Dans les eaux du Grand Nord : Ian McGuire

Titre : Dans les eaux du Grand Nord

Auteur : Ian McGuire
Édition : 10/18 (2017/2019)
Édition Originale : The North Water (2017)
Traduction : Laurent Bury

Résumé :
Puant, ivre, brutal et sanguinaire, Henry Drax est harponneur sur le  » Volunteer « , un baleinier du Yorkshire en route pour les eaux riches du cercle polaire arctique.

Patrick Sumner, un ancien chirurgien de l’armée traînant une mauvaise réputation, n’a pas de meilleure option que d’embarquer sur le baleinier comme médecin.

En Inde, pendant le siège de Delhi, Sumner a cru avoir touché le fond de l’âme humaine, et espère trouver du répit sur le « Volunteer »…

Mais pris au piège dans le ventre du navire avec Drax , il rencontre le mal à l’état pur et est forcé d’agir. Alors que les véritables objectifs de l’expédition se dévoilent, la confrontation entre les deux hommes se jouera dans l’obscurité et le gel de l’hiver arctique.

Critique :
1859, Angleterre… Nous allons faire la connaissance du sieur Henry Drax et, comme dans un Columbo, nous ne raterons du meurtre et nous aurons l’identité du coupable. L’analogie s’arrêtera là. Et dans analogie, il y a… anal, en effet.

Drax aime les jeunes garçons, je ne vous ferai pas de dessin. Le meurtre du gosse est violent et marquant. Quelle entrée en matière !

Ce roman d’aventures restera aussi dans mes annales en raison de sa violence, qu’elle soit envers les animaux (nous sommes à bord d’un baleinier) du Grand Nord (phoques, baleines, ours blancs) ou envers les hommes.

Parce que dans un baleinier, les marins ne sont pas des enfants de coeur, mais si en plus des mousses, vous avez embarqué le fameux Drax et son goût pour les jeunes gamins, ça risque de mal se terminer ! Déjà que vous vouliez couler votre navire pour toucher les assurances…

Oui, ce roman restera dans mes annales, en partie pour les raisons exposées ci-dessus, mais aussi parce qu’après un tiers de pages, je me suis de temps en temps ennuyée et j’ai souqué plus ferme dans le but de passer outre de ces vagues d’ennui.

Ce roman possède des émotions fortes (violences, naufrage, survie, meurtres,…), des descriptions remarquables des paysages, des actions, de la vie sur un baleinier, par contre, je n’ai pas trouvé la bouée de sauvetage et j’ai bu la tasse de temps en temps. Trop de détail tue le détail, même si, pour l’immersion, c’était parfait.

Me voici donc mitigée au moment d’écrire ma chronique : le roman n’est pas mauvais du tout, il apporte le souffle de la grande aventure, il est précis, documenté, l’écriture descriptive est très jolie, et pourtant, il m’a manqué quelque chose pour que j’adhère totalement à ce récit.

Sans doute un personnage auquel me raccrocher, même si le chirurgien, Patrick Sumner, a fait l’affaire durant une grande partie du roman.

C’est une impression fugace qu’il manquait une âme à ce récit, un corps. Des émotions autre que le dégoût devant les massacres d’animaux ou des assassinats d’être humains.

Décrire avec précision la vie sur un baleinier, l’assaisonner de violence, de sodomie, d’assassinat d’un mousse, de fausses accusations, d’un coupable souffrant de déni purulent, rajouter une couche de violence, de descriptions peu ragoutantes, faire couler le navire et passer ensuite dans un récit de survie, tout en rajoutant une énorme couche de violence, ne fait pas d’un roman d’aventure un excellent roman d’aventure.

Dommage, le premier tiers était addictif et je l’avais lu en un rien de temps. La suite a défilé un peu plus vite lorsque je me suis mise à sauter des pages.

Une lecture en demi-teinte et le cul entre deux chaises (inconfortable) pour rédiger ma chronique. Tout n’est pas mauvais, dans ce roman, que du contraire, mais il manquait d’âme, que ce soit pour le récit ou pour les personnages, un peu trop brièvement esquissés. Zut alors…

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°239] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Blackwood – Tome 01 : Nicolas Jarry et Kan-J

Titre : Blackwood – Tome 01

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Kan-J

Édition : Soleil – Celtic (2008)

Résumé :
Lord Julian Blackwood passe ses journées à poursuivre et à tuer les morts levés, des morts qui reviennent à la vie la plupart du temps pour se venger. Il ne les tue pas par plaisir, mais seulement parce qu’ils n’ont pas le droit de venir dans le monde des vivants.

Lors d’une des ses interventions musclées, le valet de Lord Redstone requiert ses services pour une mission. Mais Blackwood n’est pas intéressé par l’argent. Il refuse de rendre service à Redstone. Très vexé par ce refus, Redstone kidnappe Deirdre, la femme de Blackwood, pour le contraindre à accepter.

Critique :
Nicolas Jarry n’est pas un inconnu pour moi et j’apprécie souvent ses scénarios, donc, je ne risquais pas grand-chose à découvrir ce diptyque.

Déjà, j’avais flashé sur la couverture et son personnage. Lors de ma lecture, j’ai apprécié les dessins dans un style manga. Ils avaient du dynamisme, notamment la manière de représenter les scènes d’actions. Les couleurs sont assez sombres, mais ce n’est pas gênant.

