Le train des orphelins – Tome 8 – Adieux : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 8 – Adieux

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo (2017)

Résumé :
À la fin des années 1920, Lisa a été élue maire de Cowpoke Canyon par acclamation. Elle désigne la veuve Goswell comme shérif.

Au grand désespoir du petit Joey, Lisa se laisse courtiser par le beau Lee, venu construire la maison des orphelins. Mais Lee imagine déjà Lisa en épouse soumise.

C’est bien mal la connaître.Soixante-dix ans plus tard, le vieux Joey a pris la route du Connemara, à la rencontre de la petite Louisa. Il est accompagné par la lumineuse Aileen, dont il continue à douter de l’existence réelle.

Devant la situation préoccupante de Louisa, Joey voit un signe envoyé par Lisa et un sens à donner à son histoire.

Critique :
♫ Et voilà, c’est fini ♪… Et c’est le coeur lourd que je termine cette série car je m’étais attachée aux personnages.

Mais je les quitte aussi le cœur léger car je sais que maintenant, tout va bien aller.

La saga du train des orphelins se termine définitivement avec ce tome, même s’il est plus consacré au voyage que va faire Joey pour retrouver ses origines.

Tous les arcs narratifs sont terminés et j’avais le coeur gros en arrivant à la fin car je m’étais attachée à cette bande d’orphelins qui ont suivi des destins fort différents l’un de l’autre.

On pourrait trouver ces deux derniers tomes « hors sujet » mais malgré le fait qu’ils se déroulent plus dans le présent que dans le lointain passé, je les ai trouvé utiles afin de clore cette belle saga d’une manière plus douce, plus complète.

Je ne vais pas me plaindre d’avoir eu deux albums de plus rien que pour mon plaisir, autant celui des yeux avec les dessins et les couleurs, que celui de mon esprit avec des bons scénarios.

Une fois l’album refermé, j’avais un sourire triste puisque je quittais tout le monde, un sourire amusé car j’avais eu droit à quelques situations cocasses et un sourire ému.

Mon seul regret sera de ne pas avoir eu l’occasion de lire toute la saga l’année dernière…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°90] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Le train des orphelins – Tome 7 – Racines : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 7 – Racines

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo (2017)

Résumé :
Les femmes du train prennent le pouvoir à Cowpoke Canyon.

À la fin des années 1920, à Cowpoke Canyon, Lisa est entrée en résistance suite au véto que les employeurs d’orphelins de la ville ont mis à son projet d’école du soir.

De son côté, la veuve Goswell a décidé que Coleman, son fiancé, serait le prochain maire.

Mais Coleman, est poltron, misogyne et sans aucun sens politique. Pour la veuve c’en est trop, elle se rallie à l’avis de Lisa : les femmes doivent prendre les choses en mains.

Soixante-dix ans plus tard – depuis le décès de Lisa, le vieux Joey broie du noir et souffre de la solitude.

Son radio émetteur reste son seul lien avec le monde et c’est grâce à lui qu’il fait la connaissance de la jeune Louisa qui vit esseulée sur une petite île d’Irlande.

Critique :
Le train des orphelins est terminé et ce nouveau cycle nous parle de l’après…

Tout le monde s’est retrouvé, tout le monde continue sa vie et Joey décide de voyager.

Dans le passé, nous allons savoir ce qui s’est passé après le décès d’Effron et comment Lisa est devenue une femme de poigne, une femme de pouvoir, une femme qui pense aux orphelins que l’on exploite dans la ville.

C’est une bonne idée que les auteurs ont eu de prolonger la série d’un nouveau cycle de deux albums.

On retrouve les personnages que l’on apprécie, et le gamin Joey est moins agaçant que dans les premiers volumes. Plus âgé, il prend de grandes décisions, lui qui est introverti et casanier.

Les racines, c’est important. Savoir d’où on vient, qui on est, qui sont nos ancêtres. Nos orphelins ont grandi avec ce vide en eu et Joey aura au moins l’occasion d’aller en terre d’Irlande pour tenter de chercher ses racines.

