La Nuit sous le pont de pierre : Léo Perutz

Titre : La Nuit sous le pont de pierre

Auteur : Léo Perutz
Édition : Le Livre de Poche Biblio (1990)
Édition Originale : Nachts unter der steinernen brücke (1953)
Traducteur : Jean-Claude Capèle

Résumé :
« La belle Esther, l’épouse de Mordechai Meisl, s’éveilla dans sa maison de la place des Trois-Fontaines. La lumière du soleil matinal tombait sur son visage et donnait à ses cheveux des reflets rougeâtres… C’était un rêve ! murmura-t-elle. Et nuit après nuit, c’est toujours le même ! Quel beau rêve ! Mais, loué soit le Créateur, ce n’est qu’un rêve. »

Roman des amours irréelles, roman d’une ville disparue, roman d’une société enchanteresse : dans « La Nuit sous le pont de pierre », Leo Perutz ressuscite, avec une maestria digne des kabbalistes qu’il met en scène, la Prague du XVIIe siècle.

Quatorze tableaux pour peindre les amours merveilleuses de la belle Esther et de l’Empereur, et pour magnifier un monde extravagant, empli de bouffons, d’astrologues, d’alchimistes et de courtisans fébriles, où s’entrelacent les passions.

Critique :
Les nouvelles ne sont pas mon genre littéraire préféré car elles me laissent souvent un goût de trop peu, mais je ne pourrai pas me plaindre de cette frustration dans ce roman.

Un début, une fin, du développement et pas cette sensation de vide lorsqu’on arrive à la dernière ligne de l’histoire.

Non seulement l’auteur a réussi ce tour de force, mais en plus, toutes les histoires s’entremêlent…

Donc, au fil des pages, on retrouve certains des personnages, avec toujours, au centre de tout, le banquier usurier Mordechai Meisl et l’empereur Rodolphe II, roi de Bohème, souverain du Saint-Empire romain germanique.

Rodolphe… L’empereur fantasque qui ne paie pas ses dettes et qui dépense sans compter pour acquérir des tableaux. Bref, le genre de souverain qu’on n’a pas envie d’avoir. Dépensier, mais aussi colérique et qui n’assume pas sa tâche. Encore un qui est payé à ne rien foutre.

Dans les rues de Prague, on entre souvent dans le quartier Juif, de nuit comme de jour et s’il n’est pas question d’argent, d’or ou de cuivre, il est question de magie, de fantastique, de kabbale, de rites secrets et de mysticisme.

Les nouvelles s’enchaînent et hormis quelques unes, sur la fin, que j’ai moins aimé, tout le reste est passé comme une lettre à la poste, un jour où elle bosse, la Poste, bien entendu.

Si la lecture de la première nouvelle laisse le lecteur un peu perdu, ne comprenant pas tout, la lecture des suivantes lui apportera les éclairages nécessaires, mais toujours avec des touches de fantastiques.

Une lecture dont je n’attendais rien, mais qui m’a donné plus que prévu. Une atmosphère délicieusement gothique, fantastique, et une visite de la Prague du XVIème siècle, nous faisant arpenter le quartier Juif, qui fut détruit pour cause d’insalubrité.

Au soleil redouté : Michel Bussi [LC Bianca]

Titre : Au soleil redouté

Auteur : Michel Bussi
Édition : Presses de la cité (06/02/2020)

Résumé :
Au cœur des Marquises, l’archipel le plus isolé du monde, où planent les âmes de Brel et de Gauguin, cinq lectrices participent à un atelier d’écriture animé par un célèbre auteur de best-sellers.

Le rêve de leur vie serait-il, pour chacune d’elles, à portée de main ? Au plus profond de la forêt tropicale, d’étranges statues veillent, l’ombre d’un tatoueur rôde.

Et plein soleil dans les eaux bleues du Pacifique, une disparition transforme le séjour en jeu… meurtrier ?

Enfer ou paradis ? Hiva Oa devient le théâtre de tous les soupçons, de toutes les manipulations, où chacun peut mentir… et mourir.

Yann, flic déboussolé, et Maïma, ado futée, trouveront-ils lequel des hôtes de la pension Au soleil redouté… est venu pour tuer ?

Critique :
Michel Bussi est un petit filou ! Le genre de petit filou que j’adore parce que j’aime quand on me surprend de cette manière (en littérature ou dans un film).