Heureusement qu’il est signalé que l’action se déroule en Angleterre, plus précisément à Londres, au XVIIe siècle, car il aurait été difficile, au vu des décors, des personnages et des lieux, de déterminer le siècle ET le lieu. Peut-être que le siècle ne voulait pas être genré…

Bizarrement, on aperçoit une locomotive qui ne semble pas appartenir à ce XVIIe siècle, mais puisque nous sommes dans le fantastique, tout est permis, je suppose.

Nous faisons la connaissance avec Lord Julian Blackwood. Son job est spécial (inédit pour le Pôle Emploi) : il passe ses journées à poursuivre et à tuer les morts levés. Quésako ? Ce sont des morts qui reviennent à la vie, la plupart du temps pour se venger. Notre chasseur les tue parce qu’ils n’ont pas le droit de venir dans le monde des vivants.

À l’aide de flash-back, le scénariste nous montre un morceau de la jeunesse de Julian Blackwood et de sa sœur, au moment où ils se retrouvent orphelins. Les personnages sont tourmentés, sombres et cachent quelques secrets…

C’est ce qu’on appelle un tome d’introduction. Normal, c’est le premier (c’est un diptyque, donc, on clôture le tout au second). Malgré tout, il m’a semblé que l’on survolait les personnages, sans entrer plus dans les détails (peut-être est-ce plus approfondi dans le suivant, mais je ne le saurai qu’en le lisant).

Le scénario n’est pas très novateur, avec des morts qui ne veulent pas quitter le monde des vivants, c’est archi-vu. L’intérêt reposait donc dans le fait que les auteurs auraient pu nous proposer un univers novateur, un récit qui ne soit pas conventionnel.

Hem, bien que n’étant pas une grande connaisseuse dans l’univers de morts-vivants, je n’ai rien lu de transcendantal ou du franchement nouveau.

Un homme se la joue justicier, nettoyeur des morts levés, défenseur des pauvres gens, pourfendeurs des trépassés… Un homme qui a joué avec Faust lui confie une mission qu’il ne peut refuser (le chantage pousse les gens à accepter toutes les missions).

Conventionnel, quand tu nous tiens… Pas de véritables surprises, pas de sursaut devant de l’inédit, bref, classique au possible.

Une fois la dernière page tournée, il reste quelques mystères qui, je l’espère, seront dissipés dans la suite et fin.

Une lecture en demi-teinte, sans pour autant être loupée ou affreuse (j’ai connu bien pire).

PS : une fois de plus, je me demande si les dessinateurs se renseignent bien sur les manières d’atteler un ou plusieurs chevaux… Parce qu’avec ce que j’ai vu, il est impossible pour un cheval (ou plusieurs) de tirer un attelage (ou charrette) sans une bricole, sans un collier ou sans un goreau (plusieurs systèmes). Quand à la sangle des chevaux sellés, elle se trouve au milieu du ventre ! Purée, la faute…

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°233], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 47 pages) et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

La grande peste de Londres : Rosemary Weir

Titre : La grande peste de Londres

Auteur : Rosemary Weir
Édition : G.P. Spirale (1969)
Édition Originale : The star and the flame (1964)
Traduction : Sylvette Brisson-Lamy

Résumé :
Un cri de chouette retentit dans la nuit profonde. Un bateau s’approche sans bruit d’une maison, sur le pont de Londres, dont la porte est marquée d’une croix. La silhouette menue d’un garçon apparaît à la fenêtre et descend lentement, le long d’une corde…

Que se passe-t-il donc ?

La peste ravage Londres. Mr. Wright, le père de Tom, a décidé d’éloigner son fils, le terrible mal ayant déjà frappé sa petite fille. Il est obligé d’agir secrètement, car sa maison est condamnée. Tom doit retrouver à la campagne ses grands-parents qu’il ne connaît pas, ceux-ci n’ayant jamais accepté le mariage de Mr. Wright.

Que de difficultés à vaincre pour un garçon de 13 ans, lancé dans l’aventure au XVIIe siècle, à une époque où les brigands détroussent les voyageurs !…

Critique :
Parfois, dans une caisse, au fin fond d’une bouquinerie, on trouve des vieux livres jeunesse de la collection Spirale.

Ce n’est pas le premier que je déniche et lorsque je tombe sur un titre qui pourrait m’intéresser, je lui offre une nouvelle vie en le lisant.

Bon, on ne va pas se leurrer, nous ne sommes pas dans de la grande littérature !

Dans les années 60, la littérature jeunesse n’était pas ce qu’elle est de nos jours (heu, c’est pas toujours glorieux à notre époque). Néanmoins, cette littérature n’avait pas peur de fatiguer les cerveaux avec des conjugaisons au passé simple ou à l’imparfait !

Londres, 1664… J’espère que tout le monde n’oubliera pas de renouveler sa police d’assurance incendie d’ici 2 ans.

Mais avant que Londres ne parte en fumée dans le grand incendie de 1666, il y a eu, en 1664, une comète qui passa dans le ciel, annonciatrice d’emmerdements à venir et en1665, la peste fit son grand retour triomphal. Elle faucha plus de 75.000 personnes.

Tom Wright, notre jeune futur héros, est un gamin de 13 ans, c’est le fils d’un apothicaire dont la boutique se trouve sur le pont de Londres. Lorsque la peste arrive, son père fait en sorte qu’il puisse s’enfuir, dans le but qu’il aille se réfugier chez son grand-père maternel.

Si vous vouliez en savoir plus sur la peste de Londres, il faudra lire un autre ouvrage, parce que dans celui-ci, vous apprendrez juste que lorsqu’une personne était atteinte (ou juste malade), on l’enfermait dans sa maison, avec toute sa famille, un garde montant la garde (ben oui) devant leur porte durant 40 jours.