Par contre, si on avait toujours eu un parallèle entre le passé et le présent, l’un éclairant l’autre, ici, ce sont deux récits différents qui sont présentés : le voyage de Joey et la vie qu’il a eu avec Lisa, à Cowpoke Canyon.

Il me reste un tome à découvrir et ensuite, je laisserai mes amis tranquille et continuerai la route avec d’autres.

Une belle série, toute en émotions, sombre à ses heures, mais lumineuse aussi car ces enfants ont réussi, tant bien que mal, à faire leur vie comme ils le pouvaient.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°87] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Le train des orphelins – Tome 6 – Duels : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 6 – Duels

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo (2016)

Résumé :
À sa mort, Lisa, l’adolescente qui avait pris soin des orphelins déplacés vers l’Ouest américain dans les années 1920, laisse une lettre dévoilant le secret d’Harvey.

Le garçon qui a volé l’identité de Jim, l’un des orphelins, a été témoin d’un meurtre commis par Joey, le jeune frère de Jim.

Soixante ans plus tard, Jim et Joey, âgés mais toujours solidaires, décident de se rendre chez Harvey pour apprendre la vérité à leur petite sœur Anna, restée toute sa vie auprès de celui qu’elle pense être son frère.

Critique :
Ce qui est perdu l’est à jamais, surtout en ce qui concerne le temps. Jim et Joey se sont retrouvés, mais après 70 ans, on n’a pas toujours grand-chose à se dire.

Si les deux frères sont rassemblés, c’est l’équivalent d’une sœur, d’une mère, que Joey perd quand Lisa s’en va définitivement. Or, une soeur, il en avait déjà une, lorsqu’il était petit… Anna, qui a été séparée de ses frères.

Dans ce tome, fort émouvant, on rassemble une partie des orphelins, vieux et on retrouve ce salopard d’Harvey, qui, même à son âge, a toujours son petit sourire mauvais en coin.

Une fois de plus, il a joué un rôle important à Cowpoke Canyon, lorsqu’il a dû y aller, malgré lui, afin que ses parents adoptifs ne découvrent pas son secret.

Comme toujours, il manipule les adultes, jouent avec eux, fait du chantage, des promesses, des menaces et pousse le machiavélisme très loin, si loin que Lisa gardera jusqu’au bout le secret de sa véritable identité, afin de ne pas nuire à une autre personne.

Lisa… Un personnage qui, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ne s’est pas laissée marcher sur les pieds par son mari et a réussi à tirer des ficelles dans l’ombre afin d’éviter que plus d’orphelins ne se fassent exploiter à Cowpoke Canyon. Avec elle, le Girls Power va prendre une autre envergure.

Les aller-retours entre le présent et le passé sont toujours bien exécutés, on ne perd jamais le fil du récit et sont dans la continuité de ce que l’on venait de lire.

Les mystères soulevés ont été résolus, sans devoir attendre plusieurs tomes puisque les auteurs ont découpés leur récit en cycle, fermant un avant d’en entamer un autre.

Les différentes révélations sont venues au compte-goutte car il faut faire durer le suspense du cycle, mais au moins, maintenant, on sait le plus important et on peut entamer le dernier cycle (ou s’arrêter ici). Moi, je vais jusqu’au bout.

Une excellente série, sombre, dure, où l’Homme ne se montre pas sous son meilleur jour et où l’exploitation de l’enfant par l’adulte était quelque chose de tout à fait normal, dans les années 20. Personne pour s’en indigner, ou si peu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°78] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Le train des orphelins – Tome 5 – Cowpoke Canyon : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 5 – Cowpoke Canyon

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo Edition (07/01/2015)

Résumé :
1990 : Jim a trouvé la paix auprès de Bianca, mais Joey, son frère, reste pétri de haine pour Harvey, celui qui a volé l’identité de Jim, et rien ni personne ne l’en guérira… pas même Lisa, l’amie de toujours.

Pourtant, à la mort de Lisa, Joey annonce qu’il accompagnera Jim pour rendre à Harvey son dossier d’adoption.

1922 : à Cowpoke Canyon, les affaires sont florissantes et la main d’oeuvre bon marché grâce aux orphelins qu’Effron, le maître des lieux, fait venir en grand nombre. Le petit Joey, livré à lui-même, survit tant bien que mal.

