Un bref instant de splendeur : Ocean Vuong

Titre : Un bref instant de splendeur

Auteur : Ocean Vuong
Édition : Gallimard – Du monde entier (07/01/2021)
Édition Originale : On earth we’re briefly gorgeous (2019)
Traduction : Marguerite Capelle

Résumé :
« Un bref instant de splendeur » se présente sous la forme d’une lettre qu’un fils adresse à sa mère qui ne la lira jamais.

Fille d’un soldat américain et d’une paysanne vietnamienne, elle est analphabète, parle à peine anglais et travaille dans un salon de manucure aux États-Unis. Elle est le pur produit d’une guerre oubliée.

Son fils, dont la peau est trop claire pour un Vietnamien mais pas assez pour un Américain, entreprend de retracer leur histoire familiale : la schizophrénie de sa grand-mère traumatisée par les bombes ennemies au Vietnam, les poings durs de sa mère contre son corps d’enfant, son premier amour marqué d’un sceau funeste, sa découverte du désir, de son homosexualité et du pouvoir rédempteur de l’écriture.

Critique :
Ce roman m’avait attiré avec sa belle couverture, son titre beau et énigmatique, son résumé et en plus, il avait recommandé dans l’émission de « La Grande Librairie » (dans la partie des libraires).

Un fils écrit une lettre à sa mère, lettre qu’il lui sera impossible de lire puisqu’elle est analphabète et ne comprend que le Vietnamien.

Le narrateur ne lui cachera pas grand-chose et on se dit qu’heureusement qu’elle ne lira jamais cette lettre dans laquelle son fils parle, entre autre, des coups qu’il a reçu de sa mère.

Je ne sais pas ce que la mère aurait pensé de la lettre de son fils, si elle avait su la lire, mais moi, je me suis ramassée une pelle dans la gueule, et pas dans le bon sens du terme.

Le récit est assez décousu, passant souvent du coq à l’âne. Bon, lors de nos conversations en famille ou entre amis, on saute aussi souvent sur tous les sujets, on divague, on s’éloigne du point de départ, mais si à l’oral, ça marche, à l’écrit, c’est plus confus.

Sans problèmes, j’ai réussi à m’en sortir avec ses digressions, à dérouler le fil de l’histoire, à identifier les membres de sa famille et à comprendre que lorsqu’il parlait du garçon, c’était de lui qu’il parlait, se mettant en scène à la troisième personne du singulier, sans doute pour prendre plus de distance avec le récit, vu que ce qu’il lui arrivait était assez violent…

J’ai apprécié les sujets abordés, assez disparates mais formant un tout cohérent avec le personnage principal : l’exil aux États-Unis, la guerre du Vietnam, le métissage, les syndromes post-traumatiques, l’homosexualité, la difficulté de trouver une place dans la société américaine, les brimades à l’école, te dur travail de sa mère pour s’en sortir, les drogues, le racisme des Blancs envers les plus basanés et celui des Vietnamiens envers les métissés, ceux qui sont trop Blancs pour eux.

Le racisme n’est pas l’apanage de l’Homme Blanc, la connerie existe partout et l’Humain ramène tout à une histoire de couleur de peau ou de race. On le ressent bien dans ce récit, avec la mère du narrateur, fille d’une Vietnamienne et d’un soldat américain.

Le racisme ambiant, qu’il soit au Vietnam ou aux États-Unis est très bien décrit, magnifiquement rendu. Avec peu de mots, peu de situation, l’auteur arrive à nous faire comprendre toute l’imbécilité des gens, quelque soit leur couleur de peau, leurs origines.

La chose qui m’a le plus cruellement manqué, dans ce récit qui avait tout pour me plaire, ce sont les émotions ! Une fois de plus, j’ai eu l’impression qu’elles étaient aux abonnés absents : là où certains passages auraient dû me mettre le cœur en vrac, il ne s’est rien passé, comme si l’écriture n’avait pas su rendre les émotions palpables.

Le manque de dialogues m’a manqué aussi, cela a sans doute contribué à cette impression d’écriture froide. L’auteur a sans doute mis ses tripes dans son roman, mais à aucun moment je ne l’ai ressenti.

Une fois de plus, c’est un rendez-vous manqué avec un roman qui a été salué et encensé par la critique… Si j’ai réussi à tenir le coup durant toute la moitié du roman, la seconde partie fut survolée tant je n’arrivais plus à m’accrocher au récit et à la plume de l’auteur.

Malgré des portraits forts dans ses personnages, malgré un récit qui avait tout pour me plaire, j’ai battu la campagne pendant les 130 dernières pages et me suis enlisée dans la fin du récit, alors que j’avais réussi à apprécier un peu le début du roman.

 

Sauver Mina : Catherine Cuenca

Titre : Sauver Mina

Auteur : Catherine Cuenca
Édition : Scrineo Jeune Adulte (10/06/2021)

Résumé :
Irak, 31 juillet 2014.

