Le Manoir des Sacrifiées – Hubert Grimm 02 : Olivier Merle [LC avec Bianca]

Titre : Le Manoir des Sacrifiées – Hubert Grimm 02

Auteur : Olivier Merle
Édition : Xo Editions (20/10/2022)

Résumé :
Un crâne de Neandertal posé sur un meuble. Un homme prosterné devant lui, comme s’il priait. Son front est fracturé, un de ses yeux, arraché. Son épouse est introuvable ; les traces de lutte montrent qu’elle a sans doute été enlevée.

Jamais le commandant Grimm et son équipe n’auraient imaginé être confrontés à une mise en scène aussi macabre. D’autant que la scène se reproduit… et les jours passent, synonymes d’angoisse. Sans aucune piste. Aucun suspect.

Si les femmes enlevées ont été tuées, où sont les corps ? Si elles sont vivantes, où sont-elles retenues ? Grimm, déjà empêtré dans ses problèmes personnels, le sait : si son enquête continue à piétiner, un autre homme sera massacré et une autre femme disparaîtra.

Critique :
Ce roman, dont ma copinaute Bianca m’avait parlé, m’a attiré par son résumé et par sa couverture angoissante, sentant bon le manoir hanté et les peurs primales.

Le départ est intriguant : un couple, une intrusion dans leur domicile. On retrouvera le corps du mari prostré devant un crâne de Neandertal et son épouse disparue.

Un mystère, des cadavres mutilés, leurs épouses disparues, et pourtant, je n’étais pas happée par l’histoire, par les personnages, par le mobile derrière ces crimes. Était-ce moi ou le roman ?

On ne va pas y aller par quatre chemins, les policiers ne m’ont pas emballé tant ils semblaient clichés, vu et re-revu, notamment dans le personnage de Hubert Grimm, le commandant qui n’en fait qu’à sa tête, qui ment à son divisionnaire, qui n’obéit à rien, qui enquête sur le côté qui a une vie sentimentale désastreuse et malheureuse…

Ok, c’est agréable de voir un policier qui fait son job, qui ne glande pas, qui cherche, qui réfléchit, qui trouve… Mais punaise, c’est du classique ! Il n’y avait rien chez Grimm qui le sortait de l’ordinaire, rien que du ressassé.

D’accord, c’est plus facile de critiquer que de créer un policier atypique qui ne semble pas être une copie de ceux que l’on a déjà trop vu ou lu. Dommage, parce qu’avec un portrait de policier moins classique, moins usé jusqu’à la trame, la face du roman aurait été changée.

Le mobile des crimes est atypique, au moins ! Il ne court pas les rues, c’est un fait. On est loin des classiques du genre et qui sont l’apanage des criminels normaux, qu’ils passent à l’acte par accident, dans le feu de l’action ou après avoir mûrement réfléchi.

Dommage aussi qu’avec le portrait de son assassin, l’auteur ait sucré le sucre. Il en fait trop, il en rajoute, là où il aurait dû jouer sur la sobriété, à la manière d’un Anthony Hopkins jouant l’homme rationnel, raffiné, intelligent et bourré de charisme dans son rôle d’Hannibal Lecter. Et c’est ce qui foutait la trouille dans Le Silence des agneaux !!

La personne derrière ces assassinats horribles et dont nous suivrons les pas dans sa cave, a tout de la brute perverse, de l’animal (et j’insulte les animaux), bref, aucun raffinement. Le méchant est loupé et c’est la pire des choses, dans un roman, un film.

Cela plus du sordide décrit pour dégoutter que de la finesse qui glace les sangs durablement. L’exercice n’est pas facile, je le reconnais. Il faut trouver un équilibre, ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Lorsqu’il est atteint, le roman en est sublimé et marque au fer rouge.

Malgré mes points négatifs, la lecture n’était pas mauvaise en soi : la preuve, je n’ai sauté aucune page. Mieux, après deux meurtres, j’avais trouvé le point commun entre les deux hommes et donc, j’ai compris très vite qui serait la troisième victime.

Ce qui n’a pas empêché mes questionnements d’être au rendez-vous durant leur enquête… Impossible de déduire qui était le coupable, puisque nous n’étions pas un whodunit classique, avec tout les protagonistes rassemblés dans la bibliothèque.

La dernière partie était plus addictive, sans pour autant réussir à relever mon impression générale : bof bof.

Désolée de le dire, ce n’est pas le polar de l’année, même s’il y avait du bon dedans, qui aurait mérité un autre traitement pour en faire une lecture plus intéressante, marquante. Parce que oui, un roman policier peut vous marquer durablement, quoiqu’en disent ses détracteurs.

Hormis quelques passages réussis, le reste m’a toujours donné l’impression de souffrir d’un manque de quelque chose, notamment de profondeur dans les personnages, quels qu’ils soient.

Seul le mobile sortait du lot (et finalement, les motivations restent classiques), ainsi que la réflexion sur l’homme de Neandertal, qui n’était pas la brute basse de plafond qui attrapait sa femme par les cheveux, comme on l’a trop souvent représenté.

Si Bianca a commencé par apprécier cette LC (elle sortait d’une lecture totalement foirée), au fur et à mesure de sa lecture, elle a changé d’avis. De mon côté, bien que n’ayant sauté aucun paragraphe, cette lecture fut en demi-teinte, les points positifs n’arrivant pas à sortir le roman de l’ornière dans lequel il s’est enfoncé très vite.

Dommage, il y avait de quoi faire un chouette roman… Malgré tout, ce n’est pas non plus un policier merdique. Je dirais que ça se lit, sans plus. Bah, ça m’a occupé pour une soirée où il n’y avait rien à la télé, sauf du foot que je ne regarde pas (ou très très peu).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°100].

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Le bureau des affaires occultes – 02 – Le fantôme du vicaire : Éric Fouassier [LC avec Bianca]

Titre : Le bureau des affaires occultes – 02 – Le fantôme du vicaire

Auteur : Le fantôme du vicaire
Édition : Albin Michel (27/04/2022)

Résumé :
Valentin Verne, inspecteur en charge du Bureau des Affaires Occultes, doit résoudre une nouvelle affaire : un médium aurait recours au spiritisme et à de mystérieux pouvoirs extralucides pour ramener à la vie de la fille de Ferdinand d’Orval, un noble très fortuné.

Tables tournantes, étranges apparitions, incarnations inexplicables… Mystification ou réalité?

