La colline aux esclaves : Kathleen Grissom [LC avec Bianca]

Titre : La colline aux esclaves

Auteur : Kathleen Grissom
Édition : Pocket (2016) / France loisirs (2014)
Édition Originale : The Kitchen House (2010)
Traducteur : Marie-Axelle de la Rochefoucauld

Résumé :
À 6 ans, Lavinia, orpheline irlandaise, se retrouve esclave dans une plantation de Virginie : un destin bouleversant à travers une époque semée de violences et de passions…

En 1791, Lavinia perd ses parents au cours de la traversée les emmenant en Amérique. Devenue la propriété du capitaine du navire, elle est envoyée sur sa plantation et placée sous la responsabilité d’une jeune métisse, Belle.

Mais c’est Marna Mae, une femme généreuse et courageuse, qui prendra la fillette sous son aile. Car Belle a bien d’autres soucis : cachant le secret de ses origines, elle vit sans cesse sous la menace de la maîtresse du domaine.

Écartelée entre deux mondes, témoin des crimes incessants commis envers les esclaves, Lavinia parviendra-t-elle à trouver sa place ? Car si la fillette fait de la communauté noire sa famille, sa couleur de peau lui réserve une autre destinée.

Critique :
Moins bien traité que des bêtes, moins de droits que des animaux, une existence qui n’existe pas, aux yeux de leurs propriétaires. Ils sont là pour les servir jusqu’à leur mort, à trimer, suer, mourir à la tâche ou sous les coups de fouet.

Taillable et corvéable à merci. Tel le serf ployant sous le joug du seigneur au Moyen-Âge.

Voilà les conditions de vie des Noirs durant la période d’esclavage.

Il est un fait que me doutais bien cette lecture n’aurait rien à voir avec « La petite maison dans la prairie »…

Malgré tout, à certains moments, j’ai eu le cœur serré et les tripes nouées en découvrant une infime partie de ce que les esclaves Noirs ont endurés durant cette période.

Et je ne vous parlerai même pas des Droits de la Femme Blanche qui n’existaient pas non plus, même si, en ces temps-là, valait mieux être une riche femme Blanche qu’une pauvre femme Noire.

Je vous le dis de suite, ce fut une découverte magnifique et ce livre entre direct dans mes coups de cœur de l’année tant il est prenant, tant ses personnages sont réalistes, tant son scénario est bien agencé, mêlant à la fois l’Histoire et les émotions à l’état brut.

Le récit est narré par deux personnages : Lavinia, la petite fille Blanche de 6 ans qui a perdu ses parents et qui a été achetée par le capitaine du navire qui les transportait, et par Belle, une des esclaves qui travaille aux dépendances.

Notre petite Lavinia va grandir, sans jamais arriver à comprendre la différence entre le statut des maîtres Blancs et des esclaves Noirs puisqu’elle a été élevée par les esclaves et qu’elle se sent Noire, alors qu’elle est Blanche. Son statut, de par cette simple petite différence, est bien plus haut que celui de ceux qu’elle considère comme sa famille.

Véritable épopée qui ira jusqu’en 1810, le récit est un de ceux qui, une fois commencé, est difficile à lâcher tant on veut savoir ce qu’il va arriver à nos personnages pour lesquels on ressent direct une véritable sympathie.

Je vous avoue qu’à certains moments, j’aurais aimé moins de violences, moins de larmes, moins de serrement de cœur… Mais si l’auteur avait pris cette voie, son roman aurait perdu de son réalisme car, avec un sujet aussi fort que l’esclavage, il est difficile de faire du sirupeux et un récit Bisounours aurait fait perdre toute crédulité au récit.

« La colline aux esclaves » est un roman fort, profond, bourré d’émotions en tout genre, de personnages grandioses, d’humanité, de méchants sadiques qui profitent de leur pouvoir, de parents Blancs qui ne s’occupent guère de leurs enfants, qui les confie à des précepteurs et ensuite, ça tourne mal…

Un roman bouleversant, captivant, émouvant, des personnages qui, après chaque épreuve, puisent dans leur courage pour se relever, parce qu’ils n’ont pas le choix, mais aussi afin de pouvoir aider les autres, leur famille et continuer d’avancer tous ensemble.

Une page de l’Histoire qu’il ne faut jamais oublier, un roman qu’il faut lire parce que ses personnages font partie de ceux qui resteront en nous.

Une très belle LC en compagnie de Bianca, qui, pour ce titre, est totalement au diapason avec moi. 

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Le Treizième Conte : Diane Setterfield [LC avec Bianca]

Titre : Le Treizième Conte

Auteur : Diane Setterfield
Édition : Presse Pocket (2011)
Édition Originale : The Thirteenth Tale (2006)
Traducteurs : Claude et Jean Demanuelli

Résumé :
Vida Winter, auteur de best-sellers vivant à l’écart du monde, s’est inventé plusieurs vies à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres et toutes sorties de son imagination.

Aujourd’hui âgée et malade, elle souhaite enfin lever le voile sur l’extraordinaire existence qui fut la sienne.

Sa lettre à sa biographe Margaret Lea est une injonction : elle l’invite à un voyage dans son passé, à la découverte de ses secrets. Margaret succombe à la séduction de Vida mais, en tant que biographe, elle doit traiter des faits, non de l’imaginaire ; et elle ne croit pas au récit de Vida.

Les deux femmes confrontent les fantômes qui participent de leur histoire et qui vont les aider à cerner leur propre vérité.

Dans la veine du célèbre Rebecca de Daphné Du Maurier, ce roman mystérieux et envoûtant est à la fois un conte gothique où il est question de maisons hantées et de sœurs jumelles au destin funeste, et une ode à la magie des livres.

« Dense, bourré de surprises et de fausses pistes, déroutant, intrigant, captivant, un peu gothique et terriblement britannique. » Daphné de Saint Sauveur –Le Figaro Madame

« Un hommage aux livres, à la littérature du XIXe siècle anglais, à la magie des mots, à l’art de raconter des histoires. Roman dans le roman, mise en abîme, la verve romanesque de Diane Setterfield fait des merveilles. Un livre à dévorer. » Marilyne Camhi – LeFigaro.fr

Critique :
Cela faisait longtemps que ce roman dit « gothique » prenait la poussière dans mes étagères et je remercie Bianca, ma copinaute de LC, de me l’avoir fait extirper !

