scénaristes : Jacques Tardi et Dominique Grange
Dessinateur : Jacques Tardi

Édition : Casterman (05/10/2016)

Résumé :
Augustin Sauvageon, brancardier de son état égaré entre les lignes de front, enchaînent les rencontres toutes plus désagréables les unes que les autres…

Du capitaine raciste de La Coloniale aux soldats « nains » du roi d’Angleterre, en passant par les effroyables trouvailles technologiques des Huns… tout le monde en prend pour son grade ! Ca ne serait pas aussi effroyable, on en rirait presque.

Mais Tardi, passionné depuis plus de 30 ans par ce qui est devenu son sujet de prédilection, dénonce encore et toujours la bêtise et la cruauté des chefs, qui exploitent allègrement des pauvres gars qui n’ont jamais très bien compris ce qu’ils foutaient là.

Critique :
Augustin est brancardier et il sera notre guide dans cette énorme boucherie que fut la Première Guerre Mondiale, arpentant les tranchées, croisant bien des soldats et nous expliquant les choses les plus importantes qu’il y a savoir sur ce conflit mondial.

Ne cherchez pas un fil conducteur, il n’y en a pas vraiment, les tribulations d’Augustin n’étant là que pour dénoncer les injustices, le racisme, les tueries de masse, les incompétences des officiers, les magouilles des politiciens, le fric qu’on dû gagner les fournisseurs de matériel militaire et autres saloperies.

Le procès de la France est bien entendu à charge, l’auteur chargeant la mule de tous les reproches qu’on peut lui adresser, sans oublier de charger aussi l’Angleterre, qui fit venir tous les peuples des Dominions, pour les faire combattre dans la boue et les tranchées.

Ces deux pays, colonialistes au possible, n’ont jamais respecté les peuples de leurs colonies, devenu de la chair à canon dans un conflit dont en principe, ils n’avaient rien à voir.

Les procès à charge ne sont pas ma tasse de thé, l’équilibre n’étant pas assuré par un avocat, même du diable, mais dans ce cas-ci, je ne lui en voudrai pas, l’auteur ne faisant que dire des vérités et de mettre à jour des injustices flagrantes.

Augustin déambule, parle dans son argot des tranchées (compréhensible), les dessins des décors sont précis, il ne manque rien : ni les morts, ni les rats festoyant, ni les animaux crevés dans des fossés, ni les maisons détruites…

Tout est fait pour qu’en 88 pages, le lecteur en prenne plein la gueule et en sache le plus possible sur les différents gouvernements et leurs petites saloperies en coulisses. De toute façon, les politiciens n’ont jamais été patauger dans la boue, les tripes, le sang et les cadavres des tranchées, eux !

Ce récit parle de souffrance humaine, d’injustices, des horreurs du conflit mondial, qui a entraîné des morts en pagaille (avant que la grippe n’en fasse encore plus, la preuve que la vie ne manque jamais d’ironie) tout en engraissant d’autres (et pas que les rats).

Le discours est antimilitariste et je ne le reprocherai pas à l’auteur. Malgré tout, il manque un peu d’émotions, dans ces pages et j’en avais reçu bien plus en lisant la trilogie du Stalag IIB.

Voilà encore une bédé de Tardi que j’ai appréciée, malgré l’absence de fil rouge, malgré le manque d’émotions, malgré le discours d’Augustin qui pourrait faire penser que l’auteur règle des comptes avec les militaires et tous les connards qui aiment les conflits. Là, il n’a pas tout à fait tort…

Dommage pour les émotions manquantes, j’aurais aimé qu’il y en ai dans cet album, vu le sujet traité.

Le photographe de Mauthausen : Salva Rubio, Pedro J. Colombo et Landa Aintzane

Titre : Le photographe de Mauthausen

Scénariste : Salva Rubio
Dessinateur : Pedro J. Colombo

Édition : Le Lombard (29/09/2017)

Résumé :
Et si le vol du siècle avait eu lieu… dans un camp de concentration nazi ?

En 1941, Francisco Boix, matricule 5185 du camp de concentration de Mauthausen, échafaude avec ses camarades un plan pour voler des photographies témoignant des crimes commis dans le camp et incriminant les plus hauts dignitaires nazis.

Ce plan risqué n’est que le début de son périple pour révéler la vérité… Une histoire vraie, basée sur des faits réels.

