Mon territoire : Tess Sharpe

Titre : Mon territoire

Auteur : Tess Sharpe
Édition : Sonatine Thriller/Policier (29/08/2019)
Édition Originale : Barbed Wire Heart (2018)
Traducteur : Héloïse Esquié

Résumé :
À 8 ans, Harley McKenna a assisté à la mort violente de sa mère. Au même âge, elle a vu son père, Duke, tuer un homme. Rien de très étonnant de la part de ce baron de la drogue, connu dans tout le nord de la Californie pour sa brutalité, qui élève sa fille pour qu’elle lui succède.

Adolescente, Harley s’occupe du Ruby, un foyer pour femmes en détresse installé dans un motel, fondé des années plus tôt par sa mère. Victimes de violence conjugale, d’addictions diverses, filles-mères, toutes s’y sentent en sécurité, protégées par le nom et la réputation des McKenna.

Mais le jour où une des pensionnaires du Ruby disparaît, Harley, en passe de reprendre les rênes de l’empire familial, décide de faire les choses à sa manière, même si elle doit, pour cela, quitter le chemin qu’on a tracé pour elle.

Critique :
Cette histoire comment un peu comme celle des rivaux de Painful Gulch (Lucky Luke) avec les O’Hara d’un côté et les O’Timmins de l’autre.

Entre ces deux familles, c’est la guerre ouverte.

Comme entre les McKenna et les Springfield, l’humour de René Goscinny en moins, bien entendu. Et sans Lucky Luke aussi…

Au milieu du territoire des McKenna coule une rivière qui la sépare de la famille Springfield, l’ennemi héréditaire. Même si pour le moment, une trêve semble être respectée…

Et les trêves sont faites pour être rompues !

Quelle puissance, dans ces pages… Comparable à la puissance d’un labo de meth qui explose : tu entends le bruit, le grondement et la boule de feu te plaque au sol, ravageant tout sur son passage. Voilà le genre d’émotions que je recherche dans une lecture et là, j’ai eu la dose recherchée.

Certains avaient comparé Harley, la fille de Duke, à Turtle (My absolute darling) mais pour moi, toutes les deux sont distinctes car le père de Harley, même s’il lui enseigne l’école de la vie de trafiquant, jamais il ne lève la main sur elle et jamais il n’abuse d’elle.

La violence est présente, bien entendu, mais elle est acceptable dans la mesure où nous nous trouvons face à un roman noir nous parlant d’un baron de la drogue dans le North County, sorte de trou du cul de l’Amérique où des suprémacistes Blancs se tatouent le chiffre 88 sur le cou et autres svastika un peu partout…

Pourtant, ce ne sera pas la violence des hommes que je retiendrai de ce roman, mais les émotions fortes qu’il m’a procuré, notamment avec le personnage de Harley, que j’ai aimé dès la première page.

Oui, j’ai aimé sa manière d’être, alternant d’un côté celui d’une fille qui sait se battre, qui n’a peur de rien et de l’autre la fille qui aide les femmes battues à s’en sortir. Deux faces d’une même pièce, tout comme son père, Duke.

L’auteur a mis en scène une héroïne qui nous marquera durablement car sous ses dehors de Tom Raider, elle est humaine. Et c’est aussi une véritable stratège, une petite Napoléon du crime qui n’a pas envie de connaître un Waterloo mais des Austerlitz.

Taclant fortement les hommes qui battent les femmes et les néonazis de tous poils, l’auteur a rendu son récit encore plus addictif en alternant les chapitres au présent et ceux du passé, où Harley nous racontera sa vie, ses premières fois, le tout dans le désordre, mais sans que cela rende le récit opaque.

Que du contraire, le récit est lisible, compréhensible et foutrement addictif. On dévore les chapitres comme si on avait toute la troupe des Sons Of Jefferson à son cul, comme si le manque risquait de se faire sentir si on déposait le roman sur la table.

Un roman noir époustouflant, violent, mais sans exagération, où, pour marquer son territoire, une fille va devoir se retrousser les manches puisque, contrairement aux mâles qui la sous-estiment, elle ne sait pas pisser debout.

Harley n’a peut-être un pénis entre les jambes, mais elle a un cerveau, elle sait l’utiliser et mieux, utiliser les faiblesses des autres, leurs points faibles et comme c’est une pisseuse, les mâles ne se méfient pas d’elle…

La barre a été placée très haute et pour la dépasser ou, du moins, l’égaler, l’auteure va devoir se retrousser les manches si elle ne veut pas décevoir son public pour son prochain roman.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°102.

Laurie : Stephen King

Titre : Laurie

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel – Ebook Gratuit (26/02/2019)
Édition Originale : Laurie (2018)
Traducteur : Jean Esch

Résumé :
Lloyd vient de perdre sa femme. Pour l’aider à surmonter son deuil, sa soeur Beth lui rend visite et lui offre un adorable chiot baptisé Laurie dont il ne veut pas.

Mais avec le temps, un lien se crée entre l’homme et l’animal…

Critique :
♫ Oh oh, Laurie ♪ petit chien de rien du tout mais tant pour moi ♪ Tous ces conseils qu’on donne, je les ai lus pour toi ♪

♪ J’ai dépensé tant de forces ♪ Pour ramasser tes p’tites crottes ♪  Tes pipis à côté du tapis, où tu allais  t’oublier, ♪ Mais que le Sopalin les emporte ! Tout me semble dérisoire ♪ Évaporé dans le bleu de ton regard ♫

Quoi ? Vous auriez préféré que je vous chante une chanson de Laurie, genre « Ta meilleure amie » ? Parce que je peux le faire…

De plus, un chien, c’est le meilleur ami de l’Homme… Ce qui fait que Laurie, la chienne (pas la chanteuse), pourrait chanter à Lloyd qu’elle sera sa meilleure amie. S’il lui donne cette chance, parce que là, c’est pas gagné.