Des bas-fonds parisiens aux salons de la haute société, des espions de Vidocq aux troublants mystères du spiritisme, l’auteur nous entraîne dans un polar crépusculaire et addictif.

Critique :
Valentin Verne, le retour ! J’avais hâte de le retrouver afin de savoir si son père littéraire allait lever les mystères sur le personnage horrible du vicaire…

Dans ce deuxième opus, la traque continue, l’inspecteur Verne continuant de chercher son bourreau, surnommé le vicaire, un pédophile… Je précise que nul ne sait s’il est véritablement un homme d’église ou pas.

Dans ce jeu du chat et de la souris, où ce félon de vicaire va le faire courir partout dans un sordide jeux de pistes, une autre enquête va occuper notre bel inspecteur et son jeune adjoint : un homme en proie à un gredin qui lui a proposé de revoir sa fille décédée grâce à des séances de spiritisme.

Dans ce deuxième polar historique, il m’a semblé que l’auteur avait gommé une partie des travers que je lui avais reproché : il s’appesanti moins sur le fait que Verne est un bô gosse, élégant, beau comme un dieu, tout comme Aglaé, son amie, qui est bêêêlle.

Ouf, l’auteur le répète un peu moins et j’ai trouvé que son inspecteur et son amie (la belle comédienne), avaient des portraits un peu plus nuancés que dans le premier tome. Mais on peut encore mieux faire dans les nuances.

Un qui n’a aucune nuance, par contre, c’est le vicaire. On sait peut de choses de lui, hormis les horreurs qu’il a commise avec des enfants, qu’il est fourbe, intelligent, violent, sans scrupules et qu’il vaudrait récupérer Valentin. Hélas, le portrait du méchant aurait mérité un peu plus de profondeur.

Pas pour l’excuser, mais pour expliquer, pour que l’on sache plus de détails sur ce personnage qui, malgré qu’on le voit peu, prend une place énorme dans le roman et dans l’esprit de Valentin.

Sur ce sujet, l’auteur insiste un peu trop à nous rabâcher que Valentin est obnubilé par le vicaire, par ce qu’il lui a fait. Oui, c’est normal qu’il y pense souvent, vu le traumatisme qu’il a vécu, mais on l’a compris, pas besoin de nous le répéter à tout bout de champ. On sait aussi que Valentin chercher une vengeance et non la justice.

Le point fort de ce polar historique, c’est l’Histoire ! En le lisant, on va se coucher moins bête. Le contexte historique est bien intégré à l’enquête, on se croirait vraiment dans l’époque, celle où Louis-Philippe régnait et où la Belgique venait d’obtenir son indépendance (4 octobre 1830).

De plus, le style d’écriture de l’auteur fait penser à celui des feuilletoniste de l’époque et pour peu, on a l’impression de lire un roman écrit en 1830. L’auteur a bien potassé son sujet et l’époque et il utilisera des inventions de cette époque pour expliquer une partie de l’enquête de Valentin Verne, qui, tout comme Holmes, se pique de chimie aussi.

Par contre, l’auteur a chaussé ses gros sabots avec un personnage et tout de suite, j’ai compris ce qu’il en était, ce qui m’a coupé le suspense. Dommage, parce qu’il y avait un beau twist à jouer, si cela n’avait pas été aussi gros. J’avais compris aussi un fait important dans l’enquête sur le médium, mais cet éclair de lucidité ne m’a pas privé de mon plaisir. Comme quoi…

Malgré ces petits bémols, j’ai apprécié ma lecture et le roman n’a pas fait long feu, puisque je l’ai dévoré en même pas deux jours. Je l’ai trouvé plus rythmé que le premier et le fait de connaître les personnages a ajouté du plaisir à la lecture.

En résumé, ceci est un bon polar historique où l’auteur joue de son écriture pour nous donner l’impression que nous lisons un roman écrit à cette époque, à la manière de feuilletonistes. L’Histoire est bien présente, mais je ne l’ai pas trouvée rébarbative ou qu’elle phagocytait le récit. L’équilibre entre les deux était bien dosé.

Une LC réussie avec ma copinaute Bianca et si troisième tome il y a (vu la fin ouverte, il devrait y en avoir un), nous serons de la partie pour le lire.

PS : L’auteur intègre aussi ma kill-list et cette fois-ci, ce n’est pas pour l’assassinat d’un animal.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°88].

Toute la lumière que nous ne pouvons voir : Anthony Doerr [LC avec Bianca]

Titre : Toute la lumière que nous ne pouvons voir

Auteur : Anthony Doerr
Édition : Livre de Poche (28/09/2016) – 697 pages
Édition Originale : All the light we cannot see (2014)
Traduction : Valérie Malfoy

Résumé :
Marie-Laure Leblanc vit avec son père près du Muséum d’histoire naturelle de Paris où il travaille. A six ans, la petite fille devient aveugle, et son père crée alors pour elle une maquette reconstituant fidèlement leur quartier pour l’aider à s’orienter et à se déplacer.

Six ans plus tard, l’Occupation nazie les pousse à trouver refuge à Saint-Malo chez l’oncle du père de Marie-Laure, un excentrique profondément marqué par son expérience de la Première Guerre mondiale, qui vit reclus dans sa maison en bord de mer.

Pour éviter que les Allemands ne s’en emparent, le Muséum a confié à Leblanc un joyau rare, la copie d’un diamant ayant appartenu à la famille royale de France, sans savoir qu’il s’agit en réalité de l’original.

Loin de là, en Allemagne,

grandit dans un pensionnat pour enfants de mineurs décédés. Curieux et intelligent, l’orphelin se passionne pour la science et la mécanique et apprend rapidement à réparer les machines qui lui tombent sous la main. Un talent rare repéré par les Jeunesses hitlériennes où il se trouve enrôlé.

Prenant conscience des fins auxquelles est utilisée son intelligence, il est sanctionné, devenant un simple soldat de la Wehrmacht. En 1944, son chemin croise en France celui de Marie-Laure alors que Saint-Malo est incendiée et pilonnée par les bombes.

Critique :
Auréolé du prestigieux prix Pulitzer (et non Sulitzer), choix des libraires, des critiques élogieuses… Oulà, n’en jetez plus ! Vu les récompenses, ce roman pouvait faire pchiiittt ou m’emporter. C’est toujours ma crainte avant de commencer un tel livre.

La construction du récit est faite d’alternances entre les personnages de Marie-Laure Leblanc, française et de Werner Pfening, jeune orphelin allemand. Deux jeunes enfants, deux destins différents, diamétralement.

