Moriarty – Le chien des d’Urberville : Kim Newman

Titre : Moriarty – Le chien des d’Urberville

Auteur : Kim Newman
Édition : Bragelonne (2015) / Livre de Poche (2017)
Édition Originale : Professor Moriarty – The Hound of the D’Urbervilles (2011)
Traducteur : Leslie Damant-Jeandel

Résumé :
Imaginez les jumeaux maléfiques de Sherlock Holmes et du docteur Watson, et vous obtiendrez le redoutable duo formé par le professeur James Moriarty, serpent rusé d’une intelligence remarquable, aussi cruel qu’imprévisible, et le colonel Moran, violent et libertin.

Ensemble, ils règnent sur Londres en maîtres du crime, défiant police et hors-la-loi.

Quelle que soit leur mission, du meurtre au cambriolage de haut vol, Moriarty et Moran accueillent un flot de visiteurs malfaisants, dont une certaine Irène Adler…

Critique :
Vous prenez la rencontre mythique entre Holmes et Watson, par l’entremise de Stamford, mais en version « Moriarty/Moran » et vous comprendrez que ce que vous tenez entre vos mains est inhabituel.

Vous lirez « Une étude en rouge », avec une partie des protagonistes du roman, l’histoire sera différente, avec des similitudes, mais adaptée pour le duo maléfique.

Irene Adler n’est plus La Femme, mais La Salope et le chien des Baskerville est rouge sang, et c’est devenu celui des d’Urberville…

Là j’en entends déjà qui grognent que reprendre les histoires déjà écrites, connues et juste la mettre à la sauce Moriarty/Moran, c’est facile.

Et bien non, ce n’est pas vraiment ainsi que cela se déroule car l’auteur a tout de même pris la peine de modifier les scénarios et même carrément toute l’histoire, comme dans celle qui concerne des Martiens et qui ne parlera qu’en filigrane de John Clay et de la succursale Coburg de la Banque de la City…

En lisant les carnets du colonel Moran, on se rend compte de plusieurs choses : il a de l’humour, est un utilisateur de femmes, un fanfaron (au lit et on ne peut vérifier ses dires) et en plus d’être une fine gâchette, c’est un aventurier.

Moriarty est bien présent, avec sa toile criminelle, son rire qui tue les pigeons aux alentours, son dodelinement de tête tel un cobra et son ego démesuré.

Évidemment, lorsqu’on suit des histoires présentées par des méchants, ils considèrent les gentils comme des crétins, des petits lapinous juste bon à tirer à la sortie du terrier.

Anybref, tout allait bien dans le meilleur des mondes pour moi, les références aux enquêtes de Holmes étaient présents, mais détournées et bien détournées.

Hélas, parce qu’il y en a un, à un moment donné, le bel édifice s’est écroulé, les histoires qui étaient amusantes, bien présentées ont commencé à devenir laborieuses pour les 3 dernières et c’est avec la lenteur d’un escargot que je les ai terminées, sautant allègrement des paragraphes entiers pour terminer le livre.

Quelle disparité de niveau entre les premières histoires et les 3 dernières ! Entre celles bourrées d’humour, de petites phrases humoristiques ou cyniques du colonel Moran, on passe à des histoires poussives dont on à l’impression qu’on les a tirées en longueur pour remplir le roman.

Le pire fut pour la dernière histoire qui concerne le dernier problème où on a l’impression que l’auteur s’est cassé le cul pour nous offrir une aventure soporifique, chiante, lourde et loin de ce que l’on aurait pu espérer en la suivant du point de vue de Moriarty et du Colonel Moran.

Le début était prometteur et l’auteur n’a pas su conclure avec panache puisqu’il a débandé à la moitié de l’ouvrage ce qui est plus rageant que le contraire (commencer mou et finir en beauté) car j’avais l’espoir de le terminer avec bien plus d’étoiles dans les yeux et dans sa cotation.

PS : c’est le coeur gros que je dis au revoir au Mois Anglais édition 2020 car ceci était ma dernière fiche. Merci aux organisatrices qui peuvent maintenant aller se reposer, je vais entrer en hibernation ! mdr

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°290, Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°22] et le Challenge Pavévasion – Saison 2 chez Mez Brizées [Lecture N°05 – 704 pages en version LP].

Cuits à point : Élodie Serrano

Titre : Cuits à point

Auteur : Élodie Serrano
Édition : ActuSF Bad Wolf (21/02/2020)

Résumé :
Gauthier Guillet et Anna Cargali parcourent la France pour résoudre des mystères qui relèvent plus souvent d’arnaques que de véritables phénomènes surnaturels.

Mais leur nouvelle affaire est d’un tout autre calibre : pourquoi la ville de Londres subit-elle une véritable canicule alors qu’on est en plein hiver et que le reste de l’Angleterre ploie sous la neige ? Se pourrait-il que cette fois des forces inexpliquées soient vraiment en jeu ?

Critique :
Gauthier Guillet, français pédant, imbu de lui même et Anna Cargali, la veuve italienne qui est son associée (même s’il l’oublie souvent), sont des démystificateurs.

Quésaco ? En fait, nos deux associés parcourent la France pour démystifier des phénomènes surnaturels.

Vous avez des fantômes chez vous ? Un esprit frappeur ? Une goule ? Allez hop, l’entreprise Guillet-Cargali va venir régler tout ça.