Un politicien vous ferait la même chose que vous seriez ulcéré qu’il vous ai… Enfin, vous voyez ce que je veux dire.

Allez hop, direction Les Marquises, celles où Jacques Brel est enterré, loin des flamingants (on l’espère). Je dois être abonnée au coin, moi, parce que ces derniers temps, j’ai augmenté mon empreinte carbone en allant en Polynésie Française.

Les décors sont plantés, l’ambiance est affichée, les personnages présentés et de suite on rentre dans le vif du sujet avec des questionnements, du mystère, un retour en arrière très bref de deux jours et ensuite, l’auteur déroule son intrigue.

Une île, 5 femmes qui ont gagné un concours de nouvelles, Pierre-Yves François, l’auteur à succès (un procès à ses parents pour ses initiales PYF), le mari de l’une des gagnantes, la fille d’une autre des participantes et les voilà réunies sous les cocotiers pour concocter un roman dans un atelier d’écriture.

Il y a plus merdique comme endroit pour écrire, que Les Marquises… Moi je serais pour… Pourtant, on a l’impression de se retrouver sur l’île d’Agatha Christie, celle du roman Dix Petits Nègres avec tout ces gens qui tombent comme des mouches.

Bussi a l’intelligence de ne pas sombrer dans les clichés de l’île merveilleuse, version reportage pour faire rêver ou affiches d’agences de voyages.

Non, non, il nous parle de ses habitants, des dégâts que firent le gros Colon, qui se comporte comme un trou de cul et vient déverser sa merde chez les autres, piller les ressources, ou bien décimer une population avec ses virus qui sont mortels pour ceux qui n’y sont pas habitués.

Covid 19 fait parent pauvre face à l’hécatombe que firent les maladies de l’Homme Blanc. Sans pour autant verser dans le polar Azur Noir, l’auteur nous donne un bel aperçu, paysager et humain, de ce que sont Les Marquises.

Le tout est parfaitement incorporé dans l’histoire et cela ne nuit jamais au suspense, au mystère, à l’enquête, à l’intrigue.

Durant tout le roman, j’ai cherché le nom du coupable et si je l’avais bien trouvé, plus au PYFomètre (j’ai pas pu résister) qu’aux déductions, il me manquait le mobile et pire que tout, je n’avais pas vu que…

J’aurais dû le lire à la chandeleur, ainsi, j’aurais su ce que ça fait aux crêpes de se faire retourner dans la poêle.

Un excellent polar, sous le soleil des Marquises exactement, mais ne serait-ce pas le soleil de Satan qui a tendance à faire mourir un peu trop de gens. L’empreinte carbone du retour sera plus légère qu’à l’aller, sûr.

Une mention spéciale à l’éditrice, Servane Astine, qui, à mon avis, est la cousine du capitaine Merlicht tant elle est suinte d’arrogance et surtout de bons mots !

Une fois de plus, c’est une LC réussie avec Bianca et je soulignerai aussi qu’elle avait terminé sa lecture avant moi. Pour son avis, prenez un billet en première classe pour les Marquises !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°195.

La Cité de feu : Kate Mosse

Titre : La Cité de feu

Auteur : Kate Mosse
Édition : Sonatine (23/01/2020)
Édition Originale : The Burning Chambers (2018)
Traducteur : Caroline Nicolas

Résumé :
France, 1562. Les tensions entre catholiques et protestants s’exacerbent, le royaume se déchire. Le prince de Condé et le duc de Guise se livrent un combat sans merci. Les huguenots sont persécutés, les massacres se succèdent.

À Carcassonne, Marguerite Joubert, la fille d’un libraire catholique, fait la connaissance de Piet, un protestant converti dont la vie en danger.

Alors que la violence commence à se déchaîner dans la région, le couple se retrouve bientôt au centre d’un vaste complot, lié à une sainte relique.

Leur quête va les mener vers une ancienne forteresse, où sommeille un secret enterré depuis des décennies.

Après Labyrinthe, vendu à plusieurs millions d’exemplaires, Kate Mosse nous propose une nouvelle fresque érudite et captivante.

Elle y donne la parole à ces figures féminines trop souvent oubliées par l’histoire officielle.

D’une efficacité redoutable, La Cité de feu confirme l’inimitable maestria narrative de son auteur.

Critique :
Non, la Kate Mosse qui a écrit ce roman historique n’est pas le mannequin !

Le domaine de prédilection de cette Kate Mosse est la littérature et elle le fait avec brio.

