J’ai été Johnny Thunders : Carlos Zanon

Titre : J’ai été Johnny Thunders

Auteur : Carlos Zanon
Édition : Asphalte (03/03/2016)

Résumé :
Barcelone, de nos jours. Ancien guitariste de rock, Francis revient dans le quartier où il a grandi, où il a noué ses premières amitiés et surtout où il a découvert le rock. Sauf qu’il a désormais la cinquantaine bien tassée et, sans le sou, il doit retourner vivre chez son père.

Francis a brûlé la chandelle par les deux bouts, avec pour seul principe de profiter de la vie, jusqu’à perdre plusieurs de ses proches dans la spirale de la toxicomanie.

Mais Francis a un plan en tête. Retrouver une vie normale, trouver un job qui va lui permettre de payer ses pensions alimentaires en retard, renouer avec ses enfants, rester à l’écart de la drogue – qu’il a arrêtée depuis peu -, mettre un peu de fric de côté…

Et aussi revoir sa petite soeur adoptive, afin qu’elle l’aide à se remettre en selle. Mais celle-ci fréquente un certain don Damiàn, le parrain du quartier, qui a la main sur tous les trafics…

Le retour à la réalité se révélera compliqué pour Francis, aux prises avec les démons de son passé, mais aussi avec la nostalgie d’une vie faite de musique, de passion, de sueur et d’excès.

Critique :
« Si à 50 ans t’as pas encore percé dans le rock, alors, t’as raté ta vie ! » Cette citation s’appliquerait à merveille à Francis, plus connu sous le nom de Mr Frankie, à l’époque où il était guitariste.

Enfin, niveau heure de gloire, à part avoir fait un concert avec Johnny Thunders à l’époque où il avait tout d’une loque imbibée d’alcool et de drogue et tenait à peine sur ses quilles.

Johnny Thunders ?? C’est bien beau tout ça, mais c’est qui, lui ? Wiki m’apprend qu’il a fait partie du groupe  The New York Dolls, qu’il quitta en 1975 en compagnie du batteur Jerry Nolan, pour fonder le groupe The Heartbreakers. Heu…

Heureusement que You Tube m’a rafraîchit la mémoire avec « Born to lose » que je connaissais, effectivement.

Frankie est un looser de première classe ! « Born to lose » pourrait s’appliquer parfaitement à lui. Il a 50 balais, est de retour chez son père, petit pensionné qui ne s’en sort déjà pas et traine un passé peu glorieux.

Frankie est un ancien junkie, un alcoolo, un type qu’a pas fait grand-chose de sa vie, même avec sa guitare, qui est divorcé avec deux fils qu’il n’a même pas vu grandir et une pension alimentaire qu’il est incapable de payer.

La Barcelone décrite dans ses pages n’a rien pour faire rêver ! Ses quartiers populaires sont hantés par des types louches, des dealers, des voleurs, des gangs, ou par des gens qui sont obligé de faire les poubelles des supermarchés pour bouffer.

Avec un roman noir qui a reçu le prix Dashiell Hammet entre les mains, où tous les ingrédients d’un petit noir corsé étaient réunis (bandits, voleurs, quartiers malfamés, bars louches, boites de nuit encore plus louches, magouilles et compagnies, nenettes super bien roulées, came, individus peu fréquentables, sexe, cocus, amants, drogues, pédophilie, musique et riff d’enfer, pauvreté, misère,…) assurément, la lecture ne pouvait qu’être bonne.

Elle le fut, assurément, au début, et puis, vers le milieu, j’ai décroché sévère, passant des lignes, des paragraphes, des pages., les personnages pourtant bien typés me laissant indifférente à leurs aventures merdiques, à leurs combines et même l’égoïsme crasse de Francis m’a laissée de marbre à ce moment là.

Sur la fin, là j’ai repris du poil de la bête et tout est repartit comme sur un bon rock endiablé.

Malgré tout, vu ce long passage qui m’a endormi pire qu’un reportage sur la vie sexuelle des escargots de Bourgogne, ma lecture qui s’annonçait palpitante et corsée me laisse un goût amer en bouche.

Je m’attendais à mieux comme roman noir social, ou alors, lui et moi on n’était pas fait pour se rencontrer et jouer ce morceau ensemble…

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017) – Auteur Espagnol.

Là où naissent les ombres : Colin Winnette

Titre : Là où naissent les ombres

Auteur : Colin Winnette
Édition : Denoël (22/04/2016)

Résumé :
Plongez dans l’essence même de l’Amérique profonde et violente, celle des âmes perdues.Brooke et Sugar se disent frères et sont chasseurs de primes.

Partout où ils passent, ils sèment effroi et désolation. Contraints de quitter la ville après une tuerie particulièrement violente, ils se réfugient dans les bois.

Un matin, à leur réveil, ils trouvent à leurs côtés un mystérieux garçon amnésique. Ils l’appellent Bird et en font leur mascotte. Lors d’une expédition punitive dans un village, les deux frères sont capturés par la police locale et mis en prison.

Brooke parvient à s’enfuir, mais Sugar, sorte de bête humaine, sale et effrayante, reste derrière les barreaux.Là où naissent les ombres est un western acide et désespéré auquel seuls une veuve, un orphelin et un nourrisson apportent une touche d’humanité.

Critique :
Nombreux étaient ceux qui en disaient du bien, de ce roman qui révolutionnait le western… Sur Babelio ou sur les blogs des potes ! J’avais donc fortement envie de me frotter à ce roman que l’on déconseillait aux âmes sensibles car c’était un roman à l’aura très noire.

N’étant pas une personne sensible de ce point de vue là, adorant les romans à l’aura sombre, je me suis engagée dans l’histoire avec un sourire affiché sur ma figure.