Ne cherchez pas le monstre sous le lit dans cette courte nouvelle du King, il ne s’y trouve pas. Ni dans les placards, ni dans les égouts. Cherchez pas, j’vous dis, y’a pas de monstre !

Par contre, vous risquez de trouver quelques petites crottes de chiot sur le sol, faudra ramasser, n’oubliez pas le Domex (Sopalin, en France, vous voilà bilingue Belge-Français).

C’est court, c’est touchant, c’est plaisant à lire avant de dormir, ça ne nous donnera pas d’insomnies, juste un sourire béat de satisfaction.

On aurait pu intituler ce court récit « Le vieil homme et sa chienne » ou « Le vieil homme est amer ». Sans vous en dire plus, sachez que Beth offre à son frère, Lloyd, un chiot et que ce dernier n’est pas très chaud.

Tous ceux qui ont eu des chiens le savent, c’est plus fort que nous, on craque devant la bouille d’un chiot. Leur manière pataude de marcher, de se trémousser, de se dandiner… Et puis, boum, un p’tit pipi sur le tapis ! Et la bête continue son bonhomme de chemin…

Attention, petit avertissement : c’est tout de même le King qui nous écrit une nouvelle, donc, on risque tout de même de croiser un truc dangereux, mais je vous rassure de suite, il ne sera pas caché sous le lit ou dans un placard.

Alors arrêtez de regarder sous votre lit et d’ouvrir votre placard ! Et lisez, nom de Dieu !

Une nouvelle plaisante, une petite bouffée de plaisir dans la grisaille du soir. Sans être transcendantale, cette petit nouvelle se déguste comme un cappuccino, avec de la poudre de chocolat et du sucre. Et ça fait du bien par où ça passe (et honni soit qui mal y pense).

Challenge de l’épouvante Edition Autumn, Witches and Pumpkin chez Chroniques Littéraires (Les auteurs : Stephen King).

Whiskey : Bruce Holbert

Titre : Whiskey

Auteur : Bruce Holbert
Édition : Gallmeister Americana (04/09/2019)
Édition Originale : Whiskey (2018)
Traducteur : François Happe

Résumé :
Andre et Smoker ont grandi dans le Pacifique Nord-Ouest, près de la réserve indienne de Colville.

Après le divorce de leurs parents, dont la passion désordonnée n’a résisté ni au temps ni à l’alcool, les deux frères deviennent inséparables. Adultes, ils restent farouchement loyaux l’un envers l’autre.

Aussi, lorsque Smoker apprend que son ex-femme a confié leur fille à une communauté marginale nichée en pleine montagne, Andre n’hésite pas une seconde à tout lâcher pour se joindre à lui.

Commence une quête qui, de bagarres en virées alcoolisées, repoussera les limites de l’amour fraternel.

Critique :
Est-ce parce que j’ai lu un excellent livre (Dites-leur que je suis un homme) que ceux qui suivent me semblent sans saveur ?

Après avoir peiné à en finir un autre juste avant (vous en saurez plus dans les prochains jours, je suis en LC avec Rachel), voilà que celui-ci passe lui aussi à la trappe.

Il avait tout pour me plaire mais durant ma pénible lecture, j’ai eu l’impression d’aller dans un sens alors que le roman partait dans un autre.

Impossible de m’attacher aux personnages des frères Andre et Smoker, impossible de m’attacher à l’histoire d’amour vache entre leurs parents, impossible de m’attacher à leur quête, leurs déboires, leurs vies impossibles…

Anybref, j’ai soupiré maintes et maintes fois et pour finir, j’ai terminé la lecture en diagonale.

Non, ça ne me fait pas plaisir d’écrire ce genre de chronique… Contrairement à des romans ou des bédés qui ont vraiment quelque chose de merdique à souligner, ici, je n’ai pas vraiment de matière pour faire une chronique assassine…

L’écriture n’était pas gnangnan, l’histoire avait du potentiel, les personnages étaient bien tourmentés, se demandant au fil de leur vie comment être des enfants, des ados, des maris ou des pères.

La narration alternant le présent et le passé était bien utilisée car elle mettait sous le feu des projecteurs les points importants dans la vie de tous les protagonistes, tentant de nous montrer comment tout ce petit monde en était arrivé là, à ce point de non retour, à cette impasse, à cette vie sacrifiée.

Mais voilà, le roman est parti dans une direction et moi dans un autre et jamais nous ne nous sommes rencontré pour passer un bon moment ensemble. Tant pis, ça arrive dans la vie d’une lectrice (ou d’un lecteur) surtout si cette personne dévore les livres tel un cannibale boulimique de littérature.

Bah, j’irai voir ailleurs et ce n’est pas ce qui manque sur ma PAL dantesque et plus haute que la plus haute montagne…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°72.

Le Train des orphelins – Tome 2 – Harvey : Philippe Charlot & Xavier Fourquemin


Titre : Le Train des orphelins – Tome 2 – Harvey

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo Édition (2013)

Résumé :
“La vie est une chienne et moi je ne suis bon à rien. Ne cherche pas à me revoir… Ton père”

Middle West, 1920. Le train des orphelins poursuit son périple vers l’Ouest. A son bord, le jeune Jim se lamente d’avoir perdu son frère, adopté à l’étape précédente. Il ne lui reste plus qu’Anna, sa jeune sœur, le mot que lui a laissé son père sur le quai de gare, et son copain Harvey.

Ensemble, ils vivront encore bien des aventures qui conduiront Jim, près de 70 ans plus tard, aux archives de l’Orphan Train Society à la recherche de son passé et de celui des siens…

Critique :
Le train des orphelins poursuit son voyage et notre vieux monsieur poursuit son enquête, à la recherche de son passé, de sa soeur, de son frère, mais l’Administration de l’Orphan Train Society ne lâche pas ses infos si facilement et au niveau des archives, c’est le Bronx !