L’auteur a aussi choisi de déconstruire son récit et de faire des bons dans le temps et l’espace, ce qui donne aussi une alternance entre ce qu’il se passe en août 44, à Saint-Malo (rangez votre maillot, il pleut des bombes) et des retours dans le passé, avec les années 30 et le début des années 40, expliquant le destin de ces deux jeunes, ainsi que ceux d’autres personnes.

La partie la plus haletante se déroulera à Saint-Malo, deux mois après le Débarquement. Cela ne sous-entend pas que les autres moments sont dénués d’intérêt, que du contraire, car l’auteur réussi à nous plonger, comme si nous y étions, dans ces années noires de montée du nazisme, des jeunes hitlériennes, de l’exode et de la vie dans une France occupée, avec tickets de rationnements et délations comprises.

Les personnages de Marie-Laure et de Werner sont lumineux, profonds, travaillés. Werner, comme dans la chanson de Cabrel, voulait vivre d’autres manières dans un autre milieu, notamment celui des radios. Il voulait trouver mieux que descendre dans la mine. Trouver mieux que la douce lumière du soir près du feu…

Il ne savait pas… Il pensait que son incorporation dans une école pour former de parfaits petits allemands serait une chance… Il y a appris à fermer les yeux, à être lâche, à suivre la meute, à faire ce qu’on lui ordonnait de faire. Ne le jugeons pas trop vite, ni trop durement, nous mêmes avons tendance à suivre des meutes sur les Rézo Sossio…

C’est un roman de guerre, oui, mais sans pour autant que le récit soit violents, remplis de tripes ou autre. L’auteur est resté assez sobre dans ses descriptions, que ce soit de l’antisémitisme en Allemagne, sur l’exode des Français, sur les camps de prisonniers… Le récit reste soft (malgré un passage plus violent avec un pauvre prisonnier dans le cadre de l’endoctrinement des jeunes nazillons).

Quand à sa plume, sans être exceptionnelle, elle est très agréable à lire. Une fois la première phrase entrée dans mon cerveau, mes yeux ont couru tous seuls sur les pages et j’en avais dévoré 200 sans même m’en rendre compte. Les chapitres sont courts, cela donne du rythme au récit.

Mon seul bémol ira au fait que la rencontre entre Marie-Laure et Werner ait été trop brève, bien trop rapide. J’aurais aimé qu’ils fassent plus qu’un bout de chemin ensemble, j’aurais aimé un autre destin pour ce gamin aux cheveux blancs, enrôlé dans une machine de guerre. Ah, s’il avait écouté Jutta, sa petite soeur…

C’est un beau roman, c’est une belle histoire, c’est flamboyant, c’est beau, doux et violent par moment (c’est la guerre tout de même). Il est facile, de nos jours, de juger les actes de celles et ceux qui était présents dans ces moments sombres, mais à leur place, qu’aurions-nous fait (mon éternelle question) ?

Il est agréable de rire aux dépends des allemands, de jouer des petits tours, mais lorsque les punitions arrivent, sous forme d’assassinats ou de tortures, là, plus personne ne rigole. Aurions-nous eu le cran de résister ? De risquer notre vie sans savoir si ce que nous faisions servait à quelque chose ? Je me le demande, encore et toujours…

Anybref, ce roman a été une belle découverte pour moi. Sans posséder un rythme trépident ou de l’action à gogo, il a su me charmer de par sa lenteur, de par ses deux personnages d’enfants que tout sépare, de par sa thématique et ces alternances entre les deux personnages et le temps.

Je me réjouissais à l’avance de cette LC avec Bianca, hélas, le roman ne lui a pas fait le même effet qu’à moi, puisqu’elle l’a tout simplement abandonné à la page 200, sans jamais y avoir trouvé son bonheur, comme je le fis. Un grand écart entre nos ressentis et Bianca ne fera pas de chronique.

Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées) et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Le cœur battant du monde : Sébastien Spitzer [LC avec Bianca]

Titre : Le cœur battant du monde

Auteur : Sébastien Spitzer
Éditions : Albin Michel (21/08/2019) / Livre de Poche (2021)

Résumé :
Dans les années 1860, Londres, le cœur de l’empire le plus puissant du monde, se gave en avalant les faibles. Ses rues entent la misère, l’insurrection et l’opium.

Dans les faubourgs de la ville, un bâtard est recueilli par Charlotte, une Irlandaise qui a fui la famine.

Par amour pour lui, elle va voler, mentir, se prostituer sans jamais révéler le mystère de sa naissance. L’enfant illégitime est le fils caché d’un homme célèbre que poursuivent toutes les polices d’Europe. Il s’appelle Freddy et son père est Karl Marx.

Alors que Marx se contente de théoriser la Révolution dans les livres, Freddy prend les armes avec les opprimés d’Irlande.

Après « Ces rêve qu’on piétine », un premier roman très remarqué et traduit dans plusieurs pays, qui dévoilait l’étonnante histoire de Magda Goebbels, Sébastien Spitzer prend le pouls d’une époque où la toute-puissance de l’argent brise les hommes, l’amitié et l’espoir de jours meilleurs.

Critique :
Londres, XIXe siècle, ma période préférée (pas pour y vivre ou y bosser). Londres, immense cœur battant du monde, mais immonde cloaque aussi.

Londres, la ville aux  multiples visages, la ville où les ouvrières (et ouvriers) trimaient comme des forçats et où la semaine des 35 heures se faisait en trois jours.

Le résumé était alléchant et il me tardait d’entamer ce roman qui me promettait beaucoup. Ma rencontre avec Charlotte fut un plaisir, je sentais bien que j’allais l’apprécier, elle, tout comme le docteur Malte (qu’on perdra de vue ensuite).

Puis, un autre personnage a fait son entrée, un certain monsieur Engels et, à ma toute grande honte, je n’ai pas tilté de suite, pourtant, je l’ai étudié à l’école, ce mec. Puis, lorsque mon shilling est tombé, j’ai compris aussi qui était « Le Maure » dont on parlait, un type que j’avais aussi étudié à l’école aussi et dont le portrait brossé dans le roman n’était guère flatteur.

Mais quelle faignasse, le Marx ! Dépensier, incapable d’aller bosser, se faisant entretenir par Engels (qui aurait dû aller s’acheter une paire de cojones, soit dit en passant) et qui, lorsqu’il touchera enfin son héritage, ira louer une maison bourgeoise, jouant les bourgeois lui-même, tout en continuant de se faire entretenir comme une maîtresse par Engels et en gagnant un peu d’argent en boursicotant !