Waw, deux chasseurs de primes qui allaient passer de chasseurs à proies ! Un western d’une noirceur absolue qui devait me prendre aux tripes dès les premières pages…

Je n’attendais que ça, moi ! J’aurais bien hurlé « Oh oui, vas-y, prends-moi par les tripes, grand fou ! » tant j’avais envie de me faire tripoter la bidoche par ce western que l’on disait sombre et noir avec des sombres héros…

Ben j’ai vite déchanté ! Non pas que mon cœur se soit révélé soudainement sensible ou qu’un sort ait fait de moi une fleur bleue…

Que nenni ! Mais je n’ai pas réussi à entre dans ce roman, les dialogues m’ont fait soupirer d’ennui, les personnages aussi (j’aimais mieux les frères Sisters) et les situations m’ont fait bailler à m’en décrocher la mâchoire.

Bref, j’ai abandonné le récit vers la  page 60 tant j’en avais ma claque et malgré les sauts de lignes ou de page, je n’ai jamais réussi à trouver un intérêt pour le récit.

Certes, les personnages ne sont aucunement attachants, mais ce n’est pas ça qui me rebute, loin de là. Ils étaient bourrés de secrets, ce n’en était que mieux… Une écriture froide n’est pas toujours un signe qu’elle va me déplaire…

Faut croire qu’ici, ça l’était dans ce roman-ci où je n’ai accroché à rien et où tout m’a ennuyé.

Ça m’arrive rarement, mais de temps en temps, sur certaines lectures, je coince… Et ça me fait râler !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Le bon fils : Steve Weddle

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Titre : Le bon fils

Auteur : Steve Weddle
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
À vingt-six ans, Roy Allison retrouve la liberté après dix années de prison. De retour chez lui, il a la ferme intention de devenir un type bien. Pas question de replonger.

Mais dans cette région à la frontière de l’Arkansas et de la Louisiane, la crise économique a fait des ravages, la guerre a brisé des familles et le monde qu’il retrouve part à la dérive.

Alors, à quoi sert de redevenir un bon fils dans ce pays en ruines où seul le crime vous donne encore l’impression d’être en vie ?

Mise en page 1Critique :
Le résumé du livre m’avait attiré irrémédiablement… et puis, c’était un Gallmeister et jusqu’à présent,  je n’avais jamais été déçue par un Gallmeister. Oh, il y en a eu qui m’ont moins plu que d’autres, mais déçue, « moi jamais ! ».

Je vous présente donc le patient zéro… Celui qui est le premier à me décevoir grandement, alors que je misais beaucoup sur lui.

Première surprise, ce n’est pas un roman, mais un recueil de nouvelles qui se croisent, un roman choral, un peu à la manière de « Chienne de vie » de Franck Bill ou de « Les loups à leur porte » de Jeremy Fel.

Alors que j’avais eu un coup de cœur pour ces deux précités et trouvé leur construction super bien foutue, et bien ici, je l’ai trouvée brouillonne.

Composé de 18 histoires qui se croisent et s’entremêlent, ce roman choral qui avait tout d’un grand, est assez difficile à appréhender. Pourtant, j’y étais entrée avec un sourire béat car la première histoire m’avait plu.

Et puis, j’ai pas capté le comment du pourquoi de la seconde, et ensuite,  j’ai perdu pied, je me suis perdue et j’ai balancé le roman avant la fin… Oui, je l’ai abandonné !

Râlant car il avait vraiment tout pour me plaire, d’ailleurs, voyez le menu : des personnages bien typés; des points de vue différents qui restituent bien la triste réalité de l’Arkansas (la patrie de Bill Clinton); un côté rural prononcé; des personnages durement touchés par la crise économique et qui font face, comme ils peuvent, au chômage et à tout son cortège de misères; de la violence qui vire au drame sordide; sans oublier des braquages, des cambriolages et des trafics de drogue en tout genre.

Un roman noir, un « rural noir » avec sa population qui s’enfonce dans la désillusion puisqu’ils n’ont aucun perspective d’avenir agréable. Et s’ils en avaient un peu, le guerre en Irak leur a pris des fils qui s’étaient engagés.

Le personnage pivot de ce roman choral est Roy Allison. La vie n’est pas rose non plus pour lui car le choupinet a tué ses parents lors d’un accident de la route alors qu’il avait consommé de la drogue.

Son passé est comme un cancer qui ne veut pas le lâcher. Difficile de trouver un job quand on lance à la gueule que vous êtes responsable de la mort de vos parents.

Alors comment cela se fesse-t-il qu’avec d’aussi bons ingrédients et une bonne mise en scène des 18 chapitres, on arrive à un désastre pareil dans mon ressenti de lecture et un abandon sur l’autoroute de la lecture ?

La narration confuse, tout simplement ! J’ai eu de la peine à trouver mon chemin dans ces 18 chapitres, eu du mal à trouver la sortie du labyrinthe de l’intrigue.

Et plus j’avançais dans ma lecture, et plus ma confusion augmentait à chaque fois que je tournais un page, rendant ma lecture tellement laborieuse que j’ai baissé les bras et écouté la petite voix dans ma tête qui m’incitait à abandonner purement et simplement ma lecture.

Dommage, il y avait de la qualité dans l’écriture, de la profondeur dans certaines histoires, des personnages et des paragraphes qui reflétaient bien le marasme économique de l’Arkansas mais le tout était mal cuisiné et le plat final est un roman choral qui m’a déçu.

Fallait bien que ça arrive un jour, mais cela ne m’empêchera pas de continuer de lire ou de me jeter sur les romans publiés chez Gallmeister, et ce, quelque soit la collection.