Critique :
Voilà un sujet dont on nous parle peu : les espagnols dans les camps de concentration, notamment dans celui de Mauthausen qui était un camp de catégorie III (Aushwitz était de catégorie I), ce qui veut dire qu’on y envoyait les irrécupérables, ceux qu’il fallait tuer par le travail.

Les prisonniers devaient monter 186 marches avec une pierre de 8 kilos sur le dos, extraite de la carrière.

À Mauthausen, on vous disait que vous étiez entré par une porte mais que vous sortiriez par la cheminée et les nazis se ventaient d’avoir 40 manières différentes de vous assassiner (*). Personne ne devait en sortir vivant.

Les Espagnols fuyant la guerre civile ont trouvé refuge en France, qui les parqua dans ces camps de concentration eux aussi (près de 15.000 morts), comme quoi, les idées barbares d’exportent bien, même au pays des droits de l’Homme.

Puis, les Espagnols se retrouveront aux mains des soldats de la Wehrmacht avant de passer dans celles des SS où ils furent déportés à Mauthausen. Francisco Boix, jeune communiste, fait partie des déportés.

Inspirée d’une histoire vraie, cette bédé raconte la vie de Francisco dans le camp, ainsi que son envie de faire sortir les clichés pris par un haut dignitaire nazi, Paul Ricken (un ancien prof). Ce dernier aimait photographier les morts, les mettant en scène pour en faire de l’art. Mais voler les négatifs, les reproduire, les cacher et les faire sortir ensuite du camp ne sera pas facile.

Francisco voulait dénoncer les atrocités qui eurent lieu dans ce camp, apporter des preuves, montrer à la gueule du monde, notamment au procès de Nuremberg, ce que ces salopards de nazis avaient fait subir à d’autres humains. Hélas, ceux qui ne l’ont pas vécu ne peuvent pas le comprendre…

C’est horriblement réaliste, le dessinateur ayant repris, tels quels, les véritables clichés pris par Paul Ricken, et sorti du camp ensuite. Bien que le scénariste ait romancé quelques faits, le reste est Historique et terriblement dramatique, horrible et inhumain.

Et encore, les auteurs auraient pu aller plus loin dans l’horreur, mais ils n’ont pas choisi cette voie-là. Ce qu’ils nous montrent suffit à nous faire comprendre les conditions effroyables d’une déportation à Mauthausen d’où l’on ne devait pas en sortir autrement qu’en cadavre.

À la fin, il y a un cahier historique, fort complet, qui expliquera plus en détail la destinée des espagnols dans les camps, ainsi que leur difficile retour à la vie civile puisqu’on les considérait comme apatride. Ils ne peuvent rentrer en Espagne, leur cher Parti Communiste les considère comme des traites car ils ont survécu (elle est forte, celle-là).

Une bédé à lire, pour en apprendre plus sur des sujets dont on parle peu : les Espagnols qui se sont battus contre le fascisme dans leur pays et dans le reste de l’Europe, leur emprisonnement dans des camps en France, leur déportation dans les camps ensuite et leur difficile retour à la vie ensuite.

Une bédé qui est faite avec beaucoup d’humanisme, malgré l’horrible sujet qu’elle traite et qu’il faut lire.

(*) Wikiki me signale que « Après la guerre, l’un des survivants, Antoni Gościński rapporta 62 méthodes d’exécution des prisonniers ». Encore pire que je ne le pensais.


 

Une libération : Nicolas Rabel

Titre : Une libération

Auteur : Nicolas Rabel
Édition : Pocket (21/08/2014) – 658 pages

Résumé :
Un vieil homme vient d’être assassiné dans une maison de retraite. Parmi les pensionnaires interrogés, Odette Dulac. Face au lieutenant de police, elle entame le récit de sa vie.

En 1940, à tout juste dix-neuf ans, l’Histoire la fait basculer dans l’âge adulte : elle entre dans la Résistance, une expérience inoubliable et douloureuse. Son interrogatoire tourne à la confession : Odette peut enfin chasser ses fantômes…

Critique :
Il ne fait pas toujours bon vivre, dans les maisons de repos (EPAHD), non pas à cause des quarts de biscuits qui vous sont donné pour votre goûter, mais pour une paire de ciseau plantée 8 fois dans le bide d’un résident.

Mais ce n’est pas par ce meurtre que le roman va commencer. D’ailleurs, le meurtre est accessoire, je trouve, il servira juste de déclencheur à Odette pour raconter son histoire, histoire qui commence avec son entrée dans la résistance, en tant que codeuse de messages.