Tirez votre plan si vous n’avez plus d’argent pour acheter de la bouffe et vous en faire livrer, vous mourrez de faim, si la peste, enfermée avec vous, ne vous zigouille pas avant. Violent, tout de même.

La fuite de Tom sera semée de petites embûches, mais rien de grave, comparé à ce que cela aurait pu être. Littérature jeunesse oblige, l’autrice a rendu les choses pas violentes du tout, parlant juste des gens de la campagne qui ne voulait plus voir débarquer les gens de la ville (oh, on a connu ça aussi en 2020).

Puis, comme si ça ne suffisait pas dans les emmerdements, après la peste, Londres se tapa son grand incendie dévastateur. Oui, la comète leur a porté la poisse.

L’histoire est pétrie de bonnes intentions, de non violence, juste quelques bousculades, rien de grave. C’est de la littérature bon enfant, ça se lit tout seul en quelques heures, ça fait du bien au moral et ma foi, ça ne mange pas de pain.

Rien de transcendantal, mais de la littérature que les jeunes peuvent lire sans crainte.

L’autrice aurait pu pousser plus fort les curseurs de ce que furent les conséquences de la peste, mais elle a sans doute voulu éviter de donner des cauchemars aux jeunes lecteurs des années 60. Face à ce que certains ont vécu, nous faisons pâle figure.

Une lecture jeunesse qui se lit tranquillement, sans prise de tête et que les jeunes de notre époque peuvent toujours lire.

#MoisAnglais2022

Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Tunique et masque portés par les médecins à Rome lors de la peste de 1656, gravure de Paul Fürst. Defoe n’y fait pas référence mais mentionne la « baguette rouge » portée par les agents sanitaires. Wikipedia

 

Helldorado – Tome 01 – Santa Maladria : Jean-David Morvan, Ignacio Noé et Miroslav Dragan

Titre : Helldorado – Tome 01 – Santa Maladria

Scénariste : Jean-David Morvan & Miroslav Dragan
Dessinateur : Ignacio Noé 🇦🇷

Édition : Casterman Ligne d’horizon (2006)

Résumé :
Quelque part sur une île tropicale, un village indien s’éveille dans la douceur de l’aube.

Mais l’enfer se déchaîne bientôt : un escadron de conquistadors a cerné les lieux, et massacre jusqu’au dernier tous les habitants, femmes et enfants compris. Toutes les apparences d’un crime gratuit, impardonnable.

Mais peut-être la réalité est-elle plus complexe qu’il n’y paraît. Car ce n’est pas une « simple » guerre conventionnelle qui oppose les Espagnols aux indigènes, les Indiens Syyanas.

Un troisième belligérant parcourt le théâtre des opérations, frappant indistinctement dans les deux camps sans jamais faire de quartier : une maladie mortelle foudroyante, si effrayante qu’on s’est même refusé à la nommer.

Critique :
Les premières pages sont sans paroles, mais le poids des images donne le ton : une femme découvre les soldats espagnols dans son village, ils vont charger… Ils chargent…

Pleurs, cris muets, fosses communes creusées, habitants du village entassé dans les tranchées creusées et abattus par balles puis on incendiera les cadavres.

Il faut attendre la page 10 pour avoir du dialogue. Le récit commence dans la violence gratuite et le sang.

Les Conquistadors tuent ainsi chaque fois, mais ils ne pillent rien, ne volent rien (si ce n’est la vie des habitants), n’emportent rien. Bizarre.

Hutatsu et Dathcino sont 2 jeunes Syyanas qui passent après les massacres et ne se privent pas pour prendre les affaires ou la nourriture des assassinés. Vous me direz qu’elle ne servira à personne et qu’ils n’ont pas de sang sur les mains, ces deux gamins.

De plus, si les autochtones de l’île se serrent les coudes, c’est depuis que l’Homme Blanc massacre des villages entiers, avant, durant l’épidémie, les riches se soignaient et laissaient crever les pauvres.

Les Conquistadors sont bien entendu guidés par la main de Dieu, qui leur donne une mission, comme une rédemption, et blablabla…

Le capitaine des Conquistadors a une sale gueule (on comprendra ensuite pourquoi) et est très croyant (sa casa est remplie de crucifix de toutes tailles), comme tout le monde à cette époque, pensant que la maladie qui a touché les Indiens a été envoyée par le Diable.

Si les dessins ne m’ont pas trop emballés, ils ne m’ont pas trop perturbés non plus. Les couleurs sont dans des tons pastels, douces, lumineuses. Agréables pour les yeux.

Pour l’instant, je ne sais pas trop où cette série va m’emmener. Les thèmes abordés sont connus, on sait que les Espagnols n’ont pas été des gentils lors de leur conquête des Amériques, que ce furent des bains de sang, des massacres, des génocides…

Nous avons beau le savoir, les 7 premières planches, muettes et extrêmement violentes, mettent déjà au tapis le pauvre lecteur qui ne s’attendait pas à un tel déchaînement de violence dès le départ.

D’habitude, les auteurs prennent le temps de présenter leur univers, là, on envoie du lourd directement. Ça déstabilise, mais ça remet les idées en place.

Du côté des Indiens Syyanas, ce n’est pas mieux. Les gens accusés sont divisés en trois catégories et seule l’une d’entre elles est passable (défendre la cité), les autres, ont les plaint, dont nos deux gamins pilleurs du début.