Amal, jeune yézidie de 16 ans, et sa demi-sœur Mina, 17 ans, préparent avec impatience leurs retrouvailles à l’occasion d’une fête familiale. Trois jours plus tard, leur vie bascule. L’État islamique attaque leur région du Sinjar et ses habitants yézidis, considérés par les djihadistes comme les adeptes d’une secte satanique.

Réfugiée dans la montagne avec son père, Amal échappe de peu au génocide tandis que Mina assiste au massacre des hommes de son village avant d’être capturée avec les autres femmes et réduite en esclavage sexuel.

Avertie du terrible destin de sa sœur, Amal s’engage aux côtés des combattantes kurdes des Unités de Défense des Femmes venues de Syrie pour lutter contre Daech. Elle n’a qu’une obsession: sauver Mina.

Critique :
Voilà une lecture dont j’ai eu du mal à écrire une chronique, tant elle m’a marquée dans ma chair et émue au possible.

Le sujet traité dans ce roman fait partie de ceux que l’on traite peu et dont on parle peu à la télé : le génocide des yézidis et le sort réservés aux jeunes filles et aux femmes de cette ethnie.

Comme dans d’autres génocides, on rassemble tout le monde, on sépare les hommes des femmes, on assassine les hommes en leur tirant dessus et après avoir séparé les mères de leurs filles, on transforme ces dernières en esclaves : elles feront le ménage, seront rabaissées plus bas que terre et violée par les hommes de l’État Islamique.

Pour eux, violer une sabiyya (esclave sexuelle) n’est pas un viol. Pourquoi ? Parce que ces décérébrés endoctrinés considèrent les yézidis comme impurs : l’ange majeur des Yezidis, Malek Taous, l’ange-paon, n’est autre que Sheitan ou Satan. Les djihadistes veulent donc les exterminer…

Oui, je sais que ces hommes ne valent pas la balle qui les transperce. Pourtant, c’est chaque jour que nous perdons l’un des nôtres en combattant ces fous qui agitent Dieu comme un étendard mais qui se rendent coupables des pires péchés en son nom.

De toute façon, les membres de l’état islamique s’arrangent toujours avec leur religion, leur morale, leur conscience : cela ne pose aucun problème de consommer en masse ce qu’ils interdisent aux autres musulmans, comme les drogues, les films pornos, l’alcool… Faite ce que je dis, pas ce que je fais…

Émotionnellement parlant, c’est une lecture très dure, émouvante, prenante, surtout pour les tripes. Le récit va alterner avec deux personnages majeurs : Mina et Amal, sa demi-soeur, qui sera transformée en esclave sexuelles pendant que Mina, elle, prendra les armes pour défendre les siens et retrouver Mina.

Ces deux sœurs sont des portraits magnifiques : Mina, parce qu’elle trouvera le courage que bien des hommes n’ont pas eu et Amal, parce que même esclave, elle essaie de ne pas perdre l’espoir et pensera à défendre des plus jeunes qu’elle.

Inspiré d’une histoire vraie, ce roman jeunesse aborde des sujets violents, même pour un adulte qui a beaucoup lu sur les horreurs perpétrées par des humains sur d’autres, malgré tout, nous ne sommes jamais blindé tout à fait et cette histoire m’a atteint droit dans le cœur, sans jamais sombrer dans le pathos vulgaire.

Malgré la violence de ce qu’il s’est passé dans le nord de l’Irak avec cette ethnie, l’autrice a su rester sobre dans les descriptions des horreurs commises à l’encontre de ce peuple qui a failli disparaître totalement.

Une lecture coup de cœur, mais une lecture dure puisque tirée d’histoires vraies et que nous savons depuis longtemps que le réalité est souvent pire que la fiction.

Il est dommage que l’on ne parle pas assez de certains génocides, car pour moi, tous doivent être condamnés et tous méritent qu’on en parle, qu’on les dénonce, quelque soit le nombre de victimes…

À lire pour en savoir un peu plus sur les exactions de Daech, même si elles ont lieu très loin de nos pays sécurisés où l’on râle pour des petites choses…

Je n’ai qu’un seul choix : la liberté ou la mort. Si je ne peux pas avoir la première, alors je veux la seconde. Car personne ne peut me faire prisonnière.

Mon cheval de bataille : Delphine Pessin

Titre : Mon cheval de bataille

Auteur : Delphine Pessin
Édition : Didier Jeunesse – Fiction (13/10/2021)

Résumé :
C’est un grand jour pour Arthur. Il assiste à un spectacle de voltige équestre, sa passion ! À sa grande surprise, l’un des chevaux sort du rang pour le saluer affectueusement.

Ce qu’il ignore c’est que ce cheval est spécial et sait détecter les personnes malades.
Quelques jours plus tard, tout bascule : Arthur fait un malaise…

Dans l’épreuve qui l’attend, le garçon pourra compter sur sa grande sœur. Pour mieux livrer bataille, elle a même quelques idées un peu folles…

Critique :
Pour moi, une LAL, c’était bêtement une Liste À Lire, rien de plus. Depuis cette lecture, ce ne sera plus aussi banal puisque c’est aussi l’acronyme de Leucémie Aiguë Lymphoblastique.