Si j’étais mesquine, je dirais que le patient zéro de la gauche caviar, ce fut lui ! L’homme n’était pas exempt de contradictions, tout comme Engels (comme tout le monde, sauf qu’eux, ils cumulent).

Ce roman est une mine d’information en tout genre pour la période concernée : de 1850 à 1867. Bien des sujets vont être abordés, notamment la famine des Irlandais, la guerre de Sécession, le blocus des port, le coton qui n’arrive plus, les faillites des usines de filature, les conditions de travail déplorables, la misère, l’opium, la crasse, les grèves, l’Internationale qui commence, la lutte des classes, les Fenians,…

L’auteur s’est fortement documenté et tout respire le réalisme. De ce point de vue là, je n’ai pas à me plaindre. Par contre, le récit manquait de flamboyance, d’émotions, de vie, tout simplement. Il était trop clinique, trop rigide.

Cela a commencé après que Charlotte ait recueilli le petit Freddy : le récit passe du gamin qui vient de naître à ses 12 ans. L’ellipse est grande, trop grande. Le personnage de Charlotte a changé, sans doute à cause des sacrifices qu’elle a dû faire pour élever seule un enfant.

Le récit ne donnera que des bribes, me laissant un goût de trop peu. Non pas que je voulais faire du voyeurisme sur leur misère, mais j’aurais aimé en apprendre plus sur ses sacrifices et non pas me contenter de miettes, alors que pour d’autre sujets, j’ai eu des détails dont je me serais bien passée (une opération).

Les personnages de Charlotte et Freddy ont perdu du corps dans cette ellipse, de la profondeur et pire, du réalisme ! Alors que les autres personnages étaient bien ancrés, eux, je les ai vu partir à la dérive et Charlotte finira en personnage laborieux.

Et puis, il est difficile de savoir quel personnage est mit à l’honneur dans ces pages, puisque le récit suivra aussi bien Charlotte et Freddy, que Marx et Engels. Sur la fin, au moment où l’on abordera les révoltes des Fenians, j’avais décroché.

Un récit plus concentré sur Freddy et Charlotte m’aurait mieux convenu, une écriture plus ramassée dans certains passages aurait donné de l’oxygène au roman, et rallumé la flamme, même si ces détails étaient utiles pour ancrer le tout dans le réalisme (les lecteurs ne sont jamais contente, je sais et nous ne manquons pas de contradictions non plus).

Dans l’ensemble, cette lecture ne fut pas un fiasco, le côté historique était très bien rendu, même si une narration au passé lui aurait rendu service, ainsi qu’une écriture moins clinique. L’histoire manquait d’émotions brutes, alors que nous sommes dans l’East End, dans la misère, avec des gens qui bossent dans les usines 13 à 15h par jour, pour un salaire de misère.

Un roman dont j’attendais beaucoup et où un récit au ton assez froid m’a fait perdre une partie de mon intérêt pour cette histoire, où certains personnages ont manqué de cohérence, de profondeur, d’étoffe qui font les grands personnages marquants dans une lecture.

Et pourtant, sa partie historique était bien réussie, m’a appris beaucoup de choses, m’a immergé dans l’époque à tel point que je ne peux pas dire que tout était foiré et que je n’ai pas pris du plaisir à certains moments.

Une LC avec Bianca en balance… Elle ne vous dira pas tout à fait la même chose que moi, allez donc lire son avis et laissez lui un petit mot.

Dans l’ombre du brasier ‭:‬ Hervé Le Corre [LC avec Bianca]

Titre : Dans l’ombre du brasier

Auteur : Hervé Le Corre
Édition : Rivages Poche (27/05/2020) / 558 pages

Résumé :
A Paris, pendant les dix derniers Jours de la Commune. Dans les rues de la ville bombardée où se dressent des barricades, le mal rôde. Des jeunes femmes disparaissent, enlevées par un personnage aussi pervers que repoussant.

Parmi elles, Caroline, la bien-aimée du sergent Nicolas Bellec qui combat dans les rangs des Communards. Antoine Roques, promu au rang de « commissaire » de police par la Commune, enquête sur l’affaire.

Mû par le sens du devoir, il se lance à la recherche de la jeune femme, bravant les obus, les incendies, les exécutions sommaires…

Et tandis que Paris brûle, Caroline, séquestrée, puis « oubliée » dans une cave parmi les immeubles effondrés, lutte pour sa survie. C’est une course contre la montre qui s’engage, alors que la Commune est en pleine agonie.

Critique :
Au lieu de me proposer un petit cosy mystery tranquillou, Bianca, ma copinaute de LC, a décidé de nous envoyer à Paris…

Cool, vous me direz.

Oui, mais non, le voyage temporel nous a expédié à Paris durant les 10 derniers jours de la Commune que l’on a nommé « La Semaine Sanglante ». Ça tiraillait de partout tout autour de nous !

Moi qui me plains souvent de ne pas connaître grand-chose de la Commune (pas un sujet d’école en Belgique), j’ai été servie. L’auteur s’est fortement documenté et pour le côté réaliste, nous y étions en plein dedans.

Avec une écriture fort descriptive, Hervé Le Corre détaille avec minutie les décors, les différents protagonistes, y ajoute de la fumée, des odeurs, de la sueur, des larmes, du sang, des tripes et des boyaux. Le réalisme est poussé. Trop ? Chacun jugera. Pour moi qui ne connait pas grand-chose, c’était parfait.

Des polars historiques, j’en ai lu énormément. Bien souvent, l’Histoire est incorporée à l’enquête, sans jamais prendre le pas sur l’ensemble du récit, se contentant d’être un personnage à part entière.

Hélas, le roman oscille, durant trop longtemps, entre le polar historique et le roman Historique tout court, ce qui donne un déséquilibre au récit, puisque l’enquête restera sommaire, sans jamais vraiment en être une, comme si elle faisait sa timide.

L’Histoire, en tant que telle, est très prégnante, trop prégnante. Le récit manque de rythme à un moment donné.

Sans honte, j’ai diagonalisé ma lecture après la page 160, tant le récit s’enlisait, ne m’apportant plus de plaisir et qu’il semblait faire du sur-place. Une fois passé la page 300, l’enquête a repris un peu le dessus, et moi, j’ai repris le fil de ma lecture, sans plus sauter de passages.