Notre choix de lecture fut-il judicieux ? Oui et non…

Ce roman était encensé par la critique et je me demande encore qu’est-ce qui les a fait vibrer et pas moi dans le long récit d’introduction de l’histoire.

Certes, on avait un peu de « L’Ombre du vent » dans cette description de boutique où s’entassent des livres et où une jeune fille ne vit que pour eux, mais chez moi, ce fut assez soporifique car trop long.

À un moment donné, faut conclure ! Trop de préliminaires tuent les préliminaires.

Pourtant, il est un fait que pour une amoureuse des livres, un roman pareil, c’est du pain béni car si le personnage principal qu’est Margaret, la future biographe, adore les romans, on sent aussi transparaître cet amour des livres dans la plume de l’auteur.

Elle ne fait pas de la figuration et les références sont nombreuses en ce qui concerne les grandes œuvres anglaises.

Oui mais voilà, c’est long à se mettre en place et le roman ne devient intéressant qu’à partir du moment où Vera Winter entame son récit familial. Et là encore, j’ai zappé des passages et sauté quelques paragraphes.

Niveau personnages, on est gâté par une galerie de frappa-dingues tout droit sorti d’un asile de fous ou d’une galerie de mauvais parents destinées à vous illustrer comment il ne faut surtout pas être.

Entre une mère qui ne regarde pas sa vie vivante vivre mais se complait dans la mort de son autre enfant, entre des parents qui ne regardent pas leur premier né, puis un père qui s’attache, à l’exagéré, à sa fille, en passant par un frère qui est totalement barjot de sa sœur qui ne s’occupe même pas de ses enfants…

Il y a des fausses pistes dans le livre et il faudra attendre les 100 dernières pages pour que le rythme s’accélère et que l’on se rapproche du secret caché dans ces pages. Là, je n’ai plus lâché le roman.

Anybref, beaucoup de pages lues pour un petit plaisir ressenti à la fin.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver)Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book etLe Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°18 – La Boîte en Carton – lire un livre dans lequel tout commence par une lettre/un colis).

Hillbilly Elégie : J. D. Vance

Titre : Hillbilly Elégie

Auteur : J. D. Vance
Édition : Globe (06/09/2017)

Résumé :
Dans ce récit à la fois personnel et politique, J.D. Vance raconte son enfance chaotique dans les Appalaches, cette immense région des États-Unis qui a vu l’industrie du charbon et de la métallurgie péricliter.

Il décrit avec humanité et bienveillance la rude vie de ces « petits Blancs » du Midwest que l’on dit xénophobes et qui ont voté pour Donald Trump.

Roman autobiographique, roman d’un transfuge, Hillbilly Élégie nous fait entendre la voix d’une classe désillusionnée et pose des questions essentielles. Comment peut-on ne pas manger à sa faim dans le pays le plus riche du monde ?

Comment l’Amérique démocrate, ouvrière et digne est-elle devenue républicaine, pauvre et pleine de rancune ?

Critique :
Pourquoi les Hillbillies ont-ils voté pour Trump ? Vous ne le saurez pas (contrairement à l’annonce du 4ème de couverture), l’auteur ne l’expliquant pas, mais après ma lecture et mes déductions, sans doute ont-ils vu un sauveur dans la personnalité de Donald… Un mec, un vrai…

Enfin, tout ceci n’est que suppositions, je n’ai pas vu les bulletins de vote des Hillbillies.

Anybref, ce roman ne portera pas sur le pourquoi du comment un type tel que Donald est arrivé à la présidence, il ne sera même pas question de racisme, dans ces pages, ce sera juste un portrait ethnique d’une communauté précise, les Hillbillies, une sorte de photographie familiale, analysée sur plusieurs décennies.

Pour celui ou celle qui ne saurait pas ce qu’est un Hillbilly, on peut le traduire pas « péquenot ». Chez nous, en Belgique francophone, on dirait sans doute « barakis d’kermesse ».

Les Hillbillies (péquenot des collines), ce sont les descendants des Irlando-Écossais qui ont émigrés aux États-Unis.

Bref, un Hillbilly, c’est une sorte de Redneck, de White Trash, de plouc : ça fume, ça boit, ça se drogue, ça passe sa vie à s’engueuler avec sa femme ou son mari, ça glandouille, ça voudrait s’en sortir, mais sans faire un seul effort. Ça perd son job parce que ça ne fout rien et que ça arrive en retard, mais ça accuse le boss.

Dans des endroits comme Middletown, les gens parlent tout le temps de travail. Vous pouvez traverser un ville où 30% des hommes jeunes bossent moins de 20 heures par semaine sans trouver personne qui ait conscience de sa propre fainéantise.

J.D Vance est né dans cette communauté où les femmes se retrouvent en cloques à 15/16 ans et en loques à 40 ans, laminées par des compagnons brutaux, alcoolique ou tout simplement parce que tout le monde reproduit le schéma des parents : on s’engueule à tour de bras en gueulant pour tout le voisinage car on est perpétuellement sur le qui-vive. La vie privée n’existe pas, tout le monde rentre chez tout le monde sans frapper.

De par son récit largement autobiographique, l’auteur va nous présenter une tranche de cette communauté d’américains ruraux, ces paumés qui ont été s’installer dans la Rust Belt parce que toutes les usines de sidérurgies s’y trouvaient.

Je n’ai pas écrit ce livre parce que j’ai fait quoi que ce soit de remarquable. Au contraire, je l’ai fait après avoir réussi une chose assez commune qui, pourtant, n’arrive presque jamais à ceux qui ont grandi là où je suis né. Car, voyez-vous, je viens d’une famille pauvre de la Rust Belt, une ancienne région industrielle, ayant vécu dans une petite ville de l’Ohio où l’on produisait de l’acier et qui subit une récession et connaît une découragement croissant d’aussi loin que remontent mes souvenirs.

Parce qu’à l’époque, lorsque tout allait bien, des sociétés comme Armco engageait des types sans diplômes qui avaient quitté les bancs de l’école bien trop tôt. Puis ce fut la crise dans les années 80… Les pertes d’emplois, le chômage, la misère noire.

