Holmes (1854/1891 ?) – Tome 3 – L’ombre du doute : Brunschwig & Cecil

Titre : Holmes (1854 / 1891 ?) – Tome 3 – L’ombre du doute

Scénariste : Brunschwig Luc
Dessinateur : Cecil
Edition :  Futuropolis (2012)

Résumé :
A priori Sherlock Holmes est mort lors d’un combat avec l’empereur du mal, le professeur Moriarty.

C’est toutefois ce que pensait le fidèle Watson. Il apprend rapidement qu’en réalité le célèbre détective se serait suicidé pour échapper à la folie qui menaçait de s’emparer de lui.

Après s’être rendu chez la famille de son ami, il est assailli de doutes compte tenu de ce qui s’y passe et des zones d’ombre relevées dans le passé de ce clan pour le moins singulier.

Accompagné de son épouse, il part en France sur les traces de la nourrice de Holmes.

Pendant ce temps, Wiggins se rend à Londres pour enquêter sur l’étonnante infirmière chargée de s’occuper de Holmes père.

Mais le médecin est un drôle de personnage, et Wiggins se retrouve malgré lui mêlé à un violent combat de rue en plein Whitechapel, provoqué par Parks.

Un combat de rue dans l’ombre duquel traîne un certain Mycroft Holmes…

Critique publiée sur Babelio  le 06/07/2012 :
Quatre ans, qu’il a fallu, avant qu’il ne sorte, ce tome trois !

« Quatre ans ! La grande guerre » comme se lamentait Louis De Funès dans « La grande vadrouille ».

Et vu que la série doit en comporter 9 (de tomes)…

Comme le disait l’ami Jean-Claude, au rythme d’un livre tous les quatre ans, je serai pensionné quand ils la termineront ! Moi aussi.

Mais cessons ces jérémiades et passons aux choses sérieuses : ce que j’en ai pensé.

Point de vue du graphisme, c’est magnifique. Une pureté dans le trait, dans les détails. Pas de visages mal faits, comme dans certaines autres bandes dessinées holmésiennes.

Toujours coloriée dans des tons « entre gris clairs et gris foncés » (gris acier pour les yeux de Holmes), cela donne une atmosphère bien spécifique à cette oeuvre, la rendant incomparable.

Bon, pour celui qui aime les tons chaleureux, c’est rappé. Mais si vous aimez les dessins exécutés de main de maître, je vous la recommande.

Les personnages sont bien travaillés et si le rythme est un peu lent, c’est sans doute parce que le scénariste veut que le lecteur s’imprègne de l’histoire, se vautre dans l’ambiance, pénètre dans le passé de Sherlock Holmes, se gorge des dialogues taillés au scalpel.

Parce qu’il veut que le lecteur doute en même temps que Watson, après avoir – qui sait ? – avalé des couleuvres.

A-t-on tout dit à Watson ? Ne lui a t-on pas raconté des carabistouilles ? Ou alors, est-ce Watson qui devient fou et imagine des choses ? Son compagnon était-il bien celui qu’il croyait être ? Fut-il tué par Moriarty lors de leur combat aux chutes de Reichenbach ou s’est-il suicidé ?

Malheureusement, si Watson a passé sept ans aux côtés de Holmes, il n’a jamais réussi à appliquer sa méthode, ni à devenir un esprit aussi brillant que lui.

Attention, Watson est loin d’être un imbécile, mais face à Holmes et à son esprit, il ne fait pas le poids. Nous non plus.

Le seul qui pourrait s’en sortir mieux, c’est le jeune Wiggins, qui lui, mène son enquête du côté d’un médecin un peu étrange qui pourra le renseigner sur la encore plus étrange garde-malade du père de Holmes.

D’ailleurs, dans cet album, nous verrons la rencontre « Holmes-Wiggins » quand celui-ci n’était encore qu’un gamin d’une petite dizaine d’années. Une réflexion de Wiggins avait surpris Holmes et pour le surprendre, fallait se lever tôt.

Si cet opus ne répond, pour le moment, à aucune de mes questions, le récit s’avère toujours aussi prenant et, dans ce troisième tome, il se dirige vers l’enquête à proprement dite. Plus que dans le deuxième.

Malgré tout, de nombreuses questions sont soulevées sans avoir de réponse pour le moment.

Le fait que Watson et Wiggins mènent leur enquête séparément est une bonne idée, cela donne du suspense au scénario. De la profondeur, aussi, tant il est travaillé.

A la fin de ma lecture, j’ai eu cette impression aussi fugace qu’un furoncle purulent mal placé que l’on aimerait bien que Watson ne poursuive pas son enquête…

Qui est cet homme mystérieux qui le suit, lui et son épouse ? Pourquoi diable veut-on l’empêcher d’interroger une personne ?

Nombreuses références aussi à la ville de Pau (où certains pasticheurs disent que Holmes a passé son enfance), au peintre Horace Vernet (le frère de la grand-mère de Holmes, ça, c’est canonique), au fait que Holmes se prénommait William (pas canonique).

Petit plus : un cahier graphique passionnant qui accompagne ce volume.

Un troisième album que j’ai eu plaisir à lire et dont j’espère que la suite ne se fera pas trop longtemps attendre…

 

Charlie et la chocolaterie : Roald Dahl

Titre : Charlie et la chocolaterie

Auteur : Roald Dahl
Illustrations : Quentin Blake
Édition : Folio Junior (1967/1987/2000/2005/2016)
Édition Originale : Charlie and the Chocolate Factory (1964)
Traduction : Élisabeth Gaspar

Résumé :
Charlie est un petit garçon qui vit avec son papa et sa maman, mais aussi avec ses quatre grands-parents. Tout ce monde est entassé dans deux pièces seulement car la famille de Charlie est très pauvre.