Oui, ce roman jeunesse parle de leucémie, de cancer chez les plus jeunes, chez les enfants… En l’occurence, dans ce roman, c’est Arthur qu’elle va toucher.

Malgré la dureté du sujet, jamais l’autrice ne sombre dans le pathos, le larmoyant ou l’excès : elle n’est pas là pour que vous fassiez un don à la recherche contre la leucémie. Nous ne sommes pas dans une soirée télé où il faut faire pleurer dans les chaumières pour obtenir plus de dons que l’année précédente.

Que du contraire, elle tente de montrer l’envers du décor, celui que personne ne voit, celui auquel personne ne songe : la famille du malade… Pas question de nous montrer des parents forts, qui font front, qui se battent avec une énergie qui semble inépuisable et où tout le monde est soudé, comme dans le meilleur des mondes.

Non, une maladie pareille qui touche un jeune garçon de 10 ans, ça fait voler en éclat une famille, ça donne l’impression à la mère qui porte son fils à bout de bras, que son mari ne fait rien pour l’aider et que son adolescente de fille prend le tout à la légère parce qu’elle blague avec son petit frère malade.

La maladie, ça rend les autres de la fratrie invisible, ça leur donne la haine contre cette invisibilité, ils ont la haine sur les autres élèves de l’école qui les regardent avec pitié, qui ne savent pas quoi dire ou quoi faire, qui sont maladroits face à celui ou celle qui doit affronter la maladie d’un proche, surtout si c’est un gosse.

Ce roman, c’est un container d’émotions brutes, c’est un récit traité avec finesse, avec des nuances, sans que l’on puisse porter jugement à l’un ou à l’autre, puisque chacun est persuadé d’agir comme il le faut, ou de ne pas trouver sa place, de ne pas trouver les mots qu’il faut. Chacun essaie de faire ce qu’il peut, mais ce n’est jamais assez ou ce n’est jamais bon.

Rien n’est facile… Personne n’est préparé à ça.

Vivianne, la grande sœur d’Arthur, en pleine crise d’adolescence, va partir en vrille : personne ne la comprend et elle a raison. Son amie essaie de l’aider, mais elle s’y prend mal et ce n’est pas de sa faute non plus… La maladie fait des ravages sur son passage et des dégâts collatéraux sont impossible à imaginer au départ. Sa mère aussi part en vrille dans son désir de tout contrôler, de protéger Arthur…

Lucas, enfant malade, qui arrive à blaguer alors qu’il en a déjà bien bavé, est un bel exemple de la résilience des enfants et de leur désir d’évacuer la pression avec de l’humour noir. Un personnage très lumineux, ce petit Lucas.

Les enfants aiment qu’on leur dise la vérité, qu’on ne leur cache rien, qu’on ne minimise pas leur maladie et qu’on leur explique exactement comment le traitement va se dérouler.

Si l’autrice évite l’écueil du pathos ou du larmoyant, je vous avouerai que j’ai eu quelques fois la gorge serrée, mais pas au moment du décès d’un petit malade. L’émotion m’a submergée dans des moments de bonheur, de complicité, lors d’une visite particulière et lors d’une marche… Intense niveau émotions !

Un magnifique livre qui aborde un sujet difficile tel que la maladie des enfants et leur extrême lucidité face à ce qui pourrait les cueillir au bout du chemin. Un roman jeunesse qui aborde les différents phases des traitements de chimio et leur impact que tout cela aura sur une famille.

Magnifique et tout en finesse !

Merci à Sharon d’en avoir parlé et de m’avoir donné envie de le lire !

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°95].

Nains – Tome 21 – Ulrog de la forge : Nicolas Jarry et Pierre-Denis Goux

Titre : Nains – Tome 21 – Ulrog de la forge

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Pierre-Denis Goux

Édition : Soleil (27/10/2021)

Résumé :
Suite à son refus de servir les intérêts du grand maître de Forge, Ulrog, fils ainé de Redwin, est accusé de trahison. S’il veut sauver sa tête : il doit acquérir une place au conseil de son ordre en remportant le tournoi du meilleur forgeron d’Arran.

Pour y parvenir, il a besoin d’un combattant exceptionnel capable de maîtriser son art. Il partira en quête de Jorun, son propre frère.

Critique :
Être « le fils de » n’est pas toujours un cadeau (sauf en politique). Et chez les Nains, être le fils de Redwin de la Forge n’est pas une sinécure ! Ulrog en sait quelque chose et son frère Jorun aussi.

L’ordre de la Forge fait partie de mes préférés, avec celui des Errants. En règle générale, j’y ai toujours trouvé de la profondeur scénaristique et mon quota d’émotions.

Une fois de plus, on se retrouve avec deux frères que tout oppose, qui ne se sont plus parlé depuis les lustres, deux frères dont l’un est talentueux et l’autre ne sait pas gérer sa colère et l’un a besoin de l’autre, absolument besoin !