Lisa, mariée à Effron, est maman d’un petit garçon et tentent de faire oublier ses origines de fille des rues.

Critique :
Que peuvent se dire deux frères qui se revoient après 70 ans de séparation ?

Joey voulait tant retrouver son frère quand il l’avait perdu, après leur voyage dans le Orphean Train et voilà qu’en 1990, ils se regardent comme deux étrangers.

Personne n’a eu la vie facile dans les orphelins, hormis Harvey la crapule machiavélique et Joey semble être celui qui est le plus rancunier, qui a gardé les blessures les plus profondes, comme s’il ne voulait pas qu’elles cicatrisent.

La page sombre de l’Amérique continue, l’exploitation des enfants, main d’oeuvre bon marché aussi.

Quand on a une ville à construire, à étendre (Cowpoke Canyon) et qu’on est son maire, son shérif et le chef tout puissant, quoi de mieux que de faire venir des orphelins de New-York et de leur offrir le bon air pur de la campagne en leur faisant construire une partie de la ville ? Des Légos grandeur nature…

Harvey continue son petit manège, séduit tout le monde, continue de pousser l’imposture et de manipuler les adultes, faisant chanter les uns, promettant des choses à d’autres, tirant les ficelles dans l’ombre.

L’album alterne toujours l’histoire entre le passé et le présent, l’éclairage commence à se faire, on comprend certaines choses, d’autres sont encore obscures, comme le fait que Lisa s’en veuille pour quelque chose. C’est la première fois qu’elle en parle.

Un 5ème tome qui est toujours dans la lignée des premiers et qui nous montre une partie de ce que fut la vie de Lisa et Joey, à Cowpoke Canyon et ce n’était pas du gâteau.

Anybref, une saga que j’adore et que j’ai bien fait de découvrir !!!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°75] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Le train des orphelins – Tome 4 – Joey : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 4 – Joey

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo Edition (12/03/2014)

Résumé :
Faute d’être bien nés, ils feraient tout pour être bien adoptés.

Après avoir fugué de leur famille d’adoption, Lisa et Joey arrivent à New York dans l’espoir de retrouver leur ami et grand frère, Jim.

Sur place, ils demandent l’aide de M. Coleman, en charge du placement des orphelins à bord du train où ils voyageaient, et aujourd’hui licencié et poursuivi pour trafic d’enfants.

Lorsque ce dernier apprend que Jim serait en ville, il y voit l’occasion de tirer profit du secret du jeune garçon en le faisant chanter.

Jim, qui n’est autre qu’Harvey l’usurpateur, ne voit pas d’un très bon oeil les recherches de Lisa et Joey, et la pression de Coleman, car elles pourraient mettre en péril son identité auprès de ses richissimes parents adoptifs..

Critique :
Qu’aurait été le destin de ces orphelins s’ils avaient grandi à New-York au lieu d’être dispersé dans l’Ouest, offert à des familles qui manquaient de bras ou juste d’enfants ?

Le destin d’Harvey aurait été tout autre, sans la cuillère en argent qu’il a su mettre dans sa bouche, Joey n’aurait pas été séparé de son grand frère mais il n’aurait jamais rencontré Lisa…

Leurs vies auraient-elles été mieux ou pire ? Nul ne le saura jamais, mais une chose est sûre, ce qu’ils ont vécu durant leur enfance leur forgera leur caractère une fois adulte.

Joey, jeune ou vieux, est toujours bougon, tête de mule et nous balance toujours ces « Moi j’aime pas… ».

Alternant les moments du passé (1920) et ceux du présent (1990), ce tome nous fera voyager aussi dans le pays puisque nous serons à New-York avant de repartir ailleurs…

Le périple phénoménal que Joey et Lisa ont réalisé dans le tome précédent leur refera croiser la route d’une vieille connaissance : Harvey.

Ce diable de merdeux joue toujours à cacher ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire un gamin fourbe, manipulateur, menteur, qui sait jouer tout en finesse et manœuvrer sa barque là où il veut qu’elle aille. Plus habile qu’un politicien véreux, cet enfant donne des envies de meurtre.