Labyrinthe et Sépulcre datent dans mes lectures, mais j’en ai gardé de bons souvenirs.

France, 1562. Le feu couve entre les catholiques et ceux qu’ils considèrent comme des hérétiques : les huguenots.

Oui, c’est une histoire de culte…

Ou plutôt, une histoire d’intolérance. Pas au lactose ou au gluten, mais au culte de l’autre.

Un constat affolant : rien n’a changé entre le passé et le présent. À l’époque, on a déjà l’impression d’être dans une querelle de bac à sable, entre des sales gamins qui cherchent misère aux d’autres et puis vont l’accuser de tous les torts devant la maîtresse d’école, ou à maman.

La seule différence, c’est que dans cette réalité, il y a des morts, des pillages, des cassages de magasins, la répression est forte et on ne se bat pas à coup de pelle en plastique. De nos jours, l’Humain n’a pas évolué, le bac à sable est toujours là et ça reste violent.

Autre constat, c’est que l’auteur est toujours aussi douée pour immerger son lecteur dans le bon espace-temps, lui donnant l’impression d’arpenter les ruelles de Carcassonne  ou de Toulouse telles qu’elles l’étaient en 1560. D’emblée vous y êtes.

Ses personnages, même s’ils souffrent un peu de manichéisme (mais je pardonne), sont eux aussi bien travaillés, réfléchis et j’ai eu directement de la sympathie pour Marguerite, dite Minou (tiens, mon chat est dans le livre ?) et tous ceux qui vont graviter autour d’elle.

Les actions, les pensées, les agissements de ces personnages me semblent conformes à ce qu’ils devaient être à l’époque, autrement dit, mesdames, brossons-nous pour nos droits, nous n’en avons point ! Minou, elle, prend ses droits et joui tout de même d’une grande liberté et d’un père assez large d’idées, tolérant envers les autres.

Ne vous attendez pas à un récit trépident, nous n’allons pas courir comme des malades, tel le professeur du Da Vinci. Ici, on va piano, sans pour autant que le récit se traîne ou nous endorme, que nenni.

Le récit est riche, le scénario bien travaillé, le récit est intéressant, fait froid dans le dos lorsque nous irons dans les souterrains de l’Inquisition, vous donnera envie de pleurer sur l’imbécillité humaine qui ne tolère pas d’autres manière que celle de l’Église catholique pour pratiquer son culte.

Un roman historique qui envoie du lourd, dont le récit est bien équilibré, les personnages sont attachants, le contexte historique bien présent, sans pour autant virer à l’indigestion car tout le conflit entre catho et huguenots est bien intégré à toute l’intrigue et au final, on ne se sent même pas dépaysé car l’intolérance est toujours ancrée comme une moule à un rocher.

Un roman qui a l’épaisseur d’un pavé, qui en est un (608 pages), sans jamais devenir lourd et pesant et pourtant, le pavé, tu te le prends dans la tronche. Et tu en redemandes.

PS : moi, mon culte, je le mets sur la commode, comme dans un San-Antonio.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°191.

Spirou et Fantasio – Tome 21 – Du glucose pour Noémie : Fournier

Titre : Spirou et Fantasio – Tome 21 – Du glucose pour Noémie

Scénariste : Fournier
Dessinateur : Fournier

Édition : Dupuis (1971)

Résumé :
Itoh Kata a découvert un champignon pouvant servir d’explosif. Spirou et Fantasio escortent cette arme potentielle à Champignac.

Critique :
Le titre énigmatique trouvera son explication dans les dernières pages, mais avant cela, je vous promet de l’aventure, de l’action, du suspense, du mystère, des amandes grillées et de l’humour !

Nous devrions déjà manifester pour que Spip, l’écureuil fidèle, soit payé à la hauteur des risques qu’il encourt à suivre Spirou et Fantasio dans leurs aventures ! C’est une honte un salaire de misère pareil.

Non, non, je ne me suis pas découverte des envies de révolution, mais dans cet album, Spip acquiert une place à sa juste mesure et ses réflexions amusantes, drôles et tout à fait justifiées ajouteront un zeste d’humour à cet album qui n’en manquait déjà pas.

Mais puisque le Marsupilami n’était pas présent, il fallait compenser son manque en donnant plus de place à notre écureuil facétieux et peureux, sans oublier d’ajouter les mimiques qui vont avec.