Attention, pas à la manière de « S.O.S Fantômes » ou de « Aux frontière du réel » car les fantômes, les esprits frappeurs, bref, le surnaturel, ça n’existe pas (désolé Mulder) !

C’est pour cela qu’on les appelle des démystificateurs. Faut pas le prendre pour des cons et leur faire prendre une escroquerie pour des esprits frappeurs. Non, la vérité n’est pas ailleurs.

Là, ils sont appelé à Londres par la chambre des Lords car il y règne une température peu habituelle : c’est la canicule alors que nous sommes en hiver ! Oui, il y a un phénomène bizarre dans la ville de Sherlock Holmes.

Maintenant, cette température est-il surnaturelle comme le pense Anton Lloyd, le démystificateur Anglais ou provoquée par une machine comme le soutient Gauthier ?

Anton Lloyd a tout d’un Fox Mulder : il croit au surnaturel, aux sorcières, aux dragons, aux farfadets… Le surnaturel, il l’a croisé dans son métier. Gauthier nous la jouera pire que Scully puisque, même face au surnaturel, il continue de jurer que c’est faux, jusqu’au boutisme.

Du steampunk, je n’en lis pas assez, alors que j’apprécie l’univers, quand il est bien décrit et qu’on a profusion de machines à vapeur.

Hélas, je n’ai pas vraiment eu l’impression d’être dans un univers steampunk, comme j’avais pu le ressentir dans « Les enquêtes extraordinaires de Newbury & Hobbes – Les revenants de Whitechapel ». Hormis quelques allusions à des dirigeables ou à une machinerie sous Londres qui augmenterait la température, pour le reste, nous étions plus face un univers fantastique que steampunk.

Si l’histoire ne manque ni de rythme, ni d’action, si les scènes sont très visuelles, c’est l’épaisseur des personnages qui a souffert du format en 283 pages. Tous manque un peu d’approfondissement et leur caractère reste immuable au fil des pages.

Gauthier est têtu comme une mule et d’une mauvaise foi qui frise l’imbécillité, sans oublier le fait qu’il considère sa partenaire de boulot comme tout homme de l’époque victorienne considérait les femmes. Bref, il est détestable, bougon et n’évolue guère.

Anna, Anton et sa nièce Maggie sont plus sympathiques mais trop légers, ils ne nous marqueront pas durablement. Ils sont presque des caricatures. Anton, en opposition à Gauthier, est très permissif et ouvert d’esprit mais très fade. Idem au niveau des deux personnages féminins qui veulent toutes les deux échapper au dictat masculin de l’époque et réussissent à le faire.

L’intrigue est assez légère, facile à lire, possède du suspense et du mystère, mais il s’effondre à la moitié du roman, lorsque nos personnages découvrent l’origine du réchauffement climatique de Londres et là, nous basculons alors en action pure et en couse-poursuite très visuelles.

Lorsque le vin est tiré, il faut le boire et ici, il faut tenter de canaliser le gros problème climatique, si je puis dire.

Si le décor de Londres passe parfois un peu à la trappe, les conditions sociales qui régissaient la population sont présentes, notamment avec la séparation des classes, la place de la femme dans la société (aux fourneaux, à la rue ou dans un salon de thé et on est priée de faire des gosses), le prolétariat prié de bosser alors que le patronat est déconnecté de la réalité de travail, les Lords de la chambre qui sont des vendus.

Bon, pas de quoi en faire un roman noir, mais au moins, c’était présent !

C’est un roman plus fantastique que steampunk, avec de l’action, qui se lit assez vite, facilement, auquel je reprocherai des personnages un peu trop caricaturaux, manquant de profondeur, n’évoluant guère au fil de l’aventure. Toutes les bourdes qu’on pouvait faire, ils les ont faites et la chambre des Lords fera la suite.

Un roman sympathique à lire juste pour le plaisir de se détendre l’esprit, ce qui, de temps en temps, fait énormément de bien. Une sorte de pause rafraîchissante, sans prise de tête, de quoi passer un après-midi avec les doigts de pieds en éventail. Il se lit très vite mais hélas, s’oubliera vite aussi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°287, Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9) et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°20].

A comme arsenic – Les poisons d’Agatha Christie : Kathryn Harkup


Titre : A comme arsenic – Les poisons d’Agatha Christie

Auteur : Kathryn Harkup
Édition : du Masque (2016)
Édition Originale : A is for Arsenic : The Poisons of Agatha Christie (2015)
Traducteur : Philippe Bonnet

Résumé :
Il y a mille et une façons de tuer. Ce n’est pas à Agatha Christie qu’on va l’apprendre.

Mais à chacun ses préférences. Chez la reine du crime, le poison est la méthode qui revient le plus, au point de devenir un personnage à part entière dans ses romans.

A comme Arsenic est l’abécédaire aussi glaçant que fascinant de ses choix en matières de substances létales. Loin d’être aléatoires, ils rendent compte de l’étendue de son savoir scientifique ; chaque poison possède des caractéristiques précises permettant l’obtention d’indices majeurs pour la résolution de ses intrigues.

Un livre à ne pas laisser entre toutes les mains…

Critique :
Ce livre m’avait fait de l’oeil lorsque j’avais croisé sa route dans une bouquinerie et dans la biblio, il a fière allure.

Voilà que des années après son achat, j’ai décidé de lui faire prendre l’air, non pas pour concocter une potion magique pour me débarrasser de Monsieur, juste pour le plaisir d’enfin le lire et de vous en faire un compte-rendu.