Voilà un pavé que j’ai dévoré en deux jours et une matinée. Le genre de roman que l’on a du mal à lâcher, une fois commencé.

La période de la Seconde Guerre Mondiale est propice à bien des romans, vu la richesse de ce qu’il s’est passé : des horreurs, la plupart du temps (hélas), des actes de bravoure, de résistance, de collaboration, de débrouille, d’inventivité, de passivité, de courage, d’égoïsme, de partage…

Odette est un personnage sympathique, auquel on s’attache de suite. Elle n’est pas toute blanche non plus, mademoiselle ayant une aventure avec un Boche, tout en jouant à la Résistante. Les premières pages m’ont happée et je suis ressortie d’une longue apnée lorsque l’auteur est repassé au récit contemporain.

Dans le film « La grande Vadrouille », lorsque Stanislas Lefort et Augustin Bouvet (De Funès & Bourvil), déguisés en allemands, se font arrêter, un pêcheur, interprété par Paul Préboist, se marre et dit à son compère : V’là qu’ils s’arrêtent entre eux maintenant, ça doit pas marcher ben fort !

Et bien, dans ce roman, ce sont les Français qui arrêtent les Français ! À Paris, ville sous occupation Allemande, you risk on the two tableaux : avoir des emmerdes avec les Boches ou en avoir avec vos concitoyens, vos voisins… Et dans ce roman, you risk encore plus avec vos concitoyens qu’avec l’ennemi.

Comme pour une rafle célèbre, notre Odette ne verra jamais que des uniformes français et aucun vert-de-gris à la prison de Fresnes et lorsqu’un type avec l’accent du Nord la torturera pour la faire parler, il se trouvera même des excuses, le bougre de salopard !

Le récit fera la part belle à beaucoup de situations de l’époque, notamment des missions de Résistance, du marché noir (mais trop peu), des pénuries alimentaires, de la Libération de Paris, parlera des résistants de la 13ème heure, de la collaboration horizontale, sans remettre en cause les femmes ou les juger, parlera des actes de vengeance sordides, comme les tontes des femmes et des gens qui ont eu trop peur que pour résister.

Pas de manichéisme, les salauds n’étaient pas que les envahisseurs, parfois, c’était aussi le coiffeur de votre rue, votre voisine, une collègue, un voisin… La guerre change les gens et ce roman le montre bien.

La résolution du meurtre de la maison de retraite est accessoire, on se doute très bien de l’identité du coupable, ce que l’on veut savoir, c’est qu’elle était l’identité du mort et ce qu’il a bien pu faire pour se prendre des coups de ciseau dans le buffet. Entre nous, je râlais à chaque fois que l’on quittait le récit d’Odette pour revenir au présent. Ce n’est même pas une enquête, c’est juste une confession.

La plume est agréable, les actions sont décrites avec luxe de détails, ce qui aurait pu ralentir la lecture. Et bien non, les phrases se lisent toutes seules, l’action se déroulant devant mes yeux, comme au cinéma et c’est le cœur un peu gros que j’ai refermé ce roman, terminé. Cela faisait des années qu’il prenait les poussières dans mes étagères (2017)…

Un livre rempli d’émotions en tout genre, qui m’a emporté tel un tourbillon, me déposant à Paris, durant l’Occupation et la Libération, durant ces jours où les lois n’existaient plus, où tout le monde réglait ses comptes, à tort ou à raison, de vengeait des années de privation, se donnait bonne conscience, se dédouanait d’avoir eu peur et d’être resté immobile, jugeant alors les autres et se défoulant sur les femmes.

Un excellent roman, très bien documenté.

Une question restera pour toujours dans ma tête : mais qu’est-ce que j’aurais fait, moi ? Je ne pense pas avoir le courage d’Odette. Pourtant, au départ, cette jeune fille n’en avait guère, elle avait peur, n’osait pas et ensuite, c’est le premier pas qui coûte…

PS : C’était Blackat qui m’avait donné envie de le lire. Comme elle n’est plus de ce monde, je ne pourrai même pas la remercier pour cette belle lecture. Ni lui dire que je l’ai enfin lu !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°15] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

S’adapter : Clara Dupont-Monod

Titre : S’adapter

Auteur : Clara Dupont-Monod
Édition : Stock (25/08/2021)

Résumé :
C’est l’histoire d’un enfant aux yeux noirs qui flottent, et s’échappent dans le vague, un enfant toujours allongé, aux joues douces et rebondies, aux jambes translucides et veinées de bleu, au filet de voix haut, aux pieds recourbés et au palais creux, un bébé éternel, un enfant inadapté qui trace une frontière invisible entre sa famille et les autres.