On choisit ses copains, mais rarement sa famille, c’est bien connu. Pourtant, si Jorun est une sacrée tête de mule, un guerrier sans peur, possède un sale caractère et la haine envers les Terres d’Arran entières, il sait aussi écouter le murmure des talions et le plaisir d’un combat avec un adversaire digne de lui.

Oui, mais nous sommes au pays des Nains, dans l’Ordre de la Forge et quand un puissant veut le pouvoir absolument, il est prêt à tout pour l’obtenir, même à tricher, à se faire forger une arme par trois forgerons et à oublier que son fils est une brute épaisse sans diplomatie, sans distinction, bref, un chien enragé qui pourrait mordre la main de celui qui le nourri.

Les dessins de Pierre-Denis Goux sont excellents, dynamiques, rempli de détails, avec des décors somptueux et des combats dont les différents cadrages nous donneront l’impression d’être au cœur de l’action.

Depuis toujours, une grande partie des histoires, des personnages, des différentes sagas et des différents peuples sont liés ensemble et il serait temps que je relise toute la saga afin de bien tout remettre dans ma mémoire avant qu’un clash final n’arrive (ou juste pour  le plaisir de relire tous les albums).

Une fois de plus, c’est un bel album sur la fraternité, les liens du sang, que nous offrent les auteurs. Depuis le premier tome où l’on a découvert Redwin marmouse, ils l’ont fait évoluer, l’ont doté d’une famille, leur ont fait vivre des aventures palpitantes, remplies d’émotions et je me demande quelle sera l’étape suivante car là, on a un membre de la fratrie qui n’est pas content et je sais que quand lui n’est pas content, vaut mieux se barrer fissa !

Mais moi, je veux être aux premières loges pour voir comment tous les scénarios développés précédemment vont se conclure (si conclusion il y a), car je sens que l’heure est proche…

Un excellent album de l’Ordre de la Forge !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 60 pages).

Lorsque le dernier arbre : Michael Christie

Titre : Lorsque le dernier arbre

Auteur : Michael Christie
Édition : Albin Michel (18/08/2021)
Édition Originale : Greenwood
Traduction : Sarah Gurcel

Résumé :
D’un futur proche aux années 1930, Michael Christie bâtit, à la manière d’un architecte, la généalogie d’une famille au destin assombri par les secrets et intimement lié à celui des forêts.

2038. Les vagues épidémiques du Grand Dépérissement ont décimé tous les arbres et transformé la planète en désert de poussière. L’un des derniers refuges est une île boisée au large de la Colombie-Britannique, qui accueille des touristes fortunés venus admirer l’ultime forêt primaire.

Jacinda y travaille comme de guide, sans véritable espoir d’un avenir meilleur. Jusqu’au jour où un ami lui apprend qu’elle serait la descendante de Harris Greenwood, un magnat du bois à la réputation sulfureuse.

Commence alors un récit foisonnant et protéiforme dont les ramifications insoupçonnées font écho aux événements, aux drames et aux bouleversements qui ont façonné notre monde. Que nous restera-t-il lorsque le dernier arbre aura été abattu ?

Fresque familiale, roman social et écologique, ce livre aussi impressionnant qu’original fait de son auteur l’un des écrivains canadiens les plus talentueux de sa génération.

Critique :
En 2038, toute la Terre à connu le Grand Dépérissement : tous les arbres furent décimés et la planète est devenu un désert où il ne fait pas bon vivre.

Toute la Terre ?? Non, un petit village d’arbres résistent encore et toujours à l’envahisseur « désert » et cet oasis se trouve sur une île boisée au large de la Colombie-Britannique.

Cette dystopie est fort prenante, le début m’a aspiré littéralement dans cet univers où il ne fait absolument pas bon vivre, sauf si vous êtes pété de thunes.

Commençant en 2038, le récit va remonter l’échelle du temps pour nous présenter les ancêtres de Jacinda (dite Jake) Greenwood. Oui, ce sera une fresque familiale assez foisonnante et riche en aventures.

Malgré l’enthousiasme du départ, malgré l’écriture parfaitement calibrée de l’auteur, malgré le récit correctement construit qui remonte le fil du temps en nous éclairant sur le destin de la famille Greenwood, malgré les parallèles entre la famille et les arbres, malgré les personnages travaillés, il m’a manqué un petit quelque chose d’important dans ce récit : les émotions !

Que dalle, rien ressenti durant ma lecture, si ce n’est quelques unes, à certains moments, notamment la colère en voyant ses riches personnages qui viennent se ressourcer dans ce qu’il reste de forêt primaire avant de s’en retourner dans le monde dévasté pour le dévaster un peu plus…

Alors qu’en lisant et entendant les éloges fait à ce roman, je m’attendais à m’embraser tel un vieil arbre sec, et bien, ce ne fut pas le cas. Pourtant, ça avait bien commencé, j’étais happée par le récit et pas la remontée du temps.