Il existait une véritable politique d’encouragement à l’émigration massive : les candidats qui avaient un parent chez Armco figuraient en tête de liste.

Pourtant, bizarrement, alors qu’on sent bien que l’auteur aimerait botter les fesses de certains de ses congénères, on sent aussi pour eux une sorte de tendresse, de compréhension, puisque tous ces paumés sont ses voisins, ses amis, sa famille.

Véritable petite étude sur une partie de l’Amérique, le roman se lit tout seul car les références à des études poussées et sérieuses sont peu nombreuses, ce qui me fait penser que pour certains faits, l’auteur a sans doute généralisé. À tort ou à raison…

Sans vouloir être un plaidoyer pour la communauté Hillbilly, on sent tout de même que la plume de Vance est plus celle d’un avocat que celle d’un péquenot mal dégrossi car ces gens ont, malgré tout, des circonstances atténuantes et tout le monde sait qu’il est très difficile de s’extraire de sa misère et de son milieu, surtout quand celui-ci se trouve fort bas dans l’échelle sociale.

Ce que j’ai apprécié, c’est que l’auteur ne se jette pas des fleurs parce qu’il a réussi à s’en extraire, mais remercie tout ceux qui ont, un jour, mis la main à la pâte pour l’aider et le pousser en avant afin qu’il fasse des études et s’en sorte.

À Middletown, 20% de ceux qui entrent au lycée n’obtiendront pas leur diplôme. La plupart des 80% restants n’auront aucun diplôme universitaire. Et quasiment personne n’ira dans une université située hors de l’Ohio. Les élèves n’attendent pas grand chose d’eux mêmes car autour d’eux les gens ne font rien ou presque.

Vance a eu beaucoup de chances, car toutes les cartes étaient réunies dans ses mains pour foirer et devenir, lui aussi, un de ces Hillbilly qui glande à longueur de journée, sans diplôme, s’enfonçant dans la drogue.

Ce qui donne des frissons dans le dos, c’est qu’ils durent être plusieurs à ses côtés, au bon moment, pour pousser le jeune J.D Vance dans la bonne direction, que ce soit ses grands-parents, sa soeur, des profs, et le système des bourses pour les universités américaines.

Ce qui donne froid dans le dos aussi, c’est le fait que ces gens ne s’en sortiront jamais, que leur situation ne fera qu’empirer, et qu’ils auraient bien tous besoin d’un petit coup de pouce, ne fut-ce que pour les aider à remplir des formulaires ou à chercher un bon travail. Pour leur machisme, on ne saura rien faire…

Sommes-nous assez durs pour nous [les hillbillies] regarder dans le miroir et admettre que nos comportements font du mal à nos enfants ? Les politiques publiques peuvent aider, mais aucun gouvernement ne peut résoudre ces problèmes à notre place.

Moi, j’ai pris mon pied à découvrir cette partie de l’Amérique, retrouvant aussi des travers qui sont bien propres à l’humain qui ne fout rien, qui vit des allocs, mais qui reproche à son voisin d’être un glandeur et un parasite de la société.

Un portrait d’une Amérique Blanche sans concession, froid, dur, sans édulcorants, les faits bruts de décoffrage, mais le tout avec une certaine tendresse à l’égard de certains membres de sa famille, qui, étant mal parti dans la vie (alcoolisme), se sont rattrapés après, accédant à une forme de rédemption.

Brooklyn : Colm Tóibín [LC avec Bianca]

Titre : Brooklyn

Auteur : Colm Tóibín
Édition : Robert Laffont (2016) / 10/18

Résumé :
Enniscorthy, sud-est de l’Irlande, années 50. Comme de nombreux jeunes de sa génération, Eilis Lacey, diplôme de comptabilité en poche, ne parvient pas à trouver du travail.

Par l’entremise d’un prêtre, sa sœur Rose obtient pour elle un emploi aux États-Unis.

En poussant sa jeune sœur à partir, Rose se sacrifie : elle sera seule désormais pour s’occuper de leur mère veuve et aura peu de chance de se marier.

Terrorisée à l’idée de quitter le cocon familial, mais contrainte de se plier à la décision de Rose, Eilis quitte l’Irlande.

À Brooklyn, elle loue une chambre dans une pension de famille irlandaise et commence son existence américaine sous la surveillance insistante de la logeuse et des autres locataires.

Critique :
Auriez-vous oser tout quitter – votre famille, vos amis, votre ville, votre pays, votre continent – pour aller travailler dans une ville et un pays inconnu, vous ? Moi, pas sûre…

Déjà que monter à la capitale était toute une aventure… Et je n’étais pas à l’autre bout du monde, la Belgique, ce n’est pas bien grand.

Pourtant, Eillis a osé le faire. Bon, pas vraiment de bonne grâce, on pourrait dire qu’on ne lui a pas laissé le choix, vu qu’elle ne trouvait pas d’emploi dans sa ville Irlandaise, alors qu’elle avait un diplôme de comptabilité.

Là, je peux dire que j’ai eu une lecture rafraichissante, agréable, dépaysante (comme d’hab) et surtout, je me suis identifiée à Eilis dans certains de ses gros blues. Et je ne vous parle pas de la musique que j’aime…

Si ce roman comporte une histoire d’amûr, le réduire à ça sera criminel car dans le fond, on a aussi du roman noir avec les pauvres gens obligés d’immigrer aux States afin de trouver un emploi, comme bien des Irlandais, entre autre (et pas qu’eux).

Roman noir aussi de par la condition sociale des Noirs qui, en 1950, pourront entrer dans certains magasins qui étaient fréquentés uniquement par des Blancs. On a beau savoir que la ségrégation a existé (et elle existe encore, hélas), lire certains faits provoquent toujours chez moi un malaise certain.

Mon seul bémol sera pour ce passage là : j’aurais aimé que l’auteur approfondisse un peu plus cette partie-là du roman. Certes, on a les réactions choquées des vendeuses, de certaines clientes, des filles de la pension de famille, mais j’ai trouvé que ça faisait peu.