Venu du Kansas pour tenter de trouver des réponses, notre Harvey (qui est en fait le petit Jim) s’est retrouvé face à un mur.

Heureusement que Bianca, la technicienne de surface va lui donner un petit coup de pouce.

Ce deuxième album alterne les moments du présent, avec l’enquête du dénommé Harvey à New-York et le voyage de nos orphelins dans le train qui se dépeuple tout doucement.

Un sale gamin à la grande gueule et au coeur dur va jouer un sale tour à notre gentil Jim et ce coup vache va sceller le destin de trois enfants à tout jamais. Lui, il savait se débrouiller et ne faisait pas de sentiments, c’est lui qui tirera son épingle hors du jeu.

Toujours aussi émouvant que le premier, le deuxième tome nous dévoile un peu plus les personnages et les fourberies dont ils sont capables pour s’en sortir et éviter de devoir bosser comme des dingues car c’est ce qui arrive à ceux qui sont pris en charge par des familles rurales : ils deviennent de la main-d’oeuvre bon marché.

On s’attache aux gamins, on aimerait que la chance leur sourie un peu et qu’ils tombent dans des familles aimantes qui ne les transformera pas en bête de somme.

Ces pages des États-Unis est sombre et peu glorieuse et les auteurs nous le retransmettent bien sans pour autant sombrer dans le voyeurisme ou les larmes de crocodile. C’est sobre, profond, violent et bourré d’émotions fortes.

J’ai hâte de savoir ce que sont devenus les autres enfants croisés dans le train et surtout, hâte de savoir comment la quête de Harvey/Jim va se terminer.

Pour se coucher moins bête au soir : de nombreux enfants abandonnés ou maltraités ont été recueillis dans des orphelinats pour échapper à la mendicité et autres dangers de New-York. Parfois tout simplement parce que leurs parents ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins. De 1854 à 1929 (oui, tout ça), à peu près 250.000 enfants ont été envoyés dans des familles dans le cadre du programme « Orphan Train Riders ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°63 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Le train des orphelins – Tome 1 – Jim : Philippe Charlot & Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 1 – Jim

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo (2012)

Résumé :
“La vie est une chienne et moi je ne suis bon à rien. Ne cherche pas à me revoir… Ton père”

1990, dans sa résidence huppée de New-York, Harvey n’est pas surpris par la visite de Jim.

70 ans plus tôt, les deux hommes, alors de jeunes garçons, faisaient connaissance à bord d’un train des orphelins ; un système d’adoption mis en place pour endiguer le nombre massif, sur la côte Est américaine, d’enfants sans famille issus de l’émigration européenne.

Embarqués dans un étrange voyage, Jim et son petit frère expérimenteront la fraternité, l’amitié, la confiance, l’entraide, mais feront aussi les frais de la trahison de ceux qui feraient tout, faute d’être bien nés, pour être bien adoptés…

Critique :
Après Jules et Jim, voici Jim et Joey, deux frères nés sous une mauvaise étoile, ou plutôt, avec une mère qui décède en mettant au monde leur petite soeur et un père qui a le gosier plus qu’en pente et qui ne sait plus, ne veut plus, s’occuper de ses gosses.

Le train des orphelins – Orphan Train Riders – a bel et bien existé, durant 70 ans et plus de 250.000 enfants furent transportés d’une ville à l’autre pour être proposé à l’adoption.

Moi, ça me fait froid dans le dos !

Parce que si pour certains ce fut une chance, si dans tout ces pauvres gosses livrés à eux-mêmes dans les rues de New-York, on en a eu deux qui ont fini gouverneurs, combien d’enfants furent maltraités, utilisés comme main-d’oeuvre bon marché, abusés, affamés,…

Sans oublier qu’on leur a parfois changé le prénom pour coller avec celui d’un fils mort, avec la nationalité des adoptants et qu’on leur a supprimé toutes les photos ou lettres de leurs parents, effaçant par là même, leur identité, leur passé, leurs racines.

À cheval sur deux époques, on se retrouve en 1990 avec la rencontre de deux hommes âgés qui donnent l’impression d’être des anciens du train et qu’il y a un lourd secret entre eux.

Mettant en scène une fratrie d’orphelins – Jim, Joey et ensuite leur petite soeur, Anna – voyageant dans un train sans savoir quel seront leur destin, ni dans quelle famille ils échoueront, l’album est touchant, émouvant, mais sans verser dans le larmoyant.

Les enfants ont été de suite adopté par moi car je les ai trouvé réalistes et le petit Joey m’a touchée avec ses peurs, légitimes, son amour pour son grand frère, qui le lui rend bien et sa manière de parler avec ses « Moi j’aime pas… ».

Le cynisme de certaines personnes est bien mis en avant, la cupidité aussi. De l’autre côté, certains étaient persuadés d’oeuvrer pour le bien des enfants, dont le directeur d’un orphelinat qui ne croyait pas à la théorie du mauvais sang et pensait qu’en sortant les enfants de leur milieu, on leur donnait une chance de faire mieux.

Ce premier tome met en place l’univers de ces Trains, nous présentant des enfants que nous allons suivre durant les différents tomes et le côté flash-back a titillé ma curiosité. De toute façon, même sans cela, j’aurais poursuivis ma lecture car j’ai envie d’en apprendre un peu plus sur ces horreurs.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°34 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Tandis que j’agonise : William Faulkner

Titre : Tandis que j’agonise

Auteur : William Faulkner
Édition : Folio (2002)
Édition Originale : As I Lay Dying (1930)
Traducteur : Maurice-Edgar Coindreau

Résumé :
Après le décès de sa femme Addie, Anse Bundren et ses 5 enfants (Cash, Darl, Jewel, Dewey Dell et Vardaman) traversent l’État du Mississippi pour accompagner la défunte jusqu’à Jefferson, sa ville natale.