Mon autre bémol sera pour le côté manichéen des protagonistes : les Communards semblent être de braves gars, tandis que les Versaillais sont des bêtes assoiffées de sang. Dans un conflit, quel qu’il soit, il y a plus de nuances que celle des Bons contre les Méchants.

Dommage, parce qu’il y avait assez de matière que pour donner un excellent roman, l’écriture de l’auteur étant très belle, lyrique, sachant parfaitement décrire les événements, leur côté violent, dramatique ou donner vie aux personnage, notamment au trio de Communards : le Rouge, Adrien et Nicolas. C’était magnifique.

Mitigée je suis. La plume était magnifique, le récit était puissant, mais il est allé se perdre d’un côté, puis de l’autre, avant de prendre enfin parti pour le polar, mais toujours avec timidité. Le retour d’Henri Pujols, le tueur en série du précédent roman, n’apportait rien à l’histoire. Ses exactions se retrouvent diluées dans le reste du récit et nous aurions pu donc nous en passer.

En bref, cette LC ne nous a pas apporté le même plaisir que pour « L’homme aux lèvres de saphir » et une grande partie du récit a été lu en diagonale par ma copinaute aussi.

Malgré tout, ma lecture ne fut pas tout à fait perdue puisque j’ai vécu la Commune et sa Semaine Sanglante de l’intérieur. Bon, Bianca, la prochaine LC, ce sera un Tchoupi, merci !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°002] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

 

Vies et mort de Lucy Loveless : Laura Shepherd-Robinson [LC avec Bianca]

Titre : Vies et mort de Lucy Loveless

Auteur : Laura Shepherd-Robinson
Édition : 10/18 (05/05/2022)
Édition Originale : Daughters of night (2021)
Traduction : Pascale Haas

Résumé :
Londres, 1782. Par une nuit d’été, Caroline Corsham tombe sur l’une de ses amies mourante, venue agoniser dans ses bras en lui murmurant un énigmatique « Il sait ».

Caroline comprend bientôt que son amie lui avait menti : Lucy Loveless, de son vrai nom, était la prostituée favorite d’un club d’hommes puissants.

Lorsqu’il apparaît que magistrats et notables ont davantage intérêt à étouffer le crime qu’à le résoudre, Caroline engage un voleur privé, Peregrine Child, pour trouver l’assassin de Lucy. Il fouillera jusqu’aux tréfonds de la société géorgienne, au cœur d’un monde d’artifices, de tromperies et de vies secrètes.

De désillusions en hypocrisies, Caro lèvera le voile sur tout un monde : celui où les hommes peuvent emmener de belles courtisanes au théâtre et coucher leur fils adultérin sur leur testament.

Un monde où les femmes, elles, paient de leur honneur tous les désirs dont elles sont l’objet… Jusqu’à y perdre la vie.

Critique :
Londres, 1782, par une belle nuit d’été… On pourrait penser que tout va bien, hélas, Caroline Corsham vient de trouver une connaissance qui vient de manger son acte de naissance, c’est un meurtre.

Hélas, la dame en question exerçait le plus vieux métier du monde et ça, Caroline ne le savait pas.

Une prostituée qui se fait assassiner, tout le monde s’en moque et on fait bien comprendre à Caro qu’il vaut mieux ne pas enquêter sur son meurtre, qu’elle aurait tout à perdre que la bonne société apprenne qu’elle allait vers la charmille, là où se retrouvent des gens souhaitant s’amuser à batifoler…

L’époque victorienne m’est familière, l’époque Géorgienne moins. C’est donc avec une grande attention que je me suis plongée dans ce polar historique, mâtiné de roman noir et de politique.

Les mœurs de l’époque n’ont rien à envier aux autres, car nous sommes toujours dans cette même dynamique qui existe depuis des siècles : des hommes riches, qui se croient tout permis, au-dessus des lois, qui pensent que les femmes sont des objets, juste là pour leur bon plaisir.

Et si ces messieurs peuvent cocufier leurs épouses, se vautrer dans les minous des pauvres catins, il est bien entendu vachement déconseillé aux dames de la bourgeoisie de faire de même (ou alors, faut être super discrète et ne pas tomber enceinte, sinon, la répudiation vous guette).

Le problème de l’enquête, c’est que malgré qu’elle soit ramassée sur quelques jours, les 544 pages paraissent longues à lire, tant à certains moments il ne se passe rien d’exceptionnel.

Plusieurs fois, j’ai été tentée de sauter des pages tant il me semblait faire du sur place et ne pas avancer. Nos deux protagonistes, Caro et monsieur Peregrine Child interroge souvent les mêmes suspects, qui n’ont rien de neuf à leur apprendre et cela donne l’impression de tourner en rond.

Ma persévérance a été récompensée par quelques retournement de situation qui m’ont fait pousser des « ho » d’étonnement total. Avec l’air de ne pas en avoir l’air, l’autrice a réussi à bien cacher son jeu et à me tacler plusieurs fois.

Le contexte historique est bien réalisé (même s’il manque un peu de description du Londres de 1782), on en apprend un peu plus sur les petites choses de cette époque, mais en plus, l’autrice a réussi sa galerie de personnages, dont un salopard de la pire espèce qui est flamboyant ! Il n’est pas le seul à être flamboyant…

De plus, les nombreux personnages ne sont pas toujours ce que l’on penserait qu’ils sont. Attention, certains sont de véritables  Kinder Surprise avec une surprise cachée dans la surprise (garanti sans salmonelle, dans le roman). Rien n’est tout à fait noir, personne n’est tout à fait blanc, tout est dans des nuances de gris, ce qui rend les personnages très réalistes.

Le côté politique est présent aussi, notamment avec les scandales qu’il faut étouffer, la puissance d’une certaine presse, qui peut envoyer une dame au pilori de la bonne société en dévoilant des ragots (vrais ou pas), les hommes riches qui décident de tout, qui sont protégés, le roi George, déprimé de perdre les colonies américaines, son héritier qui est dépensier…

Tout cela rajoute de l’épaisseur au récit et lui apporte son côté réaliste (des tas d’anecdotes sont tirées de la réalité, les explications se trouvent en fin de roman). De plus, il y a une histoire dans le récit, celle de Pamela, dont on comprendra, plus tard, son implication dans l’histoire.

S’accrocher et ne rien zapper est pourtant conseillé, si les lecteurs veulent en profiter jusqu’au bout et se faire surprendre. D’ailleurs, le final est exceptionnel et il m’a bien secoué. Impossible de le deviner, de le déduire, toutes mes suppositions ont été mises à mal et ont sombré dans l’eau.

