Le convoi‭ ‬-‭ ‬Seconde partie ‭: Denis Lapière et Eduard Torrents

Titre : Le convoi‭ ‬-‭ ‬Seconde partie

Scénariste : Denis Lapière
Dessinateur : Eduard Torrents 🇪🇸

Édition : Dupuis (2013)

Résumé :
Montpellier, 1976 : Angelita prend le train en urgence pour rejoindre sa mère hospitalisée à Barcelone où, pourtant, elle avait juré de ne plus jamais revenir. Fille de réfugiés espagnols, Angelita a perdu son père à l’âge de 8 ans.

Il fut l’un des prisonniers du tristement célèbre convoi des 927 vers Mauthausen, parti de Perpignan et d’Angoulême où les autorités françaises avaient parqué les réfugiés espagnols.

Séparée de son père lors de son arrivée en France, Angelita n’en sait pas davantage que ce que l’administration a bien voulu leur délivrer comme informations, à sa mère et elle, en 1945, à la fin de la guerre.

Mais elle va découvrir que ce qu’elle a toujours tenu pour acquis (la mort de son père en déportation) pourrait bien s’avérer un mensonge.

Critique :
Le second tome commence là où le premier nous avait laisse : devant une révélation coup de tonnerre et j’allais enfin savoir le fin mot de l’histoire.

Rien n’est simple dans la vie, les choix que l’on prend dicteront une partie de notre vie et les auteurs ont réussi à bien retranscrire cela dans leur scénario, mêlant la petite histoire à la Grande.

Angelita est en colère, comme le fut Julia, sa mère, en 1939, durant la guerre civile, lorsque son mari voulait aller se battre. Lui aussi était en colère de ne pouvoir y aller, de voir son pays sombrer aux mains des franquistes.

Leurs paroles et leurs actes auront des conséquences importantes sur leur vie et peut-être auraient-ils fait autrement s’ils avaient eu connaissance de l’Histoire. Hélas, le destin est cruel et en plus de nos choix lourds de conséquences, le destin s’arrange toujours pour faire le reste et pas toujours dans le bon sens.

Le destin s’est joué de la famille, en plus du choix du père et de son épouse. Que se serait-il passé si le petit Franco s’était étranglé, bébé, en buvant son lait ? Peut-être rien de tout cela… On peut rêver.

Une fois de plus, les sentiments sont bien retranscrits sur les visages, que ce soit la colère, l’abattement, l’humiliation, la résignation.

Jusqu’à présent, pour moi, la ville d’Angoulême était synonyme de festival de la bande dessinée, maintenant, lorsque j’entendrai son nom, je penserai aux camps dans lesquels furent parqués les réfugiés espagnols. On se dit que l’on est tombé bien bas, et puis, arriveront les Allemands et là, on comprendra qu’on peut toujours tomber encore plus bas dans la bassesse humaine…

927 personnes furent emmenées. Les femmes et les enfants (427) furent renvoyés à Franco, les hommes (490) furent envoyé à Mauthausen (la différence est due aux morts durant le transport).

Face à cette destination, l’ancien camp composé d’anciens baraquements pour les tziganes semblaient être un hôtel 5 étoiles.

Les quelques dessins de cette partie de l’Histoire m’ont fait frémir, une fois de plus, sans pour autant que l’auteur ne sombre dans le pathos. Mais en quelques images, le principal de l’horreur était dit.

Une fois de plus, nous aurons les atermoiements d’Angelita, mais dans ce tome 2, ils sont importants. Elle est tiraillée entre ce qu’elle vient d’apprendre, entre les mensonges de sa mère, elle ne sait pas quoi faire, comment réagir. Ces cases sans paroles illustraient bien son désarroi, sa peine, son incompréhension et le fait que la vie n’est jamais simple.

L’inconvénient sera pour les dialogues en espagnol, non traduits. Bon, en lisant lentement, on arrive à comprendre le sens général, mais une petite traduction en bas de page (ou de case), n’aurait pas été du luxe.

Voilà une bédé que je suis contente d’avoir découverte, qui m’a appris des choses peu reluisantes sur les réfugiés espagnols (comment les générations suivantes jugeront notre accueil des réfugiés Syriens ou autres ? Sans doute durement et avec raison).

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°17) Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

Le convoi‭ ‬-‭ ‬Première partie :‭ ‬Denis Lapière et Eduard Torrents

Titre : Le convoi‭ ‬-‭ ‬Première partie

Scénariste : Denis Lapière
Dessinateur : Eduard Torrents 🇪🇸

Édition : Dupuis (2013)

Résumé :
Montpellier, 1976 : Angelita prend le train en urgence pour rejoindre sa mère hospitalisée à Barcelone où, pourtant, elle avait juré de ne plus jamais revenir. Fille de réfugiés espagnols, Angelita a perdu son père à l’âge de 8 ans.

Il fut l’un des prisonniers du tristement célèbre convoi des 927 vers Mauthausen, parti de Perpignan et d’Angoulême où les autorités françaises avaient parqué les réfugiés espagnols.

Séparée de son père lors de son arrivée en France, Angelita n’en sait pas davantage que ce que l’administration a bien voulu leur délivrer comme informations, à sa mère et elle, en 1945, à la fin de la guerre.

Mais elle va découvrir que ce qu’elle a toujours tenu pour acquis (la mort de son père en déportation) pourrait bien s’avérer un mensonge.

Critique :
Cette bédé parle d’un fait historique dont on parle peu : la dictature de Franco, la guerre civile et l’exil des Espagnols vers la France, ainsi que de l’accueil qu’il leur fut réservé.

Mais avant d’entamer ce morceau d’Histoire, nous commencerons le récit en 1975, avec Angelita qui doit aller voir sa mère malade. Cette dernière se trouve à Barcelone, alors que tout le monde la croyait en Auvergne.