À un moment donné, j’ai plutôt survolé certains passages devenus trop longs à mon goût, notamment lors de la cavale d’Everett.

M’attendant à lire un livre porté sur l’écologie ou du moins, sur les arbres, il m’a semblé que ces derniers n’étaient qu’une toile de fond, juste là pour parler des turpitudes de la famille Greenwood, dont les fondateurs ont commencé bien mal dans la vie avant que l’un des deux ne se hisse sur les hautes marches du capitalisme débridé et n’amasse du fric comme un arbre amasse la mousse et les champignons.

C’est donc mitigée que je ressors de cette lecture, sans doute parce que je m’attendais à autre chose et vraiment pas à ce que la saga familiale prenne autant dans place dans le récit, que j’aurais aimé être plus centré sur les arbres.

Même si, dans l’histoire, on comprend bien le mal que l’Homme leur fait en coupant à tort et à travers, en coupant à fond, comme s’ils allaient repousser de suite, grâce à une graine magique du druide Panoramix. Si Idefix avait lu ce roman, je pense qu’il aurait hurlé à la mort à chaque arbre tombé, à chaque forêt éradiquée…

Attention, je ne dis pas que ce roman est mauvais, loin de là, juste que nous nous sommes rencontré à un moment donné et qu’ensuite, nous nous sommes perdus de vue, avant de nous revoir et de passer un bon moment ensemble… Et ainsi de suite.

Je ressors donc de cette lecture mitigée, les longueurs l’ayant emporté sur les meilleurs morceaux (dommage). Sans oublier que le manque d’émotions ressenties a contribué à l’échouage de cette lecture, tel un arbre coupé et jeté dans un fleuve pour qu’il arrive à bon port, mais qui se perd en route.

Le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde – Écologie.

Petit pays : Gaël Faye

Titre : Petit pays

Auteur : Gaël Faye
Édition : Livre de Poche (2017)

Résumé :
En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups.

Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire.

Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé.

Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

Critique :
J’ai 10 ans et je suis insouciant… Voilà comment on pourrait résumer l’enfance de Gabriel au Burundi, fils d’un expat français et d’une mère rwandaise.

Nous sommes en 1992 et je n’ai pas besoin de vous faire un dessin pour ce qui va arriver en 1994, dans le pays voisin, le Rwanda…

Lui ne le sait pas encore, personne ne le sait, personne n’ose imaginer l’indicible qui va se produire dans deux ans, bien qu’il y ait des réfugiés Tutsis au Burundi, qu’il y ait déjà eu des pogroms, des assassinats et que l’ambiance entre les deux ethnies soit des plus tendues. Mais personne ne veut y croire.

Lire le récit de Gabriel est rafraichissant, découvrir son pays (le Burundi), les querelles d’adultes, le divorce de ses parents, aux travers de ses yeux d’enfant, apporte une richesse au récit que l’on aurait pas avec un adulte témoignant.

Lui, tout ce qui compte, c’est jouer avec sa bande de copains, voler des mangues, faire les 400 coups et garder cette amitié éternelle. Ainsi, lorsqu’un de ses amis commencera à faire copain-copain avec leur ennemi du quartier et à changer de comportement, s’enfonçant du côté obscur, Gaby ne saura plus quoi faire…

Comme dans la vie réelle, les amitiés enfantines sont rarement poursuivies à l’adolescence. Comme dans les romans du King qui mettent si bien en scène des bandes de gamins, on en a toujours l’un ou l’autre qui grandit plus vite que les autres, qui ne veut plus jouer à des jeux de gosses, qui devient adulte trop tôt…

Le récit est poignant, même si les descriptions des tueries nous seront épargnées, Gaby n’en ayant pas été témoin. Le récit que sa mère fera à la petite soeur de Gaël glacera à jamais son âme d’enfant et celle du lecteur par la même occasion.

Sans jamais sombrer dans le pathos, ce petit récit relatera une part d’insouciance de la jeunesse avant qu’elle ne sombre, elle aussi, du côté obscur de la Force. Le récit est simple sans être simpliste, Gaël et ses amis étant des gamins plein de malice et cette malice se ressent dans le récit, sauf dans la partie où ça commence à sentir la haine de l’autre.

Un récit bouleversant, tout en pudeur, tout en délicatesse. Poignant !

Sykes : Pierre Dubois et Dimitri Armand

Titre : Sykes

Scénariste : Pierre Dubois
Dessinateur : Dimitri Armand

Édition : Le Lombard (06/11/2015)

Résumé :
Lorsque « Sentence » Sykes pose le premier sabot dans ses collines natales, le jeune Jim Starret reconnaît immédiatement une légende de l’Ouest, digne des illustrés avec lesquels il a appris à lire.

Mais son nouveau héros n’est pas là lorsque la redoutable bande des Clayton assassine sa mère sous ses yeux.

Dès lors, Jim n’a plus qu’une obsession : rejoindre Sykes et participer à la traque. Il a déjà payé le prix du sang. Il ignore encore que ce sont ses démons qui forgent une légende du Far-West.