Le père, Anse, sorte de vieux têtu édenté à la chrétienté embarrassante, embarque donc ses enfants dans une tâche funèbre : aller enterrer son épouse (et leur mère) là où il l’a arbitrairement décidé, à savoir, très loin de la ferme familiale.

Les Bundren quittent donc la ferme familiale avec le cercueil sur une charrette.

« Je lui avais dit de ne pas amener ce cheval, par respect pour sa défunte mère, parce que ça n’a pas bonne façon de le voir caracoler ainsi sur ce sacré cheval de cirque, alors qu’elle voulait que nous soyons tous avec elle dans la charrette, tous ceux de sa chair et de son sang ; mais, nous n’avions pas plus tôt dépassé le chemin de Tull que Darl s’est mis à rire. Assis sur la banquette avec Cash, avec sa mère couchée sous ses pieds, dans son cercueil, il a eu l’effronterie de rire ! »

Critique :
Comment expliquer simplement tout ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre, Prix Nobel de littérature en 1949, monument de la littérature Américaine, histoire ô combien noire mais qui pourrait être drôle, si l’humour noir de ce roman pouvait être considéré comme drôle.

J’apprécie l’humour noir et trash, mais là, j’ai ri jaune.

J’ai vu une famille pauvre assister au déclin de leur mère (et épouse pour le père), j’ai vu un fils aîné fabriquer un cercueil sous les yeux de sa mère agonisante qui a tout supervisé, j’ai vu deux fils louper le grand voyage de leur mère car ils étaient sur la route pour gagner encore quelques dollars.

J’ai assistée, impuissante, au voyage totalement fou d’un veuf et de ses 5 enfants, le corps de la décédée reposant dans le cercueil à l’arrière de la charrette, pour aller l’enterrer dans un autre comté, répétant à tous que c’était sa décision à elle.

Un périple qui n’était pas de tout repos, qui fut dangereux, aux multiples périls dont la montée des eaux et des ponts emportés, plus la chaleur qui amènera des odeurs pestilentielles et des charognards. Un voyage qui causera l’explosion de la famille.

Nous sommes face à un roman bourré de noirceur, qui a de l’humour, car la farce est grotesque mais noir, car rien ne prête à rire dans ces pages.

Le style de Faulkner est particulier. Déjà, il nous propose un roman choral et je pense qu’en 1930, ce n’étais pas aussi courant que maintenant. Chaque membre de la famille prendra la paroles, dans un monologue, une introspection qui lui sera particulier, puisque chaque personnage a ses tics de langage, ses manies, ses obsessions, ses mots bien à lui.

Au départ, j’ai eu un peu de mal, ayant l’impression que le récit était une cacophonie sans nom et puis, en persévérant un peu (c’était Faulkner, que diable), j’ai trouvé mon rythme de lecture et j’ai eu du mal à en sortir à la moitié du récit, mais bon, fallait bien aller au turbin.

Véritable roman de moeurs rurales, Tandis que j’agonise met en scène une famille du Sud Profond, dans le même genre qu’Erskine Caldwell, car le père Anse Bundren a la mauvaise foi chevillée au corps comme l’avait Jeeter Lester (La route au tabac), mais moins prononcée que ce dernier, bien que les références à « Dieu m’est témoin » parsèment aussi ses dialogues, mais de chrétien, Bundren n’en a que le nom.

Je l’avais bien dit à Addie que ça ne portait pas bonheur d’habiter sur une route, quand on est venu la faire par ici, et elle m’a dit, que c’était bien une réponse de femme : « Ben t’as qu’à te lever et déménager. » Mais je lui ai dit que ça ne nous porterait pas bonheur parce que le Seigneur a fait les routes pour voyager ; c’est pour ça qu’il les a couchées à plat sur la terre. Quand Il veut que les choses soient toujours en mouvement, Il les fait allongées, comme une route ou un cheval ou une charrette, mais quand Il veut que les choses restent tranquilles, Il les fait en hauteur, comme un arbre ou un homme.

Toute sa vie, Anse Bundren l’a passée à gémir, n’a jamais été un grand travailleur, ni un homme de parole et on se demande avec suspicion pourquoi diable il tient tant à respecter les dernières volontés de son épouse sur son lit de mort. C’est louche… Surtout que dès le début du roman, la principale intéressée ne pourra pas nous le confirmer, vu qu’elle a cessé de parler.

C’est un fait à remarquer qu’un homme paresseux, un homme qui n’aime pas le mouvement, s’entête toujours à aller de l’avant une fois qu’il est parti. C’est exactement comme quand il refusait de bouger. Comme si ça ne serait pas tant le mouvement qu’il déteste que le fait de partir ou de s’arrêter.

« Elle compte sur ma parole. Je la lui ai donnée »

En plus, ce crétin est parti sans pelle pour creuser une tombe ! Mais il nous rabâche sans cesse qu’il doit acheter un dentier pour arriver à manger les aliments que Dieu a fait pour lui… Je pense que de tous les personnages de la famille, il est le plus égoïste.

Pour les décors, Steinbeck a dû passer par-là car ils sont magnifiques, épurés, décrit avec peu de mots et pourtant, tout le poids de la Nature est dans ces pages, toute sa force, toute sa magnificence et toute sa perfidie.

Un portrait au vitriol d’une famille rurale, des introspections qui nous placent au plus près des pensées des personnages, une voyage semé d’embûches et une fois arrivés, les enfants n’en seront pas au bout de leur surprises, et nous non plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°31 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Pour se coucher moins bête au soir :

L’auteur prétendait avoir écrit Tandis que j’agonise en six semaines, sans changer un seul mot. Il en aura mis en fait dix : du 25 octobre, date de la première page manuscrite, au 11 décembre 1929. Le roman est rédigé entre les deux versions de Sanctuaire — la première version ayant été refusée par son éditeur. Le dactylogramme est fini le 12 janvier 1930 et le livre paraît le 6 octobre.