Les personnages sont humains, normaux, bien décrits, avec ses lots de pestes, de timides, de coquines, de mêle-tout.

Eilis, elle, elle oscille entre les deux, n’étant jamais peste, mais jamais effacée non plus. Parfois, j’aurais aimé qu’elle s’affirme un peu plus devant les autres, surtout devant sa mère, qui elle, ne se rend même pas compte qu’elle parle pour sa fille et décide pour elle aussi.

Quant aux lieux décrits, ma foi, j’ai eu l’impression de les voir, de les arpenter, de humer l’air de Brooklyn, me demandant sans cesse ce que j’aurais fait à la place d’Eilis, comment j’aurais réagi.

Anybref, ce roman, c’était une bulle d’air dans mes romans noirs purs jus, un petit bijou à lire, avec des personnages attachants, qu’on se plait à suivre, même si parfois on a envie de les houspiller pour qu’ils se comportent autrement et arrête toutes ces cachoteries.

Un roman que j’ai posé avec regrets sur la table, une fois terminé.

Une LC avec Bianca qui, une fois de plus, donne des chroniques différentes. Son lien est dans son nom, cliquez dessus pour savoir tout, tout, tout… sur Brooklyn !

Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N° 25 – Le Pensionnaire en Traitement – un livre dans lequel les personnages vivent en colocation).

Nains – Tome 6 – Jorun de la Forge : Pierre-Denis Goux & Nicolas Jarry

Titre : Nains – Tome 6 – Jorun de la Forge

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Pierre-Denis Goux

Édition : Soleil (25/01/2017)

Résumé :
Alors qu’il a quatre ans, Jorun, le fils cadet de Redwin, se renverse du métal en fusion sur le visage… Marqué pour le reste de sa vie et jalousant le talent de son frère aîné, Jorun est dévoré par la colère.

Si Ulrog, son frère aîné, a hérité du don de leur père pour la forge, Jorun, lui, a hérité seulement de sa rage…

Incapable de contrôler ce fils de plus en plus rebelle, Redwin le confie à un recruteur de la légion de Fer, une compagnie de mercenaires regroupant les courtards qui fuient le poids de la tradition naine, le déshonneur ou la justice…

Critique :
Redwin, le père de Jorun, m’avait ému dans le premier tome de cette nouvelle saga. Son fils allait-il à nouveau me faire vibrer ou pas ?

On commence assez fort car les premières images nous montrent un fils affrontant son père, devant la grande porte d’une forteresse assaillie.

Oups, niveau bonheur et quiétude familiale, je sens qu’on va repasser.

Il y a plus de chance que nous nous dirigions vers un affrontement père-fils plus sérieux que celui qui opposa Dark Vador à Skywalker.

Jorun, c’est un gamin de merde ! Voilà, je l’ai dit… Toujours fourré dans les pieds de son père à la forge, alors qu’il est trop jeune, râlant, jalousant son ainé à qui on apprend déjà les rudiments de l’art de forger, Jorun va faire une grosse connerie à cause de son entêtement et il le paiera cher.

Pas facile de se faire un nom lorsque votre père est une Légende à lui tout seul ! Pas facile, quand on est un enfant, de comprendre pourquoi votre père a arrêté de forger des armes, lui qui avait un talent indéniable dans l’art des runes.

Pas facile de se faire un nom lorsque vous sentez bien que vous n’avez aucun talent pour la forge et que c’est votre frère ainé, Ulrog, qui a reçu tout le talent et a devant lui la route toute tracée pour devenir le plus grand forgeron et le plus grand maître des runes de sa génération.

Alors, il s’en va chanter ♫ tiens, voilà du boudin ♪ à la Légion, qui, comme celle des humains, accepte tout le monde, sans poser de questions.

L’Histoire est un éternel recommencement et les erreurs du père sont refaites par le fils, celui-là même qui ne voulais pas finir comme son père… La différence sera que le fils pourra compter sur quelques amis durant son apprentissage.

De très beaux dessins viennent renforcer un scénario qui pourrait sentir l’éculé, mais qui, avec le talent de Nicolas Jarry, sent bon le renouveau.

Des dialogues percutants, une quête de sois-même parsemée de coups, de tabassages, de combats, de renoncements, de haine de soi et des autres : le tout mélangé donnent une fois de plus, un excellent album dans cet univers riche qu’est celui des Nains.

Les visages : Jesse Kellerman [LC avec Bianca]

Titre : Les visages

Auteur : Jesse Kellerman
Édition : Sonatine (15/10/2009)

Résumé :
La plus grande œuvre d’art jamais créée dort dans les cartons d’un appartement miteux. Ethan Muller, un galeriste new-yorkais, décide aussitôt d’exposer ces étranges tableaux, qui mêlent à un décor torturé, d’innocents visages d’enfants.

Le succès est immédiat, le monde crie au génie. Mais un policier à la retraite croit reconnaître certains visages : ceux d’enfants victimes de meurtres irrésolus…

Critique :
Si nous écoutons le 4ème de couverture, nous devrions être face au thriller de l’année !

Donc, qui dit thriller, dit sueurs froides, ou du moins, une tension à son comble, un suspense à couper au couteau et des mains moites serrant le roman.

Hem, les 4ème ne sont pas toujours vrais et racontent souvent des « Cracke » (jeu de mots pour les lecteurs du roman).

Attention, je ne dis pas que ce « thriller » est mauvais, loin de là… Il est plaisant, mais on est tout de même loin d’une lecture avec une tension oscillant au-dessus de 18 et pourvue d’un suspense insoutenable.

Pourtant, il y a tout de même un truc dans ce roman, qui a plus du policier pépère que du thriller survolté (ou de l’année) : j’ai lu les 100 premières pages d’une traite, parce que je voulais savoir où tout cela allait m’emmener, puis j’ai fait les 100 suivantes le lendemain et le surlendemain, j’ai avalé les 274 pages restantes.

Alors quoi ? Il y a un charme dissimulé dans ces pages qui fait que l’on a envie de les dévorer d’un coup ? Ou alors, on est tellement à la recherche de ce qui a fait de lui le thriller de l’année qu’on le dévore afin de trouver cette pépite cachée, telle une fève dans un gâteau…

Sans doute ai-je ressenti une sorte d’alchimie avec le narrateur, Ethan Muller, le galeriste qui a mis au jour cette étrange collection de dessins.