Critique :
La première planche est assez inquiétante : on y voit l’ombre d’un cavalier, sans que l’on sache si c’est un bandit ou un ami… En tout cas, elle illustre bien le calme avant la tempête.

Une fois de plus, nous sommes face à un western classique : des bandits, les Clayton, qui attaquent une ferme, qui assassinent, qui violent, qui ont des tas de cadavres derrière eux et un marshal, Sykes, lancé à leur poursuite, avec deux hommes pour l’aider.

Classique, oui, mais… Il y a quelques chose dans le regard blasé et fatigué de Sykes qui change tout. La soupe est vieille, certes, mais l’auteur avait le talent de la cuisiner autrement.

Sans courir, il prend le temps de nous présenter Sykes, de le faire rentrer dans sa chambre, de lui donner de l’épaisseur, de lui faire vivre un incident dans la ville où il a posé ses bagages.

Même dans le pistage de nos bandits, pas de galops effrénés, on va au pas, on suite la piste, on a la patience et l’intelligence de ne pas courir ventre à terre. On chevauche, mais on discute aussi et les dialogues sont aussi le sel de cette bédé.

Dans ce western crépusculaire, les salopards ne sont pas que les bandits, il y a aussi les gros magnats de la finance, les promoteurs, les politicards, qui veulent les terres des fermiers et qui sont prêt à tout pour les obtenir, même aux moyens extrêmes.

Les dessins sont réussis, c’est un régal pour les yeux, que ce soit les visages ou les décors grandioses de l’Ouest. L’agencement des cases est diversifié, peut nous donner de grands paysages en arrière-plan, ou des scènes sur deux cases l’une à côté de l’autre. En tout cas, c’est réussi en ce qui concerne les découpages et les couleurs.

Le scénario possède aussi quelques beaux moments, comme entre Sykes, marshal blasé par toutes ces années de fusillades, de morts, de vies fauchées et le jeune Jim qui regarde les armes à feu avec des étincelles d’envie dans les yeux et qui pense que la vie que Sykes a menée était une vie géniale.

Mon bémol sera pour le fait que le dénouement de cette poursuite est assez rapide. Trop rapide, même. J’avais pensé qu’en coursant le 5ème larron, nous aurions du rab, mais non, là aussi ce fut assez court, trop court et il a manqué quelques cases de plus afin de donner un rôle à ce fameux Révérend qui prêchait la violence ou lieu de la paix, ce mentor de la bande de Clayton.

Ce sera le seul bémol, tout le reste du final est conforme à l’Ouest, à nos deux hommes qui prennent de l’âge, à la fin d’une ère, de leur ère, celle des prairies remplies de bisons qui laissent place maintenant à de derricks tirant du pétrole.

Véritable western crépusculaire aux dessins magnifiques, Sykes donne un aperçu de ce qui arrive lorsqu’on regarde trop dans l’abîme, lorsque l’on continue de chasser sa baleine blanche, illustrée par tous les repris de justice du pays que l’on dégomme.

Qui vit par les armes périra par les armes et la mère du petit Jim avait bien raison, hélas. Les auteurs bouclent la boucle et le final est magnifique, même si empreint de tristesse.

La vie dans l’Ouest était dure, violente et la vie n’avait que peu de valeur face aux requins qui voulaient les terres que les premiers colons avaient prises lors de leur arrivée…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°63], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur. et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 75 pages).

Après l’incendie : Robert Goolrick [LC avec Bianca]

Titre : Après l’incendie ; suivi de Trois lamentations

Auteur : Robert Goolrick
Édition : Anne Carrière (2017) / 10/18 (2018)
Édition Originale : The Dying of the Light
Traduction : Marie de Prémonville

Résumé :
Diana Cooke est née avec le siècle. Dans une des plus belles maisons du Sud. Elle peut s’enorgueillir d’un patronyme qui remonte aux pères fondateurs de l’Amérique.

Mais cette maison, comme son nom, est lestée par deux dettes abyssales. La première est financière, et le seul moyen de s’en acquitter est au prix du sang : Diana doit se marier sous le signe de l’argent.

La seconde est plus profonde : la maison des Cooke et le prestige de leur nom de famille sont bâtis sur le plus noir péché du Sud, l’esclavage.

Et cette dette-là ne se rembourse que sous la forme d’une malédiction. La voici peut-être qui s’avance sous la forme du  » Capitaine  » Copperton.

Critique :
Le précédent roman de l’auteur, « Arrive un vagabond », m’avait transporté, m’offrant un coup de coeur livresque énorme. « Après l’incendie » me laisse un goût de cendres dans la bouche et n’aura pas tout dévasté en moi…

Premièrement, l’introduction est trop longue et bien trop bavarde ! À peine commencé que j’avais déjà envie d’arrêter là. Puisque j’étais en LC, j’ai poursuivi ma route, pensant que plus loin, le roman allait enfin me plaire.