Ce premier tome me laisse un peu sur ma faim, mais j’ai au moins l’envie de poursuivre la série afin de savoir où les auteurs veulent en venir. Sur des scénarios convenus ou intéressants ? Je ne le saurai qu’en découvrant les deux tomes suivants.

Contrairement à d’autres séries, je vais poursuivre.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages) et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°35).

 

Nous, les vivants : Olivier Bleys

Titre : Nous, les vivants

Auteur : Olivier Bleys
Édition : Albin Michel (22/08/2018)

Résumé :
Perché dans les Andes (🇦🇷) à 4200 mètres d’altitude, le refuge de Maravilla défie la raison. C’est là, au ras du vide, que Jonas, un pilote d’hélicoptère venu ravitailler le gardien, se trouve bloqué par une tempête.

Dans la petite maison cernée par les neiges, il fait la connaissance d’un personnage étrange prénommé Jésus que l’on a chargé de surveiller l’improbable frontière entre l’Argentine et le Chili (🇨🇱).

Commence alors, dans l’immense solitude des montagnes, une longue randonnée dont le lecteur – et peut-être le narrateur – ne sait plus très bien s’il s’agit de la réalité ou d’un rêve.

Un roman envoûtant par l’auteur de Concerto pour la main morte et de Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes.

Critique :
Lorsque j’ai commencé la lecture de ce roman, je n’ai pas pris la peine de lire le résumé, je savais juste que l’histoire se déroulait dans un refuge des Andes, à la frontière entre l’Argentine et le Chili.

Jonas, pilote d’hélicoptère, est envoyé ravitailler le refuge de Maravilla. Une tempête le bloque avec les deux autres hommes et à partir de là, j’ai mis un moment à comprendre où l’auteur voulait en venir.

Non, non, oubliez les récits d’anthropophagie, de survivalisme ou plus trivial de partouze entre mecs. Rien de tout cela, malgré tout, il y avait comme une atmosphère bizarre dans le récit, comme si tout contribuait à retenir Jonas, le pilote, dans le refuge.

Le récit se lit assez vite, le style est simple, sans pour autant être simpliste. Les décors sont assez bien décrits et l’auteur arrive sans problème à nous immerger dans la neige, le froid et l’immensité des montagnes. La Nature est un personnage à part entière et ne pas l’écouter serait dangereux, à cet endroit.

Si Jonas, le pilote, est normal, les personnages du refuge, par contre, ne sont pas banals du tout. Surtout le vérificateur de frontière, Jésus (non, je ne ferai pas mon mauvais jeux de mots qui pourrait choquer les gens).

Tu fais quoi dans la vie ? Ben je vérifie la frontière entre l’Argentine et le Chili… Ben mon vieux ! Déjà que tu ne portes pas un prénom des plus facile… Même si, en Amérique du Sud, il soit plus courant que dans nos contrées.

Ce roman est un huis-clos qui ne devient jamais oppressant, sauf lorsque l’on se demande si tout n’est pas en train de se liguer contre Jonas, l’empêchant de quitter cette montagne.

L’élément fantastique semble être tout proche et pourtant, non, rien de fantastique, dans le fond. Mais la chute pourrait être brutale, si on ne la voit pas venir… Je l’avais pressentie, malgré tout, ce fut un choc de constater que j’avais raison.

Un roman bizarre, que j’ai lu sans vraiment l’apprécier, mais sans le détester. Pas d’ennui ressenti, mais zéros émotions.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°18).

La Révolte du Sonora : Pierre Pelot

Titre : La Révolte du Sonora

Auteur : Pierre Pelot
Édition : G.P. Editions Olympic (01/01/1972)

Résumé :
Mexique 1906. La dictature de Diaz est plus dure que jamais. L’armée régulière, les mercenaires de la Garde blanche traquent impitoyablement les rebelles et notamment les Indiens Yaquis du Sonora, les refoulant toujours plus loin dans les montagnes arides, au profit des grands propriétaires terriens. Cette fois pourtant, le peuple Yaqui de la tribu de Caseo ne reculera plus.

Caseo le vieux demeure sur cette terre sèche qui est sa vie. Il demeure pour lutter. Il sera rejoint par Sando, son fils aîné que l’on surnomme Yaqui Hombre et dont la tête est mise à prix.

Un fossé s’est creusé entre le père et le fils, celui-là reprochant à celui-ci ses méthodes de combat. Et pourtant les deux hommes réapprendront à se respecter mutuellement, unis dans le même combat…

Critique :
Pierre Pelot est un auteur prolifique et de temps en temps, j’ouvre un de ces vieux livres qui fleure bon le vieux papier, les vieilles éditions et qu’on ne déniche plus que dans les brocantes, les vides greniers, les bouquinistes…

Celui-ci était parfait pour le Mois Espagnol (Lusophone), puisqu’il se déroule au Mexique, plus précisément au Sonora, durant la révolte qui eut lieu sous la dictature de Porfirio Diaz.

Elle éclatera le 18 novembre 1910.

L’auteur ne donnera pas de précision sur la dictature, sur toutes les exactions commises. Il aurait fallu plusieurs romans pour raconter tout.

L’auteur dresse un bref résumé en début d’ouvrage, afin que les lecteurs sachent ce qu’il s’est passé et comment était divisé la population mexicaine : les grands propriétaires, la fausse noblesse (les riches, les premiers de cordée), le clergé (riche de sa puissance) et en-dessous, les peones, les paisanos (les paysans, les pauvres travailleurs) mexicains, dont le train de vie n’avait rien à envier à celui des serfs européens du Moyen Age. Et tout, tout, tout en dessous, les indiens.