Le titre provient du Chant XI de L’Odyssée d’Homère quand Agamemnon déclare à Ulysse : « Je cherchai à lever les mains et les laissai retomber à terre, mourant (« As I Lay Dying »), percé du glaive ; et la chienne s’éloigna, sans avoir le cœur, quand je m’en allais chez Hadès de me fermer les yeux de ses mains et de me clore les lèvres. »

Le roman utilise la technique littéraire du courant de conscience. Les narrateurs sont multiples, les chapitres de longueur variable ; le chapitre le plus court concerne Vardaman, le benjamin, et est composé de seulement cinq mots : « Ma mère est un poisson ». Le roman, qui compte 59 chapitres et 15 narrateurs, se déroule dans le comté fictif de Yoknapatawpha dans le Mississippi.

Cormoran Strike – Tome 2 – Le ver à soie : Robert Galbraith [Par Dame Ida]

Titre : Cormoran Strike – Tome 2 – Le ver à soie

Auteur : Robert Galbraith
Édition : Grasset (2014) / Le Livre de Poche (2015)
Édition Originale : Cormoran Strike, book 2 : The Silkworm (2014)
Traducteur : Florianne Vidal

Intro Babelio :
 Owen Quine, écrivain célèbre, a disparu. Il venait d’achever son dernier manuscrit – un sulfureux roman à clés qui dresse le portrait au vitriol de son entourage. De quoi inquiéter bon nombre de personnalités en vue… C’est ce que pressent le détective privé, Cormoran Strike, chargé de l’enquête.

Qui aurait intérêt à ce que Quine soit réduit au silence ? Lorsque Strike retrouve le cadavre de l’auteur, assassiné selon un rituel particulièrement atroce, il comprend qu’il a affaire à un tueur impitoyable, tel qu’il n’en encore jamais rencontré dans sa carrière.

Résumé :
Le succès de l’affaire du mannequin Lula Landry n’a pas vraiment suffit à renflouer efficacement les finances de Cormoran Strike.

Il arrive toujours à peine à équilibrer ses comptes et à payer le loyer de son bureau miteux et sa secrétaire Robin (tient… les super héros ont tous besoin d’un Robin depuis Batman… et Strike est gaulé pareil…) au salaire minimum ce qui ne cesse de crisper le fiancé de celle-ci qui aimerait bien qu’elle aille travailler ailleurs.

D’autant qu’elle a refusé un poste bien plus rémunérateur pour rester avec son patron dont… il serait presque jaloux.

Faut dire que Robin passe bien du temps avec ce patron dont la vie personnelle l’intéresse plus qu’on ne s’intéresse généralement à celle de nos patrons et que le fiancé est un poil égocentrique…

Et il nous est aussi sympathique que cette femme de la haute, bien névrosée qui semble ne vouloir rester avec Strike que pour le lui reprocher d’être avec elle.

Or donc, une petite dame à l’allure modeste se présente au bureau de Strike et lui demande de retrouver son mari qui a disparu.

Le dit mari est un écrivain bien connu dans un petit cercle restreint, dont un livre bizarre aurait eu un certain succès… Et qui se préparait à en sortir un autre « à clés »… Et visiblement des clés qui menaçaient d’ouvrir des placards pleins de cadavres pour les gens de ce petit monde littéraire dans lequel il évolue.

La détresse de cette dame, qui se retrouve seule avec sa fille handicapée qui pourrait en savoir plus qu’on ne le croit, touche notre détective malgré la faiblesse des honoraires qu’elle propose de lui verser avec une naïveté désarmante.

Et voilà Cormoran et Robin partis dans une nouvelle enquête dans le milieu feutré de l’édition, cernés de personnages hypocrites, faux, égotiques ou fêlés, et se découvrant l’un l’autre davantage peu à peu… et permettant aux lecteurs de se rendre compte qu’ils auraient presque plus d’affinités l’un pour l’autre qu’avec leurs partenaires respectifs…

Hum… Oui… le fameux cliché qui veut que les privés finissent par séduire leur secrétaire a encore de beaux jours devant lui.

Mon avis :
Bon ben, si vous n’avez pas compris depuis le premier volume des aventures de Cormoran Strike, que je suis conquise par ce nounours bourru au cœur groooos comme ça, futé et courageux comme pas deux…

Et bien c’est que vous ne savez pas lire épicétou !

Donc si vous ne savez pas lire, pourquoi je me fatiguerai à écrire la suite de ma petite fiche de lecture ?

Ah ? Pour celles et ceux qui l’ont bien compris parce qu’ils m’ont bien lue ?

Ouais… C’est exactement ça ! Les autres circulez y a rien à voir !

D’abord… L’intrigue vaut son pesant de cacahouètes. C’est d’un glauque ! D’un pervers ! Avec quelques scènes bien gores (évitez de trop manger avant de lire si vous êtes sujets aux nausées…) !

Mais comment un être humain normalement constitué peut-il imaginer des enchaînements pareils !

Et puis il y a le style de JK Rolling alias Robert Galbraith (Robert… m’enfin… franchement… pourquoi pas Raymond !!! Qu’est-ce qui lui a pris à JK ???) qui en ayant pas l’air d’y toucher, feignant un discours factuel qui se déroule sans jugement, balance sauvagement sur les travers de ses contemporains, sur une société de classes aussi monolithiquement figées en compartiments étanches que le système des castes en Inde,  sur une sur l’avidité matérialiste d’un Londres qui n’a rien à envier à Manhattan quant à son taux de requins au mètre carré dans la population générale…

Tandis que ses personnages, pleins d’une fraîche pureté s’agitent pour boucler leurs fins de mois, à la recherche du vrai, du bien et de la justice, tels des chevaliers des temps modernes perdus dans une épouvantable jungle urbaine peuplée de redoutables prédateurs.