Malgré la lenteur de certains passages et l’envie de sauter des pages, je suis contente de m’être accroché à ce roman et de l’avoir découvert. Sa construction est intelligente, son final est difficile à déduire et une fois la dernière page tournée, j’étais toujours soufflée.

Pour moi, c’est une LC de réussie avec ma copinaute Bianca ! Même, si, tout comme moi, elle a trouvé des longueurs. Nous nous rejoignons sur les portraits très bien fait des femmes (elles ont de l’audace, du culot, de la bravoure et ce que les mecs n’ont pas) et sur le fait que le final est inattendu ! Suivez le lien pour lire son avis.

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°224] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Les Enquêtes de Lady Hardcastle – 02 – Meurtres dans un village anglais : T. E. Kinsey [LC avec Bianca]

Titre : Les Enquêtes de Lady Hardcastle – 02 – Meurtres dans un village anglais

Auteur : T. E. Kinsey
Édition : City (21/04/2021)
Édition Originale : In the Market for Murder (2016)
Traduction : Karine Forestier

Résumé :
En ce printemps 1909, Lady Hardcastle, aristocrate excentrique et détective amateur, profite d’un repos bien mérité dans le coin de campagne anglaise où elle s’est installée. Un calme qui est de courte durée… Spencer Caradine, un fermier local, s’effondre raide mort à la taverne, la tête dans sa tourte.

Meurtre ou accident ? Inutile de compter sur les policiers locaux pas très futés pour lever le voile sur ce mystère. Lady Hardcastle et à sa dame de compagnie, Florence, doivent prendre les choses en main et mener l’enquête. Mais la liste des suspects s’avère longue comme un jour sans pain…

Entre la femme de Caradine amoureuse d’un autre, son fils qui le haïssait et les villageois dont il prenait un malin plaisir à pourrir la vie, la victime n’avait que des ennemis. Les enquêtrices de choc vont devoir mobiliser une bonne dose d’astuces et de crochets du droit si elles veulent pouvoir savourer le brandy de la victoire !

Critique :
Dans un Agatha Raisin, une personne décédait après avoir mangé une quiche (♫ quiche me ♪)… Dans Lady Hardcastle, c’est une tourte qui tue. Oui, la tourte tue !

Imaginez le titre d’un thriller haletant « La tourte tueuse ». Bon, vu ce que les Anglais foutaient avant dans leurs tourtes, c’était déjà un crime culinaire. La police du mauvais goût est sur le coup.

Lady Hardcastle est un personnage féminin fascinant, qui ne s’en laisse pas compter, qui vit comme elle le souhaite et qui fait la nique aux bien-pensants.

Elle a eu une vie trépidante et aventureuse, avant de se retirer à la campagne, avec sa Florence, sa bonne qui n’est pas en reste non plus. La vie à la campagne est dangereuse, il y a toujours des crimes, des vols, des mystères, des fantômes, bref, pas moyen de s’emmerder !

Dans ce cosy-mystery amusant, nous avons une enquête principale, avec un empoisonnement tourté, la disparition d’objets au club de rugby local et un fantôme qui accuse un homme d’avoir commis un crime. Qui a dit osé dire que la campagne était monotone ?

Ce que j’apprécie le plus, dans cette saga, ce sont les deux personnages principaux : Lady Hardcastle et Florence Armstrong. Leurs répliques ne sont pas dénuées d’humour, de taquineries, d’amitié et de profond respect. Ni l’une, ni l’autre n’a oublié d’être bête et elles savent résoudre les enquêtes, chacune apportant ses qualités, ses connaissances, à la chose.

Les suspects sont assez nombreux, lorsque l’assassiné était une sorte de Grincheux qui cherchait misère à tout le monde. Pas évident de trouver le coupable et si je n’avais pas eu la solution, apportée par Lady Hardcastle, je serais toujours en train de patauger, accusant les mauvais personnes (c’est à dire tout le monde, sauf les vaches).

Ce polar n’est pas trépidant, malgré tout, pas d’ennui à craindre, pas d’endormissement à l’horizon. Sans avoir besoin de recourir aux rebondissements, l’auteur arrive à mener sa barque (ou sa Rover rouge) et à dépatouiller l’écheveau de laine, tout en faisant avancer ses pions, autrement dit, ses deux enquêtrices de choc (et chic) et en nous parlant de la vie dans un village en Angleterre, en 1909.

Je venais d’enchaîner quelques lectures foirées, qui ne m’avaient apportées que de l’ennui ou du cafouillis, cela m’a donc fait du bien de prendre une pause avec un cosy-mystery des plus agréables à lire et où je n’ai rien vu venir du modus operandi, malgré les indices disposés par l’auteur.

Oui, la victime était un chieur, oui sa mort ne fera pleurer personne, oui, elle fait même plaisir à plein de monde, mais bon, ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas chercher le coupable, ni lui décerner une médaille.

Un cosy-mystery intelligent, qui ne va pas se perdre dans des histoires d’amour compliquées (comme dans Agatha Raisin), où les femmes jouent un rôle important (même si la législation ne leur donne pas beaucoup de droits) et où le scénario est bien pensés, bien mené, avec des résolutions de crime pas si simplistes que ça.

Bref, une parenthèse très agréable entre plusieurs romans foirés et des lectures sombres.

Une fois de plus, c’est une LC réussie avec Bianca.

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°220] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Tranchecaille ‭:‬ Patrick Pécherot [LC avec Bianca]

Titre : Tranchecaille

Auteur : Patrick Pécherot
Édition : Gallimard Série noire (2008) / Folio Policier (2010/2015)

Résumé :
Chemin des Dames, 1917, l’offensive du général Nivelle tourne à l’hécatombe. Dans l’enfer des combats, un conseil de guerre s’apprête à juger le soldat Jonas, accusé d’avoir assassiné son lieutenant.

Devant l’officier chargé de le défendre défilent, comme des fantômes, les témoins harassés d’un drame qui les dépasse. Coupable ? Innocent ? Jonas est-il un simulateur ou un esprit simple ?

Le capitaine Duparc n’a que quelques jours pour établir la vérité. Et découvrir qui est réellement celui que ses camarades ont surnommé Tranchecaille.