En 1910, huit cent quarante haciendados environ se partageaient la superficie totale de la terre mexicaine, vivant dans l’opulence sur la sueur versée de plusieurs millions de peones et d’ouvriers.

Une foule énorme, qui tout à coup voulait vivre, qui n’en pouvait plus de colère rentrée, ravalée depuis des années. Un peuple d’esclaves qui ne voulait plus avoir faim, qui voulait être libre et se dressait derrière le boutefeu de la révolution : Francisco I. Madero.

Il expliquera aussi les raison qui poussèrent le peuple au mécontentement. Ce qui fait qu’en commençant cette lecture, je n’étais pas totalement inculte. Pierre Pelot raconte donc une petite histoire dans la Grande, celle d’une tribu Yaqui, qui subissait la domination de Diaz sans savoir pourquoi, sans comprendre.

Qui se faisait refouler sans cesse plus loin, qui avait perdu ses terres dans la plaine, au profit des colons et était allée dans la montagne, avant que les riches veulent encore plus et décident de prendre la montagne aussi, et de les chasser, en passant, ou les exterminer, tiens, encore mieux (ceci n’est pas pensée, mais celle des riches puissants, ceux qui me suivent depuis un certain temps l’auront compris).

Un jour, ils ont dressé le poing dans le ciel. Ils se sont levés, un fusil dans la main, une fouche, une pioche… Aux armes, Yaquis Indiens (♫). Et comme Sando, devenu un desperado, est de retour près de son père, Caseo, il décide d’aider les siens à résister au soldats.

Oui, c’est une simple histoire. Une histoire ordinaire comme il y en a tant eu. Comme il y en a encore, comme il y en aura encore. On défend sa terre, car à un moment donné, quand on est acculé, qu’on a plus de repli possible, on se redresse et on montre les dents. Fuir n’est plus possible, résister va être difficile, ils risquent tous de mourir, face à des soldats aguerris et mieux équipé.

Le récit avait tout pour me plaire, mais je suis passé un peu à côté de l’affrontement sans paroles entre le père et son fils. L’un aurait aimé qu’il reste, le fils aimerait qu’on soit fier de ce qu’il a fait, de ses combats. Ils sont fiers l’un de l’autre, mais trop fiers que pour l’avouer.

Il manque aussi au récit des émotions et du corps. On ne s’y embête pas, mais l’écriture, un peu trop simple, m’a empêché de vibrer avec ces pauvres gens prêts à tout pour défendre leurs terres (alors que nom de Dieu, c’est le genre de chose qui devrait m’enflammer parce que je suis ainsi : j’aime ma terre et je prendrai le fusil aussi).

Une lecture en demi-teinte. Malgré tout, je garderai les bons côtés de l’histoire : le père et le fils qui ne se comprennent pas et le don de soi pour sauver les siens.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°111] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°08).

Abîmes : Sonja Delzongle

Titre : Abîmes

Auteur : Sonja Delzongle
Édition : Denoël – Sueurs froides (09/02/2022)

Résumé :
Janvier 1999. Viktor Mendi, un homme d’affaires, et son épouse s’écrasent avec leur avion de tourisme dans le massif pyrénéen du Mont-Perdu, à la frontière franco-espagnole.

Vingt-quatre ans plus tard, leur fils, Antoine, arrive dans la région. Auparavant en fonction chez les chasseurs alpins, il vient d’obtenir sa mutation dans la gendarmerie du village natal de son père.

Très vite, sa supérieure, la redoutable capitaine Elda Flores, comprend que sa nouvelle recrue lui cache quelque chose. Quel secret obsède Antoine ? D’où lui vient cette défiance envers les habitants du village ?

Quels liens entretient-il avec la communauté qui vit en autarcie dans la forêt voisine, et notamment avec la mystérieuse Miren ?

Lorsqu’un berger découvre dans son pré sept bonhommes de neige disposés autour du message « Ont vous auras », tracé dans la poudreuse, le village est saisi d’effroi.

Critique :
Sur le bandeau-titre, il est écrit « Sonja Delzongle au sommet ». Oui, au sommet de la montagne.

Une fois de plus, je ressort mitigée de ma lecture d’un roman de cette autrice, comme c’est souvent le cas (hormis avec Boréal). Il y a du bon, mais aussi des choses qui m’ont un peu écorchés au passage.

Passons en revue ce qui a moins bien été avant de passer à ce que j’ai apprécié, me laissant le cul entre deux chaises sur mon ressenti.

Tout d’abord, les personnages qui habitent dans un village retiré, près de Bagnères-de-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées, non loin de la frontière espagnole. Les portraits sont brut de décoffrage, sans nuances.

Cela m’a donné l’impression que le berger Mathias était un gros rustre (notamment dans sa manière de prendre son épouse, par devant, par derrière, sans demander si elle a envie), assez violent, n’hésitant pas à assommer une jeune fille et à l’abandonner dans la neige…

La ruralité en prend plein la gueule, comme si nous avions affaire à des Cro-Magnon. Notamment avec cet autre berger qui, découvrant une jeune fille endormie dans sa grande, baisse déjà son froc pour la violer, bâton de berger pointé en avant. Hé ben…

N’oublions pas un homme qui a tout du pédophile, une communauté qui vit à l’écart, tel des Hommes des bois, un adulte qui a encore son ami imaginaire et une personne qui, sous le coup de la culpabilité, se flagelle tous les soirs. Heu ? Pas de soucis le lendemain pour s’habiller, s’appuyer sur un chaise, sur le siège de la voiture, pour se mouvoir ? Ben non.