Abnégation, quand tu nous tiens…

Laurent Gerra, dans son imitation de Pierre Bellemare, pourrait dire que c’est un bel objet.

Couverture rigide, déco vintage années 20, il fait son petit effet posé sur une table, nonchalamment…

Certes, laisser traîner un livre qui parle des poisons sur la table, ça en pousse certain à vous regardez bizarrement. Et c’est bien un livre sur les poisons, plus que sur les romans d’Agatha Christie.

La présentation se déroule ainsi : l’auteur vous parle en intro d’un poison (par ordre alphabétique), de l’endroit où on peut le trouver (souvent dans les plantes), comment on l’a découvert (l’historique), ses effets (mortels), dans quel roman on le retrouve et comment la reine du crime en a entendu parler (souvent dans des affaires criminelles).

Autrement dit, on fait une sorte de parallèle entre la réalité et la fiction et on se rend compte que dame Agatha Christie en savait des brouettées sur l’utilisation des poisons.

Même si l’auteur de l’ouvrage nous signale parfois que la reine du crime s’est un peu fourvoyée sur certains poisons, sans vraiment ensuite donner ses références.

Le problème, c’est que la vulgarisation des poisons est imbuvable ! Trop d’informations tuent l’information, surtout si elles ne sont pas pertinentes et que le lecteur aurait pu s’en passer sans pour autant mourir idiot.

Si les cas réels sont intéressants à lire pour ne pas répéter les mêmes fautes que les coupables (oups, je me suis trahie), le reste est assez soporifique à lire, que l’on soit au matin, à midi ou au soir.

De plus, c’est un peu le bordel lorsqu’elle aborde les différents œuvres dans lesquelles on retrouve tel ou tel poison. J’aurais aimé un peu plus de rigueur dans cette partie-là car le but du livre est de mettre en avant les poisons dans l’oeuvre d’Agatha Chrsitie.

Quant au style, il est plat, sans vie et ne donne pas toujours envie de lire les gros placards consacrés à la science.

Un bel objet qu’il vaut mieux lire à son aise, poison par poison (un par jour, en forme toujours), ou à n’utiliser que lorsque vous êtes plongé dans un roman qui utilise de l’arsenic, du cyanure ou autre poudre de perlimpinpin afin d’affiner votre enquête.

Ce que j’aurais dû faire pour le digérer…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°254.

M.O.R.I.A.R.T.Y – T01 – Empire mécanique (1/2) : Fred Duval, Jean-Pierre Pécau et Stevan Subic


Titre : M.O.R.I.A.R.T.Y – T01 – Empire mécanique (première partie)

Scénaristes : Fred Duval et Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Stevan Subic

Édition : Delcourt – Néopolis (2018)

Résumé :
1899, Londres. Le calme brumeux d’une fumerie d’opium s’évapore à l’arrivée d’un homme en furie. Serait-ce le docteur Jekyll ?

Pendant ce temps, dans le quartier de Mayfield, un inconnu plume de manière radicale les joueurs de poker, à tel point que Sherlock Holmes est dépêché pour examiner ce champion et analyser sa tactique trop parfaite pour être honnête.

Les événements semblent liés : qui tient les deux fils ?

Critique :
J’avais découvert cette bédé dans le défunt « Lanfeust Mag » (mensuel) et j’avais envie de la lire d’un seul coup, sans attendre 1 mois entre chaque parution.

Tiens, j’avais oublié que les dessins des visages étaient aussi moches !

Nom de Zeus, la couverture était épurée, mystérieuse, avec Holmes et Watson bien esquissés et, une fois la bédé ouverte, là j’ai manqué de défaillir.

Watson ressemble à un vieillard et le dessinateur a pourvu tous les visages de stries ou de petites taches noires qu’on se demande bien à quoi elles servent, si ce n’est à enlaidir tout le monde. Holmes, par contre, donne l’impression d’avoir 15 ans de moins que Watson, ce qui n’est pas juste.

Même les yeux sont assombris avec des traits noirs, ce qui ne laisse jamais voir leur couleur.

Vous prenez une grande casserole et dedans, vous incorporez un Holmes, un Watson, un Winston Churchill, un Mycroft Holmes, un Docteur Jekyll et son Mister Hyde/Hulk (pour la  force, pas pour la couleur verte), Moriarty (mort sous les yeux de Holmes, pourtant), Baskerville, le bourbier de Grimpen, le chien maudit. Vous touillez le tout, en n’oubliant pas d’assaisonner et de surveiller la température de cuisson sous peine que le plat soit trop cuit et immangeable…

Ici, on est à la limite… À force de vouloir donner trop de goût, on sature le plat en saveurs différentes et le consommateur ne sait plus trop ce qu’il déguste… Ah oui, c’était un Holmes sauce steampunk enroulé dans du fantastique.

L’univers de Holmes ne se prête pas toujours au fantastique ou au steampunk, mais bizarrement, toutes les bédés qui sortent sur le détective aiment surfer sur ces univers et peu nous offrent des enquêtes classiques, sans vampires, loups-garous, automates, voyages dans le temps…

Ici, bingo, on a des automates, des fiacres avançant sans chevaux et des machines volantes sorties de l’univers steampunk.