Que nenni ! Même si j’ai apprécié certains passages et que je ne m’y suis pas ennuyée, tout le reste fut lu en diagonale, tant je trouvais les personnages insipides, inintéressants, mièvres et la trame scénaristique lourde comme une tapisserie du moyen-âge.

Le scénario est éculé : une jolie fille dont la famille était riche autrefois, qui participe aux bals des débutantes, afin de trouver un homme riche afin de sauver leur maison magnifique, Saratoga, anciennement possession de ses ancêtres esclavagistes.

Il y a toujours moyen de faire du neuf avec de l’ancien, de magnifier des scénarios vieux comme le Monde, de cuisiner une autre soupe avec les mêmes ingrédients, ou en les changeant.

Ce ne fut pas le cas ici. La soupe était insipide et j’ai eu l’impression de me forcer pour la boire en entier. Les personnages semblent stéréotypés, comme si on avait essayé de réunir un maximum de personnages différents dans un seul roman (le mari brutal, le fils à la limite du complexe d’Oedipe, le bel amant jeune, le bibliothécaire homo, la décoratrice moche mais talentueuse, le personnel dévoué à sa patronne). Aucun ne ressort vraiment, aucun ne marque les esprits.

De plus, le comportement du fils, dans le final, est totalement aberrant et la réaction de sa mère encore plus. Là, je n’ai pas tout compris, mais bon, je ne suis pas psychiatre non plus.

Anybref, tout ça pour vous dire que ce roman de Goolrick ne m’a pas emporté du tout, qu’il m’a fait bailler, que j’ai sauté des lignes, des pages, avant de le terminer et de le refourrer sur ma caisse de livres à porter dans une boîte à livres.

LC foirée pour toutes les deux puisque Bianca est sur la même longueur d’ondes que moi.

Les femmes n’ont pas d’histoire : Amy Jo Burns

Titre : Les femmes n’ont pas d’histoire

Auteur : Amy Jo Burns
Édition : Sonatine (18/02/2021)
Édition Originale : Shiner (2020)
Traduction : Héloïse Esquié

Résumé :
Dans cette région désolée des Appalaches que l’on appelle la Rust Belt, la vie ressemble à une damnation. C’est un pays d’hommes déchus où l’alcool de contrebande et la religion font la loi, où les femmes n’ont pas d’histoire.

Élevée dans l’ombre de son père, un prêcheur charismatique, Wren, comme sa mère avant elle, semble suivre un destin tout tracé.

Jusqu’au jour où un accident lui donne l’occasion de reprendre sa vie en main.

Ce premier roman inoubliable, qui dépeint la lutte de deux générations de femmes pour devenir elles-mêmes dans un pays en pleine désolation, annonce la naissance d’une auteure au talent époustouflant.

Un récit d’émancipation vibrant de beauté et de rage.

Critique :
Les Appalaches… Je n’y ai jamais mis les pieds mais j’ai l’impression de les connaître par coeur, tant je les ai découvertes au travers de la littérature.

Pas avec de la littérature joyeuse, mais au travers de la Noire, celle qui parle de conditions sociales miséreuses, de gens qui boivent, qui distillent leur alcool, qui se droguent, qui vivent chichement, certains étant à la limite des hommes des bois tellement ils vivent dans un isolement quasi total.

Ici, le patriarcat fait loi. Comme partout ailleurs, vous me direz… Oui, mais ici, c’est pire qu’ailleurs !

Comparées aux femmes qui vivent là-bas, nous sommes des reines pourvues de multiples droits car celles du livre n’ont souvent que le droit de la fermer et de se taire, tout en pondant des chiards et en s’occupant de leurs maris, pauvres petits gamins qui ont besoin d’une mère pour essuyer leur merde.

Dans ce récit, on se prend la ruralité de plein fouet. Et la religion dans la gueule. Les gens vont à l’église le dimanche et certains pratiquent encore le culte avec des serpents.

Bizarrement, même si les femmes sont résignées, ce ne sont pourtant pas des femmes faibles, sans volonté. Elles auraient voulu changer de vie, mais les montagnes des Appalaches ne leur ont pas permis de se libérer et celles qui voulaient foutre le camp se retrouvent mariées avec des enfants, vivant dans un mobile-home ou dans une cabane en rondins.

Ce qui marque le plus, dans ce roman noir profond, c’est la puissance des personnages, qu’ils soient adultes ou adolescente, comme Wren, la fille du manipulateur de serpent qui la garde dans sa cabane, perdue au fond des bois, régnant tel un dictateur sur ce petit territoire et sur deux sujets : son épouse et sa fille.

Malgré le fait que je ne me sois pas vraiment attachée à Wren, malgré le fait que le récit soit assez lent, qu’il n’y ait pas vraiment d’action, j’ai apprécié cette lecture en apnée, cette descente dans l’intimité de deux familles où les hommes ne foutent pas grand-chose et où ce sont les femmes qui portent tout à bout de bras.