Étoile 2

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Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook et le Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

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Un flair infaillible pour le crime : Ann Granger

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Titre : Un flair infaillible pour le crime

Auteur : Ann Granger
Édition : 10-18 (2015)

Résumé :
Quand Thomas Tapley, un des voisins de Benjamin Ross, est retrouvé mort dans son salon, l’inspecteur de Scotland Yard se rue sur la scène de crime. Tapley est revenu récemment de l’étranger et peu de choses sont connues à son sujet.

Quand son cousin, Jonathan Tapley, conseiller de la Reine, se présente, la vérité au sujet de son passé tragique remonte doucement à la surface. Benjamin et Lizzie découvrent que plus d’une personne pourrait tirer bénéfices de sa mort.

lizzie-martin-tome-4-un-flair-infaillible-pour-le-crime-676237-250-400Critique :
Lire les enquêtes de Lizzie Martin et de son policier de mari Ben Ross est toujours un plaisir, même si ce couple anglais a des airs de famille avec celui formé par Charlotte et Thomas Pitt !

Ici, nous sommes plus tôt dans la ligne du temps et à 20 ans des méfaits de Jack The Ripper, mais Londres est toujours Londres et elle est régulièrement sous smog, fog ou odeurs horribles flottant au-dessus de la Tamise.

Niveau ambiance, on est dans le top ! Manque plus que les odeurs, tiens, et ce serait plus que parfait. Enfin non, épargnez-nous les romans victoriens en odorama…

Thomas Tapley, voisin du couple Ross est un petit homme insignifiant qui fait sa petite ballade tous les matins. Il vit chichement, pourtant, sa quakeresse de logeuse n’a jamais eu à se plaindre d’un loyer en retard ou d’une demande de prêt d’argent.

Mais alors, pourquoi a-t-on tué cet homme insignifiant ? On ne lui a rien volé ! Il n’avait pas d’objets de valeur, en plus… Mystère et boule de gomme ! C’est à notre inspecteur Ben Ross d’enquêter, avec l’aide de sa femme, pour le plus grand énervement du Superintendant Dunn.

Ce 4ème opus est excellent ! J’ai aimé les ambiances, les dialogues, les petites choses apprises sur la ville de Londres, ses habitants, les mœurs et les places de chacun dans la société, le scandale ne devant pas éclabousser les gens importants, très chèèère.

La narration alternée entre Lizzie et son mari donne plus de peps au roman, puisque nous suivons chacun des deux personnages principaux aux travers de leurs pérégrinations, de leur enquêtes, de leur petite vie.

Bien souvent, quand on change de narrateur, l’auteur revient un court moment en arrière pour présenter ce que l’autre a fait pendant le premier vaquait à ses occupations, ce qui fait qu’on ratisse assez large et nous donne une lecture agréable, légère, une petite douceur pour l’heure du thé, dans ce monde de brute.

Si on pourrait avoir quelques soupçons sur l’identité du meurtrier, l’auteur s’amuse ensuite à brouiller les cartes et à rajouter du mystère dans le mystère, afin de nous tenir en haleine jusqu’au dernier moment.

Les personnages principaux sont travaillés, ils évoluent, les différents protagonistes concerné par l’enquête aussi, mais j’aurais aimé qu’on développe aussi un peu plus les autres policiers ou le chef de l’inspecteur Ross. Leur portrait est trop vite esquissé et j’aimerais en savoir plus sur eux.

Un roman policier historique qui se dévore en une journée, une enquête plaisante à suivre, des pistes que l’on se plait à explorer, des personnages attachants, du mystère, de la condition sociale, des secrets bien cachés que l’on se plait à déterrer…

Oui, j’ai vraiment pris mon pied avec ce 4ème opus ! Un peu de légèreté après une lecture sombre (Un cœur sombre de Ellory) et une autre qui le sera aussi.

Lire un roman de Ann Granger, c’est se plonger dans l’Angleterre victorienne. On le savoure avec a cup of tea, des scones, du cake, des muffins, des crumpets…

PS : et là se pose le problème de la cotation soulevé par Yvan : c’était super, mais bon, ce n’est pas un chef-d’œuvre littéraire non plus, donc, pas de 4 étoiles, mais un 3,5 étoiles avec un coup de cœur ! ♥♥♥♥

PS 2 : Dionysos, je vais faire gaver ce qu’on a parlé l’autre jour…

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon; « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), le Challenge British Mysteries chez My Lou Book, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Victorien » chez Camille et le RAT a Week, le marathon de l’épouvante Édition 2016 chez Chroniques Littéraires.

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Le peuple de l’abîme (Le peuple d’en bas) : Jack London

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Titre : Le peuple de l’abîme

Auteur : Jack London
Édition : 10-18 (1984) / Phébus Libretto (1999)
Édition Originale : The People of the Abyss (1903)

Résumé :
1902. London, déguisé en clochard, se perd pendant trois mois dans les bas-fonds de Londres, et en rapporte ce témoignage terrifiant.

Loin des avenues de l’aventure, mais au plus près des réalités d’un siècle qui, décidément, commençait sous de bien sinistres couleurs.

456Critique (Par Ida et pas par moi !) :
Mon intérêt quelque peu pervers pour le fameux Jack l’éventreur m’a conduite il y a quelques temps à visionner un reportage lui étant consacré ou était évoqué un livre de Jack London, « le peuple de l’abîme » pour nous parler de la vie misérables des londoniens de l’Eastend dont Whitechapel n’était qu’un quartier…

Jack London… L’auteur de Croc-Blanc et de l’Appel de la forêt qui a quelque peu ennuyé voir traumatisé quelques milliards de collégiens tenus de travailler dessus à grands coup de fiches de lecture, de contrôles etc…

Il faut dire qu’en France, la découverte de la littérature étant indissociablement associée à un devoir de productions scolaires et de contrôles de connaissance, dégoûte facilement les élèves les moins brillants des livres à jamais, associant dans leurs têtes à jamais la lecture à une pression inquisitoriale…

C’est donc sans grand enthousiasme que je me suis procuré cet ouvrage, mue par ma seule curiosité de ripperologue amatrice…

La librairie virtuelle associée au compte de ma liseuse ne me laissait aucune excuse puisque « le peuple de l’abîme » étant assez ancien pour être libre de droits, il était disponible gratuitement si je voulais bien me passer des versions à un ou deux euros assorties de préfaces que personne ne lit jamais.