Nos deux amis ne seront pas oubliés et niveau aventure, ils seront servi ! Les lecteurs aussi car cet album n’a pas de temps mort pour reprendre son souffle ou déguster une tasse de thé avec nos amis Japonais.

Faut juste éviter les membres du Triangle, une organisation qui a tout d’une mafia, le comique en plus et l’imbécillité en état d’esprit, mais ça, ils ne le savaient pas, qu’ils étaient des crétins ! MDR et longue vie au Triangle !

Une aventure scénarisée et dessinée par Fournier qui m’a bien plu car elle avait du dynamisme, de l’action, pas de temps mort, de l’humour de situation ou de répétition, du suspense, du mystère, bref, tout ce qu’il fallait pour donner une bonne aventure car l’auteur a su utiliser le tout avec intelligence.

Je peux donc ajouter cet album de Fournier avec celui de l’Ankou, ce qui m’en fait déjà deux que j’apprécie, ce n’est pas si mal pour une inconditionnelle de Franquin.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°184 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°29].

Spirou et Fantasio – Tome 27 – L’Ankou : Fournier

Titre : Spirou et Fantasio – Tome 27 – L’Ankou

Scénariste : Fournier
Dessinateur : Fournier

Édition : Dupuis (1977)

Résumé :
Que font Spirou et Fantasio s’ils reçoivent une invitation à un congrès de magiciens, à Saint-Herbot, dans les monts d’Arrée, à la pointe ouest de la Bretagne ? Rien.

Que font les mêmes si l’invitation est signée Ororéa ? Ils s’y précipitent !

Évidemment, la Bretagne est terre de mystères et d’aventures. Nos deux amis ne tardent pas à rencontrer les uns et les autres.

D’abord, en la personne de l’Ankou, personnage sorti tout droit des vieilles légendes bretonnes. Pour une raison inconnue, ce valet de la mort (sa profession officielle) prend fait et cause pour les saboteurs de la centrale nucléaire de Nestavel.

Des saboteurs passant pour des militants écologistes, mais qui se révèlent être de dangereux trafiquants de matières nucléaires.

Critique :
Des rares bédés de l’ère Fournier que j’avais lue il y a un peu plus de 15 ans, seule L’Ankou avait tiré son épingle du jeu et obtenu mes faveurs.

À la relecture, mon sentiment est le même, j’ai apprécié cette aventure loufoque, fantastique et un brin écolo baba-cool puisque Fournier, au travers de l’Ankou, semble nous dire que  les centrales nucléaires, c’est dangereux.

L’Ankou, l’annonciateur de la mort dans les légendes bretonnes, a peur que la présence d’une centrale nucléaire n’augmente son travail en déclenchant des morts en cascade.

Remettons la bédé dans son contexte de 1977 et même si le nucléaire n’a pas tué en France, on ne peut pas dire non plus qu’il est sans danger.

Tchernobyl nous l’a appris à nos dépends et on ne sait toujours pas comment se débarrasser des déchets, autrement qu’en les enfouissant dans le sol, à la manière d’un chien planquant son os. Juste que les os sont vachement moins nocifs que les déchets nucléaires…

Malgré tout, si le message de l’auteur est réducteur, il se veut drôle mais aussi flippant car l’Ankou a une sale tête et sa manière de surgir, quand on ne l’attend pas, est angoissante. Sauf pour Fantasio qui le prend pour un hurluberlu !

Du fantastique, des légendes, du nucléaire et de l’humour, de l’humour et encore de l’humour ! Spip m’a fait trop rire avec ses réflexions sur sa malheureuse rencontre avec un rasoir électrique.

Ses expressions faciales étaient des plus maîtrisées et moi, j’adore lorsque les auteurs lui donne une place dans les aventures de nos amis.

De l’action aussi, même si on aurait mieux aimé voir Spirou en Turbotraction plutôt que dans une vieille Renault 5 rouge. Mais bon, la magnifique Turbo n’aurait sans doute pas aimé le traitement qu’on a infligé à la Renault…

L’humour est aussi présent avec notre quatre magiciens, dont Itoh Kata, le maître de la disparition et ses autres copains, tous plus fous l’un que l’autre.

Il y a au moins une aventure de Spirou, scénarisée par Fournier, que j’apprécie et c’est celle-ci qui mélange habillement l’humour, l’action, le mystère, le suspense, les légendes, le folklore, le fantastique et le militantisme écolo, réducteur, certes, mais bon, nous sommes dans des albums pour tout public et de par la présence de l’Ankou, il devait être flippant pour les petits enfants de l’époque.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°180 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°25].

