6. Sherlock Holmes – Qui a dit « Sale caractère » ? [Part 2]

Conan Doyle, Basil Rathbone, Vassili Borissovitch Livanov, Jeremy Brett, Robert Downey Jr et Benedict Cumberbatch

Je vous parlais dans un autre passage, du côté obscur de Holmes qui avait déjà libéré un voleur et un assassin. Pourquoi ? Oh, ce n’était pas sans raison !

Holmes nous avait avoué que, une ou deux fois dans sa carrière, il avait senti qu’il commettait plus de mal en découvrant le criminel que ce dernier n’en avait fait par son crime.

C’est un homme qui peut pardonner les vengeances personnelles des autres comme ici, dans « Le pied du diable » (DEVI) :

– Je n’ai jamais aimé, Watson, mais si j’aimais et que la femme que j’aimais mourrait de la sorte, je pourrais fort bien me comporter comme notre chasseur de lions. Qui sait ?

Sherlock nous avouera aussi que, bien que ne pesant pas lourd sur sa conscience, il se sentait indirectement responsable de la mort du docteur Roylott dans « Le ruban moucheté » (SPEC).

— Il n’y a pas de doute que je ne sois ainsi indirectement responsable de la mort du docteur Grimesby Roylott; mais je crois pouvoir affirmer, selon toute vraisemblance, qu’elle ne pèsera pas bien lourd sur ma conscience.

Petit rappel pour voir ceux qui ne suivaient pas hier : Holmes n’a jamais hésité à utiliser des méthodes illégales si la cause était juste à ses yeux (« Charles Auguste Milverton ») et il sait très bien qu’il aurait pu être un criminel très efficace s’il avait utilisé ses talents contre la loi, ce sur quoi Scotland Yard est bien d’accord (« L’interprète grec »).

Courageux, il n’hésite pas à prendre des risques pour s’introduire en cachette dans le château de Roylott dans « Le ruban moucheté ».

Holmes n’est pas un couard qui enverrait les autres au feu pendant que lui resterait à se la couler douce. Non, il va au feu et a justement des scrupules à faire courir aux autres un danger !

– Savez-vous bien, Watson, dit Holmes, tandis que nous étions assis tous deux dans l’obscurité qui commençait, que j’éprouve quelques scrupules à vous emmener ce soir. Il y a nettement un élément de danger.

Attention, s’il prête peu d’attention à sa sécurité quand son esprit est absorbé par une enquête, il sait très bien qu’il est « stupide » et non « courageux », de refuser de croire au danger quand il vous menace de près.

Peu intéressé par l’argent, il répond à Hélène (« Le ruban moucheté ») qui le prévient qu’elle ne pourra le payer que plus tard : « Ma profession est ma propre récompense » et ne lui demande que le remboursement de ses frais.

Pareil pour le rang du client qui lui importe peu. Il a déjà reclapé certains qui se prenaient pour sorti de la cuisse droite de Jupiter (« Un aristocrate célibataire »).

— J’ai entendu dire que vous aviez déjà eu l’occasion de vous occuper de questions délicates de cette nature, monsieur, bien qu’elles ne concernassent guère, je suppose, la même classe de la société.
— En effet, je régresse.
— Je vous demande pardon ?
Mon dernier client de la sorte était un roi.

Et paf dans sa gueule !

En fait, ce qui intéresse Holmes, c’est l’affaire, pas tellement le client.

Comme les producteurs avaient fait avec le docteur House qui se moquait bien de ses patients, pourvu qu’ils soient un cas intéressant !

Pour cette raison, il peut faire la fine bouche et refuser ce qui sort de l’ordinaire. Vis à vis des gens qui viennent le consulter, il est la dernière cour d’appel. La dernière personne vers qui se tournent les gens qui veulent de la discrétion ou qui n’osent pas aller voir la flicaille, car, professionnellement parlant, Holmes est le seul en Europe à posséder ces dons et cette expérience qu’il met au service des autres.

De plus, Holmes savait garder un secret et Watson n’a jamais publié les aventures dont il n’avait pas eu l’autorisation de Holmes. Soit qu’assez de temps ait passé ou que les clients soient décédés.

Par contre, il est très contrarié par tout ce qui vient distraire son attention et c’est pour cela il ne souhaite pas que deux affaires se chevauchent. Comme tout un homme : une chose à la fois !

« Une intense concentration mentale a le pouvoir étrange d’anéantir le passé« , dit-il.

Mais bien qu’occupé avec l’affaire des persécutions dont le célèbre millionnaire du tabac, John Vincent Harden, était la victime, Holmes ne laissa pas Violet Smith sans secours dans « Le cycliste solitaire » (SOLI).

« Et pourtant, sans un manque de cœur qui était étranger à sa nature, il était impossible de refuser d’écouter l’histoire de cette grande et belle jeune femme, gracieuse et altière, qui se présenta tard dans la soirée à Baker Street et qui implora son assistance et ses conseils ».

À ceux qui le dirait « méchant », je répondrai que Holmes était dépourvu de cruauté, mais endurci à force de vivre dans le sensationnel.

Bien que son salon se soit rempli de clients, Holmes n’a jamais gardé de contact avec eux, sauf si ce fut caché au lecteur. Normal aussi, Holmes n’est pas ce qu’on peut appeler un « individu très sociable ».