Ethan ne se mouche pas du coude, car ce jeune trentenaire est le dernier rejeton d’une famille de New-Yorkais pétés de thunes. Il déteste son père, à raison ou à tort, et, ma foi, il aurait besoin d’une thérapie chez un psy pour vider l’abcès de ce pus purulent.

Son enquête est intéressante car, partant de rien il remonte petit à petit la piste du dessinateur, mais rien de transcendant, une enquête tranquille, entrecoupée de petits flashback pour nous éclairer sur la famille Muller, parfaite incarnation du rêve américain, mais pas de suspense non plus car à un moment donné, j’ai eu le tilt qui a déclenché dans ma tête.

Alors ? Et bien, malgré le fait que ce n’est pas le thriller de l’année (pour moi), ni du mois, la lecture a été agréable et j’ai tracé dans les 274 dernières pages.

Intrigant, quand on y pense bien, pour un thriller qui n’a rien du nom.

Malgré tout, ce roman sera vite oublié dans ma mémoire et je n’en garderai pas un souvenir ému. Si j’arrive déjà à garder un souvenir de lui…

À lire éventuellement si votre médecin vous a diagnostiqué cardiaque et qu’il vous a prescrit des lectures calmes.

Je m’estime heureuse, car Bianca, ma binôme de LC, n’a pas aimé du tout et m’a confié que sans notre LC, elle aurait abandonné le roman. Vous ne me croyez pas ? Allez lire sa chronique, alors !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le challenge US (2017-2018) chez NoctembuleetLe Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°30 – L’Entrepreneur de Norwood – un livre se passant dans une grande ville, avec beaucoup d’immeubles ).

La loi des Wolfe : James Carlos Blake

Titre : La loi des Wolfe

Auteur : James Carlos Blake
Édition : Rivages Thriller (2014) / Payot et Rivages (2017)

Résumé :
Eddie Gato appartient à la grande famille des Wolfe, une dynastie qui pratique la contrebande à la frontière du Mexique et des États-Unis.

Depuis des siècles, les Wolfe ont survécu en instaurant une loi, la leur. Parmi les nombreuses obligations qu’elle comporte, celle de poursuivre des études avant de participer aux activités du clan.

Mais avec toute l’arrogance de la jeunesse, Eddie Gato refuse de s’y soumettre et quitte sa famille pour chercher fortune au Mexique.

Il se fait embaucher comme garde par un cartel mafieux, et ne tarde pas, toutefois, à succomber au charme de Miranda, la maîtresse d’un des chefs.

Ayant tué ce dernier, il doit s’enfuir avec la belle, repasser la frontière et regagner les États-Unis.

Un chemin semé d’embûches quand on a des ennemis impitoyables à ses trousses…

Une flamboyante histoire de fuite et de vengeance située dans un territoire cinématographique : la « Tierra del Diablo », aride désert à la frontière États-Unis-Mexique.

Critique :
Eduardo Gato Wolfe est ce que l’on peut appeler un sale gamin de merde ! Le genre qui aurait dû se ramasser une bonne fessée de la part de ses oncles, cousins, tantes, et tutti quanti.

Môssieur n’a pas voulu faire des études, alors que c’est la règle dans la famille Wolfe.

Môssieur voulait de suite aller avec sa famille s’occuper de leur innombrables trafics (pas les drogues, ni les humains) sans devoir passer par la case université, lui.

Môssieur ayant fait des bêtises, il s’en est allé proposer ses services ailleurs, chez des autres trafiquants, de l’autre côté du Rio Grande. Et de ce côté là de la frontière, sa bite va une fois de plus le perdre et le mener dans une aventure qui pourrait bien lui roussir les poils du cul et même plus !

On aurait pu nommer ce roman noir « La bite à Eduardo » parce que c’est à cause de ses pulsions sexuelles qu’il va se retrouver dans de sales draps et à cause de lui, les cadavres vont se ramasser à la pelle.

Bon, tant que ce sont ceux des membres d’un gang, on s’en moque, mais il y a des innocents qui vont y laisser leur peau à cause du fait qu’Eddie s’est retrouvé en leur compagnie.

James Carlos Blake ne perd pas de temps en palabres inutiles, directement on plonge dans le quotidien des trafiquants et il ne traîne pas non plus pour lancer son histoire : Eddie tue un homme, le second du gang, et se retrouve avec tout le monde à son cul.

À un moment j’ai eu un peu peur : l’auteur n’allait tout de même pas me remplir 230 pages de courses-poursuites, tout de même ?? Hé oh, je n’ai pas la condition physique pour cavaler sur autant de pages, moi ! J’ai même pas mon permis de conduire comme une sauvage pour semer les poursuivants, moi !

Femme de peu de foi que j’étais… Alors oui, on aura de la course-poursuite, mais pas que ! Parce qu’au travers de la fuite d’Eddie et de Miranda, la gonzesse pour qui il a tué, on aura aussi un portrait des gangs qui pullulent et polluent le Mexique, de leurs moeurs, de leurs méthodes d’action, ainsi que sur les passeurs qui tentent de faire entrer clandestinement des gens aux États-Unis.

Les personnages sont réalistes, même les trafiquants, quels que soient leur bord, alors qu’on devrait taper sur la tête d’Eddie, on se surprend à avoir de l’affection pour ce gamin qui, bien que n’ayant pas voulu faire d’études, a tout de même compris comment marchaient les cartels, les gangs, les mafieux et comment il fallait la jouer pour s’en sortir en perdant le moins de plumes possibles.

Mais on en perd toujours…

Un roman noir fort sombres, sur quelques pratiques des membres de gangs qui, quand ils ne sont pas contents, vous éparpillent véritablement façon puzzle, à tel point que votre femme pourrait retrouver votre langue dans le pot de confiture…

Un roman noir haletant, entrecoupé de scènes de vie traditionnelles du gang familial Wolfe, qui, bien que n’étant pas des enfants de coeur, sont tout de même un peu plus sympas que les autres.