Erreur géographique ou autre chose ?

Comme beaucoup d’Espagnols exilés, elle avait fait le serment de ne plus mettre en Espagne tant que Franco serait toujours vivant et il vit toujours, même s’il n’en a plus pour très longtemps.

Angelita, sa fille, va se remémorer leur exil et la guerre qui faisait rage, quand Barcelone était bombardée par les avions Italiens… Nous étions en 1939…

Si je n’ai pas craqué pour les dessins, j’ai apprécié ce scénario qui a mis en lumière un pan méconnu de l’Histoire. Le récit est poignant et les dessins font bien ressentir toute la détresse des gens, obligés de quitter leurs maisons, leur ville et de fuir, en voiture ou en autobus.

Et lorsque la route est bloquée, il faut continuer à pied, se débarrasser du superflu, de ses souvenirs, et marcher dans la neige, dans le froid… Dormir dans le froid aussi. L’exil n’est jamais une promenade de santé.

Quant à l’accueil, parlons-en : le fait de voir sa ville bombardée n’est sans doute pas une bonne raison de fuir. Ben non, on ne risque rien, voyons ! Allez, circulez avec ce laisser-passer provisoire et oubliez vos droits, vous n’en avez plu. La fraternité n’est plus ce qu’elle était…

Ensuite, on a séparé les familles : les hommes d’un côté, les femmes et les enfants de l’autre.

Bref, rien de réjouissant dans le statut de réfugié. Les conditions de vie sont horribles, les gens se transforment en bêtes sauvages, se battant pour du pain (nous ferions de même), le tous sous les moqueries des forces de l’ordre françaises.

Ce premier album est rempli d’émotions, sans pour autant virer dans le pathos. C’est l’histoire d’une mère dont la fille n’a plus rien à lui dire, hormis bien des questions, notamment sur le sort qui fut réservé à son père, dans le camp de Mauthausen.

Les expressions sur les visages sont expressives, jamais figées. Elles font passer les émotions ressenties par les personnages, ce qui fait que, finalement, j’ai réussi à apprécier les dessins.

Mon seul bémol sera pour la longue introduction où l’on nous relate la vie sentimentale d’Angelita et qui n’apporte rien de plus au récit.

Je ne tarderai pas à lire le second album, car, malgré mon petit bémol, l’Histoire est très prenante et j’ai envie d’en savoir plus.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°16) Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

Airborne 44 – Tome 1 – Là où tombent les hommes : Philippe Jarbinet

Titre : Airborne 44 – Tome 1 – Là où tombent les hommes

Scénariste : Philippe Jarbinet
Dessinateur : Philippe Jarbinet

Édition : Casterman – Ligne d’horizon (23/09/2009)

Résumé :
Décembre 1944: La bataille des Ardennes fait rage depuis plusieurs jours. Dans une forêt figée par la neige et le gel, d’ultimes détonations parviennent encore aux oreilles d’un GI Airborne abattu dans la neige.

Face à lui, deux enfants impuissants tentent de l’empêcher de mourir. Mais dans son dos, une tache de sang s’agrandit inexorablement…

Critique :
Certains pourraient penser : encore une bédé sur la Seconde Guerre Mondiale. Encore une bédé à la gloire des G.I’s américains.

Et bien non, ce n’est pas une énième bédé, c’est plus profond que ça, plus élaboré, plus recherché…

Les planches du départ sont superbes : on se retrouve plongé dans les Ardennes enneigées.

L’auteur plonge déjà ses lecteurs dans le mystère, car on se demande quel soldat est couché au sol avec les deux enfants qui lui demandent de ne pas mourir.

La suite sera tout aussi remplie de mystères : on repart en arrière et on met face à face un soldat Américain face à un Allemand. Le mystère est de comprendre pourquoi la forêt grouille d’uniformes des Waffen SS et de nazis galonnés. Et pourquoi ils recherchent un soldat allemand qui a déserté ?

Lorsque la Grande Histoire est ramenée à une petite histoire, à hauteur d’Homme, cela permet de mieux toucher le public. Bien entendu, les soldats que nous croiserons n’ont jamais existé, du moins, pas leurs noms ou leurs faits, mais ce que l’histoire raconte, c’est une partie de la Grande Histoire.

Les enfants juifs ayant échappé à une rafle et cherchant leurs parents, les hommes engagés contre leur gré dans l’armée allemande (les « Malgré Nous »), les soldats américains (d’origine allemande), perdus dans la neige, trouvant refuge dans une ferme isolée, les faits des Einzatsgruppen, le génocide par balles, ce sont des faits qui ont eu lieu.

Incorporés au scénario de ce diptyque, ils permettent de nous donner une vision globale de ce que fut cette période de guerre, de nous donner des personnages à qui s’attacher, à suivre et pour qui on croisera les doigts pour qu’ils s’en sortent (pas le chef nazi).

Cela faisait longtemps que j’avais lu ce diptyque, mais je ne m’en souvenais plus. Comme quoi, ranger une de ses biblios, cela permet de retrouver des trésors enfouis depuis trop longtemps (oui, une fois de plus, j’ai lu au lieu de ranger).

L’avantage de cette magnifique bédé, c’est qu’elle est complète en 2 albums. Ensuite, on peut soit s’arrêter là, soit poursuivre avec les autres tomes parus. Le scénario est élaboré, l’auteur ayant fait un travail de fou, afin de ne pas faire d’erreur dans les uniformes.

Le suspense est présent, les dessins sont magnifiques, les personnages bien campés, avec ces soldats américains, descendant de colons allemands, qui se battent sous l’uniforme des G.I’s et tenter de s’en sortir dans cette neige froide, alors qu’il y a des nazis et des soldats allemands dans le coin.