Critique :
Ce polar historique, qui aura pour cadre les tranchées de la Première Guerre Mondiale, commence un peu à la Columbo…

Dès les premières lignes, nous assistons à l’exécution d’un soldat accusé d’avoir planté, non pas le bâton, mais la baïonnette dans le dos de son lieutenant.

Tout ça pour un uniforme trop grand… Tout ça pour une prise de bec qui a eu lieu entre lui et le nouveau lieutenant ? Purée, ça fait cher le tissu en trop et le froc qui descend lorsque l’on charge les tranchées des casques à pointes.

Ce polar historique ne commence pas comme un autre, n’a pas un terrain d’enquête habituel et sa manière de nous narrer l’enquête du capitaine Duparc n’est pas commune du tout.

En effet, la narration de l’enquête, les faits et gestes du capitaine Duparc, du soldat Jonas (l’accusé), ainsi que des autres protagonistes de l’histoire (témoins, gradés, soldats de l’unité et j’en passe) est racontée au travers de chapitres assez courts qui sont en fait des témoignages en direct ou rapportés, des interrogatoires menés par le capitaine (ou son greffier), des discussions qui ont lieu sur place ou ailleurs, a moyen de lettres, de scènes rapportées….

Déstabilisant au départ, ce récit, monté comme un journal de bord. Pourtant, une fois dans le bain, on se sent très vite à l’aise, même si nous sommes dans un endroit où je n’aurais pas aimé traîner à cette époque.

D’ailleurs, l’auteur ne se contente pas de nous conter l’enquête, dans les chapitres, il y a aussi des scènes de la vie quotidienne dans les tranchées, notamment les milliers de morts, pour quelques mètres de pris et dont les quotidiens titreront que c’était une percée importante.

Si je ne me suis attachée à aucun personnage, cela n’a pas entamé mon plaisir de lecture, puisque les 300 pages ont été avalées en une seule journée (sorry ma Bianca).

Cela était sans doute dû au fait que l’on ne sait jamais vraiment qui est le soldat Jonas, l’accusé : un vrai benêt ou un type intelligent qui jouait au con ? Un vrai traumatisé par ce qu’il a vécu durant les 3 années, ou un comédien ? Un soldat qui est vraiment crétin ou un qui se moque des gradés ? Un débile, un âne ? Ou un simulateur de génie ? Cet homme est une énigme à lui tout seul.

En tout cas, c’est addictif, cette enquête et elle n’a rien de banal.

Un polar historique sur fond de Première Guerre Mondiale, sous le régime de la censure, celui de la langue de bois, celui où la justice était arbitraire et inique puisque, pour un galonné assassiné, on veut exécuter un soldat, mais qu’on n’exécutera pas de galonné pour tous les soldats qu’ils ont envoyé à la boucherie.

Une LC avec Bianca réussie et que je ne regrette pas d’avoir faite, ce roman traînait depuis trop longtemps dans mes étagères et il ne méritait pas ça !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°213].

Les folles enquêtes de Magritte et Georgette – 03 – Les fantômes de Bruges : Nadine Monfils [LC avec Bianca]

Titre : Les folles enquêtes de Magritte et Georgette – 03 – Les fantômes de Bruges

Auteur : Nadine Monfils
Édition : Robert Laffont – La bête noire (03/02/2022)

Résumé :
Le 3e tome des folles enquêtes de Magritte et Georgette : la nouvelle série de cosy mystery à succès de La Bête noire !
Bruges-la-Morte, fantôme de mariée aux dentelles déchirées

Le peintre Magritte et sa femme Georgette sont réveillés à la tombée de la nuit par Carmen, la femme de ménage. Elle est dans tous ses états. Pensez donc ! La pauvre, qui travaille aussi pour le comte Rodenbach, est tombée sur son cadavre en prenant son service. Mais, quand le trio déboule chez lui, le corps a disparu !

Leur enquête va les mener à Bruges, la « Venise du Nord », d’une étrange beauté avec ses canaux sur lesquels glissent de silencieux fantômes…

Critique :
La dernière fois que j’avais mis les pieds dans la Venise du Nord, autrement dit, la ville de Bruges, j’étais gosse et j’usais mes fonds de pantalon sur les bancs de l’école.

Les 366 putains de marches pour accéder en haut du beffroi avaient calmé toute notre classe. J’y étais retournée plus tard, avec ma mémé (pas la mémé Caricoles, je vous rassure de suite).

Y remettre les pieds en compagnie de René Magritte et de son épouse Georgette était une excellente idée. Je n’ai même pas eu besoin de mon flamand sans peine.

Un meurtre a eu lieu nos loin de chez les Magritte, mais une fois le flic arrivé sur place, la cadavre s’est carapaté ! Ou alors, on l’a enlevé… Ou alors, Carmen (leur bonne qui a découvert le corps) a eu la berlue.

Lorsqu’on lit un roman des folles enquêtes de Magritte, c’est une grosse part de belgitude que l’on dévore. Comme un cuberdon, on a du mal à arrêter et on continue, jusqu’à ce qu’on arrive à la fin du paquet.

C’est moins gras qu’un paquet de smoutebollen (croustillons), mais ça vous colle aux doigts comme un snotebol (crotte de nez).

Hé oui, Nadine Monfils, non contente de nous immerger dans la ville choisie, de nous planter de beaux décors, de nous raconter des anecdotes véridiques sur le peintre Magritte, elle émaille aussi ses dialogues, ses textes, de mots typiquement belge, typiquement Brusseleir (de Bruxelles) et même de quelques mots en flamand dans le texte.

Pas de panique, ils sont expliqués en fin de chapitre et certains n’ont pas besoin de traduction, ils se comprennent tous seuls ou sont juste des mots qui reviennent à chaque fin de phrase, comme le « zeg » flamand (dis).

Les enquêtes vont à leur rythme, notre couple enquêtant à leur aise, remontant les pistes patiemment, démêlant la plote de laine sans aller trop vite.

Pourtant, pas d’ennui pointant son nez à l’horizon, pas de bâillement, ça prend son temps, oui, mais on ne traine pas la patte pour autant. L’humour nous tient compagnie, le caractère bourru de Magritte aussi. Les personnages sont bien travaillés, ils ont une présence et la mention spéciale reviendra à Carmen, la reine de la loque à reloqueter qui n’en fout pas une !

Les enquêtes des Magritte, c’est un scénario qui tient la route, pas écrit par un schieven arkitek (architecte de guingois, la pire insulte du dialecte marollien, destinée à Joseph Poelaert), une Klet (mollasson) ou un Snul (vous comprendrez en enlevant la lettre « s »), ou pire, un Dikkenek (gros cou).