J’ai donc redécouvert Jack London, écrivain, romancier et surtout, explorateur de l’âme humaine lorsqu’elle se confronte aux conditions les plus extrêmes de l’existence.

Car en effet, la confrontation de l’homme à la dureté des éléments n’est-il pas son thème de prédilection si on essaie de se remémorer ses vieux souvenir de collégienne de l’Appel de la forêt ou de Croc-Blanc ?

Ce livre est le fruit d’une immersion de l’auteur, parti vivre incognito dans l’East End, malgré la réprobation de ses proches, voire des londoniens des beaux quartiers eux-mêmes, partageant l’existence des plus démunis qui peuplent cette région mystérieuse de Londres.

Une région si mystérieuse que le bureau londonien de l’agence de voyage Thomas Cook (elle existait déjà à l’époque !), était prêt à lui vendre et à lui préparer un circuit dans les terres les plus reculées de l’Afrique…

Mais incapable de l’aider à préparer son expédition dans la partie de la même ville devenue terra incognita pour les gens comme il faut.

Un style étonnamment moderne, vivant, qui se lit avec facilité et avec plaisir… Un texte qui n’est pas un roman mais une sorte de carnet de voyage, ou de reportage anthropologique immersif, un vadémécum de tranches de vies où London nous présente avec une authenticité rare, les unes après les autres ses rencontres avec quelques figures de l’East End qui lui confient leurs histoires.

Des histoires où affleurent la désespérance la plus noire, la misère la plus crasse, où chacun n’a pour but que d’assurer sa survie quotidienne souvent improbable, dans un univers pollué, surpeuplé, et où la malnutrition sape jour après jour vos possibilité de pouvoir continuer à travailler…

Un récit sur le dépotoir d’une cité dont la prospérité triomphante s’appuie sur l’exploitation des plus faibles qui a leur tour s’exploitent les uns les autres…

Un East End où s’entassent les anglais des campagnes et étrangers attirés par la ville-monde… et où leur progéniture dégénère affaiblie faute de nourriture suffisante, de soins, ou d’éducation… Les files devant les hospices… Les asiles de nuit où l’on dort debout en s’appuyant les uns sur les autres…

Un monde où l’homme perd peu à peu son humanité, traité par ses semblables comme une bête de somme bonne pour la boucherie, l’équarissage ou l’usine de colle, dès qu’elle faiblit.

Nous sommes loin de la cheminée du 221b Baker Street et des scones de Mrs Hudson… Loin des salons fréquentés par les héros d’Ann Granger, d’Anne Perry ou des intrigues amoureuses en dentelles de Jane Austin…

Dickens, le premier avait déjà évoqué le destin des miséreux de Londres quelques décennies plus tôt…

Mais choisissant le roman pour le faire, il laissait à son lecteur le choix de mettre l’horreur à distance, en réduisant cette misère à une fiction, et en maintenant le voile pudique du refoulement sur les oubliés du triomphe d’un Empire pourtant construit avec leur sueur. Jack London ne nous laisse pas cette possibilité.

Ce livre date de 1902. Il n’est donc plus « victorien » à une ou deux années près… Mais il on ne peut pas croire que le destin des plus pauvres ait tant évolué en quelques années…

Un chef d’œuvre.

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Là où les lumières se perdent : David Joy

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Titre : Là où les lumières se perdent

Auteur : David Joy
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :
L’histoire sombre, déchirante et sauvage d’un jeune homme en quête de rédemption.

Caroline du Nord. Dans cette région perdue des Appalaches, McNeely est un nom qui fait peur, un nom qui fait baisser les yeux. Plus qu’un nom, c’est presque une malédiction pour Jacob, dix-huit ans, fils de Charly McNeely, baron de la drogue local, narcissique, violent et impitoyable.

Amoureux de son amie d’enfance, Maggie Jenkins, Jacob préfère garder ses distances. Il est le dauphin, il doit se faire craindre et respecter, régler les affaires de son père de la façon la plus expéditive qui soit.

Après un passage à tabac qui tourne mal, Jacob se trouve confronté à un dilemme : doit-il prendre ses responsabilités et payer pour ses actes ou bien suivre la voie paternelle ?

Alors que le filet judiciaire se resserre autour de lui, Jacob a encore l’espoir de sauver son âme pour mener une vie normale avec Maggie. Mais cela ne pourra se faire sans qu’il affronte son père, bien décidé à le retenir près de lui.

where-all-light-tends-to-goCritique :
« Au loin, là où regardait l’Indien, le soleil se couchait sur l’éternité. Et c’était cette promesse d’éternité qui pouvait pousser un homme à faire le grand saut. »

Appalaches, du côté de la Caroline du Nord, dans un trou perdu, non loin d’une ville…

Jacob McNeely, 18 ans, est le fils Charly McNeely, baron local de la drogue bleue, la cristal meth.

Son avenir à lui est déjà  tout tracé, pas de boite privée, pas de science po, pas de ENA, pas de H.E.C…

Et dans le pire des cas, s’il ne travaille pas pour la boîte de papa, c’est dans la gueule qu’il s’en prendra.