Un bien bel album, incorporé dans un joli coffret cartonné. Encore une fois, j’ai bien fait de remettre de l’ordre dans cette biblio et de ressortir cette pépite, dont j’ai lu le deuxième album de suite.

Voyage au bout de l’enfance : Rachid Benzine

Titre : Voyage au bout de l’enfance

Auteur : Rachid Benzine
Édition : Seuil Cadre rouge (07/01/2022)

Résumé :
Fabien est un petit garçon heureux qui aime, le football, la poésie et ses copains, jusqu’au jour où ses parents rejoignent la Syrie.

Ce roman poignant et d’une grande humanité raconte le cauchemar éveillé d’un enfant lucide, courageux et aimant qui va affronter l’horreur.

Critique :
C’est ce qu’on peut appeler une lecture bouleversante, bourrée d’émotions fortes et remplie de tristesse.

Comme quoi, on peut faire un roman court, mais intense. Comme quoi on peut, en 96 pages, nous montrer une partie de l’horreur du régime islamique de Daesh, ainsi que l’inhumanité des camps de réfugiés.

Sans trop de préambules, l’auteur nous plonge directement dans la vie d’un couple de français qui se sont convertis à l’Islam et sont ensuite parti en Syrie, combattre pour Daesh et pour vivre dans ce qu’ils pensent être le paradis sur Terre pour les musulmans.

Las, je pense que même l’Enfer est mieux que ce qu’ils découvrent au fur et à mesure. Le problème est qu’ils ont un enfant, Fabien, devenu Farid, qui lui, n’a rien demandé. Notre garçon aime le foot et surtout la poésie. Lui, tout ce qu’il voudrait, c’est revenir en France, retrouver ses grands-parents, ses copains et son prof, Monsieur Tannier.

Hélas, l’État Islamique veut faire de lui un assassin, un enfant soldat, un égorgeur, un tueur, un parfait soldat du Djihad et au pire, un martyr qui se fera sauter avec une ceinture d’explosifs.

Ce court roman montre combien il est facile d’embrigader les gens, de leur mentir, ou tout simplement de leur laisser se faire un film tout seuls, pensant dur comme fer que là où il vont aller, ils seront mieux, qu’ils seront respectés, compris, qu’ils pourront vivre leur nouvelle foi de la meilleure manière qu’il soit.

Faux et archi faux, sauf si vous avez vraiment l’âme d’un assassin et que cela vous fait kiffer d’égorger du mécréant, de les assassiner, de les torturer…

Raconté du point de vue du petit Fabien/Farid, qui va passer quelques années chez les fous furieux de Daesh et ensuite, finir dans un camp de réfugiés, ce petit roman est encore plus intense, puisque raconté à hauteur des yeux d’un enfant qui ne comprend pas ce qui lui arrive et qui se raccroche à la poésie pour ne pas sombrer.

Si les passages chez Daesh sont violents, horribles et inhumains, l’auteur fait en sorte de ne pas sombrer dans le pathos inutile, racontant simplement ce qu’il en est chez eux, le traitement réservé aux femmes devenues veuves et aux enfants, que l’on endoctrine.

Les passages consacré à la vie dans un camp de réfugiés sont tout aussi violents, rempli d’inhumanité, de délations, de privations, de manque d’hygiène, de tortures, mais jamais l’auteur ne fait l’erreur de surdoser l’indicible, sans pour autant nous édulcorer ses propos.

L’équilibre est parfait, ni trop, ni trop peu. Le résultat est que votre âme se liquéfie, que votre coeur se brise en pensant à tous ces enfants de nos pays qui sont toujours enfermés là-bas, nos populations (et nos dirigeants), ne voulant pas qu’ils reviennent, puisqu’ils sont partis.

Oui, mais ce sont des enfants, personne ne leur a demandé leur avis, personne ne s’est soucié d’eux. Les laisser mariner dans de telles conditions, dans de tels endroits, les abandonnant à leur triste sort, c’est peut-être prendre le risque que leurs convictions, celles qu’on leur a enfoncé de force dans le crâne, ne s’ancrent un peu plus, faisant d’eux, ensuite, des parfaits petits terroristes, ivres de vengeance.

Un roman poignant, court et intense. On pourrait trouver qu’il est trop court, j’aurais aimé en apprendre plus, surtout avec la plume de cet auteur qui est allé visiter des camps, qui sait de quoi il parle.

Un petit concentré d’émotions fortes qui m’a brouillé la vue à bien des moments.

La supplication – Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse : Svetlana Alexievitch

Titre : La supplication – Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse

Auteur : Svetlana Alexievitch
Édition : J’ai Lu (05/10/2016)
Édition Originale : Tchernobylskaïa molitva (1996)
Traduction : Galia Ackerman et Pierre Lorrain

Résumé :
« Des bribes de conversations me reviennent en mémoire… Quelqu’un m’exhorte :
— Vous ne devez pas

 oublier que ce n’est plus votre mari, l’homme aimé qui se trouve devant vous, mais un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination. Vous n’êtes pas suicidaire. Prenez-vous en main ! »

Tchernobyl. Ce mot évoque dorénavant une catastrophe écologique majeure.

Mais que savons-nous du drame humain, quotidien, qui a suivi l’explosion de la centrale nucléaire ?

Svetlana Alexievitch nous fait entrevoir un monde bouleversant : celui des survivants, à qui elle cède la parole. L’évènement prend alors une toute autre dimension.

Pour la première fois, écoutons les voix suppliciées de Tchernobyl.

Critique :
Le premier témoignage m’a déjà foutu par terre : c’était celui de l’épouse d’un des pompiers envoyés sur la catastrophe au tout début.

On les a appelé pour un incendie, ils sont partis le cœur tranquille, pensant n’avoir affaire qu’à un simple feu qu’ils maîtriseraient facilement. Il n’en était rien, mais ils ne le savaient point.