J’avoue… Dit comme cela, ça fait un peu pompier… manichéen… cliché…

Sans parler de la caricature de virilité incarnée par Strike et la féminité faite femme qu’est Robin (vous voyez la Vénus de Botticelli ? Et ben vous lui faites perdre 10 ou 15 kg et c’est Robin !), et qui ne cessent de se tourner autour, s’appréciant mutuellement au point de trouver leurs propres partenaires insupportables, et qui bien entendu n’ont absolument jamais l’idée de conclure.

On est en pleine passion platonique (sa mère) pour ne pas parler d’amour courtois entre la gente demoiselle courageuse qui surmonte ses détresses et notre vaillant chevalier qui pourfend le meurtrier comme il terrasserait le dragon.

J’en parlais lors de la présentation du premier volume des enquêtes de Cormoran Strike : outre son sens humoristique de la satire sociale, JK Rolling aime jouer avec les codes du genre littéraire comme elle l’avait fait avec sa saga Harry Potter.

Elle reprend les poncifs du polar pour les mélanger avec ceux d’autres genres et… je la soupçonne ici, vous l’aurez compris, de les avoir associés à ce du roman de chevalerie histoire de les magnifier un peu.

Et aussi surprenant que cela paraisse… ça marche très bien. Sur moi en tout cas… Et sur vous ?

Cormoran Strike – Tome 1 – L’appel du Coucou : Robert Galbraith [Par Dame Ida]

Titre : Cormoran Strike – Tome 1 – L’appel du Coucou

Auteur : Robert Galbraith
Édition : Grasset (2013) / Le Livre de Poche (2014/2018)
Édition Originale : Cormoran Strike, book 1: The Cuckoo’s Calling (2013)
Traducteur : François Rosso

Intro Babelio :
Lorsque le célèbre mannequin Lula Landry est trouvée morte, défenestrée, dans un quartier chic londonien, l’affaire est vite classée. Suicide.

Jusqu’au jour où John Bristow, le frère de la victime, frappe à la porte du détective privé Cormoran Strike.

Cet ex-lieutenant de l’armée, revenu d’Afghanistan amputé d’une jambe, est au bout du rouleau : sa carrière de détective est au point mort et sa vie privée, un naufrage.

Aidé par une jeune intérimaire finaude, virtuose de l’Internet, il reprend l’enquête.

De boîtes de nuit branchées en palaces pour rock stars, Strike va passer de l’autre côté du miroir glamour de la mode et du people pour plonger dans un gouffre de secrets, de trahisons, et de vengeances.

Résumé :
Oui j’avoue ! Il n’y a pas que Sherlock Holmes et Agatha Raisin dans mon horizon !

Il y a aussi Cormoran Strike, le prototype de la brute épaisse qui malgré les apparences en a aussi dans le ciboulot.

Nan, nan… ce n’est pas une baraque bodybuildée avec un menton carré de mâle alpha sur le passage duquel toutes les fâmes se pâment !

En plus… Déjà dès sa naissance, les dieux lui en voulait. Son père, star du rock très connu n’a pas voulu le reconnaître, le laissant à la charge de sa mère officiellement « égérie » ou « muse » (plus prosaïquement : de femme dont la principale occupation est de veiller à la satisfaction sexuelle d’artistes plus ou moins généreux ou plus ou moins fauchés… mais dans tous les cas carrément drogués).

Une mère qui visiblement lui a donné un prénom de drôle d’oiseaux.

Mais c’est pas un zozio ce mec-là !

C’est juste… Un ours gigantesque tout en poil et bourru dont la vie part en lambeaux.

Ancien policier militaire de sa Gracieuse Majesté, qui a perdu une jambe en Afghanistan (Strike ! Pas la Reine ! Faut tout vous préciser à vous ! Pfff… Tiens ? Y aurait-il un clin d’œil à Watson ? Ok, ok… personne ne sait vraiment où il a pris sa balle celui-là et puis il n’a pas fini unijambiste  non plus !), le gros nounours à dû retourner à une vie civile bien moins prestigieuse et palpitante et où il n’était visiblement pas attendu…

D’autant que dans Londres La Cruelle et Trépidante, il n’y a pas réellement de place pour les vilains petits canards boiteux !

Et puis c’est sans parler de son aristobourge de bien aimée totalement névrosée et pas qu’un peu là… je suis formelle : elle est grave… et mon diagnostic est sans appel : c’est une chieuse accomplie et incurable).

Ah oui… j’oubliais… Il est ruiné aussi !

Bref… déjà, ça part mal. Le mec a une méga poisse d’enfer, mais comme c’est un vrai dur de dur, il ne se laisse pas abattre même si son moignon le torture souvent avec sa vilaine prothèse qui est bien là pour lui rappeler que c’est un estropié pour toujours.

Or donc, comme il ne sait pas faire autre chose qu’enquêter et qu’il est trop abîmé pour passer les examens d’aptitude physique pour entrer dans la vraie police malgré ses états de service irréprochables, le Cormoran s’est lancé laborieusement dans une carrière de détective privé, payant difficilement son loyer et dormant dans un lit de camps dans son bureau en essayant de faire en sorte que sa nouvelle secrétaire intérimaire ne s’en rende pas compte.

Sa secrétaire ? Robin Ellacot… Une jeune femme ravissante en couple avec un comptable passionné par l’argent, qui se cherche professionnellement et accepte une mission d’intérim dans ce cabinet miteux de privé… Sauf que Robin… Elle n’a pas que du talent pour faire le café, classer des dossiers ou tenir un agenda.

Et voilà que le frère d’une célèbre mannequin officiellement suicidée vient leur proposer de rouvrir l’enquête bien vite classée par la police…

Ce que Dame Ida en a pensé :
Robert Galbraith ? Vous savez pas qui c’est ?

Et bien, on a attendu que ce roman-là ait eu son petit succès avant de vous le dire : il s’agit de J.K. Rolling, la créatrice de Harry Potter !!!

Et oui, après avoir terminé la saga du petit sorcier balafré, et surveillé l’adaptation cinématographique de son œuvre, Dame Rolling s’est lancée dans le polar sous pseudo, voulant faire ses preuves dans ce genre incognito, sans que son succès dans un autre genre ne la pénalise aux yeux d’une certaine critique peu objective ni ne l’avantage aux yeux d’un public déjà conquis.

Et effectivement, Cormoran n’a pas grand-chose à voir avec Harry.

Cela étant, en parcourant les premières pages, j’ai eu une petite suée, car avec ce personnage-là, JKR commençait par planter un décor renvoyant aux poncifs les plus éculés de la série-noire : un privé fauché, malmené par la vie depuis l’enfance, maudit en amour car trop attaché à une « femme fatale », et surtout, dont personne ne comprend la grande compétence.

Strike n’est pas le premier privé de roman à dormir dans son bureau miteux faute de sous et à finir par travailler en binôme avec une secrétaire belle à croquer et trop futée pour n’être que secrétaire ! Que de clichés !

Bref, lors des premiers chapitres j’avais l’impression de m’être un peu faite avoir…

Mais… L’intrigue se mettant peu à peu en place… La personnalité des deux personnages principaux se déployant et nous les rendant ma foi terriblement sympathiques… Londres dévoilant ses charmes…

Et la plume acérée de J.K. Rolling étrillant sans concession les classes bourgeoises britanniques avec leurs codes, ainsi que la vacuité du milieu de la mode et du divertissement dont la superficialité est la seule profondeur…

Et le tout avec cet humour mi-figue mi-raisin qui vous laisse un sourire ironique fixé sur le visage pendant tout le temps de la lecture.

Et bien avec tout ça… On se laisse prendre comme une mouche dans un pot de miel.

N’oublions pas que Rolling, en femme de lettre cultivée avait largement joué avec les codes dans sa saga Harry Potter, mêlant la quête initiatique moyenâgeuse, la thématique de la rédemption, du sacrifice, des figures tutélaires, la question de la prédestination et du libre arbitre etc…

Alors ? Pourquoi n’aurait-elle pas aimé jouer avec d’autres poncifs histoire de les magnifier un peu ?

Note de le Belette Cannibal : l’appel du coucou, à ne pas confondre avec l’appel du cocu !

 

Une confession : John Wainwright

Titre : Une confession

Auteur : John Wainwright
Édition : Sonatine (14/03/2019)
Édition Originale : Cul-de-Sac (1984)
Traducteur : Laurence Romance

Résumé :
À cinquante ans, John Duxbury est secrètement déçu par son existence. Son travail est devenu une routine, son mariage sombre dans la grisaille, il ne sait plus comment être heureux.

Bientôt, c’est un drame qui s’abat sur lui. Alors qu’il est en vacances avec sa femme, Maude, celle-ci fait une chute mortelle.

Quelques temps plus tard, un homme se présente au commissariat. Il a été témoin des faits et prétend que c’est John qui a poussé sa femme dans le vide.

L’inspecteur Harker, chargé de l’enquête, s’engage à corps perdu dans la recherche de la vérité, jusqu’à l’ultime face-à-face.

Critique :
La vie est ironique. John Wainwright avait écrit « À table », qui donna l’excellent film « Garde à vue », avec Michel Serrault, Lino Ventura, Romy Schneider et Guy Marchand et si son roman eut du succès, apparemment, ce ne fut pas le cas des autres.

Et voilà que Sonatine nous sort de son chapeau un autre chef d’oeuvre de cet auteur, mais inconnu, celui-là ! Comment cela se fesse-t-il ? Un roman à succès et un autre qui dormait ?

On aura attendu 35 ans avant de pouvoir le lire dans la langue de Molière mais je pense que cela valait la peine d’attendre.

Confession, c’est John Duxbury qui se confie à son journal, lui confiant ce qui ne va pas dans son couple, mais sans entrer dans des détails scabreux car ce journal est pour son fils.

À la lecture de ses pages, on voit bien qu’il y a une couille dans le potage entre lui et Maude, son épouse, qui est aussi folichonne et enjouée qu’un discours de notre roi des Belges à nous, Flupke Ier.

C’est vous dire l’amusement et la folle ambiance qui règne chez le couple Duxbury dont madame pense qu’au-delà d’un certain âge (50 ans), faire des folies de son corps n’est plus permis.

Vous comprendrez que lorsqu’elle boira son bouillon de onze heures en glissant du haut d’une falaise (J’ai glissé, chef) j’en ai presque souri de contentement.

Maintenant, quant à savoir si monsieur son mari l’a poussé ou pas, c’est une autre histoire et il faudra un enquêteur aussi tenace qu’un Columbo, avec les petites cellules grises d’un Poirot et la perspicacité d’un Holmes pour démêler ce sac d’embrouilles.

L’inspecteur Harry Harker aurait bien besoin de la baguette magique de Harry Potter…

Non, on ne commence pas ce roman dans l’espoir de lire un scénario à la 24h chrono car l’allure est plus proche de celle d’un vieil épisode de l’Inspecteur Derrick que d’un Jack Bauer sous amphétamines.

Mais nom de Zeus, Marty, quelle ambiance ! L’Angleterre, ça vous change un roman policier, ça vous le présente sous un autre jour, ça vous le sublime avec presque rien et ça vous tient par la barbichette aussi bien qu’un épisode de GOT (mais avec les dragons en moins).