Spirou et Fantasio – Tome 20 – Le Faiseur d’or : Fournier

Titre : Spirou et Fantasio – Tome 20 – Le Faiseur d’or

Scénariste : Fournier
Dessinateur : Fournier (Franquin pour les dessins du Marsupilami)

Édition : Dupuis (1970)

Résumé :
Champignac et Zorglub annoncent publiquement qu’ils ont trouvé le moyen de fabriquer de l’or. Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd…

Critique :
Puisque mes Spirou et Fantasio préférés sont ceux de Franquin, il m’est toujours difficile d’ouvrir ceux des autres, notamment ceux de Fournier qui succéda à Franquin.

La faute sans doute au fait que ces albums n’ont pas bercé mon enfance, mon père m’ayant mis dans les mains ceux de Franquin…

Pourtant, nous avons fait un gros travail puisque mon paternel possède, maintenant, les autres albums du plus célèbre groom de la bédé et que j’en avais lu quelques uns, il y a de ça quelques années (15 ans au moins).

Heureusement que Franquin était encore présent pour dessiner le Marsupilami car c’est lui et Spip qui donneront une touche d’humour à cet album qui m’a semblé bien fade par rapport à ceux que j’ai déjà lu.

Même la présence de Champignac et de Zorglub ne m’a pas amené le plaisir que je ressens d’habitude à lire une aventure de mes deux amis. D’accord, sur la fin, ces deux zouaves m’ont fait rire.

Sinon, l’histoire manque de peps, de profondeur et sans doute de pages. S’il y en avait eu plus, dans cet album, Fournier aurait sans doute pu développer un peu plus cette enquête sur la machine à fabriquer de l’or. Là, ça va trop vite.

Au moins, depuis Harry Potter, tout le monde connait le nom de Nicolas Flamel !

L’histoire suivante (Un Noël clandestin), je la connaissais bien, je l’avais lue dans un des hebdo Spirou de mon père, un spécial Noël puisqu’elle parle de cette période de l’année. Elle est touchante, la relire fut un plaisir et Spip m’a encore fait rire avec ses marrons glacés.

Quant à la dernière histoire (Le champignon nippon), elle n’en est pas vraiment une puisqu’elle est en fait le début du prochain album de Spirou et Fantasio et qu’elle a l’intelligence de titiller la curiosité du lecteur avec les premières pages de ce qu’ils découvriront dans « Du glucose pour Noémie ».

Pour ma part, ma redécouverte des albums de Fournier a mal commencé avec ce faiseur d’or qui ne m’a pas emporté, même si j’ai apprécié certains gags et l’utilisation conforme des personnages, dont le maire (je pisse encore de rire avec son dernier discours), Champignac et Zorglub.

Cet album est aussi le dernier dans lequel le Marsupilami fera son apparition puisque ensuite, les éditions Dupuis n’auront plus le droit de le faire apparaître dans les albums de Spirou ou dans leur hebdo…  Franquin passera sa créature à Batem (en 1987) et il aura ses propres aventures avant de réintégrer, il y a peu, le giron des éditions Dupuis, suite au rachat des éditions Marsu Production.

Bon, j’ai connu mieux mais pour un début, ce n’est peut-être pas si mal, le temps de prendre ses marques, de s’approprier l’univers mis en place par Franquin, qui lui même l’avait hérité de Joseph Gillain (Jijé) et lui-même de Rob-Vel.

Je vais poursuivre malgré tout les aventures de mon Spirou sous l’égide de Fournier et ainsi me faire une idée générale de cette saga qui va jusqu’à l’album 29.

PS : ma scène préférée est celle où, après avoir failli faire une sortie de route à cause d’un pneu qui a éclaté, Spip fait son baluchon pour partir chez les Schtroumpfs car là-bas, il risquerait moins sa fourrure !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°178 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°23].

Shelton & Felter – Tome 2 – Le spectre de l’Adriatic : Jacques Lamontagne

Titre : Shelton & Felter – Tome 2 – Le spectre de l’Adriatic

Scénariste : Jacques Lamontagne
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Kennes (2018)

Résumé :
Pauvre Felter ! Il doit se rendre aux obsèques de sa sœur en Angleterre, de l’autre côté de l’Atlantique. Pour cela, pas le choix, il doit prendre le bateau. Lui qui souffre tellement du mal de mer…

Heureusement, Shelton se propose de l’accompagner ! Mais le voyage sera loin d’être calme, avec une nouvelle enquête qui se profile à l’horizon pour notre duo de choc… En effet, dans la cabine B215, un passager vient de mettre fin à ses jours.