Lorsque son papa perd son travail, la situation devient dramatique, ils meurent presque de faim.

Mais dans la ville où ils demeurent, il y a une mystérieuse chocolaterie : nul n’y entre ni n’en sort jamais. Son propriétaire, Mr Wonka, lance un grand concours : les cinq gagnants pourront visiter l’usine et gagner des sucreries pour toute leur vie.

Mais les enfants mal élevés doivent se méfier : ils seront punis par où ils auront péché.

Critique :
Pour ceux et celles qui aiment le chocolat et les bonbons, la chocolaterie de Willy Wonka est LE pays merveilleux, le pays joyeux des enfants heureux, des enfants gentils, oui c’est le paradis ♫

J’adore vous coller des ritournelles dans la tête pour toute la journée… C’est mon côté diabolique.

Charlie et la chocolaterie est un conte que vous pouvez lire aux plus petits, ça leur fera savoir qu’il existe des différences de classes sociales et que les sales mômes sont toujours punis.

C’est de la morale à deux balles, mais bizarrement, ça passe comme un carré de chocolat qui fond dans la bouche et ça vous laisse la même sensation : ça fait du bien.

Personne ne va nier que voir une sale gamine pourrie gâtée qui veut tout et qui obtient tout, être punie par ses désirs, ça ne donne pas un sourire géant. Oui, personne n’aime les sales gosses mal élevés, désobéissants, impolis, bavards, qui ne respectent rien… Hormis leurs propres parents qui leur trouveront toujours des excuses.

Après avoir passé un peu de temps avec notre Charlie, un enfant issu d’une famille pauvre, très pauvre, où les 4 grands-parents ne quittent jamais le lit (bonjour les escarres), il nous met en présence des 4 enfants qui viennent de gagner le ticket magique, le Golden Ticket : ce sont 4 enfants qui ne manquent de rien, qui ont le superflu et dont les parents leur passent les 4 volontés.

La dichotomie entre eux (riches et sales mômes) et Charlie (gentil gamin pauvre) est un vrai gouffre, l’auteur pousse la caricature à fond, sans nuancer les portraits des sales gosses de sorte que, vous avez envie de les noyer vous-même dans la rivière au chocolat.

Malheureusement, ils sont plus réalistes que Charlie que j’ai trouvé trop lisse, trop sage, trop gentil, trop « pas réaliste » pour son âge.

Mais en poussant ces différents portraits à fond, l’auteur peut tacler l’éducation des enfants qui partait déjà en couille dans ces années-là (et qui continue de plus belle), de ces parents qui pensent que tout laisser faire à un gosse, c’est lui montrer qu’on l’aime, ce qui est faux. L’aimer, c’est l’éduquer !

Roal Dahl vise aussi les parents qui à force de vouloir être potes avec leurs moutards, ne les éduquent plus et acceptent tous leurs caprices de petits Dieux, de peur de brimer ces pauvres choux ou juste pour avoir la paix.

Il ne faut pas trop se fixer sur cette fracture peu réaliste sinon on passera à côté de la magie de ce roman.

Moi qui ne connaissais pas du tout cet auteur (shame on me), je viens de le découvrir en force et ces 3 lectures furent rafraîchissantes, légères, amusantes, tout en ayant une morale.

PS : j’avais sélectionné ce roman jeunesse pour le Mois Anglais de Juin 2020. Pas de bol, l’auteur n’est pas anglais mais britannique (ça change tout) et en plus, en lisant la critique d’un Babéliote, il parlait de l’Amérique… Merde, sérieusement ? Après lui avoir posé la question, il me signala qu’on y parlait de « dollar ». C’était foutu pour le Mois Anglais alors ? Oui, totalement foutu, même si l’auteur ne nomme pas de pays, on y parle de dollar et je ne pense pas que ce soit la monnaie de l’Angleterre !

Moriarty – Tome 7 : Ryôsuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty – Tome 7

Scénariste : Ryôsuke Takeuchi
Dessinateur : Hikaru Miyoshi

Édition : Kana Dark (29/05/2020)
Édition V.O : Yûkoku no Moriarty, book 7 (2018)

Résumé :
La suite des aventures des frères Moriarty, qui proposent leurs services aux pauvres qui souhaitent se venger d’injustices commises par des riches.

Critique :
Après chaque nouveau titre, je me dis que là maintenant, c’est assez, j’arrête de lire cette série, mais hélas, ma curiosité est trop forte et je suis toujours tentée d’aller voir jusqu’où va le n’importe quoi dans ce nouveau tome.

Masochisme littéraire ? Curiosité ? Collectionnite aiguë ? Sans aucun doute, un mélange des trois.

Niveau n’importe quoi, j’ai été régalée. Je n’ai rien contre le fait que des auteurs fassent des petits clins d’œil à des films ou des séries, mais là, c’est abusé grave.

J’avais déjà trouvé, dans un précédent tome, que nous n’étions plus dans le clin d’œil aux films de James Bond mais dans la copie grossière et là, on touche encore plus le fond du fond avec un nouveau personnage qui fait son entrée et qui se nomme, je vous le donne en mille : James Bond !

Et ce personnage nouveau qui intègre l’équipe de Moriarty qui n’est autre qu’une femme bien connue qui a recoupé ses cheveux et qui va nous la jouer ♫ comme un garçon ♪ Oui, Irene Adler est James Bond… On touche le fond.

Une fois de plus, les personnages n’ont pas un langage très victorien car on se retrouve avec des mots d’argots tels que « cave » (sot, niais, qu’on peut duper facilement. Provient du latin), j’ai relevé le mot « fric »… C’est victorien, ces termes ?

Je ne sais pas si c’est de la faute du traducteur qui francise les termes d’argot anglais comme on le fit dans les traductions de la Série Noire avec l’américain ou si le scénariste utilise, dans la V.O, des mots tiré de l’argot contemporain japonais… Pourtant, dans le manga, il est mentionné un conseiller pour la langue anglaise.

On revisite les meurtres de Whitechapel et si la théorie proposée pourrait tenir la route (on n’est plus à une près), c’est ensuite que ça devient un peu foutraque avec l’ancien maître des Moriarty qui va courir durant 1h (à son âge, il n’y a plus de vieillesse) dans les rues de Whitechapel, poursuivi par des policiers et le comité de vigilance, le temps que Moriarty William découvre les complotistes, l’homme étant aidé par Moran et… James Bond.

Les visages aux mentons pointus se ressemblent un peu tous et je me demande toujours comment ils arrivent à voir avec tout ces cheveux qui pendouillent devant leur yeux… Jamais décoiffés, en plus !

Là où ça devient plus fort que le Roquefort, c’est quand on voit le fabricant du fusil à air comprimé, l’aveugle Von Herder (canonique) courir sur les toits sans se casser la gueule ; un vieux soldat sur le retour qui tient le rythme de la course à pied durant 1 heure ; un Moran qui ne rate aucun coup de feu longue distance, sans lunette de visée ; un James Bond/Adler, jambe presque collée au torse pour frapper un adversaire du pied (JCVD sors de ce corps), sans échauffement (aie j’ai mal pour lui/elle)… Trop c’est trop.

Les prostituées de Whitechapel de ce manga sont toutes poupoupidou… Rien à voir avec les épaves qui circulaient en ces temps-là et proposaient leurs charmes fanés aux ouvriers, marins ou à ceux qui voulaient s’encanailler… Je ne dirais pas que le mangaka nous propose des gravures de mode mais nous n’en sommes pas loin… Une réalité de plus bafouée.

Le sommet est atteint dans une scène improbable où James Bond shoote dans une pièce de monnaie vers le bas, Moran la voir, comprend de suite où l’autre veut en venir et le voilà qui tire vers cette pièce afin que sa balle la pousse dans le canon d’une mitrailleuse Gatling afin de l’enrayer… Restons dans le réalisme ou alors, basculons franchement dans le fantastique, à la Black Butler.

Le point positif est que l’on voit très peu Holmes (jamais je n’aurais cru dire ça un jour), donc, mon énervement est resté dirigé sur la bande à Momo au lieu de se déverser sur mon détective préféré qui est une véritable tête-à-claque dans ce manga, impoli, mal élevé, sale gosse. Bref, à baffer.

J’aurais dû arrêter cette série depuis quelques tomes déjà, car à chaque fois on s’enfonce plus profondément dans le n’importe quoi qu’une botte de persil ne le ferait dans du beurre mou au soleil. À un moment donné, le persil ne pourra pas s’enfoncer au-delà tandis que dans le manga, c’est sans fond.

Si je continue, c’est un peu par masochisme, pour le plaisir de pousser des soupirs d’exaspération toutes les 3 pages et surtout, parce que maintenant que j’ai commencé, je boirai le calice jusqu’à la lie. Bon, ok, je suis surtout curieuse de voir où tout ce truc va nous emmener.

Oui, je veux toucher les abysses de profondeur du n’importe quoi. Le tome 8 fera peut-être encore pire. Chouette ! (ironie)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°275 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Dickens & Dickens – Tome 2 – Jeux de miroir : Rodolphe et Griffo

Titre : Dickens & Dickens – Tome 2 – Jeux de miroir

Scénariste : Rodolphe
Dessinateur : Griffo

Édition : Vents d’Ouest (16/08/2017)

Résumé :
Londres, 1852. C’est dans les bas-fonds de la capitale victorienne, où les mauvaises rencontres sont fréquentes, que Charles Dickens fait la connaissance de son double.

Si le premier est un écrivain respectable débattant dans les salons parfumés des beaux quartiers ; le second est une brute épaisse s’encanaillant dans les pires bouges des faubourgs.

Ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau, et pourtant ils n’ont rien en commun.

Mais en se fréquentant, les deux hommes apprennent peu à peu chacun sur eux-mêmes. L’un ne tarde pas à prendre la place de l’autre. Et inversement.

Dickens & Dickens, comme les deux faces d’une même pièce.

Critique :
Pour ce second tome, direction les bordels et les fumeries d’opium où Charles Dickens va découvrir les joies de la pipe (c’était indécent, à cette époque, la fellation) et du sexe.

Notre homme avait une vie assez monotone, niveau cul, avec son épouse… Le lit ne devait pas couiner souvent et madame n’avait jamais grimpé aux rideaux. La jouissance féminine n’était pas à l’ordre du jour.

Justement, pendant que je vous parle et que Dickens se fait turluter le membre par des langues expertes, son épouse découvre elle aussi les joies du sexe et de la petite-mort en compagnie du double de Charles (sans savoir que c’est le double).

Bon, si elle veut le même programme avec le vrai, elle risque la déception !

Si le cinéma a souvent exploité le côté « 24h (ou plus) dans le corps de… » (Freaky friday) où deux personnes échangeaient, suite à une malédiction, leurs corps (ou leurs esprits), ici, puisque nous sommes face à un double parfait, Charlie (le double) vit la vie de Charles (le vrai) et ce dernier a la sensation qu’il n’existe plus car son double est meilleur en bien des choses (hormis l’écriture).

Voir le vrai Dickens devenir une épave a quelque chose de pathétique. On entre en symbiose avec lui et on se demande comment on réagirait si un double, non content de prendre notre vie, la rendait lumineuse devant les autres, prenant une place auprès de notre épouse, nos amis, collègues de travail, que nous n’avons jamais su acquérir.

La question que l’on se pose, durant cette suite, c’est comment Charles va-t-il se débarrasser de la personnalité encombrante de Charlie ou qui des deux va supplanter l’autre ? Charles pourrait tuer son double ou son double prendre définitivement la place de Charles.

La douche glacée arrive au dénouement… Quoi ? Tout ça pour ça ? Monter un pareil scénario avec un double, entraîner les lecteurs/trices dans le Londres de Dickens, dans les maisons closes, dans les fumeries d’opium, tout ça pour en arriver là ? Un dénouement aussi simple, facile ?

Une série qui était partie sur des chapeaux de roues, innovante, bien dessinée, bien scénarisée, avec un parfum de mystère, de fantastique, d’ambiance à la Edgar Allan Poe et bardaf, l’embardée sur le final. Le truc qui tourne en eau de boudin.

Tout était super et quelques cases, quelques dialogues ont tout foutu en l’air, faisant écrouler de suite la belle cotation que je m’apprêtais à lui coller. La déception est à la hauteur du plaisir que j’avais pris à lire la première partie. La résolution a tout niqué, tiens, pour parler comme Charlie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°274 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Dickens & Dickens – Tome 1 – Destins croisés : Rodolphe et Griffo

Titre : Dickens & Dickens – Tome 1 – Destins croisés

Scénariste : Rodolphe
Dessinateur : Griffo

Édition : Vents d’Ouest (01/02/2017)

Résumé :
Londres, 1852. Charles Dickens, dont le talent d’écrivain résonne déjà dans toute l’Angleterre, a un problème.

La nuit, lorsqu’il se promène seul dans les rues en quête d’inspiration, une silhouette mystérieuse et insaisissable le suit à la trace. Alors qu’il arrive enfin à lui mettre la main dessus, il découvre que cet homme lui ressemble comme deux gouttes d’eau.

Comme une version maléfique de lui-même… Pire encore, il connait des fragments de la jeunesse de Dickens que celui-ci croyait inconnus de tous ! Qui est cet individu inquiétant et que peut-il bien lui vouloir ?

Critique :
Le oliver Twist de Charles Dickens m’était resté sur l’estomac (Titine, pas frapper), mais cette bédé consacrée à l’auteur fut une belle découverte que je dois à mes recherches pour le Mois Anglais (juin 2020).

Charles Dickens arpente les rues de Londres, la nuit, cherchant la matière à ses prochains romans.

N’escomptez pas parcourir les beaux quartiers, ne seront plus souvent mis face à la misère humaine que face à la richesse, hormis dans le domicile de l’auteur, of course.

Il y a du mystère puisque Charles Dickens est suivi par un sinistre inconnu dans ses pérégrinations nocturnes. Un inconnu qui n’hésite pas à tuer les deux espèces de détectives qu’il avait engagé pour faire la lumière sur cette filature.

Les dessins offrent des couleurs chaude d’ocres ou des tons vert kaki, gris, souvent en adéquation avec la scène qui se déroule sous nos yeux. Le coup de crayon est bien fait, les dessins sont réalistes et les décors n’ont pas été mis de côté, Londres est un personnage à part entière aussi.

Il y a comme une odeur de « la part des ténèbres » de Stephen King, dans cette bédé, sauf que ce n’est pas un tout à fait comme chez le King… Le suiveur ressemble comme deux gouttes d’eau à Charles Dickens et connait même un pan entier de sa vie alors que cette partie-là, il ne l’a jamais racontée à personne.

Mais qui est ce faux Dickens ? Un faux habillement camouflé ou lui-même qui, en tombant un jour à l’eau, s’est dédoublé, une part marchant dans la droiture et la réussite tandis que l’autre a dû marcher dans le vol, les crimes et la roublardise ?

Un habile mélange de fantastique, de bas-fonds londoniens, de Janus, le dieu aux deux visages, de dédoublement de personnalité, de doppelgänger maléfique, de vol d’identité, ce premier tome est une agréable découverte et je me suis réjouie d’avoir le second sous la main afin de connaître le fin mot de l’histoire.

Mon seul bémol sera pour la narration qui est un peu erratique au départ, comme si le scénariste avait voulu insérer un maximum de références, d’anecdotes sur Dickens, ce qui ôte du rythme au récit.

Mais c’est minime et cela permet aussi aux lecteurs/trices qui ne seraient pas familiarisé avec l’auteur à en apprendre un peu plus sur lui sans aller lire sa page Wiki.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°267 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Le club des prédateurs – Tome 2 – The party : Valérie Mangin et Steven Dupré

Titre : Le club des prédateurs – Tome 2 – The party

Scénariste : Valérie Mangin
Dessinateur : Steven Dupré

Édition : Casterman (24/05/2017)

Résumé :
Le Bogeyman, l’ogre mangeur d’enfants, travaille au service de gentlemen réunis à Londres au Club des prédateurs. Liz sait que son père dirige ce cercle très fermé.

Quant à Jack doit sauver ses amis retenus prisonniers par le Bogeyman.

Critique :
Le premier tome m’avait dégoûté, horrifié de pas la thématique abordée, celle du capitalisme dévorant, celle des riches qui bouffent les pauvres, qui les exploitent, qui en abusent et qui s’engraissent sur leur dos.

Ceux qui ont lu la bédé sauront donner tout le sens à ces phrases et comprendront que cette thématique est dure à digérer.

On reste dans le glauque et les fonds de page en noir rendent encore un peu plus l’atmosphère oppressante.

La misère humaine est toujours représentée, mais moins que dans le premier tome puisque dans ce dernier album, on clôt l’histoire et il fallait se concentrer sur le fameux club des prédateurs.

On est loin des clubs que l’on voit dans Sherlock Holmes (Diogene Club) ou le Centaur Club de Blake et Mortimer… C’est select mais une fois entré dedans, on n’en sort plus jamais…

Les dessins sont toujours harmonieux, le tout dans des couleurs sépias, beiges, sombres… Normal, nous ne sommes pas dans un pays de licornes et de Bisounours, loin de là.

Deux réclamations déposée au bureau du même nom. La première sera pour la résolution que j’ai trouvée un peu trop précipitée. Pour la première partie, nous avions 56 pages tandis que la seconde ne comporte que 46 planches, ce qui corsète l’histoire, l’empêchant de s’étoffer, de s’épanouir tout à fait puisque tout doit aller très vite.

Dommage, la résolution aurait mérité mieux. Quand c’est trop court, c’est trop court. Oui, je fais de la philosophie à deux balles.

La seconde réclamation sera pour le fait qu’on en saura pas plus sur le pourquoi du comment du Club des Prédateurs. Zéro explication sur le pourquoi ils font ça toutes les semaines. D’accord, ils sont pété de thunes, ils ont le pouvoir, personne ne viendra leur demander des comptes, mais bon, de là à manger ÇA toutes les semaines…

Nous aurions été face à un club de pédophiles, les explications n’auraient pas été nécessaires, mais un club de… Je pense que cela aurait mérité quelques explications, surtout qu’à ce rythme là, c’est vachement mauvais pour la santé, Creutzfeldt-Jakob n’est pas loin… Donc, des explications n’auraient pas été du luxe.

Par contre, j’ai adoré les personnages qui sont toujours le cul entre deux chaises, l’auteur n’ayant pas sombré dans la dichotomie des riches tous pas gentils et des pauvres tous gentils.

Jack (pauvre) doit basculer du côté obscur, se résoudre à un crève-cœur effroyable pour mettre fin au Club, le père de Liz (riche) a beau être un salopard de la pire espèce, il tient à sa fille et même le cuisinier du Club aime sa fille, handicapée mentale. Et pourtant, ce qu’ils font au Club dépasse l’entendement.

Pire, on pensait Jack en chevalier redresseur de tort, voulant venger la mort de son père, tué par le Bogeyman (croque-mitaine) mais on en apprendra un peu plus sur son père et apparemment, ça ne dérageait pas trop Jack, à cette époque là. Ça ne le dérange même pas de venir manger dans la cuisine de celui qui est chargé de préparer les plats spéciaux de ces messieurs du Club… Gloups.

Si sur le premier tome, la couverture laissait présager un prédateur (en effet, il en était un, mais pas sexuel) donnant la main à une jeune fille, on a un changement d’image sur le tome 2 avec la même fille, dans un lit, la bouche barbouillée de sang et un homme gisant au pied du lit. Prédateur sexuel ? Vampirisme ? Moi je le sais mais je ne vous le dirai pas, na !

Un diptyque glauque, sombre, noir, horrible. Une belle description de la société victorienne dans ce qu’elle avait de plus horrible (exploitation des enfants et de l’Homme par l’Homme), belle illustration du capitalisme dévorant, au sens propre et figuré.

Dommage que la fin soit un peu trop précipité, laissant en bouche un arrière-goût d’inachevé, comme si un troisième album devait suivre, mais non, la série est close.

Les lecteurs/trices auraient mérité 10 pages de plus pour étoffer ce final et donner une fin qui ne nous laisse pas sur notre faim. Un comble, vu le sujet traité.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°259 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Un mot de l’auteure, pris sur le Net : Valérie Mangin (V. M.) : Le « Club » est le résultat de pas mal d’influences. La première est celle de l’histoire de la révolution industrielle anglaise. Le cliché veut qu’elle a dévoré ses enfants au sens où le miracle économique n’a été possible qu’en sacrifiant les groupes sociaux les plus faibles : les ouvriers, les plus jeunes… J’ai voulu exploiter ce cliché au sens propre pour en montrer toute l’horreur. Bien sûr, je me place aussi dans une tradition littéraire. On ne peut pas penser un récit avec un héros enfant dans le Londres du XIXè siècle sans penser à Dickens, ni faire une histoire de cannibalisme en oubliant l’Humble proposition de Swift [Note de la Belette : pamphlet ironique où l’auteur trouve LA solution permettant de réduire la misère et la surpopulation qui touchent alors l’Irlande : se servir des nourrissons comme source d’alimentation !]. Mais j’ai aussi été influencée par tous ces contes de fée qui montrent des enfants aux prises avec des ogres qui veulent les manger. L’enfant doit vaincre les monstres pour devenir adulte mais, parfois, les monstres sont trop forts pour lui, comme mon Bogeyman

V. M. : « Oui, l’Angleterre est le berceau de la littérature gothique. Je lui devais bien cet hommage. Et puis, c’est aussi le pays dans lequel la révolution industrielle a été la plus dure et les conditions de travail les plus mortifères. À 9 ans, les enfants y travaillent déjà 9 heures par jours avec seulement 1 heure de pause pour le déjeuner. Les grandes luttes qui déboucheront sur le droit du travail et la protection sociale n’ont pas encore eu lieu. Karl Marx, qui est à Londres à ce moment-là, publiera d’ailleurs « Le Capital » deux ans plus tard. »

Le club des prédateurs – Tome 1 – The Bogeyman : Valérie Mangin et Steven Dupré

Titre : Le club des prédateurs – Tome 1 – The Bogeyman

Scénariste : Valérie Mangin
Dessinateur : Steven Dupré

Édition : Casterman (27/01/2016)

Résumé :
Londres 1865.

Tandis que dans leurs clubs les gentlemen font bonne chère, dans leurs usines les enfants des pauvres se tuent au travail.

Tout autour, le brouillard dissimule mal les monstres et les criminels. Jack, un petit ramoneur insoumis, voudrait combattre tous ces prédateurs, et en particulier l’effrayant Bogeyman (croque-mitaine), le meurtrier de son père.

Le hasard va le rapprocher d’une très jeune héritière, Liz, qui pourrait changer sa vie.

Mais des rues mal famées jusqu’au Club le plus select, leur innocence va laisser place à la pure terreur.

Critique :
Une fois de plus, sans le Mois Anglais, jamais je n’aurais sélectionné cette bédé, je ne la connaissais même pas avant (merci le Net).

Sans lire le résumé, je me suis plongée dedans, appréciant directement les dessins, fourmillant de détails, notamment entre les pauvres et les bourgeois.

Tout le monde assiste à la pendaison d’une gamine qui a assassiné le poissonnier qui l’avait surprise en train de voler des déchets pour les manger.

La bonne société palabre sur les pauvres, sur leur intelligence à peine plus haute que celle d’animaux ou d’indigènes de la Nouvelle-Calédonie, sans même être choqué que pour survivre, certains doivent bouffer des déchets. Eux se bâfrent de sandwich pendant la pendaison, alors que les autres crèvent la dalle sous leurs yeux.

La conscience tranquille parce qu’ils visitent les pauvres, en tant que lecteur/trice, on ne peut que s’indigner de la pensée de ses personnages imbus d’eux-même et de leur pouvoir. Et puis, les enfants que ces femmes pauvres pondent, ça fait de la main-d’oeuvre bon marché pour la filature du mari de mâdâme.

Il y a bon nombre de bédés qui m’ont fait des effets monstres, notamment en terme d’humour, de scénario, de profondeur, de dessins… J’ai déjà lu des bédés noires, mais là, j’ai rarement été dans de l’aussi glauque, de l’aussi dérangeant, à tel point que je n’avais plus très faim à la fin de ma lecture.

Si on voulait choquer, c’est réussi !

Le scénario est travaillé, les décors encore plus et les différents personnages nous entraîneront dans deux divers univers aux antipodes l’un de l’autre : une famille pauvre qui crève de faim, une famille riche qui ne manque de rien. Le travail des gosses dans les filatures face à l’oisiveté d’une épouse qui ne désire qu’une chose, que sa fille Elizabeth fasse plus tard un beau mariage.

Les paroles prononcées par les bourgeois font mal au bide, mais elles ne sont que le reflets des pensées de l’époque, faudra les avaler, les digérer (si c’est possible) et ne pas les oublier car même de nos jours, j’entends encore des conneries aussi énormes que celles présentes dans l’album.

Les personnages de Jack, jeune voleur déguisé en ramoneur et d’Elizabeth, la jeune fille riche, sont sympathiques car notre demoiselle, bien qu’ayant une cuillère en or dans la bouche, a un coeur et pense à la charité chrétienne, la vraie, celle qui ne rejette personne, celle qui accepte tout le monde, surtout le plus faible qu’elle doit protéger.

On sent qu’il y un truc pas net avec le fameux Bogeyman, ce croque-mitaine qui fait peur à tous les gosses mais sincèrement, je ne m’attendais pas à une telle révélation en fin d’album. Sciée j’ai été, dégoûtée aussi. Jack The Ripper peut aller se rhabiller car la scène tout aussi terrible que celle présente dans le manga Black Butler, quand Ciel est enlevé (mais différente)…

Là, c’est ce qui s’appelle un tacle. Je vais laisser passer quelques jours et ensuite, je lirai le tome 2 pour voir si quelqu’un va mettre fin aux agissements du Bogeyman et de ces riches bourgeois qui se croient au-dessus des lois et de l’Humanité.

Une bédé sombre, très noire, qui, cyniquement, nous portraitiste l’Angleterre victorienne dans ce qu’elle a de plus honteux : l’exploitation des pauvres, l’exploitation de l’Homme par l’Homme, le capitalisme dévorant, la misère humaine, les pendaisons publiques, les esprits étriqués de ceux qui avaient de l’argent et la débauche de ces costumes cravates bourrés de fric mais sans aucun état d’âme, conscience…

Une bédé qui me reste sur l’estomac, même si elle est très bien faite. Ceux qui l’ont lue sauront pourquoi…

PS : à noter que la couverture donne déjà le ton avec une jeune gamine qui donne la main à un homme adulte portant un masque de loup. Sachant que dans les contes pour enfants, le loup représente le prédateur sexuel (pauvre animal), on se doutait que si la référence n’était pas pédophile, elle impliquerait sans aucun doute un autre truc pas net.

— Elizabeth, elle est gentille même si elle ne croit pas au Bogeyman…
— Ça ! Personne n’y croit ! Mais c’est bien cette ordure qui a tué mon père ! Si seulement on pouvait attirer les bobbies dans sa tanière ! Mais le quartiers est trop pauvre pour eux : ils risqueraient de se salir !
— Ils finiront bien par le trouver Jack : tous les méchants sont punis un jour ou l’autre.
— Tu parles ! Ce qui arrive au peuple tout le monde s’en fiche. Il n’y a pas de justice pour nous! La justice c’est seulement pour les bourgeois !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°258 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Les Bas-Fonds de Londres – Crimes et prostitution sous le règne de Victoria : Kellow Chesney

Titre : Les Bas-Fonds de Londres – Crimes et prostitution sous le règne de Victoria

Auteur : Kellow Chesney
Édition : Tallandier Texto (2007)
Édition Originale : The Victorian underworld (2007)
Traduction : René Brest

Résumé :
Sous la respectable surface de la société victorienne grouillait un monde obscur et turbulent : la jungle urbaine des bas-fonds, univers sans égouts, sans police, sans frein, sans école.

S’appuyant sur une impressionnante documentation, Kellow Chesney fait revivre le Londres du XIXe siècle, ou plutôt l’envers du décor, des ruelles ténébreuses de Whitechapel, où sévit Jack l’Eventreur, aux misérables trottoirs de l’East End, arpentés par Oliver Twist.

Prostituées et truands de tout poil se côtoient dans ce tableau passionnant d’une véritable antisociété, qui explore les techniques des pickpockets, les structures de la pègre, l’économie des paris et des combats d’animaux, les chasses incessantes et souvent infructueuses de la police.

Partagé entre l’horreur et l’humour – deux spécialités britanniques -, le lecteur y découvrira un chapitre haut en couleur de l’histoire du crime, de la violence et du stupre.

Critique :
Depuis le temps que je me jurais de le sortir de ma PAL pour le Mois Anglais… Et bien maintenant, c’est fait !

Lorsque vous ouvrirez ce livre, mettez bien de côté votre bourse et vos beaux mouchoirs, évitez les arnaqueurs, les bonimenteurs et autre graine de voyou.

Ici, point de beau monde, sauf ceux qui se sont fait détrousser. Non, dans ces pages, vous côtoierez des mendiants, des voleurs, des receleurs, la pègre dans son ensemble, des pickpocket, des détrousseurs, des prostituées, bref, du gibier de potence.

Gardez-vous bien de sombrer dans un hospice ou un orphelinat, ne traînez pas dans les ruelles sombres et pensez à vous munir d’oxygène car la ville de Londres est polluée au possible.

Si le soleil ne se couche jamais sur l’empire anglais, par contre, le soleil ne se lève pas sur tous ses sujets et certains resteront toute leur misérable vie dans la sombritude (puisqu’on l’a inventé, autant l’utiliser). La pauvreté qui règne dans ces taudis est de la pauvreté crasse et les enfants, sans instruction, sont utilisés très tôt pour des sales besognes.

L’Angleterre est peut-être un empire à son apogée, mais ses bas-fonds aussi le sont. Et quand bien même le vénérable Empire essaierait de cacher sa propre crasse sous les tapis, celle-ci est bien présente et tente de survivre vaille que vaille.

Divisé en plusieurs parties selon les métiers de ceux d’en bas qu’il explore et détaille, ce roman foisonnant de détails sur la vie à l’époque victorienne ne doit pas se lire d’une seule traite, mais par petits morceaux, afin de mieux le digérer, si c’est possible de digérer pareille lecture.

Agrémenté de petites anecdotes qui rendent la profusion de détails et d’explications plus facile à lire, ce roman d’enquête très poussé risque d’en rebuter plus d’un par son ton assez monotone, assez froid.

Pour ma part, je m’attendais à lire un passage sur les crimes de 1888 mais que dalle, pas une ligne ! Pourtant, ils sont importants et ils ont mis à jour ce que bien des braves gens ne voulaient pas voir.

Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Il pleut sur Managua : Sergio Ramirez

Titre : Il pleut sur Managua

Auteur : Sergio Ramirez
Édition : Métailié (2011)
Édition Originale : El cielo llora por mí (2009)
Traduction : Roland Faye

Résumé :
Entre deux orages, Managua est traversée par des processions religieuses délirantes, des manifs de toubibs, des embouteillages monstres, au milieu des ruines du tremblement de terre de 1972, des bidonvilles et des quartiers chics.

La guérilla est loin désormais, on inaugure en grande pompe des stations-services rutilantes et les évangélistes vendent du savon miracle.

Les anciens guérilleros sont devenus flics, bandits, notables, employés, les trahisons vont bon train, et les narcos courent toujours.

Ce jour-là la Vierge de Fatima entre dans la ville, au son d’un orchestre de chicheros, escortée par les officiers de la police nicaraguayenne.

L’inspecteur Morales regarde la scène de son bureau de la plaza del Sol. Il est chargé d’enquêter sur un yacht abandonné à Laguna de Perlas, sans doute une histoire de narcos, et pas des moindres.

Flanqué d’un lieutenant cynique et d’une ex-guérillera coriace devenue femme de ménage, il traque les coupables avec sa Lada bleue et son P38 sur fond de chaos social et politique.

Ce polar féroce nous plonge dans une société désabusée qui ne sait plus à quel saint se vouer ; l’auteur multiplie les personnages hauts en couleur et les histoires troubles en maniant avec talent l’humour vache et la satire sociale.

Critique :
Le Nicaragua n’avait pas encore été tamponné sur mon passeport de lectrice endiablée et un Mois Espagnol & Sud Américain (chez ma copinaute Sharon) est une excellente occasion pour voyager confiné !

Nous sommes face à un polar, noir, bien entendu, il ne saurait en être autrement dans un pays qui a connu la guérilla et où les anciens guérilleros sont devenus flics, ou bandits, ou bien notables, employés aussi ou femme de ménage.

On se recycle où on peut, on garde son surnom de guerre et il n’est pas facile quand deux personnages se sont connus dans la guérilla et sont maintenant chacun à l’opposé l’un de l’autre (un flic et un voyou en col blanc).

L’inspecteur Morales est un ancien guérillero rattaché à la brigade des stups, souvent en contact avec les agents de la DEA et l’auteur nous fait bien comprendre que les gringos ne sont pas vus avec des yeux de velours car les Américains étant des gros consommateurs de drogues, leur pays est une plaque tournante pour tous ces produits qui se sniffent, s’injectent, se fument…

L’inspecteur Morales, c’est la nonchalance d’un Derrick avec la libido de Siffredi, sans les éclairs de clairvoyance d’un Columbo ! Ok, je force un peu le trait, mais il a des maîtresses et n’hésite pas à se farcir un témoin, mère de la victime et à draguer une infirmière peu après.

Et on ne peut pas dire que Morales courre partout comme un Jack Bauer, surtout qu’il a une patte folle. Ni qu’il a une équipe de flic de choc pour l’aider puisqu’il va se faire aider par Dona Sofia, la femme de ménage du commissariat (ancienne de la guérilla aussi) et Fanny, sa maîtresse… C’est vous dire comment ça bosse à Managua !

Durant l’enquête, l’auteur va nous brosser un portrait du Nicaragua, de la ville de Managua, de ses blessures, ses fêlures due aux guérillas et au tremblement de terre, de la corruption, le tout entrecoupé des vannes de nos deux flics, Morales et Lord Dixon, son pote policier qui enquêtera à ses côtés.

C’est une plume cynique que l’auteur utilise pour nous parler de son pays, de ces habitants, de ces mœurs, des paysages, des bidonvilles, des maisons huppées, des cartels de drogue, des flics corrompus, dans les hautes sphères. Une satire sociale assez grinçante où il vaut mieux éviter de se perdre dans tous les personnages aux multiples noms et surnoms.

À un moment donné, le récit semble s’enliser dans un banc de sable et là, j’ai ramé un peu pour continuer l’histoire qui, juste après, est repartie de plus belle.

Un roman noir à découvrir pour en savoir un peu plus sur un pays à genou, sur une révolution – caramba – encore ratée, sur une société fracturée entre pauvres et riches, pour découvrir un roman sociétal, sans fard ni mascara pour couvrir cette misère que d’autres ne voudraient pas voir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°223 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 09].

 

 

Tout pour la patrie : Martín Caparrós

Titre : Tout pour la patrie

Auteur : Martín Caparrós
Édition : Buchet/Chastel Littérature étrangère (06/02/2020)
Édition Originale : Todo por la patria (2018)
Traduction : Aline Valesco

Résumé :
Buenos Aires, 1933. L’Argentine est ravagée par la crise, et seul le football semble capable d’enthousiasmer une population à genoux.

Soudain, le pays tout entier retient son souffle : Bernabé Ferreyra, la star du ballon de l’époque, a disparu. Andrés Rivarola, dit Petit, un travailleur à la petite semaine – accessoirement ami du dealer de Ferreyra –, se lance à sa poursuite.

Mais un assassinat dans un quartier du nord de la ville menace de faire basculer l’affaire en scandale national…

Critique :
L’Argentine des années 30… Il y a une fascination pour le régime d’Hitler dans ce gouvernement qui est très à droite, ainsi qu’une passion pour le foot qui semble déjà puer la corruption à plein nez.

Rivarola, le personnage principal, est un être désabusé, un peu cynique, chômeur, copain avec un petit dealer qui voudrait bien qu’il l’aide à retrouver le joueur de foot Bernabé Ferreyra qui a disparu alors qu’il lui doit de l’argent.

Son enquête ne se passera pas comme prévu et un meurtre plus tard, Rivarola va se transformer en enquêteur. Pas par amour de l’énigme, juste parce qu’il voit là une manière de s’en sortir financièrement.

Nous sommes dans un pays corrompu jusqu’à la moelle, alors, un de plus ou un de moins…

J’ai aimé le portrait au vitriol d’une société et d’un pays vérolé par la corruption qui touche même le foot où les dirigeants des clubs se font des couilles en or avec l’argent que les pauvres gens dépensent pour venir voir des matchs et penser à autre chose qu’à leur misère.

Mais… Ben oui, il est là… Si au départ j’ai souri devant ces portraits d’hommes flemmards, désabusés (Rivarola et le Moineau) à un moment donné, le roman et moi sommes partis dans des directions différentes et jamais plus jamais nous ne nous sommes rejoints.

Est-ce que cela a tenu dans la manière d’écrire les dialogues ? Aux personnages dans lesquels je ne me suis jamais trouvée ? Manquait-il quelque chose au récit pour lui donner le goût de reviens-y ?

Sans doute un peu de tout cela car à un moment donné, j’ai décroché et c’est de manière lointaine que j’ai suivi le fil de l’enquête, n’arrivant même pas à m’indigner du final qui illustrait pourtant bien l’imbécillité et le fanatisme fait homme.

Au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°221 (B??) et Le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 06].