Machiavélique comme ça, c’est presque pas possible pour un enfant de cet âge… Manipulateur, oui, mais jamais à un tel degré de puissance, du moins, pour un gosse d’à peu près 10 ans… Même à 12. Irréaliste mais ça met pimente l’histoire de fourberie puisque tous les coups sont permis pour ce démon en culottes courtes et à casquette.

Ce tome 4 joue avec nos émotions et ne manque pas de rythme vu les rebondissements et le fait que tous les sales coups sont permis… L’arrivée d’un nouveau personnage énigmatique ouvre aussi d’autres possibilités et on se demande ce que le tome 5 va nous réserver, maintenant que le sort en est jeté.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°62] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Le train des orphelins – Tome 3 – Lisa : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 3 – Lisa

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo Edition (12/06/2013)

Résumé :
1990. Jim habite désormais une ferme au coeur du Kansas avec sa femme.

Mais ce nouveau bonheur n’apaise pas pour autant les blessures du passé, et ses interrogations sur son frère Joey ne cessent de le hanter : qu’est-il devenu ? Où est-il ?

Est-il toujours en vie ? De son côté, Joey, qui a été adopté par un couple de Mexicains et vit toujours dans la petite ville de Cowpoke Canyon, se pose les mêmes questions.

Un nouveau cycle tout aussi rythmé et touchant que le précédent pour parler de la fraternité après plus de sept décennies de séparation.

Critique :
J’avais découvert cette bédé l’année dernière, pour le Mois Américain (septembre 2019) et malgré le fait que j’avais apprécié découvrir cette page très sombre de l’histoire américaine, je n’avais pas continué avec le deuxième cycle, shame on me.

Faute réparée, je viens de lire la saga en entier, à la chaîne, afin de ne plus rester sans savoir ce qu’il est advenu de certains personnages du train des orphelins, cette horreur qui distribuait des enfants dans l’Ouest, pensant offrir à ces gamins orphelins une nouvelle vie loin des rues de New-York.

Que sont devenus Lisa, la jeune fille plus âgée qui s’occupait des enfants et Joey, le petit frère de Jim qui dit tout le temps « Moi j’aime pas… » tel un Schtroumpf grognon ?

Bien que le tome se concentre sur le destin de Lisa, les autres personnages ne sont pas mis sur le côté puisque Joey va retrouver Lisa dans le saloon, propriété de l’homme qui l’a adoptée et qui veut faire d’elle sa femme.

Une fois de plus, l’album se construit sur deux périodes : celle des années 1990 où nos protagonistes sont âgés et celle de 1920, où leurs vies ont pris un tournant radical et où peu d’orphelins tombèrent dans des familles aimantes et attentionnées.

Dans le présent, Jim cherche toujours son petit frère Joey et c’est nous, lecteurs, qui croisons sa route, dans un vieux bar, en compagnie d’une vieille femme nommée Lisa…

Le personnage de Joey m’a un peu agacée, quand il était gamin, car il est bougon, boudeur, ne fait que des conneries et c’est Lisa qui en paie les conséquences, ou eux deux en même temps.

Lisa est trop tolérante, elle aurait dû le secouer un peu plus, lui coller une fessée (pas interdite en 1920) et lui demander de fermer sa bouche, qu’il ouvre trop souvent, balançant des vérités qu’il ne faut pas toujours dire, ne sachant pas garder un secret et les foutant dans la merde par la même occasion.

Ce qui va donner un périple assez phénoménal…

Les dessins sont toujours de la même facture, agréables à l’oeil, même si certains visages sont assez pointus vers le menton. Les cases ne sont pas pauvres en détails, ce qui leur donne une autre dimension lorsque nous sommes en 1920.

Jusqu’à présent, cette série me comble en tout. Le scénario peut parfois être un peu rocambolesque, surtout dans le périple qu’effectueront Lisa & Joey, mais il permet aussi à l’auteur de présenter d’autres visage de l’Amérique, notamment avec les vagabonds du rails.