Partis sans protection, ils revinrent ensuite sous totale contamination.

Quatorze jours, c’est le délai maximum de votre existence après avoir été soumis à des radiations comme ils le furent.

L’épouse d’un est allée à l’hôpital, s’est occupée de son mari, qui avait été transformé en mini centrale nucléaire. La dégradation du corps est horrible. Son amour était immense, peu de femmes seraient restées auprès de leur mari. Hélas, le prix à payer était le plus fort. L’épouse était enceinte de 6 mois… Je n’en dirai pas plus.

Ce roman est composé de multiples témoignages, que ce soit ceux des habitants, des soldats, des liquidateurs, des témoins, des déplacés… Tous ces témoignages sont ceux et celles des suppliciées de Tchernobyl.

Ceci n’est pas une fiction, rien n’est romancé, ce sont des témoignages bruts. Les gens racontent, se souviennent et chaque récit semble plus glaçant que le précédent.

Ces villages vidés de tous leurs habitants, où sont resté uniquement les animaux domestiques. Tout ces gens qui pensaient revenir ensuite et qui sont parti avec le minimum…

Certains sont revenus, en douce, pour cultiver leur jardin, reprendre leurs affaires. Ou voler ce que les militaires enterraient, les objets contaminés… Sans penser qu’ils allaient se contaminer encore plus.

Les dirigeants ont sacrifiés les populations et les liquidateurs envoyés sur le toit pour enlever le graphite, sans protection.

Parfois, on leur en donnait, mais puisque les chefs minimisaient les effets et payaient bien, les hommes y sont allés, le cœur léger, les tire-au-flanc étant très mal vu, chez eux. Ils avaient une autre mentalité, ils servaient la patrie, ils obéissaient et surtout, la vodka coulait à flot, alors, il ne pouvait rien leur arriver de grave !

Avec le recul et les maladies arrivant, bien des soldats ou des liquidateurs, comprendront les risques qu’on leur a fait prendre au mépris de tout danger. Les roubles qu’on leur donnait en plus, les salaires triples, ne valaient pas les conséquences qu’ils ont subis ensuite.

Il fallait ne rien dire, mettre une chape de plomb sur l’incident (un incident, rien de plus) et brosser les merdes sous les tapis. C’est ce qu’ils ont fait et on devrait les en remercier, car ils ont pris des risques énormes pour les autres.

Le problème étant que la radioactivité, ça ne se voit pas, ça n’a pas d’odeur, alors, comment y croire ? Comment arriver à comprendre qu’il ne faut pas manger les fruits de son verger, cultiver sa terre ou boire le lait de sa vache ?

Les différents témoignages sont bouleversants, ils sont bruts de décoffrage, ils expriment la souffrance, l’incompréhension, les départs pour d’autres lieux, la perte de tout, ainsi que l’exclusion par les autres, puisqu’ils venaient de la zone.

Durant ma lecture, l’émotion m’a souvent submergée, me forçant à faire des pauses et à lire autre chose, afin de ne pas sombrer totalement.

Ceci n’est pas un roman, ni une fiction, ce sont des portraits de gens réels, de personnes fracassées, arrachées à leurs terres, à leurs vies. Des gens que l’on a sacrifié, des vies que l’on a considérées comme sans valeur. Des victimes à qui on a jamais donné la parole.

Ce sont aussi des soldats (liquidateurs) qui ont été envoyés en première ligne, sans connaître vraiment les risques et certains, même en les connaissant, on tout donné, afin d’épargner des vies. Des liquidateurs qui ne savaient pas qu’ils étaient déjà morts, à force de respirer et de manger des röntgens.

Dame Ida va encore me traiter de « Glauque-trotter » et elle n’aura pas tort…

Pourtant, je ne regrette pas d’avoir osé lire ce recueil de témoignages afin de savoir, de rendre un hommage silencieux à ces femmes, à ces hommes, ces enfants, morts ou déplacés, ces gens à qui on n’a rien voulu dire. À ces gens dont on ne parle jamais.

Et puis, malgré le fait que j’avais 10 ans lors de la catastrophe, il ne m’en restait aucun souvenir, comme si ma mémoire avait tout oublié. On ne peut pas oublier.

Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Biélorussie).

Sara : Steve Epting et Garth Ennis

Titre : Sara

Scénariste : Garth Ennis
Dessinateur : Steve Epting
Traduction : Thomas Davier

Édition : Panini Comics – Best of Fusion Comics (2020)

Résumé :
Nous sommes en Russie pendant l’interminable hiver 1942, et nous suivons le sniper soviétique Sara, tandis qu’elle résiste aux envahisseurs nazis avec ses camarades.

Les femmes du campement sont isolées dans un baraquement à part et l’unité repousse vaillamment l’ennemi, mais pour combien de temps ?

Une histoire complète inspirée d’une histoire vraie.

Critique :
Russie, 1942. Il fait un froid glacial, il y a de la neige, les Allemands on envahi le territoire russe et ces derniers se défendent avec acharnement, même les femmes. Dans ce camp, toutes les femmes sont des tireuses d’élite, des snipers.

Lorsque j’ai commencé à lire cette bédé, aux infos, on parlait toujours de covid et l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes n’avait pas encore eu lieu.

Laissons le présent sur le côté durant un moment et partons 80 ans en arrière en URSS.

Sara est une sniper, au même titre que ses collègues Mari, Nata, Katrina, Vera, Lydi et Darya. La vie est dure, elle ne fait pas de cadeaux et elles n’en feront pas non plus.

Dans cet album, qui s’inspire de faits historiques et des faits de guerre de la sniper Lioudmila Pavlitchenko (qui compte environ 300 morts à son actif), ce sont les femmes qui sont mises à l’honneur.