Enfin, c’est ce que tout le monde croit avant que Felter, entre deux nausées, n’arrive et ne remarque certains détails troublants…

Critique :
♫ Love Boat soon will be making another run ♪ The Love Boat promises something for everyone ♫ Set a course for adventure ♪ Your mind on a new romance ♫

STOOOOP ! On rembobine. Impossible de passer la musique de Love Boat (La croisière s’amuse) alors qu’il y a eu un crime en chambre close dans le bateau !

Mais que sont venus faire dans cette galère Felter, notre libraire hypocondriaque amateur de chats et Shelton, l’ancien boxeur jovial reconverti en journaliste ??

Felter déteste les navires, il souffre du mal de mer, mais puisque sa sœur est décédée, il se sent obligé de monter à bord de l’Adriatic qui traverse l’océan en direction de l’Angleterre, pour aller voir sa frangine une dernière fois avant sa mise en terre.

Entre deux vomissements, notre sagace libraire va pouvoir mettre au travail ses petites cellules grises et ses talents de déduction car la traversée ne sera pas de tout repos.

Si l’histoire des vols est assez simple, même simpliste (il n’y a que Shelton qui n’a rien vu venir), celle du crime en cabine close est plus complexe, même si ensuite elle m’a fait penser à une résolution de la grande Agatha Christie, mais transposée sur la mer que l’on voit danser le long des golfes clairs.

Je fais ma maline, mais sur le moment, je séchais ferme et n’arrivais pas à trouver la solution de ce meurtre. Bon sang, mais c’est bien sûr ! C’est après la résolution que j’ai fait le rapprochement avec un Agatha Christie que j’avais revu dans la série « Les petits meurtres ».

Nos personnages sont toujours aussi sympathiques, drôles, leur duo se complétant autant qu’il diffère. Les dessins sont agréables, détaillés, lumineux et l’album est humoristique.

Une chouette série qui met en scène deux personnages aux antipodes l’un de l’autre, une sorte de Holmes/Watson en version comique et hypocondriaque. Un régal pour ceux qui aiment la bédé et les enquêtes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°162 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°007].

Shelton & Felter – Tome 1 – La mort noire : Jacques Lamontagne

Titre : Shelton & Felter – Tome 1 – La mort noire

Scénariste : Jacques Lamontagne
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Kennes (2017)

Résumé :
Boston, 1924. S’il ne s’était un jour méchamment déboîté l’épaule pendant un combat de boxe, Isaac Shelton exercerait probablement aujourd’hui encore son métier de débardeur sur les quais.

Mais contraint à se reconvertir, c’est en qualité de journaliste à la pige qu’il fait la connaissance de Felter, petit libraire passionné de littérature policière.

Le premier est athlétique et plutôt beau garçon (si ce n’est un vilain nez cassé, autre souvenir de combat) ; le second est doté d’un puissant sens de l’observation et d’un esprit d’analyse hors du commun (qualités contrebalancées par un tempérament hypocondriaque et une multitude de tocs).

Animés pour l’un par le besoin de décrocher un scoop rémunérateur et pour l’autre par l’envie de ressembler à ses héros littéraires, les deux compères vont s’associer afin de tenter de faire la lumière sur une série de meurtres insolites.

Critique :
Sherlock Holmes et le docteur Watson transposés à Boston, États-Unis… Ce n’est pas une nouveauté…

Deux chois s’offraient à l’auteur : copier ou s’inspirer des deux personnages et c’est cette dernière option qu’ail a choisi.

Un excellent choix car pour le détective, le roi de la déduction, nous avons Thomas Felter, un libraire, très petit, hypocondriaque, maniaque, célibataire et possédant… Quatre, non, cinq, six chats ? Sept ? Purée, ils bougent tout le temps, je n’arrive pas à les compter !

Dans le rôle du faire-valoir aux muscles, nous avons Isaac Shelton, un ancien boxeur, Irlandais, sans le sous et journaliste free-lance.

Un duo improbable qui marche du tonnerre ! Deux personnages qui n’auraient pas dû devenir copains mais que le hasard et un cadavre ont fait se rencontrer.