Un roman noir qui t’expliquera aussi que le port du gilet pare-balles est de rigueur quand il pleut des balles et qu’il ne faut jamais, mais alors là jamais, chier dans les bottes d’un chef ! Et ne jamais décevoir son personnel non plus… Et ne pas faire confiance à un membre d’un autre clan !

Ne faites confiance à personne, même pas à moi qui vous conseille ce livre. On ne sait jamais, je pourrais être de mèche avec l’un ou l’autre gang…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le challenge US (2017-2018) chez Noctembule et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°24 – Livre commençant par un assassinat).

 

Par le vent pleuré : Ron Rash


Titre : Par le vent pleuré

Auteur : Ron Rash
Édition : Seuil (01/08/2017)

Résumé :
Dans une petite ville paisible au cœur des Appalaches, la rivière vient de déposer sur la grève une poignée d’ossements ayant appartenu à une jeune femme. Elle s’appelait Ligeia, et personne n’avait plus entendu parler d’elle depuis des décennies.

Été 1969 : le summer of love. Ligeia débarque de Floride avec l’insouciance et la sensualité de sa jeunesse, avide de plaisirs et de liberté. C’est l’époque des communautés hippies, du Vietnam, de la drogue, du sexe et du Grateful Dead.

Deux frères, Bill et Eugene, qui vivent bien loin de ces révolutions, sous la coupe d’un grand-père tyrannique et conservateur, vont se laisser séduire par Ligeia la sirène et prendre dans le tourbillon des tentations.

Le temps d’une saison, la jeune fille bouleversera de fond en comble leur relation, leur vision du monde, et scellera à jamais leur destin – avant de disparaître aussi subitement qu’elle était apparue.

Critique :
Ron rash est un auteur qui a le don de m’emporter ailleurs, de donner de la profondeur et de la présence à la Nature, de me créer des personnages forts et même de m’émouvoir au-delà du possible avec certains de ses romans.

Le dernier paru, « Le chant de la Tamassee », m’avait moins emporté que les autres, mais c’était son premier écrit et réédité, par contre, niveau Nature, j’avais été servie.

Pour son roman de la rentrée littéraire septembre 2017, j’ai l’impression de ne pas avoir retrouvé ce que faisait la puissance de l’écriture de Ron Rash, un peu comme si en ouvrant un Stephen King, je tombais sur un récit qui ne lui ressemblait pas du tout.

Je suis pour les auteurs qui sortent de leur zone de confort, qui testent d’autres choses, d’autres histoires, mais là, j’ai vraiment l’impression que ce roman aurait pu être écrit par un autre que lui et même si nous étions dans ses Appalaches habituelles, je n’ai pas été emportée par l’histoire.

Attention, je ne dis pas ce que roman est chiant ou mal foutu, juste que je n’ai pas ressenti les émotions qui m’assaillent habituellement lorsque j’ouvre un de ses romans.

Pourtant, le début avait bien commencé, l’introduction était pour le moins originale.

L’alternance des époques variait selon les chapitres, sans que l’on perde le fil de l’histoire, passant alternativement de 1969 à notre époque, nous faisant découvrir Eugene, le narrateur, jeune homme de 16 ans et son frère Bill, 21 ans, rencontrant une jeune fille à problèmes et à la sexualité débridée.

Eugene va grandir à son contact, et pas toujours dans le bon sens puisqu’il boira comme un trou, fumera des pétards, volera des médicaments et aura un comportement d’imbécile face à cette jolie sirène qui lui fit perdre son pucelage.

Dans ce roman qui oscille entre une nouvelle fort longue et un roman court – qu’on n’oserait pas faire plus long au risque de finir par se mordre la queue – il y a peu ou pas de Nature grandiose, mais une sorte de huis clos dans cette petite ville de Sylva, tenue par une main de fer dans un gant de fer par le docteur Matney, grand-père despotique d’Eugene et Bill.

Le portrait du grand-père est superbement réalisé, tout en finesse, sans trop en dévoiler au départ, mais on sent déjà bien que ce type est un petit dictateur et que grâce à son statut de médecin de la ville, il sait bien des choses sur tout le monde, de vos hémorroïdes à votre chaude-pisse, en passant par la grossesse hors mariage de votre fille…

Pas de Nature sublimée, donc, mais une immersion dans une cellule familiale où un homme tient toute une petite ville dans sa main de fer, où un médecin a la puissance d’un parrain, faisant des autres ses pantins. Une plongée dans un huis clos oppressant de deux jeunes garçons qui aimeraient s’opposer au vieux, mais n’osent pas toujours car le prix à payer sera exorbitant.

Si le roman avait été signé Thomas H. Cook, je l’aurais compris, nous étions dans ses atmosphères bien à lui, mais de Ron Rash, j’attendais d’être emportée dans une nature sauvage, avec des personnages autres que ceux que je viens de côtoyer car Eugene, notre narrateur, m’a passablement ennuyé à certains moments, avec ses atermoiements, lui qui n’a jamais vraiment grandi, ni pris ses responsabilités, lui qui boit comme un trou alors qu’il n’avait rien à oublier.

Bref, le roman est bon, mais mes attentes étaient toutes autres.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.

 

Le détective de Freud : Olivier Barde-Cabuçon

Moi, Ida, experte consultante autoproclamée et bénévole des questions de psychologie, psychopathologie, et psychanalyse pour le Blog Cannibal Lecteur tenu par Dame Belette qui ne m’a en rien rémunérée lorsqu’elle m’a mandatée pour procéder à l’expertise de l’ouvrage « Le Détective de Freud » écrit par le susnommé Olivier Barde-Cabuçon, publié aux éditions Actes Sud et commercialisé autour de 25 euros, déclare avoir procédé à cette autopsy (ben oui, comme je fais une autopsie psychologique autant appeler ça une autopsy !) en toute bonne foi, impartialité et loyauté.

Méthodologie : j’ai installé l’objet d’étude sur mon divan pour l’inviter à exprimer sans retenue ni censure ce qui lui était passé à travers les pages. Afin de mieux travailler, je me suis moi-même étendue sur le divan pour avoir le dit livre mieux en main.