Dans d’autres romans, je me serais ennuyée, mais ici, jamais. L’atmosphère est oppressante, sans jamais l’être trop et la construction du récit est intelligente. Si la première partie concerne le récit vu aux travers des yeux de Wren, les parties suivantes seront pour les récits de sa mère, Ruby et de sa meilleure amie, Ivy, avant de passer à Flynn, le moonshiner (il distille de l’alcool).

Ces différentes trames temporelles apportent un éclairage intéressant sur le récit, nous apporte des réponses sur le pourquoi ses deux femmes sont restées sur ces collines boisées, sur leur vie d’avant et d’après, leurs rêves…

Un roman puissant, sans pathos aucun, avec des personnages tout en nuance, désespérés, perdus, cherchant leur voie dans cette Rust Belt qui ne fait de cadeau à personne et n’offre pas du travail à tous. Alors on boit pour oublier, parce que c’est plus simple de se laisser porter par la vie, que d’être acteur de la sienne.

Un roman noir porté par une belle écriture, simple, sans fioritures, trempée dans une encre très sombre, décrivant ces vies fracassées, cette Nature imposante, cette société où le fait de naître femme vous condamne déjà à être ce les hommes voudront que vous soyez et ne vous laissera aucune opportunité de changer de vie (à moins qu’une bite ne vous pousse).

Une histoire ancrée dans un réalisme qui fait frissonner car nous avons beau être dans une fiction, elle n’est guère éloignée de la réalité.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°49].

Là où vont les belles choses : Michelle Sacks

Titre : Là où vont les belles choses

Auteur : Michelle Sacks
Édition : Belfond (06/05/2021)
Édition Originale : All the lost things
Traduction : Romain Guillou

Résumé :
Dolly est contente. Elle et son papa sont partis en voiture pour vivre une aventure. Ils changent d’hôtel tous les soirs, voyagent la journée, mangent des burgers et boivent du Coca. Maman ne serait pas ravie, mais ça lui apprendra à partir en week-end sans eux.

Bien sûr, il y a ces soirs où sa mère lui manque, où son père s’énerve, mais dans ces moments-là Dolly a toujours sa jumelle Clemesta à qui raconter ses soucis.

Ce que Dolly ne dit pas, c’est que cette aventure ressemble plutôt à une fuite. Que sa mère n’est pas partie en week-end. Que son père se conduit de plus en plus bizarrement. Et que Clemesta, si elle lui apporte le réconfort qui lui manque tant, ne peut pas lui répondre.

Les kilomètres défilent, un État succède à l’autre, les belles promesses virent au cauchemar, le destin de Dolly est sur le point de basculer…

Critique :
Dolly, jeune fille de 7 ans, a l’esprit bien affuté, les pensées qui vagabondent et elle était toute contente de partir à l’aventure avec son père et sa jumelle, Clemesta, un cheval en plastique, son doudou, sa conscience, sa Jiminy Cricket.

J’aurais dû prendre un pied fabuleux dans ce roman qui met face-à-face la poésie d’un enfant face à la duplicité d’un adulte, j’aurais dû avoir les yeux qui brillaient en suivant le récit de Dolly, ses conversations imaginaires avec son cheval en plastique qui semblait doué d’une vie propre, comme le tigre Hobbes du petit Calvin.

Ben non ! Comprenne qui pourra, moi je ne cherche plus à comprendre pourquoi je cale avec des romans que j’ai fluoré en jaune flashy parce que je voulais absolument les découvrir, avant de passer totalement à côté lors de ma lecture.

Bizarrement, le courant n’est jamais passé entre moi et Dolly…

L’auteure a pris un risque en confiant la narration à Dolly, ça passait ou ça cassait. Dans d’autres romans, c’est passé merveilleusement bien et là, j’ai calé presque directement. Oui, l’horreur, après quelques lignes, je sentais que ça n’allait pas le faire, que les réflexions de Dolly allaient me flinguer la lecture.

Et ça ne l’a jamais fait, malgré que je me sois accrochée à toutes les pages de ce road-trip dont on comprend très vite qu’il n’est qu’une fuite en avant et que Dolly ne veut pas voir la réalité en face, alors que Clemesta, le cheval plastique, lui souffle la triste réalité.

Par contre, c’était intelligent de donner la parole à un doudou, à un cheval en plastique car c’est une belle métaphore sur le passage de l’enfance à celui de la raison, l’âge où les gosses remisent le doudou dans un placard, l’oubliant totalement, n’ayant plus besoin de lui.

Le côté fantasmé du père est lui aussi bien mis en scène, Dolly vouant un culte à son papa, occultant volontairement ses zones d’ombres, sa violence, le transformant à ce moment là en un ours en colère. Dolly est dans le déni.

C’est subtil, ces métaphores enfantines sont facilement compréhensibles pour le lecteur qui additionnera tous les indices et saura que l’on se dirige vers un drame absolu.

Tout cela aurait dû m’émouvoir, m’apporter des émotions en vrac et ce fut un bide total de mon côté, ce qui m’énerve car ce roman me tentait plus que tout et que toutes les critiques sur Babelio sont bonnes. Une fois de plus, je vais à contre-courant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°20].