Les dessins sont sympas, lumineux, clairs et les dialogues bien pensés, bien pesés et le duo de personnages est mis en scène comme il le fallait. Ils sont attachants, sympathiques et aussi opposés l’un et l’autre qu’un Holmes et un Watson.

Dans cette bédé, rien n’est en trop, le scénario de l’enquête est soigné et l’auteur évite l’écueil du dénouement de l’enquête trop tarabiscoté ou de celui trop simpliste. Le bon dosage n’est jamais facile à atteindre, mais il n’a pas cédé à la facilité.

Suivre nos deux enquêteurs est un vrai plaisir, on a des situations cocasses, un Boston des années 20 bien reconstitués, les cases sont propres, sans surcharges, les dialogues sont fins et l’humour est toujours présent, en touche délicate, tout comme l’élément fantastique qui n’est là que pour nous troubler.

Moi je trouve que cette bédé à un petit goût à la Green Manor et on en redemande. Ça tombe bien, j’ai le tome suivant sous la main !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°157 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°02].

Pour un instant d’éternité : Gilles Legardinier

Titre : Pour un instant d’éternité

Auteur : Gilles Legardinier
Édition : Flammarion (02/10/2019)

Résumé :
Vincent sait mieux que personne ce qu’est un secret. Spécialiste des passages dérobés, c’est à lui que les riches et les puissants font discrètement appel pour dissimuler leurs trésors ou s’aménager des issues indétectables.

Alors que Paris célèbre l’Exposition universelle et sa phénoménale tour Eiffel, Vincent et son équipe deviennent soudain la cible de tentatives d’assassinat.

La mort rôde désormais autour d’eux. Un de leurs clients cherche-t-il à effacer ce qu’ils savent de lui ? Sont-ils traqués par des pouvoirs occultes ? Quelle est cette ombre qui peut les frapper n’importe où, n’importe quand ?

Dans une époque bouleversée, confronté à des mystères surgis d’un autre temps, Vincent va tout faire pour déjouer la menace et sauver les siens. Ce qu’il s’apprête à découvrir va faire voler en éclats tout ce qu’il croyait savoir du monde…

Critique :
Paris à l’époque de son Exposition Universelle ! Quelle folie cela devait être ! 96 hectares…

J’aurais aimé y faire un tour, même si certains pavillons étaient du plus mauvais goût.

N’ayant pas de machine à remonter le temps, j’ai pris un ticket de voyage instantané en ouvrant ce roman et même si nous n’avons pas tout exploré, le voyage était plus que génial.

Attention, l’Expo Universelle n’est pas la destination première de ce livre, mais puisqu’elle en est en partie le cadre, cela aurait bête de ne pas y aller faire un tour.

Une chose m’a toujours fasciné, étant gosse (et adulte aussi), ce sont les passages secrets ! Là, j’en ai eu pour mes sous à tel point que j’avais mes yeux qui brillaient.

Si le roman avait été plus court (tel le nez de Cléopâtre) d’une cinquantaine de pages, il aurait gardé tout son peps. Il y avait des passages qui étaient plus introspectifs, plus détaillés et cela lui a fait perdre un peu de rythme, mais pas au détriment de son histoire.

Il fallait sans doute prendre un peu de repos, de recul et laisser au personnages le temps de souffler, ainsi qu’au lecteur car à un moment donné, ça bouge beaucoup et dans tous les sens.

Ne cherchez rien de plus que le souffle de la grande Aventure, ne cherchez rien de plus qu’un roman de littérature populaire (et ce n’est pas au sens péjoratif), ne cherchez rien de plus qu’un bon moment de lecture, aux côtés de personnages sympathiques dont on aimerait faire partie de l’équipe.

Moins d’humour que dans ses autres romans, normal, le cadre de l’histoire s’y prête moins, mais avec des petites pépites sur la nature humaine, des petites phrases toujours justes et qui sont un plaisir à lire et à faire rouler sous la langue tant elles sont vraies.

Autre talent de l’auteur : nous immerger de suite dans le décor grandeur nature qu’était Montmartre lors de la construction de sa Basilique, mais aussi du quartier avant qu’il ne prenne de l’ampleur grâce/ à cause de ce chantier.

Idem pour Paris… Les décors sont plantés très vite et où que nos yeux se posent, ils ne voient que le Paris de 1889. Manquait plus que le bruit et les odeurs et nous y étions, dans ce Paris de 1889 qui changeait de visage, notamment avec une grande tour en fer.