Bref, vous l’aurez compris, sans se prendre au sérieux, Nadine Monfils écrit des romans policiers plus que correct, avec des vrais morceaux de Belgique dedans.

Le Belge en profitera sans doute un peu plus que le Franskillon, mais ceux de l’hexagone comprendront tout de même et ne resterons pas comme un Keiskop (tête de fromage – pas malin) ou un Kluut (un nul ou alors, les trucs que les hommes possèdent et qui vont en paire).

Une excellente enquête où, bien que j’ai eu des soupçons et des doutes, je n’étais pas sûre de mon coup, ce qui fait que je me suis laissée prendre par le final, même si je m’en doutais un peu.

Une LC avec Bianca réussie et je vous invite à aller lire son avis.

PS 1 : L’autrice, Nadine Monfils, parle à un moment donné de viagra. Magritte est décédé en 1967 et l’autorisation de mise sur le marché du viagra  fut accordée en 1998 aux États-Unis (1999 en Europe). 20 années séparent le médicament célèbre de Pfizer et la fin de Magritte. À mon sens, le mot « viagra » dans le roman, c’est du surréalisme ! mdr

À ce sujet, Jos était rassuré, la vioque n’aurait pas fait bander un lapin piqué au Viagra.

PS 2 : Le prochain roman se passera à Lièch, si j’ai bien vu. On croisera sans doute des supporters des Rouches ou les Rôdjes, si on le dit en patois (Royal Standard Club Liégeois) et sûrement pas des Mauv, ça ferait tâche (et bagarres). Tant qu’on ne croise pas des Ratachiss (liégeois francophile) !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°195].

Loveday et Ryder – 05 – Feu d’artifice mortel : Faith Martin [LC Bianca]

Titre : Loveday et Ryder – 05 – Feu d’artifice mortel

Auteur : Faith Martin
Édition : HarperCollins Noir (02/02/2022)
Édition Originale : Ryder and Loveday, book 5: A fatal truth (2020)
Traduction : Benjamin Kuntzer

Résumé :
5 novembre 1961 : la famille Hughes se prépare à célébrer la nuit de Guy Fawkes avec pétards et feux d’artifice. Tous sont rassemblés dans le jardin, quand le cabanon dans lequel sont entreposées les fusées s’embrase, causant la mort du patriarche, Thomas Hughes, enfermé à l’intérieur.

L’autopsie conclut rapidement à la mort par asphyxie et le coroner, Clement Ryder, classe l’affaire sans suite.

Mais le lendemain, Duncan Gillingham, un journaliste ambitieux, publie dans l’Oxford Tribune un article accusateur : la justice aurait bâclé le dossier. Selon lui, la famille cacherait la vérité et le décès serait suspect.

Pour calmer l’opinion, l’inspecteur Jennings confie l’enquête à la jeune policière Trudy Loveday. Très vite, celle-ci se tourne vers Clement Ryder. Ils n’auront pas trop de leurs forces réunies pour tenter de percer les mystères du clan Hughes…

Critique :
En 1605, Guy Fawkes avait foiré son complot visant à faire péter le parlement anglais… Son fantôme ne loupa pas son coup, ce 5 novembre 1961, puisqu’il fit sauter le cabanon de jardin.

Oui, la conspiration des poudres, version 1961, a fait péter une cabane au fond du jardin (♫), réduisant en morceaux son proprio, Thomas Hughes.

Chouette, voici une nouvelle enquête d’un duo que j’apprécie tout particulièrement : la policière Trudy Loveday et le coroner Clement Ryder.

Pourtant, à bien y regarder, ceci n’est pas un meurtre, juste un accident malheureux dû à l’imbécilité humaine : les feux d’artifices pour célébrer la Bonfire Night n’étaient pas conservés dans des caisses métalliques et, à cause des feux de joie allumés, sous grand vent, un brandon a malencontreusement allumé le feu (♪).

Désolée, après vous avoir collé du Laurent Gerra dans la tête, je vous y fourre à présent du Johnny…

Nous sommes en novembre, mais un journaliste décide de nous la faire « Oui mais ! » (cherchez, vous trouverez). Et ce n’était pas un accident ? Et s’il y avait des squelettes dans les placards de la famille Hugues ? Avec des « si », on mettrait Paris en bouteille et Loveday & Ryder sur l’affaire.

Ce cinquième tome est un peu plus calme que les précédents, nos deux enquêteurs pensant juste qu’ils sont en train de perdre leur temps à chercher un loup où il n’y en a pas. Oui, la famille Hugues n’est pas exempte de casseroles (eux beaucoup casseroles), mais de là à dire que c’est un meurtre, hein ho, faudrait pas pousser bobonne dans les orties.

Comme dans tous ses autres romans, l’auteur nous dresse un portrait sans concession de la société anglaise de années 60 (fin 50, début 60), ces années où les femmes avaient peu de droit, étaient mères au foyer, ou secrétaires, où les machines à laver commençaient à arriver chez les ménagères et où la phallocratie était reine ! Ou roi, pour ne pas froisser le machisme de certains.

On me signale d’ailleurs que cette maladie extrêmement contagieuse est toujours présente dans nos sociétés et qu’il n’existe pas encore de vaccin…

Anybref, ces enquêtes ne sont pas à découvrir pour le tempo du récit, qui n’a rien d’un 24h chrono, notre duo prenant leur temps, explorant plusieurs pistes, ainsi que la personnalité des différents suspects. Ce sont des tranches de vie des années 60 qui se déroulent sous nos yeux, comme si nous regardions une vieille série policière, et moi, j’adore.

J’ai eu beau triturer mes méninges, impossible de déduire ce qui allait se produire lors du final, impossible aussi pour moi de trouver si l’un ou l’autre des interrogés étaient coupables ou innocents, même de savoir à coup sûr si c’était un accident ou bel et bien un meurtre.

Je me suis laissée porter par leurs pérégrinations dans cette famille, assistant à tous les interrogatoires et je n’a rien vu venir. Ce qui me fait toujours plaisir.

Pour le moment, je n’ai pas été déçue des enquêtes de ce duo atypique, mais qui fonctionne bien et j’ai encore l’intention de suivre leur aventures, avec ma copinaute Bianca, je l’espère, parce que, une fois de plus, nous sommes raccord sur nos impressions de lecture.

Vous en voulez la preuve ? Elle se trouve ici !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°185].