Les hommes ne sont pas loin, ils les entourent, certains lancent des plaisanteries graveleuses, un chef espérera même une faveur sexuelle en échange de renseignements, mais tous finiront le bec dans l’eau, ou avec la queue en berne. Sara est plus glaciale qu’un iceberg. Vera, elle n’hésite pas à torturer les soldats allemands.

Oui, l’histoire est assez violente, les balles fusent, elles font mouche, les soldats allemands tombent, les russes aussi et malheureusement, dans la troupe d’élite des filles, ce sera pareil. La guerre n’est pas un jeu, ni un sport, ni un amusement.

Le côté historique est bien rendu, les auteurs ayant pris soin des détails sur les uniformes, sur le matériel utilisé, sur la mentalité des différents personnages, mettant l’accent sur le côté mère patrie des Russes qui obligent les soldats à se dépasser, à donner leur vie pour leur mère patrie, pendant que les gradés restent le cul à l’abri, sont incompétents et corrompus.

On s’est battus toute la nuit, on veut aller se coucher et ne jamais nous réveiller, mais il faut qu’on écoute cette petite merde ? Nous dire qu’on a fait du bon travail dans une bataille dont il ne s’est même pas approché.

— On est censées tuer un tireur d’élite. Mais tu refuses d’admettre ce qu’on affronte vraiment. Tu refuses d’admettre que nous avons des connards incompétents et corrompus derrière nous. Tu veux que je te dise comment gagner, mais tu fais toujours ta prude avec ma petite astuce des grenades ?

Ces mêmes dirigeants, cette bande de salopards, qui ne se sont pas privés de tester le patriotisme de leurs populations de la plus abjecte des manières qui soit. Et même si Sara le sait, elle doit toujours les servir, continuer à tuer, à se battre pour la mère patrie.

Les cases sont grandes, dans les premières pages, on a souvent deux cases par page, ce qui laisse la place pour les détails, les expression de visages, pour poser les décors. Le nombre de pages (152 pages) permet aussi aux auteurs de ne pas aller trop vite, de laisser leur récit aller à son rythme, sans pour autant qu’il soit trop lent.

Le dosage entre les acènes d’action et de guet est subtil, l’équilibre est parfait entre les récits de guerre et ceux des femmes, lors de leur retour au camp. Le récit fera quelques aller-retour dans le temps, nous montrant des scènes avant que l’on n’en sache plus sur l’entièreté de cette dernière.

Le final est monumental, sans pour autant être celui d’un blockbuster. Il est calme, empreint d’intelligence de la part de Sara afin de piéger le tireur d’élite allemand. Pas de folie, un plan simple, génial et machiavélique.

Un comics bourré d’émotions, sans jamais en faire trop et sans voyeurisme. Un récit de guerre glacial et glaçant où ce sont les femmes qui sont les héroïnes, laissant les hommes sur le côté, leur damant le pion.

Excellent !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°164].

Le Messie du Darfour : Abdelaziz Baraka Sakin

Titre : Le Messie du Darfour

Auteur : Abdelaziz Baraka Sakin
Édition : Zulma (2016)
Édition Originale : Masīḥ Dārfūr (2012)
Traduction : Xavier Luffin

Résumé :
« C’était la seule à Nyala et sans doute même dans tout le Soudan à s’appeler Abderahman. »

Avec son prénom d’homme et sa cicatrice à la joue, terrible signe de beauté, Abderahman est la fille de fortune de tante Kharifiyya, sans enfant et le cœur grand, qui l’a recueillie en lui demandant de ne plus jamais parler de la guerre. De la guerre, pourtant, Abderahman sait tout, absolument tout.

C’est un jour de marché qu’elle rencontre Shikiri, enrôlé de force dans l’armée avec son ami Ibrahim. Ni une, ni deux, Abderahman en fait joyeusement son mari. Et lui demande de l’aider à se venger des terribles milices janjawids en en tuant au moins dix.

Formidable épopée d’une amazone de circonstance dans un monde en plein chaos, le Messie du Darfour est une histoire d’aventure et de guerre, une histoire d’amitié et de vengeance qui donne la part belle à l’humour et à la magie du roman.

Critique :
♫ Pour vouloir la belle musique ♪ Soudan mon Soudan ♫ Pour un air démocratique ♪ On t’casse les dents ♫

À la lecture de ce roman, on comprend que l’auteur ait dit l’avoir écrit afin d’expulser sa peur de la guerre…

Cette lecture, je la dois à ma copinaute Rachel. Voulant découvrir l’auteur avant notre LC, j’ai tenté le coup avec ce roman inclassable et bizarre et ça a matché entre nous.

Pourtant, ce n’était pas gagné ! Déjà, il y a peu de dialogues, l’auteur écrivant les paroles des personnages en les intégrant dans le récit. Habituellement, je déteste ça, ça me pompe l’air.

Là, il m’a fallu un certain temps avant de me rendre compte que les dialogues étaient quasi inexistants. Un bon point si je ne l’ai pas remarqué de suite, cela veut dire qu’ils étaient bien intégrés au texte.

Le récit semble suivre une ligne bien à lui, pas vraiment de fil rouge entre les récits, si ce n’est qu’ils sont arrivés à des personnages du récit, à des époques différentes et qu’ils permettent d’éclairer la situation politique du Soudan, ainsi que les années de guerre, les massacres, les exactions des rebelles, les différentes ethnies, la situation géopolitique du pays, l’antagonisme entre les Noirs et les Arabes, le racisme, l’esclavagisme…

Le Darfour est complexe, faut pas croire que vous comprendrez tout de cette région après avoir lu le roman, mais cela vous éclairera un peu. Sachez que cet auteur s’est exilé et que ses écrits sont interdits au Soudan. Là-bas, ils circulaient sous le manteau.