Une bande dessinée assez sombre de par le sujet traité car même si les couleurs sont chaudes, le cœur des Hommes est noir de suie et tout ça ne nous réconciliera pas avec le genre humain qui aime le pouvoir, qui aime dominer, qui aime maltraiter et transformer des orphelins en animaux corvéables et taillables à merci.

Ou pire, si affinités…. Ce qui peut laisser des traumatismes durables que tous ne pourront pas surmonter.

Heureusement que je ne dois pas attendre la publication du tome suivant… L’avantage de lire des séries lorsqu’elles sont terminées.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°47] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Fais-moi danser beau gosse : Tim Gautreaux

Titre : Fais-moi danser beau gosse

Auteur : Tim Gautreaux
Édition : Seuil (17/03/2016) / Points (02/03/2017)
Édition Originale : The Next Step in the Dance (1998)
Traduction : Marc Amfreville

Résumé :
Paul, dit Beau Gosse, aime la bagarre et danser le jitterbug ? trop souvent avec d’autres femmes que la sienne, Colette, la plus jolie fille de Tiger Island ; la plus maligne, aussi.

Lasse des frasques de son mari autant que de son job de caissière à la banque, Colette part tenter sa chance en Californie.

Jaloux, Paul la suit. Ils reviendront vite fait, ayant découvert là-bas, elle, le harcèlement sexuel, lui, les pratiques malhonnêtes de la côte Ouest.

À leur retour au pays, la crise pétrolière se résume à deux mots : chômage généralisé. Tandis que Paul tente de reconquérir sa belle, celle-ci retrousse ses manches et se lance dans diverses aventures pour assurer la survie de sa famille : chasse au ragondin et pêche à la crevette en haute mer.

Critique :
Comme d’autres auteurs américains, Tim Gautreaux est un conteur, il prend son temps, dresse ses personnages, ses décors, ses ambiances, son atmosphère qui est celle des bayous puisque nous sommes en Louisiane chez les cajuns.

Comparé aux deux autres romans que j’ai lu de lui, celui-ci avait moins de force, moins de puissance mais il n’en reste pas moins que c’est un grand roman américain.

Colette et Pau, dit Beau gosse, sont mariés mais Colette n’en peut plus des défauts de son homme qui aime la mécanique, danser, ainsi que se bagarrer.

Oui, elle nous fait un gros caprice, la Colette, quand elle le houspille, lui cherche des poux et fini par le quitter pour partir en Californie, à la recherche d’une autre vie et d’autres gens. Envie de quitter Tiger Island, son bled rempli de cajuns un peu red-neck, bouseux, où tout le monde sait tout sur tout le monde, envie de sortir de ce carcan.

Pourtant, malgré son côté gamine capricieuse qui ne remarque pas qu’elle a une perle pour mari, jamais on n’est exaspéré par le personnage et c’est pareil pour Paul à qui on ne peut pas reprocher grand-chose, même si on comprend que la Colette, elle en a marre de lui et de toute la Louisiane.

Au travers de son couple attachant, l’auteur nous transporte dans la moiteur de la Louisiane, nous invitant à la table de ses habitants, nous montrant leur société, leurs codes, leurs côtés bouseux au grand-coeur.

Mais c’est aussi un certain portrait de l’Amérique qu’il dresse en nous les faisant émigrer en Californie où tout n’est pas aussi chouette que l’on pourrait le penser, notamment avec le harcèlement sexuel (main au cul) où la coupable est la femme et d’un autre côté, avec les magouilles de certains pour vous faire changer de chaudière.

Ce que Colette n’a pas vu tout de suite, c’est qu’en Californie, tout est basé sur le fric, sur le tape-à-l’oeil, sur l’égoïsme, où tout est superficiel alors qu’en Louisiane, c’est l’entraide, la solidarité, les liens humains et surtout familiaux où personne ne vous laisse en plan quand vous avez besoin d’un coup de main.

La Louisiane est bien mise en valeur avec sa culture, sa cuisine, son langage et le fait que tout le monde ne vit que grâce aux sociétés pétrolières…

Oui, mais quand les sociétés de l’or noir foutent le camp, c’est tout une région qui crève sous le chômage et Colette aura l’impression d’être partie dix ans tant quand elle revient sa ville natale a changée, les magasins, les bars ayant tous fermés l’un après l’autre.