Oui, l’avenir de Jacob semble tracé : fils d’une mère junkie accro à la meth et d’un père qui en vend, il sait que jamais il n’ira ailleurs que dans ces montagnes. Son avenir est inscrit dans ses gènes et son avenir est sans lumière.

C’était idiot de croire que je pourrais un jour me tirer de ces collines. C’était idiot de croire que je pourrais si aisément laisser derrière moi la vie dans laquelle j’étais né. Certains sont destinés à de grandes choses, à des endroits lointains, et ainsi de suite. Mais d’autres sont englués dans un lieu et vivront le peu de vie qu’on leur accordera jusqu’à n’être qu’un cadavre de plus enterré sous le sol inégal.

Si on ne choisit pas ses parents ou sa famille, on peut choisir ses amies et Jacob a toujours eu des vues sur la jolie Maggie, son amie d’enfance, celle qui le comprend, celle qui pourrait être sa bouée de sauvetage, celle qui pourrait l’aider à sortir de toute cette merde dans laquelle il doit surnager.

Les gens comme moi étaient enchainés à cet endroit, mais Maggie était sans entraves. Elle s’était enfuie d’ici à l’instant où ses yeux avaient regardé au loin. Si j’avais eu un rêve, ça avait été qu’elle m’emmène avec elle. Mais les rêves étaient absurdes pour les personnes comme moi. On finit toujours par se réveiller.Une telle fille ne pouvait pas rester. Pas éternellement, et certainement pas longtemps.

Nous sommes dans un roman noir, un roman « rural noir » car il nous emporte dans l’Amérique profonde, dans une Amérique où règne la violence, dans une ville ou tout le monde est corrompu, surtout les flics qui mangent dans la main du père McNeely car il leur refile des biftons qui mettent du beurre dans leurs fins de mois (qui sont toujours dures).

Oui, ici, black is black, noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Élevé par un père dur et sans amour, cherchant toujours les rares fois où il a été fier de lui, Jacob sait que s’il ne fait rien, le milieu de bouffera, lui qui n’a pas l’étoffe de son père.

Mais comment faire pour se détacher de se père ? Freud aurait dit que couper le cordon n’était pas suffisant, il faut aussi tuer le père…

Ici, il y a de la violence, de la misère humaine dans le sens où Jacob a reçu peu d’amour ou de marques de tendresse de ses parents, pourtant, dans le fond, il les aime.

Ici, le sang coule, les hommes sont des brutes, des corrompus, ici, on règle ses comptes à coup de révolvers et on finit dans le lac avec un peu de malchance.

Ici, ce n’est pas mourir qui est difficile, c’est vivre ! Et il n’y a pas grand-monde pour chanter « Je veux vivre ».

En l’espace de quelque brèves minutes, mourir était devenu simple. C’était de vivre que j’avais peur.

Mais si le sang a coulé abondamment, il y a eu aussi une vallée de larmes : celles de Jacob, celles de Maggie et les miennes.

Parce que oui, même si Jacob n’est pas un ange, même s’il est violent à certains moments, que c’est un buveur, un fumeur de Winston et de beuh, c’est aussi un garçon qui a manqué de tout, mais qui peut tout vous donner s’il vous aime.

Oui, j’ai aimé Jacob et le quitter en refermant le livre fut une torture, même si, dans le fond, il est toujours dans ma tête, ce gamin.

Un roman noir qui m’a pris aux tripes, qui est allé droit dans mon cœur, droit dans mon sternum, comme un coup de poing.

Je savais tout ça depuis que j’étais gamin. C’était ma réalité : la souffrance, la honte et tout ce qui s’ensuivait. Attendre la mort était donc une chose que je connaissais depuis longtemps et ce n’était pas la mort qui me rongeait. C’était l’attente.

Un récit magnifique, une plume sans concession, des personnages attachants (Jacob, Maggie), le tout donnant un récit poignant, émouvant, humain, déchirant que tu termineras par un grand cri car, tel un loup, tu hurleras ta douleur à la fin du roman.

PS : les plus mélomanes auront reconnu le détournement des paroles de « Auteuil, Neuilly, Passy » des Inconnus, une phrase de « Né Quelque Part » de Maxime Le Forestier et le titre d’une chanson de Faudel « Je veux vivre ».

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Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule et le RAT a Week, le marathon de l’épouvante Édition 2016 chez Chroniques Littéraires.

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Journal d’une fille de Harlem : Julius Horwitz

Journal d'une fille de Harlem - Julius Horwitz

Titre : Journal d’une fille de Harlem

Auteur : Julius Horwitz
Édition : Points (2015)
Édition originale : 1971

Résumé :
Mieux qu’un essai, ce Journal révèle l’ordinaire de la vie -misère, racisme, drogue, prostitution, criminalité – dans les ghettos noirs américains.

Le rapprochement avec le Journal d’Anne Frank ne manquera pas d’être fait : pourtant, A. N., jeune Noire de quinze ans qui écrit ces pages, est un personnage fictif.

Julius Horwitz, qui a passé quinze ans dans les services de l’Assistance américaine, l’a imaginée pour prêter sa voix aux centaines d’enfants de Harlem, Watts, Chicago, Washington, qu’il a interviewés et dont les déchirants récits ont servi à composer celui-ci

r160076870Critique :
New-York, dans les années 70. La 104ème rue dans Harlem et personne ne devrai avoir le désir de vivre dans cet chancre, dans cet immeuble merdique juste bon pour les cafards, les punaises et les rats, mais pas pour des humains.

Pourtant, ils sont nombreux à s’y entasser, mais c’est surtout des femmes célibataires avec des tas de marmots dont chacun est issu d’une paire de couilles différentes.