C’est l’histoire de sa place dans la maison cévenole où il naît, au milieu de la nature puissante et des montagnes protectrices ; de sa place dans la fratrie et dans les enfances bouleversées.

Celle de l’aîné qui fusionne avec l’enfant, qui, joue contre joue, attentionné et presque siamois, s’y attache, s’y abandonne et s’y perd.

Celle de la cadette, en qui s’implante le dégoût et la colère, le rejet de l’enfant qui aspire la joie de ses parents et l’énergie de l’aîné.

Celle du petit dernier qui vit dans l’ombre des fantômes familiaux tout en portant la renaissance d’un présent hors de la mémoire.

Critique :
Il est dit que l’on ne peut pas faire saigner des pierres, mais on peut les faire parler et il aurait été dommage de ne pas les écouter nous raconter cette histoire remplie d’émotions d’une fratrie dans les Cévennes.

Dans notre société actuelle, il faut être souple, polyvalent, s’adapter à toutes les situations. Ce n’est déjà pas facile à réaliser en temps normal, alors, lorsque l’on nait avec un lourd handicap, il est impossible de trouver sa place et encore plus difficile pour la famille de s’en sortir, face aux administrations et autres services sociaux.

Une telle naissance met à mal une famille, autant les parents, débordés, ne sachant plus à quel saint se vouer, que les deux enfants déjà présent.

L’aîné, qui se verra conter son histoire en premier, sera celui qui prendra son rôle de grand frère le plus à cœur, protégeant et aimant plus que tout son petit frère qui est incapable de parler, de marcher, de saisir… Bref, un petit frère inadapté, en quelque sorte.

La cadette, elle, évitera tant que possible cet enfant qui lui a ravi son grand frère et l’attention de ses parents. Elle est là, mais est invisible, quasi. Tous les regards sont tournés vers l’enfant inadapté et elle n’existe plus aux yeux des autres. Terrible aussi.

L’émotion se trouvera au fil des pages, à différents moments du récit, autant avec celui consacré à l’aîné, qu’à la cadette et qu’au tout dernier, celui venu après. Chacun avait des choses à raconter, même si ce sont les pierres de la maison qui vont tout nous raconter, elles qui furent les témoins de plusieurs générations.

De cet enfant inadapté, inachevé, nous ne connaîtrons jamais le prénom (ni ceux des autres), il n’a que peu d’action, vu qu’il est limité en tout et pourtant, sa présence pèsera sur le roman, lui donnera une force, une épaisseur, car ce personnage à part entière a un poids énorme dans le récit, c’est lui qui lui donnera toute sa puissance, aidé par son aîné et sa sœur, même si elle ne le regardera presque jamais.

Des dialogues, il y en a peu, très très peu, et pourtant, cela ne gêne en rien le récit, cette absence. Pas de prénoms, pas de dialogues, et une puissance narrative qui m’a emporté, m’a souvent mis les larmes aux yeux, sans que jamais l’autrice ne sombre dans le pathos ou le larmoyant.

Un récit tout en finesse, tout en émotions, tout en puissance, tout en douceur et en violence (putain, les administrations !!). Une naissance qui a marqué durablement une famille et qui a laissé des traces dans les différentes personnes qui la composent.

Un roman coup de cœur…

Le choix du Roi – T01 – Première trahison : Jean-Claude Bartoll et Aurélien Morinière

Titre : Le choix du Roi – T01 – Première trahison

Scénariste : Jean-Claude Bartoll 🇪🇸
Dessinateur : Aurélien Morinière

Édition : Glénat (2017)

Résumé :
Janvier 1936. Alors que Georges V vient de mourir, son fils Édouard, prince de Galles, s’apprête à devenir le prochain roi d’Angleterre.

Le premier réflexe, inattendu, du futur souverain est d’appeler sa maîtresse : Wallis Simpson, une nord-américaine à la réputation sulfureuse qui ne cache pas sa sympathie pour le régime nazi en Allemagne…

Après seulement 8 mois, Édouard abdiquera pour épouser Wallis, laissant derrière lui le règne le plus court et le plus controversé de l’histoire du trône d’Angleterre.