Ce roman noir, c’est un aller-simple pour la Louisiane, sa faune, sa flore, son climat et le diable que l’on tire par la queue, les vieux qui n’ont plus de pension, les crédits dans tous les magasins, la misère, le médecin ou l’hôpital qu’on ne sait pas payer…

Si la première moitié du roman donne l’impression d’assister à la débâcle d’un couple, il ne faut pas croire que la seconde moitié sera la reconquête du couple… Non, là, il est question de survie et de faire n’importe quoi pour bouffer au soir, quitte à aller tuer des ragondins pour toucher la prime.

Malgré quelques longueurs, le récit est prenant, amusant (au départ) avant de virer au drame de ceux qui ont tout perdu et sont prêt à tout pour bosser, quitte à prendre des risques.

Un roman noir tout en nuance, autant dans son récit que dans ses personnages qui vont évoluer, grandir, devenir adulte et comprendre enfin qu’on n’est jamais aussi bien que chez soi car ce qu’on voyait comme un carcan étant aussi un cocon.

Un roman noir qui parle d’amour, de société, de crise économique, de misère, de chômage, de fraternité, d’entraide. Un roman d’aventure qui peut avoir des airs de western, le tout prenant vie sous la belle plume de Tim Gautreaux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°41] et Le Mois Américain – Septembre 2020 – Chez Titine et sur Fesse Bouc.

Dickens & Dickens – Tome 2 – Jeux de miroir : Rodolphe et Griffo

Titre : Dickens & Dickens – Tome 2 – Jeux de miroir

Scénariste : Rodolphe
Dessinateur : Griffo

Édition : Vents d’Ouest (16/08/2017)

Résumé :
Londres, 1852. C’est dans les bas-fonds de la capitale victorienne, où les mauvaises rencontres sont fréquentes, que Charles Dickens fait la connaissance de son double.

Si le premier est un écrivain respectable débattant dans les salons parfumés des beaux quartiers ; le second est une brute épaisse s’encanaillant dans les pires bouges des faubourgs.

Ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau, et pourtant ils n’ont rien en commun.

Mais en se fréquentant, les deux hommes apprennent peu à peu chacun sur eux-mêmes. L’un ne tarde pas à prendre la place de l’autre. Et inversement.

Dickens & Dickens, comme les deux faces d’une même pièce.

Critique :
Pour ce second tome, direction les bordels et les fumeries d’opium où Charles Dickens va découvrir les joies de la pipe (c’était indécent, à cette époque, la fellation) et du sexe.

Notre homme avait une vie assez monotone, niveau cul, avec son épouse… Le lit ne devait pas couiner souvent et madame n’avait jamais grimpé aux rideaux. La jouissance féminine n’était pas à l’ordre du jour.

Justement, pendant que je vous parle et que Dickens se fait turluter le membre par des langues expertes, son épouse découvre elle aussi les joies du sexe et de la petite-mort en compagnie du double de Charles (sans savoir que c’est le double).

Bon, si elle veut le même programme avec le vrai, elle risque la déception !

Si le cinéma a souvent exploité le côté « 24h (ou plus) dans le corps de… » (Freaky friday) où deux personnes échangeaient, suite à une malédiction, leurs corps (ou leurs esprits), ici, puisque nous sommes face à un double parfait, Charlie (le double) vit la vie de Charles (le vrai) et ce dernier a la sensation qu’il n’existe plus car son double est meilleur en bien des choses (hormis l’écriture).

Voir le vrai Dickens devenir une épave a quelque chose de pathétique. On entre en symbiose avec lui et on se demande comment on réagirait si un double, non content de prendre notre vie, la rendait lumineuse devant les autres, prenant une place auprès de notre épouse, nos amis, collègues de travail, que nous n’avons jamais su acquérir.

La question que l’on se pose, durant cette suite, c’est comment Charles va-t-il se débarrasser de la personnalité encombrante de Charlie ou qui des deux va supplanter l’autre ? Charles pourrait tuer son double ou son double prendre définitivement la place de Charles.