Malgré les dessins moches, malgré les machines et tout le tralala lié au Docteur Jekyll Hulk, il y a dans cette enquête un truc vieux comme le monde mais auquel personne ne pense jamais, moi en premier. Une fois que je l’eu devant mon nez, j’ai levé les yeux au ciel en me disant que « bon sang mais c’est bien sûr »… Bien vu.

Bon, cette relecture ne m’a pas fait changer d’avis : sans être mauvaise, sans être merdique, cette bédé prêche par ses dessins de visages très moches et sa profusion d’éléments, de personnages connus, comme si on avait voulu en mettre le plus possible pour toucher le plus grand nombre de lecteurs/trices, ou alors, afin d’arriver à faire une histoire intéressante.

Parfois, « Trop is te veel » (trop, c’est trop). La profusion nuit en tout et dans ce cas-ci, l’allusion au Moriarty n’était pas nécessaire, on peut inventer d’autres grands méchants sans pour autant ressortir le vieux professeur de son trépas.

Comme j’ai passé un bon moment de détente et d’aventures en tout genre, je ne vais pas être trop sévère avec la cote. Et puis, faut que je vérifie ce que me réserve le second album que je n’avais pas lu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°251 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Basil et Victoria – Tome 1 – Sâti : Edith Grattery et Yann

Titre : Basil et Victoria – Tome 1 – Sâti

Scénariste : Yann
Dessinateur : Edith Grattery

Édition : Les Humanoïdes Associés (1990/2003)

Résumé :
Dans un Londres à la Dickens, deux orphelins dépenaillés maraudent à la recherche du bon coup qui va leur permettre de survivre un jour de plus.

Il y a tout d’abord Basil, qui chasse le rat en compagnie de son fidèle Cromwell. Rêveur patenté, c’est un grand amateur de pintes de bigorneaux.

Et puis il y a Victoria, grande raconteuse d’histoires qui jure qu’enfant, elle fut volée à la cour par un odieux gitan.

Si Basil et Victoria ont de multiples sujets de dispute, à commencer par les autres filles qui tournent dans le secteur, leur amitié les conduira surtout à vivre des aventures qui les mèneront jusqu’au bout du monde.

Critique :
Grâce au Mois Anglais, je fais des découvertes que jamais je n’aurais faites si je n’avais pas poussé mes recherches sur le thème « bédés se déroulant en Angleterre ».

Pourtant, j’ai failli refermer cet album après l’avoir ouvert, tant les dessins ne me plaisaient pas. Mais puisque le vin était tiré… Et puis, qui sait, je pouvais avoir une belle surprise.

Disons-le de suite, les coloris monochromes ne sont pas ma tasse de thé.

Tant qu’ils restaient dans les tons sépias, beiges, marrons, ça allait, mais nom de Zeus, lorsque l’on colorie plusieurs pages dans des tons sombres oscillant sur le bleu nuit, on ne voit plus grand-chose ! Idem pour un incendie avec des cases dans les tons rouges…

Dommage que les dessins et les coloris aient nuit à l’album car il y a du bon dans ce scénario qui n’est clairement pas pour les enfants !

Basil, le copain de Victoria, sans doute guère plus de 10 ans, a toujours un morceau de cigarette aux lèvres et ne le lâche jamais car il est présent à toutes les cases. Nos deux mômes, qui vivent dans les bas-fonds de Londres, sont en couple, divorcent souvent, se disputent et rien ne leur est épargné. Ou presque…

Si vous vouliez une visite des quartiers mal famés sous la reine Victoria, vous allez être servi ! Si vous chercher des personnages bien campés, vous en aurez et ne croyez pas que la petite Victoria soit une jeune fille frêle. Les culottes, c’est elle qui est les porte, n’a pas d’empathie, même pour son chien, qu’elle fera combattre contre une nuée de rats afin d’obtenir de l’argent pour sauver son grand frère de la pendaison…

Basil est le gentil du couple, celui qui a des émotions, celui qui veut sauver Sâti, la jeune Hindoue qui a disparu. Cela donnera même un grand moment entre Watson et Victoria, cette chasse à la gamine perdue.

Non, clairement, ce n’est pas pour les enfants ! On est dans une bande dessinée qui a tout d’un roman noir tant le côté social est présent, tant la misère des plus pauvres qui essaient de survivre comme ils peuvent, côtoie la richesse et la décadence des riches qui vont aux pendaisons comme on irait à un spectacle.

Le rythme est soutenu, les dialogues assez cru, mais ils font mouche et appellent un chat un chat.

Non seulement la bédé est une critique acide de la société victorienne, où, au moment de son jubilé, Victoria régnait sur un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais et où l’Angleterre, à son apogée, avait des milliers de gens qui crevaient de faim, de froid, de misère…

Mais en plus, les auteurs ne se privent pas non plus pour nous parler d’une tradition de la société Hindoue, pourtant interdite depuis plus d’un siècle, mais qui a toujours cours puisque la femme n’a aucun droit ou nous faire assister à une pendaison, à des combats entre chiens et rats…

Une découverte en demi-teinte : si j’ai aimé le scénario qui ne s’embarrasse pas du politiquement correct, si j’ai retrouvé dans ces pages ce que j’avais lu dans « Les bas-fonds de Londres » de Chesney, si j’ai aimé les personnages de deux gamins, si j’ai aimé le portrait cynique de la société victorienne, je n’ai pas aimé les dessins sous forme de crayonnés et j’ai détesté les coloriages monochromes.