Wallis Simpson était-elle une espionne à la solde des Allemands ? Édouard VIII a-t-il trahi des secrets d’état ? Que cache cette abdication soudaine ?

À travers les yeux de la jeune Nadège, domestique au service de Wallis Simpson, Jean-Claude Bartoll et Aurélien Morinière nous plongent dans les coulisses du pouvoir, à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale.

Un thriller d’espionnage, historique et politique, qui nous fait découvrir un pan méconnu de l’histoire et révèle l’intimité du roi Édouard VIII, oncle de l’actuelle reine d’Angleterre.

Critique :
Édouard VIII qui abdiqua pour épouser la femme qu’il aime, Wallis Simpson…

Bon sang, lorsque j’étais gamine, je trouvais ça tellement beau. Magnifique !

Une bêêêlle histoire d’amoûûûr, en quelques sorte. Allez, laissons couler une larmiche d’émotion.

Il faut dire que, comme pour JFK, les émissions de télés des années 80 avaient l’art et la manière de nous présenter la chose sous le côté glamour, sans jamais parler des squelettes dans les placards ou des casseroles au cul.

Ben non, fallait faire rêver les ménagères de moins de 50 ans (et celle de plus de 50 ans) dans le magazine Point de Vue, ainsi que les petites filles rêveuses devant l’écran bombé de la téloche (durant ma jeunesse, pas d’écran plat !). Vite, des sels pour réanimer les plus jeunes !

Les temps changent, on sort les poubelles, on fouille dedans, on creuse pour chercher les cadavres enterrés sous les tapis et une fois que la merde est de sortie, fini les présentations sous les plus beaux atours : on nous balance l’horrible vérité et terminé les rêves d’amûûûr pur et dur.

Ayant envie d’en savoir un peu plus sur ce couple détonnant, et à mon rythme (dans les émissions de télés, ça va trop vite), j’ai attaqué ce diptyque. Bien sûr, nous ne savons pas tout sur cette affaire, on ne nous a pas tout dit, on ne nous dit pas tout, donc, la bédé pouvait prendre certaines libertés avec le récit.

Premières impressions ? Les dessins ne sont pas géniaux, les traits sont épais, les regards un peu bizarre. Les couleurs, dans des tons sombres, vont bien avec les ambiances de cet album.

Les squelettes sont sortis des placards et tout ce que je pourrai vous dire, sans rien divulgâcher, c’est qu’il y a beaucoup de casseroles dans la famille de Saxe-Cobourg-Gotha (la reine Victoria avait épousée Albert et portait donc son nom).

Août 1945… Deux espions anglais interrogent un officier SS, qui n’est rien de moins qu’un petit-fils de la reine Victoria : Charles-Édouard qui avait un duché en Bavière.

Flash-back sur la vie d’Édouard, le Prince de Galles… 10 ans auparavant, lorsque son père décède et qu’il peut accéder au trône.

Édouard VIII était germanophile. Non, non, ce n’est pas une pratique sexuelle douteuse, mais dans les années 30, on peut dire que c’est une maladie grave.

Une chose ressort de ce premier tome : la personnalité d’Édouard n’est pas jolie jolie. On dirait plus un gamin capricieux qui fait la gueule parce qu’il n’a pas eu son camion de pognon au décès de son père, alors qu’il a des revenus de ses différents duchés, plus tous les domaines…

Purée, on pourrait vivre plus que décemment avec le simple revenu du duché de Cornouailles, même à l’heure actuelle. Le nouveau roi est capricieux, ne pense qu’à sa Wallis, bref, il semble plus guidé par son zob que par son cerveau.

Le portrait de Wallis n’est guère flatteur non plus : caractère exécrable, odieuse, sans éducation et, en plus de cocufier son mari, monsieur Simpson, à l’insu de son plein gré (avec son consentement, donc), elle ne se prive pas de faire pousser les cornes à son Édouard en s’envoyant en l’air avec Joachim Von Ribbentrop, un bon à rien, heu, un bon aryen (un S.A, l’ambassadeur d’Allemagne au Royaume-Uni).

Oufti, on est loin du glamour que l’on nous lançait à la gueule, dans les années 80. Très très loin ! Un type pareil à la tête du pays et vous me verrez crier vive la république !

Ça manipule sec, dans les boudoirs et les nursery, quand les lumières s’éteignent… La Wallis devient une agent du renseignements allemand et le Édouard se fait entuber purement et simplement, sans avoir le moindre soupçon à l’égard de celle qu’il culbute.