La douche glacée arrive au dénouement… Quoi ? Tout ça pour ça ? Monter un pareil scénario avec un double, entraîner les lecteurs/trices dans le Londres de Dickens, dans les maisons closes, dans les fumeries d’opium, tout ça pour en arriver là ? Un dénouement aussi simple, facile ?

Une série qui était partie sur des chapeaux de roues, innovante, bien dessinée, bien scénarisée, avec un parfum de mystère, de fantastique, d’ambiance à la Edgar Allan Poe et bardaf, l’embardée sur le final. Le truc qui tourne en eau de boudin.

Tout était super et quelques cases, quelques dialogues ont tout foutu en l’air, faisant écrouler de suite la belle cotation que je m’apprêtais à lui coller. La déception est à la hauteur du plaisir que j’avais pris à lire la première partie. La résolution a tout niqué, tiens, pour parler comme Charlie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°274 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Dickens & Dickens – Tome 1 – Destins croisés : Rodolphe et Griffo

Titre : Dickens & Dickens – Tome 1 – Destins croisés

Scénariste : Rodolphe
Dessinateur : Griffo

Édition : Vents d’Ouest (01/02/2017)

Résumé :
Londres, 1852. Charles Dickens, dont le talent d’écrivain résonne déjà dans toute l’Angleterre, a un problème.

La nuit, lorsqu’il se promène seul dans les rues en quête d’inspiration, une silhouette mystérieuse et insaisissable le suit à la trace. Alors qu’il arrive enfin à lui mettre la main dessus, il découvre que cet homme lui ressemble comme deux gouttes d’eau.

Comme une version maléfique de lui-même… Pire encore, il connait des fragments de la jeunesse de Dickens que celui-ci croyait inconnus de tous ! Qui est cet individu inquiétant et que peut-il bien lui vouloir ?

Critique :
Le oliver Twist de Charles Dickens m’était resté sur l’estomac (Titine, pas frapper), mais cette bédé consacrée à l’auteur fut une belle découverte que je dois à mes recherches pour le Mois Anglais (juin 2020).

Charles Dickens arpente les rues de Londres, la nuit, cherchant la matière à ses prochains romans.

N’escomptez pas parcourir les beaux quartiers, ne seront plus souvent mis face à la misère humaine que face à la richesse, hormis dans le domicile de l’auteur, of course.

Il y a du mystère puisque Charles Dickens est suivi par un sinistre inconnu dans ses pérégrinations nocturnes. Un inconnu qui n’hésite pas à tuer les deux espèces de détectives qu’il avait engagé pour faire la lumière sur cette filature.

Les dessins offrent des couleurs chaude d’ocres ou des tons vert kaki, gris, souvent en adéquation avec la scène qui se déroule sous nos yeux. Le coup de crayon est bien fait, les dessins sont réalistes et les décors n’ont pas été mis de côté, Londres est un personnage à part entière aussi.

Il y a comme une odeur de « la part des ténèbres » de Stephen King, dans cette bédé, sauf que ce n’est pas un tout à fait comme chez le King… Le suiveur ressemble comme deux gouttes d’eau à Charles Dickens et connait même un pan entier de sa vie alors que cette partie-là, il ne l’a jamais racontée à personne.

Mais qui est ce faux Dickens ? Un faux habillement camouflé ou lui-même qui, en tombant un jour à l’eau, s’est dédoublé, une part marchant dans la droiture et la réussite tandis que l’autre a dû marcher dans le vol, les crimes et la roublardise ?

Un habile mélange de fantastique, de bas-fonds londoniens, de Janus, le dieu aux deux visages, de dédoublement de personnalité, de doppelgänger maléfique, de vol d’identité, ce premier tome est une agréable découverte et je me suis réjouie d’avoir le second sous la main afin de connaître le fin mot de l’histoire.

Mon seul bémol sera pour la narration qui est un peu erratique au départ, comme si le scénariste avait voulu insérer un maximum de références, d’anecdotes sur Dickens, ce qui ôte du rythme au récit.