Introduction : Au terme du congrès de Weimar réunissant en 1911 la diaspora des premiers psychanalystes, Sigmund Freud lui-même et en personne, demande au jeune Docteur Du Barrail d’enquêter sur le meurtre d’un de leurs confrères français, retrouvé étranglé dans son cabinet.

Aidé d’un détective privé qui se fait curieusement nommer Max Engel en référence à ses idées marxistes, et de Carl Gustav Jung, grand psychanalyste Suisse, voici notre héros parti enquêter dans le Paris de la belle-époque finissante.

Résumé : Le Dr Du Barrail, jeune psychiatre et psychanalyste parisien, acquis aux thèses controversées de Sigmund Freud, s’est rendu au congrès de Weimar de 1911, réunissant les premiers représentants de cette discipline psychanalytique née avec le siècle.

À la fin du congrès, Freud demande à Du Barrail de le rejoindre pour une conversation privée. Il l’informe qu’un de ses confrères français a été retrouvé étranglé dans son cabinet, et que les premiers suspects à retenir se trouvent probablement parmi les patients du défunt.

Freud lui remet les notes sur ses patients, que feu leur collègue lui avait adressées à des fins de supervision. Face aux réticences de Du Barrail qui ne se sent pas l’âme d’un détective, Freud lui rappelle que la quête de la vérité reste aussi une affaire d’analyste, et explique que la psychanalyse est suffisamment au cœur des critiques pour qu’en plus la mort d’un analyste puisse interpeller la suspicion publique…

Du Barrail rentre donc à Paris. Mais qui est cette mystérieuse femme en vert qui en veut autant à sa valise ? Et pourquoi  tant de monde s’intéresse donc aux notes cliniques de son défunt confrère ? Le détective Max Engel parviendra-t-il à l’aider dans cette enquête ?

Et pourquoi Diable, Carl Gustav Jung lui-même, héritier désigné de Freud, lui témoigne-t-il autant de sollicitude ? Nos héros se lancent alors dans une enquête qui les conduira à croiser des hommes politiques influents, et des banquiers qui le sont encore plus…

Des bourgeoises, des prostituées de bas étage ou des demi-mondaines recherchées… Dans un Paris qui s’étourdi de fêtes avant que n’arrive le désastre de 1914…

Ce que j’en ai pensé : Je suis toujours méfiante avec les livres qui s’aventurent sur le registre de la santé mentale, sujet que je connais assez bien et qui me conduit à relever avec intransigeance les invraisemblances cliniques et théoriques témoignant de la grande paresse de la plupart des auteurs lorsqu’il s’agit de se documenter sur le sujet qu’on choisit comme background de son roman.

Des grands noms du thriller français m’ont beaucoup déçue sur ce point, et la façon dont ils écrivent en espérant que ses lecteurs puissent en savoir moins qu’eux et en se contentant de broder sur des clichés éculés, a le don de m’irriter.

Au prix où sont les livres, j’aime au moins que l’auteur manifeste un peu de respect pour les lecteurs qui le font vivre et évite de les prendre pour des idiots.

Vous comprendrez que Dame Belette ne m’a pas mandatée pour rien pour cette autopsy !

Même Dexter Morgan et Hannibal Lecter sont des aberrations à mes yeux, car même si j’apprécie ces personnages, je n’oublie pas, que sur le plan théorique, un traumatisme même grave et spectaculaire ne suffit pas à créer un tueur psychotique !

Mais revenons-en à ce livre…

Le début du roman était plutôt engageant car l’auteur a ici pour une fois fait un véritable travail de recherche sur l’histoire de la psychanalyse et l’histoire du Paris de la fin de la Belle Époque.

On ne peut que saluer cet effort méritant. Il est même allé jusqu’à rendre compte l’état d’avancée des théories analytiques de l’époque (très portées sur la sexualité donc, parfois de manière un peu outrée… là où les analystes d’aujourd’hui se préoccupent davantage du « désir » que de sexe, et se gardent de balancer des interprétations à tout va comme leurs ancêtres) soulignant là où les premiers pionniers de la psychanalyse en étaient de leurs tâtonnements au bout de onze années de recherches (Freud a posé en 1900, avec la publication de « l’interprétation des rêves », la date de fondation du mouvement analytique).

Malheureusement, faire un effort de recherche historique ne fait pas d’un écrivain un professionnel de santé mentale, et lorsqu’il se hasarde à faire parler ses personnages de clinique, la belle ouvrage se fissure un peu et le plâtre s’écaille laissant place à des approximations et quelques clichés…

Au point de faire commettre un passage à l’acte incompréhensible à son héros perdu entre les fantasmes et les réalités objectives vécus par une patiente…

Cela étant, à l’époque… ce genre de choses pouvaient arriver mais… bon… Il était tellement consciencieux ce Dr Du Barrail qu’on en est surpris qu’il puisse faire de telles erreurs de débutant !

Si par ailleurs, la psychologie des personnages réels évoqués est assez conforme à ce qu’on connaît de leur biographie (là encore bravo pour le travail de documentation), je regretterai toutefois que le développement du personnage principal puisse souffrir d’une certaine superficialité, car il est souvent plus décrit par ses actes que par ses mouvements émotionnels ou réflexifs.

Un psychiatre dénué d’une part sombre, ou du moins des cicatrices ou des souvenirs de ses propres souffrances est un peu surprenant. Surtout dans un livre mettant en scène des analystes.

Certes, je n’aurais pas non plus aimé une brochette de portraits de psys fêlés, et malfaisants le cliché par excellence… Mais tout de même, ce personnage-là est tellement lisse, et ses aspérités tellement mineures que ça en devient suspect.

Son compère Max Engel (Engel est l’homme qui a co-écrit avec Marx le manifeste du parti communiste), peut paraître quelque peu caricatural parfois, mais vient apporter un peu de légèreté dans ce monde un peu trop sérieux de psys ! Mais trop de légèreté n’est jamais très bon dans un thriller.

Bien que le Paris des années qui précèdent la première guerre mondiale ait été un terrain propice à développer une intrigue sombre au suspens épais… Je trouve toutefois que l’atmosphère de ce roman manque de densité, réduisant Paris à une grande fête bourgeoise, et en oubliant, ou en évoquant trop rapidement ce qui pouvait se passer de plus glauque dans les coulisses.

La construction de l’intrigue me laisse toutefois un peu perplexe. Elle aurait mérité d’être aussi soignée que l’exactitude de la documentation du background…

Et ce n’est hélas pas tout à fait le cas.

La finalité des actions ou choix des personnages sont parfois un peu difficiles à saisir pour le lecteur, on peut les trouver peu logiques voire parfois naïfs…

En outre, les longues diversions sur les théories analytiques montrent que l’auteur a fait un effort certes, mais elles alourdissent le roman, n’apportant rien ou très peu à l’intrigue, ce qui dans un livre assez resserré de 250 pages me paraît assez peu heureux.

Il en eût fait 500 ou 600, le problème ne se serait pas posé.

Cette disproportion entre le nombre de digressions et l’épaisseur du roman rendent proportionnellement plus mince l’espace dévolu au développement de l’intrigue, ce qui lui fait perdre en densité et en fluidité…

Au point que j’en suis arrivée à me demander si ce roman n’était pas davantage prétexte à développer une certaine culture historique qu’à raconter une histoire réduite au rang de prétexte.

D’ailleurs en allant faire un tour sur le net, j’ai appris que l’auteur, juriste de formation, était surtout connu pour faire des romans historiques, et je crains en effet que ce soit plus son talent d’historien amateur qui cherche à s’exprimer ici.

En résumé : Une Belle-Époque parisienne finissante bien rendue et une solide documentation sur l’état de la psychanalyse en 1911 permettent à l’auteur de camper ses personnages et son intrigue dans un décor et une atmosphère crédibles…

Du mystère… Du suspens… Des surprises… Mais un traitement assez irrégulier de la psychologie des personnages et de la construction de l’intrigue vient malheureusement atténuer mon plaisir de lecture.

J’ai tout de même passé un bon moment, même si je recommanderai ce livre plus aux amateurs d’histoire de la belle-époque et de la psychanalyse qu’aux amateurs chevronnés de thrillers.

 

Undertaker Riddle – Tome 1 : Higasa Akai

Titre : Undertaker Riddle – Tome 1

Scénariste : Higasa Akai
Dessinateur : Higasa Akai

Édition : Ki-oon (2012)

Résumé :
À première vue, Hayato est un lycéen tout ce qu’il y a de plus ordinaire : terriblement gourmand, jamais un sou en poche, très entouré par ses amis. Mais aussi… cerné de fantômes ! Ces être de l’au-delà que Hayato est le seul à voir font de la vie du jeune homme un enfer quotidien…

Sa vie bascule le jour ou il croise un fossoyeur un peu particulier, qui lui propose de le débarrasser des esprits qui l’importunent.

Mais en échange, Hayato devra l’assister dans son travail macabre. Le jeune homme refuse tout net, et tombe presque aussitôt après sur une jeune et jolie apparition… qui le poignarde sans raison !

Il n’a plus le choix : c’est le métier d’exorciste ou la mort. Âmes égarées, fantômes et esprits malins, ce fossoyeur d’un genre nouveau les expédie tous ad patres !

Critique :
Dans ma vie de lectrice, je connais deux Undertaker : celui qui se promène avec son vautour dans une bédé western et celui de Black Butler.

Et bien, maintenant, je connais un 3ème fossoyeur !

Ceci est un manga assez frais, enjoué, avec Hayato – notre personnage principal – un jeune garçon qui aurait tout pour être heureux s’il n’était pas harcelé ainsi par des fantômes qui lui pourrissent la vie en le poursuivant de leurs assiduités (des fantômes filles, bien entendu).

De sa rencontre avec Undertaker Riddle va naître des aventures rocambolesques où le but du jeu est de renvoyer les âmes égarées et méchantes à leur place en leur offrant leur requiem et un beau cercueil !

Pourtant, Hayato n’a rien d’un héros ! Il enchaîne des gaffes sur gaffes, est râleur, voudrait qu’on le laisse tranquille, n’a aucune maturité, mais est prêt à tout pour démontrer à Brad, un des chefs de Riddle, qu’il a les capacités pour être un fossoyeur, même s’il n’est qu’un simple humain !

Une chose m’a interpellée : j’ai trouvé des tas de similitudes entre les dessins et ceux du manga Black Butler (ou c’est le contraire), car Riddle a des airs de l’Undertaker facétieux de l’autre manga.

De plus, le design de la couverture est dans le mode baroque gothique, comme Black Butler, les titres des chapitres sont un peu du même style… À tel point que j’ai même vérifié si ce n’était pas le même mangaka ! Mais non…

Quant à Brad le secrétaire des catacombes, il a de furieux airs de ressemblances avec le Shinigami (dieux de la Mort) Grell.

Une autre chose qui m’a intriguée et dérangée, c’est que j’ai trouvé que Riddle ressemblait beaucoup à un fantôme qu’ils affrontent (Noir) ! Leurs visages étaient similaire – comme dans tous les mangas me diront certains, et moi en premier !

Oui, ces visages en pointent se ressemblent tous, je l’ai remarqué souvent… Visuellement, c’est chiant et ça peut parfois faire naître des sacrées erreurs d’interprétation.

Et ce n’est pas tout… L’autre chose qui m’a frappé, c’est qu’il y a assez bien d’ambiguïté sexuelle entre les deux protagonistes, surtout Riddle qui à l’air carrément amoureux de Hayato, tandis que ce dernier n’est pas tout à fait d’accord.

En fouinant sur le Net, j’ai appris que c’était en fait un shonen-Aï, autrement dit, un manga se basant sur une relation entre deux hommes mais ne contenant aucune scène peu catholique ! Bref, pas de yaoi ou de slash, de lemon, entre les protagonistes mâles !

Au final, j’ai tout de même passé un bon moment de lecture, j’ai apprécié l’humour qui se dégage de ces pages, j’ai apprécié les deux personnages principaux, même s’ils ont des similitudes avec Ciel et le diable de majordome présent dans Black Butler, et j’ai bien envie de voir comment va évoluer ce duo atypique qui est nettement plus drôle que celui de Black Butler.

Je vais continuer la série, mais si ça vire à l’eau de rose dans les prochains tomes, je pense qu’alors je passerai mon chemin !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).