Nadège de Pontlevoy, la dame de compagnie de Wallis va devenir, quant à elle, agent de renseignement pour la couronne.

C’est instructif, cette bédé, mais je ne sais pas si tout ce que j’y ai lu et vu, était la vérité vraie, ou romancée, imaginée… Il y a sans doute eu des libertés prises avec l’Histoire.

Pour certains faits, il y a des certitudes, mais pour d’autres… Je ne le sais pas. Il ne faudra donc pas pour argent comptant tout ce qui est raconté dans ce premier tome.

Adios le glamour de ce couple mythique, de ce roi qui abdiqua par amour (mon cul, oui!) pour sa belle divorcée (dont son mari, Simpson, était juif, ce qu’elle n’hésitera pas à confirmer à l’ambassadeur Joachim, celui qui joue à la bête à deux dos avec elle).

Instructif, cette bédé et je m’en vais lire la suite, afin de me coucher moins bête.

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°216], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 46 pages), Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°40) et Le Mois Anglais – Juin 2022.

Le fourgon des fous : Carlos Liscano

Titre : Le fourgon des fous

Auteur : Carlos Liscano 🇺🇾
Édition : 10/18 Domaine étranger (2008)
Édition Originale : El furgon de los locos (2001)
Traduction : Jean-Marie Saint-Lu

Résumé :
Uruguay, 1973. Carlos Liscano a 23 ans quand les soldats viennent l’arrêter. Condamné pour raisons politiques par le régime militaire, il va passer treize ans à l’ombre des cachots. Treize ans d’enfer, d’humiliations et de torture avant d’être relâché avec d’autres compagnons de cellule par le ‘fourgon des fous’.

Des années après l’horreur, Carlos Liscano se raconte, sans cri, sans fureur : le retour jour après jour de la souffrance physique et du combat mental pour survivre, la solitude, la peur, la nécessité de comprendre l’inimaginable. Ni voyeurisme, ni sensationnalisme.

Juste les souvenirs crus, épars, d’un homme en lutte pour conserver ce qu’il a de plus précieux : sa dignité.

Critique :
Une fois de plus, me voici plongée en milieu carcéral.

Pas avec des prisonniers de droit commun, mais avec des prisonniers politiques, en Uruguay. Croyez-moi, vous n’avez pas envie de vous  retrouver dans leurs prisons.

Au menu : tortures, brimades, privations, tortures, perte de sa liberté, de ses droits, de tous ses droits, tortures et, pour ceux qui n’auraient pas encore compris : TORTURES !

Ce roman autobiographique commence par un chapitre dédié à son enfance, puis par quelques instants de prison, avant de passer à la libération et ensuite, de revenir vers ces douze années que l’auteur, Carlos Liscano, passa enfermé au Pénitencier de Libertad, à subir les tortures du grand baril de deux cents litres, en métal, coupé en deux et rempli d’eau.

Le texte est intense, sans pour autant sombrer dans le pathos ou la violence gratuite. À la manière d’un Soljenitsyne, l’auteur nous raconte les comportements de ses tortionnaires, mais sans les charger, en se mettant à leur place, sachant que de toute façon, ils n’ont pas vraiment le choix.

Oui, il parlera des souffrances physiques, des souffrances morales, de l’absence de contacts avec la famille, des infos qu’il faut lâcher avec précision, pour éviter de trop grandes douleurs, du fait qu’il faut crier plus fort que ce que l’on ressent vraiment, pour ne pas leur donner l’impression que l’on s’en fout, que l’on ne ressent rien… Il vaut mieux ne pas jouer à la forte-tête.

Bref, tout est affaire de subtil dosage et son roman pourrait être un guide de « Comment survivre dans une prison en tant que prisonnier politique : trucs et astuces ».

Dans ce roman autobiographique, les hommes, les vrais, sont les prisonniers que l’on torture, tandis que les tortionnaires se sont abaissés tellement bas qu’ils ont perdu leur humanité, dans tous les sens du terme.

L’auteur se demande même ce qu’ils racontent à leurs femmes, leurs enfants, lorsqu’ils rentrent à la maison, après leur sale boulot.

Un roman poignant, qui ne sombre jamais dans le pathos ou le larmoyant. L’auteur parle aussi de la reconstruction, une fois libre et de ce grand choc qu’est la remise en liberté, après autant d’années de réclusion.

Un récit humain, jamais à charge.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°34).