Un grand roman d’aventures, de mystères mystiques, de passages secrets, de souterrains piégés ou non, d’amitié, de solidarité et d’un trésor qui n’est pas toujours constitué d’argent car la plus grande richesse n’est pas le fric mais…

Non, je ne vous dirai rien de plus si ce n’est : lisez-le, nom de Dieu, car même si ce n’est pas de la matière à Goncourt, on s’en fiche ! C’est de la matière à une grande aventure sous les pavés de Paris, à des faits qui semblent fous ou extravagants mais qui sont réels, à de l’humanité et de l’amitié et ça, ça n’a pas de prix !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°113.

 

Le livre perdu de Léonard de Vinci : Francesco Fioretti [LC avec Bianca]

Titre : Le livre perdu de Léonard de Vinci

Auteur : Francesco Fioretti
Édition : HC (11/04/2019)
Édition Originale : La biblioteca segreta di Leonardo (2018)
Traducteur : Chantal Moiroud

Résumé :
Milan, 1496. Léonard de Vinci attend avec impatience de rencontrer le frère Luca Pacioli, célèbre mathématicien dont il espère apprendre beaucoup. Il découvre à cette occasion un portrait énigmatique et un code caché que son nouvel ami souhaite lui faire décrypter.

Mais suite à l’assassinat d’un moine et au vol d’anciens textes byzantins qui sont d’un intérêt inestimable pour les mathématiques, les deux hommes voient leurs projets perturbés.

De Milan à Venise, de Florence à Urbino, à travers une Italie où s’achève l’époque pacifique de Laurent de Médicis et des Sforza, ils se lancent sur les traces de l’assassin et des manuscrits volés.

Dans cette fresque de l’Italie de la Renaissance extraordinairement documentée, Francesco Fioretti nous guide à travers les années les plus prolifiques et intrigantes de la vie de Léonard – de la réalisation de La Cène à l’étude de L’Homme de Vitruve – nous plongeant une nouvelle fois dans une atmosphère riche de mystère.

Critique :
Roulement de tambour car je vous annonce ma chronique la plus courte de toute l’histoire de mes chroniques en la résumant en un gros « Pfffffffff » que j’ai poussé tout au long de ma pénible lecture, qui se diagonalisa très vite, pour arriver à poser ce livre sur l’étagère avant de le ranger au classement vertical, comme on dit chez nous.

Ah pour être documenté, il est documenté ! Trop documenté ? Sans doute… Nous avions déjà beaucoup de descriptions de l’atelier de Leonardo et sans vouloir être mauvaise, trop de descriptions tuent les descriptions ! On se lasse vite et le cerveau commence à donner des signes évidents de lassitude.

Ça casse le rythme du récit et je n’en étais qu’à la page 40 sur 256 que je soupirais déjà et que mon regard se tournait vers d’autres romans à lire qui me semblaient plus intéressants et moins ennuyeux que celui que je tenais en main.

Il plaira à un lectorat avide de ces détails descriptifs, aux amateurs de mathématiques, ou d’énigmes en tout genre (et plus denses que celle du Da Vinci Code).

Ce devait être un roman plus qu’intéressant mais hélas, toute cette profusion de détails a rendu ma lecture lente, un peu comme lorsque vous marchez dans des sentiers boueux en forêt, après des fortes pluies.

Le paysage a beau être intéressant, plaisant pour les yeux, vous ne voyez que vos bottes (ou bottines) qui s’enfoncent profondément dans la boue et vos pieds qui deviennent lourds, à force de patauger dedans.

Comme le firent mes paupières sur ce roman… Elles devinrent lourdes et finirent par se fermer. J’ai relevé la tête, j’ai tenté de poursuivre ma lecture mais pas moyen, je décrochais tout le temps, je pestais sur l’écriture, sur les personnages, sur la manière dont tout cela nous était présenté et comme je ne suis pas maso, j’ai arrêté ma lecture en cours de route.

Ma copinaute Bianca se retrouva dans la même situation que moi, même si elle est allée s’enliser plus loin que moi, qui rebroussa vite mon chemin. C’est donc une LC loupée dans toute sa splendeur et un roman que nous allons oublier au plus vite, nous concentrant sur le suivant qui sera le tome 5 de Harry Potter.

Cette chronique n’est pas là pour descendre le roman, il a sans doute trouvé son public mais il a perdu moult lecteurs/trices dans l’aventure.