À part Watson, il déclare ne pas avoir d’autres amis, hormis Victor Trévor qui fut son ami durant ses deux années d’université. Mais là encore, il ne semble pas avoir gardé de contact.

À part les clients pour des raisons professionnelles, il n’a jamais encouragé les visites.

Il n’est pas homme à nouer de nouvelles amitiés et préfère vivre dans la solitude et l’isolement. Même lorsque Watson n’habitera plus à Baker Strett, on ne peut pas dire qu’ils se voient souvent où que Holmes va lui rendre visite tous les dimanches.

Bref, un homme solitaire, loin de chez lui… ♪ « I’m poor lonesome consulting detective… » ♫

Si notre consulting detective fait parfois preuve d’insouciance et d’une veine mi-cynique, mi-humoristique, la dureté ou la méchanceté n’est pas dans sa nature.

Watson soulignera sa gentillesse et cette sorte de gaieté sinistre qui caractérisait ses meilleurs moments.

Holmes est remarquable par sa courtoisie et il est passé maître dans l’art de mettre les plus humbles à leur aise et possède presque un pouvoir hypnotique qui lui permet d’apaiser quand il le veut les clients les plus nerveux  ou les femmes apeurées.

Et, quoique certains pensent, il rit, sourit et plaisante fréquemment. Holmes n’est pas le dernier a faire une plaisanterie ou un tour à un client.

Plutôt ville ou campagne ? Holmes n’est plus le même sans la ville de Londres. La nature ne l’attire pas et la campagne bucolique ne fait pas partie de ses dons innombrables. Aucun attrait pour la campagne ni pour la mer, hormis à sa retraite où il se retirera dans le Sussex (Le Sussex, c’est coquin comme région !).

D’ailleurs, voilà ce que Holmes pensait de la campagne dans « Les hêtres pourpres » (COPP) :

– Est-ce assez frais et délicieux ! m’écriai-je avec tout l’enthousiasme d’un homme échappé aux brouillards de Baker Street.

Mais Holmes secoua gravement la tête.

– Savez-vous bien, Watson, me dit-il, que c’est un des travers des esprits comme le mien de ne jamais envisager les choses que du point de vue qui me préoccupe ? Quand vous regardez ces habitations éparpillées, vous êtes frappé par leur côté pittoresque. Quand je les regarde, moi, la seule chose que j’éprouve est le sentiment de leur isolement et de la facilité avec laquelle les crimes peuvent s’y commettre en toute impunité.

– Grand Dieu ! m’exclamai-je. En quoi ces vieilles demeures peuvent-elles vous faire penser à des crimes ?

– Elles m’inspirent toujours une sorte d’horreur indéfinissable. Voyez-vous, Watson, j’ai la conviction (conviction basée sur mon expérience personnelle) que les plus sinistres et les plus abjectes ruelles de Londres ne possèdent pas à leur actif une aussi effroyable collection de crimes que toutes ces belles et riantes campagnes.

– Mais c’est abominable ce que vous me dites là !

– Et la raison est bien évidente. La pression qu’exerce l’opinion publique réalise ce que les lois ne peuvent accomplir. Il n’est pas de cul-de-sac si infâme et si reculé où les cris d’un enfant martyr ou les coups frappés par un ivrogne n’éveillent la pitié et l’indignation des voisins, et là toutes les ressources dont dispose la justice sont tellement à portée de la main qu’il suffit d’une seule plainte pour provoquer son intervention et amener immédiatement le coupable sur le banc des accusés. Mais considérez au contraire ces maisons isolées au milieu de leurs champs et habitées en majeure partie par de pauvres gens qui n’ont autant dire jamais entendu parler du code, et songez un peu aux cruautés infernales, aux atrocités cachées qui peuvent s’y donner libre cours, d’un bout de l’année à l’autre, à l’insu de tout le monde. Si la jeune fille qui nous appelle à son secours était allée habiter Winchester, je n’aurais jamais eu aucune crainte à son égard. C’est parce qu’elle se trouve à cinq milles dans la campagne que je ne me sens pas tranquille. Et cependant, il est évident qu’elle n’est pas personnellement menacée.

Pour sa retraite, il se retira dans le Sussex, il s’adonnera entièrement à cette vie apaisante de la nature à laquelle il dit avoir si fréquemment aspiré pendant les nombreuses années passées dans les ténèbres londoniennes. Il regardera butiner ses abeilles… Une histoire de dard, en l’occurrence !

Malgré tout, sa retraite ne sera pas de tout repos pour son esprit puisqu’elle sera sujette à une enquête qu’il racontera lui-même, constatant par là que l’exercice n’est pas aussi facile qu’il le pensait ! (« La crinière de lion »). Lui qui avait souvent houspillé sur le fait que Watson parlait plus du côté « romancé » de l’histoire au lieu de parler des faits.

Son esprit lucide, froid, admirablement équilibré répugne à toute émotion en général et à celle de l’amour en particulier.

Il apparaît sans sentiment, saturnien et peu démonstratif. Ses émotions se sont émoussées à force de vivre dans le sensationnel.

« L’émotivité contrarie le raisonnement clair et le jugement sain » affirme-t-il dans « Le signe des quatre ».

« J’utilise ma tête, pas mon cœur » dans « Un illustre client ».

À suivre avec la conclusion, dans le foin…

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