Dans ce roman, il n’y a pas de choses joyeuses, certains passages sont assez durs, violents et l’on donnerait bien n’importe quoi pour que jamais cela ne nous arrive. Malgré la dureté de ces scènes, l’auteur évite le voyeurisme et le pathos.

L’écriture de l’auteur est belle, c’est un excellent conteur, même si, de temps en temps, on ne sait pas trop où il va nous conduire, ni ce que cache la partie avec le messie. Cette partie-là est un peu plus mystique. Plus déroutante.

Mon bémol sera que ce roman donne l’impression que l’auteur n’est pas allé au fond des choses, qu’il a lancé beaucoup de pistes, sans jamais aller les terminer, ou les explorer un peu plus.

Cela donne une impression d’avoir survolé les choses, les faits, l’Histoire du Soudan et que le tout n’a pas été achevé… Dommage, il y avait tant à nous apprendre.

Bizarrement, malgré ce bémol, j’ai apprécié ma lecture (oui je sais, cherchez pas docteur) et que je compte bien découvrir l’autre roman de cet auteur.

À vous de voir si vous l’ajouterez à votre wish ou si vous passerez votre chemin. Pour ma part, je ne suis pas mécontente d’avoir ajouté un auteur soudanais à mon planisphère. J’ai trop peu d’auteurs africains dans mes biblio et je tente de corriger cela, lentement, mais sûrement.

Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Soudan).

Le Monde sans fin, miracle énergétique et dérive climatique : Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain

Titre : Le Monde sans fin, miracle énergétique et dérive climatique

Scénariste : Jean-Marc Jancovici
Dessinateur : Christophe Blain

Édition : Dargaud (29/10/2021)

Résumé :
La rencontre entre un auteur majeur de la bande dessinée et un éminent spécialiste des questions énergétiques et de l’impact sur le climat a abouti à ce projet, comme une évidence, une nécessité de témoigner sur des sujets qui nous concernent tous. Intelligent, limpide, non dénué d’humour, cet ouvrage explique sous forme de chapitres les changements profonds que notre planète vit actuellement et quelles conséquences, déjà observées, ces changements parfois radicaux signifient.

Jean-Marc Jancovici étaye sa vision remarquablement argumentée en plaçant la question de l’énergie et du changement climatique au coeur de sa réflexion tout en évoquant les enjeux économiques (la course à la croissance à tout prix est-elle un leurre ?), écologiques et sociétaux.

Ce témoignage éclairé s’avère précieux, passionnant et invite à la réflexion sur des sujets parfois clivants, notamment celui de la transition énergétique.

Christophe Blain se place dans le rôle du candide, à la façon de son livre « En cuisine avec Alain Passard » et de « Quai d’Orsay » signé avec l’expertise d’un coauteur : un pavé de 190 pages indispensable pour mieux comprendre notre monde, tout simplement !

Critique :
Jamais je n’aurais pensé que j’utilisais autant de ressources différentes lorsque je me brossais bêtement les dents devant le miroir…

L’empreinte carbone est lourde pour fabriquer du sorbitol, du plastique, le verre réfléchissant du miroir, transporter le tout, le raffiner… Stop, n’en jetez plus !

Ce geste tout simple, nécessaire pour l’hygiène dentaire (éviter les caries et l’haleine de chacal) entraine une utilisation phénoménale de machines. Le smartphone, c’est encore pire.

Ce roman graphique est comme une enquête grandeur nature : les armes du crime sont les énergies fossiles et les coupables, les machines, grandes consommatrices de ces énergies. Machines qui sont, bien entendu, sous les ordres de nous, les êtres humains qui en avons grand besoin.

Le graphisme m’a bien plu, j’ai apprécié les pages avec des dessins minimalistes, il n’y avait pas besoin de plus, le poids des mots suffisait à expliquer dans quelle merde nous nous trouvons et que ça ne va pas s’arranger avec le temps, que du contraire…

Il y a énormément à lire, c’est limite indigeste, tant il y a des informations dans cette bédé, c’est pour cela que j’ai fractionné ma lecture, afin d’éviter la surchauffe de mon pauvre cerveau (on est sur un album de 193 pages !).

Attention, ce n’est pas une critique, cette abondance de textes, de dialogues, de chiffres, d’informations… Que du contraire, c’est bénéfique, on comprend mieux les problèmes, on remarque qu’ils sont plus complexes que d’accuser les proutes des vaches de tous les maux (en fait, ce sont leurs rots). Nous sommes tous coupables, certains plus que d’autres.

C’est très bien expliqué, mais effectivement, si j’arrive à retenir ne fut-ce que le quart de la moitié du dixième et à le ressortir pour briller en société, je pourrai m’estimer heureuse.

Je pourrai toujours leur dire que l’on pense s’enrichir avec la croissance alors qu’on s’appauvrit. Le PIB n’est pas l’indicateur unique, ce n’est pas lui qui nous rend heureux, la croissance non plus. Ainsi que les énergies dites renouvelables (non carbonées, donc), sont incapables de remplacer les énergies fossiles…

Les conséquences d’un réchauffement climatique sont bien expliquées, sans que l’on se luxe le cerveau en tentant de le comprendre. Les dessins aident aussi, ils sont ludiques et bien pensés.

Le nucléaire sera expliqué, ses avantages comparés à des énergies non carbonées comme les éoliennes et les panneaux solaires, leur place prise dans l’environnement (tout à l’éolien est impossible, il en faudrait partout), mais aussi l’accident de Tchernobyl…

Bref, c’est hyper intéressant, super instructif et je suis allée me coucher avec le cerveau plus lourd, moins bête, mais ne me demandez pas de vous faire une conférence sur le sujet, j’en serais incapable (à moins de pouvoir lire le livre à voix haute).

Dans cette bédé, on ne vous dira pas d’arrêter de manger de la viande, non, juste en manger moins, de revaloriser le travail des agriculteurs, de revenir à des circuits plus courts, à des produits moins transformés…

Pas d’agribashing, pas de chapeau non plus à faire porter à ceux qui ont été là avant nous, la responsabilité est sur chacun, nous sommes, nous aussi, des consommateurs qui consommons trop. Il faudrait acheter moins, se servir plus longtemps des objets, faire en sorte qu’ils puissent être réparés,…

On nous explique aussi que ce n’est pas si facile que ça de changer tout, qu’il faut le vouloir et le faire intelligemment, alors que nous nous concentrons souvent sur des choses qui n’en valent pas la peine ou qui ne résoudront pas le Schmilblick.

Impossible de parler de tout dans cette pauvre chronique qui aura un bilan carbone lourd (mince alors), mais une chose est sûre : c’était très instructif !

Une enquête énorme où les coupables sont nombreux et les victimes aussi… C’est pas demain la veille qu’un Columbo viendra arrêter tout ce petit monde.

Comme disait l’autre « Nous étions face à un précipice, aujourd’hui, nous avons fait un grand pas en avant »… Et on va valser la gueule dedans…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°129] et Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°11].

American predator : Maureen Callahan

Titre : American predator

Auteur : Maureen Callahan
Édition : Sonatine (04/11/2022)
Édition Originale : American Predator: The Hunt for the Most Meticulous Serial Killer of the 21st Century (2019)
Traduction : Corinne Daniellot

Résumé :
C’est l’un des tueurs en série les plus terrifiants des États-Unis. Il a réellement existé, et pourtant, vous ignorez son nom… Pour l’instant.

Anchorage, sur les rivages glacés de l’Alaska. Dans la nuit du 2 février 2012, la jeune Samantha Koenig termine son service dans un petit kiosque à café, battu par la neige et le vent.

Le lendemain, elle n’est toujours pas rentrée chez elle. Une caméra de vidéosurveillance apporte vite la réponse : on y voit clairement un inconnu emmener l’adolescente sous la menace.

Commence alors une véritable chasse à l’homme, qui permet au FBI de mettre la main sur un suspect potentiel, Israel Keyes. Un homme qui semble pourtant au-delà de tout soupçon, un honnête travailleur, vivant seul avec sa fille.

À travers une enquête digne des meilleurs thrillers, Maureen Callahan retrace le parcours meurtrier d’un prédateur au modus operandi glaçant qui a sévi durant des années sur l’ensemble du territoire américain, sans jamais être inquiété.

Véritable voyage au cœur du mal, American Predator décrypte les rouages angoissants d’un esprit malade et ceux, grippés, d’une machine policière empêtrée dans ses luttes internes. Un périple sauvage, aux confins de la folie.

Critique :
Un tueur silencieux, invisible, inconnu, jamais soupçonné, qui frappe au hasard, sans jamais avoir de profil type pour ses victimes…

Non, il ne se prénomme pas Monoxyde de Carbonne, mais tout comme lui, il vous frappe soudainement. La différence est que vous allez souffrir avant de mourir…

Ma frangine a eu une excellent idée de m’offrir, pour ma Noël, le American Predator.

Bonne idée, excellente, même, car je pensais connaître la plupart des serial killer américain. Loupé, il y en avait un qu’on ne connaissait pas.

Ceci n’est pas un roman policier, une fiction, mais une histoire vraie, à ne pas mettre dans les mains des gens les plus sensibles, même si une grande partie du gore nous sera épargnée, le tueur préférant ne pas tout dire. L’imagination fait son boulot et c’est encore pire.

Maureen Callahan, l’autrice, a minutieusement recoupé ses sources, fait un travail journalistique fou, titanesque, écoutant des enregistrements, lisant des retranscriptions, avant de nous livrer la quintessence de son travail dans ce roman glaçant.

Nous ne sommes pas au temps reculé des présidents Lincoln ou Washington, mais dans cette Amérique de 1980, il est possible de ne pas déclarer ses enfants à l’état civil, de ne pas les envoyer à l’école, ni chez le médecin, de déménager souvent, tout en passant sous tous les radars. Big Brother faisait dodo ?

En tout cas, les enfants n’ont pas conscience qu’ils loupent tous les plaisirs enfantins, vivant en quasi autarcie, sans aucun regard sur le Monde, comme s’ils vivaient dans une grotte. Comme des Amish, des Mormons et autres congrégations religieuses strictes auxquelles ils adhéreront au fil des ans.

Israel est un tueur méticuleux, il sait comment échapper aux radars, circuler sans laisser de traces numériques, planquer des kit de meurtres, se débarrasser des cops et on en vient à se demander comment, dans une Amérique post 11 septembre 2001, un homme qui vit chichement peut se payer des billets d’avion et circuler avec des armes démontées dans ses bagages.

La psychologie d’Israel est complexe, il n’a aucun remords, joue avec les agents du FBI, avec le procureur, qui ne s’en rend même pas compte. Encore une aberration avec ce procureur qui mène les interrogatoires, alors qu’il est bien expliqué dans le livre que ce n’est pas permis, que cela pourrait faire tomber le procès, même avec un avocat débile sortant de l’école.

Face à un prédateur à l’état pur, on se liquéfie, en tant que lecteur. Les agents, eux, doivent rester zen, ne rien montrer et tenter de faire copain avec lui, afin de lui tirer les vers hors du nez, sinon, ils devront le relâcher.

Israel est un bon travailleur, un bon père, il fut un bon soldat. Bref, rien ne laissait présager qu’il était un terrible prédateur à l’affut de multiples victimes. Un véritable Janus à deux visages, à multiples personnalités.

Le plus troublant, le plus glaçant, c’est qu’on ne saura jamais le nombre de victimes de Keyes. Le secret sera gardé par lui et il sera impossible d’être sur à cent pour cent qu’une personne disparue a croisé sa route un jour.

L’homme est imbu de sa personne, joue avec les flics, le FBI, a des demandes précises, se comporte tel un enfant exigeant, mais derrière cette façade, c’est un psychopathe qui joue avec les autres, comme un chat avec une souris, laissant croire qu’il va lâcher du lest.

Vous ne connaîtrez pas le point de vue des familles des victimes, le roman documentaire se contentant de rester du côté des enquêteurs et du tueur (on ne saura pas ce qu’il se passe dans sa tête, hélas).

Cela rend le récit encore plus glaçant, plus impersonnel, sans chaleur aucune et avec peu de dialogues. Pas d’inquiétude, cela marche super bien avec ce genre de récit. Je l’ai dévoré en deux jours, sans problèmes.

Comme quoi, il est possible de garder ses distances avec les personnages, même ceux des enquêteurs, et de vibrer quand même.

À réserver tout de même aux passionnés de criminalité, aux férus de serial-killer, aux amateurs de psychologie criminelle ou à tous ceux et celles qui voudraient en savoir plus sur ce tueur en série qui fut bien moins médiatisé que les autres et était inconnu.

Un excellent roman réaliste, une brillante enquête réalisée par l’autrice sur Keyes et moi, je remercie ma frangine pour ce cadeau parfait !

“Tous les psychopathes ne sont pas des tueurs en série, mais tous les tueurs en série sont des psychopathes […]”

“L’ensemble de la psychologie criminelle et judiciaire demeure hanté par une question fondamentale : est-ce qu’on naît psychopathe ou est-ce qu’on le devient ?”

Si un tueur comme Israel Keyes existe, cela signifie que quelqu’un de plus diabolique encore suivra.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°115].

Mauvaise réputation – Tome 1 – La véritable histoire d’Emmett Dalton : Antoine Ozanam et Emmanuel Bazin

Titre : Mauvaise réputation – Tome 1 – La véritable histoire d’Emmett Dalton

Scénariste : Antoine Ozanam
Dessinateur : Emmanuel Bazin

Édition : Glénat (02/06/2021)

Résumé :
« Qui nous sommes vraiment, nous les Dalton « . 1908. Oklahoma. Emmett Dalton n’est plus un criminel depuis longtemps. Il a payé sa dette à la société, il se contente d’une existence discrète et tente même parfois de visiter l’église pour prier – sans trop de succès pour cette dernière activité.

Aussi lorsqu’un producteur de cinéma lui propose de participer à l’écriture d’un film consacré aux méfaits de sa légendaire fratrie, il se méfie, refuse, puis réalise finalement qu’une chance lui est offerte : évacuer le mythe, rétablir un semblant de vérité et sauver la réputation de sa famille.

Les quatre frères Dalton ne sont pas nés hors-la-loi. Au contraire ! Ils ont tous endossé le rôle de Marshal à l’aube de leurs carrières, et c’est n’est pas de plein gré qu’ils ont plus tard embrassé des vies de fugitifs…

Qui d’autre qu’Emmett, seul survivant, pour déterrer ces douloureux souvenirs et conter sans hypocrisie la véritable histoire des Dalton.

Critique :
Tout le monde connaît les Dalton, ils sont bêtes et méchants. On connaissait moins les aventures de leurs illustres cousins, juste que c’était Lucky Luke qui les avait mis hors d’état de nuire.

Faites table rase de ce que vous savez sur ces bandits, l’Histoire n’est peut-être pas celle que l’on nous a racontée… Même si elle était bourrée d’humour.

Les planches sont faites d’aquarelles et si au début j’ai eu un peu de mal avec elles, au fur et à mesure de ma lecture, je m’y suis adaptée, trouvant les dessins des visages très bien exécutés. Les couleurs sont assez claires, sobres.

Ce premier album nous raconte la véritable vie du gang Dalton, par l’entremise d’Emmett Dalton, le dernier survivant. Il va raconter leur vie à un producteur de cinéma et, bien que la fiction se même sans doute à la réalité, les frères Dalton sont des gars bien sympathiques dans cet album. N’ayant pas été lire la vérité vraie, je ne puis me prononcer.

N’ayant pas le crime dans le sang, nos frangins étaient même des marshal, au service de la loi. Hélas, représentant de la loi, ça ne paie pas bien son homme et les Dalton quitte leur boulot pour devenir cow-boy.

Quelques combines pas très légales, le vol bête de l’argent du poker suite à des tricheries de la part des autres joueurs et voilà nos frères engagés sur le mauvais côté de la route, sans pour autant que cela soit irrémédiable ou catastrophique. C’est léger comme conneries, pas de quoi en faire des bandits.

Là où tout fout le camp, c’est lorsqu’on les accuse de l’attaque du train de la Wells Fargo et qu’eux ne se laissent pas faire. Normal, lorsqu’on se trouve à l’autre bout du pays et que personne ne veut écouter votre alibi, il y a de quoi être vénère.

C’est plus du western mélancolique, crépusculaire, que du western bang bang. Les flash-back sont bien intégrés dans le fil de l’histoire, les cases de souvenirs s’insérant dans celles du récit de manière harmonieuse.

Un belle bédé western qui se fait témoignage prenant, nostalgique et qui donne un autre éclairage sur les frères Dalton, loin de l’interprétation amusante de Morris dans Lucky Luke, remettant la banque au milieu du village et nous montrant que parfois, des gens biens, peuvent devenir hors-la-loi plus vite que leur ombre, suite à des injustices ou pour tout simplement pour manger à leur fin.

Vivement la suite de ce témoignage d’Emmett Dalton !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XXX], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 78 pages).