Mais c’est minime et cela permet aussi aux lecteurs/trices qui ne seraient pas familiarisé avec l’auteur à en apprendre un peu plus sur lui sans aller lire sa page Wiki.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°267 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Le Soleil des Scorta : Laurent Gaudé

Titre : Le Soleil des Scorta

Auteur : Laurent Gaudé
Édition : Babel (2006)

Résumé :
La lignée des Scorta est née d’un viol et du péché. Maudite et méprisée, cette famille est guettée par la folie et la pauvreté.

À Montepuccio, dans le sud de l’Italie, seul l’éclat de l’argent peut éclipser l’indignité d’une telle naissance. C’est en accédant à l’aisance matérielle que les Scorta pensent éloigner d’eux l’opprobre.

Mais si le jugement des hommes finit par ne plus les atteindre, le destin, lui, peut les rattraper. Le temps, cette course interminable du soleil brûlant les terres de Montepuccio, balayera ces existences de labeur et de folie.

À l’histoire de cette famille hors du commun se mêle la confession de sa doyenne, Carmela, qui résonne comme un testament spirituel à destination de la descendance. Pour que ne s’éteigne jamais la fierté, cette force des Scorta.

Critique :
Une fois de plus, j’avais un excellent roman qui prenait la poussières depuis des années dans mes étagères.

Je me souviens que je l’avais acheté un jeudi, jour de l’ascension, dans une bouquinerie ouverte les jours fériés. Il y avait du soleil et nous étions en 2008…

Shame on me d’avoir attendu 12 ans avant de lire ce roman que je voulais absolument découvrir (les auteurs qui me font des demandes de lecture comprendront que s’ils comptent sur ma vitesse de déstockage, ils auront des cheveux blancs).

La honte d’avoir mis si longtemps à la découvrir pèsera sur mes épaule autant que soleil des Pouilles qui, dès les premières lignes, a brûlé mes yeux.

Quelle histoire, mes amis ! Quel texte, quelle plume ! Pourtant, l’histoire est banale, habituelle, déjà vue, rien de neuf sous le soleil avec une histoire de bâtards, de bandits, de repris de justice qui vient retrouver la femme qu’il aurait voulu prendre avant d’entrer en prison.

L’ambiance est donnée dès les premières phrases, le style est concis mais puissant. Avec peu, Gaudé raconte beaucoup et fait passer des émotions en vrac, des plus belles aux plus sales. Des plus fortes aux plus douces.

L’auteur, d’un coup de plume magique, nous transporte à Montepuccio, petit village des Pouilles, paumé près de la mer, écrasé sous le soleil.

Les personnages principaux, les petits-enfants de Luciano Mascalzone sont attachants, n’ayant hérité que d’un nom maudit, les Scorta vont s’en sortir à la force du poignet, sans jamais relâcher la pression, sans jamais baisser les bras.

Un récit plein d’amour, de sueur, de sang, de fumée de cigarette, de secrets, de travail et de malédiction laissée en héritage par un père voleur à ses enfants. Un récit confession puisque c’est Carmela qui raconte leur histoire au curé du village.

Ne cherchez pas de l’action, ici, on ne court pas, il fait trop chaud et puis, non n’a rien sans rien, autrement dit, sans trimer dur. Les personnages ont leurs défauts, ne sont pas des anges, mais ils sont d’autant plus humains et attachants.

Un roman qui décrit la vie dans un petit village d’Italie au début du 20ème siècle, un roman puissant, beau, lyrique, bourré de soleil.

Un roman qui de filiation,  d’héritage, qu’il soit d’argent ou du sang, d’amour de la terre, de l’amour porté à son village, à sa famille, l’histoire d’une fratrie qui a survécu alors qu’on ne donnait pas cher de leur peau.

♫ C’est un beau roman, c’est une belle histoire ♪

C’est la famille qui compte. Sans elle tu serais mort et le monde aurait continué de tourner sans même s’apercevoir de ta disparition. Nous naissons. Nous mourons. Et dans l’intervalle, il n’y a qu’une chose qui compte. Toi et moi, pris seuls, nous ne sommes rien. Mais les Scorta, les Scorta, ça, c’est quelque chose.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°211.