Oui, ces enfants n’ont pas de pères, ici, les hommes ont la trouille d’être père. Ils savent juste baiser des femmes, des filles, les violer, mais assumer, oh mon dieu non !

Je pensais avoir lu assez bien de romans parlant de la misère sociale, humaine, je pensais avoir déjà touché le fond depuis longtemps (en littérature), surtout après la lecture de « Rafael, derniers jours » et je constate, pour mon plus grand effroi, que non, on peut encore aller plus bas que bas.

Les habitants de cet immeuble sont tous à l’Assistance et c’est un cercle vicieux puisqu’ils y sont souvent depuis au moins deux générations et que les filles ne songent qu’à une chose : tomber enceinte, avoir un enfant et ainsi posséder un dossier à l’Assistance et recevoir de l’argent.

Qu’elles aient 16 ans, 15 ans ou même 13 ans, ce n’est pas un soucis pour elles, elles ne visent que ça comme plan de carrière et ne se rendent même pas compte qu’elles vivront toute leur vie sous le joug de l’Assistance, comme leurs mères, vivotant dans des immeubles insalubres où l’on paie des 28$ par semaine comme loyer.

Ici, vous n’aurez pas beaucoup de noms de personnages à retenir, nous connaîtrons juste les prénoms des deux frères et de la sœur de la narratrice, celle qui écrit dans son journal et qui se nomme A.N. Une jeune fille Noire de 15 ans qui voudrait s’en sortir.

Moi qui aime les dialogues, j’en ai été sevrée dans ce roman puissant et sombre. Il n’y en a aucun ! C’est comme si nous lisions en cachette le journal de A.N. et notre jeune fille nous les retranscrit en mettant juste le prénom de la personne devant.

Rassurez-vous, si au départ cela surprend, on s’immerge vite dans le récit et on oublie très vite cette narration dont nous avons peu l’habitude (sauf si on a lu « Le journal d’Anne Frank »).

Par contre, la plongée dans l’abject est forte, vertigineuse, horrible, c’est véritablement un peuple des abysses qui vit à Harlem, Brooklyn dans ces immeubles où les W.C sont dans le couloir, en panne, où l’eau chaude est une denrée rare, la propreté aussi, mais les rats et les cafards plus nombreux que les gens de l’immeuble.

On y découvre la mère de A.N. qui a cessée de se battre depuis longtemps, qui vit dans ce taudis sans même s’en rendre compte, qui y reste comme si elle devait expier une faute inconnue.

Cette femme, tombée enceinte trop tôt, a pourtant terminé ses secondaires, mais n’a pas cherché du travail et est entrée dans le cercle infernal de l’Assistance qu’elle rend responsable de tout. Elle ne cherche pas de nouvel appartement, mais c’est de la faute de l’Assistance. Elle ne s’occupe plus de ces enfants, mais c’est pas à cause d’elle, elle est innocente.

J’aurais eu envie de lui foutre des coups de pieds au cul, de la battre comme elle bat Harriet parce qu’elle ne sait pas lui parler, ne sait pas l’aider, ne veut pas s’en sortir, même. Comme les autres habitants, elle se complait dans sa crasse dans sa misère.

Les mères se droguent, boivent, se prostituent, et les jeunes filles font de même. Seule A.N. veut s’en sortir et elle au moins, elle n’a pas peur, comme les autres, de franchir ce cercle vicieux qui fabrique des générations d’assistés.

L’écriture de l’auteur est violente, sans concession, les portraits des gens qui y vivent sont colorés, vivants, le récit est des plus réaliste et on comprend pourquoi lorsqu’on lit que l’auteur a lui-même émargé de l’Assistance.

En lisant un roman pareil, on se rend compte de la chance qu’on a d’avoir de l’eau chaude, une douche, à manger, du chauffage, 3 ou 4 pièces en plus de la chambre à coucher.

Un roman fort sombre où la seule touche d’espoir est A.N. qui nous dresse un portrait plein de lucidité de son monde.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

Rafael, derniers jours : Gregory Mcdonald

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Titre : Rafael, derniers jours

Auteur : Gregory Mcdonald
Édition : 10-18 (2005)

Résumé :
Il est illettré, alcoolique, père de trois enfants, sans travail ni avenir. Il survit près d’une décharge publique, quelque part dans le sud-ouest des États-Unis.

Mais l’Amérique ne l’a pas tout à fait oublié. Un inconnu, producteur de snuff films, lui propose un marché : sa vie contre trente mille dollars. Il s’appelle Rafael, et il n’a plus que trois jours à vivre…

Avec ce roman, Gregory Mcdonald n’a pas seulement sondé le cœur de la misère humaine, il lui a aussi donné un visage et une dignité.

the-brave-1997Critique :
♫ 4 consonnes et 3 voyelles, c’est le prénom de Rafael ♪

Oui, je sais, c’est pas terrible de commencer sa chronique de cette manière, mais c’est le seul truc que j’ai trouvé pour faire baisser la pression après avoir terminé la lecture – d’une traite (d’humains ?) – de ce roman.

Depuis le temps qu’il traine dans ma PAL, depuis le temps que je pose ma main dessus mais que je la retire, comme si les pages étaient brûlantes.

Et elles le sont, brûlantes ! Si je le sais, c’est parce que j’ai lu les chroniques de mes collègues Babeliotes.

J’ai terminé ma lecture avec l’envie de hurler, avec les tripes nouées, avec le cœur au bord des lèvres et les larmes au bord des yeux.

La descente aux Enfers est vertigineuse et pourtant, elle ne fait que 180 pages… Mais on sombre dans une telle noirceur humaine, dans du tellement abject, qu’on ne peut en ressortir que lessivé, groggy, mal dans sa peau et avec juste une envie, se refaire toute sa collection de Super Picsou pour tenir le coup.