L’auteur a su jouer avec les différents personnages, nous faisant suivre le journal de Jhon Duxbury, mais aussi l’enquête de Harry ou de différents policiers, nous présentant par la même occasion toute une galerie de personnages des plus intéressants.

Duxbury est-il coupable, oui ou non ? Le témoin est-il fiable ? Parce que vu ainsi, ça sent un peu la vengeance… Et si culpabilité il y a, comment la prouver avec ce témoin aussi costaud qu’un vieux Carambar oublié au soleil ?

Véritable travail de Petit Poucet, enquête minutieuse partie de rien, Harry Harker n’a pas la gouaille d’une capitaine Marleau mais pour ce qui est de rassembler les petits détails tels des petits cailloux blancs disséminés dans tous les coins, on peut lui faire confiance.

Voilà un roman policier qui m’a accroché, qui m’a tenu en haleine sans pour autant mettre du suspense à toutes les pages et l’auteur, homme talentueux qu’il est, a encore su nous réserver du dessert pour le final et me trouer le cul.

Un policier qui joue avec nos nerfs, nos certitudes, nos pensées, pour mieux les chambouler et nous étourdir à la fin. Des comme lui, moi, j’en redemande !

Messieurs dames de chez Sonatine, continuez de fouiller les vieilles caisses de romans inconnus d’auteurs connus et donnez-nous encore un tel plaisir littéraire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019). et Le challenge British Mysteries (Janvier 2019 – décembre 2019) chez My Lou Book.

Nuits Appalaches : Chris Offutt

Titre : Nuits Appalaches

Auteur : Chris Offutt
Édition : Gallmeister Americana (07/03/2019)
Édition Originale : Country Dark (2018)
Traducteur : Anatole Pons

Résumé :
À la fin de la guerre de Corée, Tucker, jeune vétéran de dix-huit ans, est de retour dans son Kentucky natal. En stop et à pied, il rentre chez lui à travers les collines, et la nuit noire des Appalaches apaise la violence de ses souvenirs.

Sur son chemin, il croise Rhonda, quinze ans à peine, et la sauve des griffes de son oncle. Immédiatement amoureux, tous deux décident de se marier pour ne plus jamais se quitter.

Tucker trouve un boulot auprès d’un trafiquant d’alcool de la région, et au cours des dix années qui suivent, malgré leur extrême précarité, les Tucker s’efforcent de construire un foyer heureux : leurs cinq enfants deviennent leur raison de vivre.

Mais quand une enquête des services sociaux menace la famille, les réflexes de combattant de Tucker se réveillent.

Acculé, il découvrira le prix à payer pour défendre les siens.

Critique :
Et bien, ça m’arrive tellement rarement de ne pas avoir ma phrase d’intro pour une chronique que ça mérite d’être souligné !

Là, je suis toujours un peu groggy, suite à ma lecture passionnante et émouvante de ce que j’appellerais « Les aventures de la famille Tucker ».

Aventures « merdiques », il va sans dire, puisque cette famille habite les collines du Kentucky et que, sans vouloir entrer dans les stéréotypes, je suis pourtant forcée de le faire, car habiter cette région vous colle une étiquette sur le front et que malheureusement, une partie de cette étiquette est véridique.

Peuplée de familles vivant dans la précarité, de pères violents, alcoolos, de jeunes désœuvrés, les collines du Kentucky recèlent toujours une faune assez haute en couleur, même si je ne les ai visitées que par la littérature, mais Chris Offutt en parle tellement bien, qu’on les aime directement, ces white trash.

La famille Tucker est composée d’un vétéran de la guerre de Corée – Tucker – qui a rencontré sa future épouse – Rhonda, 15 ans – en la délivrant de son oncle qui voulait se la faire le jour des funérailles du père de cette même Rondha… Ça vous situe ?

Pour faire bouillir la marmite, notre Tucker devient coursier pour un bootlegger du coin, puisque nous sommes en 1953 et que fabriquer de l’alcool est toujours une activité lucrative. Tucker ne sait rien faire d’autre que la guerre, alors, coursier, ça lui va très bien.

Dix ans plus tard et 5 enfants aussi, Tucker est le meilleur coursier et même si sa famille vit dans la précarité, il est prêt à tout pour elle.

La force de ce roman tient dans ses personnages qui n’ont rien pour eux, au départ, qui ressemblent à tous les gens précarisés de la colline, si ce n’est que chez les Tucker, on aime ses enfants, on les protège, on les couvre de tendresse et que l’on se demande pourquoi on n’arrive pas à faire des enfants sans handicap (une seule fille est née « normale).

Énormément d’émotions dans ce père qui parle à son fils, Big Billy, atteint d’hydrocéphalie, énormément de tendresse dans cette soeur, Jo, qui s’occupe de ses sœurs atteintes, elles, d’autres handicap, tellement de questions et de peine dans cette mère, Rhonda, qui se voit mettre au monde des enfants anormaux et qui fait tout ce qu’elle peut pour tenir sa maison en ordre.

Il y avait aussi tellement de compréhension dans cette dame des services sociaux qui sait comment adresser la parole aux Tucker, alors que son collègue ne veut qu’une chose : les retirer tous à leur mère.

Ce qui entrainera des conséquences lourdes pour la famille et pour ce crétin des services sociaux qui a vu des animaux de foire, des parasites, en lieu et place d’êtres humains doués de sensibilités et d’amour.

Un sacré putain de roman noir comme la nuit, mais une nuit pourvue d’étoiles qui brillent au firmament et qui vont me hanter longtemps tant le récit était magnifique, la plume portant son récit d’une manière acérée.

Un roman noir comme je les aime et comme je voudrais en lire plus souvent. Mon seul bémol sera pour le fait qu’il était trop court et que j’aurais aimé passer plus de temps avec les membres de la famille Tucker.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).