Malgré tout, j’aimerais lire la suite des albums pour voir ce qui va arriver à nos deux gosses et au chien Cromwell qui est un très grand chasseur de rats.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°249, Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°12] et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Alix – Tome 33 – Britannia : Mathieu Bréda, Marc Jailloux et Jacques Martin

Titre : Alix – Tome 33 – Britannia

Scénariste : Mathieu Bréda
Dessinateur : Marc Jailloux

Édition : Casterman (14/05/2014)

Résumé :
Alix et Enak rejoignent le proconsul Jules César à Port Itius dans l’extrême nord de la Gaule, où ils découvrent un gigantesque camp militaire ainsi qu’une armada de bateaux armés, tout prêt à appareiller.

Sept légions et des centaines de navires s’apprêtent à traverser la Mare Britanicum (la Manche) pour débarquer en force sur l’île de Britannia toute proche.

César entend ainsi parachever ses succès militaires et sa campagne de pacification en Gaule en soumettant les peuples britons, qui, par solidarité entre « cousins » celtiques, continuent à apporter leur soutien aux chefs rebelles gaulois.

César tient à ce qu’Alix et Enak l’accompagnent. Ils auront pour compagnon Mancios, un jeune prince de Britannia dépossédé de ses terres par un puissant chef de guerre, et qui s’est offert de guider l’expédition des forces romaines dans l’île en échange d’un soutien pour reconquérir son trône perdu.

Mais il y a aussi parmi les alliés Britons du général romain un certain Viridoros, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’inspire guère confiance à Alix…

Critique :
Le Mois Anglais (Juin 2020) est toujours l’occasion pour découvrir de nouvelles choses ou pour revenir aux classiques.

Alix, je connais, je possède d’ailleurs une vingtaine d’albums de son père littéraire, Jacques Martin.

Après, j’ai arrêté et je suis passée à autre chose car je trouvais le personnage d’Alix trop lisse, trop gentil garçon et ce qui faisait mon plaisir de lecture lorsque j’étais jeune, passait moins bien une fois que j’eu passé les 30 ans.

Mon préféré a toujours été Enak qui, dans cet album, est en retrait et c’est bien dommage qu’on lui ai donné un aussi petit rôle.

Le dessinateur Marc Jailloux a beau avoir copié la ligne claire de Jacques Martin, j’ai eu l’impression que certaines scènes étaient moins foisonnantes de détails par rapport à l’oeuvre originale, comme s’il avait fait l’impasse sur les décors.

Le scénario est conventionnel : un prince dont on a assassiné toute la famille afin de ravir son trône, revient avec César et les légions romaines pour récupérer son trône.

Attends, stop… César qui vient aider un breton à récupérer sa couronne ? Je rêve ?C’est le César d’Astérix ? Sorry, mais on ne me la fait pas à moi. L’occasion fait la larron, oui ! Alix, réveille-toi s’il te plait.

C’est le problème avec les personnages trop lisses et trop gentils, c’est qu’ils ne voient jamais la couille dans le potage.

Aucune nation ne vient aider une autre gratuitement, mon petit Alixounet. Sois moins niais aussi. César est un despote, un tyran, un dictateur, un mec assoiffé de conquêtes et pour lui, des prisonniers, c’est de la marchandise, pas des êtres humains.

Alix est un gentil, que voulez-vous… Moi, méfiante, j’avais repéré d’avance le vilain pas beau de votre expédition (c’était difficile de le rater), compris que César devait avoir une autre idée derrière la tête et senti le piège se refermer. Alix, j’aurais dû être à tes côtés, par Bélénos ! Ou par Jupiter… Non, pas Jupiter (mdr).

Moins drôle que l’excursion d’Astérix chez les Bretons, l’épopée d’Alix et des légions de César chez les Britons (oui, avec un « i ») pourrait tourner à la Bérézina ou pire, en Waterloo, car si les romains sont de vrais guerriers et qu’en face, ils n’ont pas de magique potion, ce sont aussi des combattants redoutables. Ne jamais sous-estimer l’ennemi sous prétexte que pour vous ce sont des sauvages, des barbares.

Usant de quelques ficelles facilitant la résolution de ce bourbier Breton, le scénariste aurait dû avoir plus de pages afin de pousser un peu plus son histoire, lui donner plus de coffre, plus de profondeur et éviter les ellipses finales. Là, tout semble précipité sur la fin.

Analysé à froid, cet album n’est pas non plus une catastrophe, malgré ses défauts, car il résume bien tous les problèmes auxquels les grands con-quérants durent faire face en allant poser le pied chez les autres, afin de leur ravir deux trois bricoles : logistique qui ne suit pas, météo de merde, trahisons, sentiment de perdre pied malgré toute son armée, vision réduite à la réussite.

Hélas, il manquait de goût, d’épices, de profondeur et en plus, on devine trop facilement les traîtrises et tout se déroule un peu trop rapidement sur la fin. Bon, si on connait l’Histoire ou si on demande à Wiki en quelle année Rome pris la Bretagne, on aura de suite la fin de l’album.

Allez, pleure pas Alix, je suis sévère avec toi mais tu le mérites à être si niaiseux ! Faudra que je voie ce que tu es devenu en Senator, tiens…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°248 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

 

 

Jungle : Miguel Bonnefoy

Titre : Jungle

Auteur : Miguel Bonnefoy
Édition : Paulsen (2016) / Rivages Poche (2017)

Résumé :
Prenez un jeune écrivain couvert de louanges, couronné de nombreux prix littéraires.

Plongez-le sans autre préparation au milieu de la jungle vénézuélienne. II devra parcourir la montagne (Auyantepuy), escalader des crêtes, s’enfoncer dans la mousse, traverser des torrents, ouvrir des sentiers à la machette…

Et s’élancer dans le Salto Angel, un rappel vertigineux de neuf cent cinquante mètres, dans le fracas de la plus haute cascade du monde.

Laissez frémir quatorze jours, et faites revenir.

Vous obtiendrez Jungle, un texte joliment ciselé par le vent, perlé par les marécages, le récit d’un jeune homme qui s’abandonne à la nature et confirme son talent pour la littérature.

Critique :
Je ne sais pas ce que j’ai ces derniers temps mais j’en suis à ma 3ème déception lecture ! L’une à la suite de l’autre…

Pourtant, ce roman parlant d’un trek de 15 jours dans la jungle vénézuélienne, au milieu d’une flore et d’une faune méconnue par nous, avec grimpette de la montagne Auyantepuy et la redescente en rappel par la gorge du Diable, la où se situe la cascade la plus haute du monde, le Kerepakupai Venà, avait tout pour me plaire.

Une fois de plus, je suis restée quasi de marbre devant les mots de l’écrivain, lisant sans lire, n’arrivant pas à me projeter dans cette jungle.

Sans doute que, comme l’auteur, j’ai compris que la littérature n’arriverait jamais à retranscrire avec les mots juste la beauté de la Nature. L’auteur ne me contredira pas, lui qui s’est renseigné dans les livres sur son périple et qui a avoué ensuite que toutes les pages de bibliothèque ne pouvaient rien devant l’architecture d’une fleur.

Avant le départ, je lus tout ce que je trouvais sur le sujet. Du vieux manuscrit jusqu’au traité de biodiversité, je m’enfermai dans des bibliothèques et des librairies, je rencontrai des archéologues et des géographes, des journalistes spécialisés dans les exploitations minières et des poètes de Ciudad Guayana. J’abattis le travail de plusieurs hommes pour dresser une monographie régionale de la Gran Sabana. Je dois confesser ici que, lorsque je posai le premier pied dans la jungle, je compris que mon effort avait été vain. Toutes les pages des bibliothèques ne peuvent rien devant l’architecture d’une fleur.

Et bien, j’ai dû souffrir du même syndrome aussi car mon petit coeur de lectrice n’a pas vibré dans cette nature luxuriante, dans ces chemins escarpés, ne s’est pas décroché lors de la descente en rapper de la cascade la plus haute du monde.

Là, il est plus que temps que j’aille voir un médecin, je dois souffrir d’un virus de lectrice blasée ou alors, le roman et moi n’étions pas fait pour nous rencontrer.

Le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 08].

 

La Tête sous l’eau : Olivier Adam

Titre : La Tête sous l’eau

Auteur : Olivier Adam
Édition : Robert Laffont (23/08/2018)

Résumé :
Quand mon père est ressorti du commissariat, il avait l’air perdu. Il m’a pris dans ses bras et s’est mis à pleurer. Un court instant j’ai pensé : ça y est, on y est. Léa est morte.

Puis il s’est écarté et j’ai vu un putain de sourire se former sur son visage. Les mots avaient du mal à sortir. Il a fini par balbutier : « On l’a retrouvée. Merde alors. On l’a retrouvée. C’en est fini de ce cauchemar. »

Il se trompait. Ma sœur serait bientôt de retour parmi nous mais on n’en avait pas terminé.

Critique :
Après avoir utilisé mon cerveau en lisant François Cheng, je me suis tournée vers le livre que j’avais déjà extrait de ma PAL et, sans le savoir, j’ai accordé du temps de cerveau disponible à ma cervelle.

L’art est difficile, la critique est aisée et je me retrouve devant à mon écran pas tout à fait blanc, face à une particularité que bien des auteurs de critiques, qu’ils soient du dimanche ou d’un autre jour, ont dû rencontrer un jour (ou peut-être une nuit)…

Oui, j’ai apprécié ma lecture, oui j’ai passé un bon moment, oui j’ai pris une bouffée d’air frais, oui j’ai fait trempette dans la mer froide, oui je suis allée me coucher tard parce que je voulais terminer ce roman, mais…

Ben oui, le fameux « Mais » est de retour et nous ne sommes qu’en avril.

Si en avril, il ne faut pas se découvrir d’un fil, ce roman, lui, a tendance à se balader avec pas grand-chose sur le dos : peu de dialogues au départ (Antoine, le petit frère de Léa, est le narrateur), peu d’informations sur les personnages, certains manquant même de profondeur et de développement (les parents) et une sensation de « trop peu » dans la résolution de l’enquête.

Qui était-il vraiment ? Pourquoi a-t-il fait cela ? Quel était son but ? Il faudra se contenter de se dire que certaines personnes étaient au mauvais endroit au mauvais moment et que c’est la faute à pas de chance.

D’accord, le but de l’histoire est de ce concentrer sur deux ados (Léa et Antoine), que les parents ont déracinés de Paris, parce qu’ils voulaient habiter en Bretagne, dans un bled paumé et vivre comme si on était toujours en vacances.

De venir fouiller dans la tête de Léa, qui ne sait vivre qu’à Paris et qui ne veut vivre que là-bas, sur ses amours déracinés aussi (on comprend vite aux travers de ses lettres à qui elle s’adresse) et sur la reconstruction de l’après enlèvement (pas de spoiler, c’est dans le résumé éditeur).

Oui mais, là aussi, ça manque un peu d’épaisseur vestimentaire ! Littérature pour jeunes adultes ou adolescents ne veut pas dire non plus qu’il faut survoler le sujet, l’effeuiller de loin et puis laisser les lecteurs/trices dans le doute, dans les questions qui auraient mérité un peu plus de réponses et pas une explication au rabais.

L’auteur a pourtant réussi à se mettre dans la peau d’un ado de 15 ans (Antoine), même si je l’ai trouvé peu ou pas tourmenté de ce qui est arrivé à sa sœur, un peu comme s’il était dans sa bulle (c’est sans doute l’explication logique), même si, après le retour de sa soeur, il joue tout de même au petit frère sur qui elle peut compter.

Les réactions débiles de ses collègues de classe sont parfaitement dans l’air du temps et eux, c’est à se demander s’ils ont eu, un jour, un cerveau pour réfléchir plus loin que le bout de leur imbécillité.

Et la bât blesse une nouvelle fois pour manque d’épaisseur car l’auteur ne développe pas assez le cauchemar qui commence après le retour de Léa… Et je ne parle pas de ses parents, mais des copains de classe.

Ce qu’elle vit et ressent après, le sale coup qu’on lui a fait, est horrible, je n’ose même imaginer ce que je ferais si une telle chose m’arrivait (je flingue toute la classe de connards sans cervelle et je me suicide après ?), mais l’auteur passe vite à autre chose et ne prend pas assez de temps d’explorer le monde des ados, notamment leurs foutus réseaux sociaux.

Râlant parce que le roman est bon, agréable, se lit facilement, vite, donne envie d’être lu, d’être fini mais, il y a un goût de trop peu dans certaines parties et tous les grands chefs le disent : du goût, du goût, du goût ! Là, on survole et comme le disaient si bien mes profs au sujet de mes leçons : il n’y a pas eu d’approfondissement !

Malgré tout, il a fait le job de me divertir et ça, je ne lui enlèverai pas !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°208.

La prière du maure : Adlène Meddi

Titre : La prière du maure

Auteur : Adlène Meddi
Édition : Jigal Polar (15/02/2019)

Résumé :
Alger, les années 2000. Un jeune homme disparaît. Pour régler une dette, Djo, commissaire à la retraite – entêté, solitaire et amoureux – reprend du service et réactive ses réseaux.

L’enquête devient une inquiétante course contre la mort, les fantômes d’une époque que tous croyaient révolue ressurgissent.

Les capitales étrangères paniquent, les systèmes de sécurité s’effondrent.

Dans une Algérie où la frontière entre la raison et la folie s’estompe jusqu’au vertige, Alger sombre dans le chaos.

Critique :
Adlène Meddi est un journaliste, reporter et écrivain algérien et on sent bien le côté reporter qui a fouillé dans les poubelles de l’Histoire pour dénoncer un système, le critiquer, le mettre à jour.

J’avais déjà découvert une Algérie loin des cartes postales avec « Le désert ou la mer » de Ahmed Tiab mais ici, j’ai plongé un peu plus dans Alger La Noire et j’en suis ressortie en regardant derrière moi si certains personnages louches ne me suivaient pas.

Ici, l’avenir n’est pas heureux, le sang coule toujours et des gens qui posent les mauvaises questions aux mauvaises personnes disparaissent.

Pourtant, nous sommes face à une enquête banale : un ancien commissaire à la retraite à qui on a demandé de rechercher un jeune homme qui a disparu. Il lui suffit juste de réactiver ses anciens réseaux et de poser quelques questions…

Ça le gonfle, notre Djo, il préférerait rester les doigts de pied en éventail, mais il a une dette et on lui demande de la rembourser avec cette petite enquête.

Oui, une enquête qui serait des plus banales ailleurs qu’en Algérie. Car en fait, si l’enquête semble simple, ou du moins vue et revue, c’est tout ce qui vient se greffer autour qui ne l’est pas.

Un peu comme quelqu’un qui côtoierait une personne atteinte du choléra/peste/Covid19 (biffez les maladies non souhaitées) et puis qui, sans se savoir infecté, irait foutre la pécole à tous ceux qu’il va croiser ensuite… Sans le vouloir, il va semer la mort dans son sillage.

Services secrets, policiers, politiciens, tout le monde est sous contrôle, tout le monde est espionné, tout le monde contrôle tout le monde et la situation peut changer car certains jouent double jeu, triple jeu, mélangeant l’espionnage et la délation, sans oublier la torture, du genre de celle qui vous ferait avouer l’assassinat de Lincoln.

Je veux bien qu’il y a pénurie de sucre dans les rayons des magasins, mais au moment où ce livre a été écrit, il y avait du sucre et en ajouter un peu dans ce petit noir aurait adoucit les phrases qui écorchent l’âme, qui rappent la peau, qui jaillissent comme des balles d’un AK47.

Le style d’écriture m’a perturbé dans les premières pages tant le staccato des mots tourbillonnaient dans ma tête, tant la noirceur humaine était mise en avant et me fusillait sur place. Trop, c’était trop…

Après une telle lecture, un petit Astérix de l’ère Goscinny/Uderzo est à préconiser, même deux, si jamais les symptômes d’abattement persistent.

Dommage pour le style d’écriture avec lequel je n’ai pas matché, parce qu’il y a derrière cette petite enquête une autre enquête, bien plus grande, bien plus fournie, travaillée, celle de l’auteur qui a vraiment joué au journaliste d’investigation, comme je les aime.

Un livre qui fait très froid dans le dos… Je quitte l’Algérie sur la pointe des pieds, croisant les doigts que les services spéciaux ou autres barbouzes excités de la mort ne me suivent pas pour me régler mon compte.

PS : je soulignerai l’excellent jeu de mot dans le titre « la prière du maure »…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°203.

La Peste : Albert Camus

Titre : La Peste

Auteur : Albert Camus
Édition : Folio (2009)

Résumé :
— Naturellement, vous savez ce que c’est, Rieux ?
— J’attends le résultat des analyses.
— Moi, je le sais. Et je n’ai pas besoin d’analyses. J’ai fait une partie de ma carrière en Chine, et j’ai vu quelques cas à Paris, il y a une vingtaine d’années. Seulement, on n’a pas osé leur donner un nom, sur le moment… Et puis, comme disait un confrère : « C’est impossible, tout le monde sait qu’elle a disparu de l’Occident » Oui, tout le monde le savait, sauf les morts. Allons, Rieux, vous savez aussi bien que moi ce que c’est…
— Oui, Castel, dit-il, c’est à peine croyable. Mais il semble bien que ce soit la peste.

Critique :
Quelle idée, me dira-t-on, de se mettre à lire ce livre de Camus en pleine période de pandémie et de confinement !

Pourtant, l’idée n’est pas si mauvaise que ça car elle est l’illustration parfaite de ce qui se passa et se passe durant le covid 19.

Camus n’étant pas visionnaire, il avait juste compris l’âme humaine, les travers de ses contemporains et a réussi à décrire tous les comportements qui ont lieu durant une épidémie, qu’elle soit de peste, de choléra ou de coronavirus…

Bien souvent, les autorités veulent étouffer les choses, tardent à regarder la réalité en face, traînant les pieds, reportant sans cesse les mesures et comme dans la fable de La Cigale et La Fourmi, se trouvent dépourvues lorsque le pic fut venu.

Chez nous, on hurle sur notre ministre de la Santé (Maggie De Block) qui a fait détruire un stock de masques FFP2 car « périmés » et en France, on s’est gaussé de Roselyne Bachelot qui avait commandé trop de masques pour le H1N1…

Camus nous décrit avec force et réalisme les rats qui meurent un peu partout, les gens qui pensent que tout ceci ne durera pas, qui ne craignent rien, sur les autorités qui veulent pas affoler les gens en parlant de « peste brune », sur les mesures prises ensuite et qui font râler la population d’Oran (le confinement dur), sur les médias qui bourrent le crâne après avoir fait silence…

Nous avons aussi toute une galerie de personnages, allant du docteur Rieux qui soigne tout le monde à Jean Tarrou qui nous raconte tout, en passant par Cottard qui, ayant raté son suicide, ne rate pas sa reconversion dans le marché noir.

Ce roman est fort contemporain car toutes les différentes façons de réagir face à la maladie se trouvent regroupées : que ce soit le déni des uns (Trumpinette), le dédain des autres (Boris d’Angleterre), ceux qui magouillent (en vendant du PQ au prix de l’or ? – mais pas dans le roman), ceux qui paniquent, ceux qui veulent prendre la fuite et ceux qui prennent la fuite (j’ai les noms dans la réalité !).

Après toutes ces réactions enflammées et différentes, tout le monde se résigne, courbe l’échine et fait avec…

De plus, durant la lecture, une petite lumière s’allume dans votre esprit et vous vous demandez si c’est vous qui vous faites un film ou cette peste brune sera une analogie de celle qui déferla dans les années 30, celle qui produisait des bruits de bottes, des autodafés, des crimes, des génocides… Bref, le fascisme !

Wiki me répond que je n’ai pas tout à fait tort et que la lutte contre la peste est aussi une lutte pour le fascisme, faisant du docteur un résistant et de Cottard un collabo.

Vous me connaissez et je vous sens suspendu à mes mots, se demandant où diable je vais caser ce foutu « Mais » que vous sentez arriver et qui va tempérer ce début prometteur…

Mais (vous le réclamiez, le voici)… La peste reste un livre difficile à lire, avec peu de dialogues par moment, une ambiance plombée (pas de lockdown fiesta, pas de vidéo marrantes), des descriptions interminables, un ton qui semble froid, distant.

Anybref, Camus et moi ne sommes pas fait pour passer un confinement ensemble. C’est la deuxième fois avec lui et ça ne passe toujours pas. Pourtant, au départ, j’étais emballée, tout allait bien, je la sentais bien, cette lecture, les pages se tournaient toutes seules, en un mot, je le dévorais.

Arrivé un moment, je n’ai plus dévoré mais j’ai senti mon rythme de lecture diminuer, et puis, sans même le vouloir, j’ai surpris mes yeux en train de sauter des paragraphes, des pages, même !

Je pourrai dire que j’ai enfin lu La Peste de Camus mais qu’il ne m’a pas plu et que je n’ai pas eu l’ivresse littéraire, même si ça avait bien commencé…