Dans le fameux chapitre 3, celui dont l’auteur prévient du caractère pouvant choquer les âmes sensibles, j’ai posé le livre quelques minutes lorsque le vieux sadique a parlé d’énucléation, puis j’ai repris ma lecture ensuite, le cœur battant à cause du malaise.

Au final, je ne sais pas ce qui m’a fait le plus mal : la naïveté touchante de Rafael, le programme de ce qu’on compte lui faire durant le snuff movie ou le fait qu’il se fasse baiser jusqu’au trognon avec les 30.000$ que sa famille ne recevra jamais pour sa vie qu’il va leur donner.

Un peu des 3 sans doute. J’avais toujours envie de hurler,  à chaque page, à chaque ligne qui décrit la misère dans laquelle vivent ces gens et qui n’est pas de la fiction, même dans nos pays sois-disant évolués et civilisés.

Quand à la réalité des snuff movies, elle est encore plus abjecte, plus dégoutante car se dire qu’il y a des gens qui aiment regarder ça et qu’il en existe capable de tourner ce genre de films… J’en ai les poils qui se hérissent de dégoût.

180 pages qui vous essorent, qui vous donnent envie de pleurer devant cette misère crasse, devant ces gens qui essaient de s’en sortir, mais c’est trop dur, alors ils se complaisent là où ils sont, sachant que de toute façon ils sont perdus pour notre société.

Un portrait émouvant, pudique, beau, dur, et ces derniers jours qui vous donnent envie de lui hurler de ne pas se présenter à l’entrepôt, de fuir, de vivre… De ne pas être si naïf, si confiant.

Un magnifique et sombre roman qui restera gravé dans ma chair et dans mon esprit.

Étoile 5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

BILAN - Coup de coeur

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Eagle+flag

Tatouage : Manuel Vázquez Montalbán

Tatouage - Manuel Vázquez Montalbán

Titre : Tatouage [La première enquête de Pepe Carvalho]

Auteur : Manuel Vázquez Montalbán
Édition : Christian Bourgois Editeur (1990) / Points (2012)

Résumé :
Un policier, une enquête, un détective : Pepe Carvalho. Son rôle : découvrir l’identité d’un homme retrouvé noyé et défiguré par les poissons. Un seul indice pour l’aider à mener l’enquête, il porte un tatouage bien particulier où il y est inscrit : « Né pour révolutionner l’enfer ». Un gérant de salon de coiffure demande à Pepe d’enquêter et de découvrir son identité.

Pepe Carvalho a 37 ans. Il a bourlingué. Il vit à Barcelone et, en cette année 1976, l’Espagne s’éveille à la démocratie.

Critique :
♫ Il était minc’, il était beau, Il sentait bon le sable chaud, Mon légionnaire !
Y avait du soleil sur son front, Qui mettait dans ses cheveux blonds, De la lumière ! ♪

Si Gainsbourg s’est invité en chantant dans ma tête, c’est à cause du corps mort (pour les cormorans) que l’on vient de retrouver dans l’eau, juste vêtu d’un maillot : il était blond, il était beau, il sentait le cadavre dans l’eau et portait un tatouage : « Né pour révolutionner l’enfer ».

Était-ce vraiment un légionnaire ? On ne sait pas vu que son visage a été mangé par les poissons ! ♫ On l’a trouvé dans la mer. Il avait ses beaux yeux que les poissons dévorèrent. Dans le ciel, passaient des nuages. Il a montré ses tatouages ♪

Espagne post franquiste de 1976… Un détective, Pepe Carvalho est chargé, par le patron d’un salon de coiffure, de trouver l’identité du beau blond retrouvé mort. Et il le rétribue grassement, qui plus est ! Pouvait pas aller demander au commissariat directement ??

Puisque nous parlons de la police, elle a dû avoir vent d’un truc pas net puisque quelques jours après la découverte du corps, voilà que les flics arrêtent des tas de prostituées, qu’ils ferment les bars et le tout sans ménagement aucun. Anguille sous roche avec le tatoué (qui n’avait pas un Modigliani dans le dos, pourtant) ??

Une chose est sûre, Pepe ne s’entendrait pas avec Sherlock ! Déjà que Pepe est un fin gourmet, qu’il cuisine, qu’il ne mange pas n’importe quoi (Sherlock savait aller au resto aussi !) et surtout, qu’il ne considère pas que son estomac comme un simple appendice de son cerveau et puis, Pepe, il allume sa cheminée avec des livres…

Oui, vous avez bien lu ! Un Don Quichotte pour allumer une flambée en juillet, avouez que ce n’est pas banal !

Pepe est aussi gourmet en matière de femme et il fréquente Charo, sa maîtresse – une prostituée libérale. De plus, on apprend qu’il a aussi travaillé pour la CIA en Hollande.

Si vous êtes à la recherche d’un thriller ou d’un enquête où tout le monde court partout, laissez tomber les enquêtes de Pepe !

Lui, il vous les mitonne au court-bouillon et laisse mijoter le tout, sans pour autant que mon estomac littéraire crie famine puisque la découverte de la ville de Barcelone après les années Franco était un voyage fort divertissant mais pas de plus bucolique.

Surtout lorsque notre Pepe, toujours sur les traces du nom du beau blond en maillot, va devoir pousser jusqu’en Hollande.

Le passage avec deux de ses compatriotes, exilé là-bas pour gagner leur croûte péniblement est assez fort. On sent bien leur misère transparaître sous leurs paroles, eux qui ne retournent même pas au pays ce Noël-ci.

Et quand l’ancien collègue de Pepe essayera de l’embaucher pour surveiller ses compatriotes qui ne sont pas habitués à un pays si libertaire. Tout le mépris de l’homme pour ces pauvres immigrés qu’il aimerait sans doute renvoyer au pays de la paella suinte des pages.