Les portraits étaient sans concession aucune, trop chargés, comme si tous les tarés s’étaient donné rendez-vous dans ce petit village et comme si le malheur avait installé une succursale dans ce petit village, tellement on va y mourir. Les personnages de Game Of Thrones ont de la concurrence.

Certaines choses s’éclairciront ensuite dans mon esprit, au fil du récit, malgré tout, trop de morts, trop de malheur, trop de violences, trop de personnages vils, ça flingue un récit. Trop est l’ennemi du mieux.

L’autrice sait pourtant y faire pour décrire les lieux, les atmosphères : dans ce roman, la montagne, elle vous gagne vraiment ! J’avais beau lire au soleil, je marchais dans la neige, chaussée de raquettes. C’est une des raisons pour laquelle j’apprécie les romans de cette autrice : les atmosphères ont de la gueule !

Ce thriller est addictif, en plus. Bourré de mystères, bourré de suspense, sans vraiment de temps morts, il se dévore plus qu’il ne se lit, tant on a envie de connaître le fin mot de l’histoire qui a commencé avec un suicide en avion et s’est poursuivit, 20 ans après, avec des bonhommes de neige inquiétant (qui ne feront pas flipper le village).

Si certains portraits s’éclairciront au fil du récit, d’autres s’obscurciront, entraînant les lecteurs (et les enquêteurs) dans un maelstrom de confessions, de témoignages, de fausses-pistes, d’erreurs, d’aventures un peu folles et de nombreux twist. Ça twiste beaucoup et pourtant, on n’est pas à Saint-Tropez.

Et la bât a de nouveau blessé. Trop c’est trop. Si comme moi, vous en déduisez un premier, puis que vous aussi, vous rectifiez votre tir avant la gendarme enquêtrice, pas de panique, il restera encore assez de twist que pour vous étourdir, et ce, jusqu’au dernier moment.

Trop de rebondissements tuent les rebondissements. Il y a tellement de fausses pistes, avant d’arriver à la solution finale, qu’il y a moyen de perdre le fil des infos. Tout le monde sera suspecté, tout le monde passera sur la sellette, à tel point qu’à la fin, le nom du coupable d’imposera facilement puisque ce sera le seul à ne pas avoir été soumis aux interrogatoires : le chien !

Malgré tout, il faut reconnaître (et rendre à César) que Sonja Delzongle maîtrise de bout en bout son récit, qu’elle sait tenir le public en haleine, distiller des infos (fausses ou vraies) afin de maintenir la pression sous la bouilloire du suspense, transformant le lecteur en une boule de flipper qui va aller se cogner dans tous les sens.

Ai-je aimé ma lecture ? Oui, absolument, elle était addictive, intrigante, intéressante, mouvementée et ne m’a pas laissé beaucoup de répit. Mais…

J’ai eu l’impression de déguster un dessert, qui aurait été excellent, si on ne l’avait pas recouvert de toute cette chantilly, de sucre, de chocolat, le rendant un peu lourd et indigeste, finalement, tant les retournements de situation sont nombreux. À la fin de ce roman, j’ai dû réfléchir, afin d’être sûre d’avoir tout bien compris qui était qui, qui avait quoi, comment et pourquoi.

Un thriller original, avec du potentiel, un suspense de dingue, des révélations en cascade, où le mystère est épais comme un smog londonien, mais un super récit caché sous de trop nombreuses couches.

Dommage, mais cela ne m’empêchera pas de lire les prochains romans de l’autrice afin d’y trouver ce que j’aime et de soupirer sur ce qui lme plaît moins.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°198].

Délivre-nous du mal : Chrystel Duchamp

Titre : Délivre-nous du mal

Auteur : Chrystel Duchamp
Édition : L’Archipel (22/01/2022)

Résumé :
Commandant de police à Lyon, Thomas est chargé de retrouver Esther, mystérieusement disparue. Les mois passent et l’enquête s’enlise, tandis que d’autres femmes de la région s’évanouissent sans laisser de trace.

Jusqu’à ce que l’une d’elles soit retrouvée pendue dans une usine désaffectée, le crâne rasé et la langue arrachée. C’est le début d’une série de macabres découvertes.

Critique :
Délivre-nous du mal et ne nous soumets pas à la tentation ? Amen ?

Non, pas d’Église dans ce thriller, ni même de prêtre, malgré tout, laissez les enfants assez loin de ce récit qui est violent et glauque dans la mise en scène des cadavres.

Une femme a disparu. En France, on a le droit de disparaître, sans rien dire à personne.

Peut-être, mais quand on part, on prend ses papiers, son argent (qu’on a retiré à la banque auparavant) et on ne laisse pas son chat enfermé dans sa chambre, sans manger et sans boire, non ? L’enquête principale commence ainsi, avec une femme qui est persuadée que sa soeur a été enlevée. L’enquête partira dans des directions inattendues…

Autant où son précédent roman « Le sang des Belasko » m’avait conquis à 100%, autant où celui-ci me laisse mitigée. Je suis partagée entre deux sentiments : j’ai apprécié certaines choses dans le récit, et pourtant, j’ai une sensation de vide en moi, comme si je n’avais pas accroché à cette lecture, ou accroché à moitié.

Le début était prometteur pourtant : le roman commence par des prologues qui se terminent abruptement, laissant le lecteur dans un suspense énorme, sans que l’on en sache plus pour le moment. Les dates ne sont pas les mêmes, la question sera de savoir comment ces trois prologues se rejoindront dans le récit. Pour le premier, on comprendra vite comment.

Ma sensation de vide durant ma lecture vient du fait que j’ai eu l’impression que cette histoire manquait de liant. L’épisode avec le petit village de Oingt est sans doute de trop dans ce récit.

J’avais commencé à décrocher un peu du récit et là, avec ce qui va suivre, j’ai eu l’impression de me retrouver face au fameux concept du « jumping the shark » (autrement dit, la scène qui va trop loin), même si elle faisait référence à un épisode historique réel. Dans le récit, par contre, c’est plus poussé que dans le fait divers réel.

Quant bien même cet épisode se rattache ensuite au récit central, ce qui me heurte, c’est que cela va trop loin dans la folie vengeresse et ça a fichu en l’air les messages importants que possédait ce récit, notamment sur la banalisation des viols, des féminicides, de toutes ces femmes battues que l’on n’écoute pas, dont on ne prend pas assez au sérieux les dépôts de plainte.

Comme si les personnages n’avaient pas été réalistes, ce qui est bizarre comme sensation, puisque notre policier peste sur l’administration qu’il doit faire, qu’il passe plus de temps au bureau que sur le terrain et qu’il lui semble s’être transformé en secrétaire.

C’est tout à fait le résumé de la fonction de policier ou d’enquêteur. Sans doute est-ce la manière dont c’est amené dans le récit qui l’a fait sonner faux. Idem avec les aveux de sa fille, qui semblent n’être là que pour rajouter du glauque au glauque, alors que cela n’apporte rien au récit, si ce n’est de l’eau au moulin de certain(e)s.

C’est un sentiment d’irréalité, de fausseté dans les monologues (ou dialogues) qui m’a attrapé à plusieurs moments et qui ont gâché cette lecture qui était prometteuse, car nous étions dans un polar qui n’avait rien de commun avec les habituels.

L’autrice sortait des sentiers battus en mettant de l’originalité dans la construction du récit et dans son contenu (mais pas dans les personnages, hélas). Elle avait réussi à piquer ma curiosité et je me demandais ce qui se cachaient derrière ces disparitions suspectes. Mon sentiment de départ était que cette lecture était prometteuse… Zut, loupé.

Le final, un peu bâclé, un peu trop rapide, laisse comme un goût d’inachevé, là où le final du « Sang des Belasko » était remarquable. Même si les derniers chapitres, sous forme de lettres, expliquent bien des choses, cela n’enlève rien au sentiment de gâchis qui m’a étreint durant une bonne partie du récit.

Pourtant, ce roman n’est pas à jeter aux orties, c’est ce qui fait que je suis, une fois de plus, le cul entre deux chaises, même s’il penchera plus du côté des « lectures qui ont foirées » alors que l’autre roman de l’autrice est dans mes coups de cœur.

Sans doute est-elle plus douée pour les polars psychologiques que dans les enquêtes policières avec des vrais flics.

J’essaierai son autre roman « L’art du meurtre » pour ne pas rester sur ma chute… Allez, en selle !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°191].

Moriarty – Tome 08 : Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty – Tome 08

Scénariste : Ryosuke Takeuchi
Dessinateur : Hikaru Miyoshi
Édition Originale : Yûkoku no Moriarty, book 8 (2019)
Traduction : Patrick Honnoré

Édition : Kana Dark (21/08/2020)

Résumé :
La suite des aventures des frères Moriarty, qui proposent leurs services aux pauvres qui souhaitent se venger d’injustices commises par des riches.

Critique :
Oui, je sais, en juin 2020, j’avais dit que j’arrêterais de lire cette série et je l’ai fait. Les tomes suivants sont sortis et je les ai snobé.

Si j’ai repris avec le tome 8, c’est parce que l’on me l’a prêté, ainsi que le suivant.

N’ayant pas dépensé un euro, je me suis dit que je risquais pas grand-chose en les lisant, si ce n’est des soupirs et un peu d’énervement. Rien de mortel.

Mes anciennes récriminations portaient, notamment, sur le fait que les mangakas aient incorporé, tel quel, l’univers de James Bond, reprenant les noms des personnages de la saga, sans rien changer, sans rien adapter, alors que lors de leur reprise de l’univers de Sherlock Holmes, ils avaient su faire preuve de créativité en prenant le personnage de Moriarty et en le changeant totalement.

Le principe du départ de cette série de mangas, bien que déstabilisant, était neuf, intelligent, bourré d’inventivité, nous montrant un prince du crime différent du vieux croulant, croisé brièvement dans le canon holmésien.

Nous étions face à un jeune homme, hautement intelligent, qui se battait pour rétablir l’ordre, pour abolir les classes sociales, n’hésitant pas à commettre des meurtres s’il le fallait.

Comme Deadpool, il ne faisait assassiner que les crapules. Pas déontologique, certes, on ne peut pas faire justice soi-même, mais je n’allais pas pleurer sur les assassinés ou les punis.

Las, avec l’arc narratif consacrés aux meurtres de Whitechapel, plus l’arrivée de James Bond (qui n’est d’autre que Irene Adler, cheveux coupés) et de tout l’univers qui va avec, j’ai décroché et bien que j’aie au presque 2 ans pour digérer le tout, les aigreurs d’estomac sont toujours présentes lors de ma lecture.

Autant où je suis pour les clins d’œil à un ou plusieurs univers, autant où le pompage de l’entièreté de cet univers ne me plaît pas, puisqu’il n’y a aucune créativité, aucun remodelage, aucune adaptation.

Ce qui me hérisse aussi, c’est le langage de Holmes, qui est châtié : il prononce des mots tels que « merde » ou « fait chier » qui sont indignes de son personnage. Nous sommes à l’époque victorienne, pas dans les années 2000.

Dommage, une fois de plus, parce que dans ce huitième tome, Holmes a un meilleur rôle, il se fait manipuler par le prince du crime, et non pas à son insu.

C’est bien trouvé, bien mis en scène et on est toujours en balance avec le personnage de Moriarty et de ses sbires. Il n’est pas tout noir, comme dans le canon holmésien, mais tout en teintes de gris et le manichéisme n’est pas vraiment de mise.

Moriarty a beaucoup de facilités (trop facile ?) pour mettre au point ses plans, a des hommes fiables et, tel un parrain de la mafia, il fait tourner tout ce petit monde qui lui est dévoué, notamment ses deux frères.

De plus, Holmes aura une belle discussion avec William Moriarty qui est des plus intéressante et qui n’est pas exempte de vérité au sujet des génies méconnus qui n’ont jamais pu étudier, car appartenant aux classes sociales dites « basses ».

Alors oui, je lirai le tome 9 puisque je l’ai en prêt, mais je n’achèterai pas les suivants parce que la série est partie dans une direction qui ne me botte pas.

Sauf si je peux les emprunter, afin de satisfaire me curiosité quand à la direction de cette série. On peut râler et continuer d’être curieuse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°188].

Sidérations : Richard Powers

Titre : Sidérations

Auteur : Richard Powers
Édition : Actes Sud (22/09/2021)
Édition Originale : Bewilderment (2021)
Traduction : Serge Chauvin

Résumé :
Dans une Amérique au bord du chaos politique et climatique, un père embarque son jeune fils souffrant de troubles du comportement dans une sidérante expérience neuroscientifique.

Richard Powers signe un nouveau grand roman questionnant notre place dans le monde et nous amenant à reconsidérer nos liens avec le vivant.

Critique :
Robin est un garçon de 9 ans qui n’est pas comme les autres. Les médecins ne savent pas trop s’il souffre d’autisme, d’asperger, ou encore d’un autre syndrome.

Il a du mal à canaliser ses colères, est instable, pas facile à élever, très intelligent et cultivé. Son père est seul devant la tâche, la mère de l’enfant étant morte dans un accident.

Les médecins veulent tous mettre le gamin sous psychotropes ou autres médocs, comme les 8 autres millions d’enfants aux États-Unis. Le père ne veut pas, fait de la résistance et tente d’apaiser son enfant par d’autres moyens.

Ce roman est bardé de nombreux prix, de chroniques élogieuses et moi, une fois de plus, je n’ai pas ressenti toutes les émotions dont ce roman était pourvu.

Cela tien à plusieurs choses, mais la première fut que la rencontre entre les personnages principaux et moi n’a jamais eu lieu. Durant 400 pages, j’ai vibré quelques minuscules fois, ce qui est très peu, vous m’avouerez.

Les personnages ne m’ont jamais touché. La mère décédée est parée de toutes les vertus. Certes, lors d’un décès, on gomme les défauts de la personne qui nous a quitté, mais faut pas pousser non plus. Que le fils l’idéalise, c’est normal, mais si on écoute le père, son épouse était merveilleuse…

Le père lui, fait ce qu’il peut face à son enfant qui n’est pas considéré comme normal par la société, alors qu’il est juste différent, qu’il ressent la souffrance animale en lui et ne comprend pas pourquoi personne ne bouge alors que les espèces animales disparaissent et que la maison brûle.

Robin a raison, en effet, mais j’aurais aimé que de temps en temps, son père lui explique que tout le monde ne reste pas les bras ballant, que des gens se battent et le font à la hauteur de leurs moyens et qu’il le recadre. Bien souvent, il a laissé son enfant s’entêter dans sa voie, afin d’éviter des ennuis avec lui et après, ce fut pire.

Le père aurait pu s’affirmer un peu plus et essayer de faire comprendre à Robin que les décisions prises par lui n’étaient pas les bonnes et n’ont rien apporté de bon. L’enfant est spécial, mais cela reste un enfant soumis à l’autorité du père.

Moi qui m’attendais à un roman plus engagé dans la voie de l’écologie, je suis assez déçue. Hormis les crises de Robin, sur le fait que le Monde parte en couilles, et que personne ne bouge pas, il n’y a pas grand-chose d’autre.

Le récit a des airs d’anticipation avec le traitement que l’on fait à Robin pour l’aider dans sa gestion de lui-même, de dystopie avec les décisions d’un président fou (qui doit être le Donald) qui transforme l’Amérique en pays invivable pour les étrangers, notamment les asiatiques.

En bref, le roman tourne vite en rond, une grande partie de l’histoire étant centrée sur le père et le fils, ses combats pour le garder loin des médicaments (ce qui est salutaire), ses refus d’écouter les médecins, leur relation père/fils ou l’un fait tout pour aider l’autre à aller mieux.

Peu d’action, aussi. Si cela ne m’a pas posé de problèmes durant la moitié du récit, après, c’est devenu trop lourd et j’ai zappé des passages, les survolant de loin.

En clair, ce roman ne m’a pas donné les émotions que j’attendais, que j’espérais et c’est d’autant plus emmerdant que j’avais une envie folle de le lire depuis le passage de son auteur à La Grande Librairie.