Non, on ne lira pas les enquêtes de Pepe pour leur vivacité, mais pour avoir le droit de suivre son regard un peu désabusé, noir, sans concessions sur sa ville, son pays, ses habitants, les femmes adultères, les prostituées…

En tout cas, quand on Pepe commence une enquête, il va jusqu’au bout et tant pis s’il paye de sa personne.

Un bon roman noir au goût de mac-quereau avec un Pepe qui vous cuisine une enquête à petit feu, pour mieux imprégner les chairs de toute l’ambiance de Barcelone.

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et le Challenge « Le mois Espagnol » chez Sharon.

Mois espagnol

Demande à la poussière : John Fante

Demande à la poussière - John Fante

Titre : Demande à la poussière

Auteur : John Fante
Édition : 10-18 (2002)
Date de publication originale : 1939 – Ask The Dust

Résumé :
Pendant la grande dépression, Arturo Bandini est un écrivain tourmenté et fauché vivant dans un hôtel résidentiel de Bunker Hill (Los Angeles). Il crée inconsciemment une image de Los Angeles comme une dystopie moderne à l’époque de la grande dépression.

Démuni, il erre dans les cafés et fait la connaissance de Camilla Lopez, une serveuse au tempérament fougueux. Bien qu’attiré par cette belle Mexicaine, Bandini, d’origine Italienne, rêve plutôt d’une alliance avec une Américaine, qui faciliterait son ascension sociale.

Or, chaque fois qu’il tente de s’éloigner de Camilla, celle-ci lui revient, sans qu’il puisse lui résister. Bandini lutte alors avec sa propre pauvreté, sa culpabilité catholique et son amour pour Camilla dont la santé se détériore.

Petit Plus : « Un jour j’ai sorti un livre, je l’ai ouvert et c’était ça. Je restais planté un moment, lisant et comme un homme qui a trouvé de l’or à la décharge publique. J’ai posé le livre sur la table, les phrases filaient facilement à travers les pages comme un courant.

Chaque ligne avait sa propre énergie et était suivie d’une semblable et la vraie substance de chaque ligne donnait sa forme à la page, une sensation de quelque chose sculptée dans le texte. Voilà enfin un homme qui n’avait pas peur de l’émotion.

L’humour et la douleur mélangés avec une superbe simplicité. Le début du livre était un gigantesque miracle pour moi.

J’avais une carte de la Bibliothèque. Je sortis le livre et l’emportai dans ma chambre. Je me couchai sur mon lit et le lus. Et je compris bien avant de le terminer qu’il y avait là un homme qui avait changé l’écriture.

Le livre était Ask the Dust et l’auteur, John Fante. Il allait toute ma vie m’influencer dans mon travail. »
Charles Bukowski, 1979

Ask the dustCritique :
Comment foirer sa lecture, en une leçon, par Belette Cannibal Lecteur.

Alors, vous prenez tout d’abord un Classique de la Littérature Américaine, un roman grandiose super vachement bien côté par vos petits camarades de Babelio et partout ailleurs.

Poussez le vice jusqu’à prendre celui qu’un de vos potes dans la IRL (In Real Life) vous a conseillé en vous disant que c’était un chef-d’œuvre à ne pas manquer, que votre vie n’avait pas encore commencée parce que vous ne l’aviez pas encore lu.

Installez-vous confortablement dans votre fauteuil, préparez-vous une bonne tasse de café et commencez la lecture…

Faites un « waw, tout ça » en lisant l’intro réalisée par Charles Bukowski qui est dithyrambique sur cet ouvrage :

« Et je compris bien avant de le terminer qu’il y avait là un homme qui avait changé l’écriture. Le livre était Ask the Dust et l’auteur, John Fante. Il allait toute ma vie m’influencer dans mon travail ».

Là, vous vous dites que oui, en effet, c’était une honte que de ne pas l’avoir encore lu et vous souriez rien qu’à l’idée de découvrir ce roman dont on dit tant de bien ! Vous êtes chaud boulette, plus qu’une baraque à frites et vous vous apprêtez à passer un tout GRAND moment de lecture.

Et là, bardaf, c’est l’embardée, vous passez à côté ! Vous trouvez le style pas facile à lire, un peu étrange, décousu, et vous devez vous forcer à lire, espérant tomber enfin sur « de l’or à la décharge publique » comme disait le grand Charles.

Bon, comme je suis maso, j’ai tout lu, jusqu’au bout (c’était pas un pavé, heureusement) mais je l’ai refermé avec une impression horrible : on m’avait vanté un chef-d’œuvre – ce qu’il est sûrement, parce qu’autant de lecteurs ne peuvent pas se tromper et on ne cause pas de 50 nuances ou de Twoilett – et moi, triple imbécile de banane dégénérée, je venais de passer à côté.

Loin à côté, même…

J’enrage parce que quand j’apprend que « Demande à la poussière » a été perçu au fil des années comme un roman de première importance sur le Sud de la Californie et moi, je suis la béotienne qui n’a même pas été capable d’apprécier ce roman.

Pourtant, il avait tout pour plaire, le récit de Fante, car dans son roman se retrouvent les thèmes récurrents de ses écrits : la pauvreté, la religion (catho), la vie familiale, l’identité italo-américaine, les sports, la vie d’écrivain, la place qu’il voulait se faire et la faim, car on a un homme qui est réduit à manger des kilos d’orange !

Pas de cotation parce que ce roman ne mérite pas que je le saccage ou que je cote vache, je n’ai pas réussi à l’apprécier, c’est tout et la responsable, c’est moi.

Le « Challenge US » chez Noctembule et Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre.